Février 1801


Paris, 17 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Les fers de France sont inférieurs aux fers de Suède; il serait peut-être possible d'en améliorer la fabrication. Nos fers de Berry paraissent être ceux de France qu'on estime le plus. Faites voir par des gens instruits les principales forges de ce pays, pour savoir s'il n'y aurait pas des formes à leur prescrire qui tendraient à les améliorer.


 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Faites connaître, Citoyen Ministre, par un courrier extraordinaire, à l'ambassadeur de la République à Madrid, que les nouvelles d'Alger ne doivent en aucune manière retarder le départ des avisos pour l'Égypte, mais au contraire les accélérer davantage. Faites-lui connaître que je suis peu satisfait de la lenteur que l'on met dans ces expéditions; que je comptais qu'on en ferait partir deux par décade, tandis que je vois qu'il n'y en a encore qu'un seul d'expédié.

Écrivez également au citoyen Belleville que la prise du Régulus ne doit pas retarder ses expéditions pour l'Égypte.


 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Faites connaître, Citoyen Ministre, au citoyen Belleville que le Gouvernement est très-satisfait du zèle qu'il met dans la mission importante dont il est chargé; qu'il apprécie les difficultés qu'il rencontre; mais qu'il peut être assuré d'être fortement appuyé dans ses mesures. Dites-lui de faire rentrer le plus d'argent possible dans les caisses de l'armée, en faisant aux Anglais le plus de mal qu'il pourra.

La conduite indigne du Gouvernement britannique, qui vient de faire courir sur nos pêcheurs, exige que l'on montre encore plus de sévérité envers les Anglais.


 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Je désire, Citoyen Ministre, que vous voyiez M. de Saint-Marsan, que vous lui fassiez connaître mon mécontentement de la conduite et du peu de confiance du roi de Sardaigne. Vous lui direz qu'il ait à s'adresser au général Clarke, pour vous faire connaître tout ce qu'il aurait à vous communiquer. 

Vous autoriserez le général Clarke à écouter tout ce qu'il proposerait, en ne préjugeant point la question, ne donnant aucun titre à M. de Saint-Marsan et n'exigeant aucune espèce de pouvoirs.


Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Vous donnerez l'ordre, Citoyen Ministre, au résident de la République à Parme de se rendre à son poste et de partir de Paris sous 48 heures.


 Paris, 17 février 1801

DÉCISION

 Le citoyen Casimir Poitevin, chef de brigade du génie, pris, à son retour d'Égypte, avec plusieurs autres Français, par un corsaire de Tripoli et remis entre les mains d'Ali-Pacha, indique quels moyens on pourrait employer pour le délivrer ainsi que ses compagnons.Renvoyé au ministre des relations extérieures pour écrire en  mon nom, à Ali-Pacha, sur du parchemin. Le ministre enverra la lettre au général Murat, qui la fera passer par Ancône à Ali-Pacha.

Paris, 17 février 1801

DÉCISION

 L'archevêque de Milan prie le Premier Consul de lui faire rendre la nomination aux cures et aux bénéfices, et témoigne le désir de voir les choses se rétablir dans la Cisalpine sur le pied qu'elles étaient en 1796; c'est, dit-il, le seul moyen de conserver la religion
catholique dans toute sa pureté.
Renvoyé au ministre des relations extérieures pour écrire dans ce sens au Gouvernement cisalpin et au Ministre Petiet.

Paris, 17 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie d'écrire, Citoyen Ministre, au général en chef de l'armée d'Italie, que le Gouvernement est instruit que plusieurs généraux avaient exigé à Gênes des sommes exorbitantes pour dépenses secrètes; qu'il doit tenir la main à ce qu'aucun officier ne reçoive rien, de l'argent ou des présents, sous quelque prétexte que ce soit. Vous lui ordonnerez de faire faire des recherches pour connaître les commandants de place ou généraux qui auraient reçu de l'argent ou des présents.


Paris, 17 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Par les dernières nouvelles de la côte de Barbarie, il parait, Citoyen Ministre, que les dispositions des puissances barbaresques chancellent. Il est donc nécessaire que vous défendiez aux bâtiments partant de Toulon pour l'Égypte de toucher à Tunis.


Paris, 18 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Depuis, Citoyen Ministre, que les habitants du département de l'Ardèche se sont réunis avec activité aux colonnes d'éclaireurs, les brigands ont presque entièrement disparu de ce département.

Il en existe encore dans le département de la Lozère. Les habitants ne se portent pas à leur poursuite avec la même bonne volonté.

Faite s connaître aux habitants de l'Ardèche la satisfaction du Gouvernement, et son mécontentement à ceux de la Lozère.


Paris, 18 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d'écrire par un courrier extraordinaire au général Brune que je suis extrêmement mécontent de la conduite du général Clément à Livourne; que, par sa négligence, il a compromis le bâtiment le Régulus; qu'il a fait entrer dans le port de Livourne, reçu à diner et laissé plusieurs jours dans la ville des parlementaires anglais, ce qui est contre toutes les ordonnances; que j'ai vu avec peine que des généraux français oubliaient les outrages dont les Anglais n'ont cessé d'abreuver tous nos prisonniers. Le général Clément sera rappelé.


  Paris, 18 février 1801

DÉCISION

Le citoyen Lacuée propose des mesures pour contraindre à rejoindre quelques officiers qui, sous divers prétextes, refusent de se rendre aux arméesRenvoyé au citoyen Lacuée.  C'est moins de règlements nouveaux que nous avons besoin sur ces objets que de tenir la main à l'exécution de ceux qui existent.

Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J'ai lu, Citoyen Ministre, avec attention les huit observations qu vous m'avez communiquées sur l'organisation des colonies.

Les deux premières ne me paraissent contenir rien d'essentiel.

La réponse à la troisième est que le capitaine général ne doit jamais s'immiscer dans les attributions du préfet colonial, c'est-à-dire qu'il ne doit jamais administrer; et, même lorsqu'il prend l'initiative comme le premier agent du Gouvernement, il ne fait pas un acte d'administration.

La réponse à la quatrième observation est que l'ordonnateur d terre et celui de mer ne sont et ne doivent être que des officiers militaires. Ainsi, ils doivent être exclusivement sous l'autorité du capitaine général, le préfet ne devant s'occuper que du gouvernement de 1a colonie.

Quant à la cinquième observation, le ministre peut, par un arrêté spécifier les fonctions du préfet colonial. En principe général, il doit faire les fonctions de préfet des colonies.

La réponse à la sixième observation est que l'on n'a point, voulu que le commissaire de justice fût simplement un préfet de police; on a pensé qu'il était bon d'attacher ce magistrat à ce corps, pour lui inspirer d'autres idées de ses fonctions.

Je ne crois donc pas qu'il y ait rien à changer aux disposition principales de l'arrêté; mais le ministre peut, dans une circulaire détaillée, spécifier à chacun ses fonctions. Pour ce moment, le principal est qu'il soit bien constaté qu'il ne peut pas y avoir d'esclandre


 Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait

J'ai lu, Citoyen Ministre, avec attention les observations que vous m'avez envoyées, le 25 pluviôse, sur l'expédition de Saint-Domingue. Je persiste dans le grade et le titre que j'ai donnés au généra Michel, et je désire que, lorsque Toussaint apprendra qu'il est nommé capitaine général, il apprenne en même temps que le général Michel est nommé commandant des troupes.

Cependant je ne vois aucun inconvénient à ce que vous retardiez de trois on quatre mois le départ du général Michel, et que vous fassiez, en attendant, partir le préfet et l'agent destinés pour la partie espagnole de Saint-Domingue.

Puisque vous pensez que le contre-amiral Villeneuve n'est point propre à l'expédition de la partie espagnole de Saint-Domingue, faites-moi remettre les états de service du contre-amiral Cambis, que vous avez proposé. Mais surtout faites partir le plus tôt possible les expéditions pour cette colonie.


Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait

Le général Collot, Citoyen Ministre, a la confiance du Gouvernement, qui l'enverra à la Louisiane en qualité de capitaine général. Mais l'embarquement du général Collot trahirait toute espèce d'expédition. Je pense donc qu'il est nécessaire que vous me fassiez connaître ce que désire le général Collot. Il lui sera accordé un traitement extraordinaire, avec l'ordre de se rendre en Espagne et de s'y embarquer pour la Havane ou la Louisiane, ayant la simple mission de vous instruire de ce que les Anglais pourraient faire. L'ambassadeur de la République à Madrid lui fera obtenir toutes les autorisations nécessaires pour séjourner dans les colonies espagnoles, et il partirait de l'un des ports d'Espagne sur le premier bâtiment destiné pour la Havane.

Il s'agit donc de décider le général Collot à faire ce voyage, sans lui faire connaître ce à quoi il sera ultérieurement destiné.


Paris, 18 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur la légion des Francs du Nord, combien il y a de Français, combien d'étrangers, et quelle est sa force.


Paris, 19 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Le projet que vous avez présenté au Gouvernement, Citoyen Ministre sur une gazette des campagnes, me paraît pouvoir être utile sous plusieurs points de vue; mais il faudrait en fixer le prix aux municipalités, et que ce prix fût le moindre possible; car, en dernière  analyse, ce sera une nouvelle imposition sur le peuple.


 Paris, 19 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Vous ferez connaître au général Murat que vous avez reçu son armistice du 20; il est pour trente jours; il faut se prévenir dix jours d'avance. Il est donc nécessaire qu'au 10 ventôse le général Murat prévienne le général napolitain que les hostilités recommenceront à l'expiration de l'armistice, à moins que M. de Gallo, qui est attendu à Paris, ne se soit arrangé avec le Gouvernement français.

Dans tous les cas, le général Murat sera autorisé à conclure un nouvel armistice de trente jours, mais aux conditions suivantes:

1° Toutes les conditions de l'armistice du 20,  relatives aux Anglais, aux Turcs et aux Français, seront ponctuellement exécutées.
2° Tous les objets d'art qui ont été pris à Rome par les Napolitains, appartenant à l'armée française, seront restitués.
3° Une division de 12,000 hommes prendra possession de Tarente et de toute la partie de la presqu'île depuis l'embouchure de la rivière de l'Ofanto jusqu'à Minervino, et, de là , suivant la ligne passant par Gravina et suivant la rivière de Bradano jusqu'à son embouchure dans la mer.

Les forteresses de Tarente, de Gallipoli, de Brindisi , d'Otrante, et en général toutes celles qui sont situées dans cette presqu'île, seront remises avec leur artillerie au pouvoir de l'armée française.

Une autre division occupera Rieti et Aquila. Sur la communication d'Aquila à Tarente, il ne pourra être tenu aucun corps d'armée napolitain, hormis quelques postes d'infanterie ou de cavalerie pour la police du pays et la sûreté des routes.

4° Il ne pourra être démoli aucune place vu que cette occupation n'est que pour rendre plus facile la communication de l'armée d'Égypte avec la France.
5° Le roi de Naples fera payer 500,000 francs par moi. à la caisse de cette division, pour sa subsistance et sa solde, indépendamment du blé nécessaire pour la nourriture.

Si les Napolitains consentent à ces conditions, le général Murat enverra le général Soult, deux généraux de brigade, un général de brigade commandant la cavalerie, le général Dulauloy commandant l'artillerie, 24 pièces de canon et les canonniers nécessaires pour les servir, et, de plus, deux compagnies pour servir les batteries de la côte. Il y enverra les quatre demi-brigades des dépôts de l'armée d'Orient, le corps des canonniers de la marine, la 86e, jusqu'à concurrence de 71000 hommes d'infanterie, 1,000 hommes de cavalerie et 400 sapeurs. Le général Murat y enverra, également un général du génie et le nombre d'officiers nécessaire, avec l'ordre d'armer le golfe de Tarente de manière à défendre les ports et protéger les vaisseaux français qui arriveraient dans Tarente. A Aquila et à Terni, il mettra une garnison de 3 on 4,000 hommes.

Si, au contraire, les Napolitains ne veulent pas de ces conditions, le général Murat marchera sur eux par Aquila, sans passer par Rome, à moins de nécessité absolue.

Vous donnerez l'ordre au général Brune d'envoyer à l'armée d'observation du Midi un chef de brigade du génie, avec six officiers; un chef de brigade d'artillerie, avec six officiers, et trois compagnies d'artillerie à pied.

Vous recommanderez au général Murat de faire partir, chaque décade, d'Ancône, de Tarente et autres ports, un bâtiment pour l'Égypte.

Vous lui recommanderez également d'écrire à Ali, pacha de Janina, pour lui faire connaître que j'ai conservé de l'amitié pour lui, qu'il désire entrer en correspondance directe avec lui;

D'envoyer en Égypte des journaux par toutes les occasions, et surtout des boulets, des fusils et du quina.


Paris, 19 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Vous donnerez l'ordre, Citoyen Ministre, au contre-amiral Villeneuve de se rendre le plus tôt possible au quartier général de l'armée observation du Midi, à Ancône. Il suivra le quartier général, s'il n'y était plus. Il trouvera des instructions chez le général Murat.

Vous donnerez le même ordre à deux capitaines de frégate, à trois lieutenants et à cinq enseignes de vaisseau, tous connaissant l'archipel, l'Égypte et les côtes de Naples.

Vous donnerez également le même ordre à un sous-ingénieur constructeur et à quatre ou cinq officiers de l'administration.

Vous choisirez de préférence les individus qui pourront convenir général Villeneuve.


Paris, 20 février 1 801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur l'état des affaires en Suisse; d'y joindre une copie de la constitution que le Gouvernement helvétique nous a communiquée, et de me faire connaître:

1° Pourquoi le citoyen Reinhard (Charles-Frédéric Reinhard, 1761-1837, ambassadeur. Il avait été au poste de Talleyrand de  de juillet à novembre 1799. I est alors ministre plénipotentiaire en Suisse) a eu communication de cette constitution;
2° Pourquoi celui-ci l'a communiquée au Corps législatif, avec des termes désobligeants pour sa commission;
3° Pourquoi le citoyen Reinhard paraît s'entourer des anciens oligarques, dont la haine pour la République et le Gouvernement français ne peut pas être douteuse;
4° De joindre au rapport la correspondance du citoyen Reinhard et les réponses du ministère, afin que je puisse juger de la situation véritable des choses.


 Paris, 20 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d'écrire aux généraux Moreau, Augereau, Brune, Macdonald, que, lors de l'échange des ratifications, l'on arrêtera une instruction d'évacuation dans laquelle seront prévus tous les mouvements.

Ordonnez que l'on mine l'enceinte de Cassel et que l'on tienne tout prêt à faire sauter dix jours après qu'on en aurait reçu l'ordre.

Ordonnez que tous les détachements de cavalerie, d'infanterie, etc., qui seraient en marche pour joindre leurs corps en Allemagne et en Italie, restent où ils se trouvent jusqu'à ce que leurs corps prennent une position déterminée.

Donnez l'ordre au chef de bataillon Loyer, qui vient d'Égypte, de se rendre à Madrid , où il recevra ordre de l'arnbassadeur de parcourir les différents ports, afin d'accélérer le départ des bâtiments que l'on expédie d'Espagne pour l'Égypte.


Paris, 20 février 1801

PROCLAMATION A L'ARMÉE D'ORIENT

Soldats, le peuple français triomphe en Europe; son armée d'Orient ne trahira jamais ses destins! Vous défendrez contre tous cette terre, objet de tant d'espérances et fruit de tant de travaux!

Vous êtes nombreux, tous braves, tous couverts de blessures et échappés aux hasards de cent combats!

Aux Pyramides, à Sédiman, au mont Thabor, à Aboukir, à Héliopolis, vous étiez un contre dix.

Si la bravoure est la première qualité du soldat, la constance est la seconde.

A cette méprisable armée du grand vizir se joint aujourd'hui une armée européenne déshonorée en Batavie, au Ferrol, à Cadix. Elle erre depuis neuf mois sur les mers; elle prétend vous combattre en vous séduisant par ses émissaires.

Les mers d'Égypte ont été funestes à nos marins; qu'elles soient témoins de la honte et de la défaite des bataillons anglais; que tout ce qui débarquera reste mort ou captif; que les déserts de Qatyeh soient le tombeau du grand vizir, et que tant de hauts faits attestent aux siècles futurs la gloire du grand peuple, et vous méritent de nouveaux témoignages de la reconnaissance de la patrie.


 Paris, 21 février 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. - Il sera établi sur le Simplon et le mont Cenis un hospice pareil à celui qui existe sur le grand Saint-Bernard; ces hospices seront servis par dés religieux du même ordre que ceux du grand Saint-Bernard. Il ne pourra y avoir moins de quinze personnes dans chaque hospice, et les religieux seront soumis à la même discipline et tenus à observer les mêmes devoirs envers les voyageurs que ceux du grand Saint-Bernard.
ART. 2. Les hospices du grand Saint-Bernard, du Simplon et du mont Cenis ne formeront qu'une seule maison, sous les ordres du même supérieur.
ART. 3. - Chacun des Gouvernements piémontais et cisalpin dotera l'Ordre du grand Saint-Bemard de biens fonds rapportant 20,000 francs de revenus. Cet ordre entrera en jouissance de ces biens le 1er germinal prochain.
ART. 4. - Le ministre de l'intérieur de la République française fera verser dans la caisse de cet Ordre 20,000 francs dans le coura de germinal, et 20,000 francs dans le courant de messidor prochain, époque à laquelle ces deux hospices devront être en pleine activité Les sommes seront employées à la construction et établissement de ces deux hospices.
ART. 5. - Le général Turreau, chargé d'ouvrir une communication entre le Simplon et la Cisalpine, les préfets du Léman et du Mont-Blanc donneront à l'Ordre toutes les facilités nécessaires pour la construction et l'organisation de ces deux hospices.
ART. 6. - Les ministres de l'intérieur et des relations extérieures sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de f exécution du présent arrêté.


Paris, 21 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de demander au citoyen Chasseloup un rapport et un projet pour faire de Peschiera une place de première force et un projet pour détruire les fortifications de Mantoue, ce qui rendrait la salubrité à la ville;

Un projet pour construire un  petit fort à Rivoli, de manière à remplir ces deux buts: que, par une batterie, il puisse battre le chemin qui de Trente va à Vérone, et empêche l'ennemi de déboucher le long de l'Adige à Rivoli; ce fort doit être défendu par 2 ou 300 hommes;

Fermer Porto-Legnago du côté de la rivière, lui donner tout l degré de défense possible, et lui procurer spécialement des inondations;

Faire une espèce de réduit au fort de Vérone qui aboutit au vieux pont, de manière qu'il puisse contenir la population de la ville;

Faire sonder et lever le plan de la rade de Goro, et établir des batteries capables de protéger une escadre contre des forces supérieures.


Paris, 21 février 1801

Au contre-amiral Rosily(François Étienne, comte de Rosily-Mesros, 1748-1832)

Je prie le contre-amiral Rosily de faire venir cet officier chez lui, de lui demander des renseignements sur l'état actuel de tous les ports de Naples et de Sicile, et spécialement sur les ports de la presqu'île d'Otrante et depuis Ancône jusqu'à Brindisi. Je désire connaître particulièrement ceux des grands ports où une escadre pourrait être 't l'abri du temps et des forces ennemies, ceux des petits ports où des frégates peuvent entrer. Il entrera surtout dans de grands détails sur la rade de Tarente - vingt vaisseaux de guerre peuvent-ils y être en sûreté contre quarante? Le fond y est-il bon? Quels sont les défauts de la rade? Quelles sont les ressources et les fortifications de la ville? Le contre-amiral Rosily f interrogera de manière à ne pas lui laisser découvrir le principal objet de sa demande. 


Paris, 22 février 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Voici quelques observations, Citoyen Ministre, relatives au compte que vous m'avez remis ce matin sur l'état des finances de l'an VIII :

1° Au tableau no 1, je voudrais joindre une colonne intitulée: Nature des valeurs.

Ainsi, il y a, à la colonne d'Aperçu des recettes effectives, 45 millions pour l'arriéré des contributions de l'an VII et années antérieures. Si cette recette a été faite en argent, je voudrais qu'il fût spécifié, Numéraire; sinon spécifier les valeurs autres que numéraire qui auraient été reçues, en mettant la perte qu'elles ont éprouvée ou à peu près.

Je vois 145 millions provenant de l'enregistrement. Cette somme n'est certainement pas rentrée en argent.

2° A l'article Rachat de rentes, je voudrais qu'il fût dit que la perte sur cet effet a presque constamment été de 50 pour 100, etc., de manière que chacun pût lui-même faire son calcul et réduire à leur juste valeur les 585 millions.
3° En suivant toujours l'état no 1 , je voudrais mettre: Recettes extraordinaires en l'an V111 non portées au budget.

4° Après les articles Cautionnements, Congés de conscrits et Cédules, je voudrais mettre un article de l'Armée d'Orient, Armée du Rhin, Armée d'Italie. La trésorerie doit avoir les états de ces trois armées, d'après lesquels il sera facile de calculer ce qui est entré dans leurs, caisses dans le courant de l'an VIII, résultant des contributions levées dans les pays conquis et pouvant être portées Hors de compte.

Dans l'évaluation de la dette, vous devez ôter des 2I5 millions qui n'avaient pas été ordonnancés au 1er vendémiaire an IX sur le crédit de l'an VIII

1° Les recettes que les armées ont faites sur les contributions des pays conquis dans le courant de l'an VIII ;
2° Les réquisitions faites en France et dans les pays étrangers pendant le courant de l'an VIII . ce qui vous donnerait toujours vos mêmes nombres.

Vous portez 87 millions comme restant dus pour la portion d'arrérages de la dette publique dont le payement avait été promis en numéraire pour le terme antérieur au deuxième semestre de l'au VI . Ne serait-il pas plus convenable, vu que nous ne pouvons pas solder cela en numéraire, de le mettre en suspens, comme une chose à liquider à l'article de la dette? Alors notre dette arriérée ne monterait qu'à 250 millions.

Restera à voir s'il ne serait pas convenable d'affecter les 142 millions que vous avez de disponibles pour achever de solder entièrement tout l'an VIII; de consolider les 125 millions arriérés des années V, VI et VII; de laisser les 290 millions de biens nationaux, les 200 qui existent dans les quatre départements, pour doter notre instruction publique et organiser des ventes graduelles et réglées, de manière que cela puisse nous offrir une ressource de 20 millions par année, pendant les trois qui vont suivre.

Il me paraît que cette méthode aurait cet avantage, que le crédit public se trouverait rétabli, puisque l'an VIII et l'an IX se trouveraient complètement soldés, et que ce qui serait dû pour les années antérieures serait consolidé.

D'ailleurs, je ne conçois pas bien comment il vous sera possible, en affectant ces 200 millions de domaines nationaux à liquider l'arriéré, d'avoir fini dans le courant de l'an IX et même de l'an X; vous ne pourriez le faire qu'en émettant des cédules ou des rescriptions.  Nous serions donc toujours condamnés à voir les effets du Gouvernement perdre 50 et 60 pour 100 sur la place, ce qui est nécessairement destructif de tout crédit, et nous aurions le grand inconvénient d'entendre crier les individus qui ont fourni au Gouvernement actuel pendant l'an VIll.

Je désirerais que votre mémoire fût présenté au Corps législatif par un orateur du Gouvernement, pour servir de préambule à un projet de loi portant :

Que 20 millions sur l'an V, 30 millions sur l'an VI, 60 sur l'an VII, formant 110 millions, seraient consolidés;

Que les ressources provenant des recettes antérieures au ler vendémiaire an IX seraient employées à acquitter les dépenses de l'an VIII;

Qu'il serait sursis à la vente de tous les biens nationaux.

Un second projet de loi serait proposé le même jour et porterait:

1° Que 160 millions de biens nationaux seraient employés à doter l'instruction publique, et 40 millions pour les invalides, pour leur tenir lieu de ceux de leurs biens qui ont été vendus, et assurer leur entretien d'une manière spéciale;

2° Que, dans le trimestre de germinal, le Gouvernement ferait connaître la portion de biens nationaux qui, dans chaque département, se trouverait affectée à l'instruction publique;

3°, Que 120 millions de biens nationaux, pris soit dans le restant des biens nationaux en France, soit dans les quatre départements, seraient mis en vente successivement dans le cours des années X, XI et XII. Les payements seraient effectués par tiers, dans le premier trimestre desdites années, au moyen d'obligations de 1,000, de 5,000 et de 10,000 francs; ces obligations calculées de manière que le maniement par la trésorerie en soit aussi simple que celui des obligations actuelles, et assure au moins à l'État 20 millions par an, et 20 millions en tiers consolidé pour amortir la dette.

4° Prendre toutes les mesures pour que le maniement de ces obligations soit facile à la trésorerie, et dès lors avoir soin que l'intérêt soit en dedans.

En même temps, il faudrait aussi proposer des mesures pour les deux tiers mobilisés.


Paris, 22 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me remettre toutes les pièces relatives au rappel d'Otto et de me faire connaître s'il ne serait pas bien de les publier.


Paris, 22 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Il est possible, Citoyen Ministre, que la Prusse fasse occuper le pays de Hanovre par ses troupes. Je ne vois pas d'inconvénient à prendre les mesures que vous proposez dans votre lettre.


Paris, 22 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le général Brune, Citoyen Ministre, a demandé à venir à Paris; autorisez-le à s'y rendre. Il laissera le commandement de l'armée au général Moncey, le plus ancien général de division.

Écrivez-lui une lettre honnête.


Paris, 23 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J'ai lu, Citoyen Ministre, avec la plus vive émotion, l'exposé des habitants de Saint-Servan. Je le sais comme eux : la vie de 30,000 Français n'a de garantie que dans l'humanité et dans le respect du droit des gens d'un gouvernement qui paraît prendre à tâche de ne plus en respecter aucun. La paix, ou un effort extraordinaire et digne du grand peuple, est le seul espoir qui reste à ces infortunés.

Le continent est pacifié; c'est aujourd'hui aux habitants des côtes à nous prouver que l'obstacle qui nous sépare de nos ennemis n'est pas si grand qu'on ne le puisse franchir.

Laissons aux femmes et aux enfants les plaintes et les larmes; que les fils et les frères répondent par des cris de victoire aux plaintes des prisonniers.


Paris, 24 février 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Je sens vivement, Citoyen Ministre, la perte que nous venons de faire du conseiller d'État Dufresne, directeur du trésor public.

L'esprit d'ordre et la sévère probité qui le distinguaient si éminemment nous étaient encore bien nécessaires.

L'estime publique est la récompense des gens de bien. J'ai quelque consolation à penser que, du sein de l'autre vie, il sent les regrets que nous éprouvons.

Je désire que vous fassiez placer son buste dans la salle de la trésorerie.


Paris, 25 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je désire, Citoyen Ministre, que, dans la journée, l'armistice soit conclu avec le marquis de Gallo; il conclura l'armistice avec vous.

Vous direz au marquis de Gallo que l'armée française doit, dans ce moment-ci, être à Aquila; que Naples menace de se soulever; qu'il n'y a pas un instant à perdre, qu'il faut conclure dans la journée un armistice. Il faut qu'avant la nuit cet armistice soit expédié; j'ai de fortes raisons pour le désirer. Voici les conditions :

1° Les troupes françaises occuperont Rieti, Aquila, et de là suivront la rivière de Pescara jusqu'à son embouchure dans la mer, y compris la ville de Pescara.
2° L'armée française occupera la terre d'Otrante par une division de 10,000 hommes, savoir: depuis l'embouchure de l'Ofanto dans la mer Adriatique jusqu'à Minervino, et de là jusqu'à Gravina, suivant ensuite la rivière de Bradano jusqu'à son embouchure dans la mer.
3° Toutes les places situées dans cette péninsule seront remises à la disposition de l'armée française, et dans la situation où elles se trouvent.
4° Entre la division française qui entrera à Aquila et celle qui restera dans la terre d'Otrante, il ne sera tenu aucun corps de troupes napolitaines, si ce n'est quelques piquets d'infanterie ou de cavalerie pour la police du pays et la sûreté des chemins.
5° Le gouvernement civil de la province d'Otrante et d'Aquino restera aux agents civils de S. M. le roi des Deux-Siciles.
6° Il ne sera levé aucune espèce de contribution, soit en argent, soit en nature; moyennant quoi S. M. le roi des Deux-Siciles fera verser, le 1er de chaque trimestre, les blés nécessaires à la subsistance de la division pendant le trimestre, et verser, pour ce même trimestre, une somme de deux millions. Les troupes, pendant leur marche, recevront leur subsistance aux étapes.

Il sera mis embargo sur tous les bâtiments anglais, soit de guerre, soit de commerce, qui se trouvent dans les États du roi de Naples. Aucun bâtiment de cette nation ne pourra être reçu dans les ports de Sa Majesté Sicilienne; ils seront ouverts à toutes les escadres françaises, russes et espagnoles.

Je vous envoie la carte où la ligne de démarcation est tracée au carmin.


Paris,25 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Le ministre de la marine donnera l'ordre à cet officier (voir lettre du 21 février au contre-amiral Rosily) de se rendre sur-le-champ, en poste et courant nuit et jour, à Toulon, où il recevra des ordres du préfet maritime.

Le ministre de la marine lui fera donner 2,400 francs pour sa route, et lui assurera, sans titre aucun, sur les dépenses secrètes, un traitement de 400 francs par mois, qui sera augmenté selon les services qu'il rendra.


Paris, 25 février 1801, 9 heures du matin. 

Au contre-amiral Ganteaume

Je viens, Citoyen Général, de recevoir votre lettre de Toulon.

L'amiral Keith, bien loin d'être à Aboukir, comme vous le croyiez, est en Syrie et à Malte. Si donc, au lieu de donner l'éveil à l'escadre de l'amiral Warren, dont la mission est de garder Mahon, vous eussiez filé sur l'Égypte, la réussite de notre opération me paraissait immanquable.

Le général Murat est au milieu des Etats de Naples. L'armistice avec ce roi doit, à l'heure qu'il est, être signé; ainsi tous les ports de la Sicile vous sont ouverts.

Le général Murat envoie une division de 10,000 hommes pour occuper Tarente, Brindisi et tous les petits ports situés dans la presqu'île, au delà de la ligne de Tarente à Brindisi.

La flotte qui est devant Brest ne savait rien de votre départ le 18 pluviôse; on ne l'a su en Angleterre, par la frégate qui s'est engagée avec la Bravoure, que le 15.

Différents rapports, qui sont parvenus à l'amirauté, sur des vaisseaux de votre escadre aperçus isolément, ont mis la plus grande confusion dans toutes leurs idées.

Puisque vous êtes à Toulon, passez-y quelques jours, réparez-vous, et profitez du reste de la mauvaise saison pour remplir votre mission : car il faut, à tel prix que ce soit, porter des secours à l'armée d'Orient.

Si l'amiral Warren n'a que quatre vaisseaux de guerre et quelques frégates, comme tout porte à le croire, ne vous laissez pas bloquer par lui.

Il n'y a qu'une demi-heure que j'ai reçu votre lettre. Je vous expédierai demain matin un nouveau courrier.


Paris , 26 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je n'ai donné aucun ordre à Toulon, Citoyen Ministre, relativement au contre-amiral napolitain Simone. Mon intention est qu'il s'embarque sur l'escadre du contre-amiral Ganteaume, pour servir de pilote sur les côtes qu'il connaît.


Paris , 26 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me proposer dans la journée de demain, un ministre pour remplacer le Citoyen Reinhard. Le Citoyen Reinhard sera purement et simplement rappelé.


Paris , 26 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je n'ai donné aucun ordre à Toulon, Citoyen Ministre, relativement au contre-amiral napolitain Simone. Mon intention est qu'il s'embarque sur l'escadre du contre-amiral Ganteaume, pour servir de pilote sur les côtes qu'il connaît.


Paris , 27 février 1801

A l'empereur de Russie

J'ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 18 décembre; elle m'annonçait l'arrivée de M. de Kalitchef; mais, ce plénipotentiaire n'étant pas encore arrivé, je prends le parti de répondre promptement à Votre Majesté sur le contenu de sa lettre du 15 janvier.

L'arrogance et l'insolence des Anglais n'ont point d'exemple. Je vais réunir, comme Votre Majesté paraît le désirer, trois on quatre cents chaloupes canonnières dans les ports de Flandre, où je réunirai une armée. J'ai donné les ordres pour rassembler en Bretagne une armée qui pourra être embarquée sur l'escadre de Brest.

Une division de l'armée française est sur les frontières du royaume le Naples. J'ai demandé au roi des Deux-Siciles qu'il mît embargo sur tous les bâtiments anglais qui se trouvent dans les ports de ses Étais. M. le marquis de Gallo, muni de ses pleins pouvoirs, est arrivé. Je n'ai pu que lui faire témoigner ma surprise et mon mécontentement de ce que les ministres de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Angleterre se trouvaient nommés, dans ses pleins pouvoirs, comme devant traiter conjointement avec lui, tandis que les ministres de Votre Majesté n'y étaient pour rien. Avant l'échange du traité, il devra se procurer d'autres pouvoirs.

Dans la situation maritime actuelle de l'Europe, il est essentiel que le roi des Deux-Siciles sache bien qu'il ne doit la conservation de ses États qu'à la protection de Votre Majesté.

J'ai envoyé un renfort de dix vaisseaux, de Brest à Toulon, qui y sont heureusement arrivés. L'Espagne réunit une escadre à Cadix, afin que, si les circonstances se présentent, ces escadres puissent se combiné avec celle que Votre Majesté a dans la mer Noire.

Mais, pour cet effet, il me parait nécessaire de pouvoir être assuré d'un port en Sicile et d'un sur la côte de Tarente; et il n'y aura de sûreté pour les escadres qui seront dans ces ports que lorsqu'ils seront occupés par des troupes russes et françaises; c'est pourquoi je désirerais qu'il y eût garnison russe dans un des principaux ports de la Sicile et garnison française dans un des ports du golfe de Tarente.

M. le marquis de Lucchesini m'a communiqué une note du roi de Prusse par laquelle il paraît que ce prince vient enfin de faire ce que Votre Majesté et l'Europe attendaient de lui, en fermant l'Elbe et le Weser aux Anglais. Ne paraîtrait-il pas convenable à Votre Majesté, en occupant le Hanovre jusqu'à la paix générale, d'y envoyer les troupes de M. de Sprengporten, auxquelles on pourrait joindre une division de troupes françaises? Je me chargerais, dans ce cas, de leur fournir tout l'attirail de guerre dont elles pourront avoir besoin.

Si Votre Majesté tient la main à ce que les Anglais ne fassent aucun commerce avec les puissances du nord, si le corps de M. de Sprengporten se porte dans le Hanovre pour ne mettre aucune espèce de doute à la fermeture de l'Elbe et du Weser, un corps d'observation que j'ai envoyé à Bordeaux forçant le Portugal à fermer ses ports à l'Angleterre, et ceux de Naples et de la Sicile leur étant également  fermés, les Anglais n'auront aucune communication avec l'Europe. Je recommande à Votre Majesté les prisonniers français qui sont dans les bagnes de Constantinople.

Les Anglais tentent un débarquement dans l'Égypte. L'intérêt de toutes les puissances de la Méditerranée, comme de celle de la mer Noire, est que l'Égypte reste à la France. Le canal de Suez, qui joindrait les mers de l'Inde à la Méditerranée, est déjà tracé; c'est un travail facile et de peu de temps, qui peut produire des avantages incalculables au commerce russe. Si Votre Majesté est toujours dans l'opinion, qu'elle a manifestée souvent, de faire faire une partie du commerce du nord par le midi, elle peut attacher son nom à une aussi grande entreprise, qui aura tant d'influence sur la situation future du continent, en intervenant auprès de la Porte dans les affaires d'Égypte .

Dans le traité de paix qui a été conclu entre la France et l'Autriche, Votre Majesté aura vu que tout a été calculé pour pouvoir remplir tous ses désirs.

J'attends avec impatience M. de Kalitchef; dès qu'il sera arrivé, j'expédierai un officier à Votre Majesté; je la prie de donner les ordres sur la frontière pour qu'il y trouve l'autorisation nécessaire.  Je prie Votre Majesté de me croire, avec les sentiments tout particuliers qu'elle m'a inspirés, etc. 


Paris, 28 février 1801

Au Citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Donnez l'ordre, Citoyen Ministre, au Citoyen Alquier, de se rendre au quartier général du général Murat, avec les pouvoirs nécessaires pour conclure la paix avec le Plénipotentiaire du Roi des Deux Siciles. Il serait nécessaire que le Citoyen Alquier partit le 11 ventôse. (2 mars)


Paris, 28 février 1801

Au citoyen Talleyrand,  ministre des relations extérieures

Le citoyen Cacault, Citoyen Ministre, ira à Rome sans titre; il ne prendra son caractère de ministre plénipotentiaire que lorsque toutes les discussions entre la République française et le Pape seront terminées. 


Paris, 28 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire partir un courrier extra-ordinaire pour Toulon.

Vous ferez connaître au contre-amiral Ganteaume que tous les ports de Sicile et des États de Naples sont fermés aux Anglais et ouverts à nos vaisseaux;

Qu'aujourd'hui, plus que jamais, le Gouvernement met le plus grand intérêt à porter des secours en Égypte;

Qu'il doit donc faire tout ce qui est possible pour achever de remplir sa mission;

Que la Régénérée et l'Africaine sont parties de Rochefort avec ordre de se rendre à Alexandrie.

Vous lui recommanderez de tenir tout son monde à bord et de ne laisser descendre personne.

Donnez ordre an préfet maritime d'expédier de fréquents courriers pour instruire le Gouvernement des mouvements de l'escadre et pour lui donner toutes les nouvelles que l'on aurait de l'Égypte et des Anglais.


 Paris, 28 février 1801

Au citoyen Lacuée, aide de camp du Premier Consul

Vous vous rendrez, Citoyen, en toute diligence à Toulon. Vous remettrez la lettre ci-jointe au contre-amiral Ganteaume. Vous verrez tous les vaisseaux de l'escadre, ainsi que l'arsenal; vous aurez soin de vous assurer par vous-même de la force et du nombre des vaisseaux anglais qui bloqueraient le port de Toulon. S'il est moindre que celui du contre-amiral Ganteaume, vous l'engagerez à ne point se laisser bloquer par une force inférieure.

Si les circonstances décident le général Ganteaume à continuer sa mission, vous l'engagerez à prendre à Toulon le plus de troupes qu'il pourra porter. Vous verrez, à cet effet, le commandant militaire pour lever tous les obstacles, et que les troupes lui soient fournies.

Vous ferez sentir au contre-amiral Ganteaume que l'on a, en ,général, un peu blâmé sa course sur Mahon, parce qu'elle a réveillé l'attention de l'amiral Warren, dont le seul but était de défendre Mahon.

Si le contre-amiral Ganteaume se décide à achever sa mission vous resterez à Toulon quatre jours après son départ.

Si, au contraire, les nouvelles de la mer faisaient penser qu'il resterait trop longtemps, vous reviendrez à Paris, après avoir passé quinze jours à Toulon, six à Marseille, quatre à Avignon et cinq ou six à Lyon.

Vous aurez soin de me rapporter l'état de tout ce qui est embarqué sur chaque vaisseau, l'état des bâtiments et frégates expédiés de Toulon depuis le ler  vendémiaire de l'an IX, l'état de l'arsenal et des notes sur les fonctionnaires publics du pays où vous passerez, ainsi que de l'esprit qui y règne.

Vous profiterez de tous les courriers qu'expédiera le préfet maritime pour me donner des nouvelles de l'escadre, de la mer et des Anglais.

Vous encouragerez par vos discours tous les capitaines de vaisseau, en leur faisant sentir de quel immense intérêt, pour la paix générale, est leur expédition.


Paris, 28 février 1801

Au contre-amiral Ganteaume

Le citoyen Lacuée vous remettra, Citoyen Général, la copie de l'armistice conclu avec Naples; vous pourrez en dire le contenu, mais non le faire imprimer.

Je vous ai déjà mandé que j'avais vu avec peine que vous vous étiez trop approché de Mahon, et que vous ayez par là donné l'éveil à l'amiral Warren, dont la principale mission était de garder Mahon. Mais il n'est plus question actuellement que de trouver le remède.

J'attends avec impatience le retour du courrier que je vous expédié, pour savoir votre position et la force des ennemis qui vous bloquent.

Je ne doute pas que vous ne soyez convaincu que l'intérêt majeur de la République et la gloire de votre escadre consistent à remplir la mission que le Gouvernement vous a confiée. Ma confiance en vous est toujours la même. Prenez actuellement conseil de la position de l'ennemi.

Recevez mes félicitations sur la prise du Succès. Le règlement sur les prises est arrêté et sera publié demain dans le Moniteur.

Les puissances du nord, les Hollandais et nous, armons tant que nous pouvons.

Votre sortie de Brest a été trouvée belle et hardie.

Je vous salue affectueusement.


 1 février - 15 février 1801