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Consulat
- Premier Empire |
Une
visite au Chasseur de Napoléon (1)
Document fourni
et annoté par Dominique Contant
Version anglaise
(Jonathan Cooper)
NDLR. Jean Noverraz - 1790 -1849. Troisième valet de Napoléon à Sainte-Hélène. Il était d'origine suisse. Il n'a laissé ni notes ni Mémoires. Nous tenons à préciser que l'authenticité de ce "reportage", effectué par un journaliste du XIXe siècle, est loin d'être garantie, et nous lui laissons l'entière responsabilité des faits qu'il rapporte !
Et nous encourageons nos lecteurs à nous envoyer leurs réactions sur notre Forum ou à suivre la discussion qui vient de s'engager à ce propos sur celui de nos amis du site Napoléon Ier.
Le Magasin Pittoresque - Paris, 1840
Nous
trouvant à Lausanne, on nous proposa de nous conduire
chez Noveraz, l’ancien chasseur de Napoléon. Les grands
hommes communiquent à tout ce qui les entoure quelque
chose de l’intérêt qu’ils inspirent ; et quoique
Noveraz n’eut rempli auprès de l’Empereur qu’on rôle
subalterne, nous acceptâmes la proposition avec empressement.
Nous étions curieux d’entendre juger d’en bas le grand
capitaine, et de le voir, pour ainsi dire, passer devant nous
en robe de chambre. D’ailleurs le séjour à Sainte-Hélène,
en rapprochant les distances, avait multiplié les rapports
entre le maître et le serviteur ; et ne dussions-nous
retirer de notre visite qu’un fait, un seul, qu’une impression
nouvelle, c’en était assez pour nous décider à
la faite.
Noveraz
habitait alors, à quelques distance de Lausanne, une petite
maison de campagne qu’il avait baptisée La Violette (2), nom politico-cabalistique sous lequel le peuple vaudois désignait
l’empereur, ou, comme il disait encore, le « qui tu sais
». Noveraz, qui est Vaudois, s‘était retiré
là à son retour de Sainte Hélène. Il
y vivait avec une ancienne femme
de chambre de la comtesse de Montholon
qu’il avait épousée. Nous trouvâmes un homme
grand, de bonne tournure, et qui nous parut pousser jusqu’à
la recherche la propreté helvétique. L’entretien fut
bientôt engagé ; et afin d’éviter les ‘il dit’,
les ‘répondit-il’, nous allons rapporter de suite et sans
interruption les divers détails que nous recueillîmes
de la bouche du chasseur, dans l’ordre, ou plutôt dans le
désordre de la conversation. Il va sans dire que nous ne
garantissons rien ; simple chroniqueur, nous répétons
avec une fidélité scrupuleuse ce que nous avons entendu,
nous abstenant de tout commentaire, et renvoyant à Noveraz
la responsabilité de ses jugements, et de ses impressions.
Laiss
ons-le parler lui-même.
« J’entrai au service de l’empereur
quelques années avant la première abdication. Ce fut à
l’époque que le Mamelouk le quitta (3) ; c’est moi qui le
remplaçai, et, depuis, j’approchai tous les jours de sa personne.
Je le suivis à l’île d’Elbe. Là, comme vous le savez,
il était souverain, et si libre de ses actions, qu’il semblait
n’avoir été relégué dans cette île
que pour en sortir. Cette idée vint à chacun de nous,
et faisait le fond de nos conversations quotidiennes. Enfin ce que nous
a
vions prévu arriva : l’empereur abandonna son île ; je
partis avec lui, et accompagnai jusqu’à Paris sa marche triomphante.
Trois mois plus tard, j’étais auprès de lui à Waterloo.
On a dit que, dans cette action mémorable, il s’était
tenu éloigné du champs de bataille. C’est un mensonge
; je ne l’ai pas quitté de la journée, et je puis vous
affirmer que dans aucune circonstance il ne s’était aussi peu
ménagé. Il semblait se jouer du danger, en demeurant en
observation sur une hauteur où les Anglais le voyaient parfaitement
; et il servit de but à leurs batteries. Les balles sifflaient
à nos oreilles, et les boulets pleuvaient tout près de
nous ; un aide de camp fut même tué d’un coup de canon
à une fort petite distance de l’empereur. L’empere
ur était
à cheval, et non pas en voiture, comme on l’a dit encore
(4) . Il était
tellement sur du succès, que l’idée d’un revers ne l’avait
même pas abordé.. Son calme était admirable ; et
lorsqu’on vint lui annoncer que l’armée commençait à
plier, il n’en voulut rien croire, tant sa sécurité était
profonde ; il entra dans un colère terrible contre les maréchaux
: « on n’a pas exécuté mes ordres ! « répétait-il à
plusieurs reprises. Alors il se mit à la tête de la garde,
et la fit avancer.
Quand
la défaite fut déclarée, l’empereur, moi toujours auprès
de lui, repris la route de Paris avec son état major. Jamais spectacle
plus horrible que cette déroute ! Nos soldats fuyaient dans un affreux
désordre, et comme frappés d’une terreur panique ; ils couraient
pêle-mêle avec égarement, sans que rien fut capable de
les arrêter. Je me jetai moi-même au travers du chemin, je leur
criai, en leur montrant l’empereur, de se rallier autour de lui pour protéger
sa retraite ; mais ils me regardaient d’un air stupide, et fuyaient encore
plus vite. Je crois à la trahison comme à mon existence (5) ;
personne parmi nous n’en doutait. Voici un fait peu connu, qui nous donna
fort à réfléchir. En entrant à Charleroi, nous
tombâmes au milieu d’un encombrement de chariots jetés au travers
des rues et de la route pour embarrasser notre fuite ; et en sortant de
la ville, chose encore plus extraordinaire, nous fumes assaillis par un
escadron de cavalerie. Ce ne pouvait être que des Français
; car l’ennemi était encore fort loin derrière nous. Nous
sortîmes pourtant de ce guet-apens, et continuâmes notre route
sains et saufs.
Le
lendemain, l’empereur arriva à Paris ; mais il n’y resta pas, et partit
de suite pour la Malmaison. Il n’y fut visité que par un très
petit nombre de personnes ; Caulaincourt fut un des plus assidus. *** (6)
voulait qu’on arrêtât l’empereur, et il s’offrit pour exécuter
cette commission. L’empereur, après son abdication, se dirigea sur Rochefort.
On lui avait assuré qu’il trouverait dans ce port deux frégates
prêtes à le conduire en Amérique : c'était sans doute
une nouvelle trahison; mais elle échoua parce qu'il s'embarqua pour l'Angleterre.
Tout son entourage le conjura à genoux de rester en France ; il s'y refusa
constamment, et je fus moi-même témoin de plusieurs scènes
fort animées.
"Non,
répondait-il à chaque fois; non, je ne veux point allumer la guerre
civile.» (7)
Tout le monde sait de quelle manière perfide il fut embarqué à
bord du Northumberland.
»
Que s'y passa-t-il dans le premier moment? C'est ce que je ne saurais vous dire.
L'empereur eut une conversation violente avec les deux commissaires anglais:
mais ils étaient seuls; on entendait seulement sa voix
haute et forte
sans distinguer les paroles. Les généraux Lallemand et Gourgaud
lui proposèrent de faire sauter le bâtiment (8),
et nous tous avec lui; mais il s'y opposa, en leur faisant, observer que ce
serait une mesure inutile. La suite de l'empereur se composait à bord
de douze personnes. Il était entouré de grands égards ;
mais il causa et se montra excessivement peu ; il ne montait presque jamais
sur le pont, et paraissait toujours concentré et absorbé en lui-même.
La traversée dura deux mois, pendant lesquels il lut et écrivit
beaucoup.
»
Dans les premiers temps de
son séjour à Sainte-Hélène
il recevait des visites ; mais il ne reçut plus personne aussitôt
que sir Hudson Lowe (NDLR. Hudson Lowe - 1769-1844) eut exigé que les
visiteurs passassent par son contrôle, et que l'empereur n'admît
que ceux avec lesquels on lui permettrait de communiquer.
Dans
les dernières années, il refusa de recevoir le gouverneur, et
lui déclara positivement en ma présence qu'il aimerait mieux mourir
que d'être soumis à l'horrible obligation de le voir. On n'a pas
l'idée en Europe des procédés atroces de cet homme envers
l'empereur ; il était, à la lettre, auprès de lui, comme
un bourreau attaché à la victime pour prolonger son agonie. Aussi
la haine de l'empereur pour lui passait tout
e expression; elle était
partagée par chacun de nous; nous le croyions capable de tout. Vous
Lors
de l'altercation de l'empereur avec le gouverneur, celui-ci lui déclara
qu'il fallait que quatre personnes de sa suite partissent, et il ajouta : «
Si
elles ne sont pas désignées demain à six heures par le
général Bonaparte, je les choisirai moi-même.
» Force fut bien à l'empereur de les indiquer. Le prétexte
de cette cruauté était que sa dépense avait été
fixée à huit mille livres sterling par an (NDLR. Environ 600.000
euros), et qu'elle s'élevait à vingt mille. C'était un
mensonge infâme.
Quant
au départ de Las Cases, la cause en fut une imprudence inutile. Las Cases
avait violé les règlements en écrivant en Europe; sa lettre
avait été cousue dans l'habit d'un homme de l'île qui partait.
Le messager fut dénoncé par son père qu'il avait mis dans
la confidence, et condamné à cinq ans de galères (10)
. La lettre dont il était porteur ne contenait cependant rien d'important
; elle était adressée à une dame à qui Las Cases
mandait, entre autres choses indifférentes, qu'il manquait de linge (11).
"La
bonne harmonie ne régnait pas toujours dans la maison. Madame B***(12),
qui n'avait suivi sou mari qu'avec une extrême répugnance, le harcelait
de plaintes ; elle alla jusqu'à reprocher un jour à l'empereur
d'être la cause de son expatriation, et M.***
(13) lui-même ne résistait
pas toujours à l'influence de sa femme. L'empereur était profondément
affligé de cette conduite, et il le leur fil sentir en plusieurs occasions;
il était toujours occupé à mettre la paix entre les uns
ou les autres
II
fut quatre ans entiers sans sortir ; il écrivait énormément;
ses papiers étaient entre
les mains de M. Bertrand.
J'avais
construit une malle à double fond ou ils avaient été déposés;
mais on n'a pas gêné leur passage en Europe.
Quant
à nos personnes, on nous refusa des passeports en Angleterre, parce que
notre route nous avait été tracée par Rotterdam. Comme
Suisse, j'en obtins un sur-le-champ du consul helvétique.
"
Je revins à Sainte-Hélène. Nous nous relevions, Marchand
et moi, pour veiller l'empereur toutes les nuits; il aimait cette attention,
et nous répétait souvent combien il y était sensible. Il
ne parlait pas, mais il aimait qu'on lui parlât, il n'était point
devenu aussi gros qu'on l'a dit; on l'a représenté en caricature,
et non tel qu'il était; son teint seulement était fort altéré
par la maladie , mais sa taille n'était pas sensiblement changée.
On a aussi singulièrement exagéré son irascibilité,
sa violence; c'était un véritable père de famille pour
ses alentours, et il nous disait souvent qu'il ne pourrait plus vivre si l'on
nous arrachait à lui; quand il était irrité contre quelqu'un,
il le lui témoignait par une froideur silencieuse. Ceux qui croyaient
entrer dans ses bonnes grâces par des flatteries ou des déférences
étaient d'ordinaire fort malvenus. Caulaincourt surtout lui plaisait;
il estimait sa franchise et sa fermeté. Il n'aimait pas
qu'on fut toujours
de son avis. J'ai une excellente mémoire, il ne l'ignorait pas : s'élevait-il
encre lui et ses maréchaux quelque discussion sur un fait dont j'avais
eu connaissance, vite il m'appelait, et me faisait raconter comment la chose
s'était passée ; il s'en rapportait presque toujours à
moi, car il savait que je disais la vérité sans égard pour
personne, pas même pour lui; je lui ai cent fois soutenu mordicus des
choses qu'il niait, et nié ce qu'il affirmait. Loin de s'en irriter ou
de s'en offenser, il me laissait voir que celle indépendance ne lui déplaisait
pas. Quant a l'ambition qu'on lui a tant reprochée, je lui ai entendu
dire plusieurs fois : " Les
Français ne m'ont pas compris. Ils m'ont accusé d'être ambitieux pour moi, et je
ne l'étais que pour eux. Je voulais faire de la France ce qu'elle doit
être, ce que sa position géographique commande qu'elle soit en
Europe. »
Je
n'étais point auprès de l'empereur au moment de sa mort; celle
nuit-là ce n'était pas mon tour de le veiller.
On
me dit le lendemain qu'il avait eu peu de suite dans les idées : il avait
parlé de son fils qui était toujours pré
;sent à sa
pensée, et de sa femme dont il ignorait la conduite ; il demandait des
nouvelles de Louis XVIII, du roi d'Angleterre, mais sans ordre et par mots entrecoupés.
II est mort fort tranquillement, les bras étendus le long du corps, le
visage calme et recueilli. Nous avons tous accompagné son cercueil; ses
funérailles ont été simples et touchantes.
Si
vous me demandez ce que je pense des ouvrages écrits sur Sainte-Hélène
, je vous répondrai que le Mémorial de Las Cases est en général
véridique ; mais les Mémoires du docteur ** (14)
sont absurdes. Il prétend avoir eu une grande influence sur l'esprit
de l'empereur; il n'en avait aucune, l'empereur ne pouvait pas le souffrir.
Il n'en a fait aucune mention dans son testament, tandis qu'il nous a laissé
à tous des legs plus ou moins considérables; le mien est de cent
mille francs (NDLR. A peu près 300.000 euros). Bertrand, exécuteur
testamentaire de l'empereur, a prélevé sur tous les legs de quoi
faire pareille somme au docteur *** ; comme il a fait cela de son plein gré
et sans nous consulter, nous nous en sommes plaints, et nous aurions eu le droit
de nous y opposer juridiquement. »
Noveraz
nous fit lire les passages du testament de l'empereur qui le concernaient (15).
Il nous montra ensuite divers objets qui lui avaient appartenu : deux pistolets
dépareillés portés par lui dans plusieurs batailles, des
boucles de ses cheveux coupées à différentes époques (16),
et de sa barbe rasée après sa mort; il avait aussi en dépôt
un fusil de chasse de l'empereur et les harnais de son cheval, deux objets qu'il
était chargé de remettre à son fils à l'époque
de sa majorité (17).
Chacun
de nous, reprit le chasseur, avait été chargé par l'empereur
d'une semblable commission, afin sans doute de nous faire reconnaître
par le roi de Rome.
»
—
Vous lui parlerez de son père, nous disait-il quelquefois d'une voix
émue;
» et toutes les fois que la pensée de son fils lui revenait un
attendrissement visible se peignait sur son visage.
»
Ah ! monsieur, il faut avoir approché l'empereur comme je l'ai fait,
l'avoir vu dans tous les détails de la vie comme je l'ai vu, pour savoir
ce qu'il y avait de bonté
dans son cœur; j'en appelle sans crainte d'être
démenti à tous ceux qui ont eu accès auprès de lui.
Il n'a jamais fait de la peine à qui que ce soit volontairement; et quand
il lui arrivait d'affliger quelqu'un, il en était plus fâché
que la personne même; on le voyait à son malaise, et dans ce cas-là
nous savions tous que sa brusquerie n'était que de l'embarras. Si j'osais
appliquer à un si grand homme une expression familière , je vous
dirais qu'il était tout à fait bon enfant; aussi l'avons-nous
tous profondément regretté. Quant a; moi personnellement, j'ai
gardé de lui un souvenir aussi tendre que respectueux. Il me traitait
avec tant de bonté! Si vous saviez quel vide sa mort m'a laissé!
Quoique mon retour en Europe m'ait ramené dans mon pays, au milieu des
commodités de la vie, ma pensée est toujours à Sainte-Hélène,
et la figure de l'empereur m'est présente à tous les instants
de mon existence. Je lui fus dévoué de corps et d'âme pendant
sa vie, et j'ai voué à sa mémoire un culte religieux. »
Le Magasin pittoresque - Année 8 (Paris, 1840), pages 13-15 -
F.L. Maitland - Georges Home - Napoléon à bord du Bellérophon. Plon, Paris, 1934 (p. 95 - La traduction de Henry Borjane, dans cette édition, est un peu différente de celle présentée dans le texte ci-dessus, pour ce qui est de la forme, mais le fond reste le même).
NOTES
(1)
Cette
interview est antérieure au "retour des cendres" puisque Noveraz
sera du voyage vers Sainte Hélène, avec Bertrand, Gourgaud, Emmanuel
Las Cases, Marchand, Ali, Pierron et Archambault. D’ailleurs il n’aurait pas
manqué d’en parler.
(2)
Violette :
Il s’agissait de la fleur de "l’amour caché".
(3) En
vérité comme il n’avait pas suivi Napoléon à l’île
d’Elbe, Roustand avait été remplacé par Saint Denis. Ce
dernier, curieusement, avait déjà remplacé l’ancien mamelouk
Ali, un indésirable, et bien qu’étant né à Versailles,
Saint Denis fut aussi surnommé « mamelouk Ali »
(4)
Napoléon montera sa jument blanche Marie, pur-sang mecklembourgeois
(5)
Tout
au long du XIX° siècle la trahison sera, pour les Français, l’explication du désastre de
Waterloo. La campagne avait commencé par la trahison du général
Bourmont ( q
u’importe la cocarde, un jean-foutre reste toujours un jean-foutre,
avait dit Blücher, indigné ) et la déroute commença
aux cris de « Nous sommes trahis ». Après
Marmont, Talleyrand et autre Lafayette Napoléon allait connaître
l’amertume de nombreuses trahisons. Plus tard Victor Hugo
n’hésitera pas à accuser les financiers d’avoir joué
sur les cours de la bourse.
(6)
Depuis
quelque jours Napoléon a signé sa seconde abdication. Mais le
gouvernement provisoire hésite à répondre à ses
exigences : deux frégates à Rochefort pour se rendre aux
Etats Unis. Le 28 juin 1815 le général Flahaut, devant la commission,
se heurte au maréchal Davout qui lui dit avec colère :
«Votre
Bonaparte ne veut point partir, mais il faudra bien qu’il nous débarrasse
de lui ; sa présence nous gêne, nous importune ; elle
nuit au
succès de nos négociations. S’il espère que nous
le reprendrons, il se trompe ; nous ne voulons pas de lui. Dites lui de
ma part qu’il faut qu’il s’en aille, et que s’il ne part pas à l’instant,
je le ferai arrêter, que je l’arrêterai moi-même.»
Sous
ces **** il faut donc comprendre le Maréchal Davout, duc d’Auerstadt.
La discussion entre les deux se prolongera et terminera ainsi (selon Flahaut)
:
Je
n’aurai jamais pu croire, monsieur le maréchal, qu’un homme qui, il y
a huit jours, était au genou de Napoléon, pût tenir aujourd’hui
un pareil langage. Je me respecte trop, je respecte trop la personne et l’infortune
de l’Empereur pour reporter vos paroles ; allez-y vous-même, monsieur
le maréchal ; cela vous convient mieux qu’à moi. Non,
je n’irai point, je n’abandonnerai pas l’Empereur ; je lui garderai jusqu’au
dernier moment la fidélité que tant d’autres lui ont juré.
-
Je
vous ferai punir de votre désobéissance, s’exclame Davout.
-
Vous
n’en avez plus le droit. Dès ce moment je donne ma démission.
Je ne pourrai plus servir sous vos ordres sans déshonorer mes épaulettes
L’histoire du général Flahaut est pour le moins stupéfiante : fils de Talleyrand, amant de Hortense de Beauharnais dont il eut un fils, le Duc de Mornay, il épousera Margaret Mercer Elphinstone qui n’était autre que la fille de Lord Keith, un des plus implacables ennemis de l’Empereur. 50 ans plus il se souviendra de l’incident :
2 août 1867
Charles de Flahaut à Larabit
Mon cher collègue,
J'ai lu le discours que vous avez prononcé à l'inauguration
de la statue du Mal Davoust à Auxerre. On ne saurait louer en termes
plus justes et plus dignes la mémoire d'un homme qui a rendu de si éclatants
services à l'Empereur et au pays, et qui a déployé pendant
les guerres de la Révolution et de l'Empire tant de talent, de bravoure
et de stricte probité.
J'ai regretté toutefois qu'amené à parler d'une anecdote
racontée par Fleury de Chaboulon, vous ayez placé la scène
décrite par lui comme s'étant passée dans le cabinet de
l'Empereur sans témoins, tandis qu'elle a eu lieu dans le cabinet du
gouvernement provisoire en présence de tous ses membres, de plusieurs
ministres, du duc de Vicence et plusieurs autres personnages - en tout une vingtaine
de personnes.
J'avais été envoyé de la Malmaison par l'Empereur pour
demander au Gouvernement un ordre aux commandants des frégates alors
à Cherbourg de se mettre à sa disposition ; il m'avait chargé
de lui déclarer qu'il ne quitterait les environs de Paris que lorsqu'on
le lui aurait envoyé. Je venais de faire cette déclaration au
Duc d'Otrante, lorsque le Maréchal Davoust, qui était debout près
de la cheminée, prit la parole sans que quoique ce soit l'y obligeât
et s'adressant à moi, me dit " Général, rendez-vous
auprès de l'Empereur et dites-lui qu'il parte, que sa présence
nous gêne et est un obstacle à toute espèce d'arrangements
et que le salut du pays exige son départ - sans quoi nous serons obligés
de le faire arrêter ; que je l'arrêterai moi-même ".
Ces paroles me consternèrent, et je lui répondis sur le champ
à haute voix : " Monsieur le Maréchal, il n'y a que celui
qui donne un pareil message qui soit capable de le porter : quant à moi
je ne m'en charge pas et si pour vous désobéir il faut donner
sa démission, je vous donne la mienne ".
Cette scène me laissa durant quelques minutes en proie à une émotion
très vive, pendant laquelle le Duc de Vicence et plusieurs autres personnes
vinrent m'exprimer leur sympathie et leur indignation.
Je
me rendis alors à la Malmaison où je trouvai l'Empereur couché.
Il me fit entrer, mais je m'étais décidé à ne pas
lui faire part de la scène à laquelle j'avais assisté,
craignant d'ajouter à ses douleurs. Avec sa perspicacité ordinaire,
il s'aperçut qu'il y avait quelque chose que je ne lui disais pas. Il
me demanda de ne rien lui cacher, cherchant en même temps à me
faire comprendre combien il lui importait de tout savoir. Alors je lui racontai
tout ce qui s'était passé, et il porta la main à son cou
en disant, " Eh bien, qu'il y vienne ".
Voilà l'exacte vérité. Je ne cherche pas à revenir
sur ce triste sujet, car il m'en coûte de rien dire qui soit de nature
à porter atteinte à une des gloires de la France ; mais seulement
je ne peux pas consentir à ce que l'on nie ce qui n'est malheureusement
que trop vrai.
On peut déduire de cet
incident que, plus que fervent napoléonien, Davout mettait l’intérêt
de la France avant tout, même si pour cela il devait affronter
l’Empereur
(7)
Avant
l’abdication la ligne dure représentée par Lucien, Carnot et Davout
suggérait une ‘ réaction jacobine ‘ et armée semblable
à celle qui avait suivi le décret de la déclaration de
la « Patrie en danger » aux premières heures de
la Révolution. Pour convaincre l’Empereur, Carnot alla jusqu’à
la limite de l’insolence. F
ace au refus, Lucien claqua la porte avant de tenter
d’imposer, vainement, le roi de Rome à l’assemblée. Davout pris
d’une colère froide contre Napoléon, jugea qu’il venait de perdre
sa dernière chance et se rangea aux cotés de Fouché.
(8) Il y a erreur. Il s’agit du Bellérophon, comme l'indique la relation du capitaine Maitland (du Bellérophon), Traduction en français J.P. Parisot – publié en 1826 en France :
31
Juillet 1815.
«
Je me retirai dans ma cabine, et j’étais occupé à écrire
une lettre à Lord Melville en faveur de MM Savary et Lallemand, quand
ce dernier arriva suivi des généraux Montholon et Gourgaud. Ils
entrèrent, sur-le-champ, en conversation avec moi, touchant la cruauté
de leur situation. Après avoir débité une foule de choses
sur le sujet, ils dirent :
-
Vous pouvez y compter, l’Empereur n’ira jamais à Sainte Hélène
; il se tuera plutôt. C’est un homme d’un caractère déterminé,
et ce qu’il dit il le fera.
-
- A-t-il jamais dit qu’il se tuerait ? demandais-je
-
Non, ; mais il a dit qu’il n’irait pas à Sainte Hélène,
ce qui signifie la même chose ; et s’il y consentait, nous sommes ici
trois qui avons résolu de l’en empêcher.
Je
leur dis qu’ils eussent à bien peser les conséquences, avant de
risquer un chose de ce genre. »
(9)
Un
jour, le jeune Emmanuel Las Cases attendit
Hudson Lowe devant sa maison à Londres et le cravacha par deux fois.
Lowe ne réagit pas sur l’instant mais tenta de laver l’affront plus tard.
(10) Noveraz
semble exagérer la condamnation, compte tenu que les galères n’existaient
déjà plus. Il a certainement mal compris une peine probable de
5 ans de travaux forcés.
(11) Las Cases prétend avoir écrit une lettre à Lucien.
(12) Henri-Gatien, comte Bertrand (1774-1844)
(13)
Charles de Montholon
(14)
Barry Edward O’Meara
(15) Les
extraits du testament de l’Empereur sont les suivants
15 avril 1821, à Longwood, île de Sainte-Hélène. Ceci est mon testament ou acte de ma dernière volonté : …
ARTICLE 7° (je lègue) à Noverraz, 100 000 francs…”
…
“2er CODICILLE…
le 16 Avril 1821, Longwood
… 15 000, à Noverraz”
Ce 24 avril 1821, Longwood.
Ceci est mon codicille ou acte de ma dernière volonté.
…..
11° 50000 francs, savoir: 10000 à Pierron, mon maître d'hôtel; 10000 à Saint-Denis, mon premier chasseur; 10 000 à Noverraz; 10000 à Coursot, mon maître d'office; 10000 à Archambault, mon piqueur
Ce 24 avril 1821, Longwood.
Ceci est mon codicille ou acte de ma dernière volonté.
…….
12° Idem 100000 francs, savoir: 25000 à Pierron, mon maître d'hôtel; 25 000 à Noverraz, mon chasseur; 25 000 à Saint-Denis, le garde de mes livres; 25 000 à Santini, mon ancien huissier ;
Soit un total de 150 000 francs !
Il est étrange que le chroniqueur ne parlasse que de 100 000 francs ….
(Voir le testament
complet)
(16)
Ces cheveux seront très précieux lors de différentes études
scientifiques tendant à prouver si, oui ou non, Napoléon a été
assassiné à Saint Hélène.
(17) ÉTAT
A JOINT A MON TESTAMENT - Longwood, île de Sainte-Hélèn
e,
le 15 avril 1821
………..(PARTIE)
V
1°
Mes trois selles et brides, mes éperons qui m'ont servi à Sainte-Hélène
;
2°
Mes fusils de chasse au nombre de cinq :
3°
Je charge mon chasseur Noverraz de garder ces objets, et de les remettre à
mon fils quand il aura seize ans.