1 - 15 avril 1806


La Malmaison, 1er avril 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, un nommé Bretz, garde-magasin de la 4e division, sous les ordres du commissaire des guerres Masséna, a reçu du gouvernement de Vicence 2,116 livres ou souverains, en échange d'un bon de 8,000 rations de pain, dont il n'a été reçu que 1,000. Ordonnez l'arrestation de cet individu.

J'ai destitué le général Solignac. Vous lui notifierez sa destitution et vous lui ferez connaître que je sais, à point nommé et en grand détail, tout l'argent qu'il a eu, et pour lui et pour d'autres; qu'il faut que, sans délai, il restitue tout ce qui, dans la levée des contributions, a été à son profit; que l'Empereur, qui ne veut pas outrer les mesures de sévérité, voudra bien ne pas aller plus loin si ces sommes sont promptement rétablies dans la caisse de l'armée; mais que si le général Solignac tarde à le faire, il sera traduit devant une commission militaire comme ayant détourné à son profit des fonds destinés à servir à l'entretien et à être la récompense du soldat. Écrivez au général Seras que je suis instruit que plusieurs de ses aides de camp et des officiers de son état-major se sont fait donner des sommes d'argent par le pays conquis; que je désire qu'il fasse attention qu'avec la surveillance et la sévérité que je porte l'administration cela ne peut aller plus loin ; qu'il faut donc qu'il avertisse sérieusement ses officiers de prendre garde de se compromettre; sans quoi ils se verront traduits devant un conseil de guerre pour être jugés comme ayant détourné les fonds de l'armée à profit.


La Malmaison, 1er avril 1806

Au maréchal Berthier

Je vous envoie le Moniteur; vous verrez ce que j'ai fait pour vous. Je n'y mets qu'une condition, c'est que vous vous mariiez, et une condition que je mets à mon amitié. Votre passion a duré longtemps; elle est devenue ridicule; et j'ai droit d'espérer que celui que j'ai nommé mon compagnon d'armes, que la postérité mettra partout à côté de moi, ne restera pas plus longtemps abandonné à une faiblesse sans exemple. Je veux donc que vous vous mariez; sans cela, je ne vous verrai plus. Vous avez cinquante ans, mais êtes d'une race où l'on vit quatre-vingts , et ces trente années celles où les douceurs du mariage vous sont le plus nécessaires.

Quand les circonstances le permettront, vous vous rendrez à Strasbourg. De là vous passerez à votre principauté pour tout y arranger. Elle rendait 50,000 écus à la Prusse; elle doit vous rendre le double. Vous savez que personne ne vous aime plus que moi; mais vous savez aussi que la première condition de mon amitié est qu'elle soit subordonnée à mon estime. Vous l'avez méritée jusqu'ici. Continuez à vous en rendre digne en concourant à mes projets et en devenant la souche d'une bonne et grande famille.

Je vous ai écrit pour mes prisonniers de guerre d'Italie, qui ne sont pas encore rentrés.


La Malmaison, 3 avril 1806.  

A M. Mollien

La province de Vicence a donné 300 souverains d'or au payeur général de l'armée pour l'engager à accorder des délais pour le paiement des contributions; 30 de ces souverains ont été donnés à un nommé Auzou. Écrivez à ce payeur pour savoir s'il a fait recette de cette somme; que, s'il ne l'a point fait, il se hâte de le faire, sans quoi il peut en résulter des conséquences funestes pour lui; qu'il faut que toutes les contributions payées par les provinces conquises se trouvent dans sa caisse; car l'Empereur les connaît toutes et veut savoir si tout ce qu'on a payé est entré dans la caisse de l'armée.

Je désirerais aussi que vous présentiez un payeur plus propre que M. Mesny, qui se trouve compromis dans plusieurs affaires. On pourra le laisser encore quelque temps, mais il faudra finir par l'ôter.

Le payeur Devisau a reçu du gouvernement vicentin 52 souverains d'or. Faites-moi connaître si cette somme a été encaissée.


La Malmaison, 4 avril 1806

A M. Gaudin

Mon intention est que toutes les marchandises anglaises saisie à Neufchàtel servent de gratification à l'armée. Il est nécessaire que le directeur des douanes demande au général Oudinot un officier pour les assister dans la vente, afin que l'armée ait la sûreté que rien ne soit détourné et que tout aille à son profit.


La Malmaison, ler avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, vous trouverez ci-joint le Moniteur; faites faire le plus tôt possible la répartition des trente millions de biens, et, lorsque M. Dauchy devra revenir, il rapportera tous les procès-verbaux.

Au 1er mai, Venise fera partie du royaume. Dès ce moment l'armée sera nourrie par Dejean, mais ce sera toujours par vous. Les 2,500,000 livres par mois suffiront-ils ?

Faites-bien sentir au Conseil d'État que la réunion de la Dalmatie, de l'Albanie, du Frioul, de Venise, exige que je tienne dans ces provinces un grand nombre de troupes, surtout pendant les premières années; que les 2,500,000 livres ne sont pas trop considérables; que l'augmentation pour le pays de Venise est de moins d'un million, puisque mon royaume d'Italie paye déjà 1,600,000 francs. Enfin n'oubliez pas que les 1,200,000 francs de rente sur le Mont-Napoléon sont une récompense juste; que les duchés que je crée ne sont que pour arriver à un système, puisqu'ils ne donnent aucun droit; que l'on en rachètera les dotations insensiblement; que l'occupation de Venise pourra être le prétexte de nouvelles guerres; qu'il est de mon devoir et de ma politique d'intéresser l'armée et la nation dans cette nouvelle querelle, quoiqu'il soit indifférent pour les autres puissances que Venise appartienne à l'Autriche ou à l'Italie.

Envoyez-moi l'état des commandeurs de la Couronne de fer que j'ai nommés et des places que j'ai encore à donner, avec les propositions que vous avez à me faire et la note de ce qu'a fait chaque individu proposé pour le bien du pays depuis la première entrée des Français en Italie.


La Malmaison, 2 avril 1806

Au général Junot

C'est par mon ordre que le prince Eugène réunit toute l'artillerie à Vérone. Le 3e léger vous est bien suffisant pour maintenir la police dans l'État de Parme. Où est donc le temps où, avec une colonne mobile de 300 hommes et deux pièces de canon, j'aurais fait trembler neuf millions d'individus ? Mais on est devenu trop grand seigneur, on ne se remue pas, on dort, et il ne faut point dormir. Je sens d'ailleurs qu'il peut être avantageux aux États de Parme d'avoir deux régiments ; je vous en enverrai un nouveau.

Je donne ordre à Oudinot, qui est à Neufchâtel, de vous envoyer le bataillon d'élite du 3e. Je n'entends pas dire que vous ayez été à Bardi, et que vous ayez parcouru toute la province. Parcourez toute la chaîne de montagnes; qu'il n'y ait pas un point que vous ne connaissiez. Je puis vous rappeler d'un instant à l'autre, et vous n'aurez pas connu le pays. Qu'il n'y ait pas un sentier, un col de l'Apennin, une vue d'amélioration qui vous ait échappé.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au roi de Prusse

Monsieur mon Frère, j'ai fait connaître à M. le comte de Haugwitz, dans deux longues conférences, le fond de toutes mes pensées.

Je n'ai pas pu lui dissimuler la peine que j'ai éprouvée du peu d'accueil qui a été fait à Berlin à la convention de Vienne. Votre Majesté plus que personne sait qu'un traité est le concours de deux volontés, et qu'en le ratifiant on ne peut pas faire à une des parties un plus grand manquement que d'en changer ou interpréter les stipulations autrement qu'elles ne sont exprimées. Mais enfin la convention de Paris a mis un terme à cette trop longue incertitude pour mon cœur.

Sire, que Votre Majesté me permette de le lui dire : encore depuis le traité de Paris , dans la proclamation adressée à Neufchâtel, il a été dit, au nom de Votre Majesté, qu'il valait mieux qu'elle eût cédé cette principauté à la France que si la France l'eût conquise. Ah ! Sire , il n'a jamais été dans mon intention de faire la guerre à Votre Majesté, et, je l'eusse voulu, si j'eusse pu un moment oublier les principes de la politique de ma couronne et les sentiments que j'ai voués à la personne de Votre Majesté, si je m'étais laissé influencer par les insultes de son ministre et par cette espèce d'exaltation factice que l'on avait donnée à ses peuples contre la France, je le dis avec un noble orgueil, j'eusse pu la leur faire payer bien cher.

Mais je réclame ici la loyauté de Votre Majesté : je ne me suis jamais présenté à elle comme lui offrant la guerre on les conditions du traité de Vienne ou de Paris.

La guerre contre la Prusse n'a jamais pu être possible de ma part. J'ai offert à Votre Majesté de tout rétablir dans la même situation où étaient les choses avant le traité de Vienne, avant la guerre avec l'Autriche, en renvoyant le corps du maréchal Bernadotte en Hanovre; ou,  si Votre Majesté voulait conserver la province de Hanovre, la lui laisser contre l'échange de quelques provinces. C'est donc injustement que l'on présente à Berlin la convention de Vienne et de Paris comme une convention imposée par la France; et , si j'ose le dire, ceux qui présentent ainsi Votre Majesté aux yeux de l'Europe, ne la présentent pas avec la dignité qui convient à un des plus puissants souverains et qui commande à une des plus fortes et des plus belles armées. Quoi qu'il en soit, je regarde tous ces événements passés comme le résultat des intrigues multipliées que les Anglais ont l'art de susciter dans tous les cabinets.  

Je ne me souviens plus désormais que des clauses du traité de Paris qui nous lie, me flattant de mon côté que Votre Majesté rendra justice aux sentiments que je lui porte. M. le comte de Haugwitz ne saura jamais trop lui répéter combien mes intentions sont droites, franches et décidées. Je ne serai jamais, lorsqu'il s'agira de lui plaire, incertain, douteux , et n'aurai recours à aucun mezzo termine. Votre Majesté aura vu les communications faites au parlement d'Angleterre, elle aura reconnu là toute la duplicité de l'Autriche et de la Russie et elle se sera convaincue que cette dernière avait mis dans ses calculs de forcer la main à Votre Majesté pour la faire déclarer contre moi.

Enfin je m'en rapporte à ce que lui dira le comte de Haugwitz sur notre situation actuelle, et je serai heureux de penser que Votre Majesté est persuadée que, dans cette dernière circonstance, j'ai été au-dessus de toutes les petites passions, et que je me suis toujours conduit par les sentiments d'amitié que je lui porte et la considération des vrais intérêts de la France, qui, à mes yeux, ne peuvent jamais être considérés comme séparés de ceux de la Prusse.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 21 mars. Vous trouverez ci-joint une lettre du général Molitor qui vous fera connaître l'état de la question relativement à la Dalmatie. Vous voudrez bien réclamer toute l'artillerie et les munitions des places de cette province qui se trouvent encore à Trieste.

Faites connaître bien positivement que je n'irai point reprendre l'Albanie, puisqu'elle doit m'être remise, et que ceci est mal reconnaître les bons procédés que j'ai eus pour l'Autriche.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, le passage en Dalmatie sera dû par terre, et je ne souffrirai pas que la cour de Vienne le refuse. Que le général Marmont écrive au général Bellegarde pour qu'il fasse retourner l'artillerie vénitienne dans les places de la Dalmatie. Faites surtout passer en Dalmatie les hommes appartenant aux cinq régiments qui s'y trouvent, afin que ces régiments soient nombreux et puissants. Faites-y passer des cartouches et de la poudre, afin que la place de Zara et les autres places fortes soient en état , et qu'en cas d'événement on puisse y réunir tous les dépôts et porter toute la division sur la Croatie. Faites-y surtout passer de l'argent. J'imagine qu'il y a un payeur; il faut que ce payeur ai constamment dans la caisse des fonds pour un mois de solde; que le soldat ne souffre pas, qu'il ait toujours deux paires de souliers dans le havre-sac. Je suis fâché et je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous ne m'ayez pas encore envoyé les plans de Zara et des autres places de la Dalmatie, ainsi que les états de leur approvisionnement et de leur armement en artillerie. Je n'admets aucune espèce d'excuses; c'est à vous à faire mettre aux arrêts les commandants d'artillerie et du génie, et à prendre toutes les mesures pour que je sois instruit ; vous ne les prenez pas. On dort à Milan, mais beaucoup plus encore en Dalmatie. J'approuve fort que vous n'ayez mis ni bœufs , ni fourrages à Palmanova; cela coûterait inutilement de l'argent.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au prince Joachim

Le général Dupont m'apporte votre lettre. Je donne ordre qu'on établisse à Wesel une manutention. Il ne faut rien vendre; cela n'aboutit à rien. Je désire qu'arrivé à Wesel vous me fassiez un rapport sur le duché de Clèves et sur toutes les places. Les troupes qui sont dans le duché de Berg continueront à être traitées sur le pied de guerre. Je les ferai nourrir et habiller. Mon intention est de n'occuper que Wesel , avec un régiment; je ferai rentrer le reste des troupes en France. Quant à vous, je pense qu'il faut vous former un régiment de quatre bataillons, chaque bataillon de huit compagnies, de manière à pouvoir mettre en campagne 2,400 hommes, avec une compagnie d'artillerie et six pièces de canon ; mais il faut bien se garder de se dépêcher de le former. Il faut suivre la manière économique du pays; les troupes allemandes coûtent beaucoup moins que les nôtres. Il faut aussi porter une grande attention dans le choix des officiers, y mettre beaucoup de propriétaires du pays.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au prince Joachim

Je ne vois pas d'inconvénient que vous gardiez le bataillon bavarois. Je ne veux point qu'on désarme Wesel, et je suis fort surpris qu'un officier du génie vous fasse une pareille proposition; sur quels renseignements a-t-il pu asseoir cette idée ? Cet officier du génie ne s'est pas fait honneur; dites-le-lui de ma part; son mémoire ne dit rien. Est-ce ainsi qu'on fait une reconnaissance ? Je n'ai pas plus d'idée de la place de Wesel, après avoir lu son mémoire, qu'auparavant. Ordonnez à cet officier d'y rentrer, d'en lever le plan, et de m'envoyer un mémoire en règle. Il faut au contraire armer la place de Wesel, en compléter les approvisionnements et la tenir en bon état.

Je suis fort surpris d'apprendre que les principaux du duché de Clèves n'aient pas voulu prêter serment ; qu'ils le prêtent sous vingt quatre heures, sans quoi faites-les arrêter, traduire en prison et confisquer leurs biens.

Le nom de ministre appartient à ceux qui en remplissent les fonctions chez tous les princes souverains ; il n'y a pas un petit prince en Allemagne qui n'en ait; par conséquent, vous devez avoir trois ministres.


La Malmaison, 4 avril 1806

Au prince Joachim

J'ai relu avec attention le projet d'organisation que vous m'avez envoyé; il est incomplet et mauvais. J'ai dicté à M. Maret quelques articles, qu'il vous enverra par le même courrier, non comme quelque chose de définitif, mais pour faire voir comme cela doit être fait. Ne vous pressez point. Pour bien constituer le pays de Berg et de Clèves , il faut se donner le temps d'observer et de voir. Faites recueillir tous les renseignements; après quoi, il sera possible d'arriver à une organisation qui convienne aux habitants et à vous, et qui rende vos voisins envieux de faire partie de votre domination. C'est là surtout le but qu'il faut se proposer.

Trois ministres suffisent; 6,000 francs à chacun est un traitement convenable. Huit conseillers d'État, à 2,000 francs chacun , paraissent suffisants pour le pays. Quant aux états, il faut bien savoir comment ils sont formés pour en concevoir une idée. Quant à la justice,  il faut aussi savoir comment elle est formée et combien elle est payée aujourd'hui. Il est probable qu'on allait en dernier appel à Munich ou même devant les tribunaux de l'Empire. Il faut abolir cela, et que tout se termine en dernier appel à Düsseldorf. Quant aux biens, vous devez vous emparer de ceux de l'ordre de Malte et de l'ordre Teutonique, et de ceux des moines; tout cela réuni devrait accroître votre domaine. Il faudrait que les biens , réunis à la portion d'impôt que vous garderez pour vous, vous formassent un revenu de deux millions de francs, afin que vous puissiez soutenir votre État sans avoir besoin d'autre chose. Les troupes doivent être soldées avec les fonds dont vous aurez l'administration, mais qui seront des fonds du trésor, de même que les canaux, les dettes et autres besoins publics. Il n'y a donc pas de renseignements suffisants pour faire quelque chose de passable; occupez-vous de les réunir.


La Malmaison, 5 avril 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur Talleyrand, M. Laforest n'explique pas assez quelles sont les plaintes que porte la Prusse, ni l'espèce de discussion qui existe entre M. de Schulenburg et le général Rapp. J'ai peine à concevoir cela. Il faut bien prévenir M. Laforest de ne pas se mêler de la médiation de la Prusse pour la Russie; tout cela n'est que du verbiage; il n'en est et n'en a jamais été question, et il faut toujours se taire là-dessus.


La Malmaison, 5 avril 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint la justification du général Baraguey d'Hilliers; je désire que vous la lisiez avec attention, et que vous la communiquiez an maréchal Ney avec les noms des officiers cités en témoignage; car il est juste que, s'il y a eu impossibilité pour le général Baraguey d'Hilliers à se trouver à l'affaire du 19 vendémiaire, il soit entièrement lavé et qu'aucune ombre de soupçon ne plane sur sa tête. Faites dresser un procès-verbal en règle de l'examen des faits. S'il y a de sa faute, il doit être puni ; mais s'il a fait son devoir, il ne doit rester aucune prévention contre lui.


La Malmaison, 5 avril 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, occupez-vous un peu de la carte de Bavière. Il serait bien important que l'on nous gravât cette carte et celle de Souabe, afin que nous sachions à quoi nous en tenir.


Paris, 7 avril 1806

A M. Regnier

La cour criminelle de Marseille m'est dénoncée comme ne remplissant pas ses devoirs, comme ayant acquitté deux individus dont l'un est un chef connu d'insurrection, à Aix, et l'autre convaincu d'avoir tué un gendarme. On se plaint particulièrement du président. Faites-moi un rapport sur cette affaire, et faites venir à Paris toutes les pièces du procès.


Paris, 7 avril 1806

NOTE POUR M. REGNAUD, PRÉSIDENT DE LA SECTION DE L'INTÉRIEUR AU CONSEIL D'ÉTAT. 

Il y aura au Conseil d'État une section composée d'un président et quatre conseillers d'État, laquelle sera spécialement chargée , 1° des budgets des communes; 2° des tarifs d'octroi; 3° des projets d'échanges, aliénations, impositions extraordinaires; 4° des autorisations pour les coupes des quarts de réserve ; 5° de tous les projets de lois et règlements concernant ou l'administration des communes, ou leurs propriétés.


Paris, 7 avril 1806

A M. Fouché

Dans votre bulletin du 18 mars, je vois qu'il y aurait à Aix encore des discussions ; qu'il y aurait un nombre de maisons qui affichent l'opposition au gouvernement et qui auraient fêté Mme. d'Escars son passage à Aix pour son exil; c'est ce que je lis dans votre bulletin du 18 mars. Mon intention est que, sans délai, vous demandiez un état des individus qui seraient dans cette opposition au gouvernement; car lorsqu'on ne donne pas les noms, on ne me dit rien. faire des tableaux, c'est ne me rien apprendre, ce n'est pas remplir ses devoirs. Témoignez-en mon mécontentement au commissaire général de police. On distinguera bien ceux qui sont émigrés ou non; et vous me présenterez un rapport pour envoyer à trente lieues d'Aix les cinq on six coupables, pour rendre la tranquillité à la ville.

Demandez à Bordeaux le nom des individus de l'ancienne noblesse qui se comportent mal. Et en général ne mettez pas dans les bulletins dans des tableaux, mais des faits.


Paris, 7 avril 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous envoie une lettre et des pièces qui vous serviront à répondre à M. de Lucchesini et à lui faire comprendre que Werden et les autres biens sont compris dans le duché e Clèves; que je suis fâché de la chaleur qu'on met dans cette affaire qui n'est pas d'une telle conséquence qu'on ne puisse l'aranger à l'amiable tout doucement.


Paris, 7 avril 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je reçois votre lettre datée du 1er avril. Je vous assure que je ne suis pas moins empressé que vous de vous voir arriver à Paris; mais je ne vois pas comment l'affaire d'Albanie pourra s'arranger. Il faut donc garder Braunau et vous tenir dans la position actuelle jusqu'à nouvel ordre.


Paris, 1 avril 1806

Au général Junot

J'ai donné ordre au ministre de l'intérieur de correspondre avec vous pour la mesure à prendre pour détruire la mendicité. L'établissement de trois ou quatre maisons de force, contenant 7 ou 800 personnes, où l'on formerait des ateliers de travail, est une fort bonne idée. Il faudrait les placer à Parme et à Plaisance plutôt qu'ailleurs, parce que le mal de la mendicité y est plus dangereux.

Il y a eu quelques assassinats ; la gendarmerie a arrêté les coupables; livrez-les à des commissions militaires ou à des tribunaux spéciaux; mais faites faire une prompte et sévère justice.


Paris, 7 avril 1806

Au prince Eugène

Mou Fils, je reçois votre rapport sur le vif-argent. Mon opinion est que vous ne vous en dessaisissiez pas que je ne sache à quoi m'en tenir là-dessus. Faites venir le propriétaire et demandez-lui un mémoire; dites-lui que cela a été vendu trop bon marché, et que je veux savoir toute l'histoire secrète de cette affaire. Vous pouvez le lui faire demander par le conseiller d'État Dauchy, s'il est à Venise; car il faut que je connaisse tout ce qui s'est fait, dans le plus grand détail.

Réduisez tous les bureaux de poste aux lettres de Venise à un seul. Ne laissez plus partir de courrier, soit par mer, soit par terre, qu'il ne parte de ce bureau.. Employez pour cela la police de Venise. N'ayez aucun égard. Si l'empereur a à réclamer, nous verrons. Ne nommez point les bureaux dans votre décret, et dites seulement que les onze bureaux de poste aux lettres établis à Venise sont réduits à un seul. Faites exécuter cette mesure avec une telle promptitude, que, vingt-quatre après que votre décret sera pris, tout soit réuni dans un point central.

Vous devez avoir plus de biscuit qu'il ne vous en faut en Dalmatie et en Istrie; mais, comme il est bon d'en avoir une grande partie à Zara, je ne m'oppose pas à ce que le biscuit qui est dans la 27e division militaire soit aussi dirigé sur cette place.

Ayez en Dalmatie un ordonnateur, un inspecteur aux revues et un payeur qui correspondent avec votre ordonnateur en chef, votre inspecteur en chef aux revues et avec votre payeur général; et alors, avec le nombre de troupes qui s'y trouvent, on saura ce qu'il leur faut.

Vous pouvez nommer pour provéditeur en Dalmatie la personne que vous jugerez la plus propre à cette place; vous lui donnerez les pouvoirs qu'avaient les anciens provéditeurs vénitiens, et il correspondra avec vous et avec vos ministres.


Paris, 7 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je n'ai jamais rien vu de plus mal fait que les mémoires que m'envoie le général de génie Poitevin : il se mêle de ce qui ne le regarde pas; il bâtit des plans de campagne qui n'ont point de sens, et ne donne point la description du pays ni des places fortes, la seule chose qui m'intéresse. Demandez-lui donc, non des lignes de défense, des camps retranchés, etc., mais la topographie proprement dite du pays; qu'il fasse l'ingénieur et non le général en chef.


Paris, 7 avril 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, le général du génie Poitevin, qui est en Dalmatie depuis deux mois, au lieu de faire une description topographique et militaire du pays qui me fasse connaître la nature des chemins, les côtes, les ports, les montagnes, les villes, la population, etc., fait des rêves de première ligne de défense, de seconde ligne de défense, de plans d'offensive, de défensive; ce qui est un véritable galimatias. Témoignez-lui mon mécontentement, et dites-lui bien qu'il m'envoie un mémoire sur toute la topographie du pays, sur les montagnes, routes, canaux, etc., sans y joindre des projets d'attaque, de défense, ni rien de ce qui n'est pas précis et qui ne tend pas à faire connaître la nature du pays.


La Malmaison, 10 avril 1806

A M. Cretet

Monsieur Cretet, je vous envoie le rapport de M. de Champagny sur les eaux de Paris; je désire que vous me fassiez un petit travail là-dessus. Le but où je voudrais arriver avant tout serait de faire couler jour et nuit l'eau dans le plus de fontaines possible.

Il me semble qu'il n'est pas bien dit dans le mémoire de M. Champagny ce qu'il en coûterait. Pendant quatre mois de l'été, cela est indispensable à Paris. On ne peut regarder à 100,000 francs lorsqu'il est question de l'agrément et de la santé d'une si immense ville. Faites-moi un rapport concis là-dessus, et présentez-moi un projet de décret pour augmenter le nombre des fontaines actuellement existantes, si cela peut se faire sans de trop grandes dépenses. Joignez une carte de Paris sur laquelle vous indiquerez par un signe le lieu où sont les cinquante-six fontaines actuelles.

Faites-moi un autre rapport sur les avantages ou les inconvénients qu'il y aurait à supprimer la pompe de Notre-Dame. Cela est-il urgent ou peut-on attendre que les eaux du canal de l'Ourcq soient arrivée et que la navigation de la Seine soit terminée jusqu'à Troyes ? Je désire que vous m'apportiez ces différents rapports mercredi au Conseil d'État. Il est honteux, dans mon opinion, qu'on vende de l'eau aux fontaines de Paris. Faites-moi connaître ce que perdrait la commune de Paris par la suppression de ce droit.

Enfin le but auquel je veux arriver est : 1° que les cinquante fontaines de Paris actuelles coulent jour et nuit, depuis le 1er mai prochain; qu'on cesse d'y vendre l'eau, et que chacun puisse en prendre autant qu'il en veut; 2° que les autres fontaines qui existe à Paris soient le plus tôt possible mises en état de fournir de l'eau. Il me semble que ce sera un beau réveil pour Paris, si cela peut s'exécuter aussi facilement que je commence à le concevoir, et avec aussi peu de sacrifices.


La Malmaison, 10 avril 1806

A M. Cretet

J'ai accordé plusieurs fonds cette année pour les travaux publics de Paris : 1,200,000 francs sur la caisse de la police, autant sur les coupes de bois en réserve appartenant aux communes, et déposés la caisse d'amortissement; et je crois même que je vous ai accordé d'autres fonds. Faites-moi connaître mercredi, au Conseil d'État, ce que vous comptez faire de ces fonds, et employez cette année 100,000 écus pour faire ce qui est nécessaire dans une première campagne. Faites réparer le Champ de Mars (cela me sera nécessaire pour maintenir la police, si j'y fais venir un grand nombre de troupes) de manière à le rétablir comme jadis.

Apportez-moi mercredi un rapport sur les routes du Piémont, Gênes et Parme. Qu'avez-vous fait en l'an XIII, et avez-vous joui des 400,000 francs de l'an XII ? Qu'y a-t-il de plus urgent à faire d'abord sur les routes de Suze à Alexandrie et d'Alexandrie à Parme, sur celle de Turin à Verceil, sur celle d'Alexandrie à Gênes et sur celle de Turin à Nice ? Que vous a-t-il été accordé en l'an XIII et XIV, et cette année, pour toutes ces routes? Que vous faut-il ?

Une autre chose que je désire mercredi, c'est le travail pour la Roche-sur-Yon.


La Malmaison, 10 avril 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur de Talleyrand, je vous renvoie votre rapport et le projet de M. Otto. Je ne puis l'adopter, parce qu'il confond ce qui me regarde directement avec ce qui me regarde indirectement. Ce qui me regarde directement, c'est l'exécution du traité de Presbourg et la mise en possession des pays autrichiens aujourd'hui occupés ou qui sont censés occupés par mon armée. Il y a là deux difficultés : l'une entre Wurtemberg et Bade, l'autre entre la Bavière et Wurtemberg. La question entre Wurtemberg et Bade est connue; je puis la décider sur-le-champ, puisque le principal obstacle a été levé par le travail du général Clarke. La question entre la Bavière et Wurtemberg devait être résolue par M. Otto; mais je vois qu'il ne l'a pas fait et qu'il s'est occupé d'objets étrangers à cette décision. Il sera donc nécessaire que je nomme pour cet objet un commissaire dont la délicatesse soit connue et à l'abri de toute corruption. Il tracera la ligne de démarcation des frontières entre la Bavière et Wurtemberg en conformité de ce que veut le traité de Presbourg. Il fera planter les poteaux de limites et fera dans cette partie un travail semblable à celui du général Clarke pour les frontières de Wurtemberg et de Bade. Le décret relatif à cette affaire finira tout ce que j'ai à terminer directement , et je désire le signer dans la semaine.

Il est des affaires d'une nature différente que M. Otto a confondues et qui ne me regardent pas directement; je veux parler de la souveraineté sur les territoires des petits princes. Quel parti doit-on suivre relativement à cette question ? Doit-on maintenir les petits princes dans toute leur indépendance, leur laisser voix à la diète, ou réduire à l'état de particuliers ? Si on les laisse dans leur indépendance, ils voteront contre la France, soit parce qu'ils sont Autrichiens, soit parce qu'ils ont trop de relations avec l'Autriche qu'on ne pourra concilier ces petits princes avec les souverains de Bavière, de Wurtemberg et de Bade. Le véritable intérêt de la France est que l'empire germanique ne puisse se réorganiser qu'à l'aide d'une forte et puissante direction. La France n'en a pas un moins réel que les trois seuls princes qui, depuis la révolution, ont franchement fait cause commune avec elle en soient amplement récompensés. Je ne serais donc pas éloigné de penser qu'il serait conforme au système du moment de conclure une convention secrète avec trois souverains que je viens de nommer, et d'augmenter leurs États actuels de 150 à 200,000 ânes, sans pour cela y intervenir pour mon compte d'une manière directe; en un mot, de les laisser faire entre eux et en leur défendant de prononcer mon nom. Par ce moyen le Collège des princes serait privé de quelques votes autrichiens, et ce serait une nouvelle difficulté pour l'établissement de l'équilibre des votes entre l'Autriche et la Prusse. Les trois princes seraient pendant toute la génération actuelle, bien plus à ma discrétion qu'ils ne le sont en ce moment, parce que, n'ayant pas donné un assentiment public à leurs opérations, ils se trouveraient dans une situation violente; et comme leurs usurpations ne pourraient être légalement sanctionnées que par l'autorité impériale d'Allemagne, il en résulterait qu'ils seraient toujours obligés de recourir à mon appui , et je disposerais conséquemment de trois votes électoraux. L'opinion germanique serait par là plus partagée, ce qui est en tout favorable à la France. Il est cependant des princes, tels que celui de Hohenzollern, qui ne sont pas autrichiens, qu'il peut être de mon intérêt de garantir, même d'étendre et de placer sous mon influence tous les moyens convenables. Il ne faut pas s'en laisser imposer par les protestations des petits princes d'Allemagne. Ils ont fait la même chose à Rastadt, et nous n'avons pas d'ennemis intérieurement plus acharnés. La situation de l'Europe ne comporte plus de ces petites questions. Ils seraient les premiers sacrifiés et offerts par l'Autriche elle-même aux trois souverains pour rallier l'esprit germanique toutes les fois que l'Autriche le croirait de sa politique. Si mes armées avaient été battues, peut-on douter que la Russie et la Prusse n'eussent consenti à laisser la Bavière à l'Autriche ? Il y a eu, et le fait est bon à rappeler puisqu'il est historique, des moments, pendant la coalition, où Pitt a offert le Hanovre même à la Prusse. L'Autriche, la Russie et peut-être la Prusse, mais surtout l'Angleterre sentent très-bien qu'il n'est pas de sacrifice assez grand qu'elles ne doivent faire pour abaisser la France. D'ailleurs, les petits princes sont eux-mêmes fatigués de leur souveraineté; n'a-t-on pas vu celui d'Anspach renoncer à la sienne pour de l'argent ? Dans un siècle où on ne vit plus dans ses terres, où on est au service des grandes puissances, c'est au revenu seul qu'on s'attache, c'est le revenu seul qu'on compte. Résumons-nous : il est dans la nature des circonstances actuelles de laisser détruire tous ces petits princes. Réunis aux trois souverains nos alliés, ils leur donneront un régiment de plus et formeront dans l'empire germanique un esprit distinct de celui qui règne en ce moment en Allemagne. Ces petits princes, même fussent-ils pour nous, ne nous offriraient-ils pas une faible et ridicule ressource ? Quant au nord de l'Allemagne, cela est soumis à d'autres considérations. Pour achever, au surplus, de fixer mes idées, il est nécessaire que vous me transmettiez un détail des petits princes allemands qui sont dans la sphère d'activité des trois souverains dont j'ai parlé, de leurs habitudes et de celles de leurs pères avec la Maison d'Autriche. Il est impossible que le prince de Metternich, qui est tout autrichien, que celui de Fürstenberg, qui est tout autrichien, restent en Souabe.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, on me remet des états des armes portatives qui ne sont point exacts. Je n'y vois point l'état des fusils que j'ai à Fenestrelle, dans la citadelle de Turin, au fort Barraux, à Mantoue; faites faire ces états avec plus d'exactitude.

Quant au budget, les observations que vous me remettez tombent sur deux objets : la première , sur l'insuffisance du fonds pour les armes portatives; mon intention est que l'on fabrique le plus d'armes possible. Si le fonds qui est destiné à cet objet est insuffisant, j'accorderai un supplément sur le fonds de réserve. La seconde observation est relative au fonds pour les salles d'armes; nous en avons suffisamment. Tous les nouveaux établissements qu'on fait absorbent beaucoup d'argent sans raison. Cela petit être fait avec le temps, dans des années où il y aura moins de dépenses.

Quant aux constructions, je ne puis comprendre que nous ayons un déficit aussi considérable qu'on l'avance. On dit qu'il manque tant d'affûts de siége, tant d'affûts de place : sans doute , si l'on suppose que toutes nos places seraient assiégées à la fois. Mais, si l'on avait l'argent nécessaire, serait-il convenable d'avoir à la fois une si grande quantité d'affûts, dont les cinq sixièmes pourriraient dans les arsenaux sans avoir jamais servi ? Nous en avons le nombre nécessaire. Dans la situation actuelle de l'Empire , l'art consiste à avoir les approvisionnements dans plusieurs points centraux d'où on puisse les diriger, selon les circonstances militaires, sur telle ou telle place.

Il en est de même pour les équipages de campagne. C'est erreur de penser qu'il faut, pour le service de l'Empire , des attirails et des caissons pour trois ou quatre mille pièces de campagne. Les pièces de campagne sont plus que suffisantes, et avec ce nombre on est sûr de n'avoir jamais besoin d'aucun transport. Avec les attirails d'un équipage de trois cents bouches à feu pour la Hollande, la côte de Flandre et le Nord ; d'un équipage de trois cents bouches à feu pour Metz, Strasbourg et le Rhin, de deux cents pour l'Italie, et de deux cents pour les Pyrénées, la Bretagne et la Méditerranée, on a plus que le nécessaire. J'aurais de la peine à comprendre que je n'eusse pas ce qui est nécessaire pour former ces quatre équipages. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître en détail la situation de l'artillerie. On peut avoir autant de pièces de canon que l'on veut, elles ne dépérissent point; autant de fer coulé que l'on veut, cela ne dépérit point; mais il ne faut avoir que l'attirail nécessaire, parce que cela périt.


Malmaison, 10 avril 1806

DÉCISION

Le ministre de la guerre propose de renforcer la garnison d'Alexandrie, afin de disposer de 4,000 travailleurs pour accélérer les travaux des fortifications de cette place.

Il faut, avant tout, pourvoir  aux hôpitaux; celui de la citadelle est un meurtre.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au maréchal Berthier

Je suis fâché que vous ayez envoyé votre frère à Paris. Je n'ai point voulu le voir et je ne le recevrai point. Écrivez-lui de repartir sur-le-champ. Votre frère a gagné deux millions en Hanovre, et il ne faut pas qu'il fasse l'important. Si, aujourd'hui qu'il est riche, il veut s'affranchir de ses devoirs, il s'en trouverait mal. Je tiens à déshonneur qu'un général quitte ses troupes. Quant à des couches de femme, je n'entre pas dans ces détails-là; ma femme aurait pu mourir à Munich ou à Strasbourg, cela n'aurait pas dérangé d'un quart d'heure l'exécution de mes projets ou de mes vues. Croyez-vous que tous les militaires qui sont en Allemagne, et vous tout le premier, n'aient point envie de revenir, et même qu'indépendamment des raisons de service je n'en ai point d'autres de vous désirer à Paris ? Mais le militaire tombe en quenouille, et je veux être inflexible. Si le général Berthier était venu sans votre ordre, il aurait été sur-le-champ arrêté.

L'invasion des bouches de Cattaro me contrarie beaucoup, car il me tarde bien que mes troupes rentrent en France. Il est impossible que les Russes restent longtemps dans un poste si important, et il n'y a point de doute que la Porte, qui est très-prononcée contre eux et qui n'est point dans la disposition de nourrir une guerre chez elle, ne fasse rendre les bouches de Cattaro.

Envoyez-moi un détail, écrit pour moi, des dilapidations, afin que dans la distribution des gratifications je porte en compte à chacun ce qu'il a pris. Le million que vous envoyez passe sans doute par la caisse de la Bouillerie, qui en donnera avis à la caisse d'amortissement pour en faire recette.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au vice-amiral Decrès

J'ai lu avec attention la dépêche de M. Laussat (Préfet à la Martinique). Je désire que vous montriez à M. Dubuc cette chanson, qui est véritablement tout à fait anglomane, et me présentiez un mémoire sur ce qu'il y a à faire pour changer cette situation.

Envoyez-moi :

1° La note des officiers du génie et d'artillerie qui se trouvent dans l'île et n'auraient pas fait la guerre en France; mon intention est de les rappeler tous et de les remplacer par des officiers de leur grade, choisis parmi les meilleurs;

2° La composition des membres pour la cour de justice, et comment la composer de manière que la grande majorité fût des hommes venus de France, ennemis des Anglais.

Enfin tâchez d'avoir la note des individus qui se comportent mal; on enverra l'ordre de les faire passer en France.

Expédiez un brick pour la Martinique, et écrivez au général Villaret que j'ai lu cette chanson avec indignation, et que je suis surpris que la police de l'île ne fasse pas arrêter et ne mette pas un terme à de pareils abus; qu'il ne convient pas à des officiers français d'entendre l'éloge de l'anglomanie, et que son éloge par cette même bouche ne peut avoir été fait que par ses plus grands ennemis; que je sais qu'il a trop d'indulgence pour une soixantaine de freluquets qui abusent de son nom ; qu'il faut qu'il y mette ordre. Ordonnez-lui l'exécution des règlements militaires. Pour l'artillerie, je penserais que, dans la situation actuelle de la Martinique, il serait bon d'expédier trois bricks, savoir : un le plus tôt possible, le deuxième le 1er mai, et le troisième le 15 mai; sur chacun de ces bricks, un officier de confiance qui pût revenir et voir bien la situation des choses; on pourra envoyer par chacun de ces bricks, des lettres au préfet pour qu'il soit conciliant et ferme, et des lettres au général Villaret pour lui donner plus de caractère et lui enjoindre de réprimer les partisans de l'Angleterre.


La Malmaison, 10 avril 1806

A l'amiral Decrès

Le véritable blocus établi par les russes dans la mer Adriatique est leur occupation des Sept-Îles. Vous voudrez bien donner ordre à nos corsaires de courir sur le pavillon des Sept-Îles, et à tous nos commandants de confisquer les bâtiments portant ce pavillon dans un port soit de France ou d'Italie, et d'interrompre les communications de Naples, Ancône, Venise, avec les Sept-Îles. Vous en écrirez à cet effet à Venise et à Ancône.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vous prie de dire à mon ministre des finances Prina de lire avec attention ce rapport du directeur général de la régie des sels et tabacs de Turin. Il me semble que, proportionnellement à ce que cet impôt me rend dans mon royaume d'Italie, cette régie ne me rend pas assez. Comme Prina a beaucoup d'expérience sur ces matières, je désire qu'il me fasse un petit rapport confidentiel, qui ne sera connu que de moi, avec les observations que la lecture de ces états pourra lui suggérer.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au prince Joseph

Mon Frère, je reçois votre lettre du 27 mars. J'ai des états détaillés des sommes que Masséna, Solignac, le payeur et d'autres officiers ont reçues. J'ai destitué Solignac, qui a été le bas intrigant de toute cette vilaine affaire. Six ou sept millions ne sont pas indifférents à l'armée. Ce n'est que joindre le ridicule au mal de la chose que de dire qu'on a reçu de l'argent en cadeau des gouvernements qu'on venait d'établir; il y a dans cela quelque chose de plus révoltant que la la chose même. On tire beaucoup de lettres de change de Naples sur ici. Prenez garde que je suis obligé à des dépenses immenses et que je serai dans l'impossibilité d'y faire face. J'ai ordonné qu'on acquittât les 2,900,000 francs de lettres de change que vous m'avez annoncées il y a un mois; mais ayez soin que les états en règle en soient envoyés par le payeur à la trésorerie. Il y a des formes dont moi-même je ne suis pas exempt et c'est là le palladium de l'État. Il faut que je sois assuré que, quand mes troupes sortiront du royaume de Naples, elles n'aient rien d'arriéré sur leur solde.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au prince Joseph

Mon Frère,  je reçois votre lettre du 30 mars. Je reçois avec plaisir l'assurance que mon armée sera soldée jusqu'au ler avril. Désormais je ne pourrai vous envoyer aucun argent.

Vous pouvez envoyer dans les États du Pape, du côté d'Ancône, les régiments qui vous sont inutiles; ils se nourriront là. Je crois, dans le fait, que vous avez trop de troupes. De vos quatorze régiments d'infanterie renvoyez-en quatre, et le tiers de votre cavalerie. Si vous prenez ce parti, je formerai de ces troupes un corps de réserve qui sera nourri aux frais du Pape, et qui sera à même de se porter d'Ancône sur le Pô ou sur tout autre point où il serait nécessaire pour la défense de l'État. Lorsque j'aurai reçu votre réponse, je nommerai un général de marque pour commander cette réserve.


La Malmaison, 10 avril 1806

Au prince Joachim

Que voulez-vous que je vous dise? Vous marchez tantôt avec étourderie, tantôt avec imprévoyance. Il ne fallait pas occuper Essen et Werden, puisque le commissaire prussien ne vous en avait pas mis en possession. Si vous les avez occupés, il fallait y être tellement en force que deux bataillons du général prussien ne pussent pas vous les enlever. Si vous y aviez eu un régiment et quatre pièces de canon, ce général ne s'y serait pas présenté. J'ai écrit au roi Prusse de retirer ses troupes; vous, retirez les vôtres. Cela est petit affront que vous avez fait essuyer à mes armes. Je trouve ridicule que vous m'opposiez l'opinion du peuple de Westphalie; que fait l'opinion des paysans aux questions politiques ?


La Malmaison, 11 avril 1806

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES

Voir M. Bérenger pour me faire connaître ce qu'il est convenable que la caisse d'amortissement fasse, au moment de la publication du budget, pour soutenir les effets publics.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au général Junot

Je vois, par votre lettre du ler avril, que les deux chefs d'insurrection, ainsi que deux prêtres, ont été condamnés par la commission. J'imagine qu'ils ont été exécutés. Vous savez l'importance que j'attache à des exemples sévères dans l'État de Parme; l'ignorance du peuple des montagnes est telle qu'ils attribueraient l'impunité à faiblesse, et que les conséquences en sont toujours très-dangereuses.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j'ai reçu votre lettre du 4 avril. Il est impossible que les besoins de votre armée se montent à seize millions pour quatre mois, ce qui ferait quarante-huit millions pour l'année. Il me parait peu probable que les recettes ne montent pas à plus de 1,800,000 francs pour quatre mois dans l'État de Venise. Vous ne portez également dans les recettes de l'emprunt de Venise que pour 400,000 francs. Hâtez-vous d'envoyer tous les états à Paris, parce que, à dater du 1er mai, tous les services seront faits par le ministre Dejean. Cette manière m'est plus économique, et je connais mieux la situation de mes affaires. Ayez soin de tenir la solde au courant.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, vous voudrez bien renvoyer de Venise et des autres ports de mon royaume d'Italie tous les agents de la République des Sept-Îles. Faites confisquer et séquestrer les bâtiments de cette nation qui se trouveraient dans mes ports de l'Adriatique, et empêchez toute communication de ces ports avec les Sept-Îles. Faites visiter avec adresse les livres des négociants de Venise chargés des intérêts des Russes et des Corfiotes : ce sont MM. Papadopoli, Marino Doxaria et Conrado Reck et compagnie. Ces messieurs ont beaucoup d'argent aux Russes et Corfiotes. Faites saisir cet argent et déclarez que c'est en conséquence de l'état de blocus dans lequel les bâtiments de ces nations tiennent mes ports de l'Adriatique.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 2 avril. Celle du colonel Lebrun me parait écrite dans une disposition d'esprit portée plutôt à exagérer les choses qu'à les diminuer. Ce n'est pas le long des chemins qu'il faut avoir des troupes, mais il faut être maître des côtes. On ne peut être raisonnablement à Reggio sans occuper Cotrone, Rossano, Catanzaro, Castella, et enfin toutes les côtes des deux côtés, vers les golfes de Sainte-Euphémie et de Squillace. Le général Reynier me paraît avoir fait sa marche avec assez d'imprudence. Il eût fallu envoyer des troupes s'emparer de Cotrone, de Cosenza et de Castella, pendant qu'on marchait sur Reggio.

Un ennemi, maître de la mer, inquiétera toujours les communications de l'armée si on n'est pas maître des côtes. Il paraît que la Calabre a cinquante-cinq lieues de long, et que sur un point elle n'en a guère que huit à neuf de large, et sur un autre point moins de quinze. Il faut nommer un commandant pour la Calabre ultérieure et un pour la Calabre citérieure. Il faut des commandants de place sur les principaux points des côtes, et établir dans ces deux provinces trois petits camps volants de 7 à 800 hommes, tant infanterie que cavalerie. Au reste vous remédierez promptement à ces petits inconvénients du moment. Vous trouverez beaucoup de moyen d'artillerie du côté de Tarente.

Le maréchal Jourdan vous sera très-utile lorsque vous lui aurez confié le gouvernement de Naples. Il a un nom et une réputation à garder, ainsi qu'une habitude, qui le rendent plus propre qu'un autre à commander dans une grande ville.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, il ne faut pas vous dissimuler que vous n'aurez possession réelle du royaume de Naples qu'en y fixant un grand nombre de Français. Cela ne peut avoir lieu qu'en distribuant aux uns des portions de territoire, et en donnant aux autres des emplois particulièrement dans le militaire, et en leur confiant le commandement des villes et places de guerre et des forts. Je ne vois en conséquent aucune raison pour que vous vous pressiez trop de former des troupes napolitaines, ni de faire prendre parti dans l'armée à des officiers napolitains qui ne seront jamais sûrs pour vous. Vous aurez des biens nationaux, ceux du clergé, ceux des moines, ceux des feudataires; ce qu'il y a à faire relativement à ces biens n'est pas à tenter précisément dès aujourd'hui, mais il est bon de l'avoir en vue, même à présent.

Je ne saurais trop vous recommander d'établir le plus tôt possible des colonnes mobiles et des commissions militaires, non-seulement pour faire prompte justice des brigands , mais encore pour punir sans délai les excès des militaires, qu'il importe que vous réprimiez sévèrement.

J'imagine que vous faites occuper tous les ports de l'Adriatique, afin d'intercepter toute communication avec les Sept-Îles. Songez bien qu'il faut qu'il n'y ait, pour ainsi dire, pas un village dans votre royaume qui n'ait vu vos troupes, et qu'il importe cependant que les habitants n'aient pas à s'en plaindre. Il est convenable de ne pas disséminer vos forces. Mieux vaut en effet avoir 600 hommes qui fassent six voyages sur divers points ou envoient des patrouilles partout, mais de manière que le gros de ce corps reste réuni, que d'avoir les 600 hommes répartis, à raison de 100 hommes dans chaque endroit , sur six points différents. Attachez-vous à tenir les bataillons réunis. Il n'y a pas d'avantage, dans votre position, à faire servir les troupes par piquets , ni à former des bataillons ou de forts détachements uniquement composés soit de voltigeurs, soit de grenadiers. Cela morcèle les corps et soustrait les officiers et les soldats à leurs principaux chefs. L'anéantissement de toute administration, de toute comptabilité, en est la suite inévitable, et tout se trouve en désarroi. Il est de principe qu'il ne faut réunir des compagnies de voltigeurs et de grenadiers que la veille d'une affaire. Étudiez-vous donc à tenir ensemble vos bataillons et vos escadrons, et à ne pas les partager; sans quoi votre armée se fondra et sera dans un désordre incalculable.

Il est bon d'établir un quartier général pour toute la Calabre. Vous y placerez le centre de l'administration et les dépôts des troupes qui seront dans cette province. Cosenza on Cassano peuvent être choisis pour ce quartier général. Il serait bon d'y avoir, dans des magasins bien gouvernés, une certaine quantité de biscuit. J'en ai à Gênes et à Livourne, et je donne ordre aujourd'hui qu'on vous l'envoie sans délai.


La Malmaison, 11 avril 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je n'ai point de détails sur le siège de Gaëte; les officiers du génie et de l'artillerie devraient en envoyer. Ils écrivent peu et si succinctement que l'on ne sait rien. Il est ridicule de placer des mortiers à 1,500 toises de la place. J'espère qu'on est maître des Cappuccini. Est-on maître de Torre Latratina et du Monte Secco ? Qui empêche d'établir des batteries à la tête du bourg pour balayer le port et rendre l'approche de tout bâtiment de guerre dangereuse ? Il faut établir des sapes, cheminer et assiéger en règle cette place.


La Malmaison, 12 avril 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, faites une note très-verte à M. de Maillardoz sur la contrebande, qui est encouragée en Suisse et particulièrement à Bâle, et qui devient tellement considérable qu'il ne sera plus possible à la France de la tolérer; que, si le gouvernement suisse ne prend point des mesures pour la réprimer, je serai obligé, pour garantir le commerce de mes peuples et l'intérêt de mes douanes, faire entrer des troupes sur le territoire suisse pour enlever les marchandises anglaises, et que le landamman sera responsable du tort qui en résultera pour la Suisse. Demandez que les particuliers de Bâle qui réclament les marchandises saisies à Neufchâtel soient arrêtés. La contrebande est faite avec si peu de ménagement et avec des formes telles, que c'est une véritable hostilité contre la France. Écrivez à mon ministre en Suisse, pour faire les mêmes instances auprès des cantons nos voisins.


La Malmaison, 12 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, il paraît que le 11e de ligne, qui fait partie du corps du général Marmont, n'a point de solde depuis trois mois. Faites-moi connaître ce que je dois penser de cela. Payer mon armée régulièrement est la première de toutes les conditions.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, faites-moi connaître quand la traduction de la géographie de Strabon sera achevée.

On me rend compte que la manufacture de porcelaine de Sèvres aurait besoin de règlements. Faites-moi réunir les principaux manufacturiers de Paris, et présentez-moi un rapport sur ce sujet.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, vous me dites, dans votre rapport du 8 avril, que vous avez envoyé à Parme des traites du caissier général du royaume d'Italie sur lui-même, pour 509,751 francs échéant au 30 avril, pour 509,767 francs et pour 354,600 francs échéant au 31 mai, ce qui fait un total de 1,374,000 francs. Dites-moi pourquoi cet argent vous est dû. Je ne trouve dans ma mémoire aucune raison pour que le royaume d'Italie vous dût cette somme.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je viens de relire avec attention le rapport que vous m'avez fait sur l'artillerie, en date du 26 février. J'approuve la proposition de réduire le nombre des régiments d'artillerie à cheval à quatre régiments, en portant chaque régiment à huit compagnies. Je serais assez porté à recréer les ouvriers d'état ainsi que les canonniers d'état, et à astreindre les entrepreneurs des manufactures d'armes à faire des retraites aux ouvriers.

Je n'approuve point l'augmentation des régiments d'artillerie de ligne; huit régiments me paraissent suffisants. Quant au matériel, je vois que nous sommes dans un grand chaos, et qu'il est très urgent d'en sortir. Mon intention n'est pas cependant de faire aucun changement avant que le premier inspecteur soit arrivé; mais ce qui me paraît extrêmement urgent, c'est de régler la quantité d'affûts, de pièces et d'approvisionnements qu'on doit tenir dans chaque place et le nombre de pièces de canon de campagne que chaque place doit également renfermer pour sa défense.

Il y a un grand nombre de places dont on conserve les fortifications sans les détruire, mais où l'on ne devrait plus tenir d'artillerie, sauf à les réarmer par les dépôts, si les circonstances le rendait nécessaire. Le placement de ces dépôts, où je voudrais avoir de grande quantité de pièces, d'affûts et d'objets d'artillerie de toute espèce, me parait une chose extrêmement importante. Ai-je besoin de 9,300 bouches à feu pour l'armement des places fortes ? Je ne crois pas. Ai-je besoin de 9,000 affûts ? Je ne le crois pas. Bien loin de penser qu'il faille un tiers d'affûts de plus que de canons, je crois qu'il faut, au contraire, plus de canons que d'affûts, par le principe qu'il n'y a aucun inconvénient à avoir des canons, qui se conservent, et qu'il y en a beaucoup à avoir des affûts, qui dépérissent.

Pour les équipages, il faut, comme je le dis dans ma lettre du 10, fixer le nombre qui est nécessaire et les lieux où l'on doit les réunir. Je pense que les équipages de mille pièces suffiraient, quoique je porterais volontiers le nombre des pièces à mille deux cent et même à mille huit cents, avec la quantité de boulets en proportion, par le principe que les pièces et les boulets ne périssent pas. Je ne crois pas non plus qu'il faille cinquante millions de livres de poudre pour notre approvisionnement. Nous en avons aujourd'hui seize millions, et je trouve que nous en avons beaucoup plus qu'il ne nous en faut; mais cela tient toujours au même calcul qu'on forme la colonne du nécessaire pour les places en les supposant toutes assiégées de la même manière. Chargez le conseiller d'État Gassendi de me faire un travail là-dessus.

Il est des places, telles que Mayence, Landau , Strasbourg, Neuf-Brisach, Alexandrie, etc., qui doivent toujours avoir tout leur approvisionnement, les pièces et la poudre nécessaires, et le tiers de plus qu'il ne faut d'affûts en pièces de rechange. Il est un ordre de places où il faut tenir autant de pièces qu'il en faut, mais avec un affût seulement pour deux pièces. Il est un troisième ordre de places où l'on ne tiendrait que la moitié de l'artillerie nécessaire à la vraie défense de la place. Enfin il est un quatrième ordre de places où l'on ne fait plus aucune réparation, où l'on ne tiendrait point d'artillerie; mais on aurait sur chaque frontière une grosse place de dépôt, telle que Lille ou Douai pour le nord, Metz pour le Rhin, Grenoble pour l'Italie, et où l'on tiendrait une grande quantité d'affûts, de pièces de rechange, de poudre, pour pouvoir, selon les circonstances, les porter sur les points où cela serait nécessaire.

Il serait aussi nécessaire d'avoir un point central, le plus près de Paris possible et du côté de la Loire. En établissant les calculs de cette manière, il sera facile véritablement de connaître la quantité d'affûts dont nous avons besoin et de donner une bonne direction à nos constructions. Je suis loin de penser qu'il nous faille 800 affûts de siége et de place, 1,100 affûts de côtes, 700 affûts de mortiers, 200 d'obusiers, 1,750 de bataille et 1,700 caissons.

A ce sujet, il faut remarquer que les pièces de campagne employées pour la défense des places n'ont besoin que d'un caisson par pièce.

Ce qui, je crois, nous manque davantage, ce sont les fusils. Il paraît que nous n'aurions aujourd'hui que 300,000 fusils; c'est le tiers de ce qu'il nous faut. C'est donc à la fabrication des fusils qu'il faut employer la plus grande partie des fonds de l'artillerie.

Si nos manufactures d'armes peuvent fabriquer 200,000 bons fusils par an, il nous faudra au moins six ans pour avoir le million de fusils qu'il nous faut, en déduisant la consommation de chaque année. Mais il faut bien faire attention qu'on se plaint amèrement des platines, et qu'il est nécessaire de veiller à ce qu'on ne reçoive que de bonnes armes; on en reçoit malheureusement beaucoup trop de mauvaises.

Quant aux emplacements, je me suis décidé à prendre en Italie la place de Vérone pour emplacement de l'artillerie française. Je n'entends point qu'il y ait aucun arsenal ni aucun atelier quelconque: l'arsenal de Mantoue sera suffisant. D'ailleurs toutes les constructions italiennes se feront à Pavie, et les constructions françaises à Alexandrie ou à Turin.

On établira un polygone à Vérone ; peut-être est-il possible de se servir comme polygone du fort de Vérone en mettant la butte au delà de l'Adige.

J'approuve que le dépôt du 4e de ligne se rende à Alexandrie ou à Turin, si les établissements ne sont pas encore prêts à Alexandrie.

Il paraît que, dans le projet qu'on m'a remis, on voudrait aussi supprimer l'école de Toulouse, celle d'Auxonne et celle de Valence. Celle de Toulouse n'est-elle pas nécessaire pour les frontières des Pyrénées et de l'Espagne ? Peut-être serait-il convenable de n'en supprimer aucune; ce qui serait facile en ne mettant jamais dans les mêmes écoles un régiment à cheval et un régiment à pied. On aurait douze régiments, dont deux pour l'Italie, qui ne comptent pas pour les écoles, et un pour Turin ou Alexandrie, ce qui ferait trois; il en resterait neuf pour les écoles de France.

Quant aux arsenaux pour la frontière d'Italie, Turin et, quand il sera temps, Alexandrie, Gènes et Grenoble, sont suffisants. Il me paraîtrait donc nécessaire que M. Gassendi préparât un rapport détaillé sur tout ceci; et dans le courant de l'été, lorsque les généraux d'artillerie seront de retour de la Grande Armée , on tiendra quelques conseils pour terminer et fixer tout. En attendant, la première dépense est celle des fusils; il faut ne rien épargner, de même que pour les constructions à Turin et à Gènes, car c'est en Italie surtout qu'il faut se trouver bien approvisionné de tout.


 Saint-Cloud, 14 avril 1806

A M. Lacépède

M. Lacépède remettra cette note à son correspondant :

Il faudrait savoir précisément de quelle manière devront être dirigées les opérations contre le Portugal. Si le roi d'Espagne désirait tenter une entreprise contre le Portugal, pourrait-il le faire seul ? Pourrait-il se passer de troupes françaises ? Et, s'il avait besoin de troupes françaises, combien lui en faudrait-il ?


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au vice-amiral Decrès

Vous trouverez ci-joint un projet d'instructions pour le capitaine Meyne; je vous prie de me le rapporter demain, rédigé. Je ne pense pas de faire ces croisières. Une croisière dans la mer Baltique me plairait fort, mais il faut qu'elle soit de 2 vaisseaux de guerre et de 3 frégates, sans quoi je craindrais un échec avec les Suédois, ce qui serait un affront tel que je dois l'éviter. Je n'aurais rien à craindre si j'avais 2 vaisseaux de guerre. A Brest, 3 vaisseaux de guerre , la frégate, 1 ou 2 corvettes, pourraient être destinés à cette croisière.  Je crois que le moment favorable serait la clôture de la mer Noire, à la fin d'octobre.

ANNEXE

PROJET D'INSTRUCTIONS POUR LE CAPITAINE MEYNE.

Monsieur Meyne, Capitaine de nos vaisseaux, vous partirez avec la division composée des vaisseaux, frégates, etc. Vous vous dirigerez sur Oporto, côte du Portugal; vous bloquerez ce port pendant quelques jours; vous prendrez tous vaisseaux anglais, russes ou suédois qui sortiraient de ces ports.

Immédiatement après, vous vous dirigerez sur le Brésil, et vous vous présenterez devant tous les ports de cette colonie. Vous vous emparerez de tous les bâtiments anglais, russes ou suédois entrant et sortant de cette colonie, ainsi que de tous les bâtiments portugais qui porteraient des marchandises de fabrique anglaise.

Quand vous aurez fait dans ces parages le mal que vous aurez pu à nos ennemis, si vous jugez, par les renseignements que vous aurez, pouvoir leur en faire sur la côte du Rio de la Plata, vous vous y rendrez.

De là, vous irez établir vos croisières dans les positions que vous croirez les plus favorables pour intercepter les convois qui se rendraient du Cap en Angleterre et d'Angleterre au Cap.

Notre intention est que vous ne vous arrêtiez nulle part, hormis le temps nécessaire pour faire de l'eau et des vivres; et alors vous devrez mouiller dans un port neutre et dans un refuge tel que vous ne puissiez être surpris par une force supérieure de l'ennemi.

Vous serez maître de rester quatorze mois sans rejoindre nos ports; et, si vous ne trouvez pas à refaire vos vivres, sous quelque prétexte que ce soit vous ne rentrerez pas avant le mois de novembre, et vous opérerez votre retour dans un des ports de France ou d'Espagne.

Vous donnerez à vos capitaines, en cas de séparation, les mêmes instructions que les vôtres, c'est-à-dire de faire le plus de mal possible aux ennemis, en établissant leur croisière dans tous les parages d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, entre tels degrés, depuis le Cap-Vert, le Brésil, le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn.

Toutes les fois que vous vous trouverez dans des ports espagnols, vous donnerez à nos alliés tous les secours et la protection qui dépendront de vous.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 7 avril. Méfiez-vous du bavardage des Italiens. Si le préfet de Bologne est coupable, il sera puni. Croyez qu'Aldini a trop d'esprit pour écrire des bêtises. Le pays où vous êtes est le pays des petits caquetages.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 7 avril. Il est tout simple que le décret de réunion n'ait pas plu à Milan. On voudrait, dans ce pays-là, l'impossible : payer peu de contributions, avoir peu troupes, et se trouver une grande nation; tout cela est chimère. Les gens de sens doivent s'en rapporter à moi. Je veux ce qui convient et ce qui est bien, parce que mes vues sont supérieures. Le pays vénitien est la seule récompense que l'armée ait retirée des succès les plus inouïs, et la France des efforts les plus constants. Tout ce qui consolide le système en France consolide aussi le système en Italie; et tout ce que fait la France pour garder Venise est conforme aux intérêts de ma couronne italienne.

Quant aux impositions, la seule réponse à faire est celle-ci : Paye-t-on plus qu'en France ? Certes, mes peuples de France payent beaucoup plus d'impositions que mes peuples d'Italie; et, dans ce cas, ils n'ont pas à se plaindre. Je viens d'établir des droits sur le sel et d'augmenter encore les impositions de la France. Mon budget sera présenté au Corps législatif; vous le recevrez demain par le Moniteur. Il est bon que vous le fassiez mettre dans les journaux. On verra que les Français payent beaucoup.

Je vous envoie le compte du ministre des finances. Les 2,500,000 francs par mois que me payera mon royaume d'Italie sont bien loin, je vous assure, de me rembourser des frais que je ferai pour armée; et quand , pour défendre le royaume d'Italie, on prendrait le tiers de ses ressources, ce ne serait certainement pas trop. La défense de la France me coûte la moitié de ses revenus. D'ailleurs, il ne faut point s'arrêter à ce calcul; l'Europe changera, les haines se calmeront, les empires nouveaux deviendront établis et consolidés par le temps; je réduirai mon armée à la moitié; je retirerai même mon armée d'Italie; mes peuples d'Italie ne payeront qu'un million par mois à mon trésor de France, ou même rien du tout. Vous savez bien que 2,500,000 francs par mois ne feront pas le service de mon armée; je serai donc obligé d'y envoyer de l'argent de France, ce qui sera non-seulement coûteux, mais même épuisera mes finances; car il est vrai de dire que les efforts de la nation française pour relever et rendre resplendissant le trône d'Italie lui imposeront l'obligation de maintenir un état militaire beaucoup plus fort.

Quant à l'établissement de l'hérédité, je n'ai point l'habitude de chercher mon opinion politique dans le conseil des autres, et mes peuples d'Italie me connaissent assez pour ne devoir point oublier que j'en sais plus dans mon petit doigt qu'ils n'en savent dans toutes leurs têtes réunies; et à Paris, où il y a plus de lumières qu'en Italie, lorsqu'on se tait et qu'on rend hommage à l'opinion d'un homme qui a prouvé qu'il voyait plus loin et mieux que les autres, je suis étonné qu'on n'ait pas en Italie la même condescendance.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 avril. Vous devez opérer la réunion par une proclamation. Il n'y a point de doute que les ducs ne doivent se mêler en rien de l'administration du pays; mais je ne pense pas qu'il faille en parler dans votre proclamation. On s'est trompé en comprenant Rovigo au nombre des provinces de l'État vénitien, puisque Rovigo faisait déjà partie du royaume d'Italie; il n'y sera pas perçu de quinzième.

M. Bertin peut rester à Venise, si cela est nécessaire, pour correspondre avec vous. A dater du ler mai, les contributions du pays vénitien entreront dans le trésor du royaume d'Italie, qui alors fera face aux différentes dépenses du pays et payera 2,500,000 francs. Vous pouvez garder Lagarde à Venise comme votre employé.


Saint-Cloud, 14 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, vous travaillez trop; votre vie est trop monotone. C'est bon pour vous, parce que le travail doit être pour vous un objet de délassement; mais vous avez une jeune femme, qui est grosse. Je pense que vous devez vous arranger pour passer la soirée avec elle et vous faire une petite société. Que n'allez-vous au théâtre une fois par semaine, en grande loge ? Je pense que vous devez aussi avoir un petit équipage de chasse, afin que vous puissiez chasser au moins une fois par semaine; j'affecterai volontiers dans le budget une somme pour cet objet. Il faut avoir plus de gaieté dans votre maison; cela est nécessaire pour le bonheur de votre femme et pour votre santé. On peut faire bien de la besogne en peu de temps. Je mène la vie que vous menez; mais j'ai une vieille femme qui n'a pas besoin de moi pour s'amuser, et j'ai aussi plus d'affaires; et cependant il vrai de dire que je prends plus de divertissement et de dissipation que vous n'en prenez. Une jeune femme a besoin d'être amusée, surtout dans la situation où elle se trouve. Vous aimiez jadis assez le plaisir; il faut revenir à vos goûts. Ce que vous ne feriez pas pour vous, il est convenable que vous le fassiez pour la princesse. Je  viens de m'établir à Saint-Cloud. Stéphanie et le prince de Bade s'aiment assez. J'ai passé ces deux jours-ci chez le maréchal Bessières; nous avons joué comme des enfants de quinze ans. Vous aviez l'habitude de vous lever matin , il faut reprendre cette habitude. Cela ne gênerait pas la princesse, si vous vous couchiez à onze heures avec elle; et si vous finissez votre travail à six heures du soir, vous avez encore dix heures à travailler en vous levant à sept ou huit heures. L'affaire de Cattaro retarde les fêtes du mois de mai, mais je ne pense pas que ce soit de plus d'un mois. J'espère que vous et la princesse viendrez alors à Paris. Je vous ai fait arranger le pavillon de Flore; le prince de Bade a le second ; vous occuperez le premier. Dites à la princesse combien on sera content de la voir à Paris. Son état aura pris de la consistance et ne l'empêchera pas de voyager à petites journées. Dans la belle saison, cela ne peut que lui faire du bien.


Saint-Cloud , 15 avril 1806

NOTE

A dater du 21 courant, deux auditeurs près le Conseil d'État désignés pour chaque semaine, se tiendront, depuis dix heures du matin jusqu'à midi, dans la salle du palais des Tuileries dite des Maréchaux; ils y recevront toutes les pétitions qu'on voudrait pré senter à Sa Majesté; ils en feront l'analyse et prendront les notes et renseignements nécessaires pour en rendre compte à Sa Majesté le lendemain à son lever.


Saint-Cloud, 15 avril 1806

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, mon Ministre des finances, le travail pour arrêter la liste des trente plus imposés me paraît tellement défectueux que je ne puis fixer mes idées. Je ne citerai que le département de l'Aisne, où M. de Joguet, qui paye 7,809 francs, et M. Marquet- Montbreton, qui paye 6,099 francs, ne sont pas compris dans la liste des soixante propriétaires les plus distingués. Vous qui connaissez ce département, vous trouverez, en lisant la liste, d'autres personnes payant 9 et 8,000 francs d'impositions qui se trouvent également exclues de la liste des propriétaires distingués. Si ces personnes sont, en effet, dans la même classe que les deux que je viens de nommer, le travail que j'arrêterais sur de telles bases serait absolument contraire à mes idées et au but que je me propose. J'ai donc besoin de connaître la profession, les services des personnes qui, étant sur la liste des trente plus imposés, ne se trouvent pas sur la liste des soixante, ainsi que les motifs qui ont déterminé la commission de vérification à les en exclure.


Saint-Cloud, 15 avril 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, mon trésor de Plaisance ne pourra pas être augmenté, comme j'en avais le projet. Le prince Eugène m'écrit les lettres les plus pressantes. Je me résous donc à lui laisser les 1,600,000 francs que me doit mon royaume d'Italie pour le mois d'avril. Donnez, en conséquence, l'ordre que cette somme soit versée dans la caisse du payeur de l'armée d'Italie, pour mettre la solde au courant, et surtout la solde des troupes de la division de Dalmatie, et de celles d'Albanie et du Frioul. Quant aux 1,371,000 francs provenant de la dette du Piémont, on ne pourra pas non plus les encaisser à Plaisance. Cette somme sera nécessaire pour solder le supplément des mois de mai, juin et juillet; car il me faut, dans mon royaume d'Italie, près de trois millions par mois; je n'aurai pour mai, juin et juillet que 2,500,000 francs, ce qui me fera un déficit de près de 1,500,000 francs, auquel je destine cette somme


Saint-Cloud, 15 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 avril. Cinq millions au moins, de tout ce qui a été détourné par Solignac et compagnie, rentrera dans les caisses.

Faites-vous rendre un compte sur Richelle; exigez la remise des sommes déposées chez MM. Bignani en échange de bons du payeur, en déclarant que cette somme a été surprise à sa caisse. Non seulement je vous autorise à user sans réserve de ces sommes pour aligner la solde de l'armée et subvenir à ses besoins, mais, si cela n'est suffisant, vous pouvez disposer des 1,600,000 francs que le royaume d'Italie doit au trésor de France pour le mois d'avril. J'avais ordonné que l'on encaissât ces 1,600,000 francs dans mon petit trésor de Plaisance pour des opérations très-importantes; mais il faut avant tout satisfaire aux besoins de votre armée. Mais aussi donnez-moi l'assurance qu'avec ces sacrifices, au ler mai, où le ministre Dejean prendra le service, solde, masse, tout sera au courant, et que rien ne sera dû.

Je lis ce que vous comptez dire au Conseil d'État; cela me partait plein de sagesse. Vous pouvez assurer que les ducs n'auront aucun droit ni aucune occasion de s'immiscer en rien dans l'administration, mais que leur institution tient à des vues de haute politique.


Saint-Cloud, 15 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, Crémone n'est pas une place saine. Il ne faut pont y mettre de troupes dans les grandes chaleurs de l'été. Je ne crois qu'Este soit non plus un pays sain.

Par votre état de situation du ler avril, je vois que les dépôts des corps de l'armée de Naples sont organisé, conformément à mon décret; mais je n'y vois pas le rapport que je vous ai demandé résultant de la revue du général Charpentier. Je désire que vous divisiez les dépôts de cavalerie de la même armée de Naples en deux divisions, l'une composée des six régiments de chasseurs, et l'autre des cinq régiments de dragons. Il parait que les dépôts des cinq régiments de dragons ont 6 on 700 chevaux et le double d'hommes, et ceux des régiments de chasseurs 300 chevaux et plus du double d'hommes; cela n'est pas tellement nombreux que chacune de ces divisions ne puisse être réunie dans une ville. Vous pourrez réunir tous les dragons à Modène et les chasseurs à Reggio. Nommez un général de brigade pour commander les uns et les autres , et placez près des dragons un major bon manœuvrier, deux capitaines, et huit sergents pour leur apprendre à manœuvrer à pied. Il y a dans ces cinq régiments assez d'hommes pour pouvoir faire la manœuvre, puisqu'il y a plus de 1,800 hommes. Il m'importe que ces dragons soient bien instruits au maniement des armes.

Les dépôts des corps de l'armée de Naples ont donc aujourd'hui plus de 10,000 hommes. Ils seront bientôt augmentés de dix autres mille hommes. Donnez ordre que les généraux qui commandent ces dépôts n'envoient pas un homme à l'armée, même avec l'ordre du prince Joseph, sans que vous en donniez l'autorisation, puisque ces dépôts sont sous vos ordres; et, vous-même, ne faites rien partir sans que je vous l'aie ordonné. J'attends le rapport que je vous ai demandé sur la revue de ces dépôts, pour bien connaître le nombre d'officiers qu'il y a à chaque bataillon et escadron, et l'état de leur armement et habillement. Un bataillon du régiment de la Tour d'Auvergne est déjà passé à Turin. Mon intention est que vous le dirigiez sur Ancône, où il attendra de nouveaux ordres. Comme je ne pense pas que le prince Joseph en ait besoin, il servira à la garnison d'Ancône. Le 2e bataillon suivra la même direction. Vous préviendrez le prince Joseph de la destination que j'ai donnée à ce régiment. Caffarelli doit être arrivé. Il faut qu'il s'occupe de me faire promptement un rapport sur l'armée italienne, afin de commencer à lui donner une organisation convenable. Je ne saurais trop vous recommander l'instruction de mes cuirassiers. J'imagine qu'ils ont des manéges. Cette arme , qui m'a rendu de si importants services, a besoin d'être bien instruite, et on peut dire que l'instruction fait tout. La cavalerie russe ne manquait point de courage, et cependant elle a été presque toute massacrée, et ma Garde n'a perdu personne.

Faites aussi passer la revue de votre cavalerie, afin de bien connaître votre situation , et exigez que les corps qui ont de l'argent de leur masse de remonte achètent des chevaux. En général , les régiment de cavalerie ne portent point dans leurs achats le zèle qu'on devrait attendre d'eux; quand la guerre survient, ils ont de l'argent en caisse et point de chevaux.

Je vois que la solde n'est point payée couramment; faites rentrer tout ce qui a été donné sur les bons d'Ardant, en les couvrant par des bons du payeur. Employez le subside d'avril, mais que la solde soit au courant; c'est la première des obligations d'un gouvernement.


16 - 30 avril 1806