26 - 31 mai 1808
Bayonne,
26 mai 1808
A M.
Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris
Monsieur
Cretet, je reçois votre lettre du 18 mai. Le ministre des finances m'avait déjà
prévenu qu'il avait pris, de concert avec vous, des mesures pour empêcher
l'exportation des cotons filés. J'ai approuvé cette mesure, qui m'a paru fort
sage et nécessaire dans ces circonstances; cela est tellement évident que la
prohibition de l'exportation des cotons filés n'est pas une question, et qu'il
reste à savoir s'il ne faudrait pas même prohiber celle des toiles de coton,
afin de s'opposer autant que possible à leur excessif renchérissement, et de
nous conserver en France cette précieuse ressource pour le plus de temps
possible.
J'ai
appris avec plaisir que le pont de Strasbourg à Kehl était fini et livré au
commerce.
Bayonne,
26 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
vois qu'il y a devant Flessingue un vaisseau , deux
frégates et une corvette anglaise. Il est possible que cette croisière ne soit
pas renforcée d'ici à quelque temps. Nous voici au mois de juin, et mon escadre
doit commencer à prendre couleur. Si les Anglais ne tenaient devant Flessingue
qu'un, deux ou trois vaisseaux, ne pourrait-on pas faire sortir trois ou quatre
vaisseaux, en profitant des circonstances favorables pour les enlever ? Il
faudrait pour cela que nos vaisseaux eussent trois mois de vivres et carte
blanche, s'ils ne rentraient pas à Flessingue, pour rentrer dans quelque port
que ce fût.
J'ai
en rade de Rochefort un vaisseau ; je suppose qu'il a ses vivres; si l'ennemi
ne tenait qu'une frégate devant ce port, autorisez le contre-amiral Baudin à la
chasser et à tâcher de la surprendre. Je suppose toujours qu'il est
approvisionné de ses trois mois de vivres, pour pouvoir opérer son retour où il
jugerait convenable.
Bayonne,
26 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
vous envoie l'état de ce que le général Martin croit nécessaire pour finir l'Iena. Il est de la plus grande nécessité que j'aie
bientôt quatre ou cinq vaisseaux en rade de Rochefort, d'abord pour fatiguer
les Anglais par des blocus ruineux, ensuite pour donner satisfaction à la
Russie et au Danemark, qui commencent à envoyer des agents dans mes ports , et qui sont découragés , parce qu'ils ne voient
aucune espérance, même éloignée, de voir les Anglais réduits. Il faut que l'Iéna
et le Triomphant soient mis en rade avant le 1er octobre. Il résulte
du rapport du général Martin que le Patriote est déjà en rade, que la
Ville-de-Varsovie y sera avant le 24 juin, que le
Jemmapes y sera en juillet; il parait qu'en faisant des efforts le
Triomphant pourra y être avant la fin d'août. Vous verrez, dans les
questions que je fais faire au préfet maritime, quelles sont mes intentions. Tâchez
que le Patriote, la Ville-de-Varsovie, le
Jemmapes, puissent mettre à la voile avant le mois d'octobre, et l'Iéna avant
le 15 novembre.
Faites-moi
un rapport particulier sur le lieutenant de vaisseau Guiné;
il parait que voilà deux actions brillantes qu'il fait. Quel âge a-t-il ?
A-t-il du talent ? Cette manière d'enlever des bâtiments anglais avec des
péniches, à l'abordage, annonce de la résolution et du caractère.
Bayonne,
26 Mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
reçois votre lettre sur l'expédition de Toulon et le mémoire qui y est joint. Vous
ne comprenez pas l'Austerlitz dans les nouveaux vaisseaux, vous ne
comprenez que le Donauwerth. Après des
renseignements que je reçois, le Donauwerth doit
être mis à l'eau le 15 juin et le 1er août; il faut donc comprendre l'Austerlitz
dans les vaisseaux composant l'expédition. Vous ne comprenez pas la frégate
l'Amélie; cependant elle doit être mise à l'eau avant la fin de juin. Le
vaisseau l'Ulm ne doit, dit-on, être mis à l'eau qu'en octobre, parce
que l'avant-cale ne sera finie qu'à cette époque; mais on peut travailler à
l'avant-cale de manière à la terminer avant le 1er septembre et à pouvoir
mettre ce vaisseau à l'eau avant cette époque. Il y a de faits à ce vaisseau 12
vingt-quatrièmes; les bois nécessaires pour le terminer existent; on est donc très-fort le maître de l'avoir.
Vous
ferez connaître à Toulon que mon intention est qu'il soit donné 10,000 francs
de gratification aux entrepreneurs et ouvriers de l'Austerlitz, si ce
vaisseau est mis à l'eau avant le 15 juillet, et 10,000 francs pour 1'Ulm, si
ce vaisseau est mis à l'eau avant le 15 août, jour de ma fête. Je pense que ces
gratifications feront sentir l'importance que j'attache à voir finir ces trois
vaisseaux, stimuleront les ouvriers à travailler la nuit, et enfin mettront le
préfet maritime à même de prendre des moyens plus efficaces. L'Austerlitz peut
porter 900 hommes; l'Ulm, 700; la frégate l'Amélie, 300; ce qui
fait 1,900. Six tartanes canonnières sont indispensables, soit pour remonter le
Nil, si c'est de ce côté que se dirige l'expédition, soit pour
s'approcher de la côte. Il faut y joindre les bricks l'Adonis, le Janus et
la Ligurie, et quelques autres chebecs, demi chebecs, grosses felouques.
En mettant sur les petits bâtiments 600 hommes, on aurait 2,500 hommes. Il ne
vous en manque que 2,400; vous auriez encore tout ce qui vous est nécessaire. Il
ne s'agit plus que de trouver des chevaux. Vous en avez 300 sur les bâtiments
actuellement existants; il s'agirait de trouver des moyens d'en porter 300
autres. Je compte, de plus, sur la Baleine, qui doit être actuellement
arrivée à Marseille. Serait-il donc impossible que des huit flûtes que vous
avez ordonnées, on en eût quatre d'ici à cette époque ? Vous sentez la
différence qu'il y a de dépenser son argent pour finir de belles flûtes, ou
acheter des carcasses du commerce. La Philippine et 1'York sont convenables. Si on trouve d'autres bâtiments de cette
force, bien; mais je ne suis point d'avis d'acheter un tas de petits bâtiments
qui ne font que surcharger les ports de ruines et de réparations.
Je
vois, dans l'état de situation de la marine au 1er mai, le Rhinocéros de
350 tonneaux et plusieurs autres transports, les uns armés, les autres désarmés.
Ces bâtiments, qui appartiennent à la marine, n'exigeront aucun achat.
Mettez
en construction dans les petits ports de la Méditerranée une dizaine d'écuries
bien faites et appropriées au service; en en faisant faire deux à Marseille,
une à la Ciotat, une à Cassis, une à Saint-Tropez,
une à Nice, une à Villefranche, une à San-Remo, une à Port-Maurice,
deux à Savone, vous auriez dix écuries pouvant porter 30 chevaux, ce qui nous
ferait 300 chevaux. Ces écuries peuvent être faites en six semaines de temps,
c'est-à-dire au ler août, et être mises à l'eau au 15 septembre. Elles
s'armeront dans le lieu même, et on trouvera assez de matelots pour cela. Ces
écuries devront être numérotées. Elles seront d'une bonne ressource pour le
port de Toulon, quand même quelques-unes ne pourraient servir à l'expédition. Vous
aurez soin qu'elles soient armées de deux ou trois pièces de 6. Un port comme
Toulon, d'où nous devons partir pour être maîtres de cette Méditerranée, a toujours besoin d'une pareille garniture.
Livourne
a des bâtiments qui appartenaient au grand-duc ou au roi. La Toscane avait
ordinairement deux frégates. Je crois qu'on les construisait à Livourne. Si
cela est, il faut les mettre en construction, parce que j'en ai besoin, d'abord
pour donner de l'occupation aux ouvriers de Livourne et pour dépenser de
l'argent dans le pays, et ensuite pour offrir une protection à cette côte. En
attendant, donnez ordre que les bâtiments de l'Etat qui ont quelque valeur, à
Livourne et à Gênes, soient concentrés sur Toulon.
Je
désire que l'expédition soit prête à partir du 1er au 15 septembre. Mais
partira-t-elle ? Les ennemis n'y mettront-ils point obstacle ? Je désirerais
donc qu'avant le 1er novembre le Danube fût mis à l'eau. Cela
doit être possible; le Danube est aux 10 vingt-quatrièmes. Si mon
expédition ne pouvait partir qu'en décembre, elle serait composée de quinze
vaisseaux français et de deux russes.
Quant
aux équipages, vous avez déjà dirigé une certaine quantité de conscrits, qui se
trouveront amarinés et stylés. En dernière analyse, dix frégates armées en
guerre sont inutiles pour une expédition comme celle-1à, et, en mettant quatre
frégates en flûtes, on donnerait des équipages à deux vaisseaux de guerre. Je
ne parle que pour un cas de nécessité, car je pense qu'on pourvoira aux
équipages.
J'arrive
actuellement à la discussion de vos différentes demandes. Les vivres
n'occasionneront aucune dépense extraordinaire et ne doivent pas être pris sur
l'ordinaire. Mon expédition est destinée ou pour Alger ou pour la Sicile ou
pour l'Égypte. Si elle va en Sicile ou à Alger, les vivres ne seront aucun
embarras. Je vais donc raisonner dans l'hypothèse qu'elle serait arrêtée pour
1'Égypte.
Je
suppose que, sur l'ordinaire de la marine, vous arriverez à fournir l'escadre
de six mois de vivres, ration complète, et d'un septième mois de biscuit. Mon
escadre aura besoin, pour se rendre à Aboukir,
de quarante-cinq jours pour les équipages et pour les passagers, que je suppose
être le double des équipages ; ce qui fait trois mois. Elle débarquera, avec
les passagers, sur la plage d'Aboukir du biscuit et de l'eau-de-vie pour un
mois. Il lui resterait donc encore des vivres pour trois mois pour les
équipages, vivres suffisants pour se rendre à Tarente ou opérer son retour sur
Toulon. L'extraordinaire ne doit être, 1° que pour les hommes embarqués sur les
flûtes, gabares et bâtiments de commerce, ce que je suppose monter à 6,000
hommes; 2° pour les vivres à débarquer, c'est-à-dire pour un mois de biscuit;
3° j'évalue à 10,000 quintaux de farine ou 500 tonneaux ce qu'il faudra
débarquer en sus; 4° pour le fourrage.
Le
premier objet de 6,000 hommes pendant 45 jours ferait 270,000 rations, qui, à
20 sous l'une, coûteraient 270,000 francs. 6,000 hommes, pendant un mois,
consommeront 180,000 rations de biscuit et d'eau-de-vie, que j'évalue à 8 sous
la demi-ration, à 10 sous même si vous voulez, et qui
coûteront 90, 000 francs. J'évalue les 10,000 quintaux de farine à 200,000
francs. Pour les fourrages, j'adopte l'évaluation que vous fixez vous-même à
100,000 francs. Cela fera donc, pour les vivres, un extraordinaire de 660,000
francs.
Quant
à l'eau, ce ne peut pas être un embarras. Les vaisseaux portent 4 mois et demi
d'eau ou 135 jours; j'en ai besoin de 90 pour l'aller; il restera donc à bord
de l'escadre 45 jours, ce qui est suffisant pour opérer son retour. Mais il y
aurait un moyen d'augmenter l'eau, ce serait de mettre les rations en
eau-de-vie, en ne mettant que très-peu de vin. Un
vaisseau devrait alors porter 6 mois d'eau. Si cela était, le vaisseau aurait
90 jours d'eau pour son retour. Mais cela est inutile. N'auraient-ils que 30
jours d'eau après le débarquement, ce serait suffisant pour aller en faire à
Tarente.
Le
principal est que l'escadre ne doit avoir besoin de rien du pays; le
débarquement effectué, elle doit laisser ses grosses flûtes, gabares, etc., et
reprendre le large au plus tard trois ou quatre jours après avoir mouillé.
Je
viens actuellement à votre article de dépenses extraordinaires. Je ne veux
acheter aucun transport, si ce n'est 1'York et la Philippine, et
tout au plus une ou deux autres flûtes de même force;
je mets pour cela 500,000 francs. Je mets, pour réparations de bâtiments
appartenant à l'État, 250,000 francs, et 250,000 francs de dépenses diverses;
cela fait un million; avec les 650,000 francs que j'ai mis pour les vivres,
cela fait 1,600,000 francs. Voulez-vous mettre 400,000
francs pour achever quatre des huit gabares qui sont en construction cette
année ? Les quatre autres sont sur le ...... Les dépenses extraordinaires
seraient donc de 2 millions, que je vous allouerai sur le budget de cette
année, aussitôt que j'aurai les autres projets d'expédition arrêtés, ne voulant
faire qu'un décret.
Vous
sentez que si, au lieu d'aller en Égypte, cette expédition allait à Alger ou en
Sicile, tout cela devient bien plus facile. Ainsi donc il n'est pas dans mon
intention de faire aucune expédition dans la Méditerranée avant que j'aie pu
réunir à Toulon au moins 1 vaisseaux français. Cette expédition peut partir au
15 septembre, si l'arsenal de Toulon est conduit avec activité et, en supposant
que les renseignements soient vrais, s'il y a les bois nécessaires pour finir l'Austerlitz,
le Donauwerth et l'Ulm. Il faut en conséquence
calculer les moyens de transport sur cette hypothèse. Je ne compte les
vaisseaux russes que comme transports; je veux même supposer qu'ils
m'abandonnent dans un combat; vous sentez que c'est une supposition fort
hasardée. Les Anglais ne pourront avoir dans la Méditerranée 14 vaisseaux,
outre leur escadre principale. Au contraire, il ne serait pas aujourd'hui
impossible qu'ils eussent deux escadres, chacune de 14 vaisseaux. Mais, pour
que mon expédition de Toulon puisse agir, il me faut à Rochefort 4 vaisseaux en
rade, 3 ou 4 à Lorient; que mon escadre de Flessingue soit en état et leur
donne une véritable inquiétude. Le roi de Hollande m'assure qu'il aura, avant
quinze jours, 6 vaisseaux en rade. Il faut qu'à la même époque j'aie à Cadix
six vaisseaux français avec des troupes à bord, et des flûtes et
bâtiments de transport, menaçant d'une expédition ; que l'escadre de Mahon soit
à Toulon ou à Carthagène, renforcée de 2 autres vaisseaux, appareillant tous
les jours et obligeant les Anglais à tenir une escadre pour la bloquer; que j'aie
ma flottille de Boulogne prête et 30,000 hommes de troupes de terre prêts à
s'embarquer, et une telle confusion de mouvements que l'ennemi ne puisse
pas savoir si tout cela ne doit pas débarquer chez lui ; que mes
3 vaisseaux de Lisbonne soient en état. Il y manque de la maistrance, et
cependant il n'en manque pas en France; rien qu'à Bayonne, je trouve beaucoup
d'officiers de la marine marchande, qui ont beaucoup navigué, et dont le grade
dans la maistrance est, je crois, maître ou contre-maître.
Je mets en fait que, si j'ai à Lisbonne sur mes vaisseaux des officiers de
marine, tous Français, une marine française, 60 ou 80 canonniers français, 150
hommes de garnison de vieux soldats français et troupes d'élite, et 50
conscrits de ceux destinés aux équipages, je mets en fait, dis-je, qu'ayant par
ce moyen 300 Français sur ces vaisseaux et 350 à 400 matelots portugais et
étrangers, ces vaisseaux peuvent sortir, manoeuvrer, entrer en ligne, et donner
une consistance à l'escadre russe.
Au
moment de la mauvaise saison, les Anglais seront obligés de renforcer leur
croisière de la Baltique, car mes troupes feront de nouveaux mouvements pour
entrer en Scanie. C'est l'ensemble de toutes ces dispositions qui rendra
possibles les expéditions que je médite.
Je viens
de prendre un décret pour organiser quatre équipages à Lisbonne.
Bayonne,
26 mai 1808, huit heures du matin.
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je
viens d'écrire à don Gregorio de la Cuesta, capitaine
général de la Vieille-Castille, pour lui faire
connaître que je l'avais nommé vice-roi du Mexique. Faites-lui expédier ses
brevets et commissions en règle, et donnez l'ordre que la frégate la Flora soit
prête à Cadix pour le conduire au Mexique.
Vous
ferez donner l'ordre à ce vice-roi d'emmener avec lui quatre ou cinq maréchaux
de camp, brigadiers ou colonels, pour leur confier le gouvernement de la Vera-Cruz et autres points importants. Vous ferez également
préparer des avisos dans les petits ports qui existent entre Cadix et le
Portugal, d'où l'on peut, mieux que de partout ailleurs, partir pour
l'Amérique, afin que, si la frégate tardait trop à mettre à la voile, le
vice-roi pût s'embarquer sur un des avisos. Vous ferez placer sur la Flora 3,000
fusils et les autres objets jugés nécessaires au Mexique. Des deux vaisseaux de
64 qui sont à Cadix, un marche très-bien,
c'est le San-Fulgencio. Faites-le bien
commander, faites compléter son équipage et tenir prêt pour une mission; mon
intention est de le destiner pour Buenos-Ayres. Il
faut embarquer sur ce bâtiment 400 hommes et 11,000 fusils. Mais il est
nécessaire que ses cuivres soient visités, afin d'être sûr de sa marche. Il
faut compter son approvisionnement pour six mois.
Vous
avez nommé le maréchal de camp pour l'intendance de la Vera-Cruz.
On m'assure que c'est un officier qui n'a aucun mérite et qui a gagné son grade
avec de l'argent. Mon intention est de nommer pour commandant de la province de
Caracas le brigadier don Vicente di Imbaran, qui est
à présent à Madrid et qui a été gouverneur de Cumana.
Il est nécessaire que cet officier se rende sans délai au Ferrol, où il
s'embarquera sur le brick le Descobridor et
appareillera le plus tôt possible. On embarquera sur ce brick 1,500 à 2,000
fusils.
Ainsi
donc faites d'abord expédier à Cadix la Flora et le vaisseau de 64 le
San-Fulgencio; faites-le approvisionner d'autant
de vivres qu'il pourra en porter. Faîtes donner des ordres pour que trois
avisos soient placés dans les petits ports entre Cadix et les Algarves; on dit qu'il y a un de ces petits ports très-bon pour ces expéditions. Faites donner ordre que le Descobridor, au Ferrol, se tienne prêt à
partir; que le nouveau commandant de la province de Venezuela parte de Madrid
vingt-quatre heures après la réception du présent ordre, pour se rendre au
Ferrol et s'y embarquer.
Je ne
sais pas si le capitaine général de la Vieille-Castille,
M. de la Cuesta, acceptera la place de vice-roi du Mexique. Faites-lui écrire,
et qu'il parte sans délai.
Indépendamment
du San-Fulgenco, vous ferez préparer à
Cadix la corvette le Mercure, destinée également pour une expédition.
Vous
ne manquerez pas d'envoyer au conseil des Indes ma proclamation, pour qu'elle
soit envoyée en Amérique par toutes les voies possibles.
Ordonnez
qu'on ne perde pas un moment au Ferrol pour faire des vivres, car il est urgent
qu'on envoie un secours à l'Amérique méridionale. La Concepcion
est prête, il ne s'agit que de presser son équipage; le Saint-Elme et le
Saint-Firmin sont en rade, ainsi que deux frégates;
le San-Fernando est également prêt; on peut
donc, avec un peu d'activité, avoir 4 vaisseaux et 2 frégates au Ferrol, qui
peuvent porter 3,000 hommes, ce qui, avec les 400 hommes du San-Fulgencio
de Cadix, assurera la possession de cette partie de l'Amérique.
Faites
sentir au conseil des Indes, à la compagnie des Philippines, à la caisse de
consolidation, l'importance de cette mission et la nécessité de fournir
quelques millions, qui leur seront rendus.
Quel
est le vice-amiral qui commandera l'escadre du Ferrol ? Il faut qu'il s'y rende
sans bruit. Il faudrait que cette expédition pût être improvisée. Ce qui
arrêtera le plus, je crois que ce seront les vivres, car il faut que chaque
bâtiment en ait pour six mois.
Si le
temps est bon, demain partira d'ici un brick avec des paquets et des fusils
pour Buenos-Ayres. Ces fusils sont tous de bons
fusils français. Il est possible que je fasse partir la Comète, qui est
au Passage. Faites donner à Saint-Sébastien l'ordre de fournir 2,000 fusils à
cette frégate, que j'ai l'intention d'expédier à la Havane.
Bayonne,
26 mai 1808, onze heures du soir.
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Il
parait qu'on vous a envoyé ce matin, par erreur, deux proclamations, au lien
d'une proclamation et d'un décret. Vous trouverez ci-joint le décret qui devait
accompagner la proclamation.
Il
faut, pour communiquer avec les Amériques, avoir trois ou quatre felouques au
petit port d'Ayamonte. Ce port est celui dont je vous
ai parlé dans ma lettre hier, qui se trouve entre Cadix et les Algarves. On pourra expédier de là autant de petits
bâtiments que l'on voudra.
J'ai
vu l'amiral Mazarredo, qui se rend à Bilbao, où vous
lui adresserez ses lettres de nomination au ministère de la marine. Il est
nécessaire qu'il soit fait capitaine général à la date de 1799, ayant
connaissance que le roi Charles voulait le nommer à cette place de capitaine
général. Le chef d'escadre ..... vient d'être nommé
gouverneur de Montevideo; il commandait à Montevideo lors de la reddition;
c'est un homme qui ne jouit d'aucune considération dans le pays. Le général
Liniers avait nommé, après l'évacuation, le brigadier don Francisco Xavier de Ilio; c'est un excellent choix; faites envoyer des ordres à
Saint-Sébastien pour que le chef d'escadre ..... ne
s'embarque pas, et faites confirmer la nomination qu'a faite le général
Liniers.
Bayonne,
27 mai 1808
A M.
Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris
Monsieur
Cretet, j'ai reçu le compte que vous me rendez sur les teintures des étoffes de
Lyon. Je vois avec plaisir le soin que vous vous donnez pour les comparer avec
celles des Gobelins. Soumettez-moi un projet de règlement sur cet objet. Portez
la plus grande attention sur les teintures de Lyon; vous savez que c'est une
grande partie de nos richesses. Je voudrais établir une chaire de chimie à
Lyon; le chimiste qui y est médiocre; occupez-vous d'y en envoyer un très bon. Présentez-moi
un projet pour former là un établissement de chimie qui ait quelque valeur. Une
dépense annuelle de 10,000 francs sera bien employée, et peut entrer très-bien dans le chapitre de votre budget relatif à
l'encouragement des arts.
Bayonne,
27 Mai 1808
A M.
Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris
Monsieur
Cretet, je lis votre rapport du 11 mai. Je vois avec plaisir l'activité que met
le commerce dans ses expéditions pour les colonies. J'approuve que les
constructeurs conservent les ouvriers nécessaires pour leurs constructions, et
j'autorise la marine à donner tous les moyens pour faciliter la formation des
équipages.
Pour
la troisième demande, je ne puis y consentir. Il faut parler clair; si c'est
pour masquer une connivence avec les croiseurs anglais, comme cela s'est déjà
fait, le Gouvernement, qui a l'oeil fixé sur des affaires si importantes, en
sera instruit et prendra des mesures. Qu'est-ce que les bâtiments français ont
à discuter avec les douanes ? S'ils viennent réellement de la Martinique, de la
Guadeloupe, de Cayenne, il ne pourra pas y avoir de doute sur cela; il y aura
toujours à bord : 1° un ou deux passagers de ces colonies; 2° une grande
quantité de lettres des colonies à la métropole; 3° des papiers signés du
préfet colonial. Tout commerce entre la métropole et les colonies ne peut être
simulé; on ne peut pas dire qu'on vient de la Martinique et venir en réalité de
Londres. Il ne faut pas non plus que le bâtiment ait été visité par les
Anglais; leur visite aurait dénationalisé mon pavillon, et le bâtiment qui se
présenterait dans mes ports avec cette tache, certes, n'y serait
pas reconnu. Et, en effet, il est facile de voir que ce commerce ne serait
favorisé par l'ennemi que comme commerce interlope, et parce qu'i1 aurait
souscrit à la condition déshonorante qu'il a imposé. L'intérêt de l'Etat n'est
pas toujours celui des négociants; un négociant peut vouloir se ployer sous le
joug de la législation anglaise, le Gouvernement ne peut le souffrir. Ainsi
donc un bâtiment venant des colonies n'a rien à craindre; trop de caractères
s'opposent à sa simulation.
Je
n'approuve point les mesures que vous proposez pour le quinquina; l'exportation
de cette denrée doit être libre; l'Espagne et le Portugal nous en fourniront. Il
ne faut pas donner au continent l'exemple de s'isoler. Je préfère que, comme
ministre de l'intérieur, vous preniez vos précautions, et que vous en fassiez
venir du Portugal ou de Cadix, afin d'en agir comme vous en agirez à l'égard
des blés à Paris, de manières que vous puissiez en envoyer où le besoin s'en
ferait sentir.
Bayonne,
27 mai 1808.
Au
général Dejean, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris.
Monsieur
Dejean, je désirerais accorder à toutes les troupes qui sont en Espagne deux
paires de souliers et une chemise; mais je voudrais comprendre là dedans tout
ce que je leur ai déjà fait donner en gratification, en souliers et en
chemises. Vous devez avoir les états de tout cela à Paris ; faites-moi un
rapport. L'armée d'Espagne est de 80,0.00 hommes présents; ce serait donc 160,000
paires de souliers et 80,000 chemises. Je crois déjà avoir accordé une paire de
souliers par homme, et tout le monde doit l'avoir reçue. Il faut faire entrer
dans ce compte tous les souliers que vous avez envoyés de Paris, les 20,000
paires que le maréchal Moncey a fait faire, les 20,000 paires que le grand-duc
a fait faire, ceux que j'ai moi-même ordonné ici. J'ai
déjà envoyé plusieurs chemises. Vous devez avoir un compte général avec
l'intendant de l'armée d'Espagne, qui doit s'arranger de manière à se
retrouver.
Bayonne,
28 mai 1808
A M.
de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur
de Champagny, écrivez au sieur Andréossy, par un courrier extraordinaire, que
les gazettes parlent d'une levée de 180,000 hommes que voudrait faire l'Autriche;
que cependant il n'en dit rien dans ses dépêches; que, si cette nouvelle est
controuvée, il ne doit faire aucun cas du présent courrier; mais que, si elle
est réelle, il doit s'en expliquer avec le ministre des affaires étrangères,
lui dire que je demande que cette levée de milices n'ait pas lieu, et qu'il ne
soit fait aucun armement extraordinaire; que je considérerai tout armement
comme fait contre moi, car ce n'est que contre moi qu'ils peuvent être dirigés,
lorsque l'Autriche ne se contente pas de 300,000 hommes sur pied; que voici
l'état des choses : si la levée des milices se faisait, je convoquerais
sur-le-champ toutes les troupes de la Confédération à Passau; que je ferais de
nouvelles levées en France; qu'il faudra bien que quelqu'un paye les frais de
ces armements, et qu'il n'est pas difficile de prévoir que ce sera l'Autriche. Vous
écrirez au sieur Andréossy que, si l'on insiste et qu'on ne lui donne pas une
réponse satisfaisante, il déclare qu'il demande ses passe-ports
; il laissera dans ce cas un chargé d'affaires, disant qu'il n'est pas de la
dignité d'un ambassadeur de France d'être témoin d'armements qui menacent la
puissance qu'il représente.
Il se
plaindra aussi de ce qui se passe du côté de Varsovie, où, dans le temps qu'on
fournit tout aux Russes, on ne fournit rien à l'armée française.
Si la
nouvelle des levées est hasardée et n'est pas prouvée, le sieur Andréossy en
parlera légèrement à M. de Stadion, et lui fera entendre que, si elle avait
lieu, nous interviendrions, sans dire qu'il a des ordres positifs de
s'expliquer là-dessus.
-------
P..
S. Le même courrier pourra continuer sur Constantinople pour porter des
plaintes sur la conduite qu'on tient envers moi en Moravie, en Bosnie.
Bayonne,
28 mai 1808
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie
Mon
fils, je vous ai prié de m'envoyer sur un huilé les limites précises des États
du pape réunis au royaume d'Italie, avec les points où passe la ligne de
démarcation. Joignez-y les limites du Pérugin actuel et de la Toscane.
(prince Eugène)
Bayonne,
28 mai 1808.
A M.
Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris
Monsieur
Cretet, il est nécessaire que vous ayez une conférence avec Aldini, pour purger
le territoire du royaume d'Italie. Il y a près de la Spezia des parties qui
appartiennent à l'Italie, entre Pontremoli et Sarzane; il faut qu'elles soient réunies au département des
Apennins. Pontremoli pourrait y être réuni également.
Je prévois que j'établirai la préfecture des Apennins à la Spezia. Faites-moi
connaître s'il y a une communication de la Spezia à Lucques, et si l'on
communique de la Spezia à Livourne. Enfin il faut s'occuper sérieusement d'une
communication de la Spezia avec Parme, laquelle pourra donner le moyen
d'arriver de Parme à Florence sans passer dans le royaume d'Italie. Je suppose
que la communication de la Spezia avec Parme est plus facile qu'avec Plaisance;
je préfèrerais de beaucoup cette dernière. De la Spezia à Gênes, la
communication existe par mer; ainsi celle par terre est moins importante. Je
désire que vous m'envoyiez, avant le 1er juillet, les projets de communication
de la Spezia à Sarzane et à Pise, en côtoyant la mer,
de la Spezia à Plaisance ou à Parme, de la Spezia à Gênes. Mon intention est
d'établir à la Spezia un autre Toulon; des communications par terre deviennent
donc indispensables. Je ne serais pas loin de faire faire une route dans le
royaume d'Italie par Reggio, surtout si nous faisions celle de la Spezia à
Plaisance.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur
Decrès, je désire que vous me fassiez connaître les mesures qu'il y a à prendre
dès aujourd'hui pour l'accroissement notable de notre marine d'ici à l'année
prochaine.
J'ai
aujourd'hui 8 vaisseaux en rade à Flessingue, 3 en rade à Rochefort, 4 en rade
à Lorient (je compte le Polonais comme lancé, et le Vétéran comme
rentré à Lorient), 7 en rade à Brest (je compte le Tonnerre comme en
rade) , 22 en rade de Lisbonne, 5 en rade de Cadix, 12
en rade de Toulon (je compte l'Austerlitz et le Donauwerth
comme lancé) , 1 à Gênes; total, 42. Ceci sera la situation de ma marine au
mois d'août prochain.
Je
désire, du mois d'août prochain au mois de septembre 1809, lancer 35 vaisseaux,
ce qui, l'automne prochain, portera la situation de ma marine à 77 vaisseaux. Voici
comment je calcule :
J'ai
aujourd'hui, sur les chantiers d'Anvers, 9 vaisseaux; sur celui de Flessingue,
1, plus 2 qui seront mis sur le chantier le ler septembre prochain en
remplacement des 2 qui seront mis à l'eau à cette époque; total, vaisseaux de
nouvelle construction, 12, que j'aurai à Flessingue avant le mois de septembre
1809; ce qui, avec les 8 vaisseaux que j'ai aujourd'hui, me fera 20 vaisseaux
sur cette rade.
J'ai
aujourd'hui 7 vaisseaux à Brest, plus 1 vaisseau qui a été démonté et remisé
sous le hangar; donnez ordre que ce vaisseau soit remonté et placé dans le
bassin; il faut qu'il soit fini avant mai 1809; entrez pour cela dans les
détails, et, s'il le faut, donnez l'ordre d'apporter par terre tous les bois
qui seraient nécessaires; total, 8.
J'ai
aujourd'hui 4 vaisseaux à Lorient; indépendamment de ce, j'en ai 4 autres en
construction; enfin je dois compter le vaisseau qui sera mis sur le chantier en
place du Polonais; total, 9.
A
Rochefort, j'ai 3 vaisseaux en rade; j'en ai sur le chantier 3 autres, auxquels
j'ajoute celui qui sera mis sur le chantier en place de la Ville-de-Varsovie et celui qui sera mis en place du Triomphant
total, 8.
J'ai 2
vaisseaux de 64 en construction à Bordeaux.
J'ai 2
vaisseaux à Lisbonne, et je fais achever celui de 74; total, 3. J'ai à Toulon
12 vaisseaux, y compris l'Austerlitz et le Donauwerth,
plus 2 vaisseaux déjà avancés, et 2 vaisseaux mis sur les chantiers en place de
l'Austerlitz et du Donauwerth; total,
16.
J'ai 1
vaisseau à Gênes, plus 1 qu'on mettra sur le chantier; total, 2.
A la
Spezia, j'en fais mettre 1 sur le chantier.
Enfin,
à Venise, j'ai 3 vaisseaux actuellement sur le chantier.
En
résumé, j'ai ou j'aurai sur les chantiers, pour être terminés avant septembre
1809, 35 vaisseaux, et ces 35 vaisseaux de nouvelle construction, joints aux 42
que j'ai actuellement, me donneront, l'année prochaine, 77 vaisseaux. Mais quel
est l'argent néessaire, quelles sont les mesures à
prendre pour obtenir ce résultat ?
Si
nous allions avoir 19 vaisseaux dans la Méditerranée; dans l'Adriatique, à
Ancône, 3; à Flessingue, 20; à Brest, Lorient et Rochefort, 25 ; à Bordeaux, 2;
à Cadix et Lisbonne, 8; total, 77 vaisseaux français; plus 10 vaisseaux que le
roi de Hollande a dans ses ports, 1 vaisseau du Danemark, 12 que l'empereur de
Russie a dans la Baltique, 11 que l'empereur de Russie a à Lisbonne et Tonlon, 20 que les Espagnols ont ou auront; total, 54
vaisseaux étrangers; cela formera une masse de 131 vaisseaux; et, si l'on en
excepte les 12 vaisseaux russes qui sont dans la Baltique, cela fera 119
vaisseaux de guerre qui seront sous ma direction immédiatement et appuyés par
des camps, de 7,000 hommes au Texel, de 25,000 à Anvers, de 80,000 à Boulogne,
de 30,000 à Brest, de 10,000 à Lorient et à Rochefort, de 6,000 Espagnols au
Ferrol, de 30,000 hommes à Lisbonne, de 30,000 à Cadix, de 20,000 à Carthagène,
de 25,000 à Toulon, de 15,000 à Reggio et de 15,000 à Tarente. Il me semble que
ce serait là un damier qui, sans trop exiger de la fortune, sans exiger même
une habileté extraordinaire dans nos marins, doit nous conduire à de grands
résultats.
La
mise à l'eau de 35 vaisseaux en France, dans une année, pourrait paraître
chimérique au premier coup d'oeil; mais il faut ôter de ce nombre 12 vaisseaux
de Flessingue, celui de Lisbonne, celui de Gênes, celui de la Spezia et les 3
de l'Adriatique, en tout 18 vaisseaux, dont la construction a lieu dans des
pays qui n'appartiennent pas à l'ancienne France. Reste donc seulement 17
vaisseaux à construire sur les chantiers français, savoir : 1 à Brest, 5 à
Lorient, 5 à Rochefort, 2 à Bordeaux et 4 à Toulon ; total, 17 vaisseaux. Mais,
sur ces 17 vaisseaux, on a déjà fait au moment où je parle, au Havre, 18
vingt-quatrièmes; à Lorient, idem; à Rochefort, idem; à Bayonne,
12 vingt-quatrièmes; à Toulon, 18 vingt-quatrièmes; total, 84 vingt-quatrièmes,
et, par réduction, 21 sixièmes, ou la valeur de près de 4 vaisseaux. Il
ne reste donc vraiment à construire que 14 vaisseaux au plus, qui, tout armés,
ne doivent pas faire une affaire de plus de 21 millions. J'aurai donc, au mois
de septembre 1809, 77 vaisseaux, dont 3 à trois ponts (en supposant l'Austerlitz
remplacé par un autre vaisseau à trois ponts), et tous les autres de 80 et
de 74, hors 2 qui seront de 64.
Je
désire que vous établissiez ainsi en hypothèse la situation de ma marine au 1er
septembre 1809, en y ajoutant le nombre nécessaire de frégates, corvettes et
autres petits bâtiments; car, pour bien diriger les opérations de cette année,
il faut d'abord savoir ce qu'on a à espérer dans un espace de temps si
rapproché qu'un an.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Si les
Anglais continuent à détruire les bateaux pécheurs, il faut ordonner à nos
pêcheurs d'attaquer les leurs. On leur a renvoyé leurs pêcheurs de Dieppe avec
beaucoup trop de cérémonies, ce qui n'a fait que leur montrer combien on était
sensible à ces pertes.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Les
nouvelles que je reçois de mes ports m'annoncent qu'il y a du mécontentement de
ce que la marine ne se donne aucun soin pour les protéger contre les
entreprises de l'ennemi. Ce n'est pas avec des vaisseaux à trois ponts qu'ils
nous attaquent, mais avec des péniches, Nous ne manquons, en France, ni de
péniches, ni de bras, non; mais la marine manque d'activité. Le 14, à
Fromentine, les habitants se sont embarqués sur de petits bâtiments de
transport, ont attaqué le cutter anglais le Lion, qui se trouvait en
calme à deux lieues de terre, et l'ont pris. Comment n'y a-t-il pas dans tous
les petits ports de péniches, une organisation enfin ? Puisqu'il faut que je
m'occupe de tous les détails, j'ai pris un décret pour organiser une flottille
de gardes-côtes. Faites-le exécuter rigoureusement; pas de si, de mais, de car,
ne faites pas d'objections, mais levez-les. Quand on voit les ports, on se
convainc des immenses ressources qu'il y a et de ce qu'on peut faire pour
favoriser et défendre le cabotage.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Il
faut 15,000 pieds cubes de plançons pour border un vaisseau de 74; il
parait que ceux nécessaires à Rochefort y manquent; il y en a ici 15 à 20,000
pieds cubes. Un plançon de première espèce a pour dimension 30 pieds
cubes (le pied cube de chêne pèse 80 livres) ; il pèse donc 24 quintaux,
c'est-à-dire la charge d'une grosse voiture. 4,000 pieds cubes de bois sont
déjà arrivés de Bayonne à Langon par terre. Je viens de donner l'ordre qu'il
soit passé un marché régulier pour transporter 15,000 pieds cubes de Bayonne à
Langon, à raison de 500 pieds cubes par jour, à dater du 1er juin. Ainsi, à
dater du 1er juin , il y aura à Langon 500 pieds cubes
ou seize voitures qui y arriveront tous les jours. Ces bois iront par eau de
Bayonne à Mont-de-Marsan; mais de Mont-de-Marsan à Langon il y a quatre
journées de boeufs pour l'aller et trois journées pour le retour; ce service
emploiera donc au moins cent douze voitures à l'entrepreneur. J'ai accordé deux
prix : l'un par pieds cubes de bois de grande dimension qui pèseront plus de 20
quintaux par pièce, l'autre par pieds cubes de bois qui pèseront moins de 20
quintaux par pièce. J'ai ordonné que l'artillerie de terre fournit
soixante porte-corps qui sont ici. J'ai ordonné qu'à
dater du 1er juillet on doublerait les transports, c'est-à-dire qu'il y aurait
par jour trente-deux voitures, au lieu de seize, conduisant 1,000 pieds cubes
au lieu
de 500.
Ne
parlons d'abord que des 15,000 pieds cubes qui seront
transportés en juin. 15,000 pieds cubes font la charge de cinq gabares. Cinq
gabares ne faisant qu'un voyage par an me coûtaient l'entretien de 500 hommes,
c'est-à-dire 500 francs par jour, rien que pour les vivres, ce qui faisait une
dépense de 15,000 francs par mois et 180,000 francs par an ; il m'en coûtait au
moins autant pour la solde. Joignez à cela les frais de réparation et
d'entretien des bâtiments, et de plus 20 pour 100 pour assurances, ce qui est
bien peu de chose, car, en dernière analyse, il s'en perdait par accident, au
bout de plusieurs années , plus d'un cinquième. Voilà
donc une dépense de plus de 5 à 600,000 francs, et ce qu'il y a de pis, c'est
que tout cela n'arrivait pas; au lieu, que, par les moyens que je viens
d'ordonner, les 15,000 pieds cubes qui seront transportés dans le mois ne
coûteront que 4 francs le pied cube, c'est-à-dire 60,000 pour le tout. Il y a
donc une économie immense. Sans doute que cette dépense de 60,000 francs est
encore trop forte; aussi je pense que vous devez ordonner que le transport
n'aura lieu que pour les bois précieux et dont Rochefort manque. Ici, il y a
environ 50 à 60,000 pieds cubes de bois utiles, nécessaires même et dont
Rochefort a besoin. Laisser pourrir ces bois serait un si grand malheur qu'il
ne faut rien épargner pour empêcher cette perte, surtout pour les pièces
importantes.
Donnez
ordre au préfet maritime à Rochefort de dresser l'état de l'assortiment de
15,000 pieds cubes de bois dont il aura besoin dans le courant de juin, et des
30,000 pieds cubes qu'on aura à lui envoyer dans le courant de juillet. Il
dressera cet état d'après la situation de l'approvisionnement de Bayonne, que
vous lui communiquerez.
Il
vous faudra aussi prendre des mesures pour que les entrepreneurs ne prennent
pas d'autres bois que ceux de Bayonne, car, avec les prix qu'on leur accorde,
il ne serait pas impossible qu'ils ne trouvassent des bénéfices à prendre des
bois à moitié chemin. Mais ici il n'est pas seulement important de faire
arriver des bois, mais, encore que ce soient les bois de Bayonne, pour que les
entrepreneurs de la marine trouvent ensuite les autres qu'on aura laissés en,
réserve.
Enfin
il est nécessaire de prendre des mesures, comme je vous l'ai déjà marqué, pour
que toutes les coupes versent sur les affluents de la Gironde, de la Dordogne
et de la Charente, et le moins possible sur le bassin de l'Adour.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Vous
recevrez un décret que je viens de prendre pour la formation de cinq nouveaux équipages
de vaisseau pour le port de Lisbonne.
Vous
verrez que j'ai donné à ces équipages une organisation particulière: il le
fallait. Mon intention est que sur le bâtiment il y ait toujours 100 Français
de plus que d'étrangers. Or comment cela pourrait-il être autrement ? Il a bien
fallu augmenter le nombre des canonniers et celui de la garnison. Il faut même
que les mousses soient aussi Français, de sorte qu'il n'y ait dans l'équipage
que 350 Portugais, c'est-à-dire de bons matelots, que nous ne pouvons pas
autrement nous procurer. J'ai cependant laissé le quart de la maistrance aux
Portugais; cela était nécessaire pour encourager les Portugais et parler aux
matelots leur langue. Ainsi, au lieu de porter les équipages à 700, cela les élève à 800, à 850. Cela est d'autant plus
avantageux que les Français seront toujours en nombre suffisant pour servir les
canons et se battre. On pourra aussi mettre à bord quelques enseignes ou mieux
quelques officiers portugais, qui seront en dessus du nombre fixé par l'organisation
et feront le service; mais on conservera toujours moyen de les surveiller, et
il devra toujours y avoir un officier français de quart; ce qui sera facilement
motivé, puisqu'on pourra dire que le grand nombre de matelots novices et de
soldats de garnison exige cette surveillance. La présence de ces officiers
portugais sera surtout avantageuse pour les communications avec les matelots et
soldats des deux nations; ils devront savoir les deux langues et serviront de
truchements.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'apprends
avec intérêt que le corsaire le Hasard s'est emparé de deux péniches anglaises
qui croisaient à la hauteur d'Ostende. Je désire que vous me fassiez un rapport
pour donner une récompense à ce corsaire.
Une
frégate, deux corvettes et un cutter anglais sont mouillés à deux lieues du
fort du Pilier, près Noirmoutiers. Quand les deux
frégates de Nantes seront-elles prêtes et pourront-elles aller débusquer ces
lurons-là?
Faites-moi
connaître si, pendant la saison, ma flottille de Boulogne va en rade. Faites
connaître au général Lacrosse (Jean-Baptiste Raymond
Lacrosse, 1760-1829. Il est alors contre-amiral commandant la flottille de
Boulogne), de garnir constamment la ligne d'embossage, de manière que
toute la ligne, depuis le fort de l'Heur jusqu'à la Crèche, soit garnie de
chaloupes canonnières, de bateaux canonniers, péniches et de quelques prames.
Bayonne,
28 mai 1808
Au
prince Camille Borghèse, gouverneur des départements au-delà des Alpes, à Turin
Je
reçois votre lettre du 22 mai sur Alexandrie. Vous ne me dites pas quelle est
la quantité des travailleurs, ce que je désire savoir; combien de maçons, de
tailleurs de pierres; combien de manoeuvres. L'approvisionnement en briques
est-il considérable ?
Bayonne,
28 mai 1808
A
Alexandre Berthier, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à
Bayonne
Mon
Cousin, donnez ordre à toute la division portugaise qui est à Hernani de se
rendre à Bayonne. Donnez également à tous les Portugais qui sont à Vitoria
l'ordre de rentrer.
Bayonne,
28 mai 1808, neuf heures du matin
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Mon
Frère, je reçois votre lettre du 25 à une heure du matin. J'espère que vous
aurez été content de ma proclamation. Mazarredo est
parti. Demain partiront d'ici deux très beaux bricks avec 2,000 fusils français
pour Montevideo. Vous pouvez l'annoncer. Trois sont déjà partis. On prépare ici
le local et tout ce qui est nécessaire pour l'assemblée. Je désire beaucoup que
deux vaisseaux soient mis sur le chantier à Carthagène. J'ai vu avec plaisir
que vous aviez trouvé de l'argent; mais je vois que vous n'envoyez que 500,000
francs au Ferrol et 500,000 francs à Cadix; cela ne fait qu'un million. Le
ministre des finances arrive demain ; tout s'arrangera. Je laisserai sortir de
l'argent de France tant qu'on voudra. On trouvera facilement à emprunter 20
millions en engageant les diamants de la Couronne, ou sur les vales. Il y a un autre moyen d'avoir
sur-le-champ deux millions; parlez-en à Laforest. Je ferais volontiers un
traité par lequel j'achèterais les deux vaisseaux le Santa-Anna,
à Cadix, et le San-Carlos, à Carthagène.
Je nommerai pour mon expert le sieur Le Roy, mon consul à Cadix. Ces deux
bâtiments, armés et munis de tous leurs gréements, doivent bien valoir deux
millions. Ces deux millions peuvent être touchés à Madrid vingt-quatre heures
après que la convention sera faite. Si les choses se font ainsi, sans que cela
fasse un mauvais effet, vous ordonnerez à l'amiral Rosily de prendre le
commandement des marins de ma Garde, de les diviser en deux, de mettre 200
hommes sur le San-Carlos et 200 hommes sur le Santa-Anna. Vous ferez fournir, des troupes
du général Dupont, 1,100 hommes, qui s'embarqueront comme garnison, savoir :
120 hommes sur chacun des cinq vaisseaux français de mon escadre de Cadix, 250
sur le San-Carlos et 250 sur le Santa-Anna. Le général Dupont choisira des Français et
formera ses détachements de compagnies complètes. Par ce moyen, l'amiral Rosily
aura 1,000 matelots disponibles avec les marins de ma Garde; il en placera. 500
sur le San-Carlos et 500 sur le Santa-Anna. Cela aura l'avantage de mettre ces
vaisseaux en ligne. En y pensant mieux, comme il serait possible que de vendre
deux vaisseaux effarouchât les Espagnols, il faudrait prendre une mesure plus
simple. Ce serait de conclure une convention par laquelle les deux vaisseaux le
San-Carlos et le Santa-Anna
seraient mis à ma disposition, que je les ferais monter par mes marins, et
que je ferais verser dans la caisse de la marine espagnole deux millions, pour
mettre en construction deux vaisseaux à Carthagène, et aussitôt que les deux
vaisseaux seraient achevés, je rendrais le Santa-Anna
et le San-Carlos. Je gagnerai à cet arrangement
d'avoir deux vaisseaux neufs; il y aura deux vaisseaux de plus pour la cause
commune, et tout le monde y gagnera. J'attache une grande importance à avoir le
Santa-Anna à Cadix, parce que mon amiral aura son
pavillon sur un vaisseau à trois ponts, et que mon escadre en acquerra une
grande consistance. J'attache la même importance à avoir deux vaisseaux en
construction à Carthagène. Écrivez à l'amiral Rosily de mettre le capitaine Daugier sur le San-Carlos. Enfin,
si l'escadre de Mahon se rend à Carthagène, ce vaisseau s'y joindra, et il y
aura là une belle escadre.
Si
vous prenez le parti de faire mettre les deux vaisseaux de Carthagène sur le
chantier, à mes frais, vous aurez soin qu'ils soient construits sur le même
plan que mes vaisseaux, et qu'il soit inséré dans la convention la stipulation
que des ingénieurs français en surveilleront la construction. Vous trouverez
ci-joint le projet de cette convention, comme je désire qu'elle soit conçue. Si
cette convention n'éprouve aucun obstacle, aussitôt qu'elle sera signée, vous
ferez verser un million dans la caisse de la marine, sur les deux millions que
le payeur a à ma disposition pour le service public.
Envoyez-moi,
par le retour du courrier, l'état de la caisse du payeur que je ne reçois pas. Il
doit avoir en réserve, à ma disposition, deux millions, hors du service
ordinaire. J'ai d'ailleurs, dans ma caisse particulière, un million à Bayonne
et à Burgos.
Renvoyez
de nouveau l'ordre à l'escadre de Mahon de se rendre à Toulon ou dans quelqu'un
de mes ports. Si elle ne le pouvait pas, et qu'elle pût avec sûreté retourner à
Carthagène, je l'autorise à le faire.
Voici
un autre moyen d'avoir 4 millions sur-le-champ : vous vous souvenez que les
diamants de la couronne de France ont été volés au commencement de la
révolution. Le Sancy et plusieurs autres diamants ont été achetés et sont
passés en Espagne. J'aurais le droit de les reprendre, mais je veux les racheter
à un prix équitable. Chargez Laforest de s'entendre pour cela avec qui de
droit. J'en achèterai pour 4 millions, que je ferai verser sur-le-champ dans le
trésor espagnol. Ces ressources réunies donneront tout de suite 6 millions ou
24 millions de réaux. Je vous recommande de ne pas me laisser perdre trop sur
l'achat des diamants. L'Espagne refera ses diamants, mais j'attache beaucoup de
prix à ravoir ceux qui appartenaient à la couronne de France.
Bayonne,
28 mai 1808
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je
réponds au rapport de l'ingénieur de marine. Il est nécessaire que vous donniez
sans délai des ordres pour que des bois de Cuenca, de Caravaca,
Mosqueruela, Tortose et autres forêts de la Catalogne
soient dirigés sur Carthagène. Il faut que la marine prenne des moyens de
transport avec ostentation. On aura suffisamment de charrettes de village pour
ce transport en les payant exactement. Vous donnerez également des ordres et
prendrez des mesures pour que des bois de la côte de Cantabrie
soient dirigés sur le Ferrol, où ils sont nécessaires pour construire deux
vaisseaux. Ce que propose l'ingénieur de marine est bien, de démolir le Conde de Reyla, ainsi que le
Souverain et le Saint-Firmin. J'approuve
donc que ces trois vaisseaux soient dépecés avant qu'ils ne coulent à fond. Il
faut faire mettre les fers de côté. Il n'aboutit à rien de faire travailler sur
des vaisseaux qui sont hors de service. Prenez un arrêté pour cela. Ordonnez
qu'on répare l'Argonaute et qu'on dépèce le Saint-Gabriel.
Je
vois qu'à Carthagène le Saint- Pierre d'Alcantara doit coûter 135,000
francs de réparation : soit; mais que le Joachim doit coûter 735,000
francs, si j'ai bien lu; qu'au Ferrol le Mexicain coûtera un million de
réparation : tout cela est trop cher. On demande aussi trop cher pour la
réparation du Saint-Sébastien; mieux vaut travailler à des vaisseaux
neufs.
Dans
cette situation, il vous faut arrêter un travail. Faites dépecer les quatre ou
cinq vaisseaux qui ne valent rien, en ayant soin de faire mettre de côté les
fers et les bons bois. Faites mettre sur-le-champ en rade la Concepcion, la Santa-Anna, le Saint-Charles, le Hinho et
le Glorieux. Vous aurez soin que, dans la rédaction de votre arrêté, ces
dispositions soient présentées dans les formes suivantes :
ARTICLE
1er Tel vaisseau sera démoli.
ART.
2. - Tels vaisseaux seront armés sans délai.
ART.
3. - Tels vaisseaux seront radoubés.
ART.
4. -- Tels vaisseaux seront mis en construction au Ferrol, à Carthagène et à
Cadix.
Et,
dans un titre second, vous ordonnerez : Les bois de tels endroits seront
transportés sans délai sur les ports; et telles mesures seront prises pour ce
transport.
Bayonne,
28 mai 1808
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
J'ai
vu, dans le rapport du ministre de la marine du 23 mai, qu'un parlementaire
anglais a eu une correspondance avec le capitaine général; mais je n'y ai pas
vu ce que ce dernier a répondu.
Les
deux bataillons de Jaen ne sont pas suffisants à
Ceuta; il faut y faire passer 6,000 hommes pour en imposer aux Marocains; la
perte de cette place serait immense pour l'Espagne et pour la France. J'ai fait
connaître au roi de Maroc que, s'il se refusait à l'approvisionnement de Ceuta
ou faisait la moindre chose contre la France, je passerais en Afrique avec
200,000 hommes, Français et Espagnols. Il est donc nécessaire d'y faire passer
d'avance des forces, toutefois jusqu'à la concurrence de 6,000 hommes.
J'ai
reçu la note que vous m'avez envoyée sur la baie de Tanger, sur Ceuta et sur
les autres subsides; mais j'aurais désiré que des plans fussent joints à ces
notes. En général, il parait qu'en Espagne vous n'êtes pas forts pour les
plans. Donnez-moi plus de détails sur la baie de Tanger; une escadre peut-elle
y entrer ?
Vous
pouvez faire mettre dans les journaux que l'amiral Mazarredo
a été présenté à l'Empereur à Bayonne, et que, pendant les trois jours qu'il
est resté dans cette ville, il a passé plusieurs heures avec Sa Majesté;
lorsqu'il a pris congé, Sa Majesté lui a fait remettre par le grand maréchal du
palais son portrait enrichi de diamants.
J'aime
assez Caballero, mais il a une très mauvaise réputation. C'est tout dire que de
dire qu'il était l'homme de confiance de la Reine. D'ailleurs on pourrait
supposer que la France s'est servie de lui pour retenir le Roi et l'empêcher de
partir; il est donc convenable de ne pas lui rendre le portefeuille et de le
laisser où il est, car vous savez combien il importe, dans les commencements
surtout, de ne mettre en place que des gens bien famés.
-----
P.
S. Faites passer la lettre ci-incluse au cardinal-archevêque
de Tolède.
Bayonne,
28 mai 1808
Monsieur
Decrès, je vois par l'état des stations des forces navales anglaises au 1err
mai, qu'ils ont 13 gros vaisseaux dans la Baltique et 9, de 64; que l'amiral
Russel n'a que 2 vaisseaux à Yarmouth; il sera
bientôt obligé d'en avoir 6 pour bloquer le Texel ; que dans la Manche l'amiral
Gambier a 9 vaisseaux et 1 de 64, probablement 6 devant Brest et 3 devant Lorient,
ce qui supposerait qu'il n'en a pas devant Rochefort; que dans la Méditerranée
l'amiral Collingwood n'aurait que 17 vaisseaux, 1 de
64 et 3 de 50. Il y a un de ces petits vaisseaux devant Corfou. Il doit y avoir
5 ou 6 vaisseaux vis-à-vis les Dardanelles. Il s'ensuit donc qu'il n'y a pas
plus de 12 ou 13 vaisseaux pour contenir Toulon et Mahon. Ainsi les Anglais
n'ont donc aujourd'hui contre les Français et les Hollandais que 3 vaisseaux à Yarmouth, 10 vaisseaux dans la Manche, 20 vaisseaux dans la
Méditerranée, 9 vaisseaux en Portugal et 11 devant Cadix, total 53
vaisseaux.
Et
moi j'en aurai au 1er juillet :
|
Au
Texel (Hollandais) |
8
vaisseaux de ligne. |
|
A
Flessingue. |
8 |
|
A
Brest |
6 |
|
A
Lorient |
3 |
|
A
Rochefort |
3 |
|
A
Lisbonne |
9 |
|
A
Cadix |
11 |
|
A
Carthagène ou Mahon |
8 |
|
Au
Ferrol |
4 |
|
A
Toulon |
14 |
|
Total |
74
vaisseaux. |
Ainsi
il faudra donc que les Anglais renforcent leurs croisières. J'ai fait envoyer
de l'argent au Ferrol, à Cadix, à Carthagène; partout on se remue. Je veux
d'ailleurs envoyer des expéditions de troupes espagnoles en Amérique.
Les
anglais seront obligés, l'été s'avançant, d'avoir :
|
Dans
la Baltique |
15 |
|
Au
Brésil |
6 |
|
Au
cap de Bonne-Espérance |
1 |
|
Dans
l'Inde |
10 |
|
En
Amérique |
6 |
|
A
la Jamaïque |
2 |
|
Total |
40
vaisseaux |
Il
faudra qu'ils aient pour s'opposer à ma direction :
|
A
Brest |
7 |
|
A
Lorient |
3 |
|
A
Commarun |
1 |
|
A
Rochefort |
4 |
|
Total |
15 |
|
Au
Texel |
6 |
|
A
Flessingue |
8 |
|
Au
Ferrol |
4 |
|
Total |
16 |
|
A
Cadix |
13 |
|
A
Toulon |
16 |
|
A
Carthagène |
8 |
|
Dans
le Levant |
4 |
|
Total |
28 |
Total
: 86 vaisseaux
Il
leur faudra donc 86 vaisseaux pour s'opposer à ma direction, et 4o dans les
pays étrangers et hors de ma direction , c'est-à-dire
126 vaisseaux, sans comprendre ce qu'il faut devant Corfou, à Messine, à
Palerme, à Jersey, ce qui leur est nécessaire pour escorter les convois. Il
leur faudra d'ici au mois d'août doubler leur marine; de là dépense d'argent,
presse de matelots et croissance de dangers. Mais pour cela il ne faut pas que
mes escadres restent comme des cadavres; et se tiennent toujours en situation
d'appareillage. Je vois que les Anglais ont dans leur escadre de la Baltique
deux vaisseaux de 64, on en conçoit facilement la raison; qu'ils en ont à
Jersey 1 de 50; dans la Manche, 1 de 64; il faut qu'ils y trouvent des
avantages, ou économie d'hommes, ou tirant d'eau moindre. Dans la Méditerranée
, ils ont 1 vaisseau de 64 et 2 de 50; au Portugal, 1 de 64; au Brésil, 9 de
64.; aux Indes, 3 de 64 et 2 de 50; en Amérique, 1 de 64; à la Jamaïque, 1 de
64 et 1 de 50. Ainsi donc, sur 97 vaisseaux, les Anglais en ont 18 d'un calibre
inférieur à 74, c'est-à-dire 1 sur 6. Cependant avec les équipages qu'ils ont
sur ces vaisseaux, ils armeraient au moins 14 vaisseaux de 74. Il faut donc
qu'ils aient des raisons qui leur fassent donner la préférence aux 64. Au
total, cet état de la marine anglaise ne me parait pas bien redoutable; je n'y
vois point de vaisseaux pour bloquer Flessingue ni le Ferrol.
(Ministre
de la marine)
Bayonne,
28 mai 1808
A
M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris
On
me parle du nommé Boileau qui arrive de Londres, qui fréquente le café Corazza, qui a une maison de campagne près Belleville et
qui va souvent à Jouy, près Versailles. Il demeure à Paris cour Batave, rue
Saint-Denis. Cet homme est-il connu de la police ?
(Brotonne)
Bayonne,
28 mai 1808
DÉCISION
|
Le
major général transmet à S.M. une lettre du chef d'escadron Bételle, commandant à Brunswick, pour les militaires
français qui y passent. Le commandant Bételle est
un brave homme. Le
prince major général - Alexandre |
Renvoyé
au major général pour écrire au roi qu'en général j'ai lieu d`être très
mécontent de la manière dont les français sont traités par les autorités de
Westphalie, qu'ils sont traités plus mal que partout, qu'en Bavière et en
Saxe ils sont traités aussi bien qu'en France, qu'il est á craindre que cela
finisse par lasser la patience de l'empereur qui enverra en Westphalie,
conformément au traité, 15,000 hommes qui seront à la charge du pays, que
l'Empereur est très mécontent de lui, que si les Français doivent continuer à
être ainsi maltraités, il désavoue le nom de français avant tout et se fasse
prussien, que cette conduite n'est ni morale ni politique de maltraiter ceux
qui ont valu au au roi le trône qu'il occupe. |
(Brotonne)
Bayonne,
29 mai 1808
A
Joachim Napoléon, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à
Madrid
M.
de Jobellanos, ancien ministre de grâce et de
justice, qui était exilé à Majorque, est un homme d'un grand mérite.Faites-lui connaître que je désire Je voir et qu'il
se rende ici.
La
singulière sottise que vous avez faite de réarmer les Catalans a fait le plus
mauvais effet en Catalogne; elle a excité le peuple qui ne pensait pas à
s'armer. Les gens sensés n'ont rien compris à cette démarche et l'on considérée
comme un signe de faiblesse. La populace ne croit pas que c'est vous qui la
faites armer, elle croît que c'est Ferdinand. Il a été dans le monde peu de contre-sens plus grossiers que celui-là. Ne vous laissez
pas séduire si facilement et réfléchissez avant d'agir sur la conséquence que
peuvent avoir vos opérations.
(Brotonne)
Bayonne,
28 mai
1808
A
l'amiral Rosily, commandant l'escadre française de Cadix
Monsieur
l'Amiral Rosily, je désire que vous m'envoyiez un mémoire sur la baie de
Tanger, et que vous y joigniez un plan. Y a-t-il des facilités pour faire de
l'eau à la côte et sur les côtes environnantes ? Quelle est la population du
pays ? Combien y a-t-il de brasses au mouillage ? Y est-on à l'abri des vents ?
Un vaisseau à trois ponts pourrait-il y entrer ? Une escadre de trente
vaisseaux de guerre trouverait-elle un abri ? Y a-t-il des batteries sur la
côte, et les localités permettraient-elles d'en établir qui protégeassent une
escadre ?
Bayonne,
29 mai 1808
A M.
de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur
de Champagny, vous pouvez répondre à Tolstoï que j'ai donné des ordres pour
qu'on ne donnât pas de suite aux différents évènements de la Dalmatie,
quoique ce fût contraire à mes principes.
Répondez
à M. de Gallo que la situation des Napolitains dans les bagnes d'Alger
m'afflige sensiblement; que je reconnais les principes énoncés dans la note de
M. de Gallo; que j'ai, dans ces moments de guerre, des ménagements à
garder avec ces barbares; que je viens de faire des instances dont je n'espère
pas de succès : il faudrait les appuyer par des menaces. Ces considérations et
d'autres encore doivent faire sentir au Roi la nécessité de concourir à la
restauration de la marine française. La conquête de la Sicile,
l'affranchissement d'Alger, la protection de ses côtes, tout lui en fait une
obligation. Il y a deux manières de me seconder : la première est d'avoir dans
ses ports trois vaisseaux et quatre frégates; le Roi devrait déjà les y avoir. De
toutes les dépenses à faire, celle de ces constructions est la plus urgente. Je
m'étais confié que les chantiers de Naples seraient en activité et que ces
trois vaisseaux et quatre frégates auraient déjà plusieurs vingt-quatrièmes. Ces
travaux sont plus utiles que tous autres. Une seconde manière d'aider à
renforcer la marine de France, c'est de fournir 2,000 matelots, non 2,000 bras,
mais 2,000 véritables matelots, ayant cinq ou six ans de navigation, et
pouvant former seuls le fond d'équipage de cinq vaisseaux de ligne. Cet objet
est le plus important de tous. Dans un moment où le Danemark et les villes
hanséatiques envoient des matelots pour armer mon escadre de Flessingue,
pourquoi le roi de Naples n'enverrait-il pas des
matelots pour armer les deux vaisseaux qui vont être mis à l'eau à Toulon?
En
résumé, l'Empereur va faire de nouvelles instances auprès du dey d'Alger pour
obtenir la reddition des sujets napolitains, et, aussitôt qu'il sera à même de
le faire, il y emploiera même la force. Le roi de Naples fera mettre sur le
chantier trois vaisseaux et quatre frégates et prendra les mesures nécessaires
pour qu'ils soient lancés avant le mois d'août de l'année prochaine. L'Empereur
désire que le roi de Naples prenne des mesures efficaces pour lui envoyer 2,000
bons matelots, qui puissent servir avec avantage sur son escadre de Toulon.
---------------
Écrivez
à mon ambassadeur pour qu'il suive cette affaire de matelots.
Bayonne,
29 mai 1808
A Eugène
Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon
fils, je reçois votre lettre du 22. J'apprends avec plaisir le bon esprit qui
règne dans les trois nouveaux départements. Je ne vois pas que les vaisseaux
avancent à Venise. Je ne sais pas, non plus, si l'on a avancé le travail
nautique, si l'on travaille à dévaser le port d'Ancône. Cela m'importe
cependant beaucoup. Je vous ai demandé l'état des bâtiments russes, soit de
ceux qui sont à Venise, soit de ceux qui sont à Trieste, et un mémoire qui me
fasse connaître dans quel état ils sont, combien ils ont d'hommes à bord, et
sans écrire, pour cela, au contre-amiral russe, qui est à Trieste; écrivez à
mon consul. Le commandant de la marine, à Venise, doit connaître ceux qui sont
à Venise.
(prince Eugène)
Bayonne,
29 mai 1808
A M.
de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur
de Champagny, écrivez à mon consul à Janina qu'il a
mal fait de donner la déclaration que lui a demandé Ali-Pacha;
que désormais cela ne lui arrive plus.
Vous
témoignerez à mon consul à Scutari mon mécontentement de sa lettre et de son
ton. Le sang français a-t-il coulé, oui ou non, à Antivari
? Un colonel, un commissaire des guerres, deux officiers ont été assassinés,
et, au lieu de demander vengeance de cet horrible attentat, mon consul est le
vil complaisant d'Ali-Pacha ! J'attends le rapport
des généraux français pour savoir s'il les a secondés et s'il est digne ou non
de ma confiance. Quant aux forces qu'a Ali-Pacha,
cela ne le regarde pas. Réitérez à ce consul l'ordre de demander officiellement
vengeance de l'assassinat d'Antivari, et, s'il
n'obtient pas satisfaction, de se retirer avec tous les Français qui sont dans
ce pachalik. Faites-moi un rapport sur ce consul, qui me parait bien incapable
de remplir une pareille mission. Il faut que ce ne soit pas un Français. Enfin
écrivez de nouveau à Constantinople pour avoir vengeance de l'attentat d'Antivari.
Bayonne,
29 mai 1808
A M.
Gaudin, ministre des finances, à Paris
La
Toscane est réunie à l'Empire; les douanes doivent être reculées à la frontière
du côté de Rome, et les barrières qui séparent Parme et Plaisance, enlevées. Les
lois sur les douanes doivent être mises dès à présent en activité, et les
postes des douanes doivent être établis sur les frontières et le long de la
côte jusqu'à Rome. La loi de l'entrepôt doit être organisée à Livourne. Avant
le ler janvier, les douanes qui séparent Parme et Plaisance de la Toscane
doivent être reportées aux frontières de l'état romain. On sera, il est vrai,
gêné par l'État de Lucques, mais mon intention est que l'Etat de Lucques soit
soumis, pour le sel et le tabac, aux lois françaises, et que cette côte soit
occupée par les douanes françaises sans interruption. Il est juste d'indemniser
1État de Lucques de la perte de ses douanes, c'est un traité à faire avec cet
État. Il y a à Paris un chargé d'affaires de Lucques, conférez-en avec lui. J'ai
à Lucques un chargé d'affaires auquel vous pouvez envoyer des instructions. Le
plus tôt que l'on pourra établir l'impôt du sel et du tabac dans toute l'Italie
française sera le mieux; mais il faut que ce soit indispensablement au 1er
janvier.
Bayonne,
29 mai 1808
A M.
Mollien, ministre des finances, à Paris
Monsieur
Mollien, j'ai lu avec intérêt votre rapport sur le débet des négociants-réunis. Je vois avec peine qu'il est encore dû
13 millions. Quels sont vos moyens de payement ? Il me semblait que la maison
Hope s'était engagée à payer 8 millions de l'emprunt, et que vous aviez vendu
les piastres. J'ai ici le ministre des finances d'Espagne qui en sait moins que
vous. Les finances de ce pays sont dans un désordre extrême. On m'a apporté
toutes les pièces, je vais voir s'il est possible de leur débrouiller tout
cela. J'apprends avec plaisir que les négociants-réunis
ont des garants, de sorte que vous n'aurez rien à perdre. Faites-moi un rapport
sur l'emprunt que M. Hope a payé sur les piastres. J'entends dire que l'Espagne
a 12 millions en dépôt à Londres. Le grand-duc de Berg a déjà emprunté même
quelques millions là-dessus. Je suppose que ce ne sont pas mes piastres.
Bayonne,
29 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
viens de prendre un nouveau décret pour la Spezia. Que soixante et douze heures
après la réception de cette lettre le contre-amiral Dordelin
(Alain-Joseph Dordelin, 1764-1826) parte avec vos instructions
pour Nice; que de là il parcoure en felouque ou à cheval toute la côte. Qu'il
visite tous les petits ports et chantiers de commerce de la Rivière de Gênes,
tels que Ses tri, Rapallo, Savone. Qu'il reste quelques jours à
Gênes pour visiter l'arsenal et les établissements maritimes, et qu'il arrive à
la Spezia
avant le 20 juin.
Envoyez
à la Spezia quelques gendarmes de marine pour garder l'arsenal. Donnez ordre
que vos ingénieurs de marine, garde-magasins,
officiers militaires, etc., y soient rendus avant le ler juillet, ainsi que
tous les ouvriers et canonniers de la marine qui iront de Gênes. Je crois qu'il
y a à Gênes quelques pontons inutiles que le préfet maritime peut faire venir à
la Spezia. Le sieur Lescallier (Daniel Lescallier 1743-1822, préfet maritime) continuera ses
fonctions de préfet maritime à Gênes jusqu'au 10 juillet; après quoi il ira à
la Spezia et à Livourne pour voir les localités. Il ne quittera Gênes que
lorsqu'il sera assuré que les ordres donnés pour l'armement du Breslau sont
pleinement exécutés; que le préfet maritime de la Spezia y est établi, et que
le commissaire de marine qui doit le remplacer est arrivé à Gênes. Tenez la
main à ce que les officiers forestiers et les contre-maîtres
soient arrivés pour le 1er juillet à la Spezia.
Écrivez
à mon chargé d'affaires à Lucques de faire les démarches nécessaires pour faire
fournir, soit de Piombino, soit de la principauté de Lucques, les bois
nécessaires pour l'approvisionnement de la Spezia. Enfin, on trouvera des bois
dans les départements de Crostolo et du Reno. Il faut
quo les ingénieurs excitent l'industrie des habitants et prennent des mesures
pour faire marquer des bois dans le pays au profit de la Spezia. Choisissez à
Livourne ou à Toulon un gros bâtiment pour servir d'amiral. Faites faire le
projet d'un bassin avec les plans et devis, et faites choisir son emplacement. Faites
établir là aussi une machine à mater. Comme le préfet maritime du 7e
arrondissement va se trouver dans une parfaite indépendance de celui du 6e,
donnez-lui quelques bricks et bâtiments légers pour surveiller la côte;
rapproché de Porto-Ferrajo et de Livourne, il sera
plus à même de prendre des mesures qui tendent à la protéger et à en éloigner
les corsaires.
Bayonne,
29 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
viens d'ouvrir deux malles de lettres qu'a apportées le brick l'Oreste. Je
vous enverrai successivement celles qui vous sont adressées, pour ne point trop
surcharger l'estafette. J'y ai vu deux choses : d'abord qu'il y avait eu un
combat dont l'issue a été heureuse; ensuite que les frégates et bricks sont
arrivés. Je me suis confirmé dans mon opinion sur
l'extrême imprévoyance de la marine. Comment n'y a-t-il pas une
organisation pour que les lettres de Paris pour les colonies soient envoyées
dans des ports pour être expédiées par toutes les occasions ? Si vous aviez
suivi mes idées de charger de farine mes bâtiments de guerre, mes colonies
seraient dans le meilleur état. Les quatre bricks auraient pu porter 50
tonneaux de farine chacun ; les deux frégates chacune 200 tonneaux, ce qui eût
fait 600 tonneaux, c'est-à-dire 10 à 12,000 quintaux de farine, ou pour 4,000
hommes pendant un an, et ainsi les Européens de la colonie auraient eu des
vivres assurés par nous.
Indépendamment
de cette mesure, on aurait pu charger également quelques centaines de tonneaux
sur de petites goélettes comme celles du commerce. Avec rien on ne fait rien.
Si, dans des temps extraordinaires, on n'a recours qu'aux moyens de 1788, on
risque de tout perdre.
Je
viens de donner ordre, à Rochefort, qu'on fasse un rapport sur les bricks le
Teaser, l'Auguste et le Dragon. J'en ai deux à Cherbourg; j'en ai à
Lorient, mais ils ne peuvent pas sortir. Il faut charger ces bricks d'autant de
farine qu'ils peuvent en porter, et les expédier aux colonies. Faites-moi un
projet pour faire partir une grande quantité de bâtiments lorsque les nuits
seront assez longues. L'impulsion que j'ai donnée au commerce me fait espérer
qu'il ne restera pas oisif; mais il ne faut pas que la marine entrave. Il faut
que tous les bâtiments qui partiront soient chargés de beaucoup de farine.
Je
suis étonné de n'avoir pas trouvé dans les états de situation des troupes de la
Martinique celui du mois de février; ils sont tous de l'année passée. Toutes
les lettres particulières ont été mises à la poste; c'est la règle; on ne le
fait pas à la marine et on a tort. Faites faire un article pour le Moniteur sur
la bonne situation de la Martinique, sans dire de quel port sont partis, ni de
quelle espèce sont les bâtiments qui ont apporté des vivres et des
troupes.
Bayonne,
29 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur
Decrès, je reçois votre mémoire du 24 mai sur l'expédition de Brest. Vous ne
mettez que 441 hommes sur les vaisseaux de 74. Vous y êtes déterminé par la
considération de l'eau; mais si l'on mettait de l'eau-de-vie au lieu devin, ne
pourrait-on pas mettre 100 hommes de plus ? Du vin pour 700 hommes pendant 90
jours, c'est la même chose que de l'eau-de-vie pour 700 hommes pendant 90
jours. Et s'il entre un tiers en eau-de-vie dans l'approvisionnement, ce que je
ne sais pas, ce serait une économie de 60 jours. Ainsi je désire savoir
pourquoi, moyennant cette explication, on ne mettrait pas 160 hommes de plus
sur l'Océan; 120 hommes de plus sur le Foudroyant, 100 de plus sur le Tonnerre
et autant sur les deux autres de 74, et 100 hommes de plus sur les deux
frégates, ce qui ferait 700 hommes de plus. On pourrait mettre également 600
hommes de plus sur les vaisseaux armés en flûte, et 100 hommes sur les frégates
armées en flûte. Vous auriez ainsi 1,4oo hommes de plus. La force des équipages
tels que vous les organisez est de 4,800 hommes, le nombre des passagers sur
l'escadre et sur les transports est de 12,000 hommes. Cela fait donc
16,800 ou 17,000 hommes. Vous avez besoin pour tout ce monde de quatre mois de
rations complètes, ce qui fait 2,000,000 de rations et
pour les équipages seulement pendant 10 jours, 500,000 rations. 2,500,000 rations complètes seront donc suffisantes. Je ne
sais pas pourquoi vous me dites qu'il en faut 3 500 000. 6 vaisseaux de ligne
et 4 frégates font un équipage complet de près de 6,000 hommes, qui,
approvisionnés à six mois , tels qu'ils doivent l'être,
dans ce moment-ci, ont besoin d'un million de rations. Cette dépense doit être
prise sur l'ordinaire. Il reste donc 1,500,000 rations
à prendre sur l'extraordinaire, ce qui fait 1,500,000 fr.
Mais il faut avoir en outre de quoi nourrir 12,000 hommes en farine pendant 80
jour, pour débarquer à l'Ile-de-France ou aux Indes avec l'armée, ce qui fait
12,000 quintaux de farine, qui, à 2o fr. le quintal,
coûteraient 240,000 fr. J'ajoute 26o,000 fr. pour riz , légumes secs, eau-de-vie. Ce serait donc une
somme de 2,000,000 nécessaire pour l'extraordinaire
des vivres. Ces 2,000,000, je les accorde en sus du
budget. Je mets pour l'achat des bâtiments et réparations, 600,000 fr., et pour dépenses diverses, 400,000 fr., ce qui porterait
l'extraordinaire à 3,000,000. Il y a à Brest des bâtiments qui m'appartiennent,
et avec 250,000 fr. on aura 1,000 tonneaux, et avec
500,000 fr. , 2,000. Il n'y
a aucune espèce de doute qu'il ne faille armer les 2 frégates de Saint-Malo,
pour avoir 4 frégates armées, en guerre. J'adopte vos dispositions. Je ferai
les fonds extraordinaires aussitôt que j'aurai le projet de Lorient. Les
vaisseaux et les frégates armés en flûte doivent avoir une partie de leur
artillerie. Organisez cette artillerie de manière qu'arrivé au point de l'expédition
on puisse réarmer les 9 frégates, et même un des vaisseaux, si cela était
nécessaire.
(Ministre
de la marine)
Bayonne,
29 mai 1808
Au
général Junot, commandant l'armée de Portugal, à Lisbonne
Monsieur
le Général Junot, je vous ai écrit, il y a déjà quelque temps, relativement à
mon escadre de Lisbonne; je n'ai pas reçu de réponse. Cependant le moment
arrive où j'ai besoin de déployer mes moyens nautiques, déjà assez
considérables, pour donner de l'embarras à l'Angleterre. Vous trouverez
ci-joint expédition d'un décret que j'ai pris, qui vous reviendrait trop tard
par Paris. Vous avez deux vaisseaux de ligne, l'un de 74 et l'autre de 64, pour
lesquels vous avez besoin de deux équipages; il vous en faut un troisième pour
les deux frégates que vous avez en état. Pour ces trois équipages, 450 bons
soldats, commandés, chaque détachement, par un officier et deux autres
officiers, vous sont nécessaires; vous n'avez point de difficulté pour cela; il
vous faut 300 canonniers de la marine, vous devez les avoir; des officiers de
marine, de la maistrance, vous devez en avoir pour trois vaisseaux. Vous devez
même avoir quelques matelots français; je crois vous avoir mandé de prendre 100
matelots sur l'Atlas, qui est à Vigo. Vous ne devez pas avoir de peine à
trouver 1,200 matelots portugais, ce qui fera 650 hommes pour chacun de vos
deux vaisseaux; cela doit manoeuvrer au canon, se styler et s'amariner. Exigez
que tout le monde se tienne à bord. Approvisionnez chaque bâtiment de vivres
pour six mois; puisque le pain vous manque, ne mettez qu'un mois de biscuit. Mettez
plus de quatre mois d'eau. Enfin prenez toutes les mesures pour que cette
escadre soit en état de mettre à la voile au ler juillet. 500 conscrits matelots
vont vous arriver. Vous pouvez joindre aux officiers de marine français
quelques officiers portugais dont vous seriez sûr, et qui seraient d'ailleurs
en sus du nombre nécessaire. Votre vaisseau de 74 est bon, et on m'assure qu'il
marche bien; vous avez deux frégates; ainsi cette escadre 1égère peut éclairer
et instruire de ce qui se passe.
Vous
devez avoir envoyé, 4,000hommes à Cadix et 3,000 hommes sur Almeida. Quoique
cela devienne moins nécessaire, je n'en veux pas moins être en mesure. Vous n'avez
rien à craindre de sérieux des Anglais.
J'apprends
que vous avez des généraux qui pillent; mettez-y ordre. Le pays est content de
vous; faites qu'on le soit aussi de vos subordonnés.
En
calculant qu'une de mes escadres se présente devant Lisbonne pour faire une
expédition sur le Brésil, combien de transports de l'échantillon au-dessus de
300 tonneaux pourrez-vous fournir, appartenant soit au roi, soit aux
particuliers ? Combien faudrait-il de temps pour les réparer et les mettre en
état ? Dois-je compter que vous mettrez à l'eau pour ma cale le vaisseau de 74,
et qu'il sera en rade au 15 septembre ? L'entrée du port de Lisbonne est-elle
facile ? 50 vaisseaux de guerre et 100 bâtiments de transport y seraient-ils en
sûreté ? L'eau s'y fait-elle facilement ? Le blocus est-il facile ?
Je
vous ai demandé des cartes, des plans et des renseignements sur le Brésil; il
m'importe beaucoup d'avoir tout cela.
Bayonne,
30 mai 1808
NOTE POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DE
LA MARINE.
Beaucoup
de bâtiments vont des colonies en France et de France aux colonies; mais les
particuliers qui n'habitent pas dans les ports d'où partent ces bâtiments n'ont
pas de moyen de correspondance. Faites une circulaire en forme de règlement,
pour prévenir qu'it y aura aux bureaux des postes à
Paris un bureau particulier intitulé Bureau de correspondance; que toute
personne qui voudra envoyer des lettres aux colonies adressera ses lettres à ce
bureau, à Paris, par quadruplicata, ayant soin de
mettre sur ces lettres primata,
duplicata, triplicata, quadruplicata. Le bureau
des postes des colonies aura soin de classer ces lettres de manière que les primata, etc. partent par des bâtiments ou paquebots
différents, dont vous aurez soin de faire connaître le départ au directeur
général des postes, M. Lavallette.
Les
ports principaux doivent être Bayonne, Bordeaux, Nantes, et tout autre point
que vous indiquerez et d'où il devra partir des paquebots ou autres petits
bâtiments.
Vous
sentez combien cela sera important, puisque, par ce moyen
la correspondance des particuliers deviendra très-facile
avec nos colonies.
Il
faudra que le directeur général des postes soit chargé de cette affaire, et
qu'il fasse les recherches des bâtiments de particuliers qui seraient dans le
cas de partir. Il devra s'entendre, à cet égard, avec vos bureaux et dans les
ports. L'essentiel est de ne jamais mettre de duplicata, etc. dans le
même bâtiment.
Bayonne,
30 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Donnez
des ordres pour que les bricks la Jenny et le Colibri, qui sont en
construction au Hâve, la corvette la Diane, du même port, les corvettes l'Hébé
et la Sapho, de Bordeaux, soient mis incessamment à l'eau et
puissent mettre à la voile le plus tôt possible.
Donnez
des ordres, à Bayonne, pour que les deux bricks qui vont y être mis en
construction soient prêts au 1er septembre.
Envoyez
les plans pour la construction de deux belles corvettes, dans le sens de la
Diligente, qui soient bonnes marcheuses et qui puissent facilement entrer à
Bayonne et en sortir. Ces corvettes serviront à l'approvisionnement de mes
colonies.
Donnez
des ordres pour que l'Oreste, qui vient d'arriver à Saint-Sébastien,
soit remis en état dans le port de Bayonne, afin de repartir au premier instant
pour la Martinique, chargée de 120 à 130 tonneaux de farine. L'Oreste, après
avoir débarqué sa farine à la Martinique, si le capitaine général ne l'emploie
pas à des objets relatifs à la colonie, pourra revenir en France avec 100 ou
120 tonneaux de sucre, café ou autres denrées coloniales, pour le compte des
différents colons négociants. Le nolis serait payé à la marine. Vous sentez que
ce n'est pas pour le nolis que je prends cette mesure, mais pour avoir des
denrées. Le nolis se payerait par un droit de douane, que vous prendrez
d'autant plus fort que ces marchandises coloniales seront venues sur mes
bâtiments.
Vous
destinerez de la même manière, et pour le même usage, les deux bricks que j'ai
à Cherbourg, et vous les ferez sortir quand les nuits seront assez longues pour
le faire prudemment. Destinez le Sylphe et I'Espiègle, qui sont à
Lorient, au même objet. J'ai encore à Lorient le brick le Plamberg; à Rochefort, la corvette les
Landes, l'Auguste, le Dragon, le Teaser : destinez ces quatre bâtiments également
pour le même objet. J'ai à Dunkerque la corvette l'Iris, le brick
le Conflit; au Havre, la corvette le Vésuve; à Lorient, le brick le
Souffleur.
Tous
ces bâtiments formeraient donc 15 bricks et 6 corvettes, chaque brick portant
120 tonneaux, chaque corvette 200, ce qui ferait 3,000 tonneaux ou 60,000
quintaux. Ces 60,000 quintaux fourniraient des grains, formeraient des vivres
pour 60,000 hommes pendant 100 jours. En supposant que le tiers soit pris, mes
colonies se trouveraient approvisionnées pour 40,000 hommes pendant 100 jours.
Ces
bâtiments doivent être divisés entre la Guadeloupe, la Martinique, Cayenne et
enfin l'île de France, où il faut de préférence envoyer les corvettes.
En ne
mettant les équipages de ces bâtiments qu'à 70 bommes, vous pourrez, sur
chacun, mettre 50 soldats; ce qui ferait 300 hommes pour les bricks et 750 pour
les corvettes, et, au total, un envoi de 1,200 hommes.
Vous
donneriez l'ordre aux colonies qu'à l'arrivée de ces bâtiments on complète
leurs équipages soit en canonniers, et hommes valides en état de servir le
canon , et avec des matelots de la colonie, de manière que ces bricks soient
encore bien armés pour leur retour.
Le
retour de 60,000 quintaux de sucre, café ou épiceries n'est pas moins important
pour la métropole. Le quintal valant aujourd'hui au moins 200 francs, le retour
formerait un objet de 12 millions, et, quand le droit de nolis ne serait que de
12 pour 100, ainsi que celui de douane, cela ferait une somme équivalente à la
valeur des bricks.
J'ai,
dans les états de mes ports, armés, en armement ou désarmés, 20 goélettes,
lougres ou autres bâtiments : mon intention est de leur donner les mêmes
destinations que ci-dessus, de sorte que ces bâtiments aillent aux colonies
chargés de farine et de vins, et en reviennent chargés en sucre et en café, de
manière cependant à ne jamais compromettre la marche et la défense du bâtiment.
A cet effet, vous réglerez les quantités de sucre, café et épiceries que devra
prendre chaque brick, corvette ou autre bâtiment. Ces mesures,.
jointes à celles du commerce, sauveront les colonies
et nous procureront les objets nécessaires à la métropole.
Commencez
d'abord par donner des ordres dans les ports, conformément aux dispositions de
la présente lettre. Donnez-moi ensuite un plan général et raisonné sur cette
opération. Bayonne, Bordeaux, la Rochelle, Nantes peuvent jouer un grand rôle
dans cette opération, qui peut être l'objet de constructions particulières. Je
ne serais même pas éloigné d'envoyer quelques frégates, qui ne seraient pas
nécessaires à mes grands projets, pour être employées au même objet. Une
frégate, qui pourrait porter aux colonies 300 tonneaux de farine, lui porterait
6,000 quintaux, c'est-à-dire pour 3,000 hommes pendant 200 jours; c'est-à-dire
que l'arrivée seule d'une frégate sauverait mes troupes de la Martinique, et,
si au retour elle portait 300 tonneaux de sucre ou 6,000 quintaux, qui
vaudraient 1,200,000 francs, jugez quelle somme
immense ! Quant aux instructions que vous aurez à donner, vous devez donner carte
blanche aux commandants des bâtiments pour acheter les sucres, qui arriveraient
dans mes dépôts en France, pour mon compte. Ils pourraient en faire prendre
aussi pour le compte des planteurs créoles, sauf par eux à se soumettre aux
mesures que j'aurai établies en France, mesures qui seront justes et
équitables; c'est-à-dire leur faire supporter une retenue égale au nolis et à
l'assurance. Dans des circonstances extraordinaires, il faut faire des choses
extraordinaires.
Bayonne,
30 mai 1808
NOTE POUR LE GENERAL CLARKE, MINISTRE DE
LA GUERRE, A PARIS
(Cette
note, de la main du général Bertrand, est placée, dans les papiers de
l'ancienne secrétairerie d'État, parmi les minutes des dictées de l'Empereur.)
J'approuve
assez le projet tracé sur le plan no 2, mais en adoptant un système de
fortification plus économique, sans quoi on ne pourrait l'exécuter. Le moment
où Mayence sera assiégé est, d'ailleurs, éloigné des circonstances actuelles. Le
point d'attaque de Mayence ne peut être sur la rive droite du Rhin. On
désirerait donc que l'ouvrage vis-à-vis l'île Saint-Pierre ne fût qu'une simple
lunette ou flèche de 30 toises de face , contenant des magasins et casernes,
conformément à peu près au plan ci-joint. Avec 170 ou 200,000 fr., cet
ouvrage devrait être revêtu, ainsi que sa contrescarpe. On tracerait cet
ouvrage en l'appuyant à la rivière, de manière qu'il n'y eût pas besoin de
contrescarpe à la gorge, et que les fossés des faces et des flancs fussent
battus par des points pris dans l'île Saint-Pierre. On conserverait derrière la
gorge un emplacement où deux ou trois bataillons pourraient se placer, l'un
derrière l'autre, couverts par le fort. Un bataillon en bataille occupe 50
toises : en supposant de 4 à 6 toises pour épaisseur de chaque bataillon et de
son intervalle, 15 à 20 toises suffiraient à la gorge.
Autour
du réduit, on tracerait un ouvrage en terre; on remplirait les fossés d'eau et
l'on mettrait dans les places d'armes des réduits casematés.
Alors
ce fort en terre contiendrait assez de monde pour tenir l'ennemi suffisamment
éloigné, et coûterait peu de chose. Avec 400,000 livres on peut avoir ce fort.
Il remplira le but qu'on se propose, de pouvoir être défendu avec peu de monde.
En plaçant 25 hommes dans chaque réduit de place d'armes et dans les
caponnières, 100 hommes dans le réduit central, 100 hommes dans les bastions,
en tout 300 hommes, on mettra cet ouvrage à l'abri de l'insulte. La garnison,
avec ce léger sacrifice, sera tranquille sur ce point important, d'autant plus
qu'il y a aussi dans l'île Saint-Pierre quelques troupes qui, au premier coup
de fusil, déboucheraient dans le réduit. Avec ce simple détachement, on garde
un point dont le résultat est immense; on oblige l'ennemi à étendre sa ligne de
circonvallation ; enfin ces 300 hommes concourent tellement à la défense des
ouvrages de Kastel, que, sans cela, il les faudrait
de plus à Kastel. On ne perd donc pas un homme, et
les mouvements imprévus que cet ouvrage facilite peuvent obliger l'ennemi à
avoir une division de plus.
Il
faut que l'ouvrage en terre soit flanqué des deux côtés par l'île Saint-Pierre,
afin que, Kastel pris, cet ouvrage puisse résister
encore.
On ne
fait aucune observation sur Kastel, sinon qu'on
voudrait que le second chemin couvert enveloppât les trois ouvrages, de sorte
que les troupes passées par les trois ponts se trouvassent en bataille derrière
les chemins couverts, formant un seul camp retranché sous le feu des forts; et
le moindre mouvement dans le camp retranché ferait trembler la division ennemie
qui serait restée sur la rive droite.
Quant
à l'ouvrage sur la rive droite du fleuve à l'embouchure du Main, on fait le
même raisonnement que pour l'ouvrage de l'autre côté. On voudrait le faire de
la même manière avec peu de dépense. Un seul front suffirait.
Par le
projet d'occuper Kastel, l'embouchure du Main et un
point vis-à-vis l'île Saint-Pierre, par des ouvrages en terre d'un bon relief,
tel qu'il est de règle de le donner aux ouvrages de fortification permanente,
avec un réduit en maçonnerie ayant des casemates et une contrescarpe et deux
revers dans le fossé, on réduit la dépense au quart. Ainsi j'économiserai à peu
près 1,500,000 francs sur chacun des ouvrages de
droite et de gauche de Kastel, c'est-à-dire près de
trois millions, qui peuvent avec avantage être rapportés au véritable point
d'attaque de la place, c'est-à-dire les forts Meusnier et Charles.
Il
faudrait que l'ennemi fût insensé pour attaquer la rive droite; c'est la rive
gauche qu'il faut attaquer de suite.
Ces
deux problèmes résolus, il reste à résoudre celui des marais de Mombach. On peut dire que la place n'est pas défendue de ce
côté; un ennemi qui ouvrirait la tranche à 300 toises du fort Meusnier, de
manière que la parallèle fût à l'abri des sorties du fort, tournerait les
marais de Mombach, obligerait l'assiégé à évacuer
toutes ces lunettes en terre qui ne sont pas fermées, et ouvrirait la tranche
dans le lieu le plus faible de la place, c'est-à-dire le long du bas Rhin. Aussi
le génie a-t-il toujours demandé que ces fronts fussent refaits. On ne croit
point ce travail urgent, et l'on peut à Mayence mieux employer deux ou trois
millions qu'il faudra pour cet objet. On désire qu'on occupe les marais de Mombach par un carré défendu sur tous les fronts par
l'inondation, et qu'on place dans le milieu un réduit en maçonnerie avec
contrescarpe et quelques casemates. Si l'ennemi voulait attaquer sérieusement
par Mombach, soit en profitant des glaces, soit après
avoir saigné l'inondation ou après une extrême sécheresse, il serait arrêté par
les difficultés du terrain et par celles d'un bon ouvrage qui aurait un bon
relief et qui serait fraisé et palissadé autant qu'il serait nécessaire; enfin,
l'ouvrage pris, il faudrait encore prendre le réduit. Si, au contraire, l'ennemi,
comme il est probable, ne s'enfonçait point dans des bas et des marais,
dirigeait ses attaques sur la hauteur, les ouvrages de Hombach
étant faits, le commandant de la place pourrait dormir tranquille en laissant
100 hommes dans ce point important; sans cela il en faudrait 600, et il ne
serait pas tranquille. Enfin cela offrira un motif de sécurité dans un
évènement bien fréquent à Mayence, qui est celui de la gelée. On désire donc à Mombach un ouvrage pareil à ceux indiqués.
L'ouvrage
de Mombach, ceux des îles Saint-Jean et Saint-
Pierre, et la tête de pont vis-à-vis, sur la rive droite, formeraient alors un
ensemble qui aurait un commandant particulier, et qui serait une sorte de
citadelle dont l'action s'étendrait sur les deux rives du fleuve.
Je
désire que les 1,300,000 livres destinés à Kastel
soient employées de la manière suivante : Kastel,
pour achever les quatre demi-lunes, réduire les escarpes, contrescarpes, etc.,
600, 000 francs; pour les escarpes des deux fronts d'attaque, 400,000 francs;
tête de pont de l'île Saint-Pierre, pour les escarpes et contrescarpes du
réduit, 200,000 francs; pour les déblais des deux fronts en terre, 100,000
francs; pour les ouvrages de Mombach, revêtir le
réduit, 150,000 francs; total, 1,450,000 francs.
NOTA.
Le budget de 1808 est parti pour Paris, mais je crois me rappeler que Sa
Majesté a destiné aux ouvrages de Mayence 200 ou 300,000 francs.
Bayonne,
30 mai 1808
A
Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne
Donnez
l'ordre que demain, à deux heures du matin, le 6e bataillon de marche, avec
deux pièces de canon et approvisionnement complet, quatre caissons à cartouches
chargés, quarante cartouches par homme dans la giberne, et trois jours de pain,
parte pour se rendre à Pampelune par la route la plus directe et en trois
jours. Vous ferez partir, par la même occasion, le colonel qui a servi dans le
55e et que j'ai vu hier. Faites partir avec la même colonne le régiment de
lanciers polonais (tout son dépôt restera à Bayonne, vous le placerez dans un
village voisin) ; de sorte que cette colonne sera composée de 800 hommes de
lanciers, de 600 hommes du 6e bataillon de marche et d'une petite division
d'artillerie. Il serait nécessaire d'ordonner que les lanciers prissent des
cartouches pour leurs pistolets, des carabines pour leurs sous-officiers, et
également du pain pour trois jours. Je désirerais qu'il y eût un général de
brigade pour commander cette colonne.
Expédiez
sur-le-champ un officier d'état-major, qui arrivera dans la nuit à Pampelune,
qui fera connaître au général d'Agoult l'envoi de ces troupes ; qu'il se
trouvera ainsi avoir près de 1,200 hommes de cavalerie disponibles et pouvant
se porter partout; qu'indépendamment de cela il aura le 15e, le 47e, le 70e et
le 6e de marche, ce qui ferait une force de 2,000 bommes. Il aurait donc une
colonne de 3,000 hommes, qui pourrait se porter partout où il serait
nécessaire, réservant pour la garde de la citadelle de Pampelune les hommes
isolés. Il faut que de ces quatre bataillions il forme deux colonnes, et qu'il
ait deux colonels pour commander chacun deux bataillons.
Cet
officier d'état-major rapportera la situation exacte des troupes qui sont à
Pampelune, ainsi que le nom des colonels et chefs de bataillon qui s'y
trouvent.
Il
prendra également des renseignements sur toutes les nouvelles qu'on aurait de
Saragosse et de l'Aragon.
Bayonne,
30 mai 1808
A
Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne
Le
général Verdier a douze pièces da canon, dans l'organisation de
sa division ; il en a quatre autres, deux qui lui sont venues avec le général
Ducos et deux avec le général Lasalle : mon intention est que ces quatre
pièces, avec leurs approvisionnements, leurs canonniers et six caissons
d'infanterie chargés, de ceux qui sont venus avec l'un des deux généraux,
partent le 1er juin pour Pampelune, où ils arriveront le 2 au soir ou le 3. Vous
donnerez avis de ces dispositions au général d'Agoult. Vous lui direz également
qu'au lieu de deux pièces de canon il en part demain quatre, avec six caissons
d'infanterie chargés; ce qui lui fournira un parc assez considérable pour
marcher avec les colonnes, si cela est nécessaire pour apaiser les troubles. Il
fera connaître au capitaine général que ces mesures sont prises à cause des
nouvelles qu'on a apprises des troubles qu'il y avait à Saragosse.
Donnez
l'ordre au général de division Lefebvre, qui est à Burgos, de se rendre à
Pampelune, où il prendra le commandement de la colonne mobile, composée du
régiment de lanciers , de deux escadrons de marche, de quatre bataillons
d'infanterie et quatre pièces de canon ; il commandera aussi Pampelune. Tant
qu'il y restera, le général d'Agoult sera sous ses ordres, étant spécialement
chargé de la défense de la forteresse et de la ville.
Réexpédiez
le courrier du général Duhesme pour lui faire connaître que j'ai envoyé l'ordre
an grand-duc de faire partir la division Chabran avec
neuf pièces d'artillerie et trois pièces servies par l'artillerie légère, 6,500
hommes d'infanterie ou de cavalerie, dont au moins 900 de cavalerie; total de
la division, artillerie, infanterie, cavalerie, 7,000. Donnez ordre de la faire
partir pour se rendre à Saragosse. Si les mouvements de l'Aragon continuent,
une forte division s'y rendra de Pampelune. Le maréchal Moncey part avec une
forte division; il serait nécessaire de combiner son mouvement avec celui du
général Chabran, pour arriver ensemble et en masse à
Valence.
Enfin
envoyez l'ordre au général de brigade Habert, avec le
régiment supplémentaire de la réserve qui est à Saint-Sébastien de changer de
route et de se diriger, par le plus court chemin, sur Pampelune.
Bayonne,
30 mai 1808, cinq heures après midi
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je
vois avec peine votre indisposition; la consultation des médecins me rassure;
j'espère apprendre bientôt que l'émétique et un peu de sueur vous auront fait
du bien.
Je
viens de travailler trois heures avec le ministre des finances.
Le roi
et la reine d'Espagne sont très-contents à
Fontainebleau, et vont se mettre en chemin pour Compiègne. Les princes sont à Valencay, où ils paraissent fort satisfaits.
La
rareté des subsistances, la nécessité de faire voir mes troupes, et l'agitation
de Valence me portent à ordonner les mouvements
suivants. Le maréchal Moncey, avec toute sa première division d'infanterie, ses
douze pièces d'artillerie, 800 hommes de cavalerie française et quatre pièces
d'artillerie légère, total près de 9,000 hommes, infanterie, cavalerie et
artillerie, et seize pièces de canon, se mettra en mouvement pour prendre
position à Cuenca, chef-lieu de la province de ce nom.
Le
général de division Chabran, avec sa division
d'infanterie française telle qu'il l'a amenée, 800 chevaux, parmi lesquels le
3e régiment de cuirassiers, et douze pièces de canon dont trois d'artillerie
légère, se mettra en marche pour prendre position entre Barcelone et Valence. Vous
désignerez un endroit convenable et sain. Je ne sais pas si Tortose réunit ces
qualités. Il sera là à portée de Saragosse et de Valence.
Si
Valence se soumet et rentre dans la tranquillité, les choses resteront dans cet
état. S'il en était autrement, le maréchal Moncey marcherait avec sa division
et combinerait sa marche de manière à arriver à Valence avec la division Chabran, c'est-à-dire avec 12,000 hommes d'infanterie
française, 2,000 de cavalerie et vingt-huit pièces de canon, en tout 15,000
hommes.
Pour
témoigner de la confiance aux Espagnols et les employer, vous désignerez un
général de brigade espagnol, homme dont vous soyez sûr, qui, avec 1,500 hommes
d'infanterie espagnole et 400 chevaux, fera partie du corps du maréchal Moncey;
ce qui portera la force du corps du maréchal Moncey à 11,000 hommes, et, réuni
à la division Chabran, à 17,000 hommes.
Si
cependant Valence s'apaise, le maréchal Moncey restera à Cuenca, et le général Chabran à Tortose. Le général Chabran
correspondra avec le maréchal Moncey, mais restera sous les ordres du général
Duhesme.
Vous
resterez à Madrid avec les deux divisions du général Dupont (je compte la
division qui est à l'Escurial et, celle qui est à Tolède comme étant à Madrid,
puisqu'elles peuvent y être en deux jours), les deux divisions du maréchal,
Moncey, ma Garde et tous les cuirassiers, c'est-à-dire avec près de 30,000
hommes. Vous donnerez ordre au 1er régiment de marche d'infanterie, qui est à
Aranda, de se rendre à Madrid, où vous ferez incorporer chaque
détachement dans son régiment provisoire; ce sera un renfort de 1,900. Le
maréchal Bessières le fera remplacer à Aranda par d'autres troupes.
Vous
chargerez le maréchal Moncey de correspondre de Cuenca avec mes consuls de
Valence, d'Alicante et de Carthagène.
La
position de Cuenca me parait fort importante, puisqu'elle rapproche mes troupes
de tous les points de la côte et en impose partout.
L'ordre
que j'avais envoyé à vos gardes de venir à Bordeaux ne leur est pas parvenu. Ils
viennent d'arriver ici; ils sont très-beaux.
Bayonne,
31 mai 1808
Au
vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
reçois votre lettre du 26 mai. Voici ce que je pense. Aussitôt
qu'on pourra le faire, sans nuire à l'activité des travaux de Toulon, on
réparera. les deux vaisseaux russes, et on les mettra
en état d'entrer en campagne. Je ne me soucie pas d'acquérir un de ces deux
vaisseaux, par la raison qu'un mauvais vaisseau ne sert à rien et n'est bon
qu'à brûler.
Je
n'ai point reçu le rapport de l'officier que vous avez envoyé à Trieste, sur
les bâtiments russes qui vont à Venise. J'aurais voulu avoir un état qui me fit
connaître le nombre et le calibre des canons, la force des équipages, enfin un
mémoire qui m'instruisit parfaitement de leur situation. L'amiral Siniavine a besoin de deux frégates ; je puis lui en donner
une ou deux et d'autres petits bâtiments, et prendre en échange des petits
bâtiments qu'il a à Venise ou même le vaisseau turc le Soul-el-Bahr,
de 80 canons. Faites-moi un rapport sur ce vaisseau, et s'il peut nous être
bon à quelque chose. Si cela était, je désirerais l'acquérir pour le tenir à
Ancône. Si les renseignements qui me seront donnés me décident à faire venir ce
vaisseau à Ancône, je formerai son équipage d'Italiens et j'y mettrai une bonne
garnison française. Cela obligera les Anglais à tenir un vaisseau de 74 devant
Ancône. Alors je réunirai à Ancône la frégate russe le Legkoi
à ce vaisseau turc. Je ne m'arrangerai du Soul-el-Bahi,
qu'autant que vous m'aurez assuré que ce vaisseau peut être réparé à Ancône
ou à Corfou, sans entrer dans les bassins ; vous savez que je n'en ai dans
aucun de ces endroits. J'attendrai, pour prendre un parti, que vous m'ayez
envoyé l'état, bâtiment par bâtiment, de la flotte russe qui est dans
l'Adriatique, soit à Trieste, soit à Venise.
Écrivez
aux Russes qu'ils ne se laissent point bloquer par des frégates, et qu'ils
obligent les Anglais, en se tenant toujours en situation d'appareillage, à
tenir des vaisseaux de guerre devant eux. Or ils sont tellement pourchassés
qu'ils ne peuvent en avoir partout.
Bayonne,
31 mai 1808
A
Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Dans
la crainte que vos communications soient interceptées avec le général Duhesme,
je lui fais envoyer par la France l'ordre de réunion de la division Chabran. Je viens de donner l'ordre de faire partir d'ici
2,000 hommes d'infanterie, 1,000 hommes de cavalerie et six pièces de canon
pour renforcer la garnison de Pampelune. J'ai fait donner l'ordre au général
Lefebvre, qui commande les chasseurs de ma Garde, de se rendre à Pampelune,
pour prendre le commandement de ces 3,000 hommes et des six pièces de canon,
pour se porter du côté de l'Aragon, si les troubles ne cessent pas là et si
cela devient nécessaire.
Bayonne,
31 mai 1808
Au
prince Cambacérès, archi-chancelier de l'Empire
Je
reçois votre lettre du 28. Je ne conçois rien à cette proclamation des
administrateurs de la Monnaie, sans vous en avoir parlé et sans la permission
de la police. Est-ce une manière d'agiter le peuple ? Répondez-moi un mot
là-dessus.
Je
ne conçois pas davantage ce qu'a fait le général Clarke, sans vous en donner
avis. Comment un ministre fait-il une cérémonie publique à Paris, sans que je
l'aie ordonné ? Comment la police a-t-elle pris des dispositions sans mon
décret ? Je ne conçois vraiment plus rien à ce qui se fait à Paris.
(Lecestre)
Bayonne,
31 mai 1808
Au
général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg
J'ai
reçu vos lettres du 28 avril et des 4 et 7 mai. Le ministre des relations
extérieures a dû vous écrire. Je n'approuve point ce que vous avez mis dans
votre mémoire à l'empereur. Un ambassadeur de France ne doit jamais écrire que
les Russes doivent aller à Stockholm.
Les
affaires ici sont entièrement finies. Vous trouverez ci-joint ma proclamation
aux Espagnols. Les Espagnes sont tranquilles et même dévouées. Les Anglais se
sont présentés devant Cadix avec une forte expédition, attirés par la curée des
affaires d'Espagne et par l'espoir de s'emparer de la Carraque
; mais on ne les a pas écoutés. Ils ont renvoyé un parlementaire sur un
vaisseau de 80; on leur a tiré des boulets rouges, et on leur a cassé un mât.
Il
me semble que vous ne dites pas suffisamment ma raison. Je voulais l'entrevue
pour tâcher d'arranger nos affaires avec la Russie. En Russie on ne l'a pas
voulue, puisqu'on ne l'a voulue que conditionnellement, et dans le cas où
j'adopterais tout ce que propose M. de Romanzoff. C'était
justement pour traiter ces affaires que je désirais l'entrevue. Il y a un
cercle vicieux que vous n'avez pas assez senti ni fait sentir. Aujourd'hui, je
suis dans les mêmes dispositions, je désire l'entrevue. Depuis le 20 juin, je
suis disponible; mais je veux l'entrevue sans condition. Bien mieux, il faut
que l'on convienne avant que je n'adopte pas les bases proposées par M. de Romanzoff, qui me sont trop défavorables. J'ai dit à l'empereur
Alexandre : Conciliez les intérêts des deux empires. Or ce n'est pas concilier
les intérêts des deux empires que de sacrifier les intérêts de l'un à ceux de
l'autre, et compromettre même son indépendance. D'ailleurs, nous nous
rencontrerions dès lors nécessairement; car la Russie, ayant les débouchés des
Dardanelles, serait aux portes de Toulon, de Naples, de Corfou. Il faut donc
que vous laissiez pénétrer que la Russie voulait beaucoup trop, et qu'il était impossible que la France voulût consentir à ces
arrangements; que c'est une question d'une solution très difficile, et que
c'est pour cela que je voulais essayer de s'arranger dans une conférence. Le
fond de la grande question est toujours là : Qui aura Constantinople ?
(Lecestre)
Bayonne,
31 mai 1808,
A
M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur
de Champagny, il y a au port du Passage un paquebot le Spencer, prise anglaise,
appartenant au sieur Rousse, négociant de Bordeaux, susceptible d'être armé de
12 canons de 6 et doublé en cuivre, on le dit bon marcheur et dans le cas de
faire un voyage en Amérique. Envoyez une estafette au Passage et chargez le
commandant de la Comète ou le capitaine Beaulieu, s'il y est encore, de le
visiter et de s'assurer s'il est dans le cas de remplir une mission aux
Colonies, mais il faut pour cela qu'il soit excellent marcheur.
(Brotonne)
Bayonne,
31 mai 1808,
A
M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur
de Champagny, pourquoi mon ambassadeur à Naples, ne vous a-t-il pas envoyé
l'exposé de la situation du royaume de Naples qui a été imprimé ?
(Brotonne)
Bayonne,
31 mai 1808
Au
général Junot, commandant l'armée de Portugal, à Lisbonne
Je
reçois vos lettres du 21 mai. Les deux vaisseaux russes qui sont à Toulon sont
nécessaires pour monter les deux équipages russes. D'ailleurs j'ai besoin de
tous les vaisseaux à Lisbonne. Je consens donc à ce que, par la convention que
vous ferez avec l'amiral Siniavine, vous lui cédiez
une belle frégate portugaise de 40 canons et un brick, et il me céderait en
échange une belle frégate et un beau brick de ceux de son escadre qui sont à
Trieste ou à Venise. Voilà la meilleure et l'unique manière d'arranger cette
affaire.
Il me
semble que la marine de Bayonne aurait pu réaliser les ordres que j'ai donnés
d'envoyer des blés, puisque des chaloupes canonnières espagnoles escortent le
cabotage de Saint-Sébastien au Ferrol, et que vous êtes à même de prendre des
mesures pour le protéger depuis le Ferrol jusqu'à Porto et Lisbonne. Je viens
d'ordonner qu'on embarquât 200,000 rations de biscuit pour le Portugal.
Je les
fais escorter de Saint-Sébastien au Ferrol par des chaloupes canonnières
espagnoles. Prenez des mesures pour les faire arriver du Ferrol à Porto et à
Lisbonne sans danger; ou, s'il n'était pas prudent de les ramener par mer de
Porto à Lisbonne, faites-les débarquer à Porto et faites-les venir par terre. J'ai
également ordonné qu'on embarquât sur de petits bâtiments 10,000 quintaux de
blé. Tenez une correspondance avec mon consul au Ferrol pour faire venir ces
200,000 rations de biscuit et les 10,000 quintaux de farine. Ce secours vous
sera fort utile. J'ai fait engager le commerce à envoyer en Portugal, par la
même voie, une trentaine de milliers de quintaux de farine. Combien le quintal
de blé ou de farine vaut-il à Lisbonne ? Entendez-vous pour cela avec la
chambre de commerce de Bayonne, et faites-lui comprendre les facilités qu'il y
a pour l'expédition de petits bâtiments et ce qu'il y a à gagner.
J'ai
accordé la pension que vous avez demandée pour la veuve du sergent portugais
tué à la bataille d'Austerlitz.
Vos
courriers sont longs à venir de Lisbonne ici. Je n'ai reçu vos lettres du 21
que le 29, c'est-à-dire huit jours après. Les courriers devraient venir en cinq
jours. Je recevrai avec plaisir l'état des finances que vous m'annoncez. Je
suis fort dans l'obscur là-dessus. Je vous ai demandé de m'envoyer tous les
cinq jours l'état de situation de votre armée, en un petit livret, avec les
lieux qu'occupe chaque détachement.
Bayonne,
31 mai 1808
A
Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon
Fils, vous trouverez ci-joint différents projets de fortification et de
tactique générale pour la campagne d'Italie; il faut que vous en confériez avec
le général Chasseloup et les officiers dans le cas de vous entendre, comme je
vous l'ai déjà mandé. Faites faire une reconnaissance soignée de la Piave, du
Mincio et de l'Adige. J'attends le plan de défense de Venise. L'une place au
centre est nécessaire; je voudrais une place en terre ayant un réduit en
maçonnerie. Je joins des idées sur les fortifications que je veux faire à
Ancône. Si je laisse faire le génie, il ne demandera pas moins de 2 ou 3
millions pour chaque hauteur d'Ancône, il y en a trois en quatre ; et, selon
mes
mes idées, avec 3 ou 400,000 francs, on peut les mettre à l'abri d'un coup de
main avec un peu de monde, et les défendre aussi bien que si la place eut été
construite dans toutes les règles et avait coûté fort cher.
PREMIÈRE NOTE.
ÉTABLISSEMENT D'UNE LIGNE DE DÉFENSE.
Il est
de fait qu'il n'y a jamais eu de ligne dans aucune guerre d'Italie.
Celle
que l'on pourrait préférer serait celle qui couvrirait Venise. La Piave a cet
avantage. Deux, ou trois petites places en terre, avec un réduit en maçonnerie
d'une trentaine de toises de côté, pourraient être entremêlées de quelques
redoutes, de quelques filets d'eau. Avec une somme médiocre on pourrait avoir
trois ou quatre de ces places.
En
supposant une de ces places du côté d'Asolo, sur la
rive gauche de la Piave, une vis-à-vis le pont, une vis-à-vis les marais, entre
le pont et la mer, il semble qu'une armée inférieure devrait pouvoir se rallier
à l'abri de ces trois places et guetter l'occasion de faire tomber l'ennemi
dans quelque pièces.
Avec
les places que je propose, 3, 4 ou 500 hommes défendraient suffisamment une de
ces places pour la mettre à l'abri d'un coup de main, donneraient le temps aux
secours d'arriver, et mettraient dans le cas de pouvoir déboucher, ou par la
droite, ou par le centre, ou par la gauche, sans affaiblir l'armée; ainsi, avec
des forces inférieures, on se trouverait supérieur sur le point qu'on
attaquerait.
Mais
pour savoir si ce projet peut être exécuté, il faudrait avoir une
reconnaissance bien détaillée depuis la mer jusqu'à Feltre. Quelle est la
distance de cette place à la mer ? Qu'y peut-on faire pour la rendre défendable
? Quelle est la largeur de la rivière, le nombre de gués qu'il y a, le rapport
des deux rives ? Quelles sont les communications de Feltre avec Bassano, Asolo, Conegliano et Sacile qui est supposé le centre de
l'armée ennemie ?
On
remarque qu'il serait avantageux de cantonner les principales forces de l'armée
sur le bas de la Piave, parce qu'on croit que les communications de Conegliano
avec Feltre sont fort difficiles et que l'ennemi serait obligé d'opérer par
Feltre avec un corps détaché, et qu'avant que l'ennemi fût arrivé à Bassano par
Feltre, l'armée aurait le temps de pénétrer par une de ces places sur le bas de
la Piave et de cerner tout ce qui serait devant elle. Enfin la ligne
d'opération de l'armée française étant sur Venise, et la retraite derrière
l'Adige se faisant de cette position par la ligne la plus courte, elle ne peut
jamais être menacé sérieusement par les opérations du corps de Feltre.
On
serait donc porté à croire que, si l'armée française ne se trouve pas en mesure
sur l'Isonzo, qu'elle juge à propos de laisser 2 ou 3,000 hommes à Palmanova et
quelques centaines d'hommes à Osoppo, il faudrait la porter le long de la
Piave; au moyen de trois ou quatre places d'une nature nouvelle et
particulière, qui se lieraient avec Venise, elle serait à même de défendre
Venise et d'attendre des secours.
Quand
l'ennemi a pris tout le pays compris entre l'Isonzo et la Piave, il n'a rien;
il a obligé l'armée française à laisser une garnison de 2,000 bommes dans
Palmanova; lui-même s'est affaibli de plus de troupes. L'armée française a fait
cinq à six marches au-devant de ses secours, et chaque jour qu'elle peut gagner
derrière la Piave lui en rallie davantage.
Au
contraire, si l'ennemi profite de ce premier mouvement pour passer la Piave et
jeter l'armée française derrière l'Adige, dès ce moment il faut laisser 15 à
20,000 hommes dans Venise; ce qui est un considérable affaiblissement et
s'occupera à l'ennemi que la moitié de son nombre, vu la dissémination de la
garnison de Venise. On sent bien que, dans toutes les batailles qu'on pourra
livrer pour débloquer Venise, on aurait contre soi l'armée d'observation et une
grande partie du corps qui bloque Venise, sans pouvoir tirer aucun parti de la
garnison de Venise.
Ainsi
donc l'isolement de la place de Palmanova occasionne un affaiblissement à
l'ennemi; mais la place de Venise, si on devait l'isoler, occasionne un grand
affaiblissement à l'armée française. Il faut donc étudier la ligne de la Piave,
et voir tout le parti qu'il est possible d'en tirer pour pouvoir fixer ses
idées.
Le
terrain une fois ainsi préparé, il serait de règle que, si l'armée française
croyait avoir des chances à courir pour livrer bataille au commencement de la
campagne, elle approvisionnerait Palmanova et prendrait position derrière la
Piave.
Le
Tagliamento ne peut pas avoir ce même avantage. Quoique la Piave soit guéable à
plusieurs endroits, elle est cependant une grosse rivière en comparaison da
Tagliamento, qui habituellement se passe à sec. Enfin cette ligne est beaucoup
trop loin de Venise et laisserait des craintes de se voir coupé de cette place.
On croit aussi que depuis le pied des montagnes près d'Osoppo jusqu'à la mer, la
ligne est d'une plus grande étendue.
Après
la Piave, la ligne la plus importante est celle de l'Adige, parce quelle permet
de ne pas isoler Porto-Legnago, Mantoue et Peschiera,
et qu'on peut faire concourir à l'armée active les 10 ou 12,000 hommes qui forment
la garnison de ces places; mais cette ligne n'exige rien. Vérone est un poste
de campagne; avec le château, il a à peu près la propriété qu'on désire. Un
général prudent fera autour de Vérone et du vieux château une tête de pont
aussitôt que la guerre paraîtra devoir se faire sur la défensive. Il ferait
faire également une tête de pont à Arcole, pour être maître du débouché des
marais. Un général qui a étudié son terrain ne doit jamais abandonner Arcole,
et se réserver là une place sur la rive droite.
Legnago ne laisse rien à désirer. Avec ces trois
points, Vérone, Ronco et Legnago, on a absolument les
moyens qu'on demande à organiser sur la Piave.
Tout
ce qu'on pourrait désirer serait peut-être de faire sur la rive gauche,
vis-à-vis Ronco, un ouvrage en maçonnerie qui pourrait être le réduit de la
place qu'on propose. Il n'y aurait aucun inconvénient à en reconnaître
l'emplacement, à faire les plans et devis.
La
ligne du Mincio a aussi son importance, parce que, pendant tout le temps qu'on
la tient, Mantoue n'est point abandonnée. Un plan qui déterminerait les points
à occuper sur la rive gauche du Mincio, tels que celui de Valeggio
à Goito, qui assurerait la possession de deux ou trois points, outre celui de Peschiera, et qui contiendrait les devis et plans des
ouvrages à faire, pourrait être utile.
Il y a
aussi des marais le long de cette rivière, qui en favorisent la défense.
Les
projets de la Piave, de l'Adige, du Mincio étant faits, il restera à comparer
la dépense, la résistance et les avantages de chacun, afin qu'on décide celui
par lequel on doit commencer.
Cette
note servira d'espèce de préface au plan de ma place, quo je veux envoyer en
Italie.
DEUXIÈME NOTE
SUR UN PROJET DE FORT EN TERRE, AVEC
RÉDUIT EN MACONNERIE.
On
désirerait un carré en terre, de 150 à 160 toises, avec réduit casematé dans
les places d'armes, comme ceux d'Alexandrie, pouvant contenir 25 hommes chacun;
des lors les chemins couverts sont inabordables et les places d'armes hors
d'insulte; fossé de 10 toises au réduit; surtout un chemin couvert, avec réduit
casematé aux deux angles opposés. Le réduit central carré, avec des bâtiments
voûtés tout autour.
On
établirait l'ordre du travail ainsi qu'il suit : Première année. On
ferait la moitié des maçonneries du réduit et le chemin couvert de l'ouvrage en
terre ; on fonderait les trois réduits des places d'armes rentrantes et l'on
masserait l'ouvrage en terre. Deuxième année. Le tout serait achevé.
Ainsi le fort devrait soutenir un siège en octobre 1809. Un tel fort ne devrait
coûter que 400,000 francs; ainsi 200,000 francs par année.
Si les
localités exigeaient un pentagone, on le tracerait; la dépense serait en sus
des 400,000 francs. Enfin, si le réduit devait être plus fort d'un côté que de
l'autre, on le ferait rectangulaire. Dans les deux réduits de places d'armes
saillantes, on pratiquerait une casemate inférieure, à feux de revers, pour
flanquer le fossé et mettre l'ennemi dans la nécessité de s'emparer de ces
réduits avant de rien tenter contre l'ouvrage.
On
pourrait au besoin placer sur une face du réduit central huit pièces de canon. On
pourrait marquer la place pour deux mortiers, afin de renforcer la voûte en cet
endroit.
Le
carré de l'ouvrage, ayant 600 toises de côtés et environ 900 toises de
développement, exigerait 900 hommes pour une belle défense. Ces 900 hommes,
forcés, se retireraient dans le réduit, dont le chemin couvert à 240 toises de
développement et peut au besoin contenir toute la garnison de l'ouvrage. Tous
les magasins de vivres et de guerre seraient retirés dans le réduit. Ainsi
l'ouvrage serait complet. On aurait soin que la citerne fût dans le réduit.
Dans
le cas d'une faible garnison de la place, avec 300 hommes l'on n'a rien à
craindre; alors, en mettant 10 hommes dans chaque réduit de l'ouvrage en terre
(pour les quatre, 40 hommes.), 40 hommes dans chaque bastion (total, 160 pour
les quatre bastions) , on défendrait l'ouvrage en terre avec 200 hommes, et
les glacis seraient inabordables ; on y servirait près de vingt pièces de
canon, les autres 100 hommes en réserve dans le réduit central et pour servir
les dix à douze pièces qui tireraient par-dessus; ainsi une colonne serait
détruite avant d'arriver. Voilà le problème résolu : défendre avec peu de
monde un ouvrage qui peut en contenir davantage, puisqu'au besoin 4 à 5,000
hommes peuvent s'y tenir, c'est-à-dire 3,000 dans les chemins couverts, qui ont
plus de 900 toises de développement, et 2,000 dans le fort.
Ainsi
cet ouvrage serait à l'abri d'un coup de main et exigerait un siège en règle. Dans
le siège en règle, il faudrait détruire toute l'artillerie de la place pour
couronner le chemin couvert, et détruire ensuite les réduits des places
d'armes. Cela fait, il faudrait encore s'emparer du réduit.
C'est
une question à décider s'il faudrait revêtir l'ouvrage. Il est certain que la
maçonnerie ne fait que nuire pour le passage des fossés, vu qu'ils
sont à moitié comblés en jetant bas la contrescarpe. De manière qu'ayant un
fort pareil situé en plaine, avec des fossés pleins d'eau, et sur un mamelon
avantageux, avec une demi-lune sur le côté exposé, j'aimerais autant qu'il ne
fût pas revêtu. Un des avantages de l'escarpe et de la contrescarpe est de
mettre moins de garnison : cet avantage est rempli par le réduit. Si avec
400,000 francs on peut construire un ouvrage de cette espèce, on obtiendrait le
même but que s'il était entièrement revêtu, ce qui coûterait alors 2 millions. Le
réduit est la chose la plus coûteuse; le même servirait à un hexagone, dont la
dépense n'augmenterait pas sensiblement. Un ouvrage de cette sorte offrirait un
bel avantage pour la défense d'une rivière.
S'il
était possible que le canon du réduit pût, par-dessus l'ouvrage en terre,
labourer les glacis de son chemin couvert, on sent que ce serait un grand
avantage. Lorsque, sans donner un trop grand relief, les localités permettent
de se procurer cet avantage, il sera très-important
d'en profiter. Lorsque, par exemple, le réduit pourra être situé sur un
mamelon, alors on pourrait abandonner entièrement l'ouvrage en terre, n'avoir
dans le réduit que 25 hommes et quelques pièces de canon, et ôter à l'ennemi
l'envie de l'insulter. En effet, sur le glacis, l'ennemi sera labouré par la
mitraille du réduit; arrivé dans le chemin couvert, il est attaqué par la
fusillade de nos places d'armes retranchées ; enfin, en traversant le fossé, il
faut qu'il soit battu par les feux d'une caponnière voûtée, casematée et
faisant un avec les réduits des places d'armes.
On
demande ce que coûterait une communication souterraine du réduit central aux
réduits des places d'armes. Il suffit que cette communication soit bonne pour
un homme à pied, afin que les hommes, n'ayant jamais aucune inquiétude pour
leur retraite, puissent se retirer ou recevoir des renforts; alors les cinq
ouvrages en maçonnerie sont un système à part, qu'on peut occuper en négligeant
l'ouvrage en terre.
TROISIÈME NOTE.
FORTIFICATIONS D'ANCONE.
On ne
se souvient pas assez de la position d'Ancône pour déterminer d'avance où
doivent être établis des ouvrages comme ceux dont le plan est ci-joint; mais on
a assez de souvenir qu'il y a une hauteur sur la gauche, qui peut croiser ses
feux avec ceux de la citadelle, de manière que, ces deux points occupés,
l'enceinte de la ville, si mauvaise qu'elle soit, devient inattaquable.
Des
officiers du génie et ingénieurs géographes doivent lever le plan de la place
et des terrains environnants à 1,500 toises, avec des notes qui fassent
connaître les niveaux.
Le
plan ci-joint suppose l'ouvrage placé dans une plaine, où les quatre côtés sont
également opposés aux attaques de l'ennemi ; ce n'est pas le cas d'Ancône.
Le
côté de droite est défendu par la citadelle, puisqu'il n'en est éloigné que
d'environ 400 toises, autant qu'on puisse s'en souvenir; le côté gauche est
défendu par la mer, la gorge n'est éloignée que de 4 à 500 toises de la ville. Le
point d'attaque sera donc à peu près déterminé sur un front.
On
peut alors n'établir de réduit de place d'armes et de caponnière qu'au front
d'attaque, donner moins de relief aux côtés qui sont moins exposés, surtout si
l'ouvrage, situé sur une hauteur, a, sur le terrain environnant, un
commandement naturel , indépendant du relief de son profil.
Le
profil qu'on présente ici est celui d'un ouvrage en plaine et doit être modifié
sur le terrain; il y aura une grande économie à diminuer le relief de l'ouvrage
en terre, et, pour remplir les intentions de l'Empereur, il faut beaucoup
d'économie : sans entrer dans aucune discussion là-dessus, c'est sa volonté.
Dans
un pays de plaine, l'ouvrage indiqué pourrait coûter 6 à 700,000 francs; situé
sur un mamelon, lorsque trois côtés seront défendus par la citadelle, la mer ou
la place, l'économie sera considérable.
Personne
ne peut prescrire les modifications que l'ingénieur doit adapter à un tracé sur
le terrain, mais il doit être bien entendu et fait avec économie.
Au
projet qui sera rédigé et envoyé au ministre de la guerre devront être joints
un devis et un mémoire qui fera connaître la raison du profil qui aura été
adopté.