15 – 28 Février
1810
Paris, 15 février 1810
DÉCISION
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Sire, les Rohan
jouissaient de l'agrément d'offrir des premiers à leurs souverains leurs
hommages et leurs vœux dans les événements qui leur étaient personnels :
daignez agréer les miens sur le
mariage de Votre Majesté. En lui renouvelant mon serment de fidélité et
d'attachement, j'espère que, me regardant toujours comme un de ses serviteurs
les plus dévoués, elle m'attachera soit à son auguste personne, soit à celle
de la nouvelle Impératrice et de ses enfants, que personne au monde
n'ambitionne plus que moi de voir, pour le bonheur, la tranquillité de
l'Empire et votre satisfaction personnelle. Alors je dirai dans la joie de
mon cœur, les paroles de Siméon: Nunc dimittis servum tuum. Oui, Sire, mon
existence ne m'est chère que pour la sacrifier au grand Napoléon; il est mon
dieu tutélaire, et le chagrin le plus vif pour moi serait si Votre Majesté
pouvait en douter; mais non, ma probité est connue; on ne change point à mon
âge. Tant que j'aurai un souffle de vie, ce sera pour vous la consacrer.
D'ailleurs, vos bienfaits sont des liens, des motifs indissolubles
d'attachement, et je les attends avec respect. Le plus grand des empereurs
n'oubliera point un de ses plus anciens serviteurs, et le seul de son nom
qui, dès le premier moment, s’est hâté
de s'offrir. F. de Rohan, premier aumônier. |
Le duc de Frioul fera
payer douze mille francs au premier aumônier, sur la caisse des théâtres. |
Paris, 16 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois la réclamation du
roi de Westphalie que vous me transmettez. Cette réclamation est juste, puisque
ce prince ne doit entretenir que 18,000 hommes de troupes françaises, dont
6,000 de cavalerie.
Faites-moi un rapport sur la quantité de troupes que je
dois avoir dans les places de Stettin, Küstrin, Glogau et Danzig, et proposez
moi un projet d'ordre pour y envoyer des troupes de la division Gudin et un
régiment de cavalerie légère du général Jacquinot. Les Polonais et les Saxons
qui sont dans ces quatre places retourneraient chez eux.
Paris, 16 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous
recevrez un décret par lequel je destitue le sieur Normand ou Lenormand,
commandant d'armes à Savone. Je désire une note sur cet officier, qui
entretient avec le Pape une correspondance indigne d'un militaire. Vous
donnerez ordre que, trois heures après la notification que vous ferez au sieur Lenormand
de sa destitution, il parte de Savone. Proposez-moi un bon officier pour mettre
là. Désignez le lieu où le sieur Lenormand doit se rendre. La police a tous les
renseignements qui regardent cet individu.
(Lecestre)
Paris, 16 février 1810
Au comte Lavalette, directeur général des postes, à Paris
Faites
venir Fiévée chez vous et demandez-lui un mémoire sur ses voyauge à Londres, en
septembre et octobre qui ont précédé le 18 brumaire, et sur les rapports qu'il
a eus depuis avec le chevalier de Coigny.
(Brotonne)
Paris, 17 février 1810
EXPOSÉ DES MOTIFS DU SENATUS-CONSULTE SUR LA RÉUNION DES
ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE
Monseigneur, Sénateurs, le sénatus-consulte que nous vous
apportons va consommer un des plus grands évènements politiques de la grande
époque où nous vivons.
Il réunit l’État de Rome à la France.
Il trace une ligne profonde entre les intérêts de la
politique et ceux de la religion.
Il assure l'existence temporelle, honorable et
indépendante, du chef de l'Eglise.
Je vais indiquer rapidement, Messieurs, les puissants
motifs qui ont amené Sa Majesté à de si importantes résolutions. Leur
développement appartient à l'histoire.
Je dirai sommairement ce qui a, par une gradation
successive, nécessité l'occupation du littoral romain et d'un de ses ports,
déterminé ensuite l'invasion du territoire, obligé, depuis, à s’emparer du
gouvernement et de l'administration, enfin décidé la conquête.
Passant à l'obligation de régler l'usage de cette
conquête, je ferai connaître le besoin de la réunion.
Enfin je mettrai sous vos yeux les suites de l'une et de
l'autre, leurs résultats pour l'Empire, pour l'Eglise, pour son premier
pontife.
PREMIÈRE PARTIE.
Elle est présente au souvenir de tous les amis de la
morale, de la religion et de l’ordre, cette époque où les pierres du sanctuaire
dispersées furent réunies sous une main réparatrice et où l’édifice auguste de
la religion reparut au sein de la France régénérée.
Alors et depuis, le Pape bénit, au nom de l’éternel, le
monarque puissant qui avait relevé les autels; alors le Pape renoua l'antique
alliance de la France et de l’Église.
Que n'y a-t-il été fidèle ! La prudence, la justice le
conseillaient, à défaut de la reconnaissance.
S'il n'eût été que pontife, il ne l'eût pas abjurée; mais
il était aussi souverain d'un état plus important par sa position géographique
que par son étendue ou son importance.
En 1805, alors que l'Angleterre détourna sur l'Allemagne
l'orage prêt à fondre sur elle; alors que l'armée austro-russe menaçait la
France vers le Rhin, que celle du prince Charles menaçait l’Italie vers
l'Adige, les flottes anglaises vers l'Adriatique, le littoral romain, ses
ports, Ancône surtout et sa citadelle, étaient sans défense; leur accès ouvrait
le continent à ses ennemis acharnés et livrait momentanément l'entrée de
l'Italie aux Anglais. Leurs projets n'avaient pas échappé à l'Empereur. Le Pape
en fut instruit par le ministre de France; en lui dévoilant le danger, on lui
indiqua le remède, savoir: la défense des côtes, l'armement de la citadelle
d'Ancône.
Le pontife était sans volonté; il déclara qu'il était
sans moyens. Il offrit à la France, pour toute garantie, sa neutralité. Sa
neutralité !
Comme si elle pouvait exister avec la perfidie accoutumée
à la violer, ou sans la force qui la fait respecter ! L'État de Rome eût été
neutre, comme Naples perfide, ou comme Copenhague incendiée.
L'Empereur le sentit; il céda à la nécessité. En allant
vaincre sur le Danube, il voulut assurer les communications de son armée qui
occupait Tarente, garantir son Italie contre les débarquements anglais, se
prémunir contre la foi douteuse du cabinet napolitain: Ancône et sa citadelle
furent occupés.
Toutefois les Français respectèrent le gouvernement
romain; ils se renfermèrent dans des mesures purement défensives ; ils
n'exercèrent que la surveillance contre l'ennemi, et non l'autorité sur les
alliés. Tels étaient les ordres de l’empereur, telle fut la conduite des
généraux et des troupes.
Justifiée d’avance par tant de graves motifs, cette
mesure le fut encore par la conduite de la cour de Naples. Elle reçut les
flottes ennemies ; et ces flottes débarquèrent au premier appel de la
perfidie, au premier cri de l'espérance, des troupes qu'elles rembarquèrent
bientôt, au premier conseil de la frayeur et au premier bruit de la victoire.
A cette nouvelle preuve de l'obligation impérieuse où
l'Empereur avait été de se mettre en défense, de garantir son armée, de
préserver l'Italie, les conseils de Sa Sainteté eussent dû faire céder leurs
prétentions, taire leurs préjugés, cesser leurs réclamations. Soit aveuglement,
soit obstination, soit inimitié, ils persévérèrent. Le royaume de Naples était
conquis et la France vengée; la cour de Rome gardait la même attitude, tenait
le même langage.
Elle alla plus loin.
Un ministre anglais, la honte de son pays, avait trouvé
un asile à Rome; là, il ourdissait des complots, salariait des brigands,
tramait des perfidies, payait des assassinats; et Rome protégeait le traître et
ses agents; et Rome laissait empoisonner son cabinet de leur souffle
corrupteur; et Rome trahissait, en les altérant, les secrets de la
correspondance de son auguste allié et Rome était devenue un théâtre de
diffamation, un atelier de libelles, un asile de brigandage; et Rome avait
remis sa police à un misérable, digne d’un tel emploi en de tels moments, à
l'assassin de Duphot !
Et Rome, quand une branche de la dynastie de Napoléon eut
reçu des mains de la victoire le sceptre de Naples et des Deux-Siciles,
affecta de ne voir dans cet événement
qu'une occasion de renouveler, au XIXe siècle, sur ces États, les prétentions
des Grégoire, des Léon, et d’oser parler encore de son droit sur des
couronnes !
Mais cet absurde et imprudent langage, le Pape ne l'adressait
pas, comme Grégoire VII, aux enfants dégénérés et avilis de Charlemagne, mais à
son successeur puissant et glorieux.
Napoléon fit parler, par ses ministres, le langage de la
modération méconnue, de la justice blessée, de la dignité offensée, de la puissance
outragée : il demanda au Pape une garantie contre l'abus de sa neutralité par
nos ennemis du continent; à ce prix: il offrait, avec une sincère
bienveillance, et l'oubli du passé et la sécurité de l'avenir.
A ce langage ferme et juste, le cabinet de Rome s'alarma,
députa, négocia, trompa; puis, rappelant son légat, lassa la patience, éveilla
l'indignation, amena enfin le tour de la justice.
Le gouvernement papal s'éteignait cependant au sein du
désordre dont il était lui-même l'artisan. A défaut de soldats, il armait le
fanatisme; il distribuait des scapulaires au lieu de fusils, des libelles au
lieu de manifestes. Il s'anéantissait au sein de l'anarchie; il abdiquait par
son abandon.
Le ministre français dut s'éloigner.
Le temps était venu. Les aigles impériales reprirent
possession de leur antique territoire; le domaine de Charlemagne rentra dans
les mains d'un plus digne héritier : Rome appartint à l'Empereur.
DEUXIÈME PARTIE
Que fera Napoléon de cet ancien patrimoine des Césars ?
L'histoire l'indique, la politique le conseille, le génie
le décide: l'Empereur réparera les fautes de la faiblesse; il rassemblera les
parties, trop longtemps séparées, de l'empire d'Occident; il restera sur le
Tibre comme sur la Seine.
Il fera de Rome, naguère chef-lieu d'un petit État, une
des capitales du grand Empire.
Trop longtemps les préjugés religieux les plus funestes
ont fait taire les intérêts politiques les plus sacrés; trop longtemps, les
souverains de Rome se sont armés contre toute puissance qui s'est élevée dans
leur voisinage; trop longtemps ils ont attaqué successivement et armé les unes
contre les autres, toutes les nations, Venise et Gênes, Naples et Milan,
l'Allemagne et la France. Que ces mots, la politique de la cour de Rome soient
désormais effacés du langage de la diplomatie européenne; que l'étroit intérêt
d'un souverain qui n'avait qu'un territoire sans armée, des ports sans
vaisseaux, une puissance sans soutien, une neutralité sans garantie, se fonde
dans le grand intérêt de la presqu'île d'Italie, uni lui-même à l'intérêt plus
vaste de l'Empire français, à l'intérêt plus universel du continent de
l'Europe.
C'est ce que l'Empereur vous propose aujourd'hui de
décider.
TROISIÈME PARTIE.
En cessant d'être souverain, en quittant toute puissance
temporelle, Sa Sainteté conserve, toutefois, la puissance respectée du premier
pontife chrétien. Restée seule entre les mains du successeur de saint Pierre,
cette autorité ne sera plus sujette aux abus qu'une trop longue confusion avait
rendus si fréquents et si déplorables. Le pouvoir du pontife ne s'armera plus
en faveur du pouvoir du prince.
Les maximes professées par toutes les églises, établies
par les conciles les plus révérés, mises en pratique par les monarques les plus
religieux sur l'autorité des papes, reprendront toute leur puissance.
Les lèvres du chef des pasteurs de Jésus-Christ ne
s'ouvriront plus pour maudire. Il révoquera les anathèmes renouvelés des
Grégoire et des Boniface, des Paul et des Jules, ces anathèmes, réprouvés à la
fois par la justice, la raison et la charité, qui, dans les siècles
d'ignorance, ont causé tant de crimes et de malheurs, et qui, dans ces temps de
lumières, n'excitent que l'indignation ou la pitié; qui, depuis Henri VIII
jusqu'à Élisabeth, depuis Henri IV jusqu'à Napoléon, n’ont eu que le succès du
scandale, et plus d'une fois n'ont fait de mal qu'à la main qui les avait
lancés. Il reviendra au véritable esprit de l'Évangile, qui commande la
soumission aux puissances temporelles; il professera, avec toutes les églises
de l’Empire, les maximes du clergé de France, rédigées par ce Bossuet, dont le
cœur fut à la fois français et chrétien, et qui défendait avec autant de
courage, avec autant d'éloquence, les droits de la religion et ceux des souverains.
Un tel retour est digne des vertus, de la piété du
Saint-Père, de celui qui a appelé, avec tant d'efficacité, les dons et la
protection de l'Éternel sur le monarque chéri des Français, sur le vainqueur de
l'Europe, sur le restaurateur de l'Église de France, sur le défenseur de la
religion.
QUATRIÈME PARTIE
Ce titre auguste est un de ceux auxquels Sa Majesté
attache le plus de prix, et qu’elle justifiera par l'emploi de son pouvoir,
l'étendue de sa magnificence et la dispensation de ses bienfaits.
Le saint-Père aura désormais, d'après les dispositions du
dernier titre du sénatus-consulte, des revenus en fonds de terre, qui suffiront
à la dignité de son rang dans l’Église, et même aux besoins de sa charité.
Les dépenses du Sacré Collège, celles de la Propagande,
sont classées parmi celles de l'Empire, et la générosité de Sa Majesté assure
qu'il y sera pourvu avec largesse.
Ainsi l'Empereur concilie l'exécution des conseils
impérieux d'une politique sage et l'inspiration d'une piété généreuse; il
assure les droits de sa couronne et de son peuple, satisfait aux besoins de la
religion et de ses ministres, rompit tous les devoirs, va au-devant de tous les
vœux.
CINQUIÈME PARTIE
Il prévient même ceux de cette cité fameuse où vivent
tant de souvenirs divers, qui fut le siége de tant de gloire, le théâtre de
tant de maux.
Sans doute elle a craint un moment de descendre du rang
moral assigné où, dans ses illusions, elle se croyait encore placée. Elle
remontera plus haut qu'elle n'a été depuis le dernier des Césars. Elle sera la
sœur de la ville chérie de Napoléon. Il s'abstint, aux premiers jours de sa
gloire, d'y entrer en vainqueur: il se réserve d'y paraître en père; il veut y
faire, une seconde fois, placer sur sa tête la couronne de Charlemagne. Il veut
que l'héritier de cette couronne porte le titre de roi de Rome ; qu’un
prince y tienne la cour impériale, y exerce un pouvoir protecteur, y répande
ses bienfaits, y renouvelle la splendeur des arts.
Tels seront, Messieurs, les résultats de l'acte qui vous
est présenté, dont les sages dispositions assurent la force de l'Empire,
l'indépendance des trônes, le respect des souverains, l'autorité de l'Eglise,
la gloire de la religion.
Palais des Tuileries, 17 février 1810
SÉNATUS-CONSULTE
TITRE Ier - DE LA RÉUNION DES ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE
ARTICLE 1er. - L'État de Rome est réuni à l'Empire
français, et en fait partie intégrante.
ART. 2. - Il formera deux départements: le département de
Rome et le département de Trasimène.
ART. 3. - Le département de Rome aura sept députés au
Corps législatif; le département de Trasimène en aura quatre.
ART. 4. - Le département de Rome sera classé dans la
première série; le département de Trasimène dans la seconde.
ART. 5. - Il sera établi une sénatorerie dans les
départements de Rome et de Trasimène.
ART. 6. - La ville de Rome est la seconde ville de
l'Empire. Le maire de Rome est présent au serment de l'Empereur à son
avènement. Il prend rang, ainsi que les députations de la ville de Rome, dans
toutes les occasions, immédiatement après les maires et les députations de la
ville de Paris.
ART. 7. - Le prince impérial porte le titre et reçoit les
honneurs de Roi de Rome.
ART. 8. - Il y aura à Rome un prince du sang ou un grand
dignitaire de l'Empire, qui tiendra la cour de l'Empereur.
ART. 9. - Les biens qui composeront la dotation de la
couronne impériale, conformément au sénatus-consulte du 30 janvier dernier,
seront réglés par un sénatus-consulte spécial.
ART. 10. – Après avoir été couronné dans l'église de
Notre-Dame de Paris, les empereurs seront couronnés dans l'église de
Saint-Pierre de Rome, avant la dixième année de leur règne.
ART. 11. - La ville de Rome jouira des privilèges et
immunités qui seront déterminés par l'empereur Napoléon.
TITRE II. - DE L'INDÉPENDANCE DU TRÔNE IMPÉRIAL DE TOUTE
AUTORITÉ SUR LA TERRE.
ART. 12. Toute souveraineté étrangère est incompatible
avec l'exercice de toute autorité spirituelle dans l'intérieur de l'Empire.
ART. 13. - Lors de leur exaltation, les papes prêteront
serment de ne jamais rien faire contre les quatre propositions de l'Église
gallicane, arrêtées dans l’assemblée du clergé en 1682.
ART. 14. Les quatre propositions de l'église gallicane
sont déclarées communes à toutes les églises catholiques de l'Empire.
TITRE III. - DE L'EXISTENCE TEMPORELLE DES PAPES.
ART. 15. - Il sera préparé pour le Pape des palais dans
les différents lieux de l'Empire où il voudrait résider. Il en aura
nécessairement un à Paris et un à Rome.
ART. 16. - Deux millions de revenu, en biens ruraux,
francs de toute imposition, et sis dans les différentes parties de l'Empire,
seront assignés au Pape.
ART. – 17. – Les dépenses du Sacré Collège et de la
Propagande sont déclarées impériales.
ART. 18. – Le présent sénatus-consulte organique sera transmis
par un message à S. M. l’Empereur et Roi.
Paris, 17 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est que le sieur
Reinhard soit chargé de la remise du Hanovre. Au lieu d'un décret qui le charge
de cette opération, vous lui enverrez des pleins pouvoirs.
Le procès-verbal de prise de possession que vous me
remettez n'est pas bon, parce qu'il peut y avoir encore beaucoup de choses à
régler.
Il faut rédiger une instruction générale qui fasse
connaître au sieur Reinhard ce qu'il a à faire pour la conservation de mes
droits et intérêts; qu'avant le ler mars tous les bons soient versés; que les
magasins, matériel d'artillerie, etc., doivent m'appartenir; qu'il doit se
concerter avec le gouverneur et l'intendant pour n'omettre, dans la remise du
Hanovre, aucune des réserves qu'exigent mes intérêts; qu'il fasse constater
dans le procès-verbal la réserve des biens que j'ai donnés et de ceux à ma
disposition; qu'à dater du 1er mars tous les engagements et obligations
stipulés commencent pour le roi de Westphalie.
Paris, 17 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, montrez la lettre du sieur la
Rochefoucauld au ministre de Hollande. Dites-lui que la réponse d'Angleterre
devrait être arrivée; que je n'entends cependant parler de rien; que, si l’on
veut prendre un arrangement, il faut le faire sans délai, parce que d'un moment
à l'autre je prendrai le décret de réunion.
Remettez-moi un projet de traité à faire avec la
Hollande, que vous leur proposerez de signer; et, en cas qu'ils ne le veuillent
pas, je déclarerai la réunion.
Paris, 17 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, faites connaître au général Suchet que je lui
réitère l'ordre de faire le siége de Lerida et de Mequinenza, et d'employer le
reste de ses troupes à contenir l'Aragon, en tenant un corps de troupes sur la
frontière du royaume de Valence; que j'ai à cœur spécialement de venir
promptement à bout de la Catalogne. Prévenez-le que le duc de Castiglione a été
jusqu'à Barcelone, et qu'il tâche de se mettre en communication avec lui.
Faites connaître au général Suchet que, s'il recevait de
Madrid des ordres contraires aux miens, il doit les regarder comme non avenus,
surtout pour ce qui regarde l'administration.
Paris, 17 février 1810
A Louis-Charles-Auguste, prince royale de Bavière, à
Munich
Je reçois votre lettre du ... février; je vous remercie
de ce que vous m’y dîtes. Ne doutez jamais de l'intérêt et de l'amitié que je
vous porte. J'aurai les mêmes sentiments pour celle que vous choisissez (La princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen), et qui
sera heureuse par les bonnes qualités qui vous distinguent.
Paris, l7 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux le
traité que j'ai fait avec le Valais et ce qui est relatif à la situation de ce
pays. Il paraît qu'il est mal gouverné et qu'il marche très-mal.
Portez des plaintes au ministre de Prusse sur les
journaux que le sieur Kotzebue imprime à Kœnigsberg. Ecrivez-en également au
sieur Saint-Marsan. En général, vous devez recommander au sieur Saint-Marsan
d'avoir des traductions de tous les journaux qui s'impriment dans la monarchie,
et d'avoir soin de faire supprimer tout ce qu'il y aurait de mal.
Paris, 18 février 1810
A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à
Paris
Monsieur le duc de Bassano, mon intention est que le
rapport sur les comptes de la Légion d’honneur soit imprimé dans le Moniteur
avec le budget de 1810. Présentez-moi la nomination d'un conseil qui se tiendra
sous la présidence de l'architrésorier pour arrêter tous les comptes de la
Légion d'honneur.
Il se tiendra mercredi prochain, chez l’archichancelier,
un conseil de l'ordre des Trois Toisons d’Or. Le grand chancelier, le grand
trésorier et le major-général seront appelés à ce conseil, qui aura pour objet
de me rendre compte de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire pour mettre
en activité l'ordre des Trois Toisons d'Or. Dimanche prochain, le grand
chancelier me présentera un modèle de la décoration de cet Ordre. Expédiez les
lettres d'avis et de convocation nécessaires.
Paris, 18 février 1810
Au comte Daru, intendant général de la Maison de
l’empereur, à Paris
M. le Comte Daru, je vous renvoie vos pièces. Les réparations
du mobilier de Saint-Cloud doivent être faites sur les fonds accordés pour les
réparations annuelles. Mon intention est de ne faire aucun changement à mon
grand cabinet, mais de l'orner de beaux tableaux et de placer sur les tables de
belles statues ou autres belles choses, tirées du Muséum ou de mes galeries, à
la disposition du sieur Denon.
Par ce moyen, cette pièce sera très décorée, sans que je
sois obligé de faire de nouveaux fonds. Je ne veux faire aucune réparation aux
appartements de Saint-Cloud, si ce n'est à la chambre à coucher et à la salle
de bain. J'accorde les 8,000 francs qu’on demande pour ces deux pièces.
J'accorde 15,000 francs pour les métiers à broder,
chiffonniers, tables à écrire, tirelires et autres petits meubles à l'usage de
l’Impératrice. Faites dresser un état de ces meubles, et faites déterminer un
modèle qui sera le même pour tous les appartements de l'Impératrice. Il est
commode de trouver partout les mêmes formes et les mêmes machines pour l'usage
habituel.
Pour les Tuileries, je ne veux faire aucun changement
dans les appartements. Seulement, le salon doré, le cabinet des Grâces,
manquent de meubles. J'accorde les fonds qu'on demande pour cela. Je croyais
qu'il restait des fonds sur les crédits pour ces dépenses, et qu'on n'avait
point placé ces meubles parce qu'ils n'étaient pas achevés; vérifiez cela.
J'accorderai des crédits pour cet ameublement, mais je ne veux rien accorder
pour les réparations. Quant à la salle de spectacle, j'accorde ce qu'on demande
pour la meubler; mais il me semble que je dois avoir beaucoup de banquettes et
de lustres.
Lors du Sacre, on a fait de grandes dépenses pour ces
sortes de meubles, qui doivent exister.
Je désire que l'ameublement de Trianon soit complété.
Présentez-moi un projet. La galerie est démeublée. Le petit salon qui précède
la chambre à coucher de l'Impératrice n'est pas meublé. L'ameublement de la
chambre à coucher n'est pas entier. Il faut faire mettre dans ces appartements
tous les petits meubles à l'usage de l'Impératrice, faits sur un même modèle.
Il manque d'autres objets que le grand maréchal a dû voir.
II y a encore des choses précieuses au Muséum et dans les
bibliothèques, telles que statues, bustes, petits vases, etc.; donnez ordre
qu'on en place sur les tables, soit dans les cabinets, soit dans les salles du
trône.
Paris, 18 février 1810
A M. de Chamapgny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Faites
connaître à mon ambassadeur à Madrid que j'ai donné ordre que les quatre
provinces de Catalogne, d'Aragon, de Biscaye et de Navarre formmassent quatre
gouvernements; que j'ai donné les pouvoirs les plus étendus aux généraux qui y
commandent, et que j'ai prescrit que les revenus de ces quatre gouvernements
fussent versés dans la caisse de l'armée. Demandez mon décret au prince de
Neuchâtel; vous l'enverrez à M. Laforest, et vous le chargerez de déclarer aux
ministres du roi que c'est ma volonté, que l'Espagne offre des ressources
suffisantes pour faire face à ces dépenses, et que je n'en puis douter, surtout
voyant les folles (mot biffé sur la minute par
Napoléon) dépenses qu'on fait. Vous ferez connaître à mon ministre, par
une lettre en chiffres, que sa correspondance doit devenir plus active; que mon
intention est de réunir la rive gauche de l'Èbre à la France, peut-être même le
pays jusqu'au Douro (Ici Napoléon a biffé sur la
minute: Qu'on me blesse en parlant, tant qu'on le fait, d'intégrité; que c'est
me défier et me jeter le gant; que cela est maladroit.); qu'il veille à
ce qu'on ne touche à aucun des biens appartenant aux familles condamnées, et
qu'on ne permette la rentrée d'aucun de ces individus; que, s'il en était par
hasard question dans quelque traité ou capitulation, il s'y oppose et proteste
contre; que je n'entends pas ratifier la grâce qui serait accordée à aucun
d'eux, et que, partout où mes troupes les saisiront, elles les passeront par
les armes; qu'enfin il doit se mêler davantage des affaires, et parler aux
ministres du roi, observer qu'on a donné des récompenses à des Français qui
n'ont d'autre mérite que celui d'avoir suivi le roi; que ces ressources sont
perdues pour l'intérêt commun; que la guerre d'Espagne me coûte plusieurs
centaines de millions, et que, au lieu de me trouver indemnisé des énormes
dépenses que j'ai faites, je vois avec peine prodiguer les ressources de
l'Espagne à des favoris. Vous enverrez au sieur Laforest le Moniteur de demain,
pour qu'il y voit quels sont mes principes sur les princes français et que,
lorsqu'ils oublient les liens qui les unissent à la France, j'ai le droit de
les rappeler, ou de les faire agir d'abord pour l'intérêt de la patrie (cette dernière phrase a été biffée sur la minute).
(Lecestre)
Paris, 18 février 1804
A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris
Je ne
puis qu'être mécontent de l'esprit des journaux. Qui est-ce qui a autorisé la
Gazette de France à dire que MM. Léon de Beauvau, de Noailles, de Mortemart
doivent faire bientôt un voyage en Allemagne chargés d'une mission ? Que veut
dire ceci ? Je le remarque parce que, depuis longtemps, je vois les journaux se
mêler de ce qui ne les regarde pas et n'être remplis que de nouvelles incertames.
(Lecestre)
Paris, 19 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le duc de Feltre, réitérez l'ordre au duc de
Castiglione de se porter sur Barcelone.
Donnez le commandement de cette ville au général Lacombe
Saint-Michel.
Ordonnez au maréchal de faire sa réunion avec le général
Suchet, qui, le 1er mars, sera devant Lerida pour faire le siége de
cette place. Cela m'empêche de permettre au maréchal de venir à Paris.
Faites-lui part des succès du Roi, et faîtes-lui
confidentiellement qu'il ne doit permettre aucune communication de la Catalogne
avec Madrid, et qu'il doit agir dans l'idée que je veux réunir cette province à
la France.
Paris, 19 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, envoyez l'ordre aux 1,000 hommes du bataillon
provisoire du train d'artillerie de l'armée du Nord, qui doivent être à Burgos
et sur la route de Bayonne à Burgos, de partir avec un équipage de siége de
Burgos et de Valladolid, et de se rendre au 6e corps pour le siège de
Ciudad-Rodrigo. Donnez le même ordre aux 400 mulets servis par un détachement
de la Garde et qui doivent être actuellement à Bayonne.
Voyez le général la Riboisière pour qu'il envoie en poste
un officier intelligent pour diriger ces convois sur Ciudad-Rodrigo, et pour
que l'on forme un équipage de siége tel que les moyens de Burgos, Valladolid,
Zamora, le pourront permettre; surtout qu'il y ait des munitions et de la
poudre.
Paris, 19 février 1810
A l’impératrice Joséphine, à l’Élysée-Napoléon
Mon Amie, j’ai reçu ta lettre. Je désire te voir ; mais les réflexions
que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque inconvénient à
nous trouver sous le même toit pendant la première année. Cependant la campagne
de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir ; d’un autre côté, je suis
un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d’y aller.
Adieu, mon amie.
(Lettres de Joséphine)
Paris, 21 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Mes troupes sont entrées à Séville, où on a trouvé une
immense quantité d'artillerie de siége; il sera donc inutile désormais de
diriger une plus grande quantité de matériel sur le midi de mon empire.
Faites faire par le bureau d'artillerie un rapport qui me
fasse connaître ce qui est en route, ce qu'on doit arrêter et ce qu'on doit
laisser continuer. Saragosse et Pampelune ont plus de moyens qu'il ne leur en
faut pour le siége de Lerida. Ce qui est à Burgos et ce qui est déjà entré en
Espagne doit être suffisant pour le siége de Ciudad-Rodrigo. Je crois donc
qu'il faut sur-le-champ s'occuper des moyens d'économiser l'argent. Faites-moi
connaître s'il y a quelques convois de chevaux et de matériel du génie ou de
l’artillerie à arrêter. Ce qui est en Espagne aujourd'hui me paraît suffisant.
Rambouillet, 21 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Expédiez un officier au duc de Castiglione. Faites-lui
connaître l'entrée de mes troupes à Séville, à Murcie et à Grenade;
prescrivez-lui l'ordre positif de se porter au delà de Lerida, pour se joindre
au 3e corps et porter hardiment la guerre en avant. La division allemande
servira à garder ses communications. Le duc de Castiglione trouvera dans la
plaine, entre Lerida et Barcelone et entre Barcelone et Tarragone, de quoi
nourrir abondamment son armée. Vous lui ferez connaître que, si les
communications sont ouvertes, il doit concerter avec Madrid, mais qu'il ne fait
pas partie de l'armée d'Espagne; que l'armée qu'il commande est l'armée de
Catalogne, et qu'il ne doit recevoir des ordres que de moi; qu'il doit même
établir une administration provisoire dans le pays, faire arborer, au lieu de
l'étendard espagnol, l'étendard français et catalan, et ne souffrir aucune
espèce de communication entre les habitants et le Roi. Ni le Roi ni ses
ministres n’ont rien à voir en Catalogne: cette province étant en état de
siége, on n’y doit recevoir que les ordres du duc, qui lui-même ne doit que de
vous.
Écrivez au duc de Castiglione qu’il serait bon de
désarmer Girone; que nous ne pourrons jamais l'approvisionner suffisamment pour
qu'elle nous soit utile; qu'il faut donc y établir des fourneaux pour faire
sauter la place et la raser entièrement, en transportant l'artillerie à
Figuières; que, s'il y a d'autres postes qui puissent servir de barrière contre
la France, il faut également les faire sauter; que Figuières seule, étant une
bonne place, peut servir, et qu'il faut la tenir bien armée et bien
approvisionnée.
Il faut aussi raser l'enceinte de Hostalrich, et, dès que
le château sera pris, le faire sauter également.
Rambouillet, 21 février 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Nous sommes maîtres de Séville. Il est nécessaire
d'écrire de nouveau au général Suchet pour qu'il assiége Lerida et communique
avec le duc de Castiglione, qui viendra de Barcelone. Réitérez-lui également
l'ordre de considérer l’Aragon comme une province en état de siége, et, dès
lors, de ne souffrir aucune communication des habitants avec Madrid; car, avant
que les ministres du Roi exercent de l'influence sur ce pays, il faut que mes
troupes soient soldées et aient tout ce qui leur est nécessaire. D'ailleurs, il
est des parties de l'Aragon qui sont indispensables à la sûreté de la France.
Faites connaître au général Suchet qu'il est donc possible que mon intérêt et
celui de la France ne soient pas d'accord avec celui des ministres de Madrid;
qu’il est inutile de rien laisser transpirer de cela, mais que je le lui fais
savoir pour qu'il voie toute la réserve qu'il doit mettre dans sa conduite;
qu'au pis aller, si le Roi lui donne des ordres administratifs, il est autorisé
à déclarer qu'il commande en chef l'Aragon qu'il dépend de vous; mais que cette
déclaration, il doit la faire seulement dans le cas où elle serait
indispensable et où il ne pourrait autrement concilier les ordres du Roi avec
les intérêts qui lui sont confiés; que je m'en rapporte à sa prudence, et que
la confiance que j'ai dans son patriotisme me porte seule à lui faire connaître
mes intentions et véritables projets.
Donnez ordre au duc d'Abrantès de secourir le duc
d'Elchingen, s'il en est besoin, mais de ne se porter du côté de Madrid qu'en
conséquence de mes ordres, vu que la nécessité de garder mes frontières et de
reprendre le Portugal me donne un intérêt différent de celui que peuvent avoir
les ministres espagnols.
Paris, 21 février 1810
A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris
Je
vous ai fait connaitre que je ne désirais pas que Lagarde Commissaire géneral
de police aux armées d'Espagne et de Portugal en 1810 et 1811, directeur
général de la police dans les dèpartements de la Toscane de 1811 à 1814)
m'écrivit; mais il est nécessaire qu'il vous écrive tous les jours dans le plus
grand détail et vous mettrez sous mes yeux tous les jours ses rapports.
Défendez-lui
d'écrire à qui que ce soit, aux journalistes, soit aux princes, etc., et
faites-lui connaître qu'au premier manquement à cet ordre, il serait chassé de
mon service.
(Brotonne)
Paris, 21 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Donnez
ordre au nénéral Ricard de se rendre sur-le-champ chez lui. Prévenez-le qu'il
est mis au traitement de réforme, qu'il ne doit pas sortir de sa commune (Recoulès-Pervinquières - Aveyron). - Le général Ricard
avait été disgracié à l'armée d'Espagne. Il recouvra bientôt la faveur de
Napoléon, fit la campagne de Russie et gagna à la Moskowa le grade de général
de division) ni se mêler d'affaires et de correspondance.
(Brotonne)
Rambouillet, 21 février 1810
A M. de Lavalette, directeur général des postes, à Paris
Je
vous prie désormais de ne plus donner cours à aucune lettre venant d’Espagne,
sans l'avoir ouverte. Vous en excepterez les lettres ministérielles. Vous me remettrez
ces lettres sous les yeux, hormis celles celles qui ne contiendraient pas de
nouvelles ou qui ne parleraient que d’affaires particulières. Mon intention est
qu'aucune autre lettre ne passe.
(Lecestre)
Rambouillet, 22 février 1810
Au duc de Champagny, duc de Cadore, ministre des
relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, j'ai pris communication de la
lettre que vous écrit le roi de Hollande. Je ne puis adhérer à ce que je n'aie
pas le thalweg du Rhin; sans cela, ce serait à recommencer.
On sait que le principe fondamental de l'Empire est
d'avoir le thalweg du Rhin pour limite. Causez avec le conseiller d'État Collin
sur ce qu'il y a à faire pour avoir une frontière facile à garder pour les
douanes. Tous les canaux qu'on fera ne peuvent que donner lieu à des
discussions; ce qui n'en donnera pas, c'est le thalweg de la grande rivière. Je
n'admets point sur cela de modifications. Quant aux troupes, il est de principe
constitutionnel que les troupes françaises sont nourries, soldées et
entretenues par le pays sur le territoire duquel elles se trouvent; mais je
consens à n'en mettre que très peu, comme 4,500 hommes d'infanterie, par
exemple, et 1,500 de cavalerie, ce qui ne sera pas une dépense de quinze cent
mille florins pour la Hollande.
Ce qui est plus important, c'est de régler ce qui est
relatif aux marchandises coloniales qui se trouvent aujourd'hui en Hollande,
arrivées sur des bâtiments américains ou autrement. Ce ne sera que quand vous
serez d'accord là-dessus que je m'occuperai du traité définitif.
Rambouillet, 22 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre du
directeur général des postes et la note qui y était jointe. Je ne comprends pas
cette question. Si cela dépend du directeur général, il ne doit pas déranger la
marche du courrier sans mon ordre, et en conséquence les courriers doivent
suivre la route ordinaire. Mais je remarque dans la lettre du sieur Lavallette
qu’il y est question de l'office féodal du prince de la Tour-et-Taxis,
expression fort étrange de la part d'un conseiller d'État français, et qui
suppose beaucoup d'ignorance. J'ai besoin d'une explication sur cet objet.
Donnez ordre au sieur Durand de retourner sans délai à
Stuttgart, et faites demander des éclaircissements sur toutes ces affaires de
poste au ministre de Wurtemberg. Mon intention est de concilier dans tout ceci
les intérêts de la France avec ceux du Wurtemberg et de la Bavière, sans
prendre aucun intérêt à ce que le conseiller d'État appelle la direction
féodale d'Allemagne. Faites-moi un rapport sur cette affaire ; mais, avant
tout, partez du principe que je ne veux reconnaître aucun régime féodal des
postes.
Rambouillet, 22 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je réponds à votre lettre du
20. La Poméranie, qui a été cédée en conséquence d’un traité, ne peut être
remise que par un commissaire ad-hoc ; dressez des pleins pouvoirs et
rédigez des instructions. Demandez à la guerre si elle a des renseignements à
donner pour l'exécution de cet article du traité; mais, comme ministre des
relations extérieures, c'est vous qui devez être chargé de faire la remise de
cette province.
Je désire que vous vous rendiez demain vendredi au Sénat
pour y porter le traité de paix (traité de paix entre
la France et la Suède). J'écris au duc de Bassano pour que le Sénat soit
convoqué à cet effet en grande tenue. Il faut faire faire la proclamation de la
paix avec la Suède, puisque c’est un acte public ; cela se fera également
vendredi. Je recevrai dimanche M. le baron d'Essen, comme particulier, et les
lettres de créance des plénipotentiaires suédois, la paix ayant été proclamée
le vendredi. Celui qui reste comme ministre n'a pas besoin de prendre congé.
Rambouillet, 22
février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de
convention proposé par le ministre américain. Ce projet me paraît incomplet et
plein de réticences. Rédigez-en un autre selon nos principes, que vous lui
enverrez. Il parait que ce ministre, par ce projet, n'a qu'un seul but, c'est
de favoriser la contrebande des navires américains; car il sait bien qu'on ne
pourra jamais prouver que l'on a payé ou non un tribut. Il me semble que ce
ministre n'est pas de bonne foi. Toutefois, pour le mettre à l'épreuve, rédigez
un projet de traité tel qu'il pourrait avoir lieu, et vous lui proposerez de le
signer.
J'ai fait mettre dans le Moniteur la note au ministre
d'Amérique. Il me parait instant que le sieur du Moutier parte; présentez-moi
les instructions à lui donner.
Quant à Mlle Paterson, je consens qu'on lui donne tout
l'argent dont elle aura besoin, mais je blâme qu’on lui donne un gouverneur et
tout cet appareil qui tendrait à la faire sortir de l’état de simple particulière et à attirer sur elle
l'attention. Toutefois, pour éviter qu’on fasse des dépenses exagérées, il est
bon de lui fixer un traitement. Convenez d'une somme raisonnable.
Quant aux affaires avec les États-Unis, vous chargerez le
sieur du Moutier d'une lettre de vous au ministre des affaires étrangères, dans
laquelle vous lui proposerez un arrangement. Vous mettrez le sieur du Moutier
bien au fait de la question; vous le chargerez de bien étudier l'esprit et les
vues du ministère américain. Il restera aux États-Unis environ six semaines,
qu'il mettra bien à profit, après lesquelles il reviendra à Paris, puisqu'il ne
doit pas remplacer le sieur Turreau. Vous lui donnerez une instruction
détaillée qui lui fasse connaître toutes mes intentions. Je désire qu'il puisse
partir avant huit jours. Ayez avec lui de fréquentes conférences pour qu'il
soit bien pénétré de l'objet de sa mission. Je ne serais pas même éloigné de le
voir emmener avec lui un individu intelligent, parlant bien anglais, qu'il
pourrait envoyer ici au bout d'un mois de séjour, s'il jugeait nécessaire de
prolonger ce séjour.
Rambouillet, 22 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le duc de Cadore, vous devez témoigner mon
mécontentement au ministre de Würzburg de ce que, avant de vous faire
l'ouverture qu'il vous a faite, il a été en entretenir tout Paris. Lorsqu'un
ministre étranger a quelque chose à communiquer, c'est à mon ministre des
relations extérieures, et non à d'autres, qu'il doit s'adresser, sous peine de
mal remplir son devoir.
Paris, 22 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux mon traité avec l'Espagne, afin
que je voie les mesures à prendre pour mettre mes relations avec ce pays sur un
bon pied.
(Brotonne)
Rambouillet, 22 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je reçois votre rapport du 21 février. Je suis surpris de
voir qu'on a incorporé dans le 5e bataillon auxiliaire des détachements du 1
7e, du 21e, du 28e d'infanterie légère, du 14e, du 27e, du 34e, du 39e, du 40e
de ligne. Évidemment, cela est une erreur. Tous ces détachements, appartenant à
des régiments qui sont en Espagne, ne peuvent pas faire partie des bataillons
auxiliaires, qui, encore une fois, ne doivent être composés que de détachements
tirés des corps qui ne sont pas en Espagne. Donnez ordre sur-le-champ que le
travail du comte de Lobau soit refait, et que les détachements ci-dessus aient
à se rendre à Orléans, pour entrer dans la composition des régiments de marche
qu'on forme dans cette ville.
La différence entre les régiments de marche et les
bataillons auxiliaires est sensible. Les régiments ou bataillons de marche sont
composés de tous détachements qui appartiennent à des régiments de l'armée d’Espagne. Du moment
qu'ils seront en Espagne, on en ordonnera la dissolution, et le résultat de cette
mesure sera que chacun rejoindra son régiment. Pendant le temps que ces
régiments sont en route, ils comptent dans leurs régiments ; au lieu que
les bataillons auxiliaires ne sont composés que de détachements qui
n'appartiennent pas à l'armée d'Espagne, qui, aussitôt qu'ils sont entrés dans
le bataillon auxiliaire, sont effacés de la matricule de leur corps, et qui,
arrivés en Espagne, restent formés en bataillons auxiliaires, sans être
dissous, et ne peuvent avoir une autre destination que par un décret.
Rambouillet, 22 février 1810
Au comte Molé, conseiller d’État, directeur général des
ponts-et-chaussées, à Paris
Je vous prie de tenir la main à la stricte exécution de
mes ordres relatifs au passage du mont Cenis. J'avais ordonné trente-deux
maisons de refuge, et il n'y en a que seize; cent cantonniers, il n'y en a que
quarante-huit. On m’assure que les trente sous par jour qui sont donnés à ces
quarante-huit cantonniers ne sont pas assez pour tenir le passage du mont Cenis
libre de neiges tout l'hiver. J'avais ordonné qu'on construisît une caserne
pour l'hospice du mont Cenis; on m'assure qu'il n'y a encore de posé que la
première pierre. On a construit des parapets de pierre en plusieurs endroits;
mais il y en a encore beaucoup où il en faudrait pour prévenir les accidents et
rassurer l'imagination des voyageurs.
Rambouillet, 22 février 1810
A Julie Napoléon, Reine d’Espagne, à Paris.
Les affaires d'Espagne se pacifient. Je pense donc qu'il
est convenable que, dans les premiers jours du mois, vous partiez pour aller avec
vos enfants rejoindre le Roi.
Paris, 23 février 1810
A Madame Mère, à Paris
Je m'empresse de vous faire connaître que la convention
portant contrat de mariage entre moi et l'archiduchesse Marie-Louise, fille de
l'empereur d'Autriche, a été ratifiée le 16 à Vienne, ce qui me fait ne point
tarder à vous en faire part.
Paris, 23 février 1810
A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Puerto de Santa-Maria
Monsieur mon Frère, le 7 février, un contrat de mariage
entre moi et l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche, a
été signé à Paris. J'apprends, au moment même, que les ratifications ont été
échangées le 16, à Vienne. Je ne perds pas un moment à en faire part à Votre
Majesté.
(Même lettre le même jour à Louis, Jérôme,
Eugène, Élisa, au cardinal Fesch, au prince Borghèse.)
Rambouillet, 23 février 1810
A François II, empereur d’Autriche, à Vienne
Monsieur mon Frère, je fais partir demain mon cousin le
vice-connétable, prince de Neuchâtel, pour demander à Votre Majesté Impériale
l’archiduchesse Marie-Louise, sa fille, en mariage. Les hautes qualités qui
distinguent si éminemment cette princesse, l'avantage précieux qu'elle a de lui
appartenir, me font désirer vivement cette union. On me fait espérer que Votre
Majesté voudra y consentir. Je ne tarde donc pas un moment, et j'expédie le
comte Lauriston, mon aide-de-camp, déjà connu de Votre Majesté, pour lui porter
cette lettre. Je le charge de lui faire connaître le prix que je mets à cette
alliance; j'en attends, pour moi et pour mes peuples, beaucoup de bonheur.
Rambouillet, 23 février 1810
A l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, à Vienne
Ma Cousine, les brillantes qualités qui distinguent votre
personne nous ont inspiré le désir de la servir et honorer. En nous adressant à
l'Empereur votre père pour le prier de nous confier le bonheur de votre Altesse
Impériale, pouvons-nous espérer qu'elle agréera les sentiments qui nous portent
à cette démarche ? Pouvons-nous nous flatter qu'elle ne sera pas déterminée
uniquement par le devoir de l'obéissance à ses parents ? Pour peu que les
sentiments de Votre Altesse Impériale aient de la partialité pour nous, nous
voulons les cultiver avec tant de soins, et prendre à tâche si constamment de
lui complaire en tout, que nous nous flattons de réussir à lui être agréable un
jour ; c'est le but où nous voulons arriver et pour lequel nous prions
Votre Altesse de nous être favorable.
Paris, 23 février 1810, 6 heures du soir
A l’impératrice Joséhine, à l’Élysée-Napoléon
Savary
me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es triste ; je suis
bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu (Un
appartement du palais avait été détruit par un incendie dû à un feu de cheminée).
J'ai
eu beau temps à Rambouillet.
Hortense
m'a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières et de retourner
coucher à Paris. Je suis fâché que tu n'aies pas pu exécuter ton projet.
Adieu,
mon amie ; sois gaie, songe que c'est le moyen de me plaire.
(Lettres de Joséphine)
Paris, 24 février 1810
Au comte de Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de
l’Empereur, à Paris
Je vous fais passer la liste des personnes qui composent
la maison de l'Impératrice. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que
ces personnes me soient présentées demain, après la messe, au serment qu'elles
doivent prêter entre mes mains.
(Premier aumônier, l'archevêque Ferdinand de
Rohan; dame d'honneur, Mme la duchesse de Montebello; dame d'atours, Mme la
comtesse de Luçay; chevalier d'honneur, le sénateur comte de Beauharnais;
premier écuyer, le prince Aldobrandini; dames du palais, Mmes la duchesse de
Bassano, la comtesse de Mortemart, la duchesse de Rovigo, la comtesse de
Montmorency, la comtesse de Talhouët, la comtesse de Lauriston, la comtesse
Duchâtel, la comtesse de Bouillé, la comtesse de Montalivet, la comtesse de
Perron, la comtesse de Lascaris-Vintimille, la comtesse de Brignole, la
comtesse Gentili, la comtesse de Cunisy)
Paris, 24 février 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon Fils, je suis mécontent de mes douanes d'Italie. Il y
a un décret qui admet les marchandises coloniales dans les ports du royaume
sans être accompagnées d’un certificat d'origine. Révoquez sur-le-champ ce
décret et prenez des mesures pour en arrêter les effets. Donnez des ordres
positifs pour que tous les bâtiments américains qui viendraient dans mes ports,
ou qui s'y trouveraient, soient séquestrés et les marchandises qu'ils portent
confisquées. Lorsque je prive la Hollande de son indépendance parce qu'elle
viole les lois du blocus, je ne dois point tolérer cet abus dans mon royaume
d'Italie.
Prenez toutes les mesures nécessaires pour l'exécution du
présent ordre, et tenez-y la main. Ne faites aucun changement aux douanes sans
ma participation, et que le ministre des finances ne fasse rien sans un décret
de moi.
Paris, 24 février 1810
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Comme
la maison de l'évêque de Meaux a servi à loger plusieurs souverains à leur
passage à Meaux, et qu'elle est dans le cas de servir souvent au même usage, je
pense qu'il est convenable que vous lui donniez une gratification de 5,000
francs et 25,000 francs pour la meubler. L'état des meubles vous sera remis, et
ils vous appartiendront; l'évêque sera chargé de leur entretien. Je ne suis pas
dans l'usage de meubler les évêques; je fais une exception pour celui de Meaux,
parce que sa maison est la seule qui puisse recevoir, à leur passage, les
étrangers de considération
(Lecestre)
Paris, 24 février 1810
A Mme de la Rochefoucould. Dame d’honneur de l’impératrice Joséphine
Madame,
j'ai été content du service que vous avez fait dans mon palais comme dame
d'honneur. Je regrette, et cependant je ne puis qu'approuver, ce qui vous porte
à ne plus désirer d'occuper la place de dame d'honneur dans la nouvelle maison.
Mais je serais fâché que cela pût vous porter à douter le moindrement de mes
sentiments; car je désire vous donner des preuves de mon contentement, et
surtout vous être agréable en toute occasion.
(Lecestre)
Paris, 24 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, le roi de Bavière veut partir mercredi. Il serait donc
nécessaire que vous voyiez M. de Montgelas (Maximilien-Joseph,
baron, puis comte de Montgelas, ministre des affaires étrangères et de
l'intérieur de Bavière, d'une famille originaire de Savoie, né en 1750, mort en
1838) et que vous vous occupiez dans la journée de demain de finir
toutes ces affaires.
(Brotonne)
Palais des Tuileries, 25 février 1810
DÉCRET
L'édit de Louis XIV (la lettre
est accompagnée du texte de cet édit du 23 mars 1682) sur la déclaration
fait par le clergé de France de ses sentiments touchant la puissance
ecclésiastique, donné au mois de mars 1682, et enregistré en parlement le 23
desdits mois et an, est déclaré loi générale de notre Empire.
Paris, 26 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité
avec la Bavière avec mes observations. Le considérant ne me paraît pas
convenable; je préfère un considérant conçu dans ces termes généraux :
"Voulant régler différents intérêts, ont nommé, etc. » Sur l'article
Ier, je ne veux rien donner à Cobourg, parce qu'un prince de cette maison est
resté au service d'Autriche, et qu'il est inutile de récompenser ses ennemis.
Il faut ainsi tout donner à la Bavière, qui s'arrangera comme elle l'entendra
avec Cobourg.
Les 5 millions faisant l ,600,000 francs de rente ne me
paraissent pas trop pour les domaines de Bayreuth. D'ailleurs, je renonce à
garder aucun revenu sur la rive droite de l'Inn, et je donne à la Bavière tout
ce que j'y ai reçu, à l'exception de la terre que j'ai donnée au général Wrede.
C'est donc un gain de 10 millions que fera la Bavière, et, moyennant cette
acquisition, 15 millions ne sont pas trop considérables pour Bayreuth. D'après
ces observations, vous pourrez conclure avec la Bavière et je désire que vous
me présentiez sur-le-champ des traités avec Wurtemberg, Bade, Darmstadt et
Würzburg, tant pour ce qui est relatif aux pays cédés par la Bavière que pour
ceux qui proviennent du grand-duché de Francfort.
Il faudra avoir soin, lors du traité avec Bade, de se
souvenir qu'en donnant 25,000 âmes à ce grand-duché il faut stipuler quelque
chose en faveur de la princesse Stéphanie, et, comme on ne lui fait dans ce
moment qu'une pension de 30,000 francs, avec laquelle elle ne peut pas vivre,
il faudra fixer qu'elle aura une pension de 150,000 francs.
Je vous ai déjà envoyé tout ce qui est relatif à la
Hollande, et, quand vous aurez conclu avec la Bavière et que vous m'aurez
présenté les traités avec Bade, Wurtemberg, Würzbourg et Darmstadt, toutes les
affaires d'Allemagne seront terminées.
Paris, 26 février 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
J'ai fait partir le prince de Neuchâtel pour assister,
comme témoin, à mon mariage avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, qui
aura lieu le 6 mars à Vienne. Elle arrivera à Strasbourg probablement le 17 du
même mois. Mon intention est qu'elle y soit reçue, ainsi que dans les
départements qu'elle traversera pour se rendre à Compiègne, avec tous les
honneurs dus à son rang. En donnant les ordres aux préfets, vous les
préviendrez, 1° de vous envoyer la liste, que vous me soumettrez, des personnes
qui peuvent être dans le cas de lui être nommées par sa dame d'honneur; 2° que
toutes les pétitions doivent être remises au comte Lauriston, mon aide de camp,
qui l'accompagne, en exceptant cependant quelques pétitions de veuves de
militaires ou mêmes de grâces à accorder à des condamnés, qui auront été jugées
pouvoir être accordées ; les préfets s'entendront pour cela avec le prince
de Neuchâtel, à qui j'ai donné une autorisation suffisante et de et de manière
que l’Impératrice n'en soit pas incommodée; 3° pour que tous les discours ou
harangues soient soumis d'abord au prince de Neuchâtel ; 4° pour que le
projet de la fête qui pourra lui être donnée à Strasbourg et à Nancy vous soit
soumis d'abord. Afin d'éviter toute espèce de cohue, recommandez que les choses
se passent comme si j'y étais, et que mon fauteuil y soit placé.
Paris, 26 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, répondez au prince de Schwarzenberg que je me fais rendre
compte par le ministre des finances de sa réclamation relative à un major
toscan et de ce qui est relatif à sa demande sur la Croatie.
(Brotonne)
Paris, 26 février 1810
A M. de Champagny, mduc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Bavière. Vous ne
dites pas de quel moment courra l'intérêt des quinze millions, c'est cependant
une chose importante à déterminer. II faut faire un article secret de ce qui
est relatif aux quinze millions de bons, aux 400 mille francs à Ratisbonne, au
général Wrède, ou plutôt il ne faut pas faire d'article secret de cette babiole
et le comprendre dans l'article des domaines. Moyennant ces légers changements,
vous pouvez signer.
(Brotonne)
Paris, 26 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Je
désire que vous me présentiez dans la journée un projet de circulaire bien
fait, à adresser à mes ministres et consuls, dans laquelle vous donnerez le
motif raisonné de mon alliance avec l'Autriche. Cette circulaire ne devra point
être imprimée; mais elle servira de langage à mes ministres.
Vous y
direz qu'un des principaux moyens dont se servaient les Anglais pour rallumer
la guerre du continent, c'était de supposer qu'il était dans mon intention de
détruire les dynasties. Les circonstances m'ayant mis dans le cas de choisir
une épouse, j'ai voulu leur ôter le prétexte funeste d'agiter les nations et de
semer les discordes qui ont ensanglanté l'Europe. Rien ne m'a paru plus propre
à calmer les inquiétudes que de demander en mariage une archiduchesse d'Autriche.
Les brillantes et éminentes qualités de l'archiduçhesse Marie-Louise, dont il
m'avait été particulièrement rendu compte, m'ont mis à même d'agir conformement
à ma politique. La demande en ayant été faite, et consentie par l'empereur
d'Autriche, j'ai fait partir le prince de Neuchâtel pour en faire la demande
solennelle et assister comme témoin au mariage qui sera fait à Vienne, le 6
mars, par un archiduc muni de ma procuration.
J'ai
été bien aise de cette circonstance pour réunir deux grandes nations, et donner
une preuve de mon estime pour la nation autrichienne et pour les habitants de
la ville de Vienne. Vous ajouterez que je désire que leur langage soit conforme
aux liens de parenté qui m'unissent à la maison d'Autriche, sans cependant rien
dire qui puisse altérer mon intime alliance avec l'empereur de Russie. Vous
écrirez particulièrement à mes ministres à Stuttgart, à Munich et à Carlsruhe,
pour leur faire connaître l'itinéraire de l'impératrice et leur donner des
instructions détaillées sur l'étiquette à suivre dans ces cours à son passage.
Il est inutile de s'attacher à ce qui a été fait pour moi; n'y ayant passé que
dans des voyages pour affaires, je ne me suis mêlé en rien de l'étiquette;
étant beaucoup occupé, je ne me suis attaché à rien de ce qui la concernait.
Mais, pour l'impératrice, c'est différent. Il faut bien décider comment
l'impératrice doit être reçue, si elle doit faire une visite aux reines pendant
qu'elle sera à Munich et à Stuttgart. Mon intention est que l'on en agisse à
son égard comme l'on eût agi autrefois pour l'impératrice d'Allemagne.
(Lecestre)
Paris, 26 février 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Monsieur le Duc de Feltre, envoyez au duc de Castiglione
l'état des 14,000 hommes qui lui arrivent, et réitérez-lui l'ordre positif de
se mettre en communication avec le général Suchet en portant des corps sur
Lerida et Tarragone.
Paris, 26 février 1810
A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel
Monsieur Mon Frère, l'empereur d'Autriche ayant accordé à
la demande que je lui ai faite de la main de sa fille, l'archiduchesse
Marie-Louise, dont j'avais reconnu tout le mérite et les brillantes qualités,
j'ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris au 29 mars. J’ai
envoyé le prince de Neuchâtel pour assister, comme témoin, au mariage qui se
fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l'impératrice pourra
arriver le 21 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante
circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma
famille. Je en donne avis par cette lettre, désirant qu'aucun empêchement
légitime ne s'oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.
(Même lettre au vice-Roi Eugène Napoléon, à la
grande-duchesse de Toscane, et au prince Camille Borghèse)
Paris, 26 février 1810
A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan
Mon Fils, ayant résolu de célébrer mon mariage avec
l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche le 29 mars à Paris, je désire que vous
y convoquiez pour cette époque les grands officiers, officiers et dames de ma
Maison d'Italie, en ne laissant pour faire le service auprès de vous et de la
vice-reine que ce qui sera nécessaire.
Paris, 26 février 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon
fils, l'empereur d'Autriche ayant accédé à
a demande que je lui ai faite de la main de sa fille l'archiduchesse
Marie-Louise, dont j'avais reconnu le mérite et les brillantes qualités, j'ai
résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris, au 29 mars ; j'ai envoyé
le prince de Neufchâtel pour assister comme témoin au mariage, qui se fera le 6
mars à Vienne par procuration, de manière que l'impératrice pourra arriver le
23 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante circonstance,
j'ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille, je
vous en donne avis par cette lettre, désirant qu'aucun empêchement légitime ne
s'oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.
(Lettres du prince Eugène)
Palais des Tuileries, 27 février 1810
MESSAGE AU SÉNAT.
Sénateurs, nous avons fait partir pour Vienne, comme
notre ambassadeur extraordinaire, notre cousin le prince de Neuchâtel, pour
faire la demande de l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur
d'Autriche.
Nous ordonnons à notre Ministre des relations
extérieures, de vous communiquer les articles de la convention de mariage entre
nous et l'archiduchesse Marie-Louise, laquelle a été conclue, signée et
ratifiée.
Nous avons voulu contribuer éminemment au bonheur de la
présente génération. Les ennemis du continent ont fondé leur prospérité sur ses
dissensions et son déchirement. Ils ne pourront plus alimenter la guerre, en
nous supposant des projets incompatibles avec les liens et les devoirs de
parenté que nous venons de contracter avec la Maison impériale régnante en
Autriche.
Les brillantes qualités qui distinguent l'archiduchesse
Marie-Louise lui ont acquis l'amour des peuples de l'Autriche : elles ont fixé
nos regards. Nos peuples aimeront cette princesse pour l'amour de nous, jusqu'à
ce que, témoins de toutes les vertus qui l'ont placée si haut dans notre
pensée, ils l'aiment pour elle-même.
Paris, 28 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, recommandez à mes ministre et
consuls à Naples d'avoir l’oeil sur ce qui se passe, car il paraît qu'il arrive
dans les ports de ce royaume des marchandises coloniales malgré les lois qui
les confisquent. Écrivez à mon consul. Toutefois les certificats qui
accompagnent les marchandises qu'il est permis d'introduire en France ne
doivent dater que de l’époque portée dans mon décret.
Paris, 28 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, recommandez au sieur Otto d'envoyer promptement et par
courrier extraordinaire la note de tout ce qui sera fait à Vienne pour la
circonstance du mariage, surtout de ce qui sera fait à la cérémonie de l'union
de l'archiduchesse, afin de faire ici ce qui sera convenable.
(Brotonne)
Paris, 28 février 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à
Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, envoyez un secrétaire de légation en Suède, j'ai besoin d'y
avoir quelqu'un dans les premiers moments. Il faut y envoyer également un
chambellan avec trois cordons de la Légion d'honneur, un pour le roi et les
autres à sa disposition. Proposez-moi le secrétaire qu'on pourrait charger de
cette mission.
(Brotonne)
Paris, 28 février l810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du général
Thouvenot.
Répondez-lui qu’il serait encore prématuré de faire venir
des otages ; qu'il doit gouverner le pays d'une main ferme, faire usage
des ressources qu’il offre pour l'entretien des troupes; que quatre escadrons
de gendarmerie doivent être arrivés; qu'il doit les placer et leur faire faire
le service comme en France; que six bataillons auxiliaires, formant au moins
3,000 hommes, doivent être arrivés; que 3,000 marins armés de fusils, commandés
par le colonel Baste, arrivent dans les premiers jours de mars à Saint-Sébastien;
qu'une division de ma Garde, forte de 6,000 hommes, est à Logroño, et que, s'il
y avait urgence, il peut la requérir ; que 6,000 hommes de
l'arrière-garde, commandés par le général Seras, sont en marche; que le général
Dufour est entré dans la Navarre avec une division de 6,000 hommes; qu'ainsi
donc les troupes ne peuvent lui manquer et qu'il doit être sans
inquiétude ; qu'il doit prévoir que les mesures qu'il a prises pourront
n’être pas agréables aux ministres du Roi, mais que cela ne doit pas l’empêcher
d'aller outre, et qu'il doit alléguer les ordres qu'il a de moi. Faites-lui
connaître aussi qu'on doit transporter les marchandises américaines à Bayonne,
où l'on pourra les mieux vendre. Écrivez-lui aussi que les équipages américains
ne doivent pas être considérés comme prisonniers.
Paris, 28 février 1810
A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart
Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté
du 15 février. Je la remercie bien de tout ce qu'elle m'y dit d'affectueux.
Elle rend fort justice aux sentiments que je lui porte. On dit effectivement
beaucoup de bien de l'archiduchesse Marie-Louise.
Paris, 28 février 1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Milan
Mon Fils, vous
trouverez dans le Moniteur mon message au Sénat, pour lui faire part de mon
mariage. Faites un message pour en instruire le Sénat italien
(Lettres dEugène)