18 - 31 Juillet 1807
Dresde, 18 juillet 1807, midi
A l'Impératrice
Mon amie, je suis arrivé hier, à cinq heures du soir, à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin.
Il se peut qu'une de ces belles nuits je tombe à Saint-Cloud, comme un jaloux; je t'en préviens.
Adieu, mon amie; j'aurai grand plaisir à te voir. Tout à toi.
Dresde, 18 juillet 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, j'ai reçu vos lettres du 5 au 13. Je suis arrivé à Dresde hier au soir, très-bien portant. J'ai fait plus de deux cents lieues sans m'arrêter. Me voilà à moitié chemin de Paris.
Dresde, 18 juillet 1807
A M. Cretet, Gouverneur de la Banque
Je reçois votre rapport du 6 juillet. Comment est-il possible que la Banque ait pu donner un intérêt de neuf pour cent du capital primitif de l'action, lorsqu'elle a mis si peu de billets en émission ? Je crains bien que ce ne soit moi qui aie payé tout cela. Au reste, c'est ce que je verrai à mon arrivée à Paris.
La proposition qu'ont faite MM. Girardin et Fréville n'a point de sens, et je ne l'approuve pas. Partez toujours du principe que je n'approuve jamais tout ce qui serait proposé de contraire aux bases sur lesquelles la Banque est établie. Or je vois ici un emprunt sur dépôt. Si ces messieurs ont des obligations à vous vendre, et qu'il ne soit question que d'un escompte, cela peut se faire; mais, s'ils ne vous donnent des effets qu'en dépôt, je n'approuve point l'opération.
Je n'approuve pas davantage ce que proposent les députés de la Marche électorale de Brandebourg. Je n'approuve pas non plus les considérations renfermées dans votre lettre. Je me renfermerai dans mon adage : « Vous êtes banque, restez banque. ". Si ces messieurs ont de bons effets à vous donner, et qu'ils soient négociables dans six mois au lieu de trois, je l'approuve. La banque de France n'est pas une banque territoriale et ne peut pas recevoir des effets hypothéqués sur des terres.
Je n'approuve pas davantage le projet de construire des établissements pour la Banque sur le terrain des fossés Montmartre. Je désire que la Banque soit moins avare; il faut qu'elle concoure à un grand monument, et je reste dans mon idée que la Banque, la Chambre de commerce, le Tribunal de commerce et la Bourse soient réunis dans le même emplacement. On avait désigné pour cela celui des Filles Saint-Thomas. J'ai renvoyé au Conseil d'État le projet que l'on m'avait présenté pour cela; je l'ai trouvé mesquin. Je veux un grand monument qui tende à embellir Paris, et quand, dans plusieurs années , ce monument devrait coûter quelques millions au reste du commerce de Paris, je ne refuserai pas d'y concourir en en payant une partie. L'habitude qu'a prise le commerce de centraliser à Paris presque tous les payements a fait de Paris, pour le commerce, ce que la Tamise a fait pour Londres. Que la Banque reste donc comme elle est, et qu'elle ne dépense pas inutilement 100,000 écus pour de misérables baraques qu'il faudra démolir.
Dresde, 18 juillet 1807
A M. Réal, conseiller d'État
Monsieur Réal, je reçois votre lettre du 4 juillet. Je vois avec beaucoup de plaisir le mariage que vous voulez faire de mademoiselle Réal avec le neveu de M. Lacuée. Je ne doute point que les enfants n'héritent des sentiments de leur père pour moi.
Dresde, 18 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, vous avez eu tort d'envoyer à Chambéry le dépôt du 111e régiment. Je vous l'ai dit, et je vous le répète, je ne veux point changer les dépôts, parce que tous ces changements me coûtent beaucoup d'argent. La légion du général Valence ne sera jamais assez nombreuse pour encombrer Grenoble. D'ailleurs, lorsqu'elle sera formée, on pourra envoyer le 1er bataillon dans quelque place voisine. Mais les dépôts, il ne faut jamais les changer, si ce n'est une fois pour toutes à la paix générale ou à une occasion importante.
Dresde. 18 juillet 1807
Au vice-amiral Decrès
Je reçois votre lettre du 11 juillet. J'approuve fort que vous ayez fait construire des vaisseaux de 80 canons; l'entrée à Flessingue ne doit jamais être une objection, parce que, comme vous l'observez fort bien, on les fera passer en droite ligne à Brest. Sept ou huit vaisseaux peuvent m'être utiles à Flessingue, en temps de guerre, où je pourrais les armer; mais un plus grand nombre ne me servirait à rien. Ces constructions de Flessingue doivent donc être dans l'hypotbèse de la paix, qui permet de les faire passer dans mes ports. Si un vaisseau de 74 peut passer la passe, un vaisseau de 80 doit la passer désormais allégé. J'approuve donc tout ce que vous avez fait là-dessus.
Dresde, 18 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, envoyez un courrier extraordinaire pour rappeler à Versailles tous les détachements de dragons qui sont au camp de Saint-Lô, et ordonnez-leur de faire diligence, afin qu'ils soient arrivés avant le 16 août et se trouvent à mon entrée au Corps législatif.
Dresde, 18 juillet 1807
Au vice-amiral Decrès
Je vous envoie des projets dont vous me rendrez compte à mon arrivée à Paris. Je ne trouve rien de si ridicule que le filet d'abordage soutenu par des montants en fer que l'on veut mettre sur la batterie Napoléon, au lieu de faire un mur crénelé derrière lequel 150 hommes pourraient se placer et se défendre jusqu'à ce qu'on leur ait porté du secours. Pourquoi est-il impossible de faire un mur crénelé vers le centre de la batterie, de manière que 150 hommes puissent y être placés en sûreté ? Les ingénieurs que vous en avez chargés et qui vous ont répondu cela ne savent ce qu'ils disent, ou sont bien ignorants. Ordonnez que l'on cesse sur-le-champ ces ridicules filets d'abordage, et que, sur le centre, ils fassent une muraille crénelée de la hauteur de dix pieds, au centre de la batterie. Écrivez à l'ingénieur qui a dit que ce n'était pas possible qu'il est un sot, et qu'il ait à le faire.
Dresde, 18 juillet 1807
A l'empereur d'Autriche
Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 23 janvier, que me remet le duc Ferdinand de Wurtemberg. Je me trouverai heureux de faire quelque chose qui soit agréable à Votre Majesté, en aidant de mes conseils le prince de Wurtemberg dans ses arrangements avec le roi son frère. La paix qui vient d'être heureusement rétablie entre l'empereur de Russie, le roi de Prusse et moi, me fait espérer des jours plus prospères pour le continent. Il n'a pas dépendu de moi que votre médiation n'ait eu son effet; elle eût épargné bien du sang. Votre Majesté veut-elle permettre que je la remercie des bonnes dispositions qu'elle m'a montrées dans cette circonstance, et que je la prie de croire aux sentiments d'estime et de haute considération que je lui porte ?
Dresde, 18 juillet 1807
Au prince Jérôme
Mon Frère, je ne vois point d'inconvénient à ce que vous veniez à Dresde. J'avais pensé que vous seriez à Glogau. Venez à Dresde sans perdre de temps. Dirigez sur Berlin tout ce que vous avez de cavalerie bavaroise et wurtembergeoise. Les lanciers polonais suffiront en Silésie, et cette cavalerie est nécessaire pour renforcer l'armée du maréchal Brune.
Dresde, 18 juillet 1807
Au général Clarke
Monsieur le Général Clarke je suppose que vous avez envoyé le 10e régiment
provisoire de cavalerie au maréchal Brune. Vous ne tarderez pas sans doute à me
donner des nouvelles de ce qu'il aura
fait le 13.
M. de Talleyrand a dû vous envoyer le traité de paix et la convention qu'a faite le maréchal Berthier pour l'évacuation du pays. Vous y aurez vu que toutes les contributions ordinaires et extraordinaires doivent être payées rigoureusement. Mon intention est de ne pas évacuer que l'argent de la contribution ne soit rentré. Je n'entends pas que l'on diminue ce qui m'est dû sous prétexte des fournitures. Il ne doit être imputé sur les contributions que les fournitures qui ont été faites par décrets, et lorsqu'il a été spécifié imputable sur les contributions. Il faut que les comptes en soient arrêtés et que tout soit payé jusqu'au dernier sou. Les revenus courants seront pris à compte de ce qui est dû sur l'arriéré. Je compte que, ces deux comptes réunis, votre gouvernement me doit encore quatre-vingts millions. Il faut que ces quatre-vingts millions soient payés avant que j'évacue.
La Bouillerie n'est pas encore arrivé.
Je vous prie d'être très-rigoureux sur le compte des
contributions, tant extraordinaires qu'ordinaires. Ce serait une très-grande
duperie, après avoir traité si avantageusement le roi de Prusse, de lui faire
encore cadeau de cet argent, d'autant plus qu'il donnera des sûretés pour ce
qu'il ne pourra pas payer. Je m'en rapporte là-dessus à votre zèle et à
votre activité. Il y a des chantiers de bois à Küstrin; il y a dans d'autres
endroits des magasins de toute espèce qui sont au profit de l'armée : il faut
qu'il en soit tenu bon compte.
Il avait été ordonné par l'intendant général de verser du blé et de l'avoine à compte sur la contribution : vous contremanderez cela, vu que j'aime mieux être payé en argent, et que mes magasins sont suffisamment fournis. Je vous recommande fort tous ces intérêts.
Dresde, 18 juillet 1807
Au général Clarke
Je reçois votre lettre du 16. Je vous envoie un article d'une lettre de M. Fouché, relative à un prétendu vol fait à M. de Tisseuil, neveu du comte de Neale, d'une somme de 350,000 francs. Faites-le mettre dans le Télégraphe, en disant: La police de Paris avait appris etc., etc. et que cet avis est officiel, parce qu'un vol de 300,000 francs ne peut se faire à Paris sans que la police en découvre les auteurs.
Je pense qu'il sera difficile que Schulenburg s'attache au royaume de Westphalie. Quant à Stein, j'ignore ce qu'il est; le roi de Prusse en a dit beaucoup de mal. S'il n'est pas trop vieux, je pense qu'il serait avantageux de se l'attacher.
Vous devez avoir reçu le traité de paix. Si vous ne l'avez pas, vous pouvez en faire mettre les principaux articles que je vous ai fait connaître. Mais ne souffrez pas qu'on fasse aucune démonstration à Berlin pendant que mes troupes y seront; dites-le hautement et fermement, et ajoutez qu'à la moindre démonstration que l'on ferait je mettrai dix millions de contributions de plus.
Dresde, 18 juillet 1807
Au roi de Naples
Je reçois votre lettre du 6 juin. Si vous envoyez des troupes napolitaines dans le royaume d'Italie, il faut qu'elles soient payées par vous, comme les troupes du royaume d'Italie qui sont dans le royaume de Naples sont payées par le royaume d'Italie.
Je crains beaucoup que vos finances ne soient dérangées par des théories et des spéculations; tout ce qui me revient de Naples me l'annonce. Il faut bien des années et des hommes d'expérience pour faire des changements dans les finances d'un État; et je vois qu'au commencement d'un règne, et pendant la guerre, on fait des changements dans la perception des impôts. Je suis fâché que vous n'ayez pas la même façon de penser que moi. Je regarde les savants et les hommes d'esprit comme des coquettes; il faut les voir, causer avec eux, mais ne prendre ni les unes pour sa femme, ni les autres pour ses ministres.
Dresde, 18 juillet 1807, minuit
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je suis arrivé ici en quatre-vingt-douze heures. Le roi de Saxe est venu me recevoir à sa frontière. Je suis ici depuis hier. Je suis fort satisfait de tout ce que j'ai vu dans ma route. J'ai envoyé un courrier à Rapp pour lui donner l'ordre d'envoyer les Badois pour renforcer l'armée du maréchal Brune.
La route de Königsberg à Elbing m'a paru bien pauvre et bien mauvaise. Celle de Marienwerder à Bromberg est tout aussi dépourvue. Je pense que la route par Eylau, Osterode et Thorn serait beaucoup meilleure. Je pense que vous pourriez diriger sur la Silésie une division de cuirassiers. Au reste, je n'ai pas encore reçu de courrier de vous. Dès que j'aurai reçu le mouvement, je vous enverrai des ordres. Je suppose que ma cavalerie restera encore longtemps à Danzig, Elbing et dans l'île de Nogat.
Donnez ordre à Wloclawek que tout ce qui appartient au 3e corps y reste, et ordonnez au général Clarke que ce qui est destiné au 3e corps se rende à Wloclawek. Envoyez l'ordre à Elbing qu'on ne laisse plus venir les petits détachements et les hommes isolés. Donnez le même ordre à Thorn.
Je n'ai point de nouvelles de ce fou de roi de Suède. J'ai cependant des lettres de Clarke du 16, qui n'en parlent pas. Les Espagnols doivent être arrivés à Hanovre.
Faites bien comprendre aux plénipotentiaires que, si Blücher se bat à Stralsund, il pourra en résulter de très-fàcheuses conséquences, et que, si le roi lui a écrit de ne pas se battre, il ne se battra pas.
Ayez bien soin, lorsque vous jugerez convenable de revenir, de me tracer exactement votre route, afin que mes courriers vous trouvent. Je suppose qu'après avoir quitté Königsberg vous ne dépasserez pas Berlin avant d'avoir reçu de nouveaux ordres de moi. Ne concevez aucune inquiétude de cela, car il me tarde fort de vous savoir à Paris.
Je compte rester ici deux jours. Quand vous recevrez cette lettre, je serai parti de Dresde.
Mettez en marche sur Stettin les chasseurs royaux italiens ainsi que les régiments de Wurtemberg et de Bavière qui font partie de ma cavalerie légère, pour renforcer l'armée du maréchal Brune. Les chasseurs royaux italiens entreront dans la division du général Pino, qui vient d'arriver pour en prendre le commandement.
Dresde, 19 juillet 1807
A M. Fouché
J'entends parler depuis longtemps de banqueroutes, de vols faits à plusieurs conseillers d'État; on désigne surtout Siméon, Fourcroy et Français (de Nantes). Je désire que vous me teniez prêts des rapports bien clairs et détaillés là-dessus. C'est par la police que je dois être instruit de tout. Prenez des notions bien exactes; c'est une des premières choses dont je m'occuperai à mon arrivée. Mes conseillers ne doivent faire aucune affaire d'argent, et je dois particulièrement compter sur leur probité et leur moralité. Votre rapport doit donc être très-circonstancié et détaillé, de manière qu'il fixe toutes mes idées.
Dresde, 19 juillet 1807
A M. Fouché
Dans votre bulletin du 3 juillet, il est question d'exactions commises par le major Husson, du 37e, à Gênes, et par Maximin, capitaine aide de camp du général Morangiès, etc. Faire les plus exactes perquisitions et me remettre ces rapports sous les yeux; idem, sur les griefs imputés au commandant du château d'If. Si un prisonnier s'échappe, il en répondra corps pour corps.
J'ai appris que des Napolitains s'étaient échappés du fort de Com piano. J'avais mis ce fort sous vos ordres et vous avais chargé de prendre des mesures; mais ce qui est ordonné à la police n'est pas exécuté. Prenez des mesures pour que ce fort soit organisé en prison. Dans une véritable prison, un seul geôlier garde 200 prisonniers sans qu'un seul puisse s'échapper.
Je lis votre bulletin du 7 juillet; j'y vois un extrait d'une lettre du 4 juillet, où la maison de M. Dupuis-Briacé se trouve gravement inculpée. Je désire qu'à mon arrivée vous me portiez des détails exacts là-dessus. S'il est vrai que cet émigré rentré ait été animé par les dispositions dont parle le bulletin, mon intention est d'en faire bonne justice; mais, avant, il faut savoir qui l'a dénoncé et avoir des renseignements bien certains. Je m'en rapporte à l'enquête que vous ferez.
Quant à l'affaire du culte à Gênes, de la fête de saint Jean-Baptiste, il faut fermer les yeux là-dessus. Cette fête, dans les mœurs génoises est non-seulement une fête publique, mais aussi une fête populaire. Ces objets ne sont pas tellement importants qu'il ne faille montrer de la tolérance. Si les propos du nommé Greffier sont constatés, il doit être chassé du département des Deux-Sèvres. La détention de deux mois que vous avez ordonnée ne me paraît pas suffisante.
Si la lettre écrite au directeur général de la conscription est anonyme, elle ne mérite aucune attention.
Si le nommé Claverie est un négociant et un homme qui ait un
état, il faut donner suite à sa lettre, le faire interroger administrativement par le procureur impérial du tribunal de son arrondissement,
et vous aurez soin de me remettre sous les yeux son interrogatoire.
En général, je désire que vous me remettiez sous les yeux les plaintes contre les préfets, afin que, s'il y a lieu, j'en fasse justice.
Je désire, à cette occasion, avoir des éclaircissements sur ce qui se passe à Marseille, où la ville perd 300,000 francs par mois sur son octroi, par suite de dilapidations auxquelles on veut que le préfet ne soit pas étranger. Tâchez de me donner des renseignements là-dessus.
Il est question dans un de vos bulletins d'un agent anglais et
suisse nommé Bourcard; faites attention qu'il ne soit point relâché, et qu'au
contraire il soit détenu dans une bonne forteresse, jusqu'à ce que
l'on sache clairement ce que c'est que cet individu.
Le nommé Poincarré, qui se dit agent du sieur Groizard et qui tient de mauvais propos, doit être sévèrement puni. Si les propos dont on l'accuse sont certains, il faut le chasser de Paris, après l'avoir fait rester deux mois à Bicêtre.
Dresde, 19 juillet 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, il faut s'occuper sans retard de faire fermer tous les ports du Portugal à l'Angleterre.
Le lendemain de votre arrivée à Paris, vous ferez connaître au ministre de Portugal qu'il faut que le ler septembre les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre; à défaut de quoi, je déclare la guerre au Portugal, et les marchandises anglaises seront confisquées pour garantie de ce qu'elle doit au Portugal.
Vous écrirez à mon consul à Lisbonne pour lui prescrire les mêmes déclarations.
Le même jour, avoir une conférence avec le ministre d'Espagne sur cet objet, et expédier un courrier à Madrid pour que mon ambassadeur voie le prince de la Paix , à l'effet de conclure une convention pour que les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre au ler septembre. A défaut de quoi, les ministres d'Espagne et de France se retireront de Lisbonne, et les deux puissances déclareront la guerre au Portugal; une armée de 20,000 Français se rendra à Bayonne le ler septembre, pour se réunir à l'armée espagnole et conquérir le Portugal.
De mon côté je compte, à mon arrivée à Paris, écrire au roi d'Espagne et au prince de la Paix pour leur faire comprendre l'urgence de cette mesure.
Dresde, 19 juillet 1807
A M. de Talleyrand
Donnez ordre à M. Lachevardière, mon consul à Hambourg, de se rendre à Danzig où il remplira les fonctions de mon consul dans cette place. Il partira vingt-quatre heures après la réception de votre ordre.
(Brotonne)
Dresde, 19 juillet 1807
Au vice-amiral Decrès
J'apprends que, le 19 juin, un aspirant a tué d'un coup de poignard un marin du port de Brest. Faites-moi connaître qu'est devenu cet aspirant; je pense qu'il aura été jugé et condamné à mort. Mon intention est que l'on fasse des exemples sévères qui contiennent la turbulence de la jeunesse.
Dresde, 20 juillet 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, l'Ordre de Malte peut être considéré comme détruit. Il n'y a pas aujourd'hui de grand maître. Cet Ordre ne possède plus de biens dans l'Empire, ni dans mon royaume d'Italie. Les Anglais ont l'île et ne veulent point s'en dessaisir. Le roi de Naples s'emparera incessamment de toutes les commanderies. Dans cet état de choses, je désirerais que vous écrivissiez à M. Otto et au Primat. Au moment que je serai d'accord avec la Bavière, je déclarerai, par un acte authentique, l'Ordre de Malte dissous, et je conférerai le droit de donner la décoration de l'Ordre au roi de Naples. Je motiverai cela sur ce que, par la possession de la Sicile et de la plus grande partie des côtes de l'Italie, le roi de Naples est le vrai défenseur de l'Italie contre toute espèce de pirateries. Mais il faudrait que, pour lever toute difficulté relativement à ceux qui portent aujourd'hui la décoration de l'Ordre de Malte, on déclarât que ceux qui la portent auront le droit de continuer à la porter. Il faudrait cependant que la Bavière, en réunissant le bien de l'Ordre de Malte à quelqu'un de ses Ordres, fit remplacer la croix de Malte par celle de cet Ordre. Il faudrait aussi avoir l'agrément de l'Espagne qui ne demanderait pas mieux. Peut-être vaudrait-il mieux faire un traité avec l'Espagne et la Bavière, moi, comme représentant les Langues d'Auvergne, de Provence et d'Italie, l'Espagne celles d'Aragon et de l'Allemagne. Ainsi l'Ordre se trouverait détruit, et la décoration ne pourrait se porter que par le don qu'en ferait le roi de Naples.
Dresde, 22 juillet 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Alquier de présenter une note dans laquelle il demandera que le nombre des cardinaux français, dans les conseils où se traitent les affaires de l'Église, soit proportionné au nombre des cardinaux romains qui s'y trouvent, ainsi que le nombre des cardinaux allemands et espagnols, en raison de la population de chaque pays; car il n'est pas convenable que l'Église de France, qu'un empire si grand et si puissant, soit sans organes dans le consistoire. Il ajoutera qu'il est temps de finir toutes les petites querelles qu'on ne cesse de me susciter; que je suis fort indigné et irrité des menaces qu'on me fait de m'excommunier, de me déclarer déchu du trône; qu'il ne leur reste plus qu'à me mettre dans un monastère et à me faire fouetter comme Louis le Débonnaire; que, si on veut arranger toutes les affaires et en finir, on ait à envoyer des pleins pouvoirs au cardinal-légat qui est à Paris; que, si l'on ne veut pas, on reste tranquille, et que l'on se dispense de rien faire; qu'on cesse toute correspondance, et des menaces que je méprise, mais qu'il n'est pas de la dignité de ma couronne d'entendre. Vous donnerez un congé à M. Alquier pour revenir en France, et vous laisserez à Rome un chargé d'affaires pour les affaires courantes de la légation.
Dresde, 18 juillet 1807
Au roi de Wurtemberg
Monsieur mon Frère, M. le comte de Winzingerode, me remet à
Dresde la lettre de Votre Majesté. J'aurais bien désiré la voir avant de
retourner chez moi; mais elle doit concevoir combien je suis
pressé. Je compte partir le 20 ou le 21 d'ici et être à Mayence le 23. Je
prie Votre Majesté de me rappeler au souvenir de la Reine et de la
princesse Catherine.
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Je ne sais par quel événement cette lettre n'est pas partie. Je reçois la lettre de Votre Majesté du 17. Je partirai d'ici le 22. Votre Majesté peut se régler là-dessus.
Dresde, 21 juillet 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, il paraît que nous sommes entrés dans la Poméranie suédoise et que nous allons commencer le siège de Stralsund. Faites faire le même mouvement à tout le personnel et matériel de l'artillerie hollandaise.
Dresde, 22 juillet 1807
A l'empereur d'Autriche
Monsieur mon Frère, M. le baron de Vincent, que Votre Majesté a envoyé près de moi, il y a plusieurs mois, retourne auprès d'elle. Je l'ai entretenu fort longtemps à Dresde sur la situation actuelle de nos affaires. J'ai été satisfait de la conduite qu'il a tenue pendant le temps qu'il a été près de moi, et je n'ai également qu'à me louer de la conduite qu'a tenue le commandant du corps d'observation en Galicie. Je prie Votre Majesté de leur donner quelques marques de sa bienveillance.
Dresde, 22 juillet 1807
NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL
Le chef de bataillon Deponthon se rendra à Stralsund, où il servira dans son arme. Tous les jours il enverra un croquis de ce qui se fait, avec un bulletin des travaux du siège, au général Bertrand, à Paris.
M. de Tournon se rendra sur-le-champ à Berlin pour prendre connaissance, d'une manière indirecte et pas ostensible, de toutes les dilapidations qui peuvent avoir eu lieu dans les fournitures. Il se rendra de là à Hambourg pour voir dans quelle situation se trouvent placés les magasins de marchandises anglaises et quelles dilapidations peuvent avoir eu lieu sur cet objet. Il adressera, de l'un et l'autre endroit, fréquemment, des notes sur tout ce qu'il verra, au grand maréchal Duroc.
Le colonel Lacoste se rendra devant Stralsund, où il sera employé dans son arme. Il écrira fréquemment au général Bertrand pour faire connaître de quelle manière marche le siège. Avant de se rendre à Stralsund, il passera à Küstrin pour y voir la situation des magasins et l'état de tout ce qu'on aura expédié depuis trois mois.
Dresde, 22 juillet 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je reçois votre lettre par laquelle vous m'annoncez que vous serez le 24 à Berlin. Je désire que vous vous rendiez à l'armée devant Stralsund. Ordonnez au général Chasseloup d'y prendre le commandement du génie. Donnez tous les ordres pour que l'artillerie arrive en grande quantité, de manière que l'on fasse à la fois trois attaques et que cette place soit promptement enlevée.
Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, donnez ordre à tous les Hollandais de se rendre en Hollande, en passant par Hambourg. Donnez ordre à tous les Espagnols, même à ceux qui viennent de France, de se rendre à Hambourg; les Espagnols formeront le noyau de l'armée du maréchal Bernadotte. Ainsi l'armée du maréchal Brune sera composée : 1° de la division italienne, commandée par le général Pino, et des trois régiments de cavalerie italiens; 2° des quatre régiments français de la division Molitor; 3° des trois régiments français de la division Boudet; 4° du 5e d'infanterie légère et du 19e de ligne, ce qui fait neuf régiments français; du régiment d'Aremberg et des deux régiments de cavalerie légère français venus de Danzig; de tous les Badois; de la brigade bavaroise venue de Munich; des régiments de Nassau, de Würzburg, de Hesse-Darmstadt et du grand-duc de Berg. Ce qui fait donc :
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Infanterie. |
Cavalerie. |
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Italiens |
6,000 hommes |
1,000 hommes. |
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Français |
16,000 |
1,000 |
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Bavarois |
2,000 |
1,500 |
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Troupes alliées |
6,000 |
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Badois |
4,000 |
500 |
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Total |
34,000 |
4,000 |
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Total. . . 38,000 |
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Ce qui est plus que suffisant.
Renvoyez le régiment polonais qui était devant Kolberg à Kalisz; je crois que son dépôt est dans cette ville.
Le maréchal Bernadotte se trouvera avoir les 15,000 Espagnols. Les 15,000 Hollandais se réuniront, dans l'Oldenburg et dans l'Ost-Frise, sous les ordres du général hollandais; et, en cas d'événements, ils recevraient des ordres du maréchal Bernadotte.
Voilà la distribution qui me paraît la plus convenable.
Toutes les nouvelles compagnies d'artillerie qui arrivent de France et qui sont à Magdeburg et ailleurs, qui n'ont point fait la guerre, le général Songis les enverra à Stralsund pour pousser vigoureusement le siège.
Quand vous aurez ainsi arrangé les choses, que M. Daru et les plénipotentiaires prussiens seront réunis à Berlin pour traiter ensemble, conformément à l'article 6 de la convention militaire, vous vous rendrez à Hanovre. Vous aurez soin de visiter vous-même, en passant, Magdeburg, pour avoir une idée de la force de cette place.
A Hanovre vous réunirez la commission des États; vous leur direz que le temps de tergiverser est passé, et qu'il faut que les neuf millions de contributions qu'ils me doivent soient payés jusqu'au dernier sou, et qu'il faut s'exécuter.
Vous écrirez au commandant de Bayreuth pour presser l'entier payement, non-seulement de la contribution, mais des revenus du pays.
Vous vous arrêterez à Fulde pour voir pourquoi on n'y paye point les contributions.
J'ai envoyé des pouvoirs au maréchal Soult pour régler, avec les plénipotentiaires, la route intermédiaire entre la Saxe et la Prusse. Après tout cela, s'il n'y a rien de nouveau, vous vous rendrez à Paris, en laissant vos chevaux et la plus grande partie de votre maison militaire à Berlin.
A votre retour de Stralsund, restez à Berlin assez de temps pour pouvoir m'apporter un rapport de M. Daru sur tout ce qui regarde les contributions, etc.
Vous donnerez ordre au maréchal Brune que, lorsqu'il y aura des pourparlers pour capitulation, ou des parlementaires à envoyer, il emploie le général Reille, mon aide de camp.
Dresde, 22 juillet 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, vous trouverez ci-joint une dépêche que vous remettrez à M. Daru après en avoir pris connaissance.
Je pars dans trois heures pour Paris.
Il est possible que je ne laisse pas de troupes dans le duché de Varsovie.
Mon intention est que l'article 6 de la convention militaire soit bien exécuté.
M. de Talleyrand a dû vous écrire pour vous faire connaître la nécessité de
faire exécuter strictement un des articles
du traité.
Quand vous quitterez Königsberg, restez à Berlin afin de pouvoir bien arranger l'armée du maréchal Brune et celle du maréchal Bernadotte. Exigez surtout que les titres, cartes et particulièrement les revenus des établissements particuliers de la Westphalie et de la Pologne, que le roi de Prusse aurait enlevés en partant, soient restitués. Cela est très-important.
Dresde, 22 juillet 1807
A M. Daru
Monsieur Daru, vous trouverez ci-joint copie de deux lettres que j'écris, l'une au général Clarke et l'autre au général Hédouville (voir plus bas la lettre à Jérôme) en Silésie. Aussitôt que vous le pourrez, rendez-vous à Berlin, où vous trouverez des instructions de M. de Talleyrand. Je vous ai nommé mon commissaire pour traiter de tous les différends, en conséquence de l'article 6 de la convention. J'ordonne à M. de Talleyrand de vous adresser chez le général Clarke vos instructions dans le plus grand détail.
Dresde, 22 juillet 1807
Au général Clarke
Je reçois votre lettre du 20. Je pars dans trois heures pour Paris. Ainsi, désormais, c'est là qu'il faut m'adresser vos dépêches.
Des députés de Berlin et de la Marche de Brandeburg sont venus hier chez moi ; je les ai reçus devant la Bouillerie; je leur ai dit qu'ils devaient partir du principe que tout ce qu'ils avaient fourni en conséquence de mes décrets, sous la clause spéciale que ces fournitures seraient retenues sur la contribution, entrerait en compte de ladite contribution; mais que tout ce qui aurait été fourni pour nourrir l'armée à ses différents passages n'y serait point compris. Quant à ces fournitures, dites à M. Lambert qu'il a là une grande responsabilité, que je suivrai cela avec beaucoup d'attention et que j'enverrai de Paris des commissions d'hommes affidés pour vérifier cette comptabilité; et que, s'il y avait des fournitures acceptées qui n'eussent pas été faites, il en serait grandement responsable. Ces messieurs, par exemple, m'ont dit qu'ils avaient fourni 800,000 boisseaux d'avoine, ce qui me paraît une chose fort extraordinaire.
Il faut donc que M. Estève ne perde pas un moment,
1° A dresser les états de toutes les contributions imposées sur les provinces prussiennes restant sur la rive droite de l'Elbe, en faisant une nouvelle répartition de la province de Magdeburg et distinguant ce qui est sur la rive droite et ce qui est sur la rive gauche; également pour la vieille Marche;
2° Me faire connaître tout ce qui a été reçu en argent; ne recevoir, bien entendu, les papiers qui seraient donnés qu'avec la différence de l'escompte, c'est-à-dire pour ce qu'ils me rendront net.
3° Faire l'état de tout ce qui a été fourni en habits et autres objets en conséquence de décrets où il aurait été dit expressément que les fournitures seront portées en compte sur la contribution.
Il faut ensuite que M. Estève s'occupe des contributions ordinaires; il m'est dû près d'un an. Je n'ai pas reçu la sixième partie de ce que j'ai à recevoir.
Je pense que ces deux comptes réunis, tant pour votre gouvernement que pour la Silésie, doivent former une somme de plus de cent vingt millions. Cela fait, il ne s'agira plus que de prendre des arrangements avec le roi de Prusse pour le payement de cette somme. Faites payer aux provinces tout ce qu'elles peuvent. Le plénipotentiaire du roi vous arrive à Berlin. J'y envoie M. Daru pour traiter en mon nom. Si on peut faire monter cette somme à deux cents millions, tant mieux. Dès que le roi de Prusse aura signé la reconnaissance de cette dette, il me donnera des sûretés pour ce qui ne pourra pas être payé.
Dresde, 22 juillet 1807
Au prince Jérôme
Mon Frère, envoyez un courrier au général Hédouville pour lui donner les ordres suivants :
l° Faire faire les états de la contribution ordinaire qui a été imposée sur la haute et basse Silésie, des impositions ordinaires, et de ce qui a été fourni en denrées pour être envoyé à la Grande Armée, imputable sur les contributions en conséquence de mes décrets spéciaux.
2° Avoir soin de bien vérifier la comptabilité en matières, et de faire les diminutions convenables. Prévenir l'ordonnateur Boerio qu'il sera porté la plus sévère attention sur cet objet, et qu'il serait grandement responsable s'il ordonnançait des fournitures qui ne seraient pas régulières.
3° Faire faire l'état de toutes les contributions ordinaires, soit domaines, soit revenus de pays, qui doivent m'être payées depuis un an. Ce qui a été fourni aux Bavarois et pour les sièges, et qui n'est point déclaré par mes décrets imputable sur les contributions, ne doit point entrer en compte.
Enfin vous ordonnerez au général Hédouville de faire suspendre sur-le-champ toutes les réquisitions d'habits, de chevaux, et en général de tout ce qui doit être payé sur la contribution.
Dresde, 22 juillet 1807
Au maréchal Brune, commandant le corps d'observation de la Grande Armée
Pressez l'arrivée de votre artillerie de siège. Vous pourrez tirer des vivres du Mecklenburg, sauf à en indemniser le Duc s'il y a lieu. Tirez-en de la Poméranie, et mettez-y une bonne contribution militaire.
Il faut que le général Blücher se rende à Kolberg. Il est mal dans les îles; il sera bien au contraire à Kolberg et autour de la ville.
J'ai reçu votre lettre que m'a remise M. Louis Périgord.
Pressez le siège de Stralsund. Mettez de l'ordre dans votre armée. Si vous n'avez pas besoin des Hollandais et des Espagnols, renvoyez-les du côté de Hambourg. Le prince de Ponte-Corvo s'y rend pour prendre le commandement des villes hanséatiques et réunir toutes les troupes espagnoles, dont je pense que vous n'avez pas besoin. S'il en était autrement, et que les troupes que vous avez et celles que je vous ai envoyées de Kolberg, avec la division italienne, ne fussent pas suffisantes, vous pourriez garder la division espagnole qui vient d'Italie.
Dresde, 22 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, j'ai reçu la lettre du Pape que vous m'avez transmise. Répondez à Sa Sainteté à peu près dans les termes suivants
Dresde, 22 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, il faut bien se garder d'envoyer aucune espèce de troupes dans le royaume de Naples; si vous y envoyiez en ce moment 1,500 hommes, il n'en resterait pas 300 à la fin de septembre. Il ne faut pas remuer les troupes en Italie dans la saison où nous sommes; il faut attendre que le mois de septembre soit passé : alors seulement, la saison étant rafraîchie, on pourra envoyer beaucoup de renforts à Naples.
Dresde, 22 juillet 1807
Au roi de Hollande
Je vois que vous avez porté le deuil de l'impératrice d'Autriche. Mais l'Autriche n'a pas reconnu le royaume de Hollande. Je ne vois pas d'où vient cette inconséquence.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
A M. Gaudin
Je vous avais chargé de correspondre avec mon ministre à Hambourg pour le transport en France des marchandises anglaises qui ont été confisquées. Faites-moi connaître où cela en est, et apportez-moi la correspondance que vous avez tenue pour cet objet.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, vous trouverez ci-joint un décret qui licencie les gardes nationales. Vous leur témoignerez ma satisfaction sur la manière dont elles ont servi. (Mises en réquisition pour le service des frontières du Rhin)
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, mon intention est de réunir sur-le-champ à Bayonne une armée de 20,000 hommes ayant les équipages de quarante pièces d'artillerie.
Cette armée sera composée de la manière suivante : le 86e régiment, le 70e, le 47e, un bataillon du 66e, du 82e et du 26e ; la légion du Midi; deux bataillons du régiment suisse qui est à Rennes, et, deux bataillons du régiment suisse qui est à Avignon.
Faites-moi connaître ce que l'ensemble de tous ces corps me donnera de présents sous les armes et quand ils seront arrivés à Bayonne, ainsi que le lieu pour la réunion de l'artillerie, tant du personnel que des attelages.
Faites-moi également connaître les officiers du génie et de l'artillerie, ordonnateurs et commissaires des guerres qu'il faut employer à cette armée. Il faut chercher les officiers du génie et de l'artillerie qui ont été employés à l'armée de Portugal que le général Leclerc commandait il y a plusieurs années.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au général Rapp
Faites-moi connaître si la légion du Nord veut rester à mon service ou passer à celui du duché de Varsovie. Je les laisse absolument les maîtres. Je me déciderai lorsque je recevrai votre lettre et leur adresse.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon fils, je crois vous avoir écrit que, par les articles secrets du traité de Tilsitt, je dois prendre possession de Corfou et de Cattaro, et vous avoir donné mes ordres pour cette prise de possession. Je ne reçois pas assez souvent des renseignements sur la situation de mon armée de Dalmatie; écrivez à Marmont que, mon attention allant se porter dorénavant sur ce point, il est nécessaire qu'il m'envoie des états tous les dix jours.
(Du Casse)
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, je suis arrivé à Paris en bonne santé. J'ai arrêté, il y a un an, le mariage du prince Jérôme avec la princesse Catherine de Wurtemberg; ce mariage se fera dans le courant du mois.
J'ai reçu la lettre par laquelle vous me faites connaître que vous ne pouvez pas faire transporter mes troupes par mer en Dalmatie. Dans ce moment vous devez vous conformer à ce que je vous ai mandé : tenir les corps prêts, m'envoyer l'état des troupes, mais ne pas faire un mouvement sans ordre, à cause des chaleurs.
Quant au mouvement sur Naples, mon intention est que, des dépôts des douze régiments que j'ai à Naples, vous formiez un corps de 4,600 hommes d'infanterie, qui se réunira à Bologne sans délai, pour de là se diriger sur Livourne, prendre possession de cette ville et confisquer toutes les marchandises anglaises. Cette division sera composée, en outre, de 1,800 Italiens et de 600 hommes de cavalerie. Cette opération doit être tenue très-secrète.
Vous pouvez commencer à ordonner le mouvement des troupes et la formation de la division, en les réunissant à Bologne. Avant que les troupes soient arrivées, je vous enverrai les instructions et le nom du général qui doit commander. Ces troupes doivent arriver à Pistoja comme passant à Naples, et ce ne sera que là qu'il sera déclaré qu'elles vont à Livourne. Je viens de vous dire que je me réservais de nommer le général; vous nommerez les officiers d'artillerie et du génie les commissaires ordonnateurs et commissaires des guerres et autres individus de l'administration. Provisoirement le général Charpentier se rendra à Bologne pour prendre le commandement de ce corps.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, la division que j'ai à Ancône n'est pas suffisante; mon intention est donc qu'il y ait à Ancône, sous les ordres du général de brigade qui y commande, un corps de troupes composé conformément à l'état ci-joint.
(3e bataillon du 23e léger, 3e bataillon du 29e de ligne, un bataillon provisoire tiré des ler, 6e, 10e, 52e, 101e et 102e de ligne; un régiment provisoire de cavalerie à quatre escadrons, tirés des 4e, 6e, 9e de chasseurs et 29e de dragons; deux compagnies de canonniers italiens; total 2,800 hommes.) (État joint à la lettre.)
Mettez sur-le-champ ces troupes en marche pour s'y rendre. Vous nommerez un bon major pour commander le régiment provisoire de cavalerie. Vous compléterez une nouvelle compagnie de canonniers italiens., que vous tiendrez à Ancône avec six pièces de campagne attelées.
Quant au corps de Cività-Vecchia, veillez à ce qu'il y ait dans cette place près de 3,000 hommes, mon intention étant d'être fort dans ces deux villes, afin de pouvoir soutenir les mesures que je vais prendre contre le commerce anglais.
Je n'ai pas besoin de vous dire que le bataillon provisoire d'Ancône doit être en bon état et bien armé. Vous le réunirez à Rimini, où le général Charpentier le passera en revue, et, quand vous serez assuré qu'il est en bon état, vous le dirigerez sur Ancône, toujours comme s'il se rendait à Naples.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, je crois vous avoir écrit que, par les articles secrets du traité de Tilsit, je dois prendre possession de Corfou et de Cattaro, et vous avoir donné mes ordres pour cette prise de possession. Je ne reçois pas assez souvent des renseignements sur la situation de mon armée de Dalmatie; écrivez à Marmont que, mon intention allant se porter dorénavant sur ce point, il est nécessaire qu'il m'envoie des états tous les dix jours.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807, minuit
Au général Clarke
Vous trouverez ci-joint la copie d'une lettre que j'écris au maréchal Soult, pour votre direction. Causez avec M. Daru de ce qui peut le regarder dans cette lettre. Je vous préviendrai ainsi de mes dispositions les plus secrètes pour que vous puissiez donner les directions convenables.
Faites passer la lettre ci-jointe à M. Daru. Si le maréchal Berthier est à Berlin, communiquez-lui les principales dispositions.
Envoyez le général Dallemagne servir sous les ordres du maréchal Brune dans la Poméranie suédoise.
Vous êtes le maître de placer de la manière la plus commode toutes les troupes qui arriveront dans les environs de votre gouvernement.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
Au maréchal Soult
Mon Cousin, par l'article 2 de la convention militaire les troupes doivent occuper la Passarge jusqu'au 20 août. Mon intention est qu'après le 20 août elles restent derrière la Vistule jusqu'au 15 septembre. Mon intention est que vous gardiez l'île de Nogat jusqu'au dernier moment, afin de faciliter vos subsistances. Ainsi, en supposant que vous évacuiez effectivement le 20 août la rive droite de la Vistule, cela doit s'entendre de la rive droite du Nogat; mais mon intention est que vous n'évacuiez la Passarge le 20 août que dans le cas où les dispositions suivantes seraient remplies :
1° Que les poteaux soient placés autour de Danzig et de son territoire pour déterminer les frontières de cette ville; et ici vous devez remarquer que la ville de Danzig doit avoir un territoire de deux lieues de quinze au degré. J'ai toujours entendu que ce fussent deux lieues allemandes , c'est-à-dire deux meilen. S'il y avait quelque interprétation à faire là-dessus, comme cela doit représenter l'ancien territoire de Danzig, deux lieues de France ne le représenteraient pas, au lieu que deux meilen ou deux lieues allemandes de quinze au degré le représentent à peu près. Ainsi, si les commissaires avaient interprété deux lieues de France, vous reviendrez là-dessus et ne quitterez point que les poteaux ne soient placés à la distance de deux lieues de quinze au degré.
2° Je vous ai envoyé mes pleins pouvoirs pour négocier la route militaire de la Saxe. Vous aurez soin qu'avant d'évacuer Elbing et Passarge cette convention soit faite à votre satisfaction , et selon les instructions que vous avez dû recevoir de M. de Talleyrand.
3° Deux articles du traité veulent que les plans, cartes, papiers archives, ainsi que tous les fonds appartenant au duché de Varsovie, à la Westphalie et à la ville de Danzig, soient remis par la Prusse. J'ai chargé M. Daru, qui doit être à Berlin, de faire connaître qu'il faut que tous ces objets soient remis avant d'évacuer. Mon intention positive est que vous n'évacuiez la Passarge qu'autant que l'on sera d'accord sur ces articles; que les papiers, argent et effets appartenant à la Pologne et aux établissements polonais et à la ville de Danzig soient remis, ou des sûretés données, et que des mesures ne soient prises pour restituer tout ce qui est relatif au royaume de Westphalie; car, en évacuant la Passarge, du moment que tout ce qui est relatif à la Pologne et à la ville de Danzig sera restitué, vous ferez connaître que vous n'évacuerez l'Oder que lorsque tout ce qui appartient au royaume de Westphalie le sera ponctuellement. Vous correspondrez avec M. Vincent, mon commissaire à Varsovie pour ces objets, ainsi qu'avec le général Rapp, à Danzig, ainsi qu'avec M. Daru, à Berlin.
Vous aurez vu par l'article 6 de la convention militaire que, le 25 juillet, les commissaires respectifs doivent être réunis à Berlin. Quant aux contributions, vous n'évacuerez point la Passarge, que lorsque ce que doit la vieille Prusse sera payé, et la Poméranie et l'Oder, que lorsque ce que doivent la Poméranie et les provinces situées entre l'Oder et l'Elbe sera soldé.
Veillez à ce qu'on rende tous nos prisonniers.
Une fois la Vistule évacuée, je ne veux pas tarder à vous connaître que mon intention est que la ville et place forte de Küstrin et son territoire autour ne soient évacués que sur une lettre close de moi. Ainsi, quelque ordre du ministre que vous receviez, la forteresse, où vous mettrez une de vos divisions et un général de division, ne sera évacuée que sur une lettre signée de moi, que je vous enverrai à cet effet. Cette clause est trop importante pour que je ne me réserve pas de l'ordonner selon les circonstances.
Du reste, renvoyez en France les gouverneurs, commandants d'armes et employés qui vous seront inutiles, etc.
Par un article secret du traité de paix, la ville de Danzig sera occupée par mes troupes jusqu'à la paix avec l'Angleterre. J'ai désigné les divisions Oudinot et Verdier pour tenir garnison dans cette ville. En évacuant toutes les positions autour de cette ville, vous y joindrez une brigade de cavalerie légère, de manière qu'il reste sous les ordres du général Oudinot, à Danzig, 1,600 chevaux. Ce corps placera des corps de garde près de tous les poteaux, c'est-à-dire à deux lieues de la ville.
Comme je n'écris pas aujourd'hui au maréchal Davout, faites-lui connaître les nouvelles de Paris et les principaux ordres que je vous ai donnés.
Saint-Cloud, 29 juillet 1807
A M. Daru
Monsieur Daru, vous avez dû recevoir mes pleins pouvoirs et des instructions du prince de Bénévent, tant pour ce qui regarde la convention d'évacuation que pour ce qui est relatif à deux articles du traité de paix avec la Prusse concernant la remise des papiers, plans, archives, caisses et biens appartenant aux établissements particuliers de la ville de Danzig, du duché de Varsovie et du royaume de Westphalie. Vous ferez connaître que mon intention est d'être inflexible sur le payement des contributions; que je n'admettrai en compte sur les contributions que les fournitures que j'ai ordonnées par mes décrets.
Tous les calculs me conduisent à penser que le roi de Prusse me doit cent cinquante millions, car je ne puis admettre l'estimation que vous faites des revenus d'une armée à trente-trois millions. Mon intention est que le roi de Prusse prenne les engagements suivants pour payer ces cent cinquante millions, savoir : qu'il payera une quinzaine de millions argent comptant, avant l'évacuation, et quatre-vingt-dix millions en lettres de change payables en quinze mois, à raison de six millions par mois, à compter du 1er septembre, ce qui ferait cent cinq millions. Les quarante-cinq autres millions pourraient m'être payés en domaines situés dans la province de Magdeburg, sur rive droite de l'Elbe, dans les Marches et dans la Silésie. Ces domaines devront être pris dans la proportion de vingt capitaux pour un, et la prise de possession devra en être faite sur-le-champ en mon nom pour en jouir comme particulier.
Paris, 30 juillet 1807
A M. Maret
Monsieur, je m'empresse de prévenir Votre
Excellence que, dans le conseil de ce jour, 30 juillet, S. M. l'Empereur a
ordonné la formation d'un conseil d'administration qui aurait lieu jeudi
prochain, 6 août, et auquel seraient appelés le ministre de l'intérieur,
le conseiller d'État directeur des ponts et chaussées, le conseiller
d'État Cretet, et deux des principaux ingénieurs du département des ponts et
chaussées. A ce conseil le ministre de l'intérieur apportera l'État des
travaux ordonnés depuis l'an VIII et relatifs aux ponts et chaussées, de ce
qui a été fait, de ce qui reste à faire, de l'évaluation de
ces travaux au moment où ils ont été arrêtés par Sa Majesté, de leur
évaluation dans le moment présent, de là somme nécessaire pour les achever,
et on recherchera si les fonds du budget de 1807 suffisent pour la campagne.
Le ministre de l'intérieur devra faire faire un projet pour la route de Mayence à Paris, et proposera des mesures pour en ordonner la prompte confection.
Le ministre de l'intérieur reprendra le travail sur Paris, ajoutera au compte qu'il a rendu des travaux faits le compte de ceux qui avaient été ordonnés et qui n'ont pu être mis en exécution; il parlera de tous les établissements projetés qui ont pu être un objet de discussion , tels que la Bourse, la maison de Banque, etc., énoncera les mesures à prendre pour activer les travaux de cette année, proposera des projets pour l'année prochaine, tant pour Paris que pour toute la France. Parmi ces projets seront ceux relatifs aux impositions à établir dans les départements que traversent les canaux projetés; et cette mesure devant être générale, on fera connaître les lieux où elle en établit.
Ce qui regarde Paris sera discuté dans un conseil tenu après celui des ponts et chaussées et auquel sera appelé le préfet de Paris.
Le ministre de l'intérieur, par ordre de l'Empereur.
Saint-Cloud, 30 juillet 1807
NOTE
Les ministres de l'intérieur et des finances me donneront chacun leur avis sur les avantages et les inconvénients d'une mesure générale qui ordonnerait qu'aucun bâtiment chargé de tabac, de sucre, café, coton et autres objets de cette nature, ne pourra entrer en France, sous pavillon étranger, que sous la condition d'exporter, en sortant, une valeur égale à son chargement, soit en marchandises manufacturées en France, soit en productions de notre cru.
Le ministre des finances me fera connaître les quotités des différentes denrées ci-dessus désignées et autres objets de même nature entrés dans le cours d'une année, et, pour donner plus de précision aux résultats, il portera ses recherches sur plusieurs années.
Les deux ministres répondront aux questions suivantes :
Quelle est la diminution ou la variation dans le prix des sucres depuis deux ans ?
Quelle a été l'influence des douanes sur le prix des sucres ?
D'où provient la baisse extraordinaire dans le prix des sucres ? Quelles sont nos relations actuelles de commerce avec le royaume d'Italie ? Sont-elles telles qu'on devait s'y attendre depuis les dernières mesures ?
Que peut désirer le commerce de la part des différents princes de la Confédération du Rhin ? Quelles mesures à prendre pour y introduire les produits de nos manufactures ?
Qu'y a-t-il à désirer de 1'Espagne, du Portugal ?
Pourquoi les fabricants de toiles peintes ne fournissent-ils pas mon royaume d'Italie ?
Saint-Cloud, 30 juillet 1807
NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES
Le ministre des finances est invité à examiner la question de savoir s'il ne serait pas possible de remplacer par un abonnement annuel la perception des droits réunis à l'égard des vins de Champagne destinés à être vendus et expédiés en bouteilles. La même question devra être examinée relativement aux autres vins que leur qualité rend susceptibles d'être également expédiés en bouteilles.
Saint-Cloud, 30 juillet 1807
NOTE POUR LE MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC
Dix-huit cent mille francs sont portés, pour 1807, dans le livret du mois de juillet, Comme employés à la solde de la Grande Armée.
Ces 1,800,000 francs ne peuvent être que des à-compte donnés sur la masse de linge et chaussure.
Si le trésor public a envoyé 1,800,000 francs en bons du caissier, alors le ministre aurait payé plus qu'il ne porte; car plusieurs distributions ont été faites aux dépôts des corps à titre d'avance sur les masses.
Les traites du caissier envoyées au payeur de la Grande Armée doivent être annulées, car le payeur doit restituer cette avance au trésor public.
Je vois dans le livret État des payements sur l'exercice 1806 que le ministre a dépensé cent soixante et quatorze millions pour la solde; mais il n'a acquitté la solde de la Grande Armée que pour sept mois; il lui reste à compléter la solde de la Grande Armée pendant huit mois, déduction faite de la solde du second corps employé en Italie, où il a reçu sa solde. La solde de la Grande Armée est donc due pour huit mois, moins le second corps. Mais dans cet état la solde de la Grande Armée doit être au moins de vingt-quatre millions pour les huit mois. La solde totale s'élèverait donc à cent quatre-vingt-dix-huit millions pour l'année , ce qui ferait plus de seize millions par mois. Ce serait une somme énorme, mais il faut en ôter :
1° Les bons du caissier envoyés à la Grande Armée en imputation sur la solde et compris dans ces cent soixante et quatorze millions, le montant de ces bons devant devenir disponible pour contribuer au payement des huit mois;
2° Ce qui a été payé aux dépôts pour masse de linge et chaussure, comme à-compte sur la solde des huit mois, et qui a dû être prélevé sur les cent soixante-huit millions; la somme de vingt-quatre millions due pour les huit derniers mois doit être naturellement atténuée du montant de cette avance faite sur les cent soixante-huit millions; c'est en fixant ces termes que l'on connaîtra ce que la solde doit véritablement coûter pour l'année 1806;
3° Les 1,388,000 francs qui avaient été accordés pour fourrages, à la Grande Armée, et qui ont été définitivement employés comme solde; il faut savoir s'ils n'ont pas été compris dans la somme destinée à la solde des sept premiers mois; dans ce cas, cette somme serait encore à diminuer sur celle de vingt-quatre millions nécessaire pour les huit derniers mois.
SERVICE DE 1807
La solde est portée an livret à la somme de 66,800,000 francs, pour les six premiers mois de l'année. Il faut ajouter la solde de la Grande Armée qui n'a pas été payée et qui, pour les six mois, forme un objet de vingt-quatre millions. La solde de six mois aurait donc coûté quatre-vingt-dix millions, c'est-à-dire quinze millions par mois, somme exorbitante; mais il y a lieu aux mêmes déductions que pour 1806, et il faut y ajouter une troisième cause de déduction, c'est-à-dire les avances qui ont été faites. Ces points éclaircis, Sa Majesté saura ce qui a été véritablement dépensé pour la solde. On prendra aussi en considération, comme cause d'atténuation dans la dépense de la solde, ce qui reste dans les différentes caisses, et l'on prendra pour base ce que chaque payeur a de trop en caisse.
MATÉRIEL DE LA GUERRE
Il faudra comparer les dépenses de l'administration de la guerre avec le budget.
L'Empereur désire connaître d'une manière claire le service courant. Il faut lui dire :
Le restant en caisse au 1er janvier était de . . . . .
Les recettes faites en 1807 sont de . . . . . . . .
Le ministre du trésor public reste comptable de ces deux sommes. Voici quel a été leur emploi . . . . .
Dépenses sur tous les exercices pendant les six premiers mois....
Restant en caisse . . . . . . . . . . . .
La balance de ces deux sommes donnera à Sa Majesté une idée nette de la situation de son trésor.
Le ministre remplira le cadre de l'état dressé par Sa Majesté. Cette opération est une affaire d'administration générale et non pas un état du trésor. Ainsi, dans la seconde colonne des recettes faites pendant les six premiers mois, il faut placer les recettes qui proviennent de toutes les branches de revenus vis-à-vis l'évaluation qui leur est donnée dans la première colonne. Il faut y mettre aussi tout ce qui est entré au trésor par la réalisation d'anciennes valeurs, par la compensation des mandats Vanlerberghe, lesquels ne sont pas une branche de revenu, mais représentent le revenu d'années précédentes. L'Empereur, une fois satisfait sur le solde en caisse au commencement de l'année, n'aura plus rien à faire rechercher sur les exercices antérieurs.
La même règle s'appliquera au produit des piastres, à celui de l'emprunt d'Espagne.
Arrivant ensuite, et par ce procédé, au solde en caisse au 1er janvier 1807, il faut remarquer que, comme les affaires de 1806 ne sont pas réglées, tout doit être examiné dans le solde, et que tout ce qui doit produire de l'argent doit y prendre place; il faut donc que ce soit là un membre de l'équation, dont le second membre serait le restant dû sur le budget, ce qui ne regarde pas le trésor public. Sa Majesté désire même que ce qui reste disponible sur les bons de la caisse d'amortissement pour solder les exercices antérieurs à l'an XIV soit compris dans ce solde en caisse. Il faudra distinguer dans ces bons ceux qui sont créés, ceux qui restent à être émis. Il faudra y comprendre de même les crédits en cinq pour cent applicables à des créances plus anciennes, avec l'indication de ce qui reste à employer. Ce solde de caisse n'est pas susceptible d'être totalisé, il ne doit être présenté que comme renseignement. Le solde au 1er juillet doit être placé comparativement au solde au ler janvier, de manière qu'il soit possible de faire autant d'équations qu'il y aura de sommes indiquées aux deux époques.
Le crédit des ministres ne demande aucune explication. Il faudra distinguer la dette publique.
Enfin une dernière colonne rendra compte de la caisse de service. L'Empereur demande une situation de la caisse de service, quoique affaire étrangère au mouvement ordinaire de situation du trésor public, pour s'assurer qu'il n'y a pas de double emploi. Après cet état, il faudra faire celui des fonds spéciaux et en venir à l'exercice de 1806, de manière que Sa Majesté puisse comparer le restant en caisse en 1807 avec le restant en caisse de l'an XIV.
Saint-Cloud, 31juillet 1807
A M. Cambacérès
Le Code civil a été fait du temps des Consuls. Il y a plusieurs formes, mais en très-petit nombre, qui ne sont pas adaptées à l'état définitif de la France. Je vous prie de rédiger un projet de loi qui serait présenté au Corps législatif, et dans lequel seraient relatés tous les changements, afin d'imprimer le Code civil avec les formes de l'Empire.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
A M. Gaudin
Je désire que vous causiez avec le gouverneur de la Banque pour provoquer une délibération qui mette l'escompte à quatre pour cent.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
A M. Defermon
Je désire que la section des finances rédige un projet de loi pour déclarer que l'intérêt légal est à cinq pour cent.
Saint-Cloud , 31 juillet 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, témoignez mon mécontentement à M. Bourrienne de ce que la factorerie anglaise est toujours à Hambourg, de ce que les marchandises anglaises n'ont pas été saisies et continuent à circuler dans les villes hanséatiques. Réitérez les ordres formels que les individus anglais soient arrêtés, la factorerie anglaise entièrement fermée et les marchandises, anglaises confisquées. La correspondance anglaise n'est point non plus arrêtée et les lettres passent toujours par la poste de Hambourg. Enjoignez-lui de faire les notes et les démarches nécessaires pour que ces abus cessent sans délai , et de vous faire connaître les intrigues et les moyens de corruption qui ont été employés pour amortir l'effet de mes ordres.
Le même courrier continuera sa route sur Copenhague et sera porteur d'une lettre à mon ministre, par laquelle vous lui ferez connaître mon mécontentement de ce que les promesses qu'a faites le Danemark n'ont point d'effets et que la correspondance continue avec l'Angleterre. Vous lui donnerez l'ordre de conférer avec le ministre danois sur la nécessité de faire cesser ces communications, et sur ce que veut faire le Danemark si l'Angleterre se refuse à faire la paix sur des bases raisonnables. Vous laisserez entrevoir que, le cas arrivant, il est possible que tous les ports de l'Europe soient fermés à l'Angleterre et que les puissances du continent lui déclarent la guerre.
Dimanche, au plus tard, vous aurez une conférence sur ce sujet avec M. de Dreyer. Vous lui direz que, quel que soit mon désir de ménager le Danemark, je ne puis empêcher qu'il ne se ressente de la violation qu'il a laissé faire de la Baltique, et que, si l'Angleterre refuse la médiation de la Russie, il faut nécessairement qu'il choisisse, on de faire la guerre à l'Angleterre, ou de me la faire; que l'amitié que m'a témoignée le prince royal et l'intérêt du Danemark me font espérer qu'il n'hésitera pas dans son choix.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, écrivez aux sénateurs commandant les cinq légions de réserve pour savoir si, au 20 août, il leur est possible de m'offrir chacun deux bataillons complétés à l'effectif de 140 hommes par compagnie, armés, habillés et ayant déjà la première instruction pour pouvoir m'en servir pour entrer en campagne.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, témoignez ma satisfaction au général Marmont sur les routes qu'il a fait faire en Dalmatie. J'ai été très-satisfait de cette preuve de son zèle. Il est possible que des circonstances les rendent utiles.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au général Clarke
Je reçois votre lettre du 24 juillet. Je l'ai lue avec intérêt. Il faut que vous décidiez les propriétaires de la rive gauche de l'Elbe à rentrer chez eux, car je n'en souffrirai aucun en Prusse. Si M. et Mme de Hatzfeld veulent passer au service du roi de Westphalie, ce serait une chose faisable.
Ma Garde séjournera quelques jours à Berlin; après cela je lui donnerai une destination.
Les détachements et régiments provisoires de cavalerie, placez-les sur la rive droite de l'Elbe, dans les lieux où il y a le plus de fourrages, et faites-les rejoindre leurs corps à mesure qu'ils passent.
Je ne traite point mal la
ville de Berlin. Mais la ville de Vienne ne paya pas de contribution parce que
l'empereur se chargea de la payer; il faut que le roi de Prusse fasse la même
chose. La Prusse me doit
cent cinquante millions. J'ai fait connaître mes intentions à M. Daru sur les
termes à lui donner pour qu'elle me les paye.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au prince Eugène
Vous lirez les dispositions ci-jointes. Voilà de quelle manière vous prendrez le décret contre les Italiens qui restent au service des puissances étrangères.
DÉCRET
NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, etc.
Vu par nous notre décret du .. septembre 1806 :
Nous avons rappelé tous nos sujets d'Italie qui se trouvaient, sans notre autorisation, au service des puissances étrangères; nous avons même accordé amnistie à ceux de nos sujets qui, postérieurement au traité de Campo-Formio, étaient prévenus d'avoir porté les armes contre notre patrie et d'être restés au service des puissances étrangères en guerre contre nous. Nous avons vu avec bien de la satisfaction qu'un grand nombre de nos sujets, fidèles à la voix de la patrie, se sont empressés de se rendre dans leurs familles. Mais, instruit qu'il y en a encore un certain nombre qui, récalcitrants contre les ordres que nous avons donnés, restent au service des puissances étrangères, nous avons voulu, avant de sévir contre eux, leur donner une nouvelle preuve de notre clémence, et avons décrété et décrétons ce qui suit :
ARTICLE ler. - Tout individu, sujet de notre royaume d'Italie qui, dans deux mois à compter de la publication du présent décret, n'aurait pas une permission signée de nous et visée par notre grand juge, ministre de la justice, qui l'autorisât à prendre du service l'étranger, ou qui ne serait pas rentré dans l'intérieur de notre royaume d'Italie après avoir prêté le serment dû par nos sujets, sera renié comme Italien et déclaré avoir perdu tous droits politiques et civils dans notre royaume d'Italie.
ART. 2. - En conséquence, ces individus seront déclarés inhabiles à succéder et à posséder dans notre royaume d'Italie; les biens qu'ils possèdent dans ce moment seront mis sous le séquestre; les biens qui leur écherraient, à raison de successions qui viendraient à s'ouvrir, passeront à leurs héritiers comme s'ils étaient morts civilement.
ART. 3. - Une commission composée de six conseillers d'État et présidée par notre grand juge arrêtera, au ler octobre, les listes, département par département, de tous les individus qui sont dans le cas du présent décret; laissant à la diligence de nos préfets, commissaires de police et procureurs impériaux près nos cours de justice, le soin de faire constater ceux qui continueraient de rester au service étranger.
ART. 4. - Nos ministres, etc.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, je suis fâché que vous ayez envoyé en Dalmatie et ailleurs tant de mauvais sujets ; ils ne sont bons qu'à me trahir.
Je vous renvoie une liste de ces individus, que vous ferez venir à Milan pour les interroger et prendre sur leur compte de plus amples informations ; et, si ce qui est dit d'eux dans vos notes se confirme, vous les ferez enfermer au château de Fenestrelle.
Saint-Cloud, 31 juillet 1807
Au roi de Naples
Je me puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous envoyez dans mon armée des officiers napolitains, dont beaucoup sont encore attachés à l'ancienne cour et très-mauvais sujets, et parmi lesquels beaucoup de mauvais sujets chassés de mon armée d'Italie, à qui vous avez eu la complaisance de donner des grades supérieurs. C'est une singulière politique que celle de mettre les armes aux mains de mes ennemis. Je ne citerai que le colonel Alfan de Ribeira, qu'on avait envoyé en Dalmatie, que j'ai fait arrêter et envoyer à Fenestrelle; également Blanco Gaetano, qu'on a envoyé, je ne sais comment, à la Grande Armée; Debourge, parent du chevalier Micheroux ; également les nommés Pellegrini, Borgheggiani, Leoni. Tous ceux-là sont des gens suspects. Il y en a après cela d'autres qui ont été chassés de mes bureaux topographiques, en Italie, pour affaires d'administration ou autres sujets. J'attends que vous fassiez connaître ce que vous voulez en faire. Il suffit au premier venu de se présenter pour que Dumas le décore d'un titre. Il y a de la folie à faire de tels sujets officiers.