16 – 31 juillet 1810
Rambouillet, 16 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Vice-Amiral
Decrès, j'ai reçu l'état de situation des troupes du département de la marine à
l'époque du 15 juin. J'y trouve la situation de vingt-neuf bataillons
d'équipages de haut bord et des quatre bataillons de flottille. Ce livret est
incomplet, parce qu'il y manque la composition de chaque bataillon.
Remettez-m'en un nouveau, où je trouve indiqué en tête l'organisation suivant
les décrets, de quoi se composent les complets, la solde à la terre, la solde à
la mer, les fournitures qui leur sont faites ou retenues.
Je vois que
l'organisation des bataillons n'est qu'ébauchée. Cependant elle devient
aujourd'hui indispensable. C'est le seul moyen de pouvoir former des équipages.
Le 1er bataillon occupe
l'Austerlitz; le 2e est sur le Danube; le 3e est sur l'Ulm.
Je vois que le 4e, qui
est à Rochefort sur le Triomphant, a
461 hommes détachés à l'armée d'Espagne. Je n'ai jamais autorisé cette mesure, et
j'ai toujours cru que ces hommes avaient été détachés des bataillons de
flottille et non des bataillons de haut bord. Il faut donc considérer ce
bataillon comme désorganisé. Il est indispensable de le reformer.
Le 8e, qui n'est que de
200 hommes, est cependant réparti sur trois vaisseaux. Il est indispensable de
faire réunir tout ce 8e bataillon sur un seul vaisseau, et de placer sur les
autres le 5e bataillon, qui est sur l’Adrienne, et le 20e, qui est sur la Thémis et l’Incorruptible; car, avant tout, c'est aux vaisseaux de guerre que
les bataillons doivent être destinés. Ce n'est qu'en cas d'excédant qu'ils
doivent fournir des détachements aux frégates.
Le 11e est sur l'Eylau, à Lorient ; le 12e, sur le Polonais.
Le 13e est à Rochefort
sur la Pallas. Il est indispensable,
au lieu de la Pallas, de placer ce
bataillon sur un des vaisseaux qu'on armera à Rochefort.
Le 6e bataillon, qui
est sur l'Hortense et l'Elbe, doit également être placé sur l'un
des vaisseaux qu'on armera à Rochefort.
Le 14e, qui est à Brest
sur la Clorinde et la Renommée, doit être mis sur le Nestor.
Le 15e est au dépôt de
Rochefort, réduit à presque rien , une partie étant dans l’Inde. Il est
indispensable de le compléter et de le placer sur un des vaisseaux qu'on armera
à Rochefort ; ce qui fera quatre bataillons d’équipages pour les vaisseaux de
Rochefort.
Le 16e est à Toulon sur
l’Annibal; le 17e, à Rochefort, sur
le Jemmapes ; le 19e est à
Toulon sur quatre vaisseaux; le 21e est à Toulon sur le Génois ; le 22e est à Toulon sur le Donauwörth ; le 30e est sur le Breslau;
le 31e est au Havre sur l'Amazone et
l'Elisa ; le 32e est à Brest sur la Néréide; on peut l'y laisser jusqu'à ce
que le nouveau vaisseau ait été mis à l'eau. Le 33e est à Anvers sur le Charlemagne ; le 3 4e, sur le Commerce-de-Lyon ; le 35e, sur l'Anversois; le 36e sur le Dalmate; le 37e, sur le Du Guesclin ; le 38e, sur le César; le 39e sur la Ville-de-Berlin ; le 40e, sur l'Albanais. Ce qui fait a Anvers huit
vaisseaux, et, avec les danois, dix équipages.
Je ne vois pas à Toulon
quels sont les équipages qui montent le Majestueux,
le Commerce-de-Paris, le Suffren, le Magnanime, l'Ajax, le Borée, le Wagram, le Sceptre, la Pauline, l'Amélie, la Proserpine, la
Pomone, la Pénélope, la Thémis et l'Incorruptible, lorsqu'elles auront donné
le 20e bataillon à un des vaisseaux que monte actuellement une partie du 8e; l'Adrienne, lorsqu'elle aura donné le 5e
bataillon.
Les vaisseaux et les
frégates ci-dessus ont des équipages, mais ces équipages ne forment pas des
bataillons. Il est donc indispensable de créer, pour la Méditerranée, huit
bataillons pour les équipages des huit vaisseaux ci-dessus, et quatre pour les
équipages des huit frégates; ce qui fait douze bataillons d'augmentation pour
Toulon.
A Rochefort, le 6e bataillon,
qui monte l'Hortense et l'Elbe, sera rais sur le Foudroyant.
Le 13e qui est sur la Pallas, on le mettra sur le Regulus.
Le 15e, qu'on forme, on
le mettra sur le Couard.
Le Triomphant est monté par le 4e bataillon.
On formera à Rochefort
un nouvel équipage pour le Tourville,
l'Océan, et pour la Pallas, l'Elbe, l’Hortense et le Pluvier. Ce sera donc quatre nouveaux
bataillons à former à Rochefort.
Il en faudra former
deux à Lorient pour le Vétéran et le Golymin, et deux à Anvers pour le Tilsit et le Friedland.
En tout, il faudra
créer vingt nouveaux bataillons d'équipages. Indépendamment de ce, il faudra
compléter les anciens équipages.
Je désire que vous me
présentiez un projet de décret là-dessus ; je ne l'ai point rédigé moi-même,
parce que j'ai craint qu'il n'y eût quelques erreurs dans vos états. En effet,
je vois sur votre état de situation des troupes le 4e bataillon montant le Triomphant et le 17e montant le Jemmapes; et, sur votre situation des
ports, je vois ces deux vaisseaux portés comme n'ayant pas d'équipages.
Il est nécessaire de
considérer tous les hommes qui sont aux Indes ou prisonniers de guerre comme
étant hors du complet. Il faut donc les porter pour mémoire, et compléter les
bataillons, de sorte que les cadres soient toujours complets, indépendamment
des hommes qui sont aux Indes et dans des missions lointaines.
Pour la formation des
douze équipages de la Méditerranée, les officiers ou sous-officiers existent.
Vous pouvez les trouver dans les états de la marine. Quant aux matelots, il y
en a 10.000 dans la Méditerranée, indépendamment des garnisons, tant sur les
vaisseaux que sur les petits bâtiments. Vous avez à Toulon onze bataillons
d'équipages ; vous en avez douze à former; total des bataillons de Toulon,
vingt-trois.
Je pense qu'il faudrait
pouvoir porter les équipages au complet de 800 hommes, pour qu'ils puissent
fournir les détachements nécessaires à l'armement et à la garde des côtes.
Pour porter ces vingt-trois bataillons au complet de 800 hommes, il faudra
18.400 hommes : or vous avez à Toulon 16.000 hommes ; vous pouvez tirer des
régiments de marine 2.000 hommes; vous pouvez facilement faire on appel de
4.000 hommes dans les ports de Cività-Vecchia, de Livourne, de Gènes, en Corse
et dans les ports de Provence ; vous pouvez réunir ainsi dans la Méditerranée
22.000 hommes.
Les vingt-trois
bataillons des équipages de haut bord n'emploieront que 17 à 20.000 hommes; et
il vous restera encore de quoi former les quatre bataillons de flottille. Ainsi
il y aura dans la Méditerranée vingt-trois bataillons de haut bord et quatre
de flottille, formant 23 à 24.000 hommes.
POUR L'OCÉAN.
A Rochefort, vous avez
quatre équipages; il en faut former quatre autres; total des bataillons
d'équipages, huit. Outre ces bataillons, il faut à Rochefort un bataillon de
garde-côtes. Cela fait un total de neuf bataillons.
Les huit premiers
bataillons à 800 hommes en emploient 6.400; le bataillon de garde-côtes, 1.000
hommes; il faudra réunir à Rochefort 7 à 8.000 hommes. On trouve déjà 4.000
hommes, c'est encore 4.000 à se procurer : or il y a, tant à Rochefort qu'à Bordeaux,
2.500 matelots payés par l'État ; vous pouvez tirer des régiments de la marine
1.500 hommes ; enfin vous pouvez faire un appel de 4.000 hommes depuis Bayonne
jusqu'à Nantes, et, s'il était nécessaire, on pourrait diriger sur ce point un
renfort de conscrits; total des ressources que la côte de Rochefort peut
offrir, 8.000 hommes.
A LORIENT ET A BRRST.
Il y a dans ces deux
ports trois équipages anciens ; il en faut deux nouveaux à Lorient; total, cinq
bataillons de haut bord, qui, à 800 hommes, font 4.000 hommes ; plus deux
bataillons de flottille, un pour Brest et l'autre pour Lorient, 2.000 hommes;
total des matelots à réunir pour Lorient et Brest, 6.000 hommes.
Or il y a, entre
Lorient et Brest, sur les bâtiments de la flottille, 6.000 hommes. De plus, une
levée sur cette côte pourrait donner 4.500 matelots, tant bons que mauvais,
jeunes ou vieux; les régiments de la marine peuvent en donner 2.000 ; cela formerait
un excédant de 6.000 matelots, dans lequel on pourrait trouver de quoi
compléter les équipages de Rochefort, s'il était nécessaire.
Je n'ai rien demandé
pour Cherbourg.
ANVERS.
Quant aux deux
bataillons à former pour Anvers, ce sont des équipages flamands. Il faut en
former sur-le-champ les cadres et les recruter de Flamands.
En résumé, la marine se
trouverait composée de vingt-neuf bataillons existants, et de vingt nouveaux à
former; total de quarante-neuf bataillons d'équipages de haut bord, et de vingt
équipages de flottille; total, soixante-neuf à soixante et dix bataillons.
Cinquante équipages de
haut bord à 800 hommes emploieront 40.000 hommes ; les vingt autres emploieront
20.000 hommes ; total, 60.000 matelots.
Nous avons sur les
états 40.000 hommes. On peut y incorporer des régiments de la marine 5.000
hommes ; un recrutement extraordinaire, qui depuis longtemps n’a pas été
pressé, pourrait fournir 5.000 hommes; ce serait donc 10 à 12.000 hommes de la
conscription de terre et des rivières qu'on aurait à donner à la marine.
Je comprends bien que
tout ceci ne forme pas de bons équipages ; mais ce sont au moins des hommes qui
s'exerceront à la mer.
Rambouillet. 16 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'ai lu avec attention
l'état des constructions en entreprise pour 1810. Voici les changements que je
fais aux constructions à l’entreprise. Je désire, pour Gènes, que l'Agamemnon de 4 vingt-quatrièmes soit
porté à 18 vingt-quatrièmes pour être mis à l'eau en mars ; c'est donc 14
vingt-quatrièmes d'augmentation. Je vous prie de presser l’Agamemnon afin qu'on
puisse le lancer en mars.
Quant à Toulon, j'ai
jugé à propos d'augmenter de 96.000 francs la gabare la Ciotat; de 28.000 francs la gabare la Prudente; de 23.000 francs la flûte le Mérinos; de 80.000 la flûte l’Éléphant;
ce qui serait donc une augmentation de 237.000 francs, qui porterait le
chapitre des constructions à Toulon à 910.000 francs. J'aurai donc alors dix
flûtes portant 7.700 tonneaux, cinq gabares de 460 tonneaux chacune et deux
plus petites de 250 tonneaux ; ce qui formera 10.500 tonneaux. J'aurai de plus
quatre écuries pouvant porter, je crois, chacune 50 chevaux.
Indépendamment de ce,
j'aurai une flûte, l'Éléphant, qui
sera aux 6 vingt-quatrièmes faite. Je désirerais mettre en construction dix
autres flûtes de 800 tonneaux chacune; qu'on en fit 2 douzièmes à chacune ; ce
qui ferait encore près de 200.000 francs, et porterait à 1.100.000 francs la
dépense de construction des bâtiments de transport dans la Méditerranée.
J'aurais alors vingt
flûtes portant 16,000 tonneaux, et sept gabares de 2.700, ce qui ferait 18.500
tonneaux, capables de porter une forte expédition sur un point quelconque de la
Méditerranée. Les vingt flûtes seraient achevées en 1811 ; et, supposé qu'à la
fin de 1811 j'eusse besoin de cette expédition, j'aurais 18.500 tonneaux à
joindre à mon escadre de Toulon.
Dans l'année prochaine,
trois ou quatre mois avant, je serai prévenu par les circonstances, si j'ai
besoin de cette expédition ; alors je presserai les armements pour l'avoir en
septembre. Je voudrais également avoir 30 écuries, de sorte qu'avec 60
bâtiments de transport et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates,
13 corvettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j'aurais en
tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pourrais jeter sur un
point quelconque de la Méditerranée, soit à Salonique, soit en Egypte, soit à
Tunis et Alger, 40.000 hommes et 1.500 chevaux.
Je désire donc mettre en
construction, sans délai, dix autres flûtes, mettre à la mer les écuries qui
sont finies, nommer une commission pour les essayer, pour voir comment elles
marchent, combien elles portent de chevaux, de vivres et d'eau, afin que,
lorsqu'on aura les observations pour les corriger, on puisse mettre en
construction, en septembre, les 30 écuries que je demande.
Ainsi donc j'attache
une importance majeure à avoir, indépendamment de 16 à 17 vaisseaux de guerre
et de 8 ou 10 frégates, des bâtiments de transport portant de 20 à 25.000
tonneaux et 30 écuries capables de porter 1.500 chevaux, avec le nombre de
chevaux que portent ordinairement les vaisseaux et transports. Mais, avant de
mettre de nouvelles écuries en construction, il faut essayer les deux qui ont été
construites.
Je désire que deux
flûtes de 800 tonneaux soient mises en construction à Livourne pour donner de
l'occupation à ce port. Vous pouvez trouver des entreprises pour en mettre deux
à Gènes; cela emploiera les bras et les matériaux du pays. Vous pouvez y faire
construire les six autres, si toutefois vous ne trouvez pas de bons marchés en
Provence.
J'ai fait un décret
pour cet objet. J'ai, en conséquence, pensé que je devais porter, pour les 24
vingt-quatrièmes de construction des dix flûtes, à dépenser cette année,
245.000 francs. J'ai pensé que, pour l'Éléphant
porté à 8 vingt-quatrièmes, que, pour finir les 23 vingt-quatrièmes du Mérinos et le mettre à l'eau, finir les
11 vingt-quatrièmes de la Ciotat et
le mettre à l'eau, finir les 4 vingt-quatrièmes de la Prudente et la mettre à l'eau, ce qui fait pour Toulon une
augmentation de 51 vingt-quatrièmes, il fallait porter le budget des constructions
à 3.459.000 francs.
Rambouillet, 16 juillet
1810
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
J'ai lu avec intérêt
les bases du budget de 1810 pour les grands ports.
Il me semble que le Pacificateur, l'Auguste, l'Illustre, le Conquérant, pourraient être lancés en
mars et avril de 1811 ; que le Trajan,
le Gaulois et le Superbe pourraient l'être aux mois de juin et juillet, de manière à
avoir, en septembre et octobre de l'an 1811, dix-neuf vaisseaux à Anvers.
Ce que je désire
surtout, c'est que les deux frégates soient faites cette année. Je vois
qu'elles ne sont pas encore en construction. Il est important cependant d'avoir
deux de nos bonnes frégates à Anvers. Faites-les mettre sans délai en
construction et pousser rapidement, afin qu'elles puissent être mises à l'eau
après la fonte des glaces, que leur gréement soit prêt et qu'elles puissent
éclairer l'escadre au mois d'avril.
Faites donc commencer à
Lorient le bâtiment de 80 qui doit être mis en construction.
Je pense qu'à Lorient
il faudrait porter le Magnifique aux 12
vingt-quatrièmes, afin qu'il puisse facilement être achevé en 1811.
Il résulte des états
que vous m'avez remis que j'aurai 24 vaisseaux avant la fin de l'année et 66 au
1er janvier 1812, savoir : 9 de plus à Anvers, 2 à Cherbourg, 1 à Brest, 4 à
Lorient, 2 à Rochefort, 1 à Gènes, 3 à Toulon et 2 à Venise ; ce qui ferait 66
vaisseaux. Je suppose que j'en aurai 20 en Hollande ; ce qui me fera 86. Je
vous écris cela pour que cela vous serve à votre budget de l’an 1811. Je voudrais
qu'il fût fait pour que j'eusse ce nombre de vaisseaux en 1811, ce qui, avec
les 2 du royaume d'Italie et celui de Naples, me ferait 89 vaisseaux de ligne.
Il faudrait que le budget de 1811 fût fait de manière à en avoir, en 1812,
vingt de plus en France, de manière que j'aurais 106 vaisseaux français et 4 ou
5 napolitains ou italiens ; ce qui me ferait de 110 à 115 vaisseaux à la fin de
1812.
P. S. Faites-moi on
rapport qui me fasse connaître le nombre de vaisseaux qu'il faut construire
chaque année pour qu'en octobre 1812 j'aie 115 vaisseaux de ligne, dont 2
napolitains et 3 italiens, qui ne vous regardent pas ; ce qui ferait 110
bâtiments français, y compris 20 hollandais que je cite dans mon aperçu, mais
dont vous ne pourrez pas vous occuper ; ce qui ferait 90 bâtiments français
dans les ports français, depuis Anvers jusqu'à Toulon.
Rambouillet, 16 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'ai lu avec attention
l'état de la solde de la marine pour les petits ports en 1811 ; j'y ai trouvé
matière aux observations suivantes.
Dunkerque. — Je vois
que vous avez deux officiers de vaisseau employés à terre pour inspecter les
signaux, et qui coûtent 2.400 francs. Cette dépense me parait inutile, et je ne
vois pas pourquoi les employés chargés de l'inscription militaire ne
surveilleraient pas les signaux.
Pour l'état-major des
ports et mouvements, je vois un capitaine de frégate porté pour un supplément
de traitement de 1.400 francs, je ne vois pas l'utilité de cet officier.
Pourquoi le commissaire de la marine ne ferait-il pas la police des petits
caboteurs, en rade la plupart, pour son service ? D'ailleurs, le capitaine du
port étant un officier de marine, on pourrait le mettre sous ses ordres. Je ne
vois aucune utilité de tenir ce capitaine de frégate.
L'ingénieur des travaux
maritimes est utile cette année; mais en 1811 il doit être supprimé, puisqu'on
ne construira plus à Dunkerque.
A l'article de
l'administration locale il y a 24 employés. Pour la fin de l'année deux sont en
trop. Je ne vois pas pourquoi un seul ne suffirait pas. Le sous-commissaire me
parait fort inutile.
Je ne vois pas
pourquoi, en 1811, vous laissez des maîtres dans le port; de quelle utilité y
peuvent-ils être, puisqu'on n'y doit plus construire ? Je vois 15 gardiens et
portiers : 4 devraient suffire. Deux « divers agents », non désignés : je
ne saurais approuver cette dépense.
Ainsi je serais d'avis
de supprimer au chef-lieu, pour 1811, 1.400 francs pour le capitaine de
frégate, les 2.400 francs de l'ingénieur des travaux maritimes ; réduire à
6.000 francs l'administration locale, et supprimer les 2.400 francs des maîtres
entretenus ; réduire à 2.000 francs les gardiens et portiers, et supprimer les
« divers agents » non désignés. Par là, au lieu de 55.000 francs, cette dépense
ne serait donc portée qu'à 8.400 francs, comme solde à terre de chef-lieu. Hors
du chef-lieu, je supprimerais les 2.400 francs pour le capitaine de vaisseau,
et ce chapitre des dépenses ne serait plus porté qu'à 31.200 francs; ce qui
ferait, avec les 8.400 mentionnés ci-dessus, 39.600, au lieu de 55.000 francs;
plus, pour la solde à la mer, 38.500, et 39.600, cela ne ferait plus que 78.100
francs.
Boulogne. — Quant à
Boulogne, je ne comprends pas la complication de service qu'il y a. Le préfet
maritime est inutile. Il est porté pour 26.000 francs. Avec ses frais de
bureau, ses canotiers, ses commis, c'est une dépense de 60.000 francs
absolument inutile, surtout lorsque vous en ôtez le contre-amiral. Le chef
d'administration ou des mouvements doit être le commandant de tout, sauf à
envoyer, quand les circonstances l'exigeraient, un contre-amiral pour commander
le tout pendant une saison.
Officiers employés à
terre. — Vous en portez 8 pour 16.000 francs ; c'est inutile. Le plus ancien
capitaine des bataillons de la flottille à Boulogne peut commander la
flottille. 12 enseignes auxiliaires sont trop à l’état-major du port ; 4
suffiraient. Les ingénieurs des travaux maritimes sont inutiles; un suffit;
nous ne travaillons plus au port. 11 maîtres entretenus sont inutiles; 4
suffisent.
Gardiens et portiers —
6 suffisent. On prendra des équipages de quoi former des canotiers, puisque
tout est canotier dans la flottille, ou l’on commandera un certain nombre de
canots de service. Quant à la solde à la mer, ce chapitre-là doit être
considérablement augmenté, puisque je veux y avoir cinq équipages composés de
1.000 matelots et montant une centaine de bâtiments rodant toujours sur nos
côtes. Ainsi, sur 198.000 francs que vous portiez pour le budget de 1811, je le
réduis de 60 à 80.000 francs.
Je crois ces réformes
nécessaires, non-seulement pour l'amélioration des finances de la marine, mais
aussi pour le bien du service. Le service de la flottille est simple ; ce sont
tous des canotiers. L'administration doit être simple, et le chef
d'administration, homme de mérite qui fasse tout aller ; un ingénieur pour
veiller au raccommodage des bâtiments ; un chef de port pour la police du port
pourrait être pratique de la rade; un commandant militaire, soit un
contre-amiral que vous enverrez, qui, étant payé partout, ne sera pas plus cher
là qu'ailleurs; soit, pour le service ordinaire, un des capitaines de vaisseau
que vous avez là.
Le Havre. — A quoi bon
6 officiers de vaisseau employés à terre ? C'est une économie de 7.800 francs
toute simple. A quoi bon l'état-major des ports et mouvements ? C’est une
économie de 2.400 francs.
A quoi bon, en 1811,
4.400 francs pour le génie maritime, puisqu'on ne construira rien au Havre ? A
quoi bon un ingénieur des travaux maritimes, quand ce n'est pas la marine qui
fait faire les bassins du Havre ? A quoi bon 5.000 francs pour l'inspection
pour un si petit port ? A quoi bon un commissaire ? Ce serait une économie de
2.400 francs. A quoi bon entretenir 8 maîtres ? Ils sont inutiles. A quoi bon
20 gardiens ou portiers ? S’il en faut 4, c'est beaucoup. A quoi bon 8.000
francs pour agents non désignés ?
Au lieu de 115.000
francs, on peut donc réduire la solde du Havre, pour 1811, à l'état suivant :
Administration locale, ou commissaire, 6.000 francs; un sous-garde-magasin,
2.000; frais de bureau, 4.000; total, 12.000 francs. Inscription maritime,
24.000 francs ; officier de santé, 1.600 ; professeurs de l'école de
navigation, 8.000; maîtres entretenus, 1.800; guetteurs des signaux, 20.000;
gardiens et portiers, 2.000; total, 69.000, au lieu de 115.000 francs
II restera à voir si
les 8.000 francs pour les professeurs ne pourraient pas être supportés par les
communes ; savoir si les 24.000 francs pour l'inscription maritime et les
20.000 francs pour les guetteurs ne sont pas susceptibles de réduction. Mais,
enfin, de 69.000 francs, vous en proposez 115.000; c'est économie de moitié.
Indépendamment de cette
économie, il y aurait celle plus forte de frais de logement et autres de cette
espèce.
Pour Saint- Servan,
c'est la même chose. Au lieu de 81.000 francs, on pourrait ne mettre que 74.000
francs.
En suivant le même
principe, vous connaîtrez facilement mes intentions pour les autres ports ; je
ne continuerai point cet examen.
Comme donc je trouve
que cette réforme n'est point suffisante, proposez-moi toujours celle pour les
cinq derniers mois de l'année. Il faut calculer les dépenses de 1811 sur une
base plus stricte. Il y a sur votre projet 50 pour 100 à économiser; or 50 pour
100 d'économie pour l'administration doit en amener une immense pour le
matériel.
Quant à la solde à la
mer des bâtiments, il faut enrégimenter tous les matelots des côtes dans les
vingt bataillons de flottille. Il leur faut une autre administration et paye
qu'à ceux des grands bâtiments, et que l'on n'y connaisse qu'une paye.
Vous me ferez un
rapport qui me fasse connaître quelle est la solde à la mer, et s'il n'y aurait
pas moyen de simplifier cette comptabilité en ne donnant qu'une seule
imposition.
Je désirerais, d'ailleurs,
comme les états-majors sont aux grands chefs-lieux, qu'on fit là leur décompte
; ainsi le décompte se ferait à Anvers, à Boulogne par extraordinaire, à
Rochefort, à Brest et à Toulon, Cherbourg, Lorient.
Rambouillet, 16 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Vice-Amiral
Decrès, j'ai entendu hier les divers rapports que vous m'avez faits et
l'opinion des ingénieurs sur la rade de Cherbourg. Mon intention est que les
1.500.000 francs que j'ai donnés pour la digue de Cherbourg soient employés à
rehausser la digue jusqu'au niveau des basses mers et que les travaux soient
commencés par le musoir du côté du fort de Querqueville. Les 900 toises de
cette partie de la digue doivent coûter 3 ou 4 millions; mon intention est que
cette dépense soit faite sur les fonds des Invalides de la marine. Il faudra 3
millions en trente mois, à compter de juillet 1810; cela ira jusqu'au 1er
janvier 1813. Ce travail fait, mon intention est qu'on continue la même chose
pour l'autre partie de la digue, de manière à l'élever partout au niveau des
basses mers, et, lorsque toute la digue sera élevée à la hauteur des basses
mers, on se procurera deux plates-formes ou musoirs.
Fort Napoléon. — Le
décret que je viens de prendre vous fera connaître mes intentions sur ce fort;
vous y verrez que la marine doit être chargée exclusivement de ce fort ; que je
vous charge de l'armer sur-le-champ de douze pièces de 30, de quatre mortiers
de 12 pouces de campagne; d'y placer une prame de quatorze pièces de canon de
36, qui sera annexée à la gorge de la batterie, qui servira de refuge à la
garnison de la batterie et la protégera avec ses quatorze pièces de 36.
Les seize bouches à feu
de la batterie exigeront une compagnie d'une centaine d'hommes, sauf à envoyer
des renforts de la place, du moment que cela serait nécessaire. Vous prendrez
la prame la Villc-dAmiens, qui est au
Havre.
Vous ordonnerez à
l'ingénieur Cachin de faire sur-le-champ les travaux nécessaires pour la
défense de cette batterie. Le heurtoir des pièces de canon doit se trouver à 4
toises de l'arête intérieure de la digue v c'est-à-dire qu'il faudra reculer la
batterie de 6 toises ; ce qui l'éloignera davantage de la mer et la rendra plus
solide. Il est certain que, si on avait eu la précaution de placer la batterie
sur le point le plus sûr, c'est-à-dire le plus intérieur, les pièces n'auraient
point eu d'accident. Moyennant la mesure que je prescris et qui doit être exécutée
avant le 1er août, il n'y aura rien à craindre pour les pièces. Il n'y aura
rien à craindre pour les hommes, parce qu'il y aura un gros stationnaire, à
bord duquel ils pourront se retirer. Ainsi, avec dix-huit bouches à feu sur la
batterie et quatorze sur la prame, on aura trente-deux bouches à feu pour
défendre ce point important.
Travaux du port. —
Quant aux travaux du port et de l'arsenal, vous me présenterez au prochain
conseil un projet définitif fait sur les bases posées dans la note ci-jointe.
Ces notes ne sont point des ordres, mais des bases propres à concilier les
intérêts de la défense et des établissements de la marine ; elles laissent aux
ingénieurs la faculté de proposer tous les projets qui paraîtraient mieux
remplir le but.
Rambouillet, 16 juillet
1810
Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, j'estime que les actions de la Banque ont la valeur ci-après : fonds
primitif 1.000 francs, réserve 220 francs, ce qui fait 1.220 francs; droits sur
les établissements appartenant à la Banque, que j'estime 3.000.033 francs; la
valeur intrinsèque est donc de 1.253 francs au 1er juillet. Cela étant, au 15
juillet, il faut ajouter 3 francs pour la partie active du dividende, ce qui
fait 1.256 francs; il faut ajouter de plus 3 francs, au 30 juillet; cela porte
l'action à 1.259 francs. Dans cet état de choses, mon intention est que vous
achetiez, en opérant de la manière la plus habile, 4.000 actions, mais sans que
cela passe cette valeur réelle, c'est-à-dire 1.252 francs pour valeur
intrinsèque, et 6 francs par mois, à dater au 1er juillet, pour l'intérêt.
Toutes les fois que le prix sera inférieur à 1.252 francs plus l'intérêt, vous
pourrez faire faire votre opération par la caisse de service. Je vois qu'au 14
juillet elles sont à 1.252 francs; leur valeur intrinsèque peut être jugée de
1.255 francs.
Rambouillet. 16 juillet
1810
Au comte Daru,
intendant général de la maison de l’empereur, à Paris
Monsieur le Comte Daru,
vous trouverez ci-joint un rapport du major général. Je désire compléter mes
domaines de la Couronne et les rendre aussi agréables que possible. Je
dépenserai donc volontiers pour cet objet une douzaine de millions, mais je
voudrais que ces douze millions rendissent 3 à 4 pour 100 d'intérêt, qu'on a
droit d'attendre d'un placement en fermes, sans habitations. Il me semble même
que le revenu devrait être plus considérable, puisque ces acquisitions, réunies
au domaine de la Couronne, ne payeraient plus d'impositions. Les revenus
doivent donc être de 5 pour 100; ce serait, par conséquent, une augmentation de
5 à 600.000 francs de revenu pour les domaines de la Couronne, et en même temps
cela compléterait, à Compiègne, à Fontainebleau et à Rambouillet, mes
établissements de chasse dans ces trois domaines, où je n'en ai presque pas.
Ces acquisitions ajoutées au domaine, cela vaudrait la peine de nommer un
administrateur des domaines qui se chargerait de les faire valoir et d'en
pousser les revenus à un million. Le revenu des forêts est, je crois, de 4
millions nets. Le revenu des domaines, porté à un million, compléterait les
revenus de la Couronne à 30 millions, ce qui n'est pas une somme trop
considérable, comparée avec les nombreuses charges du trône : présents,
étrangers, voyages, etc.
Je désire que vous me
fassiez connaître : 1° la valeur des domaines que j*ai, sans les forêts ; 2° ce
qu'ils ont rendu et peuvent rendre ; 3° ce qu'ils rendront en complétant les 6
millions d'achats que j'ai déjà décrétés ; 4° les terres qu'il est nécessaire
d'acheter pour compléter les chasses de mes trois domaines de Rambouillet,
Compiègne et Fontainebleau ; 5° un compte général des revenus des domaines de
la Couronne depuis 1806, année par année, en distinguant le revenu brut et le
revenu net.
Je désire aussi que
vous me fassiez connaître pourquoi cette année, à Rambouillet, on n'a pas semé
la ferme; pourquoi, A Saint-Cloud, on néglige quantité de terres, en les
livrant à la stérilité, au lieu d'y recueillir des moissons, ce qui est à la
fois un embellissement et un profit, car quel plus bel ornement de la campagne
que les moissons et les détails de l'agriculture ? Depuis six ans, je demande
qu'on sème les carrés de Saint-Cloud; aujourd'hui, on va plus loin, on ne sème
pas même la ferme de Rambouillet. Cela est d'autant plus important que ce n'est
qu'en réunissant tous les moyens de mes domaines que je puis avoir la faculté
de les entretenir et d'en tirer le revenu convenable.
Rambouillet, 17 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, il est convenable de faire une circulaire ministérielle, dont vous me
soumettrez le projet, sur les affaires de Hollande. La partie politique est
suffisamment traitée dans la note que vous vouliez remettre au ministre de
Hollande avant ces affaires. Vous pouvez puiser le reste de votre lettre dans
votre rapport qui a été mis dans le Moniteur (10 juillet). Vous direz que ce
qui s'est fait ne pouvait se faire sans mon aveu, et vous rejetterez la
résolution qu'a prise le Roi sur sa mauvaise santé.
Je vous renvoie les
lettres du sieur Serurier numérotées 29 et 30. Engagez-le de nouveau à
continuer de nous envoyer les bulletins, nouvelles et renseignements qui
viennent à sa connaissance. Demandez-lui un rapport sur ces questions : Quelle
est la quantité des marchandises coloniales en Hollande ? A combien se monte
l'évaluation présumée ? A combien se montent les droits sur les rentrées, pour
la marine, la guerre, le trésor public, sur les diverses espèces de dettes et
sur les différentes branches d'administration du pays ?
Demandez-lui également
qu'il vous fasse connaître s'il y a beaucoup de blés à Emden, en distinguant la
partie qui vient de France de celle qui vient d'Allemagne.
Rambouillet, 17 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Je vous prie de m'apporter,
de mercredi en huit, les états des différents travaux entrepris par les ponts
et chaussées, qui me fassent connaître où en sont ces travaux, si dans la
campagne on dépensera les fonds que j'ai accordés, ce qu'on pourrait faire de
plus si j'accordais de nouveaux fonds, si ces travaux se font économiquement,
dans le cas contraire qui est-ce qui s'y oppose, enfin les obstacles qui
auraient besoin de mon autorité pour être levés.
Rambouillet, 17 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine,à Paris
Je vous renvoie vos
pièces. Je désire que vous fassiez d'abord les réformes pour 1810. Quant à
1811, les dépenses sont trop compliquées; plus une machine est simple et mieux
elle va, et, quant à la marine, elle est d'une extrême complication.
J'attendrai, pour prendre an décret sur 1811 le nouveau rapport que vous me
ferez.
Rambouillet, 17 juillet
1810
Au général Savary, duc
de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Je vois, dans le
bulletin du 15 au 16 juillet, que le caissier de la recette de Blois a quitté
son emploi pour se mettre aux gages des princes espagnols. Pour peu que vous
ayez du doute sur cet individu, faites-le arrêter.
Je vois qu'un officier
autrichien est venu à Mons (il s’agit d’un émigré français ayant pris du service
en Autriche). Donnez ordre qu'il soit poursuivi comme ayant porté les armes
contre la France. Cela est d'autant plus important que c'est un jeune homme, et
qu'il ne me convient pas qu'il reste au service de l'Autriche; ou, y restant,
il doit perdre tous ses droits.
Rambouillet, 17 juillet
1810
Au comte Defermon,
intendant général du domaine extraordinaire, à Paris
Monsieur le Comte
Defermon, je vous renvoie le projet de décret et les pièces relatives aux
dotations du comte de Lobau et du prince de Wagram. Ma première observation est
que je n'ai pas donné 54.000 francs de rente au comte de Lobau, mais 50.000
francs; ni 325.000 francs au prince de Wagram, mais 300.000 francs. Otez
l'excédant de ces sommes et n'écoutez aucune réclamation. Cela rendra ce que
cela pourra. J'ai entendu donner au prince de Wagram trois cinquièmes des
500.000 francs de rente des biens du Rhin, et un dixième au comte de Lobau. Par
le calcul que vous établissez je ne retrouverais plus ces 500.000 francs. Une
autre observation que j'ai à faire, c'est que ce décret n'est pas dans la forme
usitée : 1° il est inutile de dire que ces bons proviennent de Vanlerberghe; 2°
l'article 2 est inutile, il suffît de dire : en conséquence des lettres patentes
; l'article 3 est nécessaire ; l'article 4 est inutile par la même raison que
l'article 2. J'ajouterai que vous dites que les biens sont réversibles à la
Couronne, tandis qu'ils sont réversibles au domaine extraordinaire. Faites ces
changements et renvoyez-moi ce décret demain à signer.
Quant aux camps de
vétérans, je ne veux faire aucun échange. J'avais, en instituant ces camps, un
but qui n'existe plus. D'ailleurs ils ont assez mal tourné.
Prenez pour principe
qu'en fait de dotations, quand j'ai signé une chose, je ne puis plus revenir. C'est
à tort que, pour la Westphalie, le Hanovre, on est revenu sur mes décrets pour
demander des indemnités ; cela n'est pas le remboursement d'une dette. Si
j'avais dit que je donnais au comte de Lobau, par exemple, 50.000 francs comme
indemnité due, et qu'il ne les eût pas tout entiers, il aurait des réclamations
à faire. Le ministre des finances ayant pris la bonne précaution de faire
signer par moi-même l'exécution de mon décret, cette seconde signature ratifie
tout, et il n'y a plus à y revenir. Ainsi, s'il résultait qu'au lieu de 300.000
francs de rente le prince de Wagram n'en eût que 40.000, tant pis pour lui;
mais si, au lieu de 300.000, il se trouvait en avoir 400.000, tant mieux. Je
n'entends plus rien une fois que j'ai signé. Suivez cette marche, et vous vous
éviterez beaucoup de réclamations et d'embarras. Mettez la plus grande
diligence dans l'expédition de toutes ces affaires; les événements changent,
les chefs de famille meurent, les familles des donataires ne se trouvent point
nanties des pièces nécessaires et ne s'établissent pas; enfin il y a toutes
sortes d'inconvénients au retard. Il faut que vous m'ayez fait signer avant le
mois de juillet la dotation de chacun.
Faites imprimer dans le
Moniteur, à la fin de juillet, la note de ce que j'ai donné pour les blessés ;
quoique ces notes puissent n'être pas exactes, elles serviront toujours à
beaucoup d'individus ; on les rectifiera après. Il faut aussi vous occuper de
faire le départ de ce qui appartient au domaine et de ce qui revient aux individus,
et le leur faire payer.
Saint-Cloud, 18 juillet
1810
A Frédéric-Guillaume
III, roi de Prusse, à Berlin
Monsieur mon Frère,
j'ai reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait connaître qu'elle a
appelé M. le baron de Hardenberg à la tête de son ministère, et me fait part de
l'espérance qu'elle a que les lumières et le zèle de ce ministre donneront à
son administration une nouvelle vigueur. La longue paix dont tout présage que
le continent va jouir permettra aux peuples de la monarchie de Votre Majesté de
se remettre de tout ce qu'ils ont souffert, et, dans des circonstances
difficiles, Votre Majesté trouvera la garantie de son bien-être, sa
satisfaction et son bonheur dans un système ferme et constant.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, il est nécessaire de faire mettre dans les journaux des articles sur
les succès des Russes en Turquie et sur la paix qu'ils sont sur le point de
conclure, à la condition de la cession de la Moldavie et de la Valachie, et sur
la confiscation des bâtiments venant soi-disant de Ténériffe, mais en réalité
venant d'Angleterre.
Faites connaître au duc
de Vicence mes intentions sur la Turquie. Écrivez-lui que je verrai avec
plaisir que la Turquie fasse sa paix en cédant la rive gauche du Danube; que
cela me convient; mais que la Russie violerait ses engagements avec moi si elle
gardait quelque chose sur la rive droite, et si elle se mêlait en quelque chose
des Serviens. Vous écrirez cela en chiffre, en lui faisant connaître que c'est
là ma pensée; qu'autant je vois avec plaisir la Russie finir avec la Turquie,
autant je me montrerais peu satisfait si elle gardait la rive droite ; qu'une
seule place forte retenue par la Russie sur la droite du Danube annulerait
l'indépendance de la Porte, et changerait entièrement l'état des choses.
Envoyez au duc de
Vicence copie de la lettre que m'a écrite le roi de Suède et de ma réponse.
Chargez le duc de
Vicence de dire à M. Adams que nous avons ici un ministre d'Amérique qui ne dit
rien ; qu'il nous faudrait un homme actif qu'on pût comprendre et par le moyen
duquel on pût s'entendre avec les Américains.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, je vous envoie un tableau de la dette publique de Hollande; faites-moi
un rapport qui me fasse comprendre facilement ce que je dois.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je viens d'ordonner l'envoi en Espagne d'un convoi de 3 millions , qui
sera escorté par de fortes colonnes et ira droit à Séville, pour servir à payer
la solde de l'armée du Midi, sans qu'il soit permis d'en rien distraire, sous
quelque prétexte el par quelque ordre que ce soit.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Faites connaître au duc
de Tarente qu'il est nécessaire qu'il porte son quartier général à la hauteur
de Barcelone et qu'il empêche que l'ennemi ne retire la récolte dans les
montagnes; que le général Suchet n'attend pour marcher sur Tortose que d'être
instruit qu'il menace Tarragone; que lorsque Tortose sera prise, l'artillerie
qui aura servi à ce siège pourra aider à la prise de Tarragone; qu'il a donc
deux buts : 1° celui d'empêcher l'ennemi de s'emparer de la récolte, et, au
contraire, d'approvisionner Barcelone pour longtemps; 2° de favoriser le siège
de Tortose; que le général Suchet, qui a l'Èbre pour communiquer avec Tortose,
ne pourra rien faire s’il est inquiété à la fois du côté de Valence et de
Tarragone. Envoyéz un officier au duc de Tarente porter cet ordre.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Mon intention est que
vous ouvriez une correspondance avec le ministre de la marine hollandaise pour
l'exécution de mes ordres et de mon décret, pour ce qui concerne l'armement des
escadres et la reprise des travaux de construction.
Une estafette part tous
les jours à minuit pour Amsterdam; ainsi la correspondance deviendra
très-facile et très-prompte.
Il est nécessaire que
vous cherchiez un officier pour commander l'escadre du Texel (il me semble que
l'amiral Ver Huell est très-convenable) , et un officier pour commander celle
de la Meuse.
Il faut appeler à
Toulon les officiers de marine les moins affectionnés, mais habiles, et mettre
sur l'escadre de l'Escaut ceux dont l'opinion est bonne, et qui sont aussi de
bons officiers. Choisissez un bon capitaine hollandais pour le Tilsit et un pour le Friedland, et formez là deux équipages
flamands.
Il est instant que vous
soumettiez à ma signature les brevets des officiers de marine de tous grades
que je veux conserver; que vous fassiez venir au Texel les deux vaisseaux qui
sont à Amsterdam, ce qui fera au Texel sept vaisseaux, et que vous pourvoyiez
au complément des équipages; que vous me fassiez connaître quelle est
l'organisation des chaloupes canonnières, afin que je forme une division de
douze ou quinze chaloupes canonnières de la Meuse et de douze des miennes, qui
sera commandée par un capitaine français, lequel sera sous les ordres
supérieurs de l’amiral de l'escadre de la Meuse, et une seconde division
composée des vingt-quatre schooners et autres petits bâtiments qui sont au
Texel et de douze de mes chaloupes canonnières, en mettant cette division sous
les ordres d'un capitaine français, qui reconnaîtra pour commandant supérieur
l'amiral de l'escadre du Texel.
Faites-vous remettre
les états de situation et pressez la mise à l’eau du Ruyter et de l’Everlsen,
que je voudrais lancer au Texel avant octobre prochain, pour avoir au Texel
neuf vaisseaux. Pressez la mise à l'eau du Tromp
à Rotterdam pour avoir là trois vaisseaux, les frégates le Vander-Werjf et la Reine
dans l'Escaut, et de l'Alcide au
Texel.
Il faut que vos lettres
d'ordre au ministre de la marine, vous les adressiez à M. l'architrésorier avec
une lettre d'envoi.
Il paraîtrait par les
états que je vous envoie que je pourrais avoir douze ou treize vaisseaux en
rade avant la fin de l’année, ce qui, avec les douze d'Anvers, me ferait
vingt-quatre vaisseaux de ligne.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je désire que vous envoyiez
à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe des agents qui vous rendront
compte de ce qui se passe dans ces colonies, de l'esprit qui y domine, et
particulièrement des fortifications que l'ennemi y aurait démolies ou fait
construire. Je vous parle de cela une fois pour toutes. Prenez vos mesures et
suivez-les sans interruption. Enfin faites tout ce qui est convenable pour que
j'aie des renseignements nets et positifs sur toutes ces questions.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Je reçois votre rapport
du 18 juillet. Témoignez ma satisfaction à l'amiral Allemand pour les soins
qu'il donne aux évolutions des vaisseaux. Réitérez les ordres pour que, sous
aucun prétexte, les officiers ne descendent à terre; ils doivent rester jour
et nuit à leur bord et ne manger qu'à leur bord. Recommandez qu'on évite les
dilapidations, qu'on prenne des mesures sévères à cet égard ; je n'ignore
rien; que s'il y a des officiers qui se permettent de détourner les ouvriers de
leurs vaisseaux et les matériaux qui leur sont confiés, on doit en faire des
exemples.
J'ai écrit à l'amiral
que j'approuve qu'il fasse sortir pour écarter les croisières ennemies, pour ne
pas se laisser bloquer par des forces inférieures et tenir tout son monde en
haleine, mais en même temps que je désire que mon escadre ne soit pas
compromise dans une bataille navale, qui n'entre pas dans mes projets; que je
n'approuverais un engagement avec l'escadre anglaise qu'autant que mon escadre
aurait la supériorité d'un cinquième au moins sur les Anglais.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au comte Daru,
intendant général de la maison de l’empereur, en mission en Hollande
Monsieur le Comte Daru,
votre mission à Amsterdam a plusieurs buts:
1° De reconnaître la
situation de la maison du Roi, les recettes exercice par exercice, et les
dépenses et dettes exercice par exercice, ma volonté étant de tout solder,
dettes et appointements;
2* De reconnaître si le
Roi a fait des acquisitions de biens, de quelles sources proviendraient ces
biens, afin que, si après le payement des dettes il reste des biens
disponibles, je décide s'ils appartiennent au domaine de la Couronne ou au
domaine privé, selon les sénatus-consultes qui règlent la législation de la
Famille. Prenez des mesures pour qu'aucun meuble et immeuble, pour qu'aucune
créance ni dettes ne puissent être ni dénaturés ni aliénés, soit en mettant
votre signature sur les pièces, soit en prenant des états doubles de tout. Vous
me ferez connaître de quelle nature sont les dettes du Roi, afin que je voie le
parti que je dois prendre.
Voilà la première
partie de votre mission. La seconde consiste à étudier ce qu'il faut conserver
pour réunir à la liste civile de France, comme un palais meublé, une campagne
ou deux, s'il est nécessaire et si l'entretien n'en est pas trop coûteux, en y
joignant une dotation pour couvrir les dépenses d'entretien, selon notre usage.
La seconde partie de votre mission est donc de déterminer ce qui doit entrer,
pour la liste civile, dans le sénatus-consulte de réunion. Vous pourrez
conserver le conseil établi par le Roi, si vous le jugez nécessaire ; mais il
devra s'adresser à vous, ne reconnaître que vous, et n'avoir plus aucune
correspondance avec le Roi.
Le troisième objet de
votre mission est de reconnaître la situation du personnel et du matériel de la
maison du Roi, des hommes et des chevaux, et de m'en envoyer un état raisonné,
avec votre opinion. Une partie des officiers et des domestiques peut être
réservée pour le service du grand-duc de Berg, une partie des voitures et
harnais peut être envoyée à Paris ; mais, avant de rien faire partir, vous
attendrez ma réponse aux renseignements que vous m'aurez envoyés.
L'estafette arrive
promptement, et dans l'espace de dix jours votre mission doit être terminée.
Le quatrième objet de
votre mission est de passer la revue de la garde royale, comme inspecteur aux
revues, d'examiner sa comptabilité, l'état de la solde, son matériel, la
composition des régiments, sa situation en officiers de tous grades, afin que
je voie ce qu'il convient de faire, et d'ajouter au budget la dépense qui en
résultera. Vous me ferez connaître combien il y a dans cette garde de soldats
de différentes nations, Hollandais, Français, Allemands, Russes, Danois,
Italiens, etc., et si le duc de Reggio désire qu'elle quitte la Hollande ou
qu'elle y reste.
Enfin le cinquième but
de votre mission est de faire prendre connaissance du budget de la guerre, en
le divisant, comme nous le faisons en France, en guerre et administration de la
guerre; de ce qui est dû pour l'arriéré par exercice, et de ce qu'il en coûtera
à la fin de l'année. Vous ferez des recherches sur la composition des différents
régiments, sur ce qu'il y a de Hollandais, d'Allemands, de Français, etc., soit
parmi les officiers, soit parmi les soldats.
Quand votre mission
sera terminée, revenez de manière à pouvoir répondre sur toutes les questions
relatives à la liste civile, à la garde et à la guerre et administration de la
guerre, à l'artillerie, au génie, à la solde et à toute espèce de matériel de
la guerre.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au prince Lebrun,
lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
J'ai reçu vos lettres
en date du 15, jusqu'au n° 37.
Je vois dans le n° 27
que vous me parlez d'un fonds que le Roi a fait pour des prêtres catholiques;
mais vous ne me faites pas connaître la quotité de ce fonds, ni l'affectation
qu'en aurait faite le Roi, de sorte que je ne puis rien statuer.
Il faut laisser dans le
palais le portrait de Madame, celui du petit prince, les bustes des enfants, le
portrait du Roi, y joindre celui de la Reine, ceux du roi et de la reine de
Westphalie, celui de l'Impératrice et le mien, pour faire une suite de
portraits de famille. II serait inconvenable de déranger en rien remplacement
des tableaux.
Je ne saurais penser
que beaucoup de Hollandais veuillent émigrer à Batavia et en Angleterre. Ce
sont des craintes que les Hollandais d'une opinion opposée cherchent à
inspirer, et que je ne partage pas. La réunion à la France ne peut que leur
faire des avantages. Ils ne pouvaient conserver leur liberté, puisqu'ils l'ont
perdue. Leur commerce gagnera, puisqu'il ne dépendra plus du caprice du moment
et qu'il sera dans une règle constante.
Vous avez bien fait de suspendre
la vente des animaux.
Saint-Cloud, 19 juillet
1810
Au prince Lebrun,
lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
J’ai reçu vos lettres
du 16, avec le tableau de la dette publique. Faites-moi connaître la situation
de la caisse d'amortissement : il doit y avoir un fonds de caisse
d'amortissement qui doit réduire d'autant la dette; il doit y avoir une partie
des dettes appartenant à Hesse-Cassel ou à des princes étrangers, soit
ecclésiastiques, soit autres ; il doit y avoir aussi des dettes ecclésiastiques
de la Belgique; tout cela pourrait être un objet de réduction ; enfin il y a la
partie de la dette appartenant aux villes, hôpitaux, mainmortes, de la
Hollande. Ordonnez que ce dépouillement soit fait, afin de savoir quelle est la
partie de la dette qui appartient aux particuliers et qui est réellement due.
Il faut aussi savoir si une partie de cette dette n'appartient pas aux princes
d'Orange.
Saint-Cloud, 19 juillet 1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, Je viens de
prendre un décret pour que le curement du port d'Ancône soit continué avec la
même activité qui y a été mise jusqu'à présent. Moyennant une modique dépense
de 240.000 francs, vous avez déjà obtenu pour résultat que quatre vaisseaux et
six frégates puissent y mouiller. Je désire que le creusement soit continué
jusqu'à ce que le port puisse contenir neuf vaisseaux et six frégates. Je
suppose que cette dépense pour les derniers mois de 1810 et pour l'année de
1811 n'ira pas à 200.000 francs. Ce ne sera donc guère plus de 10 à 12.000
francs par mois; c'est une véritable bagatelle. Faites-moi connaître si on ne
peut pas pousser cet ouvrage plus loin. Dans mon décret, considérant que
l'ouverture du port est de 400 toises et que le mouillage se trouve par là
exposé aux vents de l'ouest, j'ordonne que la digue recevra un prolongement de
150 toises. On m'avait supposé que cette dépense coûterait 1.800.000 francs, ce
qui m'avait effrayé; mais cette dépense n'était si considérable que parce qu'on
voulait conserver une risberme intérieure dans tout le prolongement de la
digue. J'ai renoncé à cette risberme, et par là j'obtiens une économie de plus
d'un million. On me fait espérer qu'avec 600.000 francs je ferai cette jetée et
qu'alors le port sera calme à tout vent, ce qui sera un extrême avantage.
600.000 francs, à 50.000 francs par mois, c'est la dépense d'une année, et,
comme il suffit que l'ouvrage soit fini au 1er janvier 1812, cela fait dix-huit
mois, ou 100.000 francs pour trois mois. Je désire donc qu'il soit fait sur le
budget un fonds de 100.000 francs par trois mois; ce qui augmentera le budget
de 1810 de 200.000 francs, et celui de 1811 de 400.000 francs. Ordonnez que les
fonds soient faits exactement, afin qu'on puisse pousser avec activité les travaux
de cette digue. Il est d'un avantage si immense pour mon royaume d'Italie
d'être maître de l'Adriatique, qu'il n'y a rien à épargner pour cela. Or, avec
quatre à cinq vaisseaux, on y parviendra. Jamais les Anglais ne pourront tenir
des forces égales dans cette mer, pour le seul objet de bloquer le commerce,
quand d'ailleurs la réunion de la Hollande et les armements considérables que
je fais dans tous mes ports les mettent dans la nécessité de bloquer tant de
peints.
Vous avez dû recevoir
le décret par lequel je vous charge de mettre sur le chantier trois autres
vaisseaux au compte de la France; ce qui, avec les deux du royaume d'Italie et
les deux que je désire qu'on mette en construction pour le compte de l'Italie,
formera dix vaisseaux à Venise. Je pense que le budget de la marine italienne
pour 1811 sera fait de manière à avoir, à la fin de l'an 1812, cinq vaisseaux
de guerre italiens. Quant au Rivoli,
j'attache une certaine importance à avoir ce vaisseau à Ancône, et il me
parait difficile qu'on ne puisse pas le mettre à l'eau à l'été de la
Saint-Martin ou après les tempêtes de Noël. Mais il faudrait que cette
opération pût se faire avec une telle rapidité, que ce vaisseau ne fût pas
obligé de rester plus de quarante-huit heures en rade. Alors, quelque vent
qu’il fît, il irait soit à Ancône, soit à Trieste, soit à Pola, et partout il
achèverait son armement.
Je suppose que vous
prenez des mesures pour que le duc de Raguse arme les batteries de Pola.
Saint-Cloud, 20 juillet
1810
A l’impératrice Joséphine,
aux eaux d’Aix, en Savoie.
J'ai reçu, mon amie, ta
lettre du 14 juillet. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien et que
tu aimes Genève. Je pense que tu fais bien d'y aller quelques semaines.
Ma santé est assez
bonne. La conduite du roi de Hollande m'a affligé. Hortense va bientôt venir à
Paris. Le grand-duc de Berg est en route; je l'attends demain. Adieu, mon amie.
Saint-Cloud, 20 juillet
1810
A Madame Mère, à Paris
Madame, je m'empresse
de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz, en Bohême.
Comme vous avez dû éprouver beaucoup d'inquiétude sur sa disparition, je ne
perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Sa
conduite est telle qu'elle ne peut être expliquée que par son état de maladie.
Votre bien affectionné
fils,
Napoléon.
Saint-Cloud, 20 juillet
1810
A Jérôme Napoléon, roi
de Westphalie
Mon Frère, je
m'empresse de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz,
en Bohême. Comme vous m'en paraissiez fort inquiet dans votre dernière lettre,
je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité.
Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu'à son état de
maladie.
Napoléon.
Saint-Cloud, 20 juillet
1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je reçois votre lettre du 19 juillet sur la convention à conclure avec
l'Autriche relativement aux sujets mixtes. Il me semble que la question est mal
saisie et que, tant qu'on ne l'aura pas approfondie, il sera difficile
d'arriver à un résultat.
Il y a des Autrichiens
qui ont des biens en France, et il y a des Français qui ont des biens en
Autriche. Quelquefois, lorsque les guerres ont éclaté, on a mis, de part et
d'autre, le séquestre sur les biens des sujets de la puissance ennemie; mais le
premier acte de la paix rétablie a toujours été la levée de ce séquestre. C’est
ainsi que dernièrement j'ai fait lever le séquestre qui se trouvait sur les
biens de l’archiduchesse Béatrix en Italie. Cette question est une question
claire et commune à tous tes États de l'Europe-, mais la question relative à la
noblesse immédiate n'est pas la même.
Les membres du Collège
des princes et de la noblesse immédiate avaient des privilèges; ils les ont
perdus. Ils s'étaient la plupart établis à Vienne, et par conséquent Vienne
était devenu le chef-lieu de leurs possessions et de l’empire. L'empire
germanique ayant cessé, les rois de la confédération, de grands vassaux qu’ils
étaient, étant devenus des princes indépendants, la noblesse immédiate ayant
été déclarée abolie, la loi nouvelle a du s’établir par l’acte de la
Confédération. Or que dit cet acte ? Qu'aucun membre des familles médiatisées
et comprises dans le territoire de la Confédération ne pourra prendre de
service étranger. Que dit-il encore ? Que la noblesse immédiate sera obligée
de demeurer dans le lieu où elle avait sa souveraineté; d'être sujette de
l’État où sont situées ses possessions, et de ne pas porter les armes contre le
prince qui doit désormais être leur souverain. Venons au fait. Sans doute le
prince de Schwarzenberg était Bohémien; mais son domicile politique, sa
souveraineté, ses troupes, son drapeau, étaient dans sa principauté ; cette
principauté ayant été détruite et faisant aujourd'hui partie de la Bavière, il
est clair que le prince de Schwarzenberg est devenu Bavarois, parce qu'en effet
le domicile doit s'établir où était la principale considération, où était
l'existence politique. Or l'existence politique du prince de Schwarzenberg
était en Bavière; c'est là qu'il exerçait ses droits de justice et de
souveraineté; c'est de ce territoire qu'il tirait son titre de prince et son
rang de séance à la diète ; il est donc réellement Bavarois, comme le prince de
Metternich est réellement Wurtembergeois.
Dans cette situation de
chose, il est vrai qu'an lieu de séquestrer j'ai confisqué, et en cela les
termes de la convention, rédigée par M. de Metternich, sont exacts. J'ai
confisqué dans la dernière guerre tous les biens de la noblesse immédiate
située dans le territoire de la Confédération, dont les propriétaires portaient
les armes contre la Confédération; mais il est essentiel de remarquer que je
n'ai pas confisqué les biens d'un habitant de Linz, d'un habitant de Vienne, d'un
habitant d'Egra, qui aurait eu des propriétés en Bavière ou en Saxe; que je
n'ai pas confisqué les biens qui n'étaient que patrimoniaux ; que je n'ai pas
confisqué les biens qui ne donnaient pas de droits politiques : ceux-là ont été
mis seulement sous le séquestre et doivent être rendus ; il n'y a aucune
difficulté à cela. Le roi de Wurtemberg lèvera le séquestre qu'il aurait mis
sur tous les biens que tout habitant de Vienne posséderait dans ses États, et
l'empereur François lèvera le séquestre qu'il aurait fait mettre sur les biens
que tout habitant wurtembergeois posséderait en Autriche. Cela est de droit
commun, et c'est ainsi qu'en ont toujours agi la France et l'Autriche.
De plus, l'Autriche a
obtenu au traité de Campoformio que tous les Belges qui voudraient rester à son
service pourraient vendre leurs biens en trois ans. Mais pourquoi a-t-elle
stipulé cette condition ? Pour deux raisons : la première, parce que ces
individus, étant très-nombreux, pouvaient fixer davantage l’attention du gouvernement
et le mettre dans le cas de s'opposer à ce que l'on vendit tous ces biens; la
seconde, parce que la plupart de ces individus, appartenant aux principales
maisons du pays et exerçant une influence sur la soumission de la province,
pouvaient donner au souverain des motifs pour exiger qu'ils restassent dans
leurs propriétés et les punir de la confiscation s'ils les quittaient. Mais il
faut bien tenir note que ce traité et les subséquents n'ont rien changé au
droit commun des propriétaires ; qu'ils n'ont pas dit que le sujet d'une des
deux puissances aurait toujours le droit de vendre ce qu'il posséderait chez
l'autre, parce que cela est tacite, parce qu'on n'a pas pu supposer que
l'empereur d'Autriche ait jamais des motifs pour s'opposer à ce que M. d'Argentan,
par exemple, ou M. de Graves, vendent les biens qu'ils peuvent avoir, à
Klagenfurt ou ailleurs, du droit de leurs femmes ou autrement. Je pense donc
que, dans la convention, il faut dire simplement que le séquestre sera levé de
part et d'autre sur les biens des particuliers. Deux ou trois articles
suffiront pour régler cela, et cela pourra fermer le premier titre à la
convention.
Mais viennent les
anciens princes et comtes de l'empire dont la souveraineté a été détruite :
c'est une question politique et neuve, et il me semble qu'il faut dire que tous
les princes qui ont cessé de l'être par la formation de la Confédération, ainsi
que tous les membres de la noblesse immédiate, sont censés être sujets du pays
où était située leur souveraineté; que cependant ceux qui croiront devoir
établir leur séjour en Autriche seront maîtres de le faire; que le séquestre
sera levé sur leurs biens; que ces biens seront rendus tels qu'ils sont; mais
que les possesseurs feront connaître avant le 1er janvier 1811 si, ne voulant
pas devenir sujets de la Confédération, ils veulent céder leurs biens à un
membre de leur famille, lequel sera tenu de demeurer sur les biens et d'être
sujet, ou s'ils préfèrent vendre; et, dans ce dernier cas, on leur donnerait
six ans, dans le délai desquels ils devraient avoir vendu.
Il me semble que voilà
toute la question. Il serait tout à fait déraisonnable de demander que l’on
revint sur le passé. Le séquestre et la confiscation étaient de droit public et
ont dû avoir lieu. En effet, il est facile de démontrer que l'existence de
personnes telles que le prince de Schwarzenberg et le prince de Metternich dans
une armée autrichienne avait un caractère particulier; que, s'ils venaient avec
leurs troupes en Bavière ou à Stuttgart, tous leurs moyens devaient tendre
évidemment au rétablissement de leur principauté et à procurer à l'Autriche
toutes les ressources, tous les partisans que leur ancienne influence dans le
pays pouvait mettre à leur disposition : dès lors, exiger qu'ils deviennent
sujets ou qu'ils vendent est raisonnable.
Ainsi il n'y aura pas
de sujets mixtes. Les biens possédés dans les États de la Confédération par des
sujets étrangers qui ne seraient pas de la noblesse immédiate seront tirés de
dessous le séquestre; les Autrichiens pourront posséder en Bavière et les
Bavarois pourront posséder en Autriche; toute autre manière de voir sur ces
questions serait barbare. Mais quant à ceux qui avaient droit de séance au
cercle ou à la diète, ceux-là sont sujets du pays, l'acte de la Confédération
l'a ordonné. On a dû confisquer leurs biens; ils demandent aujourd'hui qu'on
les leur rende; j'y consens; j'y consens par égard pour l'alliance que je viens
de contracter avec l'Autriche et parce que ces questions sont encore neuves ;
mais il faut qu'ils se prononcent avant le 1er janvier 1811, qu'ils fassent
leur déclaration, et que, passé ce terme, il soit bien convenu qu'ils doivent
vendre, que désormais ils ne peuvent plus posséder (non pas des biens ordinaires,
car jamais il ne sera question d'empêcher M. de Schwarzenberg de posséder des
terres en Bavière à titre particulier), mais qu'ils ne peuvent plus posséder
ces mêmes propriétés qui composaient leur principauté, qui depuis cinq cents
ans peut-être étaient dans leur famille et leur donnaient dans le pays une
influence et une existence que le nouvel ordre de choses n'accorde pas à un
étranger : ces biens-là doivent être vendus. En général, partez du principe
que, dans un État bien réglé, on doit décider par le droit politique ce qui est
politique, comme par le droit civil ce qui est civil. Or le prince de
Liechtenstein, ou tout autre, posséderait en France ou en Bavière des biens qui
n'auraient jamais joui d'aucun droit politique : il doit pouvoir les posséder
en se soumettant aux lois du pays. Au contraire, il posséderait en Bavière des
terres auxquelles étaient attachés des droits politiques : ces biens-là, il
doit les vendre. Voilà ce qu'ordonne le droit politique.
Préparez dans ce sens
une note à M. de Metternich. Vous la rédigerez à mi-marge, en faisant copier
en regard les articles des traités qui viennent à l'appui. Vous me la remettrez
ensuite sous les yeux et ne l'adresserez à M. de Metternich qu'après que je
l'aurai définitivement approuvée.
Vous rédigerez en
conséquence le projet de convention en deux titres; dans le premier vous
traiterez des séquestres : il faut les lever; dans le second, il sera question
des confiscations : vous devez dire les choses en toutes lettres.
Saint-Cloud, 20 juillet
1810
Au comte Daru,
intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam
M. l'architrésorier
m'envoie des états de situation des troupes hollandaises au 1er juillet. Ces
états comprennent la désignation des corps et l'emplacement où ils se trouvent.
Faites-moi connaître leur organisation et leur situation en détail, corps par
corps.
Qu'est-ce que c'est,
par exemple, que les gardes du corps ? Sont-ils à cheval ou à pied ? Comment
sont-ils composés ? Que peut-on en faire ? Combien y a-t-il d'officiers par
compagnie ? Quelle taille ont-ils ? Quelle est leur paye ? Donnez-moi les mêmes
renseignements sur les gardes à cheval. Qu'est-ce que c'est que la légion des
vélites ? Combien y a-t-il de bataillons, de compagnies ? Quel âge ont les
hommes, quelle taille, quelle paye, de quelles nations sont-ils ? Qu'est-ce que
c'est que les pupilles royaux ? Quel est leur âge, leur paye, leur pays ?
Combien y a-t-il de régiments de ligne ? Combien de bataillons, combien de
compagnies par régiment, combien d'officiers par compagnie ? Quelle est la paye
? De quelles nations ? Enfin des détails sur l'organisation et
l'administration.
Je vous envoie
différentes lettres de M. l'architrésorier qui ont trait à la liste civile.
Quand vous aurez terminé votre travail, vous déclarerez le palais d'Amsterdam
palais impérial. Mettre opposition à toute vente de domaines ou de mobilier des
domaines ; le Roi n'en est que l'administrateur ; les domaines de la Couronne
sont inaliénables, et il faut une loi de l'État pour en disposer. Arrêtez les
ventes qui se feraient, et rendez-moi compte de celles qui auraient déjà eu
lieu.
Paris, 21 juillet 1810
A M. de Champagny,
ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, cette circulaire n'est pas bonne. Elle est dirigée contre le Roi, au
lieu qu'elle doit tendre tout entière à l'excuser. Elle doit rouler sur trois
points : 1° difficulté de la circonstance provenant de ce que la Hollande ne
pouvait avoir d'indépendance après la réunion de la Belgique; dans cet état de
choses, beaucoup de circonspection, de sagesse et de modération étaient nécessaires
dans le gouvernant, qualités dont l'application demande une longue habitude de
gouverner; 2° difficulté provenant d'une dette double du revenu du pays, et de
charges triples de ce que le pays pouvait payer, crise dont on ne pouvait
sortir que par la vigueur, en sachant prendre un parti décisif, ce qui suppose
une connaissance de l'administration qui ne s'acquiert que par une longue
expérience ; 3° difficulté où le système du blocus et les arrêts du conseil britannique
avaient placé la Hollande : le Roi, aigri par une maladie chronique qui depuis
quatre ans ne lui laissait pas de repos, l'impatientait et l'irritait, n'était
pas l'homme qui convenait. Il fallait, pour réussir dans des circonstances si
épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En
résumé, la situation de la Hollande, était difficile : le Roi l'a aggravée ;
elle avait besoin d'un chef de beaucoup d'expérience, de prudence et d'énergie
: la maladie du Roi l'a privée de tous ces avantages ; 4° là les événements qui
ont amené ce dénouement.
Paris, 21 juillet 1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Monsieur le Comte
Montalivet, je vous envoie un projet d'organisation pour huit armées de gardes
nationales, qui pourraient être requises en temps de guerre dans le cas où
l'armée de ligne s'avancerait en pays ennemi. Vous appellerez à Paris les
préfets Pommereul, Chauvetin et Quinette ; vous les réunirez en commission et
les chargerez de faire un travail là-dessus.
En 1805, quand je
marchais sur Vienne, lors de la quatrième coalition, pressé par les
circonstances, j'ordonnai la réunion de plusieurs corps de gardes nationales,
sans en prescrire de mode et sans s'occuper du choix des officiers. Les autorités
locales ont pourvu a cette formation. Depuis, j'ai ordonné que des grenadiers
et chasseurs tirés des gardes nationales formassent un corps de 6.000 hommes
réuni à Saint-Omer sous la garde du général Rampon ; un autre corps semblable a
été formé à Bordeaux, un autre à Marseille. Faites d'abord faire des recherches
sur ces premières mesures, pour avoir l'historique de tout ce qui s'est fait.
Ces mesures ont beaucoup coûté sans doute ; il en est résulté peu de services
réels, et ce n'a été pour les riches qu'une contribution de plus. Il faut donc
s'occuper des moyens à prendre pour que cette mesure produise désormais un service
plus utile. Par exemple, si le soldat, au lieu de changer tous les deux mois,
restait sous les drapeaux pendant toute la durée du temps nécessaire, les frais
d'habillement seraient moins considérables et l'instruction des troupes plus
solide. Voici quelques idées qui pourront servir d'instruction à la commission.
Il faut d’abord prévoir
le cas où l'armée de ligne entre en pays ennemi : dès ce moment, il faut garder
les frontières et les côtes. Les Anglais pourront faire une tentative sur
Anvers : il faut que les gardes nationales du nord de la France puissent courir
aussitôt à la défense de ce point. Ils pourront vouloir prendre Boulogne, Cherbourg,
Brest, Lorient, Rochefort; voilà à peu près tout ce qu'ils pourront tenter sur
les côtes de l'Océan : il faut que sur tous ces points il y ait moyen de réunir
des pays voisins, sans mettre en mouvement toute la France, 60.000 hommes qui
soient déjà organisés. Aussitôt que la guerre viendrait à se déclarer, les
gardes nationales devraient avoir ordre de se tenir prêtes ; les officiers
prendraient l'uniforme; les soldats se réuniraient tous les dimanches, sous les
ordres de leurs officiers, pour faire l'exercice; enfin les précautions
seraient prises pour que les armes se trouvassent au chef-lieu du bataillon,
afin qu'au premier ordre on pût s'armer. Ainsi les citoyens ne seraient pas
trop fatigués, et, au moindre événement, on marcherait de tous côtés sur le
point menacé.
Indépendamment de ce,
une tête de gardes nationales serait levée pour être en observation sur les
points les plus importants, c'est-à-dire qu'on continuerait à peu près de faire
ce qu'on a fait. On lèverait donc un corps de 6.000 hommes qui s'exercerait à
Saint-Omer, un autre à Cherbourg, un autre en Bretagne, etc. Raisonner pour un
de ces corps, c'est raisonner pour tous.
Voici les questions à
résoudre.
Combien, en cas
d'événement, peut-on faire marcher d'hommes sur les points menacés ? Nous avons
vu, l'année dernière, qu'on a fait marcher 16.000 hommes environ sur une
population de 800.000 âmes. C'est 1 homme armé pour une population de 50
personnes ; ce serait 20.000 hommes armés sur 1 million de population. Ainsi,
pour avoir une armée de 60.000 hommes, il ne faudrait que 3 millions de population,
et à ce compte la France, qui a 40 millions de population, aurait une armée
nationale de 800.000 hommes. Mais on comprend dans ce calcul les nouveaux
départements d'Italie, qui exigeraient
une modification. Parlons maintenant des points importants et sur
lesquels l'ennemi pourrait nous faire le plus de mal, c'est Anvers, Boulogne,
Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon; c'est-à-dire qu'il s'agit
principalement de la garde de nos établissements maritimes. Il faut donc
pouvoir réunir en peu de jours 60.000 hommes autour de chacun de ces
établissements. Si chaque million de population peut fournir 20.000 hommes
armés, il faudrait donner à l'armée auxiliaire destinée pour chacun de ces
points un arrondissement de 3 millions d'habitants. Par exemple, pour
l'arrondissement de l'armée d'Anvers, il faudrait le composer de la manière
suivante :
|
DÉPARTEMENTS |
POPULATION |
SOLDATS
A FOURNIR (1/50) |
DISTANCE
|
|
Deux-Nèthes Escaut Dyle Lys Sambre
et Meuse Ourthe Meuse
inférieure Roehr |
284.000 636.000 131.000 491.000 180.000 352.000 261.000 611.000 |
5.000 |
- |
|
Totaux |
3.258.000 |
63.000 |
|
Ce calcul est suivi
dans l'état ci-joint pour les autres arrondissements. On a tracé d'abord l'arrondissement
de six armées des côtes de 60.000 hommes chacune ; et, dans les départements de
l'intérieur que cette première circonscription n'emploie pas, on a trouvé
ensuite de quoi composer quatre autres armées de 60.000 hommes pour faire le
service des frontières de terre et servir au besoin de seconde ligne aux années
des côtes.
Ainsi donc, au moment
d'une déclaration de guerre, on donnerait ordre aux gardes nationales de se
préparer. Alors le ministre de la guerre ferait réunir les armes et les munitions
; les officiers porteraient leur uniforme ; les soldats seraient réunis tous
les dimanches pour tirer à la cible et faire l'exercice ; et les généraux ou
sénateurs désignés par le ministre iraient passer des revues.
Si la guerre était
sérieuse, on demanderait la réunion du corps d'élite. Ce corps pourrait être du
dixième de l'armée; ce serait 1 homme sur 10 soldats. Ainsi, l'armée d'Anvers
étant de 60.000 hommes, en réunissant seulement le corps d'élite, on aurait
6.000 hommes à Anvers, autant à Brest, autant à Cherbourg, autant à Rochefort,
etc., ce qui ferait sur-le-champ une armée de gardes nationales d'élite, soldés
et équipés, qui, ayant seulement six mois devant eux, formeraient une réserve
de bonnes troupes, bonne à tout événement.
On comprend bien que,
si les Anglais venaient à débarquer à Anvers, il faudrait qu'il y eût là une
autorité locale qui fit sur-le-champ l'appel de toutes les gardes nationales de
l'arrondissement; qu'en douze heures les hommes devraient avoir rejoint le
chef-lieu de leur bataillon, et qu'en trois ou quatre jours le bataillon
devrait avoir rejoint le point de rassemblement. Mais en même temps il faudrait
que les armées voisines, que je suppose être celles de Lorraine, de Paris et de
Boulogne, levassent leurs 6.000 hommes d'élite; ce qui ferait qu'en peu de
temps les trois armées voisines d'Anvers pourraient envoyer, en seconde ligne,
une réserve de 18.000 hommes d'élite. Cela étant ainsi disposé, il reste à
connaître, 1° quelle organisation militaire ces troupes doivent avoir; 2°
comment le choix entre les citoyens doit être fait. Car, en supposant qu'on
lève 1 homme sur une population de 50 habitants, comme sur 50 il n'y en a que
10 jeunes ou vieux en état de faire la guerre, ce serait donc 1 homme sur 10
mâles. En suivant cette proportion pour le corps d'élite, il y aurait 1 homme
de levé sur 10 hommes armés ; c'est-à-dire qu'il y aurait 1 homme d'élite sur
100 mâles et sur une population totale de 500 individus. Mais comment
procédera-t-on aux choix des gardes nationales et à celui des hommes d'élite?
3° Comment seront habillées et payées les gardes nationales ? 4° Comment seront
habillés et payés les hommes d'élite ? 5° Ne doit-on pas exiger qu'il n'y ait
que des hommes dans le cas d'avoir leur uniforme, et, dans ce cas, ne doit-on
pas exiger qu'ils l'aient ? Ils pourraient ne pas l'avoir en temps de paix ;
mais en temps de guerre, lorsque le Gouvernement ordonnerait aux gardes
nationales de se préparer, ces hommes devraient se procurer leur uniforme dans
le délai d'un mois.
Il n'y a pas de doute
que ceci ne revienne à un impôt, mais c'est un impôt indispensable, car c'est
en vain qu’en augmentant toutes les contributions on voudrait avoir un plus
grand nombre de troupes; la population ne pourrait pas y suffire, et d'ailleurs
on ne pourrait pas atteindre le même but. Le développement de nos frontières et
de nos côtes est si étendu, que 200.000 hommes y seraient paralysés sans
raison. La formation de la garde nationale peut seule mettre l'Empire à l'abri
sur tous les points. Si l'ennemi pouvait débarquer, il ravagerait le pays ; et
l'habitant, pillé et rançonné, ne gagnerait rien à s'être épargné la dépense
qui aurait fait sa sûreté. Il est pourtant vrai de dire qu'il y a beaucoup à
méditer sur cette matière, et c'est pour cela que je désire consulter
l'expérience qu'ont acquise les préfets par la dernière descente des Anglais.
Paris, 21 juillet 1810
A François Ier,
empereur d’Autriche, à Vienne
Monsieur mon Frère et
Beau-Père, je prie Votre Majesté Impériale de trouver bon que je lui envoie une
tasse de porcelaine de ma manufacture de Sèvres, sur laquelle on a mis le
portrait de Louise. J’espère que ce cadeau sera agréable à Votre Majesté, et je
désire qu'elle le trouve bien. Je la prie de me croire, avec les sentiments
d'attachement et de haute considération que je lui ai voués, de Votre Majesté
Impériale, le bon frère et gendre.
Paris, 21 juillet 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous envoie des porcelaines que l’impératrice désire envoyer à
Vienne. Faites-les partir avec les lettres ci-jointes par un courrier, en lui
recommandant de ne pas les casser en route. Vous vous servirez de ce courrier
pour écrire à Otto.
P. S, La caisse en
contient quatre petites, dont deux rondes en maroquin noir, une longue carrée
plate en maroquin vert, et une petite boite de sapin carrée.
Paris, 22 juillet 1810
A M. De Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
faites-moi connaître ce qui s'oppose à ce que l'Innviertel, le Salzburg,
Bayreuth, et les autres pays cédés à la Bavière, soient remis à ses agents, et
comment il arrive que cela n'était pas fait au 12 juillet.
Paris, 22 juillet 1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, mon intention est que vous correspondiez avec le directeur général du
trésor public à Amsterdam, afin de vous procurer tous les états et
renseignements nécessaires, voulant prendre le service à dater du ler août
prochain, et de mettre sous les yeux un budget. Je vous envoie les
renseignements que j'ai. Vous verrez qu'en ne payant que le tiers de la dette
on pourra faire face aux dépenses. La dépense la plus importante et la plus
pressée, c est celle de la marine. Mon intention est qu'elle soit payée
régulièrement, afin de n'apporter aucun retard dans ce service essentiel.
Faites en sorte de vous mettre en règle pour que, dans cinq ou six jours, vous
puissiez me remettre un état, et me proposer une distribution de fonds pour les
crédits à ouvrir au trésor et aux différents ministères pour le mois d'août.
Il y a une estafette
par laquelle vous pouvez écrire tous les jours. Indépendamment de cela, des
députés arrivent de Hollande, parmi lesquels beaucoup connaissent les affaires
de finances de ce pays-, voyez-les beaucoup. Je vous envoie le budget des
relations extérieures, qui peut être ôté des dépenses des cinq derniers mois;
envoyez-en une copie au duc de C adore.
Paris, 22 juillet 1810
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je tous envoie des
observations du ministre de la marine de Hollande sur mon décret du 15
juillet. Vous devez correspondre là-dessus avec ce ministre de la marine pour
vous informer comment se font les constructions. Mon décret se divise en deux :
1° en ce qui est relatif aux treize vaisseaux actuels ; 2° en ce qui est
relatif au rétablissement des constructions. Le budget actuel des six derniers
mois étant de 6 millions de florins, il faut connaître ce qu'on peut faire avec
ces 6 millions, et ce qu'il faudrait pour exécuter mon décret. Dans mon décret
j'ai dit que cinq vaisseaux seraient mis en construction, mais non qu'ils
seraient finis dans l'année. Il me suffit que les cinq vaisseaux que je fais mettre
sur le chantier soient avancés aux 6 vingt-quatrièmes, ce qui ne ferait que la
valeur d'un vaisseau et demi ; or, un vaisseau ne coûtant que 800.000 francs,
la dépense ne serait pas de plus de 1.200.000 francs. Je vous prie d'observer
ceci au ministre de la marine, et de lui faire connaître qu'il suffît de mettre
sur le chantier, cette année, les cinq vaisseaux et de les avancer un peu.
On me présente cinq
vaisseaux comme existants; j'aurais donc dix-huit vaisseaux au mois d'août
1811, et au mois d'août 1812 vingt-trois; et, en supposant que j'en perde un ou
deux par vétusté ou accident de mer, j'en aurais vingt et un ou vingt-deux ;
c'est là mon but. C'est sur ces principes que vous devez diriger tout le budget
de la marine pour la Hollande pour 1810 et 1811.
Je pense convenable
d'envoyer le général Ganteaume à Flessingue. Il montera sur l'escadre et
assistera à son appareillage ; il montera sur les bricks, ira visiter
l'embouchure de l'Escaut et reconnaître les passes. De là il se rendra à
Terveere, où il s'embarquera sur les chaloupes canonnières et parcourra la rade
de Terveere depuis Walcheren jusqu'à Hellevoetsluis. Là, il aura un décret de
moi qui lui ordonnera de passer la revue des vaisseaux hollandais, des
arsenaux, du matériel et du personnel de là marine. Il visitera la côte et
prendra une idée de cette mer. Il montera sur une goélette pour voir ce que
c'est que ces passes.
Il vous écrira de
Flessingue et de Hellevoetsluis. Il verra à Hellevoetsluis quelle est la
situation des magasins ; il prendra des notes sur la manière dont la marine est
organisée, militairement et civilement. De là il ira au Texel ; il étudiera
tout ce qui est du ressort de la marine dans ce port. Il ira à Amsterdam ; il
visitera les chantiers, les rades; se mettra au fait des opérations des
chameaux. Il enverra un mémoire du Texel et un mémoire d'Amsterdam, et il
reviendra par Anvers, où il recevra l’ordre de visiter en détail l'arsenal d'Anvers.
Peut-être sera-t-il plus convenable qu'il le fasse comme conseiller d'État
plutôt que comme amiral.
Vous me ferez signer
les ordres dont il aura besoin pour la partie de sa mission qu'il remplit en
Hollande, et vous lui donnerez des instructions. Vous lui recommanderez de
n'apporter de sa course que des connaissances positives, afin que, s'il se
trouvait dans la mer un jour avec une escadre, il eût des connaissances
préalables sur ses opérations.
Paris, 22 juillet 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vous envoie des états de l'armée hollandaise ; faites-les mettre par
vos bureaux dans la forme de nos états de l'armée française. Chargez le
meilleur inspecteur aux revues que vous ayez en Hollande de passer une revue de
l'armée hollandaise et de vous en envoyer le résultat rédigé selon notre
manière. Vous verrez dans ces états l'immense quantité de canons qui se
trouvent en Hollande. Je vous écris pour que vous preniez des mesures pour
l'armement des côtes; cela est très-important. Faites demander des états
détaillés du matériel de l'artillerie et du génie ; envoyez pour cela des
commissaires ; vous pouvez choisir le général Dulauloy pour l'artillerie, et
pour le génie le général Kirgener, si vous n'avez pas de général du génie au
corps du duc de Reggio. Vous donnerez pour instruction à ces officiers
d'arrêter les inventaires du matériel, en ayant soin de n'en rien laisser
soustraire, de dresser l'état des magasins, des arsenaux et de l'armement des
places fortes restées à la Hollande par le dernier traité. Chargez-les de faire
une description des côtes, et de vous faire connaître les points qui ne sont
pas fortifiés et qu'il faudrait fortifier. Vous pouvez même les charger
d'examiner au Texel l'emplacement où il faudrait construire une place, pour
mettre le port et la rade en sûreté et empêcher l'ennemi de pénétrer dans le
Zuiderzee.
Paris. 22 juillet 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio d'envoyer à Bruges le 1er régiment de
chasseurs. Ce régiment fournira des piquets de 30 hommes à Ostende, à
Blankenberghe et à Nieuport, lesquels feront des patrouilles sur la côte. Un
chef d'escadron parcourra la côte et fera établir des batteries et se portera
sur les points où l'ennemi tenterait des débarquements.
Réunissez le 24e de
chasseurs à Saint-Omer ; il fournira des piquets de 30 hommes à Calais, à
Boulogne et à Saint-Valéry-sur-Somme.
Faites-moi connaître où
est le dépôt du 13e.
Si le duc de Reggio ne
voit aucun inconvénient à ce que l'on tire des troupes françaises de Hollande,
je désirerais en faire rentrer une partie, d'abord à cause de la saison
malsaine qui arrive, et parce qu'il m'est avantageux d'avoir mes troupes en
France. Recommandez-lui de placer les Hollandais sur les côtes et dans les
endroits malsains, comme plus accoutumés au mauvais air.
Je croîs vous avoir
écrit d'envoyer le général Kirgener au Texel pour reconnaître les
fortifications à faire, soit à gauche, soit à l’entrée de la rade, ou dans
l’île. Je veux une place qui mette les batteries à l'abri d'un coup de main et
qui exige un siège en règle.
Paris, 22 juillet 1810
Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en
Hollande, à Amsterdam
Je reçois vos lettres
du 19 ; je vais y repondre en détail.
Commerce. — D'abord
pour les licences, j'en donnerai aux villes d'Amsterdam et Rotterdam, etc.,
comme aux autres villes de l'Empire. Adressez le nom des négociants qui en
demandent, et la liste des bâtiments, au ministre de l'intérieur.
Trésor public. — J'ai
reçu vos états de situation du trésor public; je les ai envoyés au comte
Mollien pour me rendre coopte de ces affaires. Mon intention est de faire ici
la distribution des fonds entre les différents départements comme je le fais
pour les différents ministères, et d'ordonner des crédits pour le mois d'août.
Faites-moi connaître l'état des recettes et les besoins du trésor et de chaque
département. Le directeur général du trésor public doit correspondre avec M.
Mollien pour lui faire connaître les besoins du trésor et des différents
ministères, et j'accorderai des fonds. Partez du principe, 1° que je ne veux
envoyer aucuns fonds en Hollande, et qu'en 1810 elle doit faire son service
avec ses propres ressources; 2° qu'il faut que, pour juillet comme pour août,
la marine touche son million de florins, afin que les armements et les
constructions marchent avec la rapidité convenable.
Marine — Mon décret sur
la marine se divise en deux : armement des deux escadres et reprise des travaux
de construction. J'ai ordonné la mise sur le chantier de cinq vaisseaux, mais
je n'ai pas prescrit de les terminer dans l'année ; il suffit qu’ils soient
avancés à 6 on 7 vingt-quatrièmes, ce qui ne portera l'augmentation des
dépenses qu'à 1.200.000 francs. Si ces constructions se font par marchés, que
le ministre les passe sans délai ; les payements auront lieu régulièrement
tous les mois. Les fonds faits pour les derniers six mois doivent suffire pour
les armements. Faites-moi connaître ce que la marine compte faire, cette année,
avec l’argent qui lui sera exactement payé, en constructions et armements.
Relations extérieures.
— J'ai reçu votre arrêté pour la suppression du ministère des relations
extérieures. Faites notifier aux agents de ce ministère qu'ils cesseront d'être
payés à compter au 1er août.
Emprunt de la Prusse. —
Si vous pouvez encourager indirectement l'emprunt de la Prusse, je n'y vois pas
d'inconvénient; mais il ne faut faire aucune démarche que vous ne m'en ayez
prévenu auparavant.
Députation. — Si vous
manquez de conseillers d'État, envoyez-moi d'autres fonctionnaires. Le
principal est que vous m'envoyiez des hommes de mérite et qui connaissent bien
le pays.
Fleury. — Un nommé
Fleury, qui a été employé dans mon bureau topographique, avait été pris en
affection par le Roi, qui l'a emmené en Hollande. Qu'est-il devenu ? S'il n'a
point suivi le Roi, il n'y aurait pas de difficulté à l'envoyer à Paris.
Liste civile. — Je vois
dans une de vos lettres que vous renvoyez la chapelle du Roi. Il ne faut point
marcher si vite. J'ai chargé le comte Daru de ces affaires ; j'attendrai son
rapport pour donner. Un délai de quinze ou vingt jours n'est rien.
Pages. — Votre lettre
sur les pages ne m’apprend rien; j’ai besoin de connaître leur nom, leur âge,
leurs familles, pour savoir ce que j'en puis faire.
Je vous ai mandé
avant-hier que le grand duc de Berg était arrivé ici bien portant.
Paris, 22 juillet 1810
Au général comte
Suchet, gouverneur de l’Aragon, à Mora de Ebro
L'Empereur est instruit,
Monsieur le Général Suchet, qu'il existe des abus dans la manière dont les
contributions sont perçues et dont les fonds qui en proviennent sont
administrés dans quelques parties de l'Espagne. Sa Majesté est informée que des
officiers, commandants de détachements, se sont permis de frapper, dans des
communes où ils étaient envoyés momentanément, des contributions dont ils ne
fournissent pas de quittance, et y ont fait des réquisitions souvent beaucoup
plus fortes que n'exigeaient les besoins de leurs troupes.
L'Empereur ordonne,
Monsieur le Gouverneur, que vous mettiez la plus grande surveillance à prévenir
ces abus, et que ceux qui s'en rendraient coupables soient poursuivis et jugés
conformément aux lois.
L'intention de Sa
Majesté est qu'il règne le plus grand ordre dans la répartition des
contributions et qu'elles rentrent intactes dans les caisses des préposés du
trésor public. Tout individu qui lèverait des contributions particulières en
est responsable; il doit être puni sévèrement s'il ne peut justifier d'un
ordre légal, et si le versement qu'il aura dû faire de ces contributions dans
les caisses des préposés du trésor n'est constaté par procès-verbal en bonne
forme.
Faites-moi connaître,
Monsieur le Comte, les abus de ce genre qui auraient pu avoir eu lieu jusqu'à
présent dans votre gouvernement, et les moyens que vous avez employés pour les
faire cesser.
Paris, 22 juillet 1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.
Le ministre des
finances présentera, au conseil qui aura lieu jeudi prochain, le budget de 1811
en recette et en dépense, en y comprenant les départements de Rome et du
Trasimène, des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-1'Escaut. Jusqu'à ce que le
conseil créé par décret de ce jour l'ait mis dans le cas de connaître les
recettes et les dépenses de la Hollande, on portera la Hollande, pour mémoire,
dans une des colonnes horizontales du budget.
L'article des recettes
et des dépenses des départements de Rome et du Trasimène sera appuyé par des
mémoires et des états. On examinera, 1°
s’il convient de conserver le droit de mouture, qui rend 2 millions ; on ne
conçoit pas comment il peut exister après la suppression des douanes entre la
Toscane et les États romains ; 2° si l’on établira les droits réunis, et ce
qu'ils rendraient ; 3° si les recettes portées dans le budget pour droits
d'entrée de Rome sont des recettes impériales ou municipales; si c'est une
recette impériale, on fera connaître sur quels fonds la ville de Rome fait ses
dépenses ; 4° qu'est-ce que les droits pour la neige et la glace, la
pouzzolane, le marc d'or, les vignes de l’agro romano et la taxe sur les
chevaux ; 5° quel est le produit de l'enregistrement et du timbre comparé avec
le produit de ces droits pour le reste de la France; 6° s'il convient de
maintenir les diverses sortes de contributions ci-dessus et d'en établir en
même temps de nouvelles, telles que l'enregistrement. Si l'on veut conserver le
droit de mouture, il faut prouver qu'il remplace les droits réunis. En général,
lorsqu'on met une contribution nouvelle, il faut en ôter une ancienne
équivalente.
L'intention de
l'Empereur est que les États romains payent moins que le reste de la France. En
tout état de cause, il faut que les dépenses départementales, les centimes
fixes et variables et le régime d'octroi, surtout pour Rome, soient établis sur
le même système qu'en France ; il faut enfin que ce qui doit revenir au trésor
y rentre effectivement, et qu'on puisse faire cesser la Consulte. Il n'y a
point de temps à perdre pour que, sous tous les rapports, la réunion soit
vraiment effectuée.
Le budget des dépenses
doit être établi sur le même principe. Les dépenses doivent être, comme en
France, impériales, départementales et communales. On voit dans l'état des
dépenses 3 millions pour la ville de Rome ; cela ne regarde pas les fonds
généraux. Les ponts et chaussées, les marais pontins, les canaux, doivent
entrer dans le budget du ministère de l'intérieur. Les dépenses pour la
justice, la guerre, la marine, doivent entrer également dans les budgets de ces
ministères.
Ce n'est qu'après tout
ce travail qu'où parviendra à connaître ce que les États romains doivent
réellement produire au trésor. Si l'on dit qu'ils produiront 15.900.000 francs,
on dit une chose inexacte, puisqu'il faut ôter sur cette somme les 3 millions
de dépense de la ville de Rome, etc. Il est indispensable de bien s'entendre
sur tous les points ; quoiqu'on ait encore cinq mois, on n'a pas trop de temps.
Après avoir établi un premier travail, beaucoup d'éclaircissements seront nécessaires
; il faudra écrire à Rome et attendre les réponses. Il est nécessaire de
prévenir d’avance tous les ministres qu’ils auront à faire en 1811 le service
des États romains, chacun pour leur département, qu'ainsi, lorsqu'ils
présenteront leurs projets de budget an mois de septembre ou d'octobre, il est
nécessaire qu'ils sachent bien ce qu'ils auront à demander d'augmentation pour
ce service.
Paris, 22 juillet 1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL
D’ADMINISTRATION DES FINANCES.
A partir de jeudi
prochain en huit, Sa Majesté entendra, tous les jeudis, les comptes d'une des
grandes régies, en suivant l'ordre ci-après : les douanes, les droits réunis,
l'enregistrement, la caisse d'amortissement, les forêts, les postes, la
loterie. Ces administrations doivent être prévenues pour qu'elles aient le
temps de préparer leurs comptes. L'enregistrement joindra aux siens un rapport
et un état qui fasse connaître quels sont les biens qui sont encore sous le
séquestre, et quels sont ceux qui peuvent être vendus, afin qu'on puisse
prendre à leur égard un parti définitif.
Paris, 2e
juillet 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je lis la note du ministre d'Autriche sur les prisonniers de guerre
autrichiens qu'il réclame. Répondez par une note dans laquelle vous lui ferez
connaître que je suis surpris et ne puis comprendre que cinq officiers
autrichiens aient été forcés à servir dans mes troupes comme simples soldats.
Vous lui ferez comprendre combien cela est contraire à nos usages et à notre
législation militaire ; qu'au reste je viens de prendre un moyen très simple de
tirer cela au clair, qui est de faire venir ces cinq officiers à Paris, où le
ministre de la guerre les verra, les interrogera et m'en rendra compte. Vous
lui citerez le fait que, 1.400 hommes étant arrivés dernièrement de Laybach, le
duc de Raguse, ayant trouvé que 700 de ces hommes appartenaient à la partie
autrichienne, les a renvoyés à Agrar, où ils ont été reçus ; que, quant aux 50
individus qui sont retenus à Mantoue, j’ai ordonné au vice-roi de les faire
revenir à Milan et de les interroger pour savoir d'eux-mêmes s'ils sont à
Mantoue de gré ou de force ; et, s'ils avaient été enrôlés dans des régiments
et qu'ils s'en repentissent, de leur faire donner des passeports pour s'en
retourner chez eux. Vous direz que je vois à la tête de cette liste un comte de
Faugliau, officier du régiment de Reisky, qui, dans aucun cas, n'a pu être
retenu à Mantoue.
Quant aux 24 hommes
qu'il prétend avoir été enrôlés dans des régiments suisses, dites au prince de
Schwarzenberg qu'il est trop bon officier pour me pas savoir qu'en ne peut
enrôler de force des étrangers dans les régiments suisses, où nous ne
recevons pas d'Allemands; que, s'il
pouvait s'y en trouver, il suffirait qu'ils vinssent à réclamer pour être
sur-le-champ renvoyés chez eux. Quant aux 400 hommes du régiment de
Peterwardeiner, ils doivent faire partie de ceux renvoyés par le duc le Raguse
à Agram; que, d'ailleurs, je m’en fais rendre compte, et que j'ordonne qu'on
remette les extraits mortuaires de ceux qui seraient morts, ou qu'on renvoie
ceux qui se seraient engagés. Vous ajouterez qu'à toute réclamation qui serait
ainsi faite nominativement il sera fait droit sur-le-champ. Vous me remettrez
cette note avant de la présenter.
Paris, 23 juillet 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, témoignez mon mécontentement au duc de Vicence de ce qu'il se laisse dire
par M. de Romanzof des choses aussi absurdes et aussi contraires à mon
caractère que l'imputation que j'ai sollicité les Turcs à leur faire la guerre,
et qu'ainsi ils obtiennent la Moldavie et la Valachie malgré moi. Il aurait du
répondre que, s'il n'était pas entré dans ma politique et dans ma volonté que
la Valachie et la Moldavie fissent partie de l'empire russe, ce n'est pas par
de misérables intrigues que je me serais opposé, mais par une armée de 400.000
hommes, qui auraient fait, j'espère, une passable diversion. M. de Romanzof a
tout à fait désappris ce pays-ci. Il se plaît depuis quelque temps à nous
insulter de toutes les manières. La faute en est au duc de Vicence, qui ne lui
répond pas ad hoc.
Paris, 23 juillet 1810
Au prince Lebrun, lieutenant-général
de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
Je reçois votre lettre
du 20 juillet. Je lis avec grande attention les renseignements, aussi prompts
qu'étendus, que vous donne le ministre des finances sur le budget de 1810. Il
faudra que, pour compléter ce travail, vous fassiez faire par chaque ministère
le relevé de l'économie qui résultera de la réunion. Les relations extérieures,
par exemple, seront un objet d'économie; le Corps législatif sera un objet
d'économie ; le Conseil d'État, la liste civile, etc., seront également des
objets d'économie.
Je vous ai mandé que
les relations extérieures ne devaient être payées que jusqu'au 1er août. Ce
sera donc du ler août que datera l'économie. Je pense également que le Corps
législatif et le Conseil d'État doivent être déclarés licenciés, et n'être
soldés que jusqu'au 1er août.
Quant à la liste
civile, aussitôt que le comte Daru m'en aura rendu compte, je prendrai un
décret à cet égard ; mais il est évident qu'on peut considérer la dépense des
six derniers mois comme économisée au moins de moitié.
J'espère donc que ces
divers objets feront une économie de près d'un million de florins, ce qui
rétablira tout à fait l'équilibre ; mais je vois qu'indépendamment de ce il
sera dû, au ler janvier 1811, dix-huit mois, savoir : une année terminée en
juin 1810, et six mois terminés au 1er janvier 1811. De ces dix-huit mois il
est indispensable d'en payer six, estimés environ 11 millions de francs ; ce
qui fait un déficit réel, auquel il faudra pourvoir au 1er janvier. Faites-moi
connaître s'il n'y a pas quelques rentrées arriérées sur les exercices
antérieurs, qui puissent couvrir ce déficit.
Je vous recommande de
mettre en distribution pour le mois de juillet la moitié de ce qui est demandé
pour les dettes du Roi, et surtout ce qui est nécessaire à la marine pour
pousser avec toute l'activité possible les travaux que j'ai ordonnés. Pour la
marine, j'ai besoin d'un budget plus détaillé et d'états à l'appui sur le
personnel et le matériel, afin que je comprenne bien le supplément de budget
qui est nécessaire pour réaliser mon décret.
Saint-Cloud, 24 juillet
1810
Au prince Lebrun,
lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
J'ai reçu vos lettres
du 21. Vous avez mal fait d'écrire au Roi, avec lequel vous n'avez rien de
commun; vous ne devez pas entretenir de correspondance; je trouve que vous
avez en cela manqué de tact. Je puis traiter le Roi comme il me convient, mais
cela n'a aucun rapport avec vous.
Saint-Cloud, 24 juillet
1810
Au prince Lebrun, lieutenant-général
de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
Je vous prie de me
faire connaître l'organisation militaire de la Hollande sous le rapport du
territoire, et de m'envoyer une carte d'étapes, ainsi que son organisation sous
le rapport du génie et de l'artillerie.
Saint-Cloud, 24 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, je vous envoie un mémoire sur l'emprunt fait par le roi de Hollande.
Je vous prie de m'en faire une analyse claire, que vous me remettrez avec les
pièces.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, les circonstances où se trouve le Valais m'imposent l'obligation de
prendre un parti sur ce petit pays, et j'ai résolu de le réunir à la France.
Écrivez pour faire venir à Paris l’évêque de Sion et six des principaux du
pays, dont quatre des plus défavorables à la France et deux des moins opposés.
Préparez un rapport
dans lequel vous retracerez la mauvaise organisation du Valais, qui a donné
lieu à sa conduite équivoque pendant la guerre, les ridicules prétentions du
haut Valais, qui veut subjuguer le bas et se rendre souverain du pays, parce
que le bas Valais est plus riche et plus éclairé. Faites connaître que la
partie de la route que devait faire le Valais n'a pas été faite, que nous y
avons dépensé douze millions, et que cette communication, qui devait produire
de si grands avantages pour le pays, produit l'inverse par l'ignorance et les
préjugés de quelques fanatiques. Faites connaître que les dispositions que
j'ai faites dans le Valais, l'année dernière, étaient surtout pour que la
Suisse restât indépendante, et afin de m'assurer le passage du Simplon. Appuyez
surtout sur la conduite qu'a tenue le Valais dans la dernière guerre et sur le
mauvais esprit qui y règne, sur la nécessité de réunir ces 60.000 âmes à
l'Empire pour le bien être du pays, et en particulier du bas Valais, qui craint
de devenir esclave du haut Valais, enfin pour l'avantage du grand système et le
plus grand avantage du royaume d'Italie et de l'Empire. Vous me ferez connaître
à quel département il faudrait réunir le Valais et quelle espèce de
communication je devrais faire.
II est nécessaire que
mon chargé d'affaires parte sur-le-champ en poste, après vous avoir remis tous
les renseignements et pièces qu'il a sur le Valais. Il fera partir, à son
arrivée, l'évêque et les six personnes que j'ai demandées, et vous désignera
vingt des principaux opposants à la France, que je ferai arrêter au moment de
la réunion. Il faut préparer une note pour le Landamman de la Suisse.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
je ne puis vous exprimer à quel point je suis indigné de la lettre du sieur
Désaugiers (Secrétaire de légation, chargé d'affaires à Stockholm). Je ne sais
par quelles instructions cet envoyé a pu se croire autorisé à tenir des propos
si extravagants. Mon intention est que vous le rappeliez sur-le-champ, et que
vous donniez l'ordre au sieur Alquier de partir sans tarder plus longtemps. Il
est indispensable, quand je ne vous réponds pas, que vous ne laissiez pas mes
agents sans direction, afin qu'ils ne soient jamais dans le cas de prendre sur
eux. Vous ferez venir le ministre de Suède; vous lui ferez connaître que je
rappelle mon chargé d'affaires pour avoir eu des opinions à lui; vous
n'entrerez pas dans le détail des opinions qu'il a émises, mais vous lui direz
qu'il n'appartenait pas à ce chargé d'affaires d'en avoir sans ma participation
; que je ne pouvais en avoir moi-même, ne connaissant pas les dispositions de
la Diète.
Quant au sieur Alquier,
vous lui donnerez pour instruction verbale de se maintenir en harmonie avec la
Russie et le Danemark, et d'aider le Roi autant qu'il pourra; que mon intention
n'était pas de me mêler directement des affaires de Suède; que le successeur
que je préférais à tous était le prince Christian, frère du feu prince royal,
que le Roi lui-même avait proposé, et que je désire bien connaître la position
et l'esprit du pays.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous donne pour instruction générale d'écrire à mes ministres et
consuls et de prendre toutes les mesures pour qu'aucun bâtiment américain ou
neutre, chargé de marchandises coloniales, ne soit reçu dans les ports de la
Prusse, du Mecklenburg, de la Suède et du Danemark. On assure que la Prusse
favorise beaucoup ce commerce. Il faut que le comte de Saint-Marsan s'explique
là-dessus. Écrivez la même chose à mes ministres en Danemark et dans les
villes hanséatiques. Vous devez écrire et récrire, et suivre ces affaires, afin
d'arriver à ce résultat.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
NOTE POUR LES MINISTRES
DE L'EXTÉRIEUR, DE LA GUERRE ET DE LA MARINE.
Les ministres de
l'intérieur, de la guerre et de la marine se réuniront pour présenter un
projet sur les galériens. On établira d'abord le nombre de galériens nécessaire
pour les travaux de la marine, et le ministre de la marine les conservera. Du
surplus on fera des chaînes comme dans tous les pays où il n'y a pas de marine,
et on les placera dans les forteresses et dans les lieux où il y a de grands
travaux. Il faut régler la force de chaque chaîne ; les diviser en compagnies,
en se servant d'une autre expression ; leur donner des officiers, qui
porteront un autre nom que celui d'officier; déterminer la force de la gendarmerie
qui fera le service pour chaque chaîne.
Lorsque les chaînes
auront eu une destination, on les changera le plus rarement possible. Ainsi on
peut en mettre une à Flessingue pour les travaux. Il y en aurait de même à
Anvers une permanente pour le compte de la guerre. Il en serait de même à
Cherbourg.
Les chaînes qui
seraient données aux forteresses, pour curer les fossés et pour les travaux du
génie, y seraient également permanentes.
On a remarqué qu'il y
avait des forçats qui, à cause de leur scélératesse, ne peuvent être employés
à aucuns travaux : en ce cas, pourquoi les met-on dans les ports de la marine,
dont les arsenaux doivent craindre davantage le danger que les travaux de la
terre? Cette objection implique contradiction.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au prince Lebrun,
lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
Je vous prie de
presser, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, le départ de toutes les
marchandises coloniales qui étaient venues sur les bâtiments américains, qui étaient
séquestrés, et que, par un article du dernier traité, le Roi devait envoyer en
France. Mon intention est que ces marchandises soient envoyées à Anvers pour y
être vendues. Sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas en permettre la
vente à Amsterdam. Prenez donc des mesures pour en opérer le départ sans le
moindre délai. Il est une partie de ces marchandises qui avaient été remises à
des négociants hollandais sous caution ; envoyez-m'en l'état, afin que je les
fasse venir également à Anvers.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Ayant supprimé la plus
grande partie des couvents à Rome, et voulant, autant que possible, maintenir
le rang et l'importance de la population de cette grande ville, je désire y
établir des manufactures et encourager la culture des cotons. On m'assure que
les terres de Rome sont propres à cette culture, et qu'il y a une grande quantité
de courants d'eau, dans les emplacements où étaient situés les couvents, qui
peuvent servir comme moteurs des machines. Prenez des mesures pour arriver à ce
résultat. Mon intention est de mettre à votre disposition une somme de 500.000
francs pour cet objet; vous en recevrez le décret.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Le pays de Rome excite
ma sollicitude. Je désire qu'une commission , composée du sénateur
Fossombroni, du sieur Prony, d'un autre ingénieur et de deux agronomes, se
rende à Rome, visite avec soin les environs de cette capitale, les marais
pontins, et me fasse an mémoire sur ces questions :
1* Pourquoi les
environs de Rome ont-ils été laissés incultes ?
2* Pourquoi sont-ils
malsains ?
3* Quel remède y a-t-il
pour faire cesser dette inculture et la malsaineté (sic) ?
4* Quel est l'état de
dessèchement des marais pontins ? Quels sont les travaux qu'on y a faits, le
système qu'on a suivi et celui qu'il convient de suivre ?
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
A M. Gaudin, duc de
Gaète, ministre des finances, à Paris
Je suis instruit que
les denrées coloniales entrent en foule en France. Il faut renforcer la ligne
et ordonner que, si les déclarations ne sont pas faites à une époque fixée, les
marchandises seront confisquées.
N'y a-t-il pas des
individus attachés au directeur général pour l’état-major des douanes ? Si cela
est, il faut en envoyer un certain nombre en Hollande, et également fixer le
temps nécessaire pour payer les droits ; faites-moi connaître ce que le comte
Collin aura fait sur tout cela. Si les douanes ont besoin de renforts, ils
doivent en prendre dans les troupes qui sont à Anvers ; le ministre de la
guerre a des ordres là-dessus.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, vous avez le budget de la Hollande et vous connaissez bien la
situation des dettes. Je désirerais que vous me répondissiez à la question
suivante : Quel doit être le montant des impositions que doit payer la Hollande
pour payer le tiers de sa dette, les pensions civiles et militaires, ce que
coûteront le ministère de l'intérieur, celui des finances, les canaux, la
justice, puisque tout cela ne me rend rien, et enfin me couvrir les dépenses
que nécessitent la défense du pays et les chantiers de la marine; savoir: 10
millions de florins pour la guerre et 6 millions de florins pour la marine, ce
qui fait 16 millions de florins, ou à peu près 32 millions de francs ? Combien,
dis-je, la Hollande doit-elle me rendre pour arriver à ce résultat ? Il
faudrait donc qu'indépendamment de ce qui est relatif à tous les ministères,
que j'évalue à 32 millions de francs, la Hollande me rendit, pour payer la
dette, 28 millions, ce qui ferait une soixantaine de millions. J'y comprendrais
les deux départements qui ont été réunis avant.
P. S. L'ancien ministre
des finances de Hollande, Gogel, est arrivé; voyez-le et amenez-le-moi ce soir
à Saint-Cloud, à huit heures.
Je vous envoie une
lettre de M. l'architrésorier sur la caisse d'amortissement.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, mon intention est de réunir le Valais à la France. J'ai besoin, pour
cela, de réunir à Genève une compagnie de gendarmerie à pied et à cheval, qui
sera tirée des 6e, 7e et 18e divisions militaires. Faites-moi connaître comment
cette compagnie doit être composée, afin que j'autorise sa formation. Vous me
ferez connaître quand elle sera réunie à Genève. Elle sera constituée en
compagnie, fera partie d'une légion et sera placée dans un poste fixe. Elle
pourra servir d'escorte à l'officier général que je chargerai de faire la
réunion. Je pense qu'il est convenable, pour être à l'abri de tout événement,
de réunir à Genève 1.200 Portugais. On pourrait faire marcher vingt-quatre
compagnies, en complétant chaque compagnie à 50 hommes. Faites-moi connaître
la composition de tous les Portugais qui sont à mon service, par régiment, par
bataillon et par compagnie. Vous m'informerez de l'époque où ces 1.200 hommes
seront réunis à Genève.
Mon intention serait de
faire passer le Saint-Bernard à deux bataillons du 23e d'infanterie légère,
formant 1.500 hommes, auxquels on joindrait une compagnie de chasseurs tirée
des dépôts du Piémont. Cette colonne resterait à Aoste et se joindrait à celle
qui viendrait de Genève, si cela était nécessaire. Une autre colonne de 1.200
hommes d'infanterie italienne et de 50 chevaux se réunirait à Domo d'Ossola et
serait prête à passer le Simplon. Faites-moi un rapport là-dessus.
Saint-Cloud, 25 juillet
1810
Au comte Molé, directeur
général des Ponts et Chaussées, à Paris
J'ai nommé directeur
des ponts et chaussées au delà des Alpes le sieur Fabbroni, homme d'un mérite
distingué. Mettez-le au fait de la situation des travaux, faites-le assister au
conseil et donnez-lui toutes les lumières dont il a besoin, tant pour le
matériel des travaux que pour la comptabilité. Il faut qu'il organise ses
bureaux et qu'il prenne la correspondance au 1er août. Il sera chargé de la
partie de la route de Chambéry au mont Cenis, et le mont Cenis fera partie de
son arrondissement. Vous le chargerez d'aller visiter les travaux qui se font
en Piémont, à Gènes, à Parme, en Toscane et à Rome. Ce voyage l'occupera
pendant les mois d'août, septembre, octobre, novembre el une partie de
décembre. Il sera de retour à Paris le 20 décembre, avec tous les
renseignements qu'il aura recueillis. Il dirigera sa route de manière qu'en
revenant il revoie les mêmes travaux. Il vous écrira de chaque lieu pour vous
faire connaître la situation des travaux. Je serai bien aise d'avoir l'extrait
de sa correspondance. Il verra, en passant au mont Cenis, ce qui a été fait
pour l'exécution de mes ordres et ce qu'on pourrait faire encore pour améliorer
le passage.
Saint-Cloud, 26 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, tenez un courrier prêt à partir pour porter ma lettre à l'Empereur.
Écrivez au comte Otto de requérir l'arrestation de Pozzo di Borgo comme
condamné à mort par contumace, ayant trahi la France en faveur des Anglais. Au
fond, je me contenterai de demander son expulsion de la monarchie autrichienne.
Mandez à Otto d'avoir l'œil sur M. de Razumowski, et d'insinuer, comme chose
qui serait agréable ou comme conseil, qu'on lui fasse quitter Vienne.
Faites-moi un rapport
sur les affaires de M. de Sikingen. Je désire savoir ce qu'il a perdu et ce
qu'on pourrait faire pour cet individu, auquel il paraît que l'empereur
d'Autriche prend un grand intérêt.
Saint-Cloud, 26 juillet
1810
A M. Gaudin, duc de
Gaète, ministre des finances, à Paris
Je vous envoie des
notes qu'on me présente sur une députation des provinces illyriennes (Par
décret du Î5 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gaète, avait dans ses attributions
ministérielles toute l'administration publique des provinces illyriennes). Ce
pays étant dans votre département, c’est à vous à me faire un rapport qui me
fasse connaître les pouvoirs de ces députés, ce qu'ils viennent faire, qui les
a nommés, ce qu'ils désirent, enfin ce que c'est que chacun de ces individus.
Vous ne m'avez point encore fait ce rapport.
Saint-Cloud, 26 juillet 1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL
D'ADMINISTRATION SUR LES FINANCES DES DÉPARTEMENTS DE ROME ET DU TRASIMÈNB.
D'après le compte du
ministre, il paraîtrait que les États romains rendront très-peu de chose à
l'État; mais il y a 200 millions de domaines dont on ne saura que faire. On a
déjà décidé de les employer à payer la dette perpétuelle. On pourrait de même
donner des terres à 10 pour 100 pour le payement des pensions ecclésiastiques
et civiles. Cette opération emploierait le capital, en terres, ci-après :
1° Remboursement de la
dette perpétuelle. . .
50.000.000 fr.
2° Remboursement des
pensions des moines. . 50.000.000 fr.
3° Remboursement des
pensions civiles… 10.000.000 fr.
Total : 110.000.000
Les individus
propriétaires de la dette ou ayant droit à des pensions achèteraient des biens
en remboursement de ce qui leur serait dû. En général, les moines et les
prêtres appartiennent aux classes inférieures de la société. Ils achèteraient
aussi de petites propriétés à côté de celles de leurs parents, et cette mesure
aura l'avantage particulier de créer un grand nombre de propriétaires. Si elle
ne réussissait pas complètement à l'égard des pensionnaires, les biens ayant
été remis à une société, cette société percevrait les revenus et payerait les
pensions. Peut-être faudrait-il faire quelques avances de fonds pour qu'il n'y
eût pas de retard, et ce ne serait pas une difficulté. Les parents des
pensionnaires auront un intérêt à ce que les pensionnaires se fassent
rembourser en biens, puisqu'ils en hériteraient. Cela formerait ainsi des
familles de propriétaires qui craindraient que le Pape ne vînt les déposséder,
et ce serait encore un résultat important de l'opération. Ces diverses
observations doivent être communiquées à la Consulte.
Peut-être, avant de
hasarder une chose semblable, conviendrait-il de savoir comment ira la
liquidation des 50 millions pour la dette perpétuelle. On pourrait former un
conseil, comme en Toscane, auquel on donnerait 50 millions de domaines pour le
remboursement de la dette, et ensuite un capital en domaines d'un revenu
suffisant pour payer les pensions. Les réponses de la Consulte feront connaître
s'il y a assez de biens nationaux pour faire face à ces dépenses. Toutefois Sa
Majesté est décidée à ne porter sur le livre de France ni les pensions des
moines ni les pensions civiles des États romains. Elles ne paraîtront pas en
dépense sur le budget, et le revenu des domaines n'y paraîtra pas en recette.
Il est indispensable,
pour ces opérations, d'avoir à Rome un correspondant qui entende bien
l'enregistrement et les domaines. On peut y envoyer M. Bochet, qui est à Turin,
et qu'on ferait remplacer, si cela est encore nécessaire, par M. Deschamps. Il
serait aussi membre d'un conseil de liquidation qui serait composé, comme il va
être dit, dans les bases suivantes données par Sa Majesté pour la rédaction
d'un projet de règlement.
TITRE Ier.
Article…. A dater du
ler janvier prochain, la Consulte de Rome sera dissoute.
Art… Il sera nommé un gouverneur générai.
(Déterminer ses fonctions.)
Art… Il y aura à Rome un intendant du trésor
public. (Déterminer ses fonctions, comme en Toscane.)
(Déterminer dans ce
titre tontes les autorités qui tiennent au gouvernement général et toutes
leurs attributions, comme en Toscane. Régler enfin une organisation complète.)
TITRE II.
Art… Il y aura à Rome, pendant les années 1810 et
1811, un administrateur de l'enregistrement chargé d'inspecter l’établissement
du service de l'enregistrement et de donner les décisions aux directeurs,
d'être leur intermédiaire avec la Consulte et de correspondre avec le directeur
général à Paris.
Art… Il remplira aussi les fonctions de notre
commissaire de l’administration de la dette, et il sera membre du conseil de
liquidation qui sera établi ci-après.
TITRE III.
Art… Il y aura à Rome un conseil de liquidation
composé de la manière suivante :
Le sieur Janet, maître
des requêtes, Président;
Le sieur Bochet,
administratenr de l’enregistrement ;
Le sieur Occelti,
ci-devant directeur de la dette du Piémont, et le directeur actuel de la dette
de Rome.
Un auditeur choisi
parmi les auditeurs italiens tiendra la plume.
Art… Ce conseil sera chargé,
1° De liquider les
pensions ecclésiastiques sur des bases réglées par nous.
2° De liquider les
pensions civiles;
3° De désigner les
1.500.000 francs de rente de la dette publique, en se restreignant aux
principes établis.
(Mettre ici les
principes de la liquidation de la dette ecclésiastique pour les évêques et les
membres des chapitres supprimés; faire un titre particulier en projet de décret
pour le remboursement de la dette publique au moyen de 50 millions de
domaines.)
TITRE IV. — DE
L'HYPOTHÈQUE SPÉCIALE POUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES.
Art… La commission établie par l'article ci-dessus
aura la direction de tous les biens nationaux.
Elle sera, en
conséquence, chargée du payement des pensions ecclésiastiques et civiles.
Tous les six mois, elle
rendra son compte en recette et en dépense. L'excédant des recettes sera versé
au trésor public au compte des douanes.
Il faut que cette
commission soit fortement constituée, qu'elle puisse prendre des arrêtés pour
l'administration et la conservation des biens, pour faire rentrer les revenus,
etc. Elle aura d’autant plus de force que, si les revenus ne rentrent pas, elle
ne pourra pas payer les arrérages des pensions. Ainsi, si elle a contre elle un
esprit de localité, elle aura pour elle un intérêt local.
Les choses étant ainsi
réglées, le budget général, comme on l'a dit ci-dessus, ne comprendra point en
recette les domaines nationaux et ne comprendra en dépense ni la dette publique
ni les pensions ecclésiastiques et civiles.
On s'occupera
sur-le-champ d'établir le budget de la ville de Rome. Le décret à présenter
doit contenir un titre à cet égard et renfermer, entre autres dispositions,
celles qui suivent :
Art… Le budget de la ville de Rome sera réglé
incessamment en recette et en dépense dans les mêmes formes et suivant les
mêmes règles que les budgets des villes de notre Empire.
Art… Les recettes de la ville de Rome se
composeront,
1° De l'octroi,
2.500.000 francs (il sera fait déduction du dixième pour le pain de soupe,
comme en France) ; 2° du droit sur la neige et la glace, 20.000 francs; 3° du
droit sur les chevaux de luxe, 68.000 francs ; 4° des revenus propres à une
grande ville, tels que droits de halles, places, marchés, pesage et mesurage,
centimes communaux, etc., par estimation, 412.000 francs, total, 3 millions de
francs.
Art… Les dépenses sont arrêtées comme il suit
Art… Les budgets des communes dont la population
est de 10.000 âmes et au-dessus seront dressés et arrêtés dans les mêmes formes
et suivant les mêmes règles qu'en France. Il sera établi, s'il y a lieu, des octrois
dans lesdites villes pour subvenir à leurs dépenses. (Le ministre de
l’intérieur enverra des instructions à la Consulte pour la formation des
budgets de la ville de Rome et des antres villes).
Art… Le principal de la contribution foncière est
réglé, savoir :
Pour le département de
Rome pour le département du Trasimène
La contribution
personnelle : pour le département de Rome pour
le département du Trasimène
Centimes fixes pour le
trésor : Rome ; Trasimène
Centimes variables :
Rome Trasimène
CHAPITRE II. —
CONTRIBUTIONS INDIRECTES.
Enregistrement (compris
dans le budget général de France)
Vente du sel et tabac
(compris dans la régie au delà des Alpes)
Loterie.*.... droits de
marc d'or droits de mouture , etc.
CHAPITRE III. —
DÉPENSES.
Liste civile, 1.500.000
francs.
Dépense du Pape
(réduire à) 1.200.000 francs.
Justice (le grand juge
a fait son organisation ; il connaît ses dépenses; il fera lui-même son budget)
Intérieur (le ministre
fera son budget ; il y comprendra les centimes applicables aux dépenses
départementales)
Guerre et
administration de la guerre (on comprendra ce qui est dépense fixe, comme la
gendarmerie, les états-majors, etc.)
Marine (on y comprendra
le service fixe à Cività-Vecchia, etc.)
Fonds entrant au trésor
pour les dépenses générales de la guerre et de la marine, 6 millions de francs.
(On dira qu'en 1811
toutes les dépenses pour Rome entreront dans les dépenses générales, mais que
ce compte n'est établi qu'afin d'éclairer les ministres sur cet objet.)
Le ministre des
finances fera ensuite le raisonnement pour arriver à un résultat.
Les dépenses de la
justice, de l'intérieur, de la police, des cultes, ne regardent pas les
dépenses générales. Il en est de même de 17 ou 18 millions de dépenses des
finances. Il n'y a réellement que les relations extérieures, une portion des
finances pour le Sénat et le Corps législatif, la guerre, la marine et la liste
civile, qui soient des dépenses de l'État et tenant à l'exercice de la
souveraineté. Ces dépenses sont:
Liste civile 30.000.000
Relations extérieures 8.500.000
Finances 8.000.000
Guerre et
administration de la guerre. . . . 350.000.000
Marine 100.000.000
Total : 496.500.000
Ce total divisé par 37
millions, formant la population de la France, donnerait, pour chaque million
d'habitants, un contingent de 14 millions pour les dépenses qui tiennent à
l'exercice de la souveraineté. La population des États romains doit payer comme
les autres; mais elle n'est que de 800.000 habitants ; son contingent pour
800.000 habitants doit donc être moindre de deux dixièmes, ou de 2.800.000
francs : son contingent ne serait donc plus que d'environ 11 millions; mais
elle paye 1.500.000 francs de liste civile et 1.200.000 francs pour le Pape; il
y a donc encore à déduire 2.700.000 francs, ce qui réduit son contingent à 8
millions environ. Il faudrait donc que, les dépenses des petits ministères
soldées, elle donnât encore 8 millions pour faire face à tout ce qui tient à
l'exercice de la souveraineté, c'est-à-dire à la guerre, à la marine, etc.
Sa Majesté désire que
le ministre des finances établisse le même raisonnement pour la Toscane et pour
le Piémont. On comprend dans le Piémont Gènes et Parme.
Jeudi prochain, le
ministre des finances remettra un compte qui fasse connaître si les impositions
françaises s'établissent à Rome et les résultats en recette et en dépense pour
1811. Il faut donc faire le budget de chaque commune, département, ministère,
etc.
Dans le mémoire à
l'appui de ce compte, le ministre fera connaître à combien monte la dîme dans
les départements romains et de quel secours elle est pour le culte; quels
étaient les droits féodaux, à combien ils s'élevaient, et quel est le résultat
de leur suppression; à combien montait la contribution foncière; si elle se
trouvera la même que du temps du Pape; si on peut l'augmenter à raison de la
suppression des dîmes et des droits féodaux; enfin comment était établi le
droit d'enregistrement et s'il ne conviendrait pas qu'il fût le même qu'en
France.
Saint-C1oud, 26 juillet
1810
A François II (sic),
empereur d’Autriche, à Vienne
Monsieur mon Frère et
très-cher Beau-Père, je reçois la lettre de Voire Majesté Impériale du 15
juillet. Je la prie de recevoir mes remerciements des choses aimables qu'elle
contient, je suis fort sensible à l'attention qu'elle a eue et aux sentiments
qu'elle me témoigne. Le comte de Metternich et le prince de Schwarzenberg et
les sujets de Votre Majesté qui se trouvaient à Paris dans cette douloureuse
circonstances, ont mérité tous les éloges, et leur conduite m'a fait un
sensible plaisir ; ce qui me porte à désirer de donner l'aigle de la Légion
d'honneur à plusieurs d'entre eux. J'ai chargé le comte de Metternich d'en
demander la permission à Votre Majesté.
Je ne sais si l'Impératrice
vous a fait connaître que l'espérance que nous avions de sa grossesse acquiert
tous les jours de nouvelles probabilités, et que nous avons toutes les sûretés
que l’on peut avoir à deux mois et demi. Votre Majesté comprend facilement tout
ce que cela ajoute aux sentiments que m'inspire sa fille, et combien ces
nouveaux liens rendent plus vif le désir que j'ai de lui être agréable.
Que Votre Majesté
veuille ne jamais douter des sentiments d'amitié, d'estime et de haute
considération, avec lesquels je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon frère
et gendre.
Saint-Cloud, 27 juillet
1810
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, je vous envoie une lettre de M. l'architrésorier sur l'amortissement
de la dette hollandaise; c’est encore un million à ôter de la dette. Il faut en
déduire aussi ce qu'on payait à Hesse-Cassel et à la maison d'Orange; on
m'assure que c'est un objet considérable. Tout cela doit faire une diminution
sensible. Comprenez tout cela dans le tableau que vous devez me remettre. Vous
trouvera une autre lettre de M. l'architrésorier sur les emprunts de Portugal
et d'Espagne; faites-moi connaître ce qu'on peut espérer de cela.
Je vous envoie de
nouveaux tableaux de la dette. Il me parait qu'elle se monte à 38 millions de
florins en tout ; mais il faut en ôter ce qu'on donnait à Hesse-Cassel et à la
maison d'Orange; il faut en ôter aussi ce qu'on donne à ceux qui ont trahi la
Hollande pour l'Angleterre.
Saint-Cloud, 27 juillet
1810
NOTE
DICTÉE EN CONSEIL
D'ADMINISTRATION DE LA MARINE
En temps de grande
guerre la France ne peut rien sur mer ; elle doit se borner alors à avoir des
escadres légères pour protéger son cabotage et pour le service de ses colonies.
Mais c'est en temps de paix, ou de petite guerre combinée, que la marine peut
développer ses moyens. Lorsque cette époque est arrivée, on ne peut pas
désarmer entièrement et détruire les cadres des troupes de terre ; il faut les
employer à fournir des garnisons aux vaisseaux et à garder les côtes. Les
garnisons peuvent même être composées d'hommes d'élite qui seront beaucoup plus
utiles à bord que les troupes de la marine; celles-ci doivent donc compter à
bord parmi les hommes de la marine nécessaires à chaque vaisseau. Ainsi, sur un
bâtiment qui exige 700 hommes, il doit y avoir d'abord 600 hommes appartenant à
la marine et parmi lesquels comptera un nombre suffisant de canonniers de la
marine; il doit y avoir ensuite 100 hommes de troupes de ligne formant la
garnison. Cette manière d'employer les troupes de la marine an service des
vaisseaux et les troupes de terre à la garnison des vaisseaux a l'avantage, 1°
d'éviter que les troupes de la marine forment un double emploi, ce qui
arriverait si elles faisaient un service de terre et ce qui mettrait, en temps
de paix, dans la nécessité de les dissoudre; 2° d'employer, en temps de paix,
une partie des troupes de terre qu'on ne peut pas désarmer ; 3° de placer dans
les vaisseaux, au moyen des garnisons appartenant à l'armée de terre et d’un
bon choix de canonniers de la marine, un nombre suffisant d'hommes, anciens
Français, avec les matelots qui seront, pour le plus grand nombre, des hommes
des pays réunis à la France, ou même de pays étrangers.
Saint-Cloud, 27 juillet 1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL
D'ADMINISTRATION DE LA MARINE
La question des
fortifications de Cherbourg est tout aussi importante
Le tracé de l’an III
est inadmissible : ce sont des lignes sans résultat. Le commandant qui serait
derrière ces lignes capitulerait dans vingt-quatre heures. Ces lignes
embrassent la ville, arrivent au pied des hauteurs et en sont tellement
dominées qu'elles n'ont aucune défense. L'ennemi venant à les percer serait
maître du bassin. Si l'on propose de fermer par une ligne l'emplacement actuel,
on prend l'emplacement des cales. Si on établit cette ligne entre les cales et
le bassin, les cales, les établissements nécessaires aux chantiers, les bois de
construction se trouvent hors de l'enceinte. Si on place l'enceinte entre les
cales et la ville, on n’a plus d'espace suffisant pour que la défense soit
raisonnable.
Il y a ici deux
questions distinctes : la première est relative au bombardement. On a le projet
de faire beaucoup de forts pour tenir l'ennemi à 1.500 toises du bassin. Mais
ces forts seront toujours d'une faible défense, puisqu'ils seront petits et
nombreux. Si l'ennemi débarque avec une artillerie suffisante, il s'emparera en
dix jours des forts, et il sera alors à même de bombarder le port. Un
bombardement sera un grand mal. Mais, si l'ennemi est obligé de s'en tenir là,
il aura manqué son opération : dix jours auront suffi pour mettre les poudres
en sûreté dans le magasin, pour blinder les établissements qui pourront l'être,
pour mettre les chanvres dans un lieu plus ou moins sûr, et le mal que fera l'ennemi
sera au-dessous de sa dépense. Ce n'est pas pour brûler des magasins et faire
un dommage de 4 ou 5 millions que l'ennemi aura conçu une opération hasardeuse.
S'il n'obtient que ce résultat, son opération sera manquée: la France aura
réparé ses pertes en six mois, et le déficit pour les finances de l'un et de
l'autre État sera égal. Si l'ennemi est obligé de s'embarquer, sans avoir
atteint le second but de son expédition, cela peut l'exposer à des pertes
d'hôpitaux et d'arrière-garde, d'où résulterait pour lui un dommage hors de
toute proportion avec celui qu'il nous aurait fait éprouver. Il faut donc faire
les forts pour empêcher le bombardement, ou du moins pour le retarder de
manière que, quand il aurait lieu, son résultat serait peu de chose.
Ce bombardement ne sera
pas, comme nous l'avons dit, le principal objet de l'ennemi. Son but principal
sera d'enlever ou de brûler avec la torche dix-huit vaisseaux de ligne, de
brûler les magasins, de détruire le port en faisant sauter les voussoirs, les écluses,
les formes, les murs des quais, d'emporter le matériel, y compris les bois. On
conçoit que le matériel d'un arsenal en activité peut valoir 20 millions ; que
la destruction des bassins, etc., exigerait, pour les rétablir, une dépense
plus considérable que celle de leur création.
Ce serait donc une
perte pour la France de 40 à 50 millions, et probablement un découragement tel
qu'on renoncerait à jamais au port de Cherbourg.
C'est contre ce second
but de l'ennemi qu'il faut employer tous les moyens de l'art. On convient qu'on
ne peut empêcher le bombardement si l'ennemi se trouve supérieur pendant
quinze jours. II faut faire une enceinte avec des contre-gardes et tous les
moyens de l'art nécessaires pour qu'elle se défende au moins pendant quinze
autres jours. Cela est très-important, car autant il est probable que l'ennemi
sera maître d'agir pendant quinze jours, autant il est probable qu'il ne le
sera pas pendant un mois. Quinze jours ajoutés à quinze jours font un temps
immense; ainsi aucun projet n'est admissible s'il ne donne le moyen de défendre
les bassins pendant un mois.
Ces principes posés et
non perdus de vue, il faut examiner les résultats :
1° Une enceinte
bastionnée de 2.500 toises est une dépense de 12 millions ;
2° En traçant cette
enceinte, on est obligé de lui donner 3 ou 4.000 toises de développement, car
aucun ingénieur sensé ne consentira à faire une enceinte au pied des hauteurs ;
il voudra les envelopper, cela exigera une nouvelle dépense de 4 ou 5 millions
et un emploi de moyens de défense immenses.
Le petit projet proposé
trace une enceinte de 800 toises, qui peut être défendue avec des dépenses et
des moyens raisonnables. Elle se trouve à 600 toises des Couplets; elle a dès
lors 400 toises sans être dominée, et elle offre, pour la défense, toutes les
ressources de l'art, puisqu'on ne chemine qu'à 300 toises. De l'autre côté,
elle est aussi à 600 toises du point des Fourches; ce qui suppose qu'elle
aurait aussi 400 toises sans être dominée. Le côté parallèle à la ville est
aussi à 400 toises de toute domination et des maisons; ainsi tous les fronts
peuvent avoir le jeu et la défense de l'art. En occupant les deux points des
Couplets et des Fourches, on oblige l'ennemi à commencer l'attaque par l'un
des deux, à moins qu'il n'attaque par le côté de la ville; mais, si l'on
pouvait couvrir ce côté par une inondation, la place acquerrait un nouveau
degré de force.
Au lieu de deux ou
trois points qui dominent, et qu'il faut soigner pour empêcher les cheminements
et donner de grands moyens de défense, on en a, dans le projet de l'an III,
huit ou dix, indépendamment d'une enceinte de 4.000 toises; ce qui entraînera
dans une dépense incommensurable. Il est encore à observer que ces points à
occuper sont indépendants des forts à faire contre le bombardement.
La première défense
devant être à 1.500 toises du bassin pour empêcher le bombardement, 1,500
toises de rayon donnant 9.000 de circonférence dont la moitié est couverte par
la mer, il reste 4 à 5,000 toises, et l'on conçoit dès lors le grand nombre des
forts et leur faiblesse pour la défense de la place.
Sa véritable défense,
dans le petit système, ne se peut que sur les Couplets et les Fourches, une
inondation et un ouvrage sur le fort du Gallet, et enfin on arrive à une bonne
enceinte de 400 toises de domination.
Telles qu'on se figure
les choses, on peut donner trois à quatre mois de défense à la place, tandis,
que, selon le projet proposé, on fait une dépense immense en ne se procurant qu'une
défense à peu près nulle.
Voilà les bases sur
lesquelles, le comité doit discuter les projets contradictoirement avec
l'ingénieur Cachin.
En supposant le petit
projet exécuté, rien n'empêchera de protéger aussi la ville, non contre un
bombardement, elle n'en vaut pas la peine, mais pour empêcher l'ennemi d'y
entrer. Il est possible qu'une enceinte telle qu'elle est supposée, une
inondation à l'est et les forts à occuper pour le bombardement, permettent
aussi de donner à la ville la même défense contre le bombardement. Ainsi,
jusqu'à ce que la ligne de bombardement soit forcée, la ville sera occupée par
des troupes; ensuite elle se présentera avec ses défenses propres, qu'on peut
augmenter successivement pendant trente ou quarante ans, et que l'ennemi ne
tentera jamais d'attaquer.
Le projet de l'an III a
2.700 toises; il semble qu'avec 3.000 et quelques cents toises on pourrait
fortifier les points culminants par des ouvrages séparés et liés entre eux, et
faire passer l'enceinte, des Couplets à la redoute Saint-Sauveur, sur les
hauteurs. L'enceinte n'en serait pas plus grande, puisque 400 toises ne sont
rien. On épargne les fortifications sur les points culminants et on pourra
rendre l'enceinte aussi forte qu'on le voudra, et l'augmenter tous les jours
pendant vingt ou trente ans, d'autant plus que toute la distance entre les
points culminants pourrait être couverte par des inondations ou autres moyens.
Sa Majesté ordonne que
les observations ci-dessus soient communiquées au comité des fortifications.
Paris, 27 juillet 1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La commission des
généraux Dulauloy et Kirgener est indépendante des six commissions que j'ai
ordonnées pour l'inspection des côtes. Pressez le départ de ces officiers,
parce que je suis fort désireux d'avoir un mémoire raisonné sur le Texel.
Ecrivez au ministre de la marine hollandaise de leur adjoindre un contre-amiral
hollandais qui connaisse bien ce port, afin que le rapport de cette commission
me fasse embrasser tout l'ensemble de cette importante position. Mettez des
officiers subalternes du génie sous les ordres du général Kirgener pour faire
les devis des fortifications et autres détails. II me faut au Texel une place
forte de grande consistance.
Saint-Cloud, 28 juillet
1810
Au prince Lebrun,
lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam
Les ministres étrangers
qui n'auront pas eu l'avis de leur rappel au 1er août continueront d'avoir leur
traitement jusqu'au 1er septembre.
Je crois qu'il faut
laisser aux militaires la surveillance de la pêche, cela les mécontenterait
trop; mais il faut me dénoncer le premier abus qui se commettrait, et je le
réprimerai si sévèrement que l'envie de recommencer ne reprendra à personne.
Continuez à faire payer jusqu'au 1er septembre les orphelins de Leyde; avant
peu, j'aurai pris un parti définitif.
J'ai fait partir un
assez grand nombre d'avisos pour porter des nouvelles à Batavia. Faites choix
d'un Hollandais propre à cette mission , et si vous pouvez le faire partir du
Texel sur un brick, je vous y autorise. Voyez même s'il ne serait pas possible
de faire partir des États-Unis quelques agents hollandais. On ne saurait aller
par trop de directions à cette colonie.
Remettez cette lettre à
l'amiral de Winter.
Saint-Cloud, 29 juillet 1810
Au comte Mollien, ministre
du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, je vous envoie par un courrier extraordinaire de nouvelles lettres et
de nouveaux états que m'envoie M. l'architrésorier. Vous verrez dans le n° 152
une caisse de 4 millions de florins, ce qui ferait 9 millions de francs, qui
se trouve au ministère de la marine : faites-moi connaître ce que c'est et le
parti que je peux en tirer. Vous trouverez une lettre n° 157. Qu'est-ce que
c'est que ces clous de girofle dont on ne peut vendre que 200.000 florins par
an ? Il parait qu'il y a des remboursements à faire; faites-moi connaître ce
que c'est.
Vous trouverez trois
lettres sur les emprunts de 20 et de 40 millions.
Vous trouverez l'état
des effets qui se négocient à la Bourse et deux états de maisons appartenant à
l'État; faites-moi connaître celles qu'on pourrait vendre et dont on pourrait
tirer parti.
Paris, 29 juillet 1810
(La minute de celte
lettre du major général porté la trace de nombreuses corrections de la main de
l'Empereur.)
Au maréchal Masséna, prince
d’Essling, commandant l’armée du Portugal, à Ciudad-Rodrigo
L'Empereur, Monsieur le
Prince d'Essling, m'ordonne de vous témoigner sa satisfaction sur la prise de
la place importante de Ciudad-Rodrigo. Sa Majesté voit avec plaisir que,
d'après vos dispositions, la place d'Almeida est investie dans ce moment. La
prise de cette dernière place et la prise du fort de la Conception sont nécessaires;
alors on se trouvera fortement appuyé pour marcher sur Lisbonne.
Ciudad-Rodrigo doit
être mis en bon état et être la place de dépôt général pour l'armée de
Portugal, soit pour ses vivres, soit pour ses munitions. Vous aurez sûrement
donné des ordres pour faire rentrer les récoltes et réunir dans Ciudad-Rodrigo
tous les moyens de subsistance qu'où pourra se procurer.
L'Empereur pense,
Prince, que la place d'Almeida pourra être prise vers la fin d'août, et qu'au
commencement de septembre vous serez en mesure de marcher sur Lisbonne. Sa
Majesté vous laisse le maître de livrer bataille aux Anglais si vous le jugez
convenable.
L'Empereur ne pense pas
qu'on doive prendre Badajoz, ce qui nous entraînerait à un grand siège, et
ensuite il faudrait faire le siège d'Elvas, place encore plus forte; mais les
Anglais, une fois bien battus et rembarqués, Badajoz et Elvas tombent
d'eux-mêmes.
Le général Drouet sera
à Valladolid le 1er septembre avec un corps d'infanterie et de cavalerie de
12.000 hommes; ce qui, joint à la division Seras et aux troupes de la division
Bonet, formera un corps capable de contenir la Galice et de s'en emparer
aussitôt que vous aurez marché sur Lisbonne, ou de maintenir vos
communications.
Saint-Cloud, 30 juillet
1810
AUX DÉPUTÉS DES
ARMATEURS HOLLANDAIS POUR LA PÊCHE DU HARENG.
Messieurs les Députés
des armateurs pour la pèche du hareng, j'ai lu avec plaisir votre lettre du 20
juillet, et je me suis fait mettre sous les yeux les prémices de votre pêche de
cette saison. J'agrée les sentiments que vous m'exprimez. Je connais toute
l'importance de vos travaux, soit pour pourvoir à l'approvisionnement de mon Empire,
soit pour former des matelots nombreux et intrépides, qui puissent un jour se
montrer les dignes descendants de ces Hollandais qui, sous Tromp et sous
Ruyter, dominaient les mers d'Angleterre, couvrir, comme vos ancêtres, les mers
des Indes et de la Chine, enrichir l'Empire et être les libérateurs des mers. Vous
pouvez compter sur toute ma protection.
Saint-Cloud, 30 juillet
1810
NOTE DICTÉE EN CONSEIL
D'ADMINISTRATION DU COMMERCE.
Le ministre des
relations extérieures rend compte de l'envoi qui lui a été fait par le baron Reinhard,
ministre de l'Empereur à Cassel, d'un mémoire auquel est joint un échantillon
de lin filé et préparé de manière à fournir une matière intermédiaire par son utilité
et sa beauté entre la soie et le lin ordinaire.
Sa Majesté ordonne la
remise de cet échantillon au ministre de l'intérieur pour en faire l'objet d'un
rapport, en même temps qu'il rendra compte des autres objets analogues qui lui
ont été précédemment renvoyés, et du programme à publier sur le prix d’un
million à accorder à la meilleure machine propre à filer le lin.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, écrivez eu chiffre au sieur Serra (résident de France à Varsovie), et
avec les précautions convenables, que je désire avoir, 1° un état de situation
exact de l’armée du grand-duché, qui me fasse connaître le présent et
l'effectif de chaque corps, les hommes absents, aux hôpitaux, ce qui manque au
complet et le lieu où se trouve chaque corps; 2° l'état des fusils et armes qui
ont été envoyés, où ils sont passés, et l'emploi qu'on en a fait; 3° une note sur l'armement et la situation
des trois places de Praga, de Sierock et de Modlin. Vous aurez soin de
recommander au sieur Serra de prendre ces renseignements sans éclat et de
manière à ne pas faire de cela une nouvelle dans un pays où tout est nouvelle.
Vous écrirez en même
temps au sieur Bourgoing (ministre plénipotentiaire à Dresde), en chiffre, de
demander a M. de Senft (ministre des affaires étrangères à Vienne), de faire
donner tons ces renseignements par le ministre de la guerre au sieur Serra:
cela se fera par l’intermédiaire de M. de Senft avec toute la discrétion et la
circonspection convenables.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
après avoir beaucoup réfléchi sur les affaires d'Amérique, j'ai pensé que
rapporter mes décrets de Berlin et de Milan n'aurait aucun effet; qu'il valait
mieux que vous fassiez une note à M. Armstrong, par laquelle vous lui feriez
connaître que vous m'avez mis sous les yeux les détails contenus dans la
gazette américaine; que j'aurais désiré avoir une communication plus officielle,
mais que le temps se passe, et que, puisqu'il assure qu'on peut regarder cela comme
officiel, il peut compter que mes décrets de Berlin et de Milan n'auront aucun
effet à dater du 1er novembre, et qu'il doit les considérer comme rapportés en
conséquence de tel acte du congrès américain, à condition que, si le conseil
britannique ne rapporte pas ses arrêts de 1807, le congrès des États-Unis remplira
l’engagement qu'il a pris de rétablir ses prohibitions sur le commerce de l'Angleterre.
Cela me parait plus convenable qu’un décret qui ferait secousse et ne remplirait
pas son but. Cette méthode me parait plus conforme à ma dignité et au sérieux de
l'affaire.
Saint-Cloud, 31 juillet 1810
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous envoie une lettre au ministre de Prusse, où vous verrez que la
Prusse voudrait recevoir les bâtiments américains. Écoutez tout ce que ce
ministre aura à vous dire là-dessus, et après faites-lui une lettre où vous lui
expliquerez ce que c'est que les bâtiments américains. Vous écrirez là-dessus à
mes consuls à Memel et dans les ports de Prusse.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre,
les députés des provinces illyriens ont perdu un mois à Paris par votre faute.
Si vous m'aviez envoyé, au moment de leur arrivée, les notes que je reçois
aujourd'hui, j'aurais su leur existence à Paris, et j'aurais donné des ordres.
Voici quelles sont mes
intentions. Ces députés se réuniront sous la présidence du général Andréossy,
en forme de petit conseil; ce conseil sera divisé en trois sections : l'une, de
guerre et marine; l'autre, de législation, d'intérieur et justice; et la
troisième, des finances et du trésor. Le général Andréossy nommera les
présidents des trois sections. Ainsi organisés, vous ferez à ces députés les
questions qui concernent la guerre, et ils vous adresseront leurs observations
sur les divisions militaires, sur l'artillerie, le génie, sur l'armement des côtes,
sur tout ce qui est relatif à l'organisation des régiments croates, sur la
gendarmerie, enfin sur le grand objet du recrutement, comment il se faisait et
comment il doit se faire.
Le ministre des
finances désignera quelqu'un de son département pour assister à ce conseil et
prendre connaissance de la situation actuelle de l'imposition et des
changements à y faire pour la rendre plus simple et plus productive.
Le grand juge désignera
un commissaire de justice pour leur demander des renseignements sur l'organisation
de la justice et dresser un projet d'organisation.
Vous enverrez la liste
de ces députés à tous les ministres, aux grands dignitaires, aux grands
officiers de la Couronne; j'autorise ces députés à leur faire visite avant
qu'ils m'aient été présentés.
Quand leur travail sera
fini, qu'on connaîtra bien les individus, qu'ils auront remis leurs cahiers de
doléances et de demandes, que vous et le général Andréossy aurez entendu les
plaintes particulières qu'ils auraient à porter contre tels ou tels, ils me
seront présentés. Je pense que je dois les recevoir sur le trône; et, comme je
dois bientôt recevoir les députés hollandais, on pourra faire de cela une
cérémonie du trône le même jour.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, donnez ordre que les gardes du corps, l'infanterie, la cavalerie et
l'artillerie de la garde hollandaise se rendent à Paris. Le duc d'Istrie sera
chargé de pourvoir à ses besoins pendant la route et à son placement à Paris
dans les casernes de la Garde.
Donnez également
l'ordre au duc de Reggio de diriger sur Anvers le 1er régiment de hussards et
le 1er régiment de cuirassiers hollandais. Ces deux régiments prendront les
numéros suivants : le régiment de cuirassiers, celui de 14e de cuirassiers, et
le régiment de hussards, celui de 11e de hussards. La garde et ces deux
régiments seront payés par le trésor de Hollande de tout ce qui leur serait dû,
pour le présent et l'arriéré, jusqu'au 1er septembre 1810. A dater du 1er
septembre, ils seront payés par le trésor de France. Faites-moi connaître les
cantonnements qu'on pourrait assigner dans le nord à ces deux régiments, où les
fourrages seraient abondants.
Donnez l'ordre au duc
de Reggio de tenir cet ordre secret et de ne les faire partir qu'après la
garde.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
Au comte Daru,
intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam
Monsieur le Comte Daru,
j'ai reçu les différentes pièces que vous m'avez envoyées sur les biens de la
Couronne. J'y vois que les dettes se composent, 1° de 1.400.000 florins qui
restent dus pour l'emprunt de 5 millions (faites-moi connaître combien ces 1.400.000
florins sont cotés sur la place et à quel prix on pourrait les acheter) ; 2° de
500.000 florins, somme à laquelle vous évaluez l'arriéré. Faites-moi connaître
à combien vous évaluez les immeubles, meubles, etc., appartenant à la Couronne.
Je suppose qu'à l'heure qu'il est vous avez fait dresser et parafer tous les
inventaires. Mon intention est de conserver, des domaines de la Couronne, le
palais d'Amsterdam, comme palais impérial, le palais de Loo et le palais du
Bois, avec les dépendances nécessaires à ces habitations.
Je vois que le Roi a
acheté des maisons à Utrecht pour une somme de 165.000 florins; à Haarlem, pour
350.000 florins (indépendamment de ce qui a été dépensé pour la construction
d'un pied-à-terre, et de la galerie, qui auraient déjà coûté 300.000 florins;
ainsi cela doit avoir une valeur quelconque); à Zorstdick, pour 160.000 florins;
à Amsterdam, pour 250.000 florins, et à Loo, pour 18.000 florins, etc., total,
pour 900.000 florins. Faites-moi connaître, 1° ce qu'il convient de vendre de
ces acquisitions, et ce qu'il est nécessaire de garder; 2° quelles sont celles
de ces maisons dont on pourrait appliquer le produit de la vente au payement
des dettes du Roi. Faites-moi connaître également ce qu'il est convenable de
faire, selon l'opinion du pays, de la dette de 1.400.000 florins. Peut-on
l'assimiler aux autres dettes ? Peut-on la rembourser ? A quel taux peut-on l’acheter
sur la place ?
Faites-moi un projet de
décret d'après les bases suivantes :
Le premier titre
comprendrait les dettes du Roi. Vous stipulerez en quoi consistent ces dettes,
département par département, au ler juillet. Vous n'oublierez pas le million
que le Roi doit au trésor public, dont je vous ai parlé dans ma dernière
lettre. Le même titre comprendra les maisons à vendre pour payer les dettes.
Vous conserverez les maisons nécessaires aux palais d'Amsterdam, de Loo et du
Bois.
Le second titre
traitera de la Maison du Roi en 1811.
Pour le service du
grand maréchal : les officiers attachés à ce service, conformément à l'état
que vous joindrez au projet de décret, conserveront le tiers de leurs
appointements pour les six derniers mois de 1810, pendant lequel temps ils
viendront à être placés. Les maîtres d'hôtel, cuisiniers, domestiques entreront
à mon service, ou au service de la Reine, ou à celui de M. l’architrésorier.
Vous en enverrez au grand maréchal l'état nominatif, afin qu'on voie ce qu'on
pourra en faire, je ne les crois pas assez nombreux pour qu’ils ne puissent pas
être tous pris pour le service de la Renie ou pour le mien.
Pour le service du
grand chambellan : les officiers dénommés dans l'état qui sera joint au décret
seront payés au tiers de leurs appointements pendant les six derniers mois de
1810; ils seront placés dans cet intervalle. Tous les domestiques faisant
partie de ce service seront également envoyés à Paris ; vous en enverrez l'état
au grand chambellan, qui verra ceux qu'il peut prendre.
Pour le service du
grand écuyer : les palefreniers, les chevaux, les voitures partiront pour
Paris, hormis les voitures qui n'en vaudraient pas la peine, celles de voyage ou
celles qu'il serait utile de conserver à Amsterdam. Les officiers, selon l'état
annexé au décret, jouiront du tiers de leur traitement pendant les six derniers
mois de l'année, et on pourvoira, d'ici au mois de janvier, à leur placement.
Pour le service de la
chapelle : les chapelains qui ne seraient pas placés recevront le tiers de leur
traitement jusqu'à la fin de 1810.
Même chose pour le
grand veneur et pour le service de l'intendant.
Ce décret pourvoira à
tout, et, au moment de sa publication, toute la Maison hollandaise sera
licenciée, et il n'y aura plus de service à faire.
Un autre titre
pourvoira à la dotation du palais impérial d'Amsterdam et des palais de Loo et
du Bois.
Vous dénommerez dans ce
titre les bâtiments, le mobilier et l'évaluation des objets. Vous ferez
transporter dans les palais conservés les meubles des maisons que je ne veux
point garder. Vous y mettrez un gouverneur, un intendant, un architecte, un
payeur; enfin vous y établirez une organisation semblable à celle de mes palais
au delà des Alpes. Vous me proposerez les personnes à nommer à ces places. Vous
ferez un fonds pour subvenir aux réparations, à l’entretien du mobilier, aux
gages des frotteurs, etc., en suivant notre méthode, mais selon la manière
économique du pays. Turin me coûte 800.000 francs de faux frais; arrangez-vous
pour que le palais d'Amsterdam me coûte beaucoup moins.
Un autre titre
constituera la dotation de la Couronne en Hollande. Je suppose que 500.000
florins seront suffisants. Il faudrait la former soit des biens existant dans
l’Ost-Frise, soit de biens de la Couronne.
Au moyen de ces dispositions,
la liste civile de Hollande sera dissoute, les dettes seront payées, et la partie
de ma Maison à Amsterdam sera organisée. Vous ne manquerez pas de ma faire connaître
la quantité de meubles que j'acquiers.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
NOTE SUR BOULOGNE.
Les lignes qui joignent
les ouvrages en terre doivent être rattachées aux réduits, de sorte que, les
ouvrages en terre étant pris, il faille encore percer ces lignes. Cela fera
naturellement que les lignes seront dans des rentrants flanqués par les
ouvrages en terre, de sorte qu'on ne pourra les attaquer tant que les ouvrages
entiers ne seront pas pris. Quant au fort Lambert, s'il fallait le revêtir, ce
ne serait pas le fort actuel, mais un fort plus considérable et d'un meilleur
tracé qu'il faudrait revêtir. Le grand défaut de ce fort est de n'avoir aucun
abri à l'épreuve; il faudrait donc démolir les casernes et construire un corps
de garde voûté contenant 80 hommes à l'abri et servant de réduit.
Saint-Cloud, 31 juillet
1810
NOTE SUR CHERBOURG.
Le projet tracé sur le
plan ne me parait point le plus convenable. Il vaudrait peut-être mieux prendre
le système de Boulogne. Ce projet coûterait 40 millions sans les bâtiments et
les forts nécessaires pour mettre à l'abri des bombes, ce qui ne pourrait être
fait d'ici à quarante ans, et alors il est probable qu'on n'en aurait plus
besoin.
Or il faut un système
qui nous donne de la sécurité d'ici à quatre on cinq ans, et qui, dès lors,
n'exige l'emploi que de 5 à 6 millions. Les hommes ne manqueront jamais pour
défendre un établissement comme celui-là.
Si on suppose dix-huit
vaisseaux en rade, ils fourniront plus de 15.000 hommes. La ville, le département
fourniront 8 ou 10.000 hommes. On peut donc concevoir qu'un établissement de
cette nature contiendrait une vingtaine de mille hommes, mauvaises troupes incapables
de se défendre en plaine. Supposer 10 ou 12.000 hommes, c'est supposer qu'il
n'y aura pas un homme étranger à la marine et que la terre ne fournira rien.
Il n'en est pas ici
comme de fortifications lointaines où les hommes sont rares. Il y en aura
toujours ici autant qu'on voudra ; ces hommes auront bonne volonté, meilleure
même que les troupes de ligne ; mais ils n'auront ni l'habileté ni l'exercice
nécessaire pour se présenter à une bataille.
S'il était possible de
concevoir un système de couronne en terre sur les points culminants, de les
rattacher ensuite à des réduits en maçonnerie, et de lier tous ces réduits
entre eux par une ligne bastionnée ou de campagne, mais telle qu'elle fût
infranchissable, on pourrait peut-être arriver à un résultat avec 5 à 6
millions.
Alors on occuperait les
hauteurs par des réduits qui seraient le centre de deux ou trois ouvrages
avancés qui seraient poussés vers la campagne et qui rempliraient le double but
de tenir l'ennemi suffisamment éloigné pour qu'on n'eût pas besoin de recourir
à d'autres ouvrages et pour qu'on n'eût rien à craindre du bombardement.
On pourra tracer la
ligne qui va à la mer si rentrante qu'il n'y aura point de possibilité de
l'attaquer.