Juin 1800

 


Milan, 6 juin 1800 (17 prairial an VIII)

PROCLAMATION

Soldats! un de nos départements était au pouvoir de l'ennemi; au consternation régnait dans tout le midi de la France; la plus grande partie du territoire du peuple ligurien, le plus fidèle ami de la république, était envahie. La république cisalpine, anéantie dès là campagne passée, était devenue le jouet du régime féodal. Vous avez marché, et déjà la joie et l'espérance succèdent, dans notre patrie et en Italie, à la consternation et à la crainte.

Soldats! vous rendrez la liberté et l'indépendance au peuple de Gênes, qui sera pour toujours délivré de ses éternels ennemis.

Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine ! L'ennemi épouvanté n'aspire plus qu'à regagner ses frontières; vous lui avet enlevé ses magasins et ses parcs de réserve: le premier acte de la campagne est terminé !

Soldats!. des millions d'hommes, vous l'entendez tous les jours, vous adressent des paroles de reconnaissance. Aura-t-on donc impunément violé le territoire français ? Laisserez-vous retourner dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme dans vos familles ? Vous avez couru aux armes ! Eh bien ! maintenant, volez à la poursuite de nos ennemis, opposez-vous à leur retraite; arrachez-leur les lauriers dont ils se sont parés... Vous apprendrez ainsi au monde que la malédiction de Dieu est sur les insensés qui osent insulter le territoire du grand peuple.

Soldats, le résultat de nos efforts sera gloire sans nuage et paix solide !


Torre de Garofolo, le 16 juin 1800 (27 prairial an VIII)

Aux consuls.

Le lendemain de la bataille de Marengo, citoyens consuls, le général Mélas a fait demander aux avant-postes qu'il lui fût permis de m'envoyer le général Sekal. On a arrêté, dans la journée, la convention dont vous trouverez ci-joint copie (il s'agit de la convention dite d'Alexandrie). Elle a été signée dans la nuit, par le général berthier et le général Mélas. J'espère que le peuple français sera content de son armée !


Lyon, le 29 juin 1800 (10 messidor an VIII)

À Lucien (ministre de l'Intérieur)

Je reçois, Citoyen Ministre, votre lettre du ... J'arriverai à Paris à l'improviste. Mon intention est de n'avoir ni arcs de triomphe, ni aucune espèce de cérémonie. J'ai trop bonne opinion de moi pour estimer beaucoup de pareils colifichets. Je ne connais pas d'autre triomphe que la satisfaction publique. (Bonaparte arrivera le 2 juillet, dans la nuit, à Paris)


 

e:7.5pt; mso-ansi-language:FR">La destruction des principes révolutionnaires?

Si Votre Majesté veut se rendre compte des effets de la guerre, elle verra qu'ils seront de révolutionner l'Europe en accroissant partout la dette publique et le mécontentement des peuples.

En obligeant le peuple français à faire la guerre, on l’obligera à ne penser qu’à la guerre, à ne vivre que de la guerre, et les légions françaises sont nombreuses et braves.

Si Votre Majesté veut la paix, elle est faite : exécutons de part et d’autre le traité de Campo-Formio, et consolidons, par un supplément, la garantie des petites puissances, qui, principalement, paraît avoir été cause de la rupture de la paix.

Donnons le repos et la tranquillité à la génération actuelle. Si les générations futures sont assez folles pour se battre, eh bien, elles apprendront, après quelques années de guerre, à devenir sages et à vivre en paix.

Je pouvais faire prisonnière toute l'armée de Votre Majesté. Je me suis contenté d'une suspension d’armes, ayant l’espoir que ce serait un premier pas vers le repos du monde, objet qui me tient d’autant plus à cœur, qu’élevé et nourri par la guerre, on pourrait me soupçonner d’être plus accoutumé aux maux qu’elle entraîne.

Cependant Votre Majesté sent que, si la suspension d'armes qui a lieu ne doit pas conduire à la paix, elle est sans but et contraire aux intérêts de ma nation.

Ainsi, je crois devoir proposer à Votre Majesté :

1° Que l’armistice soit commun à toutes les armées;
2° Que des négociateurs soient envoyés, de part et d’autre, secrètement ou publiquement, comme Votre Majesté le voudra, dans une place entre le Mincio et la Chiese, pour convenir d’un système de garantie pour les petites puissances, et expliquer les articles du traité de Campo-Formio que l’inexpérience aurait montrés devoir l'être.

Si Votre Majesté se refusait à ces propositions, les hostilités recommenceraient; et, qu'elle me permette de le lui dire franchement, elle serait, aux yeux du monde, seule responsable de la guerre.

Je prie Votre Majesté de lire cette lettre avec les mêmes sentiments qui me l'ont fait écrire, et d'être persuadée qu'après le bonheur et les intérêts du peuple français, rien ne m'intéresse davantage que la prospérité de la nation guerrière dont, depuis huit ans, j'admire le courage et les vertus militaires. 


Milan, 17 juin 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Le sort de l'Italie, Citoyen Général, vient d'être décidé par deux batailles assez sérieuses, l'une à Montebello, près Casteggio, l'autre entre Marengo et San-Giuliano. Desaix, qui était arrivé la veille, a été tué à cette dernière. Sa famille et la République font une grande perte; mais la nôtre est plus grande encore.

M. Melas se trouvait, après cette bataille, enveloppé de tous côtés; il a signé la convention que vous trouverez ci-jointe.

Il fait ici, comme à votre armée, un temps assez mauvais, ce qui nous fatigue beaucoup; tous les soirs nous avons deux heures de pluie.

J'arrive à Milan, et je suis un peu fatigué. Je vous écrirai plus en détail un autre jour. 

…………………..

Dès l’ instant que la plus grande partie des places fortes sera dans nos mains, je ferai signifier à la cour de Vienne que les expressions du premier article, jusqu'à la réponse de la cour de Vienne, doivent s'étendre à quinze jours seulement. Ce temps est nécessaire à l'armée pour organiser son artillerie.


Milan, 17 juin 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Vous trouverez ci-joint un arrêté que je vous prie de communiquer aux Consuls. Vous sentez combien il est essentiel qu'il soit tenu extrêmement secret. Il faut que tout le monde ignore cette réunion des 24e, 25e et 26e divisions militaires à l'armée de Batavie, jusqu'au moment où le corps d'armée sera à quatre ou cinq marches au delà de Mayence.

J'ai prévenu, depuis longtemps, le général Augereau de se tenir prêt à ce mouvement. Masquez-le, et faites croire, le plus possible qu'inquiet sur la Vendée vous y faites passer des troupes de la Batavie.



Milan, 17 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République française, arrête :

ARTICLE 1er. - Il sera établi à Milan un ministre extraordinaire du Gouvernement français.
ART. 2. - Le ministre sera chargé de toutes les relations avec Gouvernement cisalpin; aucun agent français ne pourra avoir de communication avec ce gouvernement que par son entremise.
ART. 3. - Les fonds provenant, soit des contributions établies par le Gouvernement ou par le général en chef, soit des biens appartenant aux puissances en guerre avec la France, seront perçus sous l'autorité et la surveillance du ministre extraordinaire. Il sera, à cet effet, établi près de lui un trésorier français, dans la caisse duquel tous les fonds seront versés.
ART. 4. - Les fonds versés dans la caisse extraordinaire ne pourront en sortir que par les ordres du ministre français et pour 1es besoins de l'armée.
ART. 5. - Le ministre extraordinaire pourra seul convoquer l’assemblée générale de la Consulte établie pour préparer le travail la commission et de la législation de la République cisalpine, et présidera. 


Milan, 17 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République françaises considérant que la République cisalpine a été reconnue libre et indépendant par l’Empereur et la plus grande partie des puissances de l’Europe, il est de la loyauté du peuple français, et conforme à son désir, de mettre un terme à la guerre qui dévaste le continent, et de procéder à la réorganisation de ladite République, arrête :

ARTICLE 1er. - Il sera réuni, à Milan , une Consulte chargée de préparer l'organisation de la République, et de rédiger les lois et règlements relatifs aux différentes branches de l'administration publique.
ART. 2. - La Consulte sera composée de 50 membres, et présidée par le ministre extraordinaire de la République française.
ART. 3. - La Consulte, dans sa première séance, arrêtera son ordre de travail et sa division en sections.
ART. 4. - La Consulte sera tenue de s'occuper de tous les projets de règlements urgents dont la demande lui serait faite par la commission extraordinaire du Gouvernement. 


Milan, 17 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République française, arrête :

ARTICLE ler. - Le gouvernement de la République cisalpine sera provisoirement exercé par une commission extraordinaire de neuf membres, qui réuniront tous les pouvoirs de la République, excepté le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif.
ART. 2. - Cette commission proposera à la Consulte établie par l'arrêté de ce jour les lois et règlements qui lui paraîtront nécessaires.
ART. 3. - Elle pourra conserver, dans les tribunaux actuels, les juges en exercice, ou les remplacer, à son choix.
ART. 4. - Elle établira dans chaque département un commissaire qui sera chargé de tous les détails de l’administration.
ART. 5. - Le commissaire aura sous ses ordres tous les agents municipaux et tous les fonctionnaires civils de son arrondissement; il correspondra directement avec la commission extraordinaire.
ART. 6. - Les impositions actuelles sont maintenues telles qu'elles ont été établies pour l'an 1800; la commission pourra en créer de nouvelles, avec le consentement formel de la Consulte.
ART. 7. - Tous les fonctionnaires publics sont tenus de rester à leur poste et de continuer leur service, sous l'autorité du Gouvernement provisoire, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné. 


Milan, 17 juin 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Torre dei Garoffoli

Je vous envoie, Citoyen Général, un arrêté dont je vous d'envoyer copie au général Masséna et au général Turreau.

Plaisance est rendue : la garnison est prisonnière sur parole; est forte de 1100 hommes. Elle servira à échanger les 1100 hommes qui ont été faits prisonniers à Marengo et qui sont à Alexandrie.


Milan, 17 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête :

ARTICLE 1er - Le général Masséna prendra toutes les mesures pour faire occuper, en conséquence de la convention du 27 prairial les forteresses de Ceva, Coni, Savone et la ville de Gênes.
ART. 2. - Le général Turreau, en vertu de ladite capitulation, occupera Turin.
ART. 3. -Le général en chef Berthier fera occuper Milan, Arona, Pizzighettone, Alexandrie, Tortone.


Milan, 17 juin 1800

BULLETIN DE L’ARMÉE DE RÉSERVE

Les canonniers de la garde des Consuls se couvrent de gloire dans toutes les affaires. A la bataille de Montebello, ils étaient, avec les tirailleurs et trois pièces d'artillerie, toujours à vingt pas de l’ennemi. Le citoyen Marin-, sous-lieutenant de cette compagnie, se distingue d’une manière toute particulière.

M. Melas a eu, dans la bataille de Marengo, deux chevaux tués sous lui et une contusion au bras.

Le général Saint-Julien, avec quatre ou cinq autres généraux, avaient (sic) été faits prisonniers; mais ils ont eu le temps de se sauver pendant que nos soldats se jetaient sur les pièces.

Plusieurs des grenadiers hongrois et allemands prisonniers, passant auprès du Premier Consul, le reconnurent, ayant été faits prisonniers dans les campagnes de l'an IV et de l'an V. Beaucoup se mirent à crier avec une espèce de satisfaction : Vive Bonaparte !

Le Premier Consul disait, en revenant de la bataille et voyant une grande quantité de soldats blessés dans le dénuement et les embarras suites inévitables d'une grande bataille : « Quand on voit souffrir m tous ces braves gens, on n'a qu'un regret, c'est de n'être pas blessé comme eux, pour partager leurs douleurs. »

Les généraux, officiers et soldats de l'armée autrichienne sont indignés contre Thugut. Ils rendent justice aux bonnes intentions de leur empereur, et ils paraissent convaincus que nous ne nous battons que pour vendre plus cher le café et le sucre des Anglais.

Un général autrichien de beaucoup de mérite disait au quartier général : « Nous n'aurons de repos et de bonheur sur le continent que lorsque, d'un concours unanime, nous en interdirons l’accès à cette nation vénale et mercantile qui calcule sur notre sang pour l'accroissement de son commerce. »

Tous paraissent convaincus que, si nous n'avons pas la paix, c'est la faute de l’Angleterre et de leur ministère. 

L’armée autrichienne paraît très-attachée au prince Charles, et elle attribue sa disgrâce à quelques plaisanteries lâchées par l’archiduc contre Thugut, et à son opinion bien connue de faire la paix.

A Paris comme à Vienne, en France comme en Allemagne, à l’armée française comme à l'armée autrichienne, tout le monde veut la paix. Les intrigues et les guinées des Anglais, l’influence de l’impératrice et la disgrâce du prince Charles paraissent seules l’empêcher.

Si l'Empereur avait été sur le champ de bataille de Marengo, son cœur se serait livré aux sentiments d'humanité qui lui sont naturels, et il conclurait la paix; et, s'il a de la religion, il pensera qu'il doit y avoir châtiment pour celui qui, par ambition on faiblesse, est coupable de tant de malheurs.

Mais, quand une partie de l'Italie resterait à l’Empereur, qu'en ferait-il? Peut-il du fond de son palais, à Vienne, gouverner les peuples de l’Allemagne et des rives de l'Adda? S'il savait combien il a été mal servi par ses agents en Italie, combien de vexations , de vols , d'emprisonnements ont été faits sous son nom, il n’attacherait pas grand prix à la possession d'un pays où il ne peut plus qu'être en horreur.

Parce que le Gouvernement français a pris un ton de modération, fondé sur la confiance du peuple et sur des bases solides , on l'a cru faible et pusillanime. On ne croyait pas à la première armée de réserve, et on la tournait en ridicule; on ne croira sans doute à la seconde que lorsqu'elle frappera. 

Le frère du général Watrin a été tué à la bataille de Marengo c'était un officier d'un grand mérite.

Le château de Plaisance a capitulé; la garnison est prisonnière de guerre. 


Milan, 18 juin 1800

Aux Consuls de la République

Je reçois, Citoyens Consuls, votre courrier du 22. Je vous envoie une nouvelle copie de la convention. Dans les premiers jour de messidor, toute les places seront en notre pouvoir.

Vous trouverez ci-joint le bulletin de l'armée et la capitulation de Plaisance.

A la nouvelle du débarquement à Quiberon, j'allais me rendre droit dans la Vendée; mais les nouvelles que je reçois du rembarquement retarderont mon départ de quelques jours.

Aujourd'hui, malgré ce qu’en pourront dire nos athées de Paris, je vais en grande cérémonie au Te Deum que l’on chante à la métropole de Milan. 


Milan, 18 juin 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Le général Lacombe Saint-Michel, Citoyen Ministre, qui avait été chargé de la formation d’un équipage de siège pour la citadelle Turin, doit commencer ses opérations pour assiéger Peschiera et Porto-Legnago, que j'ai le projet de faire attaquer à la fois, lors il reprise des hostilités. Il n'aura pas besoin d'amener de Franc( matériel; il trouvera plus de canons qu'il ne lui en faut dan@ citadelles qui sont en notre pouvoir. Il suffira qu'il amène des ouvriers, des canonniers et le plus d'attelages qu'il pourra.

Je compte faire détruire la plus grande partie de ces places ; il est donc nécessaire d'envoyer le plus promptement possible trois ou quatre compagnies de mineurs, pour finir en peu de temps.


Milan, 18 juin 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Tortone.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre d'hier, 28. J'admire votre confiance. Il faut, le plus promptement possible, y porter remède, afin de ne pas en être dupe.

Il paraît que la première colonne sera partie lorsque vous recevrez cette lettre. Faites-la marcher à petites journées, de manière qu'elle ne soit à Castel-San-Giovanni que le 2 ou 3 messidor au soir.

Réunissez derrière la Trebbia, à grandes marches, toute la division Loison, ainsi que les Italiens et le bataillon du général Moncey, qui se trouvent à Plaisance.

Vous saurez le ler, à midi, si vous avez Alexandrie, Pizzighettone et Milan.

Vous saurez, le 2 an matin, si vous avez Turin. Dans ce cas, le général Loison laissera passer la première colonne autrichienne. Dans le cas contraire, le général Loison déclarera qu'elle ne peut pas passer qu'on ne soit en possession des places.

Je ne peux pas concevoir comment on ne nous rend Savone et Gênes que le 5 messidor. Est-ce pour laisser aux Anglais le temps d’y jeter garnison anglaise? Cependant la seconde colonne part le ler messidor. Il faudrait, aux termes du traité, qu'elle ne partît que le 5, on bien qu'on nous livrât Coni, Gênes, Savone, ler messidor. En fait d'affaires, tous ces différends ne sont rien. S'ils sont de bonne foi, qu'importe qu’ils nous livrent les places un ou deux jours plus tôt; S’ils ne sont pas de bonne foi, il faut prendre nos précautions.

D’ailleurs, le 7 messidor, ils peuvent avoir reçu la réponse de Vienne, et, dès lors, le général Melas n'est plus responsable de rien.

Mon intention est positivement que vous retardiez le départ de la seconde colonne, et que le fort Urbain nous soit remis le plus tôt possible; il n'est pas si loin.

Dans tous les cas, faites marcher, avant la seconde comme avant la première colonne, des troupes avec de l'artillerie et plus nombreuses qu’elles. Ayez soin aussi qu'il ne parte aucune artillerie avec l’armée, même de campagne, qui serait de calibre ou fonderie italienne, piémontaise ou française. La convention est assez avantageuse pour les Autrichiens. Dans la même position, ils ne se seraient pas comportés comme nous. 

Je voudrais aussi que M. Melas, de sa personne, ne partît quand nous aurons Gênes.


Milan, 18 juin 1800

Au général Brune, commandant l’armée de réserve de 2e ligne, à Dijon

Vous serez déjà instruit, Citoyen Général, des résultats des batailles de Montebello et de Marengo, et de la convention conclue avec M. de Melas. Vous voyez que nous avons fait rapidement assez bonne besogne.

Je vous destinais à la prise de toutes les places du Piémont. Je sais que cette guerre de siége, que vous n’avez pas encore faite, vous aurait été agréable sou s le rapport de l'instruction; mais puisque ces places sont en notre pouvoir, mon intention est de vous employer comme ministre extraordinaire chargé de l’organisation du Piémont. Ces fonctions sont à la fois importantes et conforme à l’habitude que vous avez déjà de manier les hommes et de les conduire au but. 


Milan, 18 juin 1800

BULLETIN DE L’ARMÉE DE RÉSERVE

Le général Rivaud a été blessé à la bataille de Marengo en défendant ce village, où il a tenu plusieurs heures avec beaucoup d’intrépidité.

Le général Desaix avait amené d'Égypte deux petits nègres que lui avait donnés le roi de Darfour. Ces enfants ont porté le deuil de la mort de leur maître, à la mode de leur pays, et d'une manière extrêmement touchante.

Le Premier Consul a pris avec lui les deux aides de camp du général Desaix, Savary et Rapp. Le corps de ce général a été conduit en poste à Milan, où il a été embaumé. 0n ne sait pas encore si le Premier Consul l’enverra à Paris, ou s'il le placera sur un monument qui serait élevé sur le Saint-Bernard, pour éterniser le passage de l’armée de réserve.

Le général Desaix est le premier Européen qui ait porté la gloire du nom français au delà des Cataractes. Il était adoré des habitants de la haute Égypte, qui l'avaient surnommé le Sultan juste. Il conservait un vif ressentiment des mauvais traitements qu'il avait reçus de l'amiral Keith. Cet officier général de marine, par un procédé indigne d'une nation européenne, l'avait abreuvé de dégoûts et de mauvais traitements.

Le général Desaix était parti d'Alexandrie sur le bâtiment ragusin appelé ici la Madone de grâce de Saint-Antoine de Padoue. Il avait des passe-ports du grand vizir, du commandant anglais devant Alexandrie, qui, pour assurer davantage son passage, avait mis à son bord un officier anglais. Il fut arrêté par l'amiral Keith et conduit à Livourne, contre le droit des gens. C'est en vain qu'il montra ses passeports et que l'officier anglais qu'il avait à son bord se récriait contre cette insigne mauvaise foi. Arrivé dans la rade de Livourne, l'on dégréa le bâtiment, on lui ôta son gouvernail, l'exposant ainsi à échouer.

Le général Desaix fut mis au lazaret, dans une espèce de prison. L'amiral Keith eut la bassesse de joindre l'insulte à la violation du droit des gens : il lui envoya proposer vingt sous par jour, à lui et à chacun des soldats français prisonniers, en ajoutant, avec une plate ironie, que I'égalité proclamée en France voulait qu'il ne fût pas mieux traité qu'eux.

Il fut, en conséquence, mis dans la même cour que les soldats, et on lui refusa toute espèce de secours, jusqu'aux gazettes et quelques livres militaires. "Je ne vous demande rien, répondit Desaix, que de me délivrer de votre présence. Faites, si vous le voulez, donner de la paille aux blessés qui sont avec moi. J'ai traité avec les Mameluks, les Turcs, les Anatoliens, les Arabes du grand désert, les Éthiopiens, les noirs de Darfour, les Tartares; tous respectaient leur parole lorsqu'ils l'avaient donnée, et ils n'insultaient pas aux hommes dans le malheur." Rien fit plus, il eut la lâcheté d'engager le patron du bâtiment sur lequel était le général Desaix de déclarer que ce bâtiment lui appartenait, lui promettant 1,000 guinées pour récompense; il voulait fonder sur cette déclaration un libelle contre le général Desaix. Le bon patron génois s'y opposa constamment. "Eh! M. l'amiral, écrivait Desaix, prenez le navire, prenez mes bagages, nous tenons peu à l'intérêt! " Cet amiral Keith est le même homme qui a fait tant de relations ridicules en buvant du  punch devant Gênes.

La nation française fait fort bien d'être victorieuse. Il n'est pas d'excès auxquels ne se portassent ses ennemis, si elle avait des revers; mais, grâce au nombre et au courage de ses soldats, elle triomphera  de tous ses ennemis, et l'opprobre et le mépris seront, dans l'histoire et chez les nations policées, le partage des hommes qui se conduiront comme lord Keith. Cet amiral a eu l'esprit de rédiger une lettre supposée interceptée, du Premier Consul au général Masséna, lettre pleine d'absurdités et qui ne peut être mise qu'à côté des libelles de toute espèce que la cour de Londres fait imprimer contre notre premier magistrat.

Mais, quelque chose que fasse la cour de Londres, il n'y aura pas de guerre civile en France. La Belgique fera partie du territoire du grand peuple. La Batavie et l'Espagne, réunies d'intérêts et de passions, redoubleront d'efforts contre les tyrans des mers, et l'Anglais exilé six mois de l'année dans son île, devra attendre que l'Elbe soit débarrassé de ses glaces pour avoir des nouvelles du continent. L'Angleterre deviendra, par son arrogance, sa vénalité, sa corruption, l'opprobre et le mépris du Français, comme de l'Autrichien et du Russe.

Le Premier Consul a assisté ce matin au Te Deum que la ville de Milan a fait chanter, dans la métropole, en l'honneur de la délivrance de la République et de la gloire des armes françaises. Il a été reçu à la porte par tout le clergé, conduit dans le coeur sur une estrade préparée à cet effet, et celle sur laquelle on avait coutume de recevoir les consuls et premiers magistrats de l'empire d'Occident. La musique du Te Deum était des meilleurs compositeurs d'Italie. Cet cérémonie était imposante et superbe. Ce respect pour l'autel est une époque mémorable qui fera impression sur les peuples d'Italie et  plus d'amis à la République. L'allégresse était partout à son comble.  "Si l'on fait ainsi, disaient les Italiens, de tous les pays, nous sommes tous républicains, et prêts à nous armer pour la défense de la cause du peuple dont les moeurs, la langue et les habitudes ont le plus d'analogie avec les nôtres".


Milan, 19 juin 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, ordonner au ministre extraordinaire de la République à Gênes de faire partir, le plus tôt possible, cinq bâtiments à rames, du port de Gènes pour Malte.

Chaque bâtiment sera chargé de 5 milliers d'huile, 1,000 pintes d'eau-de-vie, 100 quintaux de riz, 100 quintaux de biscuit, 3 quintaux de lard, un peu de vinaigre.

Ces bâtiments partiront à dix jours de distance l'un de l'autre. Il faut que l'on choisisse des chebecs qui aient la tournure napolitaine et qui soient munis de pavillons napolitains. Vous pourrez autoriser ce ministre à tirer sur vous pour les frais que cela occasionnera mais il faut qu'il lève tous les obstacles et que ces bâtiments partent.

Je vous avais déjà  précédemment chargé d'écrire à notre ambassadeur en Espagne. Écrivez-lui de nouveau pour que, dans le courant du mois de thermidor, il fasse partir des ports d'Espagne cinq bâtiments de la même grandeur que ceux qui partent de Gênes, et chargés des mêmes objets.

Chacun de ces ministres enverra, par chaque bâtiment, une collection de journaux des six derniers mois, et une lettre qui fasse connaître au général Vaubois la situation du continent.


 Milan, 19 juin 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Tortone

En attendant que nous conférions ensemble, Citoyen Général, vous pouvez toujours diriger toutes les divisions de l'armée qui sont entre la Scrivia et la Bormida sur Plaisance.

Il faudrait mettre en garnison, à Alexandrie et à Tortone, le corps du général Chabran.

Donnez les ordres:

1° Pour que, sans perdre un instant, on fasse sauter le fort de Serravalle, et que l'on en transporte les munitions de guerre et de bouche dans le fort de Gavi;
2° Pour que l'on fasse sauter le fort de Bard et la citadelle d'lvrée; on transportera les canons et les  munitions de guerre et de bouche dans la citadelle de Turin;
3° Que l'on fasse sauter la citadelle de Ceva; on transportera les canons, munitions de guerre et de bouche, dans la citadelle de Savone.

Donnez également l'ordre que l'on fasse sauter le fort d'Arona; les canons, munitions de guerre et de bouche, seront transportés à Milan.


Milan, 20 juin 1800

Aux Consuls de la République

J'ai reçu, Citoyens Consuls, vos courriers des 24 et 25. je ne tarderai pas à partir. pour Paris, mais quelques jours me sont nécessaires pour jeter les bases d'une organisation dans le Piémont, la Ligurie et la Cisalpine.

Vous trouverez ci-joint la relation du général Berthier et le bulletin de l'armée.

Si Willot n'est pas sur la liste des émigrés et si ses biens ne sont pas confisqués, il faut les confisquer sur-le-champ. Ce misérable était à Alexandrie.


Milan, 20 juin 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, un arrêté. Vous écrirez au général Kléber qu'au moment où la première nouvelle de la capitulation est arrivée par Constantinople, l'escadre de Brest partait avec 4,000 hommes et des munitions de guerre; qu'aujourd'hui seulement nous apprenons que la capitulation a été rompue et qu'il a reconquis l'Égypte; qu'il est impossible de lui faire passer des renfort dans les mois de messidor, thermidor et fructidor, mais que, dans le courant de l'hiver, si la paix n'est pas faite, il en recevra, et de puissants; que, d'ailleurs, les circonstances sont telles en Europe, qu'il n'est pas probable que six mois se passent sans que la paix soit conclue.

Vous chiffrerez cette dépêche et vous la répéterez par tous Ies avisos qui partiront. Le ministre des relations extérieures a un chiffre dont le général Kleber a la clef. Envoyez-lui, par toutes les occasions, les six derniers mois du Moniteur, et faites-lui bien sentir que l'intérêt et la sûreté de son armée, la gloire des armes françaises et la prospérité de notre commerce, veulent qu'il garde l'Egypte.


Milan, 20 juin 1800

ARRÊTÉ.

Les Consuls de la République arrêtent:

ARTICLE 1er. - Il sera expédié en Égypte douze avisos pendant tout le courant des mois de messidor et thermidor.
ART. 2. - Il en partira deux par décade.
ART. 3. - Le ministre de la guerre fera partir un officier sur chaque aviso; il sera porteur de ses dépêches, qui seront renfermées dans une boîte de fer battu, de manière qu'elles puissent, en cas de rencontre de l'ennemi, être jetées à la mer. 
ART. 4. - On embarquera sur chaque aviso 500 fusils, 1,500 boulets de 4 et 500 de 8.
ART. 5. Les ministres de la guerre et de la marine sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.


 Milan, 20 juin 1800

Au duc de Parme (Don Ferdinand, infant d'Espagne)

J'ai reçu la lettre que Votre Altesse a bien voulu m'écrire.  Je ne dois pas lui dissimuler que l'armée française se plaint des secours qui avaient été donnés aux insurgés de Fontana par les soins particuliers de l'archiduchesse, et que, sans l'estime particulière que j'ai pour les vertus de Votre Altesse, et la considération et les égards que doit le peuple français à S. M. le roi d'Espagne, j'eusse traité les États de Votre Altesse en ennemis.

Je prie Votre Altesse de compter entièrement sur la protection du peuple français, et d'être convaincue du désir que j'ai d'accroître, si les circonstances le veulent, l'étendue et la prospérité de ses États.


Milan, 20 juin 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Tortone


Le général Moncey se rendra sur-le-champ à Brescia,  où il réunira sous son commandement les divisions des généraux Lorge et Lapoype. Il sera spécialement chargé d'occuper la Valteline et toute la ligne de la Chiese et de l'Oglio. Si le corps de l'armée ennemie qui
est dans les Grisons menaçait d'attaquer le Saint-Gothard, il le menacerait d'attaquer par les débouchés de la Valteline.


Milan, 20 juin 1800

Au général Lacombe Saint-Michel (Jean Pierre Lacombe Saint-Michel, 1751-1812. En Italie il commande l'artillerie de Masséna. Sera gouverneur de Barcelone en 1810)

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 30 prairial. Dirigez  sur Milan tous les attelages et moyens de transport que vous avez su réunir pour votre équipage de siège, surtout le plus d'ouvriers qui vous pourrez. Vous trouverez à Alexandrie, Tortone, Turin, de quoi former votre équipage de siège, qui servira à assiéger Peschiera et Porto-Legnago.


 Milan, 20 juin 1800

BULLETIN DE L'ARMÉE DE RÉSERVE

Les citadelles de Tortone, Alexandrie et Milan ont été occupée hier et aujourd'hui par l'armée française. Tous les Piémontais on quitté l'armée autrichienne.

Un grand nombre d'émigrés étaient à Alexandrie avec le général Melas, entre autres le général Willot. Il était destiné à être à la tête de la chouannerie que l'on voulait organiser dans le Midi.


 Milan, 21 juin 1800

Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Milan

Je vous prie, Citoyen Général, d'inviter deux des meilleurs virtuoses de l'Italie de se rendre à Paris pour y  chanter un duo en italien, à la fête du 14 juillet. Vous leur ferez donner ce qui leur sera nécessaire pour leur voyage, et le ministre de l'intérieur, auquel vous les adresserez, les traitera d'une manière conforme à leur mérite et les indemnisera de ce qu'ils auraient gagné en Italie.


Milan, 21 juin 1800

Au citoyen Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur

Je vois dans le Moniteur, Citoyen Ministre, le prospectus de la fête pour le 14 juillet.

Vous trouverez ci-joint un arrêté concernant les honneurs à rendre au général Desaix. Peut-être serait-il convenable de faire prononcer son oraison funèbre par Garal, Fontanes, ou tout autre. Vous sentez qu'il est nécessaire que ce morceau soit extrêmement soigné.

Vous trouverez ci-joint copie d'une lettre que je viens d'écrire au général en chef  Berthier. Je désirerais que deux virtuoses exécutassent,  avec des choeurs, un morceau italien,  que vous feriez composer sur la délivrance de la Cisalpine et de la Ligurie, et la gloire de nos armes. C'est un supplément à faire à  votre prospectus.

Le général Berthier m'informe qu'il compte envoyer ou madame Billington ou madame Grassini (Giuseppina Grassini, 1773-1850, alors à l'apogée de son art. Elle devenue, après Marengo, la maîtresse de Bonaparte, qui va bientôt l'installer à Paris), qui sont les deux plus célèbres virtuoses d'Italie. Faîtes  donc composer un beau morceau en italien, avec une bonne musique. Le ton de voix de ces actrices doit être connu des compositeurs italiens.


Milan, 21 juin 1800

BULLETIN DE L'ARMÉE DE RÉSERVE

Le général Melas est parti d'Alexandrie le 29 prairial (18 juin), et a été coucher à Voghera avec la première colonne de son armée, composée de 10,000 hommes, et son état-major. Il a couché le 30 à Stradella, le 1er messidor à Plaisance; il se rend de là à Mantoue par Parme. La seconde colonne est partie le 30; la troisième, composée de la cavalerie, est partie le 2 messidor; elles suivent la même route. Les équipages de l'armée autrichienne sont portés par plus de 4,000 voitures.

L'armée française a pris, le 29 prairial, possession du fort de Tortone, où on a trouvé 120 pièces de canon et beaucoup de poudre Les Français sont entrés, le 1er messidor, à Alexandrie, où on a trouvé plus de 200 pièces de canon et de grands magasins de poudre.

Les citadelles de Milan ont été remises aux Français hier ler  messidor. On attend l'inventaire exact de tout ce qui a été trouvé dans toutes ces places.

Les troupes françaises sont arrivées hier au soir devant Gênes.

L'amiral Keith, aurait voulu emporter toute l'artillerie de Gênes. Le peuple en a paru mécontent. Le général Hohenzollern, commandant à Gênes, a dû s'y opposer, parce que cela était contraire à la convention.

Le général Keith vient de se déshonorer complètement par son avidité, et surtout par l'injustice révoltante de son raisonnement, qui est celui-ci : "la ville de Gênes est en état de blocus depuis six  mois; il n'a donc dû y entrer aucun bâtiment, et les 119 qui y sont entrés m'appartiennent. " Il a, en conséquence, fait mettre de côté ces 119 bâtiments de transport, et demande 600,000 francs pour les relâcher.

Le raisonnement de lord Keith est bien absurde; il valait beaucoup mieux mettre une contribution de 600,000 francs sur le commerce de Gênes. Il est vrai que la capitulation s'y oppose formellement.

Il faut avouer que tous les jours la comparaison de la foi anglaise et punique devient plus évidente. Les Anglais se sont conduits, pour la capitulation d'Egypte et pour celle de Gênes, comme des gens sans foi.

Trois députés de Gênes, les citoyens Cambiasa, Serra et.... sont venus à Milan voir le Premier Consul. Ils ont été accueillis avec distinction. On compte que nos troupes entreront aujourd'hui dans Gênes. Elles se mettront sur-le-champ en marche pour Lucques.

Le général Moncey se rend à Brescia, pour prendre possession de la Valteline.


Milan, 22 juin 1800

Aux Consuls de la République

J'ai expédié, Citoyens Consuls, un courrier à l'Empereur, avec une lettre que le ministre des relations extérieures vous communiquera. Vous la trouverez un peu originale, mais elle est écrite sur un champ de bataille.

Une partie de la garde est partie aujourd'hui pour se rendre à Paris avec les drapeaux pris à Marengo. La route est calculée de manière quelle sera à Paris avant le 14 juillet. Il est nécessaire de s'étudier à rendre cette fête brillante, et à avoir soin qu'elle ne singe pas les fêtes qui ont eu lieu jusqu'à ce jour. Un feu d'artifice sera d'un bon- effet. Les courses de chars pouvaient être très-bonnes en Grèce, où l'on se battait sur des chars; cela ne signifie pas grand'chose chez nous.

J'ai reçu ce matin la nouvelle que nous sommes entrés hier dans la citadelle de Turin. J'attends, à chaque instant , celle de notre entrée dans Gênes.

Le Journal des Défenseurs de la Patrie était rédigé par des hommes très-malintentionnés, aux yeux desquels, dans le temps, je fis connaître au ministre de la police que je le supprimerais, si le citoyen Lagarde ne s'en rendait exclusivement responsable. J'apprends que depuis l'on fait de grands procès; voyez à mettre fin à tout cela.


 Milan, 22 juin 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, copie de la lettre que j'ai envoyée hier à l'Empereur par un courrier extraordinaire. Elle sort, comme vous le verrez, du style et de la forme ordinaires; mais c'est que tout ce qui se passe autour de nous me paraît avoir un caractère nouveau.


Milan, 23 juin 1800

Aux Consuls de la République

Vous trouverez ci-joint, Citoyens Consuls, le bulletin de l'armée. J'ai eu une longue conférence avec le comte de Saint-Julien, qui immédiatement après est parti pour Vienne.

Dès que toutes les conditions de la suspension d'armes se trouveront remplies de part et d'autre, je laisserai le commandement au général Masséna, et je partirai pour Paris. Je voyagerai sans m'arrêter nulle part.

Ne doutez pas du plaisir que j'aurai à vous revoir après une absence courte, il est vrai, mais remplie d'événements assez intéressants.


 Milan, 23 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête :

ARTICLE 1er. - Il sera établi un fort de fortifications permanentes, casematées, capable d'être défendu par 4 on 500 hommes, sur un des cols entre le col de Tende et Sospello,, de manière que le grand chemin de Nice se trouve entièrement intercepté.
ART. 2. - Il sera établi un fort d'égale force entre le premier fort et la côte de Nice, dans la position la plus favorable et de manière que les montagnes qui dominent la ville de Nice se trouvent protégée par ledit fort, et le chemin n de Gênes à Nice intercepté.
ART. 3. - La place de Coni sera démolie; les fers et l'artillerie de cette place seront employés à l'armement de ces deux forts.
ART. 4. - La place de Monaco sera réarmée avec une partie de l'artillerie qui se trouve à Savone et qui est inutile à la défense de ce fort.
ART. 5. - La place de Ceva sera démolie; les canons et munitions de guerre seront transportés à Savone.
ART. 6. - L'enceinte de la ville de Turin et le fort de Fenestrelle seront démolis.
ART. 7. - Le château de Bard et la citadelle d'Ivrée seront démolis; l'artillerie et les munitions de guerre seront transportée dans la citadelle de Turin.
ART. 8. - Le Château de Serravalle sera démoli; l'artillerie et  les munitions de guerre seront transportées à Gavi, et de là à Gênes.
ART. 9. - Le château d'Arona sera démoli; l'artillerie et 1es munitions de guerre seront transportées à Milan.
ART. 10. - La citadelle de Milan sera démolie; l'artillerie sera employée à l'armement d'Orzinovi et d'autres places qu'il sera jugé nécessaire d'armer sur l'Oglio.
ART. 11. - Toutes les places ci-dessus désignées seront démolies de manière qu'il soit impossible de les rétablir.
ART. 12. - Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.


Milan , 23 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête:

ARTICLE 1er. - Le général en chef de l'armée française en Italie a le commandement des troupes Cisalpines et autres qui seront levées et à la solde des différents gouvernements d'Italie.
ART. 2. - Ces troupes seront spécialement employées à la police et sûreté des États qui les auront levées. Le général en chef de l'armée française pourra néanmoins s'en servir en ligne, lorsqu'il le jugera convenable.
ART. 3. Dans le cas de troubles on de désordres dans quelques contrées occupées par l'armée française, le général en chef  pourra faire lever sur ces contrées les contributions extraordinaires dont il croira devoir les punir; mais ces contributions ne pourront être levées que par ses ordres. Aucun autre officier de l'armée ne peut en établir.
ART. 4. - Les contributions extraordinaires établies par le général en chef seront versées dans la caisse du trésorier français à Milan, et seront employées, comme les autres contributions, aux dépenses de l'armée.
ART. 5. - Le ministre extraordinaire du Gouvernement  français à Milan fera remettre au général en chef, tous les cinq jours, et plus souvent s'il l'exige, le bordereau de la situation de la caisse du trésorier, et veillera à ce que les fonds en soient versés exactement, et à mesure des besoins, dans la caisse du payeur général.
ART. 6. - I)ans les cas extraordinaires et qui ne seraient pas prévus par les instructions du Gouvernement français, le ministre extraordinaire en demandera au général en chef, et se conformera à celles qu'il lui donnera.


 Milan, 23 juin 1800

ARRÊTÉ

Bonaparte, Premier Consul de la République française, arrête:

ARTICLE 1er. - Il sera levé une contribution extraordinaire de guerre de deux millions dans l'étendue de la République cisalpine. Cette taxe sera payée par les individus qui ont occupé des places à la nomination du Gouvernement autrichien, ou qui se sont notoirement montrés les partisans de ce gouvernement.
ART. 2.  - Le produit de la taxe extraordinaire de guerre est destiné à payer, à titre de gratification, un mois de solde aux officiers, sous-officiers et soldats de l'armée.
ART. 3. - Le Gouvernement provisoire de la République cisalpine
fera verser ces deux millions, dans le plus court délai, dans la caisse du trésorier français à Milan.
ART. 4. - Le général en chef de l'armée d'Italie et le ministre extraordinaire du Gouvernement français à Milan sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.


Milan, 23 juin 1800

Au peuple de Bologne

Je regrette que les devoirs de ma magistrature m'obligent à repasser les montagnes sans avoir pu revoir votre ville, pour laquelle j'ai toujours en une affection toute particulière.

J'ai appris en Afrique, avec satisfaction, que les habitants de Bologne s'étaient bien comportés lors de la retraite de l'armée française, et que sa brave garde nationale avait longtemps rivalisé de zèle et de courage avec nos troupes pour la défense de la liberté.

Si les hostilités recommencent, si les intérêts du peuple français et ceux de votre liberté l'exigeaient, les Alpes ne seront qu'un faible obstacle. Je serai au milieu de vous au moment où vous pourriez désirer.

En attendant, je vous déclare que le peuple français, content la conduite du peuple de Bologne, le prend spécialement sous protection. Je vous autorise à faire graver cette déclaration sur vos table de marbre et à la mettre sur une de vos principales places publiques.


 Milan, 23 juin 1800

BULLETIN DE L'ARMÉE D'ITALIE

Il est arrivé, à Gênes, un ambassadeur turc, venant de Livourne sur une frégate anglaise. Il a informé l'amiral Keith des événements d'Égypte et de la situation déplorable du grand vizir, qui se trouve au delà du désert.

Le général Willot et le général Danican, soldés par l'Angleterre ont envoyé huit on dix agents dans le Midi pour y organiser l'assassinat et le pillage des diligences; ces deux misérables sont aujourd'hui dans le plus grand mépris.

Le général Pichegru était aussi destiné à commander un corps qui devait être jeté en France. Il est à regretter qu'un homme qui a rendu de si grands services à la République ait déshonoré sa gloire en se mêlant à de si misérables intrigues.

Le général Suchet est arrivé devant Gênes , à Carnpo-Marone, le 30 prairial, de bonne heure. Après plusieurs pourparlers avec le général Hohenzollern, il a été signé une convention sur le mode d'exécution de celle d'Alexandrie.

Assareto, couvert du mépris que méritent les perfides, et menacé par les paysans et le peuple de Gênes, n'aura de refuge que de se rendre à bord des vaisseaux anglais : c'est le refuge de tous les traîtres.


Milan, 24 juin 1800

Au général Masséna, commandant en chef l'armée d'Italie

Vous enverrez, Citoyen Général, un parlementaire à lord Keith, à Gênes, pour lui faire connaître que, contre l'esprit de la convention arrêtée avec le général Melas, il a enlevé les canons de Gênes, et que, contre l'esprit de la capitulation faite avec vous , il a enlevé, 60,000 charges de blé, ce qu'il ne pouvait faire, étant tenu d'approvisionner la ville; que s'il ne restitue pas à Gênes les pièces de canon qu'il a enlevées, et ne fait pas rentrer les bâtiments chargés de blé qu'il en a fait sortir, vous regarderez l'article de la convention en faveur du commerce anglais, qui comprend la Toscane dans la capitulation, comme nul; et, sans faire tort au grand-duc de Toscane, vous ordonnerez à la colonne qui marche sur Lucques de se porter à Livourne, simplement pour y séquestrer tout ce qui appartient au commerce anglais ; qu'ainsi il sera responsable du dommage qui en résultera pour sa nation.


Milan, 24 juin 1800

POUR METTRE A L'ORDRE DE L'ARMÉE

En quittant l'armée, le Premier Consul l'a félicitée des victoires quelle a remportées.

La journée de Marengo sera célèbre dans l'histoire. Treize places fortes, contenant mille pièces de canon de gros calibre, sont en notre pouvoir, et nous nous trouvons en position de conclure une paix solide, ou, si l'aveuglement de nos ennemis s'y oppose, de commencer une campagne brillante et décisive pour le repos de l'Europe et la gloire de la nation. Le Premier Consul recommande aux généraux et chefs de corps de ne pas perdre de temps pour se réorganiser, afin de pouvoir entrer en campagne, si elle a lieu, avant nos ennemis.


Milan, 24 juin 1800

BULLETIN DE L'ARMÉE I)E RÉSERVE


Le 3 messidor, les Anglais ont tenté un dernier effort. Ils ont réuni tous leurs moyens et ont tenu un grand conseil. Ils avaient même gagné plusieurs officiers autrichiens et habitants de Gênes, répandant, selon leur habitude, l'or à pleines mains. Mais ils sont convaincus de leur impuissance et de leur faiblesse.

Willot voulait qu'on gardât la ville. Il se proposait d'en prendre le commandement; mais Willot ne commande qu'à des aventurier.

L'ambassadeur d'Espagne, voyant tous ces mouvements, a jugé à propos de quitter la ville et de se retirer au pont de Cornigliano, au camp français, où il a passé la nuit.

Sur le soir, Willot, Assareto, le duc d'Aoste se sont ernbarqués, et les Anglais, furieux contre les Autrichiens, ont levé l'ancre et sont sortis du port pleins de rage et de colère.

Le général Suchet a fait avec le général Hohenzollern une seconde convention , d'après laquelle la ville de Gênes a dû être remise aux troupes françaises le 5 messidor, à la pointe du jour.


Milan, 25 juin 1800

Au général Masséna, commandant en chef l'armée d'Italie

Je pars, Citoyen Général, pour me rendre à Paris. J'irai ce soir coucher à Verceil.

Berthier se rend à Turin pour organiser le Piémont. Il prendra des renseignements sur ce que ce pays peut fournir à l'armée.

Je ne sais ce que Gênes peut fournir.

La Cisalpine donnera deux millions par mois.

Je laisse ici un détachement de la garde des Consuls, à pied et à cheval, avec mes chevaux et mes bagages, afin que, si les circonstances l'exigeaient, je puisse revenir promptement, et surtout pour en imposer aux ennemis et aux Italiens. D'ici, d'ailleurs, je pourrai les diriger dans l'endroit où je croirai devoir me porter.

Mon intention est de conserver le logement que j'ai occupé, meublé tel qu'il est.

Je laisse le citoyen Lacuée, mon aide de camp, qui restera ici jusqu'au 11 ou au 12. Vous le ferez partir avec vos dépêches.

D'ici à ce temps-là, vous commencerez à connaître votre situation; vous aurez organisé votre armée.

Prévenez exactement le ministre de la guerre de la route que tiennent les différents corps qui retournent dans l'intérieur, et surtout ne perdez pas un instant à organiser votre artillerie, afin de pouvoir entrer en campagne dans quinze jours.

Faites mettre quelques pièces de canon dans le château de Brescia et à Orzinovi; ce sont des postes utiles à vos opérations.

Je ne pouvais pas vous donner une  plus grande marque de la confiance que j'ai en vous que de vous remettre le commandement de la première armée de la République, de celle qui exige la réunion des talents militaires, politiques et d'une sévère probité.


Turin, 26 juin 1800

BULLETIN DE L'ARMÉE DE RÉSERVE

L'armée de réserve et celle d'Italie ne forment plus qu'une seule et même armée sous le nom d'armée d'Italie. Le général Masséna en prend le commandement en chef.

Le général Berthier est arrivé à Turin pour organiser le gouvernement du Piémont.

Le général Suchet a occupé tous les forts de Gênes dans la journée du 4. Toute l'artillerie existe; elle a même été augmentée de quelques pièces de canon. Les anglais n'ont pu emporter que dix pièces, qui étaient sur le môle. Les troupes autrichiennes qui formaient la garnison de Gênes ont défilé le 5, à quatre heures du matin.

M. de Hohenzollern, qui commandait dans Gênes, s'est conduit avec dignité, franchise et honnêteté.

Savone et Ceva sont occupées par l'armée française.

Le Premier Consul est arrivé ici aujourd'hui. Il est descendu à la citadelle, qu'il a visitée, et est reparti sur-le-champ. Il y a trouvé des magasins immenses. Dans un seul, il y a plus de 8,000 paires de draps pour les hôpitaux. La citadelle de Turin est superbe; elle renferme plus de 300 pièces de canon.

On calcule que l'artillerie de toutes les places cédées par la convention du 27 prairial monte à plus de 2,000 pièces de canon et à plus de deux millions de poudre.


27 juin 1800

ARRÊTÉ


 Les Consuls de la République arrêtent:

ARTICLE 1er. -  Le corps du général Desaix sera transporté au couvent du grand Saint-Bernard, où il lui sera élevé un tombeau.
ART. 2. - Les noms des demi-brigades, des régiments de cavalerie, d'artillerie, ainsi que ceux des généraux et chefs de brigades seront gravés sur une table de marbre placée vis-à-vis le monument.
ART. 3. - Les ministres de l'intérieur et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.


A Joséphine (Il n'y a pas de date sur cette lettre, mais elle est écrite entre le 17 et le 24 juin)

Je suis à Milan, très enrhumé. Je ne souffre pas la pluie, et je l'au eue sur le corps pendant quelques heures; cependant cela va mieux. Je ne t'engage pas à venir ici. Je serai de retour dans un mois. J'espère que je te trouverai bien portante. Je vais partir pour Pavie et la Stradella. Nous sommes maîtres de Brescia, Crémone et Plaisance.

Mille choses tendres. Murat se comporte fort bien.

(in: Lettres de Napoléon à Joséphine - Garnier - Paris - 1906)


Lyon, 29 juin 1800

Aux Consuls de la République

J'arrive à Lyon, Citoyens Consuls. Je m'y arrête pour poser la première pierre des façades de la place Bellecour, que l'on va rétablir. Cette seule circonstance pouvait retarder mon arrivée à Paris,  mais je n'ai pas tenu à l'ambition d'accélérer le rétablissement de cette place, que j'ai vue si belle et qui est aujourd'hui si hideuse. On me fait espérer que, dans deux ans, elle sera entièrement achevée. J'espère qu'avant cette époque le commerce de cette ville, dont s'enorgueillissait l'Europe entière, aura repris sa première prospérité. (Le siège et la répression avaient détruit un partie des plus beaux quartiers de la ville de Lyon, Bellecour ressemble alors à une chantier de démolition).


Lyon, 29 juin 1800

Au citoyen Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur

Je reçois, Citoyen Ministre, votre lettre du...J'arriverai à Paris à l'improviste. Mon intention est de n'avoir ni arcs de triomphe, ni aucune espèce de cérémonie. J'ai trop bonne opinion de moi pour estimer beaucoup de pareils colifichets. Je ne connais pas d'autre triomphe que la satisfaction publique.


Lyon, 29 juin 1800

Au général Berthier, à Turin

Le général Brune, Citoyen Général, se rend à Turin. Je crois qu'il serait essentiel que vous restassiez jusqu'à son arrivée; c'est l'affaire de quatre ou cinq jours.

Faites, je vous prie, mettre en ordre la citadelle de Turin, et que les consignes soient telles qu'aucun bourgeois ne puisse y entrer.

Je pars d'ici dans une heure.


Dijon, 30 juin 1800

ALLOCUTION AUX TROUPES DE LA SECONDE LIGNE DE L'ARMÉE DE RÉSERVE.

Que les ennemis rentrent dans les lignes qu'ils occupaient après Campo-Formio, et la paix est faite; et nous croirons qu'ainsi que vous ils veulent sans délai goûter les douceurs de la paix.

Mais si l'esprit de vertige et l'ambition égarent encore leurs conseils, et s'ils continuent à refuser la paix à l'Europe, alors le Premier Consul compte sur vous, et ne doute pas que vous ne suiviez les magnanimes exemples des héros de la première ligne.

Dès ce moment, cette première ligne, réunie aux braves qui ont défendu la Ligurie, prend la dénomination d'armée d'Italie, et vous êtes maintenant armée de réserve; le Premier Consul espère que vous en soutiendrez le renom.



1er juin – 15 juin