16 - 31 Décembre 1803


Paris, 16 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire connaître la situation des fabriques de Chollet et autres communes environnantes dans la Vendée. On m'assure que les travaux ont cessé, ce qui peut porter les ouvriers des manufactures au brigandage. 


Pris, 16 décembre 1803

DÉCISION

Proposition de nommer les citoyens Cuvelier, Saraire, Cremault, Baluet et Contant à cinq emplois d'officiers dans la compagnie des guides interprètes de l'armée d7Angleterre.

Avoir l'âge et les états de service de chacun. Ils doivent avoir été en Angleterre au moins un an,  écrire et bien parler la langue anglaise. La compagnie divisée en quatre escouades. Chaque escouade sera attachée à une des armes.

DÉCISION

Demande d'une pension pour la veuve du général de brigade Laplume (noir), mort à Cadix, laissant neuf enfants. 

Le fils, âgé de vingt ans, sera employé comme lieutenant, dans le corps noir qui est à Mantoue. 
Accordé une pension de 3,000 francs à la mère.
200 francs de pension à chacun des enfants. Ceux qui sont au-dessous de quinze ans seront mis à Compiègne. Ils ne jouiront de leur pension qu'en sortant de Compiègne.-


Paris,  16 décembre 1803

A l'évêque d'Orléans (Étienne Bernier, 1762-1806. C'est lui qui a mené les négociations pour le Concordat, avec une très grande souplesse)

Monsieur  l'Évêque d'Orléans , j'ai reçu la lettre du 12 (4 décembre) que le conseiller d'État Portalis m'a remise. Je vous remercie des détails que vous me donnez sur la Vendée. J'y ai reconnu le zèle dont vous m'avez déjà donné plusieurs fois des preuves. J'ai vu avec peine la désunion qui existe entre le préfet de Maine-et-Loire et le général Girardon; mais j'ai fait connaître au préfet que mon intention était qu'ils vécussent d'accord : j'espère qu'ils s'y conformeront.

J'ai été bien aise de voir que la première opinion que je m'étais faite des troubles qui viennent d'avoir lieu était conforme à ce que vous pensiez; mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a quatre cents misérables sans feu ni lieu, mauvais sujets formés à l'impunité dans la licence des guerres civiles, et dont il serait urgent de débarrasser le pays. Je désirerais que vous pussiez m'en faire des listes, afin de pouvoir, aujourd'hui que j'ai dirigé sur ces points des forces assez considérables, les faire arrêter et les mettre hors d'état de recommencer leurs brigandages.

J'ai aussi lieu de croire que sept individus, qui ont débarqué dans l'anse du Repos, côte des Sables-d'Olonne, ont été vus au milieu de leur rassemblement. Des signaux de correspondance ont été faits entre la flotte anglaise et Saint-Hilaire et Sallertaine. Faites-moi connaître votre opinion sur les villages, curés, notables que vous croiriez capables de ces correspondances.

Il n'est pas moins vrai qu'il doit y avoir quelque accord parmi ces brigands, car depuis le 16 frimaire (8 décembre) ils se sont rapidement dissipés, de manière qu'au 20 on avait peine à en trouver des traces.


 Paris, 16 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Pourquoi y a-t-il, Citoyen Ministre, des prisonniers anglais à Bodeaux ? Les ordres que vous avez donnés pour la translation des prisonniers ne sont exécutés nulle part.


Paris, 17 décembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître au préfet de Maine-et-Loire que je vois toujours avec peine le sens forcé qu'il donne à tout; qu'il n'est permis de dire des choses de cette nature que lorsqu'on en a les preuves les plus évidentes; que je ne puis qui réitérer que mon intention est qu'il ne se fasse point le chevalier des rassemblements qui ont eu lieu; que, s'il n'y en avait qu'un, on pourrait, quoique avec beaucoup de circonspection, se livrer à un examen; que sa manière de voir est entièrement absurde, quand on considère la commotion générale de la Vendée et de la Loire-Inférieure.


Paris, 17 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Sachez, Citoyen Ministre, du citoyen Desmazières, président du collège électoral, et du citoyen Delorme, conservateur des forêts, pourquoi ils ont refusé la mission honorable de délégués du préfet pour la levée des conscrits; comment d'aussi bons citoyens ont eu moins de zèle que des émigrés nouvellement rentrés et des hommes indifférents au Gouvernement.


Paris, 17 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Nous avons, Citoyen Ministre, un grand besoin de mortiers à Boulogne, Étaples et Ambleteuse. Donnez l'ordre qu'il soit dirigé sur-le-champ sur Boulogne vingt mortiers de12 pouces à la Gomer. Vous pouvez même les tirer, s'il est nécessaire, de Metz et de Strasbourg; mais prenez des mesures pour qu'ils soient remplacés à Strasbourg par de nouvelles fontes avant le ler vendémiaire an XIII. (23 septembre 1804)

Donnez l'ordre qu'on fonde à Douai dix mortiers à la Gomer, ce qui fera trente mortiers ordinaires et à la Gomer, qui devront être rendus à Boulogne le plus tôt possible.

Les douze premiers mortiers à plaque qui seront faits auront la destination suivante :

Les quatre premiers seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rude d'Étaples;
Six autres seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rade d'Ambleteuse;
Et les deux autres, à défendre la flottille qui sera mouillée dans la rade de Wimereux.

Ordonnez que le génie, l'artillerie et la marine se concertent pour déterminer l'emplacement des batteries, en déterminant d'abord les points où pourra mouiller la flottille. Un croquis, mesuré géométriquement et sûr, sera levé, d'après les conférences qui auront eu lieu entre un général d'artillerie, un général du génie, et les commissaires de marine nommés par l'amiral, et me sera soumis pour être définitivement approuvé avant le 15 nivôse. (5 janvier 1803)

Je vous prie de faire compulser les différents états des arsenaux, pour savoir s'il y aurait moyen de procurer sur-le-champ dix affûts, soit de côte, soit de place, de 36 pour Boulogne, et trente affûts, de côte on de place, de 36 pour le Havre. Au cas qu'il n'y en ait point, faites-en mettre sur-le-champ en confection à Paris, de manière qu'ils y soient disponibles au ler pluviôse. (21 janvier 1803)


Paris, 17 décembre 1803

A l'amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, j'ai reçu votre lettre. J'imagine que vous avez fait remplacer, dans la division, les bateaux qui ont péri.

Il est nécessaire de ne jamais changer les bateaux de division; cela dérange toutes les combinaisons de la terre. Je vois dans vos états des bateaux placés dans les divisions à côté l'une de l'autre, et qui n'ont pas les troupes du même régiment.

Je désire que vous commenciez à faire entrer des bateaux dans le port d'Étaples, dont il est impossible que nous nous passions.

Donnez l'ordre que les vingt-sept premiers bateaux qui nous arrivent du Havre, soient dirigés sur Étaples, ainsi que les trois premières chaloupes et les trois premières péniches.


Paris, 17 décembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, j'ai reçu votre lettre du 22. L'approvisionnement extraordinaire d'Ostende, pour la flottille de transport, consistera spécialement en avoine et en son. Tant que les bâtiments resteront dans le port ou en rade, on les fournira de foin pour les chevaux, et la traversée n'est pas assez longue pour qu'ils puissent souffrir.

On a pourvu à l'eau-de-vie et aux autres objets. Le ministre Dejean va vous envoyer des caisses pour le biscuit. Il me paraît extraordinaire que le ministre de la marine n'ait pas pourvu aux pièces à eau, sachant le nombre d'hommes qui doivent être embarqués. Dans tous les cas, je vais m'en faire rendre compte.


 Paris, 18 décembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, vos pièces sur la Suisse. Envoyez copie de la capitulation militaire au ministre de la guerre.

Donnez des ordres pour qu'il ne soit souffert aucun enrôleur espagnol ou suisse dans le Valais. Ils débauchent nos troupes à leur passage pour l'Italie ou à leur retour.


Paris, 18 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je vous renvoie votre correspondance. J'ai remarqué le rapport du 23 frimaire du capitaine Bompart. Il dit que deux cents bâtiments peuvent rester mouillés à Étaples, en dehors, pour le moment de la partance. Il paraît que cette position est à l'abri des vents de l'est, nord-est et sud-est. Il paraît qu'elle n'est pas à l'abri des vents de l'ouest; mais, dans ce cas, la flottille qui serait mouillée pourrait rapidement remonter jusqu'à Étaples. Si je ne me trompe pas dans cet aperçu, on peut donc considérer ce mouillage comme faisant parfaitement notre affaire; puisque l'on ne peut en partir qu'avec le vent d'ouest, on ne peut courir aucun danger dans ce mouillage, puisque ce vent -st favorable pour remonter. Il me semble, du reste, qu'il avait toujours été entendu qu'un grand nombre de bâtiments pouvaient facilement remonter dans la Canche. Le seul embarras était de les faire sortir dans une marée. Il serait donc convenable de faire planter là un plus grand nombre de pieux toujours en remontant.

J'approuve la conduite du général Magon, qui a mis embargo sur le bâtiment neutre pour ne pas divulguer ses opérations.

Donnez ordre qu'on fasse la même chose partout, toutes les fois qu'une division de la flottille devrait sortir.


Paris, 19 décembre 1803

Au citoyen Régnier, ministre de la justice

Je vous renvoie votre correspondance d'aujourd'hui. Écrivez au préfet de @Maine-et-Loire qu'il y a dans son département, comme dans ceux de la Vendée et de la Loire-inférieure, un reste de sous-chefs déserteurs et gens sans aveu, habitués au crime et à la licence, qui profitent de toutes les chances qui peuvent se présenter pour se livrer à leur penchant criminel; que ce dont on doit s'occuper aujourd'hui au lieu d'employer son activité en vaines recherches, est de faire faire l'état de ces individus, des communes où ils demeurent, et qu'une fois l'état dressé on puisse les forcer à entrer dans les troupes ou à vivre ailleurs. Il y a certainement dans l'arrondissement de Beaupreau une centaine de ces brigands dont on devrait ainsi se défaire. Si le préfet de Maine-et-Loire connaît le pays et a, comme il le dit la confiance des maires, cet état sera bientôt et exactement dressé.

Demandez des états pareils dans la Vendée, la Loire-inférieure, les Deux-Sèvres. Il faut porter sur ces listes les brigands sans bien et surtout ceux étrangers au pays et qui n'y auraient été attirés que par la guerre civile.


Paris, 19 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Faites mettre en liberté le nommé Vassing, de Namur; mais, puisque le préfet veille si peu la gazette de cette ville, il est inutile qu'il y en ait.


Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter un projet d'arrêté pour faire un appel de 10,000 conscrits de l'armée de réserve, savoir :

Pour les dragons . . . . . . . . . . 5,000
Pour l'artillerie........................ 3,000
Et pour les sapeurs . . . . . . .. . 2,000

Les 5,000 hommes pour les dragons seront répartis entre les vingt régiments destinés à faire partie de l'expédition, à raison de 250 hommes par régiment,

Les 3,000 hommes pour l'artillerie sont destinés à compléter les régiments d'artillerie à pied et à cheval et les compagnies d'ouvriers, sur le pied de guerre.

Les 2,000 hommes pour les sapeurs sont destinés à renforcer les sapeurs d'autant, afin de suppléer à la mise sur le pied de guerre des deux bataillons de sapeurs et des huit compagnies de mineurs.

A cet effet, vous ferez un appel du quart de la réserve de tous les départements, hormis des suivants: Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Charente-Inférieure, Vendée, Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Manche, Calvados, Seine- Inférieure, Somme, Pas-de-Calais, Lys, Escaut, Mayenne, Orne, Sarthe, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Creuse, Lozère, Ardèche.

Je vous prie de me remettre, vendredi prochain , ce projet d'arrêté avec les tableaux.

Comme le quart de la réserve fournira probablement plus de 10,000 hommes, vous pourrez faire l'appel du reste, en l'appliquant aux régiments de cavalerie qui ont le plus besoin d'hommes, comparativement surtout aux chevaux qu'ils ont.

Je vous prie de m'apporter, également vendredi, le projet d'arrêté ci-joint, rédigé définitivement d'après ces bases. 

PROJET D'ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. - Il sera créé deux corps de vélites faisant partie de la Garde du Gouvernement.
ART. 2. - Le premier corps de vélites sera à la suite du corps des grenadiers à pied, et le second à la suite des chasseurs à pied.
Il sera composé d'une partie de la conscription de chaque année. 
ART. 3. - Chaque préfet désignera quatre conscrits, pris dans ceux de la réserve ou qui s'offriraient volontairement, des années IX, X, XI et XII.
La moitié des conscrits que fournira chaque département devra avoir la taille de cinq pieds six pouces, et l'autre moitié celle de cinq pieds deux pouces. 
ART. 4. -Si, dans la conscription des années IX, X, XI et XII, il ne se présentait pas un nombre suffisant d'hommes ayant les qualités requises, les conscrits de l'an XIII et de l'an XIV pourront être admis, pourvu qu'ils aient la taille et dix-huit ans révolus.
ART. 5. - Les vélites devront être bien constitués et avoir par eux-mêmes ou par leurs parents une haute paye assurée de 200 francs par an.
ART. 6. - Chaque corps de vélites se divise en cinq compagnies, commandées chacune par un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un sergent-major, un caporal-fourrier et le nombre de sergents et de caporaux nécessaire.
Les sous-officiers seront fournis, par détachement, par les corps de grenadiers et chasseurs.
Il y aura seulement d'ajouté de plus à la Garde quatre sergents-majors, quatre caporaux-fourriers et un adjudant-major, par les grenadiers, et autant par les chasseurs.
ART. 7. - L'administration sera la même que celle des grenadiers et des chasseurs. Ils auront le même quartier-maître et le même conseil d'administration.
Les parents verseront dans la caisse de la Garde, par trimestre, d'avance, le tiers de la haute paye des conscrits; moyennant quoi ceux-ci seront traités comme la Garde et auront la même paye.
ART. 8. - Au bout de cinq ans, ils pourront entrer dans la Garde concurremment avec les autres corps de l'armée.
ART. 9. - Un de ces corps sera caserné à Fontainebleau, et l'autre à Saint-Germain.


Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier

Je m'aperçois, Citoyen Ministre, qu'il y a des retards dans les payements à la trésorerie, qui, naturellement, ne doivent provenir que de l'infidélité des payeurs ou de leurs commis dans les départements. Le même jour que vous signez une ordonnance, il est convenable que vous en donniez avis au corps et au fournisseur en faveur de qui elle est délivrée, et que vous lui fassiez connaître que, si , à dater de trente jours de l'expédition de votre lettre, il n'était pas soldé, il ait à vous en prévenir sur-le-champ et à vous envoyer copie de la réponse du payeur, qui ne doit pas apporter une heure de retard dans le payement. Si l'ordonnance est adressée à Paris, vous devez alors le prévenir qu'il doit être payé dans les cinq jours; au défaut de quoi, vous m'en préviendrez sur-le-champ. Je désire que vous me fassiez, à tous les 30, un rapport qui me fasse connaître le numéro de l'ordonnance, le jour que vous l'avez signée et le jour où elle n'était pas payée.


Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier

Au 26 frimaire, Citoyen Ministre, on n'avait encore payé aucune gratification d'entrée en campagne, à Boulogne, ni aucune des gratifications que j'avais accordées au corps dans mon voyage, il y a six mois. Faites-moi un rapport mercredi sur cet objet. Je dois aller bientôt au camp, et il est fort désagréable que je sois exposé à entendre toujours les mêmes réclamations. 


Paris, 19 décembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, je reçois votre lettre du 26 (18 décembre); maintenez la bonne intelligence dans le pays où vous êtes.

Le payeur de Boulogne avait 200,000 francs, mis par le ministre du trésor public à ma disposition; 50,000 ont été employés par l'inspecteur aux revues Lambert; il y a donc là une somme de 150,000 francs qui, si elle y est toujours, peut vous servir. Je ne conçois pas comment les ordonnances ne sont pas payées. Faites venir le payeur; faites-vous représenter les dates de l'annonce de l'ordonnance, de l'envoi qui en a été fait pour le trésor public; sachez l'espèce de valeurs qu'il a envoyées; enfin prenez tous les renseignements convenables. Faites-moi connaître également s'il y a des ordonnances des ministres Berthier et Dejean qui ne soient pas exactement payées. Faites dresser le bordereau des numéros des ordonnances. Informez-vous du jour où le ministre les a signées, des réponses qu'ont faites les payeurs sur qui elles sont tirées, et enfin des valeurs qu'il a envoyées pour solder les ordonnances. Tous les corps de l'armée ont-ils reçu des ordonnances pour être payées ? Faites-m'en un rapport général. Prenez des renseignements.

Faites-moi connaître également tout ce que les corps ont reçu pour la gratification des capotes et souliers. Faites-moi connaître le numéro, l'époque où ils ont été payés, ce qui leur revenait, et ce qui leur est encore dû.


Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Les plaintes portées à Calais n'ont pas lieu à Dunkerque, ce qui doit être. C'est la première fois qu'il y a des officiers de marine militaire à Calais. Il faut donc, toutes les fois qu'il y a des changements de cette nature, donner des instructions pour déterminer les rapports des commandants de terre et de mer. Le commandant de Calais croirait perdre de ses prérogatives si, sans ordre, il cédait une police que ses prédécesseurs ont toujours eue.

Vous me dites que les généraux Soult et Bruix sont brouillés; je désirerais avoir des détails sur cet objet. S'ils se brouillent, c'est qu'ils le veulent, car je ne vois aucune espèce de sujet.

J'ai remarqué qu'il y avait en plusieurs discussions à Ambleteuse. Le général voulait avoir connaissance de ce qui se passait dans le port, et la marine ne voulait pas s'y prêter. Dans une expédition comme celle de la flottille, il y a besoin d'ensemble. Il vaudrait mieux que le général Legrand fût d'accord avec le capitaine du port, puisqu'il n'y a ni arsenal, ni administration, ni même de port, et que ce poste a toujours besoin de la division du général Legrand. Je ne puis qu'être satisfait du zèle que montre la marine dans cette circonstances; mais je ne puis pas l'être du défaut d'organisation qu'il y a dans quelques points; et des bévues comme celles qui ont lieu chaque jour dans les petits ports, d'où on laisse sortir les neutres quand il y a des flottilles en appareillage, sont inconcevables. Cela n'arrive point dans les grands ports sans doute.
En général, la Loire doit être un objet d'attention toute particulière. Faites prendre des renseignements sur la manière dont la police se fait pour l'entrée et la sortie de cette rivière. Les armes sont fournies par là aux Vendéens. Je suis fâché que vous vous soyez mis en colère contre moi; mais enfin, une fois la colère passée, il n'en reste plus rien; j'espère donc que vous ne m'en gardez point de rancune. Dans une affaire de la nature de cette expédition, soyez persuadé que, s'il y a lutte, c'est que vous avez quelque chose à ordonner, vu que le protocole ordinaire est insuffisant.


Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Il y a à Toulon, Citoyen Ministre, quatre vaisseaux,le Neptune, l'Atlas, le Berwick et l'indomptable, qui, à ce qu'il paraît, ne peuvent faire partie de l'expédition; ainsi l'on ne doit point considérer Toulon comme ayant un besoin urgent de canons. Je pense donc qu'il faut faire partir le plus tôt possible tous les canons qui sont au Creusot pour Paris, et qu'il serait convenable d'envoyer cet ordre par un officier de marine, qui restera là jusqu'à ce que tous les canons soient partis. Ces canons seront dirigés sur le Havre. Ordonnez au Havre que les pièces de 18 qui arrivent soient mises en batterie, en remplacement des pièces de 24 qu'on en retirerait, car c'est surtout des pièces de 24 qu'il nous faut pour la flottille.


 Paris, 19 décembre 1803

A l'amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois la lettre par laquelle vous m'annoncez l'arrivée de quarante voiles qui étaient mouillées dans la Somme.

Je reçois aussi le procès-verbal de la visite faite au paquebot le Prince-de-Galles.Vous pouvez le faire installer tel que vous l'avez projeté, en y faisant placer les meubles et l'établissant comme pour le passage. Je m'en servirai pour le passage de ma maison; dès qu'il sera arrangé, faites-le remettre aux matelots de la Garde. Faites arranger les trois autres comme vous le jugerez convenable. Ils seront destinés au passage des personnes non militaires qui doivent me suivre. Si vous pouvez y faire mettre un obusier sans inconvénient, faites-le mettre; alors on se passera des chevaux, qu'on mettra ailleurs.

Quant à la flottille de transport, il paraît que le grand objet ce sont les chevaux. Je voudrais que vous ordonnassiez que tous les bâtiments de la flottille de transport qui sont dans le bassin soient classés de la manière suivante :

1° Tout ce qui est destiné à l'artillerie, soit pour écuries, soit pour transport du gros matériel, dans un emplacement séparé;
2° Tous les bâtiments destinés pour les écuries de la cavalerie, dans un second local;
3° Tous les bâtiments de grande pêche destinés aux différents transports, dans un troisième local;
4° Dans un quatrième local, tous les bâtiments de petite pêche, et, dans un cinquième local, tous les bâtiments de moyenne pêche.


Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Ver Huell

Citoyen Amiral Ver Huell, je reçois votre lettre du 23 (15 décembre). J'ai vu avec peine, dans votre précédente, le retard que nous éprouverons. J'ai ordonné qu'on eût sur cet objet une explication avec Schimmelpenninck. Continuez à le presser le plus possible. Les canaux peuvent geler 'un moment à l'autre et s'opposer à la réunion de tous nos bâtiments à Flessingue. Achetez des bateaux baleiniers le plus que vous pourrez; j'imagine que vous les achetez avec leurs avirons.

Dans la première quinzaine de nivôse, je serai probablement à Flessingue. Faites installer toutes les chaloupes qui arrivent le 24, et veillez à ce que les écuries et transports partent et y soient rendus. J'ai une frégate à Helvoet-sluys que vous devez faire venir à Flessingue; je ne sais si les difficultés de saison où nous nous trouvons le permettront. Enfin le temps presse, la saison s'avance, et faites sentir à la Hollande que je ne désire que l'exécution d'un traité solennel. Vous avez vu dans les journaux qu'on a pris une frégate anglaise neuve. Nos divisions de chaloupes et bateaux sont en marche de tout côté. Il y a déjà à Boulogne plus du double de bâtiments que nous y avons vus.

Envoyez-moi l'état bien dressé de toutes les chaloupes, bateaux baleiniers, canonnières, écuries, bateaux de transport qui sont en rade de Flessingue prêts à appareiller.


Paris, 20 décembre 1803

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Renvoyez ce rapport à une commission de conseillers d'État, composée des citoyens Bigot-Préameneu, Jollivet et Laumond, pour me présenter un projet d'arrêté fondé sur ce principe .

(Il s'agit du rapport sur des biens situés en France, appartenant à des Maisons princières d'Allemagne et séquestrés avant le traité de Lunéville, par le Gouvernement français en guerre avec l'Empire.)

1° Les biens des électeurs de Bavière, de Bade, de Wurtemberg, de Hesse-Cassel, du landgrave de Hesse-Darmstadt, sont définitivement réunis au domaine national et mis en vente comme les autres biens nationaux.
2° Les biens médiats et immédiats de toutes les familles qui ont été pleinement indemnisées (on nommera les familles) sont également réunis au domaine;
Idem de tous ceux qui ont été indemnisés partiellement;
Idem de tous les comtes d'Empire qui n'auront reçu aucune indemnité, vu que les stipulations de Ratisbonne leur en accordent en principe;
Idem, des biens appartenant aux familles désignées dans la sixième liasse (on nommera les familles) qui, étant membres de la noblesse immédiate de l'Empire et résidant en France avant la révolution, l'ont abandonnée pendant la guerre.
6° Les biens des individus désignés dans la cinquième liasse, qui ne sont ni princes ni États d'Empire, seront dégagés du séquestre et rendus aux propriétaires.

Dans les séquestres levés, la commission distinguera les biens des individus dont le séquestre aura été levé en considération desdits principes, de ceux dont le séquestre aurait été levé par d'autre autorité que par celle du Gouvernement. Les biens de ceux-là seront susceptibles d'être remis sous le séquestre.

Vous trouverez ci-joint toutes les pièces relatives à ce travail. La commission pourra s'entendre avec l'administrateur de l'enregistrement qui a été envoyé dans les départements du Rhin, et avec le citoyen Mathieu, des relations extérieures.

Il faut s'assurer que tous les membres de l'Empire sont compris dans ce travail, afin de terminer d'une seule fois tous ces objets.   


Paris, 20 décembre 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

Par la lettre du général Bertrand, il vous aura été facile de voir que c'était le génie militaire qui était chargé du port de Wimereux, et qu'il n'a rien de commun avec le port de Boulogne, fait par le génie maritime.

Le général Bertrand cite l'ordonnance qui devait être payée le  8 frimaire, et que le payeur lui a déclaré ne devoir être payée qu'en nivôse.

Un retard de solde de 500 francs, sur 3 millions, ne donnerait lieu à aucune réclamation; mais je me plains, moi, de ce que le ler de hussards n'a rien reçu depuis le 1er vendémiaire jusqu'au 18 frimaire, voilà pour la 13° division militaire; pour la 10e division, de ce que la 3e légère et la 7e n'avaient rien reçu du ler vendémiaire au 15 frimaire, jour des réclamations. Voila pour ce qu est relatif à la solde.

Quant aux gratifications de campagne, la réponse n'est pas plus satisfaisante. Les ordonnances doivent contenir le nom des corps. Faites-moi donc connaître les ordonnances expédiées depuis le ler frimaire; aucune de celles que le ministre a expédiées n'était payée au 26 frimaire.

Les lettres du quartier-maître de la 26e légère constatent que le payeur de la 2e division a déclaré qu'il n'avait idée aucune ordonnance pour ce corps.

La lecture des rapports qui vous sont faits m'a fait faire l'observation qu'une ordonnance signée le 13 frimaire, par le ministre d la guerre, a été visée, le 16, au trésor public, et qu'au 28 frimaire les fonds n'en étaient pas encore faits. Il est impossible de calculé aucune opération militaire sans ces deux clauses :

1° Que le ministre du trésor public soit tenu à viser et envoyer l'ordonnance dans les cinq jours de la signature du ministre;
2° Que, dans le mois, l'ordonnance soit acquittée; ce qui ne veut pas dire que le ministre a envoyé les fonds, mais que le trentième jour l'argent numéraire est dans les mains du payeur de l'ordonnance. Il ne paraît pas que vous l'entendiez ainsi au trésor public.

Je vous prie donc de me faire rendre compte pourquoi le ler hussards (13e division) a été trois mois sans recevoir de solde; pourquoi la 3e légère et la 70e (10e division) ont été trois mois sans recevoir leur solde : ceci est évidemment la faute du payeur, puisqu'il est impossible que le trésor public n'ait pas envoyé les fonds; et tous les corps y auraient participé, et on n'aurait élevé aucune plainte, (car ces régiments sont restés trois mois faisant la solde avec leurs fonds, sans porter aucune plainte). Enfin il est convenable de savoir pourquoi le payeur de la 16e division a dit qu'il n'avait reçu aucun ordre pour payer la 96e légère.

Je désire avoir les bordereaux des ordonnances que les ministres de la guerre, de la marine et de l'administration de la guerre ont  envoyées au trésor public dans les vingt-cinq premiers jours de frimaire, et dont les fonds n'étaient pas encore faits au 28 frimaire.

Du reste, de toutes les plaintes qui reviennent il résulte que les payeurs payent mal volontiers, gardent l'argent le plus qu'ils peuvent, et font même souffrir le service; joint à cela, je crois qu'il y a trop fréquemment des rescriptions de l'agence protestées. 


Paris, 21 décembre 1803

DÉCISION

lettre du commissaire général sur l'approvisionnement de fourrages pour  l'expédition d'Angleterre. Le général en
chef du camp de Bruges a ordonné de s'assurer de 50,000 bottes de foin et de 40,000 boisseaux d'avoine. On demande quelles sont les intentions du Gouvernement à cet égard. 

Écrire qu'il n'y a pas besoin de foin pour le passage; que le zèle du général est louable, mais que l'objet était trop important pour qu'on l'eût oublié. Il y aura 100,000 boisseaux d'avoine et autant de son. 


 Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire connaître qui a donné l'autorisation au beau-fils de M. Livingston de partir de Dieppe pour l'Angleterre. 


Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Régnier

La lettre de Nardon (préfet d Maine-et-Loire), du 26 (18 décembre), est extrêmement importante. La police secrète est à même d'avoir des renseignements. On peut en écrire au général Lemarois, qui a de l'adresse et de la discrétion, en lui recommandant de ne rien dire et de surveiller ces individus.

Écrivez au citoyen Nardon que, si on m'arrête Préjean, je ferai donner 24,000 francs, et que je considérerai cela comme un véritable service.  


Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Je vous prie de me faire connaître si vous êtes en mesure de me donner l'état des gardes champêtres par canton, ainsi que l'état des gardes municipaux.   


Paris, 22 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me proposer un projet d'arrêté rédigé d'après ces bases :

Il y aura dans chaque bataillon de régiments d'infanterie légère une compagnie appelée compagnie à cheval, ou compagnie d'expédition ou compagnie de partisans, ou tout autre nom analogue.

Cette compagnie sera toujours la troisième du bataillon, en comptant la compagnie de grenadiers pour la première.

Elle sera composée d'hommes bien constitués, vigoureux, mais de plus petite taille. Aucun sous-officier ni soldat ne pourra avoir plus de 4 pieds 11 pouces; les officiers ne pourront pas avoir delà de 5 pieds.

Elle sera armée de fusils plus légers que ceux des dragons, et exercée au tir. Les officiers et sous-officiers seront armés de carabine rayées.

Les hommes de ces compagnies seront exercés à suivre la cavalerie au trot, en se tenant tantôt à la botte du cavalier et tantôt à la queue du cheval, à monter lestement et d'un saut en croupe cavalier, de manière à pouvoir être ainsi rapidement transportés par la cavalerie.

Ces compagnies seront toujours complétées et entretenues su pied de guerre. Le nombre d'hommes d'ailleurs entrera dans le complet du régiment.

Ces principes une fois adoptés, il restera à former ces compagnies. Tous les sous-officiers et soldats d'infanterie légère qui auront moins de 4 pieds 11 pouces y seraient admis, et il serait fait un appel de 6,000 hommes dans la conscription des années IX, X et XII. Ces hommes seraient pris parmi ceux ayant été exempté la conscription par défaut de faille.

Faites-moi un projet sur ces bases.


Paris, 22 décembre 1803

Au général Berthier

Je désire, Citoyen Ministre, que vous considériez les cuirassiers, les dragons et les hussards comme formant trois armes différentes, et que vous ne me proposiez jamais des officiers de ces corps pour passer d'une arme dans une autre.


Paris, 22 décembre 1803

Au général Soult

Citoyen Général Soult, je reçois votre lettre avec le plan d'Étaples. J'aurais voulu qu'on y eût joint le plan de la rade; je le demande à l'amiral. L'événement de la prise d'un bateau canonnier est un malheur. Jusqu'à cette heure, nos pertes ne se sont pas montées au dixième de ce que j'avais calculé; cependant je ne sais comment un petit brick a pu s'emparer de ce bateau, où il y avait 25 hommes et un gros canon.

Je vous prie de me faire connaître si l'atelier de l'artillerie de terre destiné à la réparation des bâtiments destinés à l'artillerie est en train. J'ai ordonné que tous les pontonniers s'y rendissent. Faites-moi connaître le nombre de bâtiments qu'ils ont déjà installés et le degré d'activité qu'a cet atelier.


 Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Monge, en mission à Liège

Citoyen Sénateur Monge, nous sommes au ler nivôse, et vous ne me dites rien. Je ne sais ce que fait Perrier, mais, si je ne m'étais fié que sur sa promesse, je me trouverais étrangement embarrassé. C'est dans les premiers jours de fructidor que je lui ai parlé, et je n'ai pas encore un canon. Je ne puis qu'être peu satisfait de sa conduite, ce n'était point de grands établissements qu'il me fallait, mais des canons au 15 vendémiaire.

Il ne me reste donc plus actuellement qu'à savoir quand se fondra le premier canon, combien j'en aurai au 15 nivôse et aux ler et 15 pluviôse. Vous sentez que tout ce que j'aurais au delà ne serait probablement pas d'une grande utilité pour mon expédition.

Quant aux chaloupes canonnières, faites qu'on en achève tout de suite trois avant les glaces, puisqu'on n'en peut mener neuf de front, et qu'on les fasse partir pour Anvers avant les glaces. 


Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Portalis

Écrivez à l'évêque d'Orléans pour lui demander des renseignements sur le nommé Lecocq, et savoir quelle espèce d'homme c'est. Lui dire que je crois Préjean dans l'Ouest; qu'il voie s'il ne peut pas le faire arrêter. 


Paris, 22 décembre 1803

A l'amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre du 28 frimaire, par laquelle vous m'annoncez l'arrivée de six bateaux et de trois péniches et la prise du bateau no 436; il paraît que l'imbécile de patron qui le commandait ne savait pas faire son point. J'y ai vu avec plaisir que, par l'activité des batteries mobiles, les cinq boots qui s'étaient échoués ont été sauvés.

Marmont m'assure qu'il a envoyé soixante ouvriers d'artillerie pour organiser son atelier à Boulogne, et qu'il y dirige un bataillon de 600 hommes, dans lequel se trouvent cent ouvriers et autant de calfats. Il est donc convenable que vous donniez à l'artillerie tout les bâtiments qui doivent lui servir, afin qu'elle ne perde pas un jour à les installer. Faites-moi connaître le nombre de ceux que vous avez donnés, ainsi que l'état des travaux que fera, tous les jours, l'artillerie.

Je pense que les boots et bâtiments qui peuvent porter plus de 15 ou 16 chevaux peuvent être sur-le-champ remis à l'artillerie, en ayant soin de garder, pour le service de l'écurie, tous les bâtiment installés, et de donner à l'artillerie tous ceux à installer, vu qu'elle a un grand nombre d'ouvriers et des moyens considérables.

Je désirerais avoir le plan des rades d'Étaples, de Wimereux et d'Ambleteuse, et connaître précisément les distances où doivent mouiller les divisions de la Flottille qui sont dans ces ports, afin qu'on voie par là le degré de protection que la terre peut leur donner.   

Les ordres donnés d'arrimer les chaloupes en belle ont fait plaisir sur la côte. (une bouche à feu est dite pointée en belle lorsque la pièce est placée droit au milieu du sabord. On dit indifféremment "tir en belle" ou "tir direct". - Merci à Jean-Marc van Hill)

Je vous prie de me faire connaître comment le bateau n°436 a été pris, et s'il a fait la résistance convenable. 


Paris, 23 décembre 1803

Au citoyen Talleyrand

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire faire un précis des campagnes qui ont eu lien lors de la guerre de 1790 entre Gustave III et les Russes. 


Paris, 23 décembre 1803

Au citoyen Maret, conseiller d'État

Le Premier Consul prie le Citoyen Maret de faire rechercher dans les archives du Gouvernement tout ce qu'il y aurait de la main de d'Entraigues, et, entre autres choses, les papiers contenus dans le portefeuille que le général Bonaparte a envoyé quelque temps avant le 18 fructidor. 


Paris, 24 décembre 1803

DÉCISION

Rapport du ministre de la guerre sur une note remise au citoyen Reinhard par le ministre de Prusse à Hambourg,
demandant le libre passage, par le Hanovre, des marchandises expédiées de Brême, soit par terre, soit par eau, pour les Provinces prussiennes de Westphalie. 

Répondre au général Mortier qu'il est d'abord nécessaire de trainer en longueur, jusqu'à ce qu'il ait reçu des ordres du Gouvernement; et d'ailleurs on est trop sage en Prusse pour ne pas sentir que le général Mortier ne peut prendre sur lui une chose de cette nature sans un ordre du cabinet.


Paris, 25 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, votre correspondance de l'Ouest. Écrivez au général Gouvion qu'il faut faire des exemples; qu'il pense qu'il doit tomber sur au moins une centaine d'individus, car il y avait bien cent coupables. Les chefs doivent être jugés à mort par la commission militaire et exécutés. Les autres, qui n'ont été qu'égarés, quoique d'ailleurs la sévérité des lois les condamne à mort seront envoyés, par ordre de la commission, à Luxembourg, être employés aux travaux. L'humanité et la sûreté publique veut qu'il y ait des exemples.


 Paris, 25 décembre 1803

Au général Pino, commandant la division italienne à Saint-Omer

Citoyen Pino, Général de division, j'ai pris une grande part au malheur qui vous est arrivé; tranquillisez-vous. Vous avez le temps de vous guérir, et songez que tous les mouvements que ferez pour marcher par impatience retarderont voire guérison de quinze jours.

J'imagine que vous avez appelé de Lyon ou Genève un bon chirurgien. Le général Teulié prendra le commandement de la division, jusqu'à ce que vous soyez guéri. Tâchez de l'être dans pluviôse.


Paris, 25 décembre 1803

Au général Teulié

Citoyen Teulié, Général commandant la division italienne faisant partie du camp de réserve, j'ai reçu votre lettre du 1er nivôse. J'ai appris avec plaisir que vous êtes satisfait de la conduite de la division.

Les troupes italiennes doivent l'exemple du bon ordre, afin donner aucun prétexte à la malveillance et soutenir l'honneur du nom italien.


Paris, 26 décembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Le Journal des Débats a imprimé un article daté des bords du Mein, dans sa feuille du 4 nivôse, et un autre de Hambourg. Je désire savoir d'où il tient ces articles et qui le paye pour alarmer la nation et être l'écho des nouvelles que l'Angleterre veut répandre. Ordonnez-lui de démentir, d'une manière convenable, ces faux bruits. Je ne suis pas plus content de la politique du Mercure. Je désire savoir si les frères Bertin, qui ont été constamment payés par les Anglais, ont l'entreprise des Débatset du Mercure. Ne leur cachez pas que c'est la dernière fois que je leur fais connaître mon mécontentement, et que, s'ils suivent cette direction de chercher à alarmer la nation, d'être l'écho des intrigues anglaises, ils n'apprendront le mécontentement du Gouvernement que par la suppression de leur feuille; que je sais à quoi m'en tenir; que les frères Bertin sont toujours payés par l'Angleterre, et que l'esprit de leurs articles me le persuade; que mon intention est de ne laisser subsister de journaux que ceux qui animeraient la nation contre les Anglais, l'encourageraient à supporter avec courage les vicissitudes de la guerre; que la raison qu'ils peuvent donner qu'ils reçoivent ces articles de leurs correspondants est absurde; qu'on sait bien que les Anglais tiennent à Hambourg un dépôt de bulletins pour alarmer l'Europe.

Demandez des renseignements au préfet de la Seine-inférieure sur un nommé Deslongs, qu'on suppose être l'espion des Anglais.

Donnez ordre à l'abbé Soyer de se rendre à Paris.


Paris, 26 décembre 1803

Au citoyen Talleyrand

Les propositions du citoyen Reinhard, Citoyen Ministre, sont inadmissibles. Le Gouvernement est maître d'envoyer qui lui plaît sans devoir en instruire qui que ce soit. Colleville a été, à ce qu'il paraît, employé par le citoyen Reinhard comme espion; il l'est aujourd'hui par le grand juge, et sa mission n'a rien de commun avec les fonctions patentes, diplomatiques et importantes du citoyen Reinhard. La conduite du citoyen Reinhard est simple. S'il suppose que Colleville est un espion envoyé à Hambourg, qu'il ne le voie point, afin de ne pas accréditer par ses liaisons l'individu; et, quand il lui reviendrait quelque chose sur des Français à Hambourg, il doit en donner franchement avis aux relations extérieures.

Dans une ville comme Hambourg, la police doit avoir non un espion, mais dix. Ces espions ne sont pas des agents du Gouvernement, ne sont pas des fonctionnaires publics, ne sont pas même à la rigueur chargés de missions : ce sont des hommes qui sont là comme Français, qu'on paye comme l'on veut, et qui écrivent ce qu'ils veulent. Le citoyen Reinhard a eu tort de se compromettre avec Colleville en l'envoyant chercher. Il devait écrire au ministre ce qu'il savait de cet individu, et s'en tenir là.

Le nommé Grémion, gendre de Thauvenay, est à Hambourg correspondant du comte de Lille. Écrivez pour le faire chasser.


Paris, 26 décembre 1803

Au général Berthier

Je vous renvoie votre correspondance, Citoyen Ministre. Écri vez au général Dufresse, commandant dans le département des Deux Sèvres, que la commission militaire qui est à Bressuire doit se pénétrer de l'importance des circonstances; qu'un bon exemple est nécessaire, et que la condamnation à mort des brigands qui ont voulu soulever les conscrits épargnera bien du sang dans une autre circonstance; qu'en général tout ce qui serait traduit devant la commission militaire et ne mériterait pas la mort, mais serait suspecté d'avoir pris part aux rassemblements, doit être retenu dans quelque forteresse, afin d'être hors d'état de nuire; que je compte sur son zèle et sur son attachement à la patrie et à moi.


Paris, 26 décembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, je reçois votre lettre du 30 frimaire (22 décembre). J'avais appris par les papiers publics le petit combat qui a eu entre l'artillerie légère et les ennemis. Les troupes ont montré l'activité convenable. Aucun bâtiment qui se jette à la côte ne doit être pris.


Paris, 26 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

J'apprends que, malgré les ordres réitérés et directs que j'ai donnés pour qu'il ne fût point formé de voûte au fort du musoir, l'ingénieur n'a pas tenu compte de mes ordres et a continué tous les préparatifs; et, par une lettre du ler nivôse, le général Soult me fait connaître que la charpente est prête, et sollicite des ordres pour continuer son projet. Faites connaître mon mécontentement à l'ingénieur; que, si cette voûte existait, je l'aurais fait démolir; que ce qui aurait été fait contradictoirement à l'ordre que j'ai donné lors de mon voyage à Boulogne sera aux frais de l'ingénieur et payé par lui. Vous ferez connaître que mon intention est qu'on suive, ponctuellement l'ordre que j'ai donné. 


Paris, 27 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Citoyen Ministre, écrivez aux différents préfets des départements des côtes et au préfet de police de Paris, pour leur donner l'ordre positif qu'à dater du 20 nivôse (11 janvier 1804), sous quelque prétexte que ce soit, on n'insère dans les journaux aucune nouvelle de mer, surtout rien qui puisse faire connaître les différents mouvements qui peuvent s'opérer sur nos côtes et dans nos ports.

Vous leur ferez sentir que cette prohibition est de rigueur, et que ceux qui s'en écarteraient seraient sévèrement punis; que le Gouvernement, qui n'a pas vu d'inconvénient, jusqu'ici, à laisser connaître les mouvements des flottilles et escadres françaises, en verrait désormais beaucoup à ce qu'ils fussent précisément connus. Écrivez également aux différents préfets de police et maires des villes maritimes. La Gazette de Bruxelles est une de celles qui doit être prévenue le plus sévèrement sur cet objet.


Paris, 27 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Répondez au citoyen Lamagdelaine (Préfet de l'Orne) qu'il serait convenable de faire une note d'une trentaine d'individus sans aveu qui auraient trempé dans les guerres civiles, et dont on débarasserait le département.


Paris, 27 décembre 1803

Au général Berthier

Je partage, Citoyen Ministre, l'opinion du colonel Lahoussaye. Donnez ordre au directeur d'artillerie de Cherbourg de faire établir deux nouvelles batteries de pièces de 36, s'il y en a à Cherbourg, pour protéger le passage du cap la Hague. Elles seront placées sur les points qui seront désignés par le colonel Lahoussaye et le colonel d'artillerie. Il serait convenable que le quartier-maître des garde côtes se tînt à Cherbourg au lieu de se tenir à Caen, si vous n'y trouvez pas d'inconvénient.


Paris, 27 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Dans les ports de Rignéville et de Dielette, il y a une grande quantité de bâtiments qui, depuis deux mois, ont eu cent occasions de sortir, et n'en ont pas profité; indépendamment des opérations militaires que cela retarde, cela a l'inconvénient extrême de fatiguer extrêmement la garnison. Je pense qu'une mission extraordinaire qu'on donnerait au général Latouche de se rendre à Saint-Malo, d'accélérer les armements, constructions et le départ des bâtiments de ce port, et de faire une inspection extraordinaire pour accélérer départ jusqu'à Caen, pourrait être utile. Il serait peut-être utile qu'il commençât par Caen, ou qu'il pût séjourner une quinzaine à Saint-Malo, qui va bien lentement.

Je vous renvoie le rapport des grenadiers qui ont été pris dans rade des Sables.


Paris, 28 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur

Répondez à M. de Rumford que je verrai avec intérêt son établissement en France; qu'il doit être certain d'y trouver non-seulement la protection des lois, mais même toute la faveur de l'administration.


Paris, 28 décembre 1803

Au général Berthier

On se plaint, Citoyen Ministre, du général Lacombe Saint-Michel dans la République italienne .

1° Pour avoir laissé sans défense la rade de Goro et les chaloupes canonnières qui étaient dans cette rade, de manière que les Anglais ont pu s'emparer des bâtiments de commerce qui s'y trouvaient;

2° De ce qu'il ne tient aucun compte du corps d'artillerie italien, et ne cherche qu'à décourager les officiers;

3° De ce que l'arrêté qui met à la disposition de la République italienne quatre millions de vieille artillerie n'est pas encore exécuté.

Faites-moi un rapport sur ces différents objets.


Paris, 28 décembre 1803

Au général Caffarelli

Citoyen Général Caffarelli, Aide de camp, dès l'instant que vous aurez pris tous les renseignements convenables sur la situation de la légion piémontaise, et que vous aurez la certitude de la prompte formation de cette légion, vous vous rendrez à Alexandrie. Vous verrez en détail les travaux qu'on y fait, de manière à pouvoir m'en rendre compte, ouvrage par ouvrage. Vous visiterez le camp de vétérans, et vous verrez ce qui s'oppose à ce qu'il soit promptement formé. De là vous vous rendrez à Paris, en passant par le Simplon. Vous prendrez note de la situation de cette route.


Paris, 28 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Je vous renvoie votre correspondance, Citoyen Ministre. Je ne puis approuver la lettre du général Ganteaume au général Cervoni. Sans lui dire quand l'escadre devait partir, il devait seulement l'engager à faire cantonner les troupes aux environs de Toulon. Écrivez-lui-en dans ce sens.

Je désirerais avoir un petit état de la flottille de transport, avec la note de ce qu'elle nous coûte, et de ce qui a été payé.


Paris, 28 décembre 1803

A l'amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, j'ai reçu votre lettre du 5. J'ai lu a grand intérêt l'interrogatoire que vous avez fait subir à l'équipage  anglais. J'approuve toutes les expéditions que vous ferez, ayant pour but de prendre des renseignements de ce qui se fait en Angleterre. Je désirerais savoir positivement quel est le nombre des vaisseaux de guerre de 74 ou 80 mouillés constamment dans la rade des Dunes. Il me semble qu'il ne devrait pas être difficile d'avoir constamment des renseignements sur cet objet. J'y attache cependant une très grande importance. Dites-moi tout ce que vous apprendrez là-dessus.

Nous avons eu ici un violent ouragan qui a brisé les toits et beaucoup de dommages. J'imagine qu'il y aura eu beaucoup d'évènements sur mer. L'ouragan paraît être sud-ouest. J'espère que flottille n'aura point éprouvé d'accident à Boulogne.


Paris, 29 décembre 1803

Au consul Cambacérès

Je pars demain, Citoyen Consul, à six heures du matin pour Boulogne (Le voyage à Boulogne va durer du 30 décembre au 6 janvier 1804). Je serai ici pour l'ouverture du Corps législatif.

Discutez samedi au Conseil d'État la loi sur les boissons, afin de préparer seulement les idées. Vous ferez également tous les préparatifs pour l'ouverture du Corps législatif, comme à l'ordinaire.

Écrivez-moi tous les soirs.


Paris, 29 décembre 1803

Au contre-amiral Ganteaume, préfet maritime à Toulon

Il devient, Citoyen Général, de la plus haute importance que l'escadre, composée de sept vaisseaux et cinq ou six frégates, parte de Toulon le 25 nivôse (16 janvier 1804) au plus tard, et le Premier Consul m'a même autorisé à vous faire connaître sa destination et les motifs qui rendent son départ impérieux. Il ne s'agit pas moins que de sauver la Martinique, à qui 12 ou 1500 hommes de renfort suffisent pour la rendre imprenable dans les circonstances actuelles. Nous sommes informés que l'ennemi fait embarquer, dans ce moment, 5,000 hommes pour l'attaquer. Elle a une bonne garnison, mais un secours lui est nécessaire; et, pour qu'il arrive à temps, il faut qu'il parte avant les premiers jours de pluviôse. Ainsi, quoi qu'en dise votre lettre du 28 frimaire, le Premier Consul compte que, dussiez-vous faire travailler nuit et jour, dussiez-vous dépouiller tous les autres bâtiments pour équiper l'escadre dont il s'agit, elle sera prête pour l'époque de rigueur.

Le vice-amiral Latouche est nommé au commandement de cette escadre. Il importe que son départ ne soit pas annoncé; mais, comme on ne peut le dissimuler entièrement, faites tout ce qui est convenable pour faire penser qu'elle est destinée pour la Morée. Confiez cette destination de la Morée au général Cervoni, et dites-lui que l'escadre doit toucher à Tarente, où elle prendra un convoi chargé de troupes.

Le vice-amiral Latouche va se rendre sans délai à Toulon. SiL'Aigle y était arrivé, il ferait, en tant qu'il lui serait possible, partie de l'escadre. Le Premier Consul lui donne une grande latitude d'autorité; il choisira, en conséquence, les officiers qui doivent servir sous ses ordres, et fera dans les commandements les changements qu'il jugera convenables. S'il est nécessaire de faire entrer des vaisseaux dans le port pour armer les autres, vous y êtes autorisé. Si cependant on pouvait les laisser sur rade, cela serait utile, ne fût-ce que pour forcer l'ennemi à une surveillance ultérieure, sur le port de Toulon, après le départ de l'escadre active; mais c'est à l'armement de celle-ci que tout doit être employé de préférence. -

Je vous écris par le courrier ordinaire sur les moyens de faire une presse de matelots.

Comme je suis surchargé d'affaires, je n'ai que le temps de vous faire connaître l'esprit de ces dispositions, bien sûr que vous seconderez de toute votre activité le zèle du vice-amiral, et que vous ferez l'impossible pour remplir les vues du Premier Consul.


1 - 15 décembre 1803