1 – 15 décembre 1810


Paris, 1er décembre 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Doc de Cadore, j'ai reçu le recueil des pièces relatives aux négociations avec l'Angleterre depuis la paix de Tilsit. Envoyez-moi les pièces qui prouvent qu'on avait proposé à l'Angleterre de ne pas faire la guerre de Prusse si elle voulait admettre le traité fait avec lord Lauderdale; je ne croyais pas qu'elles eussent été imprimées. Je pense qu'il faut supprimer l'analyse, qui n'est pas dans l'esprit du mémoire et qui ne dit rien. Il faut mettre les noms des deux empe­reurs au bas de la lettre d'Erfurt. Dans les pièces de la négociation de Hollande, la lettre du Roi est importante à mettre. Il faut aussi mettre la lettre des ministres hollandais à lord Wellesley, et ne mettre qu'à la fin la lettre du sieur Labouchère.


Paris, 2 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous pouvez remettre la note ci-jointe au prince Kourakine.

NOTE DU DUC DE CADORE AU PRINCE KOURAKINE.

Paris, 2 décembre 1810.

Monsieur l'Ambassadeur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi la note que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 29 octobre dernier. Sa Majesté a été très sensible aux assurances que cette note renferme.

Depuis la réunion de la Hollande, depuis que les embouchures de l'Ems, du Weser, de l'Elbe et les ports du Mecklenburg sont occupés, depuis que la Prusse, franchement décidée à nuire au commerce anglais, a adopté toutes les mesures nécessaires pour atteindre ce but, l'Angleterre a donné des signes de détresse; les banqueroutes s'y sont multipliées; son change a perdu 25 pour 100; ses effets publics ont baissé; il ne lui a plus été possible de dissimuler les alarmes de ses manufactures et de ses comptoirs.

De si heureux commencements présagent des résultats plus heu­reux encore; mais les brillantes espérances qu'ils donnent s'évanoui­raient si l'ouvrage commencé avec tant de succès ne se complétait pas. Si S. M. l'Empereur de Russie, ne veut fermer ses portes qu'au pavillon anglais, il n'atteindra pas le but qu'il a en vue, celui d'exclure le commerce et les marchandises anglaises. Les pavillons espa­gnols, portugais, américains et suédois, le pavillon français même, servent de masque aux Anglais. Tous les bâtiments sont anglais, lorsqu'ils sont chargés pour le commerce anglais et de marchandises anglaises.

Toutes les marchandises des deux Indes appartiennent aux Anglais. Les Américains seuls ont du coton; mais les Anglais ne leur permet­tent pas de l’emporter. Des deux mille bâtiments qui, cette année, sont entrés dans la Baltique, pas un n'était neutre; tous étaient envoyés par les Anglais; tous avaient été chargés à Londres, et chargés pour le compte des Anglais. Ils étaient, à la vérité, masqués sous les pavillons américain, espagnol ou suédois ; ils avaient des papiers et des expéditions de tous les pays et jusqu'à de faux certifi­cats des consuls français, certificats dont la fabrique est à Londres. Si l'on s'en tenait à l'apparence, on penserait qu'ils étaient venus d'Amérique, mais aucun ne venait que de l'Angleterre.

S'il était vrai que les Anglais laissassent arriver et naviguer dans la Baltique les bâtiments américains chargés de productions des États-Unis, ceux-ci ne se plaindraient pas de l'Angleterre;  la discussion qui existe entre les deux pays n'aurait pas lieu ; les ordres du conseil du mois de novembre ne recevraient point leur exécution ; personne n'aurait plus à se récrier contre l'injustice de l'Angleterre.

C'est donc pour le compte de celle-ci que tant de bâtiments sont entrés dans la Baltique. Les uns ont débarqué leurs cargaisons à Göteborg, d'où, transportées par terre dans les divers ports de Suède, elles se sont écoulées en Russie. Les autres ont cru pénétrer dans les ports de la Prusse et ont été confisqués sur-le-champ. Le désastre des Anglais sera complet si ceux qui se sont réfugiés dans les ports de la Russie sont déclarés confisqués, sans pouvoir en imposer par la simulation du pavillon et par de faux papiers, et si les marchan­dises anglaises  qu'ils auraient  débarquées  sont  aussi confisquées comme venant de l'ennemi.


Paris, 2 décembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Reille que je donne l’ordre qu'on lui envoie six chefs de bataillon, dix capitaines, quinze lieutenants et quinze sous-lieutenants. Faites-lui connaître que j’i vu avec peine ce qui est arrivé à un convoi de poudre; que ces événements ne devraient pas avoir lieu, parce que les convois ne devraient marcher que deux fois la semaine, une fois même s'il le fallait, et devraient toujours être composés des hommes qui rejoignent leurs corps, des courriers, et avec un supplément de troupes qui portât toujours la force des escortes à 500 hommes; que je désire que l’on suive rigou­reusement cette règle, afin que je n'entende plus dire qu'un convoi a été intercepté. Écrivez la même chose au général Caffarelli; qu'il règle ses convois à deux par semaine, tant de Tolosa à Navarre que d'Irun à Burgos et de Vitoria à Bilbao, de sorte qu'ils puissent tou­jours être tellement escortés qu'ils n'aient rien à craindre. Les pou­dres, le trésor, les hommes isolés sortant des hôpitaux, tout atten­drait que les convois partissent. De cette manière, on n'entendra plus parler des événements qui arrivent si souvent. Écrivez la même chose au général Buquet et aux généraux Dorsenne et Kellermann.


Paris, 3 décembre 1810

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre de la reine d’Étrurie. Cette princesse est mal à Nice; elle serait au contraire très bien à Rome. Faites-moi connaître le traitement dont elle jouit, et prenez des renseignements sur la maison qu'on pourrait lui donner à Rome. On la ferait passer de Nice à Gênes par mer; de Gênes, elle irait gagner Tortone, Plaisance, Ancône et Rome. Il serait bon qu'elle ne passât pas en Toscane. Je lui donnerai à Rome un hôtel; et, comme elle jouit de 4 à 500,000 francs de revenu, la dépense qu'elle en ferait à Rome serait utile à cette ville.


Paris, 3 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me faire un rapport sur la Prusse. Remettez-moi sous les yeux les articles des traités de Tilsit et d'Erfurt. La Prusse n'est-elle pas obligée de déclarer la guerre à l'Angleterre ? Toutefois, il n'y a pas à hésiter; la Suède ayant déclaré la guerre à l'Angleterre, il faut que la Prusse la déclare aussi, et par un manifeste dont les griefs seront fondés sur les outra­ges faits aux neutres, et spécialement sur les arrêts du conseil qui bouleversent toute idée de justice, etc. Faites-moi un petit rapport là-dessus. 11 n'est pas indifférent que le manifeste de la Prusse soit dirigé surtout contre les arrêts du conseil, parce que cela fera sensa­tion en Angleterre.


Paris, 3 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, aussitôt que le ministre de Suède vous aura annoncé officiellement que la Suède a déclaré la guerre à l'An­gleterre, il n'y aura pas d'inconvénient à jeter en avant quelques mots tendant à établir, si la Suède le désire, un traité d'alliance entre les deux nations. Vous sonderez ce ministre pour savoir si la Suède ne pourrait pas me fournir, comme le Danemark, quatre équi­pages de vaisseaux de ligne, depuis le capitaine jusqu'au dernier matelot; ce qui ferait à peu près 2,000 marins. Je les placerais sur mon escadre de Brest. Les frais du voyage seraient à ma charge. Si la Suède mettait de l'intérêt à avoir à mon service un régiment, comme elle l'avait jadis, j'y consentirais volontiers. Faites des recher­ches sur la capitulation de ce régiment, comment se nommaient les officiers et tous les autres détails.


Paris, 4 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au ministre de la guerre qu'on laisse la garnison de Danzig continuer à vivre comme elle veut. Demandez à ce ministre pourquoi on a donné contre-ordre et fait retourner les convois sur Ulm. Je ne conçois rien à cela. Vous ferez connaître à mes ministres à Munich, à Stuttgart, à Karlsruhe et à Darmstadt que j'ai donné ordre au ministre de la guerre de retirer toutes les troupes que je pourrais avoir dans les États de ces princes, et que mon intention est qu'il ne reste aucun Français dans les Étals de la Confédération; qu'ils doivent, au 15 janvier, m'instruire si mes ordres sont exécutés.


Paris, 4 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il me paraîtrait convenable que le corps de l'artillerie fît un service pour le général d'artillerie Sénarmont, et qu'à cette cérémonie quel­qu'un fut chargé de faire son oraison funèbre, afin qu'on pût en mettre une notice dans le Moniteur.


Paris, 4 décembre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, mon intention est qu'il ne reste aucunes troupes françaises ni en Bavière, ni dans le Wurtemberg, ni dans les Etats de Bade, ni dans ceux de Hesse-Darmstadt. Donnez des ordres en con­séquence. On se plaint que l'artillerie qui était sortie d’Ulm y est rentrée.


Paris, 5 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au duc de Vicence que les Russes font beaucoup de travaux sur la Dwina et même sur le Dniester, qu'il est nécessaire qu'il se tienne éveillé là-dessus et qu'il vous en rende compte; qu'on ne peut pas se dissimuler que ces ou­vrages, étant des ouvrages de campagne, montrent de mauvaises dis­positions dans les Russes. Après avoir fait la paix, avec la Porte, voudraient-ils la faire avec l'Angleterre et violer ainsi le traité de Tilsit ? Faites entrevoir au duc de Vicence que ce serait incontinent la cause de la guerre.


Paris, 5 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, remettez-moi, au 15 décembre, un livret de la situation des troupes de la Confédération du Rhin, en y comprenant le duché de Varsovie, un autre de l'armée russe et un autre de l'armée autrichienne. Vous aurez soin que les livrets que vous me remettrez au 1er janvier soient plus complets que ceux du 15 décembre, et ainsi de suite.


Paris. 5 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le roi de Saxe a envoyé deux officiers d'artillerie à Mayence pour prendre les fusils. Donnez ordre au directeur de l'arsenal de les leur remettre.


Paris, 5 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Ecrivez au roi de Naples pour que, tous les mois, il envoie la situation de sa garde et de son armée napolitaine ; qu'il est le seul des princes alliés dont je n'ai pas l'état de situation de l'armée.


Paris, 6 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en chiffre à mes consuls en Egypte de vous transmettre les renseignements et plans les plus détaillés sur les fortifications du Caire, d'Alexandrie, de Damiette, d'El-A’rych. Écrivez à mes consuls en Syrie de vous envoyer des détails sur les fortifications de Gaza, de Jaffa et d'Acre. Recomman­dez-leur que ces mémoires soient envoyés par des occasions sûres et écrits en chiffre.


Paris, 6 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à tous mes consuls dans la Bal­tique qu'ils doivent laisser passer le blé en Suède et laisser venir les marchandises de Suède dans nos ports. Vous pouvez écrire à Danzig que, la Suède ayant déclaré la guerre à l'Angleterre, il est permis d'exporter de ce port des blés en Suède, en réduisant le droit de sortie au dixième de ce qu'ils payeraient s'ils allaient en Angleterre; qu'il faut que les négociants s'engagent à justifier, dans l'espace de deux mois, que le blé est allé en Suède, à peine d'une amende égale à la valeur du chargement.

Vous ferez connaître cette décision au ministre de Suède à Paris et au sieur Alquier, afin que des mesures soient prises en Suède pour être sûr que le blé va en Suède et non en Angleterre.


Paris, 6 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie le projet de la pièce pour jeter des bombes et des obus de 8 pouces. Il parait que le boulet pèserait 83 livres. Comme mon principal but est de me servir de ces pièces sur les côtes et dans les places maritimes contre des vaisseaux, je désirerais que la cham­bre pût contenir au moins 20 livres de poudre; que la pièce fût le plus longue possible, mais que cependant elle ne pesât pas plus de 7 à 8 milliers.

Si cette pièce réussissait, il serait important d'en avoir quelques-unes aux bouches de l'Escaut et aux passes de Brest et de Toulon. On pourrait aussi s'en servir à l'embouchure de l'Escaut et dans quelques ports, sur de grosses prames. Cette pièce serait, je crois, la plus grosse pièce connue.


Paris, 6 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie la lettre du maire d'Agde. Voilà dix bâtiments qui, à ce qu'il parait, sont partis. Pourquoi n'en fait-on pas partir d'autres ? Faites mettre une grande activité dans ces convois. Écrivez au maire pour lui témoigner ma satisfaction et lui recommander de vous écrire souvent et de favoriser toutes les expéditions sur Barcelone.


Paris, 7 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous me dites que le régiment de la Méditerranée est en mauvais état, mais vous ne m'en indiquez pas le motif. Est-ce qu'à ce régi­ment il n'y a pas de major, pas de colonel ? Est-ce qu'il n'y a pas d'inspecteur aux revues en Corse ? Donnez ordre au général Morand d'en passer la revue et à l'inspecteur aux revues d'en vérifier la comp­tabilité. Entendez-vous avec le ministre de l'administration de la guerre pour que ce régiment soit tenu comme les autres régiments de ligne.


Paris, 7 décembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie un rapport du comte Daru avec un projet de décret et une lettre de Costabili. Je désire que vous me proposiez un projet de décret sur cette affaire. Voici ce que je veux : 1° Toutes les acquisitions faites avec les fonds de la liste civile d'Italie et tout l’argent qui se trouve en caisse après le service payé doivent appartenir à mon domaine privé. 2° Je désire connaître ce que j'ai acheté avec les fonds de la Couronne, ce que j'ai prêté et ce qui restait disponible dans la caisse de la liste civile au 1er janvier 1810. Ce reliquat doit être versé dans la caisse de mon domaine privé. Il faut aussi me faire connaître ce qui restera disponible par aperçu au 1er janvier 1811. 3° Il sera nécessaire de régler la valeur du mobilier qui doit rester dans mes palais d'Italie, afin que le surplus de ce qui aura été réglé puisse, à la mort du roi, rentrer au domaine privé. Eu France, le mobilier de la Couronne a été porté à 30 millions, y compris l'argenterie. Pour le royaume d'Italie, s'il y a des objets précieux qui appartiennent à l'État, comme tableaux, statues, il faudrait en faire un inventaire particulier.

Pour tirer Aldini d'affaire, je désire acheter tout son bien, pour faire entrer dans mon domaine privé. Je crois que le comte Daru lui a donné une lettre de change de 500,000 francs sur le trésor de la Couronne à Milan. Si le comte Aldini est pressé de toucher cette somme pour arranger ses affaires, vous pouvez la lui faire payer.


Paris, 9 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport, tel qu'il me parait devoir être imprimé. Mettez des renvois qui répondent aux pièces qui doivent l'accompagner, et faites-le imprimer avec ces pièces.

Il est essentiel surtout de bien mettre le détail des négociations avec lord Lauderdale, de bien mettre ce qui est relatif aux traités de Tilsit, Erfurt; on peut même laisser ce qui est relatif à la négociation de d’Autriche ; enfin mettre celle de la Hollande.

RAPPORT A S. M. L'EMPEREUR ET ROI.

Sire, Votre Majesté a élevé la France au plus haut point de grandeur.

Les victoires obtenues sur cinq coalitions successives, fomentées toutes par l'Angleterre, ont amené ces résultats; et l’on peut dire que la gloire, la puissance du grand Empire, nous les devons à l'Angleterre.

Dans toutes les occasions, Votre Majesté a offert la paix ; et, sans chercher si elle serait plus avantageuse que la guerre, vous n'envi­sagiez, Sire, que le bonheur de la génération présente, et vous vous montriez toujours prêt à lui sacrifier les chances les plus heureuses de l'avenir.

C'est ainsi que les paix de Campo-Formio, de Lunéville et d'Amiens, et postérieurement celles de Presburg, de Tilsit et de Vienne, ont été conclues; c'est ainsi que, cinq fois, Votre Majesté a fait, à la paix, sacrifice de la plus grande partie de ses conquêtes. Plus jalouse d'illustrer son règne par la félicité publique que d'étendre la domina­tion de son Empire, Votre Majesté mettait des limites à sa propre grandeur, tandis que l'Angleterre, rallumant sans cesse le flambeau de la guerre, semblait conspirer contre ses alliés et contre elle-même pour reformer cet Empire, le plus grand qui ait existé depuis vingt siècles.

A la paix de 1783, la puissance de la France était forte du Pacte de famille, qui liait étroitement à sa politique l'Espagne et Naples.

A l'époque de la paix d'Amiens, les forces respectives des trois puissances s'étaient accrues de 12 millions d'habitants de la Pologne. Les Maisons de France et d'Espagne étaient essentiellement ennemies, et les peuples de ces Etats se trouvaient plus que jamais éloignés par leurs mœurs. Une des grandes puissances continentales avait moins perdu de force par la réunion de la Belgique à la France qu'elle n'en avait acquis par la possession de Venise, et les sécularisations du Corps germanique avaient encore ajouté à la puissance de nos rivaux.

Ainsi la France, après le traité d'Amiens, avait une force relative moindre qu'à la paix de 1783, et bien inférieure à celle à laquelle les victoires obtenues pendant les guerres des deux premières coalitions lui donnaient le droit de prétendre.

Cependant, à peine ce traité fut-il conclu que la jalousie de l’Angleterre se montra vivement excitée. Elle s'alarma de la richesse et de la prospérité intérieure, toujours croissantes, de la France, et elle espéra qu'une troisième coalition arracherait à votre couronne la Belgique, les provinces du Rhin et l'Italie. La paix d'Amiens fut violée. Une troisième coalition se forma : trois mois après elle fut dissoute par le traité de Presburg.

L'Angleterre vit toutes ses espérances trompées : Venise, la Dalmatie, l'Istrie, toutes les côtes de l'Adriatique et celles du royaume de Naples passèrent sous la domination française. Le Corps germa­nique, établi sur des principes contraires à ceux qui ont fondé l’Empire français, s'écroula, et le système de la Confédération du Rhin fit des alliés intimes et nécessaires des mêmes peuples qui, dans les deux premières coalitions, avaient marché contre la France, et les unit indissolublement à elle par des intérêts communs.

La paix d'Amiens devint alors en Angleterre l'objet des regrets de tous les hommes d'État. Les nouvelles acquisitions de la France, que désormais on n'espérait pas de lui ravir, rendaient plus sensible la faute qu'on avait commise, et en démontraient toute l'étendue.

Un homme éclairé, qui, pendant le court intervalle de la paix d'Amiens, était venu à Paris et avait appris à connaître la France et Votre Majesté, parvint à la tête des affaires en Angleterre. Cet homme de génie comprit la situation des deux pays. Il vit qu'il n'était plus au pouvoir d'aucune puissance de faire rétrograder la France, et que la vraie politique consistait à l'arrêter. Il sentit que, par les succès obtenus contre la troisième coalition, la question avait été déplacée, et qu'il ne fallait plus penser à disputer à la France des possessions qu'elle venait d'acquérir par la victoire, mais qu'on devait, par une prompte paix, prévenir de nouveaux agrandissements que la continuation de la guerre rendrait inévitables. Ce ministre ne se dissimu­lait aucun des avantages que la France avait recueillis de la fausse politique de l'Angleterre, mais il avait sous les yeux ceux qu'elle pouvait en recueillir encore. Il croyait que l'Angleterre gagnerait beaucoup si aucune des puissances du continent ne perdait plus. Il mettait sa politique à désarmer la France, à faire reconnaître la Confédération du nord de l'Allemagne, en opposition à la Confédération du Rhin ; il sentait que la Prusse ne pouvait être sauvée que par la paix, et que du sort de cette puissance dépendaient le système de la Saxe, de la Hesse, du Hanovre, et le sort des embouchures de l'Ems, de la Jahde, du Weser, de l'Elbe, de l'Oder et de la Vistule, débou­chés nécessaires au commerce anglais. En homme supérieur, Fox ne se livra point à des regrets inutiles sur la rupture du traité d'Amiens et sur des pertes désormais irréparables; il voulut en prévenir de plus grandes, et il envoya lord Lauderdale à Paris.

Les négociations s'entamèrent, et tout en faisait présager l'heureuse issue lorsque Fox mourut.

Elles ne firent plus que languir; les ministres n'étaient pas assez éclairés ni assez de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix. Cependant la Prusse, poussée par cet esprit que l'Angleterre soufflait toute l'Europe, mit ses troupes en marche. La Garde impériale eut ordre de partir. Lord Lauderdale prévit les conséquences des nouveaux événements qui se préparaient. Il fut question de signer le traité, d'y comprendre la Prusse et de reconnaître la Confédération du nord de l'Allemagne ; Votre Majesté, par cet esprit de modération dont elle a donné de si fréquents exemples à l'Europe, y consentit. Le départ de la Garde impériale fut différé de quelques jours; mais lord Lauderdale hésita ; il crut devoir envoyer un courrier à sa cour, et ce courrier lui rapporta l'ordre de son rappel. Peu de jours après, la Prusse n'existait plus comme puissance prépondérante.

La postérité marquera cette époque comme une des plus décisives de l'histoire de l'Angleterre et de celle de la France.

Le traité de Tilsit termina la quatrième coalition.

Deux grands souverains, naguère ennemis, se réunirent pour offrir la paix à l'Angleterre; mais cette puissance, qui malgré tous ses pressentiments, n'avait pu se déterminer à souscrire à des conditions qui laissaient la France dans une position plus avantageuse que celle où elle s'était trouvée après le traité d'Amiens, ne voulut point ouvrir des négociations dont le résultat inévitable assurait à la France une position bien plus avantageuse encore. Nous avons refusé, disait-on en Angleterre, un traité qui maintenait dans l'indépendance de la France le nord de l'Allemagne, la Prusse, la Saxe, la H esse, le Ha­novre, et qui garantissait tous les débouchés de notre commerce; comment pourrions-nous consentir aujourd'hui à signer avec l'empe­reur des Français, lorsqu'il vient d'étendre la Confédération du Rhin jusqu'au nord de l'Allemagne et de fonder sur les bords de l'Elbe un trône français, une paix qui, par la force des choses et quelles que fussent les stipulations admises, laisserait sous son influence le Hanovre et tous les débouchés du Nord, ces principales artères de notre commerce ?

Les hommes qui envisageaient de sang-froid la situation de l'An­gleterre répondaient : Deux coalitions, dont chacune devait durer dix ans, ont été vaincues en peu de mois; les nouveaux avantages acquis par la France sont la suite de ces événements, et l'Angleterre ne peut plus s'y opposer Sans doute il n'aurait pas fallu violer le traité d'Amiens. Il eût fallu, depuis, adhérer à la politique de Fox. Profitons du moins aujourd'hui des leçons de l'expérience et évitons une troisième faute; au lieu de jeter les regards en arrière, portons-les vers l'avenir. La péninsule est encore entière et dirigée par des gouvernements secrètement ennemis de la France. Jusqu'à ce jour la faiblesse des ministres espagnols et les sentiments personnels du vieux monarque ont retenu l'Espagne dans le système de la France.

Un nouveau règne développera les germes de la haine entre les deux nations. Le Pacte de famille a été anéanti, et c'est un des avantages que la révolution a procurés à l'Angleterre. La Hollande, quoique gouvernée par un prince français, jouit de son indépendance. Son in­térêt est de demeurer l'intermédiaire de notre commerce avec le con­tinent, et de le favoriser pour participer à nos profits. N'avons-nous pas à craindre, si la guerre continue, que la France n'établisse son influence sur la péninsule et ses douanes en Hollande ?

Tel était le langage des hommes qui savaient pénétrer dans les secrets de l'avenir. Ils virent avec douleur refuser la paix proposée par la Russie. Ils ne doutèrent pas que le continent tout entier ne fût bientôt enlevé à l'Angleterre, et qu'un ordre de choses qu'il était si important de prévenir ne s'établit en Espagne et en Hollande.

Sur ces entrefaites, l'Angleterre exigea de la Maison de Bragance qu'elle quittât la péninsule et se réfugiât au Brésil. Les partisans du Ministère anglais semèrent la division parmi les princes de la Maison d'Espagne. La dynastie qui régnait fut éloignée pour toujours, et, en conséquence des dispositions faites à Bayonne, un nouveau souverain, ayant avec la France une puissance et une origine communes, fut appelé au gouvernement de l'Espagne.

L'entrevue d'Erfurt donna lieu à de nouvelles propositions de paix ; mais elles furent aussi repoussées. Le même esprit qui avait fait rompre les négociations de lord Lauderdale dirigeait les affaires en Angleterre.

La cinquième coalition éclata. Ces nouveaux événements tournè­rent encore à l'avantage de la France. Les seuls ports par lesquels l’Angleterre conservait une communication avouée avec le continent pissèrent, avec les provinces illyriennes, au pouvoir de Votre Majesté par le traité de Vienne, et les alliés de l'Empire virent s'accroître bar puissance.

Les arrêts rendus par le conseil britannique avaient bouleversé les lois du commerce du monde. L'Angleterre, dont l'existence tout entière est attachée au commerce, jetait ainsi le désordre parmi le commerce des nations; elle en avait déchiré tous les privilèges. Les décrets de Berlin et de Milan repoussèrent ces nouveautés mons­trueuses. La Hollande se trouva dans une position difficile ; son gou­vernement n'avait pas une action assez énergique, ses douanes offraient trop peu de sécurité pour que ce centre du commerce du continent demeurât plus longtemps isolé de la Franco. Votre Majesté, pour l'intérêt de ses peuples et pour assurer l'exécution du système qu'elle opposait aux actes tyranniques de l'Angleterre, se vit forcée de changer le sort de la Hollande. Cependant Votre Majesté, constante dans son système et dans son désir de la paix, fit entendre à l'Angleterre qu'elle ne pouvait sauver l'indépendance de la Hollande qu'en rap­portant ses arrêts du conseil ou en adoptant des vues pacifiques. Les ministres d'une nation commerçante traitèrent avec légèreté une ou­verture d'un si grand intérêt pour son commerce : ils répondirent que l'Angleterre ne pouvait rien au sort de la Hollande. Dans les illusions de leur orgueil, ils méconnurent les motifs de cette démarche ; ils feignirent d'y voir l'aveu de l'efficacité de leurs arrêts du conseil, et la Hollande fut réunie. Puisqu'ils l'ont voulu, Sire, je crois utile aujourd'hui et je propose à Votre Majesté de consolider cette réunion par les formes constitutionnelles d'un sénatus-consulte.

La réunion des villes hanséatiques, du Lauenburg et de toutes les côtes depuis l'Elbe jusqu'à l'Ems, est commandée par les circonstances. Ce territoire est déjà sous la domination de Votre Majesté.

Les immenses magasins de Helgoland menaceraient toujours de s'écouler sur le continent, si un seul point restait ouvert au commerce anglais sur les côtes de la mer du Nord, et si les embouchures de la Jahde, du Weser et de l'Elbe ne lui étaient pas fermées pour jamais.

Les arrêts du conseil britannique ont entièrement détruit les privilèges de la navigation des neutres, et Votre Majesté ne peut plus approvisionner ses arsenaux et avoir une route sûre pour son com­merce avec le Nord qu'au moyen de la navigation intérieure. La répa­ration et l'agrandissement du canal déjà existant entre Hambourg et Lubeck, et la construction d'un nouveau canal qui joindra l'Elbe au Weser et le Weser à l'Ems, et qui n'exigera que quatre à cinq ans de travaux et une dépense de 15 à 20 millions, dans un pays où la nature n'offre pas d'obstacles, ouvriront aux négociants français une voie économique, facile et à l'abri de tout danger. Votre Empire pourra commercer en tout temps avec la Baltique, envoyer dans le Nord les produits de son sol et de ses manufactures, et en tirer les productions nécessaires à la marine de Votre Majesté.

Les pavillons de Hambourg, de Brème et de Lubeck, qui errent aujourd'hui sur les mers, dénationalisés par les arrêts du conseil bri­tannique, partageront le sort du pavillon français et concourront avec lui, pour l'intérêt de la cause commune, au rétablissement de la liberté des mers.

La paix arrivera enfin, car tôt ou tard les grands intérêts des peu­ples, de la justice et de l'humanité l'emportent sur les passions et sur la haine; mais l'expérience de soixante années nous a appris que la paix avec l'Angleterre ne peut jamais donner au commerce qu'une sécurité trompeuse. En 1756, en février 1793, en 1801, à l'égard de l'Espagne, comme en mai 1803, à l'époque de la violation du traité d'Amiens, l'Angleterre commença les hostilités avant d'avoir déclaré la guerre. Des bâtiments qui naviguaient sur la foi de la paix furent surpris ; le commerce fut dépouillé ; des citoyens paisibles per­dirent leur liberté, et les ports de l'Angleterre se remplirent de ces honteux trophées. Si de tels exemples devaient se renouveler un jour, les voyageurs, les négociants anglais, leurs propriétés et leurs per­sonnes, saisis dans nos ports, depuis la mer Baltique jusqu'au golfe Adriatique, répondraient de ces attentats; et si le gouvernement an­glais, pour faire oublier au peuple de Londres l'injustice de la guerre, lui donnait encore le spectacle de ces prises, faites au mépris du droit des nations, il aurait aussi à lui montrer les pertes qui en seraient la conséquence.

Sire, aussi longtemps que l'Angleterre persistera dans ses arrêts du conseil, Votre Majesté persistera dans ses décrets, elle opposera au blocus des côtes le blocus continental, et au pillage sur les mers les confiscations des marchandises anglaises sur le continent.

Il est de mon devoir de le dire à Votre Majesté, elle ne peut espé­rer désormais de ramener ses ennemis à des idées plus modérées que par sa persévérance dans ce système. Il en doit résulter un tel état de malaise pour l’Angleterre, qu'elle sera forcée de reconnaître enfin qu'on ne peut violer les droits des neutres sur les mers et en récla­mer la protection sur le continent, que l'unique source de ses maux est dans ses arrêts du conseil, et que cet agrandissement de la France, qui longtemps excitera son dépit et sa jalousie, elle le doit aux pas­sions aveugles de ceux qui, violant le traité d'Amiens, rompant la négociation de Paris, rejetant les propositions de Tilsit et d'Erfurt, dédaignant les ouvertures faites avant la réunion de la Hollande, ont porté les derniers coups à son commerce et à sa puissance, et conduit votre Empire à l'accomplissement de ses hautes destinées.

Champagny, duc de Cadore. Paris, 8 décembre 1810.


Paris, 9 décembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Sa Majesté a ordonné de renvoyer au ministre de l'intérieur le rapport sur les prix décennaux. Elle désire que le ministre lui fasse connaître pour quelles raisons l'Institut n'a pas fait mention :

1° A l'occasion du onzième ou du douzième grand prix, du Génie du christianisme, par M. de Chateaubriand, ouvrage dont on a beau­coup parlé et qui est à la septième ou huitième édition;

2° A l'occasion du quinzième grand prix, des ouvrages du sculp­teur Canova, qui, étant devenu Français, paraissait pouvoir être admis au concours ;

3° A l'occasion du dix-septième grand prix, du canal de Saint-Quentin, de la route du mont Cenis ou de celle du Simplon, qui paraissent pouvoir être considérés comme ouvrages d'architecture.


Paris, 9 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L'armée d'Illyrie ne sera plus composée à l'avenir que de six batail­lons, savoir : de deux bataillons du 8e léger, du 18e et du 23e de ligne; de deux escadrons du 19e de chasseurs; de quatre compagnies du 2e régiment d'artillerie français complétées par tout ce qu'il y a de disponible dans la 5e, dont le cadre seul rentrera ; d'une escouade d'ouvriers ; de vingt chevaux du train pouvant atteler 3 pièces et leurs caissons ; de deux compagnies d'artillerie italiennes complétées par ce qu'il y a de disponible dans la 3e; d'une seule compagnie de sapeurs français ; tout cela faisant moins de 6,000 hommes.

En conséquence, vous donnerez ordre aux 11e, 79e et 60e de se rendre dans le Frioul italien, où, jusqu'à nouvel ordre, ils feront partie de l'armée d'Italie.

Vous donnerez ordre aux deux escadrons du 25e de chasseurs de rejoindre leurs deux autres escadrons ; à une autre compagnie du 2e d'artillerie à pied, à la compagnie du 2e d'artillerie à cheval et au 11e bataillon du train d'artillerie, de rejoindre leurs corps; à une des trois compagnies d'artillerie italiennes de rejoindre son régiment en Italie; à la 3e compagnie de sapeurs français de se rendre à Palmanova ; à la compagnie du train du génie de se rendre à Alexandrie, et aux sapeurs italiens de se rendre à Palmanova.

Cet ordre n'admet aucune modification, ayant besoin de mes troupes ailleurs, et d'ailleurs mon intention n'étant pas de tenir en Illyrie plus de troupes que ces provinces n'en peuvent nourrir. Le gouverneur général pourra tenir plusieurs bataillons croates en Dalmatie pour les garnisons de ce pays et renforcer la garde des côtes.

Vous réduirez en conséquence l'état-major général, ainsi que les états-majors du génie et de l'artillerie. Il n'y aura pour chef d'état-major qu'un adjudant commandant; il n'y aura qu'un colonel com­mandant l'artillerie, un autre colonel commandant le génie, et vous ferez rentrer tout ce qui serait jugé inutile.

Deux généraux de brigade me paraissent suffisants, l'un en Dalmatie et l'autre à Laybach ou Trieste. En conséquence, vous ferez rentrer les autres généraux de division et de brigade.

Vous me rendrez compte quand les 11e, 79e et 60e seront arrivés dans le Frioul.

Donnez ordre aux deux bataillons du 59e de ligne et du 81e, qui sont dans le Frioul, de se rendre à Toulon. Faites-les passer par Gênes, afin de leur éviter le passage des Alpes.

Donnez ordre que la brigade Pastol, qui est à Rome, soit dissoute, et que les 53e et 106e qui la composent rentrent à leurs régiments en Italie ainsi que la cavalerie.

Donnez ordre aux quatre bataillons du 10e de ligne et au 20e de ligne de se rendre de Naples à Rome.

Donnez ordre également de renvoyer les deux escadrons du 9e de chasseurs à Rome.


Palais des Tuileries, 10 décembre 1810

 

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, j'ordonne à mon ministre des relations extérieures de vous faire connaître les différentes circonstances qui nécessitent la réunion de la Hollande à l'Empire.

Les arrêts publiés par le conseil britannique en 1806 et 1807 ont déchiré le droit public de l'Europe. Un nouvel ordre de choses régit l'univers. De nouvelles garanties m'étant devenues nécessaires, la réunion des embouchures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, de l’Ems, du Weser et de l'Elbe à l'Empire, l'établissement d'une navi­gation intérieure avec la Baltique, m'ont paru être les premières et les plus importantes.

J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera exécuté avant cinq ans et qui joindra la Baltique avec la Seine.

Des indemnités seront données aux princes qui pourront se trouver froissés par cette grande mesure, que commande la nécessité et qui appuie sur la Baltique la droite des frontières de mon Empire.

Avant de prendre ces déterminations, j'ai fait pressentir l'Angle­terre ; elle a su que le seul moyen de maintenir l'indépendance de la Hollande était de rapporter ses arrêts du conseil de 1806 à 1807, ou de revenir enfin à des sentiments pacifiques. Mais celte puissance a été sourde à la voix de ses intérêts comme au cri de l'Europe.

J'espérais pouvoir établir un cartel d'échange des prisonniers entre la France et 1*Angleterre, et par suite profiter du séjour des deux commissaires à Paris et à Londres pour arriver à un rapprochement entre les deux nations. Mes espérances ont été déçues. Je n'ai reconnu dans la manière de négocier du gouvernement anglais qu'astuce et mauvaise foi.

La réunion du Valais est une conséquence prévue des immenses travaux que je fais faire depuis dix ans dans cette partie des Alpes. Lors de mon acte de médiation, je séparai le Valais de la Confédé­ration helvétique, prévoyant dès lors une mesure si utile à la France et à Italie.

Tant que la guerre durera avec l'Angleterre, le peuple français ne doit pas poser les armes.

Mes finances sont dans l'état le plus prospère. Je puis fournir à toutes les dépenses que nécessite cet immense Empire, sans demander à mes peuples de nouveaux sacrifices.

Napoléon.


Paris, 12 décembre 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

J'accorde volontiers au baron Bernadotte, frère du prince royal de Suède, les 11,764 francs de rente sur le grand-livre que j'ai accordés à ce prince. Ces 11,764 francs de rente formeront la dota­tion de sa baronnie. Faites rédiger des lettres patentes en conséquence.

Je vous prie également de communiquer la lettre du prince au con­seil du sceau, afin de rendre une décision pour reprendre la princi­pauté de Ponte-Corvo et tous les autres biens. Comme je veux traiter le prince favorablement, il me semble que le plus simple sera de lui faire une pension.

Tous les biens de Westphalie et du Hanovre doivent être censés attachés à la principauté de Ponte-Corvo ; il faut en extraire les 11,764 francs de rente sur le grand-livre.


Paris, 12 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je désirerais avoir la note de tous les Belges qui ont fait leur décla­ration qu'ils ont profité du traité de Campo-Formio et qu'ils veulent rester Autrichiens. Où est cette déclaration ?


Paris, 12 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il parait que le commissaire de police de Gènes répand l'alarme partout sur de prétendus complots et révoltes qui se trameraient en Italie. Ce commissaire, n'ayant envoyé aucune pièce, prouve qu'il n'a voulu autre chose que se rendre intéressant. Cela est fâcheux, parce que ses rapports ont porté le prince Borghèse à faire des mou­vements de troupes; ce qui fait presque autant de mal que si la chose était réelle. Demandez-lui les preuves de ce qu'il a avancé et sur quoi sont fondées des suppositions qui tendent à calomnier une partie de l’Empire.


Paris, 12 décembre 1810

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, le commissaire de police de Gênes a tort de répandre légèrement des bruits qui calomnient une partie de l’Empire, et je vois avec peine les mouvements que vous avez faits sur de simples indices. Il est nécessaire, avant de prendre des mesures de cette espèce, de savoir sur quel fondement reposent les assertions de ce commissaire et ce qui l’a porté à donner ainsi l'alarme.


Paris, 13 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me mettre sous les yeux la lettre  que le prince de Bénévent a écrite à mes ministres pour leur faire connaître une audience très vive que je donnai à lord Withworth, chez l'Impératrice, en ventôse an XI.


Paris, 13 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites mettre dans le Moniteur les pièces officielles apportées par le dernier courrier venu d'Amérique, relatives à nos dernières relations avec ce gouvernement, telles que la proclamation du président des Etats-Unis, la circulaire du dépar­tement du trésor et les différentes lettres qu'a envoyées le ministre Turreau sur M. Pinckney.

Mettez-moi sous les yeux le projet d'une dépêche au sieur Sérurier, s'il est encore à Bayonne. Vous la lui enverrez, par duplicata, par la frégate américaine, afin que, en cas qu'il n'arrivât pas, cette lettre servît pour Turreau. Vous témoignerez dans cette lettre la satis­faction que j'ai éprouvée à la lecture des dernières lettres d'Amérique. Vous donnerez l'assurance que, si le gouvernement américain est décidé à maintenir l'indépendance de son pavillon, il trouvera toute sorte de secours et de privilèges dans ce pays. Votre lettre sera, comme de raison, en chiffre. Vous y ferez connaître que je ne m'op­pose en rien à ce que les Florides deviennent possession américaine; que je désire, en général, tout ce qui peut favoriser l'indépendance de l'Amérique espagnole. Vous ferez la même communication au chargé d'affaires d'Amérique, qui écrira en chiffre à son gouverne­ment que je suis favorable à la cause de l'indépendance des Amériques; que nous n'avons eu qu'à nous louer de l'indépendance des États-Unis, et que, ne fondant pas notre commerce sur des prétentions exclusives, je verrai avec plaisir l'indépendance d'une grande nation, pourvu qu'elle ne soit pas sous l'influence de l'Angleterre.

Ayez une conférence avec ce chargé d'affaires pour bien connaître ce que veut le gouvernement américain. Vous lui direz que j'ai sou­mis à des formalités les bâtiments venant d'Amérique; que ces for­malités consistent en une lettre en chiffre jointe aux licences qui constate que le bâtiment vient d'Amérique et y a été chargé; mais que je ne peux pas admettre des bâtiments américains venant de Lon­dres, puisque cela bouleverserait mon système; qu'il n'y a aucun moyen de le connaître, et qu'il y a des armateurs qui, par esprit mercantile, font échouer les mesures du gouvernement américain; qu'enfin j'ai fait un pas ; que j'attendrai au 2 février pour voir ce que fera l'Amérique, et que d'ici à ce temps je me comporterai selon les circonstances, mais de manière à ne faire aucun tort aux bâtiments qui viendraient réellement d'Amérique; que la question est difficile; mais qu'il doit donner l'assurance positive à son gouvernement de mon désir de le favoriser en tout; qu'il sait d'ailleurs que plusieurs bâtiments venus d'Amérique depuis que les dernières mesures sont connues, ont obtenu la permission de décharger en France; qu'enfin nous ne pouvons considérer comme américains les bâtiments qui sont dans les convois qui couvrent la Baltique, qui ont de doubles expéditions, etc. Il serait avantageux que vous pussiez engager ce chargé d'affaires à vous répondre par une note et à convenir qu'il désavoue les bâtiments américains qui naviguent dans la Baltique. Cela serait envoyé en Russie et servirait. En général, mettez toutes les formes possibles pour convaincre ce charge d'affaires, qui, je suppose, parle français, des dispositions particulièrement favorables où je suis envers les Américains; que l'embarras est de reconnaître les véritables Américains de ceux qui servent les Anglais, et que je considère le pas fait par le gouvernement américain comme un pre­mier pas fait pour arriver à un bon résultat.


Paris, 13 décembre 1810

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le gouverneur général à Turin m'écrit que l'approbation des tra­vaux que j'avais arrêtés pour le Piémont pendant l'hiver n'est pas encore arrivée.


Paris, 13 décembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai reçu votre rapport et votre projet de décret sur la comptabilité des canaux, etc. J'ai effacé de l'état des crédits ouverts sur la caisse d'amortissement les approvisionnements de blé pour Paris, et j'ai ajouté au décret un titre pour ordonner que le trésor public fera recette de tout ce qui doit être définitivement dépensé à la caisse d'amortissement comme fonds spécial, et la caisse des canaux fera recette de ce qui est dépensé pour travaux publics. Mon but en cela est de simplifier la caisse d'amortissement et de la décharger de toute comptabilité. Pour la caisse de l'extraordinaire, il y a un trésorier qui a sa comptabilité, et dès lors cela n'est suscep­tible d'aucune modification. Ainsi, dorénavant, il n'y aura plus de lacune; toute dépense devra se faire ou par le trésor public ou par la caisse des canaux. Quant aux emprunts faits à la caisse d'amor­tissement, comme elle doit être remboursée, ce n'est pas une dépense définitive.


Paris, 13 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, l'administration en Hollande finit en 1811. Prenez toutes les mesures qui vous concernent, pour que le service n'éprouve aucune interruption et pour qu'il n'y ait pas de lacune entre l'administration hollandaise et l'administration qui la remplace.


Paris, 13 décembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mettez-moi sous les yeux un projet de lettre au Transport-Officer pour réclamer avec force le renvoi en France des Français prison­niers en Angleterre qui se trouvaient chez les insurgés lors de la con­vention de Cintra. Représentez-moi en même temps cette convention. Il me semble que voilà une infraction bien manifeste de l'Angleterre au droit des gens.


Paris, 14 décembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je reçois votre rapport sur les départements où les formes consti­tutionnelles ne sont pas établies. Faites ce qui est convenable pour que les départements du Taro, des Apennins, de l'Arno, de la Méditerranée, de l'Ombrone, de Rome, du Trasimène, des bouches de l'Escaut, du Rhin, et l'arrondissement de Breda aient des juges de paix constitutionnels; que leurs députés puissent être nommés au Corps législatif, ainsi que les dix départements formés par le sénatus-consulte. Formez les collèges électoraux de tous les départements qui n'en ont pas.


Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il serait convenable d'avoir à Danzig un équipage de pont de quatre-vingts bateaux avec leurs baquets. Comme il y a à Danzig beaucoup de bois et qu'on y construit des bâtiments, cet équipage peut être fait très promptement. Je ne veux cependant pas qu'on le fasse aujourd'hui, parce que cela donnerait l'alarme; mais je voudrais qu'on emmagasinât les bois nécessaires et ceux qu'on peut se procu­rer le plus difficilement, et savoir combien de temps il faudrait pré­venir d'avance pour avoir cet équipage de pont.


Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois, dans votre rapport du 12 sur les jeunes Croates, qu'on a mis seize fils de sous-officiers à la Flèche, ainsi que le fils d'un maître de poste et celui d'un garde forestier. Mon intention est qu'ils soient envoyés à Châlons; ce qui augmentera de dix-huit le nombre des jeunes gens qu'on mettra à Châlons.


Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les sept cent quarante et une voitures qui sont en Allemagne sont plus que suffisantes.

En cas de guerre, mon intention est de n'avoir pour équiper toutes ces voitures que deux bataillons du train qui seraient alors portés au grand complet. Les 8e et 9e bataillons destinés à cette arme, qui sont incomplets, seraient complétés alors pour atteler cinq cents autres voitures.


Paris, 15 décembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai lu avec grand intérêt votre rap­port du 12 décembre sur la vérification des receveurs des communes. Mon intention est que vous augmentiez de six, si cela est nécessaire, le nombre des vérificateurs, et que vous fassiez vérifier les receveurs des grandes communes, telles que Lyon, Gênes, Bordeaux, etc., de sorte que, successivement et dans l'espace de deux ans, tous les receveurs des communes soient vérifiés.


Paris, 15 décembre 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État

Monsieur le Duc de Bassano, faites extraire un article pour le Moniteur du rapport ci-joint du ministre du trésor public. Cet article sera suivi du décret de destitution des receveurs de Mayence, d'Obernai et Bernardswiller et de Saverne, et d'une note annonçant le ren­voi des autres pièces au Conseil d'État pour vérifier les abus qui existeraient dans cette partie importante de la comptabilité.

Vous renverrez toutes les pièces à la section des finances du Con­seil d'État, à laquelle sera adjoint le conseiller d'État Quinette, pour présenter des mesures, pour vérifier les receveurs des différentes communes et liquider, entre autres, ces six vérifications l’une après l'autre. On me présentera autant de décrets qu'il y aura de vérifica­tions, soit pour les approuver, soit pour les rejeter. Chacun de ces décrets sera ensuite mis dans le Moniteur, afin d'opérer une secousse chez tous les receveurs.


Paris, 15 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il est nécessaire de faire venir à Paris le capitaine de vaisseau qui était à Hambourg, pour qu'il puisse vous donner des renseignements sur ces mers, vous aider à l'organisation des côtes depuis la Hol­lande jusqu'à Hambourg. Je désire être bien maître de l'Elbe et tenir, s'il le faut, une frégate comme il y en avait jadis. Faites-moi un rapport là-dessus.


 

16 – 31 décembre 1810