Août 1800

15 août - 31 août


Paris, 15 août

ARRÊTÉ

      
Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit:

Les noms des militaires qui auront obtenu des sabres, des fusils, des mousquetons ou carabines, des baguettes, des trompettes ou des grenades d'honneur, seront inscrits sur une table de marbre dans l'enceinte du temple de Mars, avec désignation du département, et de la commune où ils sont nés.

Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé au Bulletin des lois.


Paris, 16 août 1800

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, le rapport que m'envoie le ministre de la guerre.

Je vous prie de donner l'ordre aux préfets de l'Orne et de la Sarthe de vous envoyer le signalement des huit on dix brigands qui ne se sont pas soumis et qui désolent le pays, afin que l'inspecteur général de gendarmerie le fasse imprimer et envoyer aux, différents commandants de gendarmerie. Vous pourrez, selon l'importance des individus, fixer une forte récompense pour ceux qui délivreront le pays de ces coquins.


Paris, 16 août 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l'ordre au général Lucotte de se rendre à Angers avec sa colonne ; de là il se rendra à Tours; de là à Blois. I1 fera, dans ces divers endroits, les mêmes opérations que dans l'Orne et la Sarthe. I1 recevra à Blois de nouveaux ordres.


Paris, 16 août 1800)

Au citoyen Carnot

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire partir une colonne mobile composée des grenadiers et éclaireurs de la 45e et de 50 bommes de cavalerie, avec le général Léopold Berthier, chef de 1'état-major de la 17e division. Cette colonne se rendra à Évreux, Caen et Saint-Lô.  Le général Berthier séjournera, autant qu'il le jugera nécessaire, dans chacun de ces chefs-lieux de département.

Vous lui donnerez les mêmes instructions que celles que vous avez données au général Lucotte.


Paris, 16 août 1800

ARRÊTÉ


ARTICLE 1er. - Il est défendu à tout individu employé dans l'administration des vivres, fourrages, équipement et habillement, et autres services quelconques des armées, de se livrer, sous quelque prétexte que ce soit, à aucune espèce de commerce.
ART. 2. - Toute permission on autorisation particulière, pour quelque espèce de commerce, de trafic ou exportation que ce puisse être, accordée jusqu'à ce jour, est annulée par le présent arrêté.
ART. 3. - Tout individu qui contreviendrait aux dispositions du présent arrêté sera jugé et puni d'après les lois militaires établies pour les délits de prévarication.


Paris, 20 août 1800

Au Roi d'Espagne

J'envoie le Général Berthier auprès de Votre Majesté pour l'entretenir d'objets qui tiennent à ses plus chers sentiments et à l'amélioration des relations qui unissent l'Espagne à la France.

Je le charge aussi particulièrement de faire connaître à sa Majesté combien je suis content de M. Gravina, commandant actuel de sa flotte, à Brest.

Je prie Votre Majesté de croire à l'estime et à la considération j'ai pour elle.


Paris, 21 août 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire partir avant minuit trois courriers extraordinaires, un pour le général Moreau, un pour le général Brune et un pour le général Augereau, pour les prévenir que les hostilités vont recommencer dans la première décade de septembre: que chacun de ces généraux fasse connaître aux généraux qui leur sont opposés que, Sa Majesté Impériale n'ayant point ratifié les préliminaires de paix qui avaient été signés à Paris, le 9 thermidor, entre le Gouvernement français et M. de Saint-Julien, les hostilités recommenceront du 5 au 10 septembre. Prévenez-le que vous leur envoyez ce courrier afin qu'ils aient le plus de temps possible pour faire leurs préparatifs.


Paris, 24 août 1800

Au général Moreau, commandant en chef l'armée du Rhin

Je vous avais déjà annoncé, mon cher Général, que l'estime et la confiance des Consuls vous appelleraient à la direction supérieure des forces qui doivent agir en Allemagne. La modestie avec laquelle vous refusez à accepter cet important commandement n'a été à leurs yeux qu'un nouveau motif pour vous le donner. En effet, prévoyant que les lenteurs de la cour de Vienne peuvent mettre incessamment le Gouvernement dans la nécessité de rompre l'armistice, et sentant tout l'avantage qu'il doit y avoir à mettre dans les opérations de nos armées en Allemagne cet ensemble énergique et soutenu qui double les moyens et assure les succès, ils ont d'abord arrêté qu'à la rupture de l'armistice le corps d'armée que commande général Augerean serait à vos ordres et agirait d'après vos instructions, pour seconder et assurer vas opérations.

Dans une conférence qui a en lieu hier chez les Consuls, et à laquelle a assisté le général Lahorie, on a paru s'accorder à trouver convenable de diriger, lors de la reprise des hostilités, ce corps d'armée sur Schweinfurt, afin de cerner ainsi Würzburg, de tourner tout ce qui se trouverait dans ce coude du Main, et de venir dans le haut Palatinat menacer la Bohême et couvrir les siéges des places du Danube.

Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à ce sujet au général Augereau, qui, dés à présent, doit entretenir avec vous une correspondance active pour vous tenir informé de sa situation et de tous ses mouvements. Il a, dans le temps, témoigné vivement le désir de concourir au succès de l'armée que vous commandez. On peut donc croire qu'il sera satisfait de l'occasion que lui en offre cette disposition et de la part qu'elle lui donne aux grandes opérations que vous devez diriger.


Paris, 25 août 1800

ARRÊTÉ


Les Consuls de la République arrêtent :

ARTICLE ler. - A Compter du 1er vendémiaire prochain, le service des conseillers d'État sera distingué en service ordinaire ou service du Conseil d'État, et service extraordinaire, consistant soit en fonctions permanentes, soit en missions temporaires.
ART. 2. - I1 ne pourra être employé au service ordinaire ou service du Conseil d'État plus de quarante conseillers d'État.
ART. 3. - Les conseillers d'État chargés d'un service extraordinaire conserveront leur titre.
ART. 4. - Lorsqu'un membre du Conseil d'État sera chargé par le Premier Consul d'un service extraordinaire, il cessera d'être porté sur la liste des conseillers d'État en service ordinaire.
ART. 5. - Tous les trois mois, le Premier Consul arrêtera la liste des conseillers d'État en service ordinaire.
ART. 6. - Les conseillers d'État en service extraordinaire qui seraient de retour de leur mission ne pourront prendre séance au Conseil d'État qu'an commencement du trimestre où ils seront portés sur la liste des conseillers d'État en service ordinaire.
ART. 7. - Le présent arrêté ne sera point imprimé.


Paris, 25 août 1800

Au général Bessières, commandant en second la garde des Consuls

Vous ferez partir un officier qui se rendra chez le ministre de la guerre, qui lui donnera les ordres nécessaires pour requérir 25 hommes de gendarmerie et aller au-devant des chevaux que le roi d'Espagne m'envoie. I1 aura soin:
1° Qu'il ne manque rien ni aux hommes, ni aux chevaux;
2° Que les hommes puissent entendre la messe tous les jours et  soient bien traités.


Paris, 29 août 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner les ordres :

De manière que le général Moreau manœuvre pour jeter l'ennemi derrière l'Enns: je désirerais qu'il commençât les hostilités au tard le 22 fructidor (9 septembre);
Pour que le général Augerean borde la Rednitz lorsque le général Moreau aura passé l'Inn , et pousse des partis sur la Bohême pour donner de l'inquiétude à l'ennemi, sans cependant se compromettre;
Pour que le général Macdonald occupe, le plus tôt possible, Coire, Feldkirch, Glaris, et se porte sur Bolzano, lorsque l'armée du Rhin aura commencé son mouvement, afin d'opérer une diversion favorable à l'armée d'Italie; il serait utile qu'il pût être arrivé à Bolzano le 1er  vendémiaire;
Pour que le général Brune se porte sur l'Adige, afin de donner, à Trente, la main à l'armée de réserve.

Je désirerais que le général Brune se trouvât à Vérone da 1 5 vendémiaire.

L'armée d'Italie aura un  équipage de siége de vingt bouches pour attaquer sur-le-champ Peschiera et s'emparer de ce poste important . Après avoir pris Peschiera, elle s'emparera de Porto-Legnago. Elle fera le blocus de Mantoue, en y employant principalement des Italiens et des Polonais.


Paris, 29 août 1800

Au général Bernadotte, commandant en chef l'armée de l'ouest

J'ai reçu, Citoyen Général, vos lettres du 7 fructidor. J'ai nommé votre aide de camp Chef de brigade.

Je n'ai aucune inquiétude sur ce que peuvent faire les Anglais de vos côtés, parce que vous y êtes.

Nous avons un grand besoin de mettre de l'économie dans la solde, qui absorbe une grande partie des revenus de 1'État.

La légion expéditionnaire sera probablement destinée à s'embarquer vers la fin de ce mois. Tâchez de lui faire fournir tout ce qui lui manque. J'ordonne au ministre de la guerre de lui faire passer les draps nécessaires.


Paris, 29 août 1800

Au général Augereau, commandant en chef l'armée en Batavie

J'ai reçu, Citoyen Général, vos différentes lettres, et spécialement celle du 7 fructidor. Les Anglais ne peuvent rien faire en Batavie, puisque la saison commence déjà à être trop avancée. D'ici à une quinzaine de jours nous n'aurons plus décidément rien à craindre en Batavie. Vous pouvez encore en retirer quelques troupes. Des demi- brigades ruinées doivent être arrivées en Belgique et en Batavie.

Je sens qu'avec le peu de forces que vous avez vous ne pourrez rien entreprendre de marquant dans le commencement de la campagne. Mais la présence de votre corps d'armée n'en sera pas moins décisive, et vous pourrez successivement, lorsque Moreau aura passé l'Inn, vous porter jusqu'à la Rednitz.


1 août – 15 août


Paris, 9 avril 1800

Au général Masséna, commandant en chef l'armée d'Italie

Les Consuls de la République me chargent, Citoyen Général, de vous faire part des projets qu'ils ont formés pour la campagne prochaine.

Les opérations de l'armée du Rhin commandée par le général en chef Moreau, et de l'armée de réserve aux ordres du général Berthier, qui se rassemble à Dijon, doivent se correspondre et s'exécuter avec beaucoup de concert et d'ensemble.

L'armée du Rhin entrera la première en campagne , ce qui aura lien du 20 au 30 de ce mois ; elle sera partagée en deux corps; l'un d'environ 100,000 hommes, sous les ordres immédiats du général Moreau, passera le Rhin, entrera en Souabe et s'avancera du côté de la Bavière, jusqu'à ce qu'il puisse intercepter, par sa position , la communication de l'Allemagne avec Milan par la route de Feldkirch, Coire et les bailliages italiens de la Suisse.

L'autre corps de l'armée du Rhin, formant son aile droite, sera d'environ 25,000 hommes sous les ordres immédiats du général Lecourbe. Sa destination est d'occuper d'abord la Suisse pour assurer le flanc droit du corps qui doit entrer en Souabe, faciliter cette invasion et contenir les ennemis hors de la Suisse, en les empêchant de pénétrer par Rheineck, Feldkirch, le Saint-Gothard et le Simplon. Ce premier objet rempli et le général Moreau étant parvenu à douze ou quinze marches de ces passages sur le Rhin, le général Lecourbe passera avec son corps sous les ordres du général Berthier, traversera le Saint-Gothard et entrera en Italie. En même temps, une par l'armée de réserve se portera dans le Valais et pénétrera en Italie, soit par le Simplon, soit par le Saint-Gothard, pendant que le reste de la même armée prendra en Suisse la place du corps conduit par le général Lecourbe.

C'est à cette époque précise, Citoyen Général, où les troupes dirigées par le général Berthier entreront en Italie, que vous devez combiner vos mouvements avec les siens, afin d'attirer sur vous l'attention de l'ennemi, l'obliger à diviser ses forces et opérer votre jonction avec les corps qui auront pénétré en Italie. Jusqu'alors vous vous tiendrez sur la défensive. Les montagnes qui vous couvrent rendant forcément inactives la cavalerie et l'artillerie de l'ennemi vous assurent la supériorité dans ce système de guerre, c'est la certitude de vous maintenir dans vos positions, ce qui, jusqu'alors doit être votre véritable et seul objet.

L'offensive de votre part serait dangereuse avant cette époque parce  que, lors de votre entrée dans les plaines, elle remettrait en action des forces ennemies que la nature des pays de montagnes occupés par vous tient paralysées. Il serait impossible de vous faire parvenir   directement des secours suffisants pour vous donner une supériorité décidée. C'est par la Suisse que ces secours vous arriveront, en prenant les derrières de l'ennemi. Votre jonction faite, cette supériorité sera décidée; alors l'offensive sera reprise, les places du Piémont,  du Milanais seront enlevées ou bloquées, et l'armée française sortira par son propre courage de l'affreuse pénurie dont nous gémissons et à laquelle nous ne pouvons efficacement remédier.

Les colonnes qui pénétreront en Italie, soit par le Saint-Gothard et le Simplon, soit par un seul de ces deux points, si des circonstances particulières les déterminent à se réunir, seront probablement d'environ 65,000 hommes résultant de la colonne, du général Lecourbe, fortefont>

L'armée d'Italie est faible. Elle est prévenue du rôle qu'elle a à jouer. On ne peut être rassuré sur sa position que par les mouvements
vigoureux de l'armée du Rhin et de l'armée de réserve. On a tout fait pour poser les bases de la paix; mais la modération n'a jamais été une des qualités de l'Autrichien vainqueur. Espérons que l'on changera de langage si les opérations de la campagne réussissent.

Croyez que personne au monde ne vous estime plus que moi.


Paris, 13 avril 1800

Au citoyen Lucien Bonaparte

Je vous envoie, Citoyen Ministre, le projet de loi sur les nouvelles impositions à percevoir. Je vous prie de faire un état détaillé et exact des recouvrements et dépenses dans l'an VI et l'an VII , des recouvrements et dépenses dans les six premiers mois de l'an VIII ceux présumés dans les six derniers, afin d'établir, une fois pour toutes, le véritable budget de la République, et de consolider la dette nationale en l'établissant d'une manière invariable.


Paris, 14 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l'ordre,

1° Au 7e régiment de dragons de se rendre à Rennes avec son dépôt pour faire partie du corps d'observation qui se réunit dans cette ville (ce régiment est dans la 17e division);
2° Au 19e régiment de dragons et au 3e de cavalerie de faire partir, le ler floréal, chacun un escadron de 150 hommes pour se rendre à Dijon (ces régiments sont dans la 17e division) ;
3° Aux deux bataillons de la 30e de ligne, qui sont à Paris, de se rendre à Dijon et de partir le 1er floréal ;
4° Au 19e régiment de chasseurs de se rendre avec son dépôt à Liège, pour faire partie du corps d'observation qui va se réunir dans cette place
5° Au bataillon de la 14e de ligne qui est à Lyon ou à Dijon, et à tous les détachements de cette demi-brigade qui pourraient se trouver à l'armée d'Italie, de se rendre à Paris, pour joindre les deux bataillons qui s'y trouvent.

Vous ferez connaître au général commandant l'armée de réserve que la 14e de ligne, qui précédemment avait été destinée pour l'armée de réserve, n'en fera plus partie, parce qu'elle se trouve remplacée par la 19e légère, qui s'est rendue de l'armée de l'Ouest à Dijon et qui n'était pas destinée pour cette armée.

Ainsi, l'armée de réserve sera composée de quatorze demi-brigades de ligne, indépendamment des 17e légère et 39e, qui doivent s'y rendre de l'armée d'Italie et qui sont deux demi-brigades ruinées.

Je vous prie de passer, le 28, la revue des deux bataillons de la 30e et des escadrons du 19e de dragons et du 3e de cavalerie, qui doivent partir le ler floréal pour l'armée de réserve, et de donner les ordres pour qu'il soit fourni à ces corps tout ce qui pourrait leur manquer.

Je désire que vous preniez les mesures pour que le reste du 19e de dragons et du 3e de cavalerie puisse partir pour l'armée de réserve dans le courant de floréal.


Paris, 14 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Il reste, Citoyen Ministre, 90,000 hommes à l'armée de l'Ouest. Le général en chef de l'armée de l'Ouest distribuera ces forces:

1° Dans les îles et dans les places les plus importantes de la côte;
2° Il laissera au moins 2,000 hommes pour la police de l'intérieur dans chacune des trois divisions militaires, savoir: les 12e, 13' et 22e;
3° Enfin il réunira à Rennes une division d'observation de 7,000 hommes d'infanterie et le 7e de dragons. Le général Monnier complétera et exercera cette division, et la tiendra prête à se porter partout où les circonstances l'exigeraient.

Il y aura trois pièces de petit calibre attelées dans chacun trois divisions militaires, et une bonne division d'artillerie attachée à la division d'observation.

Vous recommanderez que la division d'observation soit tenue ensemble, exercée, complétée, afin de pouvoir l'employer selon les circonstances de la guerre.

ll y a deux demi-brigades dans la 14e division militaire, ayant 4,000 hommes présents sous les armes. Il faut compléter ce corps. Le général Gardanne emploiera une partie de ces corp pour la police des trois départements qui composent cette division. Il  réunira à Saint-Lô un corps d'observation de 2,500 hommes, avec une division de huit pièces d'artillerie de campagne. Ce corps d'observation doit se tenir prêt à se porter partout  où les circonstances de la guerre l'exigerait.

Vous pouvez annoncer au général Gardanne que vous lui ferez incessamment passer un régiment ayant au moins 300 hommes à cheval, pour être attaché à ce corps d'observation.

Il y aura à Lille un autre corps d'observation, qui sera composé des 5e et 35e de ligne et du 11e de cavalerie, avec une division de huit pièces d'artillerie de campagne.

Le général commandant l'armée en Batavie formera un camp composé de 3,600 hommes d'infanterie, 400 chevaux, huit pièces d'artillerie de campagne, le tout commandé par le général de division et prêt à se porter partout où les circonstances l'exigeraient. Le camp sera placé sur le territoire batave, mais le plus près possible de Maastricht.

Il y aura à Liège un corps d'observation composé de la 11e légère, du 19e de chasseurs, six pièces d'artillerie de campagne. Ce corps se portera, selon les circonstances de la guerre, sur le bas Rhin ou sur les côtes de la Belgique. Si des circonstances extraordinaires appellent des forces du côté de Maastricht, il formera l'avant-garde du camp de la Batavie.

Si, au contraire, il faut porter des forces sur les côtes de la Belgique,`ou à l'embouchure de l'Escaut, il formera l'arrière garde du camp.

Je vous prie de donner tous les ordres et de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'au 15 floréal tous ces corps se trouvent en position et dans le cas d'agir.


Paris, 14 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Les dix affûts-traîneaux qui ont été faits à Paris ne sont pas partis. Cependant l'armée de réserve ne pourra faire aucun mouvement que ses affûts ne soient arrivés, puisqu'ils doivent servir à son avant-garde. Je crois qu'il serait nécessaire que l'on chargeât ces dix
affûts-traineaux sur des chariots d'artillerie et qu'on les fit partir demain, en les faisant marcher à grandes journées, sans séjour. Prévenez le général commandant l'armée de réserve de la route que tiendront ces voitures, afin que,  si le besoin est urgent, il leur envoyât l'ordre de venir par des moyens extraordinaires.


Paris, 16 avril 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Le ministre des relations extérieures est invité à écrire au citoyen Reinhard de se concerter avec le général en chef Moreau, pour faire sentir aux autorités helvétiques ce qu'exigent d'elles les circonstances. Elles ne peuvent donner une preuve plus sensible de leur patriotisme à leurs concitoyens qu'en ajournant toutes les dissensions après la campagne. L'empressement avec lequel elles concourront réciproquement à se rapprocher sera considéré par le Gouvernement français comme un témoignage d'amitié et de véritable intérêt au succès de la cause commune.


Paris, 18 avril 1800

Au général Brune, commandant en chef l'armée de l'Ouest

Je viens de recevoir, Citoyen Général, votre lettre du . . . . .Le désir que vous témoignez de venir à Paris est bien naturel: de toutes les missions, celle que vous remplissez depuis trois mois est la plus pénible.

Dans le courant de floréal, votre présence deviendra nécessaire à Dijon.

Les opérations vont commencer à l'armée du Rhin. Le général Berthier va marcher avec une partie de l'armée de réserve, et, par là, cette armée aura besoin d'un autre général en chef. Je vous destine cette place. Cela s'arrangera d'autant mieux qu'il vous sera possible de vous reposer une quinzaine de jours à Paris.

Cependant, il m'a paru nécessaire de conserver pendant toute campagne un général en chef à l'armée de l'Ouest. Je vais nommer
à cette place le général Bernadotte ; j'espère qu'il marchera sur vos traces et maintiendra votre ouvrage.

Les trois mois pendant lesquels plusieurs départements de l'Ouest sont mis hors la Constitution expirent le 3 floréal. Nous allons, par une proclamation, déclarer ces départements rentrés dans le sein de la Constitution : prenez toutes les mesures que vous jugeriez encore nécessaires.

Si vous le jugez nécessaire, faites arrêter Georges.

Vous avez, par votre sagesse, par la modération et l'énergie que vous avez déployées, rendu le plus grand service que l'on pût rendre à la République. Croyez que, dans toutes les circonstances, je m'empresserai de vous donner des preuves de la gratitude publique.


Paris, 19 avril 1800

ORDRE

1° Le partage actuel de la gendarmerie en inspections de quatre départements chacune paraît plus convenable que de prendre pour base les divisions militaires.

2° Il n'y a plus que vingt-huit maisons de détention ; une brigade de gendarmerie à pied paraît suffisante pour chaque maison, comme une brigade de gendarmerie à pied par tribunal criminel, c'est à dire par département, est suffisante.

3° On a augmenté, dans les départements de l'Ouest, la gendarmerie de 204 gendarmes à pied ; on peut conserver ces brigades à pied comme elles sont; il paraîtrait convenable de diminuer la gendarmerie à cheval, dans les départements de l'Ouest, de soixante brigades, réforme d'ailleurs nécessaire pour ôter les hommes peu propres à ce service qui s'y sont introduits.

4° Il paraîtrait convenable de créer, dans les trente départements où il y a des montagnes, deux cents brigades de gendarmerie, indépendamment des quinze de l'Ouest qui en ont déjà. On aurait soin de supprimer deux cents brigades de gendarmerie à cheval, et alors la gendarmerie à cheval se trouverait diminuée de soixante brigades à réformer dans les départements de l'Ouest, de deux cents à supprimer dans les départements où l'on créerait de la gendarmerie à cheval, c'est-à-dire de deux cent soixante brigades.

Il y a aujourd'hui 2,040 brigades de gendarmerie à cheval; il en resterait donc

1,800 ou 9,000 hommes;
1,780 ou 8,900
hommes.

Le corps de gendarmerie à pied serait composé,

l° De 200 brigades de l'Ouest;
2° Des 130 pour les tribunaux et les maisons de détention;
3° De 200 de nouvelle création ;

En tout 530 brigades ou 5,300 hommes.


Paris, 19 avril 1800

Au général Kléber, commandant en chef l'armée d'Orient

Lorsque vous recevrez cette lettre, Citoyen Général, la brave armée d'Orient sera rentrée dans les ports de la République, après avoir laissé en Egypte des traces immortelles de ses glorieux travaux.

La République est empressée de revoir dans son sein cette illustre portion de ses défenseurs, si longtemps éloignée, et si intéressante par son dévouement et sa constance.

Le Premier Consul désire que les troupes qui composent cette armée soient réparties, à leur arrivée sur nos côtes, dans les îles d'Hyères et de Pomègue, pour s'y refaire de leurs fatigues. J'ai chargé le général commandant la 8e division militaire de faire à cet égard toutes les dispositions préparatoires nécessaires pour leur établissement.

J'ai donné les ordres les plus précis pour qu'il soit pourvu de suite à la subsistance et aux divers besoins de ces troupes; tous les moyens nécessaires seront employés pour que le service soit assuré dans toutes ses parties.

Mais, au moment où ces braves troupes vont approcher du territoire de la République, une considération de la plus haute important exige qu'il soit miss des bornes à leur empressement à rentrer dans leur patrie. Vous sentez, Citoyen Général, combien il est essentiel qu'aucun individu revenant d'Égypte n'aborde avant d'avoir subi les épreuves prescrites par les règlements de santé. Le Premier Consul se repose sur vous du soin de tenir la main à la stricte exécution cette mesure, que commande l'intérêt de la République.

C'est à vous, Citoyen Général, à justifier encore, dans cette occasion, la confiance du Gouvernement, et à seconder les dispositions qui seront faites à ce sujet par le général commandant la 8e division militaire.

Faites sentir à tous les militaires que vous commandez l'impérieuse nécessité de cette mesure. Dites-leur en même temps que le Premier Consul aspire après le moment où il pourra revoir les braves dont il a guidé tant de fois la valeur.

Quant à vous, Citoyen Général, qui avez si bien justifié le choix du Premier Consul, lorsqu'à son départ de I'Egypte il vous confiai le commandement de l'armée, vous ne doutez point de la satisfaction qu'il éprouve de votre retour et de la conduite que vous avez tenue pour soutenir la gloire du nom français.

(Par ordre du Premier Consul. )


Paris, 21 avril 1800

PROCLAMATION AUX JEUNES FRANÇAIS.

Un corps de 4,000 hommes, composé de la 30e demi-brigade, du 19e de dragons, du 3e de cavalerie, est parti de Paris ce matin Dijon.

Le général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, a eu à Bâle une conférence avec le général en chef Moreau. Dans cette décade, les opérations militaires doivent recommencer sur le Rhin.

Le général Turreau est parti de Briançon, s'est porté sur Exilles, de là sur Suse, et, se trouvant par là sur les derrières du détachement que l'ennemi avait poussé sur le mont Cenis, il l'a obligé non-seulement à rétrograder plus rapidement qu'il ne s'était avancé, mais a encore fait prisonnier plus de la moitié de son détachement.

Le général en chef Masséna, spécialement autorisé  par le Gouvernement, a concentré toutes ses forces sur la Rivière de Gênes. La 104e demi-brigade, qui était dans la 7e division, s'est rendue à Gênes. Le système de guerre qu'a adopté le Gouvernement est de tenir toutes les troupes en masses sur quelques points favorables à la fois à la défensive et à l'offensive. Les départements frontières ne doivent donc pas s'inquiéter si plusieurs points, qui ont pendant toute la guerre été garnis de troupes, ne le sont plus aujourd'hui. Qu'ils regardent à droite et à gauche, et ils verront de nombreuses armées, d'autant plus formidables qu'elles sont plus concentrées, non-seulement menacer l'ennemi qui voudrait faire quelque pointe sur le territoire français, mais encore se mettre en mouvement pour réparer, par des victoires éclatantes, l'affront que nos armes ont essuyé dans la dernière campagne.

Que ces départements jettent un coup d'œil en arrière, et ils verront l'armée de réserve, forte de 50,000 hommes, qui se renforce tous les jours, prête à se porter à droite et à gauche, selon les chances de la guerre et les plans d'un gouvernement dont personne ne révoque en doute les talents militaires.

L'histoire remarquera que, si le Directoire exécutif a fait la faute essentielle, il y a deux ans, de ne pas consolider par la paix de Rastadt celle de Campo-Formio, où les limites du Rhin et de l'Italie se trouvaient irrévocablement en notre pouvoir, le cabinet de Vienne a fait cette année la faute, plus grande encore, de se laisser enivrer par les succès qu'ont obtenus en Italie, la campagne dernière, les armées impériales, et de se refuser à une paix qui nécessairement eût considérablement amélioré en sa faveur les conditions du traité de Campo-Formio.

Il est bien probable que la roue de la fortune va encore entièrement changer dans cette campagne. Les magistrats qui dirigent aujourd'hui la politique du Gouvernement français sauront profiter du moment favorable et la fixer.

Jeunes Français, si vous êtes jaloux de participer à tant de gloire, de contribuer à des succès qui doivent à la fois confondre les malveillants intérieurs et la politique machiavélique du cabinet de Saint- James; si vous êtes jaloux d'être d'une armée destinée à finir la guerre de la révolution, en assurant l'indépendance, la liberté et la gloire de la grande nation : aux armes! aux armes! accourez à Dijon.


Paris, 21 avril 1800

PROCLAMATION DES CONSULS AUX HABITANTS DES DÉPARTEMENTS MIS HORS LA CONSTITUTION


Citoyens, ce fut à regret que les Consuls de la République se virent forcés d'invoquer et d'exécuter une loi que les circonstances avaient rendue nécessaires. Ces circonstances ne sont plus. Les agents de l' étranger ont fui de votre territoire; ceux qu'ils égarèrent ont abjuré leurs erreurs. Le Gouvernement ne voit plus désormais parmi vous que des Français soumis aux mêmes lois, liés par de communs intérêts, unis par les mêmes sentiments.

Si, pour opérer ce retour, il fut obligé de déployer un grand pouvoir, il en confia l'exercice au général en chef Brune, qui sut concilier avec les rigueurs nécessaires cette bienveillance fraternelle qui, dans les discordes civiles, ne cherche que des innocents et ne trouve que des hommes dignes d'excuse on de pitié.

La Constitution reprend son empire. Vous vivrez désormais des magistrats qui, presque tous, sont connus de vous par des talents et par des vertus; qui, étrangers aux dissensions intestines, n'ont ni haine ni vengeance à exercer. Confiez-vous à leurs soins: ils rappelleront parmi vous l'harmonie; ils vous feront jouir des biens de la liberté.

Oubliez tous les événements que le caractère français désavoue tous ceux qui ont démenti votre respect pour les lois, votre fidélité à la patrie; qu'il ne reste de vos divisions et de vos malheurs que la haine implacable contre l'ennemi étranger qui les a enfantés et nourris; qu'une douce confiance vous attache à ceux qui, chargés de vos destinées, ne mettent d'autre prix à leurs travaux que votre estime, qui ne veulent de gloire que celle d'avoir arraché la France aux discordes domestiques, et d'autre récompense que l'espoir de vivre dans votre souvenir.


Paris, 22 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve. à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, vos lettres du 26 (16 avril), de Bâle, et du 29 (19 avril),  de Dijon. J'ai lu avec plaisir ce que vous avez arrêté avec Moreau et qui m'a paru raisonnable.

Si les circonstances de la guerre du Rhin n'étaient pas assez décisives pour que le général Moreau pût faire un détachement aussi fort que celui que nous désirons, peut-être l'opération en Italie deviendrait encore possible avec un détachement de cinq demi-brigades et de 2,000 hommes de cavalerie. J'imagine, d'après tout ce que l'on m'écrit des différents départements, que, vers le milieu de floréal, vos quatorze-demi-brigades seront recrutées et complétées, ce qui vous fera une quarantaine de mille hommes, et, s'il est vrai que vous ayez 5,000 Italiens, 8,000 hommes des dépôts de l'armée d'Orient, 5,000 de cavalerie et 2,000 hommes d'artillerie, cela vous ferait 60,000 hommes. Qui est-ce qui vous empêcherait, même dans le cas où le général Moreau ne pourrait pas vous fournir de grands secours, d'agir indépendamment?

Le général Turreau, qui est à Briançon, pourrait aussi déboucher avec 3 ou 4,000 hommes.

Dans tous les cas, tenez votre armée réunie, et ne prêtez pas l'oreille aux commandants de Lyon et autres villes qui vous demanderont des troupes.

J'attends un état de situation de votre armée, qui me mette au fait de ses besoins et de sa position.

Les treize affûts-traineaux sont partis le 29.

Les deux bataillons de la 30e, forts de 1,800 hommes et 150 hommes du 3e de cavalerie, sont partis hier; 150 hommes du 29e de dragons ne partiront que le 10.

Un détachement de la garde, avec un train d'artillerie attelé par 450 chevaux, est parti le 26.

Marmont doit être arrivé.

Faites-moi connaître où en est le dépôt ordonné à Genève, la levée des 2,000 mulets et votre parc de 1,000 bœufs.

Salut et amitié.

Il part le 12 floréal pour Dijon:

Du 3e de cavalerie.............100
Du 15e de chasseurs........400
Du 19e de dragons ...........300
Du 11e de hussards..........400
Du 9e de dragons .............320

Total....................................1,520   hommes


Paris, 22 avril 1800

Au général Moreau, commandant en chef l'armée du Rhin
                                    
J'ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 27. J'ai vu la réponse de M. Kray, à laquelle je m'étais attendu. La saison est belle; vos troupes sont nombreuses et habilement dirigées. Notre confiance est entière. Envoyez-nous bien vite des drapeaux, et faites bon nombre de prisonniers. Ne suspendons plus nos coups que nous n'aurons obtenu des résultats qui réparent nos pertes.


Paris, 22 avril 1800

INSTRUCTIONS  POUR LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES.

1° Le ministre de la marine fera appareiller de Brest, le 15 floréal, si le temps le permet, sept vaisseaux de guerre de 74, et cinq frégates sous les ordres du contre-amiral Lacrosse, pour se rendre à Saint-Domingue.
2° Ils porteront 4,600 hommes de débarquement, une compagnie d'artillerie et six pièces de campagne. Ces troupes de débarquement seront commandées par un général de division, qui sera nommé général en chef de Saint-Domingue.
3° Le conseiller d'État Lescallier partira le 6 de Paris pour s'embarquer sur l'escadre.
4° Le ministre de la marine donnera des instructions au contre-amiral Lacrosse, au général en chef et au conseiller d'État Lescallier.
5° Le général Toussaint-Louverture, le général Rigaud et le général Michel seront employés dans l'armée de Saint-Domingue, chacun dans leur grade.


Paris, 23 avril 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je ne vois pas d'inconvénient, Citoyen Ministre, d'envoyer quelques fusils de chasse de différents modèles au roi d'Espagne.

Écrivez une lettre à M. Muzquiz pour lui faire connaître que, dans la conversation que j'ai eue hier avec lui, il m'a parlé du désir qu'avait Sa Majesté Catholique de faire obtenir au duc de Parme un accroissement d'États en Italie; que, lors des négociations, le Gouvernement français regardera comme une chose extrêmement agréable pour lui de convaincre l'Europe entière de la considération qu'il a pour la maison d'Espagne; qu'ici les sentiments particuliers que j'ai pour le duc de Parme, et que je lui ai manifestés pendant mon séjour en Italie, se trouvent d'accord avec la politique de la République, qui sera toujours de reconnaître les efforts de la cour d'Espagne pour la cause commune, surtout depuis le ministère de M. d'Urquijo.

Dites à Alquier que je désire qu'il m'achète huit très-beaux chevaux de selle, espagnols de race. Dites-lui que, puisque le Portugal se refuse à la paix, pourquoi l'Espagne ne s'emparerait-elle pas de plusieurs provinces de cet État, sauf à les rendre à la paix générale pour Minorque, et que, s'il arrivait qu'il fût besoin , ce que nous ne pensons pas, de forces françaises, nous ne verrions pas d'inconvénient à accorder une division de nos troupes, commandée par le général qui pourrait être le plus agréable à l'Espagne;

Qu'il fasse sentir à M. Urquijo combien il serait malheureux que Malte tombât au pouvoir des ennemis, et que je désirerais que l'on y expédiât cinq à six bâtiments de 9 à 400 tonneaux, avec un assortiment de vivres en blé, eau-de-vie, viande et farine ;

Que les hostilités vont recommencer entre l'Empereur et la France, et que nous avons tout lieu d'espérer que la fortune nous favorisera dans cette campagne.


Paris, 24 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

L'armée d'Italie est aux mains avec l'armée autrichienne. Soit qu'elle vainque, soit qu'elle soit vaincue, il est indispensable que l'armée de réserve ne perde pas une heure. Si nous sommes vainqueurs, l'armée autrichienne se trouvera considérablement affaiblie et hors d'état de résister à l'armée de réserve. Si notre armée d'Italie est vaincue, et qu'elle soit obligée de prendre la ligne de Borghetto on toute autre, pour défendre les Alpes maritimes, il est encore indispensable que l'armée de réserve attaque le Piémont ou le Milanais, afin de faire une diversion et d'obliger l'armée autrichienne à revenir à la défense de la Lombardie et de ses magasins.

Je vous prie, en conséquence, de donner ordre au général en chef Berthier,

1° De porter, en toute diligence, l'armée de réserve à Genève;
2° De faire passer à Villeneuve, par le lac, tous les approvisionnements de guerre et de bouche qui ont été rassemblés à Genève;
3° De se porter, le plus rapidement possible, en Piémont et en Lombardie, soit en passant le grand Saint-Bernard, soit en passant le Simplon.

Quelle que soit l'issue des événements d'Italie, l'armée autrichienne qui s'est enfournée sur Gênes et sur Savone, se trouve d'autant plus éloignée des passages des montagnes, et dans un état de délabrement tel, qu'elle est absolument hors d'état de tenir la campagne contre les 40,000 hommes que le général Berthier peut facilement réunir.

Je vous prie également, Citoyen Ministre, d'activer le départ de Paris des chevaux et des pièces d'artillerie destinés pour l'armée de réserve.

Avant que cette armée n'ait franchi le Saint-Bernard et le Simplon, nous aurons des nouvelles positives de la situation où se trouvera notre armée d'Italie.

Le télégraphe d'aujourd'hui, de Bâle et de Strasbourg, m'apprend qu'il n'y a rien de nouveau. Réitérez l'ordre au général Moreau d'attaquer l'ennemi. Faites-lui sentir que ses retards compromettent essentiellement la sûreté de la République.

Envoyez un courrier extraordinaire au général Saint-Hilaire, commandant la 8e division militaire, pour qu'il rassemble toutes les forces en infanterie, cavalerie, etc. qui pourraient se trouver dans sa division, afin de pouvoir renforcer l'armée d'Italie, et qu'il prenne des mesures pour assurer les approvisionnements de guerre et de  bouche de la ville d'Antibes. Le même courrier portera l'ordre au général commandant à Nice de veiller à l'approvisionnement de Monaco et du château de Nice, et celui d'expédier fréquemment des courriers extraordinaires pour vous instruire des événements qui auraient lieu en Italie.

Écrivez également au général en chef Masséna que nous n'avons pas encore de nouvelles officielles de ce qui se passe en Italie; que les armées du Rhin et de réserve se mettent en marche; que nous attendons impatiemment l'issue des événements, que nous connaissons encore qu'imparfaitement.


 Paris, 24 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon

Le ministre de la guerre vous a envoyé hier, Citoyen Général, la copie d'une lettre sur l'armée d'Italie.

Je n'ai point encore de nouvelles officielles; mais voici ce qui résulte de tout ce qui est venu à ma connaissance :

Le 16 germinal, le général Melas avait son quartier général à Cairo; il avait avec lui une vingtaine de mille hommes; il a forcé les redoutes de Monte-Legino, s'est emparé de Savone, et le 17 de Saint- Jacques.

La division française qui était sur Montenotte a fait sa retraite sur Gênes, après avoir renforcé la garnison de Savone.

Les deux divisions françaises qui étaient aux ordres de Suchet ont fait leur retraite sur la ligne de Borghetto.

Cependant, le 17, une division de 15,000 Autrichiens a attaqué la Bocchetta. Masséna s'y est porté en personne, les ont battus et leur a fait 2,500 prisonniers.

Une lettre de Nice, datée du 23, porte que le général Suchet venait de faire 1,200 prisonniers. On ignore les manœuvres qu'a faites le général Masséna, mais il paraît que le 23 l'ennemi était encore maître de Savone.

Le jour où Masséna aura rouvert ses communications, nous recevrons nécessairement un courrier; et, comme je n'ai point de nouvelles aujourd'hui, je suis fondé à penser que, le 26, les communications n'étaient pas rétablies.

Que fera donc Masséna? S'il échoue dans l'entreprise de rétablir les communications, il restera à Gênes tant qu'il aura des vivres; ou il se portera rapidement sur Acqui, pour de là gagner les Alpes; ou il ira chercher du pain dans le Parmesan ou tout autre point de l'Italie.

Dans cet état de choses, vous sentez combien il est essentiel que l'armée de réserve tienne à plein collier en Italie, indépendamment des opérations de l'armée du Rhin.

Pour cela faire, vous avez deux débouchés: le Saint-Bernard et le Simplon. Vous pouvez, dans ce cas, vous renforcer des troupes que Moreau a laissées dans le Valais.

Par le Saint-Bernard, vous vous trouverez agir beaucoup plus près du lac de Genève, et dès lors vos subsistances seront beaucoup plus rassurées. Mais il faut que vous vous assuriez bien de la nature des chemins depuis Aoste au Pô. Vous pouvez, dans le corps italien, avoir tous les renseignements nécessaires.

Par le Simplon, vous arrivez tout de suite dans un plus beau pays.

Rien en Italie ne pourra résister aux 40,000 hommes que vous avez. Que l'armée autrichienne sorte victorieuse on vaincue, elle pourra, dans aucun cas, soutenir le choc d'une armée fraîche.

Avant que votre armée ne soit arrivée à Genève et à Villeneuve,  j'aurai des nouvelles positives de la situation de l'armée d'Italie, qui me mettront à même de vous donner des instructions plus précises.

Votre plus grand travail dans tout ceci sera d'assurer vos subsistances.

Mes guides doivent arriver à Dijon le 6. Vous pourrez disposer de l'artillerie comme vous voudrez, et employer à atteler des pièces les attelages destinés au double approvisionnement.

La 30e est partie depuis trois-jours, mais il y a dans cette demi-brigade beaucoup de conscrits.

La 72e, bonne et excellente demi-brigade, est partie de Caen et se dirige à grandes marches sur Dijon. Vous pouvez regarder   cette troupe comme une espèce de réserve.

Laissez à Dijon Vignolles, ainsi que les dépôts de chaque corps, pour réorganiser les conscrits à mesure qu'ils arrivent, et vous les faire passer.

Faites-moi connaître, par le retour de mon aide de camp, la situation de votre armée.

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Il serait peut-être essentiel, par mesure de précaution, que vous envoyassiez un officier ou un commissaire des guerres à Chambéry afin de préparer dans cette place la manutention et des approvisionnements pour pouvoir nourrir votre armée, si, lorsqu'elle sera à Genève, les événements de l'armée d'Italie obligeaient à la faire filer par le mont Cenis.


Paris, 24 avril 1800

Au général Moreau, commandant en chef l'armée du Rhin

Le général Melas s'est porté le 16 sur Montenotte avec beaucoup de troupes, et a occupé la ville de Savone. Nos troupes occupent la citadelle et la ligne de Borghetto.

Le général Masséna se battait le même jour à la Bocchetta contre la droite de l'armée autrichienne, également très-forte. Il l'a entièrement battue et a fait 2,500 prisonniers. Il est probable qui va se porter sur le général Melas; cependant, le 22 germinal, il n'en avait encore rien fait, et le 23 au matin les Autrichiens étaient encore à Savone.

Le ministre de la guerre donne l'ordre au général Berthier de se mettre en mouvement le plus tôt possible, afin qu'il agisse selon les événements qui auront en lieu en Italie.

J'espère qu'à l'heure qu'il est vous avez passé le Rhin. Ayez le plus tôt possible un avantage, afin de pouvoir, par une diversion quelconque, favoriser les opérations d'Italie. Tous les jours de retard seraient extrêmement funestes pour nous.


Paris, 25 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 3 floréal. Vous devez avoir reçu par Murat 1,500,000 francs.

Vous trouverez ci-joint ce que j'ai accordé à l'armée de réserve dans les deux derniers conseils d'administration. Je vais tenir la main à ce que l'on vous envoie sur-le-champ ce qui ne vous serait pas encore parvenu.

Écrivez à Lambert et à Boinod qu'ils activent, autant que possible, toutes les fournitures; que l'argent ne leur manquera pas.

A l'heure qu'il est, six pièces d'artillerie de la garde, avec 500 chevaux d'artillerie, doivent être arrivées.

Je reçois en ce moment une dépêche télégraphique qui m'annonce que depuis ce matin la canonnade est très-forte sur le Rhin : ainsi Moreau est en pleine campagne.

Je désire bien avoir un état de situation de votre armée et de la manière dont vous l'avez organisée.

Aujourd'hui, demain et après-demain, partiront successivement 600 chevaux, avec des munitions qui vous sont nécessaires pour votre armée.

Par un état que me remet Andréossy, il paraît que tout est en mouvement.

Employez une partie des mulets qui existent à Bourg, pour le service de votre artillerie.

Les nouvelles de Nice, de l'armée d'ltalie, sont du 23. Faites-moi passer, par des courriers extraordinaires, toutes les lettres, même particulières, que l'on recevrait à Dijon sur cette armée.

Tout va parfaitement ici, et le jour où soit à cause des événements d'Italie, soit à cause de ceux du Rhin, vous penseriez ma présence nécessaire, je partirais une heure après la réception de votre lettre.

Je vois avec peine que le séjour de Dijon vous donne de la mélancolie. Soyez gai.

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Paris, 26 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je  vous prie, Citoyen Ministre, de donner l'ordre à la 13e légère, aux 19e, 70e, et 72e de ligne  1° de ne faire aucun séjour; 2° de
faire double étape toutes les fois qu'elles croiront pouvoir le faire; dans ce cas, il leur sera donné double ration, et elles seront traitées comme si elles avaient été de deux jours.

Je vous prie de donner l'ordre à 200 hommes à cheval de la garde des Consuls, à 400 grenadiers à pied, au reste de la compagnie d'artillerie à cheval (hormis une escouade) avec six pièces de canon, de partir le 9 (30 avril) pour se rendre à Dijon, à l'armée de réserve; ils ne feront point de séjours à Dijon et brûleront les étapes lorsqu 'ils jugeront pouvoir le faire.

Donnez l'ordre à deux escadrons du 5e régiment de dragons, à l'escadron de 120 hommes du ler de hussards, à l'escadron de 120 hommes du 5e de cavalerie, de partir le 12 (12 mai) pour se rendre à Dijon; point de séjours, et double étape lorsqu'ils croiront pouvoir le faire.

Ordre à l'escadron de hussards volontaires de partir, le 12 (2 mai), pour Dijon. Prenez les mesures que le général Dumas jugera nécessaire pour finir leur organisation.

Donnez ordre au chef de brigade d'artillerie Grosbert et au chef de bataillon d'artillerie Galbaud de partir en toute diligence pour se rendre à Auxonne, pour y être employés dans l'artillerie de l'armée de réserve.

Ordre an citoyen Ponge, chef de bataillon de pontonniers, de se rendre à Dijon, à l'armée de réserve, où il sera employé dans l'équipage des ponts.

Ordre à tous les transports d'artillerie, qui partent pour l'armée de réserve, de ne point faire de séjours, même à ceux qui sont partis ce matin.

Parmi les compagnies d'artillerie que l'on a annoncées à l'armée de  réserve, il n'en est arrivé que sept; il en manque huit. Je vous prie de me faire connaître quelles sont ces huit compagnies qui ont été destinées pour l'armée de réserve et quels ordres elles ont reçus.

Je vous prie de me donner un semblable rapport sur les compagnies de pontonniers et d'ouvriers.

Ordre au chef de bataillon du génie Rouziers de se rendre à Dijon,  pour être employé à l'armée de réserve.


Paris, 27 avril 1800

Au général Augereau, commandant en chef l'armée française en Batavie

Je suis instruit, Citoyen Général, que plusieurs individus du Gouvernement batave se comportent avec d'autant plus d'insolence que nous mettons plus de modération dans notre conduite. Exigez impérieusement tout ce que ce gouvernement nous doit. Je dis au ministre des relations extérieures d'écrire au citoyen Semonville de mettre un peu plus d'énergie dans sa conduite. J'ai témoigné à Schimmelpenninck  que j'étais peu content de son Gouvernement.

La campagne va s'ouvrir; nous aurons des succès; cela confondra les malveillants de toute espèce et surtout les partisans de l'Angleterre qui se seraient introduits dans le Gouvernement batave.


Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Lefebvre, aide de camp du Premier Consul (Il s'agit ici de Lefebvre-Desnoëttes)

Vous voudrez bien vous rendre sur-le-champ, à franc étrier, à Chalons sur Marne. Vous ferez partir les 6,000 fusils et les six forges de campagne qui s'y trouvent, pour Dijon. Vous resterez jusqu'à ce   que ce soit parti.

De là, vous vos rendrez au chef-lieu de tous les départements où doivent passer ces convois, pour que les préfets donnent ordre   que ces fusils voyagent de nuit et sans s'arrêter. Vous m'écrirez du chef-lieu de chacun des départements par lesquels les fusils doivent passer; vous lèverez tous les obstacles qui pourraient se rencontrer, et vous m'attendrez à Dijon, où je dois incessamment me rendre.


Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Merlin, aide de camp du Premier Consul

Il doit partir demain un million en argent pour Dijon; vous voudrez bien voir partir cet argent. Vous aurez soin de le faire escorter par la gendarmerie, et vous vous porterez au chef-lieu des préfectures et à toutes les étapes où ce convoi doit passer, pour qu'il y ait des attelages, afin que, voyageant jour et nuit, cet argent arrive dans cinq ou six jours à Dijon.

Si vous éprouviez le moindre obstacle, adressez-vous au préfet du département par où vous passerez.

Vous m'attendrez à Dijon. Vous ferez verser cet argent dans la caisse du payeur de l'armée.

Il est parti aujourd'hui cent milliers de plomb. Informez-vous de la route qu'ils ont tenue et comment ils sont partis; rattrapez-les et   faites-les marcher, jour et nuit, sinon les cent milliers, au moins vingt-cinq. Adressez-vous aux préfets et aux communes et faites-leur sentir que c'est d'urgence.

Vous rattraperez également en route un convoi de 250 chevaux  qui est parti le 6 (26 avril). Vous ordonnerez aux conducteurs de ne faire aucun séjour et de doubler les étapes lorsqu'ils pourront 1e faire.


Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Lauriston, aide de camp du Premier Consul

Rendez-vous en poste à Lyon. Vous verrez l'ordonnateur Lambert; vous lui ferez connaître qu'il ne manquera pas d'argent. Qu'il active le départ du biscuit, de l'eau-de-vie et de l'avoine pour Genève, où je serai rendu le 12 floréal

Voyez le commandant de la place et de la ville, pour que l'on fasse partir toutes les cartouches, le plomb et les fusils qui se trouveraient à Lyon, et qu'on fasse filer à marches forcées sur Genève.

Prenez le nombre de toutes les troupes qui se trouveraient à Lyon et dans la 19e division.

De là, allez à Grenoble, et faites partir pour Genève, à marches forcées, le plomb, les cartouches et les fusils qui pourraient s'y trouver.

De là, rendez-vous chez le général qui commande la gauche de l'armée d'Italie, qui doit être à Briançon, pour qu'il vous remette un état de toutes les troupes qui sont à ses ordres.

Vous lui ferez connaître que je serai le 14 ou le 15 (4 ou 5 mai) à Genève, où vous me rejoindrez, en me rapportant un état exact de toutes les troupes qui se trouvent dans les 7e et 19e divisions militaires, infanterie, cavalerie, artillerie, matériel et attelage.

A votre retour, vous passerez par Chambéry.


Paris, 27 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef  l'armée de réserve, à Dijon

Votre aide camp arrive à l'instant, Citoyen Général. Je désire que vous réunissiez toute l'armée à Genève et que vous donniez des ordres pour que soit transporté à Villeneuve, par le lac, du biscuit, du blé et de l'eau-de-vie.

Sur les deux millions que vous a remis le général Murat, vous verrez qu'il y a 300,000 francs pour Lambert; faites-les-lui passer   sur-le-champ.

Il est parti hier 200 chevaux avec un convoi pour Dijon. J'ai envoyé des aides de camp à Châlons-sur-Marne, à Tours, etc., pour faire passer le plus promptement possible des cartouches à Genève et à Dijon.

Il part demain un million pour votre armée. Il part aujourd'hui 100 milliers de plomb pour Auxonne.

Je vais prendre des mesures pour faire partir, dans la décade et sans séjours, tous les chevaux qui se trouvent à Versailles.

Mon projet ne serait plus de passer par le Saint-Gothard ; je ne regarde cette opération possible et dans les règles ordinaires de la
 prudence que lorsque le général Moreau aurait obtenu un grand avantage sur l'ennemi.

D'ailleurs il est possible que ce ne soit plus à Milan où il faille aller, mais que nous soyons obligés de nous porter en toute diligence sur Tortone, pour dégager Masséna, qui, s'il a été battu, se sera enfermé dans Gênes, où il a pour trente jours de vivres. C'est donc par le Saint-Bernard que je désire que l'on passe. Arrivé à Aoste, on sera à même de se porter sur le lac Majeur et sur Milan en peu de marches et dans un pays abondant et tel qu'il nous le faut, s'il devenait inutile de se porter tout de suite sur la Rivière de Gênes. D'ailleurs, l'opération de passer par le Saint-Bernard me paraît beaucoup plus proportionnée à vos moyens actuels, puisque vous n'aurez à vous nourrir que depuis Villeneuve à Aoste, pouvant transporter vos vivres par le lac de Villeneuve à Aoste.

Vous voyez que, dans l'une on l'autre de ces opérations, vous aurez toujours, ou les débouchés du Dauphiné, ou les débouchés de la Suisse, occupés par l'armée du Rhin, par votre flanc gauche. Ainsi dans tous les cas, vous avez une ligne d'opération assurée, et vous restez en contact avec la République.

Si vous vous portez sur Milan, tout ce qui sera sur le Saint-Gothard ou le Simplon vous joindra successivement.

Je partirai d'ici le 10 (30 avril) pour Genève : je passerai par Dijon.

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Que de Lyon, de Chambéry et de Grenoble, tout le biscuit, etc. soit mis sans délai en marche pour Genève.


Paris, 27 avril 1800

Au général Marmont, commandant l'artillerie de l'armée de réserve.

Je fais chercher à l'instant quelques moules à balles à Paris, je vous enverrai, pendant la nuit, par un courrier.

Établissez une salle d'artifice à Genève. Il doit y avoir de la poudre pour la défense de la place; convertissez-la en cartouches.

Besançon doit avoir de la poudre et des cartouches, ne serait-ce que pour son approvisionnement.

Grenoble doit avoir des cartouches; faites-les filer sur Genève.

250 chevaux sont partis cette décade. J'ai chargé Duroc de faire partir cette décade tout ce qui reste à partir. Tout marchera sans repos: aussi je regarde que tout cela arrivera à temps. Écrivez-moi   par le retour du courrier que l'on expédie au général Berthier, et faites-moi connaître vos besoins. Vous devez avoir de la poudre à Auxonne, puisque vous êtes près d'une fabrique. Il vous sera facile de vous procurer cinquante milliers de plomb à Genève.

Il part demain un million pour Dijon, sur lequel il y a 100,000 francs pour l'artillerie.


Paris, 27 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve

Je vous envoie, par courrier extraordinaire, deux moules à balles.

Faites établir un atelier de cartouches à Genève.

1° Vous devez avoir reçu 100,000 livres de plomb, de Lyon à Genève;
2°  Il en est parti 100,000 hier de Paris pour Dijon;
3°  Il en, est parti 250,000 de Tours;
4° Vous devez en trouver à Dijon, à Genève, assez pour commencer vos fabrications;
5°  Il est parti hier 200 chevaux attelés à plusieurs pièces, et un matériel de guerre, qui sera rendu le 12 à Auxonne;
6°  Il part demain un million pour votre armée;
7°  Il part demain 4,000 fusils;
8°  Il arrive demain ici cinq millions de cartouches, qui fileront sur Auxonne;
9° J'ai envoyé un aide de camp à Chalons pour faire activer le départ de 6,000 fusils, qui sont à Chalons;
10° Trois compagnies de pontonniers vont recevoir l'ordre de partir de Constance pour Genève;
11° Besançon et Grenoble ont ordre de fournir à votre armée;
12° D'ici au 10, il partira 200 chevaux par jour jusqu'à concurrence de 800, attelés à toute espèce de munitions d'artillerie : ils seront rendus avant le 20 floréal à Auxonne;
13° Le 9, il partira d'ici six pièces avec un détachement de la garde.


Paris, 27 avril 1800, à minuit. 

Au général Marmont, commandant l'artillerie de l'armée de réserve

Vous verrez par la lettre du général Berthier, Citoyen Général, les différents détails que je lui donne sur votre artillerie.

Pensez à vos harnais, ferrages, etc. Établissez à cet effet des ateliers à Genève.

J'imagine que vous avez actuellement autant de plomb qu'il vous faut, et que vous aurez à la fois un atelier à Auxonne et un à Genève.

Vous devez avoir reçu dix affûts-traineaux; à la suite de chacun vous menez un affût de plaine, afin qu'une fois passé les montagnes votre équipage de campagne se trouve composé d'un pareil nombre de pièces.

Organisez votre atelier de réparations à Genève : qu'il puisse aller, ainsi que celui d'Auxonne, sans employer la compagnie d'ouvriers que vous devez avoir et qui doit être disponible à votre parc.

Envoyez-moi un état du matériel, du personnel et des attelages, afin que je voie positivement où vous en êtes.


Paris, 28 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 7.

La 30e demi-brigade doit, à l'heure qu'il est, être arrivée, ainsi que la 13e légère.

Ce qui vous embarrasse, ce sont les attelages d'artillerie et munitions de guerre:

1° 400 chevaux sont partis avec la division de Chambarlhac;
3° 460 sont partis avec la garde;
3° 200 sont partis avec les différents corps arrivés de l'Ouest;
4° 60 sont partis avec les affûts-traineaux;
5° 230 sont partis le 6 floréal et doivent arriver le 13;
6° 130 partent aujourd'hui de Versailles;
7° 400 partiront décadi;
8° 300 partiront le 11;
9° 400 partiront le 11 avec le second détachement de la garde;
10° 420 mulets de Boinod que vous deçez avoir,
Total 3 000 chevaux.

Les attelages numérotés 5°, 6°, 7°,   vous portent des cartouches, des fusils, et autres munitions de guerre.

Appelez auprès de vous un nommé Colombini qui est àVienne en Dauphiné entrepreneur des routes, et qui connaît parfaitement le grand et le petit Saint-Bernard, et tous ses débouchés.

Appelez également le citoyen Pavetti, chef de bataillon de la légion italique, qui se trouve au dépôt, qui connait parfaitement toute cette partie.

J'attends avec impatience des nouvelles du Rhin et d'Italie. Donnez des ordres pour qu'à mesure que les chevaux arrivent à Auxonne, on les fasse filer pour renforcer vos attelages et traîner le complément d'approvisionnements dont vous auriez besoin.

Il ne sera fait aucun changement à l'organisation de la légion italique.

Établissez à Genève un atelier pour les réparations d'artillerie, un atelier de bourreliers pour vous faire des harnais d'artillerie, dont on a toujours besoin. Prenez des mesures pour avoir en réserve à Genève, un millier de harnais et des fers. Faites également établir à Genève une bonne salle d'artifices.

Je désire ne partir de Paris que lorsque tout sera prêt et lorsque  vous me l'aurez annoncé.

Par l'état que vous m'avez envoyé, je vois que vous n'aurez un corps respectable à Genève que vers le 15 du mois (5 mai).

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A  heures du soir.

Le télégraphe m'apprend à l'instant que le général Sainte-Suzanne qui a débouché sur la Kinzig le 5, est toujours dans les positions de Willstett et Urloffen.


Paris, 29 avril 1800

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Le ministre de la guerre va donner l'ordre à la 86e demi-brigade, composée de 3,000 hommes, qui se trouve en Corse, de repasser en France. Je désire que vous donniez les ordres au commandant des armes et à l'ordonnateur à Toulon d'envoyer à Saint-Florent tous les bâtiments de guerre, gabares on corvettes qui seraient à sa disposition et nécessaires pour ce transport.

La frégate l'Egyptienne et les frégates armées en guerre qui sont à Toulon seraient employées au transport et à l'escorte de ce convoi. Vous sentez combien il est essentiel de charger un officier intelligent de cette opération.