19 - 25 Mars  1807


Osterode, 19 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, on exige Gênes que tous les contrats de mariage se fassent en francais. Prenez des mesures pour qu'on ait la liberté de les faire en italien ou en francais. Tout cela est fort égal; et il est fort gênant pour le peuple, qui n'entend pas le francais, de signer ce qu'il ne comprend pas. Voyez aussi pourquoi on ne paye pas les intérêts de la banque aux hospices. 


Osterode, 19 mars 1807

Au général Lacuée

Vous recevrez demain un sénatus-consulte et un projet de décret pour lever 80,000 hommes de la conscription de 1808. J'en destine 36,000 à former cinq légions de réserve et 24,000 pour porter les 3e bataillons au grand complet. Par ce moyen, ces jeunes gens, qui n'ont pas encore vingt ans, feront le service dans l'intérieur; ce sera un premier pas dans la carrière. Mais il faut que M. Dejean prenne des mesures extraordinaires pour l'habillement; le maréchal Kellermann me mande que les conscrits arrivent et que les dépôts sont sans moyens de les habiller. Il faut employer dans la levée de 1808 les majors des régiments qui sont en Italie et dans l'intérieur, et laisser à leurs dépôts les majors de la Grande Armée.


Osterode, 19 mars 1807

A l'Impératrice

Je m'ennuie fort d'être loin de toi; l'âpreté de ces climats retombe sur mon âme; nous désirons tous Paris, ce Paris qu'on regrette partout et pour lequel on ne cesse de courir après la gloire; et tout cela, Joséphine, au bout du compte, afin d'être applaudi au retour par le parterre de l'Opéra. Dès que le printemps paraîtra, j'espère bien laver la tête aux Russes, et ensuite, mesdames, nous irons vers vous et vous nous donnerez des couronnes.

(L'authenticité de cette lettre n'est pas prouvée - cf. J. Tulard)


Osterode, 19 mars 1807

A M. Fouché

Donnez des ordres partout pour que M. de Saint-Priest soit arrêté.


Osterode, 19 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Andréossy et répandez partout que, indépendamment de 140,000 hommes qui viennent d'arriver à mes dépôts en France, je viens de lever 80,000 hommes de la conscription de 1808; que je viens de créer en outre dix légions de réserve, composées chacune de cinq bataillons, qui sont destinées à la défense des frontières et des côtes; ce qui me mettra à même de faire marcher sur-le-champ toute l'armée de Bretagne et de Normandie en Bavière. Parlez de ces mesures à M. de Vincent. Dites-lui que cette nouvelle levée nous était inutile; que les levées actuelles de l'Autriche m'y ont décidé ; que, si elle nous donne de l'inquiétude, elle va avoir 110, 000 hommes en Bavière; que j'attends sa réponse à mes ouvertures pour faire faire demi-tour à droite à mon armée de Bretagne et de Normandie, qui sera remplacée par les dix légions que je forme avec la conscription de 1808 et qui seront commandées par des généraux sénateurs, par Colaud, Sainte-Suzanne, Vaubois, Rampon, etc., que cela aura deux résultats, de faire dépenser beaucoup d'argent à l'Autriche et à moi, et de tendre à accroître mon état militaire; tandis qu'il est bien plus simple que l'Autriche reste tranquille; que je ne me refuse à aucune proposition raisonnable, qu'elle a vu que j'ai été au-devant pour la rassurer sur tout ce qui pouvait l'inquiéter, mais que là se borneront mes complaisances; que, pour la rassurer, j'ai fait plus, j'ai fait démolir les places de Silésie; que j'ai arrêté le siège de Neisse, et que, si je le reprends, je ferai aussi démolir cette place; qu'après ces preuves de déférence l'Autriche serait bien folle d'attirer chez elle le théâtre de la guerre; et que, si l'on pouvait croire en Autriche que je suis embarrassé, je ne demande pas mieux de faire passer la revue de mon armée de Bretagne et de Normandie par un officier autrichien, qui verra par ses yeux combien de troupes je puis envoyer en Bavière dans un mois; et qu'avant un mois, temps auquel la saison permettra aux Anglais de faire quelque entreprise contre mes côtes, mes dix légions seront assez organisée pour pouvoir s'y opposer; que, quant à mon armée d'Italie, elle est telle qu'elle n'a jamais été, et dans ce moment 20,000 hommes de la conscription, de 1807 passent les Alpes pour la renforcer. Entre cette armée et celle qui se concentrerait à Zara et qui agirait contre eux, j'ai plus de 100,000 hommes. Il faut aussi que M. Andréossy parle dans ce sens, mais recommandez-lui de le faire doucement et avec prudence.

Vous porterez plainte à M. de Vincent sur une patrouille autrichienne qui a violé le territoire polonais et est venue à Sierock, et vous lui direz que tous les officiers du cordon ne dissimulent pas les dispositions hostiles où ils sont; que c'est une étrange et extraordinaire folie que de penser que, sans raison, lorsqu'elle est rassurée surtout, qu'elle peut jouer un beau rôle et consolider enfin le repos de l'Europe, l'Autriche veuille remettre tout en problème et se rengager dans une lutte où en réalité elle n'a ni l'argent ni les moyens de se maintenir; qu'il est tout simple que, lorsque les Russes la verront engagée, ils en seront fort aises et la laisseront détruire comme ils ont laissé détruire la Prusse ; que des femmes et des enfants peuvent s'imaginer que l'Empereur ira s'enfourner dans les déserts de la Russie, et qu'il sera sans moyens pour parer à tous les événements; qu'en dernière analyse, tout cabinet qui voudra réfléchir sentira que le moment actuel est le moment de la paix, même pour l'Angleterre, qui n'a plus les moyens de suffire à ses énormes dépenses; que l'Autriche peut concourir à cette paix selon les ouvertures que je lui ai faites; qu'elle peut y avoir de l'avantage, mais qu'il faut qu'elle ne me donne point d'inquiétude et qu'elle ne me fasse aucune menace.


Osterode, 19 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois vos lettres du 17. Je vois tout le mouvement que vous vous donnez pour nous procurer des subsistances; c'est très-bien fait. Envoyez-moi surtout du riz et de l'eau-de-vie.

Il n'y a rien de nouveau. Le temps continue à être très-froid; il gèle huit à dix degrés. Il paraît que de part et d'autre on veut rester tranquille.

J'ai lu la proclamation de Bennigsen que je ne connaissais pas; elle est si ridicule que j'ai peine à croire qu'elle soit de lui. Il est vrai que toutes ses relations montrent un homme de peu d'esprit, et il est possible qu'il ait signé cette rapsodie.

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Comment le gouvernement polonais n'a-t-il pas exactement et promptement des nouvelles d'Essen et de ce que font les ennemis à Bialystok ?

Envoyez la lettre ci-jointe au prince Jérôme.


Osterode, 19 mars 1807    

Au prince Jérôme

Mon Frère, je ne reçois point de nouvelles de vous.

J'ai perdu beaucoup de chevaux, soit par le canon, soit par fatigues. Si je vous envoyais 600 cuirassiers, 1,000 dragons, 500 chasseurs et hussards, pourriez-vous les monter et leur procurer des selles et des brides ? Je vous ai envoyé 400 hommes de cavalerie du dépôt de Potsdam; ils doivent être à Glogau; je n'en entends pas parler. Faites-moi connaître quand ils auront des chevaux et quand ils viendront me joindre.


Osterode, 19 mars 1807

Au maréchal Davout

Faites-moi connaître exactement l'état de situation de votre corps, de votre artillerie, de vos transports, de la compagnie Breidt; quand vous pourrez avoir en réserve quatre jours de pain. Comment vivez-vous ? Il est possible que les affaires générales m'obligent, dans courant d'avril, à réunir toutes mes forces et marcher à l'ennemi. Il faudrait alors avoir huit jours de pain, quatre que porteraient les soldats et quatre qui seraient portés dans vos caissons. Si vous pouvez vous procurer quatre jours de pain, les magasins d'Osterode vous fourniront les quatre autres à transporter dans vos caissons.

Si le château d'Allenstein est susceptible, au moyen de légères réparations, de tenir quelques jours, faites-les faire. Faites-en faire la reconnaissance en règle par un officier du génie, et envoyez-la-moi.


Osterode, 19 mars 1807, 2 heures et demie après midi

Au maréchal Soult

Mon Cousin, je vois avec peine que votre corps d'armée n'a eu que demi-ration aujourd'hui. Plutôt que de laisser manquer vos troupes, vous deviez envoyer à Elbing, vu qu'il y a là 100,000 rations en réserve, et même à Osterode, car, avant tout, il faut que le soldat mange. En m'écrivant que cela est nécessaire, les magasins d'Osterode vous seront ouverts. Ce n'est pas quand j'ai ici 300,000 rations de pain et 4 à 5,000 quintaux de farine, dix fours qui cuisent, qu'il faut que le soldat souffre. Tant qu'on ne donne pas la ration complète, on ne donne rien.

Vous verrez demain, à l'ordre, les dispositions que j'ai prescrites pour les malades. Envoyez des gendarmes sur la route, et veillez à l'exécution. Je rencontre souvent des malades à pied et qui fatiguent inutilement, tandis qu'il y a toujours des moyens de les transporter et de les évacuer sur la rive gauche de la Vistule, quand ce sont de véritables malades.

Quant aux hommes portés comme détachés, c'est aux colonels à prendre toutes les mesures pour les faire revenir. Beaucoup de soldats sont employés aux escortes des bagages des corps. J'ai mis à l'ordre que ces hommes doivent se rendre aux corps, et que, s'il est nécessaire, on donnera aux bagages une escorte de convalescents ou de blessés.


Osterode, 19 mars 1807

Au maréchal Mortier

Mon Cousin, j'ai mis le siège de Kolberg (parfois écrit Colberg. Une des dernières citadelles à avoir résister aux canons français) sous vos ordres. Il y a là trois régiments italiens, qui sont bons. Vous avez devant Stralsund trois régiments d'infanterie française. 3,000 Hollandais doivent être, à l'heure qu'il est, arrivés en Poméranie. Je pense que vous devez envoyer un régiment francais devant Kolberg, et la moitié de votre cavalerie. Portez-vous-y de votre personne et assiégez cette place. Laissez le commandement du corps d'observation à un de vos généraux de division. Destinez les quinze pièces de canon que vous avez fait venir pour le siège de Stralsund, au siège de Kolberg; la place est faible et la garnison mal organisée. La prise de cette place vous permettra de renforcer votre corps d'observation des trois régiments italiens, qui deviendront alors disponibles. Il faudrait tâcher de prendre Kolberg dans tout le mois d'avril; et alors, à la fin d'avril ou au mois de mai, temps auquel les débarquements peuvent se réaliser, vous vous trouveriez renforcé et vous auriez un souci de moins. Le général Teulié a douze pièces de campagne francaises; faites réunir à ces douze pièces d'artillerie les pièces de 12 et les obusiers que vous avez à votre corps d'armée. Quand vos officiers d'artillerie et du génie et vous-même aurez reconnu la place, vous ferez connaître si vous pouvez espérer l'avoir promptement. D'ailleurs, cette place étant moins éloignée que toute autre de Stettin, cette ville peut plus facilement vous offrir des munitions et des moyens pour pousser vigoureusement l'attaque. Visitez vous-même les bouches de l'Oder et tout le pays conquis depuis Anklam et Wolgast jusqu'à la mer.


Osterode, 19 mars 1807

Au maréchal Lefebvre

Le partisan Schill (voir)a été coupé de Kolberg. Ce misérable, qui est une espèce de brigand, s'est retiré sur Koeslin; le capitaine Darberg a marché contre lui, et l'en a chassé; il s'est alors retiré à Schlawe. Mettez à la poursuite de ce misérable quelques cavaliers saxons, badois ou polonais. Mais laissez reposer votre cavalerie française. Je n'ai point de nouvelles de vous depuis plusieurs jours. L'équipage de pont est-il arrivé ? Avez-vous jeté votre pont sur la Vistule, de manière à pouvoir aller jusqu'à la mer, et achever enfin le blocus de Danzig ?


Osterode, 19 mars 1807

Au général Bertrand

Le général Bertrand se rendra à Marienwerder. Il y verra la tête de pont, et la Chambre de Marienwerder pour se plaindre qu'elle ne fournit pas assez de subsistances, et que c'est cependant à cette considération que je ne leur ai pas imposé de contributions. Il me fera un mémoire qui me fasse connaître les ressources en vivres, e ce qu'on a fourni et doit fournir dans toute la juridiction de Ma werder; un mémoire sur la tète de pont, qui me fasse connaître que je puis espérer que le pont sera fini; quelle est l'île qui est là; si il est susceptible d'être armée pour assurer la défense de la tête de pont; si la mer la submerge et dans quelle saison, et le moyen à prendre pour réunir les deux ponts quand cette île sera submergée.

De là, il se rendra à Marienburg; il me fera un second mémoire sur ce que Marienburg a fourni et doit fournir; un mémoire sur la tête de pont de Marienburg et sur quoi je puis compter; sur l'île de Nogat, et quand je puis espérer que le pont de Dirschau sera fini.

De là, il se rendra à Elbing; il me fera un mémoire sur les subsistances, sur les chemins à Holland, à Marienburg et au Frische-Haff. Il se rendra aux bords du Frische-Haff : quand il sera dégelé et quand la navigation pourra avoir lieu; quelle espèce de tentative l'ennemi pourrait faire par le Frische-Haff; si nous pourrions, dès aujourd'hui, pénétrer par le Frische-Haff sur la langue de terre de Danzig à Königsberg; quand les bateaux que nous avons, et pour lesquels j'ai destiné quarante marins de la Garde, seront armés, et s'il y a des canons pour cet objet.

Il se rendra à Tolkemit en côtoyant le Frische-Haff, et reconnaîtra bien toutes les embouchures de la Vistule dans le Frische-Haff, et toute cette côte jusqu'à Brandenburg et Braunsberg; quel est le fond qu'il y a depuis Tolkemit jusqu'à la langue de terre; y a-t-il là de la marée, où il y a moins de quatre pieds d'eau quand le Frische-Haff sera navigable.

Il se rendra de là à Braunsberg, verra l'embouchure de la Passarge, la tête de pont qu'on a faite à Braunsberg, et viendra me joindre en toute diligence.

Avant de partir d'Elbing, il m'enverra un mémoire ainsi qu'avant de partir de Tolkemit. 

Il aura soin, dans tous les mémoires relatifs aux subsistances, de me faire connaître le nombre des bestiaux, vaches, moutons et bœufs qu'on pourra tirer de Marienwerder et de l'île de Nogat.


Osterode, 19 mars 1807

Au général Lemarois

Je reçois votre lettre du 18. Les malades que l'on a évacués sont, à ce que je vois, ceux qui se portaient bien et qui devaient être bientôt rétablis. La lettre de l'ordonnateur Pradel est ridicule. Je ne demande pas comment ils sont en Silésie; je suis tranquille là-dessus. Sans doute l'ordonnateur sait qu'il y a quatre-vingts lieues de Varsovie à Breslau. Si l'on n'a pas établi des hôpitaux intermédiaires, je ne conçois pas comment ces malades peuvent être évacués. Rendez-moi compte des hôpitaux intermédiaires que l'on a établis. Écrivez à l'ordonnateur du 5e corps qu'il est bien peu adroit si, entre Plock et l'Omulew, il ne trouve pas de la viande; ce serait bien plus simple que d'aller ennuyer le gouvernement de Varsovie pour cela. Écrivez-lui dans ce sens. Il y a là de la viande de quoi nourrir l'armée pendant six mois.


Osterode, 19 mars 1807

Au roi de Hollande

Vous devez payer la solde de vos troupes. Les expéditions que vous faites aux Indes sont hors de saison. Ce seront des bâtiments pris, et voilà tout. D'ailleurs, ce n'est pas dans le moment actuel qu'il faut s'affaiblir de 500 hommes. Formez des troupes pour défendre votre territoire et marcher au secours de Hambourg.

Vous ne voulez pas voir que, dans ce moment, j'ai une armée immense en Italie; que j'ai levé deux fois 80,000 hommes depuis septembre; que je suis même obligé de donner de l'argent en Pologne pour les 40,000 hommes que j'y ai levés. Je viens d'appeler 80,000 autres hommes de la conscription de 1808. Ce sont là des dépenses immenses auxquelles je suis bien loin de suffire. Mais vous ne voyez que la Hollande, et vous ne réfléchissez pas que, sans les efforts immenses que fait la France, la Hollande ne serait qu'une province anglaise. Il faut un commandant français à Flessingue; si le général Monnet est toujours malade, demandez un autre général. Si les Anglais débarquent, et que l'île de Zélande soit prise, il faudra couper les digues; c'est le seul moyen de sauver Flessingue. Le commandant hollandais ne fera jamais cela.


Osterode, 19 mars 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 11 mars ; je vois avec plaisir que le bataillon provisoire est passé. Écrivez an gouverneur de Mecklenburg que les chevaux qu'il devait fournir au dépôt de Potsdam ne le sont pas encore; qu'il prenne des mesures pour qu'ils soient fournis sans délai. Demandez des renseignements au général Bourcier sur l'exécution de mon décret. Le Hanovre n'a pas fourni ceux qu'il devait fournir. Les autres gouvernements n'en ont, je crois, fourni aucun.

Faites tous les préparatifs pour le passage de vingt régiments français, formant 50,000 hommes, qui viennent renforcer l'armée. Faites savoir de toutes les manières qu'une maladie épidémique est dans l'armée russe; qu'il y meurt 250 hommes par jour.


Osterode, 20 mars 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 8 mars. Je vois que l'affaire de Mlle. Aubry occupe plus les Parisiens que toutes les pertes que l'on peut faire à l'armée (voir la lettre du 15 mars à Joséphine). M. de Lucay a eu tort de ne pas lui témoigner tout l'intérêt que son état devait inspirer.


Osterode, 20 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je ne saurais approuver l'explication que vous me donnez. En faisant des sacrifices pour avoir des régiments suisses, je veux avoir de bons régiments, sur la fidélité desquels je puisse compter, et non des étrangers qui ont des engagements avec d'autres puissances. Voilà 1,600 hommes dont vous avez ainsi autorisé le recrutement dans les régiments prussiens. Il est bien ridicule que , malgré les ordres que je donne, on persiste à mettre les armes à la main à mes ennemis. C'est ainsi qu'on a rempli de Russes le régiment d'Isembourg. Je ne veux pas qu'on arme les prisonniers sous aucun prétexte. Il faut à chaque chose une transaction. Si j'ai fait quelques régiments de déserteurs en Prusse, c'est sous le point de vue de la police et non sous le point de vue militaire. D'ailleurs il est certain que dans les régiments suisses il y a un grand nombre de véritables Allemands. Je ne puis que vous réitérer mes ordres précis sur ces trois points : 1° qu'aucun prisonnier de guerre ne puisse être armé sous quelque prétexte que ce soit; 2° qu'aucun prisonnier de guerre ne soit renvoyé de France sans mon ordre; c'est ainsi qu'on a envoyé aux rois de Bavière et de Wurtemberg des prisonniers de guerre sans mon ordre; 3° que les régiments suisses soient entièrement composés de Suisses n'ayant jamais servi, ou ayant servi en France, ou n'étant sortis du service étranger que par un bon et honorable congé, et non comme déserteurs ou prisonniers qui se
 présentent pour attendre l'occasion de déserter.

Vous me demandez des fonds pour le recrutement des Suisses : vous devez les prendre sur les fonds que je mets chaque mois à votre disposition. Faisant une distribution de fonds, je n'en puis faire vingt. N'accordez à aucun officier français la permission de passer à un service étranger sans mon ordre. Le service est ainsi désorganisé par le roi de Naples et le roi de Hollande. Le roi de Naples a pris les compagnies d'élite des régiments pour former sa Garde : témoignez-lui-en mon mécontentement , comme commandant en chef mon armée. Tous les régiments qui sont à Naples sont des corps perdus, parce qu'on en a ôté la crème.


Osterode, 20 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous verrez que j'appelle la conscription 1808, et que je forme cinq légions de réserve, qui seront commandées par des sénateurs. Aussitôt que le sénatus-consulte aura passé, vous ferez mettre au Bulletin des lois mon décret, et, peu de jours après, M. Lacuée présentera au Conseil le projet de répartition. Je désire que les opérations préparatoires commencent au 15 avril, et qu'à la fin de mai ces cinq légions puissent marcher partout où il sera nécessaire. Vous désignerez sur-le-champ les 30 chefs de bataillons, les 5 majors généraux et les 10 majors, conformément à mon décret. Vous me ferez connaître les places vacantes, parce que je nommerai des officiers distingués pour remplir les places de majors et de chefs de bataillon. J'ai pourvu à la nomination des capitaines, lieutenants et sous-lieutenants. Vous leur accorderez des frais de poste pour qu'ils se rendent en toute diligence au point de leur réunion. Ces places seront vacantes aux corps, et je pourvoirai à leur remplacement. Si, parmi les officiers réformés, il se trouvait des officiers qui puissent servir, je vous autorise à les envoyer dans les dépôts, pour remplacer les officiers que j'en tire pour former les légions.

Vous nommerez cinq commissaires des guerres, honnêtes gens pour administrer les cinq légions. Les majors généraux pourront être pris parmi les généraux de brigade, selon la demande qu'en feront les sénateurs, ou parmi les adjudants commandants. Pour les portes drapeaux, vous pourrez choisir parmi les vétérans encore vigoureux, couverts de blessures et d'honneur. Les armes ne pourront pas nous embarrasser. Ce qui pourra causer plus d'embarras, ce sera l'habillement; il ne faut pas, en pourvoyant à celui des 30 bataillons, diminuer les moyens de la Grande Armée. Nous sommes dans l'été des vestes, des culottes et des shakos sont le premier habillement nécessaire. Je ne veux plus de chapeaux.

Le maréchal Kellermann se plaint qu'il n'y a pas d'habillement aux dépôts, ni d'argent pour les premières mises. Pourvoyez-y sans délai, et qu'on ne retarde d'aucune manière le départ des détachements qui me sont nécessaires.

Faites-vous rendre compte pourquoi il manque tant d'officiers dans les dépôts des armées d'Italie, de Dalmatie, de Naples, et nommez aux places vacantes. Il y a 240 places de sous-lieutenants vacantes. Les écoles de Fontainebleau et polytechnique peuvent les fournir. Ces jeunes gens, bien instruits des manœuvres, serviront à former les recrues. Vous me ferez un rapport sur les généraux de brigade à attacher à chaque légion; je me réserve de les désigner. Vous pouvez cependant me faire passer la demande des chefs de légion. Faites- moi connaître quelle augmentation ces 30 nouveaux bataillons feront dans la solde et dans les masses qui se payent comme solde.


Osterode, 20 mars 1807

Au général Lacuée

Les huit régiments à pied d'artillerie ne sont pas même au complet de 100 hommes par compagnie. Mon intention est de les porter au complet de 110 hommes. Sur la conscription de 1808, prenez les plus beaux hommes jusqu'à concurrence à peu près de 4,000 hommes. Par là mon artillerie se trouvera complète. Pressez les préfets de compléter leur compagnie départementale.

Je vous recommande tous les régiments à quatre bataillons. Il n'en est aucun qui ait son complet. Un régiment de quatre bataillons, à 140 hommes par compagnie, devrait avoir 4,800 hommes.

S'il y avait parmi les officiers réformés des hommes qui pussent servir, cela formerait une épargne, et on pourrait les envoyer aux 3e et 4e bataillons, pour remplacer les officiers que j'en retire pour former les cinq légions. Dans la répartition de la conscription entre les cinq légions, ayez bien soin de consulter les considérations suivantes : point de Piémontais dans la légion de Grenoble, point de Belges dans la légion de Lille, point de Vendéens et Bretons dans la légion de Versailles. A ces trois considérations près, le reste m'est égal. Envoyez les Belges, dans la légion de Metz un tiers, un tiers dans la légion de Paris, et un tiers dans la légion de Rennes. Envoyez les Piémontais, un tiers dans chacune des mêmes légions. Consultez les localités, de manière à faire marcher le moins possible les conscrits. Envoyez les Vendéens et Bretons à la légion de Grenoble et de Metz. J'ai vu avec peine que vous ayez mis des Corses dans le 17e et autres régiments; les conscrits corses, mettez-les dans les tirailleurs corses, qui n'ont que 500 hommes. Mettez aussi bon nombre de Piémontais dans les tirailleurs du Pô, le 3le léger et le 111e de ligne : ces régiments doivent toujours être composés de Piémontais; des Belges dans le 112e : ce corps doit toujours être composé de Belges. Prenez dans les conscrits de 1808 les quatre cents plus beaux hommes pour mes carabiniers. Quand ces régiments auraient 1, 100 hommes, cela m'est égal.

Vous pouvez aussi donner quelque chose à la marine. Prenez des renseignements dans les bureaux de la marine, demandez les noms des officiers, sous-officiers, et la force des compagnies de ces corps. En leur donnant des conscrits, ce sera toujours des forces pour la défense de nos côtes.

Je ne sais pas s'il y a quelques régiments de cavalerie qui auraient besoin de monde. Après ce que vous lui donnez de 1806, je crois qu'en général la cavalerie se trouve bien traitée. Cependant, pour profiter des grandes tailles, il serait bon de donner une centaine d'hommes à chaque régiment de cuirassiers, même de la conscription de 1808. Il faut surtout donner quelque chose de plus aux 1er, 10e, 5e et 11e, formant la division d'Hautpoul; ce sont les seuls qui ont perdu.

Les troupes légères qui sont à l'armée ont en général besoin d'être avantagées, surtout le ler de hussards et le 2e de chasseurs.

Faites en sorte que les opérations de la conscription de 1808 commencent au 15 avril, et que tout soit arrivé dans le courant de mai, surtout pour les légions.


Osterode, 20 mars 1807

A M. Maret

Voici l'arrêté que je reçois du général Cervoni. Il me semble que ce n'est pas celui que l'on m'avait communiqué et que j'avais renvoyé au Conseil d'État, avec une note contre ce général . Je ne retrouve pas la phrase qui m'avait indigné. Celui qui aura été envoyé à la police aura été tronqué. Celui-ci me parait au contraire sagement fait. Il n'y a pas tout brigand, mais tout brigand pris en flagrant délit. Faites-moi l'analyse de tout cela, et remettez-moi sous les yeux l'article du bulletin de la police qui a commis cette erreur.


Camp impérial d'Osterode, 20 mars 1807

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, nous avons ordonné qu'un projet de sénatus-consulte ayant pour objet d'appeler dès ce moment la conscription de 1808 vous soit présenté.

Le rapport que nous a fait notre ministre de la guerre vous donnera à connaître les avantages de toute espèce qui résulteront de cette mesure.

Tout s'arme autour de nous. L'Angleterre vient d'ordonner une levée extraordinaire de 200,000 hommes. D'autres puissances ont recours également à des recrutements considérables. Quelque formidables, quelque nombreuses que soient nos armées, les dispositions contenues dans ce projet de sénatus-consulte nous paraissent, sinon nécessaires, du moins utiles et convenables. Il faut qu'à la vue de cette triple barrière de camps qui environnera notre territoire, comme à l'aspect du triple rang de places fortes qui garantissent nos plus importantes frontières, nos ennemis ne conçoivent l'espérance d'aucun succès, se découragent et soient ramenés enfin, par l'impuissance de nous nuire, à la justice, à la raison.

L'empressement avec lequel nos peuples ont exécuté les sénatus-consultes du 24 septembre 1805 et du 1er décembre 1806 a vivement excité en nous le sentiment de la reconnaissance. Tout Français se montrera également digne d'un si beau nom.

Nous avons appelé à commander et à diriger cette intéressante jeunesse des sénateurs qui se sont distingués dans la carrière des armes, et nous désirons que vous reconnaissiez dans cette détermination la confiance sans bornes que nous mettons en vous. Ces sénateurs enseigneront aux jeunes conscrits que la discipline et la patience à supporter les fatigues et les travaux de la guerre sont les premiers garants de la victoire. Ils leur apprendront à tout sacrifier pour la gloire du trône et le bonheur de la patrie, eux, membres d'un corps qui en est le plus ferme appui.

Nous avons été victorieux de tous nos ennemis. En six mois nous avons passé le Mein, la Saale, l'Elbe, l'Oder, la ViStule; nous avons conquis les places les plus formidables de l'Europe , Magdeburg , Hameln, Spandau, Stettin, Küstrin, Glogau , Breslau , Schweidnitz , Brieg. Nos soldats ont triomphé dans un grand nombre de combats et dans plusieurs grandes batailles rangées; ils ont pris plus de 800 pièces de canon sur le champ de bataille; ils ont dirigé vers la France 4,000 pièces de siège, 400 drapeaux prussiens ou russes, et plus de 200,000 prisonniers de guerre. Les sables de la Prusse, les solitudes de la Pologne, les pluies de l'automne, les frimas de l'hiver, rien n'a ralenti leur ardent désir de parvenir à la paix par la victoire, et de se voir ramener sur le territoire de la patrie par des triomphes. Cependant nos armées d'Italie, de Dalmatie, de Naples, nos camps de Boulogne, de Bretagne, de Normandie, du Rhin, sont restés intacts.

Si nous demandons aujourd'hui à nos peuples de nouveaux sacrifices pour ranger autour de nous de nouveaux moyens de puissance, nous n'hésitons pas à le dire, ce n'est point pour en abuser en prolongeant la guerre. Notre politique est fixe : nous avons offert la paix à l'Angleterre avant qu'elle eût fait éclater la quatrième coalition : cette même paix nous la lui offrons encore. Le principal ministre qu'elle a employé dans ses négociations a déclaré authentiquement dans ses assemblées publiques que cette paix pouvait être pour elle honorable et avantageuse; il a ainsi mis en évidence la justice de notre cause. Nous sommes prêts à conclure avec la Russie aux mêmes conditions que son négociateur avait signées, et que les intrigues et l'influence de l'Angleterre l'ont contrainte à repousser. Nous sommes prêts à rendre à ces huit millions d'habitants conquis par nos armes la tranquillité, et au roi de Prusse sa capitale. Mais, si tant de preuves de modération si souvent renouvelées ne peuvent rien contre les illusions que la passion suggère à l'Angleterre, si cette puissance ne peut trouver la paix que dans notre abaissement, il ne nous reste plus qu'à gémir sur les malheurs de la guerre, et à en rejeter l'opprobre et le blâme sur cette nation qui alimente son monopole avec le sang du continent. Nous trouverons dans notre énergie, dans le courage, le dévouement et la puissance de nos peuples, des moyens assurés pour rendre vaines les coalitions qu'ont cimentées l'injustice et la haine, et pour les faire tourner à la confusion de leurs auteurs.

Français ! nous bravons tous les périls pour la gloire et pour le repos de nos enfants.


Osterode, 20 mars 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre dépêche du 18 mars à six heures du soir. Vous devez répondre à M.  de Vincent que vous ne pouvez pas faire une réponse officielle à une chose qui ne lui a pas été officiellement déclarée; que, dans la croyance où nous sommes que l'Autriche a intérêt à balancer le pouvoir de la Russie, il serait possible qu'on ne fût pas éloigné d'accepter la médiation de l'Autriche; mais que le préalable dans cette circonstance, est que l'Autriche n'arme pas, et que, s'il est dans l'intention de la cour de Vienne de rétablir la paix entre la France et la Russie, elle doit se présenter un bâton blanc à la main, comme un juge de paix. Il résultera de cela, pour l'Autriche, un très-beau rôle. Ainsi donc tout consiste pour l'Autriche à rester tranquille. Ajoutez qu'il serait convenable que, lorsque la notification de tout cela sera faite, l'on sache que cela n'est soutenu par aucun préparatif extraordinaire de guerre. Du reste, comme je suis très-soupçonneux de mon naturel, je ne puis voir dans tout ce que fait la Russie qu'une première amorce pour entraîner l'Autriche dans une coalition; c'est pourquoi je tiens à ce que l'Autriche n'arme pas. Il faut trois mois pour réunir des troupes. Moi, pendant ce temps, je vais armer 80,000 hommes. Au mois de septembre, j'en armerai 80,000 autres. Ce n'est pas que je ne désire la paix avec la Russie, parce que je pense que celle-là entraînera la paix avec l'Angleterre; mais je pense aussi que, lorsque deux puissances comme la France et la Russie veulent faire la paix, le meilleur moyen est de la faire directement. Au reste, je ne ferai une réponse officielle que lorsque j'aurai une notification officielle. Vous laisserez pressentir que cette réponse sera favorable, si je n'ai aucun sujet d'inquiétude du côté de l'Autriche.


Osterode, 20 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint mon message au Sénat et un rapport du ministre de la guerre. Le message, partant demain 21, arrivera probablement le 1er avril, et sera publié à Paris vers le 4 ou le 5. Il y a donc peu d'inconvénient à l'envoyer à M. Andréossy, ou à le faire imprimer, mais en calculant de manière que les imprimés ne puissent arriver à Paris que le 10 avril, ou communiquer seulement à des ministres alliés , de manière qu'il finisse par arriver à la connaissance du cabinet autrichien.

Il faudrait que tous fissiez un projet de circulaire aux princes de la Confédération pour leur exposer sur les mêmes principes l'état de la question et les engager à lever une armée de réserve pour, à tout événement , garantir le territoire de la Confédération. Aussi bien aucun membre de la Confédération n'a complété son contingent. Voyez ce qu'on peut faire là-dessus. Si l'on pouvait réunir à Augsbourg une douzaine de mille hommes, ce serait d'un bon résultat.

Envoyez, un peu par curiosité , la lettre ci-jointe à Alquier, à Rome, pour savoir quel est ce prêtre et ce qu'il fait.


Osterode, 20 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il faudrait voir les membres du gouvernement, pour qu'ils écrivissent aux différentes chambres et aux différents commissaires qu'instruits que beaucoup de militaires se trouvent disséminés dans les villages, ils leur envoient l'état des militaires qui se trouvent dans leurs villages et arrondissements. Ces états seront faits secrètement et seront envoyés au gouvernement qui vous les remettra au fur et à mesure, et vous me les ferez passer.

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Cette correspondance doit être secrète Envoyez cette lettre au prince Jérôme


Osterode, 20 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je fais évacuer sur Breslau beaucoup de malades qui, entassés à Varsovie, nous menaçaient d'y donner la fièvre d'hôpitaux. Il est nécessaire qu'il y ait à Breslau et Glogau de beaux établissements; faites-en faire surtout à Glogau.

Je vous recommande de me rendre compte au fur et à mesure du nombre de ces soldats qui arriveront, de les faire bien traiter, et, lorsqu'ils sortiront, de ne les faire partir que par 4 ou 500 hommes, après avoir eu soin de les faire bien habiller.


Osterode, 20 mars 1807

A M. Daru, à Thorn

Monsieur Daru, je reçois votre lettre du 18 mars. Je ne partage en rien votre opinion. Il y a, me dites-vous, à Erfurt, 751 malades francais formant cinq hôpitaux : ces 751 malades sont le reste de 3 ou 4,000; ils auraient pu être placés dans un hôpital ou deux, et alors il n'y aurait pas fallu des employés pour cinq hôpitaux. Secondement, ces malades auraient du être laissés avec un seul médecin francais et tous les autres médecins ou chirurgiens étrangers; d'autant plus que, dans ces 751 malades, il y a un grand nombre de Prussiens. D'ailleurs, c'est ma volonté. Faites rejoindre tous les médecins et chirurgiens francais hormis un. Faites rejoindre tous les employés qui peuvent être remplacés par des gens du pays. Je dis la même chose pour Würzburg, Bamberg, Iéna, Naumburg, etc. Vous considérez la question d'une manière abstraite; mais, s'il faut prendre un parti dans les événements, il faut prendre le meilleur. Faut-il avoir à Erfurt 160 chirurgiens ou employés, ou vaut-il mieux les avoir à Eylau ? Les hommes à Erfurt ne peuvent pas me servir comme ils le feraient à l'armée. J'ai perdu peut-être 200 hommes à Eylau faute de chirurgiens et d'employés. Il y a longtemps que je fais la guerre. Exécutez mes ordres sans les discuter. Il ne doit se trouver aucun chirurgien ou employé ni à Erfurt, ni à Iéna, Naumburg, Würzburg, etc. Vous ne citez d'ailleurs que ces endroits, mais il y en a vingt autres où toutes les administrations sont disséminées. Croyez-vous, par exemple, qu'à Magdeburg et Potsdam vous ne trouverez pas des chirurgiens prussiens ? Ils seront enchantés de gagner de l'argent. Devant l'ennemi, je n'ai besoin que de Français, parce que je ne puis me fier qu'à eux. Je sais bien qu'à Berlin des malades ne voulaient pas être traités par les médecins du pays ; mais cette question oiseuse m'était indifférente alors; quand je suis à deux cents lieues de Berlin, elle devient ridicule.

Vous me dites qu'il faut un sous-employé pour 15 malades : mais ignorez-vous donc que je n'ai pas un sous-employé pour 3,000 malades, et pensez-vous que les commissaires d'Erfurt, Iéna, Naumburg, etc., aient plus de peine à trouver des employés ou des femmes que ce pauvre M. Lombart et les commissaires du quartier général ? M. Percy a fait continuellement le métier d'infirmier. Votre raisonnement est faux; il y a trois mois que je vous le dis; vous persistez dans votre opinion.

On peut, dites-vous, retirer un ou deux employés d'Erfurt mon intention est qu'on les retire tous, et qu'il n'y ait pas un seul emplacement au delà de l'Elbe, hormis les commissaires des guerres; bien entendu qu'il ne faut pas les retirer ou les faire partir du soir au matin, mais d'abord une partie, que vous ferez remplacer par les gens du pays et ensuite une autre.

Que m'importe la distinction que vous faites entre les chirurgiens commissionnés par le ministre, ou l'intendant, ou les officiers en chef ? c'est une vétille. Le fait est que je manque de tout et que les derrières absorbent tout. Six chirurgiens commissionnés, onze non commissionnés, qui sont à Erfurt, me seraient plus utiles sur la Vistule. 30 Prussiens peuvent y rester.

Il est absurde de laisser des boulangers à Wittenberg, lorsqu'ici, je ne puis cuire que dans huit fours, faute de boulangers; même chose dans les autres places. Manque-t-il de femmes, et que font là tous ces boulangers ? Ou bien avez-vous pensé que, comme dans les guerres de Perse, les boulangers prussiens pouvaient empoisonner le pain ?

Qu'ai-je besoin d'employés de fourrages à Wittenberg ou à Halle, où la route ne passe plus ? Les employés pour la viande de même : les gens du pays peuvent les suppléer. Les Français sur les derrières sont inutiles.

Votre lettre du 18, d'ailleurs, ne comprend pas tous les employés que j'ai sur les derrières. Réitérez vos ordres. Si je faisais tous les raisonnements que vous faites , je n'aurais pas 6,000 hommes à l'armée; et si j'entrais dans les raisonnements de chaque gouvernement ou commandant de place, mon armée ne suffirait pas pour garder le pays. C'est ainsi qu'en temps de paix j'ai vu l'armée pas assez nombreuse pour faire le service dans toutes les places.

Croyez-vous, par exemple, que le général Clarke n'ait pas besoin de 600 hommes pour la garnison de Berlin; le gouverneur de Magdeburg, de même ? Ne faites donc pas la question : tel employé est-il utile là ? mais plutôt : est-il plus utile là qu'au quartier général ? Tout cela est vieux pour qui a l'expérience de la guerre. Je n'aurai rien à dire, au contraire, si vous me dites que j'ai assez d'employés à l'armée : alors je consentirai qu'il y en ait sur les derrières, où il serviront mieux que les étrangers; mais vous ne prétendez pas que j'aie assez d'employés.

L'armée et l'administration sont placées en sens inverse. L'armée est toute en deçà de la Vistule, les administrations toutes au delà.

D'ailleurs, quand ce que je dis là ne conviendrait à personne, c'est ma volonté, que je vous ai déjà manifestée à Varsovie, à la fin de décembre, surtout pour les chirurgiens, boulangers et infirmiers.


Osterode, 20 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, le 5e corps manque. Les équipages de la compagnie Breidt n'étant pas réparés ne feront aucun service. Envoyez de l'argent à l'ordonnateur en chef de ce corps pour faire réparer ces caissons, et retenez-le sur ce qui est dû à cette compagnie. Vous avez bien ordonné aux ordonnateurs de faire réparer les caissons, mais vous ne leur avez pas envoyé d'argent. Cette compagnie Breidt sert d'une manière infâme.


Osterode, 20 mars 1807

Au général Clarke

Vous savez le proverbe : les ruisseaux font les fleuves, et les sous les millions. Les petits détachements que tous les commandants de places gardent affaiblissent la Grande Armée. Faites que tout rejoigne. Que signifie en effet qu'un commandant de place ait ou n'ait pas 8 ou 10 hommes à pied ? Mais cela, multiplié mille fois, me donne 8 ou 10,000 hommes sur le champ de bataille de moins dans un jour d'affaire. Écrivez à Prenzlow et dans tous les arrondissements; scrutez vous-même l'état de situation, et qu'il ne reste personne.

Dans les circonstances imprévues, quand vous devez garder des détachements de cavalerie pour réprimer les abus sur les derrières, vous devez garder des détachements de dragons. Renvoyez-moi les cuirassiers et carabiniers surtout, car ceux-ci décident d'une bataille. Après les détachements de hussards et de chasseurs, ceux dont je puis le plus me passer, ce sont les détachements de dragons.


Osterode, 20 mars 1807

Au roi de Naples

Je ne puis qu'être extrêmement mécontent de la manière dont vous désorganisez mes régiments. Vous avez pris les compagnies d'élite de la cavalerie pour former votre Garde, de sorte que ces régiments n'ont plus aucun nerf et ne rendent plus aucun service. Isoler ainsi un petit nombre d'hommes , c'est l'art d'en rendre inutile un grand nombre. Mon intention, comme commandant en chef de mon armée, est qu'aucun tambour ne sorte de mon armée sans mon ordre.

Ce que fait Dumas n'a pas de sens. Il se donne beaucoup de peine à former des corps napolitains, qui seront les premiers à tirer sur nous, si un malheur arrivait ; et surtout on désorganise mon armée pour un tas d'établissements.


Osterode, 20 mars 1807 

Au roi de Naples

Les conscrits qui vous sont arrivés en bonnets de police sont sans doute ceux qui viennent de l'armée d'Italie. Je témoigne mon mécontentement de ce que ces hommes ne sont pas équipés et habillés comme je l'avais ordonné.

Il est impossible que vous ayez des conscrits pour votre Garde. La comptabilité de M. Dejean ne se ploie point à changer la destination d'un conscrit. Les colonels ensuite profitent de cela pour introduire des abus dans l'administration. Vous m'avez désorganisé mes compagnies d'élite. Songez qu'il faut dix campagnes pour former l'esprit d'un corps qu'on détruit en un moment. Vous me contrarieriez beaucoup de prendre des conscrits. Mais j'écris à M. Lacuée de prendre sur la conscription de chaque année 100 conscrits, sous le titre de dépôt général de l'armée de Naples, que vous placerez dans votre Garde.

Vous avez beaucoup de cavalerie : envoyez en Italie deux autres régiments, puisque je vais moi-même retirer beaucoup de cavalerie de ce royaume. Tout ce que vous m'enverrez, Napolitains ou autres, on les emploiera ici.


Osterode, 20 mars 1807

NOTE POUR LE MONITEUR

A la charge de cavalerie de Willenberg, le prince Borghèse, à la tête du ler régiment de carabiniers, a passé, lui troisième, sur le pont devant la ligne ennemie. Ses carabiniers eurent à peine débouché du pont, qu'il les rangea par escadrons et fit une charge qui enfonça la cavalerie ennemie. Ce prince a montré dans ce combat autant d'intelligence que de bravoure. Le beau régiment russe de Finkenstein a été écrasé.

L'ennemi paraît manœuvrer pour reprendre sa position derrière la Pregel. Il meurt 200 hommes par jour dans les hôpitaux russes.

Les ponts de Spanden, d'Elditten, sur la Passarge, sont fortifiés par des ouvrages de campagne fraisés et palissadés. On construit des ouvrages sur les hauteurs de Guttstadt. Ces positions couvrent les cantonnements des Francais.

Tous les ponts sur la Vistule sont reconstruits; la débâcle a eu lieu sur cette rivière. Toutes les têtes de pont de Praga, de Sierock, de Modlin, de Thorn, sont armées et en état de défense. On vient de construire deux belles têtes de pont à Marienwerder et à Marienburg. Le canal de Bromberg, qui joint l'Oder à la Vistule, est navigable. Ce canal et l'Oder, dont la navigation n'est plus interceptée par les glaces, facilitent le transport de nos convois.

Personne ne bivouaque dans l'armée française. Les fours se construisent, les magasins s'approvisionnent, et l'armée prend un peu de repos. Les arsenaux de Thorn sont parfaitement approvisionnés. Il y a dans ce moment à Osterode vingt fours et des magasins de farine, de biscuit et d'eau-de-vie, pour nourrir l'armée pendant un mois; il n'y avait rien il y a huit jours. Tout cela s'est approvisionné avec une activité extraordinaire.

Le froid a repris et la terre s'est couverte de neige.

Le quartier général de l'Empereur est toujours à Osterode.

Les douze régiments provisoires formés de la conscription de 189o8 sont en marche et arrivent à l'armée, qui, avant quinze jours, sera plus belle et plus nombreuse qu'elle n'a jamais été.

La droite de l'armée française est appuyée sur la Narew, et la gauche à Braunsberg, le long de la Narew et de la Passarge, à quarante lieues en avant de la Vistule, qui forme sa seconde ligne.

Un corps d'observation de 15,000 Polonais, à pied et à cheval, commandé par le général Zajonchek, couvre son centre à Neidenburg et à Passenheim.

L'artillerie est en mouvement pour le siège de Danzig, que le maréchal Lefebvre a investi.

La division bavaroise a pris position sur l'extrémité de la droite, en réserve à Pultusk.

On a commencé les ouvrages pour le siège de la citadelle de Graudenz.

Le général Teulié, avec la division italienne, les fusiliers de la Garde et le 1er escadron des gendarmes d'ordonnance, a remonté la Persante et a eu quelques affaires avec la garnison de Kolberg, le 8 mars, à Zernin, les gendarmes d'ordonnance, commandés par M. de Montmorency, ont culbuté l'infanterie et la cavalerie que l'ennemi leur a opposées. L'impétuosité de leur charge a mérité des éloges et fait fuir l'ennemi. M. de Montmorency se loue de M. Carionnas , dont le cheval a été deux fois blessé, de M. d'Albuquerque, officier adjudant, de M. Charrette, et en général de tous les officiers, sous-officiers et gendarmes de son corps, qui, essayé par ces petits combats, va bientôt être appelé à figurer dans des affaires plus importantes et sur un plus grand théâtre. Les voltigeurs de la division italienne ont montré dans ces affaires beaucoup d'intrépidité.

Dix régiments qui doivent former l'armée de réserve destinée à se porter au secours de Hambourg, du corps du maréchal Mortier en Poméranie, et dans les points qui pourraient être attaqués, ont passé le Rhin et commencent à arriver à Magdeburg.

La bataille d'Eylau est estimée avoir coûté 5,000 hommes en tués, blessés et hommes qui ne pourront plus servir ou qui sont soumis à une longue convalescence. L'Empereur a donné ordre au ministre de la guerre de faire un appel de 5,000 conscrits de 1807 pour réparer cette perte.

Le 5 janvier, il est parti des dépôts de l'armée de Naples, qui sont en Italie, 12,000 hommes , pour renforcer les bataillons de guerre de cette armée. Un autre renfort de 6,000 hommes partira en avril pour la même armée. On sait que Sa Majesté se loue de l'activité que le vice-roi d'Italie porte à l'organisation et à la bonne tenue de ces dépôts. Elle a ordonné qu'on en témoignât sa satisfaction au général Charpentier, chef de l'état-major. Tous les régiments de cavalerie de l'armée d'Italie ont été portés au complet de 1,100 hommes. La France aura bientôt sous les armes 90,000 hommes de cavalerie. Les dépôts en France sont tous nombreux en hommes et en chevaux et il ne manque que l'achat de 6,000 chevaux pour compléter ce nombre. Le ministre de l'administration de la guerre porte, dans cet objet important, la plus grande activité.

Le général russe Michelson est comme bloqué dans Bucarest. Il demande des secours; mais l'armée russe qui est sur la Pregel en a encore plus besoin.

Le schah de Perse vient d'envoyer un de ses principaux généraux pour complimenter l'Empereur sur ses succès. Cet officier vient d'arriver à Constantinople. Ce prince, s'étant aperçu que les Russes s'étaient affaiblis devant lui, mande qu'il réunit ses forces pour les attaquer de ce côté.

L'Empereur, instruit qu'il y avait quelques abus dans l'administration des corps, vient d'ordonner qu'à commencer par l'armée d'Italie il fût passé des revues de rigueur, pour constater que les masses de linge et chaussure sont bien administrées , et qu'on ne fait payer aux soldats aucun objet que sa juste valeur; que les masses de chauffage et les autres fournitures, tout se fait selon les lois, son intention étant que les inspecteurs aux revues ne soient pas de simples porteurs d'ordres , mais entrent dans tous les détails de la comptabilité, et que, s'il y a des coupables, il en soit fait un exemple. Les soldats français sont les enfants de la nation; il n'est point de plus grand crime que de ne pas les faire jouir de tout ce que la loi et les règlements leur accordent. Il n'est aucun soldats dans le monde pour
lesquels le gouvernement fasse davantage. Les charges de la nation sont fortes en considération du bien-être qui en résulte pour cette partie si importante d'elle-même. Il n'est donc point de crime qu'on doive punir plus sévèrement que des malversations qui tendraient à faire passer au profit d'un quartier-maître ou de tout autre administrateur ce que l'État sacrifie pour le bien-être du soldat.

Les inspecteurs aux revues doivent sentir toute l'importance des fonctions qui leur sont attribuées, et ce que la nation toute entière a droit d'attendre de leur zèle et de leur juste sévérité.

L'Empereur a surtout ordonné qu'on portât une attention particulière aux premières mises qu'il accorde aux conscrits à leur arrivée aux corps. Il est instruit que, dans les corps , on leur fait éprouver des retenues.

L'Empereur a ordonné au ministre du trésor public de prendre des mesures pour faire cesser le brigandage de quelques payeurs, qui au lieu de payer les ordonnances à jour fixe, argent comptant, proposent de les payer par délégation sur d'autres payeurs , à moins d'un escompte. Il a surtout recommandé de veiller sur le payeur en Suisse, prévenu d'en agir de la sorte. Une ordonnance du trésor public est une lettre de change à jour fixe; quand le payeur ne la paye pas, c'est une prévention de dilapidation. Cela ne doit être susceptible d'aucune espèce d'excuse. Le trésor est trop riche et trop bien organisé pour que, lorsqu'il a donné un mandat sur une caisse, il n'ait pas pris des mesures positives pour la rentrée des fonds. Ces abus, qui se sont introduits dans des temps de désordre, ne sont pas encore entièrement réprimés. C'est au ministre du trésor, qui a déjà porté tant d'améliorations dans le maniement des caisses et dans l'administration des finances, à sévir et à faire quelques exemples.


Osterode, 21 mars 1807

DÉCISION

Blâmé d'avoir fait donner 1,500 paires de souliers au 16e d'infanterie légère qui n'a que deux bataillons très-faibles à l'armée, l'intendant général Daru remet à l'Empereur, comme justification, une note de l'officier payeur du corps qui porte à 2,390 hommes l'effectif de ce régiment.

  Cet état est ridicule; ce régiment n'a que 1,200 hommes présents sous les armes; et cependant, le payeur ne ment pas, puisqu'il parle de l'effectif.


Osterode, 21 mars 1807, 9 heures du soir

Au maréchal Lefebvre, à Praust

J'apprends avec plaisir que l'équipage de pont est arrivé, que avez passé le bras de la Vistule et que vous marchez à grands pas à l'investissement de Danzig. Je donne l'ordre au 44e, qui est à Thorn, de se rendre en diligence à Danzig. J'envoie le même ordre au 19e de ligne, qui est sur la route de Stettin. Envoyez-le-lui de votre côté. Avec le 2e, cela vous formera un corps de 5,000 Français. J'ai donné de l'avancement à vos aides de camp comme vous le désirez. Il faut que vous preniez Danzig. C'est là qu'est attachée votre gloire. Ne vous inquiétez pas trop. Beaucoup d'ingénieurs se rendent pour vous aider dans les reconnaissances. Six pièces de 24 se rendent approvisionnées à 4,000 coups. Vingt pièces sont parties de Glogau et trente parties de Stettin.

Envoyez-nous la situation exacte de votre artillerie de campagne, qui doit être complètement approvisionnée. Je donne ordre au général Songis de vous envoyer quelques pièces de 12 de campagne ; cela vous servira pour briser leurs palissades, et contre leurs ouvrages de campagne.

Je vous envoie le général de division Michaud, qui a bonne envie de servir, et le général de brigade Dufour, ancien colonel du 21e, qui est un excellent officier, dans le genre de Schramm.

Vous avez 8,000 Polonais. Si vous trouvez que c'est trop, vous pourrez en envoyer 4,000 devant Graudenz et en retirer les troupes de Hesse-Darmstadt qui pourraient vous rendre plus de services. Faites-moi connaître ce que vous en pensez.


Osterode, 21 mars 1807, 9 heures du soir

Au général Chasseloup, à Praust

Le major général m'a mis sous les yeux le croquis du blocus de Danzig. Deux régiments francais vont se rendre devant cette place. Vous avez assez d'artillerie de campagne pour, en en usant, briser les palissades et enlever les ouvrages en terre de l'ennemi. Je donne ordre à Songis d'envoyer encore quelques pièces de 12 de campagne et des approvisionnements d'obusiers. Il faut couvrir le pont jeté par une tête de pont qui se liera au bord de la mer par une bonne redoute. Il faut avoir, six lieues en avant, sur cette langue de terre, de bonnes redoutes pour couvrir une petite avant-garde qui défendra cette péninsule pour prévenir à temps de ce qui voudrait s'introduire par là. Réunissez toutes les compagnies de sapeurs que vous voudrez et tous les officiers qui vous sont nécessaires. Si les troupes qui sont dans le camp retranché ne sont pas assurées de leur retraite, elles pourront se retirer sur Weichselmünde. Je doute que le gouverneur veuille tenir ce camp retranché lorsqu'il verra que vous lui coupez sa communication de Weichselmünde à la ville. Faites-moi faire une reconnaissance de la langue de terre de la Vistule à la mer, à l'endroit où vous aurez jeté votre pont et jusqu'à huit ou dix lieues plus haut du côté de Pillau.

On a fait embarquer à Varsovie une vingtaine de pièces de 19 qui sont venues de Silésie avec leur approvisionnement. Faites-moi connaître si elles vous sont utiles pour le siège. Les six pièces de 24 ont 3,000 boulets.

Vous et vos officiers du génie, aidez le maréchal Lefebvre, non-seulement pour ce qui vous regarde, mais aussi pour les opérations d'infanterie. Avec des troupes médiocres, il faut remuer beaucoup de terre.


Osterode, 22 mars 1807

Au prince Eugène

Mon fils, faites partir des dépôts des quatre régiments de cuirassiers et des 3e, 24e, 15e, 19e et 23e régiments de chasseurs tous les hommes qui existent aux dépôts bien montés, bien équipés.

Vous les dirigerez sur Augsbourg. Faites de tous ces détachements une seule colonne que vous mettrez sous les ordres d’un officier supérieurs. Je suppose qu'elle sera forte au moins de 1,000 hommes. Comme j’ai porté les régiments de cavalerie à 1,000 hommes, et que le ministre Dejean a fait les fonds pour la remonte et leur harnachement, je suppose que ces régiments seront de cette force:Vous ne mettrez pour ces détachements que les officiers et sous-officiers indispensables pour la route.


Osterode, 22 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un décret par lequel j'ordonne qu'une commission militaire soit réunie sans délai pour juger le nommé Samuel Vuitel, dont je vous envoie l'interrogatoire. Un exemple est nécessaire. Faites appeler le général Junot, et faites rédiger la sentence en règle par M. Treilhard, ou rédigez-la vous-même. Il faut que ce misérable espion soit jugé dans les vingt-quatre heures, et son jugement placardé dans Paris. 


Osterode, 22 mars 1807

A M. Fouché

Je ne sais pas si je vous ai écrit qu'un général réformé nommé Thuring (Henry-Joseph Thuring de Ryss, 1765-?. Arrêté le 19 janvier 1807, il passe à l'ennemi en mars et on perd alors sa trace) vint, l'année passée, à Austerlitz, sous prétexte d'être employé. Il ne le fut pas, mais il rôda de division en division. Il n'excita alors aucun soupçon. Cette année, il en a fait autant. Quelques officiers qui l'ont vu le suspectèrent, à raison d'une grande dépense qu'il faisait et qui était au-dessus de ses moyens. Cependant je rejetai des indices si légers. Je me contentai de le renvoyer de l'armée. J'ai découvert depuis que ce misérable est un espion; il a passé aux avant-postes, et dans ce moment il est à Saint-Pétersbourg. Voyez s'il a des biens en France ; informez-en Dejean et Mollien pour que l'on arrête tous les traitements qu'il peut avoir. Comme c'est un impudent, il est possible qu'il revienne en France; voyez quelles sont ses connaissances en France. Écrivez en Italie, Hambourg, Dalmatie et Constantinople ; car, sous son uniforme, il pourrait faire beaucoup de mal.

S'il est prouvé que le nommé Barré a été un chef de brigand, il ne faut pas l'envoyer à un dépôt colonial, d'abord parce qu'il s'échappera, ensuite parce que cela n'est pas convenable ; il faut le mettre dans la prison qui est du côté de Parme.


Osterode, 22 mars 1807

Au général Junot

Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de la manière dont vous avez fait partir les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 32e. Au lieu de les faire partir à 140 hommes, comme je l'ai ordonné, vous les avez laissées partir à 40 et à 60 hommes; au lieu de les faire partir bien habillées, bien armées et bien équipées, vous les avez fait partir sans habits. Passez vous-même en revue les détachements que vous allez m'envoyer, et qu'il ne leur manque rien. C'est un grand mal de m'envoyer des cadres non complets ; ce n'est pas ici sans doute qu'on peut les compléter.


Osterode, 22 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 9 mars. Il n'y a pas de doute que le contre-amiral Allemand ne devait pas attaquer l'ennemi à force égale; à plus forte raison si l'ennemi était supérieur. Je suis fâché qu'il n'ait que cinq vaisseaux ; pourquoi n'a-t-il pas le sixième ?


Osterode, 22 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 20 mars à quatre heures après midi. Vous ne me parlez plus de l'Autriche. Quels sont ses mouvements de troupes en Galicie ? Ayez l'œil sur les mouvements qu'elle fait ; vous en sentez toute l'importance. A-t-elle déjà fait des mouvements ?


Osterode, 22 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai l'habitude de donner aux soldats blessés un napoléon et aux officiers cinq. Faites faire l'état des blessés du dernier combat d'Ostrolenka qui sont à Varsovie, et, lorsque vous aurez cet état, rendez-vous aux hôpitaux et faites vous-même celle distribution. Mais ayez soin de n'en pas donner aux blessés des combats de Golymin et de Pultusk, parce qu'ils ont déjà touché cette gratification.


Osterode, 22 mars 1807

Au prince royal de Bavière

Je reçois votre lettre du 17 mars. Je donne l'ordre qu'il vous soit fait dans la caisse de votre corps d'armée un versement de 200,000 francs pour payer la solde et la masse de février. Pour la gratification en Pologne, votre corps d'armée jouira de la même gratification ; vous pouvez la mettre à l'ordre du jour. Je donne des ordres pour que vous soit remis 6,000 paires de souliers. Je n'en ai pas à Varsovie. Si vous n'avez pas de chevaux, faites des marchés. Je vous fait payer ce que vous débourserez. J'apprends qu'il y a beaucoup de déserteurs bavarois ; si vous croyez qu'il faille les éloigner des frontières de Galicie, il en sera ce que vous voudrez. Si vous pensez que les 14e et 4e courent risque à Varsovie d'avoir des déserteurs, à cause des Galiciens, je vous autorise à leur donner une autre direction sur Thorn.


Osterode, 22 mars 1807

Au maréchal Davout, à Detterswalde

Mon Cousin, puisque vous avez 60 caissons, vous ne pourrez jamais manquer de rien. Envoyez vos caissons ici, on les chargera tous de pain et de farine. Faites-moi connaître le nombre de fours que vous avez et combien vous pouvez faire de rations par jour. On vous donnera ici autant de farine que vous voudrez. En employant 30 caissons rien qu'à transporter des farines d'Osterode à vos fours, vous pourrez en transporter assez pour faire 40,000 rations de pain. Il faut donner la ration complète à vos troupes ; cela est de la dernière importance. Vos autres caissons peuvent être employés à transporter le pain. Par ce moyen, vous pourrez bientôt vous procurer une réserve de trois ou quatre jours de pain, chose nécessaire pour pouvoir, à tout événement, vous remuer. Quant à vos fourrages, éloignez un peu davantage vos parcs. Cédez un peu de terrain au maréchal Ney. Faites venir de l'avoine de Plock, de Lipno et de toutes ces villes, assez au moins pour votre cavalerie légère.


Osterode, 22 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, le pays où nous sommes ne pourra pas nous nourrir longtemps. Il faut prévoir le cas où il serait possible que, les ponts de Marienburg et de Marienwerder étant bien établis, et les têtes de pont de ces deux points, ainsi que celle de Sierock, bien assurées et bien armées, je sois contraint de mener mon armée sur la rive gauche de la Vistule, pour couvrir le siège de Danzig : alors les principales forces seraient sur Dirschau, Mewe, Neuenburg, Schwetz, Bromberg, Thorn , Wloclawek. Vous avez à Thorn des magasins et des manutentions ; vous en avez à Bromberg. Je vous ai donné l'ordre de faire faire des fours à Mewe et d'y établir des magasins; faites également construire des fours à Schwetz et à Neuenburg. J'imagine qu'il y en a également à Fordon. Il faudrait à Mewe 6 fours, 2 ou 3,000 quintaux de blé, que l'on peut faire venir d'Elbing, et 2,000 quintaux de farine, que vous pouvez y envoyer. Indépendamment de cette combinaison de reporter mon armée sur la rive gauche, il serait possible qu'agissant par ma parole je dirigeasse l'armée par le pont de Marienwerder, et alors les convois de Thorn recevraient l'ordre de passer par Mewe. Je regarde donc Mewe comme un point extrêmement important. Il vous est facile d'y diriger des farines par la Vistule; prenez-vous-y d'avance, afin que nous n'éprouvions pas d'embarras. Faites-moi faire un mémoire sur tout le pays de cette rive gauche depuis Dirschau jusqu'à Thorn, qui me fasse connaître ses ressources à cinq ou six lieues de profondeur, sous le point de vue des vivres et des fourrages. Faites-moi également un mémoire sur cette question : Si mon armée passait sur la rive gauche, un corps d'armée à Mewe, un autre à Neuenburg, un autre à Schwetz, un autre à Bromberg, un à Thorn, comment vivrait-elle ?   Comment serait-elle cantonnée ? Aurait-elle des villages à droite et à gauche, à six lieues de profondeur, pour s'y établir ?

Je ne sais si le canal est enfin navigable. Faites évacuer tous les blessés sur Nackel et déblayer Thorn le plus possible, pour qu'on puisse y envoyer les blessés s'il y avait une bataille. Je pense qu'un hôpital à Mewe serait bien placé. Faites-moi connaître le jour où les boulangeries et magasins de Mewe, de Neuenburg et de Schwetz seront fournis, et combien de rations on pourra y cuire. Vous sentez que, dans tout état de choses, cette lettre ne doit jamais être connue que de vous.


Osterode, 22 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, j'ai donné des ordres au prince Jérôme de diriger sept millions d'argent des caisses de Silésie sur Thorn. Aussitôt qu vous m'aurez fait connaître que le payeur a pris des mesures pour payer la solde de janvier, j'ordonnerai le payement de février et mars. Qu'il paye les secours que j'ai accordés aux masses. Qu'il verse dans la caisse de la Garde et dans la caisse de la division Oudinot les mois de février et mars.

Il parait que la Silésie n'a point de bœufs, car j'en ai demandé 2,000 au prince Jérôme, qui déclare qu'il ne peut s'en procurer que par des marchés en Galicie. Il nous en expédie cependant 600. Nous allons bientôt manquer de viande.


Osterode, 22 mars 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, il parait, par les états des magasins au 13, que, comme je vous l'ai mandé, il y a peu de ressources en vivres à Przasnysz, à Willenberg et à Pultusk. Il est donc convenable de faire diriger 300 quintaux de farine sur Przasnysz, et autant sur Willenberg. Dirigez aussi sur Przasnysz un troisième convoi de 20,000 rations de biscuit; cela nuira sans doute aux envois à la Grande Armée, mais il faut que tout le monde vive.


Osterode, 22 mars 1807

Au général Clarke

Je vois, dans les états de situation des dépôts de Potsdam, du 11 mars, qu'il y a 300 cuirassiers, 50 carabiniers, 500 dragons et 100 chasseurs ou hussards qui n'ont pas de chevaux, indépendamment de 500 hommes des 3e et 24e de chasseurs qui n'ont plus de chevaux.

Prenez des mesures pour procurer le plus promptement possible ces chevaux avec les selles et les objets de remonte. C'est un véritable malheur que, par défaut de chevaux, les carabiniers et cuirassiers né puissent venir à l'armée. Il ne faut m'envoyer aucun homme à pied. Je vais en renvoyer un millier à Potsdam. Les fatigues de la guerre en ont mis beaucoup à pied.


Osterode, 22 mars 1807

Au général Clarke

Le 12 mars, il y avait à Stettin 73 hommes du dépôt du 1er corps, 389 du 7e, 142 hommes isolés. Que font là tous ces hommes ?

Je vois, dans le même état, qu'il y a des détachements de chasseurs et de dragons à Stettin; ce qui est inutile. Il y a à Prenzlow, 53 hommes du 1er corps et 7 dragons. Il y a à Stendal (village d'où Henry Beyle tirera son nom de plume, Stendhal) 5 dragons du 25e et un chasseur du 22e. Faites donc partir tout cela. Ces hommes isolés ruinent les corps et ne sont d'aucun secours. Que peuvent faire un, deux, trois hommes dans un pays, isolés ? et réunis ils font une armée.

Il y a aussi à Francfort beaucoup plus de monde qu'il n'en faut.


Osterode, 23 mars 1807

DÉCISION

L'intendant général de la Maison de l'Empereur propose à Sa Majesté d'approuver la nomination de M. Belle fils en qualité d'inspecteur et de professeur à la manufacture des Gobelins. M. Belle fils suppléait depuis longtemps son père, et il l'a remplacé provisoirement depuis son décès en septembre 1806.

Je n'entre point dans tout ce petit privilège de famille. M. Belle est-il l'homme de France le plus apte à sa place ? S'il y en a un meilleur à Paris, mon intention est de le prendre.


Osterode, 23 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j'ai nommé le sénateur d'Aboville gouverneur de Brest, et mis cette ville en état de siège; c'est vous dire que le gouverneur a tous les pouvoirs. Mon intention est qu'il ait trois de ses aides de camp officiers de marine, dont un capitaine de vaisseau et deux capitaines de frégate. Aidez-le dans ce choix. Je désire qu'il ait de bons officiers de marine, conciliants et qui marchent bien avec les officiers de terre. Le sénateur d'Aboville aura trois autres aides de camp pris parmi les officiers de terre. Vous donnerez au général d'Aboville 4,000 francs par mois; comme le ministre de la guerre lui en donnera autant, cela lui fera 8,000 francs par mois. En forme de conversation, vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il représente un peu pour maintenir un bon esprit dans celte ville. Mon intention, du reste, est que rien ne soit dérangé dans la marche ordinaire des affaires. M. d'Aboville n'a de pouvoir que pour la défense. Il faut qu'il puisse ordonner les mouvements de vaisseaux et chaloupes en rade, autant que cela peut concourir à la défense dont il est chargé. Du reste, il n'a rien à voir en comptabilité, ni en ce qui concerne le courant de l'administration.

J'ai reçu votre rapport du 8 mars. Je pense qu'un des régiments que vous avez organisés à Rochefort pourrait tenir garnison à l'île d'Aix. Cela me mettrait à même d'en retirer trois bataillons de terre pour augmenter le camp de Napoléon; augmentation que je verrai avec plaisir, puisque ce camp est destiné à se porter en Bretagne, en Normandie et partout où il serait nécessaire. Je suppose que mon escadre de Rochefort est toujours mouillée à l'île d'Aix; car, si elle avait appareillé, toute garnison à l'île d'Aix deviendrait inutile, et alors je préférerais qu'un bataillon du régiment de Rochefort allât à Belle-Isle. Si le régiment de Lorient peut envoyer six compagnies de 600 hommes à Belle-Isle, faites-les partir. Il est toujours bien d'augmenter les forces de Belle-Isle.


Osterode, 23 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j'ai mis la place de Brest et celle d'Anvers en état de siège. J'ai confié le commandement de la place de Brest au sénateur d'Aboville que j'en nomme gouverneur, et celui de la place d'Anvers au général Ferino, avec le même titre. Vous leur remettrez les lettres ci-jointes. Vous leur ferez comprendre qu'ils ne doivent rien changer à la marche ordinaire de l'administration de la marine et des travaux, et que ce n'est que dans les circonstances extraordinaires qu'ils doivent tout attirer à eux. Il faut qu'ils se rendent sans délai dans leur gouvernement, qu'ils passent la revue de leurs troupes, qu'ils arment leurs forts, et, sans pousser les choses trop loin, qu'ils se mettent en état d'en imposer à l'ennemi.


Osterode, 23 mars 1807  

ORDRE DU JOUR.

Le maréchal Mortier témoignera ma satisfaction aux compagnies de voltigeurs du 58e régiment de ligne et du 4e d'infanterie légère qui ont défendu la redoute devant Stralsund, à la sortie du 14 mars. Le capitaine Drivet, , commandant la compagnie du 58e, est nommé membre de la Légion d'honneur; trois décorations de la Légion d'honneur sont accordées aux compagnies de voltigeurs du 58e et du 4e léger, pour être données aux officiers et sous-officiers qui, de l'opinion de leurs camarades, se sont le plus distingués dans cette journée.


Osterode, 23 mars 1807

Au maréchal Berthier

Le pont de Marienburg et celui de Marienwerder étant établis, mon intention est de porter mon quartier général à Finkenstein. Vous voudrez bien, en conséquence, ordonner que l'on reconnaisse sur-le-champ la route de Saalfeld et Finkenstein à Thorn, par Freistadt, Rehden et Culmsee. Comme cette route n'a pas plus de vingt-cinq ou trente lieues, elle est plus courte que celle de Thorn à Osterode; il faut l'organiser par journées d'étapes; ce sera la route de communication avec le quartier général.

Proposez-moi les changements que cela doit opérer dans la route de Varsovie au quartier général; puisqu'elle ne devra plus passer par Osterode, cela la rapproche de la Vistule.

Ma Garde et le corps d'Oudinot seront cantonnés aux environs de mon quartier général, savoir : à Riesenburg, Freistadt, Christburg, Deutsch-Eylau.

Le maréchal Davout s'étendrait dans tous les cantonnements de la Garde, et porterait son quartier général à Osterode. Le maréchal Soult cessera de rien tirer de Marienwerder.

La division Nansouty sera cantonnée, la droite à Christburg et la gauche à Elbing. Elle fera son mouvement demain. Tous les convois qui, de Thom, se dirigent sur Osterode, se dirigeront sur Finkenstein.

Les convois par eau, qui sont à Thorn, 200,000 rations de biscuit, 3,000 quintaux de farine et 100,000 rations d'eau-de-vie, seront dirigés par eau sur Marienwerder, d'où ils ne seront qu'à dix lieues du quartier général. Marienwerder deviendrait le véritable point d'appui de l'armée.

La manutention d'Osterode continuera à avoir lieu pour aider à nourrir les 3e et 6e corps, et même le 4e. On fera partir demain tous les constructeurs qui sont à Osterode, un commissaire des guerre, un garde-magasin, pour établir à Finkenstein des fours et des magasins dans l'église; s'il n'y a pas d'église et qu'il soit impossible d'avoir des magasins, on les établira à Riesenburg.

Le maréchal Bessières enverra aujourd'hui son chef d'état-major pour reconnaître les emplacements de la Garde à Riesenburg, Rosenberg, Christburg, Freistadt, etc. La droite à Deutsch-Eylau.

Des ingénieurs géographes iront lever le terrain depuis Deutsch-Eylau, Saalfeld jusqu'à Marienburg et Elbing. Des ingénieurs militaires partiront aujourd'hui pour reconnaître tous les environs et reconnaître une position militaire qui appuierait la droite au lac de Saalfeld et à Deutsch-Eylau et la gauche à Elbing.

Mon petit quartier général se rendra demain au château de Finkenstein, pour y préparer mon quartier général et marquer les logements.

On distinguera dans les magasins d'Osterode ce qui appartient à l'armée et à la Garde. Les quatre fours qui avaient été donnés à la Garde seront donnés au 1er corps. Le reste continuera à appartenir à l'armée. Les boulangeries, soit de la Garde, soit de l'armée, continueront à cuire à Osterode, jusqu'à ce que les fours et magasins soient établis à Finkenstein. On donnera l'ordre à Elbing d'envoyer sur-le-champ au magasin de Finkenstein 3,000 quintaux de farine, de l'eau-de-vie, du vin et de la bière.

Tout ce qui existe à Mohrungen en magasin et les fours qui auraient été construits seront remis au 4e corps. On fera construire six fours à Marienwerder.

Aussitôt que la reconnaissance de la rive gauche de la Vistule sera revenue, vous me proposerez une route pour mes courriers et pour les troupes de Marienwerder à Stettin.


Osterode, 23 mars 1807

Au maréchal Berthier

Écrivez au général Zajonchek qu'il faut avoir le cœur net des mouvements de l'ennemi; que je lui ai mandé hier de quelle manière il devait s'y prendre pour l'attaquer : qu'il réunisse 12 à 1500 hommes de cavalerie, qu'il les fasse soutenir par deux bataillons d'infanterie, qu'il soutienne lui-même ces deux bataillons par le reste de sa division, et qu'il culbute partout les postes des Cosaques. En suivant la méthode qui lui a été prescrite hier, il est impossible qu'il n'en fasse pas un grand nombre prisonniers. Qu'il occupe Passenheim , qu'il prévienne le général Gazan de son mouvement, qui en fera un de cavalerie devant lui, et qu'il vous fasse connaître, aussitôt qu'il l'aura effectué, s'il y a autre chose là que des Cosaques et quelques compagnies dé chasseurs pour les soutenir.

Envoyez-lui un officier francais, qui reviendra apporter les premiers renseignements que l'on aura.


Osterode, 23 mars 1807

A M. Daru, à Thorn

Monsieur Daru, je désire savoir quels sont les besoins d'argent : 1° pour payer la solde jusqu'au 1er juin; 2° pour faire face aux différents besoins de l'administration jusqu'à la même époque; 3° quelle est la situation actuelle de mes ressources à Varsovie, Thorn, Breslau, Küstrin et Berlin; 4° quelles sont mes ressources d'ici au 1er juin. Le besoin de souliers se fait sentir à l'armée; faites-moi connaître combien j'en ai à Thorn, et sur quoi je puis compter. Faites-moi aussi un rapport qui me fasse connaître l'état de la levée des chevaux, combien il en est rentré, combien il en reste à rentrer; même chose pour la Silésie.

Rendez-moi compte aussi du nombre de selles qui ont été commandées à Berlin ; de ce qui a été livré, de ce qui a été consommé, et de ce qui reste à livrer.

J'ai ordonné que les États de Hanovre payeraient tant par semaine; il faut qu'ils le payent. Cette contribution doit commencer à être payée depuis le moment de notre entrée en Hanovre. Dites cela aux députés. Renvoyez en Hanovre tous les députés de ces États qui seraient à Varsovie ou à Berlin. Pour les cinq ministres du roi d'Angleterre, il n'y a pas d'inconvénient à les faire arrêter et à les chasser du pays. Pour les 6,000 hommes qui composent l'armée hanovrienne, je ne sais point ce que cela veut dire. Ces hommes ne sont pas armés ni enrégimentés. Écrivez dans ce sens à l'intendant. Faites bien comprendre aux États que, s'ils ne payent pas, un jour 
ou l'autre on prendra des mesures extraordinaires pour les faire payer.


Osterode, 23 mars 1807

A M. La Boullerie (François-Marie-Pierre Roullet, baron, puis comte de La Bouillerie, 1764-1833)

Monsieur la Bouillerie, je vous ai nommé payeur général de la marine; je suis bien aise d'avoir trouvé cette occasion de vous témoigner ma satisfaction. Je vous ai nommé de la Légion d'honneur; je suis bien aise de vous l'annoncer moi-même.


Osterode, 23 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon frère, on a envoyé de Breslau à Praga seize pièces en fer. Avec la grande quantité de pièces que nous avons en Silésie, il vaut mieux envoyer de bonnes pièces que de mauvaises. Dirigez sur Praga, pour la défense de la ville et de la tête de pont, six obusiers prussiens. Dirigez-y aussi une trentaine de milliers de poudre et des boulets de 6 et de 12.

e vous prie de m'envoyer l'état de situation des 400 hommes de cavalerie que je vous ai envoyés pour les faire monter. Combien y en a-t-il de partis ? Combien en reste-t-il à partir, et quand partiront-ils ?


Osterode, 23 mars 1807

Au général Clarke

 Je vous ai fait connaître que mon intention était que le bataillon de Weimar se rendit sous les ordres du général Belair (Alexandre-Pierre Julienne, dit Belair, 1770-1840. Il commande la cavalerie du 5e corps), et fût employé à couvrir le canal de Küstrin à Bromberg.

Je ne vois pas d'inconvénient à ce que la jeune princesse de Weimar retourne chez elle.

Vous devez avoir dans ce moment au moins 200 dragons de la Garde montés; faites-les donc partir pour l'armnée.


Osterode, 23 mars 1807

Au roi de Hollande

Les 72e et 65e régiments, qui sont dans votre royaume, ont reçu de la conscription 1807 près de 1,000 hommes. Ils vont en recevoir beaucoup de 1808. Prenez des mesures pour que leur habillement ne souffre d'aucune manière et que tous ces conscrits soient habillés sans délai. Passez par-dessus toutes les difficultés que feront les ministres hollandais, en fournissant aux magasins les objets nécessaires. Faites passer aussi la revue de ces deux dépôts, et, si vans pouvez faire partir un détachement de 500 hommes de chacun de ces régiments, dirigez-les sur Magdeburg et ayez soin de m'en prévenir. Il suffira d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant, d'un sergent-major, de quatre sergents et de huit caporaux, et de deux tambours, pour ces 500 hommes que je ferai venir à l'armée. Qu'ils partent surtout bien armés et bien habillés. J'ai vu avec plaisir par votre lettre du 11 mars que vous faisiez passer des secours à Hambourg. J'approuve également le camp de Zeist que vous formez. Je ne pense pas que les Anglais tentent rien contre vos États. Ils ont un effectif de 25,000 hommes à Malte; ils viennent d'envoyer des renforts dans leurs colonies; ils feront probablement une expédition de 20 à 25,000 hommes dans la Baltique.

J'ai vu avec plaisir que le général Daendels(Herman Willem Daendels - le Napoléon en miniature -, 1763-1818. Napoléon lui confiera la défense et l'organisation des Indes orientales néerlandaises) était allé seul à Batavia. Les Anglais ne prendront point Batavia, et le peu de secours que vous y auriez pu envoyer n'aurait pas été suffisant pour mettre cette île à l'abri de leur attaque.

Complétez vos troupes. En Allemagne, il n'y a aujourd'hui que 7,000 hommes. A Flessingue, ayez un commandant francais qui, seul, aura assez de résolution pour couper les digues, si la place était envahie. Envoyez secrètement un de vos aides de camp pour visiter Anvers et voir si cette place est à l'abri d'un coup de main; si les ponts-levis, palissades, si tout enfin est en état, si l'artillerie est en batterie.

Vos régiments de cavalerie ne sont qu'à 300 hommes. Envoyez des chevaux et l'équipement nécessaire pour les former à 1,000 hommes. C'est la formation que j'ai donnée à tous mes régiments. N'épargnez pas l'argent; ce serait de l'économie mal entendue.


Osterode, 23 mars 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je viens de passer en revue le 15e régiment de chasseurs; je l'ai trouvé parfaitement tenu, bien habillé, bien équipé, et j'espère qu'à l'heure qu'il est le 4e régiment de ligne italien et les dix régiments que je vous ai demandés sont partis, et que vous y aurez joint une compagnie d'artillerie légère italienne. Les régiments italiens que j'ai sous les ordres du général Teulié sont tous les jours au feu devant Kolberg et s'accoutument à la grande guerre, ce qui est un grand bien pour l'armée italienne.

Je vous recommande de faire visiter tous les dépôts des régiments de cuirassiers et de chasseurs, et de faire partir tout ce qui est bien monté et bien équipé; mais ne m'envoyez personne à pied, parce que j'ai dans ce moment, par suite des fatigues de la campagne et des événements de la guerre, plus d'un millier d'hommes que je ne puis monter.

Vous aurez vu l'organisation par laquelle j'ai porté mes régiments de cavalerie à 1,000 hommes : je suppose que les conscrits de la réserve de 1807 arrivent, que le ministre Dejean a fait les fonds nécessaires et autorisé de passer les marchés, et qu'avant juin mes régiments d'Italie auront 1,000 hommes à cheval.

J'écris au roi de Naples de vous envoyer un ou deux régiment de cavalerie. Le roi de Naples m'a mandé que les conscrits lui étaient arrivés en bonnets de police; cela ne fait pas l'éloge du général Charpentier.

Je viens d'appeler la conscription de 1808; beaucoup des nouveaux conscrits sont dirigés en Italie, surtout sur les régiments qui ont quatre bataillons.

L'été arrive; je vous l'ai déjà mandé et je vous le répète encore : il faut qu'au mois de mai toutes mes troupes soient cantonnées dans des pays sains. C'est pour l'armée d'Italie une différence de 20,000 hommes. Laissez dire ce qu'on voudra; je connais mieux l'Italie que les Italiens ne la connaissent. Crémone, Ferrare, Peschiera, Legnago, Palmanova ne sont pas sains. Como, Brescia, Bergame, Salô, Vérone, Vicence, Bassano, Bellune, Udine sont très-sains. Je crois même que Trévise et Padoue sont assez sains. Bologne, Reggio, Rimini, Faenza sont des pays sains; Modène, Cesena le sont moins; cependant cela est encore passable. Je ne parle pas de Mantoue : autant de régiments que vous mettrez dans cette place, autant de régiments de perdus; n'y mettez que des italiens, qui, accoutumés au climat, le redoutent moins. Le principe d'envoyer des détachements dans les pays malsains et de les relever tous les quinze jours est un mauvais principe ; il n'y a qu'un parti, c'est d'éviter les mauvais pays.

Mon camp de Vérone est bien placé; mais, lorsque la mi-mai arrivera, tout ce qui est cantonné entre Vérone et le bas Adige, il faudra le placer entre Vérone et le Tyrol.

Mon camp de Brescia est également bien placé; mais on peut faire la même observation : à la mi-mai, il vaudra mieux faire monter quelques corps entre Brescia et le Tyrol que de les laisser se prolonger dans la direction de Crémone.

Même observation pour mes camps de Bassano, de Vicence et du Frioul.

A la mi-mai, placez des bataillons italiens à Mantoue, Peschiera, Porto-Legnago, et Palmanova. Pizzighettone est malsain. Cassano est sain; Lodi l'est moins, mais, pour un dépôt, cela est tolérable.

Au mois de septembre, on pourrait établir un camp de 20,000 hommes dans la plaine de Montechiaro. Avez-vous des tentes ? Faites le devis de la dépense que le camp occasionnerait; en tenant ainsi un mois les troupes campées, elles gagneraient beaucoup; on pourrait, en octobre, les y faire remplacer par l'autre moitié de l'armée.

Surtout, hormis Rimini, ne placez aucun détachement francais sur l'Adriatique; de Rimini à Ancône, le pays est constamment très-sain.

C'est par suite de soins de cette nature que, dans mes campagnes d'Italie, je n'ai jamais eu que le quart des malades qu'on a eus depuis à l'armée d'Italie. Écrivez au général Marmont pour qu'il ait la même attention en Dalmatie. Il est de fait qu'en Italie un régiment qui arrive a le double de malades comparativement à un régiment qui y aurait déjà passé une campagne; qu'un régiment qui est à sa troisième campagne d'Italie a le cinquième de malades de moins que le régiment qui n'est encore qu'à sa seconde campagne; jugez donc quels soins il faut avoir des conscrits qui arrivent en Italie pour leur première campagne. Veillez à ce qu'ils ne soient pas entassés, à ce qu'ils soient commodément casernés, à ce que les chefs ne suivent pas la méthode française d'exercer avant le lever du soleil : dans toute l'Italie l'air du matin est funeste. On ne doit faire lever et exercer les conscrits qu'une heure après le lever du soleil. Il ne faut pas être grand médecin pour expliquer cette précaution, dans un pays où les cultivateurs inondent toute la nuit leurs rizières. Il faut aussi ordonner que les exercices par compagnie et par peloton aient lieu sur les places publiques; ainsi, à Modène, il vaut mieux exercer les troupes dans la cour du palais que dans la campagne; même observation pour Milan. A Bologne, il y a une grande place qui convient pour exercer les recrues. Tous les terrains qui environnent les villes sont humides, et l'air y est moins bon que dans la ville. Si vous tenez la main à ces mesures, cela vaudra beaucoup mieux que du quina et que de bons médecins, et, pour les Français, on ne saurait trop y veiller, parce qu'il est dans le caractère de la nation de mépriser et de dédaigner toutes ces précautions.

Il faut, dans l'organisation de mon armée italienne, porter aussi les régiments de cavalerie à 1,000 hommes; car qu'est-ce que 500 chevaux ? Un régiment de cette force ne peut mettre en campagne que 400 chevaux, et finit par rouler sur 250 ou 300. Un régiment de 1,000 hommes, au contraire, présente 900 chevaux à l'entrée en campagne, et 600 au moins pendant toute la campagne.


Osterode, 23 mars 1807

Au roi de Hollande

Je désire que non-seulement vous ne donniez à aucun officier francais, mais même que vous n'offriez à aucun le grand cordon de vos Ordres sans m'avoir consulté. Il est inutile de donner ces ordres à des personnes qui n'ont pas de fortune. Quand je donne le grand cordon français à un homme qui n'a pas 60.000 francs de rente, je suis obligé de lui donner une forte pension. A quoi sert de décorer des gens qui ne peuvent pas soutenir leur décoration ?


Osterode, 24 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon cousin, je reçois vos lettres des 12 et 13. Vous aurez vu que, tous ces jours-ci, je me suis beaucoup occupé de la défense des côtes de France. Je vous ai envoyé un décret pour la formation de cinq légions de l'intérieur, un sénatus-consulte pour la levée de 80,000 conscrits, et un décret qui met Brest et Anvers en état de siège. Vous en recevrez un qui établit un conseil de guerre pour la défense de l'intérieur.

M. Dejean doit expédier des selles, des brides et des bottes pour la Grande Armée; mais il doit les expédier sur des caissons appartenant à l'État, et non sur des transports du commerce. Vous m'annoncez que 43 caissons sont partis avec les effets de la Garde impériale. Puisqu'il y a 63 autres caissons, il faut les charger de tous les effets et ne rien envoyer par le roulage.

Je suis bien loin de croire que le munitionnaire soit couvert de son débet; s'il faisait faillite, il faudrait prendre d'avance des mesures pour mettre à couvert les intérêts du trésor. La garantie de l'Espagne n'en est pas une suffisante.


Osterode, 24 mars 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 13 mars. J'ai pris un décret pour traduire devant une commission militaire et faire fusiller ce misérable agent de Fauche-Borel (Louis Fauche-Borel, 1762-1829. L'un des plus célèbres agents secrets de Louis XVIII, qui... se donna la mort en 1828).


Osterode, 24 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, il y a des Russes dans nos hôpitaux de Bromberg faites-les évacuer hors de notre ligne d'évacuation; sans cela ces misérables mettront la peste dans nos hôpitaux. La division Zajonchek a aussi une maladie épidémique; ayez soin que ces malades ne soient pas évacués avec les nôtres. On peut les évacuer du côté de Plock.

Je vous ai envoyé une proposition du gouvernement qui a été faite au prince de Bénévent : voyez si l'on peut faire le marché. Il ne faut point trop dégarnir les magasins de Varsovie.

Le prince Jérôme me mande que 50,000 pintes d'eau-de-vie sont parties pour Thorn. Une grande quantité de voitures chargées d'artillerie doit arriver à Thorn; profitez-en pour évacuer vos malades et blessés sur Posen et les hôpitaux de la rive gauche, et renvoyez promptement des voitures en Silésie; c'est le moyen qu'elles vous reviennent chargées.


Osterode, 24 mars 1807 (date présumée)

Au prince Borghèse

Le prince Borghèse se rendra à Varsovie. Il remettra la lettre ci- jointe à M. de Talleyrand; il annoncera partout qu'une division nouvelle de Bavarois, de 20,000 hommes, arrive à Varsovie, ainsi qu'une division française de pareil nombre, qui se rend également à Varsovie. Il dira cela dans les sociétés, sans affectation.

Le lendemain de son arrivée, il ira visiter les travaux de Praga et me fera un rapport détaillé sur ce qu'il y a de fait et sur ce qui reste à faire; il ira voir les parcs d'artillerie, les magasins d'artillerie, et dira au commandant de l'artillerie qu'il faut que, sous quatre jours, il y ait vingt pièces de canon en batterie à Praga.

Il verra l'ordonnateur pour qu'on prenne toutes les mesures pour faire des capotes, afin qu'on puisse en donner à ceux qui sortent des hôpitaux.

Trois jours après son arrivée, il ira à Thorn passer en revue les dépôts de cavalerie qui s'y trouvent; il aura soin de se faire annoncer d'avance pour qu'il trouve les états prêts; à son retour de Thorn, il ira visiter les fortifications de Praga, afin de juger les progrès qu'il y aura eu dans les travaux et l'armement , et il m'en fera un autre rapport.

Il ira voir la manutention des vivres et s'assurera de la quantité de pain, biscuit, blé, farine, eau-de-vie qui se trouve dans les magasins de Varsovie et de Praga, avec le nombre des boulangers, en distinguant les boulangers francais de ceux du pays; et il me rendra, de plus, compte de tout ce qu'il aura vu.

Après cela, il ira à Sierock pour y voir la situation des travaux, et m'enverra un plan avec la description.

De là il ira à Modlin; il y fera le même travail et s'informera où sont les bois qui servaient au pont de Modlin.

De là il se rendra au quartier général, où il sera arrivé le 5 avril.


Osterode, 24 mars 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, j'ai fait solder la Grande Armée pour octobre, novembre, décembre 1806, et janvier et février 1807. Je la ferai solder pour mars, avril, mai et juin. Nous verrons ensuite comment nous ferons le compte avec le trésor; mais, en attendant , vous ne devez avoir aucune réserve en espèces pour les neuf millions. Cela vous mettra à votre aise de près de trente millions. La bonne direction que vous avez donnée au trésor et l'indépendance où vous l'avez mis des banquiers est un véritable bien et sera un jour une source de prospérités pour nos manufactures et notre commerce.

J'approuve ce que vous avez fait relativement au ministre des relations extérieures.


Osterode, 24 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 21 mars, six heures du soir. Vous ferez appeler le général Cazals (Louis-Joseph-Elisabeth, baron Cazals, 1774-1813. C'est lui qui va construire le camp retranché de Praga. Il est le neveu de Dejean) et vous lui communiquerez les observations ci-jointes que j'ai faites sur le plan de la tête du pont de Praga. Je désire qu'il m'envoie une carte qui me présente non-seulement la tête du pont, mais aussi le camp retranché. Vous me ferez connaître l'opinion du général Cazals sur ces observations. Je les ai envoyées au général Chasseloup , mais il est en ce moment devant Danzig, et sa réponse éprouvera des délais.


Osterode, 24 mars 1807

OBSERVATIONS SUR LA TÊTE DE PONT DE PRAGA

Au 1er avril, la ligne magistrale de la tête de pont se trouvant revêtue en bois, ce revêtement sera de 13 pieds de haut; au ler mai, la contrescarpe et le chemin couvert seront revêtus.

On me propose, pour la contrescarpe, 6 pieds de hauteur : c'est trop peu. Il faut qu'elle ait également 13 pieds de profondeur; et pourquoi ne donnerait-on à la contrescarpe que 6 pieds ? Il n'en coûte pas davantage, puisque les bois ont 12 à 14 pieds de longueur; par conséquent le travail est le même; mais la défense serait bien différente. Un homme qui arrive sur le bord d'un fossé se décide facilement à franchir six pieds, mais il lui est bien plus difficile d'en franchir treize. Le fossé ayant en général 10 toises de large, il n'est point difficile, dans cet espace, de lui rendre depuis le milieu, c'est-à-dire depuis 5 toises, plus de profondeur du côté de la contrescarpe de manière que le fossé ait 13 pieds de profondeur, indépendamment du commandement du chemin couvert. Il faudrait donc que le fossé depuis la contrescarpe jusqu'à la moitié du fossé, fût une cunette qui aurait 5 pieds de profondeur de plus que l'autre moitié du fossé; ce qui mettra à même de donner 13 pieds de hauteur à la contrescarpe. Les terres qu'on excavera seront employées à donner plus de relief aux glacis. Mais le revêtement de la contrescarpe étant un ouvrage en bois doit exiger une autre espèce d'ouvriers. L'on pourrait donc en même temps travailler aux ouvrages avancés de cette tête de pont car, si l'on demande quels sont les ouvrages à faire immédiatement après la ligne magistrale, on peut répondre que ces ouvrages sont une demi-lune au milieu C A et deux espèces de redoutes ou couvre-faces devant les bastions B et G. Le but de la demi-lune sur C A ne demande aucune explication : cette demi-lune arrête tous les effort de l'ennemi s'il veut attaquer de vive force; et, s'il attaque en règle elle donne un plus grand degré de force à tout le front.

Les deux redoutes ou couvre-faces, éloignées de 60 ou 100 toise des ouvrages B et G, doivent avoir deux buts : 1° éloigner les batteries ennemies qui menaceraient le pont; 2° rendre inattaquables le fronts B G et A B, tant que l'on n'aura point pris ces deux redoutes Je voudrais que ces deux redoutes fussent fermées, et que cependant elles communiquassent avec les ouvrages B et G par le moyen d'un caponnière de 60, 80 ou 100 toises. Cette caponnière aurait deux buts : elle défendrait la gorge de la rivière, puisque tout le long on pourrait placer des pièces de canon sur le côté de la rivière; le même canon pourrait être retourné du côté de la campagne, et donner aux fronts C G et A B une étendue de 100 toises. Cette caponnière no serait pas difficile à faire, car, du côté de la rivière, il y en aurait à peine besoin. Il n'y a donc à travailler que du côté de la campagne. Un fossé, une levée de terre, par la suite une palissade seraient tout ce qu'il faudrait là.

On pense qu'au 1er avril, la ligne magistrale une fois revêtue, si l'on peut commencer ces trois ouvrages à la fois sans nuire au revêtement de la contrescarpe, ce qui peut se faire parce que les ouvriers sont d'une autre espèce, ou si l'on peut réunir beaucoup d'ouvriers, on pense que, dans ce cas, on doit le faire et commencer ces trois ouvrages.

Enfin il faudrait faire deux fours et choisir une manutention dans l'intérieur des ouvrages. Il faudrait que le magasin pût contenir un millier de quintaux de farine, et désigner un emplacement pour le parc d'artillerie, le parc de boulets, les salles d'artifices, etc.

Il faut aussi avoir soin de réunir une grande quantité de bois pour se blinder. C'est le moyen d'être à l'abri des obus et de procurer à la garnison plus de tranquillité.


Osterode, 24 mars 1807

Au général Saint-Laurent, directeur du grand parc d'artillerie (Louis-Joseph_Auguste-Gabriel, baron Saint-Laurent, 1763-1832, général d'artillerie)

Il y a six semaines que j'ai demandé des fusils; il n'en est pas encore arrivé à Thorn. J'ai ici 3,000 hommes sans armes. Il n'est aucune opération qui soit plus importante que de nous en faire passer sans délai. Faites-moi connaître sur quoi je puis compter. Les fusils sont le besoin le plus pressant de l'armée.


Osterode, 24 mars 1807 

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, le rapport du chef de bataillon d'artillerie n'a pas de sens. Ces pièces de 12 en fer sont fort bonnes; faites-les mettre en batterie. Ce n'est pas la mer à boire que de réparer les affûts. Qu'il fasse partir pour Thorn les pièces de bronze qu'a demandées le général Songis.

Il doit y avoir beaucoup de pièces russes à Modlin et à Varsovie. L'officier d'artillerie ne les porte pas dans ses états. Ces pièces russes peuvent très-bien servir, leur calibre est le même que le nôtre. Il peut mettre ces pièces sur la gauche, et les seize pièces qui arrivent, sur la droite.

Faites charger par eau 150,000 rations de biscuit et 3,000 quintaux de farine, et dirigez-les par la Vistule sur Marienwerder pour l'approvisionnement de ce magasin. J'ai aujourd'hui des ponts à Marienwerder, Marienburg et Dirschau.


Osterode, 24 mars 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, le commandant d'artillerie de Varsovie me parait avoir besoin d'être remué. Faites en sorte qu'il mette sur-le-champ les seize pièces de 12 en batterie à la tête de pont Praga.

Choisissez vous-même quatre ou cinq obusiers russes pour également mis en batterie à la tête de pont de Praga.

S'il n'y a pas d'obus, faites-en venir sans délai de Silésie; écrivez pour cela au prince Jérôme. Voyez le parti qu'on peut tirer des autres pièces russes pour garnir les ouvrages de Praga.

Indépendamment des canonniers francais, servez-vous des canonniers polonais pour aider à cet armement et à ce service. Faites qu'il y ait un officier d'artillerie demeurant à Praga et qui soit chargé de l'armement et du service d'artillerie de la place.

Faites désigner un emplacement pour recevoir 100,000 boulets,  le magasin à poudre, etc. Il faut aussi une forge et des ouvriers s'occupant perpétuellement à réparer les affûts.

Faites-moi un rapport sur le nombre de pièces russes prises à Pultusk, Golymin, et par Savary à Ostrolenka : elles doivent se trouver à Modlin, à Sieroek ou à Varsovie.


Osterode, 24 mars 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, je reçois votre lettre du 22 mars : je vous ai écrit relativement aux fortifications de Praga. Il faut veiller aussi à ce qu'on pousse vigoureusement celles de Modlin et de Sierock. Où sont les bateaux qui formaient le pont de Modlin? sont-ils toujours là, et pourra-t-on faire le pont quand on voudra ? Quand Modlin et Sierock seront-ils en état de défense ?


Osterode, 24 mars 1807      

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, ne vous pressez pas d'envoyer les convalescents à Pultusk. Ce qui est bien portant envoyez-le aux corps; mais ce qui est malade, gardez-le à Varsovie. Veillez à ce qu'ils soient bien nourris, à ce qu'on 1es exerce, à ce qu'on les habille. Prenez des mesures pour qu'ils aient des capotes.


Osterode, 24 mars 1807

Au maréchal Lefebvre

Je reçois votre lettre du 20. J'ai vu avec satisfaction la bonne conduite de la brigade Schramm. J'ai accordé les décorations que vous m'avez demandées. Témoignez ma satisfaction aux Saxons. Je suppose qu'à l'heure qu'il est le pont sera jeté et la tête de pont construite. Il faut enlever le camp retranché et couper la communication du fort avec la ville. Les Polonais ont des officiers qui ont bonne volonté.

Le moyen qu'ils valent quelque chose est de le leur dire, de le leur persuader. Si l'on dit tous les jours à l'état-major qu'ils ne valent rien, l'on n'en tirera aucun parti. Rien n'est si mauvais que la garnison de Danzig, et certes les Polonais la valent bien. Vos postes aujourd'hui sont trop loin, il faut les rapprocher. Il faut faire passer au bord de la mer une partie de la cavalerie saxonne et pousser des reconnaissances jusqu'à huit ou dix lieues sur le chemin de Pillau.


Osterode, 24 mars 1807, 4 heures du soir

Au maréchal Lefebvre

Le 20, à midi, il n'y avait aucunes troupes sur la langue de terre, si ce n'est deux escadrons de hussards noirs prussiens, qui se trouvaient au village d'Alt-Tief, c'est-à-dire à vingt-quatre lieues du lieu où vous êtes. Sachant que vous avez passé, ils s'en seront retournés. Toutefois envoyez au village d'Alt-Tief, à leur rencontre, 200 chasseurs français et 300 cuirassiers saxons, et faites-les soutenir par un bataillon saxon et quatre pièces de canon. Par ce moyen, vous serez instruit de ce qui se passe sur cette langue de terre, et la garnison de Danzig ne pourra rien concerter avec les troupes du dehors. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que 90 tirailleurs badois aient fui devant les Cosaques. Il faut être accoutumé à ces troupes qui sont lâches, mais qui font beaucoup de bruit. Souvent même la bonne infanterie française en a été étonnée. Du moment que le 44e sera arrivé, placez le 2e le long de la mer; placez-y 3,000 Saxons, des Polonais. Ayez là près de 5,000 hommes.


Osterode, 24 mars 1807

Au général Songis

Les six pièces de 24 sont parties de Varsovie; douze de l5 en bronze en sont également parties; vous en avez fait partir six de 42, ou obusiers, de devant Graudenz, appartenant au corps du maréchal Lefebvre; ce qui fait vingt-quatre pièces. Le prince Jérôme me mande que, le 21 mars, douze pièces de 12 et six mortiers, approvisionnés à 800 coups, sont partis de Glogau ; ils arriveront le 3 avril à Thorn. 18 et 24, cela fera 42 pièces. 22 pièces sont parties de Stettin; cela ferait donc 64. Cela doit être suffisant pour prendre Danzig, qui, à ce qu'il paraît, n'a que des ouvrages en terre. Donnez des ordres à Thorn que, du moment que les 18 pièces de Varsovie et les 18 de Glogau arriveront, on ait des moyens de les transporter à Danzig, et que le directeur du parc à Danzig vous fasse connaître le lieu où on doit les débarquer.


Osterode, 24 mars 1807

Au prince Jérôme, à Breslau

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 mars. Je vous ai écrit plusieurs lettres par Varsovie. Je vous mandais d'envoyer les sept millions que vous avez en Silésie, à Thorn, en les faisant escorter par deux régiments wurtembergeois formant 12 à 1400 hommes. Je vais vous envoyer 1,500 hommes de cavalerie française à pied; vous
les remonterez et les garderez, et alors je vous demanderai 800 hommes de cavalerie étrangère pour remplir ce déficit.

Il sera possible que l'on reprenne un jour le siège de Neisse. Faites-moi connaître quels seront alors vos moyens d'artillerie.

Je donne l'ordre que de Thorn on vous renvoie toutes les voitures. J'apprends avec plaisir que douze pièces de 12 et six mortiers, approvisionnés de 800 coups, arrivent à Thorn le 3 avril. Si vous avez eu des transports disponibles, j'imagine que vous y aurez mis de la poudre. Si vous pouviez de même diriger douze pièces de 24 avec un approvisionnement à 800 coups pour chaque, ce serait un grand bien. Cela me mettrait à même de prendre beaucoup plus promptement Danzig, qui est aujourd'hui le but de tous nos efforts. Répondez-moi de suite sur ce que j'ai à espérer à cet égard. Tout ce que vous pourrez expédier d'artillerie sur Thorn, faites-le, car Dieu sait quand cela arrivera par eau.

Les 400 hommes de cavalerie qui sont depuis longtemps en Silésie doivent être remontés; envoyez-les à Thorn.

Le 10e du train doit avoir maintenant des chevaux et son équipement-; servez-vous-en pour nous envoyer des munitions.

Dirigez sur Thorn tous les souliers que vous pouvez avoir.

Les six ou sept millions une fois partis pour Thorn, dirigez sur Varsovie les premiers 1,500,000 francs qui vous rentreront.

Vous avez envoyé seize pièces en fer à Varsovie : c'est un tort qu'ont eu vos officiers d'artillerie; il fallait envoyer des pièces en bronze. Les affûts sont mauvais. Dirigez sur Varsovie vingt milliers de poudre et seize affûts qui puissent servir pour monter ces pièces.

Envoyez-y aussi quatre obusiers avec leur approvisionnement.

Si, sans nuire aux envois de Thorn, vous pouvez diriger six pièces de 24 ou de 18 et quatre gros mortiers sur Varsovie, faites-le; mais, avant tout, faites partir notre artillerie pour Thorn.

Envoyez-moi l'état de tous les envois de biscuit, farine, munitions, de guerre et de bouche, effets d'habillement et d'équipement, etc., ,que vous avez dirigés sur Thorn depuis le ler février.


Osterode, 24 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, les six pièces que vous avez expédiées à Varsovie et que j'ai fait venir devant Danzig n'ont que 200 coups à tirer par pièce. Il est nécessaire que vous fassiez partir 4,000 coups avec quatre affûts de rechange, afin que ces pièces fassent tout leur service. Expédiez de la poudre un tiers de plus qu'il n'en faut. Je suppose que les dix-huit pièces que vous avez expédiées ont leur armement, leurs rechanges et un tiers de poudre de plus qu'il n'est
nécessaire, sans quoi nous n'aurons rien.


Osterode, 24 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je vous envoie un décret (Décret du 24 mars 1807, pour la formation de régiments provisoires cavalerie) que l'état-major vous fera passer, mais que vous recevrez plus vite.

Concertez-vous avec l'administration des finances et avec le général Fauconnet, et prenez tout les mesures pour que, du moment que ces corps seront arrivés en Silésie, ils trouvent des chevaux, des selles, des brides, et que les dragons aient 800 fusils, que vous tirerez de Glogau. Cela vous donnera bientôt, avec l'activité que vous y mettrez, 1,500 hommes d'excellente cavalerie à votre disposition. En conséquence , des 1,600 hommes de cavalerie que vous avez en ce moment, dirigez-en 800 sur Thorn, partie Bavarois, partie Wurtembergeois, afin de combler le déficit que j'éprouve par l'envoi que je vous fais.

Avec l'activité, et le zèle que vous avez, vous aurez bientôt augmenté votre force au lieu de l'avoir diminuée par l'envoi de ces 800 hommes montés, dont j'ai ici un pressant besoin.


Osterode, 25 mars 1807

A l'Impératrice

J'ai reçu ta lettre du 13 mars. Pour m'être agréable, il faut, absolument en tout, vivre comme tu vivais lorsque j'étais à Paris. Alors tu ne sortais pas pour aller à de petits spectacles, ou autres lieu. Tu dois toujours aller en grande loge; pour la vie de chez toi, recevoir là, et avoir tes cercles réglés. Voilà, mon amie, le seul moyen de mériter mon approbation. Les grandeurs ont leurs inconvénients : une impératrice ne peut pas aller où va une particulière.

Mille et mille amitiés. Ma santé est bonne. Mes affaires vont bien.


Osterode, 25 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, M. Maret vous enverra un décret pour la formation du conseil de guerre. Vous y verrez les pouvoirs que je vous confère. Mon intention est que vous usiez de ces pouvoirs dans des cas imprévus et où des circonstances de guerre m'empêcheraient de vous faire connaître moi-même les mesures que je jugerais nécessaire de prendre. Je vous enverrai, dans trois ou quatre jours, une instruction détaillée sur les dispositions à faire pour la défense de l'intérieur. Cette instruction vous servira de règle; mais les événements doivent nécessairement la modifier.


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