Jérôme Bonaparte - Miniature de Constantin Abraham (1785-1855)JÉRÔME BONAPARTE ( 1784-1860)
ROI DE WESTPHALIE (1807-1813)

Der König lustig

Mme Françoise AUBRET-EHNERT

(Conférence présentée le 16 mai 2002, à Bielefeld)


Je vous aime, mais vous êtes furieusement jeune ( Napoléon à Jérôme)

Le personnage que je vais évoquer ce soir n’est pas une personnalité « recommandable ». En général, on parle de personnalités historiques à cause de leurs bienfaits ou de leur valeur morale et politique. Pour Jérôme Bonaparte, il n’en est rien, son seul mérite fut le fait d’avoir été le petit frère de Napoléon grâce auquel il est aussi entré dans l’Histoire.

Si j‘en parle ici à Bielefeld ce soir, c’est bien sûr à cause de son rôle dans l’histoire de votre région, la Westphalie, dont il fut, à 23 ans, le roi, de 1807 à 1813, nommé par Napoléon après sa victoire sur la Prusse et le traité de Tilsitt. Pour comprendre la personnalité de celui qui fut roi de Westphalie, il est nécessaire d’évoquer son enfance et sa jeunesse .


L’enfance

Jérôme est né le 15 novembre 1784, dernier des 11 enfants de Madame Mère, Laetitia Buonaparte et de Charles-Marie Buonaparte. Le grand frère Napoléon est né en 1769, il a donc 15 ans de plus que son cadet, une génération les sépare. Leur père meurt en 1785, un an après la naissance de Jérôme, laissant sa femme dans la misère avec 8 enfants vivants à charge.

Il a deux ans en 1786, quand il voit pour la première fois son grand-frère, il s’appelle encore Gerolamo

Quand Napoléon triomphe en Italie, il a douze ans, et 15 ans quand, en 1799 son frère devient Premier Consul et premier personnage de la République.

Pour la famille Buonaparte, il n’est pas possible de rester en Corse, car elle n’est pas Paoliste (adepte de Pascal Paoli qui lutte pour l’indépendance de son pays). C’est la cause de leur exil en France. C’est ainsi que Jérôme arrive en France à 9 ans avec sa famille, à Toulon puis à Marseille. Bonaparte, devenu général, s’inquiète pour le petit frère qui n’a pas encore fréquenté d’école et qui est ignorant de tout, aussi le fait-il venir à Paris en 1794. Il a 10 ans


L’adolescence

Napoléon a choisi pour lui le collège des Irlandais où il a Eugène de Beauharnais pour compagnon. Il y reste deux ans et ne brille pas par son assiduité, mais plutôt par ses sottises. Mais peut-on gronder le frère du Premier Consul ?

En 1796, Bonaparte, vainqueur d’Arcole et de Rivoli, triomphe en Italie et fait venir sa famille. Belle occasion pour Jérôme d’interrompre ses études, le voila à Mombello, au milieu d’une cour luxueuse et princière. Tout le monde, et Joséphine la première, est ravi par ce joli garçon de 13 ans aux boucles noires, charmant, gai, espiègle qui trouve très à son aise dans cette atmosphère de fêtes. Par contre, cela ne plait pas à sa mère qui veut rentrer en France et il doit repartir. Napoléon l’envoie dans une autre école chez les oratoriens de Juilly, plus sévères que les Irlandais. Il travaille, mais cela ne dure pas, car il est d’un naturel paresseux. Il est trop gâté par sa mère et ses frères et sœurs.

Laure d’Abrantès écrit de lui : 

Il avait dans ce temps-la, toute la légèreté, toute l’étourderie, la frivolité de toute la famille et que je n’ai vues chez aucun de ses frères, c’était en homme, c'est à dire en jeune homme, le portrait ressemblant de sa sœur Paulette, lui et elle n’ont jamais eu rien de commun avec le caractère des six autres. Ils tenaient de leur père, léger et peu sérieux.

On voit donc que Jérôme, très jeune, était déjà le fêtard et le joyeux luron qui fera qu’on le surnommera en Westphalie « König lustig »

1799, il a 15 ans, Napoléon revient d’Egypte, retrouve le petit frère qu’il juge très mal élevé, trop gâté et volontaire pour des choses de mauvais aloi !!

Il l’installe aux Tuileries, au dessus de ses propres appartements pour l’avoir sous sa coupe, engage de bons maîtres pour le pousser en latin, mathématiques et français. Là, il fait quelques progrès, mais est vite ébloui par la manne qui tombe sur la famille Bonaparte, lui aussi veut en profiter. Par exemple, il achète, sans un sou, un nécessaire de voyage à 16.000 francs qu’il fait livrer aux Tuileries, parce qu’il aime les belles choses; au grand frère de payer la note ! Il en sera ainsi toute sa vie.

En l’absence de Napoléon, il ne quitte pas Malmaison, car il s’entend à merveille avec Joséphine. Il voudrait accompagner son frère qui a emmené Eugène de Beauharnais avec lui. Napoléon l’engage dans le régiment des guides que commande Eugène, il a 15 ans et demi et se pavane dans un bel uniforme de chasseurs à cheval. Il mène la joyeuse vie, emprunte de l’argent à ses frères et sœurs, se bat en duel. Pour Napoléon, il est grand temps de l’éloigner de Paris.


L’officier de marine

Portrait de Jérôme Bonaparte en costume d'officier de marine sur le pont d'un vaisseau. Giuseppe BezuolliEn novembre 1800, il a juste 16 ans, il arrive à Brest , accompagné de Savary et porteur d’ une lettre de Napoléon à l’amiral Ganteaume : 

Je vous envoie, citoyen général, le citoyen Jérôme Bonaparte pour faire son apprentissage dans la marine. Vous savez qu’il a besoin d’ être tenu sévèrement et de rattraper le temps perdu. Exigez qu’il remplisse avec exactitude toutes les fonctions de l’état qu’il embrasse

Napoléon ne se fait donc pas d’illusions sur son polisson de frère, mais est plein d’indulgence pour ses frasques.

Jérôme navigue en Méditerranée, puis part aux Antilles pour reprendre Saint-Domingue aux esclaves en révolte. Il retrouve sa sœur Pauline et son beau-frère Leclerc ( qui sera victime de la fièvre jaune ) qui écrit au Premier Consul :

 Je suis très content de Jérôme, il a tout ce qu’il faut pour faire un excellent officier 

Il repart en mission pour Leclerc et arrive à Brest, d’ou il regagne Paris, puis Nantes pour regagner les Antilles. Avant de ré embarquer, il se fait remarquer à Nantes en faisant la fête avec de joyeux drilles, comme le futur marquis de Maubreuil, il jette l’argent des autres par les fenêtres et dépense sans compter.

Arrivé, il fait une escale forcée à la Martinique, atteint par la fièvre. Là, il rencontre le créole Le Camus, qui ne le quittera plus. Quand il apprend le décès de son beau-frère, le général Leclerc, il n’a plus du tout envie de rester et veut même quitter la marine. Il visite la Guadeloupe, la Dominique et se met en tête de voyager, il veut visiter les Etats-Unis. Au lieu d’obéir aux ordres de ré embarquer sur l’Epervier pour la France, il part, bien inspiré, sur un petit voilier pour la côte américaine. Il a commis une lourde faute, il a quitté le vaisseau qu’il commandait, un autre que lui serait passé en conseil de guerre pour abandon de poste devant l’ennemi. L’Epervier est capturé par les Anglais et on annonce déjà la capture du frère de Napoléon qui n’en croit rien, il a raison.

Le 15 juillet 1803, Jérôme arrive à Washington.


Le Mariage américain (voir aussi)

Comment subsister dans une ville étrangère ? Il envoie son ami Lecamus à la légation française où le chargé d’affaires Pichon lui remet 5000 F, puis se charge de le rapatrier. Jérôme entre temps se montre insupportable, court les lieux de plaisir, dépense des sommes folles et son hôte, Barney, un personnage qui a mauvaise réputation, lui fait connaître la meilleure société de la ville. Son nom Bonaparte lui ouvre toutes les portes.

On trouve enfin un bateau pour qu’il embarque. Mais alors, il refuse de repartir.

Il est tombé amoureux d’une ravissante personne, Élisabeth Patterson, du même âge que lui, c’est le coup de foudre réciproque. Il demande sa main, le mariage est annoncé pour le 3 novembre. Pichon est atterré. Jérôme n’a pas 19 ans, il se marie sans le consentement de sa famille et le Premier consul sera furieux, passera son ire sur lui, Pichon, qui n’a pas su empêcher cette folie. Jérôme est non seulement un étourdi, un prétentieux, un outrecuidant personnage, mais aussi un panier percé qui n’a que des dettes. Le père Patterson, alerté par Pichon, envoie sa fille en Virginie, Jérôme enrage et envoie Lecamus chez Pichon pour lui dire ne ne pas écrire à Talleyrand, et qu’il renonce au mariage.

Ouf , tout est fini !

Non, rien n’est fini , Élisabeth revient, déclare  qu’elle aime mieux être la femme de Jérôme pour une heure que la femme d’un autre pour toute sa vie . (Pauvre Élisabeth! Le Destin la prendra au mot) et déclare à son père qu’elle fera un scandale s’il ne la marie pas à Jérôme !

Le père capitule et le mariage est célébré par l’évêque catholique de Baltimore, le 24 décembre 1803. En guise de joyeux Noël, Jérôme envoie Lecamus chez Pichon pour lui annoncer la bonne nouvelle et surtout lui réclamer de l’argent, 4000 dollars. Pichon suffoque de rage et envoie son rapport à Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères.

Élisabeth est tout aussi frivole que son mari et jouit de sa nouvelle position de Madame Bonaparte dans la bonne société de Baltimore.

Pichon envoie des rapports qui lui valent son rappel à Paris et il apprend que Jérôme, à qui il avait avancé tant d’argent, a écrit à Paris pour se plaindre de lui. Il a beau protester contre les délations de Monsieur Jérôme, il doit rentrer.

En mars 1804, arrive Meyronnet qui transmet à Jérôme l’ordre de son frère de rentrer au plus tôt, sur un bâtiment de guerre francais. Comment faire ? Il sait qu‘il ne peut y embarquer avec sa femme. Il écrit à Talleyrand pour gagner du temps, mais il commence à être inquiet. Car il a appris le remariage de son frère Lucien sans l’autorisation de Napoléon et celui-ci l’a banni.

Il écrit a sa mère pour la mettre dans son camp. Il a l’art de câliner les gens qu’il aime et de falsifier la vérité. Mais la nouvelle de son mariage est arrivée aussi entre-temps à Paris et le frère d’Élisabeth, Robert, aussi. Robert va voir le représentant des Etats-Unis à Paris, Livingstone, qui lui conseille de dire aux jeunes mariés de rester en Amérique jusqu’au jour ou ils pourront rentrer la tête haute. Il rencontre aussi Lucien, le proscrit, qui lui dit que la famille approuve son mariage, et qu’il doit rester en Amérique et obtenir la nationalité américaine.

Entre-temps, Jérôme a d’autres soucis: Pichon a reçu l’ordre de ne plus donner d’argent à l’officier déserteur et aucun capitaine ne doit recevoir la jeune personne a son bord, elle n’a pas le droit d’entrer en France.

Le premier Consul écrit : 

Je recevrai Jérôme si, laissant en Amérique la jeune personne en question, il vient ici pour s’associer à ma fortune. S’il l’amène avec lui, elle ne posera pas le pied sur le territoire de France. S’il vient seul, j’oublierai son erreur d’un moment et sa faute de jeunesse (..)

Jérôme essaie de gagner du temps, et alors il apprend la stupéfiante nouvelle : son frère va se faire couronner Empereur: Un sénatus-consulte a proclamé Napoléon Bonaparte Empereur, avec droits héréditaires rejaillissant sur ses frères à l’exception de Lucien et de Jérôme.

Sa famille l’encourage à espérer que les choses s’arrangeront, sa mère lui donne le conseil d’envoyer sa femme en Hollande. Après des essais infructueux pour rentrer, il apprennent le couronnement triomphal à Notre-Dame (2 décembre 1804), les titres d’altesses impériales, les dotations et les honneurs aux frères et sœurs du nouveau César.

Élisabeth est enceinte et doute de ne jamais entrer en France. Son père trouve enfin une nouvelle solution: il met à la disposition de son gendre et de sa fille un voilier de commerce et le 3 mars 1805, le couple, accompagné de Lecamus et de miss Spaer, la tante d’Élisabeth, s’embarque sur l’Erin pour la France.

Napoléon poursuit avec ténacité l’annulation de ce mariage. Sa mère avait à sa demande consulté des juristes, tous étaient d’accord pour dire que ce mariage était nul. Il fit rendre un décret au conseil d'État,  

Aucun officier d’état-civil n’a le droit de transcrire un prétendu mariage que M. J. Bonaparte aurait contracté en pays étranger.

et un second décret déclara 

les enfants à venir illégitimes et ne pourraient réclamer aucun lien de parenté fondé sur ce prétendu mariage.

Et si Jérôme débarquait avec sa dulcinée, il faudrait le conduire aussitôt en Italie et refuser à l’Américaine de débarquer.

Le 8 avril 1805, l’Erin jette l’ancre à Belem, près de Lisbonne, où le chargé d’affaires à Lisbonne est alerté de leur arrivée. Il dit qu’il a un passeport pour M. Bonaparte , mais qu’il n’a pas l’autorisation de délivrer de laisser-passer à "Mademoiselle Patterson".

Pour Napoléon, il n’y a pas eu de mariage. Il se montre intraitable et acharné à nier ce mariage qui gêne ses plans.

Pour Jérôme, une solution s’impose: obéir aux ordres. L’Erin emmènera Élisabeth a Amsterdam et lui ira en Italie rejoindre son frère et plaider sa cause. Les deux époux se disent au revoir et s’étreignent, c’est un adieu, ils ne se reverront plus.

Pendant que Jérôme galope vers l’Espagne, Élisabeth fait route vers la Hollande. Il arrive à Barcelone, Grenoble, passe les Alpes et arrive enfin en Italie, à Turin. Napoléon est à Alexandrie et refuse de le recevoir. Il reste 10 jours à Turin et réfléchit à la terrible alternative : rester avec sa femme, pauvre et sans gloire ou obéir à son frère et connaître les honneurs et la fortune. Il a 20 ans et rien d’un héros de Corneille !

Alors, il capitule: il écrit a son frère qui le reçoit. Napoléon dit: 

Je suis content du jeune homme qui a de l’esprit, qui sait qu’il a fait une sottise et veut la réparer autant qu’il dépend de lui.

Sur ordre de l’Empereur, Lecamus est parti en Hollande pour dire à Élisabeth de rentrer en Amérique. Mais elle est allée en Angleterre, parce que Amsterdam lui avait refusé l’entrée du port. Elle qui se disait belle-sœur de Napoléon allait se réfugier chez ses ennemis !. Mais enceinte de 7 mois, pouvait-elle faire une traversée si longue ? Chacun en Angleterre, où elle avait des relations, la plaignait et elle fut accueillie a Londres comme une victime du Corse exécré.

Elle mit au monde le 7 juillet 1805, un garçon, Jérôme-Napoléon, qui ne connaîtra son père que 18 ans plus tard, à Rome.

Jérôme écrit à Élisabeth des lettres touchantes où il lui recommande la patience, mais il ne faut pas irriter le souverain. Il va bientôt aller la rejoindre, elle et son fils…Elle n’est pas dupe et n’a pas vraiment confiance en ses déclarations de fidélité.

Napoléon, pour parfaire l’annulation, écrit au pape, mais celui-ci lui refuse cette annulation.

Jérôme est rentré en grâce et est réintégré dans la marine. A Gênes, il se console de l’absence d’Élisabeth avec des belles du port. Il embarque pour délivrer des esclaves retenus par le Bey. Cette expédition réussit sans peine, le bey ayant été grassement payé, mais la gloire en rejaillit sur Jérôme qui est fêté par la population.

Il rejoint Paris, Napoléon est satisfait et déclare qu’il était bien jeune, bien léger, qu’il il lui fallait du plomb dans la tête mais que pourtant il espérait en faire quelque chose.

Jérôme repart pour Brest rejoindre son poste, il est accueilli sur le Vétéran avec tous les honneurs, fêtes, banquets, harangues élogieuses malgré les recommandations de Napoléon, qui veut qu’on le traite comme un officier ordinaire. Les flagorneurs ne manquent pas.

Jérôme s’est reconstitué sa joyeuse bande d’amis et comme toujours, a besoin d’argent pour la distraire.

En Route sur le Vétéran il navigue du Cap de Bonne Espérance à l’ Amérique du sud. A Cayenne, il rencontre une goélette américaine qui connaît bien les Patterson, aussi, il écrit à sa femme des lignes incroyables d’hypocrisie. Ou est-ce qu’il y croyait lui même ? Il vogue vers les Antilles, il est tout près d’Élisabeth, il lui donne de ses nouvelles, il regrette de ne pas pouvoir la voir…

Le 1er juillet 1806 il regagne au plus vite la France où Napoléon distribue les titres et les honneurs. Malgré de nombreuses fautes de navigation qui auraient été fatales à un autre, il arrive pour recevoir les honneurs. Il reçoit le titre de prince français avec une rente de 1 million, il retrouve sa place dans l’ordre de l’hérédité impériale et est décoré du grand aigle de la légion d’honneur !

Voila, en quelques pages, le portrait de celui qui va devenir roi de Westphalie en 1807, à 23 ans.


L’entrée dans le système

Napoléon, après sa victoire sur la Prusse et son entente avec le tsar Alexandre à Tilsitt, veut placer sa famille sur les trônes européens, Joseph à Naples, Louis en Hollande, Murat grand-duc de Berg, Eugène vice-roi d’Italie et il a aussi besoin de Jérôme pour créer un état-modèle en Allemagne, afin de contrer la Prusse.

C’est avec stupeur que Jérôme apprend, alors que quelques semaines plus tôt il jurait fidélité à son Elisa chérie, qu’il va se marier ! 

Napoléon n’était pas sûr que Jérôme lui obéirait, il ne voulait pas brusquer les choses, aussi prend-il son temps pour mener les négociations avec le duc de Würtemberg, devenu roi par sa grâce, afin qu’il accorde la main de sa fille Catherine à Jérôme.

Mais des événements imprévus retardent le mariage, la Prusse attaque la Saxe, Jérôme suit son frère et arrive à Würzbourg ou il rencontre son futur beau-père Frédéric, duc de Württemberg en septembre1806. Celui-ci est obèse et sa fille tient de lui. Jérôme lui plait et il ne tarit pas d'éloges sur lui.

Avant de convoler, Jérôme dit se mesurer avec les Prussiens, Napoléon tient à ce qu’il se distingue, les soldats ne chantent-ils pas :

Nous allons chercher un royaume
Pour le petit frère Jérôme

Il fait la campagne avec son frère, mais se montre aussi mauvais soldat qu’il était mauvais marin ! un piètre stratège, aussi Napoléon lui adjuge le général Vandamme, un vieux routier, pour le surveiller ! A Breslau, c’est Vandamme qui prend la ville, mais Jérôme s’en attribue la gloire.

Installé à Breslau, il recueille les honneurs, donne des fêtes, des bals, des soupers, séduit une actrice. Élisabeth est vite oubliée !

Tilsit, 7 juillet 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je viens de conclure la paix avec la Russie et la Prusse. Vous avez été reconnu comme roi de Westphalie. Ce royaume comprend tous les États dont vous trouverez ci-joint l'énumération. J'irai passer quelques jours à Königsberg, et, de là, je me rendrai à Dresde. Je vous préviendrai à temps pour que vous puissiez arriver avec moi à Dresde, et nous nous concerterons là pour l'organisation à donner à votre royaume. Il est inutile que vous ébruitiez cette nouvelle.

Il faudrait vous procurer un secrétaire qui sût très-bien l'allemand, et vous occuper déjà de me proposer quelques Alsaciens d'un mérite distingué, propres à vous aider dans votre administration. Mon intention, d'ailleurs, en vous établissant dans votre royaume, est de vous donner une constitution régulière qui efface dans toutes les classes de vos peuples ces vaines et ridicules distinctions.

Envoyez de la cavalerie du coté de Glogau, afin que j'aie partout de très-fortes escortes.

La Prusse est vaincue à Friedland et on va tailler un royaume pour le petit frère: Le Royaume de Westphalie sera constitué des provinces cédées par la Prusse à gauche de l’Elbe et d’autres possédés par Napoléon. En fait, il avait envisagé de détruire la Prusse et de la donner à Jérôme ! On imagine la catastrophe, un souverain de 22 ans face à des Prussiens patriotes !

Jérôme repart à Paris après une campagne de 10 mois, il a gagné une couronne.

A Stuttgart, on attend que l’Empereur fixe la date des noces.

Catherine était peu chaude pour cette union, elle était plutôt anti-française, comme son frère Guillaume, mais elle avait déjà 25 ans, ce qui pour une femme à l’époque, était déjà vieux ! Elle était très forte, avait les yeux bleus et les cheveux blonds, était habillée sans élégance car son père était très avare, et les portraits officiels la flattent.

Mais elle était éduquée pour obéir aux ordres de son père . Elle était parente de la famille du tsar de Russie par sa mère, elle avait une bonne éducation et parlait plusieurs langues. Sa noblesse d’âme et sa bonté, ses vertus faisaient un contraste avec Jérôme. Un cœur pur et simple, une nature timide qui passait pour de l’orgueil auprès de certains.


Le mariage avec Catherine

Début août 1807, un ambassadeur s’annonce enfin à Stuttgart pour parler des noces, le mariage par procuration s’effectue et le départ pour Paris est fixé au 14 août. Elle est remplie d’angoisse, elle n’a pas d’argent, un trousseau immettable. Elle était de plus en plus angoissée à l’idée de rencontrer son futur mari : 

Ce n’est pas sans un serrement de cœur que je pense à la première entrevue. J’en ai une peur que je ne peux décrire, je crains de ne pas plaire au prince , de ne pas lui convenir. Tout cela me tourmente vivement .

On le serait à moins !

La rencontre se fit chez Laure Junot, au Raincy. Laure connaissait Jérôme et la famille Bonaparte depuis longue date et n’ignorait rien du mariage américain, elle se rappelait des serments de Jérôme en Espagne venant de quitter sa femme, aussi quand elle vit Catherine pour la première fois, fut-elle très curieuse de voir comment se passerait la rencontre. Elle eut pitié de la pauvre jeune fille, qui visiblement souffrait de cette séparation d’avec les siens et de l’angoisse de cette première rencontre, tantôt rouge, tantôt pâle, mal à l’aise.

Elle inspectait la toilette de Catherine avec une hypocrite compassion. Par comparaison avec la belle américaine, Catherine manquait visiblement de goût, elle était mal fagotée, engoncée dans une robe trop étroite et démodée.

Jérôme parut, elle s’entretint avec lui et il disparut pour hâter le départ pour Paris, alors elle s’effondra et on dut la ranimer.

Jérôme pensait sans doute à sa femme américaine et Catherine connaissait son histoire. Il dit seulement de sa future femme: 

Elle paraît surtout très bonne, sans être jolie, elle n’est pas mal.

Catherine, reine de Westphalie, princesse de Monfort. Lithographie d'après Maurin.Quant à Catherine, elle eut le coup de foudre, Jérôme plaisait a toutes les femmes, il était très beau garçon, jeune, svelte et charmant. Elle lui sera fidèle toute sa vie et montrera un courage et une grandeur d’âme dans les circonstances les plus difficiles, il était son « Fifi », elle était sa « Trinette » elle l’adorait malgré ses innombrables maîtresses qu’elle feignait d’ignorer.

Napoléon montra beaucoup de bonté pour sa belle-sœur, lui fit des cadeaux, paya sa robe de mariée et un nouveau trousseau. Le mariage eut lieu le 22 août 1807 en grande pompe. Jérôme parût tout en satin blanc, Catherine en fourreau blanc qui la boudinait et la rendait encore plus grosse !

Catherine était éblouie par son mari,  elle écrivit a son père:

Vous devriez voir les attentions, la délicatesse, la tendresse dont il comble votre fille. Déjà il commence à me gâter, car il est impossible de mettre plus de grâce, plus de franchise, plus de confiance dans ce qu’il fait pour me faire plaisir, aussi je ne pourrai plus être heureuse sans lui. 

et quelques jours plus tard : 

Je suis la plus heureuse des femmes dans mon intérieur, au-delà de ce que je puis exprimer, et je rends grâce à la providence d’avoir permis que j’unisse mon sort au meilleur des hommes ! 

La pauvre ! si elle avait su !

Portrait officiel des jeunes souverains de Westphalie dans les jardins de Napoleonshöhe.Jérôme est conquis par la gentillesse et l’innocence de sa femme, il la choira et l’aimera…. comme il en choiera et aimera beaucoup d’autres !!!

Pendant trois mois, les fêtes se succéderont en leur honneur. Catherine, un peu trop grosse, ne dansait pas, elle craignait déjà que son mari la néglige et quand il flirte dans un bal avec Stéphanie de Beauharnais, grande duchesse de Bade, elle pâlît, rougit et s’évanouit. L’Empereur gronda Stéphanie et éloigna son frère à Boulogne pour le lancement d’un bateau. Pendant ces trois mois, Jérôme avait dépensé trois millions, il n’avait que des dettes.

En novembre 1807, le couple alla rejoindre son nouveau royaume.


 

Sa majesté le roi de Westphalie

Napoléon voulait faire de la Westphalie un État modèle qui devait montrer au monde les bienfaits du régime napoléonien en Germanie et renforcer les liens avec la confédération du Rhin. Il voulait transformer un royaume féodal en un état moderne et y apporter les bienfaits du Code Napoléon.

Il faut que vos peuples jouissent d’une liberté, d’une égalité, d’un bien-être inconnu aux peuples de la Germanie, et que ce gouvernement libéral produisent les changements les plus salutaires..

Le roi Jérôme par Gérard.Il avait pris ces décisions sans en parler à Jérôme, il renonçait à ses droits de conquête, mais pas à décider en sous-main…Il s´était d’ailleurs réservé la moitié des domaines allodiaux (alleu= terre libre ne relevant d’aucun seigneur et exempte de toute redevance) pour ses généraux en récompense de leurs bons services et imposé à la Westphalie d’énormes contributions de guerre et l’entretien de 12.500 hommes de troupes. Il était à prévoir que les difficultés financières seraient grandes, l’économie et la sagesse n’étaient pas les vertus premières de Jérôme. La catastrophe était programmée, l´état-satellite prit le pas sur l’état-modèle et fit faillite.

Une constitution avait été proclamée, et de grands principes l’inspiraient :

Abolition du servage et des droits féodaux, liberté des cultes, vente des biens ecclésiastiques, réformes agraires, suppression des corporations, reconnaissance des juifs, introduction du code civil qui déclarait que tous étaient égaux en droit, installation d’une organisation judiciaire et d’un système d’impositions calqués sur ceux de la France.

Napoléon écrit : 

Mon intention …est de vous donner une constitution régulière qui efface dans toutes les classes de votre peuple de vaines et ridicules distinctions.

Le pays était divisé en départements et cantons, comme en France. On fonda le Moniteur Westphalien, journal bilingue qu’on peut voir à Cassel.

On peut y lire dans le premier numéro du 29 décembre 1807 la composition du royaume de Westphalie :

Le royaume est divisé en 8 départements avec pour capitales

Le roi recevait une liste civile de 5 millions, gouvernait avec l’aide d’un secrétaire d’État et de 4 ministres : Intérieur et Justice, Finances, Commerce et Trésor. Une assemblée législative de 100 députés élus par des collèges départementaux vote les lois.

Napoléon avait pensé que les futurs sujets accueilleraient ce nouveau régime avec empressement, car ils avaient vécu sous un régime despotique. Et en effet, au début,  l’enthousiasme pour le vainqueur était grand.

En attendant l’arrivée de Jérôme, Napoléon avait envoyé un conseil de régence dans lequel figuraient trois conseillers d’État francais expérimentés: Beugnot, Siméon et Jollivet. Un secrétaire d’État, Jean de Müller, complétait le conseil. Siméon , professeur de droit , était le premier ministre de ce royaume et Beugnot le chef de l’administration et des finances. Lagrange, le militaire, était chargé de l’exécution. Jollivet avait autorité en France en matière d’administration. Le maréchal Mortier, duc de Trévise, proclama en arrivant : je viens prendre possession de votre pays, c’est le seul moyen de vous épargner les horreurs de la guerre.

Le futur roi se mit en route avec 50 personnes de sa suite en passant par Stuttgart chez son beau-père, puis à Marburg et arriva enfin à Cassel, le 8 décembre 1807, que le vieux prince-électeur Guillaume de Hesse avait fui pour se réfugier à Prague. Wilhelmshöhe fut rebaptisé Napoléonshöhe, et ils furent reçus dans l’allégresse. Le couple royal était assis dans un carrosse à 6 chevaux, accompagné de cavaliers polonais aux brillants uniformes et suivi des carrosses de sa suite . Des lampions, des guirlandes, des oriflammes ornaient les rues, un arc de triomphe ornait la place. Les habitants de Cassel n’en croyaient pas leurs yeux, ils n’étaient pas habitués à ces fastes, l’électeur était connu pour son avarice et ses manières simples.

Une dame témoigne de cette entrée triomphale de Jérôme à Casse :

« Le 7 décembre1807 tout avait été préparé dans l’attente de l’entrée solennelle. On avait mis les nouvelles armes du roi partout aux bâtiments officiels, on avait redoré les couronnes et les chapiteaux, construit des arcs de triomphes  et les fonctionnaires francais avaient mis de  l’ambiance dans la population. On ne devait  pas manquer d’ ovations pour saluer le roi dans sa résidence .

Le 7,  le bruit commença à se répandre en ville que le roi allait arriver avec la reine dans le courant le l’après-midi.

Tu peux être sûr qu’une grande curiosité s’était emparée de tous les gens et de moi aussi. C’est pourquoi je me rendis à 3 heures sonnantes en compagnie de mon neveu à travers les rues ornées de couronnes en direction de la place pour voir le défilé en route vers la Napoleonshöhe. C’était un dimanche magnifique et on n’aurait pas pensé que Noël était si proche. Au milieu de la place il y a, comme tu sais, sur un petit promontoire un petit temple où m'accompagna  Julius,  le roi devait passer devant.

Je fus désagréablement surprise de voir les vieux tilleuls des allées qui, avant, formaient un dôme d’ombre, étêtés  comme s’il avaient été atteints par la foudre. Des gens qui s’y connaissent en arbres prophétisent leur mort parce qu’on les a coupés vivants.

Le soir approchait, il faisait sombre et brumeux, alors retentit dans le lointain de plus en plus fort un grand cri de joie  parmi les masses de gens qui s’approchaient .

 Les tambours et les trompettes faisaient un bruit d’enfer et on entendait aussi crier "vivat-vivat".

Et voilà que l’on aperçut les uniformes rouges  des cavaliers, c’était les cavaliers qui précédaient le carrosse royal. Juste derrière arrivait  une calèche attelée à 6 chevaux blancs dont la capote était rabattue et à coté de la voiture chevauchait en grand uniforme brodé d’or le grand écuyer, un général du nom de Lefebre Desnouilles (Lefèbvre-Desnouettes) , comme je l’appris plus tard. Derrière la calèche suivaient 10 écuyers en uniforme richement ornés.

Comme tu peux le deviner, mes yeux étaient tournés avec la plus grande attention vers les occupants de la calèche. Je pouvais bien  les voir du haut de mon monticule et le cocher, sur un geste du roi fit marcher les chevaux au pas. Le roi et la reine prirent place au fond de la voiture et en face d’eux étaient assis une dame d’honneur et un chambellan. Le jeune roi avec son visage jaune  pâle, mais intéressant faisait sans doute remarquer la beauté de ce point de vue à la  gracieuse  reine blonde et j’avais tout le loisir de le regarder très exactement.

C’est un homme petit et gracile, maigre, avec les cheveux bruns et les yeux noirs. Son visage a des pommettes un peu saillantes et autour des yeux se dessinent, malgré son jeune âge quelques rides. Son menton et sa nuque forte rappellent les images de l’empereur son frère, à qui, autrement  il ne ressemble pas. Il est plus joli. Sa main qu’il tendait  était petite  et fine comme celle d’une femme. La reine Catherine a de beaux yeux bleus et de merveilleux cheveux blonds. Elle portait sur la tête un chapeau en forme de coiffe de dentelles et bétille avec un demi-voile fixé dessus. Elle ne me parut pas très grande, mais bien proportionnée, son buste est pour son âge très développé, presque trop. Elle portait une robe de taffetas bleu et dessus un surtout de velours bleu brodé d’or. L’expression de son visage est très noble et aimable et elle souriait amicalement au roi.- De nouveau retentirent les cris des vivats et le roi éleva la main vers son chapeau dont il fit voler les plumes et la voiture s’en alla. Le roi portait, autant que je pouvais le voir, un uniforme vert brodé d’or, des culottes blanches, des escarpins et un merveilleux sabre doré au côté.

Derrière la voiture royale suivaient encore 3 autres calèches, dans la première 4 dames de la cour, et dans les autres 4 hommes d’état. (…) La ville était remplie de lampions et de transparents, un boulanger avait écrit : » Celui qui ne veut pas aimer le roi Jérôme, je le fourre dans mon four. » Mais assez pour aujourd’hui, mon vieux cœur me fait mal quand je pense à ces flatteries  pour ce nouveau roi qu’on nous avait imposé. »

La princesse Pauline de Lippe, elle, rend visite à la cour de Cassel, le 13 mai 1808, elle témoigne :

« Il était impossible de ne pas penser au Harem d’un prince oriental. Ces dames qui épiaient presque toutes un regard, un mot du héros de la fête, faisaient des plaisanteries à double sens, provoquaient, faisaient les coquettes. La reine,  avec la bienséance de la sultane favorite consciente de  ses droits et  de ses prétentions,  avec l’expression de son personnage : vous êtes mes esclaves, mais parfois  irritée par le comportement de certaines. Le roi plein d’attentions aimables  pour elle, envers les autres tout sultan, se permettant tout en paroles avec l’expression de son personnage et avec un certain mépris : comme s’il pensait : vous êtes les servantes de mes désirs. L’éloignement des autres hommes,  le fait que seuls mes fils allaient et venaient, les  jardins aux alentours, le luxe du service et de la table, une  certaine façon d’être, molle et ennuyée, le fait de ne dire que des paroles sans  importance, les plaisanteries libres, qui n‘aurait dû penser à l'Orient ?

Et pour apparaître dans le tableau j’avais l’impression de jouer le rôle de la Sultane Validé, la mère du sultan. Mon âge mûr (elle avait 39 ans), on n’avait pas convié les deux dames du palais plus âgées, le fait que j’étais étrangère à tout ce qui se passait, la grande déférence qui m‘était témoignée et  aussi que les seules paroles raisonnables prononcées m’étaient adressées , tout cela amenait la comparaison. »

Très vite, Jérôme va se débarrasser des mentors et mettre des hommes à lui, des incapables, dans les postes clés.

Napoléon ne cessait de contrecarrer les décisions de son frère, en qui il n’avait aucune confiance. Il n’empêche que Jérôme nomma ses amis à des postes intéressants et leur donna des noms ronflants, comme Lecamus, qui devint comte de Fürstenstein, nom imprononçable pour le créole qui prononçait furchetintin !! il le fit même secrétaire d’État et ministre des affaires étrangères, auxquelles il ne comprenait rien.

Alors Napoléon envoya un sorte d’espion, chargé de lui rapporter tout ce qui se passait à la cour, Rheinhardt. Ce Wurtembergeois avait vécu longtemps à Paris comme ministre du Directoire et était bilingue, alors que les français ne parlaient pas un mot d’allemand .

Le problème de la langue était d’ailleurs un objet constant de mésentente à la cour, les français ne parlant pas un mot d’allemand.

 

La vie du nouveau souverain

Le roi Jérôme, par KinsonPour le jeune roi de 23 ans, être roi impliquait de vivre dans le luxe entouré d’une cour nombreuse. Il fit donc venir de nombreux courtisans, même des émigrés et nombre de chevaliers d’industrie. Une cour de parvenus et de profiteurs.

Pour distraire tout ce monde on fit un théâtre et pour la sécurité du souverain, on installa une police secrète chargée de surveiller les sujets moins enthousiastes.

Très vite, les difficultés financières apparurent. On décida de faire un emprunt.

Mais le roi ignorait ces difficultés, il voulait la splendeur et le faste, il acheta diamants, vaisselle, habits somptueux, chevaux, carrosses et se prenait pour le roi soleil. Et comme tous les parvenus confondait générosité et gaspillage. Il payait grassement ses ministres et ses domestiques, multipliait les cadeaux et et les pourboires … et restait sourd aux admonestations de son frère que cette insouciance exaspérait : 

J’ai vu peu d’hommes qui aient si peu de mesure que vous. Vous ignorez tout et vous vous conduisez que d’après votre tête, rien chez vous ne se décide par la raison, mais tout par l’impétuosité et la passion .

Et en PS , il ajoutait : 

Mon ami , je vous aime , mais vous êtes furieusement jeune.

Le roi ne regardait pas à la dépense, transforma les appartements de la Napoléonshöhe et les fit remeubler avec luxe . Il se disait gai, lustig comme il se nommait lui-même, König lustig, le surnom lui est resté dans l’histoire. La ville de Cassel aussi se transforma, on y ajouta des jardins et des parcs, on y vit des gens arrivés de Paris, tailleurs, modistes, coiffeurs, pâtissiers, restaurateurs, le climat sévère imposé par le prince-électeur fit place à une ville gaie, fleurie, cosmopolite et agréable.

Fifi était heureux avec sa Trinette, même s’il était aussi heureux avec beaucoup d’autres, mais la pauvre femme ne voulait pas le voir, après tout un roi devait aussi avoir des maîtresses… Lecamus était chargé de faire le rabatteur et amener des filles au roi et les mères qui avaient de jolies filles craignaient de les laisser aller aux bals de la cour. Le roi entretenait son harem dont il était le sultan.

  Témoignage de Pauline zu Lippe p. 292 (13.05.1808) .

On ne comptait déjà plus ses bâtards. Il faisait des cadeaux somptueux à sa femmes et les mêmes à ses maîtresses et ses dépenses étaient énormes. Dès qu’il voyait une jolie femme, mariée ou pas, il la voulait, et le mari était comblé d’honneurs et de cadeaux. Un vrai satrape.

Parfois, le scandale éclatait, comme avec la comtesse de Truchsess-Walbourg, née Hohenzollern, une dame de la cour de Catherine. Il avait aussi sa maîtresse attitrée, Blanche Carreira, baronne de Keudelstein qui le trompait avec le frère de Catherine, le prince de Württemberg

Cependant, Napoléon n’avait pas créé le royaume de Westphalie pour que son frère y mène joyeuse vie ! Au contraire, il avait besoin d’une armée et de terres pour doter ses généraux et imposait de nombreuses charges au royaume qui finirent par le ruiner. Les dépenses de Jérôme firent le reste.

En 1808, Napoléon voulut renforcer son alliance avec Alexandre et l’invita à Erfurt. On connaît les fêtes, le parterre de rois et de princes, l’argent dépensé en toilettes et joyaux, les pièces de théâtre et la trahison de Talleyrand. Pour cultiver l’amitié avec Alexandre, Napoléon avait invité aussi Catherine, parente d’Alexandre, et Jérôme, bien dans son élément ! Il se lia avec le grand duc Constantin, frère d’Alexandre et fit la fête avec lui dans les rues de la ville.

Revenu à Cassel il continua à dilapider les finances et à jeter l’argent par les fenêtres, il ne savait même pas le montant de ses dettes. Le ministre des finances von Bülow menaçait de mettre la clé sous la porte. Et Beugnot ne revint pas d’un voyage à Paris !

La population aussi commençait à en avoir assez. Des révoltes apparurent en Allemagne du nord et Jérôme craignait qu’elles gagnent la Westphalie, il suppliait son frère de diminuer les impôts et les contributions de guerre sans penser à diminuer ses propres dépenses.

Depuis plusieurs mois se tramait un complot en Westphalie au monastère protestant de Homberg, mené par Marianne von Stein , mais le complot échoua. Un autre mené par Schill, fut également déjoué et réprimé.

Plus sérieuse fut l’alerte menée par le duc de Brauschweig-Oels, oncle de Catherine, qui envahit la Saxe, alliée de Napoléon. Les ennemis étaient aux portes de Cassel, Jérôme devait partir soutenir les régiments francais, mais il prit son temps et il emmena son corps diplomatique et une importante escorte, des musiciens , des acteurs, des domestiques en grand nombre. Il tarda tant qu’il arriva à Leipzig sans avoir combattu, néanmoins il se fit acclamer, il était spécialiste pour récolter les lauriers des autres. Le 4 juillet, Napoléon lui donna l’ordre d’envahir la Bohème et de soutenir Junot, mais il ne le fit pas parce qu’il était en froid avec le duc d’Abrantès dont le corps d’armée n’avait pas été placé sous SON commandement suprême ! Junot fut battu, heureusement la victoire de Wagram rétablit la situation. Jérôme repartit à Cassel sans avoir combattu. Napoléon lui reprocha vivement sa conduite dans un terrible réquisitoire : 

Vous faites la guerre comme un satrape ! Sachez bien que, soldat , je n’ai point de frère et que vous ne me cacherez point les vrais motifs de votre conduite sous des prétextes frivoles et ridicules… Vous êtes un jeune homme gâté.. je crains fort qu’il n’y ait rien à attendre de vous. 

Le duc de Braunschweig-Oels ne désarma pas, il entra dans Halle et fit abattre les armes de Jérôme, surgit devant Halberstadt et prit la ville, arriva devant Braunschweig et se dirigea ensuite vers la mer du Nord ou il réussit à embarquer pour l’Angleterre qui applaudit à ses exploits. Le Moniteur le traita de brigand et Napoléon fulmina contre son frère incapable de résister à ces attaques. Reinhard, envoyé par Napoléon pour morigéner les amis de son frère incapables de le conseiller, analysait ainsi la situation: 

Le jeune souverain est versatile, un écervelé, un vaniteux qui ne veut écouter personne et tout le monde.

Jérôme était aussi et surtout un souverain sous tutelle. Il dit de lui-même : 

Je ne sais si je suis roi, prince ou sujet

se rendant bien compte que le grand frère le surveillait et ne lui faisait aucune confiance, il envoya des lettres de protestation à son frère ou il se montrait très clairvoyant : 

Portrait de Jérôme à cheval (détail) - Gros.Votre nom seul, Sire, me donne l’apparence du pouvoir, et je le trouve bien faible quand je songe que je suis dans l’impossibilité de me rendre utile à la France qu’ au contraire, sera toujours obligée d’entretenir cent mille baïonnettes pour étayer un trône sans importance .

En novembre 1809 Catherine et lui furent invités à Paris par Napoléon pour des festivités auxquelles furent aussi conviées de nombreux princes. On le prit pour une femme, tant son costume blanc brodé d’or orné de dentelles et sa toque noire empanachée de plumes blanches étaient rutilants.

En décembre, Napoléon déclara la répudiation de Joséphine.

Jérôme reçut de son frère l’autorisation de créer un ordre de chevalerie et la donation du Hanovre, mais il devait entretenir 12.000 soldats francais. Il repartirent de Paris avec les achats somptueux qu’ils avaient fait à Paris. En février 1810, ils fêtèrent le carnaval, Jérôme adorait se déguiser.


Les difficultés financières et l’affaire du Hanovre

De mauvaises nouvelles arrivèrent de Paris: L’Empereur ne cédait pas tout le Hanovre, mais seulement une partie et le roi ne devait pas entretenir 12.000 fantassins, mais 6000 cavaliers et leurs montures et payer les dettes du Hanovre, 14 millions, ce qui faisait en fin de comptes 8 millions de déficits. Le royaume de Westphalie était en faillite, la population dans la misère et le roi continuait à s’amuser.


1810

Mars 1810: mariage de Napoléon avec Marie-Louise, Jérôme et sa femme sont invités et prennent la route de Paris.

Le prince Clary, venu de Vienne, remarqua, à propos de la reine, mal fagotée et trop grosse qu’il traitait de paquet westphalien:

celle qui fait la plus revêche est la dinde de Westphalie qui est d’une fierté inouïe

Jérôme Bonaparte et son épouse Catherine de Württemberg, en 1810.Catherine n’a en effet pas apprécié de porter la traîne de la nouvelle impératrice ! Rôle incompatible avec sa dignité de reine en exercice !

Catherine est invitée à faire un voyage en Belgique avec la nouvelle impératrice, Jérôme est aussi de la partie. Ce qui fait pâlir de jalousie les autres membres de la famille. Jérôme se fait accompagner d’un suite fastueuse, fait des achats à Bruxelles et distribue des cadeaux aux Belges qui l’acclament.

Retour à Cassel. La vie de plaisirs reprend. Le roi va aller visiter sa nouvelle province du Hanovre et en août, ils fêtent à Herrenhausen leurs nouveaux sujets.

De retour à Cassel, il apprend que l’Empereur veut lui reprendre la plus grande partie du Hanovre, que les caisses sont vides. L’Empereur se plaint que les soldats francais en Westphalie n’ont pas touché leur solde et Jérôme est morigéné et sommé de faire des économies. Mais il se dit que s’il fait des économies, elles passeront dans le budget militaire, alors mieux vaut dépenser pour son plaisir.

En décembre 1810, l’Empereur lui fait savoir qu’il va annexer la région côtière du Hanovre et lui reprend une partie des régions données en 1807 ! En particulier les bords de la Weser. Jérôme est ulcéré et veut démissionner, on le prend pour un fantoche.

Les finances sont toujours aussi catastrophiques et pourtant, Jérôme continue à dépenser l’argent qu’il n’a pas. Napoléon a un héritier, il semble moins intéressé par les difficultés de sa famille.

Catherine est inquiète: Elle n’a toujours pas d’enfants, malgré les nombreuses cures qu’elle fait. Elle pense à la répudiation de Joséphine. Elle se doute que le roi a de nombreuses maîtresses, en 1810 deux comédiennes ont accouché en même temps et les enfants ne sont pas de pères inconnus.

Jérôme a une nouvelle liaison avec la baronne de Pappenheim, dame d’honneur de la reine qui a déjà deux petits garçons et qui donnera encore deux filles à Jérôme, en 1811 et 1813.

Jérôme, roi de Westphalie, prince de Montfort. Gravure de Potrelle et Gudin, d'après une peinture de Kinson.Mais Catherine ne tarit pas d’éloges sur son mari si bon, généreux, attentionné cajoleur…L’amour rend aveugle.

Jérôme n’a jamais appris l’allemand et n’a jamais ouvert un livre . Il est doué, mais paresseux et indolent. Spirituel, s’exprimant bien, sûr de ses vues, il n’aimait pas se donner de la peine. Il était surtout d’une servilité craintive à l’égard de son frère aîné qu’il copie en tout. (portrait) Il était persuadé de sa valeur de prince francais, et qu’un frère de l’Empereur ne pouvait se tromper. Metternich le jugera sévèrement : »

Une vanité exaltée et sa manière d’imiter en tout point son frère l’ont couvert de ridicule.

Il aurait pu gouverner bien avec l’aide de ses ministres, mais il était toujours contré par son frère qui épuisait les finances du royaume et distribuait les domaines pour doter ses généraux.


Le commencement de la fin

Le 24 novembre 1811, c’est l’incendie du château de Napoleonshöhe.

En 1812, Jérôme doit partir en campagne avec l’Empereur, il part en campagne comme d’autres en voyage, avec 7 fourgons, une énorme garde-robe, de nombreux domestiques, des médecins, des chambellans…en direction de Glogau. Catherine alla à Dresde et rencontra Napoléon qui se plaignit de son frère. Jérôme alla en Pologne et constata la misère des populations. Il se rend à Cracovie (Krakau) et le 2 mai 1812, il arrive à Varsovie. Il a 28 ans

L'arrivée du jeune roi de Westphalie mit un peu d'animation en ville. Il commandait un corps de réserve; il avait l'ordre de joindre l'empereur, mais, ne pouvant faire marcher ses troupes avec la même célérité que sa cour, il fut obliger de s'arrêter à Varsovie. On prétendit même depuis que, peu difficile sur les créatures qu'il admettait à son intimité, il se trouva si bien dans un pays où la beauté des femmes n'est ni rare ni exclusive, que l'ambassadeur reçut un jour l'ordre de le faire partir. Toujours est-il qu'en arrivant il fit le roi, annonça qu'il tiendrait cercle et recevrait les dames désireuses de lui être présentées. Cela sembla parfaitement déplacé de la part d'un monarque de vingt ans (en fait 28), qui se trouvait là en passant et jouait à la couronne, comme les enfants jouent à la madame.

Il y eut donc schisme; les unes y allèrent, le plus grand nombre se révolta contre les insinuations de l'ambassadeur, lequel prétendait qu'on ne pouvait rien refuser au frère de Napoléon. Le prince s'offensa du peu d'empressement que les dames lui témoignèrent, il voulut essayer de donner un bal, mais les mêmes difficultés qui avaient arrêter monsieur de Pradt se présentèrent.

Il fallut se borner à des d1îners passablement ennuyeux; l'étiquette observée avec une rigueur toute particulière en excluait les hommes aimables que leur position sociale n'autorisait pas à s'asseoir en présence du roi.

Nous ne pouvions nous faire, nous autres, à ces exigences impériales, nous avions des habitudes trop républicaines. (Mémoires de la comtesse Potocka).

Il remplit son rôle, inspecte des régiments, visite des forteresses et construit des ponts.

En juin, Napoléon franchit le Niemen et comptait sur son frère et ses troupes pour l’aider. Celui-ci détestait Davout et au lieu de l’aider, il resta 6 jours à se faire acclamer des populations. Sa lenteur exaspérait l’empereur, et au lieu de courir après le général russe Bagration, il le laissa s’échapper. Quand il apprit qu’il allait passer sous les ordres de Davout il retarda encore la marche et donna l’ordre de s’arrêter ! Il demanda à son frère de rentrer chez lui, car sa position était humiliante en servant sous les ordres du maréchal !!!Il emmena avec lui sa garde et 25 000 hommes de Westphalie. Se disant malade, il abandonnait en fait son poste devant l’ennemi, tout autre que lui aurait été fusillé sur l’heure. S’il avait obéi aux ordres, la campagne de Russie aurait sans doute pris une autre tournure. Mais pourquoi Napoléon faisait-il confiance à son frère alors qu’il savait qu’il n’était pas un homme de guerre ?

En Westphalie, on ne se faisait pas d’illusions sur les raisons du retour du roi, on pensait qu’il avait fait de si lourdes fautes qu’il avait été renvoyé. Seule Catherine trouva une excuse à son mari .

Il s’agissait de gérer maintenant les affaires de la Westphalie et ce n’était pas une mince affaire, car les caisses étaient encore vides. Malgré cela, il continuait de s’amuser alors que la grande armée s’enfonçait en Russie. La retraite de Russie s’annonçait et le début de la fin était déjà annoncé. Fin 1812, on vit arriver les premiers rescapés, affamés, en guenilles. Sur 30.000 Westphaliens partis au combat, seulement 28 officiers et 2000 soldats revinrent, victimes d’un cause qui n’était pas la leur.

Le roi essaya de rentrer en grâce auprès de son frère en levant de nouvelles troupes, mais fut atterré quand il apprit qu’à Magdebourg on démolissait les faubourgs pour faire des fortifications et on chassait les habitants de leurs demeures et que lui, le roi devait les indemniser. Napoléon disposait de son royaume et il ressentait sa condition de vassal avec humiliation.

Il se consola des déboires militaires par de doux passe-temps : il eut l’idée d‘envoyer sa femme à Paris, officiellement pour l’éloigner des champs de bataille, en fait, parce qu’il était de nouveau amoureux, de la comtesse de Löwenstein Wertheim Freudenberg, mère de plusieurs enfants dont un de Jérôme, né en 1812 et elle en attendait un autre, Mélanie, celle qui est enterrée ici a Bergkirchen, près de Minden, Mélanie de Wertheim-Wietersheim. Le 10 mars1812, Catherine partit pour Paris et elle s’arrêtera à Compiègne. On interprétera ce départ comme une mise à l’abri.


1813

Les Français ont dû, sur la poussée des Russes, se retirer de Berlin, les Russes ont passé l’Elbe et l’exemple de la reine a trouvé de nombreux imitateurs, tout le monde va déguerpir. Jérôme essayait de s‘étourdir, mais il était très inquiet, en ce printemps 1813 les alertes se multipliaient quand Napoléon arriva sur le Rhin. Tchernitchev attaquait près de Halberstadt. Alors Jérôme demanda à Dombrowski d’envoyer à Cassel deux bataillons polonais. Napoléon alla à Dresde, Jérôme le rejoignit et lui annonça son intention de divorcer pour épouser Mme de Löwenstein !!! fureur de Napoléon.

Il rentra le 1er Juillet 1813 à Cassel, la mine sombre. Il se sentait humilié par son frère qui régnait dans son royaume. Il aurait voulu avoir un corps d’armée , mais Napoléon ne se faisait pas d’illusions sur l’incapacité de Jérôme à commander, lui qui n’avait jamais appris le métier militaire..

Vers le 20 septembre1813, une colonne envoyée par Bernadotte occupa Braunschweig et on annonça l’arrivée des Russes, laissant le général Alix défendre la ville. Il fit partir un convoi de civils avec ses propres bagages par la Hollande et repoussa une avant-garde ennemie de cosaques. Mais, convaincu que le gros de la troupe ennemie allait suivre, il prit la direction de Marburg et fila sur Coblence. Le même jour, Tchernitchev arrivait devant Cassel et somma Allix de se rendre, qui refusa, mais la population civile criait : vive l’Empereur Alexandre , vive le Prince Electeur. Allix s’enfuit par la porte de Cologne alors que le Russe arrivait par celle de Leipzig. Aussitôt il déclara que d’autorité du prince royal de Suède Bernadotte le royaume de Westphalie avait cessé d’ exister. C’était le 30 septembre 1813.

Le Russe alla inspecter les appartements de Jérôme et prit des portraits, la foule suivit son exemple et pilla les demeures des français et les magasins militaires.

A Coblence, Jérôme attendait des nouvelles de son frère, il se rendit a Marburg. Allix, rentré a Cassel, mena une dure répression, les membres du comité provisoire du Russe furent arrêtés, le roi laissait à Allix l’odieux de la répression et gardait pour lui l’auréole de la clémence. Il revint à Cassel le 16 octobre en grande pompe, acclamé par ceux qui espéraient être délivrés par le roi d’Allix qui répandait la terreur dans la ville. L’atmosphère était lugubre à Napoleonshöhe, la comtesse et ses amies étaient restées sur le Rhin. On apprit la bataille de Leipzig le 24 octobre et le désastre pour Napoléon.

Apprenant ce désastre, Jérôme n’attendit plus les ordres de son frère pour s’enfuir. Le 26 octobre 1813, il quitta Napoleonshöhe, cette fois c’était la fin.

Jérôme s’enfuit avec tous ses oripeaux de royauté : Beugnot qui le vit passer à Mühlheim décrivit les fuyards : 

je le trouvai accompagné de ses ministres des Affaires étrangères (Lecamus) et de la Guerre et encore entouré de tous les oripeaux de la royauté. La maison qu’il occupait était remplie de gardes du corps dont le costume théâtral, chargé d’or , allait merveilleusement à la circonstance, on trouvait des chambellans sur les escaliers, á défaut d’antichambres et tout cela ressemblait á une troupe de comédiens de campagne qui répétait une tragédie. »

La foudre ne tarda pas à tomber sur Jérôme: Son frère lui assigna une résidence dans un château des départements du Rhin, à Brühl, près de Cologne, appartenant à Davout, prince d’ Eckmühl. Il lui interdisait de rentrer à Paris. La reine devait rejoindre son mari à Mayence, et tous deux devaient se faire oublier.

Catherine, qui se morfondait à Meudon avait acheté le château de Stains. Napoléon était exaspéré des exigences du roi et de la reine de Westphalie qui ne pensaient en ces heures tragiques qu’à leur intérêts particuliers.

Jérôme n’avait pas du tout l’intention de rester sur les bords du Rhin. Rheinhardt faisait l’intermédiaire et essayait de lui faire entendre raison, en vain.

Catherine s’opposa aussi à son beau-frère et obtient de lui de s’installer à Compiègne où Jérôme la rejoint.


1814

A Compiègne, c’est de nouveau la vie de cour, la princesse de Löwenstein est là aussi ! Jérôme voulait retrouver son royaume et espérait que son beau-père allait l’aider. Il chargea sa femme d’amadouer son père, il croyait naïvement qu’il pouvait compter sur l’appui des Alliés qui lui reconnaîtraient sa légitimité en tant qu’époux d’une vrai princesse de l’ancien régime ! Il était en effet le seul de la famille à être lié à une famille royale à part l’Empereur.

Le couple royal, bravant l’interdiction de Napoléon, s‘installa à Stains, alors Napoléon chargea Savary d’arrêter les travaux et de fermer la demeure. Ou aller ? Le grand-frère les autorisa alors à s’installer à Paris, mais l’entrée des Tuileries leur restait interdite.

Catherine essaya d’obtenir les faveurs de son cousin Alexandre et de son père, en affirmant qu’elle et son mari s’étaient désolidarisés de Napoléon et qu’ils n’étaient que de tristes victimes d’une ambition démesurée et d’une politique monstrueuse. Ce qui n’était pas faux, mais ils en avaient quand même bien profités.

Elle croyait trouver appui auprès de son frère, ou de son père, mais celui-ci lui enjoignit de se séparer de son mari et de divorcer !!!. Or, elle était enceinte ! Indignée, elle lui répondit qu’elle demandait asile pour elle et pour Jérôme et qu’il était hors de question qu’elle se sépare d’un époux que lui-même lui avait imposé, qu’elle ne l’abandonnerait pas dans le malheur, je le suivrai là ou le sort le conduira, n’importe où. La conduite de Catherine fut en ce point exemplaire. Elle fut une femme admirable de fidélité et de cœur. Jérôme alla s’installer à Trieste où Catherine le rejoignit après le choc de l’affaire Maubreuil (qui lui avait volé tous ses bijoux). Elle arriva le 20 août et accoucha le 22 d’un fils, Jérôme–Napoléon–Charles

Le 1er octobre 1814 s’ouvrit le congrès de Vienne.


1815

Napoléon débarqua en mars 1815 et ce furent les 100 jours. Jérôme, déjà las de son exil de Triestre, accourut, alla de Rimini à Florence puis à Naples, et le 13 mai s’embarqua pour la Corse et de Corse à Golfe-Juan. De là, il remonta la vallée du Rhône et fut acclamé à Lyon. Il rejoignit Napoléon le 27 mai 1815. Le 1er juin, fête grandiose à Paris: L’empereur et ses frères apparaissent en habits rutilants, mais cette mascarade en grande pompe ne cache pas le malaise.

Jérôme fit avec Napoléon la Bataille de Waterloo en juin 1815, il se battit courageusement, son frère le félicita, il fut blessé et son ennemi Braunschweig tué. Mais la défaite mit fin à l’aventure des 100 jours.


L’errance

Aidé par Fouché, Jérôme s’enfuit et rejoignit Catherine, prisonnière de son père Frédéric, à Göppingen. Le père, jugeant Göppingen pas assez sûr, les envoya à la forteresse d’Ellwangen, véritable prison. Que faire d’eux ? Finalement, Metternich leur offrit l’hospitalité et ils prirent le nom de comte et comtesse de Montfort, le nom de Bonaparte étant trop compromettant en cette époque troublée.

Ils quittèrent l’irascible beau-père le 7 août 1816 pour l’Autriche, et Catherine ne le revit plus jamais.

En 1816, Jérôme avait juste 32 ans et encore une longue vie devant lui. Pour lui commençait une longue vie d’errance, sans cesse à courir après l’argent, Graz, Trieste, Rome, Florence furent les étapes de son exil avant de regagner la France en 1847 .

En 1848 Il fut nommé gouverneur des Invalides par son neveu, futur Napoléon III Mais ce serait trop long pour ce soir !

Catherine mourut en 1835 à Lausanne.

Jérôme eut 3 enfants avec Catherine :

Jérôme, 1814-1847

Mathilde, 1820-1904, la belle princesse du Second Empire, mariée à un Russe Demidoff, dont elle divorcera rapidement.

Napoléon-Charles, 1822-1891 , dit Plon-Plon, chef de la maison des Bonaparte, et dont les descendants sont les actuels princes Napoléon-Bonaparte.

Jérôme se remaria en 1841 avec une riche marquise italienne, Justine Batholini et finit sa vie avec une autre, la baronne de Plancy. Vieux monsieur aimable et fêté comme le frère de l’Empereur et l’oncle de Napoléon III, il mourut le 24 juin 1860. On lui fit des funérailles solennelles et il fut enterré aux Invalides aux côtés du grand frère.

Jérôme Bonaparte, gouverneur des Invalides.


En conclusion

Le petit frère, Jérôme, roi à 23 ans, furieusement jeune, ce qui fut son plus grand défaut, aurait pu, sans la constante main-mise de son frère sur ses affaires, mener une politique de paix et faire le bonheur de ses sujets, car il était intelligent, clairvoyant et détestait faire la guerre. Mais sa vie dissolue, son constant besoin d’argent, ses dépenses inconsidérées, et sa servilité vis-à vis de son frère ne lui permirent pas de résister à la débâcle de l’Empire. Les bienfaits de l’Etat-modèle furent annulés par les exigences de l’Empereur et sa politique d’expansion: Les contributions de guerre, les enrôlements forcés, les stationnements de troupes et, surtout, les suites du Blocus Continental ruinèrent le pays.

Le Code Napoléon et l’administration de Napoléon perdurèrent en Westphalie encore très longtemps.

Lieux à visiter dans la région : 

Kassel-Wilhelmshöhe (Weissensteinflügel und Löwenburg), 
Landesmuseum: Tapetenmuseum. 
Bad Wildungen (Schloss Friedrichstein), Minden Preussenmuseum, Enger Esternbusch.


Bibliographie

Jérôme Bonaparte et le royaume de Westphalie

En français

Et aussi l’immense bibliographie concernant Napoléon et l’Empire…

En allemand


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