21 - 30 juin 1807
Tilsit, 21 juin 1807
ORDRE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL
Le ministre de la guerre enverra aujourd'hui aux généraux Zajonchek et Dombrowski l'ordre de se diriger, avec toutes leurs forces, sur Augustowo, de se mettre en communication avec le général Ney, et avec le maréchal Masséna qui se dirige sur Bialytosk,. d'envoyer des partis sur tous les points afin d'intercepter les magasins, les parcs, les blessés et les hommes isolés de l'ennemi, et d'avoir soin d'envoyer tous les jours un officier pour m'instruire où ils sont, et ce qu'ils ont appris des mouvements de l'ennemi.
En prévenir les maréchaux Ney et Masséna.
Tilsit, 21 juin 1807
Au général Rapp
Je reçois votre lettre du 17 juin. Je vois avec plaisir que vos troupes occupent l'extrémité du Nehrang; mais il n'est pas vrai que Pillau soit rendu; Pillau est cerné par le général Saint-Hilaire; il faut donc s'occuper d'établir une batterie à l'extrémité du Nehrung, afin d'empêcher le passage du détroit aux bâtiments ennemis.
Écrivez à Elbing pour qu'on ne gaspille pas les subsistances que vous y envoyez , surtout les vins et eaux-de-vie.
Envoyez des matelots de la Garde à Elbing, afin qu'avec les matelots du pays ils soient chargés du transport des subsistances, par eau sur Koenigsberg.
Il faut aussi préparer l'équipage de siège de Pillau.
Des hommes isolés inquiètent les derrières depuis Elbing jusqu' Koenigsberg; envoyez-y deux colonnes, chacune de 100 chevaux et de 200 hommes d'infanterie, qui parcourent le pays et fassent bonne justice de ces brigands.
Actuellement vous n'avez pas besoin de laisser une si grande quan tité de troupes dans le Nehrung; 300 hommes d'infanterie, Français, Badois, Polonais, une cinquantaine de chevaux et quelques pièces de canon suffisent.
---------------
Je désire savoir quand la légion du Nord sera habillée. Il faut prendre des mesures pour que ce soit le plus tôt possible.
Tilsit, 21 juin 1807
Au général Clarke
Je reçois votre lettre du 14. Je suppose qu'il n'y a plus à Potsdam
d'hommes à cheval et que vous avez fait tout partir. Prenez-y, je vous prie, de nouveaux soins,.
Le 14e de chasseurs et le régiment des dragons Napoléon venant d'Italie ne doivent pas dépasser Berlin.
J'ai donné l'ordre que la brigade bavaroise de 3,000 hommes et une brigade badoise de 1,500 hommes se rendent à Berlin, afin que vous puissiez, dans l'occasion, appuyer le maréchal Brune et protéger Berlin. Vous n'aurez pas manqué d'envoyer les troupes de Nassau pour renforcer le siège de Kolberg. Les troupes du prince Primat vous serviront pour la garnison de Berlin.
Tilsit, 21 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9 juin. Vous aurez su par le
prince Borghèse et par les différents courriers le détail des événements qui se sont passés depuis peu de jours. Nous prenons un moment de repos. Tout va ici parfaitement bien.
Tilsit, 21 juin 1807
8le BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
A la journée de Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur la ligne de la 3e division de cuirassiers au moment où le 6e régiment de cuirassiers venait de faire une charge. Le colonel d'Aveney, commandant ce régiment, son sabre dégouttant de sang, lui dit : "Prince, faites la revue de mon régiment, vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le sabre ne soit comme le mien."
Les colonels Colbert, du 7e de hussards, Dery, du 5e, se sont fait également remarquer par la plus brillante intrépidité. Le colonel Bordesoulle, du 22e de chasseurs, a été blessé. M. Gueheneuc, aide de camp du maréchal Lannes, a été blessé d'une balle au bras.
Les généraux aides de camp de l'Empereur, Reille et Bertrand, ont rendu des services importants. Les officiers d'ordonnance de l'Empereur, Bongars, Montesquiou, Labiffe, ont mérité des éloges pour leur conduite.
Les aides de camp du prince de Neufchâtel, Louis de Périgord, capitaine, et Piré, chef d'escadron, se sont fait remarquer.
Le colonel Curial, commandant les fusiliers de la Garde, a été nommé général de brigade.
Le général de division Dupas, commandant une division sous les ordres du maréchal Mortier, a rendu d'importants services à la bataille de Friedland.
Les fils des sénateurs Pérignon, Clément de Ris et Garran de Coulon, sont morts avec honneur sur le champ de bataille,
Le maréchal Ney, s'étant porté à Gumbinnen, a arrêté quelques parcs d'artillerie ennemie, beaucoup de convois de blessés, et fait un grand nombre de prisonniers.
Tilsit, 22 juin 1807
A l'Impératrice, à Saint-Cloud
Mon amie, j'ai reçu ta lettre du 10 juin. Je vois avec peine que tu sois aussi triste. Tu verras par le bulletin que j'ai conclu une suspension d'armes et que l'on négocie la paix. Sois contente et gaie.
Je t'ai expédié Borghèse et, douze heures après, Moustache; ainsi tu dois avoir reçu de bonne heure de mes lettres et des nouvelles de la belle journée de Friedland.
Je me porte à merveille et désire te savoir heureuse.
Tilsit, 22 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11 juin. Vous verrez dans les bulletins de ce jour qu'un armistice a été conclu et que des négociations de paix sont commencées.
Vous avez chanté le Te Deum le 14 juin, c'est-à-dire au même moment, où je gagnais la bataille de Friedland.
Tilsit, 22 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je désire que vous voyiez le ministre de l'intérieur pour qu'on se dépêche de mettre la dernière main à Saint-Denis.
En attendant que Saint-Denis soit prêt, on déposera le corps du petit Napoléon dans une chapelle de l'église Notre-Dame.
Tilsit, 22 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je n'ai pas signé le projet de décret contenant des mesures relatives au commerce du Levant, parce que je ne l'ai pas trouvé bien. Comment les commissaires vérificateurs pourront-ils connaître si un drap doit avoir l'estampille impériale ? L'article 3 du décret est trop vague. "Ils accorderont l'estampille à ce qui sera de bonne qualité" : ils seront donc les juges de la qualité, ce qui établira une autorité arbitraire qui fera peu de bien et ne remplira pas l'objet qu'on se propose. Je crois entrevoir dans les imperfections de ce travail le résultat du peu de suite qu'il y a dans les principes du Conseil, et d'une sorte de fluctuation entre ceux qui veulent et ceux qui ne veulent pas de règlements. Une loi a posé, il y a deux ans, les principes de cette matière; mais cette loi n'est pas encore exécutée. Quels sont les objets qu'on envoie au Levant ? Sont-ce des draps de Carcassonne ? Il faut alors que la fabrique de Carcassonne soit organisée, qu'elle fasse son règlement, qu'elle détermine que la marque ou l'estampille de la fabrique ne sera donnée qu'à des draps ayant tant de fils et fabriqués de telle façon. Cette estampille ayant été accordée ou par les prud'hommes de la fabrique ou par la fabrique elle-même, qui est intéressée à ce qu'elle ne le soit qu'à bon droit, il n'y aura pas d'inconvénient, lorsque les draps arriveront à Gènes ou à Marseille, à leur donner pour l'exportation l'estampille impériale. L'article 3 dit que l'estampille sera apposée, dans le lieu de la fabrique, aux draps qui porteront la marque de la fabrique : on a sans doute voulu dire aux draps qui auront été fabriqués conformément aux règlements de la fabrique. Il fallait donc s'occuper d'abord de faire faire ces règlements. Mais, si ces draps ont la marque de la fabrique, en conséquence de ces règlements qui n'existent pas encore, de quelle utilité sera l'estampille nationale donnée dans tout autre lieu que dans le port d'embarquement ? Et pourquoi créer des bureaux dans toutes les villes où se fabriquent des étoffes pour le Levant ? Tout cela est mal raisonné et légèrement traité. Il paraîtrait donc convenable de se borner à organiser les fabriques d'objets destinés à la consommation du Levant, à les autoriser à faire elles-mêmes leurs règlements de confection, à déclarer que l'embarquement n'aura lieu que dans les ports de Marseille et de Gênes, et à ordonner que l'estampille impériale sera appliquée dans ces ports aux draps qui ayant été fabriqués selon les règlements, auront reçu la marque de la fabrique. On pourrait même ajouter, pour être plus libéral que le décret, que tout fabricant qui aura fabriqué des étoffes pour le Levant pourra se présenter à la fabrique et lui demander sa marque, en prouvant qu'il s'est conformé aux règlements. On évitera de donner un privilège à quelques localités. Les choses étant ainsi établies, on évitera la dépense de ces bureaux inutiles répandus dans tous les lieux de fabrique, et il suffira d'en avoir deux, l'un à Marseille, l'autre à Gênes. En deux mots, il faut commencer par la fabrique de Carcassonne, présenter un projet qui la réorganise comme elle l'était autrefois, et établir à Marseille des bureaux pour l'estampille impériale.
Quant aux deux autres projets, je ne puis les approuver davantage. Dire qu'il est préférable d'employer des machines, c'est dire que le soleil donne plus de lumière qu'une bougie; demander des moyens d'en encourager l'emploi, c'est demander que l'on fasse ce dont on s'occupe depuis plusieurs 'années; proposer un décret qui ordonne l'établissement de l'estampille, et demander ensuite des règlements pour la fabrication, c'est suivre un mauvais ordre de travail et commencer par la conséquence. Le ministre se sera sans doute occupé de ces règlements, qui doivent précéder toute autre détermination. Je suppose qu'il aura proposé des choses bonnes et de pratique, et qu'elles auront été écartées avec de la métaphysique et des théories. C'est ainsi que l'on entrave les ministres et que l'on dégoûte les bureaux. Je désire que vous teniez un conseil dans lequel vous appellerez le ministre de l'intérieur, le président de la section, les chefs des bureaux des manufactures et les hommes les plus distingués parmi ceux qui s'occupent de cette partie. J'espère que ce conseil me proposera quelque chose de raisonnable.
Tilsit, 22 juin 1807
A M. de Champagny
Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 10 juin et l'état des prêts faits aux manufactures. Je ne fais aucune espèce de doute que les meubles et marchandises qui sont emmagasinés ne doivent être montrés, et je trouve la précaution de la caisse d'amortissement, qui les tient enfermés, beaucoup trop stricte.
Tilsit, 22 juin 1807
Au vice-amiral Decrès
AU VICE-AMIRAL DECRÈS.
Monsieur Decrès, je reçois votre mémoire sur la Perse. J'attends, pour faire cette expédition dans le golfe Persique, que j'aie réponse de mon ambassadeur, le général Gardane, qui est parti avec des officiers du génie et de l'artillerie et qui doit être rendu dans ce moment-ci à Constantinople. Je désire que vous lui envoyiez un ingénieur de la marine qui soit un peu marin, pour lever les plans des côtes et aider le général Gardane dans les reconnaissances qu'il doit faire. Faites-le partir sans délai. Vous pouvez l'adresser à Constantinople, à mon ambassadeur Sebastiani, qui le fera passer à Téhéran. Par ce moyen, nous aurons des renseignements précis, qui fixeront nos idées. Mon intention est d'envoyer, à la fin de septembre, deux frégates neuves à l'île de France; elles auront des instructions pour se rendre dans le golfe Persique, où elles prendront les dépêches de mon ambassadeur.
Écrivez au général Decaen par toutes les voies possibles, pour l'instruire de l'arrivée de mon ambassadeur en Perse, de mon traité d'alliance avec cet empire, et de la nécessité de se mettre en correspondance avec le général Gardane.
Tilsit, 22 juin 1807
Au vice-amiral Decrès
Le port de Concarneau, où s'est réfugié le Vétéran, peut, dans des circonstances semblables, nous être très-utile. Mon intention est que vous fassiez faire par les ingénieurs de la marine un projet sur ce qu'il y aurait à faire pour que plusieurs vaisseaux de guerre pussent trouver refuge dans ce port. Cela peut, dans beaucoup de circonstances, nous être d'une grande utilité. Quelques millions employés à cela ne seront pas une dépense mal placée.
Tilsit, 22 juin 1807
82e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
En conséquence de la proposition qui a été faite par le commandant de l'armée russe, un armistice a été conclu dans les termes suivants :
ARMISTICE
Sa Majesté l'Empereur des Français, etc., et Sa Majesté l'Empereur de Russie, voulant mettre un terme à la guerre qui divise les deux nations, et conclure, en attendant, un armistice, ont nommé et muni de leurs pleins pouvoirs, savoir : d'une part, le prince de Neufchâtel, major général de la Grande Armée, et, de l'autre, le lieutenant général prince Labanof de Rostow, chevalier des ordres de Sainte-Anne, grand-croix, etc., lesquels sont convenus des dispositions suivantes :
ARTICLE 1er. - Il y aura armistice entre l'armée française et l'armée russe, afin de pouvoir, dans cet intervalle, négocier, conclure et signer une paix qui mette fin à une effusion de sang si contraire à l'humanité.
ART. 2. - Celle des deux parties contractantes qui voudra rompre l'armistice, ce que Dieu ne veuille, sera tenue de prévenir au quartier général de l'autre armée; et ce ne sera qu'après un mois de la date des notifications que les hostilités pourront recommencer.
ART. 3. - L'armée française et l'armée prussienne concluront un armistice séparé; et à cet effet des officiers seront nommés de part et d'autre. Pendant les quatre ou cinq jours nécessaires à la conclusion dudit armistice, l'armée française ne commettra aucune hostilité contre l'armée prussienne.
ART. 4. - Les limites de l'armée française et de l'armée russe, pendant le temps de l'armistice, seront depuis le Kurische-Haff, le thalweg du Niemen, et en remontant la rive gauche de ce fleuve jusqu'à l'embouchure de la Lossasna, et montant cette rivière jusqu'à l'embouchure du Bobra, suivant ce ruisseau par Bojary, Lipsk, Sztabin, Dolistowo, Goniondz et Wizna, jusqu'à l'embouchure du Bobra dans la Narew; et de là remontant la rive gauche de la Narew par Tykoczyn, Suraz, Narew, jusqu'à la frontière de la Prusse et de la Russie. La limite dans le Kurische-Nehrung sera à Nidden.
ART. 5. - Sa Majesté l'Empereur des Français et Sa Majesté l'Empereur de Russie nommeront, dans le plus court délai, des plénipotentiaires munis des pouvoirs nécessaires pour négocier, conclure et signer la paix définitive entre ces deux grandes et puissantes nations.
ART. 6. - Des commissaires seront nommés de part et d'autre, à l'effet de procéder sur-le-champ à l'échange, grade par grade et homme par homme, des prisonniers de guerre.
ART. 7. - L'échange des ratifications du présent armistice sera fait au quartier général de l'armée russe dans quarante-huit heures, et plus tôt, si faire se peut.
Fait à Tilsit, le 21 juin 1807.
Le maréchal, prince de Neufchâtel, Alexandre Berthier.
Le prince Labanof de Rostow.
----------
L'armée française occupe tout le thalweg du Niemen ; de sorte qu'il ne reste plus au roi de Prusse que la petite ville et le territoire de Memel.
Tilsit, 22 juin 1807
DÉCISION
Le ministre directeur de l'administration de la guerre propose à l'Empereur d'accorder à Mlle Dujard, nièce du général d'artillerie et soeur du commissaire ordonnateur de ce nom, une somme de 2,000 francs, pour la faire entrer à l'hospice des Ménages. | Accordé le secours proposé. Sa Majesté désire en outre qu'un projet de décret lui soit présenté pour une pension de 500 francs. |
Tilsit, 22 juin 1807
Au vice-amiral Decrès
J'ai vu avec plaisir l'entrée du Charlemagne dans le bassin de Flessingue, ainsi que l'annonce que vous me faites que le Commerce-de-Lyon et l'Anversois vont incessamment y entrer. J'espère donc avoir 8 vaisseaux à Flessingue dans le cours de l'été. Il faut prendre des mesures pour les armer. Les matelots qui sont à Boulogne pourront successivement être employés à cette destination. Cette escadre à Flessingue ne laissera pas que d'inquiéter les Anglais. Je suppose que, sans délai, de nouveaux vaisseaux auront été mis en construction pour remplacer les anciens.
Camp impérial de Tilsit, 22 juin 1807
A LA GRANDE ARMÉE
Soldats, le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnements par l'armée russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion. Il se repent de l'avoir troublé.
Dans les journées de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle à jamais mémorable de Friedland, dans dix jours de campagne enfin, nous avons pris 120 pièces de canon, 7 drapeaux, tué, blessé ou pris 60,000 Russes, enlevé à l'armée ennemie tous ses magasins, hôpitaux, ses ambulances, la place de Koenigsberg, les 300 bâtiments qui étaient dans ce port, chargés de toute espèce de munitions, 160,000 fusils que l'Angleterre envoyait pour armer nos ennemis.
Des bords de la Vistule nous sommes arrivés sur ceux du Niemen avec la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz l'anniversaire du couronnement; vous avez cette année dignement célébré celui de la bataille de Marengo, qui mit fin à la guerre de la seconde coalition.
Français, vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de tous vos lauriers, et après avoir obtenu une paix glorieuse, qui porte avec elle la garantie de sa durée. Il est temps d'en finir et que notre patrie vive en repos à l'abri de la maligne influence de l'Angleterre. Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute l'étendue de l'amour que je vous porte.
Tilsit, 23 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 13 juin. La conspiration de Naples n'est pas grand'chose. Les 4 ou 5,000 Napolitains que la reine Caroline y avait envoyés ont été défaits ou pris; c'est là le principal. Le roi de Naples paraît fort content de son pays.
Tilsit, 23 juin 1807
Au vice-amiral Decrès
Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 12 juin. S'il est possible de faire à Anvers des vaisseaux de 80, ce sera une belle opération et dans ce cas je désirerais que vous en missiez plus de cinq, car, je crois que le vrai échantillon de vaisseau est celui de 80. Si j'ai bonne mémoire, les vaisseaux que l'on construit à Anvers sont sur l'échantillon du Pluton. Il y a des objections contre cet échantillon; ne serait-il pas convenable de revenir au modèle ordinaire, s'il y avait assez d'eau dans l'Escaut et à Flessingue pour cela ? Faites donc enfin un règlement sur l'arrimage des vaisseaux et sur leur armement. N'oubliez pas de prescrire qu'il y ait des caronades en quantité et qu'on imite le plus possible l'arrimage anglais. Ne pourriez-vous pas aussi imiter les Anglais en ayant de petits vaisseaux à trois ponts de 96 canons ?
Tilsit, 23 juin 1807
Au général Rapp
Je reçois votre lettre du 20 juin. Vous avez eu tort de ne pas faire partir l'artillerie que vous demande le général Songis. Ce n'est pas l'artillerie qui manque pour la défense de Danzig, il y en a trois fois plus qu'il n'en faut.
Je vous ai donné l'ordre de faire partir les régiments provisoires pour Koenigsberg. Faites-moi connaître où en est l'habillement de la légion du Nord. Puisqu'on n'a pas d'officiers ni de sergents, il pourrait être convenable de resserrer les cadres de cette légion et de ne faire que six compagnies par bataillon. Je désire qu'elle soit prête à partir le plus tôt possible.
Mettez-vous en correspondance avec Loison (Commandant les troupes devant Kolberg), afin d'être instruit de tout ce qui se passe de ce côté-là. Le régiment de Nassau doit y être arrivé, et il y a à Berlin et en Poméranie des forces suffisantes pour réprimer toutes les tentatives de l'ennemi.
Le 19e régiment de ligne a 400 hommes à Thorn. Vous pouvez écrire pour qu'ils rejoignent.
Tilsit, 23 juin 1807
Au général Clarke
J'ai reçu votre lettre du 10 juin. Le maréchal Brune me mande qu'il a envoyé beaucoup de troupes françaises devant Kolberg. Ainsi j'espère que ce siége se poussera vivement et que cette place sera bientôt prise.
Que sont donc devenues les troupes bavaroises ? Il me tarde fort d'apprendre leur arrivée à Berlin.
Tilsit, 23 juin 1807
Au général Clarke
Monsieur le Général Clarke, indépendamment de la première brigade de Bavarois que commande le général Vincenti et qui est fort de 3,000 hommes, une seconde, qui est composée du 8e d'infanterie de ligne et d'un régiment d'infanterie légère, doit être rendue à Bayreuth. Envoyez-lui l'ordre de se rendre à Berlin. Vous en ferez, dans cette place, un corps de réserve de 6,000 Bavarois et de 1,500 Badois. Je suis mécontent de ce que vous avez mis tant de délai à envoyer le régiment de Nassau devant Kolberg, où il est si nécessaire.
Tilsit, 23 juin 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, le général Teulié, ayant été grièvement blessé devant Kolberg, il est indispensable d'envoyer un autre général pour commander la division italienne. Je désire que vous envoyiez le généra Pino. Faites partir également 800 nouvelles recrues pour réparer les pertes qu'ont faites les régiments.
Les places de capitaine de la Garde d'honneur ne sont pas des places susceptibles de démission; il faut donc garder ceux que vous avez.
Tilsit, 23 juin 1807
83e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
La place de Neisse a capitulé. La garnison, forte de 6,000 hommes d'infanterie et de 300 hommes de cavalerie, a défilé le 16 juin devant le prince Jérôme. On a trouvé dans la place 300 milliers de poudre et 300 bouches à feu.
Tilsit, 24 juin 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, vous verrez, par le bulletin de ce jour, que l'armistice avec l'empereur Alexandre a été ratifié. J'attends aujourd'hui le maréchal Kalkreuth pour conclure avec la Prusse un armistice, où j'espère avoir pour condition la reddition des places qui ne sont pas encore en notre pouvoir.
Tilsit, 24 juin 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint copie de l'armistice qui a été conclu et dont les ratifications ont été échangées hier.
La première chose à faire est d'expédier un courrier à Constantinople, pour en faire part au général Sebastiani et le charger de faire connaître au Grand Seigneur que j'ai conclu cet armistice parce que les Russes disent qu'ils veulent traiter de la paix, que la Porte y sera comprise et ses intérêts ménagés. Il peut l'assurer que je ferai cause commune avec lui; mais que, comme ce peut être un piège des Russes, c'est une nouvelle circonstance pour fortifier ses armées; car si, d'ici à un mois, je m'aperçois qu'on ne veut pas négocier de bonne foi, je passerai le Niémen, et ma jonction sera bientôt faite avec le grand vizir. Il faut aussi écrire en chiffre à l'ambassadeur Sebastiani, qu'il doit comprendre de quelle nécessité il est pour moi d'ouvrir le Corps législatif à Paris, et que cela seul me rend cette suspension d'armes avantageuse, dans l'espoir fondé que les Russes, après les grands échecs qu'ils ont reçus, deviendront raisonnables.
Je suppose que vous avez instruit M. Mériage de mes victoires et de mon arrivée sur le Niemen.
M. de Kalkreuth doit venir dans la journée, et je vais conclure un armistice avec les Prussiens.
L'empereur de Russie s'est approché d'une lieue d'ici , et on m'assure qu'il désire une entrevue. Je m'en soucie médiocrement; cependant je ne m'y refuse pas. Le ton est très-changé aujourd'hui. L'armée et le cabinet montrent une grande soif d'en finir. Leur horizon se peint en noir, et ils prévoient qu'un grand orage est prêt à fondre sur leur empire, si la paix ne le conjure.
J'ai reçu les lettres de la cour d'Autriche. L'ensemble de tout cela me démontre qu'on ne voulait pas négocier, et qu'on voulait tenter le sort de la guerre; que mon grand empressement et mon désir de la paix les ont trompés, et qu'ils m'ont cru dans une situation différente de celle où j'ai été.
Tilsit, 24 juin 1807
Au roi de Bavière
Monsieur mon Frère et Cousin, j'ai donné ordre qu'on envoyât, du champ de bataille de Friedland, un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la victoire. Je m'empresse aujourd'hui vous envoyer la copie de l'armistice que je viens de conclure avec l'empereur Alexandre. J'attends, dans la journée, M. le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse. Votre Majesté comprendra que ce ne doit pas être une raison de ralentir nos armements, mais de nous tenir toujours en mesure.
Tilsit, 24 juin 1807
Au roi de Wurtemberg
Monsieur mon Frère, j'ai reçu votre lettre du 5 juin. Je vous remercie de ce que vous me dites à l'occasion de la prise de Danzig.
J'ai ordonné qu'on vous envoyât un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la bataille de Friedland, qui, j'espère, va donner une fin à tout ceci.
Le régiment des chevau-légers de Votre Majesté s'est parfaitement comporté à Heilsberg; le colonel a été blessé; nous l'avons retrouvé à Heilsberg. Il me semble qu'il a été très-maltraité par des personnes qui auraient dû le protéger et le secourir.
J'envoie à Votre Majesté l'armistice que je viens de conclure avec l'empereur Alexandre. J'attends, dans la journée, M. le maréchal pour en conclure un avec le roi de Prusse.
Tilsit, 24 juin 1807
Au prince Jérôme
Mon Frère, vous trouverez ci-joint copie de l'armistice que je viens de conclure avec l'empereur Alexandre. J'attends, dans la journée, le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse, et, jusqu'à ce que je vous fasse connaître ce que j'ai décidé avec ce maréchal, vous devez continuer toutes vos opérations. Ceci est le résultat de la belle bataille de Friedland, où l'ennemi a perdu 120 pièces de canon et plus de 60,000 hommes.
Mettez une grande activité à faire remonter toute ma cavalerie française, et à me l'envoyer au fur et à mesure qu'elle sera en bon état. On peut seulement la faire marcher à petites journées.
Tilsit, 24 juin 1807
Au roi de Saxe
Monsieur mon Frère, j'ai donné ordre qu'on vous envoyât, du champ de bataille de Friedland, un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la victoire. Je m'empresse aujourd'hui de vous envoyer la copie de l'armistice que je viens de conclure avec l'empereur Alexandre. J'attends, dans la journée, M. le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse.
Tilsit, 24 juin 1807
A M. Daru
Monsieur Daru, comment n'y a-t-il pas de boulangers à Koenigsberg, ni d'agents de santé pour organiser les hôpitaux ? Il faut que mes blessés soient placés à Danzig, Marienburg, Marienwerder et Elbing. Faites-en placer 6,000 à Elbing.
Concertez-vous avec le commandant des marins de la Garde pour faire venir, par le Haff, de Marienwerder et de Thorn, tout le biscuit que nous y avons, sans quoi il se pourrira là. Faites aussi venir le biscuit que nous avons à Wehlau; on pourra l'embarquer sur l'Alle, à l'endroit où cette rivière est navigable.
Tilsit, 24 juin 1807
Au général Lemarois
Monsieur le Général Lemarois, faites mettre dans les journaux de Varsovie la nouvelle suivante:
"Une révolution a eu lieu à Constantinople. Le sultan Selim et douze des principaux de la Porte ont été égorgés par les janissaires. Le sultan Moustafa a été mis sur le trône. La cause de cette insurrection du peuple vient des progrès des Serviens et du peu d'énergie dont les janissaires se plaignent de la part du gouvernement. Ils accusaient les ministres de s'entendre avec les Serviens et les Russes. Le nouveau sultan a proclamé qu'il ne ferait point la paix avec la Russie que les anciennes frontières ne soient rétablies et la Crimée reconquise.
L'armée du grand vizir a passé le Danube, le 1er juin, à Silistrie.
Michelson s'est retiré en toute hâte , et Bucarest et toute la Valachie a été reconquise. Les affaires des Russes vont au plus mal. L'armée du grand vizir est forte et paraît bien animée."
Le journaliste peut dire que ces nouvelles sont officielles et certaines.
Tilsit, 24 juin 1807
Au prince Eugène
Mon fils, vous trouverez ci-joint copie de l'armistice que je viens de conclure avec l'empereur Alexandre; j'en conclurai un aujourd’hui avec le roi de Prusse; j'attends, pour cet objet, le maréchal Kalkreuth. Vous pouvez mettre cet armistice dans les journaux; envoyez-en copie par courrier extraordinaire au roi de Naples.
(Lettre du prince Eugène)
Tilsit, 24 juin 1807
Au général Songis
Je n'ai point de lettre de vous depuis que vous êtes à Koenigsberg Je ne sais pas si vous avez trouvé des boulets et de la poudre. J'en ai un besoin pressant. Si vous n'en avez point, faites-en venir, par le Haff, de Marienwerder et de Danzig.
Vous savez que j'ai besoin de beaucoup d'approvisionnements de canon. Faites venir le parc général de l'armée à Koenigsberg ou près de Koenigsberg.
Tilsit, 24 juin 1807
84e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
Le grand maréchal du palais Duroc s'est rendu le 23 au quartier général des Russes, au delà du Niemen, pour échanger les ratifications de l'armistice, qui a été ratifié par l'empereur Alexandre.
Le 24, le prince Labanof, ayant fait demander une audience à l'Empereur, y a été admis le même jour à deux heures après midi.
Il est resté longtemps dans le cabinet de Sa Majesté.
Le maréchal Kalkreuth est attendu au quartier général, pour signer l'armistice du roi de Prusse.
Le 11 juin à quatre heures du matin, les Russes attaquèrent en force Drenzewo. Le général Claparède soutint le feu de l'ennemi. Le maréchal Masséna se porta sur la ligne, repoussa l'ennemi et déconcerta ses projets. Le 17e régiment d'infanterie légère a soutenu sa réputation. Le général Montbrun s'est fait remarquer. Un détachement du 28e d'infanterie légère et un piquet du 25e de dragons ont mis en fuite les Cosaques. Tout ce que l'ennemi a entrepris contre nos postes dans les journées du 11 et du 12 a tourné à sa confusion.
On voit par l'armistice que la gauche de l'armée française est appuyée sur le Kurische-Haff, à l'embouchure du Niemen; de là, notre ligne se prolonge sur Grodno. La droite, commandée par le maréchal Masséna, s'étend sur les confins de la Russie, entre les sources de la Narew et du Bug.
Le quartier général va se concentrer à Koenigsberg, où l'on fait toujours de nouvelles découvertes en vivres, munitions et autres effets appartenant à l'ennemi.
Une position aussi formidable est le résultat des succès les plus brillants; et, tandis que toute l'armée ennemie est en fuite et presque anéantie, plus de la moitié de l'armée française n'a pas tiré un coup de fusil.
Tilsit, 24 juin 1807
85e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
Demain, les deux empereurs de France et de Russie doivent avoir une entrevue. On a, à cet effet, élevé au milieu du Niemen un pavillon, où les deux monarques se rendront de chaque rive.
Peu de spectacles seront aussi intéressants. Les deux côtés du fleuve seront bordés par les deux armées, pendant que les chefs conféreront sur les moyens de rétablir l'ordre et de donner le repos à la génération présente.
Le grand maréchal du palais, Duroc, est allé, hier à trois heures après midi, complimenter l'empereur Alexandre.
Le maréchal comte de Kalkreuth a été présenté aujourd'hui à l'Empereur; il est resté une heure dans le cabinet de Sa Majesté.
L'Empereur a passé ce matin la revue du corps du maréchal Lannes. Il a fait différentes promotions, a récompensé les braves et a témoigné sa satisfaction aux cuirassiers saxons.
Tilsit, 25 juin 1807
Au général Rapp, à Danzig
Je reçois votre lettre du 22. Vous vous plaignez des embarras qu'on vous envoie. Vous devez savoir que les grandes places fortes, sur les derrières des armées, sont justement faites pour cela. J'ai fait donner, l'ordre d'envoyer les régiments provisoires à Koenigsberg. Les dépôts de cavalerie doivent être placés à Elbing, Les blessés français doivent être envoyés, partie à Elbing, partie à Marienburg, partie à Marienwerder, partie à Danzig; il ne faut pas qu'ils dépassent Danzig, cela affaiblirait trop l'armée. Je vois avec peine que vous ayez envoyé les 600 prisonniers russes par Thorn; c'est allonger beaucoup la route. Ne laissez que 200 hommes d'infanterie dans le Nehrung. Envoyez des colonnes mobiles pour bien assurer la route sur l'Oder.
Tilsit, 25 juin 1807
Au général Savary
Dites-moi donc s'il y a ou non des fusils à Koenigsberg. On m'a annoncé qu'il y en avait 160,000, et depuis je n'en entends plus parler. Comme j'ai consigné ce fait partout, je serais très-fâché qu'on m'eût trompé.
Tilsit, 25 juin 1807
A l'Impératrice, à Saint-Cloud
Mon amie, je viens de voir l'empereur Alexandre; j'ai été fort content de lui; c'est un fort beau, bon et jeune empereur; il a de l'esprit plus que l'on ne pense communément. Il vient loger en ville à Tilsit, demain.
Adieu, mon amie; je désire fort que tu te portes bien et sois contente. Ma santé est fort bonne.
Tilsit, 25 juin 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, je viens de voir l'empereur de Russie, au milieu du Niemen, sur un radeau où on avait élevé un beau pavillon. Demain, l'empereur me présente le roi de Prusse et vient loger en ville. J'ai, à cet effet, neutralisé la ville de Tilsit. Je désire fort que vous veniez promptement ici.
Je me dispense de vous en dire davantage, pensant que vous ne tarderez pas à arriver ici.
Tilsit, 25 juin 1807
86e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
Le 25 juin, à une heure après midi, l'Empereur, accompagné du grand-duc de Berg, du prince de Neufchâtel, du maréchal Bessières, du grand maréchal du palais Duroc et du grand écuyer Caulaincourt, s'est embarqué, sur les bords du Niemen, dans un bateau préparé à cet effet; il s'est rendu au milieu de la rivière, où le général la Riboisière, commandant l'artillerie de la Garde, avait fait placer un large radeau et élever un pavillon. A côté, étaient un autre radeau et un pavillon pour la suite de Leurs Majestés. Au même moment, l'empereur Alexandre est parti de la rive droite, sur un bateau, avec le grand-duc Constantin, le général Bennigsen, le général Ouvarof, le prince Labanof, et son premier aide de camp le comte de Lieven.
Les deux bateaux sont arrivés en même temps. Les deux empereurs se sont embrassés en mettant le pied sur le radeau ; ils sont entrés ensemble dans la salle qui avait été préparée, et y sont restés deux heures. La conférence finie, les personnes de la suite des deux empereurs ont été introduites. L'empereur Alexandre a dit des choses agréables aux militaires qui accompagnaient l'Empereur, qui, de son côté, s'est entretenu longtemps avec le grand-duc Constantin et le général Bennigsen.
La conférence finie, les deux empereurs sont montés chacun dans leur barque. On conjecture que la conférence a eu le résultat le plus satisfaisant.
Immédiatement après, le prince Labanof s'est rendu quartier général français. On est convenu que la moitié de la ville de Tilsit serait neutralisée. On y a marqué le logement de l'empereur de Russie et de sa cour. La garde impériale russe passera le fleuve et sera cantonnée dans la partie de la ville qui lui est destinée.
Le grand nombre de personnes de l'une et l'autre armée, accouru sur l'une et l'autre rive pour être témoins de cette scène, rendaient ce spectacle d'autant plus intéressant que ces spectateurs étaient des braves des extrémités du monde.
Tilsit, 26 juin 1807
A M. de Champagny
J'ai reçu votre lettre, dans laquelle vous me rendez compte de la manière dont les Espagnols ont été reçus à Bordeaux. Témoignez-en ma satisfaction au préfet de la Gironde, car c'est m'être très-agréable que de donner des marques de considération et d'intérêt à mes alliés.
Tilsit, 26 juin 1807
A M. Fouché
Je reçois votre lettre du 15. Vous aurez vu que vos prières ont été bien exaucées.
Tilsit, 26 juin 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, je suis extrêmement mécontent des habits blancs. Mon intention est que mes troupes continuent à être habillées en bleu. Présentez-moi un rapport là-dessus. En attendant, vous donnerez ordre que toutes les distributions soit faites en drap bleu. L'habit bleu est mille fois meilleur.
Tilsit, 26 juin 1807
A M. Lacuée
Je reçois votre lettre du 14, où vous m'annoncez que vous allez chanter un Te Deum. Vous ne vous doutiez pas que, pendant ce temps, nous finissions ici. J'ai eu une entrevue, hier, avec l'Empereur de Russie. J'en ai eu une aujourd'hui avec le roi de Prusse. Vous devez savoir ces nouvelles, qui doivent vous faire plaisir plus que personne, car les victoires s'obtiennent par la bonne administration des armées, et vos veilles et vos sueurs sont depuis longtemps consacrées à cet objet important. Je désire que vous voyiez dans ces expressions de nouvelles preuves de mon contentement.
Tilsit, 26 juin 1807
Au général Savary, à Koenigsberg
Je vous autorise à accepter les 240,000 francs de traites sur Hambourg que vous offre la ville de Koenigsberg.
Mon intention est que les marins de la Garde soient employés à la navigation du Haff, tant pour les transports que pour m'en rendre entièrement maître. Que le capitaine Daugier choisisse les bâtiments les plus propres à ce service et les arme.
Tilsit, 26 juin 1807
Au général Clarke
Je reçois votre lettre du 20 juin. J'ai donné l'ordre qu'on vous ouvrît un crédit de 100,000 francs. Tascher et Montesquiou, qui vous ont vu en passant, vous auront donné des nouvelles des entrevues et des événements qui se sont passés ici. Tout va au mieux.
Vous n'aurez pas manqué de faire connaître au maréchal Brune que, par l'armistice conclu avec la Prusse, toutes les troupes qui sont en Poméranie doivent rester neutres.
Tilsit, 25 juin 1807
ARMISTICE ENTRE S. M. L'EMPEREUR DES FRANÇAIS ET S. M. LE ROI DE PRUSSE
Sa Majesté l'empereur des Français et Sa Majesté le roi de Prusse, voulant conclure un armistice, ont nommé et muni de pleins pouvoirs, d'une part, le prince de Neufchâtel, major général, et de l'autre le maréchal comte de Kalkreuth, lesquels sont convenus des dispositions suivantes :
ARTICLE ler. Il y aura armistice, à dater de ce jour, entre l'armée française et l'armée prussienne.
ART. 2. La partie de l'armée prussienne qui est à Stralsund prendra part, dans aucun cas, à aucune espèce d'hostilité.
ART. 3. Les choses resteront dans l'état où elles se trouvent dans les places de Kolberg, Graudenz et Pillau. Aucun nouveau travail pourra être fait de part ni d'autre; aucuns renforts ni munitions de guerre, d'approvisionnements de bouche et de fourrages, ne pour être envoyés dans lesdites places.
ART. 4. Il en sera de même dans les places de Silésie encore au pouvoir de l'armée prussienne.
ART, 5. La partie de l'armée prussienne qui est dans la Poméranie suédoise, ainsi que celle qui est en Silésie, cesseront tout recrutement et se tiendront tranquilles dans les places.
ART. 6. L'échange des ratifications du présent armistice aura lieu aussitôt que faire se pourra.
Fait à Tilsit, le 25 juin 1807
Le prince de Neufchâtel maréchal Alex. Berthier.
Le maréchal Kalkreuth
Approuvé et ratifié, en notre quartier général de Piktupoehnen, le26juin 1807.
FRÉDÉRIC- GUILLAUME.
Tilsit, 26 juin 1807
Au prince Eugène 1807
Mon fils, votre aide de camp, qui a vu ce qui se passe ici, pourra vous en rendre compte. J’ai eu hier une entrevue avec l’empereur Alexandre, qui dîne aujourd’hui chez moi. J’ai eu aujourd’hui une entrevue avec le roi de Prusse. Faites part, je vous prie, de ces nouvelles au roi de NapIes.
(Lettres du prince Eugène)
Tilsit, 27 juin 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, j'ai conclu un armistice avec l'empereur de Russie; votre aide de camp, ayant été témoin de tout ce qui s'est passé, vous en fera part. Vous ferez partir l'officier russe qui accompagne votre aide de camp, sur un brick ou une frégate, pour porter les ordres de l'empereur de Russie à Corfou et à l'amiral russe; l'empereur ordonne à tous ses vaisseaux de cesser toute hostilité contre le pavillon français et le pavillon italien et napolitain. Mon intention est que, si des bâtiments russes entraient dans mes ports d'Italie et vous faisaient demander des rafraîchissements, vous ayez à leur procurer tout ce qu'ils demanderont, soit moyennant payement, soit en en tenant un compte particulier.
Tilsit, 27 juin 1807
ARTICLE ADDITIONNEL A L'ARMISTICE AVEC LA PRUSSE
L'article 2 et l'article 4 de l'armistice conclu à Tilsit, le 21 juin 1807, entre le lieutenant général prince Labanof de Rostow, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté l'empereur de Russie, et le prince de Neufchâtel major général, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté l'empereur des Français, sont communs à l'armistice conclu, le 25 juin 1807, entre le maréchal comte de Kalkreuth et le prince de Neufchâtel major général.
Fait à Tilsit, le 27 juin 1807.
Le maréchal KALKHEUTH.
Le prince de Neufchâtel maréchal Alex. Berthier.
Approuvé, en notre quartier général de Piktupoehnen, le 28 juin 1807.
FRÉDÉRIC-GUILLAUME.
Tilsit, 30 juin 1807
A M. Fouché
J'ai reçu votre lettre du 19. M. le prince de Bénévent et le prince Kourakine ont des conférences pour la paix. L'empereur de Russie et le roi de Prusse sont logés en ville et dînent tous les jours chez moi. Tout cela me fait espérer une prompte fin de la guerre, ce qui me tient fort à coeur par le bien qui en résultera pour mes peuples.
Tilsit, 30 juin 1807
DÉCRET
ARTICLE ler. Le prince Joseph Poniatowski, directeur de la guerre, sera remis en possession de la portion de la starostie de Wielona, située sur la rive gauche du Niemen et confisquée sur lui par le gouvernement prussien, pour en jouir, lui et ses héritiers ou successeurs en toute propriété.
ART. 2. Notre major général ministre de la guerre, la Commission de gouvernement et notre commissaire près d'elle, sont chargés de l'exécution du présent décret.
Tilsit, 30 juin 1807
DÉCRET POUR CHACUN DES DONATAIRES DÉSIGNÉS DANS LE TABLEAU CI-APRÈS.
NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d'Italie,
Voulant reconnaître les services qui nous ont été rendus dans la campagne de Pologne par le ......... nous avons résolu de lui accorder, et lui accordons par les présentes, le domaine de ........ département de ........ pour en jouir, lui, ses héritiers et successeurs, en toute propriété; entendant que ledit domaine ne puisse être vendu ni aliéné par lui, ou ses héritiers ou successeurs, sans notre autorisation et autrement qu'à charge de remplacement en propriétés situées dans le territoire de notre Empire; pour, lesdites propriétés, faire partie du fief qu'il est dans notre intention de lui accorder aussitôt que nous aurons jugé à propos de statuer à cet égard.
La Commission de gouvernement et notre commissaire près d'elle sont chargés de faire mettre en possession dudit domaine de ..... dans les huit jours qui suivront la notification des présentes.
TABLEAU DES DOMAINES DONT L'EMPEREUR A DISPOSÉ EN POLOGNE PAR DÉCRET DU 30 JUIN 1807
| NOMS DES DÉPARTEMENTS | NOMS DES DOMAINES | ESTIMATIONS DES DOMAINES EN CAPITAL | NOMS DEES PERSONNES EN FAVEUR DE QUI L'EMPEREUR EN A DISPOSÉ |
Posen | Nowawies | 548,636 | M. Grouchy, général de division |
| Przedeez | 1,069,670 | M. Victor. général de division | |
| Raciazek | 1,395,492 | M. Soult, maréchal de l'Empire | |
Kaliscz | Principauté de Sievre | 2,674,280 | M. Lannes, maréchal de l'Empire |
| Iwanowice | 867,354 | M. Mouton, général de brigade. | |
| Klonowo | 731,120 | M. Marchand, général de division. | |
| Leczno | 725,052 | Friant, général de division. | |
Varsovie | Lowiez | 4,831,238 | M. Davout, maréchal de l'Empire. |
| Korabiewice | 354,312 | M. Legrand, général de division. | |
| Goszczyn | 1,096,970 | M. Bertrand, général de division. | |
Plock | Principauté de Sielum | 518,000 | M. Ney, maréchal de l'Empire |
| Wielkielenie | 671,180 | M. Belliard, général de division. | |
| Drobin | 846,930 | M. Masséna, maréchal de l'Empire | |
| Mlawa | 217,190 | M. Nansouty, général de division. | |
| Opinogova | 972,360 | M. Bernadotte, maréchal de l'Empire | |
Bromberg | Rozan | 829,688 | M. de Saint-Hilaire, général de division. |
| Bialosliw | 866,984 | M. Savary, général de division. | |
| Nieszezewice | 601,102 | M. Walther, général de division. | |
| Kruszwica | 1,051,836 | M. Bessières, maréchal de l'Empire. | |
| Zelgniewo | 349,946 | M Songis, premier inspecteur général de l'artillerie | |
| Gniewkowo | 437,562 | M. Suchet, général de division. | |
| Inowraclaw | 945,498 | M. Oudinot, général de division. | |
Bromberg | Podstolice | 405,742 | M. la Riboisière, général de division. |
| Kamietz . | 727,050 | M. Mortier, maréchal de l'Empire | |
| Frzcainka-Schelinka. | 1,625,484 | M. Berthier, prince de Neuchâtel, maréchal de l'Empire | |
| Orlowo | 648,248 | M. Chasseloup-Laubat, général de division. | |
| Murzyno | 573,722 | M. Dupont, général de division. | |
Total | 26,582,652 |