12 - 31 Août 1807


Saint-Cloud , 12 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, je désire que vous écriviez à M. de Metternich une lettre confidentielle dans laquelle vous lui direz à peu près ceci : « Quel esprit de vertige s'est emparé des esprits de Vienne ? Vous avertissez partout de se tenir prêt à marcher pour la défense de la patrie; quel ennemi vous menace ? Vous mettez toute la population sous les armes; vos princes parcourent les champs comme des chevaliers errants : que direz-vous si vos voisins en font autant ? Vous provoquez donc une crise ? Assurés, comme nous le sommes, que vous n'avez aucune liaison avec la Russie, le secours de l'Angleterre ne vous serait d'aucune utilité. L'Empereur a peine à concevoir ce que vous voulez; il n'a donné jusqu'ici aucun ordre à ses troupes. Pouvez-vous me dire confidentiellement ce que tout cela veut dire, et le moyen d'empêcher que ceci ne tourne en crise ? Par ces armements extraordinaires, vous indiquez à vos voisins le besoin d'armer. Jusqu'à ce moment l'Empereur a tout retenu et a écrit que, ne pouvant croire à une telle folie, il fallait attendre ce que l'on voulait. Les lettres de votre commerce, de vos négociants, disent que votre cour est tournée à la guerre; que tout ce qu'elle fait ressemble à ce que faisait la Prusse en 1806; que l'alarme est grande chez vous; et, dans le fait, si vous ne voulez rien, pourquoi perdre tant d'argent, alarmer votre peuple et détériorer votre charge ? Vous entendez bien que, si vous persistez dans ces armements, l'Empereur prendra un parti; il armera aussi; mais certainement, s'il vous laisse faire sans témoigner aucune inquiétude, vous vous ôtez tout moyen de négocier sur les affaires à venir de l'Europe, car l'Empereur ne s'entendra jamais avec une puissance qui, se présentant avec une attitude hostile et menaçante pour négocier, s'en interdit par là le pouvoir. Cette lettre est toute confidentielle; mais jetez quelques regards sur les affaires de chez vous. Après de grandes crises , votre patrie est en bonne situation; voulez-vous perdre tout cela ? L'Empereur veut encore ignorer vos armements. Je vous écris confidentiellement. Faites qu'on licencie cette garde nationale qu'on lève chez vous ; laissez en repos vos cultivateurs, vos soldats; ménagez votre argent, et ne menacez personne."

Il faut que cette lettre soit douce, mesurée, dans la forme confidentielle, mais qu'elle laisse cependant entrevoir ce qui arrivera.


Saint-Cloud , 12 août 1807

Au vice-amiral Decrès

Il paraît qu'un grand nombre de spéculateurs anglais ont envoyé des marchandises à Montevideo. Ces marchandises n'ont pas de débit; si elles en ont, il est probable que les bâtiments reviendront chargés des produits du pays. Je suis donc dans l'opinion que huit ou dix frégates qu'on enverrait sur le derrière de Montevideo, pouvant relâcher dans les possessions espagnoles ou portugaises, feraient de très-bonnes affaires. Cela aurait l'avantage, si nous faisons la guerre au Portugal, de pouvoir faire un mal affreux au commerce du pays et de nous emparer d'un grand nombre de bâtiments. Faites-moi un mémoire là-dessus. Ces bâtiments pourraient même, s'ils le jugeaient convenable, envoyer leurs prises à l'île de France.

Vous pourriez prendre la frégate la Manche et le brick le Cygne, qui partiraient de Cherbourg, l'Italien et la Syrène, qui partiraient de Saint-Malo, l'Hortense, l'Hermione, la Pénélope et la Thémis, de Bordeaux; la Caroline et le Favori partiraient de Flessingue en doublant l'Irlande; la Vénus et la Junon partiraient du Havre; le Courageux et le d'Hautpoul,


Paris, 13 août 1807

NOTE

Sa Majesté, dans le conseil d'administration qu'elle a tenu aujourd'hui, a arrêté,

Monsieur Daru, je reçois votre lettre du 5 août. Mon intention est que les contributions des provinces qui font partie du royaume de Westphalie et du grand-duché de Berg soient payées comme les autres; ainsi les contributions extraordinaires et les contributions ordinaires de l'armée doivent être payées entièrement et tous les magasins vendus. Voici seulement les modifications à faire pour les magasins : il faut les garder en séquestre et en traiter avec les agents du roi de WestphaIie, de manière qu'il n'y ait rien de dilapidé, ni aucune perte faite.

Dans la Prusse et dans la Silésie, je conçois qu'on peut essuyer quelques pertes dans la vente des magasins; on n'en doit éprouver aucune dans le royaume de Westphalie. Du moment que le roi sera installé, on traitera avec ses ministres; par ce moyen nos intérêts seront à couvert.

J'approuve fort ce que vous avez fait relativement aux commissaires berlinois. La condition principale de la remise tient à l'acquittement des contributions. Il sera convenable que M. la Bouillerie envoie à la caisse d'amortissement toutes les traites payables à Paris provenant de la ville de Königsberg.

Envoyez-moi tous les jours un bulletin de ce qui se dit à Berlin.


Saint-Cloud, 12 août 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, je n'entends pas parler des marchandises anglaises qui ont été confisquées dans les villes hanséatiques; il est cependant temps d'en finir. Vous sentez que je ne veux rien perdre. Je veux en tirer au moins dix-huit à vingt millions. Les marchandises coloniales doivent être comprises dans cette confiscation.


Paris, 13 août 1807

NOTE

Sa Majesté, dans le conseil d'administration qu'elle a tenu aujourd'hui, a arrêté,

Que les travaux du canal de Bourgogne seraient repris cette année; 

Que les ateliers de la route de Mayence à Paris seraient triplés, pour terminer cette route d'ici à l'année prochaine;

Que les ateliers de la route qui conduit de Lyon au pied du mont Cenis seraient également triplés;

Que les ateliers de la route de Savone à Alexandrie et ceux du port de Savone seraient doublés;

Qu'un pont serait construit sur la Scritia , entre Tortone et Alexandrie;

Que la route de Wesel à Paris serait ouverte; les travaux commenceront cette année du côté de Wesel;

Que la percée qui doit faciliter les débouchés des forêts du Nivernais à l'Yonne serait commencée;

Que les deux arches du pont de Saint-Cloud qui sont en bois seraient remplacées par deux arches en pierre;

Que les travaux pour construire un pont de pierre à Sèvres, sur la route de Paris à Versailles, seraient commencés cette année;

Que des greniers publics, capables de contenir plusieurs millions de quintaux de blé, seraient construits du côté de l'Arsenal et de la Gare, et commencés cette année même, s'il était possible;

Qu'enfin la conduite des eaux de l'Ourcq dans Paris serait disposée de manière que les eaux de la Beuvronne, qui arriveront dans le bas- sin de la Villette, fussent dirigées d'abord sur les rues Saint-Denis et Saint-Martin, sur les boulevards, et fournissent de l'eau à la fontaine ,des Innocents;

Qu'on continuerait les travaux nécessaires pour distribuer cette grande quantité d'eau dans toutes les rues de Paris.

Quatre cent mille francs seront réservés pour construire un pont sur la Gironde, devant Bordeaux, dès que les plans en seront arrêtés.


Palais impérial de Saint-Cloud, 14 août 1807  

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, nous avons jugé convenable de nommer à la place de vice-grand électeur le prince de Bénévent. C'est une marque éclatante de notre satisfaction que nous avons voulu lui donner pour la manière distinguée dont il nous a constamment secondé dans la direction des affaires extérieures de l'Empire.

Nous avons nommé vice-connétable notre cousin le prince de Neufchâtel. En l'élevant à cette haute dignité, nous avons voulu reconnaître son attachement à notre personne et les services réels qu'il nous a rendus, dans toutes les circonstances, par son zèle et ses talents.


Palais impérial de Saint-Cloud, 14 août 1807

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, conformément à l'article 57 de l'acte des constitutions de l'Empire en date du 28 floréal an XII, nous avons nommé membres du Sénat :

MM. Klein, général de division,
         Beaumont, général de division,
         Béguinot, général de division;

Nous désirons que l'armée voie dans ces choix l'intention où nous sommes de distinguer constamment ses services;

MM. Fabre, de l'Aude, président du Tribunat,
         Curée, membre du Tribunat;

Nous désirons que les membres du Tribunat trouvent dans ces nominations un témoignage de notre satisfaction pour la manière dont ils ont concouru, avec notre Conseil d'État, à établir les grandes bases de la législation civile;

M. l'archevêque de Turin;

Nous saisissons avec plaisir cette occasion de témoigner notre satisfaction au clergé de notre Empire, et particulièrement à celui de nos départements au delà des Alpes;

M. Dupont, maire de Paris;

Notre bonne ville de Paris verra, dans le choix d'un de ses maires, le désir que nous avons de lui donner constamment des preuves de notre affection.


Saint-Cloud, 14 août 1807

Au cardinal Fesch

Mon Cousin, j'ai lu avec attention votre lettre du 14 août. Je reste dans l'opinion que votre galerie de tableaux serait mieux placée à Lyon, dans votre palais épiscopal, si toutefois vous ne préférez vous en défaire. La Chaussée-d'Antin n'est pas un quartier convenable pour un cardinal. Au reste, je n'ai point d'autres sujets de plainte que ceux-là. Vous avez donc tort d'être dans l'affliction. Si vous êtes désireux de me plaire, il faut que, dans vos fonctions épiscopales, comme dans celles de mon grand aumônier, vous ne preniez pas trop vivement l'éveil et ne prêtiez pas l'oreille à de vaines susceptibilités. Tous mes officiers sentent l'éminence de votre rang, et personne ne veut faire tort à votre dignité; mais aussi il ne faut rien exagérer. Dans l'ancienne cour, rien n'était fixe, tout était en discussion, tout dépendait des circonstances du moment. Dans la mienne, des statuts invariables ont réglé les fonctions des grands officiers de ma couronne, et je donne tort à ceux qui ne s'arrangent pas entre eux par la conciliation et la modération. Vous savez que ces qualités sont les premières de votre état , dont vous possédez si éminemment les vertus. Quand vous me ferez un rapport sur les affaires de l'Église, méditez- les bien, et n'avancez aucune assertion hasardée ou douteuse, car j'y fais trop d'attention pour ne pas m'en apercevoir, et, dès lors, je n'y ai plus la même confiance.


Saint-Cloud, 14 août 1807

Au vice-amiral Decrès

Mon intention est que vous me présentiez un projet de campagne pour la sortie de mes escadres l'hiver prochain.

Il faut obtenir le but suivant : envoyer 1,200 hommes à la Martinique; 500 à Santo-Domingo; 600 à la Guadeloupe; 300 à Cayenne; 100 au Sénégal; 400 à l'île de France.

Mes escadres de Rochefort et de Brest peuvent être employées à cet objet, leur ordonnant de faire leur retour à Toulon.

Les frégates que j'ai à Bordeaux, Saint-Malo, Cherbourg, Flessingue, doivent servir à former de petites divisions qui seront envoyées en croisières sur les côtes du Brésil et derrière le Rio de la Plata. Un vaisseau et deux frégates de Lorient doivent servir à faire une croisière sur les côtes de l'Afrique et le cap de Bonne-Espérance.

Je désire sur tout cela un projet.


Saint-Cloud, 14 août 1807

A M. Portalis, ministre de la culture

Rendez-moi compte de ce que c'est que le Journal des Curés. Des plaintes s'élèvent contre cette feuille. Elle paraît être dans le plus mauvais esprit et contraire aux libertés de l'Église gallicane et aux 
maximes de Bossuet. Quel est donc cet étrange fanatisme qui tend à renverser la doctrine de nos pères ? Veut-on nous faire ultramontains ? Il ne reste plus qu'à prêcher que le Pape a le droit de mettre l'interdit sur les souverains temporels. Les principes de l'Église gallicane et les propres paroles de Bossuet ne sont-elles pas que l'Église gallicane conserve avec soin cette doctrine venue des apôtres : que les évêques reçoivent immédiatement de Jésus-Christ leur institution et leur puissance ? Comment le Journal des Curés peut-il proclamer des principes si opposés à cette doctrine ?


PAROLES DE L'EMPEREUR A SON ENTRÉE DANS L'ÉGLISE MÉTROPOLITAINE DE PARIS,
LE 15 AOUT 1801.

Monsieur l'Archevêque, tout vient de Dieu. Il m'a donné de grandes victoires. Je viens dans la première métropole de mon Empire rendre grâces à la Providence de ses bienfaits, et me recommander à vos prières et à celles du clergé.


DISCOURS DE S. M. L'EMPEREUR ET ROI, A L'OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF, LE 16 AOUT 1807.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, messieurs les Tribuns et les membres de mon Conseil d'État,

Depuis votre dernière session, de nouvelles guerres, de nouveaux triomphes, de nouveaux traités de paix ont changé la face de l'Europe politique.

Si la maison de Brandebourg, qui, la première, se conjura contre notre indépendance, règne encore, elle le doit à la sincère amitié que m'a inspirée le puissant empereur du Nord.

Un prince français régnera sur l'Elbe. Il saura concilier les intérêts de ses nouveaux sujets avec ses premiers et ses plus sacrés devoirs.

La Maison de Saxe a recouvré, après cinquante ans, l'indépendance qu'elle avait perdue.

Les peuples du duché de Varsovie, de la ville de Danzig, ont recouvré leur patrie et leurs droits.

Toutes les nations se réjouissent d'un commun accord de voir l'influence malfaisante que l'Angleterre exerçait sur le continent détruite sans retour.

La France est unie aux peuples de l'Allemagne par les lois de la Confédération du Rhin; à ceux des Espagnes, de la Hollande, de la Suisse et des Italies, par les lois de notre système fédératif. Nos nouveaux rapports avec la Russie sont cimentés par l'estime réciproque de ces deux grandes nations.

Dans tout ce que j'ai fait, j'ai eu uniquement en vue le bonheur de mes peuples, plus cher à mes yeux que ma propre gloire.

Je désire la paix maritime. Aucun ressentiment n'influera jamais sur mes déterminations; je n'en saurais avoir contre une nation, jouet et victime des partis qui la déchirent, et trompée sur la situation de ses affaires comme sur celle de ses voisins.

Mais, quelle que soit l'issue que les décrets et la Providence aient assignée à la guerre maritime, mes peuples me trouveront toujours le même, et je trouverai toujours mes peuples dignes de moi.

Français, votre conduite dans ces derniers temps, où votre Empereur était éloigné de plus de cinq cents lieues, a augmenté mon estime et l'opinion que j'avais de votre caractère. Je me suis senti fier d'être le premier parmi vous.

Si, pendant ces dix mois d'absence et de périls, j'ai été présent à votre pensée, les marques d'amour que vous m'avez données ont excité constamment mes plus vives émotions. Toutes mes sollicitudes, tout ce qui pouvait avoir rapport même à la conservation de ma personne, ne me touchaient que, par l'intérêt que vous y portiez et par l'importance dont elles pouvaient être pour vos futures destinées, Vous êtes un bon et grand-peuple !

J'ai médité différentes dispositions pour simplifier et perfectionner nos institutions.

La nation a éprouvé les plus heureux effets de l'établissement de la Légion d'honneur. J'ai créé différents titres impériaux pour donner un nouvel éclat aux principaux dd mes sujets, pour honorer d'éclatants services par d'éclatantes récompenses, et aussi pour empêcher le retour de tout titre féodal, incompatible avec nos constitutions.

Les comptes de mes ministres des finances et du trésor public vous feront connaître l'état prospère de nos finances. Mes peuples éprouveront une large décharge sur la contribution foncière.

Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les travaux qui ont été commencés ou finis. Mais ce qui reste à faire est bien plus important encore; car je veux que dans toutes les parties de mon empire, même dans le plus petit hameau, l'aisance des citoyens et la valeur des terres se trouvent augmentées par l'effet du système général d'améliorations que j'ai conçu.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, votre assistance me sera nécessaire pour arriver à ce grand résultat, et j'ai le droit d'y compter constamment.


Saint-Cloud, 14 août 1807

A M. Fouché

Qu'est-ce que c'est que le journal intitulé le Journal des curés ? Qui le rédige ? On se plaint du n° 113. Rendez-m'en compte

Quel est le Bertin qui demeure : rue Saint-Honoré, n° 317 ? Qu'est-ce qu'un nommé Pirault, homme de loi, qui demeure rue Ventadour.

(Brotonne)


Paris, 16 août 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, vous verrez par les pièces ci-jointes que les 800,000 boisseaux d'avoine n'ont probablement jamais été fournis. Portez une grande attention à cela. Il y a eu beaucoup de dilapidations à Berlin. Je vous prie d'être très-sévère, car je suivrai cette comptabilité en matières. Je me fie à votre fidélité et à votre zèle. S'il y a des voleurs, il faut les punir.


Paris, 16 août 1807

A M. Fouché

Faites-moi connaître quels sont les individus qui sont auprès du roi de Sardaigne, et s'ils jouissent de leurs biens; s'ils sont sur des listes d'émigrés, et s'il leur est loisible de rentrer en France. S'il n'y a rien de fixé là-dessus, il faut me présenter un projet de règlement complet pour ordonner, 1° qu'un état soit dressé des individus qui ne sont point en Piémont et sont auprès des puissances étrangères; 2° que le délai pour leur rentrée soit fixé; 3° qu'à défaut d'être rentrés dans les délais fixés ils perdent leurs droits de cité.

Il y avait à l'armée russe des Piémontais qui nous faisaient du tort, en ce qu'ils engageaient à la désertion les Piémontais; ce qui fait sentir l'importance que des sujets piémontais ou français ne soient point au service des étrangers.

Je désapprouve que vous ayez donné à M. de Rohan l'autorisation de revenir en France. Il faut que M. de Rohan renonce au service d'Autriche s'il veut venir en France. Tout cela est de mauvaises plaisanteries et ne sert qu'à miner la France. Je ne puis que vous en témoigner mon mécontentement.

Présentez-moi enfin un état de toutes les personnes qui sont à Mittau et en Angleterre, pour les maintenir vraiment sur une liste d'émigrés.


Paris, 16 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, il faut que M. Agar renonce à toute prétention au Corps législatif s'il veut rester au service du grand-duc de Berg.

Je recevrai M. de Watteville; mais, comme il est ambassadeur extraordinaire, il faut régler ce qu'il est d'usage de faire dans cette circonstance.

Quant au ministre de Wurtemberg, faites-lui connaître qu'il se mêle de ce qui le regarde ; que la princesse, étant mariée, vient en France comme princesse de France, et que les honneurs à lui rendre ne regardent point le ministre de Wurtemberg.

Quant à l'objet de la lettre de M. Durand, il faut m'en faire un petit rapport. Mon intention n'est pas qu'on laisse dégrader les ministres des grandes puissances. S'il était donc d'usage que le ministre de Wurtemberg rendît la visite au ministre de France, il faut que cela soit, sans quoi je ne laisserai à Stuttgart qu'un chargé d'affaires.

Je vous prie à cette occasion de me faire un rapport sur la différence du grade dans les missions à l'étranger. Il est ridicule que j'aie ici un ministre de Saxe-Gotha, un ministre de Weimar, etc., qui viennent demander à être traités comme les ministres des grandes puissances.

Faites-moi un rapport sur les griefs que je puis avoir contre les pachas turcs, et qui résultent de la lettre de mon consul à Venise du 3 avril.

Faites-moi également un rapport sur la demande des catholiques de Danzig ; mon intention est de protéger partout les catholiques. Faites mettre dans le Moniteur des articles sur ce qui s'est passé à Danzig.

Répondez à M. Daru qu'on ne doit exiger aucune contribution du duc de Saxe-Cobourg.


Paris, 16 août 1807

Au roi de Naples

Mon Frère, j'ai reçu votre lettre du 6 août. Les troupes napolitaines ne peuvent porter d'aigles, puisque ce ne sont point les armes de votre royaume. Les armées italiennes portent un lion. A tout prendre, il est plus naturel que vos troupes portent les drapeaux aux armes de votre royaume. Il ne faut point non plus prendre les couleurs tricolores françaises. Les couleurs françaises ne sont point celles de Naples.

Je suis fâché de vous voir tant de troupes napolitaines. Vous sentez bien que, pour moi, ces troupes ou rien, c'est la même chose. Il faut tant de temps pour former l'esprit d'une armée ! Si je suis obligé de vous donner de l'argent, il faut que je retire mon armée; autant de régiments napolitains que vous formerez, autant je serai forcé de diminuer les troupes françaises que vous avez : or c'est remplacer de la bonne monnaie par de la fausse.

Partez bien de ce principe, que j'ai des dépenses immenses à faire; celles de la marine surtout sont considérables.

J'ai tiré quelques avantages des troupes italiennes à la Grande Armée; mais ce sont des troupes que j'ai organisées depuis six ans et que j'ai formées au camp de Boulogne.

Si la compagnie des chevau-légers est composée de gens riches, je ne vois pas d'inconvénient que vous l'envoyiez en France. Je verrai à la faire former.


Paris, 16 août 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, j'ai reçu vos lettres du 11. Je vois avec plaisir le décret que vous avez pris; il faut en suivre l'exécution avec activité, ne laisser aucun individu au service de 1'Autriche et les faire inscrire aux greffes des tribunaux comme inhabiles à hériter.

Le Pape s'est résolu à m'envoyer le cardinal Litta; nous verrons ce que ces gens-là veulent faire. Le cardinal Litta est un des plus mauvais hommes du sacré collège. Il passera par Milan. Il faut que le vieux Litta le tance fortement, comme chef de la famille, lui disant qu'ils sont una manica di c ..... qu'ils veulent perdre leur temporel; que ce n'est pas le Pape qu'on accusera, mais que le blâme des hommes sensés retombera sur les cardinaux qui le conseillent si mal.

M. Champagny ne m'a pas encore remis la lettre de M. Alquier, ainsi je ne peux pas vous écrire plus en détail.

Faites arriver à Pesaro, à Fano et à Ancône toutes les troupes que j'ai ordonné que vous réunissiez à Rimini. Lorsqu'elles seront arrivées, vous ferez mettre le séquestre sur toutes les marchandises anglaises, et vous ferez arrêter tous les Anglais. Écrivez qu'on fasse la même chose à Cività-Vecchia. La colonne de 6,000 hommes que vous avez réunie à Bologne, dirigez-là sur Livourne, sans la faire cependant passer par Florence. Lorsqu'elle aura dépassé Florence et qu'elle ne sera qu'à deux marches de Livourne, le commandant déclarera qu'elle se rend à Livourne pour y tenir garnison, et, du moment qu'elle y sera arrivée, vous lui donnerez pour instruction de mettre immédiatement le séquestre sur toutes les marchandises anglaises, soit coloniales, soit du cru et de fabrique anglaise, qui seront confisquées à mon profit.

Faites-moi un rapport sur l'insulte qui m'a été faite à Sienne pendant que j'étais en Allemagne, et chargez mon ministre de demander que les principaux chefs soient livrés à l'armée; il faut en faire fusiller deux.

Si le général Miollis ne vous est pas absolument nécessaire à Venise, vous pouvez l'envoyer commander en Toscane, en lui donnant deux généraux de brigade probes.

Toutes les troupes qui se trouvent et qui seront dans les États du Pape doivent être nourries par mes provinces où elles sont placées.

Ecrivez à mon ministre à Florence de faire arrêter les nommés Peraldi, Petriconi et autres individus de Corse qui viennent à Naples, et vous les ferez conduire sous bonne escorte au fort de Fenestrelle , où on les retiendra.


Paris, 16 août 1807

A M. Maret

Renvoyez ces pièces à M. Neuville, maître des requêtes, pour que les trois maîtres des requêtes qui doivent voir les comptes de l'Opéra fassent une enquête très-sérieuse sur l'abus des billets et autres dilapidations qui pourraient avoir eu lieu à l'Opéra.


Saint-Cloud, 17 août 1807

A Joseph

Mon Frère, ni moi ni mes ministres ne recevons des nouvelles de mon armée de Naples. Je n#en ai aucun état de situation. Je vous avais demandé de me les envoyer tous les dix jours. Je n'ai point non plus de détails de l'exécution de mes ordres, relativement à l'occupation de Corfou.

Je vous ai fait connaître qu'il fallait envoyer 4,000 hommes. Ces troupes peuvent être bloquées dans cette île; 1,500 hommes ne sont pas suffisants. Envoyez-moi l'état du régiment que vous y faites passer avec les noms des officiers d'état-major, d l'artillerie et du génie. Ordonnez à votre chef d'état-major de correspondre fréquemment et longuement avec le ministre, sur tout ce qui regarde l'armée, et de lui la situation tous les cinq jours. Si cela continue ainsi, je serais obligé d'envoyer un chef d'état-major à Naples

(Du Casse)


Paris, 17 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, faites connaître à M. Alquier que je ne veux pas du cardinal Litta, et que je suis fàché que le Pape veuille envoyer près de moi un homme qui n'a pas de religion, puisque c'est l'homme qui a fait entrer les Russes dans l'Ordre de Malte, ce qui est contraire à la religion et à l'Église, un cardinal dont le vote, d'ailleurs, à l'occasion du voyage du Pape à Paris, est publiquement connu; qu'autant son frère est estimable et m'est attaché, autant le cardinal Litta s'est fait connaître comme intrigant et ennemi furibond de la France; que c'est un homme qu'on aurait pu envoyer à la coalition pour négocier, si elle eût été victorieuse; que je veux ou le cardinal Caprara ou le cardinal Bayane. Pourquoi un cardinal français ne serait-il pas choisi comme un autre, et, puisqu'on m'envoie un de mes sujets italiens, pourquoi ne serait-ce pas un Français qui connaît les affaires de France ? Enfin on peut envoyer le cardinal Vincenti, qui a été longtemps nonce en Espagne. M. Alquier ajoutera qu'il eût été bien plus sage de ne point faire l'appareil d'un envoyé extraordinaire, et de donner des pouvoirs aux individus qui sont sur les lieux.

Témoignez à M. de Dreyer tout l'intérêt que je porte à l'état critique dans lequel se trouve le Danemark , et faites-lui connaître que j'ai donné des ordres au maréchal prince de Ponte-Corvo de donner au Danemark tous les secours en hommes dont il aura besoin, et qu'il ait à en faire part à son gouvernement.

Faites-moi connaître si M. Alquier a demandé ses passeports, comme votre prédécesseur a dû lui en donner l'ordre. Donnez-moi une explication là-dessus. Ce n'est pas que je veuille rompre avec la cour de Rome, mais un chargé d'affaires me suffit, et il n'est pas de ma dignité d'avoir un ambassadeur à Rome, lorsque mon intention est de faire entrer des troupes sur le territoire de l'État romain et d'en réunir trois provinces à mes États d'Italie, si le Pape se refuse à toute négociation.


Paris, 17 août 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, envoyez un courrier extraordinaire à Hambourg pour faire connaître au maréchal Bernadotte qu'il est nécessaire qu'il se tienne prêt, avec toutes ses troupes espagnoles et hollandaises, à marcher au secours du Danemark ou contre le Danemark, selon l'issue que vont prendre les affaires de ce côté. Écrivez-lui toutefois d'offrir au prince royal tous les secours dont il aura besoin pour résister à l'injuste agression de l'Angleterre.


Paris, 17 août 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, après les renseignements que j'ai pris sur le cardinal Litta, je me suis résolu à ne pas l'accepter. J'en fais écrire à M. AIquier. Si jamais le cardinal Litta avait quitté Rome, mon intention est que vous lui donniez l'ordre de se rendre dans les terres de son frère, sans qu'il puisse retourner à Rome ni se rendre en France.

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Faites-lui écrire par son frère qu'il ferait mieux de rester tranquille et de ne pas se mettre dans la tourbe des gens qui veulent me contrarier; que mon intention, s'ils ne se tiennent pas tranquilles, est d'envoyer 10,000 hommes à Rome, d'en exiler à soixante lieues tous les cardinaux turbulents, dont lui, Antonelli et di Pietro sont du nombre.


Paris, 18 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, la rédaction du ministre de Wurtemberg est tout à fait impertinente. Il ne faut pas l'envoyer chercher et le laisser dire ce qu'il veut. La meilleure manière de répondre à ces prétentions est le silence; elles tombent alors d'elles-mêmes. Il n'y a pas de locution plus impertinente que d'arguer du silence d'un puissant ministre en faveur de ses prétentions; c'est d'un homme qui ne sait pas vivre, et la seule manière de s'en ressentir est le plus profond mépris. Quant à M. de Winzingerode, il ne faut avoir aucune discussion avec lui, ne lui répondre rien du tout, qu'il ne vous ait fait sa visite, d'autant plus que je ne suis pas du tout instruit de l'arrivée de cet ambassadeur extraordinaire.


Paris, 18 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, répondez au cardinal-légat une note conçue à peu près en ces termes :

"Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de S. M. l'Empereur les félicitations du cardinal Caprara. Sa Majesté ne doute pas de la vérité des sentiments qu'il exprime, sentiments personnels à Sa Sainteté, mais non à ceux qui composent son conseil et à ses ministres. Le nonce apostolique à Vienne n'a jamais cessé de donner des preuves de là plus grande malveillance contre la France. Les nouvelles les plus désastreuses lui arrivaient de Rome et n'étaient répandues que par lui. Il est vrai que cet homme est d'une incapacité telle, qu'il y a dans le corps diplomatique peu d'hommes plus ignorants et plus idiots. Sa Majesté a profité de ses victoires pour rendre dominante et triomphante la religion catholique en Pologne, et pour l'arracher, au sein même du luthéranisme en Saxe, au joug des protestants. Elle espère qu'enfin le Pape voudra mettre un terme aux discussions fâcheuses et ridicules, de quelque prêtraille, aussi malveillante qu'ignorante, qui gouverne aujourd'hui à Rome, et qu'ainsi Sa Sainteté prouvera la sincérité de ses sentiments et remplira le premier de ses devoirs sur cette terre, qui est de contribuer au bien de la religion et à la tranquillité de ses États. Le bien de la religion s'est fait en Italie, malgré le Saint-Siège et en dépit des fausses mesures qu'il veut prendre. En Allemagne., la religion est perdue, parce qu'on a mieux aimé la livrer aux protestants que de s'adresser aux évêques d'Allemagne. Tant de fausses directions sont dues à la profonde ignorance qui parait être aujourd'hui le caractère distinctif des ministres de Rome. Sa Majesté est fâchée de voir que de bons prélats, comme Votre Éminente et beaucoup d'autres, n'aient aucun crédit auprès de Sa Sainteté, qui n'accorde sa confiance qu'à des hommes sans talents et d'une aveugle passion. Au reste, ces ministres malveillants répondront devant Dieu, et peut-être devant les hommes, des malheurs qu'ils occasionnent aux peuples infortunés et si mal,gouvernés de l'État romain.

"Par une suite du même système de malveillance qui anime la cour de Rome, le royaume de Naples est agité de la même manière, et la ville de Rome est remplie des ennemis de la France. La sûreté de l'armée de Naples exige cependant des mesures. Il faut donc, ou que le Saint-Père donne des sûretés en chassant de Rome tous les étrangers et les ennemis de la France, ou que les États d'Italie et de Naples soient mis à l'abri de tout événement, en réunissant à l'un de ces deux royaumes la Marche d'Ancône, le duché d'Urbin et le Camerino. Après avoir privé l'Etat romain de trois provinces, Sa Majesté ne veut pas le priver de ces trois autres; mais l'intérêt et la sûreté de ses Etats l'exigent, si le Pape continue à rester dans cet état d'irritation et d'hostilité et à suivre les conseils qu'inspire le démon aux Antonelli, aux di Pietro, aux Litta, aux Caraffà et autres. Cet affaiblissement du temporel de la cour de Rome devient nécessaire, si la cour de Rome suit le même système de conduite, et le Saint-Père en sera responsable devant les souverains et devant l'Église. Au reste, les peuples ne pourront qu'y gagner, car ils sont fort tourmentés et mal gouvernés.

"Quant au choix du cardinal Litta, Sa Majesté m'a chargé de vous faire connaître qu'elle ne l'ignorait pas; qu'il prouvait combien le Pape est trompé et les dispositions peu pacifiques de la cour de Rome; que le cardinal Litta est d'ailleurs un homme sans religion, puisque c'est lui qui a traité pour faire entrer les hérétiques dans l'Ordre de Malte."

Dans la rédaction définitive, vous pouvez rendre beaucoup de choses plus coulantes et pins liantes sans les affaiblir.


Paris, 18 août 1807

A M. Portalis

Le Conseil d'État, Monsieur, a délibéré sur votre rapport un projet de décret tendant à accorder des pensions de retraite aux ministres des cultes avancés en âge et infirmes.

Sa Majesté, à qui ce projet a été soumis, n'y a point donné son approbation, ayant pensé que, dans tous les temps, les titulaires des places ecclésiastiques ont pu conserver leurs fonctions jusqu'à la fin de leur vie.


Palais impérial des Tuileries, 18 août 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. - Tous les États dénommés ci-après composant le royaume de Westphalie seront, au 1er septembre, réunis dans un seul gouvernement et dans une seule administration : savoir :

Les États de Brunswick-Wolfenbuttel, la partie de l'Alt-Marck située sur la rive gauche de l'Elbe;

La partie du pays de Magdeburg située sur la rive gauche de l'Elbe, le territoire de Halle, le pays de Hildesheim et la ville de Goslar, le pays de Halberstadt, le pays de Hohenstein, le territoire de Quedlinburg, le comté de Mansfeld, l'Eichsfeld avec Treffurt, Mülhausen, Nordhausen; le comté de Stolberq;

Les États de Hesse-Cassel avec Rinteln et le Schauenburg, non compris le territoire de Hanau, Schmalkalden et le Katzenelnbogen du Rhin; Goettingen et Grubenhagen, avec les enclaves de Hohenstein et d'Elbingerode, l'évêché d'Osnabrück, l'évêché de Paderborn, Minden et Ravensberg, et le comté de Bietberg-Kaunitz.

ART. 2. - Une régence , composée de nos conseillers d'État MM. Beugnot, Siméon et Jollivet, et du général de division Lagrange sera chargée de la police et de l'administration du pays.

ART. 3. - L:intendant général et les autres administrateurs de nos armées s'adresseront à ladite régence pour tout ce qui est relatif au passage et aux différents besoins de l'armée.

ART. 4. - A partir du 10 octobre, le roi de Westphalie prendra possession de ses Etats et administrera pour son propre compte.

ART. 5. - La régence aura soin, 1° de bien étudier le pays, pour  y adapter l'organisation qui doit y être établie conformément à la constitution; 2° de faire rentrer dans la caisse de l'armée la contribution ordinaire de l'année, ainsi que les contributions extraordinaires.

ART. 6. - La régence correspondra pour tous ces objets avec le prince de Neufchâtel, notre major général.

ART. 7. - Notre ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent décret.


Paris, 18 août 1807

Au général Junot

Je désire demain, à six heures après midi, avoir une grande parade dans la cour des Tuileries. Toutes les troupes quelconques de la Garde impériale, de la garde de Paris et de la garnison se trouveront à cette parade. Tout cela formé par compagnies et par bataillons selon les contrôles. Vous ferez faire le service par un seul régiment de la garde de Paris, que je verrai un autre jour. La cavalerie sera également à la parade.


Saint-Cloud, 18 août 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, sous le prétexte que l'Angleterre a déclaré la guerre aux Danois, donnez des ordres dans mes ports pour empêcher qu'on ne donne aucune expédition aux bâtiments danois jusqu'à nouvel ordre.

(Brotonne)


Palais impérial des Tuileries, 19 août 1807

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, nous avions jugé convenable d'arrêter le mariage de notre frère le prince Jérôme avec la princesse Catherine de Wurtemberg. Depuis un an, les circonstances où nous nous sommes trouvé en avaient retardé l'accomplissement. La paix qui vient d'être conclue nous ayant rendu à nos peuples, nous n'avons pas voulu que cette union éprouvât un plus long retard , et nous avons envoyé notre cousin le maréchal Bessières à Stuttgart pour y recevoir la princesse. Le mariage n'aura lieu que le 23 de ce mois. Nous n'avons pas cru, cependant, devoir différer de vous instruire de cette détermination. Vous y reconnaîtrez l'intention où nous sommes constamment de multiplier les liens qui unissent nos peuples à ceux des États alliés.


Paris, 19 août 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, voici le projet de constitution qu'il me paraît convenable de donner à votre royaume. J'ai nommé une régence pour administrer vos États jusqu'au ler octobre, époque où commencera votre règne. Faites communiquer la constitution aux députés de vos États qui sont ici, pour avoir leurs observations selon les connaissances qu'ils ont des localités.

(Voir ci-après cette constitution, à la date du 15 novembre)


Paris, 19 août 1807  

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, témoignez mon mécontentement à mon ministre en Hollande sur tout ce qui se passe dans ce pays. Envoyez-lui un courrier extraordinaire, pour lui donner ordre de voir la régence et de se plaindre sévèrement de la protection qu'elle accorde au commerce anglais.

Écrivez vous-même à mes consuls de vous faire connaître le départ et l'arrivée de tous les bâtiments allant et venant d'Angleterre. Faites venir ceux qui représentent ici le roi de Hollande, et témoignez-leur de même mon mécontentement. Faites connaître que, si cela continue, j'enverrai 30,000 Français en Hollande pour fermer les ports; que les Hollandais se couvrent de honte, lorsque, dans le temps que les Anglais brûlent leurs bâtiments à Batavia, ils se constituent leurs plus grands amis et les principaux fauteurs de leur commerce.


Paris, 19 août 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous recevrez un décret qui nomme une régence pour administrer le royaume de Westphalie. Cette régence annule entièrement la division en départements et gouvernements. Les gouverneurs pourront cependant rester pour la police sous les ordres de la régence. Il faut que les membres de la régence séparent entièrement les intérêts des provinces de la rive gauche de l'Elbe de ceux des provinces de la rive droite. Faites partir ces conseillers d'État, de manière qu'ils soient arrivés le 24, afin d'avoir le temps , avant le 1er septembre, de communiquer le décret et de commencer réellement leurs fonctions le 1er septembre.


Paris, 19 août 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, occupez-vous sans délai d'achever l'organisation du corps d'observation de la Gironde. Concertez-vous à cet effet avec le général Junot. Je vois, dans les états, qu'on porte le général Boyer comme employé dans ce corps, tandis que j'avais destiné ce général à être employé dans la 13e division militaire.

Faites-moi connaître la situation du camp de Saint-Lô, qui entre dans la composition de l'armée de Bayonne, et proposez-moi le départ de détachements des bataillons qui sont à Paris, pour compléter les bataillons à 1,260 hommes.

Proposez-moi également les détachements à faire partir pour compléter, à 3 ou 400 hommes chacun, les sept escadrons qui sont en marche pour Rayonne, de manière que ces escadrons fassent une force de 2 ou 3,000 hommes.

Le ler régiment de dragons a 96 hommes au camp et 306 à Versailles : formez le ler escadron au moins à 300 hommes. Le 3e à 97 hommes au camp et 260 à Versailles : formez-le également à 300 hommes. Le 4e, le 5e, le 9e, peuvent également compléter leurs escadrons à 300 hommes. Le 26e de chasseurs est dans le même cas.

Il faut compléter à 350 hommes les escadrons qui pourront l'être, de manière que les sept escadrons forment, au moins 2,400 chevaux. Il faut organiser ces sept escadrons en quatre régiments provisoires ; le ler composé du 26e de chasseurs, qui sera commandé par le major de ce régiment, et les trois autres, des six escadrons de dragons. Chaque régiment, sera commandé par un major; un général de brigade commandera deux régiments provisoires, et un général de division commandera les quatre régiments.

Proposez-moi le général de. division et les deux généraux de brigade qui devront commander ces régiments.


Paris, 19 août 1807

Au roi de Naples

Mon Frère, ni moi, ni mon ministre, ne recevons de nouvelles de mon armée de Naples. Je n'en ai aucun état de situation. J'avais demandé qu'on me les envoyât tous les dix jours. Je n'ai point de détails de l'exécution de mes ordres pour Corfou. Je vous ai recommandé d'y envoyer 4,000 hommes. Ils peuvent être bloqués; 1,500 hommes ne sont pas suffisants.

Je vous prie de me faire connaître l'état des régiments que vous y avez envoyés, le nom des officiers d'état-major, du génie et d'artillerie; et que votre chef' d'état-major corresponde longuement avec le ministre et lui envoie la situation de l'armée tous les cinq jours. Si cela continue ainsi, je serai obligé d'envoyer un chef d'état-major à Naples.


Paris, 19 août 1807

A M. Gaudin

Vous ne m'avez pas envoyé le projet sur la comptabilité nationale; il est d'autant plus important de s'occuper de cette affaire que cela doit servir de débouché à un grand nombre de tribuns.


Paris, 19 août 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au maréchal Brune de ce que les Espagnols et les Hollandais ne sont pas encore partis de son camp, quoique vous lui en ayez donné l'ordre depuis bien du temps.

Il faudra faire imprimer le journal du siège de Stralsund, lorsque la place sera prise ou sur le point de l'être.


Paris, 19 août 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, il y a, je crois, un ou deux régiments napolitains dans le royaume d'Italie. Faites-en passer la revue, et faites-moi connaître dans quelle situation ils se trouvent. Ces régiments seraient-ils dans le cas de faire campagne en Dalmatie ?

(Prince Eugène)


Paris, 21 août 1807

Au vice-amiral Decrès

Le 13, le Danemark a déclaré la guerre à l'Angleterre. Expédiez un courrier à Toulon et Gènes pour que les bâtiments danois soient retenus dans ces ports, afin qu'ils ne tombent pas au pouvoir de l'Angleterre.


Paris, 21 août 1807, minuit.

Au prince Eugène

Mon Fils, le Danemark a déclaré la guerre à l'Angleterre, le 13 de ce mois. Il est nécessaire que les bâtiments danois qui se trouvent à Livourne, à Venise et dans les autres ports de mon royaume d'Italie, y soient retenus. Prévenez de cela le roi de Naples.


Paris, 21 août 1807, minuit.

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, voici une lettre que je reçois par le courrier de Hambourg. Expédiez un courrier à Madrid pour communiquer la nouvelle qu'elle contient, et pour qu'on ne laisse partir aucun bâtiment danois des ports de l'Espagne. Ecrivez à M. Beauharnais de parler de cela au ministre de Russie, et de lui dire que, si l'escadre russe arrive à Cadix, l'ambassadeur russe fasse connaître à son amiral que mon opinion est qu'il reste à Cadix jusqu'à nouvel ordre, de peur que les Anglais ne s'emparent de son escadre et ne la gardent en otage.

Le courrier sera porteur d'une lettre de vous au préfet de Bordeaux, par laquelle vous le chargerez d'empêcher le départ d'aucun bâtiment danois.


Paris, 21 août 1807

A Alexandre, prince de Neuchâtel

Mon Cousin, vous ordonnerez au colonel Morio de garder les arrêts pendant quinze jours, pour avoir écrit sans ordre à mes intendants et leur avoir dit que je l'avais nommé ministre provisoire pour l'organisation du royaume de Westphalie. Vous lui ferez sentir les conséquences d'un pareil mensonge et combien je suis indulgent en me contentant de cette punition.

(Brotonne)


Paris, 22 août 1807

A M. de Ségur, Grand-Maître des Cérémonies

Le grand nombre de princes étrangers qui se trouvent dans ce moment à Paris rendant nécessaire de régler les rangs entre eux et les princes de nia famille, je juge convenable de vous faire connaître par la présente mes intentions.

Tous les membres de ma famille ne prendront rang autour de moi que selon leur rang de famille. Mes beaux-frères, ne recevant de leurs femmes aucun droit politique, n'ont aucun rang dans les cérémonies du trône, à moins qu'ils ne soient conseillers d'État, ministres, sénateurs, grands officiers de l'Empire ou grands dignitaires, auxquels cas ils prennent le rang de leur place, selon l'ordre de leur nomination, Dans mes palais ils prennent le rang de leur femme; bien entendu qu'ils cèdent le pas à tous les princes de mon sang. Ainsi mes neveux, ayant droit au trône, passeront constamment avant eux.

Aucun prince étranger, dans mes palais, ne passe avant mes frères, qui prennent rang, non-seulement chez moi mais partout, avant les grands-ducs et les autres princes de la Confédération. Ils ne cèdent même, chez moi, aux empereurs et aux rois que dans les circonstances, et lorsque cela est déterminé par une lettre close de moi.

Les grands dignitaires français sont traités comme princes. Ils passeront constamment dans mes palais avant tous les princes de la Confédération et les princes de tous les empires et royaumes étrangers. Ils pourront cependant céder le pas aux grands-ducs que nous aurons reconnus comme grands-ducs de la Confédération, lorsque nous l'aurons décidé par lettre close.

Le fauteuil est uniquement réservé pour l'Empereur et l'Impératrice; pour ce voyage seulement il sera accordé à la Reine de Naples; mais à l'avenir cette princesse sera traitée selon le rang qu'elle doit
avoir.


Paris, 22 août 1807

Au roi de Wurtemberg

Monsieur mon Frère, j'ai reçu les différentes lettres de Votre Majesté. La princesse est arrivée hier au soir, bien portante, et, quoiqu'elle soit venue extrêmement vite et qu'il fasse une excessive chaleur, elle a encore eu le courage de faire, après dîner, une promenade en calèche dans le jardin des Tuileries. Votre Majesté peut se reposer sur les sentiments que je lui porte. Je sens combien, dans ces moments et dans un pays qui lui est étranger, elle a besoin de retrouver les soins de l'amitié auxquels elle était si accoutumée à Stuttgart. Je souhaite que Votre Majesté se trouve bien de cette horrible chaleur. Elle est telle ici qu'il n'y en a pas eu une pareille depuis soixante ans. Pour moi, dont la mémoire ne date pas de si loin, je ne me souviens pas d'avoir jamais eu si chaud en France.


Paris, 22 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, écrivez à l'envoyé extraordinaire de Lucques que je suis surpris qu'il passe ici son temps à faire mettre son nom dans les journaux; que la princesse de Lucques l'a envoyé près de moi et ne l'a pas envoyé près des journaux de Paris. Cette conduite est à la fois inconvenante et indigne de son rang.


Paris, 24 août 1807

EXPOSE DE LA SITUATION DE L'EMPIRE
PRESENTE PAR LE MINISTRE DE L INTERIEUR LE 8 AOUT 1807

Voir ce rapport


Paris, 24 août 1807

A M. Cretet, ministre de l'intérieur

Le pain à Paris, sans être trop cher, est cependant plus cher que ne comporte le prix du blé; cela a des inconvénients. Prenez cet objet en considération, et voyez s'il n'y aurait pas moyen d'opérer quelque diminution, en laissant cependant assez gagner les boulangers.


Paris, 24 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, réitérez à mon ministre en Hollande la nécessité de faire terminer tout cela. Il faut que le décret sur le blocus soit exécuté en Hollande, s'ils ne veulent point s'attirer des marques de mon mécontentement.


Saint-Cloud, 24 août 1807 

A . de Champagny

Monsieur de Champagny, je vous envoie différentes lettres du roi de Prusse. Vous vous ferez remettre sous les yeux tout ce que M. le prince de Bénévent a écrit, par mon ordre, au prince de Neufchâtel, au maréchal Soult et à l'intendant général. Vous entrerez en explication sur ces objets avec l'envoyé de Prusse, et vous lui ferez comprendre que je ne demande que l'exécution du traité; que, quant aux contributions, M. Daru a ordre de donner des facilités pour leur payement, mais que rien ne se paye, parce que le roi ne charge aucun agent de ses pouvoirs. Il vous sera facile de lui faire entendre qu'avant d'évacuer le territoire prussien il faut que toutes ces affaires aient été terminées.


Paris, 24 août 1807

A M. Regnier

Monsieur Regnier, donnez des ordres pour que, sur tous les points de l'empire où il aurait été décerné des contraintes contre les Anglais, ces contraintes reçoivent leur prompte et entière exécution et que les individus soient mis en prison sans qu'ils puissent en sortir. Rapportez votre décision du 18 ventôse et prescrivez que toute contrainte reçoive avant tout son exécution, sauf à l'autorité militaire à prendre les mesures convenables.

(Brotonne)


Paris, 24 août 1807

DÉCISION

Votre Majesté m'a donné l'ordre de mettre la ville de Danzig en possession de toutes les propriétés qui vont être séquestrées. Je lis dans la lettre de Votre Majesté que ces propriétés doivent être vendues; je pense qu'il faut lire rendues...

Renvoyé au prince de Neuchâtel. je ne sais pas ce que M. Daru veut dire. Bien loin de rendre les domaines pris à Danzig, mon intention est de les vendre au Trésor public.

(Brotonne)


Saint-Cloud, 25 août 1807

Au prince Eugène

Mon fils, j’ai reçu vos lettres. J’ai vu avec plaisir les notes que vous m'envoyez sur les cardinaux et les autres prêtres italiens qui sont à Rome.

Donnez-moi des renseignements, si vous en avez, sur ce Schepeler ct sur ce Catinelli qui me paraissent être de forts mauvais sujets

(prince Eugène)


Saint-Cloud, 25 août 1807

A M. de Luçay

Je ne veux pas qu'on joue la Vestale.

Je pense qu'il est convenable de donner la Mort d'Adam, puisqu elle est prête.


Saint-Cloud, 25 août 1807

A M. de Caulaincourt, Grand-Ecuyer

Donnez ordre à, M. de Montesquiou de se rendre chez M. de Champagny et d'y prendre des dépêches et l'argent nécessaire pour aller à Saint-Pétersbourg. Il séjournera, dans cette ville une quinzaine de jours, et, tant là qu'à Riga, il s'instruira de la situation des affaires, des lieux où se trouvent les troupes, etc. M. de Montesquiou passera par Danzig et sera porteur de lettres au général Rapp et au maréchal Soult


Saint-Cloud, 25 août 1807

A M. Cambacérès

Je vous envoie un état des billets gratis et des billets payants de l'Opéra pendant le mois dernier; cela me paraît énorme. Faites-moi connaître le prix des différentes places. Ne pourrait-on pas les mettre au-dessous du prix des autres spectacles, et par là supprimer les billets gratis ?


Saint-Cloud, 25 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre portefeuille d'hier. Faites mettre dans les journaux des extraits des nouvelles de Buenos-Ayres.

Comme les courses de Saint-Pétersbourg sont très-longues, peut- être serait-il préférable d'expédier un officier d'ordonnance que d'y envoyer un courrier, parce que cet officier pourra en même temps faire des observations en allant et venant. Vous pouvez faire partir l'officier d'ordonnance Montesquiou. Vous écrirez en chiffre au général Savary que je serai sans doute flatté de voir l'empereur Alexandre à Paris, mais que, cependant, il ne faut point le presser là-dessus. Vous lui direz que, dans sa lettre du 6 août, il n'y a pas assez de détails, surtout de ceux qui fassent connaître la cour, l'opinion, la situation de l'armée, les pertes faites, etc. Dites-lui que vous avez écrit, par mon ordre, à Madrid, dès que l'on a appris les affaires de Copenhague, pour donner le conseil que la flotte russe séjournât à Cadix. Vous enverrez au général Savary les journaux des huit derniers jours.

Écrivez à M. de Beauharnais pour qu'il demande le changement du ministre d'Espagne à Saint-Pétersbourg, M. de Noronha; faire comprendre qu'on pourrait envoyer à sa place le ministre d'Espagne à Berlin, qui est tout à fait inutile dans cette résidence, et qu'il serait nécessaire qu'on lui donnât les moyens de faire une assez forte dépense.

Vous ferez ouvrir au général Savary un crédit illimité sur Saint-Pétersbourg par la maison Perregaux.


Saint-Cloud, 25 août 1807

Au maréchal Soult

J'ai reçu votre lettre du 9. Je suis bien aise que mes ordres soient arrivés à temps, et que mes troupes n'aient point évacué Elbing, Marienburg et Marienwerder; car elles sont mieux placées là qu'à Neuenburg, Mewe et à la rive gauche de la Vistule.

Je suppose qu'à l'heure qu'il est le territoire de Danzig est marqué Vous savez que M. de Schulenburg n'a point accepté la Commission du roi de Prusse, et qu'il veut être sujet du roi de Westphalie Mais le roi de Prusse a, depuis, pourvu à son remplacement, et la Commission négocie avec M. Daru.

Les Prussiens ont élevé la ridicule prétention que la partie de la Pologne qui avait été réunie pour l'administration à la Silésie devait leur rester. Cela est trop absurde pour avoir besoin de réfutation.

Je viens de donner ordre qu'on paye un mois de solde à toute l'armée.


Saint-Cloud, 25 août 1807

Au maréchal Davout, à Varsovie

Mon Cousin, je reçois vos lettres des 14 et 15 août. Vous me proposez de donner des capotes aux troupes du général Zajonchek. Ces troupes doivent être habillées, soldées et nourries par la Pologne; cela ne doit me regarder d'aucune manière. Mes magasins doivent servir à mes soldats.

Dans une de vos lettres vous me dites que les créances du roi de Prusse dans le duché de Varsovie se montent à cinquante millions, mais que, en en déduisant l'argent prêté par les collèges des Pupilles et les dépôts civils, cette somme diminuera de beaucoup - mais, par le traité, le roi de Prusse doit restituer toutes ces sommes.

Il faut vous immiscer le moins possible dans les détails des troupes polonaises. Il faut leur faire sentir toute l'importance de vivre unis.

J'ai vu, dans la lettre que vous écrit le prince Poniatowski, qu'il demande si le général Zajonchek est au service de Pologne : il faut lui répondre que oui; le général Dombrowski et lui n'ont plus rien de commun avec le service de France.

La légion du Nord se rend à Varsovie et fait partie des troupes polonaises. Les lanciers polonais et la légion polacco-italienne ayant demandé à rentrer au service de France, je ne vois pas d'inconvénient à la prendre, et elle évacuera la Silésie en même temps que les troupes françaises.


 Saint-Cloud, 25 août 1807

Au général Savary

Monsieur le Général Savary, j'ai reçu votre lettre du 6 et vos notes. J'ai vu avec plaisir les bons sentiments de l'empereur Alexandre. Vous trouverez ci-joint une lettre que vous remettrez à ce prince.

Nous avons célébré à Paris le mariage du roi de Westphalie, ce qui m'a fait rester quatre ou cinq jours à Paris, où la chaleur a été excessive. Me voilà de retour à Saint-Cloud. J'ai chargé M. de Champagny de vous écrire en détail.

On ne manquera pas de vous parler de la princesse : elle est bonne, d'une figure assez agréable et fort bien élevée; des Prussiens : ils continuent à ne savoir ce qu'ils font; il est faux qu'on leur ait imposé aucune contribution nouvelle; mais, par la convention passée à Königsberg avec le maréchal Kalkreuth, toutes les contributions doivent être payées avant l'évacuation, celles seulement dont le pays aurait eu connaissance avant la paix. J'ai, au reste, donné des facilités pour leur payement; mais ce sont des gens qui se plaignent toujours et ne savent prendre aucun parti.


Paris, 25 août 1807

A l'empereur de Russie

Monsieur mon Frère, je m'empresse de faire part à Votre Majesté du mariage de mon très-cher frère Jérôme Napoléon avec la princesse Catherine de Wurtemberg, célébré le 22 de ce mois, dans mon château impérial des Tuileries. Cette union m'est d'autant plus agréable qu'elle établit entre Votre Majesté et mon frère des liens de parenté auxquels nous attachons le plus grand prix. Je saisis, avec un véritable plaisir, cette occasion pour exprimer à Votre Majesté ma satisfaction des rapports d'amitié et de confiance qui viennent d'être établis entre nous, et l'assurer que je n'omettrai rien pour les cimenter et les consolider. Je compte sur la plus parfaite réciprocité de sentiments de la part de Votre Majesté. Je la prie d'être bien persuadée de la sincère amitié avec laquelle je suis, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté le bon frère.


Saint-Cloud, 25 août 1807  

A M. Daru

Monsieur Daru, je reçois votre lettre du 18 août, par laquelle je vois qu'il y a à Magdeburg et dans le royaume de Westphalie une grande quantité de sel, et qu'il est nécessaire d'en fournir tant aux pays de la Westphalie qu'aux pays qui rentrent à la Prusse. Voici ma décision : vendez le plus de sel que vous pourrez pour le profit de mon trésor, mais ne le faites pas d'une manière désastreuse pour le royaume de Westphalie. Ainsi, quand vous devriez le vendre à deux pour cent meilleur marché  vendez tout le sel qui sera nécessaire pour l'approvisionnement de Berlin et de la Silésie. Mon intention n'est pas de préférer l'avantage du roi de Westphalie au mien, mais je ne veux pas faire tort au roi de Westphalie pour remplir mes coffres. Vous comprenez cela parfaitement.

J'approuve que vous envoyiez à Paris non-seulement les quarante-deux millions de lettres de change payables dans cette ville, mais encore celles qui sont payables à Hambourg, Amsterdam et Francfort.


Saint-Cloud, 25 août 1807

A M. Régnier

Je vous envoie une note sur le président de la cour d'appel de Turin. Faire appeler M. Botton et lui demander les resnseignements nécessaires et si cette lettre dont il est question existe.

(Brotonne)


Saint-Cloud, 25 août 1807    

A M. Daru

Monsieur Daru, j'ai envoyé à Cassel une régence composée de trois conseillers d'Etat, MM. Siméon, Beugnôt et Jollivet. Je les ai chargés spécialement de faire rentrer toutes les contributions qui me sont dues. Écrivez-leur là-dessus. Cette régence doit gouverner toutes les provinces qui composent le royaume de Westphalie.

Vous savez que la Nouvelle-Marche appartient, partie à la Prusse, partie à la Westphalie. Faites donc une répartition des contributions entre ces deux provinces, afin que l'on sache ce que doit payer la
partie qui est sur la rive gauche.

Vous me proposez de vendre les magasins de Küstrin. Voici ma réponse : ces magasins sont de 90,000 quintaux; ils doivent se trouver encore augmentés de ce qui viendra de Breslau, de Glogau et des autres parties de la Silésie; si l'on peut les vendre leur valeur et trouver à acheter du côté de Magdeburg, il n'y a pas d'inconvénient à vendre; mais il ne faut le faire que quand mes troupes évacueront Küstrin; car, si je n'évacuais pas 1cette place, je préférerais y avoir des approvisionnements à avoir de l'argent. Quant à Magdeburg, je ne saurais y avoir trop de denrées, parce que j'y laisserai beaucoup de troupes. Les locaux ne doivent point manquer, car les Prussiens avaient l'habitude d'avoir de grands magasins. Dans tous les cas, votre règle doit être l'état de la récolte de cette année; si la récolte est aussi belle qu'en France, il ne doit y avoir d'embarras pour rien.


Saint-Cloud, 26 août 1807

NOTE

Voir la note


Saint-Cloud, 26 août 1807

A l'Empereur de Russie

Monsieur mon Frère, je remercie Votre Majesté des sentiments qu'elle m'exprime dans sa lettre du 23 juillet.

Elle sera instruite des affaires de Danemark. Aussitôt que je les ai apprises, j'ai fait expédier un courrier à Madrid pour faire connaître ces événements à l'ambassadeur de Votre Majesté, et pour l'engager à conseiller à son amiral, lorsqu'il passera à Cadix, d'y rester avec son escadre et d'attendre là l'issue des événements. J'espère que Votre Majesté verra dans ce conseil mon désir d'être agréable à son service.

Je suis impatient d'apprendre ce que Votre Majesté compte faire pour secourir le Danemark et forcer le roi de Suède à faire cause commune avec lui, comme il y est tenu par son plus vrai intérêt, l'indépendance de la Baltique.

Dans tous les cas, Votre Majesté peut compter sur moi. J'ai une armée réunie à Hambourg. J'attends avec impatience des nouvelles de Votre Majesté sur ces événements, priant Dieu qu'il la veuille avoir, Monsieur mon Frère, en sa sainte et digne garde.


Saint-Cloud, 26 août 1807

Au général Savary

Les Anglais ont débarqué le 16 devant Copenhague. Ils bombardent cette ville. Je suis dans l'opinion que la Russie doit faire marcher une armée contre la Suède pour l'obliger à faire cause commune avec le Danemark. L'empereur n'a qu'à me dire là-dessus ce qu'il désire, et je ferai ce qui sera nécessaire; j'ai une armée assez considérable à Hambourg.

Je pense également que, si les Anglais continuent ainsi, il faut leur fermer tous les ports de l'Europe, même ceux de l'Autriche, faire chasser du continent tous les ministres anglais et même faire arrêter les individus. Si l'empereur est de cet avis, nous ferons ensemble une déclaration à l'Autriche, qui sera bien obligée de s'y conformer.

Vous profiterez de cette ouverture selon la position des affaires où vous êtes.


Saint-Cloud, 26 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, vous pouvez faire connaître, mais légèrement, au ministre de Saxe, qu'il est assez inutile que le roi de Saxe charge ses finances de tous les employés prussiens qui étaient dans le duché de Varsovie, qui, pour la plupart, se sont mal conduits, et qui, d'ailleurs, trouveront des ressources en Prusse.


 Saint-Cloud, 26 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, il n'y a pas de doute que la dépense de la fête qu'a donnée M. Bourgoing doit lui être remboursée, Vous ferez connaître à ce ministre qu'il doit presser le roi de Saxe de se rendre le plus tôt possible à Varsovie pour y organiser tout et y faire régner le bon ordre.

Vous me ferez un rapport sur la lettre de la chambre de Wetzlar, et sur ce que je puis faire pour elle.

Vous ne manquerez pas de faire connaître par extrait au maréchal Soult ce qu'il doit réclamer des états prussiens, en l'invitant à tirer des mémoires de M. Daru.

Faites-moi un rapport sur la lettre du Landamman, que je n'ai pas ouverte, et faites finir cela.

Je désire que les pièces relatives à la Gazette de Barcelone soient mises dans le Moniteur.


Saint-Cloud, 27 août 1807

NOTES POUR LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR

Vous voudrez bien prendre vos mesures de manière que demain, à midi, le marché se tienne au marché des Jacobins, de sorte qu'après-demain il n'y ait plus de marchands d'herbages dans la rue Saint-Honoré et rues adjacentes.

S'occuper de la bibliothèque impériale, d'abord pour l'organiser. Il faut un chef en tout. Ce chef sera mon bibliothécaire à moi. Il emportera à la bibliothèque les livres nouveaux qu'il m'aura mis sous les yeux. Et ensuite cela m'évitera bibliothèque sur bibliothèque.

Avoir soin qu'on ne dilapide point la bibliothèque du Tribunat.

Il faudrait pour les bibliothèques une forte administration, un homme d'administration qui eût sous ses ordres le nombre d'hommes convenable. Faire connaître ce qu'il faut pour la mettre à jour. J'ai donné, il y a un an, 200,000 francs.

Donner le droit de faire revenir des autres bibliothèques ce qui manque à la Bibliothèque impériale, et envoyer à celles-ci les doubles inutiles.

Enfin, distinguer les médailles et les gravures, qui n'ont rien commun avec la bibliothèque, pas plus que les statues et les tableaux.

Préparer le travail pour les archives. Mon intention est de les mettre toutes au Louvre. J'ai fait connaître le local à l'architecte. Le réunir; faire un rapport général; débarrasser le palais législatif. Quand passent les papiers aux archives ?


Saint-Cloud, 27 août 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, mes premiers calculs me conduisent au résultat porté dans l'état ci-joint. Pour couvrir le déficit de cent treize millions, il n'y a que le restant en caisse; mais il faut le dépouiller avec  habileté, afin de ne rien comprendre de ce qui serait une perception par anticipation, comme les obligations.

Il ne faut pas comprendre les trente-six millions des bons de la caisse d'amortissement qui appartiennent à l'an XII et années antérieures. Quant à ces exercices, ils ont trente-huit millions en recettes et trente-huit millions en dépenses; c'est pourquoi l'on n'en parle pas.

On a porté cinquante-deux millions à recouvrer, en conséquence du travail d'aujourd'hui, c'est-à-dire :

2,000,000 de récépissés d'acquéreurs de biens nationaux; 
10,000,000 de création de nouveaux boas;
6,000,000 de régularisations;
et 24,000,000 d'anciens bons de la caisse d'amortissement
-------------
52,000,000

Il me semble que cette manière de présenter les états répond à toutes les questions, qu'il n'y a pas de double emploi, et qu'il ne s'agit plus que de mettre les chiffres exactement. Pour avoir une manière 
conforme aux écritures du trésor, il convient de porter peut-être les régularisations comme des recettes à faire.

Comme je suppose qu'on doit avoir au moins cent cinquante millions en caisse, je me trouverai avoir quarante-cinq à cinquante millions de profit.

Par cette manière de faire les écritures, le ministre peut porter de nouveaux soins à l'an XIV et à l'an 1806. Tout l'arriéré, quoi qu'il arrive, ne peut influer en rien, puisqu'on lui donne son lot en bons et en régularisations, avec lesquels il doit se contenter.

MONTANT DU BUDGET

 BESOINS.

OBSERVATIONS.

PAYÉ AVANT 
le ler juillet 1807

RESTANT A PAYER

An XIII.... 714,000,000
1806...       894,000,000
1807...       720,000,000


Totaux... 2,328,000,000

688,000,000
817,000,000
267,000,000


1,772,000,000

26,000,000
77,000,000
453,000,000


556,000,000

 

 

Fonds spéciaux

 

An XIII .... »
1806...     65,000,000
1807...       310,000,000


»
51,000,000
11,000,000


»
14,000,000
20,000,000


Les états du ministre du trésor ne sont pas exacts. Dans l'un il est porté 61,000,000, dans l'autre 65,000,000. Il y a là des choses à rectifier.

 

Total des besoins : 590,000,000

 

MONTANT DU BUDGET

MOYENS

OBSERVATIONS

RENTRÉ AU TRÉSOR

RESTE A RENTRER

An XIII.... 714,000,000
1806...       894,000,000
1807...       720,000,000


Totaux : 2,238,000,000

662,000,000
868,000,000
340,000,000


1,772,000,000

52,000,000
26,000,000
458,000,000


556,000,000

 

 

Moyens des Fonds Spéciaux

 

1806.....69,000,000
1807... 31,000,000

69,000,000
21,000,000

»
10,000,000

 

 

Total des moyens : 468,000,000

 

BALANCE

Les besoins sont de ............ 590,000,000
Les moyens sont de ....468,000,000

Déficit : 122,000



Saint-Cloud, 28 août 1807

A M. Gaudin

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître qu#elle est la quantité de cautionnement que nous avons, quel est l'intérêt fixe, et me proposer une loi pour fixer tous les intérêts à 4%

(Brotonne)


Saint-Cloud, 28 août 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, je vois dans votre compte, à la page 43, que j'avais mis un million en bons de la caisse d'amortissement pour solde arriérée de la guerre, et que 426,000 francs seuls ont été mis à la disposition du ministre, lesquels 426,000 francs n'étaient pas encore ordonnancés.

Je vois dans le livret d'août, à l'article des dépenses faites pour l'exercice an VIII et années antérieures pendant le mois de juillet, que vous avez dépensé 3,000 francs en argent. Comment cela est-il possible, puisque depuis longtemps vous ne devez pas dépenser d'argent pour ces exercices ?

Je vois que vous avez payé cinq millions pour l'exercice an XII et années antérieures. Je ne comprends pas davantage cela, puisque cet exercice doit être soldé en bons de la caisse d'amortissement.


Saint-Cloud, 28 août 1807 (Cette pièce, qui se trouve, parmi les minutes, est placée dans une feuille de papier sur laquelle on lit : En suspens - Saint-Cloud, 28 août 1807;  - puis au crayon : Russie. Projet de lettre.)

A l'Empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j'ai écrit, il y a peu de jours, à Votre Majesté sur les affaires de Copenhague. Dans ce moment, je reçois des lettres du 21 août qui m'apprennent que cette ville est assiégée en règle. Je ressens une grande indignation de cet horrible attentat, et j'éprouve un grand désir d'en faire repentir le gouvernement anglais. Il me semble que ce qu'il y aurait à faire serait d'abord de forcer la Suède à se déclarer contre l'Angleterre, ensuite d'obliger l'Autriche à chasser le ministre anglais de Vienne et à fermer le port de Trieste à l'Angleterre. Si Votre Majesté partage ces sentiments, il ne s'agira que d'envoyer des instructions à son ministre à Vienne, et alors nos deux ambassadeurs demanderont de concert une conférence au ministre des: affaires étrangères d'Autriche, et s'efforceront de lui persuader que l'intérêt de toutes les puissances est de n'avoir aucune communication avec une puissance qui foule aux pieds ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes. Si, après quelques conférences, la cour de Vienne reste récalcitrante, ils déclareront qu'ils ont ordre de quitter Vienne, si, dans un terme fixé, le ministre d'Angleterre n'a lui-même quitté cette résidence. Je suppose que l'Autriche ne s'exposera pas à une guerre combinée de nos deux Etats; si elle le faisait, elle aurait bientôt lieu de s'en repentir.

Quant à la Suède, je ne puis concevoir que le souverain actuel puisse être indifférent à ce qui se passe à Copenhague. On n'en peut trouver l'explication que dans le caractère de ce prince. Dans tous les cas, il est difficile qu'il reste neutre. S'il fait cause commune avec les Anglais, il me semble que Votre Majesté m'a dit que ses traités l'obligeaient à secourir le Danemark. Pour moi, je lui donnerai tout secours, et l'armée que cette puissance a en Norvège pourrait l'aire une diversion à l'attaque que Votre Majesté ferait contre la Suède.


Saint-Cloud, 28 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, il est convenable que vous remettiez à M. de Metternich une note conçue à peu près en ces termes :

"La guerre qui avait éclaté sur le continent étant terminée, et les affaires du continent étant arrangées, Sa Majesté, qui désire pouvoir désarmer et se livrer avec sécurité à tous les biens de la paix, ne peut le faire cependant que lorsqu'il n'y aura plus aucun sujet de craindre que cette paix puisse être troublée. La reconnaissance des rois de Naples, de Hollande et de Westphalie, déjà reconnus par les autres puissances, est une question d'une telle importance que, si l'empereur d'Autriche ne s'expliquait pas autrement là-dessus, Sa Majesté ne pourrait se considérer que dans une position douteuse envers cette cour, et dès lors ne pourrait point regarder la comme assurée. Le soussigné est donc chargé de demander la reconnaissance de ces trois princes, ainsi que les ont reconnus la Russie et la Prusse. S. M. l'empereur d'Autriche avait fait connaître qu'elle qu'il reconnaîtrait le roi de Naples dès que quelque autre puissance l'aurait reconnu, et il avait témoigné le désir de n'être point le premier à le aire. Il ne peut plus y avoir de difficulté aujourd'hui que l'Espagne, la Prusse et la Russie l'ont reconnu."

Cette note, demande à être rédigée avec plus de détails et avec le soin possible. Vous en enverrez la copie au général Andréossy pour qu'il négocie cette affaire. Vous lui ferez sentir qu'il m'est difficile d'abandonner les provinces limitrophes d'Autriche, si tout n'est pas fait.


Saint-Cloud, 28 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre portefeuille. Vous répondrez à mon consul à Cagliari que, s'il ne reçoit point de satisfaction sur l'affaire des quatre bâtiments français, il ait à quitter Cagliari et à se rendre en France.


Saint-Cloud, 29 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, faites-moi un projet de réponse à la lettre du due de Saxe-Cobourg. Répondez à la lettre de la régente de Bayreuth.

Assurez M. de Dreyer qu'aussitôt que le Danemark m'aura fait connaître en détail sa position politique et militaire, je m'empresserai de lui fournir tous les secours dont il aura besoin, mais que je conserve l'espoir que Copenhague résistera. Une ville populeuse et fortifiée ne sera pas prise en deux mois de temps, et les glaces donneront les moyens de la secourir.


Saint-Cloud, 30 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, vous témoignerez mon mécontentement à M. de Beauharnais de ce que, le jour de ma fête, il a porté la santé de l'empereur de Russie, lorsque son devoir était de porter celle du roi d'Espagne. Vous ajouterez que le nom de l'empereur de Russie n'avait rien à faire dans cette circonstance en Espagne; qu'il y a dans cette conduite de la jeunesse et de l'enivrement; que nous n'avons, d'ailleurs, aucune raison de chercher à augmenter le crédit des Russes en Espagne; que vous ne pouvez donc que lui témoigner votre mécontentement sur cette inadvertance.


Saint-Cloud, 30 août 1807     

A M. Gaudin

Je vois dans votre compte que les canaux affermés n'ont rendu que 194,000 francs dans le courant de l'année : cela me paraît fort extraordinaire. Celui du Loiret seul aurait dû rendre 500,000 francs. Je vois que les dix pour cent sur l'octroi n'ont rendu que quatre millions; ils auraient dû en rendre six.


Saint-Cloud, 30 août 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l'ordre au 5e régiment d'infanterie légère et au 19e de ligne, qui sont à Stralsund, de partir sans délai pour Hambourg, où ils feront partie de la division Dupas. Donnez l'ordre au régiment des troupes de Paris, qui est à Hambourg, de se diriger sur Paris. Par ce moyen, la division du général Dupas sera composée des 4e et 5e régiments d'infanterie légère et des 15e, 58e et 19e de ligne.

Donnez ordre au bataillon des marins de la Garde, lorsqu'il ne sera plus nécessaire à Stralsund, de se rendre à Hambourg.

Donnez ordre au maréchal Mortier de ne pas évacuer un pouce de la Silésie avant qu'il en reçoive l'ordre signé de moi ; et de ne point s'en référer à la convention passée avec le maréchal Kalkreuth.

Faites-lui connaître que j'ai vu avec peine qu'il ait permis qu'on célébrât la fête du roi de Prusse, ce qu'on n'a pas fait à Berlin, et ce qu'il était très-inutile de laisser faire en Silésie.

Recommandez-lui de maintenir une bonne discipline, de bien faire nourrir les troupes et de faire payer toutes les contributions.


Saint-Cloud, 30 août 1807

A M. aru

Monsieur Daru, je reçois votre lettre du 22 août. Les prétentions des Prussiens sont aussi plates que ridicules. Ils ne savent donc pas lire, puisqu'ils demandent l'artillerie de la place de Custrin. Vous pouvez les assurer que M, de Knobelsdorf n'a rien obtenu et n'obtiendra rien et s'ils veulent voir évacuer leur pays, ils se dépêcheront de payer.

(Brotonne)


Saint-Cloud, 31 août 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, écrivez à M. Alquier qu'il doit avoir vu par vos dépêches que je me refusais à recevoir M. Litta; que sa dernière lettre, du 19 août, me fait connaître encore davantage combien peu on doit se fier à la cour de Rome, puisque sa pensée n'est pas de donner des pouvoirs entiers à son envoyé pour terminer les objets en litige, et que mon intention, cependant, est d'en finir d'une manière ou d'autre avec la cour de Rome; que ces discussions sont de deux natures : 1° le temporel : l'Empereur se fera raison par les armes; 2° les affaires spirituelles : comme roi d'Italie et protecteur de la Confédération du Rhin, l'Empereur en appellera à un concile contre l'ineptie et la mauvaise foi de la cour de Rome et pour arranger les affaires d'Italie et d'Allemagne. Quant aux affaires spirituelles de France, elles ne donnent lieu à aucune discussion avec la cour de Rome. Si dans la cour de Rome on ne prend pas de moyen d'accommodement, et si l'on n'envoie pas au légat des pleins pouvoirs pour tout terminer, mon intention bien positive est de me faire droit moi-même. Vous réitérerez à M. Alquier que, sa présence étant inutile à Rome, il peut y laisser un chargé d'affaires et s'en revenir tout doucement à Paris.


Saint-Cloud, 31 août 1807

Au maréchal Victor, gouverneur général de Berlin

Je reçois vos lettres du 22 août. Les régiments provisoires ne doivent être dissous qu'au fur et à mesure que les corps passent l'Oder et l'Elbe. A mesure seulement que les corps passent ces fleuves, les hommes qui leur appartiennent, et qui font partie des bataillons de Küstrin, Stettin, Magdebourg, Spandau, Wittenberg et Glogau, doivent  les rejoindre. Ainsi tout ce qui fait partie du Ier corps et de la division Dupas doit déjà les avoir rejoints.


 

1er – 12 août