16 – 31 décembre 1809
Paris,
16 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La
situation des officiers français qui seraient aides de camp du prince royal de Suède
serait forcée et point naturelle. Je désire donc qu'à l'expiration du congé de
quatre mois que j'ai accordé à ces officiers vous les rappeliez en France et
les placiez dans des régiments.
Paris,
16 décembre 1810
A
Marie-Louise, impératrice d’Autriche, à Vienne
Madame
ma Sœur, Votre Majesté Impériale a été assez bonne pour se priver pour moi d'un
portrait qui lui était bien cher. Elle y a mis une condition que je m'empresse
de remplir. Je désire que Votre Majesté soit contente de la ressemblance, et
qu'elle me permette de saisir cette circonstance pour lui réitérer l'assurance
des sentiments d'estime et de parfaite considération avec lesquels je suis, de
Votre Majesté Impériale, le bon Frère.
Paris,
17 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les pertes de la
Westphalie. Ce rapport est fait à contresens de ce qu'il doit être; aussi ne
conclut-il à aucun résultat. Vous raisonnez comme si le Hanovre appartenait au
roi de Westphalie. Le Hanovre n'appartient pas au Roi. Ce prince n'ayant pas
exécuté le traité qu'il a fait avec moi, j'ai considéré ce traité comme non
avenu ; je me regarde donc comme encore en possession du Hanovre. L'ancienne
population du royaume de Westphalie était de 1,900,000 âmes. Je prends de ces
anciens États une population de 200,000 âmes; un revenu de tant, une somme
d'impôts de tant. Proposez-moi de lui donner en échange la partie du Hanovre
que je ne prends pas, qui comprend une population de tant, un revenu de tant,
des impôts pour tant, des revenus domaniaux pour tant ; et là-dessus
présentez-moi un projet de décret. Voilà la seule manière de faire ces calculs,
et non, comme vous le faites, en supposant que le Hanovre appartient au Roi.
Paris,
17 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, il faut envoyer l'ouvrage sur la conduite de la France et de
l'Angleterre à l'égard des neutres à Saint-Pétersbourg et à mes ministres à
l'étranger, non comme donnant une sanction officielle à tout le dire de
l'auteur, mais parce qu'ils pourront y puiser des renseignements utiles sur
cette grande question.
Paris,
11 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, je désire que vous me présentiez un projet pour dissoudre, à
dater du ler janvier 1811 , le corps d'observation de Hollande;
Pour
donner du service dans l'armée d'Allemagne, en France ou en Italie, à tous les
généraux et colonels hollandais, sans exception ;
Pour
confier le commandement de la 17e division militaire au général Molitor, et
celui de la 31e au général Durutte ;
Pour
placer au commandement de chacun des sept départements un général de brigade
français, bon et sur lequel on puisse compter;
Pour
mettre dans chaque division un ordonnateur ;
Pour
mettre dans les places des commandants d'armes français et des officiers du
génie et de l'artillerie ;
Et
pour répartir les troupes françaises et hollandaises entre les différents
départements des divisions.
Il
faut auprès des généraux commandant les divisions un adjoint commandant et
quelques adjoints à l'état-major.
Envoyez-moi
l'état nominatif des généraux et officiers supérieurs que vous emploierez. Il
faut choisir des hommes d'une probité sûre, et qui aient l'activité nécessaire
pour prendre connaissance du pays et mettre tout en règle.
Veillez
à ce qu'il y ait les ordonnateurs, inspecteurs et sous-inspecteurs aux revues
nécessaires ; l'administration se trouvera fort simplifiée.
Quant
aux généraux hollandais, il faut qu'au 1er janvier ils aient tous reçu une
destination.
Vous
pouvez, pour le 1er janvier, organiser les commandements de départements et des
places ; vous organiserez le détail successivement.
Je
désire que les généraux et colonels du génie et de l'artillerie hollandais
aient une destination dans l'intérieur. Il sera bon de laisser à la disposition
des généraux commandant les divisions quelques adjoints hollandais, du grade de
capitaine, qui, parlant la langue et connaissant le pays, seront utiles.
Vous
chargerez le général Dumonceau, comme inspecteur, de passer l'inspection des
régiments hollandais, et d'autres fonctions administratives relatives à sa
charge, dont il viendra vous rendre compte à Paris.
Je
vous recommande de veiller, dans l'organisation, à l'île de Goeree. Il est
convenable que cette île ait un général de brigade ou un colonel pour
commandant, et les troupes de ligne, d'artillerie et du génie nécessaires, à
peu près comme pour l'île de Walcheren.
Après
Goeree, vient le point important du Texel. Le général qui commandera le
département du Zuiderzee doit se tenir au Texel et commander là son
département.
Le
général de brigade qui commandera le département des Bouches-de-la-Meuse pourra
se tenir à Rotterdam ; il veillera à la sûreté d'Hellevoetsluis.
Il me
semble que la Hollande ne peut être attaquée que par l'île de Walcheren et
celle de Beveland ; j'y ai pourvu, puisque le général Gilly commande ces îles.
L'île de Goeree, les embouchures de la Meuse, le Texel, sont les autres points
attaquables. Les généraux qui commanderont dans la Frise et dans l’Ost-Frise
défendront le reste.
Il
faudra que vous correspondiez avec les généraux pour vous assurer que les
batteries sont tenues en état et que les points les plus importants sont
défendus. Ces mesures simplifieront l'administration, et elles rendront
disponible le duc de Reggio, qui demande à rentrer en France.
Les
généraux commandant les divisions seront autorisés, sans déplacer les troupes
des postes que vous leur assignerez, à réunir les forces qui deviendraient
nécessaires pour la garde du Texel et des points importants.
Paris,
17 décembre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je
vous renvoie deux lettres sur la flottille qui est dans la Jahde.
En
organisant la marine sur les côtes de Hollande, il faut organiser la marine de
l'Elbe, de la Jahde et du Weser, afin que j'aie dans ces trois rivières des
bricks, des chaloupes et bateaux canonnière, et des péniches pour surveiller
les côtes et tenir l'ennemi en haleine ; que j'aie des administrations pour
solder et entretenir les matelots et pour faire faire les réparations, etc.
L'idée du prince d'Eckmühl de remplacer la canonnière perdue par un beau brick,
qu'on se procurerait à Hambourg, est une très bonne idée; mais il faut prendre
un bon bâtiment, plus fort que nos bricks ou corvettes ordinaires, qui soit bon
marcheur et puisse servir utilement.
Paris,
17 décembre 1810
Au
comte de Lavalette, directeur général des Postes, à Paris
Voyez
madame de Genlis. Dites-lui que j'ai lu avec intérêt ses notes sur les écoles
primaires des femmes ; que je désirerais qu'elle fît un plan général pour
l'éducation des filles du peuple, depuis l'âge de sept à huit ans jusqu'aux
premières écoles ; qu'elle fit bien connaître quelle est l'éducation des
femmes à Paris, afin qu'on sache bien ce qui se fait, et après, en deux
sections, ce que l'on pourrait faire. Je désire surtout savoir ce que coûte au
peuple son éducation, avoir des renseignements sur les écoles primaires et
autres de cette espèce.
Paris,
18 décembre 1810
A Eugène
Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon
Fils, je suis toujours dans l'étonnement que le tarif du 5 août n'ait rien rendu
au royaume d'Italie ; qu'il n'y ait rien dans les entrepôts, chez les
négociants, ni qu'il ne soit entré aucune denrée coloniale en Italie depuis le
mois d'août jusqu'aujourd'hui. J'avais compté que le produit de ces droits
vaudrait un secours de dix millions au royaume d'Italie.
J'ai
été fort indigné de voir le certificat du ministre de Hambourg que vous m'avez
envoyé hier. J'ai ordonné une enquête sévère sur le sieur Bourrienne à cette
occasion. Vous devez regarder tous certificats comme non avenus, celui-là comme
tous ceux qui vous seront présentés. Vous m'avez envoyé également un
certificat pour des draps d'un fabricant du département de la Roér. Le
fabricant existe, mais il est hors d'état de faire aucun envoi. Ce certificat a
été vendu à quelque Suisse pour peu de chose. Ne laissez rien entrer de la
Suisse et de l'Allemagne, du moins en draps, denrées coloniales, marchandises
de coton, etc. Vous ne devez laisser entrer par le cabotage d'Ancône ou
d'autres ports aucune marchandise venant de Naples ni du Levant.
Aussitôt
que les comptes des finances seront en règle, envoyez ici le ministre des
finances, afin que j'arrête le budget de 1811.
P. S.
J'ai dit dans ma lettre que j'avais été indigné du certificat du ministre de
Hambourg, mais j'ai oublié de dire que ce certificat ne justifiait pas
l'introduction en Italie des marchandises qu'il couvrait. La preuve en est
qu'avec ces certificats on n'a pu franchir aucune douane en France. C'est qu'il
y a beaucoup à reprendre et à faire dans les douanes d'Italie.
Paris,
19 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
reçois votre rapport de ce jour. J'accorde à la Saxe trente-quatre pièces de 3
autrichiennes avec affûts et trente-quatre caissons. Faites-les donner sans
délai.
Paris,
19 décembre 1810
NOTE SUR LE MÉMOIRE DES DÉPUTÉS DU COMMERCE DE LYON.
Trois
moyens sont proposés dans le mémoire.
Le
premier consiste dans les secours que peut donner le gouvernement. Sa Majesté
a ordonné au garde-meuble de faire des commandes pour employer, pendant les
mois de janvier, février et mars, les métiers d'étoffes façonnées qui ne sont
plus en activité. Elle désire que les députés fassent connaître à quelle somme
doivent se monter ces commandes, et qu'ils voient M. le comte Daru pour
s'entendre avec lui sur cet objet et combiner les commandes dans la proportion
des besoins des palais de Sa Majesté. L'intendant général avancera successivement
l'argent qui sera nécessaire, pourvu qu'il y ait sûreté pour les avances. C'est
donc un arrangement à faire, sous la haute surveillance du ministre de
l'intérieur, entre l'intendant général de la Couronne et les députés du
commerce de Lyon.
Pour
mettre aussi en activité les métiers qui fabriquent des étoffes unies, Sa
Majesté est disposée à faire des commandes d'objets étrangers aux besoins de
ses palais. Il faut d'abord que les députés de Lyon fassent connaître à combien
devraient s'élever ces commandes, dans chacun des mois de janvier, février et
mars, pour atteindre le but qu'on se propose. La fabrique de Lyon remettrait
des étoffes fabriquées pour le montant de ces commandes. Ou les commandes do
Nord et de l'Amérique se rétabliraient, et alors on rendrait les marchandises
aux fabricants, ou elles ne se rétabliraient point, et les marchandises
resteraient en magasin à la disposition du gouvernement, qui les ferait vendre
selon les circonstances. Cette opération consisterait donc en avances faites
par le gouvernement sur nantissement de marchandises fabriquées. Il sera
nécessaire que le ministre de l'intérieur propose les mesures à prescrire pour
les époques des avances, le mode de la remise des marchandises, leur emmagasinement,
etc.
Le
deuxième objet du mémoire est relatif au rétablissement du change de la Russie.
Cet objet est mal présenté. Il n'est dans la puissance de personne de relever
le change de la Russie. La perte qu'elle
éprouve ne résulte pas de l'interruption de son commerce, mais des dépenses énormes occasionnées par les guerres
onéreuses entreprises depuis Paul Ier.
Il est très probable que même la paix avec l’Angleterre le ferait baisser
plutôt que relever. On peut cependant suivre avec la marine une opération utile
à la fabrique de Lyon. Le ministre achèterait des marchandises du Nord pour
trois millions, et l’on mettrait pour condition à ces achats que les payements
se feraient en étoffes de Lyon. Cette
idée a besoin d'être développée par la députation du commerce de cette ville.
Quant
au troisième objet du rapport, qui concerne le commerce avec les Américains, on
peut mettre pour condition aux permis américains que chaque bâtiment exportera
des étoffes de Lyon pour la moitié de la valeur de sa cargaison d'importation.
Cette condition peut être étendue aux permis ottomans et aux licences simples.
En
même temps qu'on discutera ces vues, il convient d'examiner ce qu'on pourrait
faire pour les fabriques de Lyon par les règlements de cour. On peut dire que
pendant l'hiver, et toutes les fois qu'on sera en grand costume, l'habit de
velours sera obligé, et que les jours de cour, autres que ceux de grande
cérémonie, tout le monde, excepté les officiers de service, paraîtra à la cour
sans costume, mais vêtu en étoffes de Lyon. On pourrait étendre ce règlement à
la cour du gouverneur général de Turin, de la grande-duchesse de Toscane, du
vice-roi d'Italie et du roi de Naples.
Sa
Majesté désire que le ministre de l'intérieur se mette en mesure de lui
présenter un état de situation détaillé de toutes les fabriques de France.
Paris,
21 décembre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
L'hiver
se passe, et vous ne me faites pas connaître si l'on peut faire l'expédition de
Cherbourg sur l’île de France. Il parait évident que celle de Rochefort ne
partira pas.
Vous ne
me faites pas connaître si les trincadoures et la corvette qui est à Bayonne
sont en partance et de quoi elles sont chargées.
Aussitôt
que vous apprendrez l'arrivée de la frégate l'Élisa dans un de mes ports,
faites-en l'objet d'un article pour le Moniteur.
Faites aussi connaître dans le Moniteur
la corvette anglaise qui s'est perdue.
Paris,
22 décembre 1810
Au
baron Alquier, ministre de France, à Stockholm
Monsieur,
Sa Majesté me charge de vous faire connaître sa manière d'envisager quelques
questions qui pourraient vous être faites, mais que vous n'êtes point obligé de
provoquer.
Elle
avait accordé un congé de quatre mois aux officiers français aides de camp du
prince royal pour l'accompagner en Suède. Ce congé sera bientôt expiré. Ces
officiers devront retourner en France. En restant en Suède, ils se trouveraient
dans une fausse position. Des officiers français ne peuvent être aux ordres
d'un gouvernement étranger. Vous n'avez point à faire usage de ces notions ;
elles sont surtout pour votre instruction particulière.
Le
prince royal a remis au domaine extraordinaire les fiefs qu'il tenait de la
générosité de l'Empereur. Son Altesse en avait jugé la conservation
incompatible avec la constitution à laquelle il venait de promettre d'être
fidèle. Le conseil du sceau a accepté cette restitution, mais l'Empereur,
empressé de faire ce qui pouvait être agréable au prince, a, d'après sa
demande, conféré à son frère le titre de baron avec les 12,000 francs de rente
sur le trésor public qui dépendaient de la principauté de Ponte-Corvo.
Le
prince royal écrit souvent à l'Empereur, qui ne lui a pas répondu. Il est
convenable que vous sachiez, seulement pour user de cette information selon les
circonstances, que cela vient de ce que l'Empereur, ayant pour maxime de ne
pas faire chez les autres ce qu'il ne fait jamais chez lui, n'entretient de
correspondance avec aucun prince royal. L'Empereur n'aime point à s'écarter
légèrement de ce qui lui parait devoir être l'ordre naturel des choses.
Quand
le prince sera devenu roi, l'Empereur recevra ses lettres avec plaisir et y
répondra dans les occasions déterminées par l'usage; mais le vœu de Sa Majesté
est que toutes les affaires se traitent toujours par le canal ordinaire des
ministres. L'Empereur en use ainsi même avec ses frères qui sont sur le trône.
Il ne veut pas qu'aucun d'eux puisse répondre à une réclamation ou à une
demande qui lui serait portée par le ministre de France cette formule, qu'ils
pourraient être tentés d'employer : Je traiterai directement cette affaire
avec l'Empereur, ou l'Empereur m'a écrit sur cet objet, etc. Sa Majesté veut,
Monsieur, que de pareilles allégations ne règlent pas votre conduite.
D'ailleurs
Sa Majesté désire que vous vous rendiez agréable au roi et au prince, et vous
engage à insister fortement sur la confiscation des marchandises anglaises et
sur la prohibition de tout commerce de denrées anglaises ou venant
d'Angleterre. Vous ferez sentir que, les Anglais donnant la plus grande
publicité à leurs relations commerciales, la Suède ne peut en entretenir avec
eux sans qu'elles soient promptement connues. Elle ne peut donc espérer de se
dérober, à moins que ce ne soit ouvertement, à l'exécution des engagements
qu'elle a contractés.
Montrez
le ridicule de son insignifiante déclaration de guerre et l’inconvenance de la
circulaire presque offensante pour l'Empereur qui en accompagnait la
communication. L'Empereur a dit en riant que c'était à lui, et non aux Anglais,
que la Suède déclarait la guerre.
Cette
conduite n'est point honorable pour le gouvernement suédois. Il se déconsidère
lui-même aux yeux de sa nation et rend sa position bien plus difficile en
soulevant l'opinion contre la guerre qu'il s'est engagé à soutenir. Mieux valait
une résistance franche et ouverte aux volontés de l'Empereur.
Champagny,
duc de Cadore.
Palais
des Tuileries, 22 décembre 1810
A M.
Roquebert, capitaine de frégate, à Brest
Monsieur
Roquebert, capitaine de frégate, nous vous faisons connaître par la présente
que nous révoquons l’ordre que nous vous avons donné par celle du 3 de ce mois,
de conduire la division sous votre commandement sur notre île de Java, dans les
mers orientales, et nous vous notifions que notre intention est que vous conduisiez
cette division dans les ports de notre Ile de France, où vous mettrez à la
disposition de notre capitaine général de cette colonie les troupes passagères
qui sont à votre bord, ainsi que les métaux, armes et munitions que vous avez
pris en chargement.
Arrivé
à l'Ile de France, vous aurez à recevoir les ordres de notre dit capitaine
général sur les opérations des bâtiments que vous commandez et sur leur
destination ultérieure.
Nous
chargeons notre ministre de la marine de vous faire connaître les derniers
renseignements arrivés de l'île de France sur l'état des croisières ennemies et
sur l'atterrage des ports de cette colonie.
Nous
vous prescrivons de n'y entrer qu'avec circonspection et après avoir communiqué
préalablement avec la terre pour connaître l'état des choses. Si, par quelque
raison que ce soit, vous ne pouviez entrer à l’île de France, notre intention
est que vous vous dirigiez sur notre île de Java, où vous débarquerez vos
troupes et vos munitions, et vous vous mettrez avec vos frégates à la
disposition du gouverneur.
Nous
vous référons à ce que nous vous avons prescrit dans nos instructions du 3 de
ce mois, sur les cas de séparation des bâtiments sous vos ordres, sur ce que
vous devez faire à l'égard de ceux dont vous vous emparerez pour augmenter
autant que possible votre approvisionnement en eau et en vivres, sur le soin
que vous devez avoir d'éviter toute relâche qui ne serait pas nécessaire, et
enfin sur ce que nous attendons de votre zèle, de vos talents et de votre courage
pour bien remplir la mission que nous avons jugé à propos de vous confier.
Paris,
22 décembre 1810
A
Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples
Je
reçois la carte que vous m'avez envoyée sur le détroit de Messine. Si elle est
exacte, je suis fort surpris que vous n'ayez pas fait la descente, si vous
aviez les moyens de passer 15,000 hommes. Il n'y a aucune espèce de doute que
vous deviez passer et vous emparer de la Sicile, au lieu de faire un
débarquement inutile et de faire prendre les deux bataillons corses, forts de
plus de 950 hommes.
Paris,
23 décembre 1810
Au
comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur
le Comte Bigot de Préameneu, depuis quelques jours le préfet de Savone écrit
que le Pape est disposé à s'arranger et à faire le pape où on voudra. C'est la
première fois que j'entends ce langage. Si cet exposé est exact et que le Pape
soit sincère, comme je ne désire pas autre chose que d'entrer en arrangement,
vous pouvez écrire au sieur Chabrol que j'ai appris par le prince Borghèse et
par le ministre de la police que, dans une conférence qu'il a eue avec le Pape,
le Pape avait dit qu'il ferait le pape où l’on voudrait; qu'il ne voulait
qu'exercer le pouvoir spirituel, sans gêner le pouvoir temporel; en un mot,
qu'il désirait en venir à un accommodement; que, cela étant, il doit lui dire
que, s'il désire un accommodement sur les affaires spirituelles, je le désire
autant que lui, mais que je ne veux faire aucune concession temporelle; que, si
telle était sa pensée, il faudrait qu'il écrivit une lettre à l'Empereur pour
lui faire connaître les maux de l'Église et lui exprimer le vœu, en mettant de
côté toute prétention et tout intérêt autre que celui de la religion, d'entrer
en arrangement pour concilier tous les intérêts. Cette lettre devrait être
écrite sans fiel, mais avec la charité de l'Évangile, ne faire aucune allusion
et ne respirer que le pur désir du bien. Vous ajouterez qu'il n'est aucun doute
que l'Empereur ne réponde à cette lettre d'une manière très favorable; mais qu’il
faut que le préfet explique bien qu'il ne doit être question du temporel en
aucune manière; que les statuts de la France sont formels et irrévocables
là-dessus, et qu'il ne peut être question que des intérêts spirituels.
Paris,
23 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
reçois votre lettre du 22, par laquelle vous me rendez compte qu'en exécution
de l'article 7 du traité entre moi et le roi de Westphalie vous avez donné des
ordres pour qu'on remît au roi de Westphalie l'armement de la place de Magdeburg.
Vous avez eu tort de donner cet ordre sans me l'avoir soumis. Donnez
contre-ordre; mon intention est de garder Magdeburg avec l'artillerie, les magasins
et ce qui existe, et de n'en pas mettre en possession la Westphalie. Vous ferez
connaître cette décision au prince d'Eckmühl : il n'y aura pas de contre-ordre,
vu que le prince d'Eckmühl n'aura point donné l'ordre d'évacuation. En un mot,
je ne veux point me défaire de la place de Magdeburg.
Paris,
23 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
vous renvoie le projet de décret pour l'organisation des compagnies de
gendarmerie dans la Hollande. Ce ne sont pas sept compagnies, mais deux légions
de gendarmerie qu'il me faut en Hollande. Présentez-moi un projet de décret
ainsi rédigé. Il n'y a pas de raison de sortir pour la Hollande de
l'organisation ordinaire de la gendarmerie.
Paris,
23 décembre 1810
NOTE POUR LES MINISTRES DES CULTES ET DE LA GUERRE.
Les demandes
d'exemption de conscription faites en faveur de clercs étudiants deviennent très
nombreuses. Il convient que le ministre de la guerre et le directeur général
des revues voient le ministre des cultes et réunissent toutes les demandes. On
fera faire ensuite, par un inspecteur aux revues, des vérifications qui auront
pour objet de s'assurer si les jeunes gens pour lesquels les exemptions sont
demandées appartiennent à de grands et non à de petits séminaires, et s'ils ont
une vocation réelle pour l'état ecclésiastique. On aura soin de ne prévenir l'évêque
qu'au moment même où la vérification aura lieu. Cette mesure paraît surtout
indispensable lorsqu'on voit que le nombre des demandes faites pour l'évêché de
Bayonne, par exemple, dont le grand séminaire est peu considérable, s'élève à
92.
Paris,
23 décembre 1810
DÉCISION.
|
Le ministre de la guerre présente à l'Empereur un rapport pour la répartition
des troupes françaises et hollandaises entre les différents départements qui
doivent composer, au 1er janvier 18111, les 17e et 31e
divisions militaires. |
J'approuve les différentes dispositions contenues dans ce rapport. Il
faut recommander aux généraux de réunir quelques compagnies de voltigeurs français
et hollandais, soutenues de quelques détachements de cavalerie, et d'en
faire des colonnes pour surveiller les côtes, prêter main-forte aux douanes
et empêcher les communications avec l'Angleterre, qui sont encore très
fréquentes |
Paris,
23 décembre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Le
ministre de la police m'envoie des lettres que la marée a apportées près de la
Rochelle. Il paraît qu'elles étaient à bord d'un bâtiment venant de Batavia à
Bordeaux, sans doute le troisième de ceux que le général Daendels a expédiés,
qui a été pris près la Rochelle. Ce bâtiment a jeté à l'eau ses dépêches, et
la mer les a apportées à terre. Il est nécessaire que vous instruisiez le
général Daendels de la prise de ce bâtiment et de l'arrivée de ses dépêches par
ce singulier hasard, et que vous activiez le départ de la trincadoure et de la
corvette de Bayonne et des autres expéditions pour cette intéressante colonie.
Paris,
23 décembre 1810
A
Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Paris
Je
reçois votre lettre du ... décembre. Je ne crois pas que vous deviez donner des
titres et reconstituer votre noblesse. Cette reconstitution ne serait que
ridicule. Y a-t-il un seul Napolitain qui se soit distingué à votre service,
qui ait gagné une bataille ? Y en a-t-il qui aient acquis de l'illustration en
Europe ? Non. Dès ce moment, vous ne pouvez avoir d'autre noblesse que celle
que vous avez. Monteleone sera duc et jouira de quelque considération en Europe
comme descendant des Cortez; d'autres familles, comme ayant un rang dans
l'histoire de Naples; d'ailleurs les nobles de votre royaume ont continué à
s'appeler ducs, princes, comtes; vous devez donc laisser les choses comme elles
sont.
J'ai
dû reconstituer en France la noblesse, parce qu'il s'était élevé beaucoup
d'hommes qui se sont illustrés dans toutes les carrières, civiles et
militaires, soit au milieu des dissensions et factions, soit au milieu des
camps. Ce que j'ai fait en France, et ce que l'Europe a approuvé, ce serait à
Naples une singerie mal appliquée; laissez dormir cela. Quelque chose que vous
fassiez, il n'est pas en votre pouvoir, avant que de grands événements
illustrent votre pays, de faire oublier le passé et de faire dater les choses
de l'époque actuelle.
Paris,
24 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, il n'y a aucun inconvénient à la ratification de l'acte de renonciation
à ses droits sur la monarchie autrichienne qu'a souscrit l'Impératrice avant
de partir de Vienne.
Paris,
24 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous ai envoyé la lettre du landammann et celle du petit
canton. Mettez-moi sous les yeux un projet de réponse à l'un et à l'autre, où
vous direz que je n'ai l'intention de toucher en rien à l'acte de médiation, ni
à la situation politique des cantons du Tessin, mais que les Suisses doivent
reconnaître que les bailliages italiens sortent du sein de l'Italie et entrent
dans l'intérieur du royaume d'Italie; que les conscrits réfractaires, les agents
d'intrigues et de contrebande se réfugient dans ces cantons pour de là inonder
l'Italie, et qu'ils établissent réellement un système hostile contre elle; que
sans doute il serait à souhaiter, pour le bien de la Confédération, que ses
limites fussent naturelles, et qu'elle ne fut pas exposée à être compromise par
la faiblesse et la fausse position de quelques cantons ; qu'il n'est point dans
ma pensée de rien changer à l'acte de médiation, mais qu'il est convenable de
prendre des mesures qui concilient l'indépendance des cantons du Tessin avec
la sûreté et la police du royaume d'Italie, et qu'un traité particulier qui
imposerait des stipulations à ces cantons paraîtrait devoir remplir ce but;
que, si ces clauses étaient sérieusement et exactement observées par les
cantons du Tessin, et qu'ils ne donnassent aucune inquiétude à l'Italie, ils
pourraient conserver leur état actuel; mais que, si les magistrats de ces
cantons étaient assez peu éclairés pour tolérer des abus qu'ils devraient
réformer, il finirait par arriver que le bien de l'Italie, c'est-à-dire de dix-huit
millions d'hommes, obligeât ces petits cantons à se placer sur leurs barrières
naturelles.
Vous
me présenterez un projet de lettre dans le même sens, que mon ministre écrira
aux cantons italiens. Vous donnerez pour instruction à mon ministre, qui aura
connaissance de vos deux lettres, de laisser faire aux Suisses ce qu'ils
veulent.
Vous
écrirez au vice-roi pour avoir un projet de traité sur les précautions de
douanes et de police qu'il faudrait prendre et sur tout ce qu'il faudrait
prévoir là-dessus. Il serait convenable que ce traité se fît à Milan, où les
cantons enverraient des commissaires.
Quant
au commerce, j'ai permis le transit des colons du Levant par la Suisse; je
crois avoir décidé que les marchandises étrangères séquestrées pourraient venir
dans mes entrepôts. J'ai donc fait tout ce qu'il m'était possible de faire.
Comme
j'ai l'habitude de répondre au landammann, présentez-moi un projet de lettre très
court dans laquelle je m'en rapporterai à vous.
Paris,
24 décembre 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, j'ai lu avec attention votre rapport sur les princes de
Salm-Salm et de Salm-Kirburg. Les princes de la Confédération n'ont pas de
droits en France. Tout ce que je puis faire pour ceux qui viennent à être
dépossédés, c'est de constituer en leur faveur un majorât de 200,000 francs et
de leur donner dans mon palais les mêmes prérogatives qu'ont les ducs français.
Quant aux princes de Salm, vous estimez que je leur dois l'équivalent d'un
revenu de 240,000 francs; mais il faut en ôter les charges, surtout le
contingent ; il doit rester peu de chose. Il est nécessaire que vous me
proposiez quelqu'un pour faire un traité avec eux. Le conseiller d'État Dalberg
pourrait être chargé de cette besogne.
Paris,
24 décembre 1810
Au
baron de La Bouillerie, trésorier du domaine extraordinaire, à Paris
J'ai
lu avec attention le compte que vous m'avez remis de la caisse de
l'extraordinaire. Ce compte me parait fort bien établi comme compte de caisse;
mais je désirerais que vous l'établissiez un peu comme compte d’administration,
c'est-à-dire que vous distinguassiez les capitaux des revenus, au moins pour
1809 et 1810. Ainsi il serait établi sur une colonne ce que les fonds ont dû
rendre en 1809, ce qu'ils ont rendu réellement, et dès lors ce qui reste à
recouvrer.
Vous
mettrez dans le produit le revenu des domaines dont je n'avais pas disposé. Vous
mettrez à côté le fonds de dépenses, qui se constituerait des frais de
service, des pertes du change, des négociations, et enfin des dispositions que
j'aurais faites sur les revenus. Je crois avoir fait payer plusieurs millions
par le ministre des finances et avoir fait des affectations spéciales sur les
revenus. Le même état serait fait pour 1810; de sorte qu'il me ferait connaître
la situation des recettes comme revenus et celle des dépenses, soit dépenses de
services et dépenses du domaine extraordinaire, soit celles provenant des
affectations que j'aurais faites par décrets. Enfin un autre compte établirait
le revenu de 1811, où vous me feriez connaître les capitaux placés, les
domaines vacants, et enfin le budget de recette comme revenus. Vous porterez à
compte les dépenses de l'intendant, les vôtres, les frais de service, les
affectations que j'aurais faites, d'où résulterait ce qui me reste. Le portefeuille
de réserve y serait compris sous une seule dénomination. Ainsi, par
approximation, le revenu de 1811 se compose, 1° de 84 millions placés au trésor
public; 2° de l'intérêt de 70 millions de la Prusse; 3° de l'intérêt des bons
des différentes puissances; 4° des intérêts des actions de la Banque, etc.
C'est en distinguant pour 1809 et 1810 les revenus des fonds que je désire que
vous établissiez mes revenus en 1811. Je désire avoir une note qui me fasse
connaître ce que doit le domaine extraordinaire, soit à la caisse des canaux,
pour les travaux du temple de la Victoire, du Louvre, de Versailles, soit pour
d'autres dépenses qui auraient été affectées et qui seraient à votre connaissance.
Paris,
24 décembre 1810
NOTE SUR
LES CONSEILS D'ADMINISTRATION DU GÉNIE.
Je
tiendrai le conseil tous les jeudis. On pourrait commencer de jeudi en huit.
On me
présentera les états de dépenses du génie en 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810. On
me fera connaître les fonds que j'ai accordés pour les places, le casernement
et le service de campagne, ce qui a été payé, ce qui reste à solder, et s'il y
a des crédits, afin d'être certain que tout l'arriéré est payé, puisque cela
doit influer sur la bonne administration des années suivantes, et que toute la
comptabilité est en règle. On me fera connaître dans le même conseil l'état
actuel de situation du service du génie et de son train, et on me présentera un
projet de décret pour organiser d'une manière définitive le service et le train
du génie en campagne. On me fera un rapport général sur les places de Hollande,
qui me fasse connaître celles que l’on doit conserver, améliorer, et celles
qu'il faut détruire; enfin on fixera le sort des places qui nous séparent de la
Hollande, telles que Breda, Bois-le-Duc et autres. On marquera, sur une carte
générale, les places qui existent, et on remettra des notes sur leur situation.
Une
place sans abris à l'épreuve de la bombe, à moins qu'elle ne soit d'une grande
étendue, est bien faible. Aussi toutes les places de la Hollande ont-elles été
prises par quelques bombes ou obus.
Quand
on aura bien décidé les places qu'il faut conserver pour appuyer la ligne du
Rhin à la mer, pour assurer l'Escaut et Anvers et les divers ports de la
Hollande, on pourra renvoyer à une autre séance tout ce qui sera relatif aux
détails des projets.
Après
cela on pourra s'occuper de l'Escaut, Lillo, Bath, des batteries des rades de
l'Escaut, Flessingue et l'île de Walcheren, les autres forts et batteries de la
rive gauche de l'Escaut jusqu'à l'Écluse; tout cela dans la même séance. On
aura les plans de tous ces objets, les travaux faits de l'année, les projets et
le budget de l'année prochaine, enfin tout en règle comme l'année dernière.
Après
cela on s'occupera d'Ostende, Dunkerque, Calais et Boulogne, le Havre,
Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, etc.
On
présentera ensuite les projets de Wesel, Juliers, Mayence, etc.
Après
cela, les ouvrages de Toulon, des îles d'Hyères et des places au delà des
monts.
Paris,
24 décembre 1810
NOTE
SUR ANVERS.
Voici
ce que je voudrais pour Anvers :
La
réunion de la Hollande donne à Anvers une nouvelle importance, et je veux
avoir à Anvers tous mes magasins d'artillerie, poudres, arsenal, etc.
Cette
place étant la seule que j'aurais entre la France et la Hollande, je suis
décidé à commencer cette année la place de la rive gauche de l'Escaut. Il faut
faire le tracé sur un grand plan, puisque tout porte à croire que ce terrain
sera chèrement vendu.
La grande
difficulté est de l'autre côté de la rivière. Mon intention est d'y faire une
autre place et des quais qui la fassent correspondre avec la partie opposée
d'Anvers et son enceinte.
On
n'élèvera les terre-pleins que dans les bastions, et les courtines resteront
ouvertes comme quais. La place d'Anvers venant à être prise, on ferait les
parapets des courtines; la place se trouverait parfaitement fermée du côté de
la rivière, et on n'aurait rien à craindre du côté d'Anvers. Il faut donc
tracer la place de manière à laisser sur les quais l'emplacement des terre-pleins,
d'une rue et des maisons, de sorte que le quai sera très large sur les courtines.
On ne construirait point de maisons dans les bastions.
Les
courtines devront être très longues, parce qu'elles ne seront abordables que
par eau et qu'il n'est pas question de cheminements.
On
pourrait avoir là trois beaux quais, de 100 à 150 toises chacun, dont le
terrain serait très précieux et que je vendrais au commerce.
Les
bastions auront des poternes et des portions de quai autour, afin de former les
quais de l'artillerie et de l'administration militaire, et qu'on puisse ne rien
prendre sur les autres quais.
On
tracera là une fonderie, un arsenal et un magasin d'artillerie, une manutention
des vivres de terre et des magasins.
II
faudra construire tout cela sur des canaux et des bassins intérieurs.
Par ce
moyen, Anvers jouira des avantages d'une grande place située sur les deux rives
de l'Escaut et des agréments d'une place isolée sur chaque rive.
Paris,
24 décembre 1810
A
Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon
Fils, il est nécessaire de vous occuper de faire armer la côte de Grado, afin
que les communications de Venise avec Trieste ne puissent pas être gênées, l’été
prochain, par les Anglais.
Paris,
25 décembre 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, le Moniteur de demain
contiendra des nouvelles de Lisbonne du 2 décembre. Faites-en part au général
Foy, s'il est encore ici, et, s'il était déjà parti, écrivez-lui par
l'estafette de ce soir, sous le couvert du commandant de Bayonne. Vous lui
ferez connaître que, le 25 novembre, lord Wellington a fait un mouvement pour
menacer la droite de l'armée française; ce qui a décidé le prince d'Essling à
rappeler toutes les troupes qu'il avait sur la gauche du Zezere, en gardant
seulement une tête de pont; mais que tout s'était passé en escarmouches, dans
lesquelles il parait que les Anglais ont été repoussés; que le prince d'Essling
occupe toujours la forte position de Santarem ; qu'il a même dirigé un
détachement de 6,000 hommes sur Leiria, dont il s'est emparé; que lord Wellington
s'est, à ce qu'il paraît, décidé à reprendre sa position de Torres-Vedras; que
les Anglais croyaient que Drouet avait déjà rejoint; qu'il devient donc
important plus que jamais de culbuter Silveira et de balayer tous les derrières
de l'armée de Portugal, aussitôt que la saison des eaux sera passée et que le
temps sera devenu meilleur.
Paris,
26 décembre 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Je vous
prie de me faire un rapport confidentiel, ce soir, sur cet établissement de
prêts. (Projet d'une caisse destinée à prêter sur dépôt de marchandises.)
Faites-moi
également, dans la journée, un petit rapport sur le prêt qui m'est proposé en
faveur de la maison Richard-Lenoir.
(Richard-Lenoir,
nom de commerce de la manufacture de coton fondée par Richard (d'Épinay-sur-Odon,
Calvados) et Lenoir-Dufresne (d'Alençon).
Paris,
26 décembre 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon
Cousin, faites partir, ce soir, une estafette pour Rayonne, et écrivez au
général Foy pour lui faire connaître que nous avons des nouvelles de Londres du
22; qu'il en résulte qu'au 3 décembre le prince d'Essling occupait toujours
Santarem ; qu'il y avait eu quelques affaires d'avant-garde où les Anglais
avaient été repoussés, et que lord Wellington avait repris sa position de
Lisbonne; que Silveira se vantait d'un succès à Pinhel sur l'avant-garde du
général Gardane; qu'il paraîtrait, par les détails que donne Silveira, qu'il a
peu de monde, et que, si le général Gardane avait continué à marcher à lui, des
magasins assez considérables de blé et de biscuit auraient été exposés.
Envoyez
au général Foy trois exemplaires du Moniteur
d'aujourd'hui, qui contient les nouvelles reçues hier de Londres, et
prévenez-le que demain on lui enverra le Moniteur
du jour, où seront des articles relatifs à ces détails et aussi ce qui concerne
la régence à Londres ; ce qui ne laisse pas d'avoir quelque influence sur les
affaires de l’armée.
Paris,
27 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
vous renvoie votre lettre du 26. Mon intention est que tout soit payé en
Hollande comme en France, et qu'il n'y ait aucune différence. J'ai beaucoup
bonifié le sort du soldat; j'ai augmenté la solde d'un sou ; j'ai accordé un
sou pour la soupe, et deux sous, je crois, de masse d'ordinaire, ce qui fait
quatre sous, de sorte que le soldat a 9 sous, outre le pain; cela est donc
suffisant. La seule chose à laquelle il serait possible que je consentisse serait
d'augmenter d'un tiers la masse d'ordinaire. Quant aux officiers, il ne me
paraît pas nécessaire de rien augmenter.
Comme
il n'y a pas de temps à perdre, donnez ordre que les troupes, soit françaises,
soit hollandaises, soient, à dater du 1er janvier, traitées sur le pied
français. Vous ferez faire un état comparatif de ce que reçoit aujourd'hui le
soldat avec le traitement qu'il recevait en l'an IX. La comparaison fera voir
que tout accroissement serait inutile : on le réclamerait aussi pour Hambourg,
pour Rome, et ce serait à n'en plus finir, d'autant plus qu'il sera convenable
en Hollande, vu la mauvaise eau, de donner aux troupes, en été, de l’eau-de-vie;
ce qui sera encore un surcroît de dépense.
Palais
des Tuileries, 29 décembre 1810
PRÉAMBULE
DU DÉCRET ÉTABLISSANT LA RÉGIE DES TABACS.
Les
finances ont été l'objet constant de nos méditations. Les finances d'un grand
empire doivent offrir les moyens de faire face aux circonstances
extraordinaires, même aux vicissitudes des guerres les plus acharnées, sans avoir
recours à de nouvelles impositions, puisqu'elles rendent peu pendant les
premières années qu'elles sont établies.
Les
nations les plus éclairées sur ces matières avaient pensé que le seul moyen qui
pût remplir cet objet était un système d'emprunt bien calculé. Ce moyen est à
la fois immoral et funeste; il impose à l'avance les générations futures; il
sacrifie au moment présent ce que les hommes ont de plus cher, le bien-être de
leurs enfants; il mine insensiblement l’édifice public et condamne une génération
aux malédictions de celles qui la suivent.
Nous
avons adopté d'autres principes. Nous avons reconnu qu'il fallait un grand
nombre d'impositions qui pèseraient peu sur nos peuples en temps ordinaires
parce que le tarif en serait peu élevé, et seraient susceptibles de pourvoir à
tous les besoins du trésor dans des temps extraordinaires par la simple
élévation du tarif.
Nous
avons considérablement diminué les impositions foncière et personnelle.
Nous
avons établi les droits réunis et l'imposition sur le sel, en évitant les
vexations et les injustices dont la France a eu tant à se plaindre sous le
régime des aides et des gabelles.
Les
tabacs, qui, de toutes les matières, sont la plus susceptible d'imposition,
n'avaient pas échappé à nos regards. L'expérience nous a démontré tous les
inconvénients des mesures qui ont été prises jusqu'à ce jour. Les fabricants
étant peu nombreux, il était à prévoir que l'on serait obligé d'en réduire
encore le nombre. Le prix du tabac fabriqué était aussi élevé qu'à l'époque de
la ferme générale. La plus faible partie des produits entrait au trésor; le
reste se partageait entre les fabricants. A tant d'abus se joignait celui que
les agriculteurs se trouvaient à leur merci.
Après de
mûres discussions, nous avons jugé que toutes les considérations, même les
intérêts de l'agriculture, veulent que la fabrication du tabac ait lieu par
une régie, au profit du trésor; que la culture sera suffisamment garantie et
protégée lorsque nous imposerons à la régie l'obligation de ne fabriquer ses
tabacs qu'avec les produits de la culture du sol français; que, la consommation
restant ainsi la même, l'agriculteur ne pourra recevoir aucun dommage de
rétablissement de la régie; et qu'enfin, sans augmenter les charges de nos
peuples, nous acquerrons une branche de revenus que l’on évalue à près de 80
millions ; ce qui nous permettra d'apporter une diminution de pareille somme au
tarif des contributions personnelle et foncière, et ce qui assurera au trésor
de notre Empire un revenu toujours en proportion avec les circonstances et avec
les besoins.
Nos
besoins ne sont que de 660 millions en temps de paix ; ils sont de 900 millions
en temps de guerre maritime, et ils seraient de 1,100 millions dans des
circonstances critiques et extraordinaires où nos peuples auraient à soutenir
l'intégrité de l'Empire et l'honneur de notre couronne. Pour arriver à ce but,
nous n'avons besoin ni d'emprunts, ni d'aucune aliénation, ni de l'établissement
de nouvelles impositions ; la simple augmentation ou diminution du tarif des
contributions suffira pour produire ces grands résultats.
(Suivent
les articles du décret.)
Paris,
30 décembre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris
Je
vous envoie un projet de décret que je désire que vous teniez secret. Vous
comprendrez la grande importance que j'y attache. Je n'ai pas besoin, pour
remplir ce décret, d'augmenter les régiments de ma Garde; chaque régiment de
fusiliers est de 2,000 hommes, il y a 400 hommes de plus qu'il ne faut. Je crée
une compagnie dans chaque bataillon, qui par là, au lieu d'être de quatre
compagnies, sera de cinq; ce sera 400 hommes par régiment; l'effectif des
fusiliers peut les fournir.
Le
premier régiment de tirailleurs a 1,900 hommes, le second est à 1,800, les deux
régiments de conscrits-chasseurs sont chacun de 1,800. Les tirailleurs ne sont
que de 1,600 hommes et auront besoin de renfort.
Il
faut ordonner sur-le-champ au major général de charger positivement le général
Dorsenne de former ces compagnies et de les faire partir pour Paris. Faites-moi
connaître qui on peut nommer directeur de l'instruction de ces jeunes gens.
Avec
cette organisation je peux lever 40,000 à 50,000 hommes, et avoir en trois mois
une armée de 50,000 hommes de vieilles troupes.
Paris,
30 décembre 1810
Au
comte Regnaud de Saint-Jean d’Angely, ministre secrétaire d’État, à Paris
Monsieur
Regnaud, je vous prie de rédiger un projet pour exempter du payement des
impositions pendant vingt ans les personnes qui construiraient des maisons rue de
Rivoli, pour les indemniser du surcroît de dépenses résultant de l'obligation
de se soumettre à un plan d'arcades extérieures, et, par là, de concourir à
l'embellissement de la ville. Cependant, pour qu'on se hâte de bâtir, il faut
déclarer que cette immunité ne sera accordée qu'à ceux qui auraient commencé à
bâtir avant telle ou telle époque, et achevé avant telle autre.
Paris,
30 décembre 1810
A Eugène
Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon
Fils, je réponds à votre lettre du 18 décembre, relative à la formation du
corps d'armée de mon royaume d'Italie. Je trouve qu'il est bien faible en
artillerie, n'ayant que soixante-deux pièces de canon pour 30,000 hommes : ce
ne serait que deux pièces pour 1,000 hommes, ce qui est évidemment peu. Il est
nécessaire d'avoir le nombre de pièces que j'ai indiqué. Il faut me faire un
rapport pour préparer le matériel et les munitions.
Vous
n'avez point non plus suffisamment de personnel. Il faut retirer de d’Istrie, du
royaume de Naples, de l'Espagne ce que vous y auriez, et me proposer, si cela
est nécessaire, la formation de quelques nouvelles compagnies. Je crois que
l'organisation actuelle confond dans le régiment d'artillerie les soldats du
train, les pontonniers et les ouvriers. Il faut séparer ces armes et avoir un
bataillon du train, un régiment d'artillerie à pied, plusieurs compagnies d'ouvriers
et plusieurs compagnies de pontonniers. Il est nécessaire que les sapeurs aient
leurs caissons et leurs outils. Il faut donc préparer ce personnel. Quant aux
chevaux, rien ne presse ; vous serez toujours prévenu deux ou trois mois
d'avance. Jusqu'à présent tout me porte à penser que je n'aurai pas besoin de
ce corps au mois de mai. Dans cette situation, que pensez-vous que mon armée
italienne pourrait m’offrir au mois de mai 1812 ? Les dragons de la garde sont
bien peu nombreux ; il faudrait les doubler et avoir au moins un bon régiment
de 700 hommes. Faites-moi connaître s'ils coûtent beaucoup plus que le reste
de la cavalerie. Je vois que la garde royale n'a que six pièces de canon ; cela
est intolérable. Il faut qu'elle ait une réserve d'au moins dix-huit pièces, dont
une division à cheval et deux à pied. Je désire donc que vous me fassiez un
rapport sur la situation de l'armée d'Italie et sur la possibilité d'augmenter
les cadres pour 1812. Faites-moi un petit aperçu de la dépense pour 1810 et pour
1811.
Paris,
31 décembre 1810
Au
comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Monsieur
le Comte Montalivet, j'ai parcouru le projet de distribution de 30 millions à
employer en vingt ans pour le perfectionnement de la navigation de la Seine et
des canaux y affluant. Bien des accidents peuvent naître en vingt ans. En
commençant tout, on court le risque de ne rien finir et de ne jouir de rien. Il
faut que dans l'espace de trois ou quatre ans on ait déjà obtenu des résultats.
Je désire donc un nouveau projet de répartition tel que la dépense de tous les
5 millions employés présentement me représente finalement un avantage pour
Paris.
Paris,
31 décembre 1810
Au
comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur
le Comte Bigot de Préameneu, je vous envoie un rapport qui m'est transmis par
le gouverneur général à Turin. Vous recevrez un décret par lequel je supprime
cinq canonicats du chapitre d'Asti, dont je réunis les biens au Domaine. Vous
écrirez par l'estafette de ce soir à l’évêque Dejean pour qu'il désigne au
gouverneur général les cinq canonicats à conserver. Vous écrirez au gouverneur
général de faire réunir au Domaine les cinq canonicats supprimés. Ces cinq
canonicats seront ceux occupés par les cinq chanoines qui se sont le plus mal
comportés. Vous écrirez à l'archevêque de Turin de témoigner au chapitre mon
mécontentement, et de déclarer que, s'il ne change pas de conduite, je
supprimerai l'évêché d'Asti et réunirai ses biens au Domaine, et que j'attends
une réparation éclatante de cet acte de rébellion. Si cela est nécessaire,
l'archevêque de Turin se transportera à Asti. Vous écrirez au préfet de
Montenotte pour lui faire connaître ces actes, en lui faisant remarquer que
voilà où mènent les germes de rébellion que suscite le Pape ; que je suis
résolu à réunir au Domaine les biens des évêchés où ces germes éclateraient, et
qu'ainsi le Pape sera cause que les évêques du Piémont et de l'Italie perdront
leurs domaines.
Paris,
31 décembre 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, le ministre de la guerre vous fera connaître l’ordre par lequel je
viens de former un bataillon de fusiliers-sergents, composé de quatre
compagnies ou 800 hommes, choisis parmi les meilleurs sujets de mes régiments
de fusiliers, et deux bataillons d'égale force de voltigeurs-caporaux et de
tirailleurs-caporaux, choisis parmi les meilleurs sujets de mes tirailleurs et
conscrits. Mon intention est de placer ces trois bataillons à Fontainebleau et
de leur donner une instruction particulière. Par cette organisation, mon but
est d'avoir sous la main 800 sergents pouvant servir à la composition de deux
cent dix compagnies, et 1,600 caporaux pour un pareil nombre de compagnies ; ce
qui me formerait les cadres de trente ou quarante bataillons. Le corps des
fusiliers étant de quatre bataillons et de 4,000 hommes, ce sera un homme sur
cinq qu'il devra fournir. Les corps de tirailleurs et de conscrits étant de
seize bataillons, ce sera un homme sur huit qu'ils devront fournir. Voyez le
prince d'Eckmühl, concertez-vous avec lui pour faire le travail sur le papier,
pour que les hommes absents par congé ou maladie, reconnus pour bons sujets,
soient compris dans cette formation, et écrivez au général Dorsenne sur le
nombre d'hommes que chacun des bataillons qui sont en Espagne doit fournir.
Vous lui prescrirez de réunir les hommes qui doivent former les trois
bataillons à Burgos et de les mettre eu route pour Fontainebleau. Le prince
d'Eckmühl fera faire à Fontainebleau les dispositions nécessaires pour les
recevoir. Vous sentez l'importance que j'attache à avoir ces hommes réunis à
Fontainebleau.