1 – 15 Août 1810
Saint-Cloud, 2 août
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, je vous envoie un canevas de note pour M. Armstrong. Le plus simple sera
le meilleur.
PROJET DE NOTE AU MINISTRE DES ÉTATS-UNIS.
Monsieur, j'ai mis sous
les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi la gazette des Etats-Unis qui contient
l’acte du congrès du ler mai, et que vous m'avez remise. Sa Majesté eût désiré
que les actes des Etats-Unis qui peuvent intéresser la France lui fussent
notifiés officiellement. Elle n'a eu connaissance qu'indirectement, et après un
long intervalle de temps, des actes du congrès sur l’embargo et la
non-intercourse. II en résulte des inconvénients graves, qui n'auraient pas
lieu si Votre Excellence nous communiquait officiellement les actes des
Etats-Unis qui peuvent intéresser la France.
Sa Majesté avait
applaudi à l'embargo général que les États-Unis avaient mis sur les bâtiments,
parce que cette mesure, quoique préjudiciable à la France, n'avait rien de
contraire à l'honneur de la France. La France a perdu par suite ses colonies de
la Martinique, de la Guadeloupe et de Cayenne; mais elle ne s'en est pas
plainte; elle a fait volontiers ce sacrifice au principe qui avait déterminé
les Américains à l’embargo, celui de s'interdire les mers plutôt que d'en
reconnaître les tyrans.
Depuis, un acte du 1er
mars a levé l'embargo et l'a remplacé par une mesure hostile. Dans cet acte,
qui a été connu très tard en France, on a dit que tout bâtiment français qui
arriverait aux Etats-Unis y serait confisqué. La représaille a du avoir lieu de
droit. Le séquestre de tous les bâtiments américains en France en a tété la
suite nécessaire et obligée.
Aujourd'hui le congrès
prend une autre mesure : il rapporte l’acte du ler mars; les ports américains
sont ouverts au commerce français, et il prend l'engagement de s'élever contre
celle des puissances qui refuserait de reconnaître les droits des neutres.
Dans cette nouvelle
position, je suis autorisé à vous déclarer que les décrets de Berlin et de
Milan sont rapportés; qu'a dater du 1er novembre prochain ils cesseront d'avoir
aucun effet, pourvu que, en conséquence de ce, les Anglais rapportent les
arrêts du conseil et les nouveaux principes du blocus qu’ils ont voulu établir,
ou que les Etats-Unis, conformément à l’acte dont vous venez, Monsieur, de nous
donner communication, fassent respecter leur droit par les Anglais.
C’est avec une
satisfaction toute particulière, Monsieur, que je vous fais connaître cette
résolution de l'Empereur. Sa Majesté aime les Américains, elle regarde leur
prospérité et leur commerce comme favorables a sa politique. L'indépendance de
l'Amérique est un des principaux titres de gloire de la France; depuis,
I'Empereur s'est plu à agrandir les États-Unis; et, dans toutes les
circonstances, ce qui pourra augmenter la prospérité de ce pays et assurer son
bonheur, l’Empereur le regardera toujours comme lié à ses intérêts et à ses
plus chères affections.
Saint-Cloud, 2 août
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, pour avoir une idée nette des forces prussiennes, il faut avoir le
détail de la composition des compagnies. On porte cinq bataillons de grenadiers
à 560 hommes; mais il faut savoir quelle est la force des compagnies. Les
compagnies prussiennes doivent être de 200 hommes. Si les bataillons ont six
compagnies, il est clair qu'au lieu de 560 hommes il faut compter 1,200 bommes.
Ainsi les cinq bataillons formeraient 6,000 hommes. La même chose des régiments
d'infanterie, qui sont portés à 1,700 hommes; le principal est de savoir
combien ils ont de bataillons et de compagnies. Si les compagnies sont de 100
bommes, il est clair qu'on peut les doubler en deux mois de préparatifs, et
qu'au lieu de 40,000 hommes la Prusse pourrait en avoir 80,000. Demandez ces
renseignements au sieur Caillard, avec les noms des régiments et des colonels,
et les endroits où ils sont.
Portez plainte à M. de
Dreyer de ce qu'on écrit de Hambourg. (Qu'un convoi danois s’est rendu à la
station anglaise et a essuyé sa visite. - Note de la minute.)
Saint-Cloud, 2 août
1810.
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, mes ministres à l'étranger doivent vous envoyer tous les mois un état
des forces militaires de la puissance chez laquelle ils se trouvent. Ainsi le
comte Otto doit m’envoyer tous les mois l’état des régiments, des bataillons et
compagnies, de la force des compagnies, autant exact qu'il pourra, les noms des
officiers qui commandent, et l'indication des lieux où se trouvent chaque
corps, bataillons et compagnies. Mon ambassadeur en Russie doit m’envoyer le
même état mensuel, ainsi que mes ministres auprès des alliés, même mon ministre
auprès du roi de Westphalie.
Saint-Cloud, 2 août
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous verrez dans les
notes ci-jointes, que les fortifications de l’île d'Aix doivent consister : 1°
dans le fort actuel de la batterie circulaire; 2° dans un réduit avec trois ou
quatre batteries de côté fermées à la gorge et soumises au réduit; 3° enfin
dans un chemin couvert, qui formera camp retranché et mettra les baraques et
les hommes à l’abri. Je désire que vous fassiez rédiger sans délai un projet en
conséquence.
Saint-Cloud, 2 août
1810
Au vice amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte
Decrès, j'ai reçu votre rapport sur les expéditions à faire pour l’île de France.
Puisque le Regulus est un vaisseau qui peut encore me servir, mon intention
n'est pas de l’exposer. Je désire que l'expédition de Rochefort soit composée
du vaisseau le Tourville, armé en flûte, d'une frégate armée et de deux ou
trois transports portant un millier de tonneaux. Cette expédition pourrait
porter 1,200 hommes.
Expédition de Brest. —
L’expédition de Brest serait composée du vaisseau l’Ulysse, armé en flûte,
d'une frégate, de la flûte la Revanche.
Mes raisons pour organiser
ainsi ces divisions sont celles-ci: d'abord j'épargne quatre frégates; ensuite
un vaisseau armé en flûte, étant assez fort pour se battre contre une frégate,
n'aura rien à craindre de la rencontre de deux frégates. S'il fait une mauvaise
rencontre et tombe dans une escadre, ma perte sera alors moindre, et j'aurai
épargné mes frégates.
Je voudrais préparer à
Nantes une troisième expédition, composée de deux frégates armées et de trois
gros transports ou flûtes, qu’on trouverait à Nantes.
Enfin je voudrais
préparer une quatrième expédition à Bayonne, qui serait composée de deux
corvettes bonnes marcheuses, qui porteraient ce qu'elles pourraient. Vous
pourriez y joindre quelques bâtiments américains qui s'y trouvent, et qu'on dit
excellents marcheurs, ou quelques bâtiments du commerce. Ce port n’étant point
bloqué, on est sûr que l'expédition sortira. Ne portât-elle que 500 hommes et
les objets dont peut avoir besoin la colonie, ce serait toujours une expédition
très utile et d'un grand résultat.
Il pourrait être
préparé deux autres expéditions : une à Lorient et l'autre à Cherbourg.
Celle de Lorient serait
composée de trois vaisseaux et quelques flûtes. Celle de Cherbourg serait
composée de deux vaisseaux, des deux flûtes du Havre et de deux autres flûtes
qu'on pourrait se procurer, et de quatre frégates.
Nous aurions donc dans
la main une expédition prête à Cherbourg, une à Brest, une à Rochefort, une à
Lorient, une à Nantes et une à Bayonne. Ces expéditions nous assureraient l’île
de France et Batavia. Vous noterez que la circonstance de l’acquisition de
Batavia me porte à préparer de nouvelles
expéditions. Faites-moi un rapport de tout cela.
Saint-Cloud, 2 août
1810
NOTE DICTEE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.
Le but auquel Sa
Majesté voudrait atteindre serait qu'en 1820 toutes les espèces de dettes de la
France, y compris celles de Hollande, n'excédassent pas 70 millions et pussent
être ultérieurement réduites à 60 millions. La dette se compose actuellement de
62 millions pour la France et de 20 millions pour la Hollande; ce qui la porte
à 82 millions. II faudrait donc assurer un amortissement de 22 millions. Les
moyens d'amortissement seraient : 1° les extinctions des rentes viagères et des
pensions ecclésiastiques, qui produiraient en 1820 un amortissement de 10
millions; 2° ce que la caisse d'amortissement possède aujourd'hui comme
amortissement, et qu'il convient de faire connaître, ainsi que ce qu'elle aura
amorti en 1820; 3° la dotation en domaines qu'il faudrait donner à cette caisse
en supplément des moyens nécessaires pour parvenir au but qu'on se propose. Le
ministre du trésor public est invité à apporter, jeudi prochain, ce projet tout
fait, avec tous les calculs à l'appui.
Trianon, 3 août 1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, faites
connaître au prince d'Essling que le 44e bataillon de la flottille, qui est à
Valladolid, est à sa disposition, et que ce bataillon aura l’avantage de lui
donner des facilités pour le passage des rivières, et surtout pour le passage
devant Lisbonne.
Donnez ordre que, s'il
y a des souliers à Bayonne, on en expédie six mille à Burgos.
Écrivez au général
Bonet qu'il est autorisé à renvoyer à leurs dépôts les officiers et soldats
éclopés et hors d’état de faire la guerre. Écrivez-lui aussi que, si les
régiments qui sont sous ses ordres se trouvaient réduits à moins de 2,000
hommes présents sous les armes, il serait bon de renvoyer en France le cadre du
4e bataillon, en en versant les hommes dans les autres bataillons ; mais que
pour cela il faut que les régiments soient réduits à moins de 2,000 hommes.
Ecrivez au général de
division Drouet que, à son arrivée à Tolosa, il s'instruise bien de la
situation de la Navarre, et que, si elle était telle que sa présence y fut
absolument nécessaire, il peut se détourner de sa route et y entrer pour
rétablir l'ordre et donner une bonne chasse aux brigands ; mais qu'il ne doit
faire cette pointe que si cela était indispensable.
Remettez-moi l’état des
officiers et soldats cités dans le rapport de la prise de Ciudad-Rodrigo, et
proposez-moi pour eux de l'avancement dans la Légion d'honneur.
Trianon, 3 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Donnez ordre par un
courrier au général Morand de placer un régiment d'infanterie sur la ligne des
douanes de Bremen au Rhin. Donnez l'ordre par l'estafette au duc de Reggio de
placer de même un régiment d'infanterie sur la ligne des douanes de Rees à
Bremen. Prévenez-le de l'ordre que vous donnez au général Morand. Ces régiments
seront places de manière à se partager toute la ligne depuis Rees jusqu'à
Bremen, et à la renforcer dans toute son étendue. Recommandez que des ordres
soient donnés pour que les officiers mettent la plus grande activité à la
protection de cette ligne, qui est attaquée en force. Le duc de Reggio doit
aussi recevoir l’ordre de faire mettre le séquestre sur les marchandises
coloniales et anglaises à Emden, et de faire faire les déclarations
sur-le-champ.
Trianon, 3 août 1810
Au maréchal Bessières,
commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, donnez les
ordres les plus sévères pour que les fusiliers gardent le shako et ne portent
point le bonnet à poil, qui est la coiffure des chasseurs et grenadiers de la
vieille Garde. Autorisez, sur les 20 centimes qu'on donne aux régiments qui
sont sur la Loire, une retenue de 8 centimes pendant le trimestre de juillet,
août et septembre. A la fin de septembre, vous me rendrez compte, et je verrai
si la retenue doit être continuée. Faites-moi connaître s’il y a à la suite des
fusiliers, des écoles pour les perfectionner dans la lecture, 1'ecriture et le
calcul. Faites-moi connaître également quel est le nombre qu’on pourrait
prendre pour recruter la vieille Garde. Je voudrais des hommes qui servent
depuis Friedland.
Proposez-moi un projet
d'organisation morale de la Garde. Voici mes intentions : Les lieutenants et
sous-lieutenants, sergents et caporaux du régiment des conscrits doivent avoir
le même rang que les lieutenants, sous-lieutenants, sergents et caporaux de la
ligne. Les sergents et caporaux doivent tous être tirés des régiments de
fusiliers. Même chose pour les tirailleurs. Faites-moi connaître ce qui se pratique
aujourd'hui. Tous les cadres des fusiliers doivent être tirés de la vieille
Garde. Je destine les tirailleurs à former des caporaux pour l'armée, et les
fusiliers à former les sergents. Je voudrais donc que les meilleurs sujets des
tirailleurs passassent dans les fusiliers, qui ont une paye supérieure, et que
les meilleurs sujets des conscrits passassent dans les tirailleurs et même dans
les fusiliers. On distinguerait les conscrits qui, après un an d'exercice,
seraient reconnus pour être bons sujets, avoir quelque éducation, être doués
d'un bon naturel, savoir lire, écrire et chiffrer, avoir instruit plusieurs
recrues ; ceux-la obtiendraient de 1'avancement en passant dans les fusiliers;
ceux qui auraient moins d'aptitude et n'auraient que les connaissances
nécessaires pour être caporaux seraient envoyés aux tirailleurs. Enfin, les
fusiliers les plus distingués par leur instruction, leur bonne conduite, qui
auraient quatre années de service ou se seraient signalés par une action de
bravoure, passeraient dans la vieille Garde. Il faut me faire là-dessus un
projet de règlement, afin que cela soit bien compris. Par ce moyen, la moitié
ou le tiers des fusiliers se recruteraient dans les tirailleurs et conscrits,
et la moitié ou le tiers de la vieille Garde, dans les fusiliers. Cela aura
l'avantage d'entretenir ma vieille Garde, de faire amalgame et d'arriver à un
résultat qui est celui-ci : je veux avoir dans ma Garde de quoi former les
cadres d’une armée de réserve de cent bataillons ou de six cents compagnies; ce
qui ferait 3,000 sergents et 6,000 caporaux, ou 9,000 sous-officiers. Les deux
régiments de fusiliers sont de 2,300 hommes, les quatre régiments de
tirailleurs, de 6,000, et les quatre régiments de conscrits, de 6,000 hommes.
Si on tient la main à ce que ce soient toujours des hommes de choix, si leur
instruction est toujours suivie, je trouverai toujours 3,000 sergents soit dans
les fusiliers, soit dans les principaux des tirailleurs, et 6,000 caporaux dans
les 6,000 tirailleurs et dans les 6,000 conscrits. Je tirerai de ma vieille
Garde facilement 600 lieutenants ou sous-lieutenants et 600 des écoles et
lycées pour les mêler avec les premiers. Les 600 capitaines seraient fournis
partie par la ligne, partie par ma vieille Garde. Or une réserve de cent
bataillons voudrait dire une réserve de 80,000 hommes. Il est donc nécessaire,
1° que mes vues soient conservées par un décret qui en donnera connaissance au
ministère, à la Garde et à l'armée; 2° que les mesures nécessaires soient
prises pour entretenir l’instruction et éclairer les choix.
Trianon, 3 août 1810
Au maréchal Bessières,
commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, je vous
prie de me présenter un projet définitif d'organisation de la garde
hollandaise, qui arrive à la fin d'août à Paris. Je voudrais savoir : 1° ce que
je dois faire des officiers supérieurs; 2° ce que je dois faire des compagnies
des gardes du corps, et ainsi du reste.
Trianon, 4 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, le projet de convention que vous m'avez envoyé pour les affaires de
Westphalie m'a paru susceptible d'un changement important. On y confond, dans
la cession que je fais au Roi par 1'article l*r, ce qui reste de domaines en
Westphalie avec ce qui reste de domaines en Hanovre. Or ce qui reste en Westphalie
est entièrement à ma disposition, et je puis le céder, comme bon me semble, au
Roi; mais ce qui reste en Hanovre est affecté à la dotation des numéros de la
4e classe; et, quoique ces numéros soient encore vacants, il faut pourvoir
d'avance aux intérêts des donataires, en exigeant les réserves convenables. Les
domaines du Hanovre doivent donc être l’objet d'une stipulation distincte, et
en cela, dans le projet de convention que vous m'avez envoyé, on ne s'est pas
assez conformé au plan que je vous avais tracé dans mes instructions du 26 juin
dernier. Je vous envoie une nouvelle rédaction, qui établit clairement cette
distinction en sept articles. Votre article 4 devient le 8e. Cet article et les
suivants ne m’ont pas paru présenter de difficulté.
Trianon, 4 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, répondez à M. de Gallo que le roi de Naples dépenserait inutilement de
1'argent à entretenir des missions à Vienne et à Saint-Pétersbourg; que cela
n'est d'aucun effet.
P. S. Faites partir
cette lettre par l'officier saxon.
Trianon, 4 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je viens de lire avec attention votre rapport du 1er août sur les
travaux extraordinaires du génie.
Je vois que les fonds
que j'ai accordés pour le fort de Bath seront dépensés au 15 août. Faites-moi
connaître ce que j'ai accordé, ce qu'on a dû faire, et ce qu'il serait encore
possible de faire pour améliorer ce fort important. Je désire qu'on profite des
mois de septembre, octobre et novembre pour continuer ces travaux.
Je ne veux pas dépenser
plus de 50,000 francs pour les camps de Westkappelle, dans l’île de Walcheren.
II faut ne laisser que le nombre d'hommes nécessaires pour ces camps. Accordez
les 30,000 francs demandés pour mettre la place de Zierikzee en état de
défense; ce qui, avec les 10,000 francs que j'ai déjà donnés, fera 40,000
francs. Je ne prends pas de décret pour cela, parce que cette dépense sera
régularisée après. Je suppose qu'au conseil du mois de novembre on me remettra
les plans des travaux que j'ai à y faire, afin que la dépense soit entièrement
complétée pour l'année prochaine.
Je vous ai fait
connaître mes intentions sur les travaux de l'île d’Aix.
Je vous recommande de nouveau les travaux de Flessingue.
Il faut
bien faire comprendre aux officiers du génie que, si le fort Montebello qui
protège la batterie de Nolle n’est pas mis dans un état de résistance
suffisant, c'est comme s'il n'y avait rien de fait ; car c'est ce fort
qui, en nous établissant maîtres de la communication de la place avec la
batterie de Nolle, rend impossible à l’ennemi de franchir l’entrée de l’Escaut.
II est donc de la plus grande importance d'avoir, cette année, le fort
Montebello et le fort Saint-Hilaire.
Il y a une centaine de
voitures du train du génie dont on ne sait que faire; au lieu de les désarmer,
ne serait-il pas plus convenable de les envoyer à Flessingue ? Il faudrait
même prendre une des compagnies du train du génie qui reviennent d'Allemagne,
afin de procurer ainsi environ 200 voitures à Flessingue. Il ne faut pas
épargner l’argent pour cette place.
Je vois qu'on attend à
Breskens qu’on y envoie le projet d’amélioration de la batterie Impériale.
Remettez-moi le travail mercredi, afin que je voie s'il est conforme à mes
intentions, et que ces ouvrages puissent être entrepris et finis cette année.
Je désire que vous
donniez des ordres et des instructions au corps du génie pour qu’on puisse me
faire connaître, au conseil du novembre prochain, ce qu’il y a à faire au fort
Impérial de l’île de Cadzand pour lui donner toute la force possible, de sorte
que cette belle batterie, qui défend l’entrée de l’Escaut et que mon intention
est encore d'augmenter de huit pièces de 48, soit non seulement à l’abri d'un
coup de main, mais puisse soutenir un long siège.
Le nouveau
degré de force à donner au fort Impérial doit venir d'une forte occupation des digues, parce que c'est par là que l’ennemi pourrait
cheminer, et d'un fort ouvrage avancé qui soutiendrait une immense inondation de plusieurs centaines de toises, alors on pourra considérer ce fort comme remplissant son jeu. S'il était
ensuite possible de lier cet ouvrage avec le
fort Impérial par une inondation, on serait
alors maître de toute la ligne, d'un
fort à l'autre, et l'on pourrait y
mettre en batterie autant de pièces de canon que l’on voudrait. Il faut que ce plan, dégagé de toutes assertions hasardées ou douteuses , soit mis en règle pour m’être soumis au
conseil de novembre, avec les cotes
et nivellements nécessaires.
Après Cadzand vient la place de Flessingue; elle devient
tous les jours plus importante; il est donc
indispensable de la porter à un haut degré
de défense. Les forts Montebello et Saint-Hilaire sont la clef de tout; il faut d'abord les finir
dans les projets actuels; mais cela fait,
il faut avoir des projets pour leur donner un autre degré de force, et enfin couvrir la place d'une grande
inondation soutenue par des forts, qui
mettent ce point si important à l'abri de toute crainte. Ces nouveaux projets devront également être appuyés des
plans, nivellements et cotes.
La réunion de la Hollande donnant à l’île de Walcheren un
plus haut degré d'intérêt, il faudrait
donc, indépendamment des officiers dont tout
le temps est employé à la conduite de leurs travaux, en envoyer d'autres qui puissent soigneusement s'occuper des moyens
de tirer le plus grand parti possible
des localités, pour tenir cette
île avec une main de fer et la mettre à
l'abri de toute espèce d'inquiétudes.
Trianon, 4 août 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le duc de Feltre, je vois que les cinq régiments
portugais formant dix
bataillons ont leurs bataillons organisés à la française à six compagnies chacun ; mais que, de ces six compagnies,
les compagnies de grenadiers et de
voltigeurs se trouvent à la 13e demi-brigade
provisoire. La 1e demi-brigade provisoire, qui arrive à Metz, avec
les deux bataillons de marche, est donc composée de trente compagnies, ce qui fait la valeur de cinq bataillons. Il
reste dans la 7e division
militaire trente autres compagnies, c'est-à-dire la valeur de cinq autres bataillons.
Faites moi connaître l'esprit de ces régiments et la
situation de leur armement et habillement, afin
que je voie le parti définitif que je dois
prendre; et faites-en passer une revue de rigueur qui fasse connaître la composition par nation. Je ne veux point qu'il y ait un Espagnol; les Français ou Italiens, on peut les laisser.
Proposez-moi un projet de décret pour dissoudre le dépôt
des régiments, qui est de 1,000 hommes. On renverra tout ce qui est espagnol; les Allemands peuvent être renvoyés aux régiments
allemands qui sont à Naples. Par ce
moyen, j'aurai de moins à nourrir et à solder 1,000 hommes, qui sont 1,000 ennemis dont je ne puis rien
faire. Défendez sévèrement qu'on
recrute ces régiments; ce recrutement me
parait fort contraire au bien du service.
Donnez l'ordre qu'on réunisse à Genève deux bataillons
provisoires portugais de six compagnies chacun. Ces deux bataillons provisoires
seront composés de demi compagnies du 1er
régiment, de deux du 2e, de trois
du 3e, de 3 du 4e et de deux du 5e, ce qui
fera douze compagnies. Vous y nommerez deux chefs de bataillon
portugais et un des colonels, et un général portugais pour commander cette
colonne.
En résumé, il faut
donner des ordres pour dissoudre le dépôt des régiments portugais, arrêter le
recrutement et faire passer une revue de rigueur, afin d'avoir des états exacts
de ce corps et de savoir ce que j'en puis faire en Portugal.
Trianon, 4 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Due de
Feltre, les batteries de côtes de l'île de Goeree et d'Overflakkee sont
désarmées; il est urgent de pourvoir aussitôt à l'armement de la plus
importante de ces batteries, qui sera placée vis-à-vis Hellevoetsluis. Faites
faire un projet pour lier cette île au continent par un système de
fortifications. Il semble, au premier coup d'oeil, qu'un fort situé dans l’île
d'Overflakkee du côté d'Ooltgensplaat serait très bien placé pour cet objet; ce
fort se lierait avec Willemstad et assurerait la possession de l’île et le
passage de Volkerak. Le duc de Reggio chargera un officier du génie de faire un
projet. II est important qu'il fasse armer cette île, ainsi que les batteries de
la passe; il nommera un commandant et y fera passer trois compagnies
d'artillerie hollandaise pour hâter le réarmement, afin de couvrir aussitôt le
port et les rades d'Hellevoetsluis et empêcher un débarquement de l’ennemi, qui
menacerait de ce point toute la Hollande.
Willemstad est une
place de la plus grande importance; d'abord elle couvre Anvers, c'est le
premier obstacle que l’ennemi, maître de Goeree, trouverait sur le continent;
du côté de la mer, elle défend encore les passes d'Hollandsch-Diep et de
Volkerak, par lesquelles l’ennemi pourrait tenter d'attaquer la Hollande ou les
îles de Beveland; enfin cette place protège Overflakkee et Goeree qui ne sont
séparées du continent que par une passe de 600 toises. Le fort que je propose
de placer dans l’île, pris d'Ooltgensplaat, se liera avec Willemstad et les
ouvrages extérieurs que je vais indiquer. II serait à désirer que de Willemstad
on pût se couvrir par une inondation jusqu'au point où l’île se rapproche le
plus du continent, à peu près vers Dinteloord. Un ouvrage ou fort avancé, et
qui serait placé à 1,800 toises de Willemstad, défendrait bien la ligne de
gauche et, en éloignant l’ennemi, l’empêcherait de cheminer sur les digues; il
aurait de plus l'avantage de croiser ses feux sur la passe de Volkerak avec le
fort que je propose d'établir près d'Ooltgensplaat, qui en serait éloigné de 7
à 800 toises au plus.
Ce projet est le
premier qu'on doit prendre en considération : Willemstad est le point qui doit
protéger les passes et 1'ile de Goeree. Si l’ennemi s'emparait de cette île,
les rades d'Hellevoetsluis seraient perdues. Willerostad a sept côtés et 1,300
toises de tour; étant susceptible d'inondations qui la couvrent tout autour,
elle n'est attaquable que par les digues; deux batardeaux les séparent de la
place; il n'en est pas moins convenable d'établir deux forts le long de ces
digues. Celui proposé a 1,800 toises vis-à-vis Ooltgensplaat remplit deux buts;
1'inondation, si on peut la prolonger jusque-la, le rendra plus fort. II
faudrait du côté de l’est, à 400 toises, un autre fort qui arrêterait l'ennemi.
Quant à l'intérieur, il faut réparer la caserne et la tenir en bon état, mettre
à l’épreuve de la bombe le magasin à poudre, qui peut contenir quarante
milliers, établir une manutention et un magasin des vivres, établir une caserne
voûtée pour 4 ou 500 hommes à la gorge d'un bastion pour servir de réduit à la
garnison.
II faut faire faire par
les officiers du génie des projets pour ces établissements. Il faudra aussi
construire un nouveau magasin à poudre pour cent milliers et des couverts
contre la bombe. Il faut mettre aussitôt des gardes-magasins. Il n'y a que dix
milliers de poudre; il est nécessaire d'en faire venir de Bois-le-Duc et des
autres places non conservées du Brabant. Je ne ferai des fonds cette année que
pour les magasins à poudre et les réparations urgentes; j'attendrai les projets
des autres travaux pour ordonner les fonds nécessaires, au mois de novembre.
Faites-moi un rapport pour
nommer les commandants du génie et de l’artillerie. Faites venir du Brabant une
compagnie de vétérans pour tenir constamment garnison à Willemstad.
Trianon, 4 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
II est indispensable de
fixer l’attention sur les places de Danzig, de Stettin, de Küstrin et de
Glogau.
Il y a à Küstrin un
chef de bataillon d'artillerie qui commande la place. Il faudrait y nommer un
colonel ou général de brigade, homme de tête sur lequel on put compter, lequel
aura le commandement de la place. II y a dans cette place la 10e
compagnie du 5e régiment d'artillerie à pied. Elle n'est que de 84 hommes;
faîtes partir sur-le-champ, du lieu le plus près, un détachement du même
régiment qui porte cette compagnie à 140 hommes présents. II n'y a qu'un
officier du génie, il faut en envoyer deux autres. Moyennant cela la garnison
de cette place sera d’un bataillon de marche de 800 hommes et d’un régiment
polonais, ce qui fera 1,800 bommes de garnison; ce qui est suffisant.
Faites-moi connaître son approvisionnement en vivres, en munitions de guerre,
son armement, et si elle est en état de soutenir un siège.
II y a à Glogau pour
commandant le général de brigade Rheinwald; est-ce un homme sur lequel on
puisse compter pour défendre cette place ? La garnison est composée d’un
régiment saxon de 1,400 hommes et de la 18* compagnie du 5e d'artillerie à
pied, qui n'est que de 72 hommes; complétez-les à 140 hommes. Faites-moi
connaître l’armement de la place et son approvisionnement en vivres et
munitions de guerre.
II y a à Stettin deux
compagnies d'artillerie, une du 5e et une du 7e; ces compagnies ne sont qu'à 70
hommes chacune; complétez-les à 140hommes, de manière qu'il y ait 280
canonniers. II y a un bataillon saxon et un régiment polonais. Comme la
garnison de Glogau n'est pas assez forte, on pourrait y envoyer le bataillon
saxon; alors la garnison de Glogau serait de 2,000 hommes. On enverrait à
Stettin, en remplacement, un régiment entier français de la division Morand, en
ayant soin de choisir un régiment des plus forts, de sorte qu'il y aurait à
Stettin un régiment français de 3,000 hommes, un régiment polonais de 800
hommes et 250 canonniers.
Il faudrait envoyer un
régiment de cavalerie légère pour avoir des postes à Stettin, à Küstrin et
Glogau.
Faites-moi un rapport
sur ces trois places. N'ordonnez aucun mouvement et mettez du secret dans tout
cela. Faites-moi connaître seulement à quoi est obligée la Prusse par le
traité, ce que je dois tenir dans ces trois places, et choisissez des
commandants qui m'en assurent la possession.
II y a à Danzig un bon
gouverneur. II est nécessaire d'y envoyer 2 officiers du génie, 1 colonel
d'artillerie et 1 capitaine en résidence. II y a deux compagnies d'artillerie
de 70 hommes; les compléter chacune à 140 hommes. II faudrait y envoyer, outre
cela, un régiment français entier, une compagnie d'artillerie et un régiment de
cavalerie; ce qui portera la garnison à plus de 6,000 hommes.
Ainsi la division
Morand fournirait deux régiments français d'infanterie et deux régiments de
cavalerie. Peut-être serait-il convenable d'envoyer une compagnie d'artillerie
de plus à Stettin, une à Küstrin et une à Glogau.
II est convenable dans
la position actuelle que la place de Danzig soit bien gardée. Je désirerais
aussi avoir un rapport sur ces questions ; si j'avais besoin d’avoir 60,000
armes, d'où les tirerais-je, et comment pourrait-on les envoyer le plus
secrètement possible ?
Trianon, 4 août 1810
Au vice amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte
Decrès, le secrétaire d'Etat vous enverra un décret que je viens de prendre et
par lequel je dispose des commandements des côtes depuis 1'Ecluse jusqu'à
l'Elbe. Présentez-moi lundi des lettres patentes pour les titulaires de ces
quatre commandements. II leur sera enjoint, par ces lettres patentes, de rester
constamment à leur bord, de maintenir la discipline la plus exacte dans leurs
équipages, d'appareiller toutes les fois qu'ils le pourront, afin de tenir les
Equipages en haleine, afin d'avoir la flottille toujours en mouvement, en la
faisant soutenir au besoin par leurs grands canots, pour protéger et surveiller
les côtes. Vous mettrez dans les lettres patentes du commandant de l’Escaut
qu'il doit réunir toute sa flottille, tantôt dans l’Escaut occidental et tantôt
dans l’Escaut oriental; qu'il doit faire visiter tous les jours les forts et
batteries qui protègent les stations de sa flotte, et qu'il doit vous rendre
compte tous les jours de leur situation et de la manière dont s'y fait le
service.
Vous mettrez dans les
lettres patentes du commandant des bouches de la Meuse que la surveillance et
la garde de l’île de Goeree lui sont particulièrement recommandées. Dans celles
du commandant du Texel, vous mettrez qu'il doit toujours tenir une bonne division
de sa flottille auprès d'Emden, et qu'il doit faire constamment naviguer le
reste entre les îles. Je laisse à sa prudence la partie de sa flottille qu'il
doit tenir dans I'Ems et sur les côtes de l’Ost-Frise, et celle qu'il doit
laisser dans le Texel. Dans les lettres patentes du commandant des villes
hanséatiques, vous lui recommanderez particulièrement la surveillance et la
défense des trois points principaux, la Jahde, le Weser et l’Elbe. Vous ferez connaître
à tous ces commandants que ce n'est que par une activité continuelle de leurs
flottilles que mon but peut être rempli, les équipages s'exercer et s'amariner,
et les côtes être surveillées et protégées. Vous voyez que j'ai réduit la
flottille française à 48 chaloupes canonnières; en donnant un équipage de 30
hommes à chacune, cela ferait en tout de 12 à 1.500 hommes. Ainsi le 42e
bataillon serait presque suffisant. Les 18 autres chaloupes canonnières
attachées aux flottes de l'Escaut et du Texel n'entrent pas en ligne de compte,
devant mouiller chacune auprès d'un des vaisseaux et être aux ordres de chacun
des capitaines, qui les fera monter par des détachements de son équipage à son
choix.
Quant aux Hollandais,
je pense bien qu'ils ne pourront pas tout fournir en chaloupes canonnières;
mais ils pourront fournir la moitié en chaloupes canonnières, et l'autre moitié
en schooners ou autres bâtiments utiles. Mon intention est de prendre la même
mesure pour le reste de la France. J'attends pour cela l'organisation des
bataillons, parce que leurs colonels pourront commander les garde-côtes que
monteront leurs équipages; bien entendu qu'à Cherbourg, à Brest, à Rochefort et
à Toulon, on les mettrait sous les ordres des amiraux et des généraux.
Trianon, 4 août 1810
Au vice amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous renvoie votre
correspondance de Hollande, que j'ai lue avec intérêt. J'estime qu'il serait
convenable que vous établissiez près de vous un bureau séparé pour la marine
hollandaise. Vous y placeriez l’administrateur et 1'officier de marine arrivé
ici, et vous y appelleriez quelques commis d'Amsterdam. Cela vous servirait
pour diriger tous les travaux de recrutement de cette année, et peut-être cet
état de choses pourrait-il être continué pour 1811; c'est-à-dire que peut-être
je laisserai subsister encore cette année la marine hollandaise avec sa solde
et ses habitudes, car je ne me résoudrai à incorporer les affaires de Hollande
dans tous les départements de mon ministère que quand je me serai bien assuré
de ce que je veux faire. Cependant il est indispensable que vous commandiez en
Hollande comme à Brest; et que vos ordres n'y trouvent aucun retard. II est
également indispensable que tous les renseignements dont je puis avoir besoin, je
les aie du soir au matin. II faut donc créer un bureau hollandais qui
contienne, au petit pied, tout le ministère, et que l’on puisse trouver les
états de situation, les revues, les états du personnel, etc., car je compte
mettre, dès septembre prochain, des fonds particuliers à votre disposition pour
la marine de Hollande. Vous me rendrez compte de la formation de ce bureau.
Je vois, dans la lettre
du maître des requêtes, qu’un vaisseau de 68 canons peu aller d'Hellevoetsluis
àFlessingue. Cela étant, faites-moi connaître s'il ne serait pas convenable de
diriger, d'Hellevoetsluis sur Flessingue, un ou deux vaisseaux de cette espèce,
qui, ayant l’avantage de craindre moins les bancs, pourraient sortir en avant
de notre escadre, et qui en même temps, dans des lignes d'embossage, pourraient
appuyer une aile avec avantage.
Mais ce à quoi
j'attache le plus d’importance, c'est que les frégates qui sont à Rotterdam
viennent renforcer mon escadre de Flessingue. Je crois qu'il y a à Rotterdam
une frégate et quelques bricks qui, s'ils étaient bons marcheurs, seraient
utiles.
Je ne trouve aucun
renseignement sur la grande frégate de 50 canons. Je ne sais si elle est bonne
marcheuse, ni quand on peut espérer qu'elle sera arrivée à Flessingue.
Dans la correspondance du
ministre, je relève qu'ils ne veulent pas construire des vaisseaux tirant 22
pieds d'eau, mais qu'ils ne font pas d’objection pour en construire d'un tirant
de 21 pieds. Faites-leur donc construire un vaisseau de 74 ne tirant que 21
pieds d'eau, en leur donnant le même modèle que celui adopté primitivement pour
Anvers.
Je désire que vous me
fassiez un rapport sur les passes du Texel. S'il y a 21 pieds d'eau à basse mer
sur ces passes, je ne comprends pas qu'on ne puisse pas faire sortir un
vaisseau d'un plus grand tirant d'eau en profitant de la marée. D'un autre
côté, je ne puis pas croire que ces 21 pieds d'élévation soient à haute mer,
car, la marée devant monter de 12 à 15 pieds au Texel, dans ce cas les passes
seraient presque à sec à basse mer. Cela me porte à penser qu'on pourrait
construire des vaisseaux tirant 22 pieds, et même des vaisseaux de 80 et à
trois ponts, sauf à prendre quelques précautions pour leur sortie. Comme je
suppose qu'il y a beaucoup de vieux préjugés dans tout cela, recommandez bien à
Kersaint de sonder lui-même tous les points importants des passes.
Dans votre réponse au
ministre de la marine, vous lui direz de vous faire connaître s'il ne serait
pas convenable de placer les vélites et les pupilles royaux à bord de
l'escadre.
Je vous ai demande des
renseignements sur la Guyane hollandaise. Expédiez-y quelques mouches et
faites-moi connaître ce que je pourrais y envoyer. J'ai ordonné à
l'architrésorier de faire partir un brick pour Batavia; ce brick a dû partir du
Texel.
Trianon, 4 août 1810
Au prince Lebrun,
lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam
Je reçois votre lettre
du 1er août. Vous me dites que les douanes arrêtent à l'exportation en
Allemagne les draps de Hollande; mais vous ne me dites pas si ce sont les
douanes françaises ou celles du grand-duché de Berg.
Vous recevrez demain
une organisation pour la surveillance de toutes les côtes de la Hollande.
L'inspecteur du trésor
a des ordres du ministre pour ramasser tout ce qu'il y aurait sur la place à un
escompte de 1/2 pour 100 par mois, et pour correspondre avec lui. Révoquez donc
votre ordre et favorisez cet agent dans toutes ses opérations.
Je vois, par une de vos
lettres du 29 juillet, que les 660,000 florins doivent suffire, pour la dette
publique, pour le mois d’août. Depuis quand les Hollandais ont-ils arriéré le
payement de leur dette ? Croient-ils qu’elle est arriérée d'un an ?
Vous me dites que le
grand veneur recevait par an 100,000 florins ; je suppose que cet argent entre
au trésor public.
Au moment que le
Conseil d’État et le Corps législatif sont supprimés, il est indispensable de
nommer aux diverses places que des Hollandais doivent remplir à Paris.
Faîtes-moi connaître les douze personnes les plus capables parmi lesquelles on
pourrait choisir pour les six places de sénateurs, et envoyez-moi des notes sur
les emplois qu'ils ont occupés, sur leurs habileté, fortune, opinions.
Proposés-moi six personnes pour les trois places de conseillers d'Etat, et six
pour les trois places de maîtres des requêtes, et dix-huit pour occuper les
neuf places d'auditeurs que je destine à des Hollandais. Envoyez-moi également
une liste double pour les places au Corps législatif, en prenant dans tous les
départements, selon une règle que vous ferez. II faut que votre travail soit
circonstancié, et que l’âge des individus,
leur fortune, leurs opinions,
leurs talents, soient bien connus.
Trianon, 4 août 1810
A Frédéric-Auguste, roi
de Saxe, à Dresde
Monsieur mon Frère,
j'ai reçu votre lettre du 8 juillet; je donne entièrement mon assentiment au
choix de Torgau pour y établir la place d'armes de dépôt pour votre royaume.
Cette place a, comme Wittenberg, l’avantage de donner un pont sur l’Elbe. Je
considère même sa situation sur la rive gauche comme avantageuse, parce qu'il
serait plus facile d'en faire lever le siège. L'important actuellement est de
diriger les travaux de manière que, dès le premier million qu'on y emploiera et
dès la première année, il y ait un résultat, et de ne pas laisser suivre la
méthode ordinaire des ingénieurs, de dépenser beaucoup d'argent et de ne donner
de résultat que lorsque tout est achevé. Dans le temps où nous vivons, les
circonstances commandent la prudence, et il est important d'avoir, le plus tôt
possible, un point d'appui et de dépôt pour les forces militaires de Votre
Majesté.
Je désire qu'aussitôt
que l’ingénieur que Votre Majesté choisira aura assis ses idées, bien reconnu
le local, et tracé son plan de situation, elle me le communique, afin que le
résultat qu'il convient pour nos intérêts d'obtenir, la mise en état de défense
de cette place et l’emploi du premier million, et dès la première année, puisse
s'exécuter.
Quant à Varsovie, la
question est fort difficile; si l’on est obligé d’abandonner toute idée de
fortifications pour cette grande ville, il serait avantageux que l’on pût
achever les fortifications de Modlin et leur donner un plus grand
développement, en y comprenant l’île qui est au milieu de la Vistule et en
occupant un point sur la rive gauche. Je désire aussi que Votre Majesté
m’envoie le plan de cette place et du terrain de ses environs. En en faisant
une bonne place, Modlin remplirait également le but d'avoir un pont sur la
Vistule et d'être maître de cette rivière, d’autant plus qu'en cas de besoin il
serait facile d'y transporter, par eau, tons les dépôts de munitions et
d’artillerie qui se trouveraient à Varsovie. Je souhaite que Votre Majesté
n'envoie les états de situation des places de Sierock et de Praga; celle de
l’armée de son duché, ainsi que quelques notes sur les armes qui s’y trouvent,
soit pour armer les troupes, soit pour armer la population. A-t-on fait usage
de celles que j'avais envoyées à l’issue de la dernière guerre ?
Comme je désire avoir
tout cela très secrètement et sans qu'on puisse se douter que je m'occupe de
ces objets, j*ai pense que la manière la plus simple était de vous le demander
directement. Cependant Votre Majesté remarquera que ceci n'est que de pure
précaution, car mes relations avec la Russie continuent à être fort bonnes.
Trianon, 5 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, donnez ordre que la division Grandjean soit dissoute; que le régiment
qui a ordre de se rendre à Saint-Malo continue pour Brest; que, du moment que
ce régiment sera arrivé, le ler provisoire de ligne retourne à Nantes, et le 2e
provisoire de ligne à Lorient; que le 3e de ligne, qui est à Cherbourg, se
rende à Saint-Malo. Envoyez un courrier à Cherbourg pour que le 105e ne parte
pas. Ainsi le 10e d'infanterie légère sera à Brest, le 3e de ligne à
Saint-Malo, et le 105e à Cherbourg. Donnez ordre au 3e léger, qui est à
Dunkerque et Calais, de se rendre au Havre. Donnez ordre que le bataillon du
régiment irlandais, qui est à Landau, se rende à Bois-le-Duc, où il fournira
des postes à Willemstad; que le 13e de chasseurs se rende à Niort; que le 1er
bataillon étranger, qui est à Cherbourg, se rende en Hollande. Donnez ordre aux
tirailleurs corses et aux tirailleurs du Pô de se rendre à Boulogne, où ils feront
partie du camp.
Régiments suisses. —
Donnez l'ordre que l’un des deux bataillons du 4e régiment suisse qui sont à
Valladolid (le 1er ou le 2e), y reste; que tous les hommes qui sont en état de
servir y soient incorporés, et que le cadre de l'autre bataillon se rende au
dépôt à Rennes. Ainsi, des trois bataillons de ce régiment, l’un reste à
Valladolid, et l'autre sera à Rennes; il parait que le 3e a été fait
prisonnier. Je vois que le 3e régiment suisse a un détachement dans l’île de
Cadzand, un à Lille, un bataillon dans l’île de Walcheren, et un à Bruges.
Proposez-moi de réunir ces bataillons dans un même lieu, pour le bien de la
comptabilité de ce corps. Le 1er bataillon de ce régiment est porté pour
mémoire; je suppose qu'il est prisonnier; le 2e bataillon est à Valladolid. Le
2e régiment suisse a un bataillon à Valladolid et un en Catalogne. Ainsi il y a
cinq bataillons des régiments suisses en Espagne : quatre à Valladolid, et un
en Catalogue. Les deux bataillons du 4e régiment seront réduits à un, comme je
l’ai dit ci-dessus. Le 2e bataillon du 3e régiment et le 1er du 2e se réduiront
à trois compagnies chacun, où seront incorporés tous les hommes disponibles, et
ces six compagnies formeront un bataillon provisoire. Les cadres des autres
compagnies rentreront au dépôt.
Le bataillon de l'armée
de Catalogne sera complété par un détachement de 400 hommes qui partira des
deux bataillons qui sont à Marseille et Toulon. Ainsi, des quatre régiments
suisses, il y aura quatre bataillons à Naples, trois en Espagne, dont deux à
Valladolid et un en Catalogne, deux à Marseille et Toulon, deux dans l’île de
Walcheren, et deux dans la 13e division militaire.
Bataillons coloniaux. —
II y a six bataillons coloniaux; ne serait-il pas convenable de les réduire à
trois ? La force des six n'est que de 2,000 hommes; ce qui fait des cadres
nombreux et très coûteux.
Chasseurs de la
montagne. — Ne pourrait-on pas licencier les chasseurs de la montagne ?
Bataillons étrangers. —
II y a trois bataillons étrangers. L'un est à Cherbourg, l'autre à
Porto-Longone, le troisième en Corse. De quelles nations sont les hommes qui
les composent ? Quels sont les officiers qui les commandent ?
Pionniers. — Faites-moi
un rapport sur le régiment de pionniers. Il est si disséminé qu'il vaudrait
peut-être mieux le mettre en compagnies.
Je vois qu'il y a neuf
compagnies de pionniers; ne serait-il pas convenable d'envoyer la 5e
à Flessingue (on ne manque pas de bras à Wesel), de même que la 7e, et d'envoyer
à Willemstad la 8e, qui est à Juliers ? En général, le régiment et les
compagnies de pionniers, sur lesquels j'attends un rapport de vous, je voudrais
les placer soit dans les îles de Walcheren et de Cadzand, soit dans les pays où
il n'est pas facile de trouver des travailleurs.
Bataillon romain. —
Qu'est-ce que c'est que le bataillon romain qui est à Rome ?
Bataillon départemental
et compagnies municipales. — Qu’est-ce que le bataillon départemental et les
compagnies municipales qui sont en Catalogne ?
Légion hanovrienne. —
Mon intention est que la légion hanovrienne ne soit plus recrutée et qu'on en
réduise les cadres. Ce pays appartenant au roi de Westphalie, il est inutile de
s'occuper de ce corps.
Je vois que le régiment
d’Isembourg est à 5,800 hommes, le régiment de la Tour d'Auvergne, à 4,800;
c'est bien nombreux. Le roi de Naples demande à les prendre à son service.
Ecrivez au chef d'état-major de faire ce travail. Moyennant que le Roi paye
l'armement et l’habillement, cela peut s'arranger.
Qu'est-ce que les
bataillons irlandais qui sont à Landau ? Faites-en passer une revue de rigueur
et faites-moi connaître de quelle nation sont les hommes. Je n'ai point l'état
des officiers. Donnez ordre que le 2e bataillon et le 3e de ce régiment irlandais,
qui sont en Espagne, soient réduits à un seul bataillon. On mettra en titre les
meilleurs officiers. Ce régiment restera ainsi à trois bataillons; il ne sera
pas augmenté.
Le 5e bataillon sera
détruit dans le régiment espagnol, et sous aucun prétexte ne sera rétabli.
Faites-moi connaître ce que font le 1er bataillon de ce régiment qui est dans
la Maurienne, et le second qui est à Anvers; fournissent-ils des travailleurs ?
Le 1er et le 2e
bataillon du régiment de Prusse qui sont en Espagne seront de même réduits à un
seul bataillon. Ainsi ce régiment ne sera plus composé que de deux bataillons,
l’un en Espagne et l'autre dans l’île de Walcheren.
Les tirailleurs corses
et les tirailleurs du Pô seront réduits chacun à six compagnies; les autres
compagnies seront versées dans les compagnies restantes. On mettra en titre les
officiers les plus capables, les autres seront mis à la suite ou placés
ailleurs.
Le bataillon franc de
l’île d'Elbe est de 1,000 hommes et me coûte beaucoup. Aujourd’hui que j’ai des
troupes, je voudrais dissoudre ce bataillon; cela pourra être agréable aux
habitants et épargnera une dépense inutile.
Je ne veux, sous aucun
prétexte, augmenter les bataillons étrangers, ni ceux destinés à recevoir les
déserteurs. Les déserteurs, je les placerai dans des bataillons de pionniers
pour la Hollande.
Ces observations
sommaires vous feront sentir la nécessité de me faire un rapport général sur
les troupes auxiliaires et hors de numéro.
Trianon, 6 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, écrivez pour que le roi de Westphalie fasse confisquer toutes les
marchandises coloniales qui traverseraient l'Elbe ou passeraient de la Prusse
sur quelque point de ses Etats, vu que ce sont autant de marchandises
anglaises. La Prusse en a déjà introduit et en introduit encore une grande
quantité chez lui. Avec de la vigilance il peut les arrêter toutes et s'en
faire une ressource de plusieurs millions.
Trianon, 6 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vois dans le Journal de l’Empire que le 5e bataillon de marche de
1,000 hommes est parti de Naples le 25 juillet pour se rendre en Catalogne.
Donnez ordre qu'on arrête ce bataillon où on le rencontrera, qu'on en passe la
revue et qu'on le retienne jusqu'i nouvel ordre. Mon intention n'est pas
d'encombrer la Catalogne de mauvais soldats et d’en grossir les bandes de
brigands. Si ce bataillon est composé de galériens ou de bandits, ou d’hommes
mal habillés et mal armés, on le renverra à Naples. En général, écrivez au Roi
que je n'ai pas besoin de nouvelles troupes napolitaines en Espagne et que je
n'en veux plus.
Trianon, 6 août 1810
Au comte Defermon,
intendant général du domaine extraordinaire, à Paris
Monsieur le Comte
Defermon, je n'ai pas signé le décret que vous m'avez présenté sur l’arriéré dû
par les provinces d'Allemagne, parce que je n'ai pas trouvé la matière assez
éclaircie. Je désire que vous voyiez M. Villemanzy pour qu'il vous explique
bien tous ses états. Je vois que la comptabilité de ces provinces a été arrêtée
au 1er avril 1810; mail autre chose est d'arrêter cette comptabilité au 1er
avril et autre chose est de l’arrêter par exercices, de manière à indiquer ceux
qui s’y trouvent compris. Je ne comprends pas pourquoi, au lieu de morceler
ainsi l’exercice 1810, on n’a pas arrêté les comptes à la fin de 1809, ou du
moins au moment où l’on a cessé d’administrer chaque province; or cette
administration n'a pas fini à la même époque pour toutes les provinces; par
exemple, pour la Poméranie suédoise on a continué de toucher les revenus
jusqu'au moment où les ratifications du traité de paix avec la Suède ont été
échangées, et pour Bayreuth, mes agents l'administraient encore il y a peu de
semaines. Il y a même observation à faire sur l'arriéré de l’armée; on y parle
des dettes de 1806, de 1807 et de 1808; mais on n'y parle pas de celles de
1809. Cependant, devant prendre un décret, je désire que tout y soit compris.
Représentez-moi donc ce travail divisé par exercices et complet.
Trianon, 6 août 1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, je m'occupe
d'un grand objet relatif à la navigation et au commerce. Je vous prie de m'envoyer
le tarif des douanes du royaume d'Italie, tel qu'il est aujourd'hui en
activité. Je désire désormais qu'aucun changement n'y soit fait que par un
décret de moi. Je vous ai fait envoyer un décret qui prohibe l'entrée des soies
d'Italie pour toute autre destination que Lyon. Vous recevrez un décret que je
viens de prendre pour régler les droits d'entrée de plusieurs espèces de
denrées coloniales. De quelque manière que ces denrées arrivent, elles doivent
payer ces droits, mais bien entendu qu'elles ne doivent point arriver au
détriment du blocus. Vous recevrez également le décret général que j'ai pris
sur la navigation. Ces deux décrets sont exécutoires pour le royaume d’Italie;
ils sont secrets et doivent rester dans votre main. Vous ne devez donner
d'ordres en conséquence de ces décrets que par des lettres ministérielles.
II est nécessaire que
vous fassiez classer, comme cela se pratique en France, les bâtiments de la
marine italienne. Les commissaires français de la marine de Venise doivent
connaître cette méthode. Vous sentez que, puisque je m'occupe de denrées
coloniales, je m’occupe des moyens de les faire vendre. Je vais vous envoyer
deux espèces de licences pour Venise et Ancône; l’une est licence ordinaire: il
sera permis aux bâtiments munis de ces licences d’exporter des blés, des
fromages et autres objets du cru du pays, même à Malte, en Angleterre, en
Suisse, en Turquie et partout. En échange, ils pourront importer des bois de
teinture et les objets nécessaires aux consommations du royaume d'Italie. Ces
licences les mettent à l’abri des formalités exigées par les lois du blocus.
Ils pourront importer des colons du Levant, mais il faudra bien vérifier s'ils
sont du Levant et non colons coloniaux. Je désire que vous m'envoyiez deux
Italiens bien au fait du commerce et des manufactures, qui connaissent bien les
genres de productions dont le royaume est encombré, s'il y a des blés, des
fromages, des blés plus qu'il ne faut pour le bien du pays, ce que payent les
marchandises à l’entrée et à la sortie, ce qui s'oppose à l'exportation, et
quels sont les objets d'importation dont l'Italie a besoin, si l’on a
l'habitude d'importer des cotons dans le royaume d'Italie. Il faudra que les
personnes que vous m'enverrez apportent avec elles la balance du commerce
depuis plusieurs années et connaissent la valeur des objets qu'on importe et
qu'on exporte.
Envoyez-moi l'état des
bâtiments entrés dans l'armée à Venise, à Ancône et dans les autres ports, avec
désignation de leurs chargements, et des notes qui fassent connaître de quelles
nations ils étaient. Mon intention est de prendre des mesures pour que le
commerce soit fait par les nationaux eux-mêmes. Faites-moi connaître quels sont
les prix des indigos, du café, du sucre, en distinguant les différentes espèces
de sucre, des thés, du coton du Levant, du Brésil et de l'Amérique. Le résultat
des mesures que je veux prendre sera un bénéfice pour le royaume de 20 à 25
millions, qui seront employés tout entiers au rétablissement de la marine de
Venise.
Trianon, 7 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, j'ai donné ordre que toutes les marchandises coloniales qui se
trouveraient à Stettin fussent séquestrées, puisque ce sont des marchandises
anglaises venues sur bâtiments américains. Écrivez dans ce sens au ministre de
Prusse à Paris et à mon chargé d'affaires en Prusse, afin que, lorsque les
réclamations viendront, ce dernier ait son langage fait, savoir, que partout où
sont mes troupes je ne souffre point de contrebande anglaise.
Trianon, 7 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
II ne faut point faire
sortir d'Italie des chevaux d'artillerie sans mon ordre. C'est une
très-mauvaise opération que de tirer des chevaux d'Italie, où il n'y en a point
et où l’on a la plus grande difficulté à en faire passer. Je n’approuve point
cette mesure.
Trianon, 7 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio de se concerter avec M.
l’architrésorier afin qu'il donne des ordres conformes à ceux que vous allez
lui transmettre relativement à l’île de Texel. Mon intention est que le général
Kirgener débarque dans l'île du Texel avec un officier d'artillerie français,
un officier du génie français et un hollandais. II aura avec lui un officier
général, un bataillon d'infanterie et deux compagnies d'artillerie, tous
hollandais; on y joindra 25 chasseurs ou hussards français, commandés par un officier
intelligent. Les deux compagnies d'artillerie seront chargés d’y débarquer six
pièces de canon de 12, six pièces de canon de 6, six petits mortiers ou
obusiers, en tout dix-huit pièces. On y transportera 500 coups par pièce,
affûts, plates-formes, armement et attirails nécessaires pour armer
complètement le petit fort de l’île de Texel. On débarquera en outre un obusier
et deux pièces de campagne destinés à parcourir la côte et à y être placés,
suivant les circonstances, pour s'opposer au débarquement.
La somme de 50,000
francs sera mise par l’architrésorier à la disposition du général Kirgener pour
faire travailler au rétablissement du fort. On se servira pour les travaux du
bataillon d'infanterie comme pour un ouvrage très-urgent; on rassemblera aussi
les ouvriers qu'on pourra trouver dans l’île et les pays voisins; on requerra 8
ou 10 chevaux pour traîner les pièces vers leur position. On s’occupera
sur-le-champ à blinder et arranger le magasin à poudre. Si la caserne est à
l’abri de la bombe, on la réparera; sans quoi il faut sur-le-champ en blinder
une. Il faut palissader les chemins couverts, s'il y en a, curer les fosses,
rétablir les portes, etc.; enfin il faut mettre le fort en état de soutenir un
siège en attendant qu'il soit secouru. Avant de chercher à établir des défenses
sur les côtes, il faut commencer par mettre le fort à l’abri de toute surprise.
II faudra y placer un approvisionnement pour deux mois en farines et liquides;
on doit trouver dans l’île une quantité suffisante de viande et de poisson. On
mettra sur-le-champ à la disposition du général Kirgener une somme de 10,000
francs pour faire commencer aussitôt le travail. II s'occupera de faire un plan
en règle d'un projet pour donner à ce fort tout le degré de force dont il est
susceptible.
L'amiral de Winter, qui
commande dans le Zuiderzee, ainsi que la division de chaloupes canonnières,
agiront de concert pour assurer cet établissement et entretenir la
communication avec la terre ferme. Douze chaloupes canonnières françaises qui
sont aux ordres du duc de Reggio s'y rendront pour faire les transports de
l'établissement conjointement avec des bâtiments hollandais.
Vous connaissez mon
opinion relativement aux bâtiments et casernes qui ne sont pas à l’abri : ils
servent toujours de prétexte à la reddition d'une place; je ne veux donc là que
des ouvrages de guerre. II faut s'attendre à une attaque dans quinze jours : il
faut donc des blindages, des blockhaus, et détruire la caserne, si elle ne peut
être mise à l’abri de la bombe. Le duc de Reggio donnera tous les ordres pour
que, d'ici au 20 août, l’île soit occupée et le fort à l'abri d'un coup de main
et en état de soutenir un blocus de deux mois et un bon siège. J'attendrai les
plans du général Kirgener pour ordonner les nouveaux travaux soit du fort, soit
des batteries à établir pour protéger les passes du Texel et les mouillages de
l’île.
Trianon, 7 août 1810
Au comte Bigot de
Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le comte Bigot
Préameneu, je vois par une lettre du général Miollis que, sur seize curés qui
sont à Viterbe, huit ont prêté serment. Je pense que ces huit curés suffisent à
Viterbe. II faut profiter du refus de prêter serment pour réduire les paroisses
au nombre qui doit être conservé.
Trianon, 8 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Due de
Cadore, on peut accorder au ministre d'Amérique tout ce qu’il demande pour ses
communications avec l’Amérique et l’Angleterre.
Trianon, 8 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
II est possible que le
roi de Naples ne puisse pas trouver l'occasion de passer en Sicile de tout le
mois. Faites-lui connaître que mon intention est qu'il reste campe, et avec ses
canonniers, prêt à passer, parce que, en tenant ainsi en échec l'ennemi, il
l’empêchera de se dégarnir pour se porter ailleurs et l'obligera à tenir là ses
chaloupes et marins, en même temps qu'il aura la crainte que mon escadre de Toulon
ne fasse un mouvement pour opérer une diversion d'un autre côté, vu que je
rassemble à Toulon un camp assez considérable. Il se trouvera donc par là tout
à fait en échec. II faut que le Roi tienne ses troupes campées par une autre
raison : c'est le moyen de les former et de leur donner une constitution
particulière.
Trianon, 8 août 1810
A Joachim Napoléon, roi
des Deux-Siciles, à Naples
Vous trouverez ci-joint
un décret pour régler dans mes Etats de France et d'Italie le droit que doivent
payer les denrées coloniales arrivant par prises, confiscation ou de toute
autre manière. Je vous prie de prendre un pareil décret chez vous. Ce sera une
ressource pour votre trésor, sans aucun inconvénient.
Trianon, 9 août 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, présentez une note au ministre de Suède sur la prise du Wagram, et
demandez que la Poméranie suédoise déclare la guerre à l'Angleterre; que les
bâtiments anglais y soient séquestrés et ne soient point reçus à l’île de Rugen.
Indépendamment des indemnités, faites un article sur l'enlèvement des
corsaires, pour le Moniteur.
Trianon, 9 août 1810
Au comte de Lavalette,
directeur général des postes, à Paris
Il est nécessaire que
dans le livre-poste de l'année prochaine vous mettiez la France, la Hollande,
l'Allemagne depuis l’embouchure de l'Elbe jusqu'à la Bohème, les frontières de
la Bohème jusqu'a l’Inn. Depuis l'Inn vous mettrez Salzburg, Villach,
l'Illyrie, toute l’Italie; en outre l'Espagne et le Portugal. Faites travailler
à cette carte de bonne heure. II faut que votre carte comprenne les routes de
poste dans tous ces pays.
Trianon, 9 août 1810
Au comte Collin de
Sussy, directeur général des douanes, à Paris
II est parti dans la
mi-juillet un bâtiment d’Ostende pour l'Angleterre. Qui a pu autoriser le
directeur des douanes à laisser passer ce bâtiment ? Faites venir ce
directeur à Paris pour rendre compte de sa conduite, et faites-moi un rapport.
Trianon, 10 août 1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Mon décret du 5 juillet
dit tout ce qui est nécessaire pour les permis américains; en conséquence, je
n'ai pas jugé à propos d'en rendre un autre. Au lieu de trente permis, il y en
aura cent, deux cents, sans qu'il soit pour cela nécessaire de rendre un
décret. Je vous envoie le modèle que vous m'avez soumis. J'y ai fait une addition
qui porte que la valeur de la cargaison sera principalement, et pour la moitié
au moins, en vins et eaux-de-vie de France, et pour l’autre moitié, en draps,
etc. J'ai ajouté au verso une indication pour les phrases en chiffre convenu
avec les relations extérieures et écrites de la main de mon consul. Aussitôt
que les permis seront imprimés et que vous y aurez mis les noms des maisons qui
les ont demandés, envoyez-les-moi; j'en signerai dix pour chaque série. II n'y
a pas un moment à perdre. II est inutile de dire dans un décret qu'on pourra se
passer du concours d’un fabricant avec une maison de commerce; il suffit que
cela soit convenu. II faut le moins possible compliquer les décrets sur cette
matière.
Je n'ai également pas
jugé nécessaire de signer 1'autre décret et de rapporter le titre VII de celui
du 3 juillet; il suffit que nous soyons convenus que les premières licences
s'appelleront licences simples. Je trouve que tout est dit dans le module de
ces licences. J'approuve ces modules pour les séries de l*Océan; quant à celles
de la Méditerranée, ne faites pas mention de l'Espagne, sauf à accorder, s’il y
a lieu, des licences spéciales. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous
laissiez importer les cafés, pourvu que ce soient les cafés d'Arabie et non des
colonies occidentales. Envoyez-moi des licences à signer le plus tôt possible.
Quant aux licences pour
le sucre, j'attendrai pour les délivrer que ce qui est relatif aux permis et
aux licences simples soit terminé; ce qui me donnera encore le temps de
réfléchir avant d'autoriser un commerce direct avec l’Angleterre.
Pour ne pas perdre de
temps en discussions, expédiez le plus tôt possible ce qui est relatif aux
licences simples et aux permis. Je ne rapporte aucun décret. Ceux du 3 et du 5
juillet forment la législation. Celui du 3 juillet disant, article 18,
« que les porteurs de licences seront tenus de se conformer aux conditions
exprimées dans la licence », il n'y a aucun nouveau décret à rendre. Les
conditions de la licence disent tout. II suffit d'envoyer à la secrétairerie
d'Etat les nouveaux modules que j'approuve, pour être annexés à ces décrets.
Quant à la législation
générale, on décidera selon les cas qui se présenteront; il y aurait de
l’inconvénient à le faire par un décret général, puisque je vois que tous les
décrets sont connus sur-le-champ. Vous pourrez me faire des rapports sur les
différents cas et je prononcerai. Je ne vois rien dans le titre Ier et dans le
titre II du nouveau projet de décret qui soit indispensable. Je crois qu'il
faut laisser les trente séries comme elles existent, et ne pas faire de subdivisions.
Il est, par exemple, impossible de mettre la Hollande avec la Normandie et la
Bretagne. Il est inutile de dire ce que la licence autorise, puisque cela est
dit dans les licences, et que, s'il y a des cas d'exception, on prononcera.
Quant au titre III sur les licences pour le sucre, je m'en occuperai aussitôt
que tout ce qui concerne les licences simples et les permis sera fini.
Trianon, 10 août 1810
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris
Monsieur le Duc de
Frioul, je désire que vous me remettiez sous les yeux le projet pour Meudon; je
ne le comprends pas bien. Je voudrais augmenter dans mes palais les meubles
d'étoffe de laine de Beauvais et de la Savonnerie, parce que cela est de bonne
durée, parce que cela emploie des matières premières de France, et que cela
fait aller des manufactures qui en ont besoin. Je voudrais donc qu'on augmentât
le nombre des ouvriers des Gobelins, qu'on y établit de petits ateliers pour
faire des chaises, des fauteuils, qu'on fit la même chose aux manufactures de
la Savonnerie, de Beauvais, etc. Les étoffes de velours et les draps ne durent
qu'un moment; les meubles des Gobelins et de la Savonnerie doivent durer quatre
fois davantage. Faites-moi à cet égard un rapport appuyé sur des calculs et qui
fasse voir l’économie qu'il doit y avoir à donner la préférence à cette dernière espèce de meubles.
Trianon, 10 août 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'ai approuve votre
budget montant à 112 millions; je l’ai réduit, en supprimant 2 millions sur les
3,500,000 francs de la Guadeloupe, 1 million sur la solde à la terre, en
diminuant le bataillon d'ouvriers qui est en Espagne, en prononçant la réforme
de 500 officiers militaires et d’administration, montant à 345,000 francs, que
l’on peut porter aux Invalides; idem sur la solde d'inactivité d'officiers ou
d’entretien de prisonniers de guerre; 1 million sur la solde à la mer, en
prenant cette économie soit sur les trente-sept vaisseaux, soit sur les
vingt-sept frégates, ou bricks, ou corvettes; total, 4 millions. Tout ceci
n'était pas aussi complet que dans les états. J'ai accordé 2 millions pour
Venise, conformément à l'état particulier que vous avez joint au budget, et de
ce supplément j'ai fait le quinzième chapitre du budget; ce qui porte le total
du budget à 110 millions. J'ai signé un extrait du budget ainsi réglé.
Trianon, 10 août 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous ai déjà fait
connaître mes observations sur les dépenses des petits ports. J'espère que ces
dépenses inutiles n'auront plus lieu et que le budget de 1811 sera réduit
d'autant.
J'ai parcouru
légèrement les états des grands ports. Je ne sais pas pourquoi vous avez à
Anvers 3 capitaines de vaisseau employés à terre; je crois que c'est assez
inutile. L'état-major du port et des mouvements emploie 13 individus: cela me
paraît bien considérable; les mouvements d'Anvers sont bien peu de chose. 14
ingénieurs des travaux maritimes me paraissent une chose exorbitante. II y a
117 administrateurs à Anvers : cela ne pourrait-il pas être réduit à moitié ?
Vous portez 200 bâtiments, y compris la flottille, et en conséquence 680,000
francs pour solde : cette latitude me paraît trop forte. Pour régulariser ce
calcul, il serait peut-être nécessaire de distinguer la flottille, qui est
composée de bâtiments réguliers armés d'avec les autres éléments du compte.
Trianon, 10 août 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Toute la marine
vénitienne et actuellement la marine italienne se servent de mats vénitiens. Je
désirerais qu'à tout évènement vous en achetiez 3 ou 400 des meilleurs. Vous
les ferez venir, par le Pô, jusqu'auprès d'Alexandrie, d’où on les transportera
par terre jusqu'à Gènes; je ne sais même pas si l’on ne pourrait pas les faire
remonter, par la Bormida, jusqu'à Acqui, et de là les transporter à Savone. Ce
trajet serait beaucoup moins considérable. On fera laisser ces mats à Toulon;
ce sera, dans bien des circonstances, une bonne ressource. J’aurais aussi
désiré qu’on essayât des mâts de Corse. Beaucoup de personnes pensent qu'il y a
sur toutes ces matures beaucoup de préjugés.
Trianon, 10 août 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, donnez l'ordre aux trois bataillons qui sont réunis à Toulouse de se
rendre à Foix. Le général commandant le département de l'Ariège formera, de ces
trois bataillons et des troupes qu'il a, une colonne d’observation, avec
laquelle il entrera en Catalogne, du côté d'Urgel, pour désarmer et soumettre
les villages en armes du côté de Puycerda et d'Urgel. II aura soin de ne pas
s'éloigner des vallées, mais il étendra son influence, autant qu’il lui sera
possible, à deux ou trois marches autour, ne perdant point de vue qu'il doit
couvrir la frontière. Vous joindrez à cette colonne, qui sera forte de 2 ou
3,000 hommes, deux petites pièces de 3 ou de 4 de montagne, qu'on pourra
trouver à Foix, avec un approvisionnement de cartouches et de biscuits. II
faut, pour diriger cette colonne, un général de brigade jeune et capable de
faire la guerre de montagne. II faut surtout y mettre un bon colonel en second.
Donnez d'abord les ordres pour réunir les troupes. Vous instruirez de cette
diversion le duc de Tarente, et vous l’autoriserez à donner les ordres à cette
colonne; mais vous lui ferez bien comprendre qu’il ne doit pas les éloigner des
vallées de Puycerda et d'Urgel, vu qu'elles ont pour but spécial de contenir
ces vallées.
Trianon, 10 août 1810
Au prince de Wagram et
de Neuchâtel, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je désire que
vous envoyiez au général Kellermann la note ci-jointe, sur les archives de
Simancas. Vous le chargerez de vérifier ce que sont devenues ces archives, et,
si elles existent encore, vous lui ordonnerez de les faire emballer et de les
diriger sur Bayonne, en profitant des caissons qui ont apporté du biscuit.
Trianon, 10 août 1810
Au comte Defermon,
intendant général du domaine extraordinaire, à Paris
J'ai lu le projet de
décret que vous m'avez présenté pour assigner un traitement aux directeurs de
votre intendance. Mon domaine extraordinaire n'est pas assez riche pour que je
puisse accorder plus que les 100,000 francs que je vous ai donnés pour vos
frais de bureaux, et en vérité il n'y a pas, dans le domaine extraordinaire, de
quoi faire pour plus de 100,000 francs de besogne.
Trianon, 10 août 1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, j’ai reçu
votre lettre du 3 août. J'ai lu avec attention le rapport des commissaires sur les
deux villages d'Ascoli, dont la cession est demandée par le roi de Naples. Je
trouve que vos réflexions sont très justes, et que si, pour rectifier les
limites de Naples, il fallait céder ces deux communes, cela donnerait lieu à de
graves inconvénients sans aucune compensation. Je vais faire répondre sur cette
affaire par mon chargé d'affaires à Naples; je ne veux pas qu'il y ait de
douanes sur ces deux points de communication, et je n'admets aucun changement
dans la frontière d'Ascoli. S'il y avait un changement, ce serait pour donner
au royaume d'Italie le Salinello pour limite. Vous ferez finir les inquiétudes
qu'on paraît avoir à Ascoli et dans ces deux villages, en y faisant connaître
que j'ai pris en considération leurs intérêts et qu'ils ne seront jamais
réunis au royaume de Naples.
Trianon, 11 août 1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Voici comment les
licences doivent être rédigées :
« Sur le compte
rendu, etc., nous lui avons accordé la présente licence, par laquelle nous
1'autorisons à introduire dans l’un de nos ports telle quantité de sucre, café,
poivre, cannelle, grosse muscade, qu'il lui plaira, sous la condition
d'exporter une quantité de marchandises françaises égale à la valeur des
marchandises importées; entendons que les deux tiers de la cargaison seront en
vins et eaux-de-vie de France, et le tiers en quincaillerie, soies, rouenneries
ou autres étoffes provenant des manufactures et de l’industrie françaises. »
Saint-Cloud, 14 août
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, faites une réponse au sieur Latour-Maubourg, avec un projet de note
qu'il devra remettre à la Porte, dans laquelle il lui fera connaître qu'on
protégera son pavillon et son commerce, si elle veut les affranchir des
contributions que leur font payer les Anglais, et pour l'engager à se révolter
contre les arrêts du conseil. II faut que cette lettre et cette note soient
mises dans le Moniteur huit jours après qu'elles seront parties. Vous me
montrerez cette note avant de l’expédier.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Due de
Feltre, j'ai rendu un décret pour mettre en état de défense les îles d'Hyères et
les mouillages de Brégançon et de Fréjus.
Je ne veux dans les
forts aucun bâtiment qui puisse être brûlé. J’ai été jadis dans ce pays. Les
forts sont encombrés de bâtiments que trois obus mettraient en feu; après quoi
il faudrait les rendre. Une longue paix a introduit ces abus. Je préfère loger
les troupes dans des baraques de bois, qu'on démolit en cas d'attaque.
L'île de Porquerolles a
environ 800 toises de large; le château est éloigne d'environ 200 toises du
rivage du côté du mouillage. II me semble qu'il faut tracer autour de ce fort
un chemin couvert qui avance de 100 ou de 150 toises de chaque côté. Ce chemin
couvert pourra être couvert par un fossé, et l’on pourra placer sur le rivage
une lunette. Dès ce moment, l’île sera parfaitement occupée. On aura un fort de
4 ou 500 toises de tour, qui peut contenir 7 à 800 hommes, et qui pourra être
défendu par 80 ou 100 hommes. Comme ce pays est montagneux et de roc, on doit
pouvoir construire ce que je demande pour 20 ou 30,000 francs.
On doit me présenter en
novembre des projets pour former du côté de terre les batteries de Porquerolles
et de Port-Cros, et me faire un rapport qui me fasse connaître s'il faut
rétablir le fort de l’éminence. On joindra aux projets tous les plans et
projets nécessaires pour bien faire connaître la situation de ces forts et
batteries et les bâtiments à l'épreuve de la bombe.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre rapport
sur les quatre places de Danzig, Stettin, Küstrin et Glogau. La place qui
m'importe le plus est Danzig. J'approuve que vous y envoyiez le colonel Lepin
pour commander l’artillerie; mais je n'approuve pas que vous y envoyiez de
nouvelles compagnies d'artillerie. Je vous ai fait connaître que je voulais compléter
celles qui s'y trouvent. Je suis fâché qu'au lieu de chercher à exécuter mes
ordres vous m'obligiez à faire le travail de détail. Deux compagnies
d'artillerie suffisent à Danzig. Les deux compagnies du 5e régiment qui s'y
trouvent n'ont ensemble que 140 hommes; il faut leur donner encore 140 hommes,
que vous prendrez, savoir : 50 hommes de la 10e compagnie du 5e qui est à
Küstrin, 50 de la 18e du même régiment qui est à Glogau, et 40 de la 11e du
même régiment qui est à Stettin. Vous prendrez ces 140 hommes parmi les plus
jeunes canonniers. Donnez ordre qu'il y ait à Danzig trois officiers par
compagnie d'artillerie complète, et des capitaines en second. Les cadres des
10e, 11e et 18e compagnies d'artillerie rentreront en France, et ainsi, au lieu
de neuf compagnies du 5e régiment qui devaient rester en Allemagne, il n'en
restera que six. L'artillerie de Stettin sera composée de la 12e compagnie du
7e régiment, qui est de 73 hommes, et que vous ferez compléter, et d'une autre
compagnie du 7e, qui sera également complété. Une compagnie du 7e sera
complétée à Glogau et non à Küstrin. Comme ces quatre compagnies du 7e
exigeront, pour être portées à 140 hommes, l'incorporation de quatre autres, il
ne restera des quinze compagnies du 7e régiment en Allemagne que onze; les
cadres des quatre dernières rentreront en France. Au moyen de ces dispositions,
six compagnies du 5e régiment d’artillerie à pied, onze du 7e et deux du 5e
à cheval resteront en Allemagne. Mais, sur ces dix-sept compagnies à pied, six
seront complétées à 140 hommes, savoir : deux compagnies du 5e régiment à
Danzig, deux du 7e à Stettin, une du 7e à Küstrin et une du 7e
à Glogau.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Ecrivez au général
Donzelot que son gouvernement est trop faible, incertain et pas assez
énergique; qu'en caressant les Grecs on leur fait croire qu'on a besoin d'eux,
et qu'on les enhardit; que les espions, les contrebandiers ne sont pas réprimés
à Corfou, et qu'il est honteux que l’île de Paros n'ait pas été déjà punie.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vous envoie une note sur les provinces illyriennes, qu'il conviendra
de communiquer au maréchal duc de Raguse et aux bureaux de l'artillerie et du
génie, pour qu'ils veillent à ce qu'il n'y ait aucun établissement sérieux dans
les provinces illyriennes. Le duc de Raguse doit envoyer le général Poitevin
reconnaître la position d'une place sur 1'Isonzo, et de deux forts qui
intercepteraient les routes d'Osoppo à Villach et de Goritz à Villach par
Tarvis.
NOTE SUR LES PROVINCES ILLYRIENNES.
Le fort de Sachsenburg
doit être détruit, parce qu'il n'est susceptible d'aucune augmentation ; qu'il
est tellement plongé que ce serait jeter son argent sans résultat, et qu'après
quinze jours de défense la garnison serait inévitablement prise avant qu'on y
pût revenir.
Villach paraît
susceptible de peu de chose; du moins tout serait à faire.
Le cours de la Drave,
dont nous sommes en possession, a l’important avantage de nous rendre maîtres
du versant des eaux, et de nous permettre de choisir les positions que nous
devons occuper sur la chaîne des Alpes.
Il est à prévoir que,
dans les évènements d'une guerre, les Autrichiens pourraient nous prévenir; or
il est probable que nous n'essayerons pas même de défendre Villach et le
versant des montagnes, qu'il faudra se retirer derrière les Alpes. Rester
maître des Alpes est la seule chose qu'on doive désirer.
On peut en dire autant
de toutes les provinces illyriennes. Dans une guerre contre l’Autriche l'armée
française repassera l'Isonzo, et il est possible qu'elle ne puisse pas se
trouver assez réunie pour se battre dans des pays si près de 1'Autriche. On
aura obtenu un grand résultat de la circonstance qui nous rend maîtres de tout
le pays, si nous restons maîtres de l'Isonzo et du passage des Alpes.
Un des grands
désavantages de Palmanova est qu'elle ne nous rend pas maîtres de l'Isonzo.
S'il y a une fortification à établir, il faudrait l’établir à Goritz, Gradisca,
ou tout autre point qu'il faut chercher et choisir sur l’Isonzo, qui fasse que
l'armée puisse repasser l'Isonzo et être maîtresse de le passer quand elle
voudra.
Ce qui est arrivé dans
la dernière guerre avait été prévu, et on avait bien pensé qu'il n'était pas
possible de se défendre dans le Frioul. II faudrait donc reconnaître quel est
le point qu'il faut occuper pour être maître du chemin d’Osoppo à Villach par
Pontebba, celui qui rendrait maître du chemin de Tarvis à Caporetto par Goritz.
S'il y avait là deux points qu'on put occuper, cela mériterait la peine de
dépenser un million sur chaque point, de manière que l’ennemi ne put déboucher
par ce chemin sans prendre les forts; ce qui exigerait quinze ou seize jours.
On ne prétend pas l'empêcher de passer avec de l'infanterie, de la cavalerie et
des divisions légères, mais intercepter la chaussée; c'est de la grande route
qu'il est question de se rendre maître.
II ne faut donc pas se
dissimuler qu'il ne faut établir aucune offensive au delà des Alpes, aucune
défensive an delà de I'Isonzo; on sera prévenu par l'ennemi. La vraie défense
est sur l'Isonzo et les montagnes. Il faut charger le général Poitevin de
parcourir cette rivière et de déterminer un point, pour pouvoir l’occuper et
faire système avec Palmanova, surtout chercher le point qui intercepte
parfaitement la route de Villach à Osoppo et de Villach à Goritz par Tarvis.
Ces deux points sont bien
plus importants que celui sur I'Isonzo; car, si le quartier général de l'armée
ennemie est à Klagenfurt, il lui faut quatre jours pour se porter aux
montagnes, et, s'il y a là des obstacles qui le retiennent, l’ingression par la
Carinthie, qui est l'ingression la plus dangereuse, se trouvera
considérablement retardée, et l’armée française a tout le temps de se former
dans le Frioul, de débloquer les places et de prendre l’offensive.
Si, à cause de ces
obstacles, l’ennemi ne vient point par Klagenfurt et vient par Laybach, ce
serait un détour de quatre ou cinq jours, qui retarderait d'autant sa marche.
Cela l’obligera à diviser ses forces, parce qu'il aura toujours à craindre une
attaque par la cavalerie. Gagner cinq à six jours dans ces moments là n'est pas
un petit objet.
Ainsi il faut renoncer
à toute espèce de projet sur Laybach; il faut en détruire les fortifications;
mais il est bon de conserver le château en l’améliorant, d'abord parce que le
château contiendra les habitants, et qu'il petit être utile, dans l'hypothèse
où l'ennemi serait prévenu et où l’armée se porterait en avant, pour assurer
les communications, servir de refuge aux partis, et qu'il rend solidement
maître du pays. Ce château est situé sur une arête si étroite qu'on ne le croit
pas susceptible d'être fortifie pour être garde. II restera à savoir si les 800
hommes qu'on pourrait laisser dans ce fort pourraient s’y défendre trente ou
quarante jours et attendre le retour de l'armée. Ce serait une raison de plus
pour y dépenser quelque argent, et l’on pourrait s'exposer à la perte de
quelques 5 ou 600 hommes. II est plus avantageux de le conserver que de le
détruire; mais on ne doit le considérer que comme un simple fort qu'il faut
améliorer; ce sont les bases d'après lesquelles il faut agir.
Mêmes raisons au fort
de Trieste; il est utile pour mettre la police contre les Anglais, maintenir
une ville populeuse et commerçante, et assurer les communications si l’armée
est en avant. On a développé, dans une note précédente, les raisons qui déterminaient
à mettre en état le fort de Trieste. On attend des renseignements pour savoir
si 1'armée pourra le garder dans le cas ou elle repasserait I'Isonzo. A moins
de dépenses considérables, il est douteux qu’on puisse fortifier ce château de
manière à le mettre en état de se défendre quinze à vingt jours.
Ainsi un principe
général pour les fortifications, l'artillerie et le ministre de la guerre :
c'est qu'il ne doit y avoir aucun établissement sérieux sur la rive gauche de
l'Isonzo, aucun arsenal, magasins de fusils ni d'artillerie : tout doit être à
Palmanova, Venise, Mantoue, et, si l’on veut, à Osoppo et Zara. II ne faut
penser à établir aucune offensive sur le pendant des Alpes juliennes, ni aucune
défensive au delà de l'Isonzo.
On doit être constamment
en mesure d'évacuer en quatre jours de temps tout le pays au delà de l’Isonzo,
et sur le pendant des Alpes juliennes, partie sur la Dalmatie, partie sur
l'Isonzo.
On ne doit jamais
penser que le commencement de la guerre doit se faire dans les provinces
illyriennes. Tout ce qui est nécessaire à la garnison de Zara doit se retirer
de ce coté; tout le reste sur l’Isonzo.
Les avantages du pays
illyrien sont très considérables; mais, s'ils étaient mal saisis, ils
deviendraient de grands inconvénients.
Les avantages
consistent: le premier, à ce que l’armée de Dalmatie n'est plus séparée;
qu'elle formerait l’avant-garde et se trouverait sur la Save, en avant de
Laybach, tandis que les 2,000 hommes destinés à la garnison de Zara seraient
sur les derrières; et que, si l'armée française ne pouvait se réunir à temps,
l’armée de Dalmatie formerait l’arrière-garde de l'armée et se retirerait sur
l’Isonzo, où elle serait jointe par l'armée d'Italie.
Ainsi 16,000 hommes
d'élite de l’armée de Dalmatie ne pouvaient rien en 1809; et, si l’armée
d'Italie était battue, l’armée de Dalmatie l’eût été un peu plus tôt ou un peu
plus tard. Si les choses eussent été en 1809 comme aujourd’hui, l'armée de
Dalmatie eût été à la bataille de Sacile : cet avantage est immense.
Le deuxième avantage
est que, la réunion de l’armée autrichienne étant près du Frioul, elle était en
mesure d'y porter la guerre le second jour de la déclaration de la guerre;
aujourd'hui ce ne peut être que le dixième : c*est un gain de huit jours, qui
est très considérable dans cette circonstance.
Le troisième avantage,
et qui n'est pas le moindre, est que, maîtres de tous les débouchés des Alpes,
nous pouvons, pour la défensive, choisir les points qu'il nous importe de
fortifier, pour retarder de dix ou quinze jours la marche de l'armée ennemie,
et que, pour 1'offensive, nous sommes sûrs que l’ennemi n'aura pu rien
fortifier.
En résumé, les
provinces illyriennes, considérées sous le point de vue de guerre, ne doivent être
regardées que comme complétant la possession du Frioul. Si on les considérait
autrement, on s'exposerait à de grands malheurs, et l’on pourrait donner lieu à
des pertes de batailles qui pourraient compromettre I'Italie elle-même.
Ainsi donc, envisageant
les choses sous ce point de vue, il convient de garder les châteaux de Laybach
et de Trieste, de s'y fortifier chaque année moyennant une petite dépense, d'y
détruire tous les bâtiments et constructions qui pourraient les mettre dans le
cas d'être pris par les obus.
Si l’on a dépensé, dans
quatre ou cinq ans, quelques centaines de mille francs dans les deux forts, ils
peuvent rendre des services qui compensent l’argent qu'on y aura dépensé; il
est vrai aussi qu'ils pourront n'être d'aucune utilité.
S'il est nécessaire de
faire une dépense de quelques millions, ce serait dans une des deux places qui
intercepterait la communication de la Carinthie dans le Frioul, et une bonne
place sur l’Isonzo, en regardant le premier de ces objets comme beaucoup plus
important que le second.
Les provinces
illyriennes peuvent aussi être considérées comme pouvant servir dans une guerre
contre les Turcs; Karlstad serait bientôt armé, et Dubitza pourrait servir à
l’agression de la Bosnie.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, répondez au
duc de Raguse que sa demande m'a paru juste et que je me fais faire un rapport,
mon intention étant de porter son traitement à 400,000 francs.
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au comte Collin de
Sussy, directeur général des douanes, à Paris
Faites-moi connaître
comment le bâtiment l'Hercule, de 120
tonneaux, portant pavillon français, chargé de dents d'éléphant, de bois
d'acajou , etc., et venant soi-disant de Wardhuus, est arrivé à Dunkerque le 17
juillet. Qui a pu justifier l’introduction des marchandises dont il était
chargé ?
Qui a pu autoriser
l'admission du Conciliateur, de 60
tonneaux, venant soi-disant de Tunis, chargé de campêche, de bois d’ébène, est
arrivé à Gênes le 11 juillet ? Egalement le bâtiment la Miséricorde, de 60 tonneaux, venant de Tunis, débarque le 10
juillet à Marseille, avec un chargement de soufre, quina, médicaments? La Conception, de 27 tonneaux, chargée
d'huiles, de colons, galles et laines, venant de Naples, est arrivée à
Marseille le 12 juillet ? Le Nazareth,
venant de Tunis, chargé de campêche et de bois jaune, arrive à Ajaccio le 3
juillet ? Le Nordtierna, bâtiment
danois, soit disant venu d’Amsterdam, arrive à Flessingue le 27 juillet, chargé
de potasse ? Ces entrées me paraissent irrégulières.
Je vois qu’il est sorti
d'Ostende, les 27, 28 et 29 juillet, trois bâtiments : le Thomas, de 45 tonneaux; la Rota-Barbara,
de 35 tonneaux, et le Pécheur d'huîtres,
de 26 tonneaux, chargés de vin. D’où vient cette irrégularité ? Les Deux-Frères,
bâtiment de 83 tonneaux, est parti le 17 juillet d'Ostende, chargé de vin;
quelle espèce de vin était-ce, et d'ou vient ce beau zèle ? Le Griptwar, bâtiment suédois de 130
tonneaux, est parti le Ier juillet de Saint-Malo, chargé de blé. Le Zeettern, bâtiment hollandais de 107
tonneaux, est parti le 6 juillet de Rammekens pour Arkhangel, chargé de blé. La
Caroline-Elisabeth, hollandais, de
211 tonneaux, chargé de froment, est parti le 8 juillet d'Anvers pour Bergen.
La Fortuna, danois, l'Hemmerich, prussien, sont sortis de
Nantes les 8 et 5 juillet, chargés de froment, et beaucoup d'autres encore.
J’en compte sur mes états quinze autres sortis des différents ports de France
pendant le mois de juillet, sans licences et sous pavillon étranger. D'où vient
cette irrégularité ?
Saint-Cloud, 14 août
1810
Au baron Denon,
directeur général des musées, à Paris
Le volume que vous
m'avez montré sur les gravures de la colonne est plein de fautes grossières; ne
le faites paraître que dans un an; je désire que l’on emploie cette année à le
corriger. Je désire d'ailleurs que les passages relatifs à François II, ceux où
il est en voiture, et son chiffre soient ôtées. Causez de cela avec le prince
de Neuchâtel. Faites donc en sorte qu'aucun exemplaire ne paraisse.
Saint-Cloud, 14 août
1810
DÉCISION
|
Le ministre des
finances propose de donner un uniforme à l’administration générale des canaux
du Midi et de faire porter la livrée de
l'Empereur aux gardes du canal
du Midi. |
Sa Majesté décide que
l’administrateur général des canaux ne peut pas être
considéré comme un fonctionnaire public; que, si elle l’a nommé, c'est
que les sociétés n’étaient pas organisées; qu'il est leur homme et leur
agent, et ne doit recevoir d'ordres que d'elles; que l’intendance ne doit se
mêler en rien de leur administration, qui doit s'assimiler avec celle du
canal de Briare; qu'il n’y a par conséquent pas lieu d'accorder de costume
particulier; que la surveillance de l’intendance doit se borner a connaître
les décès et les retours au domaine des actions dans les cas privés; qu’il
faut renvoyer aux compagnies et à leurs assemblées des 30 tout ce qui
concerne leurs intérêts. |
Saint-Cloud, 14 août
1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Monza
Je vous envoie une
lettre da ministre des cultes. Il me semble que vous êtes plus à portée de
savoir ce que pense le cardinal Antonelli. Faites-le sonder, et, s'il croit
qu'il soit du devoir du Pape d'aplanir les difficultés qui existent sur les
affaires de Rome, d'instituer mes évêques et de faire le Pape tranquillement
sans vouloir faire le César; si, dis-je, ce cardinal est assez sensé et assez
religieux pour penser ainsi, vous pouvez le faire engager à écrire au Pape, ou
même à se rendre auprès du Pape pour lui servir de conseil, car les malheurs de
l’église sont évidents.
Palais des Tuileries,
15 août 1810
ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS DE LA HOLLANDE
Messieurs les Députes
du Corps législatif, des armées de terre et de mer de la Hollande, et Messieurs
les Députés de ma bonne ville d'Amsterdam, vous avez été depuis trente ans le
jouet de bien des vicissitudes. Vous perdîtes votre liberté lorsqu'un des
grands officiers de votre République, favorisé par l’Angleterre, fit intervenir
les baïonnettes prussiennes aux délibérations de vos conseils; les constitutions
politiques que vous teniez de vos pères furent déchirées, et le furent pour
toujours.
Lors de la première
coalition, vous en fîtes partie. Par suite, les armées françaises conquirent
votre pays, fatalité attachée à l’alliance de l’Angleterre.
Depuis la conquête,
vous fûtes gouvernés par une administration particulière; mais votre République
fit partie de I'Empire : vos places fortes et les principales positions de
votre pays restèrent occupées par mes troupes. Votre administration changea au
gré des opinions qui se succédèrent en France.
Lorsque la Providence
me fit monter sur ce premier trône du monde, je dus, en fixant à jamais les
destinées de la France, régler le sort de tous les peuples qui faisaient partie
de l'Empire, faire éprouver à tous les bienfaits de la stabilité et de l’ordre,
et faire disparaître chez tous les maux de l’anarchie. Je terminai les
incertitudes de l’Italie, en plaçant sur ma tête la couronne de fer. Je
supprimai le gouvernement qui régissait le Piémont. Je traçai dans mon acte de
Médiation les constitutions de la Suisse, et conciliai les circonstances
locales de ce pays, les souvenirs de son histoire, avec la sûreté et les droits
de la couronne impériale.
Je vous donnai un
prince de mon sang pour vous gouverner. C'était un lien naturel qui devait
concilier les intérêts de votre administration et les droits de l'Empire. Mes
espérances out été trompées. J'ai, dans cette circonstance, usé de plus de
longanimité que ne comportaient mon caractère et mes droits. Enfin je viens de
mettre un terme à la douloureuse incertitude où vous vous trouviez, et de faire
cesser une agonie qui achevait d'anéantir vos forces et vos ressources : je
viens d’ouvrir à votre Industrie le continent. Le jour viendra où vous porterez
mes aigles sur les mers qui ont illustré vos ancêtres; vous vous y montrerez
alors dignes d'eux et de moi. D'ici 1à, tous les changements qui surviendront
sur la surface de l'Europe auront pour cause première le système tyrannique, aveugle
et destructif de sa propre prospérité, qui a porté le gouvernement anglais à
mettre le commerce hors de la loi commune, en le plaçant sous le régime
arbitraire des licences.
Messieurs les Députés
du Corps législatif, des armées de terre et de mer de la Hollande, et Messieurs
les Députés de ma bonne ville d’Amsterdam, dites à mes sujets de Hollande que
je suis satisfait des sentiments qu'ils me montrent; que je ne doute pas de
leur fidélité ; que je compte que leurs efforts se réuniront aux efforts de tous
mes autres sujets pour reconquérir les droits maritimes que cinq coalitions
successives, fomentées par l'Angleterre, ont fait perdre au continent.
Dites-leur qu'ils peuvent compter, dans toutes les circonstances, sur ma
spéciale protection.
Palais des Tuileries,
15 août 1810
ALLOCUTION AUX DEPUTÉS DE L’ILLYRIE
Messieurs Les Députés
de mes provinces illyriennes, j'agrée vos sentiments. Je désire connaître les
besoins de vos compatriotes, et assurer leur bien-être.
Je mets du prix à vous savoir
contents, et je serai heureux d'apprendre que les plaies de tant de guerres
sont cicatrisées et toutes vos pertes réparées.
Assurez mes sujets de
l’Illyrie de ma protection impériale.