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2 décembre 1805
La bataille d'Austerlitz
Préparatifs
Napoléon se décide pour l'affrontement avec le principal adversaire: Koutousov. Celui-ci dispose de 30 000 hommes qui s'ajoutent aux 70 000 de Buxhoewden. Il arrive le 20 à Brünn, y fixe son quartier général et prend aussitôt ses dispositions pour le choc qu'il espère imminent et décisif. Il dispose pour le moment de deux corps seulement sur les huit qui constituent la Grande Armée, le quatrième sous les ordres de Soult, et le cinquième sous Lannes comprenant la division Suchet et la division Caffarelli, échangée contre celle de Gazan, très éprouvée à Durnstein. Il a en outre la Garde, les grenadiers sous les ordres de Duroc, Oudinot ayant été blessé à Hollabrunn. Soit un peu plus de 50 000 combattants. Au moment où il hésite encore entre une action militaire qu'il sait hasardeuse, et une paix dont les conclusions lui seraient peut-être défavorables demain, les coalisés lui facilitent la décision en passant à l'offensive. Car les alliés sont confiants. La jeunesse dorée russe avait imposé le général autrichien Weirother comme conseiller. C'est lui qui va préparer le plan de la bataille d'Austerlitz. Contre lavis de Koutousov, qui veut venger Ulm, le tsar Alexandre, qui commande en chef, est partisan de l'offensive. La supériorité numérique de l'armée l'y incite, d'autant que, n'ayant pas imaginé au début de la campagne que l'on pourrait reculer aussi loin, les magasins d'approvisionnements, vivres et équipements, n'avaient pas été prévus Il donne lordre le 25 novembre de quitter Olomouc. Cinq colonnes sont formées et dirigées sur Brno. Le 28, elles arrivent devant Wischau. Là une échauffourée avec les français, remportée par les cavaliers russes, persuade le tsar et son entourage, qu'il viennent de remporter une grande victoire et que Napoléon n'est pas invincible. Les auspices sont donc favorables. Dailleurs, le tsar apprend que le général Savary demande à le rencontrer pour lui remettre une lettre de Napoléon dont il est porteur Ce n'est certes pas là une démarche d'un homme sûr de lui ! Après leur défaite au combat de Wischau, les Français se savent perdus : il faut les battre avant qu'ils n'aient eu le temps de s'enfuir, pense le tsar qui remet à l'envoyé une lettre pour "le chef du gouvernement français" mais, dès le lendemain, fait occuper Austerlitz et installe son quartier général au château. En fait, Napoléon n'a envoyé Savary que pour avoir une idée des projets russes. Apprenant la prise de Wischau, il pense maintenant que les alliés attaquent sans attendre les renforts, et cela lui est confirmé par les déclarations d'un officier bavarois déserteur: c'est bien l'armée ennemie entière qui s'avance. Napoléon, depuis quelques jours, a soigneusement étudié avec ses officiers la configuration des lieux qu'il occupe: "Messieurs, regardez bien ce terrain, leur dit-il, ce sera un champ de bataille et vous aurez un rôle à y jouer". Tendant un piège à lennemi, il décide même, contre lavis de ses Officiers Généraux, de lui abandonner le Pratzen. En fait un coup de génie. À nouveau, il envoie Savary au tsar pour lui proposer une entrevue. Savary: "Sire, j'ai rapporté fidèlement à lL'Empereur tout ce que Votre Majesté m'a fait l'honneur de me dire. Il m'a chargé de venir près de Votre Majesté et de lui faire connaître le désire qu'il a de la voir. En conséquence, il lui propose une entrevu aujourd'hui entre les deux armées. L'Empereur se conformera aux désirs de Votre Majesté pour l'heure, le lieu et le nombre de personnes dont chacun des souverains devra être accompagné. Seulement, il y met une condition préalable; c'est qu'il sera tacitement convenu d'un armistice de vingt-quatre heures à cette occasion." Celui-ci, tout en refusant, lui délègue cependant le prince Dolgorouki. Savary: "Je laissais le prince Dolgorouki à notre avant-garde et je courus rendre compte de ce que j'avais fait. Il était à se promener dans les bivouacs de l'infanterie, au milieu de laquelle il avait couché sur la paille. Son désir de faire la paix était porté au point que, sans me donner le temps d'achever, il monta à cheval et courut lui-même à la grand'garde; son piquet d'escorte eut de la peine à le suivre. Il mit pied à terre, fit retirer tout le monde et se promena seul, sur la grande route, avec le prince Dolgorouki." La rencontre a lieu non loin de la Stara Posta. Mais devant les prétentions arrogantes de l'aide de camp d'Alexandre, Napoléon se retire. Savary: "Si c'est là ce que vous avez à me dire, allez rapporter à l'empereur Alexandre que je ne croyais pas à de telles dispositions lorsque je demandais à le voir: je ne lui aurais montré que mon armée et je m'en serais rapporté à son équité pour les conditions. Il le veut, nous nous battrons. Je m'en lave les mains" La bataille est donc maintenant certaine. Dolgorouki est si convaincu que l'armée russe tient l'ennemi à sa merci qu'il déclare en arrivant à son camp : "Napoléon tremblait de peur. J'ai vu l'armée française à la veille de sa perte. Notre avant-garde suffirait à l'écraser." Langeron: "Dolgorouki trouva l'empereur des Français près de Wischau, à ses avant-postes. Lui-même m'a dit qu'étant arrivé au premier bivouac ennemi, il vit sortir d'un fossé une petite figure fort sale et mal accoutrée et qu'il fut saisi de surprise lorsqu'on lui dit que c'était Napoléon qu'il ne connaissait pas encore. Il s'aboucha avec lui et la conversation fut assez longue. Dolgorouki, naturellement audacieux, traita Napoléon assez cavalièrement. Celui-ci affecta une extrême modération et même une pusillanimité qui trompa Dolgorouki d'abord, l'empereur Alexandre ensuite quand il entendit le rapport de son aide de camp. Tous deux se persuadèrent que Napoléon mourait de peur d'une attaque de notre part et se retirerait dès que nous avancerions. Dolgorouki fit à Napoléon des propositions inadmissibles. Elles furent rejetées et il revint à Olmutz, déclarant partout que Napoléon tremblait." Pour conforter cette opinion, Napoléon a ordonné de ne pas trop résister aux attaques de l'armée ennemie; il se mêle lui-même, à pied, au repli de ses troupes. Le 30 novembre il écrit aux commandants des 1er et 3e corps (Bernadotte et Davout): "après-demain, nous allons livrer bataille ; hâtez-vous si vous voulez y prendre part." L'armée austro-russe met cinq jours pour faire soixante-dix kilomètres. Ordres, contre-ordres donnés en plusieurs langues ont retardé sa progression. Ce n'est donc que le 1er Décembre au soir que les alliés prennent position, face à l'armée française.