16 - 31 juillet 1803
Gand, 16 juillet 1803
ARRÊTÉ
ARTICLE ler. - Le citoyen Jacques-Auguste Chassériau, âgé de huit ans, fils du capitaine de frégate de ce nom, qui a péri, le 2 thermidor an IX, en défendant la corvette la Chevrette, est admis au Prytanée.
ART. 2. - Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Gand, 17 juillet 1803
Au consul Cambacérès
J'ai reçu, Citoyen Consul, vos lettres du 25 et du 26 (14-15 juillet).
J'ai été hier à une très-belle fête que m'a donnée le commerce au milieu de la grande place de Gand.
J'ai été aujourd'hui, en grande pompe, entendre la messe à la cathédrale de Gand.
Je partirai demain matin pour Anvers.
J'ai approuvé l'arrêté du Conseil d'État du 9 messidor.
Gand, 17 juillet 1803
Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice
Les régiments Watteville et Dillon, suisses, viennent d'être licenciés à Gibraltar et traversent l'Espagne par pelotons de 30 à 40 hommes. Donnez ordre de les arrêter à nos frontières pour connaître quels sont ces hommes, et de veiller à ce qu'il ne s'en glisse aucun dans la Vendée.
Gand, 17 juillet 1803
AUX CITOYENS PRÉSIDENT ET MEMBRES DU GRAND CONSEIL DU CANTON DE THURGOVIE
Citoyens Président et Membres du grand conseil du canton de Thurgovie, je suis extrêmement sensible aux témoignages de confiance et de reconnaissance que vous m'exprimez dans votre lettre du 13 juin. Je n'ai voulu que votre bien. J'ai vu que la discorde seule et de malheureuses suggestions vous empêchaient d'être heureux et libres. Je suis charmé que ma médiation ait fait disparaître les obstacles qui s'opposaient à l'accomplissement de vos vœux.
La constitution de votre pays vous a rendu des droits que vous méritez d'exercer, puisque vous êtes libres et citoyens, et que vous avez dans le cœur les sentiments qui conviennent à des citoyens libres.
Soyez unis, chérissez vos lois, confiez-vous à la France, et soyez assurés de l'intérêt que je ne cesserai de prendre à votre bonheur.
Gand, 17 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
J'ai reçu, Citoyen Ministre, votre lettre du 26 (15 juillet). Je vous renvoie les lettres qui y étaient jointes.
Je ne sais pas de quoi veut parler le général Saint-Cyr. Il n'y a eu, depuis son départ, aucun changement fait à ses rapports avec le ministre de la République à Naples et avec le général Murat. Je trouve très déplacé que le général Murat ait envoyé un agent à l'armée du général Saint-Cyr, pendant qu'il y était. Il ne doit pas oublier les grands services qu'a rendus le général Saint-Cyr, ainsi que la latitude que le Gouvernement a donnée à sa mission. Écrire dans ce sens au général Saint-Cyr.
Écrivez au général Cervoni qu'il doit faire passer à l'île d'Elbe les détachements des dépôts de Villefranche et de Marseille, en les débarquant sur des felouques et autres bâtiments légers, et les faire diriger ainsi, de batterie en batterie, jusqu'à Piombino, d'où leur arrivée à l'île d'Elbe est infaillible.
Il doit faire la même chose pour la Corse quand les circonstances le demanderont. Il a l'île de Ratonneau où il peut mettre des des détachements en partance, sans qu'il puisse en déserter.
J'ai lu les lettres du général Rusca du 4 messidor. Je suis fâché de ne pas avoir l'état de sa garnison. Écrivez-lui de vous l'envoyer fréquemment. Demandez-lui si le chef de la 20e demi-brigade ligne est arrivé.
Envoyez de France deux chefs de bataillon pour commander les deux bataillons francs du pays.
Enfin écrivez aux directeurs de l'artillerie et du génie que vous désirez avoir au moins tous les mois l'état des travaux faits pour mettre Porto-Ferrajo et Porto-Longone dans un bon état de défense. Faites-moi connaître les travaux projetés sur les hauteurs de Porto-Ferrajo pour tenir l'ennemi éloigné de la ville. Faites-moi connaître également ce qu'est devenu le général Campredon et les mesures qui ont été prises pour suppléer à son absence.
Écrivez au ministre de la République à Gênes qu'à mesure qu'il aura 100 hommes du bataillon des déserteurs allemands, il les fasse embarquer pour Porto-Ferrajo.
Demandez au ministre Dejean s'il a envoyé la quantité de farine et de blé qui a été demandée.
Faites payer à Gênes les affûts qui ont été fournis, à condition qu'on rétablira ceux qui ont été ôtés des remparts ; car il ne faut point trop appauvrir cette république.
Aux îles Marcouf, cent coups à tirer par pièce ne sont pas suffisants. Ordonnez que l'approvisionnement soit fait à raison de cents coups par pièce et cent cartouches par homme.
La même observation s'applique à l'île d'Yeu.
Je n'ai pas besoin de vous recommander de prendre des mesures efficaces pour que l'artillerie que j'ai demandée pour compléter l'armement de Boulogne et d'Ostende y arrive dans le plus délai. Il est possible que, dans le courant de thermidor ou de fructidor, les Anglais bombardent ces deux places.
Il paraît que les garde-côtes s'organisent bien lentement. Rendez-moi un compte particulier de la manière dont marche cette organisation.
Donnez ordre aux 200 hommes du dépôt de Nantes, qui sont prêts, de se rendre à Belle-île. Donnez ordre aux 170 qui sont prêts au Havre de se rendre aux îles Marcouf.
Ordonnez également qu'on forme à Bergues un bataillon des hommes provenant du dépôt de Dunkerque. Donnez-en le commandement à un chef de bataillon ferme et vigoureux, avec des pouvoirs un peu étendus pour qu'il ait les moyens de les contenir.
Si le 26e régiment de chasseurs n'est pas parti, contremandez l'ordre de son départ pour le Hanovre.
J'imagine que la levée de chevaux s'y fait avec la plus grande activité pour l'artillerie.
Le pain blanc sera donné aux troupes campées, comme aux autres. Beaucoup de corps qui doivent recevoir des conscrits de la réserve n'en ont pas encore reçu l'avis. Prévenez-en surtout les généraux Mortier, Murat et Saint-Cyr, afin qu'ils fassent des dispositions pour 1'habillement de leurs conscrits.
Donnez ordre au général Mortier de laisser recruter les Hollandais, les Espagnols et les Prussiens dans l'armée hanovrienne, et de lever, s'il le croit possible, une légion composée d'autant de bataillons qu'il pourra en former; chaque bataillon composé de cinq compagnies, et chaque compagnie de cent cinquante hommes.
Gand, 17 juillet 1803
Au général Dejean, ministre directeur de l'administration de la guerre
La 57e demi-brigade, Citoyen Ministre, n,a reçu ni l'habillement de l'an X, ni celui de l'an XI.
Les 46e, 33e et 51e sont mieux, et ont déjà reçu une partie du drap de l'an XI.
Par l'état que vous m'avez envoyé, je vois qu'en général l'habillement est très-retardé. Un grand nombre de ces corps va recevoir un nouveau supplément de conscrits, et ils seront fort embarrassés. Il serait essentiel de prendre des mesures efficaces pour que le drap de l'an XI fût fourni dans les trois premiers mois ; sans quoi, nous n'aurons jamais une armée équipée.
Le mois de vendémiaire rapproche. Je ne suis point en peine pour les vivres. Saint-Omer, Bruges, Compiègne sont des endroits ils sont abondants. Je pense que vous prenez des mesures pour les fourrages et surtout pour la viande. La viande est dans ce pays beaucoup moins chère qu'à Paris.
Anvers, 18 juillet 1803
RÉPONSE DU PREMIER CONSUL AU MAIRE D'ANVERS
Les clefs de la ville d'Anvers ne peuvent être en de meilleurs qu'en celles de son maire. J'accepte la jeunesse de la ville ma garde, et j'éprouve un très-grand plaisir à me trouver au milieu de ses habitants.
Anvers, 20 juillet 1803
Au consul Cambacérès
J'ai reçu, Citoyen Consul, vos lettres des 27 et 28 messidor. Je suis fort content du peuple d'Anvers. On aperçoit ici des traces d'anciens établissements, mais tout couverts de ruines.
Puisqu'on a transféré le siége de la préfecture de Douai à Lille, il parait convenable que le sous-préfet de Lille soit à Douai; il faudrait que cette clause fût comprise dans l'arrêté.
Faites ce qui vous paraîtra convenable sur les accusés de Saint-Domingue.
J'ai fait l'arrêté pour le fils de madame La Poype ; faites-moi connaître l'espèce de secours dont elle aurait besoin.
Je crois que je serai demain à Bruxelles.
Anvers, 20 juillet 1803
DÉCISION
Le préfet de Loir-et-Cher demande la déportation d'un individu prévenu de fabrication de fausse monnaie et acquitté probablement à défaut de preuves. Il est très-dangereux et a déjà été condamné aux galères. | La déportation ne peul être ordonnée, si cet individu été acquitté. Si, par la suite, il prévenu de crimes, les tribunaux doivent faire leur devoir. |
Anvers, 20 juillet 1803
DÉCISION
Le préfet de la Vienne propose la déportation à l'île de Ré d'un émigré amnistié, dont l'éloignement est demandé par sa famille elle-même. Il est d'ailleurs soupçonné d'avoir des correspondances dangereuses. | Il est sous la main du Gouvernement comme émigré amnistié. Dès qu'il abuse de la grâce qu'on lui a faite en portant le trouble dans sa famille, il est dans le cas d'être relégué à l'île de Ré. |
Anvers, 22 juillet 1803
Au citoyen Gaudin, ministre des finances
J'ai reçu, Citoyen Ministre, votre lettre du 27 messidor. Je vois avec plaisir que les recettes de la régie de l'enregistrement se soutiennent. Ici les biens nationaux se vendent trente fois le revenu. Je vous renvoie les pièces relatives à la dette des quatre départements réunis. Il faut consulter tous les renseignements, pour savoir s'il y a des dispositions à prendre.
Anvers, 20 juillet 1803
Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public
La République ligurienne, Citoyen Ministre, fera verser 100,000fr. par mois dans la caisse de l'armée d'Italie; moyennant quoi les dépenses seront faites par les ministres de la guerre et de l'administration de la guerre, et payées par vos payeurs.
Je ne pense pas qu'il y ait rien dans l'arrêté du général Mortier de contraire aux dispositions du Gouvernement. Le commissaire qu'il a provisoirement nommé est pour la surveillance de l'administration du pays. Dès le moment que tout est versé dans les mains du receveur et payé par le payeur que vous avez nommés, on se trouve à même de savoir où l'on en est. Tenez la main à ce que tout entre dans la caisse du receveur et que rien ne soit payé que par les mains du payeur. Exigez de l'un et de l'autre qu'ils vous envoient les états fréquemment, afin de savoir les rentrées qu'ils font.
Anvers, 20 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Je ne vois que de l'avantage, Citoyen Ministre, à envoyer à Juliers le bataillon de la 30e demi-brigade pour travailler aux fortifications.
Vous verrez, par le rapport ci-joint, que la batterie près de Menton n'avait pas de poudre, ce qui est cause qu'un bâtiment a été pris. Faites une enquête pour savoir quel est l'officier d'artillerie qui fait cette faute impardonnable, et proposez-moi une sévère punition.
Je vous prie de faire connaître au général Mortier que mon intention est qu'il ne corresponde d'aucune manière avec les ambassades Toutes les fois qu'on lui demande des explications, il doit dire qu'on s'adresse au Gouvernement. Je vois avec peine qu'il ait répondu ministre russe à Berlin. Il aurait dû accuser réception de la lettre en renvoyant au ministre des relations extérieures, qui doit donner les explications diplomatiques convenables.
Anvers, 20 juillet 1803
Au général Murat, commandant en chef les troupes française en Italie
Citoyen Général Murat, j'ai reçu vos différentes lettres. Vous devez tenir la main et réunir vos efforts à ceux des Italiens pour activer et compléter la conscription. J'ai été satisfait de la fête de Marengo. Il est tout simple qu'on témoigne de l'attachement à Melzi, qui administre bien, et qui d'ailleurs représente aux Italiens un gouvernement national. Vivez bien avec lui. Saint-Cyr est un homme de mérite ; il me semble qu'il n'était pas convenable d'envoyer officier traiter avec le roi de Naples, pendant qu'il était à l'armée. Je ne vois pas quelle sagesse il y a à exciter davantage la jalousie et à se faire des ennemis. J'ai vu avec plaisir ce que vous avez pour Gênes ; les ministres ordonnanceront.
Anvers, 20 juillet 1803
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. - L'administration forestière désignera, dans les forêts le plus à portée d'Ambleteuse, Wissant et Gravelines, et notamment dans celle de Gaines, les taillis où l'on pourra exploiter sans délai un million de fascines de 15 pouces de diamètre sur 6 pieds de long, avec les piquets nécessaires à l'emploi de ces fascines.
ART. 2. - Cette exploitation sera faite par les entrepreneurs des travaux ordonnés dans les susdits ports, de manière à être terminée au plus tard dans deux mois.
ART. 3. - Les ministres de la marine et des finances sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
Anvers,
20 juillet 1803
Au citoyen Portalis, conseiller d'État, chargé de toutes les questions concernant les cultes
S'il doit y avoir une fête au 15 août, je ne voudrais pas qu'il y eût de procession, pour ne point renouveler de souvenirs inutiles. Mais on pourrait très-bien faire dire une grand'messe avec un discours et les psaumes et oraisons propres à la circonstance. La commémoration de ce jour se bornerait là.
Anvers, 21 juillet 1803
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. - Les ingénieurs des travaux maritimes feront construire, sur la laisse de basse mer, à droite de la jetée de l'est du port de Boulogne, une plate-forme en charpente, capable d'être armée de cinq pièces de gros calibre et de deux mortiers.
ART. 2. - La construction de cette plate-forme aura lieu conformément au plan ci-joint, approuvé par le Premier Consul.
ART. 3. - Cette plate-forme sera terminée au 1er brumaire an XII, et remise à cette époque à l'artillerie, pour être armée sans délai.
ART. 4. - Les ministres de la marine et de la guerre sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
Bruxelles, 22 juillet 1803
Au consul Cambacérès
J'ai reçu, Citoyen Consul vos lettres du 30 messidor et du 1er thermidor. Je suis arrivé hier à Bruxelles, à huit heures du soir. Les chaleurs ont été assez fortes ces deux jours-ci. J'ai trouvé M. Lombard, secrétaire intime du roi de Prusse, chargé de remettre une lettre dont on dit l'objet important. Je le recevrai demain.
J'ai appris que le citoyen Fleurieu n'a pris aucune mesure faire payer les frais de route aux ouvriers qu l'on a fait venir à Paris et à ceux qu'on en a renvoyés : c'est une mauvaise manière avec des gens qui viennent pour nous servir. Il serait plus convenable de les envoyer à Boulogne, à Cherbourg, etc., où les travaux sont arrêtés faute de bras ; on en aurait besoin de 5 à 6,000. Veuillez vous faire rendre compte de cet objet et y porter remède.
Le Conseil d'État n'a pas fait de réponse au projet d'arrêté relatif aux coupes de pins pour les mâtures des chaloupes canonnières.
Vous recevrez un projet d'arrêté pour faire employer 4,600 ouvriers des conscriptions de l'an XI et de l'an XII dans les arsenaux de la marine; il est urgent de le faire discuter le plus tôt possible. A Paris, on prétend qu'ils ne valent rien ; et dans les ports tout monde en demande. Les ouvriers de la conscription de l'année qui sont dans les ports y font merveille.
Je croyais que le citoyen Lebrun avait eu le projet de venir Bruxelles. J'imagine qu'il est parfaitement rétabli de l'indisposition qu'il a eue.
Bruxelles, 22 juillet 1803
Au citoyen Gaudin, ministre des finances
Je reçois votre lettre du ler thermidor, Citoyen Ministre; il n'y a aucune espèce de doute que la caisse à l'adresse de M. de Markof, qui contenait des objets de contrebande, ne doive être soumise, comme les autres, aux lois générales des douanes.
Faites témoigner ma satisfaction aux préfets des douanes pour la manière dont ils défendent les côtes.
Bruxelles, 22 juillet 1803
Au citoyen Fleurieu
Citoyen Fleurieu, Conseiller d'État, chargé par intérim du portefeuille de la marine, je ne puis qu'être extrêmement mécontent de l'abandon dans lequel on laisse les ouvriers qui ont été appelés à Paris; plusieurs sont obligés de vendre leurs boucles et leurs boutons de manches d'argent pour subsister. Puisqu'ils ont été appelés par ordre du ministre de la marine, ils devaient être enregistrés à leur arrivée et soldés. Il devait y avoir un tarif de frais de route pour leur arrivée et pour leur retour. Je désire que vous preniez les mesures les plus efficaces pour faire solder ces ouvriers du jour de leur arrivée à Paris, et pour faire envoyer ceux qui ne seraient pas employés aux chantiers de Paris dans les ports de Boulogne, de Rouen et du Havre, où on en a le plus grand besoin. Faites également solder pour l'aller et le retour ceux qui auraient été renvoyé de Paris.
Je vous prie de me faire un rapport sur la marche de ces travaux, le nombre d'ouvriers qui ont été demandés, sur le nombre de ceux arrivés à Paris et de ceux qui en ont été renvoyés. Il paraît qu'on a étendu la mesure à trop de départements ; mais, dans tous les cas, ce ne sont point les hommes requis qui doivent souffrir ; quel que soit l'état des choses, l'ouvrier doit être payé.
Bruxelles, 23 juillet 1803
Au consul Cambacérès
J'ai reçu, Citoyen Consul, vos lettres des 30 messidor et le thermidor. Depuis deux jours que je suis à Bruxelles, je ne suis point sorti. J'ai reçu les différentes autorités, et expédié quelques affaires. La mission de M. Lombard paraît n'avoir pour but que de resserrer davantage nos liaisons avec la Prusse.
J'ai vu la commission du Gouvernement batave.
Demain ou après, je réglerai mon itinéraire pour le reste de mon voyage.
Je vais, dans une heure, à une fête que me donne la ville.
Je vous renvoie la demande du Sénat. Il n'y a pas d'inconvénient à lui répondre qu'on y pourvoira de quelque manière que ce soit.
Bruxelles, 23 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Je reçois vos différentes lettres, Citoyen Ministre. Il est très intéressant que les garde-côtes soient complétés le plus promptement possible; s'il y a de la difficulté à les compléter, il faudrait accorder une exemption d'une portion de la conscription aux villages qui fournissent les hommes.
Relativement à la levée de la légion de la Vendée, il faut qu'elle se fasse en règle. Il ne faut donner ni commission, ni autorité, ni avance à qui que ce soit. Il faut qu'on vous propose un plan d'organisation, qu'on croie à la possibilité de former le corps ; car, quelle que soit la foi qu'on puisse accorder aux chefs, elle ne doit pas être imprudemment mise en avant.
Bruxelles, 24 Juillet 1803
Au consul Cambacérès
Je reçois, Citoyen Consul, votre lettre du 3. J'ai été hier à une fête de la municipalité de Bruxelles, qui m'a paru assez mal ordonnée. Il y avait cinq ou six fois plus de monde que le local n'en pouvait contenir.
J'ai été aujourd'hui, à la messe en grande cérémonie. Le cardinal-légat a dit une petite messe.
Vous trouverez ci-joint mon itinéraire; vous pouvez le faire publier, non dans le Moniteur, mais dans quelques-uns des autres journaux. Je ne crois pas que j'y fasse de grands changements. Je compte être de retour à Paris le 24 ou le 25 thermidor. Je finirai mon voyage avec plaisir. La saison est chaude et et va le devenir davantage.
A la ]manière dont je voyage, je n'aurais pu voir les départements réunis sans m'exposer à ne rentrer à Paris qu'au milieu de septembre. La saison est trop chaude. Je remettrai ce voyage à une autre circonstance.
Bruxelles, 25 juillet 1803
Au général Berthier
J'approuve, Citoyen Ministre, que vous tiriez de Luxembourg sept pièces de 36, trois de 24, vingt-sept de 18 et onze de 12 en fer, qui s'y trouvent. Il faudrait les diriger sur Ostende, où elles seront employées, partie à la défense de la ville, partie selon les dispositions qui seront faites par la marine. Elles doivent être rédigées de manière à arriver à Ostende avant le 10 fructidor. Vous avez l'expérience que, si on les envoie sans des précautions particulières, elles n'arriveront pas avant dix-huit mois.
Faites faire le relevé des pièces en fer de 18, de 24 et de 36 qui existent dans les différentes places de la République; faites mettre à côté l'état de l'armement en bronze qui y est, afin de donner une destination aux pièces de fer. Il y a de l'inconvénient à mettre sur les côtes des pièces de bronze ; elles peuvent être facilement enlevées; j'en ai cependant aperçu beaucoup dans ma tournée.
Donnez ordre aux officiers du génie du Havre de tracer sur un plant les positions de nos bateaux canonniers et celles des bâtiments ennemis à l'affaire du 9 thermidor, ainsi que la position des batteries.
Faites diriger une compagnie d'artillerie de ligne sur le Havre. Envoyez-en une à l'île d'Aix. Je pense qu'il y en a une à Cherbourg.
J'ai vu à Anvers une compagnie de canonniers vétérans qui y est inutile : il faudrait l'envoyer sur la côte, dans l'île de Cadzand et à Blankenerghe.
Il paraît qu'il.1 a des difficultés pour la levée des compagnies garde-côtes. Il n'y a pas d'autre moyen à prendre que d'exempter de la conscription les communes qui doivent fournir leur contingent aux dites compagnies.
Je suis étonné qu'il n'y ait pas encore un conseil militaire établi à l'île d'Elbe. Je ne sais pas moins étonné d'apprendre que les troupes couchent sur le pavé des casernes, et n'ont ni paille ni fournitures.
Je ne comprends pas comment le général Rusca a incorporé des Polonais et des déserteurs étrangers dans les bataillons francais. Il me semble que l'ordre avait été donné de compléter les bataillons polonais en y incorporant les étrangers, et d'incorporer dans les demi-brigades de ligne tout ce qui proviendrait des dépôts coloniaux. Mais, puisque cela est fait, il n'y a plus à y revenir. Recommandez-lui de ne plus incorporer les déserteurs avec nos troupes ; il doit en former, au contraire, deux petits corps, l'un à Porto-Ferrajo, l'autre à Porto-Longone.
Mettez 2,000 francs par mois à la disposition du général Rusca pour dépenses extraordinaires et secrètes. Donnez-lui l'ordre de désarmer et de former en compagnies de pionniers, qu'il emploiera aux travaux de la place, toutes les compagnies de déserteurs étrangers qui arriveront à l'île d'Elbe, dont il ne serait pas sûr.
Quant à ses difficultés avec le commissaire du Gouvernement. il doit les oublier et se concerter avec lui pour la défense de l'île.
J'ai communiqué au ministre de l'intérieur la lettre du général Menou. Il me parait étonnant qu'il y ait en Piémont un si grand nombre de brigands. Il peut y avoir beaucoup d'hommes avec peu de moyens d'existence qui peuvent entrer dans les légions qu'on lève dans le pays. Activez la levée de ces légions.
Donnez l'ordre au général Rusca que, la 20e demi-brigade étant à son complet de guerre, tous les détachements qui arriveront désormais de Villefranche, de Marseille ou d'autres dépôts, soient formés en deux bataillons, composés chacun de cinq compagnies, et chaque compagnie composée de 100 hommes.
Les déserteurs étrangers qui viendront soit de Gênes, soit de Toulon, seront réunis aux compagnies qui existent actuellement seront formés également en bataillons de cinq compagnies.
Bruxelles, 25 juillet 1803
Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies
Par les renseignements reçus du Havre, Citoyen Ministre, il résulte que la marine est tellement mal organisée, que deux chaloupes canonnières n'ont pu sortir faute de monde et d'organisation du port; que, d'un autre côté, on se sert au Havre de chaloupes canonnières pour escorter des convois du côté de Brest; cela est tout à fait contraire à notre but, qui est de réunir le plus de chaloupes canonnières possible.
Bruxelles, 26 juillet 1803
Au consul Cambacérès
Le citoyen Lebrun, Citoyen Consul, est arrivé à deux heures après midi; il m'a paru un peu fatigué de la route.
Toutes les dames belges ont été présentées aujourd'hui à ma femme. Il y a dans ce moment illumination à l'Allée-Verte; ayant monté à cheval aujourd'hui, je préfère expédier mon courrier pendant que toutes les dames y sont allées.
Je vous enverrai demain plusieurs projets d'arrêtés pour le Conseil d'État.
J'ai vu ici fort longtemps Schimmelpenninck et la commission batave. Ils promettent beaucoup; nous verrons s'ils tiendront leurs promesses.
Le colonel Rapp, qui est arrivé de Hanovre, donne d'assez bons renseignements sur notre situation dans ce pays.
Après avoir fait d'assez grandes chaleurs pendant ces deux jours-ci, il fait aujourd'hui presque froid.
Bruxelles, 26 juillet 1803
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
Douze régiments de milices de Castille, Citoyen Ministre, formant environ 8,000 hommes, ont eu ordre de se réunir entre Valladolid et Burgos. Mon intention est que vous fassiez connaître, par un courrier extraordinaire, au général Beurnonville mon étonnement de ce que je ne suis pas instruit de cela; que je désire, qu'il fasse connaître au prince de la Paix que, pour peu qu'il y ait des raisons de supposer des intelligences entre les cours de Madrid et de Londres, cet armement sur terre, au moment où l'on désarme la mer, est un commencement d'hostilités.
Un bâtiment de Marseille, venant de la Martinique, a été pris par les Anglais sous le château de Carnero. Il faut que l'Espagne en paye l'équivalent, puisqu'elle a laissé violer son territoire.
Bruxelles, 26 juillet 1803
Au général Dejean, ministre directeur de l'administration de la guerre
La mesure prise à Gênes par le général Murat, Citoyen Ministre, aura l'avantage de centraliser le service et de soulager considérablement la République ligurienne, d'autant plus que, dans la situation actuelle et jusqu'à ce que le roi de Naples ait pourvu à la solde de nos troupes, il faudra que la République ligurienne pourvoit à la solde des deux bataillons qu'elle a envoyés à Naples.
Relativement au corps du général Saint-Cyr, n'ayant pas ici les yeux tous les arrêtés qui ont été pris, je ne conçois pas d'où vient ce changement de principes. Il a été dans mon intention de ne rien innover à ce corps depuis le départ du général Saint-Cyr. Je pense donc que vous devez continuer à correspondre avec l'ordonnateur qui est à Tarente, sans quoi nous n'aurons aucun compte de ce corps. Celui-ci doit également correspondre avec le commissaire général Amalasi.
Je persiste à penser que l'on ne saurait avoir les fours trop près de l'endroit où se réunissent les troupes, et qu'il faut établir deux fours à Étaples et deux à Ambleteuse (ce qui n'empêcherait pas ceux de Montreuil), qui serviraient de supplément lors des rassemblements extraordinaires. Ces constructions, d'ailleurs, ne sont point pressées.
La manière de placer les troupes autour des ports de Boulogne, d'Étaples et d'Ambleteuse, est un objet important et qui fait une partie essentielle des opérations. En effet, les troupes doivent embarquer et débarquer souvent; leur embarquement doit être extrêmement prompt. De l'instant où il est ordonné à celui où il doit exécuté, il ne doit pas y avoir un intervalle de plus d'une ou deux heures. Il faut donc que les troupes soient placées le long du port, à la seule distance nécessaire pour se trouver sur un terrain élevé et en bon air, mais ayant un espace de moins de 500 toises à parcourir pour que chaque bataillon arrive à son bateau d'embarquement.
Les troupes devant rester dans cette situation plusieurs mois, peut-être l'hiver, on économisera la santé et l'habillement du soldat si on prend le parti de faire des baraques en planches. Chaque baraque pourrait contenir une compagnie ou même un bataillon. Je désire que vous fassiez faire par les ingénieurs un projet et un devis pour connaître la quantité de planches et l'emplacement qu'exigerait le cantonnement d'une trentaine de bataillons dans ces baraques.
On pourrait également construire des baraques pour les officiers, en réunissant dans la même les officiers de la même compagnie ou du même bataillon.
Il est indispensable de faire passer à Boulogne autant de lits que les casernes et autres établissements peuvent en contenir. Il faudrait également garnir de lits Saint-Omer et les autres petites places le plus à proximité de la côte.
Il est inutile d'observer que les troupes cantonnées dans les baraques n'auraient pas besoin de lits et seraient couchées sur la paille.
Bruxelles, 26 juillet 1803
Au général Dejean
Un grand nombre de villes Citoyen Ministre, fatiguées par l'obligation de loger des troupes, vu le dénuement où sont les casernes de fournitures et d'effets militaires, ne demanderaient pas mieux que de faire des sacrifices pour avoir en propre des fournitures de casernes, qui seraient considérées comme leur propriété, et qu'on on ne pourrait leur ôter sous aucun prétexte. Je pense qu'il serait utile de faire connaître aux différentes communes que celles qui voudraient se fournir d'effets militaires se trouveraient par là exemptes de loger des gens de guerre; que le Gouvernement les respectera comme leur propriété, et que, dans aucun cas, elles ne s'en trouveront dégarnies.
Bruxelles, 27 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Je vous prie, Citoyen Ministre, de présenter au Conseil d'État un arrêté pour qu'à dater du ler vendémiaire le pain blanc et la haute paye, résultant des chevrons pour ancienneté de service soient communs à tous les sous-officiers. Cette demande est faite par tous les corps.
Bruxelles, 27 juillet 1803
Au général Berthier
Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre à l'officier qui commande le génie à Flessingue, de faire quelques travaux pour mettre cette place en état de se défendre : 1° deux demi-lunes devant les deux portes; 2° deux bouts de glacis et de chemin couvert sur les deux digues; ces glacis auront un relief tel que les deux bastions qui ferment la place sur les deux digues où il n'y a point de fossés soient couverts de manière à ne pas être battus en brèche; 3° enfin d'aménager le système d'eau tellement qu'à l'aide des écluses existantes on puisse inonder une partie de la campagne.
J'ai pris à Anvers des sentiments tout différents de ceux qu'on voulait m'y donner, et je suis de l'opinion que cette place doit être dans le meilleur état de défense. Les officiers du génie de la place m'ont paru ne pas la connaître parfaitement. Je pense qu'elle peut être défendue par les inondations. Si l'on n'a pas le nivellement au comité des fortifications, il faudra le faire faire, pour bien déterminer la partie qu'on peut défendre par les eaux.
Du coté de l'Escaut, un quai va être établi tout le long de la ville. On pourra élever en temps de guerre, sur ce quai, un épaulement en terre, et bien armer la partie saillante de ce quai. A ce premier moyen de défense il faudrait joindre celui de mettre la Tête-de-Flandre dans le meilleur état, et rétablir un fort que Joseph II a fait raser sur la rive gauche de l'Escaut et vis-à-vis l'autre extrémité de la rive.
Je désire connaître également si le fort et la Tête-de-Flandres seraient être protégés par une grande inondation.
Faites connaître au premier inspecteur général du génie que je désire que, vers la fin de fructidor, il puisse me présenter les plans pour mettre Anvers dans le meilleur état de défense. Un grand chantier de construction va être établi, et avant la fin de l'année prochaine nous y aurons douze à quinze vaisseaux.
On va travailler à un canal qui communiquera du Rhin à l'Escautet qui donnera un nouvel intérêt à cette place et à son port, étant destiné par sa position à être un grand centre de commerce, doit être à l'abri le plus possible de l'avidité et des entreprise l'ennemi.
La Belgique possède des places, telles que Bruxelles, Gand, Ypres, Menin, qui, démolies par Joseph II, sont trop mauvaises pour présenter de grands moyens de défense, pour nous qui avons, en avant, la frontière de Hollande et, derrière, l'Escaut et la Flandre. Je désire que le premier inspecteur général du génie me présente un projet pour démolir et vendre toutes les fortifications qui n'entrent pas dans notre ancienne ligne et qui ne sont pas utiles.
Bruxelles, 27 juillet 1803
NOTE POUR LE CITOYEN PORTALIS
Le Premier Consul désire que tout ce qui est relatif au diocèse de Bordeaux soit examiné avec le plus grand soin.
L'archevêque paraît être un homme de peu d'esprit et dont les vues sont bornées; il semble s'être livré à une faction, sous l'influence de laquelle il opprime tout ce qui a tenu au régime constitutionnel. Cette conduite afflige le plus grand nombre des bons citoyens.
On peut prendre des renseignements auprès du conseiller d'État Dubois (des Vosges). Le sénateur Journu-Aubert (Bernard Journu, dit comte de Tustal, 1745-1815, président du conseil électoral de la Gironde), qui a présidé le collège électoral, n'a point été à l'abri de l'influence qui a agi sur l'archevêque; il serait possible que ses opinions se rapprochassent du système de partialité qui s'est manifesté, et qui est entièrement opposé aux intentions du Premier Consul. Le concordat a été fait dans la vue de rapprocher tous les partis, de concilier toutes les opinions. On ne peut s'écarter de ses principes et suivre ce que prescrit l'Évangile; ils sont seuls compatibles avec les vertus chrétiennes.
Bruxelles, 27 juillet 1803
Au Ministre des relations extérieures
Je désire, Citoyen Ministre, que vous écriviez à M. de Gallo, en lui faisant parvenir les lettres ci-jointes pour le roi et la Reine de Naples, pour leur être remises en mains propres, que j'ai donné ordre que la solde, l'habillement, les remontes et généralement tout fut fourni à l'armée française, hormis le logement, le chauffage, les vivres et fourrages qu'il est nécessaire que S. M. fasse fournir, sauf à en régler un compte définitif.
Écrivez au Citoyen Marescalchi qu'il fasse connaître au Vice-président qu'il doit faire payer au corps de troupes italiennes qui est dans le royaume de Naples, l'habillement, la solde et la remonte, le roi de Naples ne devant rien fournir. Écrivez dans le même sens au Ministère Ligurien pour les deux bataillons liguriens.
Écrivez aux ministres Dejean et Berthier pour faire faire la solde au corps de troupes francaises qui est à Tarente, le roi de Naples ne devant fournir que le logement, la nourriture et le chauffage.
Lettres à Talleyrand
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au consul Cambacérès
Je reçois, Citoyen Consul, votre lettre du 7 thermidor (26 juillet).
Je vois avec plaisir que le Sénat s'occupe des nominations. Tâchez de nous faire de bons choix.
Le consul Lebrun a été hier à la campagne. Il a déjà parcouru les environs de Bruxelles. Le commerce a donné hier une fête où il y a eu autant d'ordre et de décence qu'il y avait eu de désordre et de mauvaise ordonnance dans la dernière fête. Je comptais partir d'ici ce soir ou demain; mais, comme il y a encore une fête ce soir, je ne partirai que samedi matin.
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice
Faites arrêter Hyde sans écouter aucune considération, que soit l'état où il se trouve et la maison où il soit.
Il y a à Chambéry un prêtre qui a été, pendant la révolution à la tête du diocèse de Lyon, et qui y a fait tout le mal possible. Il s'appelle Linsolade. Donnez ordre qu'on l'arrête et qu'on le retienne dans la citadelle de Turin.
Dans les mesures ordonnées par la police pour les ouvrages qui s'impriment, les ouvrages littéraires et les grands ouvrages ne devaient point être compris; car, si la police ne connaît pas un ouvrage de plusieurs volumes avant qu'il soit imprimé, c'est de sa faute. Cela tient à des idées qui peuvent choquer bien des principes.
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au roi de Naples
J'ai reçu la lettre de Votre Majesté; j'ai donné des ordres pour que l'armée française soit le moins possible à charge à son peuple. Je prends une part vraie à sa situation. Je désire que la France et Naples aient entre eux les principes d'union et d'accord qui peuvent être utiles à leur tranquillité et à leur bonheur. Votre Majesté saurait trop se méfier de tout ce qui peut tenir à une nation qui a dans tous les siècles, porté une haine si prononcée à sa maison, et qui ne voit dans le continent qu'un instrument de haine contre la France. Que Votre Majesté me permette de la remercier de la confiance qu'elle m'a témoignée, et reste persuadée du désir que j'ai de lui être utile.
Bruxelles, 28 juillet 1803
A la reine de Naples
J'ai lu avec la plus grande attention la lettre de Votre Majesté. Je la prie de rester persuadée qu'après lui avoir fait beaucoup de mal j'ai aussi besoin de lui être agréable.
Dans la conjoncture actuelle, il est de la politique de la France de consolider la tranquillité chez tous ses voisins, et de sa politique extérieure d'aider un État plus faible, dont le bien-être est utile au bien-être du commerce de la France.
Mais je veux répondre par une confiance sans réserve à celle de Votre Majesté. Comment veut-elle que je considère le royaume de Naples dans ses rapports géographiques et politiques, lorsque je vois à la tête de toutes les administrations un homme étranger à s'on pays et qui a centralisé en Augleterre ses richesses et toutes ses affections ? Cependant le royaume de Naples se gouverne moins par la volonté et les principes du souverain que par ceux de son premier ministre.
J'ai donc été décidé par une sage prévoyance à considérer Naples comme un pays gouverné par un ministre anglais. Il me répugne beaucoup de me mêler des affaires intérieures des autres États; ce n'est que pour être sincère envers Votre Majesté que je lui donne la véritable raison qui justifie toutes les mesures prises envers Naples et dont elle pourrait avoir à se plaindre.
Je désire que Votre Majesté soit convaincue, du reste, du grand prix que j'attache à tout ce qui peut tranquilliser et ordonner le continent, et contribuer à son repos et à son bonheur.
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre au général Victor de tenir dans le Beveland un bataillon français, cinq bataillons bataves et deux escadrons bataves, faisant en tout au moins 3,000 hommes, et d'organiser et disposer ces troupes de manière qu'à la première menace d'une attaque réelle sur l'île de Walcheren elles puissent se porter sur-le-champ dans cette île pour en renforcer la garnison. ,
Donnez également ordre au général Victor de renforcer la garnison de l'île de Walcheren par des troupes bataves, de manière qu'il y ait 2,000 Bataves et 500 canonniers, total 2,500 hommes de troupes bataves dans l'île de Walcheren, au lieu des 1,100 qui s'y trouvent aujourd'hui.
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au général Berthier
Le corps de noirs qui est à Mantoue, Citoyen Ministre, sera composé de 1,400 hommes, formés en deux bataillons de cinq compagnies, chacune de 150 hommes. Ces deux bataillons ne seront jamais réunis; l'un restera employé aux travaux de Mantoue, et l'autre aux travaux de Legnago.
Bruxelles, 28 juillet 1803
Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies
Je reçois avec grand plaisir, Citoyen Ministre, la nouvelle de l'arrivée de l'Aigle à Cadix et de l'escadre du contre-amiral Bedout au Ferrol; vous ne pouviez m'en donner une plus agréable. Je partage votre opinion qu'il ne faut s'exposer à aucune espèce d'échec, le moindre inconvénient serait la perte que nous ferions, mais qui risquerait de soutenir le courage et l'opinion dans un pays qui parait avoir besoin de quelques succès. Servez-vous du bassin du Ferrol.
Faites doubler en cuivre l'Argonaute, s'il ne l'est pas, et faites réparer les deux autres vaisseaux; faites-les gréer, armer et approvisionner de manière à les mettre en état de tout entreprendre. Faites partir de Rochefort un détachement de canonniers et de matelots suffisant pour compléter les équipages. Il serait peut-être plus sûr que ces canonniers s'y rendissent par terre. Je vais aussi prendre des mesures pour y envoyer un bataillon de 500 hommes pour former les garnisons.
Le général Bedout doit rester à son poste. L'air de la terre le rétablira promptement. Je ne m'oppose pas à ce que vous envoyiez le capitaine Gourdon pour chef d'état-major, mais non le tribun Daugier, dont le sort est irrévocablement fixé à la flottille. Faites payer les mois de solde dus à l'équipage, et envoyez l'argent nécessaire pour accélérer le gréement et l'armement; écrivez-en à Beurnonville. De son côté, le cabinet écrira d'ici en Espagne pour fournir les secours convenables. Mais j'estime que, pour aplanir toute difficulté, indépendamment de quelques mois de solde dus à l'équipage, il faudrait envoyer 400,000 francs au moins pour cette escadre.
Quant à l'Aigle, plusieurs bâtiments de commerce sont arrivés en Espagne; les ventes s'en sont faites; ce qui doit rendre disponibles plusieurs centaines de matelots français; faites-les réunir de tous les points et envoyez-les à Cadix. Il sera peut-être facile d'envoyer par terre une soixantaine de canonniers de Toulon à Cadix.
Donnez l'ordre au général Laplume de se rendre par terre en France, et recommandez à nos agents de le bien traiter. Il s'est bien conduit, et, quelle que soit sa couleur, la République lui doit des marques de satisfaction pour ses services.
Une fois que l'escadre du contre-amiral Bedout sera en état de prendre la mer, approvisionnée de plusieurs mois de vivres et d'eau, parfaitement équipagée (sic) et prête à tout entreprendre, on pourrait la faire débloquer au moment opportun par les onze vaisseaux dont elle devait faire partie. Mais je vois avec peine l'Aigleà Cadix; il attirera l'ennemi dans le détroit. Je pense que, lorsque ce vaisseau sera en état, il faudrait le faire rejoindre à Toulon, ce qui complétera l'escadre à douze vaisseaux. Le principal actuellement est de faire connaître au général Bedout et à l'ambassadeur Beurnonville les dispositions à faire pour la mise en état de ces vaisseaux, et d'envoyer l'argent nécessaire pour payer les équipages et travailler au ravitaillement de ces vaisseaux.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au consul Cambacérès
Il n'y a aucune espèce de doute, Citoyen Consul, que, tous les ouvrages des sociétés littéraires, de sciences, d'arts, et même les gros ouvrages, ne sont pas compris dans cette mesure de surveillance, et ne puis que me plaindre de la police de donner lieu à des réclamations de cette espèce.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au roi de Prusse
M. Lombard m'a remis la lettre de Votre Majesté. Je ne puis que remercier de m'avoir donné l'occasion de connaître un homme si distingué. Je suis entré avec lui dans tous les détails relatifs à votre lettre. Que Votre Majesté me permette cependant de lui témoigner la douleur que j'éprouve en pensant que les armements actuels ont pu être un sujet d'alarme pour quelques puissances et pour quelques individus de la cour de Prusse.
Votre Majesté connaît les raisons et les principes de l'occupation du Hanovre. Elle a bien voulu donner à ces principes son assentiment.
Cuxhaven restait un objet de discorde qui eût compromis Hambourg, si les Anglais avaient pu y entrer et s'y comporter avec l'arrogance qui les caractérise. D'ailleurs, j'e ne puis que réitérer que je n'eusse pas fait difficulté d'évacuer ce port, si le blocus de l'Elbe et du Weser avait été fondé sur cette occupation. C'est la première fois que l'on bloque des rivières, et c'est étrangement abuser de tout que de se porter à cette extrémité. Que l'Elbe et le Weser soient fermés aux bâtiments français, c'est le droit de l'Angleterre, mais que les Prussiens, les Danois ne puissent arriver chez eux par ces rivières, parce que les Français occupent les rives du Hanovre, je le dirai sans détour à Votre Majesté, les pertes qui peuvent s'ensuivre pour les puissances neutres ne sont rien auprès de la dignité de leurs droits et de leur indépendance, qui se trouvent par là méconnus. On ne peut se dissimuler que l'Angleterre, à force de procédés injustes, obligera tôt ou tard les puissances du Nord à se réveiller, sous peine de méconnaître leurs plus saints devoirs envers leurs sujets, et Votre Majesté, qui commande à une nation brave et célèbre, ne sera pas la dernière lorsqu'il s'agira de faire respecter les propriétés de ses sujets.
Quant à la France, elle se conduit comme le ferait Votre Majesté dans une circonstance pareille : elle soutient ce qu'elle a le droit de faire avec énergie ; mais elle ne tentera jamais ce qui n'est pas dans son droit.
Il me reste à remercier Votre Majesté de la confiance qu'elle me montre avec raison. Dans les circonstances actuelles, je me confie à vos sentiments d'amitié. Je crois devoir aussi compter sur ceux de l'empereur Alexandre ; mais il est entouré d'hommes aussi peu attachés à leur prince qu'à ses principes ; c'est du moins l'opinion que j'ai conçue après la conduite de M. de Markof.
J'ignore la durée d'une guerre qui s'annonce avec des caractères d'animosité tout particuliers. Je crois que l'Angleterre ne pourrait la soutenir longtemps sans l'appui du continent ; et cet appui , elle ne peut le trouver que dans Votre Majesté et l'Autriche, la Russie, à cause de son éloignement, ne pouvant être qu'en seconde ligne.
Je ne puis qu'être satisfait de tous les sentiments que me montre la cour de Vienne et de la conduite de son cabinet dans ce moment-ci; mais les temps peuvent changer, et Votre Majesté ne peut désapprouver que, dans cette position, j'aie le désir d'avoir quelque garantie qui m'assure la tranquillité du continent dans la guerre actuelle avec l'Angleterre. Le caractère personnel de Votre Majesté et celui de l'empereur de Russie me sont une garantie suffisante ; mais la cour de Vienne peut facilement se souvenir d'une guerre à peine éteinte, et la Russie elle-même peut être égarée, ayant tant d'hommes si faciles à corrompre.
Votre Majesté voit que je ne lui déguise aucune de mes pensées, et en cela je réponds à la confiance qu'elle m'a montrée. Il me reste à la prier de rester convaincue du désir que j'ai de faire tout ce qui peut être agréable à sa personne.
Bruxelles, 29 juillet 1803
A l'empereur de Russie
Quoique les efforts de Votre Majesté pour maintenir la paix entre la France et l'Angleterre n'aient pas réussi, je ne puis cependant me dispenser de lui faire mes remerciements de tout ce qu'elle a fait pour contribuer au repos de l'Europe.
Ayant pour principe d'accorder ma confiance à tous les ministres à Paris qui ont celle de leur cabinet, j'ai différé pendant longtemps à instruire Votre Majesté des mécontentements réitérés que m'a constamment donnés M. le comte de Markof, en se mêlant fréquemment, et d'une manière désagréable, des intrigues du pays ; mais je dois aujourd'hui à la confiance que Votre Majesté m'a si souvent montrée, de lui faire connaître combien il m'est pénible d'avoir auprès de moi, et de devoir traiter avec la confiance et les égards que je dois et que j'accorderai toujours à ses ambassadeurs, un ministre qui m'est personnellement si désagréable. M. de Markof ne s'aperçoit pas et ne s'apercevra jamais des sentiments qu'il m'inspire; mais, pour sortir de cette position pénible, je n'ai trouvé d'autre moyen que d'écrire à Votre Majesté avec cette confiance à laquelle elle ma accoutumé.
Je prie Votre Majesté d'être persuadée du désir que j'ai de lui être agréable.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Vous ne m'avez pas fait connaître, Citoyen Ministre, pourquoi le général Campredon (Jacques David Martin, baron de Campredon, 1761-1837. L'un des meilleurs officiers du génie de Napoléon) ne fait que d'arriver à Porto-Ferrajo, et comment il justifie un manque aussi extraordinaire à ses premiers devoirs.
Donnez ordre au commandant de l'artillerie à Porto-Ferrajo de faire placer quatre pièces de canon sur le point le plus important du port, montées sur des affûts de côtes ou marins, qu'il fera exprès faire exprès de manière à tirer sur l'angle de 45 degrés, seul moyen d'éloigner l'ennemi.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au général Berthier
Je vous prie, Citoyen Ministre, d'écrire au général Mortier de prendre des mesures pour que les directeurs de roulage établis à Lunebourg et à Hambourg, appelésspéditeurs, ne se chargent point de porter des marchandises anglaises aux foires de Francfort et de Leipzig, et, en cas de contravention de les faire arrêter;; d'établir un poste de douane, et surtout de ne laisser passer aucun anglais sous prétexte de transit. Cette mesure est de la plus grande importance.
L'armée de Hanovre doit avoir reçu, depuis la convention Suhlingen, 300,000 livres sterling venant de l'Angleterre.
Faites connaître au général Mortier qu'il ne doit pas acheter de bois à Hambourg pour la construction des chaloupes canonnières, mais se servir des forêts du Hanovre. Il n'y a aucune difficulté à faire couper sur-le-champ ces bois dans ces forêts et à s'en servir. Ils dureront moins sans doute mais au moins dureront-ils plusieurs années. Il faut abandonner l'idée de rien acheter à Hambourg.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies
Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, une lettre du vice Truguet. Faites-lui connaître que mon intention n'est pas de nommer un amiral pour les grands ports, ayant une entière confiance dans les préfets qui dirigent ceux de Brest et de Toulon; qu'il n'est pas non plus dans mon intention de voir O'Connor ni aucun autre chef irlandais ; que tout au plus il pourra vous les présenter. Vous leur ferez connaître, en mon nom, que le général Truguet est autorisé à traiter avec eux.
Vous devez donner des ordres à Marseille pour que le navire la Prudente et le brick le Timoléon soient sur-le-champ évalués ; car il faudra bien que l'Espagne en paye l'équivalent. Écrivez en conséquence au préfet.
Le citoyen Olivier, agent de la marine à Hambourg, a fait connaître au général Mortier que, pour construire les soixante bateaux plats, il fallait acheter à Hambourg pour 1,500,000 francs de bois vieux. Donnez-lui ordre de faire couper dans les forêts de Hanovre les bois nécessaires, et de n'en pas faire acheter pour un sou. Il doit employer ce bois et faire travailler sans délai aux constructions.
Bruxelles, 29 juillet 1803
Au contre-amiral Decrès
Je vous envoie, Citoyen Ministre, le rapport de l'administration forestière. Il serait nécessaire que cette coupe extraordinaire ne coûtât point d'argent. Ainsi il ne faudrait pas qu'elle se vendit, mais établir pour cela une comptabilité en matières, du chantier de Compiègne avec l'administration forestière, ce qui épargnerait une perte de temps et un emploi d'argent assez considérable, qui, rentrant en lettres de change, formerait un emploi de numéraire qu'il est bon de de réserver pour un autre objet.
Maëstricht, 31 juillet 1803
Au consul Cambacérès
Je reçois, Citoyen Consul, la liste des nominations faites par le Sénat. Il est convenable de les faire mettre dans le journal officiel. J'y remarque un nommé Partarrieu-Lafosse, conseiller de préfecture de la Gironde, qui s'est toujours très-mal montré.
Je suis arrivé hier à Maëstricht, après une journée très-fatigante. Le consul Lebrun avait le projet de s'en retourner par Anvers, Gand, et Ostende, et d'être à Paris dans dix jours.
Maëstricht, 31 juillet 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Il me paraît convenable, Citoyen Ministre, que vous donniez des ordre que les troupes qui sont à Juliers, pour les travaux de la place, soient cantonnées dans les campagnes environnantes; elles sont extrêmement mal logées chez le bourgeois.
Donnez ordre au 26e régiment de chasseurs de rester en garnison à Maëstricht.
Donnez ordre aux ler, 8e et 26e régiments de chasseurs, au 7e du hussards, et en général à tous les régiments de cavalerie qui n'ont pas encore envoyé en Hanovre, d'y envoyer vingt-cinq hommes chacun pour prendre soixante chevaux. Recommandez au général Mortier d'envoyer prendre ces vingt-cinq hommes, et, s'il peut donner soixante et quinze chevaux, de les donner, un homme pouvant bien mener trois chevaux.
Donnez au général Mortier l'ordre de faire une recherche sévère de tous les chevaux des écuries du roi d'Angleterre et de les faire passer en France ; qu'il envoie surtout une centaine d'étalons pour nos haras.
Donnez ordre à la 21e demi-brigade légère de se rendre à Venloo; elle laissera à Juliers un bataillon pour les travaux.
Il n'y a sur la place de Maëstricht aucune bonne carte, aucun nivellement, aucune carte des environs ; de manière qu'en cas de siége on ne trouverait aucun secours pour les sorties. On ignore les parties qu'on peut inonder. Cette place, qui est la seule que ayons comme point d'appui d'une armée sur le bas Rhin, devrait être tenue dans un très-bon état. Elle a besoin d'être étudiée, afin de déterminer le parti à prendre pour l'améliorer ; elle m'a paru en avoir besoin.
Maëstricht, 31 juillet 1803
Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies
J'ai lu avec attention, Citoyen Ministre, les détails sur les pertes faites par le port de Bordeaux. Il serait important d'avoir des états pareils de tous les ports de France, en y ajoutant les sommes d'argent payées pour les assurer, et les déboursés en retour des valeurs portées par ces bâtiments.
Je souhaite que, par les mesures que vous avez prise, vous ayez du chanvre de France. Je crains que Larue ne vous en procure pas. Ce qu'il y a de plus clair, c'est l'argent que vous lui avancez. Au reste, nous en verrons le résultat.
Faites mettre dans les journaux français la note des bâtiments que nos corsaires ont pris, et la récapitulation des prises faites depuis la guerre, et qui peuvent monter à une vingtaine ; ce serait fort agréable pour des personnes qui pensent que nous n'en faisons pas du tout.
Il serait utile d'avoir une frégate à Flessingue. Faites-y passer une des deux frégates, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
Il faut que le général Missiessy parte, l'arrêté étant signé, et qu'il mette en ordre l'administration du Havre ; ce qui n'empêchera pas, lorsqu'il sera convenable, de l'employer sur mer.
Les mesures ont été prises pour qu'il y ait à l'île d'Aix 5 à 600 hommes.
Je compte être sous huit ou dix jours à Paris.
J'imagine qu'à l'heure qu'il est l'amiral Bruix est déjà de retour sur la côte.
Le citoyen Talleyrand a dû vous communiquer une convention faite à Bruxelles avec la commission batave, par laquelle elle nous cède la frégate qui est à Flessingue, ainsi que tout ce qui est dans les magasins. Je pense que vous y avez fait passer des ouvriers pour continuer les constructions.