1er – 15 juillet 1810
Paris, 1er juillet
1810.
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je désire envoyer cette
année 1,500 hommes à l'île de France. Il faudrait préparer pour cela trois
expéditions.
L'une à Brest, qui
serait composée de l'Ulysse armé en flûte, et de trois frégates, auxquelles on
pourrait joindre la frégate la Revanche armée en flûte. Ces cinq bâtiments
doivent pouvoir porter 1,500 hommes. L'Ulysse et la Revanche resteraient à
l’Île de France.
La seconde à Rochefort,
qui pourrait être composée des deux plus mauvais vaisseaux armés en flûte et de
trois frégates armées en guerre. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter près
de 1,500 hommes.
On pourrait préparer
une troisième expédition à Cherbourg, qu'on formerait des quatre flûtes qui
sont au Havre et de celle qui est à Cherbourg. Ces cinq bâtiments doivent
pouvoir porter au delà de 1,500 hommes.
Une fois qu'une de ces
expéditions serait partie, on contremanderait les deux autres ou on leur
donnerait une autre direction.
Il serait envoyé, en
outre, en croisière deux frégates de Nantes.
Faites-moi un rapport
sur tout cela.
Saint-Cloud,
1er juillet 1810
A M.
Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.
Vous recevrez de la
secrétairerie d'État un décret qui annule celui qui nommait le duc d'Otrante au
gouvernement de Rome. Faites connaître au général Miollis que mon intention est
de le laisser dans l'emploi qu'il occupe si bien et que je compte à cet effet
sur son zèle.
Rambouillet, 2 juillet
1810
NOTE SUR TRIESTE.
Il faut me faire un
mémoire sur le fort de Trieste.
Si l'armée française va
en avant comme dans les trois campagnes précédentes, elle ne peut laisser que
peu de monde à Trieste. Dans l'an VI on n'y put laisser que 300 hommes, qui,
pendant que l'armée française était aux portes de Vienne, devaient se maintenir
contre les insurrections et les troupes venant de Fiume. Je ne sais même si mes
troupes ne furent pas obligées d'évacuer.
En 1805, je ne fis
occuper Trieste que par très-peu de monde.
Dans la dernière
campagne, les 900 hommes qui s'y trouvèrent furent menacés par un rassemblement
assez considérable, et, sans le fort de Trieste et l'artillerie des vaisseaux
russes, ces 900 hommes auraient été exposés à être chassés et se seraient
réfugiés sur Palmanova.
Dans cette supposition
donc il est bien utile d'avoir un fort à Trieste, qui fasse que 1,200 ou 1,500
hommes puissent se maintenir dans la place, maîtres de la ville et de la rade,
n'ayant rien à craindre des insurrections ni des débarquements que peuvent
faire trois ou quatre vaisseaux, et pouvant conserver l'immense matériel et
tout ce qui peut se trouver dans un si grand port.
La deuxième hypothèse
est celle où l'armée autrichienne aurait franchi la Save, passé l'Isonzo,
marché sur Palmanova et repoussé l'armée française au delà du Tagliamento. Dans
cette hypothèse, il peut arriver que l'armée française n'ait reculé que pour
réunir ses troupes et revenir dans l'espace d'un ou deux mois. L'ennemi
n'aurait point eu le temps de faire venir de l'artillerie pour prendre ce fort
: alors 1,000 hommes qui y seraient renfermés tiendraient en échec plusieurs
milliers d'hommes de l'ennemi.
En second lieu, ce fort
renfermera tout le matériel de Trieste et servira de retraite à toute la
province d'Illyrie ; alors partie de l'armée d'Illyrie évacuera sur Trieste,
partie évacuera sur la Dalmatie; ce qui formerait le dépôt bien prononcé des
deux parties. Mais on sent que, dans ces deux partis et particulièrement dans
le dernier, il faudrait que le fort fût susceptible de quelque défense, d'abri
pour soutenir un bombardement et pouvoir résister à quinze ou vingt jours de
tranchée ouverte. Pour cela il faudrait que la position du fort futur ne fût
pas dominée. S'il est possible de lui donner la faculté d'intercepter la route
de Laybach à Trieste et celle de Trieste à Fiume, ce sera un autre avantage. Il
faudrait me faire un rapport là-dessus.
Saint-Cloud, 3 juillet
1810
Au prince Cambacérès,
archichancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je vous
renvoie l'affaire du mariage du comte Tascher avec la princesse de la Leyen. Je
désire que cela soit fini sans délai. Je n'ai jamais entendu lui donner, 1°
qu'un supplément de 60,000 francs qui, avec les 40,000 francs qu'il a,
porteront sa dotation à 100,000 francs; 2° que le titre de comte; 3° que
100,000 francs de rente sur les 400,000 que je me suis réservés en Bavière pour
doter la famille du prince Primat. Ces 100,000 francs forment la dotation d'un
comté qui sera possédé par l'enfant mâle qui naîtra du mariage du comte Tascher
avec la princesse de la Leyen, et sauf réversibilité à moi; 4° 100,000 autres
francs forment la dotation d'un comté qui sera érigé pour le fils du prince de
la Leyen ; 5° enfin 200,000 francs doteront le duché érigé en faveur du duc de
Dalberg. Mon intention est de régler la transmission de ces 400,000 francs de
rente de la manière suivante : les 200,000 francs de rente possédés par le duc
de Dalberg, le cas arrivant où il viendrait à mourir sans enfant, passeraient
à l'enfant mâle aîné provenant du mariage du comte de Tascher avec la princesse
de la Leyen, et vice versa pour le duc de Dalberg, le comte Tascher venant à
mourir sans enfant. Présentez-moi des projets dans ce sens. Je les signerai, et
ce mariage se trouvera terminé.
Saint-Cloud, 3 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Mon intention est de
faire mettre cette année cinq vaisseaux sur les chantiers de Venise; ce qui,
joint aux trois qui y sont déjà, fera huit vaisseaux au compte de la France.
Comme ceci sera en sus de votre budget de cette année, faites-moi connaître ce
que coûteront ces cinq vaisseaux tout équipés, et ce que vous devrez fournir.
Tous les renseignements
que l’on me donne sur le vaisseau russe qui est à Trieste confirment que le
bois est très-bon et que ce vaisseau peut être réparé avec 4 à 500,000 francs.
Je désire que vous donniez des ordres positifs pour qu'il soit armé sans délai
dans le port même de Trieste.
Saint-Cloud, 3 juillet
1810
Au maréchal Marmont,
duc de Raguse, gouverneur des provinces illyriennes, à Laybach
Mon Cousin, trois
vaisseaux russes m'ont été remis à Trieste; il y en a un qui est très-bon. Mon
intention est que vous fassiez entrer le vaisseau dans le petit port, s'il n'y
est déjà, et que vous le fassiez mettre sur quille et réparer. Surtout qu'on ne
perde pas un moment, afin d'avoir, avant le mois de novembre, un bon vaisseau
de 80 dans ce port. Vous ferez armer également une frégate, et par ce moyen
vous pourrez ne plus être bloqué par de simples frégates. Vous pourrez retirer
des deux autres vaisseaux ce qui sera bon pour armer celui qui reste; et enfin
ce que vous ne pourrez pas employer, vous le laisserez au royaume d'Italie.
Mon intention serait de
fortifier Pola : faites-moi un rapport là-dessus. En attendant, faites-y
établir des batteries, afin que, si une division française se présentait sur ce
point, elle pût y être en sûreté. Répondez-moi en détail et instruisez-moi du
jour et du temps où ces batteries seront en état.
Faites-moi aussi un
rapport sur les fortifications de Trieste et sur ce qu'il y aurait à faire pour
mettre ce port à l'abri d'un coup de main. Je suppose que vous avez fait
détruire les fortifications de campagne que les Autrichiens avaient élevées
dans les provinces illyriennes.
Paris, 3 juillet 1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, le régiment des gardes nationales de la Garde sera, en tout, composé
comme un régiment de la ligne.
Son administration fera
partie de l'administration des chasseurs.
Les chefs de bataillon
et les majors faisant fonctions de colonel seront tirés de la ligne et pris
parmi les officiers de choix, ainsi que les adjudants-majors et les adjudants
sous-officiers.
Les autres officiers
resteront comme ils sont. Il n'y aura ni officiers, ni sous-officiers de la
Garde.
Chaque bataillon sera
de six compagnies. Chaque compagnie devra être à l'effectif de 160 hommes; ce
qui fera par bataillon 960 hommes, et, pour le total, 1,920 à 2,000 hommes.
Je crois que ce
régiment compte maintenant à peu près 1,000 hommes.
Vous trouverez ci-joint
un décret portant appel de 1,000 hommes des compagnies de réserve de
cinquante-sept départements autour de Paris. Faites venir ces hommes sans
délai; ayez soin que tout soit préparé pour leur habillement et leur équipement,
et que ce régiment puisse être prêt à entrer en campagne passé le 15 août.
Faites-moi connaître ce
que les compagnies de réserve des autres départements pourraient une fournir.
Saint-Cloud, 3 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vois que les
Portugais sont bien nombreux dans la 7e division militaire. Faites-moi
connaître combien ils ont recruté depuis le commencement et de quelles nations
sont les recrues qu'ils ont faites.
Donnez ordre que le
détachement de 44 hommes du 122e, qui est à la disposition de la marine à
Toulon, rentre au dépôt à Versailles.
Saint-Cloud, 4 juillet
1810.
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, écrivez à mon ministre à Berlin et parlez au ministre de Prusse à Paris
pour porter plainte et demander pourquoi on laisse entrer à Memel et à Stettin
les marchandises sous pavillon américain qu'on a refusé de recevoir à
Stralsund.
Saint-Cloud, 5 juillet
1810
Au général Savary, duc
de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Envoyez-moi les
journaux anglais à l'heure même où ils vous arrivent, sans en retenir.
Saint-Cloud, 5 juillet
1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL
D’ADMINISTRATION DES FINANCES.
Les dispositions
proposées paraissent convenables. Il sera nécessaire de porter le budget de
1810 à 760 millions ; ce qui se fera, en donnant à cet exercice 30 millions de
supplément de crédit sur les recettes extraordinaires des douanes. Ces recettes
sont estimées par aperçu comme il suit :
1° Vente des cargaisons
américaines antérieurement saisies à Anvers : 10.000.000 fr.
2° Vente des
cargaisons américaines remises par la
Hollande : 12.000.000 fr.
3° Vente des cargaisons
des bâtiments américains saisis dans les ports d'Espagne : 8.000.000 fr.
4° Produit des saisies
faites par la ligne des douanes dans le Nord : 4.000.000 fr.
5* Produit des saisies
faites par les lignes des douanes en Hollande : 2.000.000 fr.
6* Produit du droit de
l'exportation des grains : 1.000.000 fr.
7* Produit du droit sur
le commerce interlope : 2.000.000 fr.
8° Produit des recettes
des deux départements hollandais réunis, pour 1810 : 6.000.000
Total : 45.000.000 fr.
Le ministre demandera à
M. Collin, d'après les renseignements qui doivent se trouver dans les bureaux
des douanes, des notes sur l'estimation de ces divers produits. Si cette
recette était réellement de 45 millions, en portant le budget de 1810 à 760
millions, il resterait encore 15 millions qu'on pourrait ajouter aux 745
millions de recette de 1809, et porter ainsi cet exercice à 760 millions; ce
qui élèverait le fonds de réserve à 20 millions. Alors le budget serait tout à
fait formé. Ces arrangements pourraient réagir sur 1808, qu'on porterait aussi
à 760 millions, savoir : 745 millions, montant de la recette, et 15 millions en
domaines. Les budgets de 1808, 1809 et 1810 se trouveraient donc, pour chaque
exercice, de 760 millions. Ces nouveaux arrangements nécessiteraient des
modifications dans les dispositions présentées par le ministre. On prendrait
d'abord le décret dont voici l'objet.
Article… Seront versées
dans la caisse des douanes, pour le compte du trésor public, et affectées à
l'exercice de 1810, les sommes provenant,
1° De la vente des
marchandises saisies par la ligne des douanes françaises dans les villes
hanséatiques en 1808, 1809 et 1810, qui n'auraient pas encore été versées dans
la caisse de l'extraordinaire ;
2° De la vente,
ordonnée par notre décret du des
marchandises américaines séquestrées à Anvers depuis plusieurs années, et dont
le produit devait être versé à la caisse d'amortissement;
3° Des cargaisons
américaines saisies en Hollande, remises à la France en exécution du traité de
… qui doivent être vendues à Anvers et dont les produits devaient être versés à
la caisse d'amortissement ;
4° De la vente des
marchandises qui seront saisies par la ligne des douanes en Hollande;
3° Des 50 pour 100 à
acquitter sur les marchandises anglaises qui se sont trouvées dans les pays
hollandais nouvellement réunis à la France, après qu'ils auront fourni aux
crédits affectés sur ce produit par dos décrets;
Votre ministre du
trésor fera recette de la partie desdites sommes affectée auxdits crédits par
nos décrets, jusqu'à concurrence desdits crédits, et aux titres des dépenses
pour lesquelles lesdits crédits auront été ouverts ;
6°* De la vente des
bâtiments américains, ottomans ou neutres qui seront saisis dans les ports de
la Méditerranée ou de l'Océan.
Art. … Le droit établi par notre décret du sur le commerce interlope, sera
également versé à la caisse des douanes pour le compte du trésor public.
Art. … Il en sera de même à dater du 1er du
présent mois de juillet, du droit à l'exportation des grains perçu, jusqu'à
cette époque, par la caisse d'amortissement.
Le 30 du présent mots,
notre ministre des finances nous rendra compte de la situation de ces produits
au 1er juillet et de la situation des crédits, afin que nous puissions régler
la distribution de l'excédant.
On pourrait ensuite
faire un décret particulier pour 1809, et dire:
Art. Les recettes des deux départements de
l'Escaut et des Bouches-du-Rhin, pour 1810, seront affectées à l'exercice 1809.
Les recettes de ces
départements seront versées brutes au trésor. Le budget des dépenses locales
sera dressé, ainsi que l'état des fonds affectés sur ces produits pour Anvers,
pour les ponts et chaussées, etc., lesquels objets seront distraits des
recettes brutes et ajoutés comme fonds spéciaux.
Art. … Les produits des cargaisons
américaines saisies dans les ports d'Espagne, et dont la vente doit avoir lieu
à Bayonne, seront affectés à l'exercice 1809.
On suppose que ces
sommes réunies feront 15 millions et porteront le budget de 1809 au point où
il doit parvenir, c'est-à-dire de 755 à 760 millions.
Il faudrait ajouter au
tableau des budgets de 1808, 1809 et 1810 les suppléments de crédits qui leur
sont accordés.
Le ministre verra s'il
ne conviendrait pas de faire un seul décret, et, sans affecter, par un décret
particulier, des produits spéciaux à l'exercice 1809, de lui affecter 15 millions
sur le montant total delà recette extraordinaire.
Le ministre apportera
au prochain conseil, avec les états des budgets de 1808, 1809 et 1810, et des
renseignements sur l'estimation des produits extraordinaires, les états de
distribution des ministres sur les fonds qui leur sont accordés.
Quant aux exercices
1806 et 1807, la répartition sera conformée ce qui est dit dans le projet de
distribution.
Pour 1808, la
répartition sera de 1.500.000 francs pour la guerre, de 6.700.000 francs pour l'administration
de la guerre, de 600.000 francs pour le trésor, de 1.400.000 francs pour la
marine.
Il est nécessaire de
s'assurer, quant à la marine, si la dépense de la solde et des ouvriers de la
marine sera acquittée.
Le ministre présentera,
pour 1809, la répartition des 20 millions de supplément, savoir : liste civile,
85.000 francs ; justice, 315.000; trésor, 250.000; guerre, 3.000.000;
administration de la guerre, 12.000.000; marine, 4.000.000; frais de
négociation, 500.000 francs. On présentera la distribution de ces sommes entre
les différents chapitres du budget de chaque ministère.
Ainsi le but du travail
à représenter au prochain conseil est rétablissement du budget en recette de
1808, 1809 et 1810, à 760 millions; et la répartition entre les différents
exercices, les différents ministères et les différents chapitres des budgets
des ministères, des suppléments accordés pour les dépenses de ces exercices.
Rambouillet, 8 juillet
1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je réunis décidément la
Hollande (le décret de portant réunion de la Hollande est du 9 juillet 1810).
II est convenable qu'un officier du génie discret et intelligent, comme celui
que vous aviez envoyé à Anvers, se rende auprès du duc de Reggio et corresponde
avec vous pour les renseignements sur le personnel du génie, de l'artillerie,
la situation des places fortes et l'organisation du matériel. Il faudrait que
ce fut un homme discret, qui ne fit pas l’important et qui, lorsqu'on aurait
besoin de renseignements, sut les chercher et se les procurer.
Rambouillet, 8 juillet
1810
NOTE SUR CHERBOURG
Il faudrait avoir le
plan de Cherbourg jusqu'à 600 toises du fort de Querqueville et jusqu'à 600
toises du fort de l'Ile. Pelée, de manière que le terrain se trouve bien
embrassé. On a plusieurs buts à remplir à Cherbourg.
1° Mettre les
établissements maritimes à l'abri d'un coup de main et dans le cas de soutenir
un siège de quinze jours de tranchée ouverte.
2° Éloigner le
bombardement de ces établissements de manière que l'ennemi, dès le moment de
son débarquement, ne pût se placer qu'à 12 ou 1500 toises des établissements
maritimes.
3° Empêcher l'ennemi de
pouvoir établir aucune batterie dans l'intérieur de la rade. Or, la rade, qui
commence au fort de Querqueville et unit au fort de l’île Pelée, a 3.000 toises
à vol d'oiseau. Il serait donc convenable que, dans aucun point de ces 3.000
toises, l'ennemi ne pût envoyer ni bombes ni boulets, et, si le projet est
difficile pour les deux passes, il faut au moins s'appuyer à une passe et
maintenir toujours la passe libre. La passe naturelle parait être du côté de
Querqueville.
Que l'ennemi ne puisse
se placer entre le fort de Querqueville et la place sur un espace de 12 à 1500
toises, alors on sera toujours maître de s'appuyer à gauche, d'entrer et de
sortir par la passe de gauche. Par la suite on tâchera d'avoir la même
propriété pour la passe de droite.
Une expédition à
Cherbourg ne peut avoir pour but que de brûler les établissements maritimes de
l'escadre qui serait dans la rade. Il doit y avoir cette semaine un conseil sur
Cherbourg, où se trouvera M. Cachin et où l'emplacement des établissements sera
déterminé. Pour mettre à l'abri d'un coup de main les établissements maritimes,
il faut que l'emplacement des bastions et des bâtiments soit positivement
désigné ; ce qui aura lieu dans les conférences qu'on va tenir.
Pour tenir l'ennemi à
1.500 toises des établissements maritimes, il parait qu'il faut occuper une
circonférence de 5.000 toises. Un cercle de 5.000 toises ne peut être occupé
que par sept ou huit forts. En supposant que ces forts fussent des pentagones
ou des quadrilatères en terre, avec un réduit en maçonnerie, ils occuperaient
par leur enceinte, ou au moyen de demi-lunes ou flèches avancées, une largeur
de 2 ou 300 toises ; en espaçant ces forts de 400 toises, il en faudrait huit.
Le réduit en maçonnerie devrait contenir un magasina poudre, des puits, une
manutention, un magasin de vivres, des logements à l'épreuve. Il faudrait faire
un modèle en relief d'un de ces forts, comme M. Fontaine en fait faire pour les
monuments de Paris.
Ces forts pourraient
être défendus par 300 hommes, ce qui ferait 2.400 hommes nécessaires ; et ils
pourraient contenir chacun 7 à 800 hommes. Ces forts pourraient être faits,
l'un portant l'autre, pour 1 million : 7 millions pour les forts et 3 millions
pour l'enceinte seraient une dépense au plus de 10 millions, qui, à 3 millions
par an, serait faite en quatre ans.
S'il était possible, au
lieu de sept forts, de n'en faire que six, en agrandissant quelques forts par
des demi-lunes, en faisant quelque inondation soutenue par des redoutes, cela
diminuerait non-seulement les dépenses, mais la garnison. ,
Ainsi 2.000 hommes dans
les forts, 4.000 dans la ville, en tout 6.000 hommes, même de mauvaises
troupes, mettraient Cherbourg à l'abri d'une armée de 25.000 hommes; et si,
découvrant que l'ennemi ouvre la tranchée contre un fort, on pousse des lignes
de contre-approche des deux forts voisins, et qu'on borde d'artillerie l'intervalle
qui les sépare, la résistance augmenterait beaucoup, et le temps que ce fort
pourrait résister serait indéterminé. Il est hors de doute que c'est sur ces
bases qu'il faudrait faire le projet. Mais il y a des points intérieurs qu'il
faut occuper pour maintenir les communications, et quelques autres plus
éloignés qu'il faut occuper à cause de leur commandement.
Mais je crois
très-important de ne pas perdre de vue qu'il faut éloigner les attaques de
l'ennemi de 1.600 toises au moins des magasins; ce qui porterait les forts à
1.500 toises et les batteries ennemies à 16 ou 1.700 toises. Il sera donc
impossible que l'ennemi bombarde sans prendre un de ces forts.
On a dit que les forts
devaient être des pentagones ou des quadrilatères, ainsi ils auront une
épaisseur de 2 ou 300 toises ; les fortifications de la place gagneront aussi
du terrain ; ainsi la gorge des forts ne sera vraiment éloignée que d'environ
1.000 toises; ce qui serait trop distant sans doute pour recevoir une
protection de la place, mais ce qui empêchera l'ennemi de s'établir entre les
forts et la place, ou du moins rendra son attaque très-périlleuse.
Rambouillet, 8 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous renvoie les pièces
que j'ai prises au conseil sur l'administration des vivres. Je les ai lues
avec attention. Voici les observations qu'elles m'ont donné lieu de faire.
J'ai 22.000 hommes sur les
vaisseaux et 5.000 sur les frégates, c'est-à-dire 27.000 hommes sur ma
véritable marine, et j'en ai 13.000 sur de petits bâtiments. C'est sur ces
13.000 hommes que je crois pouvoir faire une réduction de 6.000 hommes ; ce qui
n'est pas une économie de peu d'importance, puisque sur 14 millions je
gagnerais 2 millions.
Rambouillet, 8 juillet
1810
Au vice-amiral Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Je viens de signer
l'acte de réunion de la Hollande à la France. Il est indispensable que vous
envoyiez quelqu'un pour reconnaître au vrai l'état de la marine hollandaise, et
que vous me proposiez sa réorganisation, mon intention étant que tous les
officiers civils et militaires soient employés à mon service.
Donnez ordre par un
courrier extraordinaire, à Anvers, que quatre-vingt-seize chaloupes canonnières
soient armées. Quarante-huit seront destinées à faire le service dans les îles
de la Zélande jusqu'à Hellevoetsluis. Ces quarante-huit chaloupes seront sous
les ordres du contre-amiral Lhermitte; quarante-huit autres, sous les ordres
d'un contre-amiral que vous désignerez, entreront dans le Zuiderzee, afin de
couvrir tous les débouchés du Texel avec mes propres chaloupes canonnières.
Aussitôt que je
connaîtrai la situation de la flottille hollandaise, à chacune de mes divisions
j'en joindrai une hollandaise.
Faites-moi un rapport
sur les amiraux, contre-amiraux et capitaines, sur leurs services, sur leur
degré de mérite, mon intention étant d'employer sur-le-champ ces officiers dans
mes escadres.
Rambouillet, 8 juillet
1810
Au prince Lebrun,
architrésorier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, j’ai besoin
de vos services en Hollande. Faites préparer vos équipages de voyage, et
rendez-vous le plus tôt possible à Rambouillet pour y prendre vos instructions.
Il est indispensable que vous partiez de Paris demain soir pour vous rendre à
Amsterdam.
Rambouillet, 8 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous envoie ci-joint l'extrait d’un rapport de la police. Je vous
prie d’avoir l’oreille tendue sur ces bruits, afin de m’en rendre compte. Il
est affreux que je puisse me trouver compromis pour des choses aussi absurdes.
Note particulière – Amérique – Négociation d’Ouvrard –
Colonel Burr.
J'apprends aujourd'hui qu'il transpire dans le commerce
de Paris quelques nouvelles des États-Unis sur le fait et les circonstances de
la négociation d'Ouvrard et Labouchère avec le marquis Wellesley.
Suivant ces nouvelles, des lettres du 6 mai, écrites par
M. Pinckeney au secrétaire d'État Smith, et d'autres lettres du même jour de
divers négociants de Londres à leurs correspondants d'Amérique, ont transmit
les détails suivants :
Que lord Wellesley avait reçu des propositions du
gouvernement français au sujet des États-Unis, tendantes (sic) à envoyer une
armée française en Amérique sur des vaisseaux anglais, pour remettre en
colonies cet État et le partager, le Sud aux Français et le Nord aux Anglais.
Que M. Wellesley s'était récrié sur l'atrocité de ces propositions et en
aurait fait part à M. Pinckeney. Celui-ci l'aurait répandu dans plusieurs
maisons principales, et le tout aurait été transmis le 6 mai en Amérique.
Les nouvelles d'Amérique ajoutent que cela a fait une
telle sensation, que le Congrès aurait demandé au secrétaire d'État
communication des dépêches de M. Pinckeney.
Voilà ce qu'on répandait hier ici, comme reçu d'Amérique; je fais prendre des
informations pour constater la source et la réalité de cet nouvelles.
Je rappelle seulement à ce sujet que le colonel Burr, qui
a vu ici plusieurs fois le duc d'Otrante, pourrait être celui qui a donné à M.
le duc d’Otrante l'idée de sacrifier ainsi l'Amérique, idée saisie par Ouvrard
et introduite dans sa négociation.
Si ma conjecture se trouvait fondée, l'on aurait dans la
personne même do colonel Burr un moyen de donner satisfaction au gouvernement
américain, et de prouver que le gouvernement français est étranger à toute
cette affaire.
Paris, 7 juillet 1810.
Rambouillet, 8 juillet
1810
Au comte Aldini,
ministre secrétaire d’État du royaume d’Italie, à Paris
Je vous envoie un
projet de décret qui m'est proposé par le vice-roi ; je désire que vous me le
portiez à votre prochain travail. Vous me ferez connaître les lieux où ces
individus ont fait la guerre, mon
intention étant de ne donner qu'à ceux qui ont fait la guerre et de traiter
avec une singulière distinction ceux qui sont à l'armée de Catalogne.
M’annoter les généraux,
colonels et chefs de bataillon.
Rambouillet, 9 juillet
1810
INSTRUCTIONS POUR LE
PRINCE LEBRUN, LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L'EMPEREUR EN HOLLANDB, A PARIS.
Le prince
architrésorier arrivera le 11 de ce mois à Bruxelles, le 12 à Nimègue ou à
Utrecht, le 13 à Amsterdam. Le ministre de la guerre donnera des ordres au duc
de Reggio pour qu'il trouve partout des escortes et qu'il soit reçu avec pompe.
Dès les premiers
moments de son arrivée, l'architrésorier fera prêter serment aux membres du
gouvernement, aux troupes de terre et de mer, et à tous les fonctionnaires
publics. Il se fera remettre le budget arrêté par le roi, et il me l'enverra,
en faisant partir pour Paris des hommes instruits dans les affaires du pays,
notamment le ministre des finances.
L'architrésorier me
fera connaître ce qui a été reçu et dépensé au 1er juillet, et ce qui reste à
recevoir et à dépenser pour les six derniers mois de l'année.
Il ne fera aucun
changement à la marine et à l'armée.
Mon intention est qu'on
dépense cette année au moins 18 millions à la marine, qu'on travaille dans tous
les chantiers, qu'on forme des équipages, et qu'à la fin de l’année les
vaisseaux, que je crois au nombre de quinze ou seize de premier rang,
indépendamment des frégates, soient armés. Je désire conserver l'administration
de la marine, qui est plus économique que la nôtre.
Mon intention est de
gouverner moi-même le pays. Mon lieutenant général sera là pour tout voir,
prendre des renseignements, m'instruire de tout, recevoir directement mes
ordres pour les faire exécuter.
Il faut prendre
sur-le-champ des mesures pour que les déclarations des marchandises et denrées
coloniales aient lieu, et désigner les employés des douanes françaises et les
bureaux où se feront les déclarations. Tout l'argent qui se trouve dans les
caisses des douanes hollandaises et tout ce qui proviendra des marchandises
doit être versé dans la caisse des douanes françaises.
Les fonctions de
l'architrésorier se divisent en deux parties distinctes :
1° Le gouvernement
actuel de 1810 : payer les troupes de terre et de mer, pourvoir aux besoins de
la marine, accélérer les constructions , lever les équipages, payer la dette
au tiers, enfin faire face à toutes les dépenses ;
2° Préparer
l'organisation pour 1811 : il sera temps d'y penser en août ou septembre, mais
il faut s'occuper du budget. Il faut donner du ressort à l'administration
pendant l'année actuelle.
Quant au jeune prince,
il est probable qu'avant l'arrivée de l'architrésorier il ne sera plus en
Hollande. S'il y était encore, on ne devrait le laisser partir que sur un ordre
de moi et avec les officiers que j'enverrai pour le chercher.
Mon intention est que
l'architrésorier reçoive 100.000 francs par mois, à dater de ce jour, pour ses
dépenses, et qu'en conséquence il ne se fasse rien donner par le pays et qu'il
pourvoie à ses frais de voyage, d'établissement, de bureaux et à une
représentation convenable.
Il convient qu'il ait
avec lui deux ou trois officiers militaires, un secrétaire des commandements et
plusieurs personnes d'un certain rang.
J'ai ordonné au
ministre de la guerre d'envoyer auprès de lui un colonel du génie intelligent
pour recueillir les dépôts et les cartes de la marine et de la guerre et les
envoyer à Paris. Il faut aussi recueillir les dépôts et les papiers des
relations extérieures, avoir soin qu'on n'en détourne rien et envoyer le tout à
Paris. Il y a sur les colonies hollandaises des mémoires qu'il est
très-important d'avoir.
Rambouillet, 9 juillet
1810
Au Président de la
commission de gouvernement, à Amsterdam
Monsieur le Président
de la Commission de gouvernement, j'ai reçu la lettre que le conseil m'a
écrite. J'ai vu avec peine ce qui s'est passé. Je ne puis donner mon
assentiment à ce que le grand-duc de Berg, mon neveu et pupille, soit roi de
Hollande. Le rapport (Moniteur du 10 juillet 1810) de mon ministre des relations
extérieures et le décret que j'ai cru devoir rendre vous feront connaître toute
ma pensée et mes définitives résolutions.
Je désire que vous les
communiquiez sur-le-champ au Corps législatif, afin qu'il nomme la députation
qui doit se rendre à Paris, et que je sois éclairé sur tout ce qu'il sera
possible de faire pour l'intérêt du pays. Faites aussi connaître par une
proclamation aux habitants de la Hollande que les circonstances de l'Europe,
leur situation géographique et les prétentions de nos ennemis communs, tout m'a
fait un devoir de mettre un terme aux gouvernements provisoires qui, depuis
seize ans, ont tourmenté cette partie de l'Empire. Les habitants de la Hollande
seront l'objet de ma sollicitude. Je me réjouirai de leur prospérité comme de
celle de ma bonne ville de Paris. Le vaste champ que j'ouvre à leur industrie,
depuis Amsterdam jusqu'à Rome, leur permet d'attendre le temps marqué par les
destinées pour rouvrir au commerce de mes sujets les contrées qu'ont
illustrées vos ancêtres et qui ont vu porter si haut l'honneur des noms bataves
et hollandais.
Je désire que la
députation soit composée d'hommes choisis et pris parmi ceux qui se distinguent
par leurs lumières et leur intégrité.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au prince Lebrun, lieutenant-général
de l’empereur en Hollande
Je viens d'expédier le
comte Lauriston, mon aide de camp, à Amsterdam, pour ramener à Paris le
grand-duc de Berg.
Arrivé à Amsterdam, il
est possible que vous soyez mécontent de quelques ministres; celui de la police
notamment me paraît fort mauvais : vous avez l'autorité nécessaire pour les
déplacer et en nommer de meilleurs à leur place. J'ai cru devoir vous donner ce
supplément d'instructions, qui est important.
Le premier besoin que
vous éprouverez en arrivant à Amsterdam est d'avoir un bon ministre de la
police. Avec le secours des Français qui sont dans le pays, il vous sera facile
de trouver un homme attaché à notre cause, dont vous pourrez faire un
commissaire général de police, en remerciant le ministre de la police actuel et
faisant prendre tous ses papiers.
Un autre ministre, qui
est parfaitement inutile, c'est celui des relations extérieures. Faites faire
une circulaire pour rappeler tous les agents à l'extérieur, et faites prendre
possession de tous les papiers de ce département.
Je donne ordre au
conseiller d'État d'Hauterive de se rendre à Amsterdam, où il arrivera
vingt-quatre heures après vous. Vous lui donnerez toutes les facilités et
secours pour saisir les papiers importants et les envoyer à Paris. Toutes les
cartes du pays, des passes, sondes, cartes marines, des places et forces
militaires, des colonies et pays appartenant à la Hollande, doivent être
envoyées à la marine à Paris.
J'ai ordonné au
ministre de la marine d'envoyer à Amsterdam le maître des requêtes Las Cases,
qui est très-propre à ce dépouillement. Il restera auprès de vous pour
recueillir tous les renseignements et les transmettre à Paris.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Rambouillet
Mon Cousin, donnez
ordre au général Suchet de faire mettre le fort de Mequinenza en état de
défense. Ce fort est important à conserver à cause de sa situation centrale.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La prise de Mequinenza
facilite beaucoup celle de Tortose, puisque l’Èbre fournit naturellement le
moyen de transporter l'équipage de siège; mais il est indispensable que le duc
de Tarente fasse le siège de Tarragone pendant que le général Suchet fera celui
de Tortose.
Envoyez un officier
près le duc de Tarente pour savoir ce qu'il fait. Voici la saison où la
cavalerie peut vivre partout. Je désire connaître positivement la situation des
choses à cette armée. Elle doit entrer en communication avec l'armée d'Aragon.
Le duc de Tarente pourra laisser plus de troupes sur ses derrières pour assurer
ses communications avec la France, puisque, par le mouvement de l'année
d'Aragon sur Tortose, il lui faudra beaucoup moins de troupes.
(La minute de cette
lettre porte pour date : Saint-Cloud, 30 juin 1810; mais elle n'a été expédiée
que le 10 juillet, ainsi qu'on le voit au post-scriptum.)
P. S. Le temps de la
récolte est arrivé ; si le duc de Tarente reste inactif, l’ennemi la coupera et
renfermera dans ses places fortes. C'est le moment d'approvisionner Barcelone
pour un an, en fauchant tout autour.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez
l’ordre que la 2e division d'arrière-garde de l'armée d'Espagne continue son
mouvement sur la Navarre, hormis le 1er régiment provisoire, qui restera à
Tolosa et servira à garder toute la province de Saint-Sébastien. Cette
disposition permettra aux postes de ma Garde de se resserrer sur Vitoria et
Bilbao. Le ler régiment provisoire restera dans la province de Saint-Sébastien
jusqu'à ce que de nouvelles troupes arrivent pour le remplacer.
Recommandez au général
Reille de renvoyer à leurs corps les troupes étrangères qu'il aura; avec ses
6.000 hommes, la gendarmerie et les deux escadrons du 9e de hussards, il doit
rétablir l’ordre dans la Navarre.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au
général Dorsenne de tenir en mouvement six ou sept colonnes composées chacune
de 200 hommes de cavalerie et de 6 à 700 hommes d'infanterie, de les faire combiner
ensemble de manière que deux ou trois puissent toujours se réunir, et de faire
battre le pays par ces colonnes. Demandez-lui pourquoi il n'a pas exécuté cet
ordre, et recommandez-lui de profiter de la récolte pour réunir de nombreux
magasins à Burgos.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au maréchal Oudinot,
duc de Reggio, commandant le corps d’observation de la Hollande, à Amsterdam
Mon Cousin, j'envoie à
Amsterdam mon aide de camp, le comte Lauriston, auquel vous remettrez le
grand-duc de Berg. Il le conduira ici près de moi. Vous ferez accompagner ce
jeune prince par les officiers de sa Maison.
M. l’architrésorier
part ce soir de Paris.
Le ministre des
relations extérieures a envoyé hier, par un courrier extraordinaire à mon
chargé d'affaires, les actes qui vous feront connaître les mesures que j'ai
prises.
Faites reconnaître la
situation des lignes que l’on avait élevées autour d'Amsterdam. Faites
constater le nombre de journées et les sommes qu'on a employées à ces travaux
depuis que les Anglais se sont rembarqués, avec tous les indices qui donnent
des lumières sur l'emploi qu'on en voulait faire.
Aussitôt que M.
l'architrésorier sera arrivé, vous lui communiquerez tous les renseignements
que vous avez.
Passez la revue des
troupes hollandaises ; chassez les mauvais sujets, s'il y en a. Donnez-leur
l'assurance que leurs régiments auront des numéros dans notre ligne.
Donnez-leur des aigles.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'envoie le comte Lauriston
pour prendre le Prince royal et l'amener i Paris. Vous donnerez ordre au duc
de Reggio de le remettre à cet officier et de le faire escorter jusque sur le
territoire de France. Le comte Lauriston sera muni de tout ce qui est
nécessaire au prince.
Donnez ordre qu'on
suspende toute espèce de vente des domaines et qu'on déclare que toute vente
qui serait faite serait nulle, jusqu'à l’arrivée de M. l'architrésorier.
Recommandez bien au duc
de Reggio, s'il a des nouvelles du Roi, de vous en instruire.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je désire que vous
preniez secrètement des informations sur la situation des armes dans le duché
de Varsovie. Vous pouvez employer le sieur Serra (Résident de France prés le
roi de Saxe, à Varsovie) en lui recommandant toute la circonspection possible.
Car mon intention est d'avoir toujours dans ce pays une grande quantité
d'armes, afin qu'en cas de besoin la population puisse s'en armer. Sachez aussi
si les armes que je leur ai envoyées sont arrivées et quel parti ils en ont
tiré.
Rambouillet, 10 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Vous trouverez
après-demain dans le Moniteur différentes pièces relatives aux affaires de
Hollande. Il est nécessaire que vous fassiez partir plusieurs mouches pour les
porter à l’Île de France, d'où elles seront expédiées à Java. Indépendamment du
Moniteur, vous écrirez au général Decaen pour qu'il prévienne le général
Daendels de ce qui se passe.
Il sera bon de demander
des lettres au ministre de la marine de Hollande pour les expédier à l’Île de
France par ces bâtiments.
Rambouillet, 10 juillet
1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Genève
Mon Fils, ayez bien soin
de déplacer celles de mes troupes qui seraient dans des pays malsains et de les
faire remonter du côté des montagnes ; en Italie cela produit une différence
immense dans la santé des troupes.
Rambouillet,
11 juillet 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.
Je vois dans l'état au
1er juin des provinces illyriennes qu'il y a deux bataillons
illyriens à cette armée. Faites connaître au duc de Raguse qu'ils doivent être
dissous et incorporés dans les régiments croates.
Je crois également
nécessaire que vous donniez ordre,
1° Que le 3e
régiment léger italien, qui a 600 hommes dans l’Illyrie, les rappelle en Italie
;
2° Que le cadre de la
20e compagnie du 2e d'artillerie retourne à son dépôt ; que les hommes
disponibles en soient versés dans les autres compagnies, cinq compagnies
d'artillerie étant suffisantes pour les provinces illyriennes ; les compagnies
seront au delà de 100 hommes. zOrdonne également que les détachements du 7e
bis du train rejoignent leur bataillon.
Il y a la 10e compagnie
d'ouvriers forte 4e 110 hommes ; faites-en rentrer à Palmanova ou à l'arsenal
de Mantoue pour travailler, en ne laissant qu'une escouade à l'équipage de
campagne.
Faites rentrer la 1e
compagnie du 6e d'artillerie italien, ainsi que le train d'artillerie italien.
Il y a 69 sapeurs qui ne font rien, puisqu'il n'y a point d'ouvrages de
campagne à faire en Illyrie ; il faut les employer au fort de Trieste. Ordonnez
au doc de Raguse et à l'officier du génie de faire un projet pour améliorer ce
château et pour avoir de bonnes batteries sur la côte d'Istrie et à Pola pour
défendre la côte.
Demandez un projet de
fortification pour le port de Pola.
Rambouillet,
11 juillet 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous renvoie
plusieurs de vos rapports relatifs à l'armement des côtes. J’y vois qu'il y a
906 batteries composées de 3,648 bouches à feu, la plupart employées au service
du cabotage, et employant 13.000 canonniers et coûtant 7 millions. Rien de cela
ne me parait extraordinaire. Votre rapport est fondé sur une supposition qui
n'est pas exacte : c'est de croire que le cabotage de port à port a cessé ; il
est, au contraire, plus actif que jamais.
Vous dites que c'est à
tort que la marine se plaint souvent des batteries des cotes; mais elle a
raison, 1° parce que le personnel des garde-côtes ne vaut pas ce qu'il devrait
valoir; 2° parce que les affûts de côtes sont pourris et n'offrent pas
suffisamment de solidité.
Partez du principe que,
dans l'état d'infériorité de notre marine, on ne saurait avoir trop de
batteries de côtes. Le cabotage est fort et prendrait plus d'accroissement si
les batteries étaient mieux servies et composées d'un meilleur matériel. J'ai
ordonné à la marine de vous fournir 1.000 affûts de côtes. Il résulte d'un de
vos rapports que, depuis l'an XII, il n'a été fabriqué que 938 affûts de côtes;
ce qui ne fait pas 200 par année. Je vois, par les états qui y sont joints,
qu'il existe aujourd'hui 2.800 affûts de côtes et marins. Moyennant les 1.000
affûts de la marine, les 938 construits depuis l'an XII, les 100 pour lesquels
les fonds sont faits par le budget de cette année, total plus de 2.000 affûts
neufs que vous devez mettre en batterie le plus tôt possible, vous devez être à
même de mettre les batteries de côtes dans le meilleur état.
Je désire savoir ce que
coûte une compagnie et si l’on ne pourrait pas employer des troupes mieux
organisées et plus sûres à ce service.
Remettez-moi un projet
pour nommer six commissions composées chacune d'un officier d'artillerie, d'un
officier du génie et d'un officier de marine. Une de ces commissions serait
chargée de l’inspection des côtes depuis la frontière de Hollande au delà
d'Emden jusqu'à l'Escaut; la deuxième, de l'Escaut à la Seine; la troisième, de
la Seine à Brest ; la quatrième, de Brest à Bayonne ; la cinquième, de Cette à
Nice; la sixième, de Nice jusqu'à Terracine. Ces commissions seraient chargées
de parcourir les côtes, de vous faire un rapport tous les huit jours sur les
travaux, de faire connaître la situation des batteries, les travaux qu'il
faudrait y faire et les nouvelles batteries qu'il serait nécessaire d'établir.
Elles resteront sur les lieux pour recevoir vos ordres et donner des réponses.
Vous diviserez le travail de chaque commission en plusieurs stations. Ainsi,
par exemple, la commission qui serait chargée de l'inspection de la rive gauche
de l'Escaut visiterait l'Ile de Cadzand et irait à Ostende, lèverait un croquis
des batteries, en reconnaîtrait la situation, prendrait note de celles à
réparer, et se concerterait avec l'inspecteur du génie et de l'artillerie
d'Ostende. Après voir fini ses opérations à Ostende, la commission irait à
Dunkerque et correspondrait avec vous ; de là la commission irait à Boulogne,
etc. Par ce moyen, le travail ne s'entasserait pas. Rédigeant sur les lieux,
les commissaires rédigeront mieux ; ils répondraient aux objections, et on
parviendrait à avoir un système de batteries de côtes bien organisées et sur de
bons affûts.
Il faudra avoir soin
qu'en passant la revue de chaque batterie la commission fasse bien connaître le
but de cette batterie.
Les commissions
d'inspection auront soin d'observer le degré d'importance de chaque batterie
qui exigerait des affûts neufs, ou des affûts de côtes, ou des affûts marins ;
ce qui permettrait de les laisser à la disposition des communes.
Rambouillet, 11 juillet
1810
A M. Regnier, duc de
Massa, grand-juge, ministre de la justice, à Paris
La cour criminelle de
Foix a acquitté les assassins qui ont tué le maire de Mercenac, département de
l'Ariège. Faites-moi un rapport là-dessus.
Rambouillet, 12 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la marine, à Paris
Je reçois votre rapport
du 11. Vous dites que trois officiers d'artillerie ne sont pas nécessaires
dans une compagnie. Je suis si peu de votre opinion, que je pense que, dans une
guerre dont le théâtre est si éloigné, il en faudrait quatre ou cinq. Il est
facile de comprendre qu'avec la supposition de blessures, de maladies, deux
officiers ne peuvent donner la garantie que la compagnie ne restera pas sans
officiers. Indépendamment des six que je viens de nommer, présentez-m'en
vingt-quatre autres pris dans les compagnies de l'armée d'Espagne, trente pris
dans les compagnies qui sont en France ; présentez-m'en sur-le-champ vingt
autres choisis parmi les sergents qui sont en France, et dix tirés de ma Garde,
ce qui fera quatre-vingt-dix au mois de septembre. Faites faire un examen pour
en choisir quarante dans l'école de Châlons. Vous aurez ainsi cent trente
officiers, dont le surplus servira à remplacer les morts d'ici à ce temps-là.
Je trouve exact le
calcul que vous faites que le manque au complet des canonniers n'est pas de plus
de 1.200. J'approuve l'envoi d'un bataillon de marche de 500 hommes
d'artillerie pris, savoir : 150 à Strasbourg, 110 à Metz, 50 à Mayence, 20 à
Toulouse, 100 à Rennes, et 100 à Boulogne, en ayant soin de ne prendre aucun
cadre. Ce bataillon de marche se formera à Bayonne, d'où il sera dirigé sur
Burgos. Faites un projet de distribution de ces hommes dans leurs compagnies,
et une instruction pour que, quand ils passeront à portée de leurs corps,
chacun rejoigne sa compagnie.
Je ne veux envoyer
aucune nouvelle compagnie en Espagne ; faites connaître cela au général
Sénarmont.
Vous aurez soin de ne
prendre les 500 canonniers que vous envoyez en Espagne que parmi les jeunes
gens reçus depuis la bataille de Wagram et n'ayant pas fait la guerre, voulant
conserver les autres en France, où mon intention n'est pas de m'affaiblir.
J'approuve que vous
fassiez revenir des compagnies d'artillerie pour prendre à Bayonne 1.200
chevaux. Vous pouvez destiner à cette remonte les 800 chevaux de l'artillerie
régimentaire. Le surplus sera tiré des compagnies d'artillerie et du train qui
sont en France et en Italie, ou enfin de ma Garde. Mais, en envoyant ces l.200
chevaux en Espagne, je ne veux faire aucun achat de chevaux.
Rambouillet, 11 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
J’ai ordonné que les
actions pour les canaux du Midi et du Loing soient versées à la caisse
d'amortissement, qui payera 4 pour 100 à la caisse des canaux. Il faut établir
cette caisse sans délai, pour avoir les moyens d'alimenter les travaux des
ponts et chaussées et de n'éprouver aucun retard par raison de manque de fonds.
Il faut vous occuper de
la construction des canaux de l'île de Cadzand et de Sud-Beveland.
Entendez-vous là-dessus avec le ministre de la marine.
Rambouillet, 12 juillet
1810
Au comte Bigot de
Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
Préameneu, renouvelez aux préfets vos instructions sur la société de charité
maternelle. Recommandez-leur de vous envoyer la liste des personnes qui se font
inscrire, pour la mettre sous mes yeux. Ne leur laissez point négliger cette
affaire.
Rambouillet, 12 juillet
1810
DÉCISION
|
Le général Morand,
commandant la 23e division militaire, propose à l’Empereur les moyens
de rapatrier les Français faits prisonniers à Baylen par les Espagnols, et
qui sont dans l’île de Cabrera. |
Renvoyé au ministre
de la marine pour voir s’il y aurait un moyen, sans faire sortir l’escadre et
sans s’exposer à un évènement majeur, de faire sortir trois frégates bonnes
marcheuses qui pourraient gagner la Corse on faire toute autre navigation,
se diriger sur cette île, et en retirer les prisonniers. Ces frégates
auraient 100 hommes chacune de bonnes troupes; ce qui, avec la garnison, ferait
une force de 600 hommes à mettre à terre. On pourrait joindre à ces frégates
une flûte de 800 tonneaux, qui, pour une si petite navigation, pourrait
porter le surplus de prisonniers. Je ne suppose pas qu'ils soient plus de
2.000. Cela pourrait débarquer sur un point quelconque de la Corse. |
Rambouillet. 12 juillet
1810
Au général Clarke,
ministre du de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, vous me faites connaître par votre rapport du 11 que l'incomplet de la gendarmerie
à pied de l'intérieur se monte à 1.300 hommes. Avant de penser à remplir cet
incomplet, il me paraît nécessaire de réformer la gendarmerie des départements
de l'ouest. Cette gendarmerie a été formée dans des circonstances
extraordinaires, après la guerre civile; la gendarmerie y était donc
extrêmement nombreuse; mon intention est de la diminuer. On n'a éprouvé
jusqu'ici aucun inconvénient de l'affaiblissement où elle est; rien ne
s'oppose donc à ce qu'elle soit replacée sur le même pied que dans les autres
départements, et il serait possible qu'après cette opération l'incomplet de
1.200 hommes n'existât plus.
Quant aux 160 hommes
nécessaires pour l'Illyrie, il faut les choisir dans les régiments de cette
armée.
Il faut également
prendre dans les régiments qui sont sur les lieux les hommes nécessaires pour
la légion de Rome et pour les compagnies des Bouches-de-l'Escaut.
Pour la légion de la
Catalogne et pour les escadrons qui sont formés à Versailles, on ne peut pas
prendre sur les 2.400 hommes de cavalerie qui sont démontés, puisque ce ne sont
que des jeunes gens. On peut prendre, pour la gendarmerie de Catalogne, dans
les dépôts qui sont en Italie, et pour les escadrons formés à Versailles, dans
tous les dépôts; car, si l'on prend parmi les jeunes gens, on aura une pauvre
gendarmerie.
Quant aux 1.200 hommes
nécessaires pour la cavalerie, il faut les prendre dans les quatorze régiments
de carabiniers et de cuirassiers, à raison de 30 hommes par régiment, et le
surplus dans les régiments de hussards, chasseurs et dragons, à raison de tant
par régiment.
Mais, pour l'infanterie
comme pour la cavalerie, il faut ne prendre que des hommes qui aient les
qualités requises par les règlements sur la gendarmerie et faire un bon
recrutement.
Rambouillet, 13 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Vous trouverez le
décret par lequel je fonde les maisons d'orphelines. Il faut vous entendre avec
le grand chancelier de la Légion et le ministre des cultes pour l'exécution.
Faites venir d'abord la supérieure de la congrégation des orphelines de Paris.
Avant d'établir les six maisons, il faut en former d'abord trois que je désire
placer dans des forêts : l’une, à Saint-Germain dans l'ancien couvent des
Loges, que je crois propre à cet établissement et qu'on aurait facilement; la
deuxième, dans la forêt de Fontainebleau, sur les bords de la rivière, et la
troisième, dans celle de Rambouillet. Vous trouverez d'anciens couvents qui me
paraissent propres à cela. Vous devez charger quelqu'un de faire secrètement la
recherche de ces maisons, et, lorsqu'elles seront désignées, de les acquérir à
bon marché, sans faire hausser les prétentions. Les trois autres maisons
peuvent être établies dans les départements ; il ne manque pas de maisons dont
on ne sait que faire. Jetez les yeux sur les chefs-lieux des cohortes de la
Légion d'honneur et autres maisons de cette espèce.
Il faut établir d'abord
les deux ou trois premières. Je vous prie de vous occuper de cela sans délai.
Rambouillet, 13 juillet
1810
A la reine Hortense, à
Plombières
Ma Fille, je reçois
votre courrier du 11. Je vois que les lettres de Hollande vous sont enfin
arrivées. On n'a point de nouvelles du Roi; on ne sait pas où il s'est retiré
et l’on ne conçoit rien à cette lubie. M. l'architrésorier doit être arrivé à
Amsterdam, et le décret de réunion doit y être connu. Je vous envoie les
lettres que je pense que vous devez écrire au président du Corps législatif et
au président du Conseil de gouvernement1. Vous ne leur donnerez dans ces
lettres aucun titre.
Lettres à écrire par la
reine Hortense :
AU PRÉSIDENT
DU CORPS LEGISLATIF
DE HOLLANDE.
Monsieur le Président
Van der Heim, j'ai reçu votre lettre du 3 avec les différentes pièces
politiques qui y étaient jointes. Étrangère à ces matières, je n'ai pu
qu'expédier sur-le-champ un courrier à l'Empereur, chef de la famille impériale
et spécial tuteur de mon fils comme grand-duc de Berg, pour connaître ce que
mon fils et moi avons à faire.
AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE GOUVERNEMENT DE
HOLLANDE.
Monsieur Jawlande Poll,
j'ai reçu votre lettre que m'a remise M. de Spaau avec une lettre du Roi. Je me
suis empressée de soumettre le tout à l'Empereur, comme chef de la famille
impériale. Je ne puis rien faire sans ses ordres. Étant plus spécialement
tuteur de mon fils comme grand-duc de Berg, c'est une nouvelle obligation pour
moi de ne rien préjuger de ce qu'il croira utile au bien du pays, à mes enfants
et à moi.
Rambouillet, 13 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor, à Paris
Monsieur le comte
Mollien, j'ai lu avec attention le mémoire de la Banque. Il résulte du
bordereau portant le n° 2 que le conseil de la Banque évalue 13.137 actions à
15.864.180 francs, ce qui ne fait guère que 1.235 francs l'action; et, plus
bas, je vois qu’il évalue 90.000 actions,
y compris la réserve, à 109 millions, ce qui ne donne pas le même prix
pour l'action. Tout cela établit que la Banque n'estime son action que de 1.220
à 1.230 francs. La première chose à faire serait que les 13.000 actions de la
Banque fussent dans le commerce : elle élude, en les gardant, un des articles
du règlement. Il paraît que sur 109 millions, qui est le capital de la Banque,
elle en a 15 en portefeuille. Il lui en reste donc 94 qui doivent être en émission
; sur ces 94, elle en emploie 40, et il lui en reste 81 en caisse. Je vois par
la même voie que le dividende obligé de 6 pour 100 est de 60 francs, et que les
deux tiers du surplus du bénéfice sont de 16 francs, ce qui fait 76 francs 84
centimes. Cela donnerait une valeur de 1.666 francs à l’action de la Banque. Je
crois que le dernier dividende n'a été que de 72 francs, il est vrai, avec
l'acquit d'une réserve; 72 francs ne donneraient que la valeur de 1.200 francs
à l'action, plus la réserve.
Faites-moi connaître si
la Banque peut vendre ces 13.000 actions; et, si elle en était embarrassée, si
l’on ne pourrait pas les faire acheter par la caisse de l'extraordinaire. Quel
prix réel croyez-vous qu'a l'action de la Banque aujourd'hui ? Et, voulant
placer quelque argent de la caisse de l'extraordinaire, combien le domaine
extraordinaire pourrait-il les acheter ?
Je vois par la note n°
3 que la Banque ne peut pas pourvoir à l'établissement des comptoirs
d'escompte. Je vois également que la Banque ne compte que sur un escompte de
104 millions; c'est bien peu de chose ; il me semble que Rouen seul escompte 30
millions. Rapportez-moi tout cela au prochain conseil avec quelques
raisonnements.
NOTE SUR
LA BANQUE.
Le capital de la Banque
de France a été fixé par la loi de 1806 à 90.000 actions. La valeur de chaque
action a été fixée à 1.000 francs, plus le 90/1000 du fonds de réserve.
Le fonds de réserve qui
existait en 1806, à l'époque du doublement des actions, a été réparti sur
chacune des 45 millions d'actions primitives; il en est résulté une plus-value
de 200 francs par action primitive.
Il en est résulté aussi
que chacun de ceux qui ont souscrit pour les 45 millions d'actions nouvelles a
payé chaque nouvelle action 1,200 francs.
Par l'effet des réserves
successives qui ont eu lieu depuis ce doublement, la valeur intrinsèque de
chaque action s'est encore accrue. Au 15 juin dernier, les 90,000 actions
représentaient un capital, ou plutôt étaient créancières sur le capital de la
Banque d'une somme de 109.555.202 francs 1 centime; ce qui portait la valeur
réelle de chaque action à 1.217 francs 50 centimes. Par l'effet du dernier
dividende, qui a ajouté pour chaque action une somme de 3 francs 7 centimes à
la réserve, la valeur réelle et intrinsèque de chaque action est maintenant de
1.220 francs 57 centimes. Les 13,137 actions que possède la Banque sont des
actions qu'elle avait déjà émises et qu'elle a rachetées sur la place en 1808
et au commencement de 1809. Elle les a rachetées au cours de 1.208, leur valeur
intrinsèque était alors d'environ 1.212. Comme elle les a acquises au prix du
marché public, elle aurait nécessairement la prétention de ne les revendre
également qu'au prix du marché et de gagner la différence qui. dans l’état
actuel, serait de 1.208 à 1.255.
Mais il est à remarquer
que, quoique la Banque paraisse, par ses comptes. répartir le dividende de 6
pour 100 sur 90.000 actions, estimées chacune en capital 1.200 francs, cette
répartition n'a effectivement lieu que sur 76.863 actions, puisque c'est à
elle-même qu'elle paye le dividende des 13.137 actions dont elle est
propriétaire; or, si elle avait vendu ses 13.137 actions et si elle était
obligée de faire effectivement la dépense du dividende qui devrait leur être
attribué, il est douteux qu'elle pût longtemps, et sans quelque ressource
extraordinaire, continuer d'attribuer à ces 90.000 actions 6 pour 100 de
dividende, c'est-à-dire 72 francs pour chaque action estimée 1.200 francs
seulement (au lieu de 1.220, valeur intrinsèque actuelle de l'action).
Si le domaine
extraordinaire achetait ces 13.137 actions et les achetait au taux auquel la
Banque voudrait les vendre, 1.255, il est certain que ce placement ne
procurerait pas au domaine 6 pour 100, puisque déjà la Banque ne donne 6 pour
100 que sur 1.200 francs, et il est douteux que la Banque pût continuer de
donner ces 6 pour 100 sur 1.200 francs, puisque aujourd'hui pour continuer ce
dividende aux 76.863 actions qui circulent et former une petite réserve de 3
francs 7 centimes, elle n'attribue dans ses comptes que 60 francs, au lieu de
72 francs, aux 13.137 actions qu'elle possède.
Il est inutile de dire
que la vente de ces 13.137 actions, qui accroîtrait en effet les charges de la
Banque, puisqu'elle aurait plus de copartageants sur le dividende, n'ajouterait
rien ni à sa volonté ni à ses moyens pour étendre ses escomptes.
Maintenant, elle ne
demande pas mieux que d'étendre ses escomptes et de former des comptoirs
partout où elle pourra trouver de la matière escomptable. Si les comptoirs ne
se sont pas formés plus tôt, c'est surtout parce que les décrets des 16 et 18
janvier 1808 ont mis toutes les difficultés dans les préliminaires, parce
qu'ils ont déclaré que les escomptes seraient commencés avec des espèces et à 5
pour 100, au lieu d'annoncer, dès le principe, que la Banque conformément à son
privilège, escompterait avec ses billets, mais à 4 pour 100.
II faut plus de
connaissances que n'en ont eu en cette matière des commerçants, d'ailleurs
éclairés, pour s'expliquer comment des billets de banque, qui n'escomptent que
de véritables lettres de change, deviennent une monnaie tout aussi nécessaire
et, conséquemment, tout aussi bonne que les espèces; il faut connaître les
règles de l'escompte, le mécanisme de la circulation, l'emploi de la monnaie,
la place étroite que la monnaie tient dans la richesse, et l'on peut être un
fort bon banquier sans s'être occupé de ces recherches.
Les commerçants des
départements ont fait de très-bonne foi de très-mauvaises objections contre
les comptoirs escomptant avec des billets. La Banque de France a été d'autant
plus embarrassée de combattre ces objections, que ses règlements ne lui
permettent d'offrir les billets que lorsque le commerce local en a fait la
demande.
Mais la question va
changer de face, et ce sera le résultat des conférences qui sont ouvertes au
ministère des finances.
Lorsque la Banque de
France, dans son état n° 2, dit qu'elle a dans son portefeuille 107 millions
d'effets de commerce, elle indique que la proportion annuelle de ses escomptes
à Paris est d'environ 430 millions : cette proportion ne paraît pas accuser la
Banque de parcimonie dans ses escomptes.
Elle ne doit escompter
que des lettres de change à trois mois de terme au plus; elle ne peut admettre
à ses escomptes que des lettres de change représentées par des marchandises,
qui devront être immédiatement consommées et qui seront conséquemment soldées
par le revenu des consommateurs. Si tel est le caractère des lettres de change
escomptées par la Banque, 107 millions de lettres de change, pour trois mois,
supposeraient à la ville de Paris un revenu de plus de 400 millions, et,
certes, ce revenu n'est pas si élevé. Il est vrai que, dans les
approvisionnements que représentent les lettres de change escomptées par la
Banque, et qui se soldent à Paris, se trouvent ceux de tout le territoire qui
environne la capitale, et c'est cet accessoire qui fournit à Paris une matière
escomptable de 107 millions par trimestre. La première banque de Paris (la
caisse d'escompte), aux époques antérieures à la Révolution, n'avait jamais
porté si loin ses escomptes ni l'émission de ses billets.
Quant à la ville de
Rouen, la matière escomptable qui lui est propre peut être facilement évaluée.
En supposant qu'elle peut être de 30 millions par année, cette quantité
n'exigerait que 7 millions de billets circulants et d'effets escomptés pour
trois mois, et le comptoir aura bien employé ses soins si, en escomptant avec
régularité, il atteint cette proportion.
Rambouillet, 13 juillet
1810
Au vice-amiral comte Decr
ès, ministre de la marine, à Paris
L'amiral Ganteaume
s'est occupé du recrutement de la marine. L'idée de dépenser 60 millions pour
construire 300 bricks est inexécutable; elle ne me serait d'aucune utilité.
Voici le parti que je désire
prendre : organiser pour le Nord, l'Escaut et la Hollande cinq bataillons de
flottille. Je croîs qu'il en existe déjà deux ; ce serait trois à former.
Chacun de ces bataillons serait de 1.060 hommes; ils serviraient à monter
chacun 3 bricks, 12 chaloupes canonnières, 4 péniches et 6 transports ; ce qui
ferait une flottille de 15 bricks, 60 chaloupes canonnières, de 20 péniches et
de 30 transports, total, 125 bâtiments. Les transports feraient le service de
la Hollande à Flessingue.
Ces bâtiments naviguant
dans le Zuiderzee, sur la Meuse et l'Escaut, les équipages pourraient
s'amariner en peu de temps ; étant sous la surveillance d'un capitaine de
vaisseau et du conseil d'administration du bataillon, ils seraient habillés et
tenus aussi bien que possible.
Cinq bataillons
seraient organisés pour Boulogne. Il y a, je crois, aujourd'hui un bataillon ;
ce serait donc quatre à former. Ils seraient également forts de 1.060 hommes
chacun. Chaque bataillon monterait 18 chaloupes canonnières, 4 péniches et 6
transports; ce qui ferait 90 chaloupes canonnières, 30 péniches et 30
transports, total 140 bâtiments, qui feraient le service de surveiller la côte
de Dunkerque au Havre. On aurait soin de tenir toujours à l'embouchure de la
Seine, du Havre à Honfleur, à Saint Valéry, à Dieppe, à Fécamp, quelques
chaloupes canonnières pour protéger la pêche. Rien n'empêcherait de mettre avec
les chaloupes canonnières les lougres, les cutters et autres petits bâtiments
qui existent aujourd'hui.
Par cette organisation,
dix bataillons de flottille seraient formés en Hollande et dans le Nord.
Le onzième bataillon
serait à Cherbourg. Il servirait 12 chaloupes canonnières, lougres ou cutters,
et 50 transports. Les transports serviraient à porter les bois du Havre à
Cherbourg. Les autres bâtiments feraient le service du Havre a Saint-Malo.
Le douzième bataillon
serait à Saint-Malo ; il serait composé de 3 bricks, 15 chaloupes canonnières
et 9 péniches, qui feraient le service de Saint-Malo à Lorient.
Il y en aurait un
treizième à Lorient et un quatorzième à Rochefort, qui feraient le service
jusqu'à Bayonne.
Ainsi j'aurais sur
l'Océan quatorze bataillons formant 14,000 hommes, servant environ 25 bricks,
200 chaloupes canonnières, lougres et cutters, 70 péniches et plus de 100 transports.
Cela s'opérerait sans
faire aucunes nouvelles constructions. On aurait le fonds de ces quatorze
bataillons en prenant les vieux matelots qui sont aujourd'hui dans les ports,
à bord des petits bâtiments, et il y en a un bon nombre. Il y a, je crois, près
de cent bâtiments, indépendamment des bataillons de la flottille.
Quatre bataillons
paraîtraient suffisants pour la Méditerranée. Il y en aurait deux à Toulon :
l'un uniquement employé au service des dix grosses flûtes faisant la navigation
de Livourne, de Gènes et de la Corse, pour transporter les bois nécessaires à
la marine; le deuxième bataillon serait composé de petits bâtiments pour la
protection des côtes.
Comme il y a à Toulon
une cinquantaine de petits bâtiments, indépendamment des dix flûtes, lesquels
emploient aujourd'hui 2.400 marins, on pourrait prendre les meilleurs marins
pour renforcer les équipages de la flotte. Les bâtiments qui feraient le
service de la Corse et de Gènes seraient montés par des marins des deux
bataillons.
Le quatrième bataillon
de la Méditerranée serait à Gènes et ferait le service de Gènes à Ostie. Il y a
là dix-huit bâtiments qui emploient 1.600 matelots.
Ainsi les quatre
bataillons de la Méditerranée, n'étant composés que de 1.000 hommes chacun,
n'emploieraient que 4.000 marins, tandis qu'il y en a 4.000 qui servent les
petits bâtiments emplois à la protection de cette côte.
Ce serait donc dix-huit
bataillons composés de 18.000 marins, qui seraient employés à la protection des
côtes. Aujourd'hui il y en a 14.000 employés à ce service ; il ne s'agirait que
de les classer selon la nouvelle formation. On pourrait, sur ces matelots, en
prendre 6.000 pour la formation des équipages des vaisseaux; il en resterait
donc 8.000; et, en supposant qu'il en fallût 18.000, ce serait 10.000 qu'il
faudrait pour les porter au complet.
Alors la marine
n'aurait que des bataillons : 20 pour les gros vaisseaux et 18 pour la
flottille et les côtes. Toutes les fois qu'on aurait à armer un vaisseau ou à
réparer des pertes, on prendrait les matelots les plus amarinés et les plus
habiles des flottilles.
Les quatre régiments
d'artillerie de la marine se composent de 14.000 hommes, dont 400 officiers et
le reste sous-officiers et soldats, sur lesquels il y en a 2.600 présents,
8.000 détachés, 2.600 prisonniers de guerre ; il y a donc encore environ
12.000 hommes existants. J'attendrai pour prendre un parti que vous m'ayez
envoyé une situation en règle de ces troupes. Il me semble que ces hommes
peuvent entrer dans la formation des nouveaux bataillons. Les quatre régiments
d'artillerie de la marine peuvent être réduits à quatre simples bataillons qui
serviraient au service des quatre grands parcs, puisqu'on paraît préférer des
canonniers matelots pour le service des vaisseaux. L'avantage de ce système
sera d'épargner la dépense d'un grand nombre d'officiers et sous-officiers.
Récapitulation. — Il
faut former 18 bataillons de flottille. Il en existe 4, c'est donc 14 qu'il
faut former. Il faut former 20 nouveau bataillons pour les vaisseaux, à 500
hommes chacun; c'est 10.000 hommes qu'il faut; c'est donc 28.000 hommes qu'il
faut pour les 38 bataillons (illisible) ; ce qui, joint aux matelots qui sont
sur nos vaisseaux et frégates, ferait un corps de 66.000 matelots, qui monteraient
400 bâtiments de flottille destinés à garder les côtes et 50 vaisseaux de ligne
et 30 frégates.
Je vous prie de vous
occuper de cet objet et de me présenter un projet général pour le recrutement
de la marine.
Rambouillet, 14 juillet
1810
Au comte Defermon,
intendant général du domaine extraordinaire, à Paris
Il y a eu une
insurrection au canal du Nord, parce qu'on a renvoyé les ouvriers sans les
payer. M. Molé fait connaître que c'est la faute du domaine extraordinaire, qui
n'a pas voulu fournir l'argent.
Le résultat de cela est
que, indépendamment du scandale et du désordre qui en résultent, les travaux
souffrent considérablement, parce que tout est entravé par défaut de fonds.
Il est nécessaire que
vous vous occupiez sérieusement de mon domaine extraordinaire. Jusqu'ici vous
n'avez rien fait ; les affaires en souffrent, les particuliers en souffrent.
Cela n'est conforme ni à votre réputation ni au bien de mon service.
P. S. Je reçois au même
moment un procès-verbal du conseil du sceau qui répond (à ce que je lui avais
écrit, que c'était de sa faute si les actions n'étaient pas remises aux
propriétaires) que vous avez mis six mois à faire une chose de simple formalité
; que d'ailleurs son intervention n!est pas nécessaire pour délivrer les
actions, mais pour leur payement.
Rambouillet,
14 juillet 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Vice-Amiral
Decrès, il est nécessaire de connaître si des vaisseaux de guerre, en sortant
d'Hellevoetsluis, peuvent remonter jusque vers Willemstad pour entrer dans le
Volkrak, descendre ensuite la Meuse, traverser le canal qui sépare l'Ile de
Schouwen de celle de Tholen, et arriver dans l'Escaut oriental, soit dans la
rade vis-à-vis Goes, soit dans celle vis-à-vis Terveere. Il faudrait faire
relever et sonder ces différents canaux.
Rambouillet, 14 juillet
1810
Au comte Daru,
intendant général de la maison de l’empereur, à Paris
Monsieur le Comte Daru,
il est nécessaire que vous établissiez quel a dut être le budget en recettes
des forêts et domaines pour 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810. Vous ferez
connaître dans une colonne ce qu'a coûté l'entretien des forêts pendant chacune
de ces années. Dans un chapitre séparé, vous mentionnerez les plantations qui
ont été faites, d'où vous établirez la recette brute pour les forêts et ce qui
a été versé au trésor pour le revenu net. Vous sentez que cette opération est
nécessaire pour avoir une base fixe dans le compte que vous établirez. Faites
le même travail pour les recettes provenant de ventes d'effets de produits des
manufactures portés en compte et autres recettes quelconques ressortissant de
votre administration.
Quand ce travail sera
terminé, vous le soumettrez à mon approbation, et je verrai ce qui a été perçu
jusqu'en 1810 et ce qui est à percevoir. Je suppose que les recettes brutes des
bois et domaines doivent être, pour 1810, de 4.500.000 francs, et les recettes
nettes de 4 millions; les domaines devraient donc déjà rapporter 200.000
francs.
En général, je désirerais
porter mon budget ordinaire en recettes à 30 millions. Je pense que je ne
devrais pas en être actuellement éloigné, et, comme j'ai à acheter à
Rambouillet, Compiègne, Fontainebleau, quelques milliers d'arpents de terre
qui pourront produire 2 ou 300.000 francs de rente, cela complétera mes revenus
à 30 millions. Il faudrait, après cela, faire un budget des dépenses ordinaires
qui ne passât pas 10 millions, en donnant 210.000 francs pour le service du
grand aumônier, 3 millions pour le service du grand maréchal, 3 millions pour
celui du grand écuyer, 2.500.000 francs pour celui du grand chambellan, 420.000
pour celui du grand veneur, 140.000 pour celui du grand maître des cérémonies,
600.000 pour ceux de l'intendant et du trésorier, 4 millions pour
l'extraordinaire de tous les services, 2 millions d'extraordinaire pour achat
de nouveaux meubles, jardins, grandes réparations et autres grandes dépenses du
service de l'intendant général, etc., ce qui porterait les dépenses ordinaires
du budget à 16 millions; 2 millions pour les dépenses de la grande cassette
consistant en traitements, gratifications, présents ; cela porterait à 18
millions les dépenses.
Il faudrait pour cela
établir l'ordinaire sur un pied fixe et bien réglé, afin qu'il n'y ait plus rien
à voir à aucun service. Des réductions ne peuvent s'opérer que graduellement.
C'est en entrant tous les jours dans les détails qu'on acquiert des lumières
sur beaucoup de choses qui mettent à même de corriger les abus. Mes principaux
palais étant bâtis et réparés, hormis celui de Versailles, qui doit l'être sur
des fonds extraordinaires, il est possible qu'avec 2 millions de
l'extraordinaire, du mobilier, bâtisses, etc., on fasse face aux dépenses
imprévues. Quand le grand maréchal ou le grand écuyer auraient besoin de
quelque chose pour des circonstances extraordinaires, on bâtirait moins et
l’on achèterait moins de meubles.
Quant à la dette du
Piémont, de la Toscane, de Rome, je n'en retire rien, il y a équilibre. Ainsi
ces choses ne conduisent à aucun résultat.
Il faut préparer les
éléments pour faire le budget de recettes de 1810. Car vous faites à l'égard du
trésorier ce que le ministre des finances fait à l'égard de celui du trésor
public. Quand le budget se règle, il préside à sa formation, et avant qu'il ait
lieu il présume ce que les revenus doivent rendre. Il doit nécessairement y
avoir eu quelque confusion dans le budget, parce qu'il n'a jamais été fait par
l'intendant.
Rambouillet, 14 juillet
1810
Au comte Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Faites-moi un rapport
sur le Temple de la Victoire. Quelle est la caisse qui a fourni les premiers
fonds et où en sont les travaux ?
Faites-moi connaître
également les fonds que j'ai faits cette année pour l'Arc de triomphe, ce qui a
été dépensé et ce qui reste à dépenser, ce qu'on pourrait dépenser cette année
si j'accordais les fonds nécessaires, désirant qu'on travaille à finir ce
monument avec la plus grande activité, puisque ces travaux encombrent une des
principales avenues de Paris.
J'ai accordé des fonds
pour les eaux minérales. Ne perdez pas de vue ces travaux.
Faites-moi connaître ce
qu'on a fait et ce qu'on pourrait faire cette année aux différentes tueries de
Paris.
Faites-moi un rapport
sur la résolution prise dans le conseil des ponts et chaussées de ne pas finir
le canal du Nord, et sur l'emploi à faire des fonds qui y étaient destinés, à
un autre canal.
Rambouillet, 14 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous renvoie le portefeuille du jour. Parlez à M. Dreyer du trafic
des Danois avec l'île de Helgoland, et écrivez-en à M. Didelot. Faites-leur
sentir combien cela est contraire aux promesses des Danois et à ce que j'étais
en droit d'attendre d'eux.
Rambouillet, 14 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, j'ai pris depuis longtemps un décret pour que la caisse des Invalides
de la marine fût sous vos ordres et vous rendit des comptes. Vous ne m'en parlez
jamais. Faites-moi un rapport sur l'administration de cette caisse depuis dix
ans.
Rambouillet, 14 juillet
1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au
général Reynier que je n'entends pas dire qu'il lève des contributions dans les
pays où il se trouve pour secourir et solder son corps d'armée ; que la guerre
nourrit la guerre. Écrivez la même chose au général Dorsenne. Dites-lui que je
n'ai pas encore vu une lettre de lui où il parle administration, des
contributions qu'il lève et de ses ressources pour se nourrir. Renvoyés la
lettre ci-jointe au Roi pour lui faire connaître qu'il est nécessaire qu'il
pourvoie aux besoins de l'armée.
Rambouillet, 14 juillet
1810
(Sur la minute de cette
lettre, corrigée en plusieurs endroits par l’empereur, on lit, en marge, cette
annotation entièrement de sa main : 1° Envoyer cela par un homme sûr qui se
fasse escorter par 600 hommes pour porter la lettre; 2° en envoyer copie au
ministre de la guerre pour qu'il écrire à Macdonald)
Au général comte
Suchet, commandant le 3e corps de l’armée d’Espagne, à Mora di Ebro
L'Empereur, Monsieur le
Général Comte Suchet, me charge de vous faire connaître que son intention est que,
aussitôt que vous aurez pris Tortose, vous mettiez cette place au pouvoir du
duc de Tarente et que vous concentriez votre corps d'armée en Aragon, afin de
pouvoir seconder l'expédition que Sa Majesté sera dans le cas d'ordonner en
Portugal, expédition qu'elle a le projet de faire après la prise des places de
Tortose et de Tarragone. Vous recevrez alors les décrets de Sa Majesté pour
partager votre armée en deux corps. Vous marcheriez avec le premier, composé
d'environ 15.000 hommes, sur Valladolid, manœuvrant pour appuyer les
opérations, jusqu'à ce que les Anglais soient battus et jetés à la mer.
Pendant ce temps vous laisseriez un autre corps de 12.000 hommes pour maintenir
l’Aragon, et, aussitôt que les Anglais seraient chassés du Portugal, vous rentreriez
avec vos 15.000 hommes en Aragon, et, avec votre corps d'armée réuni, vous vous
porteriez sur Valence, en même temps que l'armée de Catalogne ferait marcher
une division par Tortose et que le duc de Dalmatie coopérerait h votre
expédition en faisant marcher de son côté un corps de 15 à 20.000 hommes.
Pendant votre mouvement
sur Valladolid les chevaux de votre équipage de siège se referaient, et
l'équipage se réparerait et se mettrait en état de se porter sur Valence.
Enfin il faut prendre
Tortose, s'occuper immédiatement après à être réunis et prêts à exécuter les
ordres de l'Empereur. Cependant vous devez aussi prendre conseil des
événements. Vous ne devez pas quitter, après la prise de Tortose, le pays sans
l'ordre de l'Empereur.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
On m'assure que le
grand maître de l'Université nomme l'abbé de Calonne, connu pour être un prêtre
fanatique, principal du collège de Quimper dans le Finistère. Faites-moi un
rapport et proposez-moi un projet pour annuler cette nomination. Dites au grand
maître que c'est avec les préfets qu'il doit correspondre et non avec les
évêques, et ne pas faire de l'instruction publique une affaire de coterie et de
religion. Pourquoi a-t-on ôté de cette place un professeur instruit pour y
mettre un fanatique ?
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je désire que vous me
présentiez, au conseil de septembre prochain, un plan détaillé et coté, avec
des profils en différentes directions, de la presqu'île de l'Éguillette à
Toulon, de manière que l’on puisse bien juger des commandements des trois
hauteurs de Caire, de Balaguier et de Grasse, et du système à adopter pour
défendre ce point important.
Il faudrait également
me présenter la situation des forts Malbousquet et Saint-Antoine, avec des
plans cotés et des profils des hauteurs de ce côté.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je suis instruit qu'on
enrôle pour la légion irlandaise des prisonniers anglais. Mon intention est
qu'on les renvoie tous prisonniers. Je ne veux aucun soldat anglais; je préfère
qu'ils soient prisonniers, qu'ils me répondent de mes prisonniers en
Angleterre, et d'ailleurs la plupart désertent.
P. S. Je vous prie de
prendre des mesures efficaces pour faire cesser le recrutement des Espagnols
dans les régiments napolitains et portugais, et celui des Allemands et
Irlandais dans les régiments polonais et allemands. Il est inutile d'augmenter
le nombre de mes soldats, surtout de soldats qui désertent tous en Espagne.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La réunion de la
Hollande donne un nouvel intérêt à la place de Terveere, les escadres de la
Meuse et de l'Escaut oriental pouvant se réunir sous la protection de cette
place. Elle a encore une autre propriété, celle de protéger le passage du
Sloe. Un plan détaillé de cette place et des environs à 6 ou 700 toises, un
plan de nivellement, enfin un projet fait par un bon ingénieur sont
nécessaires. Il faut bien connaître le parti qu'on peut tirer des inondations
pour la défense.
Il faut porter à
plusieurs centaines de toises sur la digue une forte batterie pour protéger la
rade, qui jouerait pour Terveere à peu
près le même rôle que la batterie de Nolle à Flessingue, et qui, outre
l'avantage d'assurer la rade, aurait celui d'ajouter à la force de la place de
ce côté.
Les fossés sont, je
crois, pleins d'eau. Il faudrait donner un bon profil à toute la fortification
et rectifier un peu son tracé, non en détruisant rien, mais en combinant
quelque ouvrage avancé. Il y a dans le voisinage de la place quelques terrains
élevés ; si l'on peut inonder entre les hauteurs, elle aura un degré de force
raisonnable ; si l’on ne peut avoir des inondations, il faut connaître les
hauteurs, leurs distances, les points à occuper.
Après ces objets
viennent les magasins à poudre, les souterrains pour la manutention, les
magasins et la garnison. Je désire qu'on me présente, dans le courant du mois
d'octobre, un projet appuyé de bons plans pour cette place.
La possession de la
Hollande fait de nouveau sentir l'importance de l'île de Walcheren ; il faut
que la France la saisisse avec des mains de fer. Il est hors de doute que les
trois points de Flessingue, Terveere et Rammekens sont nécessaires à occuper,
comme l'a observé le général Chasseloup.
Dans le compte qui me
sera rendu de la situation des travaux au 1er juillet, on me fera connaître le
nombre des travailleurs qui sont employés à Flessingue, la situation des fonds
et ce qu'il faudrait faire pour activer les travaux.
Il faudrait présenter
de bonne heure des projets en règle pour augmenter la fortification de cette
place. Il est nécessaire d'en présenter aussi pour Rammekens. L'inondation là
est facile. Le fort doit être considéré comme un réduit, dont il faut démolir
les maisons qui obstruent l'intérieur et qui le rendraient inhabitable dès que
l'ennemi aurait jeté quelques obus. Il faut tracer un fort en terre, dont le
fort actuel sera le réduit.
Il ne restera plus qu'à
savoir de quelle manière on pourra lier Flessingue avec Rammekens et Terveere
par des inondations.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous envoie une note
que j'ai dictée sur Porto-Ferrajo. Présentez-moi un projet sur les bases
fixées par cette note. J'accorde les 60,000 francs demandés pour les
approvisionnements.
Je vous envoie
également une note que j'ai dictée sur les travaux de Rochefort.
NOTE SUR PORTO-FERRAJO.
Porto-Ferrajo est un
poste très-important. Les travaux qu’on a faits ont amélioré sa position ; mais
il est temps d'avoir un système plus raisonnable, auquel on travaillera successivement
pour lui donner le degré de force convenable. Sa position est très-forte,
puisque partout il y a trois rangs de feux. Le plus urgent est de se mettre à
l'abri de la bombe. Pour cela il faut avoir :
1° Des magasins à
poudre à l'épreuve : il parait qu'il y en a deux, contenant 200 milliers, ce
qui est suffisant;
2° Une salle d'artifice
pour l'artillerie et une salle pour réparer le affûts, avec deux forges;
3° Des fours, une
manutention et des vivres pour une garnison de 2.000 hommes pendant six mois :
on dit qu'il y a un magasin voûté qui renferme les vivres; il faudrait le
mettre à l'épreuve;
4° Un hôpital ;
5° Quelques corps de
garde à l'épreuve, particulièrement dans les ouvrages avancés qui seront les
premiers exposés aux feux de l'ennemi.
Il faudrait faire des
projets pour ces différents objets.
Il faudrait des corps
de garde à 1'épreuve dans le fort anglais, qu'on appellera dorénavant le fort
Saint-Hilaire, dans les lunettes de Saint-Cloud, du Point-du-Jour, de
Saiint-Roch, et dans les trois ouvrages O,M, K; cela ne serait pas une dépense
très-considérable, et ceux qui veillent de plus près à la défense de la place
seraient à l'abri.
Le fort Saint-Roch est
près de la place. Il parait que la hauteur sur laquelle on a placé le fort
Saint-Hilaire est importante; c'est là où doit s'opérer une grande partie de la
défense de la place. Il est à moins de 300 toises de la place, à moins de 150
de la lunette Saint-Roch et à 250 toises de la lunette Saint-Cloud. Ce fort ne
peut être susceptible d'une grande défense. Il faut avoir un système plus considérable.
Ce qui existe ne peut être considéré que comme le réduit d'une couronne A, B,
C. Alors l'ennemi sera obligé à un grand siège, assez loin de la place pour
laisser du repos à la garnison, et cependant assez près pour que les feux de
la place et les redoutes de Saint-Cloud et de Saint-Roch puissent concourir à
la défense et la rendre formidable.
La lunette Saint-Cloud,
éloignée de 150 toises de la lunette Saint-Roch, défendra cette redoute, et,
lorsqu'elle sera prise, la lunette de Saint-Cloud rendra difficile l'attaque
des fronts de la place; mats cette redoute sera prise par des bombes, s'il n'y
a pas de magasins et d'abris pour la garnison.
Le fort Saint-Hilaire a
20 toises sur son long côté; on peut donc l'armer de six pièces de canon ; il
faut donc boucher les embrasures et envoyer six affûts de place pour des pièces
de 12 qu'on suppose être dans la place, ou du moins du calibre le plus
approchant des pièces qui s'y trouvent. Il faudrait aussi placer dans ce fort
six petits mortiers de 6 pouces avec deux obusiers.
Le fort Saint-Hilaire
est bien petit; il n'a que 20 toises sur 10. La première chose a faire est,
comme on l’a dit, un corps de garde voûté pour 80 ou 100 hommes. C'est là le
plus grand degré de force qu'on puisse lui donner, puisque ces 100 hommes s'y
tiendront à l'abri de tout événement, pendant qu'une soixantaine d'hommes serviront
les sept ou huit pièces de canon du fort.
150 hommes sont tout ce
que peut contenir ce fort. On profitera de chaque nuit pour en renouveler la
garnison et réparer les affûts. Cet ouvrage est sans chemin couvert, et l'on
sent si bien la faiblesse de cet ouvrage, qu'on veut occuper l'Annunziata,
qu'on regarde comme le point d'où l'ennemi cheminera sur le fort. Mais on voit
sur la droite un mamelon éloigné de 100 toises et appuyé à la mer, sur lequel
l'ennemi cheminera également pendant que le fort sera accablé de bombes et
d'obus. Cette seconde position doit être aussi fort importante. Le point de
l'Annunziata a l'inconvénient d'être trop éloigné de la place et de masquer les
feux des redoutes Saint-Cloud et Saint-Roch.
Saint-Cloud est à 200
toises de l'Annunziata, Saint-Roch à 220, le fort Saint-Hilaire à 180. Voilà
donc trois fortes batteries qui peuvent battre sur ce point et l'écraser de
leurs feux. On pense donc qu'on doit regarder le fort Saint-Hilaire comme le
réduit d'une couronne qu'il faut fortifier et dont les saillants seraient
placés en A, B, C; AB ayant 150 toises, et BC, 100 toises; AD, 100 toises, et
CD, 100 toises; les trois bastions A, B, C se défendraient entre eux et
seraient protégés de très-près par le fort Saint-Hilaire; les gorges en
seraient éloignées, savoir : celle du bastion A, de 60 toises; celle du bastion
B, de 40 toises ; celle du bastion C, de 80 toises.
On profitera des
localités pour joindre les trois bastions par un chemin couvert ou de ronde,
tel que ces trois bastions ne feraient qu'un système entre eux et avec le fort
Saint-Hilaire, et que l'artillerie et la garnison puissent se porter de l'un à
l'autre.
Ces trois bastions, qui
seront très-petits à cause des localités, partageraient les feux de l'ennemi.
En cas d'événement, le grand fort ABC, qui aurait 4 ou 500 toises de
développement, pourrait contenir autant d'hommes qu'on voudrait; ce serait une
véritable ressource pour la place.
Le bastion A pris,
l'ennemi n'aurait rien, puisqu'il faudrait cheminer sur les forts B et C ; et,
le fort C pris, l'ennemi serait encore battu par le fort B à 100 toises, par le
fort Saint-Hilaire à 80 toises, par la redoute Saint-Roch à 200, par la place à
300 toises.
Ainsi, au lieu
d'occuper le fort de l'Annunziata, on propose d'occuper un point à mi-chemin,
environ à 100 toises du fort Saint-Hilaire, à 30 toises des marais salants,
point qui ferait système avec les bastions B.C.
On pourrait ensuite, si
cela était jugé convenable, pratiquer dans le vallon, entre les bastions A, B,
C, un fossé ou tout autre obstacle qui favoriserait le chemin couvert ou de
ronde établi le long do coteau pour faire communiquer ces trois forts.
On sent que
l'assiégeant, au lieu d'avoir affaire à des forts isolés, attaquera un front en
règle, qui, presque partout, sera protégé par les forts intermédiaires.
NOTE SUR ROCHEFORT.
Il est important de mettre
Rochefort dans un état de défense respectable. Pour cela, il faut d'abord
défendre l’île Madame et la pointe de Fouras, faire connaître leur situation
actuelle et ce qu'il faudrait faire pour qu'une armée de 20.000 hommes, ayant
débarqué à droite et à gauche et tourné cette position, ces deux batteries
pussent résister avec une faible garnison et défendre l'entrée de la rivière,
si l'ennemi jugeait devoir les prendre avant de s'avancer. Il faut, après cela,
empêcher les brûlots d'arriver, faire connaître la situation du fort Lupin et
de la redoute de Vergeroux.
Il est clair que, si
l'ennemi est sur la rive droite, il ne pourra pas prendre le fort Lupin et
profiter de la rivière. De même, si l'ennemi est sur la rive gauche, les
batteries de la pointe de Fouras et la redoute de Vergeroux, si ces forts sont
de quelque importance, l'empêcheront de protéger de la rivière.
Avant de penser à
empêcher le bombardement de Rochefort, il faut penser à mettre l'enceinte à
l'abri d'un coup de main. Est-elle revêtue en maçonnerie ? Pourquoi le tracé
est-il si défectueux ? Y a-t-il contrescarpe au fossé, chemin couvert et
glacis ? Peut-on en établir ?
Sur la rive gauche il y
a des marais qui ont été desséchés ; n'est-il pas nécessaire de couvrir ce côté
par une double couronne ?
Car d'abord l'ennemi ne
tentera jamais une opération avec la certitude de ne pouvoir s'approcher de la
place qu'à 4 ou 500 toises pour bombarder. S'il n'a pas l'espoir de brûler
réellement les vaisseaux et de démolir l'arsenal, jamais il ne hasardera une
expédition qui lui coûterait quatre fois le dommage qu'il peut faire. Après
avoir tiré un millier de bombes, on peut avoir maltraité quelques vaisseaux,
mais c'est un léger mal.
On suppose et on
demande s'il y a des magasins à poudre à l'épreuve, suffisants pour mettre les
approvisionnements de terre et de mer à l'abri de la bombe.
Il faut d'abord faire
connaître les ouvrages à établir sur les rives droite et gauche pour mettre la
ville à l'abri d'un coup de main ; cela fait, il faut aussi penser à éloigner
l'ennemi le plus possible.
Un fort dans la
position de la redoute de Vergeroux a le double avantage de barrer la rivière
et d'appuyer la gauche des ouvrages, dont il paraît que la droite doit être sur
la hauteur des Chartres.
Un fort, dans le genre
de ceux de Boulogne, à Vergeroux, aux Chartres, et un intermédiaire formeraient
ligne. La droite appuierait à la rivière ainsi que la gauche. Tout l'espace
renfermé entre la redoute Vergeroux et la rivière formerait un camp retranché
de 6 à 7.000 toises de tour, et qui se trouverait défendu par trois seuls
ouvrages ou forts.
Si, au lieu de la
hauteur des Chartres, on peut occuper un point sur la rivière, à 2 ou 300
toises, il faut le faire. Si la hauteur des Chartres est commandée, ce qu'on ne
peut voir dans les plans, puisqu'il n'y a pas de cotes, il faudrait s'appuyer
à la hauteur de la Coudre et de là à la rivière, s'il était possible.
Il est probable que, de
la hauteur des Chartres ou de toute autre hauteur des environs plus près de la
ligne, il doit être possible de protéger des inondations qui fassent que le
camp retranché soit suffisamment établi avec les trois forts qu'on a proposés.
Sur la rive gauche on
peut concevoir une ligne de 1,000 toises, qui s'appuierait de droite et de
gauche à la rivière, et formerait un deuxième camp retranché.
J'ai fait dessécher les
marais ; il est donc facile de les rétablir. En occupant par trois ou quatre
forts la ligne de 1.000 toises qui sert de segment au coude de la rivière, on
doit être maître des eaux et pouvoir inonder.
Y a-t-il, sur la crête
des hauteurs, des points nécessaires à occuper ? Autant que je m'en souvienne,
il n'y en a guère. On suppose qu'on peut établir des inondations qui
couvriraient la droite; alors, avec trois simples forts et des marais qu'on
inonderait, on aurait suffisamment pourvu à la défense de Rochefort.
Ainsi on croit donc que
le ministre doit faire faire des projets pour l’île Madame, pour la pointe de
Fouras, pour les inondations de la rive gauche en la soutenant par quelques
redoutes, pour les trois forts de la rive droite. Tout cela ne peut être d'une
forte dépense. Il faudra également voir ce qu'il convient de faire à
l'enceinte, aux chemins couverts.
Au premier coup d'œil,
les inondations et les sinuosités de la rivière me paraissent tellement aider
aux inondations, qu'on peut raisonnablement espérer d'arriver à un résultat.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Vice-Amiral
Decrès, vous recevrez un décret par lequel je mets cinq vaisseaux et trois
frégates en construction dans les ports de Rotterdam et Amsterdam. J'ordonne en
même temps l'armement de l'escadre de treize vaisseaux. En prenant ces mesures
huit jours plus tôt qu'il ne faudrait, puisque je devrais attendre le rapport
que vous devez me faire sur la marine hollandaise, j'ai voulu donner une impulsion
favorable à l'opinion des Hollandais en leur faisant voir que de nombreux
vaisseaux vont animer leurs chantiers et leurs rades. Envoyez-y les meilleurs
modèles possibles. Si l'on peut construire là de bons vaisseaux de 74, pourquoi
ne les ferait-on pas ? J'attends votre rapport là-dessus. Vous pouvez envoyer
sur-le-champ des modèles de frégate, en prenant deux de nos bonnes frégates de
18.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au général Savary, duc
de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
J'ai reçu les comptes
du ministère de la police pour l809 et les cinq premiers mois de 1810. Je
désire que vous m'envoyiez mardi à Saint-Cloud toutes les pièces relatives à
ces comptes. Vous les adresserez au baron Méneval, à mon cabinet. J'ai besoin
de vérifier toutes ces pièces.
Vous me ferez connaître
également ce que le trésorier peut alléguer pour se justifier d'avoir fait les
payements suivants, que je trouve dans le compte des journaux.
1° 24.000 francs sur
1809 et 8.000 sur 1810 payés à des hommes de lettres travaillant à l'histoire
de France et à l'histoire d'Espagne; total, 32.000 francs.
2° Avances au Mercure :
41.730 francs sur 1809, et 26.719 sur 1810; total, 68.449 francs.
3° Indemnités pour
travaux littéraires et gratifications à divers gens de lettres : 23.150 francs
pour 1809; 1.592 fr. pour 1810; total, 24.742 francs.
4° Traitement du sieur
Hennet, inspecteur de la librairie : 3.333 francs sur 1809; 1.333 sur 1810;
total, 4.666 francs.
Toutes ces dépenses,
qui se montent à 129.857 francs, n'ont pas été autorisées par moi, et je ne
sais comment on s'est permis de les faire. Le payeur ne devait payer que dans
la latitude du budget. Prenez, je vous prie, pour principe de ne faire aucune
dépense sans mon autorisation et de ne jamais dépasser le budget. Je n'entends
rien donner au Mercure, et des gratifications ne doivent pas être données à des
hommes de lettres sans mon autorisation.
Cette conduite du duc
d'Otrante est bien extraordinaire et vient encore ajouter aux autres sujets de
mécontentement qu'il m'a donnés. Dans un état bien réglé, rien de semblable ne
pouvait avoir lieu sans mon ordre, et ce n'était pas à lui à distribuer ainsi
des gratifications pour se faire des créatures.
Vous demanderez
également au caissier pourquoi il n'a pas porté plus tôt en recette les 101.000
francs saisis sur l'agence anglaise vers la fin de l'an XII, qui ne paraissent
qu'aujourd'hui dans les comptes, et pourquoi il a employé cette somme en
dépense de mobilier que je n'avais pas autorisées.
Je ne saurais approuver
que l'article 1er du chapitre III, intitulé Dépenses de l'inspecteur général et
des agents secrets, ait dépassé de 28.000 francs la somme de 170.000 francs
fixée par le budget; le caissier ne devait pas payer au delà de la somme
prescrite.
Pourquoi a-t-il payé
12.000 francs au sieur ?
J'attends votre rapport
pour savoir l'opinion que je me dois faire du caissier. Apportez-moi ces
renseignements mardi. Il faut aussi que vous me fassiez connaître s'il y a des
dépenses qu'il est convenable de faire et qui ne se trouvent pas dans le
budget, car toutes les dépenses que le duc d'Otrante a faites hors du budget,
sans mon autorisation, ne seront pas admises.
Ne pouvant me donner
les comptes des passeports et des ports d'armes pour 1810, apportez-moi du
moins ceux de 1809, et, si quelques pièces vous manquent encore, suppléez par
des bordereaux. Pressez davantage les préfets, qui me paraissent mettre trop de
lenteur dans l'envoi des pièces.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au baron de la
Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris
Dans le nouvel état que
vous devez porter la semaine prochaine, faites-moi un budget pour 1810 et 1811.
La recette, selon votre
dernier état, se monte à 371 millions; mais vous n'y portez les laines
d'Espagne que pour 1.267.000 francs, au lieu de 9 millions ; vous n'y portez
point les marchandises de Trieste qui ont été vendues à Venise, qui sont de 6
millions. Ainsi on peut calculer la recette à 386 millions.
Il faut me proposer les
placements de manière à former en 1810 10 millions de rente, soit en achetant
les bons de la caisse d'amortissement qui se présenteraient à plus de 5 et demi,
soit en achetant des actions de la Banque à un taux raisonnable, soit en
achetant des actions des salines ; soit enfin, si cela était nécessaire,
en achetant un complément de 5 pour 100.
Le budget de 1810, en
dépense, doit être fait de la manière suivante, savoir :
1° 24 millions pour les
canaux du Loing et du Midi. Je ne porte pas ce que vous avez payé là-dessus,
parce que les comptes que vous avez donnés sont portés en recette.
2° 30 millions pour le
trésor. Je porte 30 millions au lieu de 45 parce que vous devez faire recette
de 45 millions portant intérêt et qui sont de l'argent comptant, tandis que les
30 millions sont en échange de 750.000 francs de rente sur le Mont-Napoléon et
de 750.000 francs sur le grand-livre.
Ces deux sommes sont
déjà distribuées.
3° 6 millions pour les
diamants de la Couronne.
4° 10 millions pour les
biens Vanlerberghe, parce que vous les avez portés en recette et qu'ils sont à
peu près donnés.
La dépense de 1810 sera
donc de 70 millions.
Intérêts de 1810. Je
suppose les recettes à 10 millions.
Dépense:
1° Pour compléter le
fonds de 12 millions de Versailles et achat de domaines, 6 millions ;
2° Pour le temple de la
Victoire, 1 million;
3° Pour gratifications
à l'armée, aux officiers généraux, repas de corps et dépenses de cette nature,
2 millions;
4° Pour dépenses de
l'intendant général, du receveur général, frais de négociation et dépenses
extraordinaires, 1 million. Total, 10 millions.
Vous aurez soin de porter
dans le produit de 1810 ce qui doit vous revenir des revenus des biens
Vanlerberghe, du moment où ils écherront, pour argent prêté à quelque titre
que ce soit, etc. Alors l'avoir, en 1811, ne sera plus que de 316 millions,
dont il faut déduire, pour fonds à verser au trésor en échange de domaines
nationaux et autres valeurs pour aider au service, 16 millions.
En 1811 la recette sera
portée à 12 millions et employée de la manière suivante :
Crédit de Versailles et
achat de domaines, 6 millions; temple de la Victoire, 1 million; gratifications
à l’armée, 1 million; dépenses extraordinaires de tonte nature, 4 millions.
Ainsi, au compte de
1811, j'aurai 300 millions placés de manière à rendre plus de 12 millions de
revenu.
Faites-moi connaître si
ces calculs sont exacts. Je ne puis y voir d'autres inexactitudes, si ce n'est
qu'une partie des bons de Saxe, de Westphalie, etc., sont donnés. Vous m'en
enverrez l'état. J'ai omis ces sommes, parce qu'il va y avoir un versement de
15 millions.
Le placement des villes
de Paris et Bordeaux, je le regarde comme portant intérêt.
Rambouillet, 15 juillet
1810
Au rince Lebrun,
lieutenant général de l’empereur, à Amsterdam
Vous devez être arrivé
hier à Amsterdam. Je suppose, quand vous recevrez cette lettre, que le grand-duc
de Berg sera en route pour la France, le général Lauriston devant être arrivé.
Je vous ai mandé que le
ministère des relations extérieures était inutile et qu'il fallait le
supprimer. Le conseiller d'État d'Haoterive doit être arrivé pour faire l'inventaire
des papiers et archives de ce département et les envoyer à Paris. Le maître des
requêtes Las Cases doit être également arrivé pour faire la recherche des
cartes et mémoires relatifs à la marine et aux colonies. Il ne doit enlever
aucun des papiers de l'administration, désirant conserver l'administration
hollandaise, qui est plus économique que la nôtre.
Je compte qu'il n'y a
que deux ports en Hollande, Amsterdam et Rotterdam. Mon intention est qu'on
s'occupe de donner la plus grande activité aux chantiers. Donnez ordre au
ministre de la marine de vous faire un rapport sur la situation de la marine et
des constructions. Je veux avoir, en 1811, cinq vaisseaux de guerre, deux
frégates et deux bricks en rade de la Meuse, et neuf vaisseaux, quatre frégates
et quatre bricks en rade du Texel.
Mon intention est
également qu'il soit mis sur le chantier d'Amsterdam trois vaisseaux de 74 et
deux frégates, et deux vaisseaux et deux frégates sur les chantiers de
Rotterdam. Faites sur-le-champ les dispositions nécessaires pour cet objet, en
suivant les formes de la marine du pays.
Envoyez-moi la note des
contremaîtres et officiers qui doivent commander les treize vaisseaux et les
six frégates, pour que je l'approuve et que le mois de juillet ne se passe pas
sans que ces vaisseaux soient commencés. Si l'habitude est de faire des
marchés, les faire sans délai.
Envoyez-moi
sur-le-champ, à Paris, l'ancien ministre des finances, un individu qui
connaisse bien l'administration de la marine, un officier de marine qui
connaisse bien les passes, et quelqu'un qui soit bien au fait du système
hydraulique du pays, des polders, digues, et qui puisse nous donner des
renseignements sur cet objet.
Je suppose que le Corps
législatif se sera occupé de nommer la commission ; faites-y joindre une
commission de cinq conseillers d'État. Faites en sorte que ces commissions
soient composées d'hommes dont les renseignements puissent m'être utiles.
Envoyés le plus tôt
possible au ministre de la marine les états des officiers de marine, et au
ministre de la guerre les états des officiers de terre, afin que je leur envoie
des brevets signés de ma main, pour les différents grades.
Envoyez-moi les états
du trésor en recette au 1er juillet. Je voudrais que vous les fissiez porter
par quelqu'un qui les connût bien et pût me les expliquer, et me faire
connaître clairement le système financier de la Hollande.
Le plus important est
la marine. Le défaut d'argent ne peut retarder les armements ni les
constructions. Faites marcher de front les constructions des cinq vaisseaux et
l'armement et la mise en état des deux escadres de treize vaisseaux que je
demande. Il faut que j'aie, en 1811, sept vaisseaux de ligne à Hellevoetsluis,
et douze au Texel ; total, dix-neuf vaisseaux.
Rambouillet, 15 juillet
1810
INSTRUCTIONS POUR LE
COMMANDANT DEPONTHON
SECRÉTAIRE DU CABINET
Le sieur Deponthon
laissera au sieur d'Albe le travail qu'il a à moi et partira demain matin pour
la Hollande. Il suivra cet itinéraire : il ira de Paris droit à Willemstad ; il
verra cette place en détail et m'en enverra un plan et mémoire raisonné de la
situation actuelle, qui me fasse connaître son armement, son système
d'inondation, s'il y a des casemates, son approvisionnement en poudre et en
vivres. Il prendra des renseignements sur les sondes de Willemstad jusqu'à la
mer, en suivant le Bieningen (ou Grevelingen).
Quand il aura recueilli
les renseignements nécessaires pour ce mémoire et rédigé sur les lieux, il ira
à Overtlakkee ; il restera dans cette ville-là le temps nécessaire pour
observer quelle est la difficulté de passer de Willemstad dans l’île si
l'ennemi s'en emparait. Il ira ensuite à Goeree. De Overtlakkee à Goeree,
peut-on y passer ? Y a-t-il de l'eau à basse mer et quelle longueur de canaux y
a-t-il à franchir ? Il reconnaîtra les batteries existantes, celles qu'il
serait utile d'établir pour défendre la rade et les passes, enfin ce qu'il y a
à faire pour la défense de ces îles. Il se rendra ensuite à Hellevoetsluis, où,
avant de rien faire, il rédigera son mémoire et le mettra à la poste. Après
cela, il visitera Hellevoetsluis, se procurera des plans de la place et du
port, et me fera un mémoire sur la situation de l’une et de l'autre, sous le
rapport de l'armement, des batteries de côtes et de celles qui défendent la
rade. Il marquera sur les plans qu'il m'enverra l'emplacement des batteries, le
nombre des bouches à feu ; il comptera les vaisseaux en rade, verra quelle
protection ils reçoivent, et quelle est la direction des passes à la mer. Il
visitera ensuite l'arsenal de la marine, les vaisseaux en armement et ceux
désarmés, les chantiers, les approvisionnements de bois ; enfin il me rendra
compte de tout ce qui concerne ce département. Ces observations et ces
mémoires doivent être faits avec maturité et solidité, et non à la hâte.
D'Hellevoetsluis, le
sieur Deponthon se rendra à Brielle; il ira voir l'embouchure de Putten et me
fera un grand mémoire là-dessus; il m'enverra les sondes, le nombre et la force
des bâtiments qui y passent, et tout ce qui peut m'intéresser sur cette
embouchure du Rhin.
De là il suivra la
plage jusqu'au Texel; il me fera un mémoire sur le port du Texel, sur
l'armement de la côte, sur les facilités qu'aurait l'ennemi de s'en approcher,
sur la rade extérieure, sur la rade intérieure, sur les fortifications de terre
et de mer, sur la position que prennent les vaisseaux pendant les glaces, sur
le bassin à construire au Texel pour contenir vingt vaisseaux, sur
l'emplacement, sur ce que cela coûterait, sur ce qu'il y a à faire pour avoir
une place à l'embouchure, qui se défende longtemps et défende la rade. Ce mémoire,
fait avec des plans détaillés, le sieur Deponthon le mettra à la poste.
II ira de là à l'île du
Texel qu'il parcourra dans le plus grand détail, et successivement les îles
Vlieland, Terschelling, Ameland et Schiermonnikoog. Il me fera connaître la
situation des passes de ces îles à basse mer, leur population, les moyens
qu'aurait l'ennemi pour s'en emparer, la difficulté pour l'en chasser et les
passes qui conduisent dans le Zuiderzee. De la dernière de ces îles, il ira à
Zoutkamp et à Groningen, d'où il me dépêchera son travail. Il se rendra ensuite
à Emden ; il me fera un mémoire sur l'Ost-Frise et Emden, longeant la
frontière de Hollande du côté de
l'Allemagne. Après cela les places de deuxième ligne. Après avoir recueilli
tous les documents qui lui serviront à rédiger son mémoire et l'avoir mis à la
poste, il reviendra visiter les places de seconde ligne : Deventer, Zwolle,
jusqu'au passage dans le Zuiderzee à Hattem. De là il ira à Amsterdam ; il
reconnaîtra les lignes que les Hollandais avaient tracées pour la défense de la
ville, et me fera un mémoire sur l'arsenal et sur le Zuiderzee. Il ira visiter
Haarlem et reviendra à Amsterdam, où il restera jusqu'à de nouveaux ordres.
Le sieur Deponthon aura
grand soin, dans tout le cours de sa mission, de ne recueillir que des
renseignements sûrs et exacts et de se procurer les meilleures cartes, et, s'il
y a des parties de la côte qui soient compromises, d'en informer le duc de
Reggio.
Rambouillet, 15 juillet
1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Milan
Mon Fils, ce qui vient
d'arriver à Grado fait sentir la nécessité de protéger efficacement le cabotage
de Venise à Trieste. Il paraît que Menou est tombé dans une parfaite
déconsidération à Venise. Donnez-lui l’ordre de se rendre à Paris. J'ai accordé
une gratification de 50.000 francs pour payer ses dettes, par les mains de mon
consul Vigoureux. Faites-lui donner, sur le trésor d'Italie, une somme de
30.000 francs, afin que toutes ses dettes soient soldées.