1 – 15 Août 1810


Saint-Cloud, 2 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, je vous envoie un canevas de note pour M. Armstrong. Le plus simple sera le meilleur.

PROJET DE NOTE AU MINISTRE DES ÉTATS-UNIS.

Monsieur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi la gazette des Etats-Unis qui contient l’acte du congrès du ler mai, et que vous m'avez remise. Sa Majesté eût désiré que les actes des Etats-Unis qui peuvent intéresser la France lui fussent notifiés officiellement. Elle n'a eu connaissance qu'indirectement, et après un long intervalle de temps, des actes du congrès sur l’embargo et la non-intercourse. II en résulte des inconvénients graves, qui n'auraient pas lieu si Votre Excellence nous communiquait officiellement les actes des Etats-Unis qui peuvent intéresser la France.

Sa Majesté avait applaudi à l'embargo général que les États-Unis avaient mis sur les bâtiments, parce que cette mesure, quoique préjudiciable à la France, n'avait rien de contraire à l'honneur de la France. La France a perdu par suite ses colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de Cayenne; mais elle ne s'en est pas plainte; elle a fait volontiers ce sacrifice au principe qui avait déterminé les Américains à l’embargo, celui de s'interdire les mers plutôt que d'en reconnaître les tyrans.

Depuis, un acte du 1er mars a levé l'embargo et l'a remplacé par une mesure hostile. Dans cet acte, qui a été connu très tard en France, on a dit que tout bâtiment français qui arriverait aux Etats-Unis y serait confisqué. La représaille a du avoir lieu de droit. Le séquestre de tous les bâtiments américains en France en a tété la suite nécessaire et obligée.

Aujourd'hui le congrès prend une autre mesure : il rapporte l’acte du ler mars; les ports américains sont ouverts au commerce français, et il prend l'engagement de s'élever contre celle des puissances qui refuserait de reconnaître les droits des neutres.

Dans cette nouvelle position, je suis autorisé à vous déclarer que les décrets de Berlin et de Milan sont rapportés; qu'a dater du 1er novembre prochain ils cesseront d'avoir aucun effet, pourvu que, en conséquence de ce, les Anglais rapportent les arrêts du conseil et les nouveaux principes du blocus qu’ils ont voulu établir, ou que les Etats-Unis, conformément à l’acte dont vous venez, Monsieur, de nous donner communication, fassent respecter leur droit par les Anglais.

C’est avec une satisfaction toute particulière, Monsieur, que je vous fais connaître cette résolution de l'Empereur. Sa Majesté aime les Américains, elle regarde leur prospérité et leur commerce comme favorables a sa politique. L'indépendance de l'Amérique est un des principaux titres de gloire de la France; depuis, I'Empereur s'est plu à agrandir les États-Unis; et, dans toutes les circonstances, ce qui pourra augmenter la prospérité de ce pays et assurer son bonheur, l’Empereur le regardera toujours comme lié à ses intérêts et à ses plus chères affections.


Saint-Cloud, 2 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, pour avoir une idée nette des forces prussiennes, il faut avoir le détail de la composition des compagnies. On porte cinq bataillons de grenadiers à 560 hommes; mais il faut savoir quelle est la force des compagnies. Les compagnies prussiennes doivent être de 200 hommes. Si les bataillons ont six compagnies, il est clair qu'au lieu de 560 hommes il faut compter 1,200 bommes. Ainsi les cinq bataillons formeraient 6,000 hommes. La même chose des régiments d'infanterie, qui sont portés à 1,700 hommes; le prin­cipal est de savoir combien ils ont de bataillons et de compagnies. Si les compagnies sont de 100 bommes, il est clair qu'on peut les doubler en deux mois de préparatifs, et qu'au lieu de 40,000 hommes la Prusse pourrait en avoir 80,000. Demandez ces renseignements au sieur Caillard, avec les noms des régiments et des colonels, et les endroits où ils sont.

Portez plainte à M. de Dreyer de ce qu'on écrit de Hambourg. (Qu'un convoi danois s’est rendu à la station anglaise et a essuyé sa visite. - Note de la minute.)


Saint-Cloud, 2 août 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mes ministres à l'étranger doivent vous envoyer tous les mois un état des forces militaires de la puissance chez laquelle ils se trouvent. Ainsi le comte Otto doit m’envoyer tous les mois l’état des régiments, des bataillons et compagnies, de la force des compagnies, autant exact qu'il pourra, les noms des officiers qui commandent, et l'indication des lieux où se trouvent chaque corps, bataillons et compagnies. Mon ambassadeur en Russie doit m’envoyer le même état mensuel, ainsi que mes ministres auprès des alliés, même mon ministre auprès du roi de Westphalie.


Saint-Cloud, 2 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous verrez dans les notes ci-jointes, que les fortifications de l’île d'Aix doivent consister : 1° dans le fort actuel de la batterie circulaire; 2° dans un réduit avec trois ou quatre batteries de côté fermées à la gorge et soumises au réduit; 3° enfin dans un chemin couvert, qui formera camp retranché et mettra les baraques et les hommes à l’abri. Je désire que vous fassiez rédiger sans délai un projet en conséquence.


Saint-Cloud, 2 août 1810

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'ai reçu votre rapport sur les expédi­tions à faire pour l’île de France. Puisque le Regulus est un vaisseau qui peut encore me servir, mon intention n'est pas de l’exposer. Je désire que l'expédition de Rochefort soit composée du vaisseau le Tourville, armé en flûte, d'une frégate armée et de deux ou trois transports portant un millier de tonneaux. Cette expédition pourrait porter 1,200 hommes.

Expédition de Brest. — L’expédition de Brest serait composée du vaisseau l’Ulysse, armé en flûte, d'une frégate, de la flûte la Revanche.

Mes raisons pour organiser ainsi ces divisions sont celles-ci: d'abord j'épargne quatre frégates; ensuite un vaisseau armé en flûte, étant assez fort pour se battre contre une frégate, n'aura rien à craindre de la rencontre de deux frégates. S'il fait une mauvaise rencontre et tombe dans une escadre, ma perte sera alors moindre, et j'aurai épargné mes frégates.

Je voudrais préparer à Nantes une troisième expédition, composée de deux frégates armées et de trois gros transports ou flûtes, qu’on trouverait à Nantes.

Enfin je voudrais préparer une quatrième expédition à Bayonne, qui serait composée de deux corvettes bonnes marcheuses, qui porteraient ce qu'elles pourraient. Vous pourriez y joindre quelques bâtiments américains qui s'y trouvent, et qu'on dit excellents marcheurs, ou quelques bâtiments du commerce. Ce port n’étant point bloqué, on est sûr que l'expédition sortira. Ne portât-elle que 500 hommes et les objets dont peut avoir besoin la colonie, ce serait toujours une expédition très utile et d'un grand résultat.

Il pourrait être préparé deux autres expéditions : une à Lorient et l'autre à Cherbourg.

Celle de Lorient serait composée de trois vaisseaux et quelques flûtes. Celle de Cherbourg serait composée de deux vaisseaux, des deux flûtes du Havre et de deux autres flûtes qu'on pourrait se pro­curer, et de quatre frégates.

Nous aurions donc dans la main une expédition prête à Cherbourg, une à Brest, une à Rochefort, une à Lorient, une à Nantes et une à Bayonne. Ces expéditions nous assureraient l’île de France et Batavia. Vous noterez que la circonstance de l’acquisition de Batavia me porte à préparer de  nouvelles expéditions.  Faites-moi un  rapport de tout cela.


Saint-Cloud, 2 août 1810

NOTE DICTEE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.

Le but auquel Sa Majesté voudrait atteindre serait qu'en 1820 toutes les espèces de dettes de la France, y compris celles de Hollande, n'excédassent pas 70 millions et pussent être ultérieurement réduites à 60 millions. La dette se compose actuellement de 62 mil­lions pour la France et de 20 millions pour la Hollande; ce qui la porte à 82 millions. II faudrait donc assurer un amortissement de 22 millions. Les moyens d'amortissement seraient : 1° les extinctions des rentes viagères et des pensions ecclésiastiques, qui produiraient en 1820 un amortissement de 10 millions; 2° ce que la caisse d'amortissement possède aujourd'hui comme amortissement, et qu'il convient de faire connaître, ainsi que ce qu'elle aura amorti en 1820; 3° la dotation en domaines qu'il faudrait donner à cette caisse en supplément des moyens nécessaires pour parvenir au but qu'on se propose. Le ministre du trésor public est invité à apporter, jeudi prochain, ce projet tout fait, avec tous les calculs à l'appui.


Trianon, 3 août 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au prince d'Essling que le 44e batail­lon de la flottille, qui est à Valladolid, est à sa disposition, et que ce bataillon aura l’avantage de lui donner des facilités pour le passage des rivières, et surtout pour le passage devant Lisbonne.

Donnez ordre que, s'il y a des souliers à Bayonne, on en expédie six mille à Burgos.

Écrivez au général Bonet qu'il est autorisé à renvoyer à leurs dépôts les officiers et soldats éclopés et hors d’état de faire la guerre. Écrivez-lui aussi que, si les régiments qui sont sous ses ordres se trouvaient réduits à moins de 2,000 hommes présents sous les armes, il serait bon de renvoyer en France le cadre du 4e bataillon, en en versant les hommes dans les autres bataillons ; mais que pour cela il faut que les régiments soient réduits à moins de 2,000 hommes.

Ecrivez au général de division Drouet que, à son arrivée à Tolosa, il s'instruise bien de la situation de la Navarre, et que, si elle était telle que sa présence y fut absolument nécessaire, il peut se détourner de sa route et y entrer pour rétablir l'ordre et donner une bonne chasse aux brigands ; mais qu'il ne doit faire cette pointe que si cela était indispensable.

Remettez-moi l’état des officiers et soldats cités dans le rapport de la prise de Ciudad-Rodrigo, et proposez-moi pour eux de l'avancement dans la Légion d'honneur.


Trianon, 3 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre,  ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre par un courrier au général Morand de placer un régiment d'infanterie sur la ligne des douanes de Bremen au Rhin. Donnez l'ordre par l'estafette au duc de Reggio de placer de même un régiment d'infanterie sur la ligne des douanes de Rees à Bremen. Prévenez-le de l'ordre que vous donnez au général Morand. Ces ré­giments seront places de manière à se partager toute la ligne depuis Rees jusqu'à Bremen, et à la renforcer dans toute son étendue. Recommandez que des ordres soient donnés pour que les officiers mettent la plus grande activité à la protection de cette ligne, qui est attaquée en force. Le duc de Reggio doit aussi recevoir l’ordre de faire mettre le séquestre sur les marchandises coloniales et anglaises à Emden, et de faire faire les déclarations sur-le-champ.


Trianon, 3 août 1810

Au maréchal Bessières, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, donnez les ordres les plus sévères pour que les fusiliers gardent le shako et ne portent point le bonnet à poil, qui est la coiffure des chasseurs et grenadiers de la vieille Garde. Autorisez, sur les 20 centimes qu'on donne aux régiments qui sont sur la Loire, une retenue de 8 centimes pendant le trimestre de juillet, août et septembre. A la fin de septembre, vous me rendrez compte, et je verrai si la retenue doit être continuée. Faites-moi connaître s’il y a à la suite des fusiliers, des écoles pour les perfectionner dans la lec­ture, 1'ecriture et le calcul. Faites-moi connaître également quel est le nombre qu’on pourrait prendre pour recruter la vieille Garde. Je voudrais des hommes qui servent depuis Friedland.

Proposez-moi un projet d'organisation morale de la Garde. Voici mes intentions : Les lieutenants et sous-lieutenants, sergents et capo­raux du régiment des conscrits doivent avoir le même rang que les lieutenants, sous-lieutenants, sergents et caporaux de la ligne. Les sergents et caporaux doivent tous être tirés des régiments de fusiliers. Même chose pour les tirailleurs. Faites-moi connaître ce qui se pra­tique aujourd'hui. Tous les cadres des fusiliers doivent être tirés de la vieille Garde. Je destine les tirailleurs à former des caporaux pour l'armée, et les fusiliers à former les sergents. Je voudrais donc que les meilleurs sujets des tirailleurs passassent dans les fusiliers, qui ont une paye supérieure, et que les meilleurs sujets des conscrits passassent dans les tirailleurs et même dans les fusiliers. On distinguerait les conscrits qui, après un an d'exercice, seraient reconnus pour être bons sujets, avoir quelque éducation, être doués d'un bon naturel, savoir lire, écrire et chiffrer, avoir instruit plusieurs recrues ; ceux-la obtiendraient de 1'avancement en passant dans les fusiliers; ceux qui auraient moins d'aptitude et n'auraient que les connaissances nécessaires pour être caporaux seraient envoyés aux tirailleurs. Enfin, les fusiliers les plus distingués par leur instruction, leur bonne conduite, qui auraient quatre années de service ou se seraient signalés par une action de bravoure, passeraient dans la vieille Garde. Il faut me faire là-dessus un projet de règlement, afin que cela soit bien compris. Par ce moyen, la moitié ou le tiers des fusiliers se recruteraient dans les tirailleurs et conscrits, et la moitié ou le tiers de la vieille Garde, dans les fusiliers. Cela aura l'avantage d'entretenir ma vieille Garde, de faire amalgame et d'arriver à un résultat qui est celui-ci : je veux avoir dans ma Garde de quoi former les cadres d’une armée de réserve de cent bataillons ou de six cents compagnies; ce qui ferait 3,000 sergents et 6,000 caporaux, ou 9,000 sous-officiers. Les deux régiments de fusiliers sont de 2,300 hommes, les quatre régiments de tirailleurs, de 6,000, et les quatre régiments de conscrits, de 6,000 hommes. Si on tient la main à ce que ce soient toujours des hommes de choix, si leur instruction est toujours suivie, je trouverai toujours 3,000 sergents soit dans les fusiliers, soit dans les principaux des tirailleurs, et 6,000 caporaux dans les 6,000 tirail­leurs et dans les 6,000 conscrits. Je tirerai de ma vieille Garde facilement 600 lieutenants ou sous-lieutenants et 600 des écoles et lycées pour les mêler avec les premiers. Les 600 capitaines seraient fournis partie par la ligne, partie par ma vieille Garde. Or une réserve de cent bataillons voudrait dire une réserve de 80,000 hommes. Il est donc nécessaire, 1° que mes vues soient conservées par un décret qui en donnera connaissance au ministère, à la Garde et à l'armée; 2° que les mesures nécessaires soient prises pour entretenir l’instruc­tion et éclairer les choix.


Trianon, 3 août 1810

Au maréchal Bessières, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, je vous prie de me présenter un projet définitif d'organisation de la garde hollandaise, qui arrive à la fin d'août à Paris. Je voudrais savoir : 1° ce que je dois faire des officiers supérieurs; 2° ce que je dois faire des compagnies des gardes du corps, et ainsi du reste.


Trianon, 4 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore,  ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, le projet de convention que vous m'avez envoyé pour les affaires de Westphalie m'a paru susceptible d'un changement important. On y confond, dans la cession que je fais au Roi par 1'article l*r, ce qui reste de domaines en Westphalie avec ce qui reste de domaines en Hanovre. Or ce qui reste en West­phalie est entièrement à ma disposition, et je puis le céder, comme bon me semble, au Roi; mais ce qui reste en Hanovre est affecté à la dotation des numéros de la 4e classe; et, quoique ces numéros soient encore vacants, il faut pourvoir d'avance aux intérêts des donataires, en exigeant les réserves convenables. Les domaines du Hanovre doivent donc être l’objet d'une stipulation distincte, et en cela, dans le projet de convention que vous m'avez envoyé, on ne s'est pas assez conformé au plan que je vous avais tracé dans mes instructions du 26 juin dernier. Je vous envoie une nouvelle rédac­tion, qui établit clairement cette distinction en sept articles. Votre article 4 devient le 8e. Cet article et les suivants ne m’ont pas paru présenter de difficulté.


Trianon, 4 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, répondez à M. de Gallo que le roi de Naples dépenserait inutilement de 1'argent à entretenir des missions à Vienne et à Saint-Pétersbourg; que cela n'est d'aucun effet.

P. S. Faites partir cette lettre par l'officier saxon.


Trianon, 4 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je viens de lire avec attention votre rapport du 1er août sur les travaux extraordinaires du génie.

Je vois que les fonds que j'ai accordés pour le fort de Bath seront dépensés au 15 août. Faites-moi connaître ce que j'ai accordé, ce qu'on a dû faire, et ce qu'il serait encore possible de faire pour améliorer ce fort important. Je désire qu'on profite des mois de septembre, octobre et novembre pour continuer ces travaux.

Je ne veux pas dépenser plus de 50,000 francs pour les camps de Westkappelle, dans l’île de Walcheren. II faut ne laisser que le nombre d'hommes nécessaires pour ces camps. Accordez les 30,000 francs demandés pour mettre la place de Zierikzee en état de défense; ce qui, avec les 10,000 francs que j'ai déjà donnés, fera 40,000 francs. Je ne prends pas de décret pour cela, parce que cette dépense sera régularisée après. Je suppose qu'au conseil du mois de novembre on me remettra les plans des travaux que j'ai à y faire, afin que la dépense soit entièrement complétée pour l'année prochaine.

Je vous ai fait connaître mes intentions sur les travaux de l'île d’Aix.

Je vous recommande de nouveau les travaux de Flessingue. Il faut bien faire comprendre aux officiers du génie que, si le fort Montebello qui protège la batterie de Nolle n’est pas mis dans un état de résistance suffisant, c'est comme s'il n'y avait rien de fait ; car c'est ce fort qui, en nous établissant maîtres de la communication de la place avec la batterie de Nolle, rend impossible à l’ennemi de franchir l’entrée de l’Escaut. II est donc de la plus grande importance d'avoir, cette année, le fort Montebello et le fort Saint-Hilaire.

Il y a une centaine de voitures du train du génie dont on ne sait que faire; au lieu de les désarmer, ne serait-il pas plus convenable de les envoyer à Flessingue ? Il faudrait même prendre une des compagnies du train du génie qui reviennent d'Allemagne, afin de pro­curer ainsi environ 200 voitures à Flessingue. Il ne faut pas épargner l’argent pour cette place.

Je vois qu'on attend à Breskens qu’on y envoie le projet d’amélioration de la batterie Impériale. Remettez-moi le travail mercredi, afin que je voie s'il est conforme à mes intentions, et que ces ouvrages puissent être entrepris et finis cette année.

Je désire que vous donniez des ordres et des instructions au corps du génie pour qu’on puisse me faire connaître, au conseil du novembre prochain, ce qu’il y a à faire au fort Impérial de l’île de Cadzand pour lui donner toute la force possible, de sorte que cette belle batterie, qui défend l’entrée de l’Escaut et que mon intention est encore d'augmenter de huit pièces de 48, soit non seulement à l’abri d'un coup de main, mais puisse soutenir un long siège.

Le nouveau degré de force à donner au fort Impérial doit venir d'une forte occupation des digues, parce que c'est par là que l’ennemi pourrait cheminer, et d'un fort ouvrage avancé qui soutiendrait une immense inondation de plusieurs centaines de toises, alors on pourra considérer ce fort comme remplissant son jeu. S'il était ensuite pos­sible de lier cet ouvrage avec le fort Impérial par une inondation, on serait alors maître de toute la ligne,  d'un fort à l'autre, et l'on pourrait y mettre en batterie autant de pièces de canon que l’on voudrait. Il       faut que ce plan, dégagé de toutes assertions hasardées ou douteuses , soit mis en règle pour m’être soumis au conseil de novembre, avec les cotes et nivellements nécessaires.

Après Cadzand vient la place de Flessingue; elle devient tous les jours plus importante; il est donc indispensable de la porter à un haut degré de défense. Les forts Montebello et Saint-Hilaire sont la clef de tout; il faut d'abord les finir dans les projets actuels; mais cela fait, il faut avoir des projets pour leur donner un autre degré de force, et enfin couvrir la place d'une grande inondation soutenue par des forts, qui mettent ce point si important à l'abri de toute crainte. Ces nouveaux projets devront également être appuyés des plans, nivellements et cotes.

La réunion de la Hollande donnant à l’île de Walcheren un plus haut degré d'intérêt, il faudrait donc, indépendamment des officiers dont tout le temps est employé à la conduite de leurs travaux, en envoyer d'autres qui puissent soigneusement s'occuper des moyens de tirer le plus grand parti possible des localités, pour tenir cette île avec une main de fer et la mettre à l'abri de toute espèce d'inquiétudes.


Trianon, 4 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, je vois que les cinq régiments portugais formant dix bataillons ont leurs bataillons organisés à la française à six compagnies chacun ; mais que, de ces six compagnies, les compagnies de grenadiers  et de voltigeurs se trouvent à la 13e demi-brigade provisoire. La 1e demi-brigade provisoire, qui arrive à Metz, avec les deux bataillons de marche, est donc composée de trente compagnies, ce qui fait la valeur de cinq bataillons. Il reste dans la 7e division militaire trente autres compagnies, c'est-à-dire la valeur de cinq autres bataillons.

Faites moi connaître l'esprit de ces régiments et la situation de leur armement et habillement, afin que je voie le parti définitif que je dois prendre; et faites-en passer une revue de rigueur qui fasse connaître la composition par nation. Je ne veux point qu'il y ait un Espagnol; les Français ou Italiens, on peut les laisser.

Proposez-moi un projet de décret pour dissoudre le dépôt des régiments, qui est de 1,000 hommes. On renverra tout ce qui est espa­gnol; les Allemands peuvent être renvoyés aux régiments allemands qui sont à Naples. Par ce moyen, j'aurai de moins à nourrir et à solder 1,000 hommes, qui sont 1,000 ennemis dont je ne puis rien faire. Défendez sévèrement qu'on recrute ces régiments; ce recrutement me parait fort contraire au bien du service.

Donnez l'ordre qu'on réunisse à Genève deux bataillons provisoires portugais de six compagnies chacun. Ces deux bataillons provisoires seront composés de demi compagnies du 1er régiment, de deux du 2e, de trois du 3e, de 3 du 4e et de deux du 5e, ce qui fera douze compagnies. Vous y nommerez deux chefs de bataillon portugais et un des colonels, et un général portugais pour commander cette colonne.

En résumé, il faut donner des ordres pour dissoudre le dépôt des régiments portugais, arrêter le recrutement et faire passer une revue de rigueur, afin d'avoir des états exacts de ce corps et de savoir ce que j'en puis faire en Portugal.


Trianon, 4 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Due de Feltre, les batteries de côtes de l'île de Goeree et d'Overflakkee sont désarmées; il est urgent de pourvoir aussitôt à l'armement de la plus importante de ces batteries, qui sera placée vis-à-vis Hellevoetsluis. Faites faire un projet pour lier cette île au continent par un système de fortifications. Il semble, au premier coup d'oeil, qu'un fort situé dans l’île d'Overflakkee du côté d'Ooltgensplaat serait très bien placé pour cet objet; ce fort se lierait avec Willemstad et assurerait la possession de l’île et le passage de Volkerak. Le duc de Reggio chargera un officier du génie de faire un projet. II est important qu'il fasse armer cette île, ainsi que les batte­ries de la passe; il nommera un commandant et y fera passer trois compagnies d'artillerie hollandaise pour hâter le réarmement, afin de couvrir aussitôt le port et les rades d'Hellevoetsluis et empêcher un débarquement de l’ennemi, qui menacerait de ce point toute la Hollande.

Willemstad est une place de la plus grande importance; d'abord elle couvre Anvers, c'est le premier obstacle que l’ennemi, maître de Goeree, trouverait sur le continent; du côté de la mer, elle défend encore les passes d'Hollandsch-Diep et de Volkerak, par lesquelles l’ennemi pourrait tenter d'attaquer la Hollande ou les îles de Beveland; enfin cette place protège Overflakkee et Goeree qui ne sont séparées du continent que par une passe de 600 toises. Le fort que je propose de placer dans l’île, pris d'Ooltgensplaat, se liera avec Willemstad et les ouvrages extérieurs que je vais indiquer. II serait à désirer que de Willemstad on pût se couvrir par une inondation jusqu'au point où l’île se rapproche le plus du continent, à peu près vers Dinteloord. Un ouvrage ou fort avancé, et qui serait placé à 1,800 toises de Willemstad, défendrait bien la ligne de gauche et, en éloignant l’ennemi, l’empêcherait de cheminer sur les digues; il aurait de plus l'avantage de croiser ses feux sur la passe de Volkerak avec le fort que je propose d'établir près d'Ooltgensplaat, qui en serait éloigné de 7 à 800 toises au plus.

Ce projet est le premier qu'on doit prendre en considération : Willemstad est le point qui doit protéger les passes et 1'ile de Goeree. Si l’ennemi s'emparait de cette île, les rades d'Hellevoetsluis seraient perdues. Willerostad a sept côtés et 1,300 toises de tour; étant sus­ceptible d'inondations qui la couvrent tout autour, elle n'est attaquable que par les digues; deux batardeaux les séparent de la place; il n'en est pas moins convenable d'établir deux forts le long de ces digues. Celui proposé a 1,800 toises vis-à-vis Ooltgensplaat remplit deux buts; 1'inondation, si on peut la prolonger jusque-la, le rendra plus fort. II faudrait du côté de l’est, à 400 toises, un autre fort qui arrêterait l'ennemi. Quant à l'intérieur, il faut réparer la caserne et la tenir en bon état, mettre à l’épreuve de la bombe le magasin à pou­dre, qui peut contenir quarante milliers, établir une manutention et un magasin des vivres, établir une caserne voûtée pour 4 ou 500 hommes à la gorge d'un bastion pour servir de réduit à la garnison.

II faut faire faire par les officiers du génie des projets pour ces établissements. Il faudra aussi construire un nouveau magasin à poudre pour cent milliers et des couverts contre la bombe. Il faut mettre aussitôt des gardes-magasins. Il n'y a que dix milliers de poudre; il est nécessaire d'en faire venir de Bois-le-Duc et des autres places non conservées du Brabant. Je ne ferai des fonds cette année que pour les magasins à poudre et les réparations urgentes; j'attendrai les projets des autres travaux pour ordonner les fonds nécessaires, au mois de novembre.

Faites-moi un rapport pour nommer les commandants du génie et de l’artillerie. Faites venir du Brabant une compagnie de vétérans pour tenir constamment garnison à Willemstad.


Trianon, 4 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

II est indispensable de fixer l’attention sur les places de Danzig, de Stettin, de Küstrin et de Glogau.


Il y a à Küstrin un chef de bataillon d'artillerie qui commande la place. Il faudrait y nommer un colonel ou général de brigade, homme de tête sur lequel on put compter, lequel aura le commandement de la place. II y a dans cette place la 10e compagnie du 5e régiment d'artillerie à pied. Elle n'est que de 84 hommes; faîtes partir sur-le-champ, du lieu le plus près, un détachement du même régiment qui porte cette compagnie à 140 hommes présents. II n'y a qu'un officier du génie, il faut en envoyer deux autres. Moyennant cela la garnison de cette place sera d’un bataillon de marche de 800 hommes et d’un régiment polonais, ce qui fera 1,800 bommes de garnison; ce qui est suffisant. Faites-moi connaître son approvisionnement en vivres, en munitions de guerre, son armement, et si elle est en état de soutenir un siège.

II y a à Glogau pour commandant le général de brigade Rheinwald; est-ce un homme sur lequel on puisse compter pour défendre cette place ? La garnison est composée d’un régiment saxon de 1,400 hommes et de la 18* compagnie du 5e d'artillerie à pied, qui n'est que de 72 hommes; complétez-les à 140 hommes. Faites-moi connaître l’armement de la place et son approvisionnement en vivres et munitions de guerre.

II y a à Stettin deux compagnies d'artillerie, une du 5e et une du 7e; ces compagnies ne sont qu'à 70 hommes chacune; complétez-les à 140hommes, de manière qu'il y ait 280 canonniers. II y a un ba­taillon saxon et un régiment polonais. Comme la garnison de Glogau n'est pas assez forte, on pourrait y envoyer le bataillon saxon; alors la garnison de Glogau serait de 2,000 hommes. On enverrait à Stettin, en remplacement, un régiment entier français de la division Morand, en ayant soin de choisir un régiment des plus forts, de sorte qu'il y aurait à Stettin un régiment français de 3,000 hommes, un régiment polonais de 800 hommes et 250 canonniers.

Il faudrait envoyer un régiment de cavalerie légère pour avoir des postes à Stettin, à Küstrin et Glogau.

Faites-moi un rapport sur ces trois places. N'ordonnez aucun mouvement et mettez du secret dans tout cela. Faites-moi connaître seulement à quoi est obligée la Prusse par le traité, ce que je dois tenir dans ces trois places, et choisissez des commandants qui m'en assurent la possession.

II y a à Danzig un bon gouverneur. II est nécessaire d'y envoyer 2 officiers du génie, 1 colonel d'artillerie et 1 capitaine en rési­dence. II y a deux compagnies d'artillerie de 70 hommes; les com­pléter chacune à 140 hommes. II faudrait y envoyer, outre cela, un régiment français entier, une compagnie d'artillerie et un régiment de cavalerie; ce qui portera la garnison à plus de 6,000 hommes.

Ainsi la division Morand fournirait deux régiments français d'infanterie et deux régiments de cavalerie. Peut-être serait-il convenable d'envoyer une compagnie d'artillerie de plus à Stettin, une à Küstrin et une à Glogau.

II est convenable dans la position actuelle que la place de Danzig soit bien gardée. Je désirerais aussi avoir un rapport sur ces ques­tions ; si j'avais besoin d’avoir 60,000 armes, d'où les tirerais-je, et comment pourrait-on les envoyer le plus secrètement possible ?


Trianon, 4 août 1810

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, le secrétaire d'Etat vous enverra un décret que je viens de prendre et par lequel je dispose des commandements des côtes depuis 1'Ecluse jusqu'à l'Elbe. Présentez-moi lundi des lettres patentes pour les titulaires de ces quatre commandements. II leur sera enjoint, par ces lettres patentes, de rester constamment à leur bord, de maintenir la discipline la plus exacte dans leurs équipages, d'appareiller toutes les fois qu'ils le pourront, afin de tenir les Equipages en haleine, afin d'avoir la flottille toujours en mouvement, en la faisant soutenir au besoin par leurs grands canots, pour protéger et surveiller les côtes. Vous mettrez dans les lettres patentes du commandant de l’Escaut qu'il doit réunir toute sa flottille, tantôt dans l’Escaut occidental et tantôt dans l’Escaut oriental; qu'il doit faire visiter tous les jours les forts et batteries qui protègent les stations de sa flotte, et qu'il doit vous rendre compte tous les jours de leur situation et de la manière dont s'y fait le service.

Vous mettrez dans les lettres patentes du commandant des bouches de la Meuse que la surveillance et la garde de l’île de Goeree lui sont particulièrement recommandées. Dans celles du comman­dant du Texel, vous mettrez qu'il doit toujours tenir une bonne divi­sion de sa flottille auprès d'Emden, et qu'il doit faire constamment naviguer le reste entre les îles. Je laisse à sa prudence la partie de sa flottille qu'il doit tenir dans I'Ems et sur les côtes de l’Ost-Frise, et celle qu'il doit laisser dans le Texel. Dans les lettres patentes du commandant des villes hanséatiques, vous lui recommanderez particulièrement la surveillance et la défense des trois points principaux, la Jahde, le Weser et l’Elbe. Vous ferez connaître à tous ces com­mandants que ce n'est que par une activité continuelle de leurs flottilles que mon but peut être rempli, les équipages s'exercer et s'ama­riner, et les côtes être surveillées et protégées. Vous voyez que j'ai réduit la flottille française à 48 chaloupes canonnières; en donnant un équipage de 30 hommes à chacune, cela ferait en tout de 12 à 1.500 hommes. Ainsi le 42e bataillon serait presque suffisant. Les 18 autres chaloupes canonnières attachées aux flottes de l'Escaut et du Texel n'entrent pas en ligne de compte, devant mouiller chacune auprès d'un des vaisseaux et être aux ordres de chacun des capitaines, qui les fera monter par des détachements de son équipage à son choix.

Quant aux Hollandais, je pense bien qu'ils ne pourront pas tout fournir en chaloupes canonnières; mais ils pourront fournir la moitié en chaloupes canonnières, et l'autre moitié en schooners ou autres bâtiments utiles. Mon intention est de prendre la même mesure pour le reste de la France. J'attends pour cela l'organisation des bataillons, parce que leurs colonels pourront commander les garde-côtes que monteront leurs équipages; bien entendu qu'à Cherbourg, à Brest, à Rochefort et à Toulon, on les mettrait sous les ordres des amiraux et des généraux.


Trianon, 4 août 1810

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie votre correspondance de Hollande, que j'ai lue avec intérêt. J'estime qu'il serait convenable que vous établissiez près de vous un bureau séparé pour la marine hollandaise. Vous y placeriez l’administrateur et 1'officier de marine arrivé ici, et vous y appelleriez quelques commis d'Amsterdam. Cela vous servirait pour diriger tous les travaux de recrutement de cette année, et peut-être cet état de choses pourrait-il être continué pour 1811; c'est-à-dire que peut-être je laisserai subsister encore cette année la marine hol­landaise avec sa solde et ses habitudes, car je ne me résoudrai à incorporer les affaires de Hollande dans tous les départements de mon ministère que quand je me serai bien assuré de ce que je veux faire. Cependant il est indispensable que vous commandiez en Hollande comme à Brest; et que vos ordres n'y trouvent aucun retard. II est également indispensable que tous les renseignements dont je puis avoir besoin, je les aie du soir au matin. II faut donc créer un bureau hollandais qui contienne, au petit pied, tout le ministère, et que l’on puisse trouver les états de situation, les revues, les états du personnel, etc., car je compte mettre, dès septembre prochain, des fonds particuliers à votre disposition pour la marine de Hollande. Vous me rendrez compte de la formation de ce bureau.

Je vois, dans la lettre du maître des requêtes, qu’un vaisseau de 68 canons peu aller d'Hellevoetsluis àFlessingue. Cela étant, faites-moi connaître s'il ne serait pas convenable de diriger, d'Hellevoetsluis sur Flessingue, un ou deux vaisseaux de cette espèce, qui, ayant l’avantage de craindre moins les bancs, pourraient sortir en avant de notre escadre, et qui en même temps, dans des lignes d'embossage, pourraient appuyer une aile avec avantage.

Mais ce à quoi j'attache le plus d’importance, c'est que les frégates qui sont à Rotterdam viennent renforcer mon escadre de Flessingue. Je crois qu'il y a à Rotterdam une frégate et quelques bricks qui, s'ils étaient bons marcheurs, seraient utiles.

Je ne trouve aucun renseignement sur la grande frégate de 50 ca­nons. Je ne sais si elle est bonne marcheuse, ni quand on peut espérer qu'elle sera arrivée à Flessingue.

Dans la correspondance du ministre, je relève qu'ils ne veulent pas construire des vaisseaux tirant 22 pieds d'eau, mais qu'ils ne font pas d’objection pour en construire d'un tirant de 21 pieds. Faites-leur donc construire un vaisseau de 74 ne tirant que 21 pieds d'eau, en leur donnant le même modèle que celui adopté primitivement pour Anvers.

Je désire que vous me fassiez un rapport sur les passes du Texel. S'il y a 21 pieds d'eau à basse mer sur ces passes, je ne comprends pas qu'on ne puisse pas faire sortir un vaisseau d'un plus grand tirant d'eau en profitant de la marée. D'un autre côté, je ne puis pas croire que ces 21 pieds d'élévation soient à haute mer, car, la marée devant monter de 12 à 15 pieds au Texel, dans ce cas les passes seraient presque à sec à basse mer. Cela me porte à penser qu'on pourrait construire des vaisseaux tirant 22 pieds, et même des vais­seaux de 80 et à trois ponts, sauf à prendre quelques précautions pour leur sortie. Comme je suppose qu'il y a beaucoup de vieux préjugés dans tout cela, recommandez bien à Kersaint de sonder lui-même tous les points importants des passes.

Dans votre réponse au ministre de la marine, vous lui direz de vous faire connaître s'il ne serait pas convenable de placer les vélites et les pupilles royaux à bord de l'escadre.

Je vous ai demande des renseignements sur la Guyane hollandaise. Expédiez-y quelques mouches et faites-moi connaître ce que je pourrais y envoyer. J'ai ordonné à l'architrésorier de faire partir un brick pour Batavia; ce brick a dû partir du Texel.


Trianon, 4 août 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre du 1er août. Vous me dites que les douanes arrêtent à l'exportation en Allemagne les draps de Hollande; mais vous ne me dites pas si ce sont les douanes françaises ou celles du grand-duché de Berg.

Vous recevrez demain une organisation pour la surveillance de toutes les côtes de la Hollande.

L'inspecteur du trésor a des ordres du ministre pour ramasser tout ce qu'il y aurait sur la place à un escompte de 1/2 pour 100 par mois, et pour correspondre avec lui. Révoquez donc votre ordre et favorisez cet agent dans toutes ses opérations.

Je vois, par une de vos lettres du 29 juillet, que les 660,000 flo­rins doivent suffire, pour la dette publique, pour le mois d’août. Depuis quand les Hollandais ont-ils arriéré le payement de leur dette ? Croient-ils qu’elle est arriérée d'un an ?

Vous me dites que le grand veneur recevait par an 100,000 flo­rins ; je suppose que cet argent entre au trésor public.

Au moment que le Conseil d’État et le Corps législatif sont supprimés, il est indispensable de nommer aux diverses places que des Hollandais doivent remplir à Paris. Faîtes-moi connaître les douze personnes les plus capables parmi lesquelles on pourrait choisir pour les six places de sénateurs, et envoyez-moi des notes sur les emplois qu'ils ont occupés, sur leurs habileté, fortune, opinions. Proposés-moi six personnes pour les trois places de conseillers d'Etat, et six pour les trois places de maîtres des requêtes, et dix-huit pour occuper les neuf places d'auditeurs que je destine à des Hollandais. En­voyez-moi également une liste double pour les places au Corps législatif, en prenant dans tous les départements, selon une règle que vous ferez. II faut que votre travail soit circonstancié, et que l’âge des individus,  leur fortune,  leurs opinions, leurs  talents, soient bien connus.


Trianon, 4 août 1810

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j'ai reçu votre lettre du 8 juillet; je donne entièrement mon assentiment au choix de Torgau pour y établir la place d'armes de dépôt pour votre royaume. Cette place a, comme Wittenberg, l’avantage de donner un pont sur l’Elbe. Je considère même sa situation sur la rive gauche comme avantageuse, parce qu'il serait plus facile d'en faire lever le siège. L'important actuellement est de diriger les travaux de manière que, dès le premier million qu'on y emploiera et dès la première année, il y ait un résultat, et de ne pas laisser suivre la méthode ordinaire des ingénieurs, de dépenser beaucoup d'argent et de ne donner de résultat que lorsque tout est achevé. Dans le temps où nous vivons, les circonstances commandent la prudence, et il est important d'avoir, le plus tôt possible, un point d'appui et de dépôt pour les forces militaires de Votre Majesté.

Je désire qu'aussitôt que l’ingénieur que Votre Majesté choisira aura assis ses idées, bien reconnu le local, et tracé son plan de situation, elle me le communique, afin que le résultat qu'il convient pour nos intérêts d'obtenir, la mise en état de défense de cette place et l’emploi du premier million, et dès la première année, puisse s'exécuter.

Quant à Varsovie, la question est fort difficile; si l’on est obligé d’abandonner toute idée de fortifications pour cette grande ville, il serait avantageux que l’on pût achever les fortifications de Modlin et leur donner un plus grand développement, en y comprenant l’île qui est au milieu de la Vistule et en occupant un point sur la rive gau­che. Je désire aussi que Votre Majesté m’envoie le plan de cette place et du terrain de ses environs. En en faisant une bonne place, Modlin remplirait également le but d'avoir un pont sur la Vistule et d'être maître de cette rivière, d’autant plus qu'en cas de besoin il serait facile d'y transporter, par eau, tons les dépôts de munitions et d’artillerie qui se trouveraient à Varsovie. Je souhaite que Votre Majesté n'envoie les états de situation des places de Sierock et de Praga; celle de l’armée de son duché, ainsi que quelques notes sur les armes qui s’y trouvent, soit pour armer les troupes, soit pour armer la population. A-t-on fait usage de celles que j'avais envoyées à l’issue de la dernière guerre ?

Comme je désire avoir tout cela très secrètement et sans qu'on puisse se douter que je m'occupe de ces objets, j*ai pense que la manière la plus simple était de vous le demander directement. Cependant Votre Majesté remarquera que ceci n'est que de pure précaution, car mes relations avec la Russie continuent à être fort bonnes.


Trianon, 5 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que la division Grandjean soit dissoute; que le régiment qui a ordre de se rendre à Saint-Malo continue pour Brest; que, du moment que ce régiment sera arrivé, le ler provisoire de ligne retourne à Nantes, et le 2e provisoire de ligne à Lorient; que le 3e de ligne, qui est à Cherbourg, se rende à Saint-Malo. Envoyez un courrier à Cherbourg pour que le 105e ne parte pas. Ainsi le 10e d'infanterie légère sera à Brest, le 3e de ligne à Saint-Malo, et le 105e à Cherbourg. Donnez ordre au 3e léger, qui est à Dunkerque et Calais, de se rendre au Havre. Donnez ordre que le bataillon du régiment irlandais, qui est à Landau, se rende à Bois-le-Duc, où il fournira des postes à Willemstad; que le 13e de chasseurs se rende à Niort; que le 1er bataillon étranger, qui est à Cherbourg, se rende en Hollande. Donnez ordre aux tirailleurs corses et aux tirailleurs du Pô de se rendre à Boulogne, où ils feront partie du camp.

Régiments suisses. — Donnez l'ordre que l’un des deux bataillons du 4e régiment suisse qui sont à Valladolid (le 1er ou le 2e), y reste; que tous les hommes qui sont en état de servir y soient incorporés, et que le cadre de l'autre bataillon se rende au dépôt à Rennes. Ainsi, des trois bataillons de ce régiment, l’un reste à Valladolid, et l'autre sera à Rennes; il parait que le 3e a été fait prisonnier. Je vois que le 3e régiment suisse a un détachement dans l’île de Cadzand, un à Lille, un bataillon dans l’île de Walcheren, et un à Bruges. Proposez-moi de réunir ces bataillons dans un même lieu, pour le bien de la comptabilité de ce corps. Le 1er bataillon de ce régiment est porté pour mémoire; je suppose qu'il est prisonnier; le 2e bataillon est à Valladolid. Le 2e régiment suisse a un bataillon à Valladolid et un en Catalogne. Ainsi il y a cinq bataillons des régiments suisses en Espagne : quatre à Valladolid, et un en Catalogue. Les deux bataillons du 4e régiment seront réduits à un, comme je l’ai dit ci-dessus. Le 2e bataillon du 3e régiment et le 1er du 2e se réduiront à trois compagnies chacun, où seront incorporés tous les hommes disponibles, et ces six compagnies formeront un bataillon provisoire. Les cadres des autres compagnies rentreront au dépôt.

Le bataillon de l'armée de Catalogne sera complété par un détachement de 400 hommes qui partira des deux bataillons qui sont à Marseille et Toulon. Ainsi, des quatre régiments suisses, il y aura quatre bataillons à Naples, trois en Espagne, dont deux à Valladolid et un en Catalogne, deux à Marseille et Toulon, deux dans l’île de Walcheren, et deux dans la 13e division militaire.

Bataillons coloniaux. — II y a six bataillons coloniaux; ne serait-il pas convenable de les réduire à trois ? La force des six n'est que de 2,000 hommes; ce qui fait des cadres nombreux et très coûteux.

Chasseurs de la montagne. — Ne pourrait-on pas licencier les chasseurs de la montagne ?

Bataillons étrangers. — II y a trois bataillons étrangers. L'un est à Cherbourg, l'autre à Porto-Longone, le troisième en Corse. De quelles nations sont les hommes qui les composent ? Quels sont les officiers qui les commandent ?

Pionniers. — Faites-moi un rapport sur le régiment de pionniers. Il est si disséminé qu'il vaudrait peut-être mieux le mettre en com­pagnies.

Je vois qu'il y a neuf compagnies de pionniers; ne serait-il pas convenable d'envoyer la 5e à Flessingue (on ne manque pas de bras à Wesel), de même que la 7e, et d'envoyer à Willemstad la 8e, qui est à Juliers ? En général, le régiment et les compagnies de pionniers, sur lesquels j'attends un rapport de vous, je voudrais les placer soit dans les îles de Walcheren et de Cadzand, soit dans les pays où il n'est pas facile de trouver des travailleurs.

Bataillon romain. — Qu'est-ce que c'est que le bataillon romain qui est à Rome ?

Bataillon départemental et compagnies municipales. — Qu’est-ce que le bataillon départemental et les compagnies municipales qui sont en Catalogne ?

Légion hanovrienne. — Mon intention est que la légion hanovrienne ne soit plus recrutée et qu'on en réduise les cadres. Ce pays appartenant au roi de Westphalie, il est inutile de s'occuper de ce corps.

Je vois que le régiment d’Isembourg est à 5,800 hommes, le régiment de la Tour d'Auvergne, à 4,800; c'est bien nombreux. Le roi de Naples demande à les prendre à son service. Ecrivez au chef d'état-major de faire ce travail. Moyennant que le Roi paye l'armement et l’habillement, cela peut s'arranger.

Qu'est-ce que les bataillons irlandais qui sont à Landau ? Faites-en passer une revue de rigueur et faites-moi connaître de quelle nation sont les hommes. Je n'ai point l'état des officiers. Donnez ordre que le 2e bataillon et le 3e de ce régiment irlandais, qui sont en Espagne, soient réduits à un seul bataillon. On mettra en titre les meilleurs officiers. Ce régiment restera ainsi à trois bataillons; il ne sera pas augmenté.

Le 5e bataillon sera détruit dans le régiment espagnol, et sous aucun prétexte ne sera rétabli. Faites-moi connaître ce que font le 1er bataillon de ce régiment qui est dans la Maurienne, et le second qui est à Anvers; fournissent-ils des travailleurs ?

Le 1er et le 2e bataillon du régiment de Prusse qui sont en Espagne seront de même réduits à un seul bataillon. Ainsi ce régiment ne sera plus composé que de deux bataillons, l’un en Espagne et l'autre dans l’île de Walcheren.

Les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô seront réduits chacun à six compagnies; les autres compagnies seront versées dans les compagnies restantes. On mettra en titre les officiers les plus capables, les autres seront mis à la suite ou placés ailleurs.

Le bataillon franc de l’île d'Elbe est de 1,000 hommes et me coûte beaucoup. Aujourd’hui que j’ai des troupes, je voudrais dissoudre ce bataillon; cela pourra être agréable aux habitants et épargnera une dépense inutile.

Je ne veux, sous aucun prétexte, augmenter les bataillons étrangers, ni ceux destinés à recevoir les déserteurs. Les déserteurs, je les placerai dans des bataillons de pionniers pour la Hollande.

Ces observations sommaires vous feront sentir la nécessité de me faire un rapport général sur les troupes auxiliaires et hors de numéro.


Trianon, 6 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, écrivez pour que le roi de Westphalie fasse confisquer toutes les marchandises coloniales qui traverseraient l'Elbe ou passeraient de la Prusse sur quelque point de ses Etats, vu que ce sont autant de marchandises anglaises. La Prusse en a déjà introduit et en introduit encore une grande quantité chez lui. Avec de la vigilance il peut les arrêter toutes et s'en faire une ressource de plusieurs millions.


Trianon, 6 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vois dans le Journal de l’Empire que le 5e bataillon de marche de 1,000 hommes est parti de Naples le 25 juillet pour se rendre en Catalogne. Donnez ordre qu'on arrête ce bataillon où on le rencontrera, qu'on en passe la revue et qu'on le retienne jusqu'i nouvel ordre. Mon intention n'est pas d'encombrer la Catalogne de mauvais soldats et d’en grossir les bandes de brigands. Si ce bataillon est composé de galériens ou de bandits, ou d’hommes mal habillés et mal armés, on le renverra à Naples. En général, écrivez au Roi que je n'ai pas besoin de nouvelles troupes napolitaines en Espagne et que je n'en veux plus.


Trianon, 6 août 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, je n'ai pas signé le décret que vous m'avez présenté sur l’arriéré dû par les provinces d'Allemagne, parce que je n'ai pas trouvé la matière assez éclaircie. Je désire que vous voyiez M. Villemanzy pour qu'il vous explique bien tous ses états. Je vois que la comptabilité de ces provinces a été arrêtée au 1er avril 1810; mail autre chose est d'arrêter cette comptabilité au 1er avril et autre chose est de l’arrêter par exercices, de manière à indiquer ceux qui s’y trouvent compris. Je ne comprends pas pourquoi, au lieu de morceler ainsi l’exercice 1810, on n’a pas arrêté les comptes à la fin de 1809, ou du moins au moment où l’on a cessé d’administrer chaque province; or cette administration n'a pas fini à la même époque pour toutes les provinces; par exemple, pour la Poméranie suédoise on a continué de toucher les revenus jusqu'au moment où les ratifications du traité de paix avec la Suède ont été échangées, et pour Bayreuth, mes agents l'administraient encore il y a peu de semaines. Il y a même observation à faire sur l'arriéré de l’armée; on y parle des dettes de 1806, de 1807 et de 1808; mais on n'y parle pas de celles de 1809. Cependant, devant prendre un décret, je désire que tout y soit compris. Représentez-moi donc ce travail divisé par exercices et complet.


Trianon, 6 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je m'occupe d'un grand objet relatif à la navigation et au commerce. Je vous prie de m'envoyer le tarif des douanes du royaume d'Italie, tel qu'il est aujourd'hui en activité. Je désire désormais qu'aucun changement n'y soit fait que par un décret de moi. Je vous ai fait envoyer un décret qui prohibe l'entrée des soies d'Italie pour toute autre destination que Lyon. Vous recevrez un décret que je viens de prendre pour régler les droits d'entrée de plusieurs espèces de denrées coloniales. De quelque manière que ces denrées arrivent, elles doivent payer ces droits, mais bien entendu qu'elles ne doivent point arriver au détriment du blocus. Vous recevrez également le décret général que j'ai pris sur la navigation. Ces deux décrets sont exécutoires pour le royaume d’Italie; ils sont secrets et doivent rester dans votre main. Vous ne devez donner d'ordres en conséquence de ces décrets que par des lettres ministérielles.

II est nécessaire que vous fassiez classer, comme cela se pratique en France, les bâtiments de la marine italienne. Les commissaires français de la marine de Venise doivent connaître cette méthode. Vous sentez que, puisque je m'occupe de denrées coloniales, je m’occupe des moyens de les faire vendre. Je vais vous envoyer deux espèces de licences pour Venise et Ancône; l’une est licence ordinaire: il sera permis aux bâtiments munis de ces licences d’exporter des blés, des fromages et autres objets du cru du pays, même à Malte, en Angleterre, en Suisse, en Turquie et partout. En échange, ils pourront importer des bois de teinture et les objets nécessaires aux consommations du royaume d'Italie. Ces licences les mettent à l’abri des formalités exigées par les lois du blocus. Ils pourront importer des colons du Levant, mais il faudra bien vérifier s'ils sont du Levant et non colons coloniaux. Je désire que vous m'envoyiez deux Italiens bien au fait du commerce et des manufactures, qui connaissent bien les genres de productions dont le royaume est encombré, s'il y a des blés, des fromages, des blés plus qu'il ne faut pour le bien du pays, ce que payent les marchandises à l’entrée et à la sortie, ce qui s'oppose à l'exportation, et quels sont les objets d'importation dont l'Italie a besoin, si l’on a l'habitude d'importer des cotons dans le royaume d'Italie. Il faudra que les personnes que vous m'enverrez apportent avec elles la balance du commerce depuis plusieurs années et con­naissent la valeur des objets qu'on importe et qu'on exporte.

Envoyez-moi l'état des bâtiments entrés dans l'armée à Venise, à Ancône et dans les autres ports, avec désignation de leurs chargements, et des notes qui fassent connaître de quelles nations ils étaient. Mon intention est de prendre des mesures pour que le commerce soit fait par les nationaux eux-mêmes. Faites-moi connaître quels sont les prix des indigos, du café, du sucre, en distinguant les différentes espèces de sucre, des thés, du coton du Levant, du Brésil et de l'Amérique. Le résultat des mesures que je veux prendre sera un bénéfice pour le royaume de 20 à 25 millions, qui seront employés tout entiers au rétablissement de la marine de Venise.


Trianon, 7 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j'ai donné ordre que toutes les mar­chandises coloniales qui se trouveraient à Stettin fussent séquestrées, puisque ce sont des marchandises anglaises venues sur bâtiments américains. Écrivez dans ce sens au ministre de Prusse à Paris et à mon chargé d'affaires en Prusse, afin que, lorsque les réclamations viendront, ce dernier ait son langage fait, savoir, que partout où sont mes troupes je ne souffre point de contrebande anglaise.


Trianon, 7 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

II ne faut point faire sortir d'Italie des chevaux d'artillerie sans mon ordre. C'est une très-mauvaise opération que de tirer des chevaux d'Italie, où il n'y en a point et où l’on a la plus grande diffi­culté à en faire passer. Je n’approuve point cette mesure.


Trianon, 7 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio de se concerter avec M. l’architrésorier afin qu'il donne des ordres conformes à ceux que vous allez lui transmettre relativement à l’île de Texel. Mon intention est que le général Kirgener débarque dans l'île du Texel avec un officier d'artillerie français, un officier du génie français et un hollandais. II aura avec lui un officier général, un bataillon d'infanterie et deux compagnies d'artillerie, tous hollandais; on y joindra 25 chasseurs ou hussards français, commandés par un officier intelligent. Les deux compagnies d'artillerie seront chargés d’y débarquer six pièces de canon de 12, six pièces de canon de 6, six petits mortiers ou obusiers, en tout dix-huit pièces. On y transportera 500 coups par pièce, affûts, plates-formes, armement et attirails nécessaires pour armer complètement le petit fort de l’île de Texel. On débarquera en outre un obusier et deux pièces de campagne destinés à parcourir la côte et à y être placés, suivant les circonstances, pour s'opposer au débarquement.

La somme de 50,000 francs sera mise par l’architrésorier à la disposition du général Kirgener pour faire travailler au rétablissement du fort. On se servira pour les travaux du bataillon d'infanterie comme pour un ouvrage très-urgent; on rassemblera aussi les ouvriers qu'on pourra trouver dans l’île et les pays voisins; on requerra 8 ou 10 chevaux pour traîner les pièces vers leur position. On s’occupera sur-le-champ à blinder et arranger le magasin à poudre. Si la caserne est à l’abri de la bombe, on la réparera; sans quoi il faut sur-le-champ en blinder une. Il faut palissader les chemins couverts, s'il y en a, curer les fosses, rétablir les portes, etc.; enfin il faut mettre le fort en état de soutenir un siège en attendant qu'il soit secouru. Avant de chercher à établir des défenses sur les côtes, il faut commencer par mettre le fort à l’abri de toute surprise. II faudra y placer un approvisionnement pour deux mois en farines et liquides; on doit trouver dans l’île une quantité suffisante de viande et de poisson. On mettra sur-le-champ à la disposition du général Kirgener une somme de 10,000 francs pour faire commencer aussitôt le travail. II s'occupera de faire un plan en règle d'un projet pour donner à ce fort tout le degré de force dont il est susceptible.

L'amiral de Winter, qui commande dans le Zuiderzee, ainsi que la division de chaloupes canonnières, agiront de concert pour assurer cet établissement et entretenir la communication avec la terre ferme. Douze chaloupes canonnières françaises qui sont aux ordres du duc de Reggio s'y rendront pour faire les transports de l'établissement conjointement avec des bâtiments hollandais.

Vous connaissez mon opinion relativement aux bâtiments et ca­sernes qui ne sont pas à l’abri : ils servent toujours de prétexte à la reddition d'une place; je ne veux donc là que des ouvrages de guerre. II faut s'attendre à une attaque dans quinze jours : il faut donc des blindages, des blockhaus, et détruire la caserne, si elle ne peut être mise à l’abri de la bombe. Le duc de Reggio donnera tous les ordres pour que, d'ici au 20 août, l’île soit occupée et le fort à l'abri d'un coup de main et en état de soutenir un blocus de deux mois et un bon siège. J'attendrai les plans du général Kirgener pour ordonner les nouveaux travaux soit du fort, soit des batteries à établir pour protéger les passes du Texel et les mouillages de l’île.


Trianon, 7 août 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le comte Bigot Préameneu, je vois par une lettre du gé­néral Miollis que, sur seize curés qui sont à Viterbe, huit ont prêté serment. Je pense que ces huit curés suffisent à Viterbe. II faut profiter du refus de prêter serment pour réduire les paroisses au nombre qui doit être conservé.


Trianon, 8 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, on peut accorder au ministre d'Amérique tout ce qu’il demande pour ses communications avec l’Amérique et l’Angleterre.


Trianon, 8 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

II est possible que le roi de Naples ne puisse pas trouver l'occasion de passer en Sicile de tout le mois. Faites-lui connaître que mon intention est qu'il reste campe, et avec ses canonniers, prêt à passer, parce que, en tenant ainsi en échec l'ennemi, il l’empêchera de se dégarnir pour se porter ailleurs et l'obligera à tenir là ses chaloupes et marins, en même temps qu'il aura la crainte que mon escadre de Tou­lon ne fasse un mouvement pour opérer une diversion d'un autre côté, vu que je rassemble à Toulon un camp assez considérable. Il se trouvera donc par là tout à fait en échec. II faut que le Roi tienne ses troupes campées par une autre raison : c'est le moyen de les former et de leur donner une constitution particulière.


Trianon, 8 août 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Vous trouverez ci-joint un décret pour régler dans mes Etats de France et d'Italie le droit que doivent payer les denrées coloniales arrivant par prises, confiscation ou de toute autre manière. Je vous prie de prendre un pareil décret chez vous. Ce sera une ressource pour votre trésor, sans aucun inconvénient.


Trianon, 9 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, présentez une note au ministre de Suède sur la prise du Wagram, et demandez que la Poméranie suédoise déclare la guerre à l'Angleterre; que les bâtiments anglais y soient séquestrés et ne soient point reçus à l’île de Rugen. Indépendamment des indemnités, faites un article sur l'enlèvement des corsaires, pour le Moniteur.


Trianon, 9 août 1810

Au comte de Lavalette, directeur général des postes, à Paris

Il est nécessaire que dans le livre-poste de l'année prochaine vous mettiez la France, la Hollande, l'Allemagne depuis l’embouchure de l'Elbe jusqu'à la Bohème, les frontières de la Bohème jusqu'a l’Inn. Depuis l'Inn vous mettrez Salzburg, Villach, l'Illyrie, toute l’Italie; en outre l'Espagne et le Portugal. Faites travailler à cette carte de bonne heure. II faut que votre carte comprenne les routes de poste dans tous ces pays.


Trianon, 9 août 1810

Au comte Collin de Sussy, directeur général des douanes, à Paris

II est parti dans la mi-juillet un bâtiment d’Ostende pour l'Angleterre. Qui a pu autoriser le directeur des douanes à laisser passer ce bâtiment ? Faites venir ce directeur à Paris pour rendre compte de sa conduite, et faites-moi un rapport.


Trianon, 10 août 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Mon décret du 5 juillet dit tout ce qui est nécessaire pour les permis américains; en conséquence, je n'ai pas jugé à propos d'en rendre un autre. Au lieu de trente permis, il y en aura cent, deux cents, sans qu'il soit pour cela nécessaire de rendre un décret. Je vous envoie le modèle que vous m'avez soumis. J'y ai fait une addi­tion qui porte que la valeur de la cargaison sera principalement, et pour la moitié au moins, en vins et eaux-de-vie de France, et pour l’autre moitié, en draps, etc. J'ai ajouté au verso une indication pour les phrases en chiffre convenu avec les relations extérieures et écrites de la main de mon consul. Aussitôt que les permis seront imprimés et que vous y aurez mis les noms des maisons qui les ont demandés, envoyez-les-moi; j'en signerai dix pour chaque série. II n'y a pas un moment à perdre. II est inutile de dire dans un décret qu'on pourra se passer du concours d’un fabricant avec une maison de commerce; il suffit que cela soit convenu. II faut le moins pos­sible compliquer les décrets sur cette matière.

Je n'ai également pas jugé nécessaire de signer 1'autre décret et de rapporter le titre VII de celui du 3 juillet; il suffit que nous soyons convenus que les premières licences s'appelleront licences simples. Je trouve que tout est dit dans le module de ces licences. J'approuve ces modules pour les séries de l*Océan; quant à celles de la Méditerranée, ne faites pas mention de l'Espagne, sauf à accorder, s’il y a lieu, des licences spéciales. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous laissiez importer les cafés, pourvu que ce soient les cafés d'Arabie et non des colonies occidentales. Envoyez-moi des licences à signer le plus tôt possible.

Quant aux licences pour le sucre, j'attendrai pour les délivrer que ce qui est relatif aux permis et aux licences simples soit terminé; ce qui me donnera encore le temps de réfléchir avant d'autoriser un commerce direct avec l’Angleterre.

Pour ne pas perdre de temps en discussions, expédiez le plus tôt possible ce qui est relatif aux licences simples et aux permis. Je ne rapporte aucun décret. Ceux du 3 et du 5 juillet forment la législation. Celui du 3 juillet disant, article 18, « que les porteurs de licences seront tenus de se conformer aux conditions exprimées dans la licence », il n'y a aucun nouveau décret à rendre. Les con­ditions de la licence disent tout. II suffit d'envoyer à la secrétairerie d'Etat les nouveaux modules que j'approuve, pour être annexés à ces décrets.

Quant à la législation générale, on décidera selon les cas qui se présenteront; il y aurait de l’inconvénient à le faire par un décret général, puisque je vois que tous les décrets sont connus sur-le-champ. Vous pourrez me faire des rapports sur les différents cas et je prononcerai. Je ne vois rien dans le titre Ier et dans le titre II du nouveau projet de décret qui soit indispensable. Je crois qu'il faut laisser les trente séries comme elles existent, et ne pas faire de sub­divisions. Il est, par exemple, impossible de mettre la Hollande avec la Normandie et la Bretagne. Il est inutile de dire ce que la licence autorise, puisque cela est dit dans les licences, et que, s'il y a des cas d'exception, on prononcera. Quant au titre III sur les licences pour le sucre, je m'en occuperai aussitôt que tout ce qui concerne les licences simples et les permis sera fini.


Trianon, 10 août 1810

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je désire que vous me remettiez sous les yeux le projet pour Meudon; je ne le comprends pas bien. Je voudrais augmenter dans mes palais les meubles d'étoffe de laine de Beauvais et de la Savonnerie, parce que cela est de bonne durée, parce que cela emploie des matières premières de France, et que cela fait aller des manufactures qui en ont besoin. Je voudrais donc qu'on augmentât le nombre des ouvriers des Gobelins, qu'on y établit de petits ateliers pour faire des chaises, des fauteuils, qu'on fit la même chose aux manufactures de la Savonnerie, de Beauvais, etc. Les étoffes de velours et les draps ne durent qu'un moment; les meubles des Gobelins et de la Savonnerie doivent durer quatre fois davantage. Faites-moi à cet égard un rapport appuyé sur des calculs et qui fasse voir l’économie qu'il doit y avoir à donner la préférence à cette  dernière espèce de meubles.


Trianon, 10 août 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai approuve votre budget montant à 112 millions; je l’ai réduit, en supprimant 2 millions sur les 3,500,000 francs de la Guadeloupe, 1 million sur la solde à la terre, en diminuant le bataillon d'ouvriers qui est en Espagne, en prononçant la réforme de 500 officiers militaires et d’administration, montant à 345,000 francs, que l’on peut porter aux Invalides; idem sur la solde d'inactivité d'officiers ou d’entretien de prisonniers de guerre; 1 million sur la solde à la mer, en prenant cette économie soit sur les trente-sept vaisseaux, soit sur les vingt-sept frégates, ou bricks, ou corvettes; total, 4 millions. Tout ceci n'était pas aussi complet que dans les états. J'ai accordé 2 mil­lions pour Venise, conformément à l'état particulier que vous avez joint au budget, et de ce supplément j'ai fait le quinzième chapitre du budget; ce qui porte le total du budget à 110 millions. J'ai signé un extrait du budget ainsi réglé.


Trianon, 10 août 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai déjà fait connaître mes observations sur les dépenses des petits ports. J'espère que ces dépenses inutiles n'auront plus lieu et que le budget de 1811 sera réduit d'autant.

J'ai parcouru légèrement les états des grands ports. Je ne sais pas pourquoi vous avez à Anvers 3 capitaines de vaisseau employés à terre; je crois que c'est assez inutile. L'état-major du port et des mouvements emploie 13 individus: cela me paraît bien considérable; les mouvements d'Anvers sont bien peu de chose. 14 ingénieurs des travaux maritimes me paraissent une chose exorbitante. II y a 117 administrateurs à Anvers : cela ne pourrait-il pas être réduit à moitié ? Vous portez 200 bâtiments, y compris la flottille, et en conséquence 680,000 francs pour solde : cette latitude me paraît trop forte. Pour régulariser ce calcul, il serait peut-être nécessaire de distinguer la flottille, qui est composée de bâtiments réguliers armés d'avec les autres éléments du compte.


Trianon, 10 août 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Toute la marine vénitienne et actuellement la marine italienne se servent de mats vénitiens. Je désirerais qu'à tout évènement vous en achetiez 3 ou 400 des meilleurs. Vous les ferez venir, par le Pô, jusqu'auprès d'Alexandrie, d’où on les transportera par terre jusqu'à Gènes; je ne sais même pas si l’on ne pourrait pas les faire remonter, par la Bormida, jusqu'à Acqui, et de là les transporter à Savone. Ce trajet serait beaucoup moins considérable. On fera laisser ces mats à Toulon; ce sera, dans bien des circonstances, une bonne ressource. J’aurais aussi désiré qu’on essayât des mâts de Corse. Beaucoup de personnes pensent qu'il y a sur toutes ces matures beaucoup de préjugés.


Trianon, 10 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l'ordre aux trois bataillons qui sont réunis à Toulouse de se rendre à Foix. Le général commandant le département de l'Ariège formera, de ces trois bataillons et des troupes qu'il a, une colonne d’observation, avec laquelle il entrera en Catalogne, du côté d'Urgel, pour désarmer et soumettre les vil­lages en armes du côté de Puycerda et d'Urgel. II aura soin de ne pas s'éloigner des vallées, mais il étendra son influence, autant qu’il lui sera possible, à deux ou trois marches autour, ne perdant point de vue qu'il doit couvrir la frontière. Vous joindrez à cette colonne, qui sera forte de 2 ou 3,000 hommes, deux petites pièces de 3 ou de 4 de montagne, qu'on pourra trouver à Foix, avec un approvisionnement de cartouches et de biscuits. II faut, pour diriger cette colonne, un général de brigade jeune et capable de faire la guerre de montagne. II faut surtout y mettre un bon colonel en second. Donnez d'abord les ordres pour réunir les troupes. Vous instruirez de cette diversion le duc de Tarente, et vous l’autoriserez à donner les ordres à cette colonne; mais vous lui ferez bien comprendre qu’il ne doit pas les éloigner des vallées de Puycerda et d'Urgel, vu qu'elles ont pour but spécial de contenir ces vallées.


Trianon, 10 août 1810

Au prince de Wagram et de Neuchâtel, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je désire que vous envoyiez au général Kellermann la note ci-jointe, sur les archives de Simancas. Vous le chargerez de vérifier ce que sont devenues ces archives, et, si elles existent en­core, vous lui ordonnerez de les faire emballer et de les diriger sur Bayonne, en profitant des caissons qui ont apporté du biscuit.


Trianon, 10 août 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

J'ai lu le projet de décret que vous m'avez présenté pour assigner un traitement aux directeurs de votre intendance. Mon domaine ex­traordinaire n'est pas assez riche pour que je puisse accorder plus que les 100,000 francs que je vous ai donnés pour vos frais de bureaux, et en vérité il n'y a pas, dans le domaine extraordinaire, de quoi faire pour plus de 100,000 francs de besogne.


Trianon, 10 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 3 août. J'ai lu avec attention le rapport des commissaires sur les deux villages d'Ascoli, dont la ces­sion est demandée par le roi de Naples. Je trouve que vos réflexions sont très justes, et que si, pour rectifier les limites de Naples, il fallait céder ces deux communes, cela donnerait lieu à de graves inconvénients sans aucune compensation. Je vais faire répondre sur cette affaire par mon chargé d'affaires à Naples; je ne veux pas qu'il y ait de douanes sur ces deux points de communication, et je n'admets aucun changement dans la frontière d'Ascoli. S'il y avait un changement, ce serait pour donner au royaume d'Italie le Salinello pour limite. Vous ferez finir les inquiétudes qu'on paraît avoir à Ascoli et dans ces deux villages, en y faisant connaître que j'ai pris en consi­dération leurs intérêts et qu'ils ne seront jamais réunis au royaume de Naples.


Trianon, 11 août 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Voici comment les licences doivent être rédigées :

« Sur le compte rendu, etc., nous lui avons accordé la présente licence, par laquelle nous 1'autorisons à introduire dans l’un de nos ports telle quantité de sucre, café, poivre, cannelle, grosse muscade, qu'il lui plaira, sous la condition d'exporter une quantité de marchandises françaises égale à la valeur des marchandises importées; entendons que les deux tiers de la cargaison seront en vins et eaux-de-vie de France, et le tiers en quincaillerie, soies, rouenneries ou autres étoffes provenant des manufactures et de l’industrie françaises. »


Saint-Cloud, 14 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites une réponse au sieur Latour-Maubourg, avec un projet de note qu'il devra remettre à la Porte, dans laquelle il lui fera connaître qu'on protégera son pavillon et son commerce, si elle veut les affranchir des contributions que leur font payer les Anglais, et pour l'engager à se révolter contre les arrêts du conseil. II faut que cette lettre et cette note soient mises dans le Moniteur huit jours après qu'elles seront parties. Vous me montrerez cette note avant de l’expédier.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Due de Feltre, j'ai rendu un décret pour mettre en état de défense les îles d'Hyères et les mouillages de Brégançon et de Fréjus.

Je ne veux dans les forts aucun bâtiment qui puisse être brûlé. J’ai été jadis dans ce pays. Les forts sont encombrés de bâtiments que trois obus mettraient en feu; après quoi il faudrait les rendre. Une longue paix a introduit ces abus. Je préfère loger les troupes dans des baraques de bois, qu'on démolit en cas d'attaque.

L'île de Porquerolles a environ 800 toises de large; le château est éloigne d'environ 200 toises du rivage du côté du mouillage. II me semble qu'il faut tracer autour de ce fort un chemin couvert qui avance de 100 ou de 150 toises de chaque côté. Ce chemin couvert pourra être couvert par un fossé, et l’on pourra placer sur le rivage une lunette. Dès ce moment, l’île sera parfaitement occupée. On aura un fort de 4 ou 500 toises de tour, qui peut contenir 7 à 800 hommes, et qui pourra être défendu par 80 ou 100 hommes. Comme ce pays est montagneux et de roc, on doit pouvoir construire ce que je demande pour 20 ou 30,000 francs.

On doit me présenter en novembre des projets pour former du côté de terre les batteries de Porquerolles et de Port-Cros, et me faire un rapport qui me fasse connaître s'il faut rétablir le fort de l’éminence. On joindra aux projets tous les plans et projets nécessaires pour bien faire connaître la situation de ces forts et batteries et les bâtiments à l'épreuve de la bombe.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport sur les quatre places de Danzig, Stettin, Küstrin et Glogau. La place qui m'importe le plus est Danzig. J'approuve que vous y envoyiez le colonel Lepin pour commander l’artillerie; mais je n'approuve pas que vous y envoyiez de nouvelles compagnies d'artillerie. Je vous ai fait connaître que je voulais com­pléter celles qui s'y trouvent. Je suis fâché qu'au lieu de chercher à exécuter mes ordres vous m'obligiez à faire le travail de détail. Deux compagnies d'artillerie suffisent à Danzig. Les deux compagnies du 5e régiment qui s'y trouvent n'ont ensemble que 140 hommes; il faut leur donner encore 140 hommes, que vous prendrez, savoir : 50 hommes de la 10e compagnie du 5e qui est à Küstrin, 50 de la 18e du même régiment qui est à Glogau, et 40 de la 11e du même régiment qui est à Stettin. Vous prendrez ces 140 hommes parmi les plus jeunes canonniers. Donnez ordre qu'il y ait à Danzig trois officiers par compagnie d'artillerie complète, et des capitaines en second. Les cadres des 10e, 11e et 18e compagnies d'artillerie rentreront en France, et ainsi, au lieu de neuf compagnies du 5e régiment qui devaient rester en Allemagne, il n'en restera que six. L'artillerie de Stettin sera composée de la 12e compagnie du 7e régiment, qui est de 73 hommes, et que vous ferez compléter, et d'une autre compa­gnie du 7e, qui sera également complété. Une compagnie du 7e sera complétée à Glogau et non à Küstrin. Comme ces quatre compagnies du 7e exigeront, pour être portées à 140 hommes, l'incorporation de quatre autres, il ne restera des quinze compagnies du 7e régiment en Allemagne que onze; les cadres des quatre dernières rentreront en France. Au moyen de ces dispositions, six compagnies du 5e régi­ment d’artillerie à pied, onze du 7e et deux du 5e à cheval resteront en Allemagne. Mais, sur ces dix-sept compagnies à pied, six seront complétées à 140 hommes, savoir : deux compagnies du 5e régiment à Danzig, deux du 7e à Stettin, une du 7e à Küstrin et une du 7e à Glogau.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Ecrivez au général Donzelot que son gouvernement est trop faible, incertain et pas assez énergique; qu'en caressant les Grecs on leur fait croire qu'on a besoin d'eux, et qu'on les enhardit; que les espions, les contrebandiers ne sont pas réprimés à Corfou, et qu'il est honteux que l’île de Paros n'ait pas été déjà punie.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie une note sur les pro­vinces illyriennes, qu'il conviendra de communiquer au maréchal duc de Raguse et aux bureaux de l'artillerie et du génie, pour qu'ils veillent à ce qu'il n'y ait aucun établissement sérieux dans les provinces illy­riennes. Le duc de Raguse doit envoyer le général Poitevin reconnaître la position d'une place sur 1'Isonzo, et de deux forts qui intercepteraient les routes d'Osoppo à Villach et de Goritz à Villach par Tarvis.

NOTE SUR LES PROVINCES ILLYRIENNES.

Le fort de Sachsenburg doit être détruit, parce qu'il n'est suscep­tible d'aucune augmentation ; qu'il est tellement plongé que ce serait jeter son argent sans résultat, et qu'après quinze jours de défense la garnison serait inévitablement prise avant qu'on y pût revenir.

Villach paraît susceptible de peu de chose; du moins tout serait à faire.

Le cours de la Drave, dont nous sommes en possession, a l’important avantage de nous rendre maîtres du versant des eaux, et de nous permettre de choisir les positions que nous devons occuper sur la chaîne des Alpes.

Il est à prévoir que, dans les évènements d'une guerre, les Autrichiens pourraient nous prévenir; or il est probable que nous n'essayerons pas même de défendre Villach et le versant des montagnes, qu'il faudra se retirer derrière les Alpes. Rester maître des Alpes est la seule chose qu'on doive désirer.

On peut en dire autant de toutes les provinces illyriennes. Dans une guerre contre l’Autriche l'armée française repassera l'Isonzo, et il est possible qu'elle ne puisse pas se trouver assez réunie pour se battre dans des pays si près de 1'Autriche. On aura obtenu un grand résultat de la circonstance qui nous rend maîtres de tout le pays, si nous restons maîtres de l'Isonzo et du passage des Alpes.

Un des grands désavantages de Palmanova est qu'elle ne nous rend pas maîtres de l'Isonzo. S'il y a une fortification à établir, il faudrait l’établir à Goritz, Gradisca, ou tout autre point qu'il faut chercher et choisir sur l’Isonzo, qui fasse que l'armée puisse repasser l'Isonzo et être maîtresse de le passer quand elle voudra.


Ce qui est arrivé dans la dernière guerre avait été prévu, et on avait bien pensé qu'il n'était pas possible de se défendre dans le Frioul. II faudrait donc reconnaître quel est le point qu'il faut occuper pour être maître du chemin d’Osoppo à Villach par Pontebba, celui qui rendrait maître du chemin de Tarvis à Caporetto par Goritz. S'il y avait là deux points qu'on put occuper, cela mériterait la peine de dépenser un million sur chaque point, de manière que l’ennemi ne put déboucher par ce chemin sans prendre les forts; ce qui exigerait quinze ou seize jours. On ne prétend pas l'empêcher de passer avec de l'infanterie, de la cavalerie et des divisions légères, mais intercepter la chaussée; c'est de la grande route qu'il est question de se rendre maître.

II ne faut donc pas se dissimuler qu'il ne faut établir aucune offen­sive au delà des Alpes, aucune défensive an delà de I'Isonzo; on sera prévenu par l'ennemi. La vraie défense est sur l'Isonzo et les montagnes. Il faut charger le général Poitevin de parcourir cette rivière et de déterminer un point, pour pouvoir l’occuper et faire système avec Palmanova, surtout chercher le point qui intercepte parfaitement la route de Villach à Osoppo et de Villach à Goritz par Tarvis.

Ces deux points sont bien plus importants que celui sur I'Isonzo; car, si le quartier général de l'armée ennemie est à Klagenfurt, il lui faut quatre jours pour se porter aux montagnes, et, s'il y a là des obstacles qui le retiennent, l’ingression par la Carinthie, qui est l'ingression la plus dangereuse, se trouvera considérablement retardée, et l’armée française a tout le temps de se former dans le Frioul, de débloquer les places et de prendre l’offensive.

Si, à cause de ces obstacles, l’ennemi ne vient point par Klagenfurt et vient par Laybach, ce serait un détour de quatre ou cinq jours, qui retarderait d'autant sa marche. Cela l’obligera à diviser ses forces, parce qu'il aura toujours à craindre une attaque par la cavalerie. Gagner cinq à six jours dans ces moments là n'est pas un petit objet.

Ainsi il faut renoncer à toute espèce de projet sur Laybach; il faut en détruire les fortifications; mais il est bon de conserver le château en l’améliorant, d'abord parce que le château contiendra les habitants, et qu'il petit être utile, dans l'hypothèse où l'ennemi serait prévenu et où l’armée se porterait en avant, pour assurer les communications, servir de refuge aux partis, et qu'il rend solidement maître du pays. Ce château est situé sur une arête si étroite qu'on ne le croit pas susceptible d'être fortifie pour être garde. II restera à savoir si les 800 hommes qu'on pourrait laisser dans ce fort pourraient s’y défendre trente ou quarante jours et attendre le retour de l'armée. Ce serait une raison de plus pour y dépenser quelque argent, et l’on pourrait s'exposer à la perte de quelques 5 ou 600 hommes. II est plus avantageux de le conserver que de le détruire; mais on ne doit le considérer que comme un simple fort qu'il faut améliorer; ce sont les bases d'après lesquelles il faut agir.

Mêmes raisons au fort de Trieste; il est utile pour mettre la police contre les Anglais, maintenir une ville populeuse et commerçante, et assurer les communications si l’armée est en avant. On a développé, dans une note précédente, les raisons qui déterminaient à mettre en état le fort de Trieste. On attend des renseignements pour savoir si 1'armée pourra le garder dans le cas ou elle repasserait I'Isonzo. A moins de dépenses considérables, il est douteux qu’on puisse forti­fier ce château de manière à le mettre en état de se défendre quinze à vingt jours.

Ainsi un principe général pour les fortifications, l'artillerie et le ministre de la guerre : c'est qu'il ne doit y avoir aucun établissement sérieux sur la rive gauche de l'Isonzo, aucun arsenal, magasins de fusils ni d'artillerie : tout doit être à Palmanova, Venise, Mantoue, et, si l’on veut, à Osoppo et Zara. II ne faut penser à établir aucune offensive sur le pendant des Alpes juliennes, ni aucune défensive au delà de l'Isonzo.

On doit être constamment en mesure d'évacuer en quatre jours de temps tout le pays au delà de l’Isonzo, et sur le pendant des Alpes juliennes, partie sur la Dalmatie, partie sur l'Isonzo.

On ne doit jamais penser que le commencement de la guerre doit se faire dans les provinces illyriennes. Tout ce qui est nécessaire à la garnison de Zara doit se retirer de ce coté; tout le reste sur l’Isonzo.

Les avantages du pays illyrien sont très considérables; mais, s'ils étaient mal saisis, ils deviendraient de grands inconvénients.

Les avantages consistent: le premier, à ce que l’armée de Dalmatie n'est plus séparée; qu'elle formerait l’avant-garde et se trouverait sur la Save, en avant de Laybach, tandis que les 2,000 hommes destinés à la garnison de Zara seraient sur les derrières; et que, si l'armée française ne pouvait se réunir à temps, l’armée de Dalmatie forme­rait l’arrière-garde de l'armée et se retirerait sur l’Isonzo, où elle serait jointe par l'armée d'Italie.

Ainsi 16,000 hommes d'élite de l’armée de Dalmatie ne pouvaient rien en 1809; et, si l’armée d'Italie était battue, l’armée de Dalmatie l’eût été un peu plus tôt ou un peu plus tard. Si les choses eussent été en 1809 comme aujourd’hui, l'armée de Dalmatie eût été à la bataille de Sacile : cet avantage est immense.

Le deuxième avantage est que, la réunion de l’armée autrichienne étant près du Frioul, elle était en mesure d'y porter la guerre le second jour de la déclaration de la guerre; aujourd'hui ce ne peut être que le dixième : c*est un gain de huit jours, qui est très considérable dans cette circonstance.

Le troisième avantage, et qui n'est pas le moindre, est que, maîtres de tous les débouchés des Alpes, nous pouvons, pour la défensive, choisir les points qu'il nous importe de fortifier, pour retarder de dix ou quinze jours la marche de l'armée ennemie, et que, pour 1'offensive, nous sommes sûrs que l’ennemi n'aura pu rien fortifier.

En résumé, les provinces illyriennes, considérées sous le point de vue de guerre, ne doivent être regardées que comme complétant la possession du Frioul. Si on les considérait autrement, on s'exposerait à de grands malheurs, et l’on pourrait donner lieu à des pertes de batailles qui pourraient compromettre I'Italie elle-même.

Ainsi donc, envisageant les choses sous ce point de vue, il convient de garder les châteaux de Laybach et de Trieste, de s'y fortifier chaque année moyennant une petite dépense, d'y détruire tous les bâtiments et constructions qui pourraient les mettre dans le cas d'être pris par les obus.

Si l’on a dépensé, dans quatre ou cinq ans, quelques centaines de mille francs dans les deux forts, ils peuvent rendre des services qui compensent l’argent qu'on y aura dépensé; il est vrai aussi qu'ils pourront n'être d'aucune utilité.

S'il est nécessaire de faire une dépense de quelques millions, ce serait dans une des deux places qui intercepterait la communication de la Carinthie dans le Frioul, et une bonne place sur l’Isonzo, en regardant le premier de ces objets comme beaucoup plus important que le second.

Les provinces illyriennes peuvent aussi être considérées comme pouvant servir dans une guerre contre les Turcs; Karlstad serait bientôt armé, et Dubitza pourrait servir à l’agression de la Bosnie.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, répondez au duc de Raguse que sa demande m'a paru juste et que je me fais faire un rapport, mon intention étant de porter son traitement à 400,000 francs.


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au comte Collin de Sussy, directeur général des douanes, à Paris

Faites-moi connaître comment le bâtiment l'Hercule, de 120 tonneaux, portant pavillon français, chargé de dents d'éléphant, de bois d'acajou , etc., et venant soi-disant de Wardhuus, est arrivé à Dunkerque le 17 juillet. Qui a pu justifier l’introduction des marchandises dont il était chargé ?

Qui a pu autoriser l'admission du Conciliateur, de 60 tonneaux, venant soi-disant de Tunis, chargé de campêche, de bois d’ébène, est arrivé à Gênes le 11 juillet ? Egalement le bâtiment la Miséricorde, de 60 tonneaux, venant de Tunis, débarque le 10 juillet à Mar­seille, avec un chargement de soufre, quina, médicaments? La Conception, de 27 tonneaux, chargée d'huiles, de colons, galles et laines, venant de Naples, est arrivée à Marseille le 12 juillet ? Le Nazareth, venant de Tunis, chargé de campêche et de bois jaune, arrive à Ajaccio le 3 juillet ? Le Nordtierna, bâtiment danois, soit disant venu d’Amsterdam, arrive à Flessingue le 27 juillet, chargé de potasse ? Ces entrées me paraissent irrégulières.

Je vois qu’il est sorti d'Ostende, les 27, 28 et 29 juillet, trois bâtiments : le Thomas, de 45 tonneaux; la Rota-Barbara, de 35 ton­neaux, et le Pécheur d'huîtres, de 26 tonneaux, chargés de vin. D’où vient cette irrégularité ? Les Deux-Frères, bâtiment de 83 ton­neaux, est parti le 17 juillet d'Ostende, chargé de vin; quelle espèce de vin était-ce, et d'ou vient ce beau zèle ? Le Griptwar, bâtiment suédois de 130 tonneaux, est parti le Ier juillet de Saint-Malo, chargé de blé. Le Zeettern, bâtiment hollandais de 107 tonneaux, est parti le 6 juillet de Rammekens pour Arkhangel, chargé de blé. La Caroline-Elisabeth, hollandais, de 211 tonneaux, chargé de froment, est parti le 8 juillet d'Anvers pour Bergen. La Fortuna, danois, l'Hemmerich, prussien, sont sortis de Nantes les 8 et 5 juillet, chargés de froment, et beaucoup d'autres encore. J’en compte sur mes états quinze autres sortis des différents ports de France pendant le mois de juillet, sans licences et sous pavillon étranger. D'où vient cette irrégularité ?


Saint-Cloud, 14 août 1810

Au baron Denon, directeur général des musées, à Paris

Le volume que vous m'avez montré sur les gravures de la colonne est plein de fautes grossières; ne le faites paraître que dans un an; je désire que l’on emploie cette année à le corriger. Je désire d'ailleurs que les passages relatifs à François II, ceux où il est en voiture, et son chiffre soient ôtées. Causez de cela avec le prince de Neuchâtel. Faites donc en sorte qu'aucun exemplaire ne paraisse.


Saint-Cloud, 14 août 1810

DÉCISION

 

Le ministre des finances propose de donner un uniforme à l’administration générale des canaux du Midi et de faire porter la livrée de   l'Empereur  aux gardes du canal du Midi.

Sa Majesté décide que l’administrateur général des canaux ne peut pas  être  considéré comme un fonctionnaire public; que, si elle l’a nommé, c'est que les sociétés n’étaient pas organisées; qu'il est leur homme et leur agent, et ne doit recevoir d'ordres que d'elles; que l’intendance ne doit se mêler en rien de leur administration, qui doit s'assimiler avec celle du canal de Briare; qu'il n’y a par conséquent pas lieu d'accorder de costume particulier; que la sur­veillance de l’intendance doit se borner a connaître les décès et les retours au domaine des actions dans les cas privés; qu’il faut renvoyer aux compagnies et à leurs assemblées des 30 tout ce qui concerne leurs intérêts.


Saint-Cloud, 14 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Je vous envoie une lettre da ministre des cultes. Il me semble que vous êtes plus à portée de savoir ce que pense le cardinal Antonelli. Faites-le sonder, et, s'il croit qu'il soit du devoir du Pape d'aplanir les difficultés qui existent sur les affaires de Rome, d'instituer mes évêques et de faire le Pape tranquillement sans vouloir faire le César; si, dis-je, ce cardinal est assez sensé et assez religieux pour penser ainsi, vous pouvez le faire engager à écrire au Pape, ou même à se rendre auprès du Pape pour lui servir de conseil, car les malheurs de l’église sont évidents.


Palais des Tuileries, 15 août 1810

ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS DE LA HOLLANDE

Messieurs les Députes du Corps législatif, des armées de terre et de mer de la Hollande, et Messieurs les Députés de ma bonne ville d'Amsterdam, vous avez été depuis trente ans le jouet de bien des vicissitudes. Vous perdîtes votre liberté lorsqu'un des grands officiers de votre République, favorisé par l’Angleterre, fit intervenir les baïonnettes prussiennes aux délibérations de vos conseils; les consti­tutions politiques que vous teniez de vos pères furent déchirées, et le furent pour toujours.

Lors de la première coalition, vous en fîtes partie. Par suite, les armées françaises conquirent votre pays, fatalité attachée à l’alliance de l’Angleterre.

Depuis la conquête, vous fûtes gouvernés par une administration particulière; mais votre République fit partie de I'Empire : vos places fortes et les principales positions de votre pays restèrent occupées par mes troupes. Votre administration changea au gré des opinions qui se succédèrent en France.

Lorsque la Providence me fit monter sur ce premier trône du monde, je dus, en fixant à jamais les destinées de la France, régler le sort de tous les peuples qui faisaient partie de l'Empire, faire éprouver à tous les bienfaits de la stabilité et de l’ordre, et faire disparaître chez tous les maux de l’anarchie. Je terminai les incertitudes de l’Italie, en plaçant sur ma tête la couronne de fer. Je supprimai le gouvernement qui régissait le Piémont. Je traçai dans mon acte de Médiation les constitutions de la Suisse, et conciliai les circonstances locales de ce pays, les souvenirs de son histoire, avec la sûreté et les droits de la couronne impériale.

Je vous donnai un prince de mon sang pour vous gouverner. C'était un lien naturel qui devait concilier les intérêts de votre administration et les droits de l'Empire. Mes espérances out été trompées. J'ai, dans cette circonstance, usé de plus de longanimité que ne comportaient mon caractère et mes droits. Enfin je viens de mettre un terme à la douloureuse incertitude où vous vous trouviez, et de faire cesser une agonie qui achevait d'anéantir vos forces et vos ressources : je viens d’ouvrir à votre Industrie le continent. Le jour viendra où vous porterez mes aigles sur les mers qui ont illustré vos ancêtres; vous vous y montrerez alors dignes d'eux et de moi. D'ici 1à, tous les changements qui surviendront sur la surface de l'Europe auront pour cause première le système tyrannique, aveugle et destructif de sa propre prospérité, qui a porté le gouvernement anglais à mettre le commerce hors de la loi commune, en le plaçant sous le régime arbitraire des licences.

Messieurs les Députés du Corps législatif, des armées de terre et de mer de la Hollande, et Messieurs les Députés de ma bonne ville d’Amsterdam, dites à mes sujets de Hollande que je suis satisfait des sentiments qu'ils me montrent; que je ne doute pas de leur fidélité ; que je compte que leurs efforts se réuniront aux efforts de tous mes autres sujets pour reconquérir les droits maritimes que cinq coalitions successives, fomentées par l'Angleterre, ont fait perdre au continent. Dites-leur qu'ils peuvent compter, dans toutes les circonstances, sur ma spéciale protection.


Palais des Tuileries, 15 août 1810

ALLOCUTION AUX DEPUTÉS DE L’ILLYRIE

Messieurs Les Députés de mes provinces illyriennes, j'agrée vos sentiments. Je désire connaître les besoins de vos compatriotes, et assurer leur bien-être.

Je mets du prix à vous savoir contents, et je serai heureux d'apprendre que les plaies de tant de guerres sont cicatrisées et toutes vos pertes réparées.

Assurez mes sujets de l’Illyrie de ma protection impériale.


 

16 – 31 août