La guerre d’Espagne

Siège de Ciudad-Rodrigo par l’armée française de Portugal

26 avril – 9 juillet 1810

(Texte de base tiré de J. Belmas. Journaux des sièges faits ou soutenus par les Français dans la Péninsule, de 1807 à 1814. Tome 3. Paris, 1836 – Notes, illustratons et compléments de la Rédaction)

 

Ciudad-Rodrigo est situé sur la frontière de Portugal, en avant de Salamanque. Cette place est de ce côté la clef de la vieille Castille. Elle ser­vait de point d'appui aux Espagnols pour entre­tenir la guerre dans la province, au moyen des secours qu'ils tiraient du Portugal, de la Galice et de l'Estrémadure, et elle offrait aux Anglais, postés sur la Coa, une bonne place d'armes pour ap­puyer leur offensive sur Salamanque et dans les plaines de Castille.

Dès le 10 février, le maréchal Ney, comman­dant du sixième corps dans la province de Sala­manque, sentant la nécessité de s’emparer de Ciudad-Rodrigo, se présenta sous les murs de cette place, dans l'espoir que la garnison, découragée par les succès de nos armées dans la Manche et dans l'Andalousie, se rendrait à la première sommation.

Le 12 février 1810, à sept heures et demie du matin.

Monsieur le gouverneur,

J'ai eu l'honneur de vous écrire, il y a quelques jours, pour vous faire des propositions relatives à la place que vous commandez.

En vous rappelant le contenu de mes lettres, je me bornerai à ajouter ce que vous savez déjà sans doute, que toutes les places de l'Andalousie ont ouvert leurs portes à S. M. C, et que tout annonce enfin l'entière pacification de l'Espagne. Vous êtes sans doute assez raisonnable, Monsieur le gouverneur, pour juger que rien ne peut, à l'avenir, retarder un si beau résultat,et c'est dans cette supposition que je vous supplie de m'en donner l'assurance en répondant à mes deux lettres.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le gouverneur, etc.

Signé : Maréchal DUC D'ELCHINGEN.

Mais la réponse du gouverneur lui ayant fait connaître qu'il ne pouvait se rendre maître de la place que par la force des armes[1],

Comme président de la junte supérieure de la vieille Castille, comme gouverneur de la place de Ciudad-Rodrigo , et comme militaire, j'ai juré de défendre cette place pour son légitime roi Ferdinand VII, jusqu'à la dernière goutte de mon sang, et je pense accomplir ce serment. Toute la garnison et les habitants de la ville ont pris la même résolution : c'est l'unique réponse que je puisse faire à vos propositions.

Signé : ANDRÈS DE HERRASTI[2]

il se retira à Salamanque pour préparer ses moyens d'atta­que.

Une nouvelle circonstance vint donner plus d'im­portance encore au siège de Ciudad-Rodrigo. Par son décret du 17 avril,

Palais de Compiègne, 17 avril 1810

DÉCRET.

Article premier. — Il est formé une armée sous la dénomination d’Armée de Portugal. Elle sera composée des 2e, 6e et 8e corps de l’armée d'Espagne, qui conserveront leur organisation actuelle.

ARt. 2. — La comptabilité de cette armée sera séparée de celle de l’armée d'Espagne, à dater du 1er mai. Elle aura un chef d'état-major, un intendant général, un général commandant la cavalerie, un général commandant l'artillerie, un général commandant le génie.

An. 3. — Nos ministres de la guerre, de l'administration de la guerre, du trésor public, notre major général, sont chargés de l'exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.

l'Empereur ordonna qu'une armée de soixante-dix mille hommes, formée des deuxième, sixième et huitième corps, et d'une ré­serve de cavalerie, serait réunie dans les environs de Salamanque sous les ordres du maréchal Masséna, prince d'Essling[3], pour tenter une troisième expédition en Portugal par la province de Beira; et cette armée devait commencer ses opérations par les sièges de Ciudad-Rodrigo et d'Almeida, afin de s'ouvrir la route de Lisbonne, et d'avoir des points de dépôt assurés à portée de la frontière.

« Autour du maréchal gravitait un nombreux état-major: avec 4 officiers d'ordonnance, 14 aides de camp. A l'appel de leurs noms, on sent le vent nouveau qui enfle les plumes des Aigles Impériales; place aux ralliés de la vieille noblesse et aux fils des illustrés parvenus : — le comte de Ligniville[4], superbe, très brave, comme il sied à l’un des quatre Grands Chevaux de Lorraine, est en plus un compagnon charmant; d’Aguesseau, grave comme sa race, téméraire à ses heures, courageux, quoique délicat de santé; le comte de Briqueville[5], d'antique chevalerie normande ; Casabianca, cousin de l’Empereur; Richebourg, le fils du sénateur; de Barral, le neveu de l'archevêque; Prosper Masséna[6], le fils du maréchal; les deux Marbot, dont le père fut président du Conseil des Anciens; Victor Oudinot[7], premier page de l’empereur; Octave de Ségur[8], fils du grand maître des cérémonies » (Geoffroy de Grandmaison. L’Espagne et Napoléon – 1809-1811. Paris, 1925)

Le maréchal Ney reçut l'ordre de préparer les approvisionnements nécessaires à l'expédition, et de réunir le matériel dont l'armée avait besoin pour les sièges qu'elle devait entreprendre. Il devait surtout faire de grands amas de vivres, pour nourrir les troupes dans le pays compris entre Ciudad-Rodrigo et Almeida, qui offrait un désert de plus de trente lieues d'étendue, où les armées espagnoles n'avaient rien laissé.

Le général Ruty[9], commandant de l'artillerie du sixième corps, fut chargé de faire venir de Bayonne et de Burgos un équipage de siège de cinquante bouches à feu ; deux mille chevaux ou mulets fu­rent mis à sa disposition pour ces transports.

« Les préparatifs de ce siège ont été longs et laborieux. Il a fallu faire venir de Bayonne tout le matériel, et cela par des routes sans cesse infestées par des guérillas, effondrées, crevassées par les pluies. » (Le carnet de campagne du commandant Giraud – 8 juin 1810 - Collection de Mémoires et souvenirs militaires. Paris, 1899.)

Le chef de bataillon Couche, commandant du génie, fit confectionner des gabions, des fascines et préparer deux équipages de pont sur chevalets pour passer l'Agueda. On créa des magasins, et l'on construisit un grand nombre de fours pour les be­soins de l'armée.

Ces immenses préparatifs, toujours si difficiles en Espagne et dans des contrées si éloignées des frontières de la France, furent encore retardés et contrariés par des pluies continuelles, par le mau­vais état des chemins et par les courses des guérillas, qui obligeaient de faire de nombreuses escortes; il fallut près de trois mois pour les compléter.

Le gouverneur de Ciudad-Rodrigo, D. Andrés de Herrasti[10], profita de ce temps pour préparer ses moyens de défense.

« Le gouverneur Herrasty a profité de ce temps pour organiser la défense de cette place bâtie sur un mamelon de la rive droite de l’Agueda. Ce ma­melon surplombe la rivière par des pentes escar­pées. » (Le carnet de campagne du commandant Giraud – 8 juin 1810 – Collection de Mémoires et souvenirs militaires. Paris, 1899.)

La ville comptait dix mille âmes. Un grand nombre d'habitants avaient pris les armes, ainsi que les paysans des environs, qui s'étaient réfugiés dans la place. La garnison était forte de six mille hommes, dont trois cent quarante lanciers, volontaires de Ciudad-Rodrigo, commandés par D. Julian Sanchez, chef de guérillas intrépide et le héros de la contrée.

Une division anglaise, forte de cinq mille hommes, sous les ordres du général Craufurd[11], était postée sur l'Azava, au pont de Marialva, en avant de Gallegos, et une division espagnole sous les ordres de D. Martin la Carrera se trouvait vers Carpio. Le voisinage de ces troupes et la promesse faite par lord Welling­ton de secourir la place, lorsqu'il en serait temps, excitaient l'enthousiasme de la garnison et des habitants.

Ciudad-Rodrigo occupe sur la rive droite de l'Agueda un mamelon élevé qui se termine sur cette rivière par des pentes très escarpées. Ses fortifications consistent en une antique muraille haute de trente-deux pieds, terrassée sur son pourtour, excepté du côté des escarpements qui bordent la rivière. Cette muraille est elle-même entourée d'une enceinte moderne, servant de fausse braie[12], terrassée, tracée en redans, et précédée d'un fossé revêtu, mais sans chemin couvert. La situation de cette fausse braie sur la pente de la colline est telle qu'elle ne couvre qu'une partie de l'enceinte principale, et le glacis lui-même, qui se trouve très roide, laisse en prise les escarpes aux premières batteries de l'assiégeant, et ne peut être battu que par les feux de flanc de l'enceinte. Les abords de la place se trouvent d'ailleurs obstrués par des faubourgs, des maisons, des jardins et des inégalités de terrain qui facilitaient les approches sur plusieurs points, jusqu'à portée de pistolet de la muraille. Au nord, la ville est dominée par deux hauteurs, le grand et le petit Teso; c'est le côté faible de la place, dont le sol s'abaisse dans cette partie, et ne se trouve qu'à huit mètres cinquante centimètres environ au-dessus de la vallée qui se trouve entre elle et le petit Teso. Le grand Teso commande de trente-deux mètres le fond de cette vallée, de treize mètres la crête de l'enceinte prin­cipale, de vingt et un mètres la crête de la fausse braie, et de quinze mètres le petit Teso.

La place était dans un état médiocre de défense ; mais rien ne manquait à son armement, puisqu'elle possédait la meilleure école d'artillerie de l'Espa­gne, et qu'elle était un de ses dépôts les plus précieux. Son arsenal, situé dans l'ancien château contigu à l'enceinte vers la porte du sud, était rempli d'une quantité immense d'armes et de mu­nitions. Quatre-vingt-six pièces d'artillerie se trou­vaient en batterie sur les remparts.

Le gouverneur fit entourer d'ouvrages en terre le grand faubourg de San-Francisco, qui couvrait les abords de la ville sur la route de Salamanque, et il fit retrancher les couvents de San-Francisco, de Santo-Domingo et de Sauta-Clara, pour servir d'appui à ces ouvrages : on construisit aussi sur l'en­ceinte la demie-lune[13] de Saint-André. Le couvent de la Trinité, trop rapproché de la place pour servir à la défense, fut rasé. Du côté opposé de la ville, le couvent de Sainte-Croix fut aussi retranché, et l'on démolit la partie de ce couvent qui faisait face à la place.

Les parapets de l'enceinte de la ville et de sa fausse braie furent réparés. On éleva sur le rem­part des traverses, des corps de garde et des blin­dages pour les munitions. On fit des dépôts de terre sur les places et dans les parties les plus larges des terre-pleins, pour servir au besoin. La ville possédait une grande quantité de poudre, qui fut déposée, faute d'abri à l'épreuve de la bombe, dans la tour de la cathédrale dont la voûte fut recouverte de terre. On établit également des blindages pour la garnison et pour les habitants dans tous les endroits convenables, et particuliè­rement contre le mur intérieur du rempart du côté des escarpements de la rivière. Enfin, le gou­verneur et la junte de la ville firent des achats considérables de vivres en Portugal. Le marquis de la Romana, capitaine général de l’Estramadure, y fit conduire aussi quelques approvisionnements de farine. Bientôt la place posséda deux cent quarante-sept mille rations de biscuit, et eut ses maga­sins remplis de légumes et d'autres denrées.

Les dispositions n'étaient pas encore terminées lorsque le maréchal Ney, impatient de commen­cer le siège, et sans attendre l'arrivée du ma­tériel de l'artillerie et du génie, détacha devant Ciudad-Rodrigo le général Mermet[14] avec deux bri­gades d'infanterie et une brigade de cavalerie. Ces troupes parurent eu vue de la place le 25 avril, et prirent position à l'est de la ville depuis Valdecarros jusqu'à Pedro de Toro, où le quartier gé­néral fut établi; en arrière de cette ligne, elles occupèrent les gorges de Santi-Spiritu où passe la route de Salamanque, ainsi que les gorges de San-Felicès que traverse le chemin de Valdecarros. Des postes de cavalerie furent placés sur l'Agueda pour surveiller les mouvements des Anglais.

« Dès le 1er mai (le 25e dragons) est installé sur les bords de l'Aguéda, établissant la liaison sur ce point avec la di­vision d'infanterie du général Loison. Vigoureusement attaqué par un parti ennemi de forces considérables, il livre, le   1er   mai, un brillant combat qui lui cause quelques pertes. » (Historique du 25e régiment de dragons. De Bourqueney. Tours, 1890)

Ney s’empresse d’informer Berthier de la situation :

Salamanque, le 28 avril 1810.

Monseigneur,

Les rapports des généraux Marchand[15] et Loison[16] m'annoncent que le blocus de Ciudad-Rodrigo a eu lieu hier, conformément à mes ordres ; l'ennemi a fait une assez grande résistance, et l'on a été obligé de pousser vigoureusement les postes, qu'il avait extérieurement, afin de les forcer à rentrer dans la place.

D'après les renseignements que les généraux Mancune et Ferey[17] ont recueillis des prisonniers et des habi­tants, il paraît que les Anglais s'approchent de Ciudad-Rodrigo. Ils ont des postes d'infanterie et de cavalerie à Fuente Guinaldo, Bodon, la Encina et Pastores; ils ont même fait demander des vivres le 25 à Sango, à Hergugela et à Martiago, et hier, une de leurs recon­naissances est venue faire le coup de pistolet avec nos postes de cavalerie légère à Zamarras. L'Agueda n'est praticable pour la cavalerie que vers Sango,

La division la Carrera est toujours à Coria. Le dé­tachement de troupes que j'ai à Dejar, Monte-Mayor et Baños, a poussé le 24 une reconnaissance jusqu'à Plasencia, et n'a trouvé dans cette ville qu'une cinquan­taine de malades espagnols qui étaient à l'hôpital.

Les guérillas occupent la vallée du Tage depuis le Tiétar jusqu'à Arzohispo. Un détachement du onzième régiment de dragons a donné, le 23 de ce mois, sur deux ou trois cents de ces brigands, vers Tornavacas, en a sabré un bon nombre, leur a pris des bagages, et a délivré quinze soldats du régiment Royal étranger.

J'attends toujours avec la plus grande impatience la décision de l'Empereur sur l'entreprise du siège de Ciudad-Rodrigo.

Je vous renouvelle, Monseigneur, l'assurance de ma très-haute considération.

Signé : MARÉCHAL, DUC D'ELCHINGEN.

 

Le 7 mai

« l'armée arriva à San Pedro de Toro, à l'entrée de la plaine de Ciudad-Rodrigo. Les pluies continuelles ne permettant pas d'activer les opéra­tions du siège, on mit à profit ce repos forcé pour organiser des parcs d'artillerie, des hôpitaux et des manutentions pour les vivres. » (Historique du 69e de ligne)

Le 12 mai, le général Mermet écrivit au gou­verneur pour traiter de la reddition de la place

Mais celui-ci fit dire à l'officier français qui s'était avancé en parlementaire, qu'on ne se donnât pas la peine de lui faire de nouvelles propositions, qu'il s'en tenait à la réponse qu'il avait déjà faite, et qu'il ne traiterait qu'à coups de canon.

Les troupes légères de la garnison cherchèrent à inquiéter nos camps par de fréquentes attaques; et le général Craufurd, commandant l'avant-garde de l'armée anglaise, vint plusieurs fois re­connaître nos avant-postes.

Le mois de mai se passa ainsi. Nos soldats cons­truisirent des baraques, et firent des gabions et des fascines. On reçut de Salamanque plusieurs effets de siège ; mais les arrivages éprouvaient de grandes difficultés, tant à cause de la distance, qui est de vingt lieues, que par le mauvais état des che­mins que les pluies continuelles avaient rendus impraticables, malgré de grandes réparations qui y avaient été faites. On établit un dépôt intermé­diaire à Sanmuños, à peu près à égale distance de Salamanque et de Ciudad-Rodrigo. Mais tel était le mauvais état des chemins, que le premier convoi mit sept jours pour y arriver.

Le 28 mai, le maréchal Masséna arriva à Sala­manque[18]. Le maréchal Ney en partit le même jour avec son état-major et les troupes du sixième corps, pour faire le siège de Ciudad-Rodrigo.

« Le 28 mai, le 6e corps investit la place. Le 3e hussards fut mis à Martino del Rio et le 15e chasseurs à Restorillo. Le temps était épouvantable ; depuis plus de six semaines il n’avait cessé de pleuvoir. » (Historique du 15e régiment de chasseurs à cheval. H. Magon de la Giclais. Paris, 1895)

Il arriva en vue de la place le 30 mai, et donna aus­sitôt des ordres pour débusquer les Espagnols des positions avancées qu'ils occupaient en avant de l'enceinte. Cette opération fut commencée dès la nuit même et continuée les jours suivants. Nos troupes s'emparèrent des moulins de los Canizos et de Baragan, situés au bord de l'Agueda, l'un en amont et l'autre en aval de la ville, et qui étaient fort utiles à la garnison.

Le 1er juin, on jeta un pont de chevalets sur l'Agueda au-dessus du couvent de la Caridad, à deux mille cinq cents toises en amont de la ville. Ce pont fut couvert par une lunette en terre, palissadée à sa gorge et flanquée de la rive droite par des batteries.

Le chef de bataillon Couche, commandant du génie, et le général Ruty, commandant de l'artillerie, firent la reconnaissance de la place et présentèrent au maréchal Ney un projet pour attaquer le sail­lant arrondi qui se trouve du côté du nord, près de la tour du Roi, en occupant les hauteurs du grand et du petit Teso.

En 1706, Ciudad-Rodrigo avait été assiégé de ce côté par les Portugais unis aux Anglo-Hollandais, qui, au lieu de s'avancer par les hauteurs, débouchèrent de la plaine à l'est du grand Teso, et cheminèrent jusqu'au couvent de San-Francisco, où ils établirent deux batteries de brèche de seize pièces, qui ouvrirent la place un peu à droite de l'arrondissement du saillant du nord. Cheminant ensuite à travers les maisons et les jardins, ils s'avancèrent jusqu'à trente toises de la fausse braie, et là ils établirent une parallèle et une batterie de trente mortiers pour soutenir les colonnes d'assaut. La place succomba après neuf jours de siège.

Dans la nouvelle attaque, on espérait qu'en s’é­tablissant immédiatement sur le grand Teso, on pourrait de là faire brèche à la fois aux deux en­ceintes, et protéger suffisamment les chemine­ments dirigés vers la muraille. Ce projet ayant été adopté par le maréchal Ney, on construisit en arrière du grand Teso un vaste hangar pour mettre à l'abri les dépôts de poudre et les arti­fices, les localités n'offrant pour cet objet aucun lieu couvert à portée de l'attaque. Le village de Pedro de Toro et le couvent de la Caridad furent désignés pour l’emplacement des parcs et des ap­provisionnements.

Le 3 juin, le maréchal Masséna vint visiter les camps et passa les troupes en revue.

« Le maréchal Masséna visite les cantonnements du 6e corps et passe en revue les troupes, qu’il trouve superbes et animées du meilleur esprit » (Historique du 25e dragons)

« Le 3 juin, nous avons passé la revue du prince d'Essling, à portée du canon de la place. L'ennemi qui, ces jours derniers, tirait sur tous les buts qu'il apercevait, — même sur un seul homme isolé, — n'a pas osé tirer sur nous, ce jour-là, un seul coup de canon. C'était sans doute pour jouir du spectacle imposant de nos colonnes se déployant devant leur place, sans broncher et à portée du calibre de siège. » (Le carnet de campagne du commandant Giraud – 8 juin 1810 – Collection de Mémoires et souvenirs militaires. Paris, 1899.)

Il fit la reconnaissance de la place, et approuva le choix du point d'attaque. Mais il pensa que tous les moyens de siège n'étant pas encore réunis, le maréchal Ney avait commencé trop tôt son mouvement.

« Je dois vous dire, Monseigneur, que je crois que le maréchal duc d’Elchingen s’est trop pressé. Il s’en faut de beaucoup que tout soit en mesure,et il est fâcheux que son corps d’armée soit déjà placé en entier aux environs de Rodrigo (…) Le 6e corps n’est pas assez fort pour faire en même temps le siège et couvrir la place. Le 8e ne peut guère l’appuyer que par une division, parce qu’il a différents points essentiels à garder. » (Masséna à Berthier – 5 juin 1810)[19]

On continua de resserrer la garnison sur la rive droite, et l'on établit devant les faubourgs de petits postes fortifiés pour contenir les sorties. Cette mesure fut adoptée successivement sur toute la ligne de circonvallation, de sorte que l'ennemi ne tint bientôt plus aucun homme hors de ses défenses. Le 5 juin, on jeta un deuxième pont de chevalets au gué de Loro en aval de la ville. Au moyen de ce pont et de celui qui déjà se trouvait en amont, la division Marchand, une partie de la di­vision Mermet et la brigade de cavalerie du géné­ral Lamotte[20] se portèrent sur la rive gauche pour compléter l'investissement de ce côté, et observer les mouvements de l'armée anglaise. Le huitième corps se rapprocha de l'Agueda[21]. La première division de ce corps, commandée par le général Clausel[22], et la deuxième division sous les ordres du général Solignac[23], prirent position l'une à San-Felicès, l'autre à Ledesma, afin d'appuyer la droite de l'armée et de soutenir les opérations du siège.

Peu de temps après, deux brigades d'infanterie de la division Clausel et la brigade de cavalerie du gé­néral Sainte-Croix[24] se portèrent sur la rive gauche, pour renforcer les troupes du sixième corps qui s'y trouvaient déjà : le général Junot prit le com­mandement de toutes ces troupes. En même temps le général Reynier[25] qui, avec le deuxième corps, couvrait la gauche entre le Tage et la Guadiana, reçut l'ordre de porter des troupes à Coria et à Plasencia, sur la rive droite du Tage, pour commu­niquer avec le sixième corps, par le col de Baños; il devait en outre faire de fréquentes reconnais­sances sur Badajoz, afin de s'assurer si le corps anglais du général Hill[26], campé à Portalègre, ne se réunissait pas à l'armée anglo-portugaise pour faire lever le siège de Ciudad-Rodrigo. Les dispositions du prince d'Essling étaient donc telles, que, bien qu'il assiégeât Ciudad-Rodrigo, il pouvait manœu­vrer suivant les circonstances et les mouvements de l'ennemi.

Le 6 juin à midi, quatre cents hommes sorti­rent de la place par la porte de la Collada, et s'avancèrent le long de la rivière jusqu'au moulin de Baragan où se trouvaient nos avant-postes. Leur but était de détruire une plantation de peupliers qui, dans cette partie, masquait les feux de la place sur l'une et l'autre rive. Nos troupes les repoussèrent, mais ne purent les empêcher de cou­per les arbres les plus rapprochés de l'enceinte, ni de détruire quelques couverts.

« Le 6 juin, les Espagnols font une sortie sans résultat. » (Historique du 15e régiment de chasseurs à cheval. H. Magon de la Giclais. Paris, 1895)

Le mauvais temps qui, depuis plus d'un mois, retardait les opérations du siège, cessa enfin, et l'on put activer le transport de la grosse artillerie. Le 8 juin, un premier convoi arriva devant la place; les autres se succédèrent sans interruption. Le maréchal Ney, accompagné des commandants du génie et de l'artillerie, reconnut l'emplacement de la première parallèle sur la hauteur du grand Teso. Désirant dérober à l'ennemi le moment de l'ou­verture de cette parallèle, il ordonna de s'emparer d'avance des points par lesquels elle devait passer.


Cet ordre fut exécuté; et, dans la nuit du 11 au 12 juin, on construisit sur la crête de la hauteur plusieurs postes retranchés qui furent occupés par les meilleurs tireurs de l'armée réunis en bataillon, sous les ordres du capitaine François.

« Le duc d’Elchingen eut l’idée de réunir ses meilleurs tireurs et d’en former un bataillon de sic compagnies, dont il donna le commandement au capitaine François : ces braves, destinés aux coups de main, devaient garder les points les plus exposés de la tranchée. Pour leur début, ils s’emparèrent, dans la nuit du 11 au 12, de la crête des hauteurs où devait passer la première parallèle, et occupèrent plusieurs postes : » (Mémoires de Masséna)

De son côté, l'ennemi plaça dans le clocher du couvent San-Francisco des chasseurs adroits qui, par un feu continuel et bien dirigé sur nos tirailleurs, les in­quiétèrent beaucoup.

Pour en imposer davantage à l'ennemi et lui donner le change sur nos véritables intentions, le maréchal Ney ordonna de faire une fausse attaque sur la partie de l'enceinte opposée à celle où l'atta­que réelle devait avoir lieu. En conséquence, dans la nuit du 14 au 15 juin, on ouvrit de ce côté une portion de parallèle d'environ quatre cents mètres de longueur. Au jour, ces travaux attirèrent l'at­tention de l'ennemi, qui dirigea sur eux un feu nourri d'artillerie et de mousqueterie.

Notre artillerie était enfin parvenue à réunir, tant au dépôt de Sanmuños que devant Ciudad-Rodrigo, un équipage de siège de cinquante bou­ches à feu, savoir : dix pièces de 24, sept de 16, douze de 12, onze mortiers, huit obusiers et deux pierriers; chaque pièce était approvisionnée à sept cents coups. Le génie n'avait reçu aucun maté­riel de Bayonne, et chaque compagnie de sapeurs n'avait que son caisson d'outils. On ramassa toutes les pelles et les pioches qu'on put trouver dans les campagnes, et l'artillerie en fournit six mille de ses dépôts à Salamanque. Le beau temps étant revenu et tout étant prêt pour commencer le siège, le maréchal Ney donna l'ordre d'ouvrir la tranchée.

« Depuis plus de six semaines il n’avait cessé de pleuvoir ; mais enfin le temps s’étant rasséréné, le duc d’Elchingen ouvrit la tranchée dans la nuit du 15 au 16. Masséna, retenu à Salamanque par les soins de l’administration, avait chargé le général Eblé d’assister à cette opération. » (Mémoires de Masséna)

« Nous avons ouvert  la tranchée, devant cette place, le 15 du mois dernier (15 juin – ndlr) » (Le carnet de campagne du commandant Giraud – 10 juillet 1810 – Collection de Mémoires et souvenirs militaires. Paris, 1899.)

« La tranchée sur la fausse attaque est ouverte dans la nuit du  14 au  15 juin;  celle du côté de la véritable attaque est ouverte  dans la  nuit du 15 au 16. » (Historique du 25e régiment de dragons. De Bourqueney. Tours, 1890)

 

Nuit du 15 au 16 juin.

La première parallèle fut tracée sur la crête du grand Teso, à cinq cents mètres environ de la place. Elle s'étendait à la droite dans la plaine, et se terminait à cent mètres de la rivière. Son déve­loppement était d'environ treize cents mètres.

« Le 15 juin, à 10 heures du soir, la première parallèle tracée sur la crête du grand Teso, à environ 500 mètres de la place, sur un développement de 1.300 mètres, fut ouverte par 2.200 travailleurs, protégés par 9 compagnies de grenadiers sous le commandement du chef de bataillon Delone, du 6e léger. » (Mémoires de Masséna)

On commença en même temps deux communications pour y arriver. Ces travaux furent exécutés par deux mille quatre cents travailleurs et couverts par neuf compagnies de grenadiers, soutenues elles-mêmes par une réserve de quatre bataillons. La lune était dans son plein, le ciel était pur, et le terrain, composé de gros graviers et de cailloux, était très dur à piocher. Il semblait impossible de dérober les travaux à l'ennemi, qui néanmoins ne s'en aperçut pas, toute son attention étant portée vers la fausse attaque. Les travailleurs n'essuyèrent que quelques volées de mitraille que les Espagnols qui, depuis plusieurs nuits, s'attendaient à être at­taqués, tiraient par intervalle et au hasard.

Cette nuit-là même, le maréchal Ney, pour mieux tromper l'ennemi, fit attaquer le faubourg du Pont sur la rive gauche de l’Agueda. Nos troupes s'emparèrent de ce faubourg sans beaucoup de ré­sistance; mais, comme il aurait été trop difficile de s'y maintenir de jour contre les feux plongeants de la place, on se contenta de se tenir en dehors et d'élever autour de petits retranchements, afin de contenir les sorties de la garnison. Notre perte totale fut d'une trentaine d'hommes. Dans la journée, on continua les travaux de la première parallèle, malgré la canonnade de l'enne­mi, qui tira aussi contre le faubourg du Pont, et mit le feu à plusieurs maisons.

 

Nuit, du 16 au 17 juin.

On élargit la parallèle et ses communications ; mais on travailla plus particulièrement à y ouvrir des saignées pour faire écouler les eaux qu'une pluie continuelle et des sources abondantes avaient amassées dans les tranchées.

A neuf heures du matin, l'ennemi envoya sur la gauche de notre parallèle, une quinzaine de tirailleurs, qui s'éloignèrent après avoir échangé quelques coups de fusil; ce n'était qu'une reconnaissance. Mais à trois heures de l'après-midi, une colonne de deux cents hommes d'infanterie, soutenue par une forte réserve, déboucha du même coté, cherchant à nous déborder. La garde de tranchée marcha à l'ennemi, il repoussa et lui fit quelques prisonniers. Nous eûmes sept ou huit hommes de blessés. Cette sortie, quoique insigni­fiante, fit sentir la nécessité de prolonger la paral­lèle par un retour sur la gauche ; elle fut d'ailleurs la seule que la garnison hasarda pendant toute la durée du siège.

 

3e et 4e Nuit, du 19 au 20 juin.

On exécuta à la gauche de la première parallèle, la partie en retour qui avait été jugée nécessaire pour faire face aux sorties. On porta la largeur de la parallèle à dix pieds, sur tout son développement, et l'on y établit des banquettes pour faire la fusillade. On eut beaucoup de peine à la débarrasser des eaux, surtout dans la plaine où elle se trouvait entièrement submergée;  la communication de gauche était aussi fort bourbeuse. Un déserteur espagnol échappé de la place donna quelques dé­tails sur la force de la garnison et sur l'esprit des habitants.

 

5e. Nuit du 19 au 20 juin. L'artillerie commença six batteries.

Le n° 1, de quatre obusiers, établi à la droite de la première parallèle devant la maison de l'évêque, devait battre d'écharpe le saillant arrondi de l'enceinte de la ville, et ruiner le couvent de Sainte-Croix.

Le n° 2, de dix mortiers de huit et de six pouces, placé en avant du centre de la première parallèle, devait bombarder la ville.


Le n°3, de six pièces de 12, construit sur la pente du Teso, devait ruiner les défenses du front d'attaque.

Le n° 4, de sept pièces de 16, élevé près de la crête du Teso, devait battre en brèche le saillant arrondi de l'enceinte de la ville.

Le n° 5, de neuf pièces de 24 fut placé à la gauche de la parallèle et devait battre en brèche le saillant arrondi de l'enceinte de la ville.

Le n° 6, de six pièces de 12 et de quatre obusiers, fut construit entre la redoute et le redan de la crête du Teso. Cette batterie, qui avait elle-même la forme d'un redan, devait par sa face droite prendre d'écharpe le front d'attaque, et par sa face gauche battre le couvent de San-Francisco.

Cette disposition d'artillerie opposait à l'ennemi quarante-six bouches à feu qui, réunies toutes vers la gauche de la première parallèle, pour pro­fiter de l'avantage que leur donnait l'élévation du terrain, avaient particulièrement pour objet de battre en brèche et d'incendier la ville; mais il est à remarquer qu'aucune d'elles ne se trouvait établie pour tirer à ricochet, et qu'il n'y en avait qu'un très petit nombre destinées à battre de plein fouet les pièces de l'ennemi sur tout le développement du front d'attaque. Ces circonstances, par la suite, causèrent un grand retard dans la marche des cheminements.


On termina la première parallèle et les communications où les eaux avaient produit des éboulements. L'ennemi qui tirait beaucoup nous blessa un officier et vingt-cinq travailleurs.

Dans la journée, un nouveau convoi d'artillerie arriva au parc.

 

6e Nuit, du 20 au 21 juin.

On ouvrit deux cheminements en avant de la parallèle, l'un à gauche, dirigé vers la place; l'autre à droite, dirigé vers le couvent de Sainte-Croix. Notre artillerie n'étant pas encore en mesure de protéger les travaux, les officiers du génie y sup­pléèrent en plaçant en avant, à une distance de cent pas, des tirailleurs qui s'établirent dans des trous par groupes de trois, avec des sacs à terre, des cartouches et des vivres pour vingt-quatre heures. Cette méthode, employée pendant toute la durée du siége, fut d'un très bon usage, et fit per­dre à l'ennemi beaucoup de canonnière. Nous eû­mes un officier et quinze hommes de blessés.

Dans la journée, les Anglais dirigèrent vers la place une forte reconnaissance, qui fut repoussée jusqu'au delà de Carpio par le général Loison à la tête de deux bataillons d'infanterie et de quatre régiments de cavalerie.

« Il me semble résulter, Monseigneur, de ce mouvement des Anglais, ou qu’ils de concentrent pour prendre une bonne position et nous y attendre, ou qu’ils veulent s’opposer au siège à l’instant où le feu commencera » (Masséna à Berthier, 23 juin)

Les pièces de 24 arrivèrent au parc, et tout le matériel de l'artillerie se trouva réuni devant la place.

 

7e Nuit, du 21 au 22 juin.

On perfectionna les deux boyaux entrepris la nuit précédente, et l'on termina celui de droite par un retour d'environ soixante mètres. On porta à moins de cinquante mètres du couvent Sainte-Croix la ligne de tirailleurs qui couvrait les tra­vaux. L'ennemi tira beaucoup; le lieutenant du génie Viard fut légèrement blessé d'un éclat d'obus. On continua les travaux des batteries, et, au jour, le général Ruty[1], commandant de l'artillerie, traça la direction des embrasures.

Sur ces entrefaites, il arriva un petit événement qui montre qu'en aucune circonstance à la guerre le service ne peut être négligé impunément. D. Julian Sanchez, qui s'était jeté dans la place avec trois cent quarante lanciers de sa bande, jugeant que, une fois nos batteries terminées, sa cavalerie ne pourrait plus être d'un grand secours à la garnison, résolut de s'échapper pour aller rejoindre, vers Alemada et Martiago, la division espagnole du général la Carrera. Il fallait, pour cela, se faire jour à travers les postes français, ce qui n'était pas facile; mais Sanchez avait observé que le détachement qui sur­veillait la route de Fuente Guinaldo, sur la rive gauche de l'Agueda, se gardait mal du côté de la ville, d'où ce détachement croyait n'avoir à redouter aucune surprise, parce qu'il en était séparé par la rivière. Ce fut par là que Sanchez résolut de passer. Pendant la nuit, et à la tête de sa petite troupe, il tomba brusquement sur le piquet qui gardait la route, et il eut le temps de gagner les bois voisins avant que ce piquet fût monté à che­val, et se fût mis en mesure de l'arrêter.

 

8e Nuit, du 22 au 23 juin.

On n'employa qu'un très petit nombre de tra­vailleurs à perfectionner les cheminements et à régaler les parapets sur tout le développement de la première parallèle. Les Espagnols augmentèrent leur artillerie sur le front d'attaque, et firent un feu plus vif que les jours précédents.

 

9e Nuit, du 23 au 24 juin.

L'ennemi occupait encore sur les flancs de notre attaque les deux couvents de Saint-François et de Sainte-Croix, sur lesquels, dès le commencement du siège, on aurait dû s'avancer afin de protéger de là nos cheminements sur la place. Celui de droite, défendu par cent hommes, devenait surtout important à occuper par son voisinage de nos tranchées. Le maréchal Ney ordonna de s'en em­parer.

A minuit, aussitôt après le coucher de la lune, une colonne de cent cinquante grenadiers, sous les ordres du capitaine François, sort des chemi­nements avancés, et se dirige par la droite sur la porte d'entrée du couvent, située près de l'église du côté de la place. Soixante grenadiers chargés de bois sec et de fascines goudronnées suivaient cette colonne, à la tête de laquelle marchait le capi­taine du génie Maltzen, avec douze sapeurs, por­tant des sachets de poudre en guise de pétards. Le capitaine Maltzen arrive à la porte du couvent qu'il trouve barricadée; il la fait sauter avec un sac de poudre, et pénètre dans une première cour au sud de l'église. Une seconde porte renversée de la même manière donne accès à nos grenadiers qui bientôt envahissent tout le rez-de-chaussée du couvent. Mais les Espagnols s'étant réfugiés dans l'étage supérieur, font pleuvoir sur nos braves une grêle de grenades et de balles. Le capitaine Fran­çois est tué en voulant forcer l'escalier, et le ca­pitaine Maltzen est lui-même blessé mortellement en cherchant à rallier les soldats que la perte de leur chef avait ébranlés. Pendant cette attaque, le capitaine du génie Treussart devait ouvrir le mur du jardin du couvent qui fait face à la pa­rallèle, pour nous donner entrée de ce côté. Il parvint, sous la fusillade la plus vive, à fixer contre ce mur, à quelques pieds au-dessus du sol, un baril de cent livres de poudre, et y mit le feu. L'explosion fit beaucoup de bruit, mais ne renversa pas le mur. Le capitaine Treussart se porta alors dans le couvent avec quelques sapeurs, y mit le feu, et se retira avec nos troupes. Les Espagnols se défendi­rent avec un acharnement extrême; et, malgré les progrès de l'incendie, on les vit continuer de tirer par les fenêtres et de dessus les toits où une partie s'étaient réfugiés. Nous eûmes dans cette affaire une quinzaine d'hommes mis hors de com­bat. Quelques démonstrations avaient eu lieu en même temps contre les faubourgs du Pont et de Saint-François.

A la faveur de ces attaques, on ouvrit sur cha­cun des cheminements deux branches de zigzag de cent vingt mètres de longueur. Mais le feu de la place, favorisé par la grande clarté de l'incendie du couvent de Sainte-Croix, força nos travailleurs de se retirer avant d'avoir pu se couvrir. Notre perte totale, dans cette nuit, fut de quinze hom­mes tués et de cinquante blessés.

 

10e Nuit, du 24 au 25 juin.

On continua de pousser en avant la tête des deux cheminements. L'ennemi, qui s'était logé dans les parties non incendiées du couvent de Sainte-Croix, enfila notre cheminement de droite, et nous obligea de l'abandonner. Toutes les batte­ries furent armées et approvisionnées. Le maré­chal Masséna arriva de Salamanque, et fixa définitivement son quartier général devant la place, au couvent de la Caridad.

A quatre heures du matin, notre artillerie ouvrit son feu contre la ville.

« Hier 25, à quatre heures du matin, j’ai fait commencer le feu sur la place avec quarante-six pièces ; il paraît que la garnison ne s’attendait pas encore. » (Masséna à Berthier, 26 juin)

Les obusiers et les mortiers des batteries n° 1 et 2, mirent le feu dans plusieurs quartiers. Les batteries n° 3, 4 et 5, di­rigées sur le saillant arrondi du rempart, démontèrent les quatre ou cinq pièces qui s'y trouvaient, et commencèrent la brèche. La batterie n° 6 ne produisit que peu d'effet, et fut bientôt réduite au silence par le canon de la place. Après quelques heures de tir, des obus mirent le feu aux maga­sins à poudre des deux batteries n° 4 et 5, qui ren­fermaient neuf mille livres de poudre; l'explosion fit de grands dégâts dans ces batteries, où nous eûmes cent hommes mis hors de combat. Cet ac­cident ralentit beaucoup notre feu; et, quoique un événement semblable arrivât le même jour à l'assiégé, celui-ci conserva intacts ses feux non ri­cochés à droite et à gauche un saillant que nous n'avions fait qu'ébrécher. Il conserva surtout un grand nombre de mortiers et d'obusiers qui, bien couverts par les parapets des remparts, tourmen­tèrent beaucoup nos batteries et nos tranchées.

Ainsi se termina la première journée de feu. Plusieurs de nos pièces furent démontées, et nos batteries furent dégradées. Le lieutenant d'artille­rie Lamore fut tué; le chef de bataillon d'artillerie Delpire et le capitaine Augé, de la même arme, furent blessés. Le prince d'Essling, venu pour voir l'effet des batteries, fut témoin de l'explosion des magasins à poudre. Il rendit compte au major gé­néral du résultat de cette journée.

 

11e Nuit, du 25 au 26 juin.

L'artillerie travailla à réparer les dégâts de ses batteries. Quelques volées de canon furent dirigées contre le couvent de Sainte-Croix, que trois cents grenadiers assaillirent ensuite avec rapidité; l'en­nemi se retira dans la place sans faire de résistance. On se barricada aussitôt dans le couvent; on y fit plusieurs brèches du côté de la campagne pour en faciliter la reprise en cas d'attaque, et l’on fit une communication pour y arriver. Nous nous as­surâmes ainsi de la possession de ce couvent qui, situé à cent vingt mètres du pied du glacis, devint un excellent poste pour appuyer notre droite. L'ennemi, presque exclusivement occupé à répa­rer les dégâts de ses batteries, tira peu. Nous n'eûmes que deux hommes de tués et deux de blessés.

A la pointe du jour, notre artillerie recommença son feu avec une nouvelle activité. Les batteries n° 1 et 2 incendièrent plusieurs maisons, les batteries n° 4 et 5 continuèrent de ruiner l'escarpe du saillant arrondi jusqu'à la tour du Roi inclusivement, et la batterie n° 6 fit sauter un des ma­gasins à poudre de l'ennemi. Néanmoins, notre artillerie n'eut pas un avantage décidé, et l'ennemi, qui avait beaucoup de munitions, et changeait souvent ses pièces, nous criblait de coups. Nous eûmes un assez grand nombre d'hommes de tués et de blessés, et parmi ces derniers, le chef de ba­taillon d'artillerie Husson.

 

12e Nuit, du 26 au 27 juin.

On ouvrit à la sape volante un troisième retour sur chacun des deux cheminements. Ce travail, exécuté sous un feu très vif de la place, nous coûta plusieurs hommes. Le capitaine du génie Treussart eut un pan de son habit emporté par un biscaïen, et le lieutenant du génie Barbier eut l'épaule traversée d'une balle.

Le maréchal Ney, sentant la nécessité de s'em­parer du couvent de Saint-François, d'où l'ennemi prenait de revers toute la gauche de nos attaques, ordonna de l'attaquer. Trois cents grenadiers et vingt sapeurs munis de haches, de sachets de pou­dre et d'autres moyens incendiaires, furent com­mandés pour cette expédition, des troupes s'avan­cèrent jusque près des murs du couvent ; mais elles y furent reçues par une fusillade si vive qu'elles se débandèrent sans qu'il fût possible de les rallier. Le capitaine du génie Cathala, qui commandait les sapeurs, fut le seul qui parvint à la porte du couvent; il ne se retira que quand tout espoir de succès fut évanoui. On avait fait la faute de former cette colonne, comme pour une corvée, de deux hommes par compagnie dans tous les corps d'in­fanterie de l'armée; et des soldats ainsi réunis ne pouvaient avoir cet esprit de corps si nécessaire dans une troupe pour un coup de vigueur.

Nos batteries de mortiers et d'obusiers conti­nuèrent à tirer pendant la nuit, lançant dans la ville de soixante à soixante-dix bombes par heure. A la pointe du jour, les batteries de canon repri­rent leur feu. Deux pièces de 12, qui avaient remplacé deux obusiers dans la batterie n° 3, se trou­vèrent bientôt hors de service. Une pièce de 16 de la batterie n° 4 éclata et blessa plusieurs hommes. Nous eûmes dans les batteries deux hommes de tués et vingt-cinq de blessés.

 

13e Nuit, du 27 au 28 juin.

On prolongea jusqu'au couvent de Sainte-Croix le troisième retour de droite, et l’on amorça le quatrième retour sur une longueur de trente mè­tres; mais l'ennemi pointa sur la tête de la sape deux pièces qui en peu de temps renversèrent plu­sieurs gabions, tuèrent deux hommes et en bles­sèrent quatre : on suspendit le travail, qui ne put être repris que deux heures après, lorsque l'en­nemi eut ralenti son feu. Le capitaine de sapeurs Tiremois eut la cuisse fracassée d'un biscaïen, et mourut quelques jours après.

Au cheminement de gauche, on entreprit à la sape volante le troisième retour. L'artillerie, qui pendant la nuit avait continué le bombardement de la ville et réparé ses batteries, reprit à la pointe du jour son tir en brèche. A deux heures de l’après-midi, la fausse braie et l'escarpe du saillant arrondi du corps de place étaient en ruine. Mais la muraille de l'enceinte principale, construite du temps des Maures, était formée d'une maçonnerie extrêmement dure, que nos batteries, placées à plus de cinq cents mètres de distance, ne pou­vaient détruire complètement. On crut cependant que la brèche était praticable; et le maréchal Ney, ayant fait cesser le feu, envoya un parlementaire au gouverneur pour le sommer de se rendre.

 

« Monsieur le Gouverneur,

Les sommations que j’ai eu l’honneur de vous faire précédemment, et auxquelles vous avez répondu d’une manière négative, m’ont obligé à déployer des moyens formidables qui ont dû vous convaincre que la forte­resse dont le gouvernement vous est confié, ne peut plus tarder à être réduite à la dernière extrémité.

Son Altesse le prince d’Essling, commandant en chef l'armée de Portugal, qui est ici présent et dont la loyauté et l'humanité sont connues, m'ordonne, M. le gouver­neur, de vous faire cette dernière sommation.

Je me plais à rendre justice à votre belle défense et au courage qu'ont montré les troupes de votre garnison ; mais ces considérations, toujours si recommandantes près des armées françaises, seront à l'avenir perdues pour vous, si vous persistez à vous défendre plus longtemps. Vous forcerez alors Son Altesse le prince d'Essling à vous traiter avec toute la rigueur que les lois de la guerre autorisent.

Si vous avez eu l'espoir d'être secouru par les An­glais , vous êtes sans doute détrompé maintenant. En effet, comment auriez-vous pu ne pas reconnaître que, si telle avait été leur intention, ils n'auraient pas at­tendu pour le faire, que Ciudad-Rodrigo eût été réduit à l'état déplorable dans lequel il se trouve ?

Votre situation, soyez-en bien convaincu, M. le gouverneur, ne peut qu'empirer. Vous avez à choisir entre une capitulation honorable et la vengeance terri­ble d'une armée victorieuse.

Je vous prie de me répondre, et de me dire d'une manière positive ce que vous aurez préféré.

Agréez, M. le gouverneur, etc.

Signé : Maréchal DUC D’ELCHINGEN.

Pendant la suspension des hostilités, les Espa­gnols s'empressèrent de faire un parapet en sacs à terre au sommet de la brèche, de déblayer le pied de l'escarpe, et de réparer leurs batteries. En­fin, après un retard de plus de trois heures, le gouverneur répondit qu'il ne pouvait se rendre, parce que la brèche n'était pas praticable, mais il demanda la permission d'envoyer un courrier à lord Wellington, et proposa une suspension d'armes jusqu'au retour de ce courrier

Après quarante-neuf années de service, je connais les lois de la guerre et mes devoirs militaires.

La place de Ciudad-Rodrigo n'est point en état de capituler, et n'a point de brèche formée qui l'y oblige. En conséquence, je ne puis qu'engager V. Exe. à continuer ses opérations contre la place. Je saurai moi-même, par égard pour l'humanité, et quand les cir­constances m'en feront un devoir, demander à capituler, après avoir mis à couvert mon honneur qui m'est plus cher que la vie.

Mais comme l'officier envoyé par V. Exe, a laissé croire que sa générosité serait telle, qu'elle voudrait bien me permettre d'envoyer des dépêches au général anglais lord Wellington, j'accepte cette proposition. Les hostilités pourront être suspendues, et les choses rester in statu quo jusqu'au retour du courrier, et selon la réponse qu'il portera, je ferai à V. Exe. les ouver­tures convenables.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Signé : ANDRÈS DE HERRASTI.

 

Le maréchal Ney, sans répondre à cette demande, fit reprendre le feu.

La résolution de l'ennemi surprit l'armée. La plupart des généraux et des officiers avaient faus­sement pensé, au commencement du siège, qu'il suffirait de chauffer la ville et d'y faire une brèche bonne ou mauvaise, pour décider la garnison à se rendre. On n'avait songé qu'à l'armée anglaise, et cette idée avait influé sur la direction des attaques. Mais du moment que la réponse du gouverneur eut fait connaître sa détermination, il devenait né­cessaire de prendre de nouvelles mesures pour ré­duire la place.

Il fallait s'emparer du couvent de Saint-Fran­çois, sans la prise duquel il était impossible de continuer les cheminements; et cette opération était d'autant plus nécessaire, que ce n'était que de ce côté qu'on pouvait ricocher le front d'atta­que. Il fallait construire des batteries de brèche plus près de l'enceinte, et changer la direction des batteries déjà construites, dont la disposition ne pouvait être excusée que par l'opinion qu'on avait que, la place étant une fois ouverte, la garnison saisirait ce prétexte pour se rendre. En effet, tou­tes les batteries, se trouvant dirigées sur le point à battre en brèche, ne pouvaient démonter les pièces qu'avait l'ennemi sur tout le développe­ment du front d'attaque, et ces pièces, n'étant pas contre-battues, pouvaient être pointées avec justesse sur la tète de nos cheminements, et les empêcher d'avancer. Deux jours se passèrent eu discussions sans rien décider. L'artillerie montra la plus grande répugnance à entreprendre de nou­veaux travaux, et le génie continua les chemine­ments commencés, mais sans faire de progrès. Le jour, les têtes de sapes étaient emportées par le canon de la place; et la nuit, l'ennemi, qui lan­çait des pots à feu, faisait un si grand feu d'artillerie et de mousqueterie, que les travailleurs ne pouvaient rien faire.

 

14e Nuit, du 28 au 29 juin.

On ajouta un boyau à chacun des chemine­ments, pour gagner l’emplacement de la deuxième parallèle. A quatre heures du matin, lorsque ces cheminements n'étaient encore qu'à deux pieds de profondeur, l'ennemi dirigea sur celui de droite le feu de cinq pièces de canon. Trente gabions furent renversés par les boulets, quatre hommes furent tués, et dix furent blessés. La violence du feu de l'ennemi et la justesse de son tir nous for­cèrent d'abandonner cette tête de sape, qui ne fut reprise que le lendemain, à sept heures du soir. Nous eûmes encore dix hommes de blessés et plu­sieurs gabions de renversés. Le lieutenant du génie Viard eut la jambe traversée d'une balle. A ces obstacles se joignaient aussi les difficultés du terrain qui commençait à présenter le roc. Notre artillerie jeta toute la nuit dans la ville des bombes et des obus qui mirent le feu sur plu­sieurs points. Elle commença à la gauche de la première parallèle une nouvelle batterie n° 7 de trois pièces de 12, destinée à battre le couvent et le faubourg de Saint-François. L'artillerie du sixième corps reçut en outre, du maréchal Ney, l’ordre de construire, à l'est de la ville et à portée de la fausse attaque, deux, autres batteries n° 8 et 9, de deux obusiers chacune, qui devaient inquié­ter les assiégés dans le faubourg et dans la ville, mais qui étaient inutiles pour l'attaque principale; ce furent les seuls travaux que l'artillerie consentit à exécuter.

Pendant le jour, notre artillerie ayant continué de tirer sur les brèches, cinq pièces de 24 et une pièce de 12 se trouvèrent hors de service par l'évasement des lumières. Douze canonniers et neuf soldats auxiliaires furent blessés dans les batteries.

Sur ces entrefaites, lord Wellington, espérant peut-être que Masséna détacherait des troupes contre lui, et lui fournirait par là l'occasion de secourir Ciudad-Rodrigo, transféra, son quartier général de Celorico à Alverca. Les Espagnols cru­rent qu'il voulait prendre l'offensive, et le marquis de la Romana vint de Badajoz lui proposer un mouvement combiné pour sauver la garnison dans la place. D'un autre côté, le gouverneur Herrasti lui avait fait parvenir un billet qui renfermait ces mots : O venir luego ! luego ! luego o sacorrer esta plaza ! (Venez, venez sans perdre un seul instant, au secours de cette place ! ) Mais lord Wellington ne voulut pas se départir du plan de défense qu'il avait adopté, de peur de compromettre, dans une tenta­tive trop chanceuse, ses troupes encore peu aguer­ries. La Romana s'en retourna donc sans avoir rien obtenu, et le gouverneur Herrasti renouvela ses instances quelques jours après sans plus de succès.

 

15e Nuit, du 29 au 30 juin.

Les deux boyaux, entrepris la nuit précédente pour gagner remplacement de la deuxième paral­lèle, furent continués la nuit à la sape volante, et le jour à la sape pleine, sous la protection d'une ligne de tirailleurs établis dans des trous à quel­ques pas en avant. Dans le boyau de gauche, le lieutenant du génie Hanin eut le pied traversé d'une balle; il mourut de sa blessure. Nous eûmes trois hommes de tués et douze de blessés.

La batterie n° 8 fut achevée et armée, et, à huit heures du matin, elle commença à tirer; elle mit le feu à quelques maisons de la ville.

Cependant, une grande partie des munitions se trouvait consommée, et il était à craindre que l'approvisionnement fait avec tant de peines pour le siège ne fût insuffisant.

L'artillerie disait que la brèche était praticable, et que si la con­trescarpe se trouvait intacte, c'est que le génie, au lieu de l'avoir renversée, en était encore à cent soixante mètres; de son côté, le génie répétait ses demandes pour être protégé.

Le prince d'Essling, fatigué de la lenteur des opérations, et en attribuant également la cause aux commandants de l'artillerie et du génie du sixième corps qui dirigeaient le siège, ordonna au général de division Éblé, commandant en chef de l'artillerie à l'armée de Portugal, de diriger les tra­vaux de l'artillerie, et donna la conduite des attaques au colonel du génie Valazé[27], commandant en chef par intérim du génie à la même armée, lequel avait été empêché jusqu'alors par le maréchal Ney de prendre part aux opérations du siège.

On fit cesser le feu des deux batteries de brèche n° 4 et 5. Une bombe de l'ennemi fit sauter un des magasins de la batterie n° 3 où il se trouvait cent livres de poudre, et quelques obus chargés. Le chef de bataillon d'artillerie Dolinier fut blessé par cette explosion.

 

16e Nuit, du 30 juin au 1er juillet.

On continua à pousser les deux cheminements, afin de gagner l'emplacement de la deuxième pa­rallèle. Ce travail fut contrarié toute la nuit par l'ennemi qui l'éclaira constamment d'un chapelet de pots à feu. Nous, eûmes cinq hommes de tués et dix-sept de blessés. Le capitaine du génie Leblanc fut atteint d'un biscaïen à la jambe.

L'artillerie arma la batterie n° 7, qui ouvrit son feu contre le couvent Saint-François; mais, après une heure de tir, une bombe de la place fit sauter le magasin à poudre de cette batterie qui fut ré­duite au silence. Le capitaine d'artillerie Beaumenil et quatre canonnière furent tués; sept au­tres furent blessés.

Cependant, dès le 30, le colonel du génie Valazé avait été reconnaître et étudier le terrain.

« Je vis », dit cet officier dans son rapport, « qu'il fallait profiter de tout ce qui était fait, et qu'il ne fallait pas s'amuser à faire du nouveau; pousser en avant les cheminements commencés, et pour cela, prendre le couvent de gauche et le faubourg, y communiquer, arriver sur la crête du glacis, couronner la contrescarpe, entrer en galerie pour la renverser, et, pendant ce temps, à établir au moins une batterie à ricochet sur la face attaquée, pour empêcher le canon de l'ennemi d'écraser nos travailleurs; enfin, élever sur le plateau du petit Teso, parfaitement situé au dessous de nos batteries réunies, une nouvelle batterie de brèche, à quatre-vingts toises de la place, pour détruire les réparations faites par l'ennemi et perfectionner à la fois les brèches commencées aux deux enceintes. »

Pour l'examen de ce projet, il y eut le 1er juillet chez le prince d'Essling une conférence, où se réunirent le maréchal Ney, le général Junot, duc d'Abrantès, les généraux d'artillerie et le colonel Valazé. Cet officier supérieur fit valoir l'avantage de placer la batterie de brèche sur le petit Teso; les huit jours nécessaires à l'artillerie pour l'établis­sement de cette batterie et la formation de la brè­che, suffisaient au génie pour arriver à la contres­carpe et la faire sauter : on pouvait donc espérer de donner l'assaut au corps de la place dans huit jours. L'artillerie préférait établir la batterie au bord de la contrescarpe; mais des obstacles pres­que insurmontables s'opposaient à l'exécution de ce projet : le fossé étant très étroit et le rempart très élevé, on aurait été abîmé de grenades; et comme la batterie n'aurait pu être établie que très bas, à cause de la forte pente du glacis, elle se se­rait trouvée trop basse pour faire brèche au corps de place. Il aurait donc fallu en établir une seconde dans la fausse braie qui n'offrait pas assez d'espace, et où l'on aurait été écrasé par une grêle de pierres et de grenades, ce qui aurait obligé de recourir à la voie lente et incertaine de la mine. Malgré l'évi­dence de ces raisons, on discuta beaucoup; enfin, le prince d'Essling décida que la batterie de brèche serait établie sur le petit Teso. Le colonel Valazé avait en outre demandé que l'on construisît une batterie à ricochet près du couvent de Saint-François, une batterie de pierriers dans la parallèle, et une batterie de mortiers au couvent de Sainte-Croix, derrière les gros murs duquel elle pouvait être immédiatement placée. La construction de ces batteries fut à peu près adoptée en principe, mais elle ne fut pas encore ordonnée.

 

17e Nuit, du 1er au 2 juillet.

Le premier soin du colonel Valazé, en prenant la direction des travaux, fut de déboucher à l'ex­trémité du boyau de droite par deux têtes de sape pour former la deuxième parallèle, dans le but de forcer l'ennemi à diviser ses feux. Ce travail nous coûta deux hommes tués et sept blessés. Le che­minement de gauche, dirigé sur la pente du petit Teso, se présentait d'une manière très défavorable à la place, et, comme on n'y était pas à couvert, il fut approfondi. On en déboucha par une commu­nication pour gagner l'emplacement de la batterie n° 10, projetée sur le petit Teso. Ces travaux nous attirèrent un feu des plus violents de la part de l'ennemi, et nous coûtèrent onze hommes tués, dont deux sapeurs, et environ cinquante blessés, dont cinq sapeurs.

Le colonel Valazé avait aussi beaucoup insisté pour qu'on s'emparât du couvent de Saint-Fran­çois qui prenait de revers nos cheminements. Le général Simon fut chargé d'attaquer ce couvent, que l'artillerie avait battu tout le jour avec deux
obusiers et quatre pièces de 12 de la batterie n° 6. A l'entrée de la nuit, six cents hommes et cent cinquante travailleurs furent réunis derrière le grand Teso, et se portèrent en trois colonnes contre le couvent, qui fut emporté sans qu'on tirât un coup de fusil. On s'empressa d'en barricader les portes et de faire plusieurs brèches pour faciliter les communications. Le maréchal Ney, pénétré de l'importance de ce poste, y établit un officier su­périeur avec une garde de quatre compagnies. Dans la journée, l'artillerie reconnut sur le petit Teso l'emplacement de la nouvelle batterie de brèche n° 10.

 

18e Nuit, du 2 au 3 juillet.

La deuxième parallèle fut achevée. On continua de perfectionner le cheminement de gauche, qu'on fut obligé de beaucoup approfondir dans plusieurs endroits, et dont on surmonta le parapet d'un second rang de gabions. On acheva la communication entreprise pour gagner l'emplacement de la batterie n° 10, et l'on fit le logement nécessaire pour établir cette batterie. Trois sapeurs et cinq travailleurs furent blessés.

A neuf heures du soir, trois compagnies de grenadiers et deux cent quarante travailleurs, sous les ordres du chef de bataillon du génie Constan­tin, s'emparèrent du faubourg de Saint-François. On s'établit dans le couvent de Santa-Clara, et l'on fit des communications à travers les maisons et le long des murs de clôture. L'ennemi fit un grand feu ; néanmoins nous n'eûmes que quelques hommes de blessés.

L'artillerie commença, sur le petit Teso, la nou­velle batterie n° 10, pour huit pièces de 24. Ce travail nous coûta huit hommes tués et treize blessés. Il fallut faire en terre rapportée le pa­rapet de la partie gauche qui se trouvait sur le roc. On entreprit également la batterie de mortiers n° 12, près du couvent de Sainte-Croix. Les bat­teries n° 7 et 8 furent désarmées.

 

19e Nuit, du 3 au 4 juillet.

On ouvrit à la gauche de la première parallèle un boyau pour communiquer au couvent de Saint-François et à la batterie n° 11, qui, sur l'ordre du prince d'Essling, fut entreprise cette même nuit pour quatre pièces de 12. L'ennemi jeta tant de pots à feu, et fit un tel feu de mitraille, qu'une par­tie des travailleurs furent dispersés.

On prolongea le cheminement de gauche vers la deuxième parallèle, d'où l'on déboucha par un boyau dirigé vers la brèche. Nous eûmes deux hommes de tués et onze de blessés.

Dans la journée, le boyau entrepris en avant de la deuxième parallèle fut poussé presque au bord de la contrescarpe. Le capitaine du génie Treussart, qui se trouvait dans la tranchée, n'apercevant que l'ennemi ne pouvait plus voir les travailleurs à cause de la forte pente du glacis, fit ôter le gabion farci et fit marcher à la sape volante. On plaça ainsi en deux heures une cinquantaine de gabions qu'on remplit de sacs à terre apportés de la deuxième parallèle. L'ennemi, averti enfin par des gardes placés dans le clocher de la cathédrale, nous jeta une grande quantité de grenades, et fit quelques rehaussements sur ses parapets, pour plonger nos travaux; néanmoins le cheminement fut maintenu avec peu de perte, et l'on put l'approfondir ensuite dans le sol composé presque entièrement de ro­caille. Ce travail fit honneur au capitaine Treussart, qui fut aussi parfaitement secondé par le lieu­tenant de sapeurs Chudant.

Cependant la place, écrasée par nos projectiles, ruinée et incendiée par nos bombes, semblait re­doubler ses feux. Néanmoins de nouveaux déser­teurs nous confirmaient chaque jour l'état déplo­rable dans lequel elle se trouvait. On apprit d'un émissaire de la junte municipale, que l'on avait arrêté, que le seul espoir d'être secouru par l'ar­mée anglaise entretenait l’exaltation du peuple, et soutenait le courage de la garnison. Cet émissaire était un prêtre, qui s'était dévoué de lui-même pour aller à travers les postes français rendre compte au général anglais de l'extrême détresse de la place, et le prier de tenir la promesse qu'il avait faite de la secourir.

Dans la nuit du 30 juin, un ancien curé de la cathé­drale , D. Sébastien Gallardo, membre de la junte supé rieure, avait proposé au gouverneur de sortir de la place et de se rendre auprès de lord Wellington, pour lui faire part de la situation critique où se trouvait la garnison. Il connaissait bien les abords de la ville, et il espérait, à la faveur de l'obscurité, traverser les lignes françaises sans être aperçu. Malgré les représentations que lui fit le gouverneur sur les difficultés de l'entreprise et le péril où il s'exposait, il insista pour les vaincre, jouant au sort sa personne, qui, pour certains antécédents, était très aventurée si l'ennemi le prenait dans la place, et il effectua sa sortie, portant toutes les instructions convenables pour remplir sa mission. Pendant plusieurs jours, nous n'en eûmes pas de nouvelles; mais, dans la matinée du 6 juillet, nous trouvâmes aux environs du pont, et sur un morceau de bois fixé en terre, la lettre ci-jointe, qu'il écrivait à son neveu, D. Agapito Gallardo, chapelain du troisième bataillon des volon­taires de Ciudad-Rodrigo :

Camp de Pedro Pulgar, le 4 juillet 1810.

Mon cher Agapito,

En conséquence de la mission que j'avais reçue du gouverneur, je partis pour Guinaldo sans t'en faire part. Désorienté dans ma route, je tombai dans un camp français, et je fus conduit à Ibanrrey, où l'on me fit passer à un conseil de guerre qui me condamna à être décapité. Déjà, je m'étais résigné au sort qui m'était destiné, lorsque le prince Masséna a eu la bonté de m'accorder la vie. Il m'a fait connaître le désir qu'il avait de ne faire aucun mal à la ville; mais il m'a assuré que si elle résistait plus longtemps, sa fureur et celle de ses soldais n'aurait plus de bornes, et, qu'en donnant l'assaut, il ferait passer au fil de l'épée tous les habitants. La masse des troupes qu'ont les Français est for­midable, et il est impossible que les Anglais secourent la place; ils ont été repoussés au delà de Gallegos, ce fait est bien notoire.

Aussitôt que tu recevras cette lettre, tu te présenteras au gouverneur et à la junte, en leur disant que le péril est imminent. Le prince Masséna est très bon, mais jusqu'à un certain point : on dit qu'il est inexora­ble quand il perd patience.

Qu'on fasse réflexion, et qu'on n'abandonne pas à un malheur infaillible cette ville bien-aimée. Tu pren­dras cette charge comme tu le dois; tu vois ma situa­tion et tu peux sauver ton oncle.

Signé : SÉBASTIEN GALLARDO. 

Malgré l'identité de l'écriture de cette lettre avec celle de Sébastien Gallardo, le gouverneur et tous les chefs persuadèrent au peuple et à la garnison d'avoir toujours confiance. Mais à compter de ce jour, nous reconnûmes tous très clairement que nous n'avions rien à espérer; car depuis douze jours d'un feu continuel et terrible, qui devait faire connaître à nos alliés la situation dans laquelle se trouvait la place, rien n'in­diquait aucun mouvement en notre faveur, et l'ennemi se montrait chaque jour plus tranquille. Mais, résolus de compléter glorieusement notre défense jusqu'à la dernière extrémité, nous continuâmes nos efforts, et nous ripostâmes constamment à l'ennemi avec la plus grande fermeté.


On lui fit grâce à condi­tion qu'il ferait connaître les signaux par lesquels il était convenu d'instruire la place de la réponse du général anglais, et l’on fit celui qui devait annoncer que les Anglais étaient résolus à ne rien entreprendre contre l'armée française : ce signal consistait dans un certain nombre de feux allumés sur les montagnes voisines; mais cette ruse ne produisit aucun effet, soit que la ville s'en fut doutée, soit qu'elle eût encore confiance dans ses forces.

Le maréchal Masséna, voulant s'assurer des véritables intentions des Anglais, ordonna (le 3 juillet – ndlr) une reconnaissance sur la route d'Almeida.

Le 4 juillet, le général Junot, duc d'Abrantès, marcha avec douze cents chevaux et cinq bataillons con­tre l'avant-garde anglaise, toujours postée sur l'Azava, à deux lieues de Ciudad-Rodrigo. Le pont de Marialva fut tourné par un escadron qui passa la rivière à gué, et les troupes françaises continuè­rent à marcher sur Gallegos, poursuivant les An­glais et les Espagnols. L'ennemi déploya sur les hauteurs de Gallegos onze bataillons, huit esca­drons et sept pièces d'artillerie; mais quelques charges exécutées par le général Sainte-Croix le forcèrent à se réfugier sous le canon du fort de la Conception, situé sur la frontière même, à deux lieues d'Almeida. Le duc d'Abrantès, après s'être assuré que le gros de l'armée anglaise était tou­jours posté au delà de la Goa, laissa un fort piquet à Gallegos, et revint avec le reste de ses troupes sur l'Agueda. Nous eûmes dans cette circons­tance quatre hommes de tués et quinze de bles­sés, dont sept officiers.

 

20e Nuit, du 4 au 5 juillet.

On couronna, à gauche, le saillant de la con­trescarpe, et l'on commença à la droite le couron­nement d'un second saillant. On occupa tout le faubourg de Saint-François, et l'on porta quel­ques compagnies au couvent de Santo-Domingo, que les assiégés avaient évacué. L'artillerie conti­nuait nuit et jour le bombardement.

 

21e Nuit, du 5 au 6 juillet.

On acheva de couronner la contrescarpe jus­qu'au troisième saillant. La communication de gauche fut prolongée jusqu'à la deuxième paral­lèle. Le lieutenant du génie Larmandie, chargé de ce travail, fut tué d'une balle. On continua à faire des barricades et des coupures dans les rues du faubourg de Saint-François, et l'on ouvrit une portion de parallèle, à partir du couvent de Santo-Bomingo jusqu'au ravin de Carazzo, pour lier la gauche du faubourg avec les postes de la division Marchand établis sur la rive gauche de l'Agueda. Au moyen de ces travaux on put faire en plein jour le tour de la place sans être vu de l'ennemi, depuis la rivière en amont jusqu'à la rivière en aval. La batterie à ricochet n° 11 fut armée, quoi­qu'elle ne fût pas encore achevée. Celle de mor­tiers n° 12 se trouvait très avancée.

Au jour, on garnit de sacs à terre les parties que la mauvaise qualité du terrain avait empêché d'ap­profondir au cheminement bas dirigé sur le troi­sième saillant. Huit sapeurs furent blessés dans ce travail.

 

22e Nuit, du 6 au 7 juillet.

On continua les travaux du faubourg. On per­fectionna la communication de gauche à la deuxiè­me parallèle, afin de pouvoir abandonner celle de droite, que le voisinage de notre nouvelle batterie de mortiers n° 12 rendait dangereuse On prolon­gea à la droite le couronnement de la contres­carpe, ainsi que le cheminement bas dirigé sur le deuxième saillant, et l'on entra en galerie dans ce couronnement, pour renverser la contrescarpe, entre le premier et le deuxième saillant de la fausse braie. L'ennemi jeta un grand nombre de grenades, mais qui firent peu de mal. Le lieutenant de sa­peurs Schmitt fut atteint de quelques éclats.

Au jour, la batterie à ricochet n° 11 commença à tirer. Elle força une partie des défenseurs de la fausse braie à se retirer, et démonta plusieurs pièces de canon sur la longue face du corps de place.

L'artillerie fit une nouvelle répartition de ses pièces. La batterie n° 2 fut supprimée, et ses mortiers conduits à la batterie n° 12. Deux obusiers de la batterie n° 3 passèrent au n° 4. Deux pièces de 16, du n° 4, furent remplacées par deux obusiers du n° 5, de sorte qu'il y eut à cette dernière batterie quatre pièces de 24, deux pièces de 16 et une pièce de 12. On travaillait toujours à la batterie de brèche n° 10, où les bombes de l'ennemi tuèrent et blessèrent plusieurs hommes et renversèrent une partie du revêtement.

 

23e Nuit, du 7 au 8 juillet.

On perfectionna les traverses du faubourg, et l'on poussa en avant la galerie de mine dirigée contre la contrescarpe. La longueur en était de vingt-quatre pieds.

La batterie n° 12, ayant été armée de sept mor­tiers de huit, commença à tirer au jour.

 

24e Nuit, du 8 au 9 juillet.

Les mineurs atteignirent la contrescarpe et commencèrent un rameau en retour, le long de la maçonnerie, pour placer les fourneaux. L'artillerie arma la batterie n° 10, et à quatre heures du ma­tin, cette batterie, secondée de toutes les autres, commença à tirer. Elle eut bientôt ouvert une brèche de trente à quarante mètres de large, tant à la fausse braie qu'au corps de place. L'ennemi lança dans cette batterie des bombes qui ruinèrent trois embrasures et firent taire les pièces qui étaient placées derrière.

Notre artillerie prit, dans cette journée, une grande supériorité sur celle de l'assiégé, et lança contre la ville seize cent quatre-vingt-neuf boulets et quatre cent vingt bombes.

A la chute du jour, l'ennemi plaça des travailleurs dans le fossé et sur la fausse braie, pour escarper le pied des brèches. Afin d'empêcher ce travail, nous établîmes trois mortiers de six pou­ces, à l'extrémité gauche du couronnement de la contrescarpe. A neuf heures du soir, ces mor­tiers commencèrent à tirer sur les brèches, lançant chacun une dizaine de grenades à la fois; ils in­commodèrent beaucoup les assiégés qui, de leur côté, firent un feu soutenu sur cette batterie. Des six canonniers qui la servaient, quatre furent blessés. A la pointe du jour, on retira les mortiers de cette batterie.

Comme la batterie de brèche ne pouvait voir assez bas le pied de la fausse braie où la brèche avait été faite, on surchargea les fourneaux qui devaient ruiner la contrescarpe de manière que les débris projetés de l'autre côté du fossé pus­sent compléter la rampe de la brèche. À cet effet, huit cents livres de poudre renfermées dans des sacs à terre furent placées dans le rameau, qui fut ensuite bourré.

« J'allai le soir à la tranchée », dit le colonel du génie Valazé dans son rapport, « afin de surveiller les travaux préparatoires qu'on devait faire dans le couronnement pour l'assaut. Je voulus voir charger nos fourneaux, opération dans laquelle je craignais qu'on ne mit trop de science; nous étions extrêmement incommodés par les petites bombes et les grenades de l'ennemi, et nous ne lancions les nôtres qu'avec maladresse. Tout d'ailleurs allait à mon gré; il était presque minuit, et j'espérais voir sauter la contrescarpe au point du jour, lorsque, voulant disposer nos grenadiers autrement, une grenade ennemie qui me tomba sur la tête, me renversa sans connaissance. Du reste, tout fut achevé comme je l'espérais. »

Le capitaine du génie Coffinal, qui dirigeait les travaux de la mine, fut aussi atteint de plu­sieurs grenades, mais sans être obligé de quit­ter la tranchée. A deux heures et demie, il mit lui-même le feu aux poudres. La contrescarpe fut renversée sur une largeur de vingt-cinq pieds au sommet. Les talus de l'entonnoir laissaient au fond un chemin de huit pieds de largeur, par lequel on pouvait arriver presqu'à couvert jusqu'au pied de la brèche. L'ennemi qui, travaillait dans le fossé à relever les décombres de la muraille, perdit une quarantaine d'hommes par l'explosion de notre mine.

A quatre heures du matin, notre artillerie re­commença à tonner contre la ville avec quarante-cinq bouches à feu.

« Le 9 juillet, dès 4 heures du matin, un épouvan­table feu d’artillerie accable la place d'une grêle de boulets, de bombes et d'obus » (Historique sommaire du 39e régiment d’infanterie. Rouen, 1901)

Pendant la nuit, l'ennemi avait fait au sommet de la brèche un parapet en sacs à terre, précédé d'une ligne de palissades. Il avait également commencé depuis quelques jours des coupures dans la fausse braie à droite et à gauche de la brèche. Mais la poterne du Roi, par laquelle on communiquait du corps de place à cette fausse braie, se trouvait obstruée par les décombres de la brèche, et il n'y paraissait pas un seul homme qu'il ne fût tué. A midi, notre artillerie avait détruit la palissade et le parapet construit sur la brèche : une pièce de canon qui se trouvait au sommet roula sur les décombres. L'ennemi conti­nua encore son feu quelques heures, mais assez faiblement, puis il le cessa entièrement.

A quatre heures de l'après-midi, la brèche était très praticable, présentant une rampe douce et commode.

« Entre 3 et 4 heures de l'après-midi, les brèches paraissent praticables et on ordonne l'assaut. » (Historique sommaire du 39e régiment d’infanterie. Rouen, 1901)

Dès le matin, le dispositif pour l'assaut avait été ordonné; et déjà les colonnes d'attaque, arrivant musique en tête, remplissaient les tranchées. Elles se composaient des chasseurs de siège, sous les ordres du capitaine Sprunling, adjoint à l'état-major, de trois cents voltigeurs et de trois cents grenadiers commandés par les chefs de ba­taillon Delom, du sixième léger, et Dutoyat, du soixante-neuvième de ligne.

« Le 19 (sic) juillet la brèche jugée praticable, l’assaut fut décidé. Le 69e fut désigné pour y monter le premier.

Musique en tête, les grenadiers et les voltigeurs réunis du 69e et du 6e léger, sous les ordres des chefs de bataillon Duthoya et Delom, formèrent les premières colonnes et envahirent les tranchées. » (Historique du 69e de ligne)

« La place de Ciudad-Rodrigo a fait une résistance à laquelle on ne s'attendait pas; mais, à bout de forces, elle arbora le drapeau blanc le 9 juillet, au moment où nos troupes se préparaient à monter à l’assaut. Déjà les colonnes, musique en tête, étaient rendues dans les tranchées. Elles se composaient des chasseurs du siège sous les ordres du capitaine Sprinnling; de 300 voltigeurs du 6° léger commandés par le chef de bataillon Delom; 300 grenadiers du 69e, commandés par le chef  de bataillon Duthoyat. » (Le carnet de campagne du commandant Giraud – 10 juillet 1810 – Collection de Mémoires et souvenirs militaires. Paris, 1899.)

« Deux colonnes d'élite sont formées ; les compagnies de grenadiers du 39e sont placées à la colonne du général Loison, et disposées dans les tranchées, musique en tête, prêtes à dé­boucher au premier signal. » (Historique sommaire du 39e régiment d’infanterie. Rouen, 1901)

Le maréchal Ney, pour mieux s'assurer de l'état de la brèche, fit demander trois soldats de bonne volonté pour en faire l'é­preuve devant les commandants de l'artillerie et du génie. A l'instant même plus de cent braves sortirent de leurs rangs : Thirion, caporal de gre­nadiers au cinquantième régiment, Bombois, cara­binier, et Billeret, chasseur au sixième d'infanterie légère, furent choisis. Ces trois vaillants soldats, qui croyaient marcher à une mort certaine, gra­vissent en quelques secondes les deux brèches, ar­rivent sur le second rempart, déchargent leurs fusils sur la ville, élèvent leurs shakos aux cris de vive l'Empereur, puis redescendent aux acclama­tions de toute l'armée, que ce brillant trait de cou­rage avait électrisée[28]. Aussitôt, les colonnes d'atta­que pressent le pas, arrivent au pied de la brèche qu'elles se disposent à gravir, lorsque les assiégés arborent le drapeau blanc.

« Ney fit demander des hommes de bonne volonté qui recon­naîtraient le passage. Une centaine se présentèrent. Le maré­chal en désigna trois. En quelques secondes, ils furent à la crête du second rempart et déchargèrent leurs armes sur l'en­nemi; ils brandirent leurs shakos aux cris de Vive l'Empereur !.

Les colonnes acclamèrent ces braves et, exaltées par leur exemple, s'avancèrent au pas de charge; mais, à peine, étaient-elles ébranlées, que le gouverneur arbora un drapeau blanc et se rendit à discrétion. (Historique du 69e de ligne)

« Afin de s'assurer que les brèches sont bien praticables, on demande, selon l'usage, quelques hommes d'élite, pour aller en faire l’épreuve. Ces braves gravissent au pas de course les brèches de la première enceinte, puis celles de la seconde, el arrivés au sommet de cette dernière, font feu aux cris de « Vive l'Empereur ! » puis reviennent sans avoir été atteints, aux acclamations de l'armée. Le signal d'assaut est donné, et les colonnes d'attaque arrivent à la première brèche, au moment où l'en­nemi hisse le drapeau blanc sur la seconde » (Historique sommaire du 39e régiment d’infanterie. Rouen, 1901)

 

Le matin, le gouverneur, jugeant bien de l'état de la brèche, avait convoqué à la poterne del Conde toutes les autorités militaires, civiles et ecclésias­tiques, pour délibérer sur la situation de la place.


Il fut reconnu dans cette réunion qu'on n'avait plus de moyens de défendre la brèche, ni lieu d'es­pérer du secours des Anglais, qui, d'après la nou­velle apportée la veille par un lancier de Julian Sanchez, entré dans la place, déguisé en berger, avaient abandonné la position qu'ils occupaient près de Gallegos, pour en prendre une défensive entre le fort de la Conception et Almeida; que la garnison, faible et sans cavalerie, ne pouvait, se frayant un passage les armes à la main, abandon­ner la ville à la merci du vainqueur; qu'enfin, après avoir fait tout ce qui dépendait d'elle, il ne lui restait qu'à capituler, aussitôt que les Français se mettraient en mesure de donner l'assaut. Ce moment arriva à six heures du soir, lorsque la gar­nison eut vu les trois soldats français reconnaître la brèche, et eut appris par ses vigies que toutes les troupes françaises étaient en mouvement et remplissaient les tranchées. Le gouverneur ayant arboré le drapeau blanc, envoya au maréchal Ney un parlementaire porteur d'une lettre par laquelle il demandait à capituler, et le priait d'envoyer un officier pour traiter.

Monseigneur,

En conséquence de ce que j’ai dit à Votre Excellence dans ma dernière dépêche, et après avoir rempli, ainsi que je me le proposais, tous mes devoirs comme militaire, je suis prêt à capituler, et je prie Votre Excellence de désigner la personne avec laquelle je dois traiter et le lieu où nous devons nous réunir.

Dieu garde à Votre Excellence un grand nombre d’années.

Signé : Andrès de Herrasti.

 

Le général Simon se rendit immédiatement dans la place par la porte del Conde, pour prévenir le gouverneur que le maréchal Ney l'attendait en personne au pied de la brèche. Le général Herrasti se rendit à cette invitation, accompagné de son état-major. C'était un vieillard dont la figure véné­rable inspirait le respect. Le maréchal Ney le reçut avec des témoignages de bienveillance et de consi­dération. Après lui avoir adressé des éloges sur sa résistance, il ajouta que rien n'était à stipuler pour la capitulation, puisqu'il accordait de suite à la garnison tout ce qu'elle était en droit d'obtenir pour sa belle défense; que les personnes et les pro­priétés seraient respectées; que les officiers de la garnison conserveraient leurs épées, leurs équipa­ges et leurs chevaux; la troupe, ses sacs et ses ef­fets, et que tous, conduits prisonniers de guerre en France, seraient bien traités : pour assurance de ces conditions, il lui serra la main et lui donna sa parole d'honneur; après quoi, le gouverneur rentra dans la place en remontant par la brèche.

 

« Le gouverneur, Herrasti, était un des signataires de la constitution de Bayonne. Croyant avoir affaire à un ennemi, qui portât dans le combat des sentiments politiques, et craignant que les opinions qu'il avait manifestées ne lui attirassent la colère du vain­queur, il se présenta sur la brèche en habit bourgeois , et dans une attitude suppliante. « Quel est cet homme ? demanda Ney à un de ses aides de camp. — C'est le gouver­neur. —Cela est impossible,» dit le maréchal, étonné de l’air embarrassé du Castillan. Laide de camp ayant assuré que c'était le gouverneur, et qu'il le connaissait : « Monsieur, lui dit Ney, pourquoi n'avez-vous pas votre uniforme ? Vous l'avez honoré par votre belle défense. Je suis le maître ici ; mais vous accorde une capitulation. » Il tint parole, et les conditions furent plus satisfaisantes que la garnison n'avait osé l'espérer. » (Vie du maréchal Ney, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, etc., Paris, 1816)

 

« La garnison de Ciudad-Rodrigo fit autrement son devoir que celle d'Almeida; elle résista un mois, après l'ouverture de la tranchée et le commandant ne capitula que lorsqu'il ne put faire autrement. C'était le général Hervasti (sic), homme de cœur et de résolution, et lorsque le 10 juil­let il fit arborer le drapeau blanc, c'est qu'il ne lui restait aucun espoir d'être secouru; le maréchal Ney, à qui Masséna avait laissé le commandement du siège, fut sévère pour cette garnison qui s'était vraiment noble­ment défendue. Il ne voulait pas accorder de conditions; il entendait qu'elle se rendît à discrétion ; mais Masséna ne voulut pas, et comme, au fait, il commandait en chef, il eut la générosité, ou la politique si on l'aime mieux, d'accorder aux vaincus les honneurs de la guerre. »[29] (Mémoires de Madame la duchesse d’Abrantès. Tome 9. Paris, 1835)

 

Les troupes françaises occupèrent aussitôt les portes de la ville. Le général Loison s'établit avec une brigade sur les remparts. Un officier d'artil­lerie, un officier du génie et un commissaire des guerres prirent possession des magasins.

 

« Le 10 juillet, la ville se rendit ; le général Loison, à la tête de la brigade Ferrey, pénétra dans la ville par la brèche ; le 82e occupa seul la ville, dans laquelle il n'y eut ni désordre ni pillage à la grande surprise des habitants qui ne s'attendaient pas à être traités aussi favorablement. » (Historique du 82e régiment d’infanterie de ligne)

 

La gar­nison déposa les armes à l'arsenal, et rentra dans ses quartiers. Le lendemain matin, elle sortit de la place, et fut dirigée sur Bayonne en trois co­lonnes. On arrêta et l'on mit en prison les mem­bres de la junte, quelques prêtres et des paysans qui avaient pris les armes pendant le siège.

 

 

 

Ainsi tomba, après vingt-quatre jours de siège, dont seize d'un feu terrible, cette place, l'un des derniers boulevards de l'insurrection ; elle tomba en présence des Anglais, qui ne firent rien pour la secourir, et qui, par cette conduite, soulevèrent contre eux l'indignation de la garnison et des habitants.

 

« Le sixième corps fit le siège de Rodrigo. Cette place capitula le 10 juillet, après vingt-cinq jours de tranchée ouverte et seize jours de feu. L’armée anglaise, qui était en présence, campée sur la Coa, n’osa pas tenter de la secourir. Après avoir réparé Rodrigo, et disposé l’équipage d’artillerie pour un nouveau siège, l’armée française se porta sur Almeida. » (Mémoires de Marmont).

 

Les troupes espagnoles du général la Carrera, irritées de cet abandon, se séparèrent de l'avant-garde anglaise et allèrent rejoindre le marquis de la Romana en Estramadure.

Ce siège nous coûta cent quatre-vingt-deux hommes tués et mille quarante-huit blessés[30]. Une meilleure disposition des batteries aurait réduit ces pertes de beaucoup. La fausse idée qu'on s'était faite de la résistance des Espagnols, influa sur la direction des attaques, et l'on marcha sans plan bien arrêté, jusqu'au moment où le colonel du génie Valazé fut chargé de la direction des travaux. La prise des couvents de Saint-François et de Sainte-Croix était indispensable; mais au lieu de les at­taquer de vive force, il eût fallu cheminer contre eux, ce qui eût coûté moins de monde.

On se formerait difficilement une idée de l'état déplorable où la place était réduite. La partie expo­sée à l'attaque n'offrait qu'un vaste monceau décombres. Les autres quartiers étaient minés par les bombes, par les boulets, ou par l'incendie. Aucune maison n'était intacte, et l'hôpital était entièrement détruit. Notre artillerie avait tiré dix-huit mille deux cent quatre-vingt-six boulets et onze mille huit cent cinquante-neuf bombes ou obus.

On trouva dans la place six drapeaux, cent vingt-cinq bouches à feu, deux cent mille livres de poudre, cent vingt mille cartouches d'infanterie, un ap­provisionnement considérable de projectiles et d'objets d'artillerie, et une très grande quantité de blindages adossés au mur intérieur du rempart et aux édifices les plus solides, pour servir d'abri à la garnison et aux habitants[31].

Les Espagnols perdirent environ dix-huit cents hommes tant soldats qu'habitants; trois mille cinq cents restèrent prisonniers, y compris les malades et les blessés.

La garnison n'avait plus de vivres que pour trois jours. Dès le début du siège, elle manqua de sacs à terre. Le peu qu'elle en avait servit à masquer la porte de la cathédrale, qui contenait le dépôt principal de poudre. Le gou­verneur avait fait la réquisition des matelas et des toiles qui se trouvaient dans la ville, et toutes ces ressources étaient épuisées.

Aucun retranchement n'avait été élevé sur la brèche, aucune traverse n'empêchait de suivre le rempart, nulle maison n'était crénelée; néanmoins une partie des membres de la junte voulait en­core se défendre.

Le maréchal Masséna fit commencer les travaux nécessaires pour remettre Ciudad-Rodrigo en état de défense ; et, pour subvenir aux dépenses que nécessitaient la réparation des fortifications et l'approvisionnement des magasins, les habitants furent imposés d'une contribution de guerre de 500,000 francs, qui fut versée dans les caisses de l'armée. Cette place devint le dépôt général de l'armée de Portugal. Elle reçut les vivres, les effets d'habillement, les munitions, le matériel de l'ar­tillerie, les magasins et le trésor de l'armée. Ce fut là que le maréchal Masséna acheva de réunir son armée. Il appela à lui le deuxième corps qui se trouvait encore sur la rive gauche du Tage, et se prépara à marcher sur Almeida.

 

Lieux de Mémoire

·       Les Français établir leur quartier-général dans le couvent de la Caridad, situé à 4 km de Ciudad-Rodrigo. Il date du XVIe siècle.

·       Les remparts furent les témoins des combats de 1810 (mais aussi de 1812)

·       Sur la place de l’église, monument à la mémoire de Don Pérez de Herrasti, le défenseur de la ville en 1810

·       A environ 35 km de Ciudad-Rodrigo, près du village d’Aldea del Obispo, se trouvent les restes du fort de la Conception, occupé par les Anglo-Portugais au moment du siège de Ciudad-Rodrigo. Ils le font en partie sauter le 21 juillet, à l’approche des Français. Peu après, Masséna utilise le fort comme quartier-général, pendant le siège d’Almeida. (crédit photos : Napoleonic Series – Robert Burnham)

  



[1] Charles-Étienne-François Ruty (1774 – 1828)



[1] La garnison de Ciudad-Rodrigo se compose alors : du régiment de Majorque, d’un bataillon de milice de Ségovie, de volontaires d’Avila et de Ciudad-Rodrigo (dont environ 300 cavaliers), d’une compagnie d’invalides, d’un bataillon de troupes urbaines (en majorité des chasseurs professionnels), d’un bataillon d’artillerie (353 hommes), au total environ 5.500 hommes.

[2] Pérez de Herrasti, A. (1814) Relación Histórica y Circunstanciada de los Sucesos del Sitio de la Plaza de Ciudad Rodrigo en el año 1810, hasta su rendición al Exército Francés mandado por el príncipe de Essling el 10 de julio del mismo. A ce moment, Herrasti est confiant que les troupes de Wellington, dont les avant-gardes de Craufurd ne sont qu’à quelques kilomètres, viendront à son secours. Mais Wellington n’est pas vraiment décidé à s’avancer en Espagne, sa mission consistant à protéger le Portugal.

[3] Cette décision mettait Junot et Ney sous les ordres de Masséna, ce qui n’était pas sans risques, comme la suite le montra !

[4] Pierre Gabriel Antoine Joseph, Comte de Ligneville (1772 – 1832)

[5] Armand-François, comte de Briqueville (1786 – 1844)

[6] Jacques Prosper Masséna (1793-1821)

[7] Nicolas-Charles-Victor Oudinot (1791 – 1863), fils du futur maréchal,

[8] Octave de Ségur (1779 – 1818)

[9] Charles-Étienne Ruty (1774 – 1828)

[10] Andrés Victor José Miguel Pérez de Herrasti Viedmax y Aróstegui Pérez del Pulgar Fernández de Córdoba (1750 – 1818)

[11] Robert Craufurd (1764 – 1812).Il sera mortellement blessé durant le 2e siège de Ciudad-Rodrigo. Le 19 janvier 1812.

[12] Fausse braie : Rempart ou pré-rempart, la fausse braie est un terre-plein ou un mur de soutènement entourant un camp fortifié. Dans l'art de la fortification pré-moderne, ce rempart se trouve entre le fossé et le rempart principal d'une forteresse. Il était disposé plus bas que le rempart principal pour pouvoir défendre celui-ci du fossé (Wikipédia)

[13] Une demi-lune ou ravelin constitue avec la tenaille, située derrière elle, les éléments des fortifications classiques qu'on appelle les dehors. En effet, isolée du corps de place telle une île, elle alterne avec les bastions, pour croiser ses feux avec ceux-ci.

Placée devant la courtine du corps de place et plus haute qu'elle, elle dérobe celle-ci aux vues et aux tirs de l'assaillant. Détachée du corps de place et non protégée sur l'arrière, sa prise ne constitue pas un avantage déterminant pour l'attaquant qui a des difficultés pour s'y maintenir et amener de l'artillerie pour attaquer la place elle-même. (Wikipedia)

[14] Julien-Augustin-Joseph Mermet (1772 – 1837)

[15] Jean-Gabriel Marchand (1765 1851)

[16] Louis-Henri Loison (1771 – 1816)

[17] Claude-François Ferey (1771- 1812)

[18] Rappelons qu’à cette époque, Masséna est accompagné de sa maîtresse, Henriette Leberton !

[19] En même temps, Ney se plaint amèrement, auprès de Junot, du refus de Masséna d’engager le 8e corps, dont il pense « qu’il craint de compromettre sa réputation face aux Anglais » ! (Lettre du 6 juin)

[20] Auguste Étienne Lamotte (1772 – 1836)

[21] Ordre de Masséna à Junot, du 9 juin 1810. C’est alors l’un de meilleurs spécialistes de l’armée. Mais il n’aappartient pas au 6e corps, ce qui provoque la fureur de Ney. Les deux maréchaux échangent des lettres virulentes. Ney écrit à Masséna : Je suis duc et maréchal d’Empire comme vous, quant à votre titre de prince d’Essling, il n’a de valeur qu’aux Tuileries ! Ce à quoi Masséna répond : je vous ferai rentrer ces mots là dans la gorge !

[22] Bertrand Clauzel (1772 – 1842), futur maréchal de France.

[23] Jean-Baptiste Solignac (1773 – 1850)

[24] Charles-Marie-Robert Escorches de Sainte-Croix (1782 – 1810). Il mourra le 11 octobre 1810, coupé en deux par un boulet, à Villafranca, au Portugal.

[25] Jean-Louis Reynier (1771 – 1814). Il a pris le commandement du 2e corps le17 avril 1810.

[26] Général Rowland Hill (1772 – 1842)

[27]  Éléonor-Zoa Dufriche de Valazé (1780 – 1838)

[28] Les trois braves furent décorés de la Légion d’honneur.

[29] Le lecteur appréciera

[30] Dont 14 officiers tués et 29 blessés.

[31] Ces blindages étaient formés de pièces de chêne de dix-huit pieds de long et de huit pouces d'équarrissage, appuyées par le haut contre la muraille, dans laquelle elles étaient en­castrées, espacées de vingt à vingt-deux pouces de milieu en milieu, et reposant par le bas sur une semelle placée dans le pavé à six pieds du mur. Ces pièces étaient recouvertes de madriers en orme de trois pouces d'épaisseur. Un très petit nombre de ces blindages se trouva endommagé, et aucun n'a­vait été brisé par les bombes.