23 - 26 mai 1808


Bayonne, 23 mai 1808, à dix heures du matin

Au prince Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Par une lettre de Laforest à Champagny, il paraîtrait que le conseil de Castille n'a voulu se mêler en rien des affaires, ni demander le roi de Naples pour roi. Cette conduite n'est ni bonne, ni belle; cherchez à en savoir le motif.

Dans la situation où se trouve l'Espagne, il lui faut de l'argent. Quelle est la valeur de l'argenterie, des diamants et autres effets de la couronne ? Tout cela doit bien valoir une quarantaine de millions. Il n'y a pas de difficulté à les mettre en gage pour pareille somme. Lorsque le ministre des finances sera arrivé, je ne doute point que je ne trouve des ressources dans le pays même; mais il faut encore aller un mois comme cela. Cependant il faut se procurer de l'argent, tant pour les besoins des ports que pour mettre de l'aisance dans l'administration. Mettez en gage les diamants de la couronne, et, comme ce serait une somme trop considérable pour qu'on pût la trouver dans le pays, empruntez une soixantaine de millions de réaux et mettez en gage des diamants et joyaux pour la valeur de cette somme : cela est tout naturel. On les dégagera par la suite. Je suis persuadé qu'il y a des moyens d'avoir de l'argent en Espagne; mais, pour cela, il faudrait connaître la situation des choses. J'attends pour cela le ministre des finances.

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P. S. - Moi, je n'ai point d'argent. Si j'en avais, je n'hésiterais pas à en prêter. Mais la Banque de France ne fera point de difficulté, sur l'autorisation que je lui en donnerai, de prêter 20 millions de francs ou 80 millions de réaux, en lui donnant pour gage une partie des diamants de la couronne.

La couronne a une grande quantité de bêtes à laine dont on ferait de l'argent. Dans les circonstances actuelles, il serait très simple que tout ce qui est rentes, intérêts de la caisse d'amortissement, ou d'oeuvres pies, éprouvât du retard, et que tout fût donné
à la guerre et à la marine.

(Lecestre)


Bayonne, 23 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, envoyez une invitation à la députation du conseil de Castille et des grands d'Espagne qui sont `Irun de se rendre à Bayonne.

(Brotonne)


Bayonne, 23 mai 1808, dix heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Vu la pénurie des finances, j'autorise le licenciement des milices, en exceptant les grenadiers. Vous pouvez diriger sur la France les régiments d'infanterie et de cavalerie que vous jugerez convenable, sans rien presser.

Par l'état des recettes faites dans la semaine, je vois qu'il existait, au 15 mai au matin, 10 millions de réaux en caisse, dont 6 millions en vales. Faites-moi envoyer tous les jours un état qui me fasse con naître ce que perd la négociation des différents effets.

Je vois également dans l'état de la Caisse d'assurance, au 30 avril, 15,800,000 francs, dont 14 millions de vales royaux et un million d'argent effectif, Quand les vales perdraient 50 p. 0/0, cela ferait toujours entre les deux caisses 10 millions de vales, c'est-à-dire 2 ou 3 millions d'argent. Du moment que le ministre des finances arrivera et que je connaîtrai la situation des finances, vous ne manquerez pas d'argent. La première chose à faire est de se procurer une soixantaine de millions de réaux pour le premier mois.

Vous trouverez ci-joint un projet de statut constitutionnel; remettez-le aux sieurs Laforest et Fréville, et assemblez cinq ou six des hommes les plus considérables de la junte et du conseil de Castille pour les consulter sur les changements et améliorations dont ce projet serait susceptible.


Bayonne, 23 mai 1808

Au général Junot, commandant l'armée de Portugal, à Lisbonne

J'ai vu une proclamation de l'amiral Cotton. Je suppose que vous n'y avez répondu d'aucune manière. Ce n'est qu'un moyen d'intriguer dans le pays et de savoir ce qui se passe. Quant à la capitulation maritime, je ne sais pas ce que veut dire M. l'amiral Cotton. Une capitulation est un acte déshonorant en termes militaires. Il ne faut répondre que par des coups de canon.

Nous sommes dans la saison des légumes, et, à présent, le plus mauvais pas est fait.

Je vous ai écrit ces jours-ci pour la formation d'une escadre à Lisbonne. Les Espagnes qui sont sous vos ordres se plaignent que vous ne les payez pas; il faut les payer et les ménager autant que possible.


Bayonne, 24 mai 1808, huit heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

J'approuve le licenciement des 9,900 hommes de milices. Donnez ordre qu'ils soient sur-le-champ licenciés et les fusils remis. Ce sera un soulagement notable pour le trésor public. Je vous autorise à en supprimer encore 8 et 10,000 hommes, si vous le jugez nécessaire, en conservant toutefois les compagnies de grenadiers. Je donne l'ordre au général Junot d'envoyer 3,000 hommes en Galice pour remplacer les milices. Quand je dis que le général Junot doit garder 8,000 Espa gnols, c'est selon les états que j'ai; il n'y a en Portugal que 10, 000 hommes présents sous les armes.

Je reçois votre lettre du 22 mai à deux heures du matin; je vois avec peine ce qu'elle contient. Je n'ai jamais pensé que vous puissiez être en contradiction avec ma volonté. J'ai le droit de me plaindre de vous, qui n'avez pas craint de soupçonner que j'aie en l'idée de vous faire une pareille injure.

Je croyais Aranjuez un trés-bon pays; puisque c'est un mauvais air, il n'y faut plus penser.

Je vous ai déjà écrit que vous deviez nommer ministre de la marine Mazarredo.

Vous avez dû recevoir l'ordre pour que Junot expédie 4,000 hommes sur Cadix. Pressez le départ des deux bataillons de Jaen pour Ceuta.

Je désire en général que des mémoires qui me fassent connaître le désordre et le délabrement introduits dans les différentes branches de l'administration me soient adressés. Ces pièces me sont nécessaires pour publier un jour et faire voir dans quel état de décadence était tombée l'Espagne. Demandez à chaque ministre un mémoire détaillé sur les différentes parties de son département; dites que l'Empereur ne croit rien de ce qui existe. Que le ministre de la guerre vous fasse connaître, par exemple, de quelle année est l'habillement et la solde des troupes, enfin tout ce qui peut servir à faire connaître la déchéance de la monarchie, soi-disant pour m'en convaincre; mais, en réalité, vous comprenez pour quel but je désire avoir ces renseignements.


Bayonne, 24 mai 1808

Au général Junot, commandant l'armée de Portugal, à Lisbonne

J'ai reçu votre lettre du 17. Faites passer 2,000 hommes d'infan terie et 500 hommes de cavalerie dans la Galice, pour remplacer les milices qu'on va licencier. Ainsi une des demandes de votre lettre se
 trouve remplie.

Envoyez 3,000 Espagnols, de ceux que vous avez autour de Lis bonne, dans les Algarves; alors vous en aurez 4,000 à Porto, 4,000 à Lisbonne et 3,000 dans les Algarves, ce qui fera 11,000.

J'approuve ce que vous proposez sur la forme de la réduction des contributions. Vous pouvez donc publier que la moitié sera en argent et l'autre moitié en biens-fonds de la Couronne, évalués á vingt capitaux pour un.

Je vous envoie le sieur Lacuée, auditeur, qui a servi longtemps dans la marine et neveu du ministre d'état Lacuée. On peut compter sur sa probité. Mettez-le à la tête de l'administration de la marine, il fera l'impossible; il court cette carrière depuis longtemps et a intérêt de s'y distinguer.

Je suis instruit indirectement que les Anglais ne bloquent plus Lisbonne. Je suppose que vous avez actuellement un vaisseau, une ou deux frégates, ou bricks, en état de prendre la mer, et que vous avez complété les équipages en y mettant de bonnes garnisons françaises.


Bayonne, 24 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice grand électeur, à Valençay

Mon Cousin, le prince Ferdinand, en m'écrivant, m'appelle son Cousin. Tâchez de faire comprendre à M. de San-Carlos que cela est ridicule, et qu'il doit m'appeler simplement Sire.


Bayonne, 24 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, á Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous prie de prendre les mesures nécesssaires pour qu'il ne s'imprime aucun journal français à Mannheim. Ecrivez au ministre de Bade à Paris et à mon ministre à Karlsruhe

(Brotonne)


Bayonne, 24 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à paris

Ecrivez au général Marmont qu'un commandant particulier, en temps de paix, n'a pas le droit de composer ni de décomposer les cadres; ce qui porte du désordre dans l'administration


Bayonne, 24 mai 1808, deux heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 21 à une heure, du matin. J'ai blâmé votre mesure d'armer les Catalans, mais, par là, sans cesser d'être content de vos services.

J'attendais hier la députation du conseil de Castille que vous m'annoncez; elle n'est pas encore arrivée.

Je vous envoie un projet de sénatus-consulte. Ayez soin de n'en laisser prendre aucune copie. Communiquez-le aux quatre ou cinq membres de la junte et du conseil de Castille qui ont le plus d'esprit et sont de meilleur conseil, et faites-moi connaître leur opinion. Je suppose que le 26 au soir vous recevrez cette lettre; vous pourrez, dans la journée du 27, recueillir les observations et me les expédier le 28. Je compte que, le 31 mai ou le ler juin, je pourrai recevoir votre réponse et signer le sénatus-consulte, et prendre un parti définitif. Ces affaires-là ne demandent pas à être faites légèrement, et il faut toujours laisser un intervalle nécessaire.

Je désire connaître l'esprit qui a porté le conseil de Castille à ne pas intervenir dans ces affaires. Est-ce influence étrangère ? est-ce avocasserie ?

J'apprends avec plaisir que le désarmement de Madrid a produit plusieurs choses. Le général Belliard n'envoie aucun rapport, il n'écrit jamais; son métier cependant serait de donner tous les détails.

Il y a des corps de cavalerie qui ont envoyé jusqu'à Aranda et Bayonne 4 ou 5 hommes à cheval pour escorter les équipages; cela n'a pas de sens; défendez qu'aucun homme ne revienne sans un ordre de votre état-major.


Bayonne, 24 mai 1808.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j'ai reçu votre lettre du 14 mai. Je pense que, dans la situation où vous vous trouvez, il ne faut pas vous presser d'en voyer un ministre à Vienne. C'est dépenser beaucoup d'argent sans une grande utilité. Mais enfin, quand vous en enverrez un, envoyez un Français. Le prestige de l'empire germanique n'est pas encore passé. Quant à M. de Winzingerode, la seule raison pour ne pas l'envoyer à Vienne est qu'il est membre de la noblesse immédiate.


Bayonne, 25 mai 1808

Au capitaine général Gregorio de la Cuesta, à Valladolid

La bonne opinion que nous avons conçue de votre personne nous porte à désirer que vous vous rendiez au Mexique, en qualité de vice-roi, pour assurer cette colonie importante à la métropole, et pour éviter les mauvais effets qui pourraient résulter du mécontentement qu'a inspiré le gouvernement actuel. Notre intention est aussi que vous désigniez trois ou quatre colonels, brigadiers ou maréchaux de camp, pour s'embarquer avec vous, et que vous pourrez destiner au commandement des points importants. Nous écrivons au lieutenant général et à la junte pour vous expédier vos brevets et commissions, et pour que vous puissiez vous embarquer sur une frégate ou un vaisseau de 64, le meilleur de l'escadre. On fera préparer en même temps, dans les ports voisins, des avisos sur lesquels vous vous embarqueriez, si le vaisseau éprouvait trop de retard. Donnez-moi une nouvelle preuve de votre zèle en partant sur un aviso. Celte importante mission sera un nouveau titre que vous acquerrez à notre estime et aux bonnes grâces du Roi, votre maître.


Bayonne, 25 Mai 1808, onze heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg,  lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 23. Je fais ce soir une proclamation aux Espagnols pour leur annoncer que je vous ai confirmé lieutenant général du royaume, et que j'ai confirmé toutes les autorités dans leurs emplois. On m'a fait entendre que cet acte est nécessaire pour attendre la réunion de l'assemblée qui doit avoir lieu au 15 juin, j'attends cette assemblée. Je vous ai envoyé avant-hier un projet de constitution. Je suis bien aise de recueillir toutes les lumières sur un objet de cette importance. Vous aurez gardé le profond secret que je vous ai recommandé.

Donnez l'ordre à M. d'Urquijo, ancien ministre, de se rendre à Bayonne.

Il y a, entre les Algarves et Cadix, un petit port d'où il est très facile de faire partir des avisos pour l'Amérique. De petits bâtiments partiront difficilement de Cadix, qui est un entonnoir; ils sortiront, au contraire, trés-aisément d'un petit endroit.

J'ai renvoyé le duc de Medina-Celi et Frias, parce que vous m'avez mandé qu'il était nécessaire de renvoyer à Madrid quelques-uns des Espagnols qui étaient à Bayonne; mais, lorsqu'ils auront passé deux ou trois jours à Madrid, il n'y a pas d'inconvénient que vous les renvoyiez pour l'assemblée.

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P. S. Je prends le parti de vous envoyer le général Lebrun, mon aide de camp, avec ma proclamation. Le général Lebrun ne partira que demain matin. Cette dépêche vous parviendra par l'estafette. Renvoyez-moi mes deux premières pages, qui m'apporteront successivement vos dépêches. Renvoyez-moi aussi le général Mouton, puis que vous avez des généraux pour commander vos divisions. Gardez Lebrun huit ou dix jours, pour qu'il ait le temps de voir Madrid.

Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous fassiez mettre dans les journaux l'extrait des lettres des capitaines généraux, ainsi que l'extrait de ma lettre à l'empereur de Maroc, dans laquelle je lui dis que, s'il écoutait les Anglais, il aurait affaire à 300,000 Français et Espagnols réunis.


Bayonne, 25 mai 1808

DÉCRET

Napoléon, Empereur des Français, Roi d'Italie, etc.

Le roi et les princes de la maison d'Espagne nous ayant cédé leurs droits à la couronne, ainsi qu'il résulte des traités des 5 et 10 mai et des proclamations adressées à la junte et au conseil de Castille,

Nous avons décrété et décrétons, ordonné et ordonnons les dispositions suivantes :

ARTICLE Ier. - L'assemblée des Notables, déjà convoquée par le grand-duc de Berg, se réunira à Bayonne le 15 juin.

Les députes seront munis des voeux, demandes, plaintes et doléances de leurs commettants, pour servir à poser les bases de la nouvelle constitution qui doit gouverner la Monarchie.

ART. 2. - Notre bien-aimé beau-frère le grand-duc de Berg est continué dans ses fonctions de lieutenant général du royaume.

ART. 3. Les ministres, le conseil d'État, le conseil de Castille et toutes les autorités religieuses, civiles et militaires, sont confirmés en tant que de besoin.

La justice continuera à être administrée de la même manière et suivant les mêmes formes que par le passé.

ART. 4. - Le présent décret sera enregistré au conseil de Castille et publié partout où besoin sera, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance.

Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne , le 25 mai 1808.


Bayonne, 25 mai 1808

PROCLAMATION AUX ESPAGNOLS.

Espagnols, après une longue agonie, votre nation périssait. J'ai vu vos maux; je vais y porter remède. Votre grandeur, votre puissance fait partie de la mienne.

Vos princes m'ont cédé tous leurs droits à la couronne des Espagnes. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais je veux acquérir des titres éternels à l'amour et à la reconnaissance de votre postérité.

Votre monarchie est vieille : ma mission est de la rajeunir. J'améliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir, si vous me secondez, des bienfaits d'une réforme, sans froissements, sans désordres, sans convulsions.

Espagnols, j'ai fait convoquer une assemblée générale des députations des provinces et des villes. Je veux m'assurer par moi-même de vos désirs et de vos besoins.

Je déposerai alors tous mes droits, et je placerai votre glorieuse couronne sur la tête d'un autre moi-même, en vous garantissant une constitution qui concilie la sainte et salutaire autorité du souverain avec les libertés et les privilèges du peuple.

Espagnols, souvenez-vous de ce qu'ont été vos pères; voyez ce que vous êtes devenus. La faute n'en est pas à vous, mais à la mauvaise administration qui vous a régis. Soyez pleins d'espérance et de confiance dans les circonstances actuelles ; car je veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : Il est le régénérateur de notre patrie !

Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne, le 25 mai de l'an 1808.


Bayonne, 25 mai 1808

Au maréchal Davout, chargé du 1er commandement de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, tâchez de bien vivre avec le gouvernement et les autorités saxonnes. Vous prenez les affaires un peu trop chaudement. Il n'y a point de doute que, dans la position o se trouve la Pologne, il n'y ait des frottements, des intrigues, de l'inadvertance. Leur armée manque d'armes, mais toutes les armées de l'Europe, hormis les nôtres, en manquent. Le nombre de leurs troupes est trop considérable pour eux. Je viens de permettre qu'il en passe 8,000 à mon service. Il ne serait pas pardonnable de ne pas tenir le reste sur un bon pied. Dans la position où vous vous trouvez, plus que dans toute autre, il faut de la patience et du sang-froid.

J'ai lu avec la plus sérieuse attention votre mémoire sur les moines établis à Varsovie. Il paraîtrait qu'ils sont de la même affiliation que ceux que j'ai fait chasser d'Italie et de France. Je fais faire les instances les plus fortes auprès des cours d'Allemagne pour qu'ils soient chassés. Je fais faire également les instances convenables auprès du roi de Saxe. Ces moines ont été créés, il y a plusieurs années, et on a essayé effectivement d'en inonder la France. Outre que j'ai défendu leur réunion , j'ai fait fermer leurs maisons et les ai fait renvoyer chacun chez eux. Je ne doute point que le roi de Saxe ne donne des ordres pour chasser ces moines des États de Pologne. Vous me rendrez compte, dans un mois, de ce qui aura été fait.


Bayonne, 25 mai 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, j'ai donné l'ordre que le général de brigade Habert partit de Saint-Sébastien avec le second régiment supplémentaire formé des ler bataillons de la 1e et de la 2e légion de réserve pour se rendre à Burgos. On dit ces deux bataillons très-beaux; ils feront partie de la division du général Merle, ce qui portera cette division à 5,000 hommes. Je vous recommande beaucoup de faire manoeuvrer les troupes tant au détail qu'à l'École de bataillon, et de les accoutumer à se déployer rapidement pendant que ceux qui arrivent sur le rang font des feux de file. Je vais également, aussitôt que possible, faire diriger sur Burgos les bataillons des 70e et 15e de ligne qui se trouvent à Pampelune, ce qui complètera à 2,000 hommes chacune des trois brigades du général Merle; de sorte que vous aurez, réunis à Burgos, une douzaine de mille hommes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Dans votre état de situation je n'ai point vu le 22e de chasseurs ni le 10e; quant au 10e, je ne sais pas s'il était alors arrivé. Moyennant ces 12,000 hommes, vous pouvez détacher deux colonnes de 4 à 5,000 hommes chacune pour mettre tout à la raison, et avoir, outre cela, une garnison dans le point important de Burgos. Si vous campez, tâchez de faire camper toute votre infanterie, et faites votre camp en carré afin que l'espace soit moins grand et qu'il puisse être facilement défendu. En laissant dans ce camp 1,500 hommes et 300 hommes dans le fort, Le reste serait disponible pour se porter partout où il serait nécessaire, soit pour se combiner avec la division d'Almeida, soit pour toute autre opération. Une compagnie de marche est partie d'ici il y a quatre jours, forte de 150 hommes, toute composée d'hommes appartenant à votre corps d'armée. A la même époque, trois compagnies de 400 hommes sont parties de Saint-Sébastien; une autre compagnie de 150 bommes part d'ici aujourd'hui, bien réparée et en bon état. Voilà donc encore un renfort de 700 hommes qui doit réparer vos pertes et maintenir votre effectif. Faites-moi connaître les hommes que vous avez appartenant, soit à l'armée de Portugal, soit aux corps qui sont à Madrid. Je suppose que vous avez donné l'ordre que tous les régiments, escadrons et bataillons de marche qui étaient à Aranda se rendissent à Madrid. pour être incorporés.


Bayonne, 25 mai 1808

DÉCISION

M. Mollien, ministre du trésor public, présente le rapport concluant à faire rembourser par le royaume d'Italie une perte de 197,730 francs résultant de la démonétisation des monnaies vénitiennes. Dans le cas où l'Empereur n'approuverait pas cette mesure, le ministre propose d'imputer une pareille somme sur le fonds de réserve de l'exercice, an XIV.

Il n'est pas convenable de vouloir faire payer au royaume d'Italie ce que lui-même ne fait pas payer aux particuliers. Pour la deuxième proposition, je l'approuve; mais elle doit être renvoyée au conseil d'Etat pour être discutée comme affaire contentieuse, afin d'être certain qu'on n'a pas profité de la circonstance pour abuser.


Bayonne, 25 mai 1808  

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, donnez l'ordre au capitaine de la frégate la Cométe de compléter ses vivres pour quatre mois. Envoyez-lui l'ordre de sortir, seulement pour essayer la marche de son bâtiment. Vous lui ferez connaître que mon intention serait de l'expédier sur la Havane avec 2,000 fusils et des dépêches. Comme il y a là des moyens de réparations, il se réparera et se mettra en état d'entreprendre une croisière. Je lui donnerai carte blanche et manoeuvre indépendante jusqu'à l'hiver. Se croit-il dans le cas de faire cette mission ? Le tout se réduit à savoir si sa frégate marche. Dans la situation actuelle, si elle marche, elle doit pouvoir gagner facilement la Havane.


Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai été hier à l'arsenal. J'ai vu avec peine que les deux frégates de 18 n'étaient pas encore sur le chantier. Les cales étaient prêtes, mais on attendait les plans; pressez-en l'envoi. Faites faire des frégates dans la plus grande dimension.

J'ai vu avec plaisir six mouches déjà élevées et qui pourront être en mer en moins de quinze. jours. Il faut leur donner à toutes un numéro pour les mieux connaître. La mouche qui est partie portera le n° 1. La première qui sera mise à l'eau portera le n° 12, et ainsi de suite jusqu'à 7. Donnez ordre qu'elles soient prêtes dans le plus court délai, afin de pouvoir en expédier une dans le mois de juin, une en juillet, deux en août et deux en septembre.

J'ai fait venir à Bayonne une chaloupe canonnière de Saint-Sébastien. Comme ces chaloupes ont beaucoup de réputation, j'ai donné ordre que l'ingénieur en prit le plan et qu'il en fût mis une en construction ici. Je désire également que vous fassiez construire à Boulogne une chaloupe canonnière sur le modèle de celles que les Espagnols ont à Cadix et qu'on dit fort bonnes, et une à Flessingue, afin de servir de terme de comparaison. Faites-moi connaître votre opinion quand vous aurez vu le plan de la canonnière espagnole qui est à Bayonne.

Il faut envoyer ici des caronades; il y a en beaucoup de difficultés pour armer le brick qui va partir pour Montevideo.

Puisque mon escadre continue à être inactive à Cadix, je désirerais attacher à chaque vaisseau six chaloupes canonnières; ce qui ferait trente, avec lesquelles mes marins et les troupes que j'ai à Cadix (je viens d'y envoyer le général Dupont avec son corps d'armée) inquiéteraient les ennemis dans les détroits, en se combinant avec les Espagnols. D'ailleurs, cela tiendra les équipages et les troupes en haleine et les fera aller aux coups de canon. J'écris au grand-duc de Berg en conséquence. Si l'escadre n'a pas de chaloupes, on en fera acheter. Ces chaloupes, étant bonnes, pourraient facilement venir à Toulon et nous être utiles.


Bayonne, 25 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Monsieur Gaudin, je reçois votre lettre du 20 mai. Vous demandez si tous les règlements faits par M. Dauchy, antérieurement à la création de la junte, peuvent être conservés comme règlements de finances, et si la junte peut les réviser. Tout ce qu'a fait le sieur Dauchy a été fait légitimement, puisqu'il était investi de l'autorité nécessaire pour cela; la junte West que la continuation de l'administration du sieur Dauchy, mais organisée d'une manière plus précise et plus solennelle. Ses pouvoirs sont dans ces mots du décret : "Les arrêtés de la junte ont force de loi. " Elle peut donc tout, mais la prudence et la première règle d'une bonne administration veulent qu'elle ne fasse rien qui puisse décréditer l'administration française. En lisant avec attention le projet d'arrêté du sieur Dauchy, il me parait que ce décret ne permet que peu de cas et est imparfait; il faudra donc que la junte le revoie et statue définitivement sur ce qui est relatif à cet objet.

Il y a dans la Toscane un ou deux couvents célèbres. Je ne sais pas bien si ce sont des Chartreux ou d'un autre ordre; mais je désire que le couvent soit conservé comme un lieu de retraite qui peut être avantageux. Je désire également conserver un ou deux couvents de religieuses.


Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine,à Paris

Envoyez-moi un mémoire sur l'établissement des signaux et télégraphes pareils à ceux de la côte d'Espagne et de Cadix, afin que je puisse savoir en peu d'instants ce qui se passe de Toulon au détroit, au cap Finistère et au cap Saint-Vincent. Faites-moi un mémoire court et bien clair, qui me fasse connaître quels sont les nouveaux télégraphes que vous venez d'établir. Sont-ce des combinaisons de lettres de l'alphabet, comme le télégraphe de guerre, ou des signaux ? Peut-on envoyer, par ces télégraphes, l'ordre à l'escadre de Cadix de faire un mouvement, ou la prévenir de la sortie d'une escadre de Toulon ou de Brest ?


Bayonne, 25 mai 1808

Au prince Lebrun, architrésorier de l'Empire, à Paris

J'approuve que vous fassiez le voyage que vous voulez faire pour aller voir votre fille. J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'apprenez que vous voulez marier une de vos filles au préfet de Montenotte Gilbert Joseph Gaspard, comte de Chabrol-Volvic, 1773-1843. Il épouse Dorothée Lebrun) . C'est un très bon sujet. Je vois ce mariage avec plaisir.

(Brotonne)


Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je pense qu'il est convenable que vous chargiez les commissaires de marine de la Rochelle, Nantes, Lorient, le Havre et Bordeaux, d'écrire, par toutes les occasions du commerce et autres, aux intendants, capitaines généraux des colonies, pour leur donner des nouvelles authentiques de ce qui se passe et expédier à chacun un mois du Moniteur, du Journal de l'Empire, de manière que les bâtiments apportent toujours des nouvelles d'un mois. Vous enverrez, à cet effet, une cinquantaine d'exemplaires de chaque Moniteur et Journal de l'Empire à chacun des commissaires de ces ports. Cette mesure est trés-importante. Quand on est dans les ports, on sent combien il est difficile de faire cela de Paris. Depuis que je suis ici, j'ai fait partir trois bâtiments pour l'Amérique. J'en ai vu, de Bordeaux, deux pour Cayenne. Il est ridicule que les colonies voient des bâtiments de commerce arriver sans leur porter un journal ni aucune nouvelle des affaires. En Egypte, j'ai senti l'inconvénient de cette . . . . . . . .. Il arrivait souvent des bâtiments du commerce qui ne savaient rien et dont on ne pouvait pas tirer une nouvelle. Si le commissaire de marine du port d'où l'expédition était partie avait mis un mois de journaux, ce serait un avantage incalculable. Si nous ne pouvons secourir physiquement les colonies, il le faut moralement; cela, on le peut. Il ne peut y avoir aucun inconvénient qu'un commissaire de marine se confie et sache écrire une lettre de deux ou trois pages, qui donne d'authentiques nouvelles, en mettant dans sa lettre un bulletin de ce qui se passe sur le continent et en supplément aux journaux.


Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrés, vous recevrez un décret que je viens de prendre pour la protection des côtes et du cabotage. Je désire qu'il soit mis sur-le-champ à exécution. Il faut nommer, pour commander ces bâtiments, des officiers de marine intelligents qui aient envie de se distinguer. On ne tardera pas à sentir les bons effets de cette mesure, et l'idée de former un noyau de forces actives dont les commandants peuvent disposer à leur gré portera la terreur dans les péniches anglaises. Donnez des instructions particulières aux commandants des huit points désignés dans mon décret, pour qu'ils s'entendent avec les douanes pour la disposition des bâtiments qu'elles peuvent avoir, tout comme les officiers de terre s'entendront avec les inspecteurs des côtes.

Voici comme je conçois que la chose doit être faite. La 1e division, par exemple , se grouperait autour du Patriote en rade de l'île d'Aix. Les 180 hommes d'infanterie qui doivent monter les bâtiments de cette division resteraient à bord du Patriote, et, de son bord, le contre-amiral dirigerait ses neuf bâtiments sur Bordeaux, et autour des îles depuis Bordeaux jusqu'aux Sables , en les partageant toujours en trois. Cela lui serait utile pour éclairer les mouvements de l'ennemi; et, selon les cas, il combinerait des opérations pour prendre les péniches ennemies et protéger nos côtes. Vous laisserez au contre-amiral l'autorisation d'appareiller avec ses bâtiments de guerre toutes les fois qu'il le jugera convenable. Comme cette mesure ne souffre point de délai, choisissez sur-le-champ à Rochefort les neuf bâtiments, péniches, doubles chaloupes, chebecs, pinques, etc., qui doivent former cette division. Insensiblement on rectifiera les vices que pourra présenter cette première organisation, et on arrivera à s'arrêter à l'espèce de bâtiments qui sera la plus propre à ce genre d'expéditions. Comme le contre-amiral ne pourra partir que quinze ou dix-huit jours après qu'il en aurait reçu l'ordre de vous, il pourra disposer de 50 ou 60 hommes de son bord pour augmenter, dans un cas exigé, l'équipage des petits bâtiments. Ce sera même un moyen d'amariner davantage les jeunes matelots. A Nantes, vous pouvez réunir la 2e division dans la baie de Fromentine, comme vous le désirez, et lui donner la station de la Loire, en attendant que la Pallas s'y trouve. A Lorient, j'ai une escadre en rade; à Brest, j'ai une escadre en rade; à Cherbourg, j'ai une frégate; à Saint-Malo, j'ai une frégate; au Havre, j'ai des frégates; à Flessingue, j'ai une escadre en rade. Les mêmes observations que j'ai faites pour Rochefort s'appliquent à chacun de ces ports. Vous remarquerez que vous pouvez très-bien vous servir provisoirement des escadres en rade pour fournir aux équipages.


Bayonne, 25 mai 1808

NOTE POUR LE GENERAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

En suivant l'ancien système de fortifications, il serait difficile d'asseoir un bon projet de fortifications pour la Spezia sans en porter la dépense à une vingtaine de millions, et on ne les a pas. Cependant il faut pourvoir à la défense de la rade et du port. Combien faut-il de forts pour mettre en sûreté la rade, le port et les établissements maritimes, qu'on suppose placés dans la langue de terre où est situé le lazaret qu'on convertit en arsenal ?  A quelle distance ces forts seront-ils entre eux ? Quelles faveurs recevront-ils des localités, et combien y aura-t-il dans ces forts de côtés exposés aux attaques ?

1l faut considérer trois choses à la Spezia :

1° La défense des établissements, qui comprennent le magasin général où sera la manutention, le magasin des vivres, la machine à mâter, le bassin qu'on fera construire, les ateliers et forges, les chantiers de construction (si on les place dans la localité indiquée, celle da lazaret, ce n'est qu'un cap à défendre) : combien faudra-t-il de forts pour les préserver d'une attaque et d'un bombardement ?

2° La défense de l'arsenal et des chantiers de construction n'est pas le seul but à remplir : il faut défendre l'anse qui constitue le port que l'on adopte; je dis, que l'on adopte, parce qu'il y en a cinq ou six à choisir; il faut que l'ennemi venant par terre ne puisse point se placer sur l'autre côté de l'anse pour brûler l'escadre qui sera dans le port; il ne pourra point se placer sur le cap où sont les établissements, on y a pourvu par l'article 1er : combien faut-il de forts de l'espèce indiquée pour que l'ennemi ne puisse s'établir sur l'autre côté du port ?

Ces deux points remplis, il ne reste plus qu'à pourvoir à la sûreté du golfe. Au premier coup d'oeil, il parait impossible, par les moyens de fortifications, d'en défendre tous les points; c'est-à-dire qu'il est impossible à 2 ou 6,000 hommes, qu'on suppose de la garnison de la Spezia, d'empêcher 30,000 hommes de s'établir sur plusieurs de ces points. Mais il est de ces points qui sont plus ou moins importants; il faut les analyser tous et faire connaître les effets d'une batterie qui serait placée sur chacun de ces points.

L'ennemi peut s'emparer d'une des deux pointes d'entrée : quelle est celle des deux dont il aurait plus d'intérêt de s'emparer ? Pour répondre à cette question, il faut voir quelle est celle qui peut le plus gêner l'entrée et la sortie d'une escadre par les circonstances des passes, des courants, des vents régnant habituellement. Pour cela, il faudra faire ce raisonnement, que l'ennemi a établi une batterie sur le cap de droite, puis sur celui de gauche , et enfin sur l'un et sur l'autre.

Dans toutes ces hypothèses, que devra faire l'escadre qui est dans la rade ou qui, étant en pleine mer, voudra rentrer dans le port ? S'il est reconnu que les deux caps avancés sont les plus importants à occuper, les localités permettent-elles qu'ils soient occupés par les forts qu'on propose ?

Enfin , si le premier but est de protéger les établissements maritimes, et le second d'assurer le mouillage du port, le troisième est de protéger l'entrée et la sortie des bàtiments.


Bayonne, 25 mai 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j'approuve le projet que vous m'exposez dans votre lettre du 20. J'ai pris un décret, que vous recevrez, pour organiser huit divisions de petits bâtiments dans mes différents ports, voulant donner un plus grand développement à l'idée du ministre de la marine. Chaque division sera montée par un détachement commandé par un chef de bataillon, que vous désignerez. Envoyez des hommes de vigueur, et auxquels vous voudrez du bien, pour les mettre en évidence.

Vous donnerez l'ordre pour que tous les détachements soient exercés à tirer à la cible deux fois par jour, en leur donnant des récompenses et excitant leur adresse. On exercera les hommes à aiguiser leurs baïonnettes sur les trois tranchants , pour que l'ennemi ne puisse pas les empoigner à l'abordage. Chaque officier sera armé d'une bonne épée pouvant servir, et non d'une épée de parade, et d'une paire de pistolets portés sur la poitrine. Le ministre de la marine désignera des officiers de marine pour s'entendre avec vos officiers. Chaque soldat aura une paire de pistolets qui lui sera fournie par la marine, et il sera exercé au tir de cette arme, Les bâtiments seront également munis de sabres d'abordage, de haches et de quelques lances.

Le ministre de la marine donnera des instructions à l'officier de marine sur les manoeuvres à faire pour attirer les chaloupes ennemies et les prendre.

Vous donnerez l'ordre à l'officier de terre qui commandera ces hommes de les faire exercer un peu à la rame, et de les amariner le plus qu'il pourra.

Il faut choisir, pour commander chaque détachement, huit jeunes gens instruits, braves et intelligents. Vous vous ferez rendre un compte journalier de leur situation et de tout ce qu'ils feront.


Bayonne, 25 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l'empire

Mon Cousin, je reçois votre lettre des 21 et 22 mai. J'ai vu avec plaisir que le sénatus-consulte n'avait éprouvé aucune difficulté. (Sénatus-consulte pour réunir à la France les États de Parme et de Toscane.)

Je désire que le fils da roi de Hollande qui vient de naître s'appelle Charles-Louis-Napoléon.


Bayonne, 26 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Andreossy pour qu'il insiste auprès de M. de Stadion, afin que les bâtiments américains chargés de denrées coloniales, qui se présenteraient à Trieste, n'y soient point reçus, parce qu'ils ne sont que des courtiers des Anglais, les Américains ayant mis un embargo sur leurs bâtiments.


Bayonne, 26 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, voici une proposition qui me paraît étrange. Je vous prie de me faire un rapport sur les mesures à prendre pour s'assurer que ces bâtiments algériens chargés de denrées coloniales arrivent réellement d'Amérique. Concertez-vous pour cela avec le ministre des finances. Je ne fais pas de difficulté d'accorder ce qu'on demande, aux conditions suivantes : 1° que ces bâtiments n'auront rien payé en mer aux Anglais; 2° que ces bâtiments arrivent non- seulement avec des certificats des capitaines généraux, préfets colo niaux et des douanes de la Martinique et de la Guadeloupe, mais encore auront à leur bord au moins quatre passagers venant de ces colonies, soit soldats, soit créoles, qui rentrent; 3° que ces bâtiments n'auront été retenus ni en Angleterre ni à Gibraltar. J'ai bien de la peine à croire que les Anglais veuillent laisser passer des vivres à la Martinique qu'ils tiennent en état de blocus , et laisser entrer en France des denrées coloniales en exigeant tant pour cent sur ces marchandises. Écrivez là-dessus à ces négociants, en leur faisant connaître que, si leur proposition est un prétexte pour frauder, ils n'en viendront pas à bout.


Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je lis dans votre bulletin, à l'article d'Anvers, la réponse du contrebandier Vieusseux (Étienne Vieusseux était un des associés d'une maison d'Anvers qui avait des succursales à Hambourg et à Paris et qui pratiquait en grand la contrebande). Il est difficile d'être plus impudent. Causez un peu de cela avec le grand juge et le sieur Treilhard, pour voir s'il n'y a aucun moyen de faire pendre ces gaillards-là. Toutefois, il est convenable de faire mettre dans les journaux une réponse à ces arguments. Faites poursuivre vivement ces contrebandiers et faites mettre les scellés sur leurs biens, meubles et effets. Ecrivez à mon ministre en Hollande, et au ministre de Hollande ici, pour que le nommé Florent, de Breda, soit arrêté. Vous me parlez de nommer une commission; il me semble que j'ai déjà nommé une commission du conseil d'État pour ces affaires.

Donnez ordre que le nommé Desruisseaux, prévenu d'avoir été à Bayeux en 1801 avec une mission pour une correspondance anglaise, soit arrêté et mis dans un château fort. Je ne puis. que blâmer votre coupable indulgence pour de pareils garnements. Que voulez-vous faire de la surveillance avec des misérables de cette espèce ? Faites-les arrêter et enfermer au fort de Joux.

Faites-moi un rapport général sur tous les contrebandiers. Ne pourrait-on pas en tirer 8 ou 10. millions ? Quel moyen y a-t-il de les faire juger ?

(Lecestre)


Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Ayant lieu d'être mécontent de Mme de Chevreuse, dame du palais, notre intention est qu'elle reste exilée dans sa terre de Luynes près Tours, sous peine de désobéissance dans le cas où elle transgresserait ledit ordre. Vous voudrez bien tenir la main à l'exécution du présent ordre.

(Lecestre)


Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous voudrez bien donner ordre qu'aucun étranger, sous quelque prétexte que ce soit, ne débarque dans le château d'If, à Marseille, ni même aucun Français, hors les officiers du génie et les individus préposés à la garde du château. Des étrangers qui passent vont gloser avec Lajolais (Frédéric Michel de Lajolais, 1765-1808. Incarcéré au château d'If après son implication dans l'affaire Moreau. Il mourra le 28 septembre 1808, au château d'If) et autres. Mon intention est que cela n'ait plus lieu désormais, sous la responsabilité du commandant. Tenez la main à l'exécution du dit ordre.

(Brotonne)


Bayonne, 26 mai 1808

A la princesse Pauline Borghèse

Je reçois votre lettre du 18 mai. J'approuve que vous alliez au eaux de la vallée d'Aoste. Je suis fâché d'apprendre que votre santé soit mauvaise. Je suppose que vous êtes sage, et qu'il n'y a point là dedans de votre faute. Je vois avec plaisir que vous êtes contente de votre dame d'honneur et de vos dames piémontaises. Faites-vous aimer; soyez affable avec tout le monde; tâchez d'être d'une humeur égale, et rendez le prince heureux.

(Lecestre)


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