Janvier - 1807
Varsovie, 3 janvier 1807
Note pour l'Intendant général (Daru)
J'avais confisqué tout le vin qui se trouvait à Varsovie; j'avais promis de le payer, ce qui est juste; me faire savoir si on en a fait une évaluation raisonnable, afin d'en ordonner le payement.
Un juif s'était offert pour fournir, de la Galicie, tout le vin qu'on voudrait; savoir si on a fait un marché avec lui, et où cela en est.
Il faudrait faire un marché pour l'eau-de-vie de vin.
Varsovie, 5 janvier 1807
A Ripault
L'Empereur se plaint de ne recevoir aucune nouveauté de Paris. Il vous est pourtant facile de nous faire passer deux ou trois volumes tous les jours par le courrier qui part à huit-heures du matin. J'écris par ordre de l'Empereur à M. Lavalette (Antoine Marie Chamans, comte de Lavalette, 1769-1830. Directeur des Postes) pour qu'il les fasse partir.
Il a paru depuis peu plusieurs ouvrages qu'il serait intéressant de lire, tels que le Directoire exécutif, de Lacretelle (Pierre Louis de Lacretelle, 1751-1824), etc.
Varsovie, 11 janvier 1807.
Au général Bourcier (François Antoine Louis Bourcier, 1760-1828. Il est alors inspecteur général de la cavalerie de la grande Armée)
Des détachements du 9e hussards m'arrivent sans manteaux. Veillez à ce que cela n'ait pas lieu. Portez tous vos soins à ce que les détachements de cavalerie que vous m'envoyez soient très bien équipés. Deux jours de plus ou de moins de retard ne font rien. je n'ai pas de ressources ici pour équiper les hommes.
Varsovie, 11 janvier 1807
Au général Songis (Nicolas Marie Songis des Courbons, 1761-1810. Il commande l'artillerie de la Grande Armée)
J'ai adopté le travail que vous m'avez présenté. Il reste actuellement à faire celui pour les services rendus à Iéna et pour les dernières affaires. Il y a un capitaine d'artillerie qui commandait l'artillerie légère du maréchal Lannes, qui a fait faire le chemin à Iéna pour monter l'artillerie. Je désire avoir son nom ainsi que celui des quatre canonniers à cheval qui ont le plus servi dans cette circonstance.
Le maréchal Soult se loue beaucoup de plusieurs de ses capitaines d'artillerie légère, de celui qui commande à la division Saint-Hilaire. Le prince Murat a eu lieu d'être très-satisfait de plusieurs capitaines d'artillerie légère qui sont de la réserve, etc. Il faut donc me faire un détail de tous ceux qui ont commandé l'artillerie dans lesdiverses divisions, et me faire connaître si je les ai récompensés. Dans les revues que j'ai passées des divers corps d'armée, je n'ai rien fait pour l'artillerie, parce que j'ai toujours voulu faire un travail général pour toute l'arme. Présentez-moi cela sans délai. Faites-moi connaître si j'ai dans la campagne donné de l'avancement à quelqu'un; je ne m'en souviens pas. L'officier de pontonniers qui a fait le pont de Varsovie doit être distingué. Il est donc convenable que vous fassiez un rapport historique de tous ceux qui se sont le plus distingués dans la campagne et de ceux à qui on doit un témoignage de satisfaction.
Varsovie, 11 janvier 1807)
Au prince Primat
J'ai reçu vos lettres des 1er et 7 décembre. Je remercie Votre Altesse de ce qu'elle veut bien me dire d'aimable. Elle vivra longtemps; on n'est qu'aux deux tiers de sa vie à soixante ans. L'Impératrice se loue beaucoup du bon accueil qu'elle a reçu de Votre Altesse à Francfort.
Varsovie, 11 janvier 1807
A Cambacérès
Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre du 28 décembre. Je vous prie de me faire connaître, comme curiosité, comment a fini l'affaire du cardinal Maury (Jean Siffrein Maury, 1746-181. Il est rentré en France en 1806, et est alors aumonier du prince Jérôme. Il sera nommé, en 1810, archevêque de Paris, en remplacement de Fesch). On m'a assuré qu'on lui refusait le titre de Monsieur le Cardinal. Si cela est vrai, c'est bien ridicule et bien plat.
Varsovie, 13 janvier 1807.
A Clarke
Que voulez-vous que je statue sur le traitement des invalides et pensionnaires prussiens ? M. Estève (Martin Roch Xavier Estève, 1772-1853. Trésorier payeur de la grande Armée, il est chargé de gérer les finances prussiennes, afin d'évaluer le montant possible de l'indemnité de guerre) n'écrit rien, ne rend compte de rien, ne verse rien; on ne peut être plus mécontent que je le suis de cet administrateur, qui se moque de nous.
Je lis toutes les lettres adressées à l'intendant, et je n'en vois jamais de lui. Je lis tous les états de M. la Bouillerie (Roulet de la Bouillerie - receveur général des Contributions de la Grande Armée), je ne vois aucune somme versée. J'attends, pour statuer sur le payement des pensionnaires et invalides, de savoir si le pays rend quelque chose ou ne rend rien. Je vous ai écrit sur cet objet; j'attends, pour prendre un parti, votre réponse.
Mon intention était que M. Estève écrivît tous les jours, versât tous les jours, parce que mes besoins sont de tous les jours; il ne répond rien. Il est impossible de voir un administrateur des finances, chargé de nourrir une armée, plus insouciant et se moquant davantage des gens.
Varsovie,13 janvier 1807
DÉCRET
Article 1er. - Le pont construit sur la Seine, en face du Champ-de-Mars, s'appellera Pont d'Iéna.
Art. 2. - Le quai sur lequel il doit s'appuyer, du côté de Chaillot, et qui doit être élargi et refait dans une nouvelle direction, s'appellera, dans la partie qui sera comprise entre la barrière et les pompes à feu, Quai de Billy, du nom du général tué dans cette bataille.
Art- 3. - La rue à ouvrir en face du pont, depuis le quai jusqu'à l'enceinte de Paris, et les rues projetées dans son voisinage porteront les noms des colonels Lamotte, Barbanègre, Marigny, Doullembourg, tués dans la journée d'Iéna.
Art. 4. - Notre ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.
Varsovie, 14 janvier 1807
A Fouché
Je reçois votre lettre du 2 janvier. Il est difficile de ne pas voir que le Journal de l'Empire et le Mercure ne sont point animés d'un bon esprit. Cela est peu important pour quelques mois; mais il est enfin bien nécessaire d'avoir un homme sage à la tête de ces journaux.
Ces deux journaux affectent la religion jusqu'à la cagoterie. Au lieu de réprimer les excès du système exclusif de quelques philosophes, ils attaquent la philosophie et les connaissances humaines. Au lieu de contenir par une saine critique les productions de ce siècle, ils les découragent, les déprécient et les avilissent.
Tout cela ne peut pas aller ainsi. Je ne parle point d'opinions politiques, il faut n'être point bien fin pour voir que, s'ils l'osaient, elles ne seraient pas plus saines que celles du Courrier Français.
Varsovie, 15 janvier 1807
À Berthier
Mon cousin, donnez l'ordre au 12e, 21e, 25e et 85e régiments, composant la division Gudin, de se rendre à Varsovie. Ils feront en sorte d'y être arrivés le 21 (..) Faîtes connaître au maréchal Davout qu'il doit placer l'artillerie de la division Gudin où il le jugera convenable, parce qu'il n'y a pas de quoi la nourrit ici; qu'en faisant venir ces quatre régiments à Varsovie, mon intention est qu'il leur soit porté un soin particulier; que cependant il dirigera ce mouvement de manière à faire passer le Bug à ces régiments, soit sur le pont, soit sur les glaces, quand ce sera possible. En général, ils ne doivent mener aucun chevaux, car le fourrage est rare à Varsovie.
Varsovie, 15 janvier 1807
À Davout
Mon cousin, j'ai lu avec attention les notes que vous m'avez envoyées. J'ai sous les yeux le travail des avancements dans la Légion d'honneur, que vous me demandez pour votre corps d'armée; je ne m'en suis pas encore occupé; j'y ferai droit sous peu de jours. Envoyez-moi l'état des places vacantes dans vos trois régiments de cavalerie légère. Je vous ai fait dire de mettre deux bataillons à Ostrolenka. Faîtes mettre de l'infanterie à vos avant-postes et laissez reposer la cavalerie. Il faut seulement ne pas se laisser surprendre et faire quelques reconnaissances; mais il est inutiles de courir après l'ennemi. Vous pourrez venir à Varsovie, aussitôt que le temps sera assez ferme pour que vous puissiez retourner librement à vos cantonnements: mais tant que la saison sera aussi variable, vous courriez le risque de vous voir séparé de votre corps d'armée.
Varsovie, 16 janvier 1807
A Champagny
Monsieur Champagny, j'ai lu avec plaisir ce qui a été chanté à l'Opéra: témoignez ma satisfaction à l'auteur. J'avais ordonné qu'on lui fît un cadeau pour sa pièce de Joseph. Rendez-moi compte de tout cela. Toutefois donnez-lui une gratification.
En général, la meilleure manière de louer est de faire des choses qui inspirent des sentiments héroïques à la nation, à la jeunesse, à l'armée.
Varsovie, 17 janvier 1807
A Eugène
Il faut vous fâcher contre les teneurs de propos et contre ceux qui se permettent de se trouver mécontent. Je pense que l'habitude de gouverner, avec votre bon esprit et vos heureuses qualités naturelles, renforcera votre carctère, et vous rendra plus propre à mener cette immense machine, si jamais le destin vous faisait vivre plus que moi.
Varsovie, 18 janvier 1807
A Jérôme
Je reçois une lettre de vous, du 15 janvier, qui me paraît fort extraordinaire. Vous ne me parlez point de suspension d'armes, et je trouve, après le rapport d'un espion, une lettre de vous au prince de Pless, dans laquelle vous lui dites qu'il y aura suspension d'armes à dater du 18.
Je ne conçois rien à une pareille inconséquence. Je ne veux point de suspension d'armes. Vous ne deviez pas avoir d'entrevue sans savoir si cela me convenait. Commandez votre armée, faites la guerre et soumettez la Silésie. Rien ne me serait plus funeste, et contraire à la discipline militaire, que ce que vous faites là.
D'ailleurs, rend-on compte d'une affaire aussi importante en mettant copie d'une lettre au bas d'un rapport d'espion ? Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement. Si donc l'armistice était fait, vous voudrez bien déclarer sur-le-champ que je ne l'ai point approuvé, et qu'il est rompu.
Il faut aussi, avant d'écrire au prince d'Anhalt, savoir le, protocole que vous devez suivre vous lui écrivez comme au frère de l'empereur d'Autriche : ne savez-vous donc pas que l'Allemagne est tapissée de petits princes qui sont ce qu'étaient nos comtes en France ? Vous ne devez pas lui écrire à la troisième personne.
Mais à quoi servent les correspondances ? C'est se battre qu'il faut, et non se faire des compliments.
Varsovie, 18 janvier 1807
A Fouché
Il est question, dans votre bulletin du 3 janvier, d'une demoiselle Grouthe, qui se dit fille de Louis XVI. J'imagine que vous avez pris des mesures pour que cette mauvaise farce finisse.
Quand la moitié de la France a cru que Cagliostro avait été élevé dans la grande pyramide du Caire, et que cela était devenu un objet d'intérêt, que serait-ce d'une chose qui peut servir de prétexte à des malveillants ?
Il est extraordinaire que le président du tribunal et le juge de paix aient été assez simples pour écouter sérieusement une pareille folle ou une marionnette remuée par quelques intrigants (Folle, et d'un "caractère violent", la demoiselle Grouthe fut enfermée dans un asile)
Varsovie, 18 janvier 1807
À Joséphine
Je crains que tu n'aies bien du chagrin de notre séparation qui doit se prolonger quelques semaines, et de ton retour à Paris. J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours : fi ! que cela est laid !
Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois digne de moi et prends plus de caractère. Fais à Paris la représentation convenable, et surtout, soit contente.
Je me porte très bien et je t'aime beaucoup; mais, si tu pleurs toujours, je te croirais sans courage et sans caractère : je n'aime pas les lâches; une impératrice doit avoir du cœur.
Varsovie, 18 janvier 1807
A Marie Walewska
Vous ai-je déplu, madame ? J'avais cependant le droit d'espérer le contraire. Me suis-je trompé ? Votre empressement s'est ralenti tandis que le mien augmente. Vous m'ôtez le repos ! Oh ! donnez un peu de joie, de bonheur, à un pauvre cœur tout prêt à vous adorer. Une réponse est-elle si difficile à obtenir ? Vous m'en devez deux.
Varsovie, 21 janvier 1807
A Berthier
Écrire au général Lagrange que vous avez reçu sa lettre du 9; que nous savons, sur l'insurrection de la Hesse, une infinité de détails dont il ne nous a jamais parlé; qu'il ait à vous envoyer un rapport général, et qu'il vous fasse connaître les pertes que nous pourrions avoir faites.
- Demander à Posen le nom des Juifs qui ont acheté des fusils aux soldats, pour les faire arrêter.
- Demander au général Guérin l'état de situation des 700 hommes qui sont à son dépôt. Il n'était pas joint à sa lettre du 18.
- Me faire connaître qui j'ai nommé gouverneur d'Erfurt et de l'Eichsfeld; si je n'ai nommé personne, me proposer quelqu'un.
- Écrire au général Songis de faire établir ici une salle d'armes, et de faire mettre en état les 6 000 fusils qui arrivent
dans ce mois.
- Charger un officier de visiter les hôpitaux pour s'assurer si les salles d'armes sont établies dans chaque hôpital; prendre des mesures pour que les fusils des hôpitaux soient en état et huilés. Plus de la moitié des hôpitaux de l'armée étant à Varsovie,
cette mesure peut être d'une grande utilité.
- Donner ordre au général Guérin, à Lowiez, d'établir un atelier d'armuriers pour faire les réparations les plus urgentes aux fusils de son dépôt; en informer le général Songis, qui accordera quelques sommes pour ces dépenses.
- Donner ordre au même de faire partir pour Varsovie les détachements des 12e de ligne, 21e de ligne, 25e et 85e, des 100e, 103e, 21e léger, 28e idem, 34e, 40e, 64e, 88e et I7e léger, qu'il a à son dépôt, en les faisant marcher bien en ordre, de choisir une église ou un lieu couvert afin de faire exercer les conscrits qui passent à son dépôt, et de s'y rendre fréquemment lui-même afin de s'assurer qu'on pousse leur instruction autant que possible.
Je ne conçois pas comment le détachement du 32e de ligne vient à Varsovie. C'est la faute des généraux qui commandent à
Küstrin et à Posen.
- Recommander au général qui commande à Posen de ne laisser partir de cette ville que des hommes armés, et de ne point diriger sur Varsovie ceux du 1er et du 6e corps.
- Écrire au général Clarke de laisser acheter des chevaux pour la remonte de la cavalerie bavaroise, pourvu qu'il soit sûr que c'est réellement pour le service de l'armée bavaroise.
- Accorder au général Lefranc la permission de se rendre en France.
- Je ne puis que témoigner mon mécontentement au major général de ce que mes ordres ne s'exécutent pas.
Il vient d'arriver ici un convoi de capotes pour le 9e d'infanterie légère. Si l'on écrivait aux commissaires des guerres et aux commandants d'armes, on ne dirigerait pas toujours sur Varsovie ce qui doit être envoyé à quatre-vingts lieues. Les bagages du 32e, de ligne viennent également d'arriver à Varsovie
Varsovie, 23 janvier 1807
A Joséphine
Je reçois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette à des femmes un voyage comme celui-ci: mauvais chemins, chemins peu sûrs et fangeux. Retourne à Paris, sois-y gaie, contente; peut-être y serai-je aussi bientôt. J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un mari pour être avec lui; je pensais, dans mon ignorance, que la femme était faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la gloire: pardon de mon ignorance; l'on apprend toujours avec nos belles dames.
Adieu, mon amie, crois qu'il m'en coûte de ne pas te faire venir; dis-toi : c'est une preuve combien je lui suis précieuse.
Varsovie, 26 janvier 1807
A Decrès
... je vous ai fait connaître mon désir de faire construire des vaisseaux de ligne à Nantes, au Havre, à Dunkerque; je crois mon idée praticable. Si elle l'est, j'entends qu'elle soit mise sans délai à exécution; si elle ne l'est pas, il faut que M. de Laplace et M. Sané (Jacques-Noël Sané, 1740-1830, inspecteur général du génie maritime de 1800 à 1817) soient unanimes sur cette question, et que l'impossibilité me soit bien démontrée. Quant à moi je suis porté à la croire, jusqu'à cette heure, d'une solution facile. Il me vient à l'appui une autre idée. Puisque enfin le grand obstacle est l'inconvénient du tirant d'eau qu'auront ces vaisseaux étant armés, comme on les fera sortir du port de construction désarmés, en temps de paix, pour les armer dans un grand port, ils peuvent ne pas tirer plus d'eau qu'une frégate. Je dis que ce problème est facile à résoudre, puisque je pars du principe que je puis faire des canons de bronze aussi légers que possible et de la longueur des canons ordinaires, sauf à ne tirer ces canons qu'avec telle ou telle charge de poudre. Ainsi, par exemple, pour faire comprendre mon idée, on pourrait faire faire des canons de l'épaisseur d'un écu de six francs et aussi ue le sont les canons des vaisseaux; mais dans ce cas extrême on n'y pourrait mettre qu'une demi-once, ou moins, de poudre, qui ne chasserait le boulet qu'à fort peu de distance. Vous sentez bien que, d'après cette supposition extrême, on peut faire des canons de 24 qui tirent avec six livres de poudre au lieu de huit. J'aurais l'allègement du bronze sur le fer, plus l'allègement du nouveau canon sur l'ancien. Si l'on est de mon avis, il n'y a pas besoin d'explication; si l'on n'est pas de mon avis, j'ai besoin que cette question soit bien traitée, afin que cette fantaisie me sorte pour toujours de la tête. Le problème ici est complexe. il est moitié d'artillerie, moitié de construction navale. Il me semble que, si je demandais à M. Sané un vaisseau aussi bon marcheur que le Spartiate, pouvant porter 74 canons comme le Spartiate, et que je lui disse qu'il n'y sera mis que des canons de bois, il me ferait un dessin de construction au moyen de laquelle ce vaisseau ne tirerait pas plus qu'une frégate ou un vaisseau de 64, comme le Vénitien, qui est entré dans le port d'Alexandrie. Voilà comme je veux que cette question soit traitée. Si l'on me faisait un vaisseau sans canons, percé pour 74, qui pût porter autant de vivres qu'un vaisseau ordinaire, combien serait le minimum de son tirant d'eau? Je crois qu'un vaisseau ordinaire tire 22 ou 23 pieds. J'ai peine à croire qu'en déchargeant l'artillerie, je ne gagnerai pas plusieurs pieds.
Varsovie, 28 janvier 1807
A Joseph
Monsieur mon Frère, je n'ai pu recevoir la lettre de Votre Majesté et ses voeux pour mon bonheur sans vive émotion.
Vos destins, mes succès ont mis entre nous de vastes pays: vous touchez au midi à la Méditerranée, je touche à la Baltique; mais, par l'accord de nos mesures, nous tendons au même but.
Veillez sur vos côtes; écartez-en les Anglais et leur commerce; leur exclusion rendra le calme à vos États. Votre royaume est riche, peuplé; avec l'aide de Dieu, il sera puissant et heureux. Recevez mes voeux les plus sincères pour la prospérité de votre règne, et comptez dans tous les temps sur mon affection fraternelle.
La députation que m'a envoyée votre Majesté a rempli honorablement sa mission; je l'ai priée de reporter à Votre Majesté les assurances de mon plus sincère attachement.
Varsovie, 28 janvier 1807
A Daru
Monsieur l'Intendant général, je vous ai fait donner des ordres pour les mouvements de la compagnie Breidt à l'armée. Mon intention est que, du 30 janvier au ler février, il n'y ait plus une seule de ses voitures à Varsovie. J'en ai trouvé qui faisaient le service à la manutention pour le transport d'un magasin à un autre. Cela peut être commode, mais cela n'est pas convenable; il faut se servir des traineaux et des voitures du pays; tout- ce qui est français doit être à l'armée.
J'ai trouvé du retard à la manutention, parce que les boulangers prussiens s'étaient révoltés, et ils s'étaient révoltés parce qu'on ne les avait pas payé. Il est absurde qu'un boulanger prussien ne soit pas payé; ce n'était d'ailleurs ici que l'affàire d'un louis. Ces ouvriers se plaignent, qu'on leur donne des espèces pour un taux supérieur à leur cours. Quand il s'agit de gens qui ne travaillent que pour de l'argent, il vaudrait mieux dépenser 1 000 écus de plus par mois et faire marcher le travail.
Vos garde-magasins sont des freluquets.
Varsovie, 28 janvier 1807
A Berthier
Je vois avec peine que le quartier général ne marche jamais en règle. Aujourd'hui, à deux heures, les employés partaient isolément.
Il faut traiter militairement tout ce monde, mettre aux arrêts, en prison, et établir de la discipline. Tous ces messieurs font leur plan et marchent à volonté; ensuite on ne les trouve pas où l'on en a besoin.
Varsovie, 28 janvier 1809
À Murat
(..) Le major général vous aura envoyé l'ordre de mouvement. Le 1er février, je compte prendre l'offensive en faisant seulement, ce jour-là, une petite journée. Le maréchal Lannes se porte sur Brok pour culbuter Essen; le maréchal Davout sur Myszyniec; le maréchal Soult, sur Willenberg; le maréchal Augereau, sur Neidenburg et Janowo; le maréchal Ney sur Hohenstein, et le prince de Ponte-Corvo sur Osterode (..)
Pratznitz, 30 janvier 1807
À Davout
Mon cousin, j'arrive à Pratznitz, je serai demain à Willenberg. Il est probable que je vous enverrai l'ordre de vous porter sur Ortelsburg le 1er février. Je d´sire que vous me fassiez connaître ce que l'ennemi a du côté de la tête des lacs de Niedersee. Le maréchal Soult se trouverait au même moment à Passenheim; vous n'auriez à vous garder que du côté de votre droite. Le général Gudin est arrivé à Pulttusk, et je vais lui envoyer des ordres dans la nuit pour un mouvement ultérieur.