Février 1810
Paris, ler février 1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
J'ai reçu votre travail sur
les préfets. Remettez-m'en un semblable sur les sous-préfets. Je suis instruit qu'il
y en a un grand nombre d'incapables; ce qui fait que l'administration traîne
dans beaucoup de départements de l'Empire. Je suis surpris de voir, dans la
liste des préfets, une note sur le préfet de l'Elbe, rédigée d'une manière qui
me paraît extraordinaire. L'attachement à ma personne est commun à tous les
Français, et ce ne doit pas être un voile pour couvrir les irrégularités dans
l'administration dont un préfet est comptable. Je demande des explications sur
cet objet.
Paris, 2 février 1810
Au comte Bigot de Préameneu,
ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
Préameneu, je reçois votre lettre du … et j’y réponds. Faites venir à Paris, en
poste, M. Martorelli, archiviste général, et adressez-le au sieur Daunou, mon
archiviste. Donnez l'ordre que toutes les archives du Vatican, de la Daterie,
de la Pénitencerie et autres, sous quelque titre que ce soit, soient
transportées à Paris sous bonne et sûre escorte, et qu'à cet effet on fasse
partir de Rome un convoi de cent voitures toutes les semaines. Ces voitures
déposeront ces archives à Suse et retourneront à Rome pour en chercher
d'autres. Le sieur Daunou aura à Suse un agent, qui sera chargé de faire
transporter ces archives aux archives de Paris.
Mon intention est de faire
venir à Paris toute la Pénitencerie. S'il n'y a que quinze personnes, vous les
ferez venir jusqu'à Fontainebleau; vous me ferez un rapport sur chacun de ces
individus, et on verra à les loger à Paris, Mon intention est de faire venir à
Paris non seulement les ornements pontificaux, mais encore la tiare et autres
joyaux servant dans les cérémonies du Pape. Il y a, entre autres, une tiare que
j'ai donnée au Pape, qu'il ne faut point laisser à Rome.
Entendez-vous avec le ministre
de l'intérieur pour que l'hôtel Soubise soit disposé pour contenir cette
immense quantité de papiers.
Paris, 2 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je
vous renvoie les lettres du duc de Reggio. Faites-lui connaître que je désire
que son quartier général soit placé dans un point central, dans une des places
du Brabant et non dans une ville française; qu'il fasse fournir par les
autorités du pays le pain, le vin, la viande, les fourrages, etc., pour la
nourriture de ses troupes; que quatre régiments d'infanterie et deux régiments
de cavalerie arrivent à Düsseldorf, le 6 ou le 7; que je les destine à être
dirigés sur lui; enfin qu'il envoie des états de situation des places
hollandaises.
Paris, 2 février 1810
A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse
de Toscane, à Florence
Ma Sœur, vous avez dû recevoir
mon dernier ordre pour le payement de la dette de Toscane; occupez-vous sans
délai de cet objet, et faites procéder à la remise des biens et à leur vente,
afin d'accroître la masse des propriétaires en Toscane.
Paris, 2 février 1810
Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris
J'approuve
le présent que vous voulez faire à la reine de Bavière, hormis qu'il faut en
ôter tout ce qui serait relatif à moi, si ce n'est un portrait.
Ainsi
les revues de Berlin et de Vienne sont des vases à mettre dans les appartements
des Tuileries. En général il ne faut pas donner de ces vases là et quand il y
en aura beaucoup de faits, il faut en faire une collection pour placer dans les
galeries et dans les appartements de l'impératrice.
(Brotonne)
Paris, 2 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, j'approuve cette convention (constituant la Saxe débitrice envers
la France de 19.631.500 francs, accurdanit dix ans au roi de Saxe pour se
libérer). Aussitôt que vous l'aurez ·signée, envoyez-en une copie à l'intendant
du domaine extraordinaire entre les mains de qui doivent être versés les bons
de Saxe.
(Brotonne)
Paris, 3 février 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Ecrivez
au préfet de Nîmes que j'ai vu avec peine l'accueil fait à de lmisérables
moines indignes de ce nom, pris les armes à la main et dec s. f. (lacune dans la minute, sans doute « couverts de sang
français »), qu'il ait à donner
des explications au maire et que l’on sache ce que c'est. Ces misérables
ont été pris les armes à la main et plusieurs sont couverts d'assassinats.
(Brotonne)
Paris, 3 février 1810, 6 heures du soir.
J'ai
dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d'une grande ville que
ce que je te disais; qu'il ne faut pas permettre que l'on te fasse des contes
en l'air pour t'affliger.
J'ai fait
transporter tes effets à l'Elysée. Tu viendras incessamment à Paris; mais sois
tranquille et contente, et aie confiance entière en moi.
(Lettres de Joséphine)
Paris, 4 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
vous prie de me porter le plus tôt que vous pourrez le rapport sur les affaires
de Rome (voir au 17 février); il est temps de frapper un coup et de finir ces
affaires.
Paris, 4 février 1810
Au comte Bigot de Préameneu,
ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
Préameneu, donnez ordre au général Miollis de renvoyer de Rome tous les
ministres étrangers, entre autres ceux d'Italie, de Bavière et de Naples et
celui de France. Il fera connaître à ces ministres que, s'ils sont chargés des
affaires ecclésiastiques de leur cour, ils doivent se rendre à Paris, où sont
transportés les offices de la Daterie et de la Pénitencerie.
Palais des Tuileries, 4 février
1810
ALLOCUTIONS
A LA DÉPUTATION DE LA
DORDOGNE.
Messieurs les Députés du
Collège électoral du département de la Dordogne, moi et mon allié l'empereur de
Russie, nous avons tout fait pour pacifier le monde; nous n'avons pu y réussir.
Le roi d'Angleterre, vieilli dans sa haine contre la France, veut la guerre.
Son état l'empêche d'en sentir les maux pour le monde et d'en calculer les
résultats pour sa famille. Toutefois la guerre doit avoir un terme, et alors
nous serons plus grands, plus puissants et plus forts que nous n'avons jamais
été. L'Empire français a la vie de la jeunesse; il ne peut que croître et se
consolider; celui de mes ennemis est à son arrière-saison ; tout en
présage la décroissance. Chaque année dont ils retarderont la paix du monde ne
fera qu'augmenter ma puissance.
A LA DÉPUTATION DU DOUBS.
Messieurs les Députés du
Collège du département du Doubs, j’ai eu souvent occasion de distinguer vos
citoyens sur le champ d'honneur. Ce sera avec plaisir que je verrai vos
campagnes. Mais ma famille est devenue bien grande. Cependant j'irai voir le
canal qui doit joindre le Rhin au Rhône et qui passe dans votre ville.
A LA DÉPUTATION DE L'INDRE.
Messieurs les Députés du Collège du département de l'Indre, je vous remercie
des sentiments que vous m'exprimez. Je les mérite de mes peuples par la
sollicitude que je porte constamment à tout ce qui les intéresse.
A LA DÉPUTATION DU LÉMAN.
J'agrée vos sentiments. Moi et
ceux de mes descendants qui occuperont ce trône, nous protégerons toute religion
fondée sur l’évangile, puisque toutes en prêchent la morale et en respirent la
charité.
Ce n'est pas que je ne déplore
l'ignorance et l'ambition de ceux qui, voulant, sous le masque de la religion,
dominer sur l'univers et y lever des tributs à leur profit, ont donné un si
spécieux prétexte aux discordes qui ont divisé là famille chrétienne. Ma
doctrine comme mes principes sont invariables; quelles que puissent être les
clameurs du fanatisme et de l'ignorance, tolérance et protection pour toutes les
religions chrétiennes, indépendance, et garantie pour ma religion et celle de
la majorité de mes peuples contre les attentats des Grégoire, des Jules, des
Boniface. En rétablissant en France, par un Concordat, mes relations avec les
papes, je n'ai entendu le faire que sous l'égide des quatre propositions de
l'Église gallicane, sans quoi j'aurais sacrifié l'honneur et l'indépendance de
l'Empire au plus absurdes prétentions.
A LA DÉPUTATION DE LA LOIRE
INFÉRIEURE
Messieurs les Députés du
Collège du département de la Loire Inférieure, c'est en entrant dans vos murs
que je reçus l’avis que des Français avaient rendu mes aigles sans combattre et
avaient préféré la vie et le déshonneur aux dangers et à la gloire. Il
n'a·fallu rien moins que l'expression des sentiments des citoyens de ma bonne
ville de Nantes pour me rendre des moments de joie et de plaisir. J'ai éprouvé
au milieu de vous ce qu'on éprouve au milieu de ses vrais amis. C'est vous dire
combien ces sentiments sont profondément gravés dans mon cœur.
ALA DÉPUTATION DU LOT.
Messieurs les Députés du
Collège du département du Lot, j'ai pensé à ce que vous me demandez. Le Lot
sera rendu navigable aussitôt que les canaux de l'Escaut au Rhin, du Rhin au
Rhône, du Rhône il la Seine et de la Rance à la Vilaine seront terminés; ce
sera dans six ans. Je connais l'attachement de votre département à ma personne.
A LA DÉPUTATION DE LA ROER.
Messieurs les Députés du
Collège du département de la Roër, j'agrée vos sentiments. Votre pays est celui
de Charlemagne; vous faites aujourd'hui, comme alors, partie du grand Empire.
J'apprends avec plaisir le bon esprit qui anime vos habitants. Je désire que
ceux de vos concitoyens qui ont leurs enfants au service étranger les
rappellent en France. Un Français ne doit verser son sang que pour son prince
et pour sa patrie.
A LA DÉPUTATION DE LA VILLE DE
LYON.
J'approuve la délibération du
conseil municipal. Je verrai avec plaisir une statue au milieu de ma bonne
ville de Lyon; mais je désire qu'avant de travailler à ce monument vous ayez
fait disparaître toutes ces ruines, restes de nos malheureuses guerres civiles.
J'apprends que déjà la place Bellecour est rétablie; ne commencez le piédestal
que lorsque tout sera achevé.
Paris, 5 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
écrivez à mon consul à Venise pour qu'il vous fasse connaître ce que sont
devenues toutes les marchandises coloniales que j'avais fait venir de Venise à
Trieste.
Envoyez à mon ministre à
Cassel le traité et tous les documents qui l'instruisent de ce qui s'est passé
ici avec le Roi et son ministre.
Paris, 5 février 1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Je vous envoie l'extrait du
rapport qui m'a été fait sur les attributions des commissaires généraux de
police. Écrivez une circulaire aux préfets dans les départements desquels il y
a des commissaires généraux de police, afin qu'ils aient pour principe que
chacun doit rester dans ses attributions. Ne confondez pas les directeurs
généraux de la police en Piémont et en Toscane, parce que leur existence tient
à un régime particulier. Rédigez cette circulaire de manière qu'elle puisse
paraître dans le Moniteur et partez de la transition que plusieurs préfets vous
ont demandé des instructions sur leurs rapports avec les commissaires généraux
de police. Tout l'art de la rédaction doit consister en ce que vous paraissiez
plutôt l'écrire en faveur des commissaires généraux de police que contre eux,
quoique en réalité vous réprimiez leurs prétentions. Il faut que ce soit là le
but de votre lettre, mais il (sic) ne doit pas s'apercevoir.
Paris, 5 février 1810
Au comte Mollien, ministre du
trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, je
reçois votre lettre du 3. Du 1er au 15 février, mon armée du Rhin
sera bien éloignée d'Augsbourg; car une division de quatre régiments sera à
Hambourg, une autre à Düsseldorf marchant sur la Hollande, et une autre à
Hanau. Ces douze régiments appartiennent au 4e corps. Les deux autres régiments
de ce corps se rendent à Saint-Omer. Tout le 2e corps sera en France, à
Strasbourg. Tout le 3e corps sera : la division Gudin à Magdeburg, la
division Morand à Bayreuth et la division Friant à Passau et Salzburg. Ainsi
les divisions Morand et Friant pourront être servies par la caisse d'Augsbourg;
mais il faut faire payer d'une autre caisse ce qui sera à Hambourg, Hanau, etc.
Il faudrait que, sur les 45 millions que la caisse de l'extraordinaire doit
vous verser, et sur lesquels 15 millions doivent l'être en monnaie d'Allemagne,
les lettres de change vous fussent données sur les villes voisines des
cantonnements des troupes, et que le produit de celles qui sont sur Augsbourg
rentrât dans la caisse d'Augsbourg.
Paris, 5 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Écrivez au maréchal Marmont
qu'il se mette en correspondance avec le pacha de Bosnie, mais qu'il ne
commette point d'hostilités jusqu'à nouvel ordre.
Paris, 5 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Écrivez au maréchal Marmont
que je suis très surpris d’apprendre que la solde de l'armée d'Illyrie ne soit
pas payée; qu'il devait y être pourvu par les revenus du pays; qu'il y a
beaucoup de contributions à rentrer; que Trieste doit de l'argent. Il faut donc
que le gouverneur et l'intendant général se concertent pour faire rentrer cet
argent et faire payer la solde à mon armée d'Illyrie.
Paris, 5 février 1810.
Au comte Defermon, intendant
général du domaine extraordinaire, à Paris
Vous aurez reçu le décret
portant que 45 millions en numéraire seront versés au trésor public par la
caisse de l'extraordinaire; qui, en échange, recevra une inscription de 750,000
francs sur le grand livre et de 750,000 sur le Mont-Napoléon, plus 15 millions
de rachats de rentes de décomptes de domaines nationaux.
Mon intention est que vous
fassiez verser dans le mois ces 45 millions dans le trésor public et de cette
manière: 10 millions en monnaie d'Allemagne, dont le trésor se servira pour
payer mon armée; 5 autres millions sur les ventes que fera la guerre à
Magdeburg; ils seront également affectés à payer mes troupes; 15 millions en
lettres de change de l'Autriche payables dans l'année, en vous concertant sur
toutes les échéances avec le ministre du trésor et le trésorier de
l'extraordinaire; enfin 15 autres millions sur l'emprunt de Hollande, savoir: 5
millions en argent comptant, à Paris, et 5 millions sur les premières rentrées
des 40 millions de Hollande que la Prusse me doit sur sa créance.
Je désire que vous soumettiez
à mon approbation un bordereau sur la manière dont doit se faire ce payement.
Paris, 5 février 1810
Au comte Daru, intendant
général de la Maison de l’Empereur, à Paris
Monsieur le Comte Daru, je
reçois votre lettre du 3, par laquelle vous me faites connaître l'insuffisance
des ressources des provinces réservées pour le payement de la solde de mon
armée du Rhin. Je viens d'ordonner que la caisse de la cinquième coalition y
pourvoirait. Mais je reçois aussi des plaintes que la solde de novembre et de
décembre n'est pas payée; cependant j'en avais fait les fonds. Faites-moi un
rapport là-dessus.
Paris, 5 février
1810
DÉCISION.
|
NOTE SUR LA DONATION
FAITE PAR L’EMPEREUR A LA VEUVE ILARI, D’AJACCIO. Par acte du 2
germinal an XIII, Sa Majesté a acquis, par échange, du sieur Ramolino,
d'Ajaccio: L° La maison
d'habitation du sieur Ramolino, sise à Ajaccio, rue Saint- Charles, telle
qu'elle se comportait, avec ses augmentations, améliorations, etc. 2° Deux vignes,
situées au terroir dit Vitullo, appartenant au sieur Ramolino. Par le même acte, Sa
Majesté a fait don de ces propriétés à la veuve Ilari, et a chargé le préfet
du département du Liamone de surveiller l'exécution de ses volontés. Aussitôt qu'on a eu
connaissance de ce don et échange à Ajaccio, la veuve Ilari est entrée en
jouissance de la maison du sieur Ramolino, telle qu'elle se comportait, et
d'une des deux vignes du terroir dit Vitullo. Le sieur Ramolino, s'étant
défait depuis quelque temps de la seconde, a offert d'en remettre la valeur
en argent. La somme qu'il offrait (2,500 francs) paraissant à la veuve Ilari
être beaucoup au-dessous de la valeur de la vigne que Sa Majesté a entendu
lui donner, elle s'est d’abord refusée à la recevoir; cependant, quelque
temps après, le marché a été consommé. La maison du sieur
Ramolino se compose de deux maisons contiguës et réunies de manière à n'en
faire qu'une seule habitation. Une des deux maisons appartenait en propre an
sieur Ramolino et à ses ancêtres depuis longue date; l'autre a été acquise
par échange par son épouse, et se trouve être une portion de sa dot. Un mois après la
prise de possession de l'habitation entière par la veuve Ilari, Mme Ramolino
a attaqué la cession faite par son mari de la portion de maison qui lui
appartenait, comme n'ayant pas eu le droit de disposer de son bien dotal, et
elle est rentrée en jouissance de cette portion de maison. La veuve Ilari a
conservé l'autre moitié. La propriété du sieur Ramolino, que Sa Majesté avait
entendu acquérir, et dont elle entendait faire don à la veuve Ilari, s'est
trouvée réduite à moitié. Le préfet du
département, chargé par Sa Majesté des intérêts de la veuve Ilari, a fait
porter l'affaire devant les tribunaux ; elle a été jugée en faveur du sieur
Ramolino, et la veuve Ilari condamnée aux frais de la procédure. |
Renvoyé à mon comité
du contentieux pour prendre connaissance de ces pièces et me faire connaître
son opinion. Le sieur Ramolino est
un homme puissant. Je lui ai fait don de biens valant deux ou trois cent
mille francs, à condition qu'il donnerait à Camilla Ilari, sa maison et deux
vignes. Il paraît qu'on a abusé de l'état de cette pauvre femme, veuve d'un
capitaine de caboteur, pour lui susciter un procès; que le tribunal de
première instance d'Ajaccio a rendu un jugement inique, et qu'on a victimé
une malheureuse femme, sans égard pour sa situation et l'intérêt que je lui
portais, pour un homme qui est le principal personnage du département. On a
eu même le tort de la condamner à payer plusieurs milliers de francs de
frais. On l'a obligée à recevoir 2,500 francs pour l'équivalent d'une vigne
que je lui avais donnée en nature et valant plus de 10,000 francs. Je désire savoir: 1° Si, après avoir
fait cette donation et fait faire à cet effet un acte qui devait expliquer
mes intentions, il y avait du doute, on ne devait pas renvoyer devant moi
pour savoir à quel titre je faisais cette donation; 2° Si je ne suis pas
autorisé à rapporter ladite donation, et, puisque le sieur Ramolino n'a pas voulu
donner à la veuve Ilari le peu de biens que je désirais lui donner comme plus
adaptés à son état, à donner à la veuve Ilari les beaux établissements et les
beaux meubles du sieur Ramolino, qui la rendront la plus riche du pays; 3° Et, si le comité
trouve de la rigueur dans cette décision, ce que je dois faire si les clauses
de ma donation ne sont pas exécutées, c'est-à-dire si la maison et les deux
vignes, avec les intérêts tels qu'ils seront estimés par le préfet du
Liamone, ne sont pas remises à la veuve Ilari avant une époque qu'on peut
fixer au 1er avril; et si je ne puis pas
rapporter ma donation comme disproportionnée entre la valeur et la condition
d'échange que j'imposais. Indépendamment de la
donation mentionnée dans l'acte ci-joint, j'ai fait d'autres donations au
sieur Ramolino. Ces actes doivent se trouver dans l'étude du notaire Raguideau;
je prie M. Daru de se les faire représenter et de m'en faire un rapport. Napoléon. Faire demander la
sentence du tribunal au chef de bataillon Poli, quai de la Mégisserie, n° 18,
qui doit l'avoir. |
Paris, 6 février 1810.
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
faites partir aujourd'hui, avant six heures du soir, un courrier pour le duc de
Vicence. Vous lui ferez connaître qu'un conseil a eu lieu il y a peu de jours,
et que les opinions y ont été partagées entre les princesses russe et
autrichienne; que les opinions sont partagées en France, spécialement à cause
de la religion, et que les personnes qui attachent le moins d'importance à la
religion ne peuvent s'accoutumer à l'idée de ne pas voir l'Impératrice faire
les cérémonies de l’église à côté de l'Empereur; que la présence d'un pope
paraît un plus grand inconvénient encore, et que ce serait se reconnaître une
grande infériorité que de constater par un traité l'existence d'un pope au
château des Tuileries. Vous ajouterez que ces lignes étaient écrites lorsque le
courrier du 21 est arrivé, et que vous avez interrompu votre lettre pour déchiffrer
les dépêches dont il était porteur; que l'Empereur y a remarqué que la
princesse Anne n'était pas encore réglée; que quelquefois les filles restent
deux années entre les premiers signes de nubilité et la maturité; que rester
trois ans sans espérance d'avoir des enfants contrarierait les intentions de
l'Empereur; que, d'un autre côté, le terme de dix jours était expiré le 16, et
que le 21 il n'y avait aucune réponse; que Sa Majesté ne peut concevoir
comment, quand l'impératrice mère a donné son consentement, quand l'opinion de
la princesse Catherine est favorable, on ne donne pas de réponse positive; que
ces délais contrastent avec le dévouement et l'empressement de l'Autriche; que
Sa Majesté compte tenir demain un conseil pour fixer cette incertitude, n'ayant
plus de temps à perdre; qu'il avait été question à Erfurt de la princesse Anne,
mais que Sa Majesté se croit suffisamment libre, non d'un engagement, puisqu'il
n’y en a jamais eu, mais d'une obligation de tacite honnêteté que lui imposait
son amitié pour l'empereur Alexandre, par le délai d'un mois qu'il a mis à
répondre à une question si simple, et par la différence des paroles de
Romanzof.
Paris, 6 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
vous prie, avant de vous coucher, d'expédier le courrier en Russie, tel que je
vous l'ai écrit. Ne parlez pas de la séance de ce soir. Demain au soir, quand
vous aurez signé avec le prince Schwarzenberg, vous en expédierez un second pour
faire connaître que je suis décidé pour l'Autrichienne. Vous viendrez demain à
mon lever. Portez-moi le contrat de Louis XVI et l'historique. Écrivez ce soir
au prince Schwarzenberg pour lui donner rendez-vous demain à midi.
Paris, 6 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
désire que vous me présentiez un projet de note à envoyer toute faite à M. de
Saint Marsan. Cette note doit être rédigée sur les principes suivants:
"Que les engagements des
rois sont sacrés; que la dette de le Prusse envers la France est comme versée
au trésor public, et que je ne suis plus le maître d'en disposer. Depuis le
commencement de la guerre d'Autriche, il y a un an, rien n'a été payé, et il
est évident que, si la Prusse donnait la moitié de son revenu, 60 millions
auraient été payés. Les 22 millions
lettres de change ont été protestées, aussitôt que la Prusse a su la
France engagée dans une guerre avec l'Autriche. L'Empereur ne veut pas approfondir
s'il est vrai que la Prusse ait beaucoup espéré du bénéfice des événements;
mais il est temps qu'elle prenne des mesures pour tenir ses engagements envers
Sa Majesté Impériale, avec laquelle on n'a jamais pris d'engagements en vain.
Certes il est impossible d'acquitter cette dette et d'entretenir une armée, de
faire camper ses troupes, de remonter et de nourrir une nombreuse cavalerie.
Faire de pareilles opérations, c'est dire que l'on ne veut jamais payer la
France. Depuis la paix du mois d'octobre jusqu'à présent, il n'a pas encore été
payé un million. On s'occupe dans le cabinet de Berlin à mettre en discussion
ce qui ne doit pas être discuté. Le traité fait avec la France n'est point un
traité éventuel, mais bien un traité positif; son inexécution est un manque de
bonne foi qui étonne et qui met de l'incertitude dans tous les mouvements.
L'Empereur peut-il retirer ses troupes de l'Allemagne et laisser un corps isolé
sur l'Oder ? Il faudra, pour l'appuyer, qu'il fasse marcher 60,000 hommes à Magdeburg.
La présence de ces troupes dans cette place donnera des inquiétudes, fera
croire à des projets que l'Empereur n'a point, et aura en outre l'inconvénient
de lui coûter beaucoup d'argent. Il faut donc que la Prusse prenne un parti. Il
faut, ou qu'elle s'engage à payer ce qu'elle doit à l'Empereur, à raison de
quatre millions par mois, à compter du 1er janvier 1810, ce qui
ferait dans l'année 48 millions, lesquels, joints aux 40 millions de l'emprunt
de Hollande, avanceraient bien le payement; le reste sera payé en 1811; ou que,
pour indemniser la France, elle cède à l'Empereur la souveraineté de Glogau et
d'une partie de la Silésie.
"Sa Majesté Impériale et
Royale ne forme point de nouvelles prétentions; elle ne désire rien et ne veut
que l'exécution des traités. Il faut trancher le mot : si les conseillers de Sa
Majesté prussienne ne l'avaient pas trompée, si elle avait suivi de bonne foi
la convention d’Erfurt, 60 millions seraient déjà payés. Le soussigné est
chargé de demander une réponse prompte, catégorique et positive."
En envoyant cette note à M. de
Saint Marsan, vous lui donnerez des instructions très détaillées, et vous lui
direz de la présenter d'une manière solennelle et de déclarer au cabinet
prussien que mes troupes ont déjà ordre de se porter à Magdeburg, et que je
prendrai, au besoin, tous les moyens nécessaires pour forcer à ne plus violer
les conditions du traité.
Paris, 6 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, par
le courrier que vous expédierez au duc de Vicence, vous lui ferez connaître
qu'il a eu tort de dire au ministre d'Amérique que ce n'était pas par mon
insinuation que le Danemark avait fait son expédition. Qu'en sait-il ? Et
pourquoi se mêle-t-il de ce qu'il ne sait pas ? Envoyez-lui la copie de la
lettre du ministre d'Amérique qui annonce la mise de l'embargo, afin
d'autoriser son langage.
Paris, 6 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
vous renvoie les pièces que vous voulez joindre à votre rapport sur Rome. Je
remarque que cette collection est incomplète et ne dit rien. Je ne vois pas une
note du secrétaire d'État de Rome ou du cardinal Caprara, ce qui n'est pas conséquent.
Il faudrait qu'à côté des notes du sieur Alquier il y eût celles des ministres
du Pape ou du légat; car ne mettre que les pièces d'une partie, c'est ôter au
public la faculté de juger, et mettre le doute à la place de la conviction.
Occupez-vous donc de cette affaire, qui m'emploie beaucoup de temps et que je
traîne depuis deux mois.
Votre rapport a besoin d'être
retouché. Je vous réitère d'en ôter tout ce qui est relatif aux affaires
ecclésiastiques. Parlez en général d'un ton plus modéré. Il faut partir de la
disposition que j'ai montrée d'occuper Ancône; que de là l'aigreur, et que le
Pape n'a jamais voulu faire un traité avec moi.
Paris, 6 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, vous
témoignerez mon extrême mécontentement au prince d'Eckmühl de ce qu'il a ôté la
garnison bavaroise de Passau. Vous lui enverrez l'ordre que, vingt-quatre
heures après la réception de votre lettre, la citadelle d'Oberhaus soit évacuée
par les troupes françaises et remise aux troupes bavaroises. Après avoir
expédié cet ordre, vous vous rendrez de votre personne chez le roi de Bavière
pour lui faire connaître tout le mécontentement que m'a donné cette nouvelle,
et vous lui direz que vous venez vous-même lui faire les réparations
convenables, cette faute ayant été commise par un homme de votre département.
Paris, 6 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je réponds à votre lettre par
laquelle vous me demandez quelles sont les limites du pays que doit occuper
l'armée du Brabant. Vous ferez connaître que cette limite est le Rhin dit Wahal,
en partant du fort Schenken, passant sous les murs de Nimègue, de Bommel et de
Workum, traversant ensuite le Biesbosch, le Hollandsch-Diep, le Volkrak, et
arrivant à la mer par le canal qui sépare l'île de Schouwen de celle de Goerce.
Vous trouverez ci-joint un petit huilé de cette limite.
Paris, 6 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre,
donnez ordre au général Laborde de partir dans la journée pour aller prendre le
commandement de la 13e division militaire à Rennes. Vous l'informerez de
l'inquiétude que les Anglais donnent dans le Morbihan.
Vous enverrez l'ordre à la
division de ma Garde, qui est à Tours, de se rendre à Angers.
Vous ferez connaître cette
disposition au général Laborde, pour que, si les Anglais tentaient quelque
chose du côté de Quiberon, il envoie l'ordre à cette division de s'approcher à
marches forcées.
Comme je ne crois pas que les
Anglais pensent à tenter quelque chose de sérieux dans cette saison, je me
borne à envoyer la division de ma Garde à Angers, et, en attendant qu'elle y
soit arrivée, nous saurons à quoi nous en tenir. Vous ferez connaître au général
qui commande la division de ma Garde à Tours que, s'il recevait un ordre du
commandant de la 13e division militaire de se rendre en Bretagne, en raison de
quelques mouvements des ennemis, il obéisse à son ordre et accélère sa marche.
Je suppose que le général commandant la 13e division aura pensé à pourvoir
Belle-Isle.
Écrivez aussi dans la 12e
division militaire pour que le général commandant se rende dans l'île d'Aix,
complète les approvisionnements de siége, mette la garnison sur le qui-vive, et
s'assure que le génie et l'artillerie sont en état.
P. S. Faites passer ma Garde
par le chemin qui rapproche toujours le plus de la Bretagne.
Paris, 7 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur Duc de Cadore, je
désire que vous donniez à M. Otto les instructions suivantes. Le courrier
portant le contrat de mariage pouvant arriver le 13 de ce mois à Vienne, il
pourra en expédier un le 14, avec l'assurance des ratifications; il arrivera à Paris le 21.
Le prince de Neuchâtel, étant
destiné à être envoyé comme ambassadeur extraordinaire pour demander la
princesse en mariage, pourra partir le 22 ; il arrivera à Vienne le 28 ou le
29, et fera la demande le lendemain de son arrivée. M. Otto aura, avant son arrivée,
arrangé tout ce qui est relatif au cérémonial, soit pour la réception du prince
de Neuchâtel, soit pour la célébration du mariage par procuration.
Ce mariage pourra se faire le
2 mars. La princesse achèvera le carnaval à Vienne et en partira le 7, jour des
Cendres. On arrangera les choses de manière qu'elle puisse arriver vers le 26 à
Paris. Elle trouvera à Braunau la Maison française qui aura été envoyée au
devant d'elle, et qui partira immédiatement après le prince de Neuchâtel. La
remise de la princesse se fera à Braunau.
Il faut recommander à M. Otto
d’envoyer ses premières dépêches par un homme intelligent, avec un billet pour
le général qui commande à Strasbourg, pour qu'il puisse faire passer, par le
télégraphe, un avis au grand maréchal qui fasse connaître l’assurance qu'il
aura des ratifications. Après ce premier courrier, M. Otto devra en envoyer un
tous les jours jusqu'à Braunau, et de là les dépêches pourront venir par
l'estafette, qui va plus vite. Comme on enverra de Paris, avec la Maison, le
trousseau et la corbeille, il est inutile que l'on fisse rien à Vienne. Il fera
bien entendre que la princesse n'emmènera personne avec elle; si elle a une
femme de chambre à laquelle elle soit bien attachée, elle pourra l'amener pour
rester le premier mois de son arrivée en France. Vous ajouterez à M. Otto que
le douaire de l'Impératrice, tel qu'il est fixé, m'a paru ridicule, mais qu'en
cela on a voulu suivre ce qui a été fait pour le mariage de Louis XVI; qu'il
peut déclarer que, si la cour de Vienne avait connaissance de quelques articles
secrets que l'on n'a pas trouvés dans les papiers à Paris, il est prêt à signer
la même chose à leur aspect; qu'au surplus le douaire des impératrices en
France est fixé à 4 millions.
Vous ferez partir ce soir votre
courrier pour M. Otto. Je ferai partir ensuite un de mes aides de camp avec ma
lettre pour l'Empereur.
Palais des Tuileries, 7
février 1810
NOTE
POUR
LES MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE, ET DE L'ADMINISTRATION DE LA
GUERRE.
L'administration de la guerre
demande 44 millions pour l'habillement comme dépense réelle. Il y a donc une
augmentation de dépense de 7 millions, puisque, selon le travail de la
commission chargée d'examiner ce service et le rapport qui en a été fait par M.
Daru, le tout dressé d'après les revues, il n'y avait qu'une dépense réelle de
37 millions. Le ministre du trésor public demande aussi 4 millions de plus. Il
est indispensable que le payeur, le trésor et l'administration de la guerre
s'entendent pour savoir d'où viennent ces différences et comment elles peuvent
être justifiées. Les revues de 1806 étant faites, la colonne de ce qu'a coûté
l'habillement pendant 1806 est une colonne positive.
Le trésor ne doit pas
administrer. Ce n'est pas à lui à avoir besoin des revues. Dans la règle, il ne
devrait pas payer un sou sans ordonnance ministérielle; du moins il devrait,
quand le mois est écoulé, être couvert par une ordonnance du ministre. Le
ministre qui suit les affaires de son département s'apercevrait, lorsque ces
ordonnances lui seraient demandées, s'il y a eu des abus dans la dépense du
mois précédent; tandis que, par la fausse méthode du trésor, qui paye par á bon
compte et qui attend des revues pour se faire couvrir de sa dépense, le
ministre est deux ans sans savoir ce qu'il a dépensé. Ces observations s'appliquent
non-seulement à la solde, mais encore à la masse de pain de soupe, à
l'indemnité de route et au gîte et geôlage.
Il est indispensable de
prendre des mesures pour prescrire une méthode moins fautive à l'avenir, de
rédiger pour ces mesures un projet de décret, d'y joindre un rapport détaillé
sur la manière de procéder du trésor avec tous les ministères, et de faire en
sorte qu'en mars les payements faits tant pour la solde que pour les trois
masses soient établis par division militaire et par corps, et que le ministre
de chaque département donne ses ordonnances. Si les ministres ne veulent pas
ordonnancer parce qu'ils constateraient la dépense, ils peuvent toujours donner
des ordonnances de reconnaissance. Il est également nécessaire que, désormais
et à dater du 1er janvier 1810, les pièces à régulariser soient portées dans
les balances que remet le trésor et forment une colonne à part, divisée par
ministères.
Il faut aussi que, pour tous
les exercices et notamment pour 1808, le montant des pièces à régulariser soit
déterminé ministère par ministère. Il faut enfin que des mesures soient prises
pour assurer les régularisations.
Sa Majesté désire que les
ministres de la guerre, de l'administration de la guerre et du trésor se
réunissent pour présenter, mercredi prochain, un projet de décret qui sera
rédigé sur les bases suivantes :
TITRE 1er.
1° Le ministre de la guerre
n'ordonnancera pas la solde avant qu'elle ait été payée. Il enverra par mois au
trésor le bordereau de la solde par division militaire, et, dans le courant du
mois, il lui donnera avis des mouvements.
2° Le trésor ouvrira chaque
mois un crédit aux payeurs des divisions. Il leur ordonnera d'envoyer chaque
mois le bordereau des payements faits, corps par corps. Le payeur de la guerre
remettra ces bordereaux au ministre de la guerre. Il en sera fait un modèle,
dressé de manière qu'on puisse vérifier non-seulement les payements faits aux
corps, mais ceux qui ont été faits aux officiers, grade par grade.
3° Le ministre de la guerre
donnera alors une ordonnance et, pour pièces à l'appui, le bordereau, corps par
corps et par division militaire. Il aura préalablement fait faire les
vérifications nécessaires par le bureau du mouvement et par les chefs des
services. Le bordereau de l'artillerie sera vérifié au bureau de l'artillerie;
celui du génie, au bureau du génie; celui de la gendarmerie, an bureau de la
gendarmerie. De cette manière, le ministre ordonnancera sans attendre les noms,
mais du moins sur une première vérification.
TITRE II.
4° On procédera de la même
manière pour le ministère de l'administration de la guerre. Le bordereau des
payements faits pour le pain de soupe, l'indemnité de route, le gîte et
geôlage, établi par corps et par division militaire, sera envoyé par le trésor
au ministre, qui ordonnancera en mettant à l'appui de ses ordonnances les
bordereaux qu'il aura fait vérifier par ses différents bureaux. Il connaîtra
ainsi l'état de l'emploi de ses fonds et à quels agents et parties prenantes
les payements auront été faits.
Paris, 7 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre,
écrivez au ministre de la guerre de Westphalie que, aussitôt que la division
Molitor sera arrivée dans les villes hanséatiques, il ait à en retirer les
troupes du roi de Westphalie; que les villes hanséatiques doivent pourvoir à
tous les besoins de cette division. Vous informerez de cela le général Molitor
et lui ferez connaître qu'il doit protection aux douanes pour empêcher le
commerce des villes hanséatiques avec l'Angleterre.
Paris, 7 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je
vous ai fait connaître mes intentions pour le second mouvement de l'armée d'Allemagne.
Le compte que vous m'en rendez par votre lettre du 3 et les états qui y sont
joints me mettent parfaitement au fait de l'exécution de ces ordres.
Il me reste à vous faire
connaître mon intention sur le troisième mouvement.
4e Corps. - Vous enverrez un
courrier extraordinaire pour que la division Dessaix du 4e corps,
qui arrive à Düsseldorf, et la brigade Piré se rendent en toute diligence à
Nimègue.
Vous donnerez le même ordre à
la 4e division du même corps, qui est à Hanau et Fulde, et à la brigade de
cavalerie légère du général Castex.
Chacune de ces divisions est
composée de quatre régiments d'infanterie, et, chacune, de deux brigades de
deux régiments de cavalerie légère.
Vous ordonnerez au général Quesnel
de se rendre à Nimègue pour prendre le commandement de ces quatre régiments de
cavalerie légère.
L'état-major, les parcs et les
administrations du 4e corps se rendront à Nimègue, avec de l'artillerie, du
matériel du génie et des transports.
Mon intention est qu'au 1er
mars le 4e corps soit dissous et qu'il fasse partie de l'armée de Brabant.
La 3e division, qui se rend à
Hambourg, ainsi que la brigade Bordesoulle, formeront une division détachée,
qui vous rendra compte directement en même temps qu'au prince d'Eckmühl.
2e Corps. - Vous me
ferez, avant le 15 février, un rapport sur l'état-major et l'artillerie du 2e
corps, afin que je voie ce qu'il convient de faire. En attendant, la Ie brigade
de la Ie division de ce corps, composée des 1e et 3e demi-brigades légères,
formant plus de 3,000 hommes, partira de Mannheim le 12 et le 14 pour se rendre
à Mayence, où elle tiendra garnison.
La 2e brigade de cette
division, composée de la 1e demi-brigade légère et de la 2e demi-brigade de
ligne, restera à Mannheim jusqu'à nouvel ordre.
Le parc de la 1e division
restera à Mannheim jusqu'à nouvel ordre.
La 1e brigade de la 2e
division du même corps, composée de la 2e demi-brigade légère et de la 5e
demi-brigade de ligne, formant plus de 4,000 hommes, partira le 13 et le 14 de
Rastadt pour se rendre à Strasbourg, où elle tiendra garnison.
Les 6e, 7e et 8e demi brigades
de ligne, formant la 2e brigade de la 2e division, et fortes de plus de 4,000
hommes, resteront à Rastadt et Ettlingen.
Le parc restera à Rastadt et
environs.
Le parc d'artillerie du 2e
corps restera jusqu'à nouvel ordre à Pforzheim.
La brigade de cavalerie
légère, forte de 3,000 chevaux, partira les 16,17 et 18 de Vaihingen pour se
rendre à Strasbourg.
J'attendrai votre rapport sur
la marche de ce corps pour donner des ordres ultérieurs.
Son administration sera
dissoute.
Je voudrais cependant avoir un
corps disponible pour garder mes côtes.
Quant au 3e corps, la 3e
division, la brigade de cavalerie légère du général Jacquinot et la division de
grosse cavalerie du général Bruyères, qui sont en Westphalie, seront payées par
le roi de Westphalie, solde et administration.
La 2e division continuera à
occuper Bayreuth, et le parc d'artillerie Würzburg.
La 2e division de grosse
cavalerie, qui est à Ratisbonne, se rendra à Hanau, où elle sera cantonnée
jusqu'à nouvel ordre;
La division Friant et la
brigade Pajol resteront dans l'Innviertel et le Salzburg, jusqu'à la remise de
ces pays.
La 3e division de grosse
cavalerie se rendra autour d'Augsbourg.
Paris, 7 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je
vous ai fait connaître, par ma lettre de ce jour, que mon intention était que
deux divisions du 4e corps de l'armée d'Allemagne, composées de huit régiments
d'infanterie et deux brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments,
se rendissent à Nimègue avec l'état-major, les parcs et les administrations de
ce corps. Donnez ordre au duc de Reggio de porter son quartier général à
Bois-le-Duc, de faire occuper Sud-Beveland et les autres îles, et de laisser
deux belles divisions à Bois-le-Duc.
Vous demanderez au duc de
Reggio un projet pour réduire les gardes nationales au moindre nombre possible,
en commençant par celles qui ne seraient pas habillées, qui seraient en mauvais
état de service, ou qui ne seraient pas de bonne volonté.
Paris, 7 février 1810
Au comte de Fontanes, grand
maître de l’Université, à Paris.
J'ai reçu votre lettre. Mon
intention est que le grand maître de l'Université jouisse de la considération
convenable; mais tout ce qui existe dans l'Empire est sous la surveillance de
mes ministres. J'ai la volonté que le système de l'Université marche comme
celui du monde, sans frottement et par une règle constante et uniforme: je ne
veux en entendre parler que le moins possible. Mais, pour établir ce système,
je sais qu'il faudra que je m'en occupe encore quelquefois, et je ne puis en
être instruit et faire connaître ma volonté par mon ministre et mon Conseil
d'État. Il ne serait pas conforme au bien de l'Université que le ministre
travaillât avec d'autres qu'avec vous. Il ne faut ni anarchie, ni
déconsidération pour le grand maître; cela serait, s'il apprenait ma volonté
par son chancelier ou par quelque officier subalterne. Le président, le
chancelier du Sénat, le maréchal de l'Empire, le grand dignitaire, le prince du
sang, ne sont pas égaux au ministre. Le ministre n'est que l'expression directe
de mon autorité. Cardinaux, archevêques, évêques, sénateurs, conseillers
d'État, grands dignitaires, princes du sang, tous vont chez lui, lorsqu'ils ont
besoin de son intervention auprès de moi : il ne va chez personne. C'est la
marche de l'administration. Je ne puis donc admettre l'idée d'aucune espèce
d'égalité en affaires entre qui que ce soit et mes ministres, pas même avec le
prince impérial.
Quant au rang du grand maître
à la cour et dans la société, je me réserve de le régler, et je ne suis point éloigné
de ce qui est exprimé dans votre mémoire.
Vous ne pouvez organiser
l'Université et exercer une utile influence sur votre propre corps, surtout
dans les premières années, où il aura de fréquentes occasions de recourir à
l'administration, qu'en vous maintenant dans des rapports convenables avec les
ministres. Ce qui vous distingue d'un officier quelconque de l'administration,
même d'un maréchal de l'Empire, c'est que celui-ci ne peut rien sans
l'intervention du ministre, au lieu que, pour les trois quarts de ce que vous
avez à faire, vous pouvez le faire sans le concours de l'administration. Un maréchal,
qui commande mes armées, ne peut faire un sous-lieutenant : il faut qu'il fasse
au ministre une proposition, qui m'est soumise par celui-ci. Vous, au
contraire, vous avez le droit de faire dans votre corps tous les changements
qu'il vous plaît de faire, s'ils sont conformes aux lois. Vous n'avez besoin du
ministre que pour l'exécution de la loi. Vous avez besoin du ministre, soit
pour obtenir des fonds pour vos lycées, soit pour donner de l'appui à votre
autorité; car la force publique et l'exécution de toutes les lois ne marchent
que par l'intervention de mes ministres. Il n'a existé en France aucun
cardinal, archevêque, grand officier de la Couronne, provincial ou chef
d'ordre, qui n'eût tenu à honneur et comme une particulière distinction de travailler
directement avec les ministres, secrétaires d'État. Vous devez donc vous y
conformer.
Paris, 8 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
vous avez expédié hier un courrier en Russie. Il sera nécessaire d'en expédier
bientôt un second. Vous ferez connaître au duc de Vicence que je donne des
licences pour l'exportation du vin et du blé qui est utile à mes États, mais
point pour l'importation de denrées coloniales; que je n'approfondis pas
ensuite comment les Anglais laissent sortir les bâtiments porteurs de ces
licences, mais que les Anglais, ayant besoin de blé, le laissent naturellement
entrer et sortir, parce que le blé est de première nécessité pour eux; que là
se borne le mécanisme de l'affaire, et que je cesserai de donner des licences
aussitôt que je serai instruit que les Anglais font payer des contributions.
Vous enverrez, par ce
courrier, au duc de Vicence la note que vous avez remise au ministre des
États-Unis, ainsi que l'acte du congrès qui met un embargo sur les bâtiments
français, afin de régler son langage.
Paris, 8 février 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Consultez les officiers
d'artillerie et chimistes sur les moyens de faire des fusées à la Congreve, qui
paraissent avoir de l'avantage pour des attaques de villes à 12 ou 1400 toises.
Cela pourrait être très-utile dans la guerre d'Espagne.
Paris, 8 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
désire que le colonel en second du 56e qui est un bon officier soit nommé
colonel du 54e.
Je ne
crois pas que le colonel Donnadieu ait assez de tête pour commander un
régiment. Il faut l'envoyer comme chef d'état-major auprès du duc d'Auerstaedt.
(Brotonne)
Paris, 8 février 1810
A M. Maret, duc de Bassano,
ministre secrétaire d’État, à Paris
Monsieur Maret, je vous
renvoie le programme des cérémonies pour la translation du corps du duc de Montebello.
Je désire qu'il parte de Strasbourg le 22 mai, jour anniversaire de la bataille
d'Essling, et arrive à Paris le 6 juillet, anniversaire de la bataille de
Wagram. Faites ces changements au programme (Moniteur
du 10 février 1810) et faites-le dans le Moniteur. Envoyez le programme
au ministre de la guerre pour qu'il le fasse exécuter.
Paris, 8 février 1810
Au comte de Rémusat, premier
chambellan, surintendant des spectacles, à Paris
Vous ne me rendez aucun compte
de l'administration des théâtres, et vous faites mettre de nouvelles pièces à
l'étude sans m'en instruire.
J'apprends que la Mort d'Abel (Opéra de Lesueur, représenté le 2l mars 18l0) et un
ballet sont mis à l'étude. Vous ne devez mettre aucune nouvelle pièce à l'étude
sans mon consentement. Faites-moi un rapport là-dessus.
Paris, 8 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de
Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Faites connaître au roi
d'Espagne, par son écuyer Cassano ou tout autre, que je n'approuve point son
décret par lequel il prend à son service les déserteurs, avec le grade que leur
a donné la Junte. Il y a dans l'ordre du jour qu'il a publié à ce sujet
faiblesse et défaut de politique, puisque c'est donner à la fausse monnaie de
la Junte une valeur réelle et annoncer que les grades donnés par la Junte
seront les mêmes que s'ils étaient donnés par le Roi; qu'il y a de
l'inconvenance à donner des grades supérieurs à des déserteurs, hommes sans
honneur, et enfin à des coryphées du parti; que cette mesure est impolitique et
que je la désapprouve; que je ne saurais voir dans les armées espagnoles et
servant avec nos troupes des hommes couverts de leur sang.
Envoyez copie de ma lettre au
duc de Dalmatie. Vous ferez connaître que je n'entends pas que ce décret soit
exécuté, ni que mes troupes le reconnaissent.
Paris, 8 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de
Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, vous enverrez le
décret ci-joint, par un officier, au roi d'Espagne et au maréchal Soult à qui
il remettra votre lettre.
Mon intention est que tous les
ordres soient donnés conformément à ce décret. Je ne puis plus faire face aux
dépenses énormes de mon armée d'Espagne. Je veux que l'administration des pays
conquis soit entre les mains des généraux qui commandent les provinces, afin
que toutes les ressources soient appliquées aux dépenses de l'armée.
Désormais je ne pourrai plus
envoyer que deux millions par mois pour la solde des troupes qui sont autour de
Madrid, et qui forment le fond de l'armée, Vous aurez soin de ne faire prendre
possession du nouveau gouvernement de la Navarre que lorsque le général Dufour
y sera arrivé avec sa division.
Paris, 8 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de
Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, vous écrirez au
général commandant l'Aragon qu'il doit employer les revenus du pays, et frapper
même des contributions extraordinaires s'il est nécessaire, pour subvenir à la
solde et à l'entretien de son armée; que la France ne peut plus suffire à
toutes ces dépenses.
Vous verrez, par mon décret,
que je charge le général Dufour du gouvernement de la Navarre; donnez-lui les
mêmes instructions.
Il y a assez de troupes dans
les Biscayes. Écrivez aux généraux Thiébault, Bonet, Kellermann et au duc d'Elchingen,
que les provinces qu'ils occupent offrent assez de revenus pour l'entretien des
troupes sous leurs ordres; qu'ils ne doivent pas compter sur le trésor de
France, qui est épuisé par les énormes envois d'argent qu'il ne cesse de faire;
qu'une quantité prodigieuse de numéraire s'engloutit en Espagne et produit
l'appauvrissement de la France.
Chargez de vos lettres l'aide
de camp du duc de Dalmatie.
Vous écrirez en même temps au
général Suchet pour lui donner l'ordre de faire mettre, par une division de ses
troupes, le siége devant Mequinenza, et de presser la reddition de cette place,
en menaçant toujours Valence et maintenant la tranquillité en Aragon. Vous
l'informerez que la division Dufour, forte de 7 à 8,000 hommes, arrive vers la
fin de février dans la Navarre, et que la brigade Montmarie, composée de
détachements qui appartiennent à ces corps, va se rendre à Saragosse.
Paris, 8 février 1810.
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur
le vice-amiral Decrès, vous ferez répondre au Transport-Office une lettre
rédigée d'après la note ci-jointe. Vous verrez que je propose aux Anglais de
comprendre dans le cartel les Espagnols et les Portugais, et que, par ce moyen,
j'aurai tous mes hommes. Vous remarquerez que j'augmente un peu le nombre des
Anglais pris en France, et que je diminue le nombre des Français prisonniers en
Angleterre, parce que je pense qu'il y a exagération; d'ailleurs cela m'a paru plus
convenahle; et je vous le dis, afin que vous restiez sur les mêmes bases.
(Ministre
de la marine)
Paris, 9 février 1810
A M. Gaudin, duc de Gaète,
ministre des finances, à Paris
Je vous renvoie le budget des
provinces illyriennes. Je n'en ai pas été satisfait, et vous trouverez ci-joint
un décret d'après lequel il faudra le régler; faites-le connaître au duc de
Raguse. Dites-lui que j'approuve qu'il traite bien les Croates, mais que je ne veux
pas que l'acquisition des provinces illyriennes ajoute de nouvelles charges à
mon trésor. Elles doivent donner 12 millions de revenu net pour payer les
dépenses de l'armée et de l'administration générale. En un mot, elles et les
troupes qui y sont stationnées ne doivent absolument rien coûter au trésor
public. Pour atteindre ce but, il faut diminuer les dépenses, ou bien en mettre
une partie à la charge des villes et communes et augmenter les impositions
indirectes de manière que le revenu net soit porté à 12 millions. On tirera en
outre une ressource de 6 millions de la vente des marchandises confisquées à
Trieste.
Faites connaître au duc de
Raguse que je diminuerai son armée, mais qu'il ne doit pas s'attendre à
recevoir de France aucun secours pécuniaire. Dites-lui que j'approuve ce qu'il
propose pour la Croatie militaire, à l'exception de sa proposition de donner
des armes à tous les Croates indistinctement et sans être assuré de leur
fidélité.
Le duc de Raguse s'entendra
avec l'intendant général pour l'établissement des tribunaux qu'il propose.
Palais des Tuileries, 9
février 1810
DÉCRET.
Il sera construit, dans la rue
de Rivoli, un hôtel des relations extérieures et de la secrétairerie d'État du
royaume d'Italie.
Les ministres des relations
extérieures et de la secrétairerie d'État du royaume d'Italie poseront, le 25
mars, la première pierre de cet édifice.
Palais des Tuileries, 9
février 1810
DÉCRET.
Il sera élevé, sur la place de
la Bastille, une fontaine sous la forme d'un éléphant en bronze, fondu avec les
canons pris sur les Espagnols insurgés; cet éléphant sera chargé d'une tour et sera
tel que s'en servaient les anciens; l'eau jaillira de sa trompe. Les mesures
seront prises de manière que cet éléphant soit terminé et découvert au plus
tard le 2 décembre 1811.
Paris, l0 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
faites répondre à la lettre du chef de la tribu des Kurdes, et prescrivez qu'on
entretienne, par de légers présents, ses bonnes dispositions.
Paris, 10 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le duc de Feltre, il est convenable que vous
fassiez connaître au roi d’Espagne, en chiffres, et par quadruplicata, que je
vois avec la plus grande peine qu’il ait perdu deux mois aussi importants que
décembre et janvier, où les Anglais étaient dans l'impuissance de rien faire,
et qu'il n'ait point profité de cette circonstance pour pacifier la Navarre, la
Biscaye et l'Aragon ; qu'il demande sans cesse de l'argent; que l'argent est là
et qu'il laisse, sans raison, dévaster ces belles provinces par Mina; que je
lui ai donné plusieurs fois l'ordre de se rendre à Valladolid, mais que la
nonchalance de la direction des affaires en Espagne est inconcevable.
Comment, en effet, n'a-t-ii pas maintenu ses
communications, et comment, après avoir eu connaissance du 29e bulletin,
n'a-t-il pas senti la nécessité d'être promptement en communication avec la
France ? Il n'y a pas un moment à perdre : que le roi se rende à Valladolid, en
faisant occuper Madrid et Valence par son extrémité gauche. Écrivez-lui que le
temps perdu est irrémédiable; que les affaires tourneront mal si, promptement,
il ne met plus d'activité et de mouvement dans la direction des affaires ;
qu'il est nécessaire d'occuper Valladolid, Salamanque, et de menacer le
Portugal; que les Anglais paraissent se renforcer en Portugal et qu'ils
semblent avoir le double projet, ou de pousser en Espagne, ou de partir du port
de Lisbonne pour faire une expédition de 25,000 hommes, partie Anglais, partie
Espagnols, sur un point quelconque des côtes de France, pendant le temps que la
lutte sera engagée dans le Nord. Que, pour empêcher l'exécution de ce projet,
il est nécessaire que l'armée d'Espagne soit toujours prête à prendre
l'offensive et à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal
si les Anglais affaiblissaient leur armée en Espagne. Il faut donc que le roi
occupe Valladolid et Salamanque et qu'il remplisse le triple but de tenir en
échec l'armée anglaise, d'avoir ses communications aussi promptes que faciles
avec la France, afin de savoir tout ce qui s'y passe, et qu'il emploie le temps
où les Anglais ne feraient rien à pacifier la Biscaye et la Navarre. Que cette
instruction doit être considérée comme instruction générale pour toute la
campagne ; qu'enfin, si la force des armées françaises restait oisive en
Espagne et laissait les Anglais maîtres de faire des expéditions sur nos côtes,
la tranquillité de la France serait compromise.
Il faut, je le répète, que le roi ait ses communications
très rapides et très sûres et qu'il soit toujours en mesure de prendre
l'offensive.
(Du Casse)
Paris, l0 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
présentez une note officielle et pressante à M. de Montgelas pour se plaindre
des impertinences qu'on laisse imprimer dans les gazettes bavaroises, et faire
sentir que ces extravagances font le plus mauvais effet.
Paris, 10 février 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, appelez près de vous MM. d'Andlau
et Dalberg; faites-leur connaître que je suis mécontent de la marche des
affaires à Bade, et que j'entends que la moitié des places soit donnée aux
catholiques. Vous leur remettrez une note rédigée à peu près dans les termes
suivants.
" Le soussigné est chargé de faire connaître le
mécontentement de S. M. l'Empereur et Roi sur le système exclusif qui s'est
introduit dans le gouvernement de Bade à l'égard des catholiques et des
habitants du Palatinat; on les tient de Sa Majesté, et on les traite comme des
ilotes. Mannheim et plusieurs autres villes sont mises sous la dépendance d'une
coterie de Carlsruhe. L'intention de Sa Majesté, comme Protecteur, est que ce
système change; qu'il n'y ait plus de persécution ni d'exclusion, et que les
catholiques, qui, dans la population du grand-duché, sont aux protestants dans
le rapport de 2 à 1, aient la moitié des places dans le ministère et dans les
autorités secondaires. Sa Majesté attend cette condescendance. En réunissant
les habitants du Palatinat au grand-duché de Bade, Sa Majesté n'a pas voulu en
faire des esclaves. "
Vous enverrez copie de cette note à mon ministre à Bade,
en lui disant d'en instruire le Prince héréditaire, et de faire connaître
verbalement, tant au Prince qu'au ministre Reizenstein, que c'est mon intention
et qu'il faut s'y conformer.
Répondez à M. Dalberg que je ne vois aucune objection à
ce que l'ancien roi de Suède réside à Meersburg.
Paris, 11 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis approuver le projet
de traité que vous m’avez présenté ; vous en trouverez ci-joint un autre.
Présentez-moi des traités pour céder à Nassau, à
Darmstadt et au grand-duc de Würzburg les enclaves comprises dans leurs
territoires, en y incluant les clauses nécessaires d'après le traité ci-joint,
et en sorte qu’au 1er avril prochain je n'aie plus rien dans cette
partie de l'Allemagne.
Il n'y a pas d'inconvénient que vous me présentiez un
projet de traité pour céder Erfurt à la Saxe, en en exceptant les enclaves,
pour lesquelles vous me proposerez des cessions conformes à leur situation. Ce
traité et celui avec la Bavière étant finis, les affaires d'Allemagne se
trouveront terminées.
Paris, 11 février 1810
Au comte Daru, intendant général de la maison de
l’empereur, à Paris
Monsieur le Comte Daru, j'ai lu avec attention les
différents projets sur le Louvre. Je vois que le premier projet coûterait 51
millions, mais qu'on m'en présente un second qui, par diverses modifications,
ne coûterait que 34 millions. Je trouve cette dépense encore trop considérable.
Je désire un troisième projet, à peu près tel qu'il est indiqué à côté du
deuxième. Dans ce troisième projet, les galeries des deux ailes seraient
supprimées, et il ne resterait que le Louvre et la galerie actuelle pour la
communication des deux palais. Faites-moi connaître combien ce projet coûtera.
Je désire ensuite que les trois projets soient tellement combinés et puissent
s'exécuter de manière que, le troisième projet fini, on puisse passer à
l'exécution du second; et que, le second terminé, on puisse s'occuper du
premier. Faites-moi faire trois petits dessins dans ce système. Le troisième
projet comprend le Louvre achevé, et la galerie du Museum ainsi que les
Tuileries parfaitement finies. Ce sont déjà de grands résultats. Le second
projet coûterait 34 millions. Si le troisième projet présentait une réduction
de 6 millions, la dépense ne serait plus que de 28 millions; or j'ai déjà fait
des fonds spéciaux pour cette somme; et, si des circonstances de guerre ou
toutes autres m'obligeaient à m'en tenir au troisième projet, j'aurais toujours
un magnifique palais. On pourrait le perfectionner, en donnant au Louvre
quelques constructions qui règnent du côté de la place intérieure, afin que de
ce côté le palais ne fût pas boiteux.
Voici une observation qui me reste à faire sur les
premier et deuxième projets; elle est relative à l'emplacement qu'on y réserve
pour les écuries. N'y a-t-il pas de l'inconvénient à placer une si grande
quantité de paille et de foin si près de la galerie du Louvre, où il y a des
choses si précieuses ? N'y a-t-il pas même un danger imminent pour Paris à
placer les écuries si près des maisons de la ville ?
Je vous renvoie les papiers de cette affaire, pour que
vous me fassiez un rapport et que vous me présentiez un projet de décret dans
le sens que je viens de vous indiquer.
Paris, 11 février 1810
Au maréchal Bessières,
duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, réunissez
les chefs de corps de la Garde, et présentez-moi un travail qui me fisse
connaître ce que j'ai donné à ma Garde dans les trois campagnes comme
dotations, et ce qu'il est convenable de lui donner encore. Tous les officiers
ont-ils eu quelque chose ? Vous me remettrez l’état des officiers et soldats,
indiquant ce qu'ils ont eu ou ce qu'il faudrait leur donner.
Palais des Tuileries,
12 février 1810
NOTE POUR LE PRINCE
CAMBACÉRÈS, ARCHICHANCELIER DE L'EMPIRE, à Paris
Le projet de statut
délibéré au Conseil d'État pour compléter l'institution des titres héréditaires
ne s'est pas trouvé entièrement d'accord avec ce que désirait Sa Majesté. Il a
été divisé sur ses ordres en deux parties. La première contient des
dispositions qui se rapportent plus particulièrement aux bases de l'institution
et qui doivent constituer un véritable statut. Les dispositions renfermées dans
la seconde paraissent appartenir plus particulièrement à un règlement. Sa
Majesté désire que Son Altesse Sérénissime examine la rédaction de ces deux
projets et lui donne son opinion.
Un objet est dans le cas de fixer particulièrement son
attention, c'est ce qui concerne les titres à donner aux fils des grands
dignitaires et des titulaires des majorats. Il serait agréable à Sa Majesté,
pour qu'elle pût bien saisir la question, qu'on lui fît connaître l'usage qui
était suivi en France et dans les divers États de l'Europe. On dit que le fils
aîné du prince architrésorier prend le titre suivant: le duc Charles de
Plaisance. C'est l'architrésorier qui est duc de Plaisance, et ce n'est pas son
fils. L'emploi des noms de baptême dans cette formule, le duc Charles, rappelle
un usage qui n'appartient qu'aux princes du sang et aux princes souverains. Il
y a sûrement quelque chose à faire à cet égard, et ce qui se fait, si le fait
est certain, ne paraît pas devoir être approuvé.
On établit dans le projet de statut, titre II, que tous
les enfants d'un titulaire de majorat porteront les titres qui sont déterminés;
savoir: duc, comte, baron et chevalier. Il y a là quelque chose qui choque.
Bientôt tout le monde se trouvera avoir un titre qui ne sera pas appliqué à un fait. On croit qu'autrefois
les enfants avaient un titre parce que leur père titré possédait plusieurs fils
auxquels les titres qu'il faisait porter à ses enfants étaient attachés. Cela
n'existe plus maintenant; les titres transmissibles sont attachés à des
majorats; ils supposent dans celui qui les porte une fortune qui le distingue
des autres citoyens. Si cela n'était pas ainsi, la multiplicité des titres et
le peu de consistance des hommes qui en seraient revêtus en occasionneraient
l'avilissement.
Il y a trois manières de régler ce qui fait l'objet de la
question actuelle:
1° Que le fils aîné du titulaire d'un majorat porte le
titre qui vient immédiatement après celui de son père (c'est ce qui paraît déjà
réglé), et que les autres fils portent tous le titre de chevalier et le
transmettent à l'infini à leur descendance. Cela se conçoit, parce que tous
auront le droit de porter les armes héraldiques.
2° Que le fils aîné porte le titre de son père, en
joignant à ce titre, non le nom du majorat de son père, mais le nom de sa famille,
et que tous les autres enfants portent le titre de chevalier. Dans cette
hypothèse, M. Lebrun s'appellerait le duc Lebrun, et chacun de ses frères le
chevalier Lebrun ; le fils du titulaire qui porterait son titre porterait
le titre, sinon d'une chose qu'il a, du moins d'une chose qu'il doit avoir.
3° Donner des titres en l'air, sans idée de fait et de
réalité, c'est ce qui est supposé au titre II du projet de statut; il
arriverait de là que des enfants qui auraient un titre sans avoir de fortune
auraient des enfants qui porteraient des titres en étant encore moins riches.
La deuxième hypothèse paraît la plus sage des trois.
Dans l'opinion à présenter à Sa Majesté, il ne faut point
être arrêté par ce qui a déjà été fait, ce sont des dispositions partielles;
tandis que c'est un système complet qu'il faut créer.
Paris, 12 février 1809
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le traité avec
le prince Primat. Mon intention est d'appeler le grand-duché grand-duché de
Francfort. Il faudra diviser l'article 5 en deux parties; la première moitié
restera dans le traité patent, et la moitié relative aux principautés de Wagram
et d'Eckmühl sera mise dans les articles secrets.
Mon intention est aussi que vous mettiez dans les
articles secrets que je veux donner quatre cent mille francs à la famille du
prince Primat: onze mille écus tous les mois. Moyennant cela, vous pourrez
signer quand vous voudrez.
Paris, 12 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, expédiez un courrier à Berlin,
qui sera porteur d'une lettre au comte de Saint Marsan, par laquelle vous le
chargerez de remettre la lettre ci-jointe, qu'il est nécessaire de revoir et de
corriger. On propose dans cette note de céder Glogau et une partie de la
Silésie. Vous effacerez cela et vous donnerez pour instruction au comte de
Saint Marsan de dire, en remettant la note, que si l'on ne peut pas payer, on
n’a qu'à nous céder une province.
Il est nécessaire de répondre à M. de Krusenmark; vous le
ferez dans les termes suivants, et vous me remettrez la rédaction de cette
note:
« Que vous avez mis sous mes yeux sa note du 5
février; que, puisqu'il le veut, il faut parler clair; que Sa Majesté vous
charge de lui répondre que le roi de Prusse a pris un engagement qu'il doit
tenir; que, depuis que nous avons évacué la Prusse, on n'a rien payé; que
vingt-deux millions de lettres de change qui avaient été tirées ont été protestées
dès qu'on a vu l'Empereur engagé avec l'Autriche; qu'on a formé des corps, levé
des chevaux , formé des camps, et qu'on entretient un état militaire évidemment
inutile; qu'il est hors de doute que depuis quinze mois la Prusse aurait pu
payer quatre millions par mois, ce qui fait soixante millions qui auraient payé
la moitié de la créance; que Sa Majesté n'entend faire aucun traité éventuel,
ni entrer dans aucune discussion contentieuse; qu'elle demande que la Prusse
affecte au payement de sa dette, 1° quatre millions par mois à dater du ler
janvier 1810, ce qui fera pour cette année quarante-huit millions, dans
lesquels seraient compris les vingt-deux millions de lettres de change
protestées depuis le renouvellement des hostilités avec l'Autriche; 2°
l'emprunt de Hollande, montant à trente-huit millions, si toutefois cet emprunt
réussit; que, quant aux différentes prétentions sur l'Ost-Frise et sur la
société maritime à la charge de la Hollande, sur la société de commerce des
bois de construction, Sa Majesté ne voit qu’avec peine des propositions aussi
inacceptables; que la société du commerce des bois de construction était une
administration prussienne ; que les armées françaises s'en sont emparées
pendant la guerre, et qu'il n'y a aucune raison de revenir là-dessus; que, quant
à l'Ost-Frise et à la société maritime à la charge de la Hollande, c'est à la
Prusse à réclamer directement; que, si enfin en Prusse on ne veut point prendre
de mesures convenables, et si l'on veut se jouer des traités comme on s'est
joué du traité de Vienne, fait avec le comte de Haugwitz, et si l'on croit que,
selon la coutume du cabinet de Berlin, on peut manquer aux engagements quand on
les a signés, vous êtes itérativement chargé de déclarer que je ne saurais y
consentir; que, au lieu de faire repasser mes troupes de ce côté du Rhin , je
suis obligé de les tenir à Magdeburg et même d'en renvoyer sur l'Oder; que cet
état de choses est très coûteux pour la France; qu'enfin ceux qui dans le
conseil traitent cela de plaisanteries et de chimères se persuadent bien que
jamais engagement pris avec l'Empereur n'a été violé, et que tout peut arriver
hormis qu'il soit le jouet de quelques intrigants. »
En remettant cette note à M. de Krusenmark, vous lui
ferez connaître verbalement que, si la Prusse ne peut pas enfin nous payer,
elle n'a qu'à nous céder une province.
Paris, 12 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez
chercher le ministre de Hollande. Vous lui ferez connaître que le ministre de
la police a eu plusieurs entretiens avec le roi de Hollande; que celui-ci
désire faire ce qui est nécessaire pour concilier l'indépendance de son pays avec
mes vues, et qu'en conséquence il propose:
1° De céder à la France la rive gauche du Rhin;
2° de faire cesser toute communication avec l'Angleterre
et de ne permettre la navigation que sous mes licences;
3° de s'en rapporter à mon jugement pour toutes les
prises faites par mes bâtiments de guerre ou corsaires dans les eaux de
Hollande;
4° de remettre, pour donner une garantie de l'exécution
de ces promesses, la garde de l'embouchure des rivières et des côtes de la
Hollande à des employés des douanes françaises et à un corps de troupes
françaises, qui resteront en Hollande aussi longtemps que l'Angleterre
maintiendra en vigueur ses ordres du conseil de 1807;
5° de s'engager à tenir dans le Texel une escadre tout
équipée et prête à mettre à la voile;
6° enfin d'établir dans l'administration du concert et de
la stabilité.
Vous demanderez au ministère s'il sait que ce sont là les
intentions du Roi et s'il est autorisé à traiter sur ces bases. Vous lui direz
que le maréchal Oudinot, indépendamment de 20,000 hommes de troupes de ligne, a
30,000 hommes de gardes nationales, qui me coûtent énormément; que le 4e
corps, fort de 20,000 hommes de cavalerie et d'infanterie, doit arriver sous
peu de jours à Nimègue; que tous ces mouvements m'occasionnent de grandes dépenses;
qu'il est temps de faire cesser cette incertitude, et que, si l'on veut entrer
en arrangement, il n'y a pas un moment à perdre; mais que je ne puis me
départir d'aucune des conditions ci-dessus. Quant à la limite entre la France
et la Hollande, elle devra suivre le cours du Rhin, et elle sera déterminée
conformément à la note ci-incluse.
Vous porterez d'abord la force du corps français qui doit
garder les côtes et les rivières à 18,000 hommes. C'est ainsi qu'elle était
réglée avant l'établissement du royaume de Hollande; mais, dans la négociation,
vous pourrez réduire ce nombre jusqu'à 6,000.
Vous commencerez aussi par demander la cession de tout le
territoire jusqu'à la limite du Wahal, de la Merwede et de la OudeMaas, ce qui
me donnerait le port d'Helvoet-Sluys; mais vous modifierez cette demande pour
en venir à la limite fixée dans la note ci-jointe.
Le Roi m'a fait proposer une limite que je ne puis
accepter; il faudrait que j'y fisse faire des canaux qui n'existent point, pour
marquer la séparation des deux états. Voyez s'il est enfin possible de terminer
cette affaire.
Paris, 12 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez un courrier au duc de Vicence
pour lui prescrire de faire consigner dans le procès-verbal de l'échange des
ratifications de la convention qu'il a signée qu'elle sera secrète et ne pourra
être publiée que du consentement des deux parties. Cette convention n'est faite
que pour donner des sûretés et tranquilliser la cour de Saint-Pétersbourg, sa
publicité est contraire à la volonté de l'empereur. Je désire que ce courrier
parte aujourd'hui; je suis fâché qu'en faisant cette convention on n'ait pas
stipulé qu’elle resterait secrète.
(Brotonne)
Paris 12 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie un mémoire qui m'a été adressé par M. de Reizenstein
(Sigismond, baron de Reizenslein, millistre d'État de
Bade, né en 1765, mort à Carlsruhe le 5 mars 1847.). Il ne vous
échappera pas combien il est irrégulier qu'un ministre d'un État étranger
s'adresse ainsi à moi. Si le prince voulait connaître mes intentions, il pouvait
m'écrire lui-même. L'important est que vous fassiez connaître que ma volonté
bien déterminée est que les protestants n'oppriment point les catholiques;
quand j'exige l'égalité dans les emplois, ce n'est point trop exiger, puisque
les catholiques sont supérieurs en nombre aux protestants.
(Brotonne)
Paris, 12 février 1810
A M. de Chamapgny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, écrivez au sieur Reinhard qu’il a mal fait de présénter le
sous-préfet dc Rochefort, qu'aucun Français ne doit être présenté à une cour
étrangère s'il ne m'a déjà été présenté et que dans ce cas il ne doit l'être
qu’avec la permission du ministrce.
(Brotonne)
Paris, 12 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris.
Monsieur le Duc de Feltre, j'ai donné l'ordre que le 2e
régiment de la seconde légion de la Vistule fût incorporé dans le 1er. Donnez
ordre que cette incorporation ait lieu le 15; ce qui portera le régiment de la
seconde légion de la Vistule à près de 2,200 hommes.
Vous verrez que j'ai supprimé la seconde légion et que
j'ai ordonné que le 1er régiment de cette seconde I´légion devînt le 4e
régiment de la première. Faîtes-moi connaître si ce régiment pourra partir le
20 pour se rendre en Espagne.
En jetant un coup d'œil sur les détachements qui doivent
composer la division d'arrière-garde, je vois qu'on a confondu dans vos bureaux
deux choses très-importantes; ce qui peut avoir la plus grande conséquence. On
veut comprendre dans la formation des bataillons auxiliaires des détachements
appartenant à des régiments qui sont en Espagne: or les bataillons auxiliaires
ne doivent être formés que par les dépôts dont les régiments sont au Nord ou en
Allemagne. Tous les détachements des corps qui sont en Espagne doivent former
des régiments de marche et jamais des bataillons auxiliaires. Mon intention est
donc qu'on forme un régiment de marche, qui se réunira à Tours. Le 1er
bataillon sera composé de tous les détachements qui se trouvent à Orléans, appartenant
aux 2e, 4e, 12e et 15e régiments d'infanterie légère. Le 2e
bataillon sera composé de tout ce qui est à Orléans des 32e, 58e, 121e et 122e
régiments. Vous ordonnerez que tous ces détachements partent le 15 d'Orléans
pour Tours. Vous ferez demain passer une revue de ces huit dépôts à Paris et à
Versailles, pour en faire partir tout ce qu'ils ont de disponible et en état de
bien faire la guerre.
Ils seront dirigés sur Tours, où vous chargerez le
général Seras de se rendre pour organiser ces deux bataillons et en former le
5e régiment de marche.
Un second régiment de marche sera formé de tous les
hommes disponibles en ce moment à leurs dépôts, ou en marche pour se rendre à
Orléans, et qui appartiennent à des corps en ce moment en Espagne.
Quant aux hommes disponibles qui se trouvent en ce moment
à Orléans ou sont en marche pour s'y rendre, et qui appartiennent à des
régiments employés soit dans le Nord, soit en Allemagne, vous en formerez le 6e
et le 7e bataillon auxiliaires, en formant autant de bataillons auxiliaires
qu'il y aura de mille hommes.
Vous donnerez des ordres et prendrez des mesures pour que
deux bataillons du 113e, de 800 hommes chacun, soient tenus prêts à
partir; car je désire faire partir dans le courant de février le 4e régiment de
la première légion de la Vistule, 2,000 hommes; deux bataillons du 113e, 1,600
hommes; le 5e régiment de marche de l'armée d'Espagne, que j'évalue à peu près
à 1,600 hommes; un escadron de 300 hommes du 28e de chasseurs, 800 hommes; le
régiment de dragons qui est à Versailles. On y joindrait le 6e régiment de
marche de cavalerie qui est à Saumur, 1,900 hommes; cela fera donc une division
de plus de 6,000 hommes, avec laquelle le général Seras se rendra en Espagne.
On formera ensuite une seconde division de tout ce qui
restera à arriver à Orléans. Cette seconde division se composera du régiment de
Berg, 1,000 hommes; du régiment de marche de la Confédération du Rhin, composé
d'un bataillon de Bade, d'un bataillon du prince Primat, d'un bataillon du
grand-duc de Hesse, 1,200 hommes; du bataillon d'Isembourg, 600 hommes; du
bataillon prussien, 700 hommes; d'un bataillon de marche de la légion de la
Vistule, à Sedan, l, 600 hommes; enfin du second régiment de marche des
bataillons auxiliaires, auxquels on joindra le détachement des lanciers
polonais et le régiment provisoire de cavalerie qui se réunit à Auch; ce qui
portera cette seconde division à plus de 6,000 hommes.
Paris, 12 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre que la brigade Valentin soit
dissoute aussitôt qu'elle aura été remplacée à Bilbao; que tous les
détachements de cette brigade qui appartiennent aux 32e léger, 6e léger et 76e
de ligne, aillent rejoindre le 6e corps, pour être incorporés dans leurs
régiments respectifs, et que tout ce qui appartient aux 118e, 119e
et 120e se rende à Santander. Le général Valentin lui-même suivra ces trois
régiments et sera sous les ordres du général Bonet.
Brigade Mont
Brigade Lamartinière. - Vous donnerez ordre que tout ce
qui, dans cette brigade, appartient au 3e corps, ait à se rendre à Saragosse,
et que le reste de la brigade se rende à Burgos, d'où elle fournira des
garnisons pour la police de la province. Elle devra pousser de forts
détachements du côté de Frias pour maintenir la communication avec Santander.
Division Dufour. - Donnez ordre que cette division soit
composée seulement du 1er et du 2e régiment de marche; que le 4e régiment de
marche continue sa marche sur Salamanque, où il sera incorporé dans le 6e
corps, hormis les détachements du 43e et 55e, qui,
jusqu'à nouvel ordre, tiendront garnison dans la citadelle de Burgos, et que le
3e régiment d'infanterie de marche de cette division soit dissous à Tolosa et
reçoive la destination suivante. Les 700 hommes qui appartiennent au 4e
régiment suisse et les 30 hommes du 3e régiment se rendront, sous les ordres du
général Kellermann, à Valladolid, ce qui complétera à 2,000 hommes les
bataillons suisses de la division Kellermann. Tout ce qui appartient à la
légion hanovrienne se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient aux bataillons
irlandais se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient à la légion
de la Vistule et aux régiments polonais se rendra à Saragosse, pour y être
incorporé dans la Légion de la Vistule.
8e Corps. -Donnez ordre que tout ce qui appartient au 14e
et au 121e se rende à Saragosse pour rejoindre ces régiments; que tout ce qui
appartient au 122e se rende à la division Bonet; que tout ce qui appartient au
15e d'infanterie légère se rende au 6e corps. Par ces dispositions, la division
Lagrange ne sera plus divisée qu'en deux brigades, la division Bonet sera
augmentée de plus de 2,000 hommes, et le 3e corps de plus de 4,000.
Donnez ordre au duc d'Abrantès de porter son quartier
général à Valladolid, de réunir là son corps d'armée, d'occuper par des postes
d'infanterie et de cavalerie le royaume de Leon, Benavente et les confins de la
Galice, afin que toute la division Loison puisse se reployer sur Salamanque; de
se maintenir constamment en communication avec le 6e corps et de se soumettre
toute la plaine.
Division Kellermann. - Donnez ordre à la division de
dragons de Kellermann, c'est-à-dire aux 3e, 6e, 10e et 11e régiments, aussitôt
qu'ils auront été complétés par les 4e et 5e régiments provisoires, ce qui les
portera à 3,400 hommes, de se mettre en marche pour Salamanqne, pour être sous
les ordres du duc d'Elchingen, commandant le 6e corps. En faisant connaître au
duc d'Abrantès que la division Kellermann fait partie du 6e corps, vous le
préviendrez qu'il doit faire occuper par sa cavalerie les postes que tenait le
général Kellermann.
6e Corps. - Vous écrirez au duc d'Elchingen que,
moyennant l'arrivée du duc d'Abrantès à Valladolid et l'occupation par ce corps
d'armée du royaume de Léon et de la frontière de Galice, il doit attirer à lui
la division Loison; que, avec les augmentations de cavalerie qu'a reçues son
corps en dernier lieu par la réunion de la division Kellermann, il aura plus de
6 à 7,000 hommes de cavalerie; que l'arrivée de la division Loison portera son
corps à plus de 86,000 hommes; que, d'ailleurs, le duc d'Abrantès est, avec un
autre corps de 30,000 hommes sur ses derrières pour l'appuyer; qu'il n'y a pas
un moment à perdre pour inonder les débouchés du Portugal, autant que possible,
par de fortes patrouilles de cavalerie, afin de savoir ce qui se passe, donner
de l'inquiétude aux Anglais et les empêcher de se porter sur le midi; qu'il
peut répandre en Portugal l'annonce de l’arrivée de l’Empereur, avec 80,000
hommes; qu'il doit occuper le haut du col qui sépare Ciudad-Rodrigo de
Salamanque; qu'il faut même, avant d'investir Ciudad-Rodrigo, qu'il ait de
forts partis autour de cette ville. Ayez une conférence avec le général la
Riboisière, pour savoir si l'on ne pourrait pas faire partir de Burgos un
millier de chevaux chargés de munitions de siége pour Valladolid, et les
diriger de là sur Salamanque. Faites-moi rédiger un état du 6e corps, comprenant
les augmentations qu'il doit recevoir d'après mes différents ordres.
Division Bonet. - Faites connaître au général Bonet qu'il
doit s'emparer des Asturies et prendre les ordres du duc d'Abrantès qui occupe
le royaume de Leon et les confins de la Galice; que sa principale opération est
d’occuper avec sa division toutes les forces de la Galice et de menacer
constamment cette province par les Asturies; ce qui tiendra en réserve les
troupes que l'ennemi a de ce côté et les empêchera de se porter ailleurs.
Gendarmerie. - Écrivez au général Buquet que les quatre
premiers escadrons de gendarmerie qui entreront en Espagne, il les place dans
les trois Biscayes; que les quatre suivants occupent la Navarre, qu'il les
place de manière que la police des Biscayes et de la Navarre soit parfaitement
assurée; qu'il envoie à cet égard un mémoire; que je désire que les autres
escadrons puissent être placés dans l'Aragon, sur la gauche de l’Ebre, pour
assurer les communications avec Jaca, Venasque et les frontières de France;
qu'enfin aucun escadron ne doit passer Miranda ni l’Èbre sans mon ordre, à
moins que ce ne soit de deux ou trois marches seulement pour poursuivre les
brigands ou escorter les convois.
3e Corps. Faites connaître
au général Suchet que, depuis le 1er janvier, son corps est augmenté de plus de
la moitié et sa cavalerie plus que doublée; que j'entends qu'il pousse des
colonnes mobiles dans tout l’Aragon; qu'il cherche à se mettre en communication
avec le 7e corps, et qu'avant le 1er mars il investisse Mequinenza et Lerida et
pousse vivement ces deux sièges. Faites-lui connaître que je dois envoyer des
escadrons de gendarmerie à pied et à cheval pour organiser toute la partie de
l'Aragon qui est entre l'Èbre et les Pyrénées, et que je désire qu’il me fasse
passer un projet là-dessus.
Résumé. - Moyennant les dispositions contenues dans cette
lettre, la division Reynier se trouve dissoute; la brigade Mont
13 février 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
J'ai pris un décret pour mettre les statues de plusieurs
généraux sur la place de la Concorde. Je crois qu'il est convenable de charger
de cela le sieur Denon. Je l'ai chargé de la statue du général d'Hautpoul. Je
l'ai chargé spécialement de ce qui est relatif à l'éléphant et à l'aiguille du
Pont-Neuf. Mais il est nécessaire qu'il prenne vos ordres et travaille avec
vous pour ces différents monuments.
Paris, 13 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
J'ai examiné le projet d'Anvers. Je désire qu'on trace la
couronne qui enveloppe la lunette beaucoup plus en avant de la place.
Comme on peut éloigner les lunettes qui doivent flanquer
la couronne, il est facile de la porter assez loin pour que les demi-lunes de
la citadelle ne soient pas attaquables sans avoir pris la couronne, pour
qu'elle soit d'autant plus éloignée des chemins couverts de la demi-lune E, et,
enfin, pour avoir de l'emplacement pour un camp, lorsque l'ennemi aura forcé
celui qui est en avant. En plaçant la couronne à 250 ou 300 toises de la
lunette, celle-ci aura toute sa défense. Les défenses successives sont plus
soutenables dans une place à très grande garnison comme Anvers, surtout dans
une place qui peut être appuyée par la Belgique ,qui est un arsenal de marine,
et dans laquelle les affûts, les canons, les munitions de toute espèce, les
blindages, tout enfin se trouve en abondance.
Je demande donc un tracé de cette couronne qui remplisse
parfaitement les trois buts que je propose. Cela a aussi l'avantage qu'un jour
on peut effacer le rempart autour de la nouvelle demi-lune. On y gagnerait un
espace immense pour les chantiers de la marine.
J'ai accordé 1,200,000 francs pour les fortifications
d'Anvers pendant 1810 ; j’en accorderai 1,200,000 pour 1811 ; ce qui
fera 2,400,000 francs. Il faut avec ces 2,400,000 obtenir un système, car rien
ne dit qu’on ne soit pas attaqué avant 1812. Bien des évènements pourront avoir
lieu d’ici là. Il est nécessaire que, cette année, le fort de la rive gauche
puisse être armé en un mois de temps, si cela devenait nécessaire; qu'en 1811
il puisse être achevé avec les casemates et les magasins à poudre.
Quant à l’enceinte de la place, je la divise en deux: une
partie qui est inondée et qui regarde le bas Escaut. Je demande que, au lieu où
se joignent la digue Ferdinand et la digue de l'Escaut, on élève deux traverses
qui fassent un angle entre elles et qui enfilent, l'une la digue Ferdinand, l'autre la digue qui
longe la rivière. Ces ouvrages en équerre peuvent contenir une quarantaine
d’hommes ; ils seront ensuite enveloppés d'un fort, lui serviront de
réduit, et, en attendant, donneront le temps et l'assurance nécessaires pour
couper les digues. Ces traverses rempliront le double but de servir de corps de
garde et de défense.
Il parait que l'inondation couvre tous les fronts du camp
jusqu'au canal de Herenthal. Je demande que, cette année et l'année prochaine,
on fasse la couronne et la digue de Deurne, qui couvre le premier camp
retranché; ce qui couvre la place jusqu'aux fronts de droite, et ce qui
nécessairement ajoute une défense à toute la gauche.
Quant à la droite, je désire que l'année prochaine on ait
fini la couronne qui couvre les fronts de la citadelle, comme je l'ai indiqué;
que cette année on fasse les dépenses nécessaires pour fonder les ouvrages de
la campagne prochaine; qu'on fasse un beau magasin à poudre dans la
Tête-de-Flandre; qu'on en fasse deux autres le long des remparts, afin que, dans
les troisième et quatrième années, on finisse tout le projet de fortifications
suivant le plan adopté.
Du reste, les dépenses de 1811, de 1812 et de 1813,
seront approfondies au conseil de novembre prochain, d'après des plans à grand
détail qui seront faits cette année.
Je donne 400,000 francs pour la couronne. Il faut diriger
les travaux de manière que, l'ennemi venant attaquer au mois d'août, on puisse
convertir les trois bastions en trois beaux saillants retranchés qui puissent
faire leur office.
Je ne vois pas non plus un hon mémoire sur les
inondations. Il faut faire faire les nivellements, tracer les digues et les polders
environnants.
Quant aux chemins couverts, au curement des fossés, c'est
l'ouvrage le plus important. Il faut abattre les tours, les magasins qui gênent
la circulation des remparts, sans considération quelconque, ôter la poudre des
tours, ce qui pourra se faire moyennant les trois magasins à poudre.
Il faut aussi ordonner que tout le magasin des Carmes
soit mis à la disposition de l'artillerie, et donner à l'artillerie les fonds
nécessaires pour construire les hangars et armer la place, car j'ai ordonné
qu'il soit envoyé à Anvers une grande quantité d'artillerie de bronze des
places de Flandre.
Il est possible que je puisse moi-même aller à Anvers,
d'ici à l'année prochaine. Toutefois j'arrêterai les projets de la
Tête-de-Flandre, comme plan, l'année prochaine sans doute. C'est là faudra
placer tous les établissements d'artillerie; mais, en attendant, il faut lui
donner les Carmes.
Paris, 13 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le duc de Feltre, je viens de prendre un décret
qui accorde 466,000 francs pour les travaux d’Aix.
Article Ier. – Batterie circulaire. Mon intention est
que, moyennant les 41,000 francs accordés, il y ait de l'eau tout autour de
cette batterie et à la gorge, de manière que, l'ennemi débarquant auprès des
rochers, après avoir éteint le feu de la place, il y ait impossibilité physique
de s'emparer de la batterie.
ART. 2. - Je consens qu'on dépense 50,000 francs pour
réparer le retranchement, mais à condition que ces réparations soient
définitives; que le relief du retranchement soit le même que celui d'un corps
de place, et non celui d’un simple retranchement de campagne, parce qu’il me
semble qu’en donnant au retranchement le relief convenable et en construisant
le bastion de gauche, le reste du retranchement sera suffisamment en sûreté, et
qu'il n'y aura plus qu'à porter la défense ailleurs.
ART. 3. - Je mets 180,000 francs pour être employés
entièrement au bastion de gauche, parce que je veux un très grand et très beau
bastion, puisque c'est le point d'attaque et que le reste du retranchement du
bourg est couvert par des inondations. Je désire que, dans le projet, le
bastion soit porté en avant et qu'il soit détaché de l'enceinte actuelle, de
manière que l’enceinte reste intacte, sans que cela cependant ôte au bastion la
défense qu’il peut tirer du retranchement. Je veux dans ce bastion un cavalier, avec casemate, qui domine l’île,
donne deux rangs de feux, et mette le reste de l’enceinte à l’abri d’une
attaque : c’est ce qui fait que je donne 180,000 francs pour ce bastion.
ART. 4. - La batterie de l'île d'Ènette doit être
terminée, et avant le ler s’il est possible, de manière à pouvoir être armée de
douze pièces de 36 sur affûts de côte et de six mortiers.
Bâtiments militaires. – ARTICLE 1er. - Il y a déjà un magasin à poudre dans la
batterie circulaire, et suffisant pour la batterie. Je désire qu'on construise
deux magasins à poudre dans le retranchement du bourg, dont un près
l'embarcadère, afin qu'il soit éloigné des feux qui pourraient avoir pour but
d’éteindre la batterie circulaire.
Il est nécessaire que de ces deux magasins un, au moins,
soit terminé cette année, et qu'on puisse y déposer des poudres.
ART. 2. – Je mets 50,000 francs pour des baraques. Je
sais qu'il y a de quoi loger 1,200 hommes; je veux qu'on puisse en loger encore
7 à 800, afin d'avoir 2,000 hommes logés; ce qui, joint aux 1,200 hommes déjà
logés dans le faubourg, fera 3,200 qu'on pourra loger cette année.
Je n'adopte que le projet de cette année, parce que je
suis forcé par le temps. Je pense que, le bourg fermé, la batterie circulaire
terminée, les magasins à poudre finis, les ouvrages existants sont suffisants
pour mettre le bourg à l'abri d'un coup de main; mais, si l'ennemi peut
débarquer dans l'île, il sera maître de la place un mois plus tôt ou un mois
plus tard, quelque résistance qu'on puisse lui opposer. Je pense donc qu'il est
convenable d’établir deux forts, dans le genre de ceux que j'ai fait construire
à Boulogne, c'est-à-dire une enceinte bastionnée avec de l'eau dans les fossés,
s'il se peut, et un réduit en maçonnerie, ayant l'escarpe, contrescarpe et souterrain
à l'épreuve. Ce fort serait situé au milieu de l'île, à 4 ou 500 toises du
retranchement du bourg, et aurait une caponnière par laquelle on communiquerait
du fort au bourg. Un troisième fort sera établi à l'extrémité de l'île, de
manière qu'il se trouve à 4 ou 500 toises du deuxième fort; ce fort serait
moins considérable que le deuxième.
Ces projets seront faits cette année, pour m'être soumis
au conseil de novembre prochain.
Moyennant cela, 600 hommes dans le bourg, 400 hommes dans
le fort du centre, 200 hommes dans le fort de l'extrémité, au total 1,200 hommes, mettront l'île à l'abri de
toute attaque, car il y aura impossibilité physique d'y descendre sans se
trouver sous la mitraille.
Paris, 13 février 1810.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, voici mes intentions sur les
travaux de Flessingue.
Je désire qu'il y ait une écluse de faite cette année, et
que les ouvrages soient poussés de manière que le fort de gauche soit fini,
qu'on construise sur la digue trois ou quatre traverses casematées, entre la
place et le fort de gauche, afin que la communication en soit toujours sûre.
Par ce moyen, des corps de garde de quinze hommes sur les digues, casematés et
couverts pur les terres, rendront difficiles les cheminements et assureront
toujours la communication. Il faut aussi que ces traverses aient des feux sur
le plat pays, par leur petit côté. Ne mît-on là que quatre fusils de rempart,
ce serait un grand avantage. Ma volonté est que le comité désigne l'emplacement
de ces traverses, qu'elles soient fondées, terminées et en état de défense
cette année.
J'approuve, pour Breskens, le projet de pentagone. Ma
volonté est qu'il soit tracé sur les
digues, dans l'emplacement désigné par le comité, deux ou trois
traverses qui arrêtent l'ennemi au delà des saillants du pentagone. Ces
traverses auront aussi des feux sur la mer, et même sur la plage, en arrière,
jusqu'à la batterie. On les armera de fusils de rempart. Ainsi situées, ces
traverses seront à l'abri d'un coup de main; il faudra ouvrir la tranchée pour
les aborder sous le feu des batteries du front.
J'ai mis pour tout cela 530,000 francs, savoir : 400,000
francs pour Breskens, et 130,000 francs pour la batterie Napoléon. Je désire
que cette batterie soit également fermée, et qu'il y soit construit, à
l’épreuve, un magasin de cinquante milliers de poudre, afin d'avoir les poudres
à l'abri de tout événement.
On fera les projets en règle pour les places de l'Écluse
et du Sas-de-Gand. Mais il est vrai de dire qu'il serait ridicule de travailler
à ces places lorsque l'île de Cadzand et Flessingue ne sont pas en état.
Il faut que le ministre prenne des mesures pour qu'on
travaille à l'île de Cadzand dès le mois de mars; qu'on requière des maçons
dans toute la Belgique et qu'on prenne des moyens extraordinaires convenables.
Ce fort là est du plus grand intérêt. Je désirerais qu'on fit cette année les
trois forts du côté de la campagne, sans faire les deux fronts du côté de la
mer. Cette trouée serait fermée par les deux traverses que je propose, sauf à
arranger les deux saillants de manière à avoir des feux pour protéger les
traverses.
Une autre année, on fera les deux fronts de la mer ;
mais il est indispensable de faire cette année un magasin à poudre, au pied des
digues par exemple, ou dans tout autre endroit qui paraîtrait plus convenable
pour le mettre à l'abri des feux de l'ennemi.
Paris, 13 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris.
Je désire que vous me présentiez un état des bâtiments
militaires qu'on veut céder aux communes. Une colonne contiendra la dépense
d'entretien des bâtiments; une colonne, la dépense d'entretien des lits et de
l'ameublement; une autre colonne, le total de ces dépenses; une autre colonne indiquera
le revenu des villes. Le résultat de ce mémoire me mettra à même de raisonner
et rédiger le décret. On ne peut rejeter sur le ministère de l'intérieur la
dépense des bâtiments militaires; il n'en entretiendra aucun. Il aimera mieux
entretenir les prisons, qui tombent en ruine. Ce serait une lutte continuelle
entre le ministre de la guerre et celui de l'intérieur, et cela compliquerait
l'administration.
Je crois que les communes sont assez riches. Elles ont
déjà fait les lycées, les dépôts de mendicité; presque toutes peuvent
entretenir leurs casernes, et le ministre de la guerre économisera beaucoup de
dépenses et d'employés.
Mais le travail fait par le génie n'est pas assez complet
pour que je puisse prononcer. Il doit renfermer toutes les données. Ainsi il
doit dire : l'entretien des bâtiments militaires de Paris coûte tant;
l'ameublement des bâtiments, tant; total, tant; la commune de Paris a tant de
revenus.
On ne doit pas porter l'entretien de ces bâtiments dans
leur état actuel, après une longue interruption dans les réparations; mais il
faut prendre un état moyen entre les bâtiments vieux et les bâtiments neufs; le
comité doit avoir des bases là-dessus.
Il n'est pas de commune qui ne préfère donner 300 francs
pour l'entretien de ses casernes à donner 300 francs au trésor public; cela
augmente son influence et la soulage. Elle peut loger les troupes qui passent
les prisonniers. Elle évite les frottements avec les officiers du génie et les
employés militaires, parce que la commune n'a là que des subordonnés.
Il n'y a pas de commune qui ne puisse employer du dixième
au vingtième de ses revenus à cet objet. Les revenus des communes, en France,
sont de soixante et quelques millions; le dixième de 60 millions est 6
millions; le vingtième est 3 millions; le terme moyen est d'environ 4 millions;
mais, enfin, ne prit-on que le vingtième, ce serait un grand soulagement pour
le ministre de la guerre, et une chose d'autant plus convenable pour les
troupes, que l'autorité qui doit réparer se trouve sous les yeux du commandant
et du colonel, et que la mesure est toute simple, celle de loger chez l'habitant.
Cela doit porter les communes à voir avec moins de peine
la mesure qu'on propose. Il y a beaucoup de communes qui se chargent de réparer
leurs casernes, afin d'éviter les logements, qui, outre la gêne, obligent à
fournir le feu, le sel, la lumière et beaucoup de petites fournitures. Je
regarde donc l'idée de donner les casernes aux communes comme une bonne
opération d'administration.
Aussitôt qu'on me remettre l’état que j'ai demandé, je
déciderai tout de suite. Il y a quatre ans que cette affaire dure, parce que je
n'ai jamais vu un projet qui me présentât les données nécessaires.
Paris, 13 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je désire que, samedi au plus tard, vous me présentiez
l'état des casernes de l'intérieur à remettre aux villes, des ponts-levis à
supprimer dans les places, des digues et écluses à rendre aux ponts et
chaussées, des places à ne plus entretenir, afin de produire par là une grande
économie. Ces trois derniers objets seront contenus dans un seul décret en
plusieurs titres.
Je n'attache aucune importance à Ypres. J'ai là des
fortifications qui empêchent la ville de s'étendre et occasionnent des
prohibitions qui gênent la population.
Je n'attache aucune importance à Gand, Amiens, Mézières,
Verdun, Auxonne, Colmar, Entrevaux, Villefranche, ainsi qu'un grand nombre de
places. Le comité verra en détail l'état des places. Je ne veux point les
démolir, mais je ne veux y faire aucune espèce de dépense. Je serais d'avis que
deux ou trois châteaux, tels que Ham, qui servent de prisons d'État, fussent
remis à la police, qui se plaint du génie et que les prisonniers s'échappent;
elle n'aura plus lieu de se plaindre de personne. En faisant démolir Sedan,
j'ai dit qu'on conservât la citadelle; mais je ne veux rien y faire. Je
n'attache aucune espèce d'importance à aucune place de la Corse; aucune ne peut
se défendre; il n'y a là aucun système; aucune n'est approvisionnée de manière
à pouvoir se défendre.
Ainsi donc les places à entretenir sont les places de
première ligne; en outre, quelques places centrales, Metz par exemple; quoique
n'étant pas de première ligne, c’est un point d'appui. J'attache aussi de
l'importance à Lille. Luxembourg est une place à discuter. Je verrais
volontiers un mémoire sur Luxembourg. Il est clair que Luxembourg a été fait
contre Metz. Est-il utile de le garder ? Je ne préjuge point la question:
je n'y ai pas réfléchi. Il est évident que cette place exige une grande
garnison, un grand entretien, un grand approvisionnement dans un pays très
ingrat.
En supposant qu'on conserve Luxembourg et Metz, il est
évident que bien des petites places, précédemment élevées autour pour fermer la
trouée qui existait, deviennent aujourd'hui inutiles : par exemple Longwy. La
position de Luxembourg tournait et prenait en flanc tout le système de
l'Alsace.
Longwy, Sarrelouis, Sarrebourg, Sarreguemines, Phalsbourg,
sont des places auxquelles je ne veux pas dépenser un sou, mais il faut que le
directeur des fortifications et le commandant militaire aient la surveillance
pour qu'on ne détruise rien.
Ici il faut poser le principe : toute place est bonne. Je
désirerais en avoir une à Orléans comme point central, pour contenir tous les
dépôts de France. Mais il n'est pas question de faire des romans, et la
question se réduit à cela : l'état n'a que 1,200,000 ou 1,500,000 francs pour
entretenir ses places; faut-il mieux les employer à entretenir avec soin les
places de première ligne, ou les diviser sur une multitude de places, de
manière à avoir sa frontière en mauvais état ?
Pendant qu'on prendra Mayence, Landau ou Wesel, on aura
le temps de réparer les places de la Flandre, de la Meuse et de Lorraine. En
cent années de temps, même sans rien faire, une fortification ne se dégrade pas
de manière qu'en trois mois, avec des bras et de l'argent, on ne la mette en
état; car, quand même il y aurait quelque brèche au corps de place, il n'yen
aura pas à la demi-lune, ni à la contrescarpe, et la place pourra encore se
maintenir en état de défense, et d'ailleurs il n'y a pas de brèche qu'on ne
puisse réparer en trois mois. Si nos places de Flandre eussent été négligées
pendant quinze à vingt ans, elles n'en auraient pas moins joué leur jeu en
1793, en supposant qu'on y eût travaillé en 1791 ou 1792, comme on a fait
effectivement dans toute la France.
J'ai vu, dans ma tournée, qu'on s'amusait à relever la
contrescarpe d'un bastion à Mézières, tandis que toutes les contre-mines de
Mayence s'écroulaient. Je désire qu'il n'y ait rien de pareil cette année. Il
ne s'agit point de dépenser de petites sommes; je ne veux pas qu'on dépense un sou. Je veux d'abord que
mes places frontières soient en état ; il faut supprimer sans miséricorde
toute espèce de dépense aux autres places.
Paris, 13 février 1810.
Au comte Daru, intendant général de la maison de
l’empereur, à Paris
Monsieur le Comte Daru, le maire de Lyon m'a dit que le
terrain de l'île Perrache était fini. Je désire que vous teniez un conseil
composé de l'intendant de mes bâtiments, de mon premier architecte et de mon
grand maréchal, pour me présenter un projet de palais à bâtir sur ce terrain.
Paris, 13 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Je désire que vous voyiez le sieur Denon et d'autres
artistes, pour me proposer l'érection, sur le pont d'Austerlitz, de plusieurs
statues, mon intention étant d'y placer des statues des généraux et colonels
distingués tués dans les dernières campagnes. Même chose sur le pont d'Iéna.
J'attends un rapport de vous sur ces objets.
Paris, 13 février 1810
Au comte Defermon, intendant général du domaine
extraordinaire, à Paris
Monsieur le comte Defermon, vous recevrez un décret qui
change quelque chose à la distribution des domaines en Galicie et des actions
du canal du Midi et du canal du Loing. Ces changements se réduisent à la
substitution de la principauté d'Essling à la principauté de Raab.
Toutes les dispositions qui auraient pu être faites pour
la dotation d'une principauté de Raab doivent être annulées.
Vous recevrez également un décret qui constitue
définitivement la dotation des trois principautés de Wagram, d'Eckmühl et
d'Essling.
Enfin vous recevrez un autre décret qui crée six
dotations pour les six grandes charges de la Couronne.
Par ces différentes dispositions, je me trouve avoir
entièrement disposé des actions des canaux du Loing et du Midi, des domaines en
Galicie, des six millions de domaines dans les départements du Rhin, des
750,000 francs de rente sur le grand-livre de l’année, hormis 60,000 francs qui
restent encore à distribuer, des 750,000 francs sur le Mont-Napoléon, hormis
25,000 francs qui n'ont pas encore de destination, et de 100,000 francs sur ce
qui reste de l'ancien fonds de 1,200,000 francs, créé sur le Mont-Napoléon.
Paris, 13 février 1810
A M. de Rémusat, préfet du Palais, à Paris
Puisque
l'opéra de la Mort d'Abel est monté, je consens qu'on le joue. Désormais,
j'entends qu'aucun opéra ne soit donné sans mon ordre. Si l'ancienne
administration a laissé à la nouvelle mon approbation écrite, on est en règle,
sinon non. Elle soumettait à mon approbation, non seulement la réception des
ouvrages, mais encore le choix. En général, je n'approuve pas qu'on donne aucun
ouvrage tiré de l'Écriture sainte; il faut laisser ces sujets pour l'Église. Le
chambellan chargé des spectacles fera immédiatement connaître cela aux auteurs,
pour qu'ils se livrent à d'autres sujets. Le ballet de Vertumne et Pomone est
une froide allégorie sans goût. Le ballet de l'Enlèvement des Sabines est
historique; il est plus convenable. Il ne faut donner que des ballets
mythologiques et historiques, jamais d'allégorie. Je désire qu'on monte quatre
ballets cette année. Si le sieur Gardel est hors d'état de le faire, cherchez
d'autres personnes pour les présenter. Outre la Mort d'Abel, je désirerais un
autre ballet historique plus analogue aux circonstances que l'Enlèvement des
Sabines.
(Lecestre)
Paris, 13 février 1810
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Je
vous envoie des pièces qui viennent de Rome, trouvées dans le secrétaire même
du Pape; faites-moi l'analyse de toutes ces pièces.
(Lecestre)
Palais des Tuileries, 13 février 1810
ORDRE.
Sa Majesté juge convenable que le ministre de la police fasse
mettre les scellés sur les papiers du sieur Sonlavie, pour y chercher ceux
qu'il peut avoir recueillis dans les établissements publics pendant la
Révolution, et qui, intéressant l'État, ne peuvent devenir à aucun titre la
propriété d'un particulier.
Paris, 13 février 1810
NOTE
POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.
Les archives des relations extérieures n'ont pas toujours
ce qu'on leur demande. L'archiviste est, pour ce département, archiviste
général. S'il n'a pas ce qui est nécessaire au service, il doit le chercher ou
dans les archives nationales, ou dans les archives du Gouvernement, ou à la
Bibliothèque impériale. On ne doit jamais avoir besoin de recourir à un autre
que lui pour les documents qui ont quelque rapport avec les relations
extérieures.
Paris, 13 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous
communiquiez à l'intendant de mon domaine extraordinaire les articles du traité
avec la Westphalie qui le concernent. Écrivez à mon ministre à Cassel pour
qu'il presse la rentrée des bons, et présentez-moi les pleins pouvoirs et
autorisations nécessaires pour la remise du Hanovre au Roi à l'époque du
1er mars; en conséquence, l'entretien
des troupes à sa charge comptera du ler mars. Envoyez à mon ministre une
instruction pour la remise du Hanovre, avec toutes les réserves et clauses qui
mettent mes intérêts à couvert, et faites-lui connaître qu'avant tout il faut
que les bons soient versés.
Faites bien connaître à mon ministre que, par le mot
entretenir, il faut entendre solder, habiller, nourrir et fournir de tout mes
troupes. Il eût été à désirer que cela eût été mieux spécifié. Il est important
que dans l'acte qui accompagnera la remise du Hanovre il y ait une clause qui
porte que l'entretien de mes troupes sera à la charge du Roi depuis le 1er
mars.
Paris, 13 février 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
J'ai été visiter les archives. Elles me paraissent bien
incomplètes, et je ne sais pas si l'hôtel Soubise pourra suffire à placer cette
immense quantité de papiers.
Si les Archives doivent rester à l'hôtel Soubise, il faut
avoir un plan bien fait, et prendre de fortes mesures de précaution pour qu'on
n'ait pas à craindre le feu.
Je voudrais un projet de décret général sur les Archives.
Je désirerais que l'on renfermât dans les Archives générales tout ce qui est
antérieur au règne de
Je désirerais qu’on pût tirer des expéditions une
rétribution suffisante pour couvrir les frais de l'établissement.
Il y a à Versailles, à Rome et dans les départements,
beaucoup de papiers qu'on pourrait réunir dans les archives centrales. Il me
semble que, par ce moyen, l'administration aurait ce qu'il lui faut.
Dans cinquante ans, on déclarerait que tout ce qui est du
siècle de
Paris, 14 février 1810
A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris
Vous donnerez l'ordre de se rendre à Paris et d'y établir leur domicile aux
sieurs Spinola de Pelisseria, Jules Raggio et ses fils, Nicolas Cataneo, Joseph
Grimaldi, Paul-Jérôme Pallavicini, Grimaldi della Pieha, du département de
Gênes, Fossone, Montalto et Solano del Borgo, du département du Pô.
(Lecestre)
Paris, 15 février 1810
Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du
palais, à Paris
Faites faire par le sieur Fontaine un rapport sur cette
question :
1° Est-il possible de placer toutes les Archives
nationales dans les nouvelles galeries que je fais aux Tuileries ?
2° Et, si cela ne peut pas se faire sans défigurer le
palais, que coûterait l'établissement des Archives dans l'emplacement de la rue
de Rivoli ? Je crois qu'on pourrait faire de grandes galeries avec quelques
bâtiments transversaux. Il me semble que deux étages paraîtraient suffisants.
II faudrait y mettre du fer au lieu de bois, afin qu'elles fussent
incombustibles.
3° En quel état est le palais Soubise ? Peut-il loger un
prince ?
Que vaut cette maison dans son état actuel ? Gagnerait-on
sur le prix de cette maison ce que coûterait ce nouveau bâtiment ?
Paris, 15 février 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur
le vice-amiral Decrès, je vous renvoie votre dépêche que vous pouvez faire
partir sans délai. J'en ai effacé un paragraphe, parce que ce paragraphe
semblerait abandonner la discussion sur le Hanovre. Vous pourrez finir par
cette phrase: « Enfin nous devons désirer de part et d'autre de faciliter
l'arrangement de ces discussions. II paraîtrait convenable qu'un de vos
commissaires vînt à Morlaix, où sa présence contribuerait à aplanir toutes les
difficultés, et accélérerait par là le soulagement qu'attend l'humanité. »
(Ministre
de la marine)
Paris, 15 février 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur
le vice-amiral Decrès, écrivez au Transport-Office, qu'en France le traitement
des officiers anglais prisonniers est ainsi réglé:
Pour
les généraux de division : 3.0000 francs par an, 8,32 francs par jour ;
Généraux
de brigade : 2,000 francs par an, 5,55 francs par jour ;
Colonels
et adjudants-commandants : 1,200 francs par an : 1,200 francs par an,
3,33 francs par jour ;
Majors :
1,000 francs par an, 2,77 francs par jour ;
Lieutenants-colonels :
900 francs par an, 2,50 par jour ;
Capitaines :
600 francs par an, 1,60 par jour.
Que
cependant en Angleterre les officiers prisonniers de tous les grades ne
reçoivent que 30 sous par jour; que vous êtes chargé de proposer de faire le
même traitement aux officiers français, prisonniers en Angleterre, que celui
qui est accordé aux officiers anglais prisonniers en France; que cela est peu
de chose, il est vrai, mais qu'il est de la dignité militaire de ne pas traiter
les grades supérieurs comme les grades inférieurs.
(Ministre de la marine)
Paris, 15 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, suspendez de son commandement le colonel Campi, pour la
mauvaise conduite qu'il a eue et qu'il a tolérée dans son régiment à Salzbourg.
Donnez-lui l'ordre de se rendre à Paris, pour se justifier devant une
commission du conseil d'Etat.
(Brotonne)
Paris,
15 février 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, j'approuve le rapport ci-joint avec les modifications suivantes:
1° de ne prendre du Tyrol italien que 280.000 âmes, population égale à celle de
Bayreuth et de Ratisbonne, 2° que la Bavière ne cède pour le royaume de
Wurtemberg et les duchés de Bade et de Darmstadt qu’une population de 150.000 âmes. Ainsi, au
lieu de 188.000 âmes, la Bavière eu gagnera 240,000 à 250.000. Sur les 150.000
âmes cédées par la Bavière je crois qu'il faut donner 110.000 âmes au
Wurtemberg, 25.000 à Bade et 15,000 à Darmstadt. On donnera de plus à Darmstadt
les enclaves de Hanau qui ont environ 10.000 âmes, de sorte qu'il aura un
accroissement égal à celui du duché de Bade. Il est urgent de conclure aussi
promptement que possible. Vous mettrez un
article qui déclare effacées au moyen de ces cessions toutes les
prétentions de la Bavière pour des fournitures faites aux troupes françaises
pendant la dernière guerre et vous étendrez cet article à Wurtemberg, à Bade et
à Darmstadt. Pour Bayreuth, vous aurez soin de confirmer tous les biens que
j'ai distribués et de me réserver ceux qui sont compris dans les séries ou bien
tant de millions en bons, à peu près comme ceux de la Saxe et moyennant cela je
me chargerai de l'hypothèque de la principauté d'Essling; pour Ratisbonne, vous
stipulerez deux fiefs de 4OO.OOO francs de rentes chacun. Vous aurez également
soin de stipuler expressément la terre que j'al donnée au général de Wrède.
(Brotonne)
Paris, 15 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, envoyez la convention que j'ai faite avec la Russie à mon
ministre à Dresde, pour qu'il la communique au roi et engage ce prince à ne
plus se servir de la dénomination de Pologne dans les ordres qu’il donnera au
Grand-duché de Varsovie. -Faites mettre dans le Journal de l'Empire l'article:
Varsovie tiré du Journal de Leyde qu'a envoyé le sieur La Rocheroucauld en
tournant cet article en ridicule. Montrez-le aux ministres du roi et chargez le
sieur La Rochefoucauld d'en porter les plaintes et de faire connaître que cela
a nécessité l'impression de la note que vous avez remise, il y a quinze jours,
à M. de Roell et qu'on verra demain dans le Moniteur. Le gouvernement
hollandais devait sentir qu’engager une querelle pfficielle par écrit, c'est
vouloir en venir bientôt aux armes.
(Brotonne)