13 - 16 mai 1808


Bayonne, 13 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je désire que vous me répondiez sur les questions suivantes.

Pensez-vous que je puisse avoir à Toulon, au ler septembre, 3 vaisseaux à trois ponts portant 2,400 hommes, 2 vaisseaux de 80 portant 1,400 hommes, 7 vaisseaux de 74 portant 4,900 hommes, 7 frégates portant 2,100 hommes, 10 corvettes ou bricks portant 1,000 hommes, 20 chebecs, demi-chebecs, lougres, tartanes, avisos, portant 1,000 hommes; total, 50 bâtiments de guerre et portant 12,000 hommes et 100 chevaux, à raison de 122 chevaux par bâtiment ? Flotte de transport : 1 vaisseau de 64, 1 frégate et 4 flûtes de 450 à 600 tonneaux portant 4,000 hommes et 100 chevaux; 30 transports de 150 à 300 tonneaux portant 3,000 bommes et 750 chevaux; total, 19,000 hommes et 900 chevaux portés sur 86 bâtiments approvisionnés pour deux mois et demi d'eau pour tout le monde, même les passagers, et pour quatre mois de vivres ? Si les vaisseaux russes sont arrivés, l'on portera dans le nombre ces bâtiments. Quelles sont les mesures à prendre pour arriver à ce résultat ? Vous remarquerez que j'ai mis 800 bommes pour un vaisseau à trois ponts, parce qu'on peut mettre 100 hommes d'équipage de moins; ces 100 hommes pourront être rendus par la flotte de transport.

Pourrais-je également avoir à Lorient 3 vaisseaux de 74, 6 frégates, 4 corvettes ou bricks, et 7 flûtes, en tout 20 bâtiments, portant, les 3 vaisseaux 1,200 hommes, les 6 frégates 1,200, les 4 bricks ou corvettes 400 hommes , les 7 flûtes ou gabares 1,800 hommes; total, 4,600, avec trois mois d'eau pour l'équipage et les passagers, réduisant l'équipage autant que cela peut se faire, et ayant des vivres pour six mois, ration complète, et deux mois en sus en farine ? Les deux belles flûtes neuves que vous avez à Nantes peuvent être armées d'ici à ce temps-là et envoyées à Lorient.

L'exüédition de Brest serait ainsi composée : 1 vaisseau de 118 canons portant 1,125 hommes , dont 525 marins et 600 soldats; 1 de 80, portant 1,050 bommes, dont 500 marins et 550 soldats; 4 de 74 portant 1,000 hommes, dont 450 marins et 550 soldats; total, 3,350 bommes ; 4 frégates portant 500 hommes , dont 300 soldats et 200 marins; 4 corvettes portant 60 marins et 120 soldats; total, 5,000 hommes; 1 flûte de 118 canons, lestée de manière à avoir de l'eau pour 1,400 hommes pour trois mois, dont 500 matelots et 900 soldats; 4 vaisseaux-flütes de 74 portant 1,200 hommes, dont 400 matelots et 800 soldats; total, 9,100 hommes; enfin, 10 flûtes faisant, l'une portant l'autre, 3,000 tonneaux, et disposées de manière à porter 3,000 hommes : total, 29 à 30 bâtiments et 12,100 hommes, ayant de l'eau pour trois mois, des rations complètes pour six mois, de la farine et du biscuit pour deux.

De ces deux dernières expéditions, celle de Lorient partira la première, au commencement d'octobre, arriverait à l'île de France, y porterait 4,500 hommes de renfort et 500 tonneaux de mer, c'est-à-dire 10,000 quintaux de farine, avec lesquels on ferait sur-le-champ à l'île de France 1,800,000 rations , c'est-à-dire des rations pour 18,000 hommes pendant cent jours. Si cette expédition seule arrive, elle mettra l'île de France à l'abri de toute attaque. Les vaisseaux et frégates neuves croiseront et feront du mal à l'ennemi. L'expédition de Lorient partie, celle de Brest partira, et alors j'aurai à l'île de France 9 vaisseaux de guerre et 15,000 hommes , qui, avec 3,000 hommes qui pourraient les joindre, feraient une diversion de 18,000 hommes dans les Indes. Au même moment, j'enverrai mon escadre de Toulon prendre 20,000 hommes dans le golfe de Tarente pour les porter en Égypte.

Le concours de ces opérations portera l'épouvante à Londres. Une seule, celle de l'Inde, y fera un horrible mal. L'Angleterre alors n'aura aucun moyen ni de nous inquiéter, ni d'inquiéter l'Amérique. Je suis résolu à celte expédition.

Les 5 vaisseaux armées en flûte, et même un ou deux des 6 armés en guerre, qui partiraient de Brest, resteraient à l'île de France; leur gréement servirait à équiper les autres vaisseaux. Il y aurait alors plus de matelots qu'il ne faut pour équiper ces 5 vaisseaux, qui, réunis à ceux de Lorient, formeraient une escadre de 8 vaisseaux qui s'en reviendraient par Rio de la Plata ou par toute autre croisière. Je vous prie de me faire le calcul exact de ces expéditions, comme je l'avais fait il y a deux ans. Vous avez dû mettre les flûtes de Brest dans le bassin pour les réparer. Faites tout ce qui est possible pour que la frégate de Saint-Malo augmente à Brest l'expédition. La frégate le Memen, qui est à Bordeaux, celles qui sont au Havre et à Cherbourg, chargées de quelques centaines de tonneaux de vivres, quelques autres bonnes frégates escortant une ou deux flûtes bonnes marcheuses, essayeront également de se rendre à l'île de France.

Il n'y a aucune espèce de doute qu'il ne faille donner l'ordre aux deux vaisseaux douteux qui sont en rade de Brest de rentrer dans le bassin, car il serait bien avantageux d'avoir 7 vaisseaux armés en guerre au lieu de 6.

Dans tous ces calculs, je ne fais entrer pour rien l'Espagne; mais l'Espagne sera tellement organisée avant ce temps , que mon expédition de Toulon en sera augmentée de plusieurs vaisseaux (ce qui permettra de porter l'expédition à 24,000 bommes) , que l'escadre de Cadix attirera davantage la sollicitude des Anglais et que plusieurs flûtes chargées de farine pourront être expédiées du Ferrol en d'autres ports d'Espagne.

Je vous ai écrit pour que 3 vaisseaux soient mis en état à Lisbonne , parce que je désire leur donner l'ordre de se rendre à Toulon. Cependant, alors, mon armée sera considérable à Boulogne, et la flotte de Flessingue et la flottille de Boulogne menaceront 1'Irlande. Il n'y a point de doute, alors, que l'Angleterre se croira menacée dans son intérieur ou en Irlande et n'aura point de soupçon que ces grandes expéditions sont destinées pour les Indes.

Donnez d'abord tous les ordres, comme si cette lettre, au lieu d'être un mémoire, était un ordre définitif. Ensuite vous me ferez un mémoire raisonné, non pour accroître les difficultés, mais pour les résoudre. Ici. j'ai tout le temps, et toutes les difficultés doivent être levées en correspondant souvent avec Brest et en partageant ma volonté , qui est forte.

IL doit y avoir à Morlaix de gros transports danois, américains ou autres qui pourraient être utiles. D'ailleurs, l'expédition de Lorient peut être faite de manière à porter plus de 4,500 hommes , surtout en renonçant à deux ou trois vieilles frégates qu'on laisserait là-bas.


Bayonne, 13 mai 1808

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l'escadre de la méditerranée, à Toulon

Monsieur l'Amiral Ganteaume, le ministre de la marine vous a fait connaître ma satisfaction sur les opérations de votre escadre; elles ont été horriblement contrariées par le temps. Je vous expédie un de mes officiers d'ordonnance (il s'agit de M. de Tascher) pour connaître la situation de votre escadre et des 2 vaisseaux russes qui doivent se trouver sous vos ordres; traitez-les bien et approvisionnez-les de tout. Je réitère l'ordre à l'escadre espagnole qui est à Mahon de se rendre à Toulon. Si vous pouvez lui envoyer un aviso ou faire quelque chose qui puisse protéger son arrivée, faites-le, sans toutefois compromettre mon escadre. Je viens d'ordonner que le port de la Spezia soit converti en port de guerre. Il y a dans ce moment une nombreuse garnison , de fortes batteries, et l'on va y établir incessamment un arsenal pour remplacer celui de Gènes. Si vous pouvez y envoyer un chebec avec un officier de confiance pour voir tout et m'en instruire, cela ne peut être que d'un bon résultat.

Je désire bien que l'Austerhiz, l'Ulm, et le Donauwerth, puissent être mis à l'eau au mois de juillet, ainsi que le Breslau, qui est à Gênes, afin que ces vaisseaux puissent renforcer mon escadre de la Méditerranée et entrer en ligne à la fin d'août; ce qui, avec les 2 vaisseaux russes, porterait mon escadre à 16 vaisseaux. Je désire aussi que le Frontin, la Muiron et les grosses flûtes soient mis en état. Je voudrais jeter 20,000 hommes et 800 chevaux sur un point important. Prenez des renseignements sur une expédition qui aurait pour but Tunis et Alger. Si l'escadre de Mahon parvenait à vous joindre, vous auriez alors 20 à 22 vaisseaux. La nouvelle situation politique de l'Espagne, ou va régner un prince de ma Maison et qui va se trouver sous mon influence, donnera une nouvelle activité aux ports de Cadix et du Ferrol.

Ne vous laissez pas bloquer par de petites forces. Les Anglais ont à faire de tons les côtés, dans la Baltique, en Hollande, à Flessingue, ou j'ai 10 vaisseaux de guerre en rade. Si , pour mon expédition,j'avais besoin d'une vingtaine de transports, il me, semble qu'il devrait exister des danois, des suédois et autres bâtiments étrangers, à Toulon et à Marseille.


Bayonne, 13 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 10 mai à midi. J'ai lu avec intérêt l'état de situation des troupes espagnoles; pour le mieux connaître, je le fais traduire. Je vous écrirai là-dessus dans la journée. Je désirerais que ces états fussent faits à ma manière, c'est-à-dire qu'il y eût une colonne pour le complet selon l'ordonnance, une des présents, une des hommes détachés et dans quel lieu, une des hommes aux hôpitaux et une dernière colonne d'effectif. Je sais, par exemple, que des corps ont de forts détachements aux régiments qui sont à Hambourg, et je ne les vois point portés là. Je ne vois point la situation de l'artillerie.

Je vous ai déjà mandé que je ne pouvais pas envoyer d'argent ; je suis obligé à trop de dépenses, et l'Espagne n'a jamais eu besoin de secours étrangers.

Il ne faut faire aucun changement dans les affaires; j'irai peut-être à Madrid. Il ne faut pas envoyer ici les diamants de la Couronne; il faut les garder en vous assurant que personne ne les enlève.

I1 serait convenable d'envoyer un officier d'artillerie et un officier du génie, avec un officier de marine, à Ceuta, pour reconnaître l'état de cette place et des quatre Présides que les Espagnols ont en Afrique. Pressez le départ des bataillons de renfort qu'on doit y envoyer de Cadix.

Je vous ai demandé l'état de situation de la marine.

Faites-moi connaître depuis combien de temps les milices sont sur pied; quel âge elles ont et pour combien de temps elles sont au service.

Vous n'avez pas compris mes intentions et fait une chose qui ne vaut rien, en envoyant les deux régiments suisses à Séville : c'est alors les mettre à la disposition du général espagnol qui commande là et qui les fera agir selon l'esprit des troupes espagnoles, qui peut-être est mauvais. Je vous avais dit de les mettre avec le général Dupont, parce qu'avec ce général ils agiront suivant l'impulsion française. Ils sont actuellement à Talavera; il faut les y laisser, Talavera n'étant pas éloigné de Tolède. Que le général Dupont les passe en revue et les tienne dans sa main, de manière à les influencer. Les mettre avec le général Dupont, c'est comme si vous lui donniez 3 ou 4,000 hommes de plus ; les envoyer à Séille, c'est donner au général espagnol, dont les troupes peuvent être dans un mauvais esprit, 3 ou 4,000 hommes de plus.

Vous avez une confiance qui vous attirera quelque malheur. Qu'est-ce que les gardes du corps qui font la garde près de vous ? Ils vous assassineront. Je vous avais dit de les mettre hors de la ville, à l'Escurial, par exemple. Vous mettez avec les Suisses deux bataillons espagnols ; ces bataillons ont un mauvais esprit et le communiqueront aux Suisses. Je vous prie de vous conformer entièrement aux dispositions que je prescris. Mon hôpital de Valladolid a été fortement compromis quand vous avez donné l'ordre d'évacuer cette ville. Envoyez les gardes du corps à l'Escurial. Il ne faut point donner des embarras au nouveau roi, auprès duquel je ne souffrirai pas qu'ils restent. Ils seront à l'Escurial sous la surveillance du général qui y commande une division. Réunissez les deux régiments espagnols que vous avez sortis de Madrid dans un point quelconque, mais à deux marches des Suisses, de manière à ne pas les influencer. Isolez les Suisses des Espagnols et rapprochez-les des Français. Continuez à faire évacuer 1'hôpital de Valladolid sur l'Escurial, qui est un point à garder. Vous avez, je vous le répète, une trop grande confiance; c'est votre défaut. J'aurais perdu 20 hommes de moins à la révolte de Madrid, si vous aviez inspiré un peu de méfiance aux Français, qui, de toutes les nations, est celle qui a le plus besoin qu'on lui inspire ce sentiment. Je vous ai écrit de faire fermer l'intérieur de votre palais et d'y faire mettre des portes, et de faire des espèces de forteresses de l'arsenal et du Palais-Neuf : vous ne me répondez pas; vous avez tort de penser que cela soit inutile. Vous avez, en vérité, une confiance d'enfant. I1 est possible que je retire toute mon armée de Madrid et que je n'y laisse que 4 à 5,000 hommes. Que feront ces troupes ? Se laisseront-elles égorger ? Fortifiez le Palais-Neuf, l'arsenal et les casernes, et logez-y la garnison ; renvoyez les gardes du corps à l'Escurial; logez les Français au Château, au Palais-Neuf et dans un couvent hors de la ville. En général, vous flattez trop les Espagnols, et vous nous conduirez bientôt à une nouvelle insurrection, qui peut être plus dangereuse que la première, en ce que la première n'a été dirigée par personne. J'ai plus d'expérience des Espagnols que vous. Quand vous me disiez que vous étiez trés-tranquille à Madrid, je disais à tout le monde que vous ne tarderiez pas à avoir une insurrection.

Répondez en détail à toutes mes lettres. Faites bien comprendre que je n'ai point d'argent. Le ministre des finances est un sot s'il ne sait pas en trouver en Espagne. Envoyez-moi un mémoire sur la situation des finances, domaines et revenus da pays. Dans le rapport que me fera le sieur Laforest, il me fera connaître la quantité de papier-monnaie, combien il perd, et sur quoi il est hypothéqué.

Il ne faut point prendre d'aides de camp espagnols, puisque vous ne devez point rester en Espagne. Vous pouvez vous attacher quatre officiers d'ordonnance espagnols; bien entendu que vous ne les admettrez pas dans votre intimité et que vous les tiendrez toujours en course.

On a envoyé au payeur ici 200,000 francs pour le prince Ferdinand, qui n'avait pas d'argent . Faites-les sur-le-champ rembourser à la caisse française par les Espagnols. Quand ils vous disent qu'ils n'ont pas d'argent, c'est qu'ils espèrent que je leur en enverrai et qu'ils voient que le pays est en révolution. Il en est de même de votre intendant Denniée, qui demande des boeufs et des farines de France, prétendant que je dois nourrir mon armée. Il est difficile d'être plus maladroit. Comme si, dans un pays de 11 millions d'habitants, la nourriture de 80 ou 100,000 hommes était quelque chose.

J'attends avec impatience des nouvelles de Cadix.

On m'a parlé de dragons jaunes qui s'étaient mal comporté. Envoyez-les en France, en les dirigeant par Barcelone sur Perpignan.

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P. S. Je vous envoie deux lettres, que vous ferez passer au général Junot et à l'amiral Rosily, à Cadix.


Bayonne, 13 mai 1808

Au général Junot, commandant l'armée de Portugal à Lisbonne

Je vous ai envoyé l'ordre de réunir 4,000 hommes d'infanterie, cavalerie et artillerie à Almeida, de manière à avoir 500 chevaux et 10 pièces de canon attelées. Je n'ai pas besoin de vous dire que ces troupes doivent être toutes françaises.

Je désire que vous feriez également à Elvas 2,400 hommes d'infanterie française et 400 chevaux, avec 4 pièces de canon, afin de contenir Badajoz et de se porter où ils seront nécessaires. I1 faut que cette colonne soit également composée de Français, sans la mêler de Suisses ni d'aucunes troupes étrangères. Vous donnerez le commandement de la colonne d'Elvas à un officier intelligent, qui pût, s'il y avait lieu, agir sans attendre d'ordres.

Ces deux corps vous seront remplacés par les 6,000 hommes de la division Carrafa; c'est plus qu'il ne vous en faut.

Le général Loison enverra sa situation au maréchal Bessières, et le général qui commandera à Elvas, au général le plus prés de lui. Aujourd'hui c'est le général Dupont, qui est à Tolède.


Bayonne, 13 Mai 1808

Au vice-amiral Rosily, commandant l'escadre française en rade de Cadix.

Je désire connaître l'état de situation de mon escadre; envoyez-moi au plus tôt cet état.

Pourriez-vous, si l'on vous donnait 600 hommes de bonne infanterie, les répartir sur vos vaisseaux et en tirer des matelots pour armer deux vaisseaux de plus et porter ainsi mon escadre de 5 vaisseaux à 7 ? Dans ce cas, quels sont les vaisseaux que la marine espagnole pourrait vous fournir ? Combien avez-vous de mois de vivres et de rechanges pour votre navigation ? Si vous aviez en l'ordre de gagner un de mes ports quelconques de l'Océan, Rochefort ou Lorient, par exemple, auriez-vous pu sortir ? Si je vous donnais cet ordre, pourriez-vous l'exécuter ? Pouvez-vous faire sortir de Cadix des bricks et des frégates pour envoyer dans les Amériques ? A combien revient la ration à Cadix; s'en procure-t-on autant qu'on en a besoin ? Quelles sont les difficultés qu'il faudrait lever pour faire passer une armée à Ceuta ? Quels moyens offrent pour cela Cadix, Algésiras et la côte ? Combien les Espagnols ont-ils de vaisseaux armés et pouvant vous servir ? Quelle confiance peut-on y avoir ? Répondez-moi à ces différentes questions.


Bayonne, 14 mai 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale

J'ai vu avec plaisir l'arrestation du brigand sur le chasse-marée le Bristol. J'écris au ministre de la marine; écrivez-lui de votre côté, et faites-lui sentir vivement ce que le résultat de ces tracasseries peut avoir de nuisible pour mon service; que, s'il avait prévenu la police, plusieurs des brigands auraient été arrêtés, qui probablement sont cachés dans l'intérieur. Faites-lui comprendre qu'un jour ou l'autre il arrivera des évènements dont l'opinion le rendra responsable.

Je vous ai écrit il y a plusieurs jours sur les élèves de l'école de Metz. Ecrivez au maire qu'au théâtre et dans les lieux publics ces élèves sont justiciables de la police de la ville comme tous les autres citoyens; qu'il les fasse mettre en prison; faites connaître que c'est mon ordre. Le premier devoir de ces jeunes gens est le respect à l'autorité civile. Qu'ils ne se croient point autorisés à commettre les impertinences et à imiter l'insolente pétulance que se permettaient autrefois les jeunes officiers; qu'ils sachent que les citoyens sont leurs pères et qu'ils ne sont que les enfants de la famille.


Bayonne, 14 mai 1808

A M. de Tascher, officier d'ordonnance de l'Empereur, à Bayonne

Vous vous rendrez en diligence à Toulon, où vous arriverez le plus tôt possible. Vous porterez la lettre ci-jointe à l'amiral Ganteaume; s'il n'y était plus, vous la rapporteriez. Vous remettrez aussi la lettre ci-jointe au préfet maritime. Vous resterez quatre jours à Toulon, pendant lesquels vous irez voir les bâtiments en construction, pour me faire connaître quand ils seront mis à l'eau; vous prendrez des renseignements sur les bâtiments de l'escadre. Vous irez voir les bâtiments russes dans le port, et prendrez l'opinion des officiers de marine sur les bâtiments tant au personnel qu'au matériel. Vous irez une fois par jour en rade et une fois par jour à l'arsenal. Vous verrez le commandant d'armes pour savoir si les conscrits arrivent. Vous vous assurerez si le fort Lamalgue est suffisamment bien gardé et si toutes les batteries sont suffisamment bien servies. Vous verrez le directeur d'artillerie pour savoir s'il est arrivé suffisamment de poudres et d'affûts. Avant de partir, vous prendrez les ordres de l'amiral, du préfet maritime, du commandant russe, et vous prendrez la situation de l'escadre, que vous m'apporterez.

Vous direz à tout le monde que j'ai été fort content de l'escadre et des services qu'elle a rendus en ravitaillant Corfou.

En revenant de Toulon, vous passerez à Avignon pour y prendre la situation du régiment toscan, qui doit y être arrivé.


Bayonne, 14 mai 1808

Au contre-amiral Emeriau, préfet maritime, à Toulon

J'expédie un de mes officiers d'ordonnance à Toulon pour avoir des renseignements sur mes escadres et sur le port. Les vaisseaux le Donauwerth, l'Ulm et l'Austerlitz, et le Breslau, à Gênes, pourront-ils être lancés en rade avant le mois d'août ? L'Auslerlitz devrait être lancé avant le ler juin. Ayant le projet de faire sortir mon escadre avant la fin de la saison, je désire que vous fassiez toutes les dispositions nécessaires pour la mettre en état, et que vous preniez même des mesures extraordinaires, si cela est nécessaire, en consultant la prudence et le bien de mon service.

Je vous recommande les vaisseaux russes qui viennent d'arriver à Toulon. Faites-leur fournir toutes les munitions navales et de bouche dont ils auraient besoin.

Si l'amiral Ganteaume n'était pas à Toulon, je vous charge d'envoyer un officier à Mahon pour réitérer à  l'amiral espagnol l'ordre, que je lui fais donner de tous les côtés, de se rendre à Toulon. Cet officier fera des reconnaissances, prendra l'état de situation des escadres. Vous pourriez, dans tous les cas, diriger cette escadre sur Gênes, Villefranche et la Spezia, j'ai une forte garnison et des batteries formidables dans ce beau port; je compte y établir un arsenal et en faire la succursale de Toulon. Envoyez un officier le reconnaître, afin de s'assurer du mouillage, si une escadre y est à l'abri de toute attaque, et si tout ce qui s'y fait pour la protection de la marine est fait avec intelligence.

Il y a une contestation sur les mâtures de Corse pour savoir si elles sont bonnes ou non. Il n'y a pas d'inconvénient à essayer sur des gabares, dans la pénurie où l'on se trouve de mâtures. Je compte pour tout cela sur votre attachement et votre zèle pour mon service. Ecrivez à mes consuls à Barcelone, à Carthagéne, à Cadix, de vous donner des nouvelles de la Méditerranée, je leur ai donné l'ordre de vous les adresser directement. Cette correspondance sera trés-utile aux vaisseaux des deux nations.


Bayonne, 14 mai 1808, six heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 11 mai à une heure du matin. J'approuve fort ce que vous faites relativement à la demande du roi de Naples pour le conseil de Castille; je l'attends avec impatience et vous ai déjà écrit sur cela.

Les employés de la légation qui était à Bayonne étaient trés-mau vais; il ne faut pas se presser de les envoyer à Madrid. Il faut nommer un autre ministre des affaires étrangéres; Cevallos est mauvais. Faites conduire en France, sous bonne escorte, l'agent anglais. Il n'y a pas de doute qu'il ne faille séquestrer tous les bâtiments américains, parce qu'il est certain qu'ils ont tous subi la visite des Anglais. Il faut dire au chargé d'affaires d'Amérique que son gouvernement n'a qu'à maintenir l'indépendance de son pavillon; que nous ne reconnaissons pas le pavillon qui s'est laissé violer; que ce sont là nos principes; que la même chose se fait en Russie, en Danemark, en Italie, en Hollande. Moquez-vous donc de tout ce que dira ce chargé d'affaires.

Réitérez l'ordre à l'escadre espagnole qui est à Mahon de se rendre à Toulon. Faites-lui connaître que j'ai là 12 vaisseaux français, 12 vaisseaux russes; qu'il sera ravitaillé à Toulon, mis en état de faire une bonne expédition. Je vous ai mandé qu'il avait pour relâche tous les ports de Corse, ceux de Gênes, de la Spezia, de Villefranche et da golfe Juan. Écrivez à cet amiral pour lui faire sentir l'importance de cette réunion. Si cette escadre parvient à arriver à Toulon, je me trouverai avoir là réunis plus de 20 vaisseaux, ce qui gênera beaucoup ]es Anglais.

Je vous envoie une lettre pour l'empereur de Maroc, par laquelle je l'invite à approvisionner Ceuta, et lui fais connaître que j'attends cela de sa bonne amitié. Il n'en faut pas moins ravitailler cette place par tous les moyens. Je lui dis que l'île de Peregil ne peut être occupée par les Anglais, mais je la crois dans ce moment occupée par les Marocains.

J'approuve que le général Solano se porte à Arcos et à Medina- Sidonia pour renforcer le camp de Saint-Roch et protéger Cadix; mais je n'approuve pas que vous envoyiez à Séville 5,000 hommes commandés par le général Rouyer : c'est réunir trop les forces espagnoles dans un même point. Que la division de Reding, composée de deux régiments suisses, reste à Talavera jusqu'à nouvel ordre et fasse partie du corps da général Dupont; que le bataillon d'Aragon se dirige sur Carthage pour y remplacer le régiment suisse de Traxler qui est dans cette ville; que le bataillon de Savoie se dirige sur Malaga pour y remplacer le régiment suisse de Reding n° 2; et que ce régiment, avec le régiment suisse de Traxler, forme une seconde brigade suisse à Grenade, qui sera commandée par le général Schramm, et qui fera également partie du corps du général Dupont. Par ce moyen, j'aurai deux brigades suisses commandées par des généraux français parlant allemand. Il faut y attacher des adjudants-commandants et des officiers d'état-major. Ils mèneront avec eux du canon, s'ils en ont; sans quoi, l'artillerie française leur en fournira. Par ce moyen, ces deux brigades de 6 à 7,000 hommes deviendront françaises, ainsi organisées. Le général Dupont pourra se porter avec ses troupes partout où il sera nécessaire, et il sera partout le plus fort. Je crois vous avoir déjà expliqué cela dans ma lettre d'hier. Les Suisses marcheront et se battront suivant le courant d'opinions où ils seront : s'ils sont dans un courant d'opinions françaises, ce sera 6,000 bras de plus ajoutés à nos forces; s'ils sont dans un courant d'opinions espagnoles, ils pourraient être contre nous. Vous avez trop de sagacité et d'expérience pour ne pas sentir cela.

I1 faut qu'il n'y ait pas à Grenade un Espagnol; veillez-y. Quand j'aurai des notes sur l'esprit qui les anime, je pourrai mettre avec eux un bataillon suisse à la solde de France, ou un bataillon français. Il y a entre le camp de Saint-Roch et Cadix bien du monde. Je suis persuadé que, lorsque le général Solano sera arrivé à Medina-Sidonia, il y aura là 18,000 Espagnols; il faut bien se garder d'augmenter ce nombre. Vous donnerez également l'ordre au régiment suisse qui est à Tarragone de se diriger sur Grenade, Par ce moyen, les Suisses feront une opinion. Vous ferez remplacer ce régiment à Tarragone par un bataillon de 900 à 1,000 hommes tiré de Madrid. Par ce moyen, votre garnison espagnole de Madrid, qui était de 10,000 hommes, sera déduite de 3,000 Suisses, des deux bataillons d'Aragon et de Savoie, valant 2,000 hommes, et d'un autre bataillon d'à peu prés 1,000 bommes. Il ne restera donc que 4,000 hommes de garnison espagnole à Madrid, Aranjuez et environs; c'est juste ce qu'il faut. Je vous prie de bien vous pénétrer du contenu de cette lettre.

I1 y a aussi des régiments irlandais sur lesquels on doit pouvoir compter. Faites-moi un rapport là-dessus. Faites-moi également connaître quel est l'esprit des gardes wallones, qu'on pourrait aussi réunir pour marcher avec eux.

Vous recommanderez au général Rouyer, qui commande la division suisse de Talavera, et au général Schramm, qui commande celle de Grenade, de réunir leurs troupes, de les exercer et de ne les laisser manquer de rien. Vous ordonnerez que le régiment suisse de Tarragone, celui de Reding et celui qui est à Carthagène laissent chacun un fonds de dépôt dans les villes où ils laisseront les ouvriers, les hommes malades, les bagages et les éclopés, afin de ne traîner avec eux que le nécessaire. Chargez Belliard de faire un mémoire sur l'armée espagnole, régiment par régiment, compagnie par compagnie, sur sa composition, sur les raisons qui font qu'il y a des régiments si faibles, sur la paye, sur les masses, sur son recrutement, etc.

Je vous ai envoyé une lettre pour l'amiral Rosily; vous avez à Madrid de mes officiers d'ordonnance; faites porter cette lettre par un d'eux, et expédiez-les sur Lisbonne, sur Cadix, sur le Ferrol; vous pouvez en expédier un pour porter les ordres à l'escadre de Mahon.

Je vous ferai connaître, par le courrier de demain, mes observations sur l'état de situation que vous m'avez envoyé, que j'ai lu et relu et que je sais par coeur. J'attends avec impatience l'état de situation de la marine. J'attends avec une égale impatience le mémoire que j'ai chargé Laforest de faire sur les finances, et que le ministre des finances pourrait faire encore mieux; je ne manque pas de gens ici qui savent l'espagnol et qui pourront le traduire. Ce mémoire doit me faire connaître exactement la situation des finances du pays, la dette publique, les vales, les différentes branches de revenus, ce qu'ils ont produit eu 1805, 1800 et 1807, l'emploi des dépenses de ces trois années, ce que coûtent la marine et l'armée de terre, etc. 


Bayonne, 14 mai 1808, six heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, j'ai reçu l'état de situation des troupes espagnoles. Voici la partie qui vous concerne. Il y a dans la Galice et les Asturies 5,000 hommes effectifs de troupes de ligne. Il y a dans la Galice 7,600 hommes de garde-côtes ou milices, et dans les Asturies 1,100 hommes de milice. Il y a dans la Castille-Vieille, à Itzirgos, etc., 280 hommes de milice et 300 hommes de cavalerie. Il y a donc, dans tout votre arrondissement, 14,000 hommes, savoir : à Ares, le 3e bataillon du Roi, 262 hommes; le 3e bataillon du Prince, 193; à la Corogne, le ler bataillon de Navarre, 827; une partie du 2e bataillon de Catalogne, 350; le régiment de Séville, 1,100 ; le 2e et le 3e bataillon des Volontaires de la Corogne, 500; au Ferrol, le 2e et le 3e bataillon d'Hibernia, 1100; le régiment de Naples, 280 , une partie du bataillon de Volontaires de Navarre, 360; à Vivero, le 2e bataillon de Tolède, 90 ; à Vigo, le 2e et le 3e bataillon de Léon, 450; à Puente de Ume, le 3e bataillon d'Aragon, 100.

Ainsi ces 5,000 hommes composent 16 ou 17 bataillons. Il est probable qu'il y a au moins par bataillon 100 hommes à réformer, tant éclopés  qu'ouvriers; il ne resterait donc plus d'effectif que 3,400 hommes; en ôtant le sixième pour la différence de l'effectif au présent sous les armes, cela ne ferait guère que 2,800 à 2,900 hommes.

La milice se compose de la manière suivante: Vieille-Castille, à Ciudad-Rodrigo, 2 compagnies des régiments provinciaux, 280 hommes; Galice, au Ferrol, 1 bataillon des grenadiers provinciaux de Galice, 700 hommes; de Lugo, 580 ; de Santiago, 450; de Pontevedra, 580; de Ruy, 580; de Mondonedo, 570; de Monterey, 570; à Ares, le régiment provincial de Léon, 590; celui de Valladolid, 590; à Vigo, celui d'Orense, 590; à la Corogne, le régiment provincial de Betanzos, 450; de Ségovie, 580; de Compostelle, 400; à Montefaro, le régiment provincial de Salamanque, 470; total, 14 corps formant 7,980 hommes. En ôtant 50 hommes par corps pour les dépôts, ouvriers, estropiés, etc., restent 7,000 hommes ; et en ôtant le sixième, restent 5,800 hommes.

Dans les Asturies, à Gijon, le bataillon provincial d'Oviedo, 590 à Santander, le bataillon provincial de Laredo, 570 hommes.

Prenez des renseignements pour savoir de combien ces corps devraient être composés au complet, s'ils sont exercés, combien d'hommes ils peuvent mettre en campagne. A la manière dont ils sont répartis, ils me paraissent être des garde-côtes. Je ne pense donc pas qu'en dégarnissant toute la Galice, les Asturies, la Biscaye, la Vieille-Castille, le royaume de Léon, l'ennemi pût vous opposer plus de 8,000 hommes de troupes.


Bayonne, 14 mai 1808

A l'Infant Don Ferdinand, prince des Asturies

Je reçois la lettre de Votre Altesse, du 10 mai. Le traité qui a été signé et dont les ratifications ont été échangées ayant aplani toutes les difficultés entre nous, j'adhère à la demande que vous me faites, et, aussitôt que possible, nous conclurons le mariage que vous désirez contracter avec une de mes nièces. J'espère que vous y trouverez le bonheur, et moi un nouveau motif de prendre intérêt à tout ce qui vous concerne.


Bayonne, 15 mai 1808  

Au prince Cambacérès, archichancelier de l'Empire, à Paris

Le roi Charles doit arriver aujourd'hui à Bordeaux et dans dix jours à Fontainebleau. Il ne doit lui être rendu aucun honneur extraordinaire, pas plus qu'à Compiègne. Il n'y a pas d'inconvénient que vous alliez le voir à Fontainebleau pour vous assurer qu'il ne manque de rien. Il est inutile également qu'on lui rende des honneurs à Orléans; il faut se borner à des devoirs d'honnêteté. Il ne doit pas venir à Paris sans mon ordre. Demandez à Fontaine si le palais de Compiègne est prêt, et si le Roi peut s'y établir au 1er juin. Ce prince a trés-peu de train; outre la Reine et le jeune infant don Francisco, il n'a pas plus de sept ou huit officiers d'honneur et le triple ou le quadruple de domestiques. Il a quelques chevaux.

L'opinion de l'Espagne se ploie selon mon désir. La tranquillité est rétablie partout, et il parait qu'elle ne sera troublée nulle part.


Bayonne, 15 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous recommande de porter une grande attention à protéger mon escadre de Flessingue, et de tenir sur ce point des officiers d'artillerie et du génie en quantité suffisante. Envoyez un courrier au roi de Hollande pour qu'il renforce la garnison de l'île de Walcheren d'un millier d'hommes de plus, et que sa colonne soit prête à se porter partout où il serait nécessaire, en la réunissant même aux troupes qui partiraient d'Anvers et d'autres points. Ecrivez au général Chambarlhac, qui commande la 24e division militaire, de faire l'inspection de l'île de Cadzand, de seconder le général de brigade que je vous ai ordonné d'y placer et d'être lui-même très actif. Tirez de Boulogne deux compagnies d'artillerie à pied, et envoyez-les en toute diligence dans l'île de Cadzand, pour servir les batteries qui protégent la gauche de l'escadre. Donnez l'ordre à un régiment de ligne de ceux qui sont à Boulogne, fort de 1,500 hommes, de se rendre à Blanankenberghe; que le général commandant l'île de Cadzand en soit prévenu et établisse des signaux pour pouvoir l'appeler à lui sur-le-champ. Donnez l'ordre au général Vandamme, qui commande la 16e division militaire, de renforcer le plus possible sa colonne de Blankenberghe en infanterie et cavalerie (j'ai désigné Blankenberghe, parce que le pays est sain), et  qu'il s'y porte mêmee de sa personne, pour concourir à protéger mon escadre de Flessingue. Causez de cela avec le ministre de la marine, afin de bien connaître la position de l'escadre dans le cas où l'ennemi aurait opéré un débarquement dans l'îl de Cadzand , où nécessairement il ne pourrait se maintenir longtemps. Je ne crois pas que l'ennemi débarque; cependant cela m'intéresse assez pour me décider à ordonner le départ d'un régiment de Boulogne et de deux compagnies d'artillerie comme je l'ai dit ci-dessus. Le général de brigade commandant l'île de Cadzand ne doit jamais découcher de Breskens. Vous avez dû lui donner 60 hommes de cavalerie; je sésire que vous le portiez à 200. Recommandez-lui d'entretenir une correspondance active avec le général Monnet et l'amiral Missiessy. Je suppose qui vous avez donné l'ordre de faire inspecter les batteries de l'île de Cadzand et de les approvisionner à cent coups; que vous avez donné au général commandant plusieurs officiers d'artillerie pour veiller au bon service des batteries; ce qui, au moyen des compagnies d'artillerie que je vous ai ordonné d'y envoyer, mettra ce point à l'abri de tout évènement.

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P. S. En écrivant au roi de Hollande, faites-lui connaître mon intention qu'il envoie dans l'île de Cadzand 1,200 hommes de ses troupes, sous les ordres du général de brigade qui doit commander dans cette île, et que ces troupes partent vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, vu qu'il peut y avoir urgence, car, s'il n'y a pas dans l'île de Cadzand 3 ou 4,000 hommes, mon escadre de Flessingue peut se trouver fortement compromise. Si le général de brigade qui doit commander l'île de Cadzand n'y est pas rendu envoyez le général le plus à portée, et sans délai; car, si c'est un général de la Grande Armée ou de l'armée d'Italie qu'on destine à ce commandement, l'été se passera avant qu'il soit arrivé. Veillez à la stricte exécution de vos ordres. Si le général Roguet se trouvait à Paris, il serait trés-propre à être envoyé là. Mandez au roi de Hollande qu'il est nécessaire qu'il tienne dans l'île de Walcheren, et à portée de l'île de Cadzand, un général de brigade, 1100 chevaux et au moins 2,500 à 3,000 hommes d'infanterie, avec six pièces d'artillerie, de sorte que cette colonne, au moindre évènement, puisse se porter sur la position de mon escadre, ou passer, s'il était nécessaire, l'Escaut, et appuyer par là mes troupes. Je n'ai pas bien présent à la mémoire si de Blankenberghe on peut arriver à l'île de Cadzand, sans retard, par le bras de l'Escaut, et s'il y a des moyens de passage suffisants; faites-moi connaître cela, et prenez en grande considération les moyens de défense de l'île de Cadzand.

En résumé, il doit y avoir dans cette île : 1° un général de brigade, deux officiers d'état-major, un chef de bataillon, deux capitaines d'artillerie et un officier du génie; tout cela à Breskens et en mouvement perpétuel pour inspecter les batteries, veiller à ce qu'elles soient bien approvisionnées et faire faire l'exercice aux garde-côtes; 2° deux compagnies d'artillerie de ligne, que le général de brigade portera sur tous les points où il y aurait besoin de renforts. 3° Il faut réunir un escadron provisoire de cavalerie, tiré de la 24e division militaire, qui servira pour patrouilles sur la côte et communiquera avec le camp de Blankenberghe : on exercera cette cavalerie à l'exercice du canon , afin qu'elle puisse se porter partout où il serait nécessaire de renforcer l'activité des pièces. 4° On lèvera dans l'île de Cadzand et environs un bataillon de gardes nationales de 500 hommes pour le service de l'île, lequel sera sous les ordres du général de brigade. 5° Faire venir dans l'île de Cadzand un régiment hollandais de 1,200 hommes. 6° Placer à Blankenberghe un régiment français de 1,200 à 1,500 hommes, tiré de Boulogne. 7° Former un bataillon provisoire de tout ce qui se trouve dans la 16e division militaire, et charger le général Vandamme d'y joindre également 60 à 80 chevaux, de se trouver souvent à ce corps, de le bien discipliner, d'avoir soin qu'il ait ses cartouches, de le placer le long de la mer, entre Blankenberghe et l'île de Cadzand, afin de pouvoir, au moindre signal, se jeter dans cette île. 8° Faire des détachements de la garnison d'Anvers, et dans la 24e division militaire, d'un millier d'hommes, les approcher à une demi-marche de Cadzand, afin de les avoir à Cadzand le plus tôt possible en cas de nécessité; enfin avoir une colonne de 3,000 Hollandais le plus prés possible de mon escadre, et au plus loin à une demi-journée, laquelle correspondra avec le général Monnet et sera prête à se porter, sur l'île de Cadzand, si le cas l'exigeait.

Par ce moyen, on peut réunir dans l'île de Cadzand 7 à 8,000 hommes en moins d'un jour. Aussitôt que le général Vandamme serait prévenu, il se porterait avec sa colonne, le général Chambarlhac de même, et, arrivé dans l'île, le général Vandamme commanderait comme le plus ancien. Il est probable que l'ennemi, s'il voulait attaquer mon escadre, ferait mine de débarquer dans l'île de Walcheren; je crains peu un débarquement sur ce point; mais s'il y était débarqué, la garnison de l'île de Cadzand s'y porterait. Je vous recommande bien que le général Monnet reste à Flessingue, et que cette place soit bien approvisionnée. A ces mesures, il faut joindre celle d'avoir six pièces de canon et six obusiers prussiens à Breskens; on prendra de ces obusiers prussiens dont on a tiré si grand parti à Boulogne; ils resteront en partie à Breskens avec deux cents coups par pièce. On aura pris des mesures pour, en cas d'événement, lever quelques chevaux dans l'île pour traîner ces pièces et les conduire sur les points où elles seront nécessaires pour battre les chaloupes vaisseaux anglais qui voudraient s'approcher de la côte. Envoyez dans l'île de Cadzand quelques-uns de vos aides de camp pour s'assurer qu'il y a quelqu'un pour y commander, qu'elle est en état de défense, et pour vous faire connaître où sont placés les camps, et  s'ils sont en rapport avec l'ensemble du système.

Je suppose que l'ennemi, voulant brûler mon escadre, se présentait avec une escadre supérieure, mouillerait dans la rade et débarquerait 5 ou 6,000 hommes dans l'île de Cadzand pour s'en tenir maître pendant quelques jours, s'emparerait pendant ce temps des batteries, et tournerait mes propres batteries contre mon escadre : où débarquerait l'ennemi, comment se conduirait-il, et que doit faire le général français ? Voilà la question. Causez de cela avec le ministre de la marine.


Bayonne, 15 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai été voir hier la mouche que j'ai fait préparer ici. Elle sera partie, si le temps le permet, quand vous recevrez cette lettre. Les officiers de marine disent qu'il est sans exemple que le port de Bayonne ait été bloqué; que l'ennemi ne se tient même pas au large et que de petits bâtiments qu'on expédierait pour les colonies ont mille chances en sortant d'ici, vu qu'ils peuvent faire impunément les trente premières lieues n'étant pas observés, et que, les trente premières lieues faites, on est alors en pleine mer. Je ne conçois pas comment l'évidence de cela n'est pas connue à Paris, et comment n'y a pas toujours ici une quinzaine de petits bâtiments pour envoyer dans les colonies. Par ce moyen, mes colonies auraient des nouvelles. La marine me parait livrée à une grande routine établie dans des temps fort différents de ceux-ci.

J'ai donné ordre à Lisbonne qu'on préparât six mouches pour les Amériques espagnoles, trois d'un côté et trois d'un autre, avec des fusils. Il me semble que vous pourriez faire ainsi expédier des goélettes de Nantes, de Bordeaux et de Rochefort. Parmi les bâtiments qui servent à la protection de la côte, il y en a un nombre suffisant qui sont propres à porter une lettre en Amérique.


Bayonne, 15 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, écrivez au général Duhesme de tenir ses troupes réunies, et que le capitaine général peut renforcer le fort de Rosas en y mettant 100 hommes de plus, Irlandais, de manière à le mettre à l'abri des entreprises des Anglais.


Bayonne, 15 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, on fait dans mes régiments les changements les plus contraires à mes intentions. On dirait que la France est devenue vassale de la Russie, et que toutes les demandes que font les officiers russes sont des ordres. On retire de mes régiments polonais des hommes, sous le prétexte qu'ils sont russes. J'entends dire qu'il est arrivé de Barcelone à Perpignan 89 hommes qu'on ôte des régiments napolitains, sous prétexte qu'ils sont russes. Je ne conçois rien à cela. Si l'adiudant-commandant chargé de 1'échange des prisonniers a rendu des hommes aux Russes sans ordre, faites-le arrêter. Aucun individu à mon service ne doit en sortir sans mon ordre. C'est vraiment un délire que cette conduite; et quand fait-on cela ? C'est quand on garde mes prisonniers en Russie comme domestiques, qu'on retient des chefs, de bataillon que l'on a débauchés. Il n'appartient d'ailleurs à personne de préjuger mes intentions. Donnez à cet adjudant-commandant qui se nomme . . . . . . l'ordre de venir à Paris rendre compte de sa conduite, et donnez-moi des renseignements sur tout cela,. si vous en avez.  En attendant, donnez l'ordre que les 89 hommes s'arrêtent dans la première place forte, et qu'ils soient envoyés de là sur le ler régiment d'infanterie de la légion de la Vistule.


Bayonne, 15 mai 1808, huit heures du matin.

A Joachim, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 12 mai à trois heures du matin. Je vous envoie la lettre du prince des Asturies au conseil de Castille; vous en ferez l'usage que vous jugerez convenable.

Je vois, par la note que vous m'avez envoyée, qu'il y a 12,000 hommes de toutes armes à Cadix et 10,000 devant Gibraltar; ce qui fait 22,000 hommes. Il faut bien se garder d'augmenter ce nombre. Faites filer des troupes sur Ceuta et sur Minorque.

La lettre de la junte de Castille ne dit rien, puisqu'elle me remercie de ce que j'ai raccommodé le fils avec le père et fixé leur incertitude. J'attendrai, pour leur répondre, la lettre que vous m'annoncez et que je recevrai probablement aujourd'hui.

Est-ce vous qui avez donné aux carabiniers qui ont escorté le roi Charles l'ordre de retourner à Madrid ?

L'état de la marine que vous m'avez envoyé ne dit rien. C'est un état de situation détaillé dont j'ai besoin, présentant les vaisseaux armés, en armement, désarmés, en réparation, en construction, à la mer. J'en sais beaucoup plus sur la marine espagnole que votre état ne m'en apprend.


Bayonne, 15 mai 1808, huit heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Des renseignements sûrs, auxquels j'ai lieu d'avoir confiance, me donnent la conviction que le mouvement général qui a eu lieu à Madrid a été commandé par le prince des Asturies et par sa cour, et dès lors opéré par la junte.

S'exposer à toute extrémité plutôt que d'adhérer à ce que j'avais demandé, et  massacrer tous les Français, voilà ce qui avait été ordonné. Partout il y a eu des hommes sages qui s'y sont refusés; des capitaines généraux ont répondu qu'ils feraient la guerre loyalement, mais qu'ils ne croyaient pas de leur honneur de pousser une populace féroce à l'assassinat de malheureux individus. Les mouvements de Valladolid et de l'Estramadure, auxquels les autorités ont d'abord été favorables, ont été contremandés, dés qu'elles ont eu la première idée des évènements de Madrid. Il est donc nécessaire de surveiller pour quelque temps la junte qui devient inutile. Il suffit que vous fassiez le travail avec chaque ministre. A quoi servent d'ailleurs ces conseils ? Vous avez l'autorité légale comme lieutenant général du royaume. Cependant quelques jours de plus ou de moins sont de peu d'importance.

Les gardes du corps me gênent; les envoyer en France serait le plus sûr. Vous pourriez leur dire qu'on les a calomniés; que le meilleur moyen de se justifier est de demander à passer en France pour se mettre à la tête des Espagnols qui sont dans le Nord ; ce serait une chose fort avantageuse. Si cela ne peut pas réussir, il faut les envoyer à l'Escurial; car, avant l'arrivée du nouveau roi, je ne veux pas qu'il y ait des gardes du corps à Madrid.

Il faudrait me composer un état d'une douzaine de mille hommes d'infanterie, de 3,000 hommes de cavalerie et de 1,000 hommes d'artillerie, total 16,000 hommes, que vous formerez en trois divisions, deux d'infanterie et une de cavalerie. Faites-moi connaître ceux des corps qui ont le plus mauvais esprit et dont il faudrait se défaire. Vous dirigeriez ces trois divisions sur la France.

Il faut faire passer de Catalogne un bataillon de plus à Mahon, et deux ou trois bataillons de plus à Ceuta; 4,000 hommes effectifs à Ceuta ne sont rien. Ainsi donc, si l'on faisait passer 16,000 hommes en France, 2,000 hommes à Ceuta et 1,000 hommes à Mahon, l'armée espagnole serait assez affaiblie en Espagne pour n'avoir rien à craindre.

Quant à présent, réitérez l'ordre et prenez des mesures pour que 2,000 hommes d'infanterie se rendent en Afrique et 1,000 hommes à Mahon. Faites faire ensuite un travail sur les trois divisions à faire venir en France, et envoyez-m'en l'état. Vous en feriez passer une par la Catalogne et les autres par l'occident.

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P. S. Faites cesser le recrutement extraordinaire qui a lieu.


Bayonne, 15 mai 1808

A Joachim, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 13 mai à trois heures du matin. Vous ne me parlez plus de la lettre du conseil de Castille qui devait être prête à onze heures. On ne doit accorder au Roi que les tableaux qui lui appartiennent, mais non ceux de la Couronne. Gardez tous les diamants à Madrid, et faites une enquête secrète pour connaître ceux qui ont été achetés des voleurs du garde-meuble de France.

Cadix est le point le plus favorable pour des expéditions en Amérique; il parait qu'on peut en faire partir autant qu'on voudra. Je vous ai déjà fait connaître qu'il fallait que l'escadre de Mahon se rendit à Toulon; réitérez cet ordre; elle sera remise là en bon état cela est trés-important.

Je n'approuve pas la mesure d'envoyer 4 000 hommes à Solano. Je n'ai pas besoin de nouvelles troupes en Portugal. Ne faites aucun mouvement de troupes dans ce pays. Il parait que le ministre de la guerre fait ce qu'il veut, et non ce que vous voulez. Je pensais que le général Solano devait être au camp de Saint-Roch, entre Medina- Sidonia et Cadix. Je vous ai envoyé l'ordre de faire partir de Madrid plusieurs bataillons pour remplacer, à Carthagène, Malaga et Tarragone, les suisses que je vous ai donné l'ordre de réunir à Grenade. Je n'ai pas besoin de nouvelles troupes dans les Algarves. Le général Junot a 10,000 Espagnols en Portugal, c'est plus qu'il ne lui en faut.

Si les chaleurs vous obligent de lever les camps, placez une division à l'Escurial, une à Aranjuez et une division dans une ville sur la
gauche, du côté de la mer, à moins de douze lieues de Madrid.

Il faut congédier les milices; non pas toutes, il y en a qu'il est utile de conserver. Le ministre de la guerre a tort de réclamer les fusils enlevés par le général Ducos; ils ont été enfermés dans Saint- Sébastien, parce que les paysans pouvaient s'en servir, et ils sont en sûreté à Saint-Sébastien, qui est une place forte. 

Il est fort singulier que le ministre de la marine ne connaisse pas le nombre de ses vaisseaux, ni leurs noms.

Je vous ai donné l'ordre de retirer les gardes du corps de Madrid et de les envoyer en France ou à l'Escurial. 

Vous devez laisser à Mahon le chef d'escadre qui y commande. Le Valdès qu'on veut y envoyer est le plus grand ennemi de la France; il m'a fait manquer une expédition, et c'est une des causes du plus grand mécontentement que j'ai eu contre l'Espagne. Il est fils d'un Valdès de Burgos. Il relâcha à  Mahon pour ne pas débarquer à Toulon. Il ne faut point le renvoyer là.
Je vous ai mandé qu'il fallait envoyer aux infants tout ce qui leur appartenait nominativement, mais rien de ce qui ne leur appartenait pas.

Je sens que les affaires de finances méritent toute ma sollicitude. Je désire que vous m'envoyiez à Bayonne le ministre des finances avec trois ou quatre personnes des plus instruites dans cette partie, et munies de tous les papiers et documents qui puissent m'en faire connaître parfaitement la situation et les ressources. Je vous ai chargé de faire faire un travail là-dessus par le sieur Laforest. En trois ou quatre jours, ou doit pouvoir me rédiger un mémoire qui me donne une idée des revenus de 1806 et 1807; je serai à même alors de prendre un parti.

Je me rendrais volontiers à Madrid; mais ma présence est encore nécessaire ici pour les affaires générales du Nord.


Bayonne, 15 mai 1808

Au général Junot, commandant l'armée du Portugal, à Lisbonne

J'attends avec impatience l'état exact des Espagnols qui sont sous vos ordres et des lieux où ils se trouvent, du nombre d'hommes qu'ils ont aux hôpitaux, du nombre de compagnies qui composent leurs bataillons, enfin les moindres détails sur leur formation.

Je vous ai fait connaître que, compris les deux millions qu'on vous a déjà demandés, vous deviez envoyer six millions à Paris ou à Madrid. Je ne vois pas d'inconvénient à déclarer que la contribution est réduite à cinquante millions en argent; c'est-à-dire que les cinquante autres millions seront payés en domaines. Faites faire cette assignation de domaines pour cinquante millions.

Y-aurait-il de l'inconvénient à faire publier le Code Napoléon en Portugal ? Occupez-vous toujours de le faire traduire en portugais par des gens capables. Quelle espèce de résistance éprouverait-on pour resserrer les couvents et les réduire à moitié ?  On aurait par là beaucoup d'argent, puisqu'on dit que ces couvents ont chacun un trésor et que leurs biens augmenteraient les domaines ce serait d'ailleurs un grand pas de fait vers la civilisation de ce royaume.

Faites dresser l'état des couvents et des biens qu'ils ont, et envoyez-le-moi.

Combien de troupes vous faudrait-il de plus pour maintenir la tranquillité du pays ? En touchant à ce point important, vous sentez bien que ce n'est qu'une question que je fais et qu'il faut y mettre le temps.

J'ai ordonné que les régiments portugais que vous envoyez en France envoient en Portugal cinq officiers et dix sous-officiers, sergents et caporaux, pour se recruter. Je vous recommande de faire opérer ce recrutement le plus vite possible, de désigner le lieu où chacun de ces régiments doit recruter, et de prendre tous les moyens pour arriver à les compléter; car que voulez-vous que je fasse de 3,000 hommes qui ont 300 officiers ? Ce serait ruineux. Prenez tous les moyens pour rappeler les déserteurs et les envoyer à mesure que vous aurez 100 hommes.

Je vous ai écrit pour m'organiser trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes; de les approvisionner pour six mois de vivres et de les tenir prêts pour toutes sortes d'expéditions. Le vaisseau le Vasco-de-Gama et la Maria-Prinzeira sont deux beaux vaisseaux de 74. Vous devez avoir assez de bois pour achever le vaisseau en construction, mais, comme il ne pourra pas être fini pour 1'époque où j'en aurai besoin, vous pourrez faire réparer le Saint-Sébastien ou la Princesse-de-Beira. Vous devez tenir les frégates la Carlotta et le Phénix prêtes à partir. Mais il est bien nécessaire que ces vaisseaux aient la plus grande partie de leurs officiers, de leur maistrance et de leurs canonniers français. Vous y mettrez quelques matelots portugais et étrangers et une bonne garnison française. Faites-moi connaître quand, de ces trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes ou bricks, un vaisseau , une frégate et deux bricks seront prêts , et quand les trois vaisseaux , les trois frégates et les trois bricks le seront. Je vois qu'il y a cinq grosses gabares à Lisbonne; de combien de tonneaux sont-elles ? Enfin il faut donner une grande activité à la marine et armer le plus de bâtiments que vous pourrez. Je vous ai envoyé de bons canonniers français. Mettez-y de bonnes garnisons, non pas d'auxiliaires, mais de Français. Faites-moi connaître le nombre d'officiers et contremaîtres français que vous avez. Envoyez à Cadix demander si le vice-amiral ne pourrait pas, sans s'affaiblir, vous en offrir quelques-uns.

Sur le vaisseau l'Atlas, qui est à Vigo, il y a 100 marins. Envoyez-leur l'ordre de se rendre à Lisbonne, et envoyez l'ordre à un lieutenant et 25 hommes d'un des régiments qui est le plus prés, de tenir garnison sur 1'Atlas et de veiller à conserver ce vaisseau. Ces 100 marins français peuvent vous être fort utiles.

Faites-moi connaître s'il est facile de sortir de Lisbonne malgré la croisière anglaise. Faites faire un mémoire là-dessus par le capitaine de vaisseau qui est à Lisbonne.


Bayonne, 15 mai,1808

Au général Junot, commandant l'armée du Portugal, à Lisbonne

J'ai écrit au grand-duc de Berg de vous envoyer les brochures et autres pièces qui se sont imprimés en Espagne sur les dernières affaires, et un duplicata des dépêches du gouvernement espagnol.

Faites mettre deux de ces paquets sur deux petites goélettes ou avisos que vous expédierez au Rio de la Plata. Vous leur donnerez pour instruction, si le Rio de la Plata était bloqué, d'avoir soin d'atterrir dans les anses plus bas. De petits bâtiments seront suffisants pour cela. Faites charger sur ces petits bâtiments un millier de fusils; mettez-y des officiers français et assez de Français, marins et soldats, pour être maîtres des Portugais. Faites arranger six mouches pouvant naviguer chacune avec une trentaine d'hommes, ayant un ou deux petits canons. Que ces goélettes soient doublées en cuivre, bonnes marcheuses, et dirigez-les, à huit jours de distance l'une de l'autre, sur l'Amérique espagnole, chargées de 4 à 500 fusils; trois pour la Vera-Cruz et trois dans le Midi.

Vous enverrez sur chacune deux lettres de vous au vice-roi espagnol du lieu sur lequel vous les dirigerez.


Bayonne, 15 mai 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je ne suis pas sans penser que l'ennemi pourrait fort bien essayer d'attaquer mon escadre de Flessingue, et, à cet effet, se présenter avec une escadre supérieure, jeter 6,000 hommes dans l'île de Cadzand, les y maintenir quelques jours, s'emparer de mes batteries et les tourner contre mon escadre, et, en même temps, contenir l'île de Walcheren par un débarquement simulé. Voici les dispositions que j'ai cru nécessaire d'ordonner pour s'opposer à ces projets de l'ennemi :

1° Vous devez renforcer la garnison de l'île de Walcheren de 1,000 hommes. Vous laisserez le commandement clair et net de vos troupes au général Monnet; en fait de militaire, il ne faut pas de discussions.

2° Immédiatement après avoir reçu cette lettre, vous ferez partir en toute diligence un bataillon de 1,000 hommes d'infanterie pour l'île de Cadzand, où je le ferai nourrir. Il sera cantonné dans les différents villages et fera le service de la côte. Je vous remplacerai bientôt ce régiment, s'il vous est nécessaire, mais dans ce moment je n'ai rien sous la main.

Mettez sous les ordres d'un général de brigade 2,500 à 3,000 hommes d'infanterie et 3 à 400 hommes de cavalerie, avec six pièces de canon.  Réunissez ce corps à une demi-journée de la position où se trouve mon escadre; que ce général établisse des signaux sur la côte et avec les batteries; et, au moindre mouvement, sans attendre l'avis du contre-amiral Missiessy ou du général qui commande dans l'île de Cadzand , il se mettra en marche, et passera dans l'île de Cadzan pour soutenir mes troupes. Je donne ordre, dans différents points de réunir des colonnes afin d'avoir en un moment une force imposante sur le point menacé. Comme je suis aujourd'hui fort loin de ce côté, je désire que vous envoyiez vos aides de camp dans les îles de Walcheren et de Cadzand pour voir la situation des batteries, les mesures qu'on a prises et l'état exact des choses. Vous me ferez connaître le rapport de ces officiers. Je suppose qu'une de vos division est rentrée en Hollande; j'en ai donné l'ordre depuis longtemps. Vous n'avez rien à craindre des Anglais, qu'un coup de main qui sera l'affaire de deux ou trois jours. Ainsi il faut avoir au Texel 2 ou  3,000 hommes pour défendre l'escadre, surtout si elle est en rade 

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P. S. Je ne vois pas que votre escadre soit en rade au Texel ; il est cependant bien important qu'elle y soit. Envoyez-m'en la situation. J'ai vu avec plaisir que les deux frégates étaient arrivées à Flessingue. S'il était possible qu'un ou deux de vos vaisseaux de guerre, de ceux qui sont à Helvoet-Sluys, y vinssent aussi se réuni à mon escadre, ce serait bien avantageux; voyez si c'est possible.


Bayonne, 16 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Electeur

Mon Cousin, je vous envoie une lettre pour le prince des Asturies. Le service du chef d'escadron Henri , de la gendarmerie, étant inutile, et cet homme leur paraissant peu agréable, vous pouvez le renvoyer ici. Il faut éloigner de ces princes tout ce qui aurait l'air de captivité. D'ailleurs, d'autres évènements se sont passés depuis ma dernière lettre; j'ai conclu avec le prince un traité par lequel il me cède tous ses droits à la couronne d'Espagne, et je lui ai accordé  différentes choses qui peuvent le faire vivre heureusement et tranquillement. Faites en sorte qu'ils soient bien traités et qu'ils passent agréablement leur temps. Les affaires d'Espagne vont bien et vont être entièrement terminées, ce qui influera toujours sur la situation de ces princes.


Bayonne, 16 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur Mollien, le payeur de l'armée de Dalmatie a mis des sommes à la disposition du général Marmont, sans y être autorisé par un crédit et sans résistance. Remplacez ce payeur et ordonnez-lui de venir à Paris avec tous ses papiers pour rendre compte de sa conduite. Vous lui reprocherez sa faiblesse. Le général Marmont n'avait pas d'ordres à lui donner, il n'en devait prendre que de vous. Il devait au moins dresser procès-verba1 de violation de caisse, et l'envoi de ce procès-verbal aurait donné l'éveil. Il faut maintenant avoir les comptes de ces sommes. Envoyez là un payeur ferme, et que rien ne puisse le faire dévier de la règle. Qu'il sache bien que les généraux ne sont pas les ordonnateurs, que ce sont les ministres.


Bayonne, 16 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

La Toscane va être réunie à l'Empire. Il est donc nécessaire que vous prépariez, pour le moment où le décret sera publié, ce qu'il faut pour organiser les classes dans le port de Livourne. Je donne l'ordre que l'on lève 400 bons matelots à Livourne et qu'on les dirige sur Toulon pour renforcer les équipages de l'amiral Ganteaume. Vous devez avoir des agents de la marine à Livourne. Faites toutes les dispositions nécessaires pour l'exécution de mes ordres.


Bayonne, 16 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai vu avec plaisir que le Breslau avait été mis à l'eau sans accident. Il me tarde qu'il soit armé et équipé et prêt à se rendre à Toulon pour le 15 juin, afin qu'on soit sûr qu'il y soit au 1er juillet pour augmenter l'escadre de Toulon. Mon intention est qu'un autre vaisseau soit mis sur la cale du Breslau; cela est facile. Faites le marché; cela alimentera toujours la ville de Gênes.

Je désire que, sur le premier état de situation, vous fassiez ajouter des notes sur les qualités qu'on a remarquées aux vaisseaux de l'escadre de Toulon; marchaient-ils unis ? etc.

J'ai donné des ordres au ministre de la guerre de prendre de mesures pour garder la rade de Flessingue. Que l'amiral Missiessy veille; qu'il vous instruise du nom du général de brigade qui commande à l'île de Cadzand, du général de Flessingue, du général hollandais qui commande sur les derrières, enfin des préparatifs et dispositions qui sont faits là.

Je suppose que, dans ce moment-ci, il y a au moins 4,000 hommes sur l'escadre de Flessingue et qu'il y en aura 5,000 avant le ler juin. Les exercices sont-ils commencés ?

Les moyens que vous proposez pour Cadix se font déjà par les Espagnols; ainsi il est inutile de faire aucun frais pour cela. Je fais partir un aviso de ce port; je fais partir dans la semaine un petitbrick que j'ai acheté; ce sera toujours deux expéditions.

Je dirige la petite mouche sur Cayenne, et j'écris à Victor Hugues de la diriger sur le Caracas, et d'envoyer de son côté des bâtiments de tous côtés pour prévenir de ce qui se passe. J'expédie l'autre sur la Guadeloupe, et j'en profite pour y envoyer 20 hommes; j'écris au général Ernouf d'envoyer dans toute la terre ferme espagnole des avis de ce qui se passe. .

Quand m'apprendrez-vous que l'Austerlitz a été lancé à Toulon ? Combien de mois de vivres et d'eau aura l'escadre de Flessingue au ler juin ?

Donnez l'ordre que désormais aucune gabare de plus de 200 tonneaux ne sorte de mes ports sans être doublée en cuivre.

J'ai gardé vos dépêches pour Victor Hugues, que je fais partir par la mouche qui part d'ici.

Je vois qu'on pourrait essayer d'avoir trois ou quatre mouches à Cadix, toujours prêtes à partir, dont on se servirait avec succès pour donner des nouvelles dans les colonies.


Bayonne, 16 mai 1808

A M. Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d'honneur, à Paris

Je reçois votre rapport du 11 relatif au sieur Gaulier, chasseur au 16e d'infanterie légère. Je ne doute pas qu'il ne tienne ce qu'il vous a promis. Renvoyez-le à son corps, où j'espère qu'il méritera bientôt de l'avancement. Ecrivez dans ce sens au colonel.


Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon fils, j'ai fait, comme vous le désirez, le colonel Lafond, général de brigade dans mes troupes italiennes, et le major Lejard colonel du 6e de chasseurs. Les décrets ont été signés aujourd'hui, et vous pouvez le notifier à ces officiers. Le général Lafond s'occupe sur-le-champ de l'instruction de ma cavalerie. Il me semble que vous aurez un moyen pour arranger ma cavalerie italienne : c'est de tirer quelques officiers de dragons de ma garde pour mettre dans les régiments. Ils avaient pris une bonne habitude de guerre ; je suis bien fâché qu'ils ne soient pas venus à l'armée.

(prince Eugène)


Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon fils, vous devez écrire au général Marmont et au payeur de Dalmatie, pour avoir des renseignements sur ce que sont devenus les fonds qui ont été détournés. Vous leur ferez connaître que la régularité qui existe dans les finances, tant en France qu'en Italie, ne permet pas que des sommes soient ainsi détournées de leur destination sans l'ordre du ministre.

(prince Eugène)


Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon fils, je reçois votre lettre du 10 mai. Ainsi, voilà le royaume augmenté de trois nouveaux départements; je ne vois pas de difficulté à cela. Il faut actuellement vous appliquer à les bien organiser, et à y faire publier sur-le-champ toutes les lois de l'Infant. Il est nécessaire surtout que le Code Napoléon soit promptement mis en activité. Le régiment de Rome sera à la solde du royaume, et l'armée italienne sera augmentée d'autant. Portez-le au complet et organisez-le comme tous les autres régiments italiens. Je pense que vous avez nommé tous les membres des conseils généraux du département. Les conseils généraux doivent prendre tous les renseignements et se mettre en état de pouvoir présenter, à la prochaine réunion, le nombre d'électeurs nécessaires pour chaque département. Faites que, dans tous les chefs-lieux, à la réunion des conseils généraux, on donne des fêtes et un bon mouvement de l'opinion. Appelez dans les conseils quelques membres de ces nouveaux départements, et nommez-en quelques-uns préfets et sous-préfets dans le reste du royaume. Ici, les affaires sont finies; la maison de Bourbon a cessé de régner en Espagne, et les différents princes qui pourraient être appelés au trône m'ont cédé leurs droits.

Le grand-duc de Berg est lieutenant général du royaume ; il est reconnu par toutes les autorités.

Le sang qui a coulé à Madrid a calmé toutes les têtes, et, dès ce moment, cette grande et importante question a été décidée. Le roi de Naples va se rendre ici. Faites en sorte que des relais lui soient préparés dans tout le royaume; instruisez-moi par l'estafette, dès que vous saurez qu'il est entré dans le royaume. Je suppose que si, dans les nouveaux départements, quelques villages ou quelques personnes remuaient, qu'on les traiterait comme j'ai fait traiter jadis Bignasco, et qu'on donnerait un sérieux exemple. Il faut chasser sur-le-champ du pays tous les prélats, qui étaient gouverneurs ou occupaient des places civiles; s'ils sont étrangers, il faut les renvoyer chez eux. Je vous ai commandé, hier, de me rendre compte des travaux de Venise, du Reno, du Pô, de la Brenta et du canal de Pavie.

Aujourd'hui, je vous demande les même renseignements sur les travaux d'Ancône. Poussez cela avec activité. Le dévasement du port d'Ancône est bien important, afin d'y avoir 5 vaisseaux et 2 frégates. Et, quand j'aurai la 5 vaisseaux et 2 frégates, l'Adriatique ne pourra plus être bloquée par une ou deux frégates, comme elle l'est aujourd'hui. Organisez avec soin le port d'Ancône, c'est le deuxième port du royaume. Ayez toujours là des bricks et des canonnières, afin de protéger la côte, et en même temps d'en être le maître. Le régiment de Rome, qui est à Ancône, portera un numéro à la suite de ceux qui existent. Poussez-en le recrutement et mettez ce régiment en bon état. Il portera le même uniforme que les autres régiments italiens. Je vous laisse le maître de le  comprendre dans les régiments d'infanterie de ligne, ou de ceux d'infanterie légère. Vous pouvez prendre quelques capitaines, lieutenants ou sous-lieutenants du régiment de Rome, pour les placer dans les huit autres régiments, et les remplacer par les officiers de vos anciens régiments qui ont fait la guerre et ont de l'expérience. Vous opérerez ainsi une espèce d'amalgame, et cela vous donnera le moyen de tirer bon service du nouveau régiment. J'ai nommé une junte de gouvernement en Toscane; elle est composée de conseillers d'État, maîtres des requêtes et auditeurs, que je fais venir de Paris. Le général Menou en est le président et a le titre de gouverneur général. Cette junte entrera en activité le 1er juin. Vous pouvez retirer le général Fiorella et l'employer ailleurs dans le royaume.

(prince Eugène)


Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, la réunion des trois départements d'Ancône étant faite, il est nécessaire d'y publier le Concordat et de déclarer que toutes les lois qui régissent 1'Église du royaume d'Italie sont exécutoires dans ces trois départements. Il est également nécessaire de mettre sans délai en activité toutes les mesures relatives aux moines; ce qui aura l'avantage, d'ailleurs, de mettre à notre disposition une grande quantité de biens, dont on pourra se servir trés-utilement. Il faut s'occuper de faire constater les dettes de ces provinces, et me proposer des mesures pour les faire liquider sur le Mont-Napoléon. Je crois convenable que le ministre des finances se rende, à cet effet, à Ancône, où il pourra rester huit ou dix jours. Vous aurez sans doute supprimé dans les trois départements tous les droits qui sont supprimés dans le reste du royaume. Il faut appeler ces trois départements à concourir à la formation des compagnies de gardes d'honneur. Occupez-vous de faire faire le budget de la ville d'Ancône. Il faut aussi s'occuper des fortifications; les fortifications d'Ancône vous sont nécessaires sous deux points de vue : pour réprimer une insurrection et pour mettre les vaisseaux qui seraient dans le port à l'abri d'une descente. Ancône ne sera jamais assiégée, ni par de trés-grandes forces, ni par de très-grands moyens militaires; il n'est pas question de faire là une place dans le genre de celle d'Alexandrie; mais l'occupation de deux ou trois points par de bons forts serait, je crois, une chose trés-importante. Faites lever la carte d'Ancône et de 2,000 toises autour, avec les côtes.


Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre état de situation des constructions au ler mai. Il est plein d'incohérences. Par exemple, article des Bâtiments en armement, corvette la Caroline, votre état dit que cette corvette à été mise à l'eau en décembre 1807; il dit ensuite qu'elle est aux 21 vingt-quatrièmes de sa construction : mais, si elle a été mise à l'eau en décembre, elle était alors aux 24 vingt-quatrièmes de sa construction; expliquez cela.

Je vois que mes cinq vaisseaux de guerre n'avancent pas. Le Rivoli n'est encore qu'aux 8 vingt-quatrièmes; il sera donc impossible de 1e mettre à l'eau au mois d'août. Quoiqu'il soit très-important de pousser ces travaux avec la plus grande activité, tout dort. La Bellone  est portée comme devant être mise à l'eau à la mi-mai; cependant elle n'est encore qu'aux 15 vingt-quatrièmes. La Couronne est-elle ou non à l'eau ? Faites-moi faire un nouvel état, qui me fasse connaître le nombre de jours de vivres qu'ont tous les bâtiments qui sont en rade; ajoutez-y les bâtiments désarmés. Que cet état me fasse connaître pour quelle mission chaque bâtiment est expédié, et quelle est l'époque des dernières nouvelles qu'on en a reçues. Veillez donc aux constructions ; cela ne va pas.

Vous ne me rendez pas compte de la marche des divers travaux commencés dans le royaume. Les travaux du Reno au Pô, ceux du canal de Pavie, ceux de Venise, avancent-ils ? Il me semble que rien ne marche. Rendez-moi compte plus exactement de l'exécution des travaux que j'ai ordonnés.

Vous m'envoyez un état de situation de l'armée italienne au 1er mai qui n'est pas suffisant. Il n'est pas dans la forme que je veux et que je vous ai indiquée; ce n'est qu'un résultat qui ne dit rien. Il faut me faire dresser un livret plus complet, où il y ait autant de feuilles que de départements, puisqu'il n'y a pas de divisions militaires dans mon royaume d'Italie. A chaque département, une page indiquera le nombre de casernes qu'il y a pour l'infanterie et la cavalerie, le nombre de lits que la caserne contient, le nom du général qui commande, le nom des officiers d'état-major, du génie, de l'artillerie, et des commissaires de guerre qui y sont employés; une autre page donnera le détail des troupes en garnison dans le département et des compagnies de gendarmerie et de vétérans qui font service. Après la situation militaire des départements, viendra la partie du livret destinée aux troupes qui sont hors du royaume. Vous mettrez autant de feuilles qu'il y a d'endroits différents où sont placées mes troupes. Il y en a en Espagne, en France, à Naples, à Corfou; pour chacun de ces pays, il faut une feuille séparée. Vous devez faire dresser un autre livret dans lequel il y aura autant de feuilles qu'il y a de régiments d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, etc., et, pour chaque régiment, vous devez réunir sur le même feuillet tous les renseignements qui peuvent faire connaître le détail de sa situation et des détachements qui en dépendent. Un troisième état, consacré aux détails de l'artillerie, doit me faire connaître la quantité de canons, d'affûts, de boulets, de fusils, de poudre, en distinguant ce qui appartient à la France et ce qui appartient à l'Italie. Enfin ce troisième état doit être accompagné d'un autre sur la conscription, et qui me fasse connaître ce que chaque département a du fournir, ce qu'il a fourni et quelle a été la répartition de son contingent entre les corps.

Envoyez-moi, tous les mois, ces quatre livrets, et j'aurai alors une idée du militaire d'Italie. Depuis deux ans je vous le demande, et vous me laissez toujours dans l'obscur. Je n'ai aucun renseignement; je ne sais pas où sont les dépôts de mes régiments, combien ils ont de bataillons, comment se nomment les colonels, enfin rien. Les états que vous m'envoyez sont des états pour rire; je ne puis pas même y voir ce que chaque régiment a de détaché en Espagne. C'est tout à fait ridicule. Pour mon armée française, le ministre me remet, deux fois par mois, plus de dix-huit volumes in-12 et in-4°, qui me présentent l'état de mon armée sous tous les points de vue. Envoyez-moi exactement les étals que je vous demande.


Bayonne, 16 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid        

J'ai lu avec attention une note que le ministre de la marine m'a envoyée sur les vaisseaux espagnols. Je vois qu'il n'y a au Ferrol que le Saint-Elme, de 74, le Saint-Julien, de 64, la Prima, frégate de 44, et la Vengeance et la Magdeleine, de 34, qui soient armés. Donnez l'ordre sur-le-champ qu'on mette en armement dans ce port le Saint-Augustin, de 74, et en réparation la Conception, le Mexicain, le Saint-Ferdinand et l'Orient, de manière à avoir, dans le courant de l'été, 7 vaisseaux armés et prêts à faire voile du Ferrol. Il ne manquera peut-être pour cela que de l'argent, mais ce n'est pas en se laissant abattre qu'on arrivera à la paix. De l'argent, il faut s'en procurer.

Il faut mettre en armement à Carthagène le San-Carlos, le San-Joachim et le Glorioso. Il faut réitérer l'ordre que l'escadre de 6 vaisseaux qui est à Mahon se rende à Toulon.

A Cadix, je vois qu'il n'y a que 6 vaisseaux en rade. Il faut sur-le-charnp faire entrer dans les bassins et mettre en réparation 6 des 8 meilleurs vaisseaux qui s'y trouvent : le Santa-Anna, le Conde de Regla, le Soberano, le Saint-Firmin, l'Africain, le Saint-jean-Baptiste, le San-Gabriel-el-Ferno et le Minho, de sorte qu'on puisse avoir dans le courant de l'été 10 vaisseaux en rade de Cadix.

L'Espagne aurait donc à mettre, pour la cause commune, 6 vaisseaux à Toulon, 3 vaisseaux à Carthagène, 12 à Cadix et 7 au Ferrol; ce qui ferait 28 vaisseaux, ce qui certes est bien peu de chose. Il y a assez de matelots en Espagne. On approvisionnera bientôt l'arsenal. Ce qui manque seulement, c'est de l'argent et de l'activité. Combien en faut-il, de l'argent, pour faire ces armements ? Le ministre de la marine est-il habile ? Donnez ordre à Mazarredo, vice-amiral espagnol, de se rendre à Bayonne, où je désire causer
avec lui.

Je vous recommande de prendre toutes les mesures nécessaires pour donner du mouvement dans l'arsenal. Ce sont là les meilleures proclamations pour se concilier l'affection des peuples. En renvoyant l'escadre de Mahon à Toulon, on sera déjà débarrassé de l'entretien et de la nourriture de celle-1à, ce qui donnera sans doute d'autant plus de moyens pour les autres.

Si le département de la marine veut avoir ma confiance, il faut qu'il se donne du mouvement; qu'on passe des marchés et qu'on mette de l'activité dans ces trois ports.


Bayonne, 16 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid 

Il y a en Galice 7,690 hommes de milices. Je désire que vous fassiez un travail avec le ministre de la guerre; que, sur ces 7,690 hommes, vous gardiez seulement un effectif 2 000 hommes, et que vous licenciiez les 5,690 autres, en ayant soin de retenir tous les fusils, et en supposant que cela ferait plaisir aux milices ; car, sans cela, je préférerais les faire passer en France, où je les payerais comme troupes de ligne. Sur les 1,650 hommes de milices de Valence et Murcie, licenciez-en 1,000, en gardant les bataillons le mieux organisé. Il faut garder tout ce qui se trouve à Gibraltar et à Cadix. Ainsi je vous autorise à faire un travail avec le ministre de la guerre pour licencier, sur les 28,000 hommes, 20,000 hommes, en gardant les milices plus instruites et en renvoyant celles des provinces qui ont le plus besoin de bras. Aussi bien voilà le temps de la récolte qui va arriver. On verra, après ce que produira le premier licenciement, si l'on peut continuer le licenciement du reste. Le licenciement des 6,000 hommes de la Galice ne peut être que très-utile sous tous les points de vue.

J'ai lu et relu avec attention l'état de situation de la guerre que
vous m'avez envoyé; je vous en ai demandé de plus détaillés. Faites-moi connaître l'esprit des différents régiments, au moins des gardes wallones et des gardes espagnoles. Sur les 10,900 Suisses effectifs, formant les régiments au service d'Espagne , combien y a-t-il de Suisses, de déserteurs de toute nation ? Sur les 2,700 gardes wallones, combien y a-t-il d'Espagnols, de Français et d'étrangers ? Pourquoi les trois régiments irlandais ne forment-ils ensemble que 1,700 hommes (le régiment d'Ultonia 400, le régiment d'Hybernia 800, le régiment d'Irlande 500) ? Combien y a-t-il d'Irlandais ? Quel doit être leur complet et le moyen de les y reporter ? Pourquoi le régiment d'Estramadure n'est-il que de 700 hommes ? Tous ces régiments sont dans un furieux incomplet. Combien le régiment de Naples a-t-il de bataillons ? Comment arrive-t-il qu'il n'a que 280 hommes ? Je ne trouve que deux bataillons du régiment de Jaen; où est le troisième ? Egalement, au régiment de Girone, je ne trouve que deux bataillons. Combien chaque régiment doit-il avoir de bataillons ? Même question pour les Volontaires. Par exemple, les Volontaires de Catalogne ont en France un bataillon de 1,100 hommes; le
second bataillon a 700 hommes, partie en Galice et partie à la division Socorro, en Portugal; ce régiment aurait donc 1,800 hommes; combien y a-t-il de bataillons ? Même question pour les Volontaires de Barcelone. Même question pour les Volontaires d'Aragon. Tout cela a 2,500 hommes, et on ne connaît pas les bataillons.

Qu'est-ce que c'est que ces Volontaires de Marie-Louise qui n'ont que 200 hommes ? Donnez-moi des éclaircissements sur tout cela.


Bayonne, 16 mai 1808, neuf heures du soir   

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid 

Vous trouverez ci-joint une lettre pour l'empereur de Maroc. Vous chargerez un officier du génie intelligent, qui prendra l'uniforme d'aide de camp, de se rendre à Ceuta et de là à Tanger, où il prendra mon consul et se rendra avec lui à Fez, où il remettra ma lettre en main propre au roi de Maroc. Il s'entendra avec mon consul pour faire toutes les démarches et tout ce qui est nécessaire pour déjouer l'influence des Anglais, il observera tout à Fez et sur la route, en bon ingénieur, et se mettra en état de me rendre compte de l'état des fortifications, de la nature du terrain, de la force des armées, de la population, enfin de tout ce qui m'intéresse sous le point de vue militaire.

Faites-moi connaître la situation des Marocains avec les Espagnols. Sont-ils amis ou ennemis ?

Le général Marescot part cette nuit pour Madrid. Mon intention est qu'il aille à Cadix et sous Gibraltar, pour voir ce qu'il y aurait enfin moyen de faire sur cette place.


Bayonne, 16 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin.

Je vous ai écrit pour la Spezia. J'ai appris avec plaisir qu'à Gênes, le vaisseau le Breslau avait été mis à l'eau. Prenez des renseignements pour me faire savoir quand ce bâtiment pourra naviguer et se rendre à Toulon. Faites connaître au commissaire de marine à Gênes qu'il doit presser l'achèvement de ce vaisseau, et que j'ai hâte d'en augmenter mon escadre de Ganteaume. Si vous pouvez faire quelque chose pour cela, faites-le.

Rendez-moi compte des travaux d'Alexandrie. Combien y occupe-t-on d'ouvriers ? Quel jour y a-t-on ouvert la campagne ? Qu'a-t-on fait depuis ? Faites presser ces travaux et activez-les par tous les moyens possibles.

J'ai pris un décret, à mon dernier voyage, pour l'organisation du passage du mont Cenis. Y travaille-t-on ? Faites-vous représenter mon décret et rendre compte de son exécution. Travaille-t-on à la caserne du couvent ? Si l'on n'y travaille pas encore, sachez pourquoi et activez ces travaux.

J'avais ordonné qu'on organisât pour moi un palais à Gênes; parlez à Salmatoris pour savoir si c'est affaire terminée.


Bayonne, 16 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre que je reçois du vice-roi. Voilà 800,000 francs qui ont été détournés, et dont il faut avoir le compte. Envoyez un officier intelligent auprès du général Marmont Vous écrirez à ce général pour lui faire comprendre toute l'irrégularité des payements qu'il a ordonnés pour des faux frais et des dépenses extraordinaires ;. qu'aucune dépense ne peut être faite sans mon ordre ; qu'aucun fonds ne peut sortir des caisses sans l'ordre du ministre. Vous ajouterez que je donne ordre que le payeur soit destitué et vienne à Paris pour y rendre compte de sa conduite; qu'ainsi il aura causé la perte de cet homme, dont le cautionnement va être confisqué et les biens mis sous le séquestre.

Causez de cela avec Mollien.


Bayonne, 16 mai 1808

Au général Marmont, commandant l'armée de Dalmatie, à Raguse

I1 y a beaucoup de désordre dans l'administration de mon armée de Dalmatie. Vous avez autorisé une violation de caisse de prés de 400,000 francs. Cependant le crédit mis à votre disposition, pour les travaux du génie et de l'artillerie, est de 400,000 francs. C'est une somme considérable; comment n'a-t-elle pas pu suffire ? La Dalmatie me coûte immensément. 1l n'y a pas de régularité, et tout cela met dans les finances un désordre auquel on n'est plus accoutumé. Le payeur est responsable de toutes ces sommes. J'ai ordonné son rappel. Il faut se dépêcher d'envoyer tous les papiers qui pourraient établir ses comptes. Mais tout cela ne justifie pas la dépense. Vous n'avez pas le droit de disposer d'un sou que le ministre ne l'ait mis à votre disposition. Quand vous avez besoin d'un crédit, il faut le demander.


Bayonne, 16 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous ai écrit ce matin pour que vous autorisiez M. de Labrador à retourner à Florence. Vous pouvez également autoriser les ducs d'Icar (Hijar) et Fernan-Nunez à se rendre en France.

(Brotonne)


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