Le maréchal Marmont


Le maréchal Marmont, on le sait, ne participa pas à la bataille d'Austerlitz. Mais il en parle, très brièvement, dans ses Mémoires, et, surtout, rapporte un intéressant détail concernant l'armée russe.


N'ayant pas assisté à la batille d'Austerlitz, je n'en ferai pas la description. Tout le monde en connaît les résultats. L'affaire fut courte; les Russes s'y battirent avec courage, mais sans intelligence, et nous fîmes 20.000 prisonniers. Dès le lendemain, l'empereur Alexandre commença sa retraite sur la Pologne; et, une entrevue ayant eu lieu entre l'empereur d'Autriche et Napoléon, un armistice en fut la suite.

A cette bataille d'Austerlitz, les Russes pratiquèrent, pour la dernière fois, un usage fort singulier, qu'ils avaient suivi constamment jusque-là. Avant de charger l'ennemi, et pour le faire avec plus de promptitude et de vigueur, on faisait mettre les sacs à terre à toute la ligne, et ils y restaient pendant le combat. Tous les militaires savent de quelle importance il est pour le soldat de conserver son petit équipage. Les souliers, la chemise, renfermés dans son sac, les cartouches qui y sont placées, etc., tout cela est intimement lié à sa conservation et à la faculté de combattre, de se mouvoir, à sa santé, à son bien-être. Eh ! bien, comment comprendre l'usage russe ?

De deux choses l'une : ou l'on est vainqueur, ou l'on est vaincu; vaincu, les sacs sont perdus et l'armée désorganisée; même vainqueur, si la victoire a été précédée de quelques mouvements rétrogrades, et cela arrive dans les grandes batailles, il en est presque de même; et, si on a culbuté d'abord l'ennemi et qu'on le poursuive, on s'éloigne, et il faut alors nécessairement s'arrêter à une ou deux lieues, le laisser en repos, faire même un mouvement rétrograde et perdre un temps précieux pour venir chercher les sacs abandonnés. L'armée française, à Austerlitz, trouva et pris plus de dix mille sacs rangés en ordre et laissés à la place que les corps russes avaient occupe. Cet usage, hors la circonstance de l'assaut d'une place ou de l'attaque d'un poste retranché, après lesquels on rentre nécessairement au camp, est tout ce qu'il y a d'absurde, et les Russes y ont renoncé.