1 – 15 décembre 1810
Paris,
1er décembre 1810.
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Doc de Cadore, j'ai reçu le recueil des pièces relatives aux négociations avec
l'Angleterre depuis la paix de Tilsit. Envoyez-moi les pièces qui prouvent
qu'on avait proposé à l'Angleterre de ne pas faire la guerre de Prusse si elle
voulait admettre le traité fait avec lord Lauderdale; je ne croyais pas
qu'elles eussent été imprimées. Je pense qu'il faut supprimer l'analyse, qui
n'est pas dans l'esprit du mémoire et qui ne dit rien. Il faut mettre les noms
des deux empereurs au bas de la lettre d'Erfurt. Dans les pièces de la
négociation de Hollande, la lettre du Roi est importante à mettre. Il faut
aussi mettre la lettre des ministres hollandais à lord Wellesley, et ne mettre
qu'à la fin la lettre du sieur Labouchère.
Paris,
2 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, vous pouvez remettre la note ci-jointe au prince Kourakine.
NOTE DU DUC DE CADORE AU PRINCE KOURAKINE.
Paris,
2 décembre 1810.
Monsieur
l'Ambassadeur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi la note
que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 29 octobre dernier. Sa
Majesté a été très sensible aux assurances que cette note renferme.
Depuis la réunion de la Hollande, depuis que les embouchures de l'Ems, du
Weser, de l'Elbe et les ports du Mecklenburg sont occupés, depuis que la
Prusse, franchement décidée à nuire au commerce anglais, a adopté toutes les
mesures nécessaires pour atteindre ce but, l'Angleterre a donné des signes de
détresse; les banqueroutes s'y sont multipliées; son change a perdu 25 pour
100; ses effets publics ont baissé; il ne lui a plus été possible de dissimuler
les alarmes de ses manufactures et de ses comptoirs.
De si
heureux commencements présagent des résultats plus heureux encore; mais les
brillantes espérances qu'ils donnent s'évanouiraient si l'ouvrage commencé
avec tant de succès ne se complétait pas. Si S. M. l'Empereur de Russie, ne
veut fermer ses portes qu'au pavillon anglais, il n'atteindra pas le but qu'il
a en vue, celui d'exclure le commerce et les marchandises anglaises. Les pavillons
espagnols, portugais, américains et suédois, le pavillon français même,
servent de masque aux Anglais. Tous les bâtiments sont anglais, lorsqu'ils sont
chargés pour le commerce anglais et de marchandises anglaises.
Toutes
les marchandises des deux Indes appartiennent aux Anglais. Les Américains seuls
ont du coton; mais les Anglais ne leur permettent pas de l’emporter. Des deux
mille bâtiments qui, cette année, sont entrés dans la Baltique, pas un n'était
neutre; tous étaient envoyés par les Anglais; tous avaient été chargés à
Londres, et chargés pour le compte des Anglais. Ils étaient, à la vérité,
masqués sous les pavillons américain, espagnol ou suédois ; ils avaient des
papiers et des expéditions de tous les pays et jusqu'à de faux certificats des
consuls français, certificats dont la fabrique est à Londres. Si l'on s'en
tenait à l'apparence, on penserait qu'ils étaient venus d'Amérique, mais aucun
ne venait que de l'Angleterre.
S'il était
vrai que les Anglais laissassent arriver et naviguer dans la Baltique les
bâtiments américains chargés de productions des États-Unis, ceux-ci ne se
plaindraient pas de l'Angleterre; la
discussion qui existe entre les deux pays n'aurait pas lieu ; les ordres du
conseil du mois de novembre ne recevraient point leur exécution ; personne
n'aurait plus à se récrier contre l'injustice de l'Angleterre.
C'est
donc pour le compte de celle-ci que tant de bâtiments sont entrés dans la
Baltique. Les uns ont débarqué leurs cargaisons à Göteborg, d'où, transportées
par terre dans les divers ports de Suède, elles se sont écoulées en Russie. Les
autres ont cru pénétrer dans les ports de la Prusse et ont été confisqués
sur-le-champ. Le désastre des Anglais sera complet si ceux qui se sont réfugiés
dans les ports de la Russie sont déclarés confisqués, sans pouvoir en imposer
par la simulation du pavillon et par de faux papiers, et si les marchandises
anglaises qu'ils auraient débarquées
sont aussi confisquées comme
venant de l'ennemi.
Paris,
2 décembre 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, écrivez au général Reille que je donne l’ordre qu'on lui envoie six
chefs de bataillon, dix capitaines, quinze lieutenants et quinze
sous-lieutenants. Faites-lui connaître que j’i vu avec peine ce qui est arrivé
à un convoi de poudre; que ces événements ne devraient pas avoir lieu, parce
que les convois ne devraient marcher que deux fois la semaine, une fois même
s'il le fallait, et devraient toujours être composés des hommes qui rejoignent
leurs corps, des courriers, et avec un supplément de troupes qui portât
toujours la force des escortes à 500 hommes; que je désire que l’on suive rigoureusement
cette règle, afin que je n'entende plus dire qu'un convoi a été intercepté.
Écrivez la même chose au général Caffarelli; qu'il règle ses convois à deux par
semaine, tant de Tolosa à Navarre que d'Irun à Burgos et de Vitoria à Bilbao,
de sorte qu'ils puissent toujours être tellement escortés qu'ils n'aient rien
à craindre. Les poudres, le trésor, les hommes isolés sortant des hôpitaux,
tout attendrait que les convois partissent. De cette manière, on n'entendra
plus parler des événements qui arrivent si souvent. Écrivez la même chose au
général Buquet et aux généraux Dorsenne et Kellermann.
Paris,
3 décembre 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre de la reine d’Étrurie. Cette
princesse est mal à Nice; elle serait au contraire très bien à Rome. Faites-moi
connaître le traitement dont elle jouit, et prenez des renseignements sur la
maison qu'on pourrait lui donner à Rome. On la ferait passer de Nice à Gênes
par mer; de Gênes, elle irait gagner Tortone, Plaisance, Ancône et Rome. Il
serait bon qu'elle ne passât pas en Toscane. Je lui donnerai à Rome un hôtel;
et, comme elle jouit de 4 à 500,000 francs de revenu, la dépense qu'elle en
ferait à Rome serait utile à cette ville.
Paris,
3 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous prie de me faire un rapport sur la Prusse.
Remettez-moi sous les yeux les articles des traités de Tilsit et d'Erfurt. La
Prusse n'est-elle pas obligée de déclarer la guerre à l'Angleterre ? Toutefois,
il n'y a pas à hésiter; la Suède ayant déclaré la guerre à l'Angleterre, il
faut que la Prusse la déclare aussi, et par un manifeste dont les griefs seront
fondés sur les outrages faits aux neutres, et spécialement sur les arrêts du
conseil qui bouleversent toute idée de justice, etc. Faites-moi un petit
rapport là-dessus. 11 n'est pas indifférent que le manifeste de la Prusse soit
dirigé surtout contre les arrêts du conseil, parce que cela fera sensation en
Angleterre.
Paris,
3 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, aussitôt que le ministre de Suède vous aura annoncé
officiellement que la Suède a déclaré la guerre à l'Angleterre, il n'y aura
pas d'inconvénient à jeter en avant quelques mots tendant à établir, si la
Suède le désire, un traité d'alliance entre les deux nations. Vous sonderez ce
ministre pour savoir si la Suède ne pourrait pas me fournir, comme le Danemark,
quatre équipages de vaisseaux de ligne, depuis le capitaine jusqu'au dernier
matelot; ce qui ferait à peu près 2,000 marins. Je les placerais sur mon
escadre de Brest. Les frais du voyage seraient à ma charge. Si la Suède mettait
de l'intérêt à avoir à mon service un régiment, comme elle l'avait jadis, j'y
consentirais volontiers. Faites des recherches sur la capitulation de ce
régiment, comment se nommaient les officiers et tous les autres détails.
Paris,
4 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, écrivez au ministre de la guerre qu'on laisse la garnison de
Danzig continuer à vivre comme elle veut. Demandez à ce ministre pourquoi on a
donné contre-ordre et fait retourner les convois sur Ulm. Je ne conçois rien à
cela. Vous ferez connaître à mes ministres à Munich, à Stuttgart, à Karlsruhe
et à Darmstadt que j'ai donné ordre au ministre de la guerre de retirer toutes
les troupes que je pourrais avoir dans les États de ces princes, et que mon
intention est qu'il ne reste aucun Français dans les Étals de la Confédération;
qu'ils doivent, au 15 janvier, m'instruire si mes ordres sont exécutés.
Paris,
4 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Il me
paraîtrait convenable que le corps de l'artillerie fît un service pour le
général d'artillerie Sénarmont, et qu'à cette cérémonie quelqu'un fut chargé
de faire son oraison funèbre, afin qu'on pût en mettre une notice dans le
Moniteur.
Paris,
4 décembre 1810
Au
maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon
Cousin, mon intention est qu'il ne reste aucunes troupes françaises ni en
Bavière, ni dans le Wurtemberg, ni dans les Etats de Bade, ni dans ceux de Hesse-Darmstadt.
Donnez des ordres en conséquence. On se plaint que l'artillerie qui était
sortie d’Ulm y est rentrée.
Paris,
5 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, écrivez au duc de Vicence que les Russes font beaucoup de
travaux sur la Dwina et même sur le Dniester, qu'il est nécessaire qu'il se
tienne éveillé là-dessus et qu'il vous en rende compte; qu'on ne peut pas se
dissimuler que ces ouvrages, étant des ouvrages de campagne, montrent de
mauvaises dispositions dans les Russes. Après avoir fait la paix, avec la
Porte, voudraient-ils la faire avec l'Angleterre et violer ainsi le traité de
Tilsit ? Faites entrevoir au duc de Vicence que ce serait incontinent la cause
de la guerre.
Paris,
5 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, remettez-moi, au 15 décembre, un livret de la situation des
troupes de la Confédération du Rhin, en y comprenant le duché de Varsovie, un
autre de l'armée russe et un autre de l'armée autrichienne. Vous aurez soin que
les livrets que vous me remettrez au 1er janvier soient plus complets que ceux
du 15 décembre, et ainsi de suite.
Paris.
5 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Le roi
de Saxe a envoyé deux officiers d'artillerie à Mayence pour prendre les fusils.
Donnez ordre au directeur de l'arsenal de les leur remettre.
Paris,
5 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Ecrivez
au roi de Naples pour que, tous les mois, il envoie la situation de sa garde et
de son armée napolitaine ; qu'il est le seul des princes alliés dont je n'ai
pas l'état de situation de l'armée.
Paris,
6 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, écrivez en chiffre à mes consuls en Egypte de vous
transmettre les renseignements et plans les plus détaillés sur les
fortifications du Caire, d'Alexandrie, de Damiette, d'El-A’rych. Écrivez à mes
consuls en Syrie de vous envoyer des détails sur les fortifications de Gaza, de
Jaffa et d'Acre. Recommandez-leur que ces mémoires soient envoyés par des
occasions sûres et écrits en chiffre.
Paris,
6 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, écrivez à tous mes consuls dans la Baltique qu'ils doivent
laisser passer le blé en Suède et laisser venir les marchandises de Suède dans
nos ports. Vous pouvez écrire à Danzig que, la Suède ayant déclaré la guerre à
l'Angleterre, il est permis d'exporter de ce port des blés en Suède, en
réduisant le droit de sortie au dixième de ce qu'ils payeraient s'ils allaient
en Angleterre; qu'il faut que les négociants s'engagent à justifier, dans
l'espace de deux mois, que le blé est allé en Suède, à peine d'une amende égale
à la valeur du chargement.
Vous
ferez connaître cette décision au ministre de Suède à Paris et au sieur Alquier,
afin que des mesures soient prises en Suède pour être sûr que le blé va en
Suède et non en Angleterre.
Paris,
6 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
vous renvoie le projet de la pièce pour jeter des bombes et des obus de 8
pouces. Il parait que le boulet pèserait 83 livres. Comme mon principal but est
de me servir de ces pièces sur les côtes et dans les places maritimes contre
des vaisseaux, je désirerais que la chambre pût contenir au moins 20 livres de
poudre; que la pièce fût le plus longue possible, mais que cependant elle ne
pesât pas plus de 7 à 8 milliers.
Si
cette pièce réussissait, il serait important d'en avoir quelques-unes aux
bouches de l'Escaut et aux passes de Brest et de Toulon. On pourrait aussi s'en
servir à l'embouchure de l'Escaut et dans quelques ports, sur de grosses
prames. Cette pièce serait, je crois, la plus grosse pièce connue.
Paris,
6 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
vous renvoie la lettre du maire d'Agde. Voilà dix bâtiments qui, à ce qu'il
parait, sont partis. Pourquoi n'en fait-on pas partir d'autres ? Faites mettre
une grande activité dans ces convois. Écrivez au maire pour lui témoigner ma
satisfaction et lui recommander de vous écrire souvent et de favoriser toutes
les expéditions sur Barcelone.
Paris,
7 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous
me dites que le régiment de la Méditerranée est en mauvais état, mais vous ne m'en
indiquez pas le motif. Est-ce qu'à ce régiment il n'y a pas de major, pas de
colonel ? Est-ce qu'il n'y a pas d'inspecteur aux revues en Corse ? Donnez
ordre au général Morand d'en passer la revue et à l'inspecteur aux revues d'en
vérifier la comptabilité. Entendez-vous avec le ministre de l'administration
de la guerre pour que ce régiment soit tenu comme les autres régiments de
ligne.
Paris,
7 décembre 1810
A
Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon
Fils, je vous envoie un rapport du comte Daru avec un projet de décret et une
lettre de Costabili. Je désire que vous me proposiez un projet de décret sur
cette affaire. Voici ce que je veux : 1° Toutes les acquisitions faites avec
les fonds de la liste civile d'Italie et tout l’argent qui se trouve en caisse
après le service payé doivent appartenir à mon domaine privé. 2° Je désire
connaître ce que j'ai acheté avec les fonds de la Couronne, ce que j'ai prêté
et ce qui restait disponible dans la caisse de la liste civile au 1er janvier
1810. Ce reliquat doit être versé dans la caisse de mon domaine privé. Il faut
aussi me faire connaître ce qui restera disponible par aperçu au 1er janvier
1811. 3° Il sera nécessaire de régler la valeur du mobilier qui doit rester
dans mes palais d'Italie, afin que le surplus de ce qui aura été réglé puisse,
à la mort du roi, rentrer au domaine privé. Eu France, le mobilier de la
Couronne a été porté à 30 millions, y compris l'argenterie. Pour le royaume
d'Italie, s'il y a des objets précieux qui appartiennent à l'État, comme
tableaux, statues, il faudrait en faire un inventaire particulier.
Pour
tirer Aldini d'affaire, je désire acheter tout son bien, pour faire entrer dans
mon domaine privé. Je crois que le comte Daru lui a donné une lettre de change
de 500,000 francs sur le trésor de la Couronne à Milan. Si le comte Aldini est
pressé de toucher cette somme pour arranger ses affaires, vous pouvez la lui
faire payer.
Paris,
9 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport, tel qu'il me parait devoir
être imprimé. Mettez des renvois qui répondent aux pièces qui doivent
l'accompagner, et faites-le imprimer avec ces pièces.
Il est
essentiel surtout de bien mettre le détail des négociations avec lord
Lauderdale, de bien mettre ce qui est relatif aux traités de Tilsit, Erfurt; on
peut même laisser ce qui est relatif à la négociation de d’Autriche ; enfin
mettre celle de la Hollande.
RAPPORT A S. M. L'EMPEREUR ET ROI.
Sire,
Votre Majesté a élevé la France au plus haut point de grandeur.
Les
victoires obtenues sur cinq coalitions successives, fomentées toutes par
l'Angleterre, ont amené ces résultats; et l’on peut dire que la gloire, la
puissance du grand Empire, nous les devons à l'Angleterre.
Dans
toutes les occasions, Votre Majesté a offert la paix ; et, sans chercher si
elle serait plus avantageuse que la guerre, vous n'envisagiez, Sire, que le
bonheur de la génération présente, et vous vous montriez toujours prêt à lui sacrifier
les chances les plus heureuses de l'avenir.
C'est
ainsi que les paix de Campo-Formio, de Lunéville et d'Amiens, et
postérieurement celles de Presburg, de Tilsit et de Vienne, ont été conclues;
c'est ainsi que, cinq fois, Votre Majesté a fait, à la paix, sacrifice de la
plus grande partie de ses conquêtes. Plus jalouse d'illustrer son règne par la
félicité publique que d'étendre la domination de son Empire, Votre Majesté
mettait des limites à sa propre grandeur, tandis que l'Angleterre, rallumant sans
cesse le flambeau de la guerre, semblait conspirer contre ses alliés et contre
elle-même pour reformer cet Empire, le plus grand qui ait existé depuis vingt
siècles.
A la
paix de 1783, la puissance de la France était forte du Pacte de famille, qui
liait étroitement à sa politique l'Espagne et Naples.
A
l'époque de la paix d'Amiens, les forces respectives des trois puissances
s'étaient accrues de 12 millions d'habitants de la Pologne. Les Maisons de
France et d'Espagne étaient essentiellement ennemies, et les peuples de ces
Etats se trouvaient plus que jamais éloignés par leurs mœurs. Une des grandes
puissances continentales avait moins perdu de force par la réunion de la
Belgique à la France qu'elle n'en avait acquis par la possession de Venise, et
les sécularisations du Corps germanique avaient encore ajouté à la puissance de
nos rivaux.
Ainsi
la France, après le traité d'Amiens, avait une force relative moindre qu'à la
paix de 1783, et bien inférieure à celle à laquelle les victoires obtenues
pendant les guerres des deux premières coalitions lui donnaient le droit de
prétendre.
Cependant,
à peine ce traité fut-il conclu que la jalousie de l’Angleterre se montra
vivement excitée. Elle s'alarma de la richesse et de la prospérité intérieure,
toujours croissantes, de la France, et elle espéra qu'une troisième coalition
arracherait à votre couronne la Belgique, les provinces du Rhin et l'Italie. La
paix d'Amiens fut violée. Une troisième coalition se forma : trois mois après
elle fut dissoute par le traité de Presburg.
L'Angleterre
vit toutes ses espérances trompées : Venise, la Dalmatie, l'Istrie, toutes les
côtes de l'Adriatique et celles du royaume de Naples passèrent sous la
domination française. Le Corps germanique, établi sur des principes contraires
à ceux qui ont fondé l’Empire français, s'écroula, et le système de la
Confédération du Rhin fit des alliés intimes et nécessaires des mêmes peuples
qui, dans les deux premières coalitions, avaient marché contre la France, et
les unit indissolublement à elle par des intérêts communs.
La
paix d'Amiens devint alors en Angleterre l'objet des regrets de tous les hommes
d'État. Les nouvelles acquisitions de la France, que désormais on n'espérait
pas de lui ravir, rendaient plus sensible la faute qu'on avait commise, et en
démontraient toute l'étendue.
Un
homme éclairé, qui, pendant le court intervalle de la paix d'Amiens, était venu
à Paris et avait appris à connaître la France et Votre Majesté, parvint à la
tête des affaires en Angleterre. Cet homme de génie comprit la situation des
deux pays. Il vit qu'il n'était plus au pouvoir d'aucune puissance de faire
rétrograder la France, et que la vraie politique consistait à l'arrêter. Il
sentit que, par les succès obtenus contre la troisième coalition, la question
avait été déplacée, et qu'il ne fallait plus penser à disputer à la France des
possessions qu'elle venait d'acquérir par la victoire, mais qu'on devait, par
une prompte paix, prévenir de nouveaux agrandissements que la continuation de
la guerre rendrait inévitables. Ce ministre ne se dissimulait aucun des
avantages que la France avait recueillis de la fausse politique de
l'Angleterre, mais il avait sous les yeux ceux qu'elle pouvait en recueillir
encore. Il croyait que l'Angleterre gagnerait beaucoup si aucune des puissances
du continent ne perdait plus. Il mettait sa politique à désarmer la France, à
faire reconnaître la Confédération du nord de l'Allemagne, en opposition à la
Confédération du Rhin ; il sentait que la Prusse ne pouvait être sauvée que par
la paix, et que du sort de cette puissance dépendaient le système de la Saxe,
de la Hesse, du Hanovre, et le sort des embouchures de l'Ems, de la Jahde, du
Weser, de l'Elbe, de l'Oder et de la Vistule, débouchés nécessaires au
commerce anglais. En homme supérieur, Fox ne se livra point à des regrets
inutiles sur la rupture du traité d'Amiens et sur des pertes désormais
irréparables; il voulut en prévenir de plus grandes, et il envoya lord
Lauderdale à Paris.
Les
négociations s'entamèrent, et tout en faisait présager l'heureuse issue lorsque
Fox mourut.
Elles
ne firent plus que languir; les ministres n'étaient pas assez éclairés ni assez
de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix. Cependant la Prusse, poussée
par cet esprit que l'Angleterre soufflait toute l'Europe, mit ses troupes en
marche. La Garde impériale eut ordre de partir. Lord Lauderdale prévit les
conséquences des nouveaux événements qui se préparaient. Il fut question de
signer le traité, d'y comprendre la Prusse et de reconnaître la Confédération
du nord de l'Allemagne ; Votre Majesté, par cet esprit de modération dont elle
a donné de si fréquents exemples à l'Europe, y consentit. Le départ de la Garde
impériale fut différé de quelques jours; mais lord Lauderdale hésita ; il crut
devoir envoyer un courrier à sa cour, et ce courrier lui rapporta l'ordre de
son rappel. Peu de jours après, la Prusse n'existait plus comme puissance
prépondérante.
La
postérité marquera cette époque comme une des plus décisives de l'histoire de
l'Angleterre et de celle de la France.
Le
traité de Tilsit termina la quatrième coalition.
Deux
grands souverains, naguère ennemis, se réunirent pour offrir la paix à
l'Angleterre; mais cette puissance, qui malgré tous ses pressentiments, n'avait
pu se déterminer à souscrire à des conditions qui laissaient la France dans une
position plus avantageuse que celle où elle s'était trouvée après le traité
d'Amiens, ne voulut point ouvrir des négociations dont le résultat inévitable
assurait à la France une position bien plus avantageuse encore. Nous avons
refusé, disait-on en Angleterre, un traité qui maintenait dans l'indépendance
de la France le nord de l'Allemagne, la Prusse, la Saxe, la H esse, le Hanovre,
et qui garantissait tous les débouchés de notre commerce; comment pourrions-nous
consentir aujourd'hui à signer avec l'empereur des Français, lorsqu'il vient
d'étendre la Confédération du Rhin jusqu'au nord de l'Allemagne et de fonder
sur les bords de l'Elbe un trône français, une paix qui, par la force des
choses et quelles que fussent les stipulations admises, laisserait sous son
influence le Hanovre et tous les débouchés du Nord, ces principales artères de
notre commerce ?
Les
hommes qui envisageaient de sang-froid la situation de l'Angleterre
répondaient : Deux coalitions, dont chacune devait durer dix ans, ont été
vaincues en peu de mois; les nouveaux avantages acquis par la France sont la
suite de ces événements, et l'Angleterre ne peut plus s'y opposer Sans doute il
n'aurait pas fallu violer le traité d'Amiens. Il eût fallu, depuis, adhérer à
la politique de Fox. Profitons du moins aujourd'hui des leçons de l'expérience
et évitons une troisième faute; au lieu de jeter les regards en arrière,
portons-les vers l'avenir. La péninsule est encore entière et dirigée par des
gouvernements secrètement ennemis de la France. Jusqu'à ce jour la faiblesse
des ministres espagnols et les sentiments personnels du vieux monarque ont
retenu l'Espagne dans le système de la France.
Un
nouveau règne développera les germes de la haine entre les deux nations. Le
Pacte de famille a été anéanti, et c'est un des avantages que la révolution a
procurés à l'Angleterre. La Hollande, quoique gouvernée par un prince français,
jouit de son indépendance. Son intérêt est de demeurer l'intermédiaire de
notre commerce avec le continent, et de le favoriser pour participer à nos
profits. N'avons-nous pas à craindre, si la guerre continue, que la France
n'établisse son influence sur la péninsule et ses douanes en Hollande ?
Tel
était le langage des hommes qui savaient pénétrer dans les secrets de l'avenir.
Ils virent avec douleur refuser la paix proposée par la Russie. Ils ne
doutèrent pas que le continent tout entier ne fût bientôt enlevé à
l'Angleterre, et qu'un ordre de choses qu'il était si important de prévenir ne
s'établit en Espagne et en Hollande.
Sur
ces entrefaites, l'Angleterre exigea de la Maison de Bragance qu'elle quittât
la péninsule et se réfugiât au Brésil. Les partisans du Ministère anglais
semèrent la division parmi les princes de la Maison d'Espagne. La dynastie qui
régnait fut éloignée pour toujours, et, en conséquence des dispositions faites
à Bayonne, un nouveau souverain, ayant avec la France une puissance et une
origine communes, fut appelé au gouvernement de l'Espagne.
L'entrevue
d'Erfurt donna lieu à de nouvelles propositions de paix ; mais elles furent
aussi repoussées. Le même esprit qui avait fait rompre les négociations de lord
Lauderdale dirigeait les affaires en Angleterre.
La
cinquième coalition éclata. Ces nouveaux événements tournèrent encore à
l'avantage de la France. Les seuls ports par lesquels l’Angleterre conservait
une communication avouée avec le continent pissèrent, avec les provinces
illyriennes, au pouvoir de Votre Majesté par le traité de Vienne, et les alliés
de l'Empire virent s'accroître bar puissance.
Les
arrêts rendus par le conseil britannique avaient bouleversé les lois du
commerce du monde. L'Angleterre, dont l'existence tout entière est attachée au
commerce, jetait ainsi le désordre parmi le commerce des nations; elle en avait
déchiré tous les privilèges. Les décrets de Berlin et de Milan repoussèrent ces
nouveautés monstrueuses. La Hollande se trouva dans une position difficile ;
son gouvernement n'avait pas une action assez énergique, ses douanes offraient
trop peu de sécurité pour que ce centre du commerce du continent demeurât plus
longtemps isolé de la Franco. Votre Majesté, pour l'intérêt de ses peuples et
pour assurer l'exécution du système qu'elle opposait aux actes tyranniques de
l'Angleterre, se vit forcée de changer le sort de la Hollande. Cependant Votre
Majesté, constante dans son système et dans son désir de la paix, fit entendre
à l'Angleterre qu'elle ne pouvait sauver l'indépendance de la Hollande qu'en
rapportant ses arrêts du conseil ou en adoptant des vues pacifiques. Les
ministres d'une nation commerçante traitèrent avec légèreté une ouverture d'un
si grand intérêt pour son commerce : ils répondirent que l'Angleterre ne
pouvait rien au sort de la Hollande. Dans les illusions de leur orgueil, ils méconnurent
les motifs de cette démarche ; ils feignirent d'y voir l'aveu de l'efficacité
de leurs arrêts du conseil, et la Hollande fut réunie. Puisqu'ils l'ont voulu,
Sire, je crois utile aujourd'hui et je propose à Votre Majesté de consolider
cette réunion par les formes constitutionnelles d'un sénatus-consulte.
La
réunion des villes hanséatiques, du Lauenburg et de toutes les côtes depuis
l'Elbe jusqu'à l'Ems, est commandée par les circonstances. Ce territoire est
déjà sous la domination de Votre Majesté.
Les
immenses magasins de Helgoland menaceraient toujours de s'écouler sur le
continent, si un seul point restait ouvert au commerce anglais sur les côtes de
la mer du Nord, et si les embouchures de la Jahde, du Weser et de l'Elbe ne lui
étaient pas fermées pour jamais.
Les
arrêts du conseil britannique ont entièrement détruit les privilèges de la
navigation des neutres, et Votre Majesté ne peut plus approvisionner ses
arsenaux et avoir une route sûre pour son commerce avec le Nord qu'au moyen de
la navigation intérieure. La réparation et l'agrandissement du canal déjà
existant entre Hambourg et Lubeck, et la construction d'un nouveau canal qui
joindra l'Elbe au Weser et le Weser à l'Ems, et qui n'exigera que quatre à cinq
ans de travaux et une dépense de 15 à 20 millions, dans un pays où la nature
n'offre pas d'obstacles, ouvriront aux négociants français une voie économique,
facile et à l'abri de tout danger. Votre Empire pourra commercer en tout temps
avec la Baltique, envoyer dans le Nord les produits de son sol et de ses
manufactures, et en tirer les productions nécessaires à la marine de Votre
Majesté.
Les
pavillons de Hambourg, de Brème et de Lubeck, qui errent aujourd'hui sur les
mers, dénationalisés par les arrêts du conseil britannique, partageront le
sort du pavillon français et concourront avec lui, pour l'intérêt de la cause
commune, au rétablissement de la liberté des mers.
La
paix arrivera enfin, car tôt ou tard les grands intérêts des peuples, de la
justice et de l'humanité l'emportent sur les passions et sur la haine; mais
l'expérience de soixante années nous a appris que la paix avec l'Angleterre ne
peut jamais donner au commerce qu'une sécurité trompeuse. En 1756, en février
1793, en 1801, à l'égard de l'Espagne, comme en mai 1803, à l'époque de la
violation du traité d'Amiens, l'Angleterre commença les hostilités avant
d'avoir déclaré la guerre. Des bâtiments qui naviguaient sur la foi de la paix
furent surpris ; le commerce fut dépouillé ; des citoyens paisibles perdirent
leur liberté, et les ports de l'Angleterre se remplirent de ces honteux
trophées. Si de tels exemples devaient se renouveler un jour, les voyageurs,
les négociants anglais, leurs propriétés et leurs personnes, saisis dans nos
ports, depuis la mer Baltique jusqu'au golfe Adriatique, répondraient de ces
attentats; et si le gouvernement anglais, pour faire oublier au peuple de
Londres l'injustice de la guerre, lui donnait encore le spectacle de ces
prises, faites au mépris du droit des nations, il aurait aussi à lui montrer
les pertes qui en seraient la conséquence.
Sire,
aussi longtemps que l'Angleterre persistera dans ses arrêts du conseil, Votre
Majesté persistera dans ses décrets, elle opposera au blocus des côtes le
blocus continental, et au pillage sur les mers les confiscations des
marchandises anglaises sur le continent.
Il est
de mon devoir de le dire à Votre Majesté, elle ne peut espérer désormais de
ramener ses ennemis à des idées plus modérées que par sa persévérance dans ce
système. Il en doit résulter un tel état de malaise pour l’Angleterre, qu'elle
sera forcée de reconnaître enfin qu'on ne peut violer les droits des neutres
sur les mers et en réclamer la protection sur le continent, que l'unique
source de ses maux est dans ses arrêts du conseil, et que cet agrandissement de
la France, qui longtemps excitera son dépit et sa jalousie, elle le doit aux
passions aveugles de ceux qui, violant le traité d'Amiens, rompant la
négociation de Paris, rejetant les propositions de Tilsit et d'Erfurt,
dédaignant les ouvertures faites avant la réunion de la Hollande, ont porté les
derniers coups à son commerce et à sa puissance, et conduit votre Empire à
l'accomplissement de ses hautes destinées.
Champagny,
duc de Cadore. Paris, 8 décembre 1810.
Paris,
9 décembre 1810
NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
Sa
Majesté a ordonné de renvoyer au ministre de l'intérieur le rapport sur les
prix décennaux. Elle désire que le ministre lui fasse connaître pour quelles
raisons l'Institut n'a pas fait mention :
1° A
l'occasion du onzième ou du douzième grand prix, du Génie du christianisme, par
M. de Chateaubriand, ouvrage dont on a beaucoup parlé et qui est à la septième
ou huitième édition;
2° A
l'occasion du quinzième grand prix, des ouvrages du sculpteur Canova, qui,
étant devenu Français, paraissait pouvoir être admis au concours ;
3° A
l'occasion du dix-septième grand prix, du canal de Saint-Quentin, de la route
du mont Cenis ou de celle du Simplon, qui paraissent pouvoir être considérés
comme ouvrages d'architecture.
Paris,
9 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L'armée
d'Illyrie ne sera plus composée à l'avenir que de six bataillons, savoir : de
deux bataillons du 8e léger, du 18e et du 23e de ligne; de deux
escadrons du 19e de chasseurs; de quatre compagnies du 2e régiment d'artillerie
français complétées par tout ce qu'il y a de disponible dans la 5e, dont le
cadre seul rentrera ; d'une escouade d'ouvriers ; de vingt chevaux du train
pouvant atteler 3 pièces et leurs caissons ; de deux compagnies d'artillerie
italiennes complétées par ce qu'il y a de disponible dans la 3e; d'une seule
compagnie de sapeurs français ; tout cela faisant moins de 6,000 hommes.
En
conséquence, vous donnerez ordre aux 11e, 79e et 60e de se rendre dans le Frioul
italien, où, jusqu'à nouvel ordre, ils feront partie de l'armée d'Italie.
Vous
donnerez ordre aux deux escadrons du 25e de chasseurs de rejoindre leurs deux
autres escadrons ; à une autre compagnie du 2e d'artillerie à pied, à la
compagnie du 2e d'artillerie à cheval et au 11e bataillon du train
d'artillerie, de rejoindre leurs corps; à une des trois compagnies d'artillerie
italiennes de rejoindre son régiment en Italie; à la 3e compagnie de sapeurs
français de se rendre à Palmanova ; à la compagnie du train du génie de se
rendre à Alexandrie, et aux sapeurs italiens de se rendre à Palmanova.
Cet
ordre n'admet aucune modification, ayant besoin de mes troupes ailleurs, et
d'ailleurs mon intention n'étant pas de tenir en Illyrie plus de troupes que
ces provinces n'en peuvent nourrir. Le gouverneur général pourra tenir
plusieurs bataillons croates en Dalmatie pour les garnisons de ce pays et
renforcer la garde des côtes.
Vous
réduirez en conséquence l'état-major général, ainsi que les états-majors du
génie et de l'artillerie. Il n'y aura pour chef d'état-major qu'un adjudant
commandant; il n'y aura qu'un colonel commandant l'artillerie, un autre
colonel commandant le génie, et vous ferez rentrer tout ce qui serait jugé
inutile.
Deux
généraux de brigade me paraissent suffisants, l'un en Dalmatie et l'autre à
Laybach ou Trieste. En conséquence, vous ferez rentrer les autres généraux de
division et de brigade.
Vous
me rendrez compte quand les 11e, 79e et 60e seront arrivés dans le Frioul.
Donnez
ordre aux deux bataillons du 59e de ligne et du 81e, qui sont dans le Frioul,
de se rendre à Toulon. Faites-les passer par Gênes, afin de leur éviter le
passage des Alpes.
Donnez
ordre que la brigade Pastol, qui est à Rome, soit dissoute, et que les 53e et
106e qui la composent rentrent à leurs régiments en Italie ainsi que la
cavalerie.
Donnez
ordre aux quatre bataillons du 10e de ligne et au 20e de ligne de se rendre de
Naples à Rome.
Donnez
ordre également de renvoyer les deux escadrons du 9e de chasseurs à Rome.
Palais
des Tuileries, 10 décembre 1810
MESSAGE
AU SÉNAT.
Sénateurs,
j'ordonne à mon ministre des relations extérieures de vous faire connaître les
différentes circonstances qui nécessitent la réunion de la Hollande à l'Empire.
Les arrêts
publiés par le conseil britannique en 1806 et 1807 ont déchiré le droit public
de l'Europe. Un nouvel ordre de choses régit l'univers. De nouvelles garanties
m'étant devenues nécessaires, la réunion des embouchures de l'Escaut, de la
Meuse, du Rhin, de l’Ems, du Weser et de l'Elbe à l'Empire, l'établissement
d'une navigation intérieure avec la Baltique, m'ont paru être les premières et
les plus importantes.
J'ai
fait dresser le plan d'un canal qui sera exécuté avant cinq ans et qui joindra
la Baltique avec la Seine.
Des
indemnités seront données aux princes qui pourront se trouver froissés par
cette grande mesure, que commande la nécessité et qui appuie sur la Baltique la
droite des frontières de mon Empire.
Avant
de prendre ces déterminations, j'ai fait pressentir l'Angleterre ; elle a su
que le seul moyen de maintenir l'indépendance de la Hollande était de rapporter
ses arrêts du conseil de 1806 à 1807, ou de revenir enfin à des sentiments
pacifiques. Mais celte puissance a été sourde à la voix de ses intérêts comme
au cri de l'Europe.
J'espérais
pouvoir établir un cartel d'échange des prisonniers entre la France et
1*Angleterre, et par suite profiter du séjour des deux commissaires à Paris et
à Londres pour arriver à un rapprochement entre les deux nations. Mes
espérances ont été déçues. Je n'ai reconnu dans la manière de négocier du
gouvernement anglais qu'astuce et mauvaise foi.
La
réunion du Valais est une conséquence prévue des immenses travaux que je fais
faire depuis dix ans dans cette partie des Alpes. Lors de mon acte de
médiation, je séparai le Valais de la Confédération helvétique, prévoyant dès
lors une mesure si utile à la France et à Italie.
Tant
que la guerre durera avec l'Angleterre, le peuple français ne doit pas poser
les armes.
Mes
finances sont dans l'état le plus prospère. Je puis fournir à toutes les
dépenses que nécessite cet immense Empire, sans demander à mes peuples de
nouveaux sacrifices.
Napoléon.
Paris,
12 décembre 1810
Au
prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris
J'accorde
volontiers au baron Bernadotte, frère du prince royal de Suède, les 11,764
francs de rente sur le grand-livre que j'ai accordés à ce prince. Ces 11,764
francs de rente formeront la dotation de sa baronnie. Faites rédiger des
lettres patentes en conséquence.
Je
vous prie également de communiquer la lettre du prince au conseil du sceau,
afin de rendre une décision pour reprendre la principauté de Ponte-Corvo et
tous les autres biens. Comme je veux traiter le prince favorablement, il me semble
que le plus simple sera de lui faire une pension.
Tous
les biens de Westphalie et du Hanovre doivent être censés attachés à la
principauté de Ponte-Corvo ; il faut en extraire les 11,764 francs de rente sur
le grand-livre.
Paris,
12 décembre 1810
Au général
Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Je
désirerais avoir la note de tous les Belges qui ont fait leur déclaration
qu'ils ont profité du traité de Campo-Formio et qu'ils veulent rester
Autrichiens. Où est cette déclaration ?
Paris,
12 décembre 1810
Au
général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Il
parait que le commissaire de police de Gènes répand l'alarme partout sur de
prétendus complots et révoltes qui se trameraient en Italie. Ce commissaire,
n'ayant envoyé aucune pièce, prouve qu'il n'a voulu autre chose que se rendre
intéressant. Cela est fâcheux, parce que ses rapports ont porté le prince
Borghèse à faire des mouvements de troupes; ce qui fait presque autant de mal
que si la chose était réelle. Demandez-lui les preuves de ce qu'il a avancé et
sur quoi sont fondées des suppositions qui tendent à calomnier une partie de
l’Empire.
Paris,
12 décembre 1810
Au
prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes,
à Turin.
Mon
Cousin, le commissaire de police de Gênes a tort de répandre légèrement des
bruits qui calomnient une partie de l’Empire, et je vois avec peine les
mouvements que vous avez faits sur de simples indices. Il est nécessaire, avant
de prendre des mesures de cette espèce, de savoir sur quel fondement reposent
les assertions de ce commissaire et ce qui l’a porté à donner ainsi l'alarme.
Paris,
13 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous prie de me mettre sous les yeux la lettre que le prince de Bénévent a écrite à mes
ministres pour leur faire connaître une audience très vive que je donnai à lord
Withworth, chez l'Impératrice, en ventôse an XI.
Paris,
13 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, faites mettre dans le Moniteur les pièces officielles
apportées par le dernier courrier venu d'Amérique, relatives à nos dernières
relations avec ce gouvernement, telles que la proclamation du président des
Etats-Unis, la circulaire du département du trésor et les différentes lettres
qu'a envoyées le ministre Turreau sur M. Pinckney.
Mettez-moi
sous les yeux le projet d'une dépêche au sieur Sérurier, s'il est encore à
Bayonne. Vous la lui enverrez, par duplicata, par la frégate américaine, afin
que, en cas qu'il n'arrivât pas, cette lettre servît pour Turreau. Vous
témoignerez dans cette lettre la satisfaction que j'ai éprouvée à la lecture
des dernières lettres d'Amérique. Vous donnerez l'assurance que, si le
gouvernement américain est décidé à maintenir l'indépendance de son pavillon,
il trouvera toute sorte de secours et de privilèges dans ce pays. Votre lettre
sera, comme de raison, en chiffre. Vous y ferez connaître que je ne m'oppose
en rien à ce que les Florides deviennent possession américaine; que je désire,
en général, tout ce qui peut favoriser l'indépendance de l'Amérique espagnole.
Vous ferez la même communication au chargé d'affaires d'Amérique, qui écrira en
chiffre à son gouvernement que je suis favorable à la cause de l'indépendance
des Amériques; que nous n'avons eu qu'à nous louer de l'indépendance des
États-Unis, et que, ne fondant pas notre commerce sur des prétentions exclusives,
je verrai avec plaisir l'indépendance d'une grande nation, pourvu qu'elle ne
soit pas sous l'influence de l'Angleterre.
Ayez
une conférence avec ce chargé d'affaires pour bien connaître ce que veut le
gouvernement américain. Vous lui direz que j'ai soumis à des formalités les
bâtiments venant d'Amérique; que ces formalités consistent en une lettre en
chiffre jointe aux licences qui constate que le bâtiment vient d'Amérique et y
a été chargé; mais que je ne peux pas admettre des bâtiments américains venant
de Londres, puisque cela bouleverserait mon système; qu'il n'y a aucun moyen
de le connaître, et qu'il y a des armateurs qui, par esprit mercantile, font
échouer les mesures du gouvernement américain; qu'enfin j'ai fait un pas ; que
j'attendrai au 2 février pour voir ce que fera l'Amérique, et que d'ici à ce
temps je me comporterai selon les circonstances, mais de manière à ne faire
aucun tort aux bâtiments qui viendraient réellement d'Amérique; que la question
est difficile; mais qu'il doit donner l'assurance positive à son gouvernement
de mon désir de le favoriser en tout; qu'il sait d'ailleurs que plusieurs
bâtiments venus d'Amérique depuis que les dernières mesures sont connues, ont
obtenu la permission de décharger en France; qu'enfin nous ne pouvons
considérer comme américains les bâtiments qui sont dans les convois qui
couvrent la Baltique, qui ont de doubles expéditions, etc. Il serait avantageux
que vous pussiez engager ce chargé d'affaires à vous répondre par une note et à
convenir qu'il désavoue les bâtiments américains qui naviguent dans la
Baltique. Cela serait envoyé en Russie et servirait. En général, mettez toutes
les formes possibles pour convaincre ce charge d'affaires, qui, je suppose,
parle français, des dispositions particulièrement favorables où je suis envers
les Américains; que l'embarras est de reconnaître les véritables Américains de
ceux qui servent les Anglais, et que je considère le pas fait par le
gouvernement américain comme un premier pas fait pour arriver à un bon résultat.
Paris,
13 décembre 1810
Au
comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Le
gouverneur général à Turin m'écrit que l'approbation des travaux que j'avais
arrêtés pour le Piémont pendant l'hiver n'est pas encore arrivée.
Paris,
13 décembre 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, j'ai reçu votre rapport et votre projet de décret sur la
comptabilité des canaux, etc. J'ai effacé de l'état des crédits ouverts sur la
caisse d'amortissement les approvisionnements de blé pour Paris, et j'ai ajouté
au décret un titre pour ordonner que le trésor public fera recette de tout ce
qui doit être définitivement dépensé à la caisse d'amortissement comme fonds
spécial, et la caisse des canaux fera recette de ce qui est dépensé pour
travaux publics. Mon but en cela est de simplifier la caisse d'amortissement et
de la décharger de toute comptabilité. Pour la caisse de l'extraordinaire, il y
a un trésorier qui a sa comptabilité, et dès lors cela n'est susceptible
d'aucune modification. Ainsi, dorénavant, il n'y aura plus de lacune; toute
dépense devra se faire ou par le trésor public ou par la caisse des canaux.
Quant aux emprunts faits à la caisse d'amortissement, comme elle doit être
remboursée, ce n'est pas une dépense définitive.
Paris,
13 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, l'administration en Hollande finit en 1811. Prenez toutes les
mesures qui vous concernent, pour que le service n'éprouve aucune interruption
et pour qu'il n'y ait pas de lacune entre l'administration hollandaise et
l'administration qui la remplace.
Paris,
13 décembre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Mettez-moi
sous les yeux un projet de lettre au Transport-Officer pour réclamer avec force
le renvoi en France des Français prisonniers en Angleterre qui se trouvaient
chez les insurgés lors de la convention de Cintra. Représentez-moi en même
temps cette convention. Il me semble que voilà une infraction bien manifeste de
l'Angleterre au droit des gens.
Paris,
14 décembre 1810
Au
comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Je
reçois votre rapport sur les départements où les formes constitutionnelles ne sont
pas établies. Faites ce qui est convenable pour que les départements du Taro,
des Apennins, de l'Arno, de la Méditerranée, de l'Ombrone, de Rome, du
Trasimène, des bouches de l'Escaut, du Rhin, et l'arrondissement de Breda aient
des juges de paix constitutionnels; que leurs députés puissent être nommés au
Corps législatif, ainsi que les dix départements formés par le
sénatus-consulte. Formez les collèges électoraux de tous les départements qui
n'en ont pas.
Paris,
14 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Il
serait convenable d'avoir à Danzig un équipage de pont de quatre-vingts bateaux
avec leurs baquets. Comme il y a à Danzig beaucoup de bois et qu'on y construit
des bâtiments, cet équipage peut être fait très promptement. Je ne veux
cependant pas qu'on le fasse aujourd'hui, parce que cela donnerait l'alarme;
mais je voudrais qu'on emmagasinât les bois nécessaires et ceux qu'on peut se
procurer le plus difficilement, et savoir combien de temps il faudrait prévenir
d'avance pour avoir cet équipage de pont.
Paris,
14 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
vois, dans votre rapport du 12 sur les jeunes Croates, qu'on a mis seize fils
de sous-officiers à la Flèche, ainsi que le fils d'un maître de poste et celui
d'un garde forestier. Mon intention est qu'ils soient envoyés à Châlons; ce qui
augmentera de dix-huit le nombre des jeunes gens qu'on mettra à Châlons.
Paris,
14 décembre 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Les
sept cent quarante et une voitures qui sont en Allemagne sont plus que
suffisantes.
En cas
de guerre, mon intention est de n'avoir pour équiper toutes ces voitures que
deux bataillons du train qui seraient alors portés au grand complet. Les 8e et
9e bataillons destinés à cette arme, qui sont incomplets, seraient complétés
alors pour atteler cinq cents autres voitures.
Paris,
15 décembre 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, j'ai lu avec grand intérêt votre rapport du 12 décembre sur
la vérification des receveurs des communes. Mon intention est que vous
augmentiez de six, si cela est nécessaire, le nombre des vérificateurs, et que
vous fassiez vérifier les receveurs des grandes communes, telles que Lyon,
Gênes, Bordeaux, etc., de sorte que, successivement et dans l'espace de deux
ans, tous les receveurs des communes soient vérifiés.
Paris,
15 décembre 1810
A M.
Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État
Monsieur
le Duc de Bassano, faites extraire un article pour le Moniteur du rapport ci-joint du ministre du trésor public. Cet
article sera suivi du décret de destitution des receveurs de Mayence, d'Obernai
et Bernardswiller et de Saverne, et d'une note annonçant le renvoi des autres
pièces au Conseil d'État pour vérifier les abus qui existeraient dans cette
partie importante de la comptabilité.
Vous
renverrez toutes les pièces à la section des finances du Conseil d'État, à
laquelle sera adjoint le conseiller d'État Quinette, pour présenter des
mesures, pour vérifier les receveurs des différentes communes et liquider,
entre autres, ces six vérifications l’une après l'autre. On me présentera
autant de décrets qu'il y aura de vérifications, soit pour les approuver, soit
pour les rejeter. Chacun de ces décrets sera ensuite mis dans le Moniteur, afin d'opérer une secousse
chez tous les receveurs.
Paris,
15 décembre 1810
Au
général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Il est
nécessaire de faire venir à Paris le capitaine de vaisseau qui était à
Hambourg, pour qu'il puisse vous donner des renseignements sur ces mers, vous
aider à l'organisation des côtes depuis la Hollande jusqu'à Hambourg. Je
désire être bien maître de l'Elbe et tenir, s'il le faut, une frégate comme il
y en avait jadis. Faites-moi un rapport là-dessus.