Consulat et Premier Empire

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Napoléon 1er : à une mèche près !

B. Roy-Henry


En 1969, Georges Rétif de la Bretonne a pu établir en cinq points que le cadavre de l’exhumé de 1840, à Sainte-Hélène, n’était pas celui de Napoléon. Ces cinq points concernaient :

l’état du caveau,
le nombre des cercueils,
l’aspect physique du gisant insolite,
l’uniforme et les décorations,
la place des vases d’argent dans le cercueil et la position des membres inférieurs ;

Sans revenir sur ces éléments (cf. mon article dans la revue Historia, n°638 de février 2 000), il faut souligner que la réfutation du colonel Mac-Carthy, que mes contradicteurs m’opposent, doit emporter la conviction pour l’ensemble des cinq points énumérés ci-dessus. Si un seul de ces points est validé, la messe est dite : Napoléon n’est pas aux Invalides !

Or, si Mac-Carthy, alors directeur du Musée de l’Armée, a réfuté partiellement les trois premiers points (quoique certains détails restent troublants), il a échoué pour les deux derniers.

Sur l’uniforme et les décorations, il n’évoque pas la médaille de l’ordre de la Réunion, pourtant mentionnée par Marchand. De même, il reste silencieux sur l’absence des éperons, ceux-ci n’ayant été vus par aucun des témoins de l’exhumation, en 1840. Surtout, il n’a pas relevé que le général Bertrand, pourtant si fidèle et si précis, évoque les « cordons » pour décrire la manière dont Napoléon avait été revêtu sur son lit de mort !

Témoignage capital, dont même Rétif n’a pas parlé qui prouve –si besoin était- que la tenue de Napoléon comportait au moins deux cordons, ce qui exclut –à coup sûr- qu’on les ait passés sous l’habit. Ils étaient donc passés en sautoir et les témoins n’ont vu que le Grand cordon de la Légion d’Honneur qui masquait l’autre (passé dessous).  En sautoir ! C’est-à-dire par-dessus l’habit !

Quant aux vases, la démonstration laborieuse consistant à expliquer que l’on a dû fléchir les genoux de l’Empereur pour le faire loger dans son cercueil trop étroit, elle ne tient pas !

S’il est vrai que le cercueil en fer blanc ne mesurait que 1,78 m, Napoléon faisant 1,68 m (d’après les mesures du magasinier Darling), il restait 10 cm pour coucher Napoléon dans une position aisée.

En admettant que le talon des bottes ait mesuré 4 cm, ce qui est beaucoup, il restait 6 cm pour loger l’Empereur : c’était insuffisant pour le coiffer de son chapeau, mais assez pour l’allonger normalement ! Non, les pieds de l’Empereur n’auraient pas dépassé du cercueil, il n’était nul besoin de lui fléchir les genoux pour gagner de l’espace ; de plus, la rigidité cadavérique ( phénomène qui apparaît quelques heures après la mort pour disparaître quelques jours plus tard) aurait fait obstacle à une telle manipulation ! D’ailleurs, aucun témoignage ne mentionne ce problème…

Par conséquent, puisque l’on n’a pas pu fléchir les genoux de l’Empereur, c’est bien aux angles du cercueil qu’ont été placés les vases d’argent, comme Antommarchi et Hudson Lowe lui-même, l’ont écrit. La conclusion est cruelle mais imparable. Ce n’est pas Napoléon qui est inhumé dans le tombeau de porphyre sous le dôme des Invalides !

Cette conclusion est corroborée par la redécouverte d’une mèche de cheveux attribuée à Napoléon, dont la particularité est d’avoir été coupée sur la tête de l’exhumé !

Robert Milliat, ancien préfet, puis conservateur régional des Monuments historiques, s’était pris de passion pour un masque mortuaire de Napoléon ressemblant totalement à celui réalisé par Antommarchi. Il rédigea un rapport  où sont rassemblées ses constatations sur le masque en cire « Noverraz » du nom du chasseur suisse au service de Napoléon (qui le rasa, avec Ali, le 6 mai 1821), masque retrouvé au début des années 1900. 

Il en résulte que le masque en cire est une épreuve qui permit au Dr Antommarchi de réaliser son propre masque : les nombreux poils de barbe de couleur foncée témoignent que le visage du mort sur qui cette épreuve a été réalisée portait une barbe de trois jours : ceci est attesté par la longueur des poils : de 3 à 5 mm, sans compter le bulbe enfoncé dans la cire. Ainsi, pour ces raisons, ce ne peut être Napoléon qui a été rasé après son décès : la dessication de l’épiderme, si elle explique la présence d’une barbe apparente sur le visage d’un mort, ne peut pas justifier la présence de poils d’une longueur de plus de 3 mm.

Ces poils (dont quelques cheveux) ont été comparés avec une mèche attribuée à Napoléon  déposée à la bibliothèque municipale de Besançon : le professeur Locard, directeur du Labo-ratoire de police scientifique de Lyon a pu établir au moyen des techniques de la trichoscopie que ces différents poils étaient en tous points semblables, provenant ainsi du même individu.

Cette mèche de cheveux a été ramenée de Sainte-Hélène en 1840 par l’ enseigne de vaisseau Edmond de Bovis qui en ont fait don à M. Perron, professeur de philosophie à Besançon  et

plus tard, l’un des responsables du Moniteur sous le Second Empire. C’est lui qui fit don de la mèche et des documents qui l’accompagnaient à la bibliothèque municipale bisontine. Ce prélèvement est rendu vraisemblable par l’existence d’un morceau d’épiderme prélevé sur le visage de l’exhumé, morceau exposé aux Invalides. Cette opération ayant été  réalisée par le docteur Guillard, chirurgien à bord de la Belle Poule,  il est probable qu’il a également coupé la mèche de cheveux en question.

Cette mèche, relativement épaisse, est longue de plus de 12 cm ; elle ne peut avoir été prélevée que sur l’exhumé de Sainte-Hélène ; en conséquence, elle fut considérée comme étant bien de Napoléon. Sa couleur, uniformément d’un châtain foncé, diffère totalement des cheveux ramenés de Sainte-Hélène par Bertrand, Gourgaud, Marchand et Noverraz, qui tous étaient châtain très clair, voire d’un blond cendré, avec des cheveux blancs .

Il est donc exclu qu’elle provienne du même individu ; à l’œil nu, on constate que les cheveux en sont raides et plus épais que ceux de Napoléon, jugés très fins, doux et soyeux, toutes qualités qu’ils ne possèdent pas. Qui plus est, c’est historique : le reste des cheveux de l’Empereur encore présent au niveau des tempes et de l’arrière du crâne a été coupé peu avant la prise de son masque mortuaire le 7 mai 1821 à 16 h. Il était donc impossible de trouver, vingt ans plus tard, des mèches de cheveux longues de plus de 12 cm !

 

CONCLUSIONS :

1/ La mèche « de Bovis » et les poils du masque « Noverraz » sont du même individu.

2/ La mèche en question prélevée sur l’exhumé de 1840 diffère totalement des mèches connues de Napoléon !  

3/ L’exhumé de 1840 n’est pas Napoléon, ce qui rejoint les observations de Georges Rétif de la Bretonne et de Bruno Roy-Henry.

4/ Ce n’est pas Napoléon qui repose sous le dôme des Invalides dans le tombeau de porphyre !


© Anovi - 2002