Consulat - Premier Empire
Documents

Lettre de Son Altesse le Prince de Neuchatel, Major-Général de l'Armée d'Allemagne
à S.A. l'Archiduc Maximilien, Commandant à Vienne

Retour

Monseigneur,

Le maréchal Duc de Montebello a envoyé ce matin à votre Altesse un Officier parlementaire accompagné d'un trompette; cet Officier n'est pas revenu, je la prie de me faire connaître quand elle est dans l'intention de le renvoyer. Le procédé peu usité qu'on a eu dans cette circonstance, m'oblige à me servir des habitans de la ville pour communiquer avec votre Altesse.

S. M. l'EMPEREUR et ROI, mon souverain, ayant été conduit à Vienne par les  évènemens de la guerre, désire d'épargner à sa grande et intéressante population les calamités dont elle est menacée, et me charge de représenter à votre Altesse que si elle continue à vouloir défendre la place, elle causera la destruction d'une des plus belles villes de l'Europe; elle fera supporter les malheurs de la guerre à une immense population composée en partie de vieillards, de femmes et d'enfans, qui ne devraient jamais y être exposés. Tant de braves soldats de S. M. l'EMPERFUR d'Autriche qui sacrifient leur vie à son service, ne seront-ils pas frappés dans ce qu'ils ont de plus cher, quand , adonnant leurs personnes à leur souverain, ils verront leurs femmes et leurs enfans livrés aux calamités de la guerre ?

L'EMPEREUR, mon souverain, a fait connaître à tous les pays où la guerre l'a porté, sa sollicitude pour écarter ces désastres des populations non armées; votre Altesse doit être persuadée que Sa Majesté est sensiblement  affectée de voir au moment de sa ruine, cette grande ville qu'il tient à gloire d'avoir déjà sauvée.

Cependant, contre l'usage établi dans les forteresses, votre Altesse a fait tirer du
canon du côté de la ville, et ce canon pouvait tuer, non un ennemi de votre souverain, mais la femme on l'enfant d'un de ses plus zélés serviteurs. J'ai l'honneur de faire observer à votre Altesse que pendant cette journée l'EMPEREUR s'est refusé à laisser entrer aucune troupe dans la ville, se contentant seulement d'occuper les portes, et de faire circuler quelques patrouilles pour maintenir l'ordre; mais si votre Altrsse continue à vouloir défendre la place, Sa Majesté sera forcée à faire commencer les travaux d'attaque et la ruine de cette immense capitale sera consommée par le feu des obus et des bombes de nos batteries, comme la ville extérieure (...). Sa Majesté ne doute pas que toutes ces considérations n'influent sur votre Altesse et ne l'engage à renoncer à une détermination qui ne retarderait que de quelques momens la prise de la place. Enfin, si votre Altesse ne se décide pas à prendre un parti qui sauve une ville aussi intéressante, sa population, qui serait par la faute de votre Altesse plongée dans de si affreux malheurs, deviendrait, de sujets fidèles, des ennemis de sa maison.

Je prie votre Altesse de me faire connaître sa résolution, et de croire à la sincérité des sentimens que je lui ai exprimés, comme à ceuix de ma plus haute considération.

Le Prince de Neuchatel, Major-général
ALEXANDRE. 

Noms des deputes des Faubourgs qui ont porté la lettre à Son Altesse l'archiduc Maximilien.

MM. Joseph Daniböck, juge à Gumpendorf, N° 164, qui a apporté les dépêches à Son Altesse
Joseph Paulgerg , greffier et propriétaire, N° 171
Joseph Wieläander, juge à St. Margueritte, N°. 86.
Jacques Fuchs, juge à St. Madelaine, n° 35
François Scholz, greffier à Neubau, n° 102
Joseph Scharinger, Apothicaire à St-Ulrich, n° 47
Jacques Heinz, Architecte à Mariahülf, n° 38

LETTRE de M. le Général OREILLY
A Son Altesse le Prince de Neuchatel, Major-général.

J'ai l'honneur de prévenir votre Altesse que le juge de Matzleinstdorf, se disant porteur d'une lettre venant du quartier-général de S. M. l'Empereur S. A. R. l'Archiduc Maximilien me charge de vous envoyer cet homme avec cette lettre, puisqu'elle ne lui est point parvenue par la voie usitée en temps de guerre.

J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,
de votre Altesse,

Monseigneur,
Le très-humble et très-obéissant serviteur

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Le Comte OREILLY, Général.

Vienne ce 11 Mai 1809