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Prémices
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Levin comte Bennigsen
(1735-1826) |
Au lendemain des combats d'Heilsberg (11 juin), la position du russe
Bennigsen est devenue bien inconfortable : le maréchal Davout, en
effet, avance vers Landsberg, menaçant non seulement le flanc
russe, mais également sa ligne de communication avec Königsberg, où
se trouvent ses alliés prussiens, le roi Frédéric-Guillaume III et
son épouse Louise, ainsi le gros de ses approvisionnements. Or, les ordres
du tsar Alexandre sont formels : il faut tenir Königsberg à tout
prix.
Bennigsen décide donc d'envoyer la division Kamenskoi pour
renforcer la défense de Königsberg, dirigée par le prussien
Lestocq. Kamenskoi, passant par Bartenstein et Lamspach, rejoint
Lestocq derrière la rivière Frisching, le 13 juin.
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De son coté, Bennigsen reste à Heilsberg jusqu'au milieu de la
nuit, puis se dirige lui aussi sur Bartenstein., avec le reste de ses
troupes, organisées en quatre colonnes, de par et d'autre de l'Alle.
Les français - une division de dragons et deux de cavalerie
légère - semblent alors avoir perdu le contact. Après une brève
halte à Bartenstein, Bennigsen continue sur Schippenbein où il
arrive au milieu de la nuit, le 12 juin.
Mais il de plus en plus est inquiet de se voir tourné, car il sait que
Davout continue d'avancer vers Königsberg. De plus ses troupes sont
fatiguées, ayant été en perpétuel mouvement ces derniers jours, et
ayant du combattre alors que le temps est devenu mauvais, les pluies
s'étant faites de plus en plus fréquentes.
Pourtant, point de répit pour elles: Davout est déjà signalé à
Domnau, menaçant de plus en plus les communications avec Königsberg.
Il faut donc continuer, vers la petite ville de Friedland. De là, on
ira sur Allenburg et Wehlau, où l'on pourra traverser la Pregel et,
sous sa protection, se diriger vers Königsberg. Pas question, pour
l'instant du moins, de s'arrêter pour combattre les français.
Le 13 juin, l'avant-garde de Bennigsen, sous les ordres du prince
Gallitzin, atteint Friedland. Elle trouve dans la ville quelques
éléments du 9e de hussards, envoyés par Lannes en reconnaissance,
et qui, intelligemment, refuse le combat et se retirent Lannes décide
d'avancer avec les grenadiers d'Oudinot, envoyant un aide-de-camp à
Grouchy pour lui demander d'accélérer la marche de ses dragons.
Bennigsen arrive lui-même
à Friedland à 8 heures du soir. Sa supériorité numérique et
l'avantage stratégique de la plaine s'étendant à l'ouest de la
ville seront, selon lui, "favorables à la bravoure russe".
Il ordonne donc à l'ensemble de ses forces de le rejoindre, pour
être sur place dans la soirée du 13, au plus tard tôt le matin du
14.
Mais Bennigsen, dans sa confiance, ne remarque pas
que la position qu'il choisi pour combattre est loin d'être
favorable. Par exemple, elle n'est accessible, en venant d'Eylau, que
par une seule route, passant par Posthenen (déjà occupé par les grenadiers
d'Oudinot). Toutes les autres approches sont parsemées d'obstacles,
comme le bois de Sortlack, au sud, ou les marécages, créés par un
petit ruisseau (Mühlenfluss), affluent de l'Alle, et ses étangs. Et
pour finir, il n'y a, à Friedland même, qu'un seul pont pour traverser la rivière.
Trois ponts de pontons vont être rapidement jetés.
Bennigsen n'en a cure. Apprenant que Lannes n'est pas loin,
venant de Domnau, il renforce l'avant-garde de Gallitzin avec les premiers
éléments d'infanterie qui arrivent.
Gallitzin établi une ligne d'avant poste qui va de Heinrichsdorf
à Sortlack, pour couvrir Friedland. à partir de 11 heures du soir,
le gros des forces russes arrive à Friedland. Des prisonniers
français confirment que ce n'est qu'une division d'infanterie,
renforcée de cavalerie, qui s'approche : Bennigsen décide de les
attaquer au lever du jour, pendant que le reste de ses troupes se
reposera à Friedland. Il fait donc passer ses troupes sur la
rive gauche de l'Alle
La gauche russe (quatre divisions de Bagration) est
chargée d'occuper la zone située au sud du Mühlenfluss, vers le
bois de Sortlack, enjambant ainsi la route d'Eylau. Les trois
divisions de Gorchakov forme l'aile droite, au nord du ruisseau,
jusqu'au village d'Heinrichsdorf. Pour faciliter les communications
entre les deux ailes, trois ponts de pontons sont rapidement
construits sur le Mühlenfluss. Au centre, deux autres corps, qui ont
pour mission de se déplacer là ou le besoin s'en fera sentir. Une
partie de la Garde Impériale est envoyée à Sortlack, tandis qu'une
division reste en réserve sur la route qui mène à Shippenbein, sur
la rive droite de l'Alle.
Bennigsen dispose à ce moment d'environ 50.000
hommes. Plus qu'il ne lui en faut, pense-t-il, pour venir à bout de
l'avant-garde des français.
Mais il va bientôt revenir de son erreur, et s'apercevoir que les
français sont de plus en plus nombreux et qu'il va falloir qu'il
renforce lui aussi ses troupes sur la rive gauche de la rivière.
"J'aurais mieux fait de ne pas accepter le combat, qu'il
était en mon pouvoir de refuser, car le salut de l'armée n'était
pas alors en danger" reconnaîtra-t-il plus tard.

14 juin - une
heure du matin
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Lannes se présente devant Friedland. Il devine
qu'il va être dans une position extrêmement dangereuse pour
plusieurs heures, avant que les renforts n'arrivent. Mais ses
ordres sont de s'emparer de la ville. Il n'a avec lui que la
division des grenadiers d'Oudinot : qu'à cela ne tienne, il les envoie
en avant et ceux-ci s'emparent aisément du village de Posthenen,
situé au centre du champ de bataille, sans pouvoir cependant
continuer plus avant, sans risquer d'être anéantis. |
Thoumas : "L'armée russe tout en entière,
précédée apr une forte avant-garde de cavalerie et d'artillerie,
approchait de Friedland. Il était une heure du matin. Lannes arrivait
avec ses grenadiers à Posthenen, au pied des hauteurs qui s'élèvent
en face de cette ville"
Oudinot se
contente d'envoyer deux bataillons dans le bois de Sortlack, sur la
droite, puis, un peu plus tard, trois autres sur Heinrichsdorf. Au
centre, une forte ligne de tirailleurs protège le reste des forces
d'Oudinot, ainsi que son artillerie..
Bien qu'ayant devant lui une ligne française extrêmement étendue
(qu'il ne distingue pas, d'ailleurs, exactement, compte tenu du
terrain vallonné et boisé dont Lannes et Oudinot tirent parfaitement parti), Bennigsen
semble alors plus préoccupé d'aligner correctement ses propres
forces, se contentant d'user de son artillerie, et d'essayer de
déloger les français du bois de Sortlack.
Fin tacticien, Lannes sait qu'il doit user d'astuce
pour tenir en respect Bennigsen, jusqu'à l'arrivée de Napoléon, qui
achèvera de détruire l'armée russe. Il lui faut faire croire à
l'ennemi que la victoire est, sinon acquise, du moins à portée de
fusil, sans pour autant se faire détruire lui-même. Grouchy et
Mortier ont envoyé des messages pour annoncer leur arrivée
prochaine, au moins avec leur cavalerie, qui galope en avant.

14 juin - 3
heures du matin
Le jour point déjà. Grouchy arrive avec sa division de dragons,
qu'il organise sur la gauche d'Oudinot, là où, justement, les russes
ont décidé de se saisir d'Heinrichsdorf pour tourner la gauche
française. Ils y parviennent presque, mais Grouchy est peu à peu
renforcé par l'arrivée des cuirassiers de Nansouty : l'attaque russe
est repoussée.
Les renforts français continue d'arriver : c'est au tour de
Mortier de se présenter sur les lieux, avec les 6.000 fantassins du
général Dupas. Lannes peut maintenant concentrer les forces d'Oudinot
devant Posthenen, Dupas remplissant le vide entre ce village et
Heinrichsdorf. Et, peu à peu, la supériorité numérique des russes
diminue, alors que Lannes peut se contenter de tenir bon sur ses
positions.

14 juin - 8
heures du matin
La division Verdier arrive, Les hommes sont
exténués, mais il n'est pas question de repos : ils sont envoyés en soutien des grenadiers d'Oudinot à Posthenen et dans le bois de
Sortlack, où la poussée des russes commence à se faire sentir.

La bataille de Friedland
Lannes a maintenant 25.000 hommes sous ses ordres, et d'autres sont
en chemin. Bennigsen s'est bien aperçu de l'arrivée de ces renforts,
mais il ne semble pas en être troublé. Il pense toujours pouvoir
tenir devant Friedland jusqu'à la nuit, et ensuite disparaître dans
l'obscurité. D'ailleurs, les combats semblent avoir diminué
d'intensité, sauf aux extrémités, à Sortlack et Heinrichsdorf. Et
son artillerie continue de pilonner les troupes de Lannes.

14 juin - 11
heures du matin
Les combats semblent diminuer d'intensité. Les
français sont maîtres des principaux points d'appui du terrain, à
Heinrichsdorf, Posthenen et Sortlack. En face, Bennigsen a les 1e et
2e divisions, et l'avant garde, entre le ruisseau qui conduit à
Friedland et le bois de Sortlack. Le gros de son armée (3e, 6e, 7e,
8e divisions - prince Gortschakow - ainsi que la cavalerie - prince
Gallitzin et général Uvarov), s'étend sur l'autre rive du ruisseau,
faisant face à la cavalerie de Grouchy et l'infanterie de Mortier.
Les russes ont encore une division d'infanterie sur la rive droite de
l'Alle, ainsi que de l'artillerie. Car cette rive domine les environs,
offrant aux canonniers une portée plus efficace.
De trois heures du matin, Lannes et Oudinot avaient
envoyé aide-de-camp après aide-de-camp au quartier général de
Napoléon, à Eylau, réclamant du renfort. Celui-ci ne se décidait
pas, voulant attendre l'évolution des combats. Oudinot perd patience,
et mande à l'empereur "Même mes yeux (on sait
qu'il portait des lunettes) peuvent voir que c'est toute l'armée
russe qui est devant nous !"
Coignet : "Le 14 juin au matin, nous
apprîmes qu#une grande bataille était engagée sur les bords de
l'Alle. Tous les corps de l'armée s'avançaient dans cette direction;
nous reçûmes l'ordre de nous y porter en toute hâte"

14 juin - midi
Napoléon arrive enfin, le reste de
la Grande Armée suivant à moins de deux heures.
Constant : "L'Empereur, en
observation sur une hauteur d'où sa vue pouvait embrasser tout le
champ de bataille, était assis dans un fauteuil près d'un moulin, et
son état-major l'entourait. Jamais je ne l'avais vu si gai; il
causait avec les généraux qui attendaient ses ordres, et semblait
prendre plaisir à manger du pain noir russe fait en forme de
brique."
Marbot : "Il était plus de onze heures,
lorsque l'Empereur arriva sur le champ de bataille, où plusieurs
corps d'armée étaient déjà venus se joindre à Lannes et Mortier.
Les autres, ainsi que la garde, arrivaient successivement."
Son plan est déjà
établi : il va lancer une attaque générale contre les russes, et
Ney sera chargé de donner le coup de grâce, par la droite.
Marbot : "Napoléon rectifia la ligne : Ney
format la droite placée dans le bois de Sortlack; Lannes et Mortier ,
le centre entre Posthenen et Heinrichsdorf; la gauche se prolongeait
au-delà de ce village"
Savary : "Le maréchal Ney
occupait la droite du champ de bataille ; à sa gauche, en échelons,
était le corps du général Victor (note : il remplace
Bernadotte, blessé quelques jours avant dans une escarmouche); à la gauche de celui-ci était
le maréchal Mortier et à la gauche de Mortier était le maréchal
Lannes. En deuxième ligne, au centre, était la Garde"

Boulart : "Les corps
d'armée prirent successivement place sur la ligne de bataille, à
mesure de leur arrivée, ce qui fut long, car nous marchions sur une
seule route, et la Garde fut placée en deuxième ligne".
Napoléon décide qu'au signal
donné par vingt-cinq pièces tirant à la fois donnera le signal de
l'attaque générale. En attendant, les troupes étant exténuées (il
fait très chaud), il les laisse prendre un peu de repos.
Coignet : "L'empereur nous
donna une heure de repos, pendant laquelle le combat se ralentit peu
à peu. Il en profita pour visiter nos lignes, revint au galop près
de nous, changea de cheval et donna le signal d'une charge à outrance
sur l'armée russe. Il s'agissait encore de lui faire prendre un bain,
non dans la glace, comme à Austerlitz, mais dans les flots de
l'Alle."

14 juin - 17
heures

Une salve qui se fait entendre du
coté français ne laisse aucun doute: les combats reprennent.
Thoumas : "L'ordre d'attaquer donné par
l'Empereur est resté classique : il fut suivi de point en point.
Lorsqu'à cinq heures une batterie de vingt pièces, établie
au-dessus de Posthenen, donna le signal la reprise du combat, Ney
marcha sur Friedland..."
"(Ney) conduisit l'attaque avec le
sang-froid et l'intrépidité qui le caractérisent... s'occupant des
moindres détails, "
Boulart : "Il était environ cinq heures de
l'après-midi, l'armée était formée, chacun à son poste; une vive
canonnade annonça que l'action commençait."
Levavasseur : "Enfin arriva l'ordre
d'attaquer. Tous les soldats se levèrent en criant < Vive
l'Empereur ! En avant ! A Friedland ! En avant >
Notre artillerie commença son feu, et les cent
pièces de canon ennemies, vomissant les obus et la mitraille, firent
sauter nos caissons ; la fumée nous couvrait et masquait à nos yeux
les masses déployées. Le maréchal Ney ordonna la marche en avant en
bataille, l'arme au bras : les boîtes à mitraille, éclataient sur
nos têtes et faisaient un cliquetis affreux dans les fusils élevés;
les officiers excitaient les soldats et les poussaient en criant « En
avant ! en avant ! » Dans cette marche et dans cette fumée, la 3e
division, commandée par le général Bisson, obliqua trop à droite
et laissa ainsi un intervalle dans lequel la cavalerie du grand-duc
Constantin pénétra en sabrant et la mettant en déroute. D'autres régiments
obliquant aussi trop à droite, le maréchal m'ordonna de les faire
appuyer à gauche. Je cours à l'un d'eux : « Appuyez à gauche,
dis-je au colonel, faites appuyer à gauche. » Mais pendant que je
lui parle, un boulet l'enlève. Un commandant met aussitôt son
chapeau au bout de l'épée en criant « Vive l'Empereur ! En avant !
» Un second coup arrive et le commandant tombe sur les genoux, les
deux jambes coupées. Un capitaine succède et fait à grand-peine exécuter
le même mouvement. Enfin, le maréchal Ney, ayant poussé ainsi ces
braves jusqu'à vingt pas des canons ennemis, fit faire sur eux un
feux nourri qui tua presque tous les canonniers sur leurs pièces, et,
continuant notre marche précipitée, nous refoulâmes l'ennemi dans
la ville."
Roustan : "Après que l'Empereur a vu que
l'ennemi tenait ferme, il fait engager dans tous les points, comme il
désirait. Il fait venir au même moment, le maréchal Ney, il lui
ordonne qu'il prenne cette division et qu'il marche, au pas de charge,
sur le pont qui se trouvait derrière la ville, et les deux autres
divisions soutiendront par la droite.
Le maréchal dit à l'Empereur . « Oui, Sire, je
vais exécuter les ordres de Votre Majesté, et Elle sera satisfaite,
l'espère. »
Il prend sa division
et marcha directement sur le pont, en traversant dans la ville.
Il a arrivé à son but et fait mettre le feu au pont.
Voilà donc l'armée de l'ennemi coupée en deux.
Celle de la droite était presque détruite par le maréchal
Ney."
Girard : " (..) Le maréchal Berthier
arrivait au galop et sans mettre pied à terre cria au maréchal Ney
< Attaque prompte et vigoureuse sur tous les points et, ppour
ralliement, le clocher de Friedland ! >"
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Le VIe
corps (Ney) s'élance du bois de Sortlack. Sans même se déployer, la
colonne de droite (Marchand) marche sur le village, mais les batteries
russes lui infligent de lourdes pertes. L'autre (Bisson), marche
directement sur Friedland, mais est interceptée par la cavalerie de
Bagration. Elle est sévèrement repoussée, doit reculer, emportant
dans sa fuite une partie des hommes de Marchand. |
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Le général Sénarmont
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Mais les renforts français ne font pas défaut
: les dragons de Latour Maubourg sont envoyés contre la
cavalerie russe, la division Dupont venant soutenir les
troupes de Ney. Par dessus tout, le général Sénarmont et
ses artilleurs, approche ses pièces au plus près de la ligne
russe, ignorant leur feu, avec une folle audace qui étonne Napoléon
lui-même, déversant un déluge de feu, et faisant taire
l'artillerie russe et rebrousser chemin à la cavalerie qui
essayait de les faire taire.
C'est en fait le première exemple
d'utilisation combinée de la masse de feu et de sa mobilité,
dont on retrouvera des exemples à Wagram, à Lutzen.
Les pertes de l'ennemi sont énormes : près de 4.000 hommes restent sur le terrain.
Bagration se replie dans Friedland, poursuivi par le 6e corps,
qui, entre-temps, s'est rallié.
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Boulart : "Une batterie de 30 bouches à
feu, commandée par le général Senarmont, contribua puissamment à
l'ébranler (le centre de la ligne russe)".
Marion : ".. il (Sénarmont) court à son corps
d'armée; du consentement de Victor, mais malgré les réclamations
des généraux de division, il en réunit toute l'artillerie,
composée de 36 bouches à feu sous son commandement, et débouche de
toute la vitesse des chevaux sur le revers opposé du mamelon qui
abrite trois divisions du 1er corps. L'artillerie se met en batterie
à 400 mètres de l'ennemi; après cinq ou six salves. elle s'en
approche à 200 mètres, et commence un feu roulant des plus vifs.
(..) Les batteries de la rive droite, celles de la rive opposée de
l'étang furent ainsi successivement écrasées...."
Bennigsen a vu le désastre se produire. Il espère encore dans la
Garde Impériale. Il la lance contre les batteries de Sénarmont, mais
celles-ci sont rapidement dirigées contre cette nouvelle attaque,
qu'elles stoppent en deux salves, l'infanterie de Dupont recevant
même son homologue de la Garde Impériale à la baïonnette, l'obligeant à
repasser le ruisseau qu'elle avait dû traverser. Continuant sur sa
lancée, elle pénètre dans Friedland par la route de Königsberg.
pendant que Sénarmont continue son pilonnage, maintenant sur et
autour de Friedland.
Après un rude combat de rue, Friedland, en flammes, tombe aux
mains des français. Ce qui reste des troupes de Bagration, a
commencé sa retraite les ponts, que le général russe fait ensuite incendier
Sur la droite russe, Bennigsen, ignorant que les
ponts sont désormais inutilisables, avait ordonné à Gortshakow d'attaquer de nouveau
Friedland. Deux divisions russes attaquent le village à la baïonnette,
y pénètrent, mais ne peuvent bien sûr pas franchir la rivière. Par
chance, les russes trouvent un gué, en face de Kloschenen. C'est la chance
inespérée pour sauver ce qui peut encore l'être. Malgré les
difficultés et l'artillerie française qui continue de tonner, et
sous la protection de sa cavalerie, Bennigsen fait passer son
artillerie, puis son infanterie. Une partie de la cavalerie trouve son
chemin sur la rive gauche de l'Alle, les cavaliers de Grouchy étant
trop fatigués pour les en empêcher.
La bataille de Friedland est terminée. Les pertes russes sont
énormes : probablement 12.000 hommes et 80 canons. Mais Napoléon a
perdu 8.000 soldats. Coignet : "Cette
mémorable bataille ne finit que fort tard à la lueur de l'incendie
de Friedland. Les Russes profitèrent de la nuit pour décamper au
plus vite. Notre Empereur, selon son habitude, coucha sur le champ de
bataille, et s'occupa de faire soigner les blessés." Napoléon
passe la nuit sur le champ de bataille. Constant : "Sa
Majesté alla complimenter plusieurs régiments qui s'étaient battus
toute la journée. Quelques paroles, un sourire, un salut de la main,
un signe de tête suffisait pour récompenser les braves gens qui
venaient de vaincre" Tascher : "Nous
apprenons que l'Empereur a battu complètement l'ennemi qui a laissé
sur le champ de bataille 6.000 morts et 80 pièces de canon. Hélas,
où étions-nous !" (note : Tascher est alors à Königsberg)
Berthier rend vite éloge à Ney, qui a conduit
l'attaque principale : "Tu ne peux t'imaginer le merveilleux
courage du maréchal Ney. C'est à lui que nous devons tous les
résultats de cette journée mémorable." Le 17 juin, Lannes,
dont l'action décisive durant cette journée va être curieusement
négligée dans le Bulletin, écrit à sa femme : "Nous
avons eu une bataille comme il n'y en a jamais eu. Il est incroyable
le peu de monde que nous avons perdu et incroyable ce que les russes
ont laissé sur le champ de bataille. On évalue leurs pertes à vingt
mille hommes. Je me suis battu avec mon corps d'armée depuis une
heure du matin jusqu'à huit heures du soir, sans perdre un pouce de
terrain. Enfin, ma chère Louise, mes troupes se sont couvertes de
gloire." Le même jour, le général Guyot
écrit, lui aussi, à son épouse : "Le
6 nous quittâmes nos cantonnements pour marcher à l'ennemi. Nous le
trouvâmes le 10 à Heilsberg où il reçut la meilleure frottée,
perdit beaucoup de monde et se retira sur Bartenstine tandis que nous
marchâmes directement sur Preuss-Eylau; le 14 notre armée rencontra
de nouveau 80,000 Russes à Friedland petite jolie ville sur la Aller.
Là, après avoir manœuvré toute la journée devant eux notre ligne
fut formée à 6 heures 1/2 du soir et ensuite l'ordre
d'attaque fut donné; c'est alors qu'il fallait voir la rapidité
avec laquelle toute l'armée française fondit sur les Russes, la
mitraille, les baïonnettes, les balles, les coups de sabre, lances,
boulets, obus etc. tout pleuvait comme grêle sur ces malheureux
Russes qui en une heure perdirent à peu près 20,000 hommes tant tués
que blessés, noyés etc. et 40 pièces de canon prises etc.; j'étais
pendant ce temps là spectateur de la ligne de la Garde et qui outrepassaient l'Empereur;
mais après l'orage vient le printemps, ces messieurs se sont retirés en grande hâte et depuis ce temps là nous ne cessons de les harceler dans leur fuite,
il en est résulté la prise de Königsberg, le passage de la Pregel etc..." Quant
à Napoléon, il mande à Joséphine : "...
Mes enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de
marengo. La bataille de Friedland sera aussi célèbre et aussi
glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe mise en déroute...
C'est la digne sœur de Marengo, Austerlitz, Iéna." (correspondance
de Napoléon) |