15 - 20 Juin 1807


Friedland, 15 juin 1807

A l'Impératrice, à Saint-Cloud

Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué; voici bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de Marengo; la bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe mise en déroute; 80 pièces de canon, 30,000 hommes pris ou tués; 25 généraux russes tués, blessés ou pris; la garde russe écrasée : c'est une digne sœur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n'est pas considérable; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès.

Sois sans inquiétude et contente.

Adieu, mon amie. Je monte à cheval.

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L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arri- vée avant le bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice.


Friedland, 15 juin 1807

DÉCISION

L'archichancelier soumet un projet du ministre des cultes, relatif à la statue qui, d'après l'ordre de l'Empereur, doit être élevée à la mémoire du dernier évêque de Vannes (Mayneaud de Pancemont).

Le ministre représente qu'aucune statue d'homme ne peut être placée isolément dans une église, si ce n'est sur une forme de tombeau, et il propose d'ouvrir un concours pour l'exécution du monument, qui ne pourra être terminé qu'en deux ans.

Sa Majesté n'est pas de l'avis du ministre. Les églises sont remplies de statues de saints, de pontifes, d'évêques. Placer celle de l'évêque de Vannes sur un tombeau, ce serait dénaturer l'objet qu'on se propose, imiter ce que peut faire la piété des particuliers et ôter à l'exécution de l'ordre de Sa Majesté son caractère public. Il convient donc de faire faire la statue en habits pontificaux, la mitre en tête et la crosse à la main, et de la placer seule et sur un piédestal. Il est inutile d'ouvrir une espèce de concours, où tout le monde ne serait pas admis. Le ministre choisira le statuaire qu'il jugera le plus en état de bien faire et de faire promptement. On fera graver sur le piédestal, non la lettre de l'Empereur, mais une inscription latine ou en prose ou en vers, qui y soit analogue.


Wehlau, 16 juin 1807

Au maréchal Soult

Mon Cousin, votre aide de camp m'apporte votre lettre, par laquelle vous m'instruisez de votre entrée à Koenigsberg. J'ai donné l'ordre à l'intendant général de s'y rendre, et j'ai nommé un gouverneur. Le major général donne l'ordre de destiner une de vos divisions pour le siège de Pillau et à l'observation de la langue de terre de Memel. Il faut, avec les deux autres, vous tenir prêt à partir. Faites désarmer les habitants; le premier moment est toujours le plus favorable pour ces opérations. Je suppose que vous avez mis embargo sur tous les bâtiments et que rien ne sort plus. Faites établir une batterie à Pillau, afin d'empêcher rentrée dans le Haff, et que j'en sois le maître. J'ai donné l'ordre à Danzig que l'on envoie des troupes à la pointe en face de Pillau, et que l'on y établisse une batterie pour croiser ses feux. J'attends avec impatience l'inventaire des munitions de guerre, parce que nous avons grand besoin de cartouches d'infanterie et de canon. Maintenez un grand ordre, afin qu'il n'y ait aucun gaspillage de fournitures.


Friedland, 16 juin 1807, 4 heures après midi

A l'Impératrice

Mon amie, je t'ai expédié hier Moustache, avec la nouvelle de la bataille de Friedland. Depuis, j'ai continué à poursuivre l'ennemi. Koenigsberg, qui est une ville de 80,000 âmes, est en mon pouvoir. J'y ai trouvé bien des canons, beaucoup de magasins, et enfin plus de 160,000 fusils venant d'Angleterre.

Adieu, mon amie; ma santé est parfaite, quoique je sois un peu enrhumé par la pluie et par le froid du bivouac. Sois contente et gaie.


Friedland, 16 juin 1807

A la reine de Hollande

Ma fille, j'ai reçu votre lettre datée d'Orléans; vos peines me touchent, mais je voudrais vous savoir plus de courage; vivre c'est souffrir, et l'honnête homme combat toujours pour rester maître de lui. Je n'aime pas à vous voir injuste envers le petit Napoléon-Louis, et envers tous vos amis. Votre mère et moi avions l'espoir d'être plus que nous ne sommes dans votre coeur.

J'ai remporté une grande victoire le 14 juin. Je me porte bien, et vous aime beaucoup.

Adieu, ma fille; je vous embrasse de coeur.


WehIau, 17 juin 1807, 9 heures du matin

Au grand-duc de Berg

Le grand-duc de Berg enverra une brigade de cavalerie légère, une division de dragons et la division des cuirassiers Saint-Sulpice, pour tâcher de couper l'ennemi sur Labiau, où marche le maréchal Davout.

Le grand-duc de Berg enverra une brigade de cavalerie légère sur la route de Taplacken, Schirrau, Mehlauken, soit pour couper les bagages partis de Koenigsberg qui se retireraient par Labiau, soit pour avoir des nouvelles et éclairer la marche de l'ennemi. Deux autres brigades de cavalerie légère, aux ordres du général Lasalle, se mettront en route le long de la Pregel, sur la rive droite, pour suivre l'ennemi dans sa retraite. La brigade du général Beaumont suivra sur la rive gauche jusqu'à Insterburg. La division des dragons du général Lahoussaye, celle des cuirassiers du général Nansouty, la division des cuirassiers Espagne, appuieront la cavalerie légère.

Le grand-duc de Berg aura derrière lui le général Victor, qui le soutiendra avec son corps d'armée.


Wehlau, 17 juin 1807, 10 heures du matin

Au grand-duc de Berg

Il est bien important que la brigade de cavalerie légère, la division de Grouchy et les cuirassiers de Saint-Sulpice, qui doivent se dirigent sur Labiau, ne tardent pas un moment et marchent en toute diligence, afin d'arriver en même temps que le maréchal Davout. Ils tâcheront de couper la route de Labiau à Tilsit, du côté de Laukischken, et de se mettre en communication avec le maréchal Davout, parti de Tapiau. Le général Grouchy doit envoyer des coureurs, qui parcourront rapidement les routes pour savoir ce qui se passe. Ce fait, il prendra les ordres du maréchal Davout, et se portera sur la route de Labiau à Tilsit pour pouvoir pousser l'ennemi tout le long du canal de Friedichs jusqu'à Nemonin. Tout ce canal doit être chargé de barques pleines d'effets, de malades et de magasins. Recommandez au général Grouchy de correspondre souvent.

La brigade qui se rend sur Mehlauken poussera ses coureurs aussi loin qu'elle pourra, sur le chemin de Tilsit. Elle doit tâcher d'arriver dans le jour à l'intersection du chemin de Labiau à Tilsit, du côté de Mehlauken et de Luschninken. Tâchez que vos coureurs arrivent le plus tôt possible à la ville de Saalau. Je désire aussi que les coureurs de la gauche arrivent, s'il est possible, jusqu'au village de Schirrau, parce que, sur ces deux points, on aura des nouvelles positives de l'ennemi.

La Pregel cesse d'être navigable à Insterburg; il doit donc y avoir là beaucoup de choses amassées dans ses magasins, ainsi qu'une grande quantité de blessés et de malades. Ne manquez pas de m'instruire souvent pour que je puisse faire soutenir le général Victor, s'il était nécessaire, par d'autres corps.


Wehlau, 17 juin 1807, 11 heures du matin

Au maréchal Davout

Mon Cousin, le général Grouchy, avec sa division de dragons, le cuirassiers Saint-Sulpice et une brigade de hussards, est parti pou se diriger en droite ligne sur Labiau, seconder votre attaque et intercepter la route de Labiau à Tilsit. Je ne doute pas que vous ne trouviez à Labiau beaucoup de magasins. Si vous réussissez à couper l'ennemi, ce sera un grand événement. Poussez des partis sur le Nemonin, afin de vous emparer de tout ce qui se trouve sur le cana de Friedrichs. Je me porte par Taplacken sur Schirrau et Mehlauken où paraît se diriger la force de l'armée ennemie, et en même temps je fais porter des corps sur Insterburg. Tâchez de vous mettre en communication et de me donner de vos nouvelles.


Camp impérial de Wehlau, 17 juin 1807

CIRCULAIRE AUX ÉVÊQUES

Monsieur l'Évêque, la victoire éclatante qui vient d'être remportée par nos armes sur le champ de bataille de Friedland, qui a confondu les ennemis de notre peuple et qui a mis en notre pouvoir la ville importante de Koenigsberg et les magasins considérables qu'elle contenait, doit être pour nos sujets un nouveau motif d'actions de grâces envers le Dieu des armées. Cette victoire mémorable a signalé l'anniversaire de la victoire de Marengo, de ce jour où, tout couvert encore de la poussière du champ de bataille, notre première pensée, notre premier soin furent pour le rétablissement de l'ordre et de la paix dans l'Église de France. Notre intention est qu'au reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit et vous réunissiez nos sujets de votre diocèse dans vos églises métropolitaine et paroissiales, pour y chanter un Te Deuin et adresser au ciel les autres prières que vous jugerez convenable d'ordonner dans de pareilles circonstances.


Wehlau, I7 juin 1807

79e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Les combats de Spanden, de Lomitten, les journées de Guttstadt et de Heilsberg, n'étaient que le prélude de plus grands événements.

Le 19, à quatre heures du matin, l'armée française entra à Heilsberg. Le général Latour-Maubourg avec sa division de dragons, et les brigades de cavalerie légère des généraux Durosnel et Watier, poursuivirent l'ennemi sur la rive droite de l'Alle, dans la direction de Bartenstein, pendant que les corps d'armée se mettaient en marche dans différentes directions pour déborder l'ennemi et lui couper sa retraite sur Koenigsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune a souri à ce projet.

Le 12, à cinq heures après midi, l'Empereur porta son quartier général à Eylau. Ce n'étaient plus ces champs couverts de glaces et de neige : c'était le plus beau pays de la nature, coupé de beaux bois, de beaux lacs et peuplé de jolis villages.

Le grand-duc de Berg se porta, le 13, sur Koenigsberg, avec sa cavalerie; le maréchal Davout marcha derrière pour le soutenir; le maréchal Soult se porta sur Kreuzburg; le maréchal Lannes, sur Domnau; les maréchaux Ney et Mortier, sur Lampasch.

Cependant le général Latour-Maubourg écrivait qu'il avait poursuivi l'arrière-garde ennemie; que les Russes abandonnaient beaucoup de blessés; qu'ils avaient évacué Bartenstein et continuaient leur retraite sur Schippenbeil par la rive droite de l'Alle. L'Empereur mit sur-le-champ en marche sur Friedland. Il donna ordre au grand-duc de Berg, aux maréchaux Soult et Davout, de manœuvrer sur Koenigsberg; et avec les corps des maréchaux Ney, Lannes, Mortier, avec la Garde impériale et le premier corps commandé par le général Victor, il marcha en personne sur Friedland.

Le 13, le 9e de hussards entra à Friedland; mais il en fut chassé par 3,000 hommes de cavalerie.

Le 14, l'ennemi déboucha sur le pont de Friedland. A trois heures du matin, des coups de canon se firent entendre, "C'est un jour de bonheur, dit l'Empereur, c'est l'anniversaire de Marengo."

Les maréchaux Lannes et Mortier furent les premiers engagés; ils étaient soutenus par la division de dragons du général Grouchy et par les cuirassiers du général Nansouty. Différents mouvements, différentes actions eurent lieu. L'ennemi fut contenu et ne put pas dépasser le village de Posthenen. Croyant qu'il n'avait devant lui qu'un corps de 15,000 hommes, l'ennemi continua son mouvement pour filer sur Koenigsberg. Dans cette occasion, les dragons et les cuirassiers français et saxons firent les plus belles charges, et prirent quatre pièces de canon à l'ennemi.

A cinq heures du soir, les différents corps d'armée étaient à leur place; à la droite, le maréchal Ney; au centre, le maréchal Lannes, à la gauche, le maréchal Mortier; à la réserve, le corps du général Victor et la Garde.
La cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, soutenait la gauche. La division de dragons du général Latour-Maubourg était en réserve derrière la droite ; la division de dragons du général Lahoussaye et les cuirassiers saxons étaient en réserve derrière le centre.

Cependant l'ennemi avait déployé toute son armée. Il appuyait sa gauche à la ville de Friedland, et sa droite se prolongeait à une lieue et demie.

L'Empereur, après avoir reconnu la position, décida d'enlever sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement un changement de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par l'extrémité de sa droite.

A cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement; quelques salves d'une batterie de vingt pièces de canon furent  le signal. Au même moment, la division du général Marchand avança, l'arme au bras, sur l'ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division du général Bisson le soutenait sur la gauche. Du moment où l'ennemi s'aperçut que le maréchal Ney avait quitté le bois, où sa droite était d'abord en position, il le fit déborder par des régiments de cavalerie, précédés d'une nuée de Cosaques. La division de dragons du général Latour-Maubourg se forma sur-le-champ, au galop, sur la droite, et repoussa la charge ennemie. Cependant le général Victor fit placer une batterie de trente pièces de canon en avant de son centre; le général Senarmont, qui la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en avant et fit éprouver une horrible perte à l'ennemi. Les différentes démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer une diversion furent inutiles. Le maréchal Ney, avec ce sang-froid et avec cette intrépidité qui lui est particulière, était en avant de ses échelons, dirigeait lui-même les plus petits détails, et donnait l'exemple à un corps d'armée qui toujours s'est fait distinguer, même parmi les corps de la Grande Armée. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la baïonnette et précipitées dans l'Alle. Plusieurs milliers d'hommes y trouvèrent la mort; quelques-uns échappèrent à la nage. La gauche du maréchal Ney arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friedland. L'ennemi, qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et à cheval, déboucha avec intrépidité et fit une charge sur la gauche du maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée; mais la division Dupont, qui formait la droite de la réserve, marcha sur la garde impériale, la culbuta et en fit un horrible carnage.

L'ennemi tira de ses réserves et de son centre d'autres corps pour défendre Friedland. Vains efforts ! Friedland fut forcé et ses rues furent jonchées de morts.

Le centre, que commandait le maréchal Lannes, se trouva dans ce moment engagé. L'effort que l'ennemi avait fait sur l'extrémité de la droite de l'armée française ayant échoué, il voulut essayer un semblable effort sur le centre : il y fut reçu comme on devait s'attendre des braves divisions Oudinot et Verdier, et du maréchal qui les commandait.

Des charges d'infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder la marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes furent inutiles. Ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort sur nos baïonnettes.

Le maréchal Mortier, qui, pendant toute la journée, fit grande preuve de sang-froid et d'intrépidité en maintenant la gauche, marcha alors en avant, et fut soutenu par les fusiliers de la Garde, que commandait le général Savary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout le monde s'est distingué.

La Garde impériale à pied et à cheval et deux divisions de réserve du ler corps n'ont pas été engagées. La victoire n'a pas hésité un seul instant.

Le champ de bataille est un des plus horribles qu'on puisse voir. Ce n'est pas exagérer que de porter le nombre des morts du côté des Russes de 15 à 18,000 hommes. Du côté des Français, la perte ne se monte pas à 500 morts, ni à plus de 3,000 blessés. Nous avons pris quatre-vingts pièces de canon et une grande quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont restés en notre pouvoir. Les Russes ont vingt-cinq généraux tués, pris ou blessés. Leur cavalerie a fait des pertes immenses.

Les carabiniers et les cuirassiers, commandés par le général Nansouty, et les différentes divisions de dragons, se sont fait remarquer. Le général Grouchy, qui commandait la cavalerie de l'aile gauche rendu des services importants.

Le général Drouet, chef de l'état-major du corps d'armée du maréchal Lannes, le général Coehorn, le colonel Reynaud, du 15e de ligne, le colonel Lajonquière, du 60e de ligne, le colonel Lamotte, du 4e de dragons, et le général de brigade Brun, ont été blessés; le général de division Latour-Maubourg l'a été à la main. Le colonel d'artillerie de Forno, et le chef d'escadron Hutin, premier aide de camp du général Oudinot, ont été tués. Les aides de camp l'Empereur, Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.

La nuit n'a point empêché de poursuivre l'ennemi; on l'a suivi jusqu'à onze heures du soir. Le reste de la nuit les colonnes qui avaient été coupées ont essayé de passer l'Alle à plusieurs gués. Partout, lendemain, et à plusieurs lieues, nous avons trouvé des caissons, d canons et des voitures, perdus dans la rivière.

Cette bataille de Friedland est digne d'être mise à côté de celle de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. L'ennemi était nombreux, avec une belle et forte cavalerie, et s'est battu avec courage. (voir sur ce site)

Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier et faisait sa retraite sur la rive droite, de l'Alle, l'armée française continuait sur la rive gauche ses manœuvres pour le couper Koenigsberg.

Les têtes de colonnes sont arrivées ensemble à Wehlau, ville située au confluent de l'Alle et de la Pregel.

L'Empereur avait son quartier général au village de Paterswalde.

Le 16, à la pointe du jouir, l'ennemi, ayant coupé tous les ponts, mit à profit cet obstacle pour continuer son mouvement rétrograde sur la Russie.

A huit heures du matin, l'Empereur fit jeter un pont sur la Pregel, et l'armée s'y mit en position.

Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Alle ont été par lui jetés à l'eau ou brûlés. Par ce qui nous reste, on peut connaître les pertes immenses qu'il a faites. Partout, dans les villages, les Russes avaient des magasins, et partout, en passant, ils les ont incendiés. Nous avons cependant trouvé à Wehlau plus de 6,000 quintaux de blé.

A la nouvelle de la victoire de Friedland, Koenigsberg a été abandonné. Le maréchal Soult est entré dans cette place, où nous avons trouvé des richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé, plus de 20,000 blessés russes et prussiens, tout ce que l'Angleterre a envoyé de munitions de guerre à la Russie, entre autres 160,000 fusils encore embarqués. Ainsi la Providence a puni ceux qui, au lieu de négocier de bonne foi pour arriver à l'oeuvre salutaire de la paix, s'en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et pour impuissance la tranquillité du vainqueur.

L'armée occupe ici le plus beau pays possible. Les bords de la Pregel sont riches. Dans peu, les magasins et les caves de Danzig et de Koenigsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d'abondance et de santé.

Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de ce que chaque corps a fait, passent les bornes d'un simple bulletin, et l'état-major s'occupe de réunir tous ces faits.

Le prince de Neufchâtel a, dans la bataille de Friedland, donné des preuves particulières de son zèle et de ses talents. Plusieurs fois il s'est trouvé au fort de la mêlée et y a fait des dispositions utiles.

L'ennemi avait recommencé les hostilités le 5. On peut évaluer la perte qu'il a éprouvée en dix jours, et par suite de ses opérations, à 60,000 hommes pris, blessés, tués ou hors de combat. Il a perdu une partie de son artillerie, presque toutes ses munitions , et tous ses magasins, sur une ligne de plus de quarante lieues. Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands succès avec moins de perte.


Skaisgirren, 18 juin 18(07

Au grand-duc de Berg

Mon quartier général est ici, à trois quarts de lieue derrière vôtre. Les 3,000 hommes de cavalerie commandés par le général Grouchy sont en marche pour vous rejoindre. La Garde à cheval elle-même est ici. Ainsi, demain matin, il faut se tenir prêt à poursuivre l'ennemi avec toute votre cavalerie, et avoir un grand nombre de canons pour être prêt à le mitrailler du moment qu'on apercevra sa cavalerie. Les corps des maréchaux Davout et Lannes se serrent ici; mon intention étant de marcher sur Tilsit et de livrer bataille à l'ennemi , s'il faisait la fanfaronnade d'avoir l'air de nous attendre.

Envoyez des patrouilles, écrivez au général Victor d'en envoyer dans les bois et sur les chemins pour ramasser les traînards. Tâchez de connaître ce qui se passe, dans la ville. Faites-moi connaître combien vous avez de pièces de canon à la réserve, et combien d'approvisionnement.


Skaisgirren, 17 juin 1807

PROJET DE CANTONNEMENT

Le 1er corps, en avant-garde à Tilsit, avec sa cavalerie légère, la division de dragons de Lahoussaye, la division de dragons Grouchy et deux brigades de la cavalerie légère de Lasalle, ce qui ferait 6 à 7,000 hommes de cavalerie, éclairerait toute la gauche du Niemen et dix à douze lieues sur la droite, occupant la rive gauche avec une avant-garde de cavalerie et de l'artillerie, et ayant tout son corps d'armée campé en trois camps, le premier à deux lieues de Tilsit, le second à quatre lieues et le troisième à cinq ou six lieues de Tilsit,  sur la route de Labiau. Ce dernier camp serait couvert par des ouvrages de campagne et abatis pour former un bon champ de bataille. Ce champ de bataille se trouverait à une journée ou une journée demie des différents corps.

Le maréchal Ney aurait la droite et occuperait Insterburg. A sa cavalerie légère on réunirait une brigade de cavalerie légère de la division Lasalle et la division de dragons de Latour-Maubourg, ce qui ferait près de 4,000 chevaux, poussant des postes le plus près possible sur la droite dans la direction du Niemen, de Grodno et d'Olita.

Le 4e corps, à Wehlau.

Le corps du maréchal Davout, à Labiau, qu'il occuperait avec ses trois divisions en avant, de manière que la 1e ne se trouvât qu'à six lieues de la 3e division du général Victor.

Le maréchal Lannes, à Koenigsberg, avec la Garde impériale.

Le maréchal Mortier serait détaché avec les Polonais pour maintenir la communication de la Grande Armée avec le corps du maréchal Masséna.

On aurait à Wehlau deux têtes de pont et un camp retranché; on y arrangerait un champ de bataille. On préparerait également un champ de bataille à Koenigsberg.

Les trois divisions de cuirassiers et la division de dragons du général Milhaud seraient placées le long de la Pregel, où elles pourraient être plus aisément nourries.

Par ces dispositions, l'ennemi ne pourrait passer le Niemen sans que le général d'avant-garde le sût. Tant que ce ne serait pas une opération sérieuse, on pourrait s'y opposer avec la cavalerie, la 1e et la 2e division. Quand il s'apercevrait que l'ennemi veut commencer une nouvelle campagne, il se reploierait sur son 3e camp, où, dans un jour, quatre corps d'armée se trouveraient réunis; ce qui, dans un terrain préparé, donne encore deux jours à la réserve et à tous les cuirassiers pour arriver. Dans ce cas, la gauche de l'armée serait appuyée au Kurische-Haff, la droite à la Pregel ou à la petite rivière de ..... ce qui ferait quatorze lieues, sur lesquelles il y en a six de bois et de marais impraticables. L'armée serait donc toujours maîtresse de se porter sur Wehlau et Labiau.

De belles têtes de pont à Wehlau, à Labiau, sur le canal, ainsi qu'à Insterburg, seraient nécessaires.

Le 3e et le 4e corps vivraient aisément par les canaux, l'Alle, la Pregel et le canal de Deime.

Le 1er et le 6e pourraient vivre des mêmes moyens. Le 1er recevrait les vivres par Labiau et Insterburg. Les convois n'auraient que huit ou dix lieues à faire par terre. Ces deux corps trouveraient aussi des ressources dans tout le pays s'étendant par la droite.

Il faudrait surtout n'avoir à Tilsit aucune espèce d'établissement. Il ne faudrait occuper la ville que comme avant-poste et pour en tirer toutes les ressources qu'elle peut donner.


Skaisgirren, 18 juin 1807

Au maréchal Berthier

Donnez l'ordre que des ingénieurs géographes reconnaissent demain les lignes du Timber-canal, les rivières de Parwe, d'Aule, afin de connaître quel est le meilleur de tous ces filets d'eau pour former une ligne d'avant-postes.

Donnez l'ordre qu'on reconnaisse la Pregel, les deux petites riviéres qui se réunissent à Insterburg; qu'il y ait deux ingénieurs géographes prêts pour reconnaître, l'un le bas Niemen depuis Tilsit jusqu'à la mer, l'autre le Niemen jusqu'au point où j'appuierai ma droite.


Tilsit, 19 juin 1807

A l'Impératrice

J'ai expédié ce matin Tascher près de toi pour calmer toutes tes inquiétudes. Tout va ici au mieux. La bataille de Friedland a décidé de tout. L'ennemi est confondu, abattu, extrêmement affaibli.

Ma santé est bonne, et mon armée est superbe.

Adieu, mon amie. Sois gaie et contente.


Tilsit, sur le Niemen , 19 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, il y a longtemps que je ne vous ai écrit; j'ai cependant reçu toutes vos lettres jusqu'au 8 juin. J'espère que la campagne que je viens de terminer en huit jours de temps fera plaisir à mon peuple. L'armée russe est plus écrasée et battue que ne l'a jamais été l'armée autrichienne. Bennigsen, qui la commande, a montré assez peu de talents. Leurs soldats, en général, sont bons. Leur affaiblissement et leur découragement sont aujourd'hui au dernier degré. Mon armée est superbe et n'a pas souffert.

J'apprends avec plaisir que la conscription va bien.


Tilsit, 19 juin 1807

A M. Fouché

J'ai reçu toutes vos lettres jusqu'au 8 juin. Vous aurez vu par les bulletins la belle situation de mes affaires. La jactance des Russes est à bas; ils s'avouent vaincus; ils ont été furieusement maltraités. Mes aigles sont arborées sur le Niemen; l'armée n'a point souffert.

Je vois avec plaisir que la conscription marche bien.


Camp impérial de Tilsit, 19 juin 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. - Le prince Alexandre Sapieha et les princes Jean, Nicolas et Paul Sapieha, ses cousins, seront remis en possession des biens de la starostie de Preny, situés sur le territoire de la Pologne conquise sur le roi de Prusse, en leur qualité d'héritiers du prince Casimir Sapieha, pour en jouir conformément aux lois et actes de concession.

ART. 2. - Notre major général est chargé de l'exécution du présent décret.


Tilsit, 19 juin 1807

80e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Pendant le temps que les armes françaises se signalaient sur le champ de bataille de Friedland, le grand-duc de Berg, arrivé devant Koenigsberg, prenait en flanc le corps d'armée du général l'Estocq.

Le 13, le maréchal Soult trouva à Kreuzburg l'arrière-garde prussienne. La division des dragons Milhaud exécuta une belle charge, culbuta la cavalerie prussienne et enleva plusieurs pièces de canon.

Le 14, l'ennemi fut obligé de s'enfermer dans la place de Koenigs berg. Vers le milieu de la journée, deux colonnes ennemies coupées se présentèrent pour entrer dans la place; 6 pièces de canon et 3 à 4,000 hommes qui composaient cette troupe furent pris. Tous les faubourgs de Koenigsberg furent enlevés. On y fit un bon nombre de prisonniers. Le général de brigade Buget a eu la main emportée par un boulet.

En résumé, les résultats de toutes ces affaires sont 4 à 5,000 prisonniers et 15 pièces de canon.

Le 15 et le 16, le corps d'armée du maréchal Soult fut contenu devant les retranchements de Koenigsberg; mais la marche du gros de l'armée sur Wehlau obligea l'ennemi à évacuer Koenigsberg, et cette place tomba en notre pouvoir. 

Ce qu'on a trouvé à Koenigsberg en subsistances est immense. Deux cents gros bàtiments, venant de Russie, sont encore tout chargés dans le port. Il y a beaucoup plus de vin et d'eau-de-vie qu'on n'était dans le cas de l'espérer.

Une brigade de la division Saint-Hilaire s'est portée devant Pilla pour en former le siège, et le général Rapp a fait partir de Danzig une colonne chargée d'aller, par le Nehrung, établir devant Pilla une batterie qui ferme le Haff. Des bâtiments montés par des marins de la Garde nous rendent maîtres de cette petite mer.

Le 17, l'Empereur porta son quartier général à la métairie de Druscken, près Klein-Schirrau; le 18, il le porta à Skaisgirren; le 19, à deux heures après midi, il entra dans Tilsit.

Le grand-duc de Berg, à la tête de la plus grande partie de la cavalerie légère, des divisions de dragons et de cuirassiers, a mené battant l'ennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal Le 5e régiment de hussards s'est distingué. Les Cosaques ont été culbutés plusieurs fois et ont beaucoup souffert. Dans ces différentes charges, nous avons eu peu de tués et de blessés. Au nombre de ces derniers se trouve le chef d'escadron Piéton, aide de camp du grand-duc de Berg.

Après le passage de la Pregel, vis-à-vis Wehlau, un tambour fut chargé par un Cosaque et se jeta ventre à terre. Le Cosaque prend sa lance pour en percer le tambour; mais celui-ci conserve toute sa présence d'esprit, tire à lui la lance, désarme le Cosaque et le poursuit.

Un fait particulier, qui a excité le rire des soldats, a eu lieu pour la première fois vers Tilsit; on a vu une nuée de Kalmouks se battant à coups de flèches. Nous en sommes fâchés pour ceux qui donnent l'avantage aux armes anciennes sur les modernes, mais rien n'est plus risible que le jeu de ces armes contre nos fusils.

Le maréchal Davout, à la tête du 3e corps, a débouché par Labiau, est tombé sur l'arrière-garde ennemie et lui a fait 2,500 prisonniers.

De son côté, le maréchal Ney est arrivé le 17 à Insterburg, y a pris un millier de blessés, et a enlevé à l'ennemi des magasins assez considérables.

Les bois, les villages sont pleins de Russes isolés, ou blessés ou malades. Les pertes de l'armée russe sont énormes; elle n'a ramené avec elle qu'une soixantaine de pièces de canon. La rapidité des marches empêche de connaître encore toutes les pièces qu'on a prises à la bataille de Friedland; on croit que le nombre passera 120.

A la hauteur de Tilsit, les billets ci-joints ont été remis au grand-duc de Berg, et par suite le prince russe, lieutenant général Labanof, a passé le Niemen et a conféré une heure avec le prince de Neufchâtel.

L'ennemi a brûlé en grande hâte le pont de Tilsit sur le Niemen, et paraît continuer sa retraite sur la Russie. Nous sommes sur les confins de cet empire.

Le Niemen, vis-à-vis Tilsit, est un peu plus large que la Seine. L'on voit de la rive gauche une nuée de Cosaques qui forment l'arrière-garde ennemie sur la rive droite.

Déjà l'on ne commet plus aucune hostilité.

Ce qui restait au roi de Prusse est conquis. Cet infortuné prince n'a plus en son pouvoir que le pays situé entre le Niemen et Memel. La plus grande partie de son armée, ou plutôt de la division de ses troupes, déserte, ne voulant pas aller en Russie.

L'empereur de Russie est resté trois semaines à Tilsit avec le roi de Prusse. A la nouvelle de la bataille de Friedland, l'un et l'autre sont partis en toute hâte.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, dans votre lettre du 28 mai, vous me parlez du code de commerce. Il faut tâcher de finir ce code, afin de le présenter tout entier à la prochaine session du Corps législatif.

Il n'y a point de doute qu'il ne faille donner une bonne pension à M. Forfait.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. Gaudin

Je reçois votre lettre du 8 juin. Je vois avec peine que le nouveau code de procédure diminue nos rentrées de l'enregistrement.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. Fouché

Flachat est à Lyon, sous un nom supposé, où, à ce qu'il paraît, il établit une maison de contrebande et dupe de bons citoyens. Donnez des ordres pour qu'il soit arrêté. Ce misérable aura-t-il donc toujours des protecteurs, et sera-t-il toujours au-dessus des lois ? Narguera-t-il  toujours par son impudence l'honneur et la justice ?

Je vois dans le bulletin du 2 juin que le pêcheur de Saint-Valery, qui avait des intelligences avec l'ennemi a été acquitté. Faites-moi un rapport sur cela. De qui était composée cette commission militaire ? Il faut que ces gens-là soient bien bêtes, pour ne rien dire de plus. Retenez le pêcheur en prison; envoyez-le à Fenestrelle, et causez avec M. l'archichancelier, afin que, s'il y avait moyen de le faire juger par une cour de révision, cela soit fait. Il faudrait alors nommer une commission de révision composée de gens de sens.

Faites arrêter le nommé Mounier d'Herbisse, qui est chargé par l'Angleterre de leur procurer des fusils, et tenez-le sous bonne garde. Donnez des ordres à mon ministre à Hambourg de faire arrêter les misérables qui ont été chassés d'Angleterre, et surtout le nommé Danican.

J'ai vu avec plaisir la réunion des journaux le Courier français, le Courrier des spectacles. Si c'est M. Legouvé qui se charge du nouveau journal, il ne peut être rédigé que dans un bon esprit; les traces hideuses des groupes de 1793 n'y paraîtront plus, et en mi temps je verrais avec plaisir qu'il s'élevàt avec courage, sans initiatives ni réaction, pour soutenir et honorer nos gens de lettres et toutes les idées libérales.

Qu'est-ce que ce M. Ch. de Villiers qui a fait un imprimé sur l'affaire de Lubeck, tendant à diffamer la nation ? Faites arrêter et mettre à Bicêtre ce misérable. Ne souffrez pas que des êtres indignes d'être Français, séduits par des guinées, emploient leurs talent à diffamer la nation.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. Lacuée

Monsieur Lacuée, la bataille de Friedland nous donne un tel avantage, que je désire que la réserve de 1808, si elle n'est pas déjà appelée, ne le soit qu'après un nouveau rapport que vous me ferez; mais, si elle était appelée, il ne faudrait rien contremander.


Tilsit, 20 juin 1807

DÉCISION

Le conseiller d'État Lacuée rend compte à l'Empereur de divers excès commis contre des conscrits à leur arrivée aux corps.

Ces vexations sont contraires aux lois et à mes intentions. Il faut  en faire un rapport au ministre et sévir. En donnant de l'éclat à la procédure, cela fera finir ces abus .


Tilsit, 20 juin 1807

DÉCISION

Le ministre de la marine propose à l'Empereur de décider que le prix de chaque douzième des trois vaisseaux en construction à Venise soit remis au ministère de la guerre de France, en remboursement des avances faites pour les troupes italiennes qui servent à la Grande Armée.

Oui; pourvu que cela convienne à Mollien, qu'il faut consulter là-dessus.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, la bataille de Friedland a donné un dénouement à tout ceci. Les Russes s'avouent eux-mêmes vaincus; ils tiennent le même langage qu'après Austerlitz et crient à tue-tête : la paix! Ils m'ont envoyé ici un prince, et Bennigsen a dit hier au maréchal Duroc que l'empereur de Russie voulait faire la paix sous peu de jours.

Dans tous les cas, je désire que vous vous rendiez à Koenigsberg. Je suppose que la route est sûre. Si elle ne l'était pas, vous vous feriez donner une escorte.

Je suis maître de tout le Niemen. Je crois que je ferai ce soir un armistice qui aura pour limites le thalweg du Niemen et pour condition la reddition des places de Graudenz, Kolberg et Pillau. C'est cette dernière clause qui a empêché que l'armistice ne fût signé hier, parce qu'on attend l'autorisation du roi de Prusse.


Tilsit , 20 juin 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, les Russes sont chassés au delà du Niemen. La bataille de Friedland a décidé la querelle; l'armée russe a été écrasée.

Je ne sache pas encore que vous soyez entré dans Neisse.


Tilsit, 20 juin 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, je n'ai point de nouvelles de ce qui se trouve à bord des bâtiments de commerce, en approvisionnements, en munitions de guerre, etc. Il faut laisser chanter les Danois ; il est évident que tous leurs chargements sont pour le compte des Russes.

Il faut suivre le même système qu'à Danzig. Vous aurez sans doute fait prendre les caisses.

Demandez à la bourgeoisie de Koenigsberg à peu près la même contribution qu'à Danzig.


Tilsit, 20 juin 1807

Au général Rapp, gouverneur de Danzig

Je reçois votre lettre du 15. Je suppose que, dans ce moment, vous avez établi une batterie de vingt pièces de canon à l'extrémité de la langue de terre vis-à-vis Pillau, et que vous êtes maître du Nehrung.

Je donne l'ordre à M. le prince de Bénévent de se rendre à Koenigsberg. Je suppose que la route est sûre; si elle ne l'est pas, vous pourvoirez à ce qu'il ait une escorte.

Je suppose que vous continuez à faire filer des vivres et de l'eau- de-vie sur Elbing, afin que ces ressources soient plus à portée de l'armée.


Tilsit, 20 juin 1807

Au général Clarke

Je réponds à toutes vos différentes lettres. La bataille de Friedland paraît avoir mis un terme à la guerre; les Russes, chassés au delà du Niemen, demandent un armistice et la paix. Mes affaires ne sauraient mieux aller.

Faites filer toujours tous les détachements et régiments provisoires sur Koenigsberg.

Mes pertes n'ont pas été très-considérables.(Tout est évidemment relatif... Les archives du SHAT donnent 3.011 tués, 20.806 blessés, 2426 prisonniers coté français - 6438 tués, 25666 blessés coté russe. in Pigeard - Dictionnaire de la Grande Armée)


Tilsit, 20 juin 1807

Au roi de Naples

Je suis sur le Niemen. La bataille de Friedland, qui s'est donnée le jour anniversaire de Marengo, a décidé la querelle. L'armée russe a été anéantie. Les bulletins vous seront sans doute déjà parvenus. Je pense que vous aurez fait chanter un Te Deum dans votre royaume pour un si heureux événement. Cette bataille est aussi décisive qu'Austerlitz, Marengo et Iéna.


Tilsit, 20 juin 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 2 juin. Vous avez reçu le bulletin de la bataille de Friedland, qui a décidé, je crois, la querelle actuelle, et qui est aussi brillante que celles de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna.

PS. Faites chanter un Te Deum


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