16 – 31 juillet 1810

 

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j'ai reçu l'état de situation des troupes du département de la marine à l'époque du 15 juin. J'y trouve la situation de vingt-neuf bataillons d'équipages de haut bord et des quatre bataillons de flottille. Ce livret est incomplet, parce qu'il y manque la composition de chaque bataillon. Remettez-m'en un nou­veau, où je trouve indiqué en tête l'organisation suivant les décrets, de quoi se composent les complets, la solde à la terre, la solde à la mer, les fournitures qui leur sont faites ou retenues.

Je vois que l'organisation des bataillons n'est qu'ébauchée. Cepen­dant elle devient aujourd'hui indispensable. C'est le seul moyen de pouvoir former des équipages.

Le 1er bataillon occupe l'Austerlitz; le 2e est sur le Danube; le 3e est sur l'Ulm.

Je vois que le 4e, qui est à Rochefort sur le Triomphant, a 461 hommes détachés à l'armée d'Espagne. Je n'ai jamais autorisé cette mesure, et j'ai toujours cru que ces hommes avaient été détachés des bataillons de flottille et non des bataillons de haut bord. Il faut donc considérer ce bataillon comme désorganisé. Il est indis­pensable de le reformer.

Le 8e, qui n'est que de 200 hommes, est cependant réparti sur trois vaisseaux. Il est indispensable de faire réunir tout ce 8e batail­lon sur un seul vaisseau, et de placer sur les autres le 5e bataillon, qui est sur l’Adrienne, et le 20e, qui est sur la Thémis et l’Incorruptible; car, avant tout, c'est aux vaisseaux de guerre que les bataillons doivent être destinés. Ce n'est qu'en cas d'excédant qu'ils doivent fournir des détachements aux frégates.

Le 11e est sur l'Eylau, à Lorient ; le 12e, sur le Polonais.

Le 13e est à Rochefort sur la Pallas. Il est indispensable, au lieu de la Pallas, de placer ce bataillon sur un des vaisseaux qu'on armera à Rochefort.

Le 6e bataillon, qui est sur l'Hortense et l'Elbe, doit également être placé sur l'un des vaisseaux qu'on armera à Rochefort.

Le 14e, qui est à Brest sur la Clorinde et la Renommée, doit être mis sur le Nestor.

Le 15e est au dépôt de Rochefort, réduit à presque rien , une partie étant dans l’Inde. Il est indispensable de le compléter et de le placer sur un des vaisseaux qu'on armera à Rochefort ; ce qui fera quatre bataillons d’équipages pour les vaisseaux de Rochefort.

Le 16e est à Toulon sur l’Annibal; le 17e, à Rochefort, sur le Jemmapes ; le 19e est à Toulon sur quatre vaisseaux; le 21e est à Toulon sur le Génois ; le 22e est à Toulon sur le Donauwörth ; le 30e est sur le Breslau; le 31e est au Havre sur l'Amazone et l'Elisa ; le 32e est à Brest sur la Néréide; on peut l'y laisser jusqu'à ce que le nouveau vaisseau ait été mis à l'eau. Le 33e est à Anvers sur le Charlemagne ; le 3 4e, sur le Commerce-de-Lyon ; le 35e, sur l'Anversois; le 36e sur le Dalmate; le 37e, sur le Du Guesclin ; le 38e, sur le César; le 39e sur la Ville-de-Berlin ; le 40e, sur l'Albanais. Ce qui fait a Anvers huit vaisseaux, et, avec les danois, dix équipages.

Je ne vois pas à Toulon quels sont les équipages qui montent le Majestueux, le Commerce-de-Paris, le Suffren, le Magnanime, l'Ajax, le Borée, le Wagram, le Sceptre, la Pauline, l'Amélie, la Proserpine, la Pomone, la Pénélope, la Thémis et l'Incorruptible, lorsqu'elles auront donné le 20e bataillon à un des vaisseaux que monte actuellement une partie du 8e; l'Adrienne, lorsqu'elle aura donné le 5e bataillon.

Les vaisseaux et les frégates ci-dessus ont des équipages, mais ces équipages ne forment pas des bataillons. Il est donc indispensable de créer, pour la Méditerranée, huit bataillons pour les équipages des huit vaisseaux ci-dessus, et quatre pour les équipages des huit frégates; ce qui fait douze bataillons d'augmentation pour Toulon.

A Rochefort, le 6e bataillon, qui monte l'Hortense et l'Elbe, sera rais sur le Foudroyant.

Le 13e qui est sur la Pallas, on le mettra sur le Regulus.

Le 15e, qu'on forme, on le mettra sur le Couard.

Le Triomphant est monté par le 4e bataillon.

On formera à Rochefort un nouvel équipage pour le Tourville, l'Océan, et pour la Pallas, l'Elbe, l’Hortense et le Pluvier. Ce sera donc quatre nouveaux bataillons à former à Rochefort.

Il en faudra former deux à Lorient pour le Vétéran et le Golymin, et deux à Anvers pour le Tilsit et le Friedland.

En tout, il faudra créer vingt nouveaux bataillons d'équipages. Indépendamment de ce, il faudra compléter les anciens équipages.

Je désire que vous me présentiez un projet de décret là-dessus ; je ne l'ai point rédigé moi-même, parce que j'ai craint qu'il n'y eût quelques erreurs dans vos états. En effet, je vois sur votre état de situation des troupes le 4e bataillon montant le Triomphant et le 17e montant le Jemmapes; et, sur votre situation des ports, je vois ces deux vaisseaux portés comme n'ayant pas d'équipages.

Il est nécessaire de considérer tous les hommes qui sont aux Indes ou prisonniers de guerre comme étant hors du complet. Il faut donc les porter pour mémoire, et compléter les bataillons, de sorte que les cadres soient toujours complets, indépendamment des hommes qui sont aux Indes et dans des missions lointaines.

Pour la formation des douze équipages de la Méditerranée, les officiers ou sous-officiers existent. Vous pouvez les trouver dans les états de la marine. Quant aux matelots, il y en a 10.000 dans la Médi­terranée, indépendamment des garnisons, tant sur les vaisseaux que sur les petits bâtiments. Vous avez à Toulon onze bataillons d'équi­pages ; vous en avez douze à former; total des bataillons de Toulon, vingt-trois.

Je pense qu'il faudrait pouvoir porter les équipages au complet de 800 hommes, pour qu'ils puissent fournir les détachements néces­saires à l'armement et à la garde des côtes. Pour porter ces vingt-trois bataillons au complet de 800 hommes, il faudra 18.400 hommes : or vous avez à Toulon 16.000 hommes ; vous pouvez tirer des régi­ments de marine 2.000 hommes; vous pouvez facilement faire on appel de 4.000 hommes dans les ports de Cività-Vecchia, de Livourne, de Gènes, en Corse et dans les ports de Provence ; vous pouvez réunir ainsi dans la Méditerranée 22.000 hommes.


Les vingt-trois bataillons des équipages de haut bord n'emploie­ront que 17 à 20.000 hommes; et il vous restera encore de quoi former les quatre bataillons de flottille. Ainsi il y aura dans la Médi­terranée vingt-trois bataillons de haut bord et quatre de flottille, for­mant 23 à 24.000 hommes.

POUR L'OCÉAN.

A Rochefort, vous avez quatre équipages; il en faut former quatre autres; total des bataillons d'équipages, huit. Outre ces bataillons, il faut à Rochefort un bataillon de garde-côtes. Cela fait un total de neuf bataillons.

Les huit premiers bataillons à 800 hommes en emploient 6.400; le bataillon de garde-côtes, 1.000 hommes; il faudra réunir à Rochefort 7 à 8.000 hommes. On trouve déjà 4.000 hommes, c'est encore 4.000 à se procurer : or il y a, tant à Rochefort qu'à Bor­deaux, 2.500 matelots payés par l'État ; vous pouvez tirer des régi­ments de la marine 1.500 hommes ; enfin vous pouvez faire un appel de 4.000 hommes depuis Bayonne jusqu'à Nantes, et, s'il était nécessaire, on pourrait diriger sur ce point un renfort de conscrits; total des ressources que la côte de Rochefort peut offrir, 8.000 hommes.

A LORIENT ET A BRRST.

Il y a dans ces deux ports trois équipages anciens ; il en faut deux nouveaux à Lorient; total, cinq bataillons de haut bord, qui, à 800 hommes, font 4.000 hommes ; plus deux bataillons de flottille, un pour Brest et l'autre pour Lorient, 2.000 hommes; total des matelots à réunir pour Lorient et Brest, 6.000 hommes.

Or il y a, entre Lorient et Brest, sur les bâtiments de la flottille, 6.000 hommes. De plus, une levée sur cette côte pourrait donner 4.500 matelots, tant bons que mauvais, jeunes ou vieux; les régi­ments de la marine peuvent en donner 2.000 ; cela formerait un excédant de 6.000 matelots, dans lequel on pourrait trouver de quoi compléter les équipages de Rochefort, s'il était nécessaire.

Je n'ai rien demandé pour Cherbourg.

ANVERS.

Quant aux deux bataillons à former pour Anvers, ce sont des équi­pages flamands. Il faut en former sur-le-champ les cadres et les recruter de Flamands.

En résumé, la marine se trouverait composée de vingt-neuf batail­lons existants, et de vingt nouveaux à former; total de quarante-neuf bataillons d'équipages de haut bord, et de vingt équipages de flottille; total, soixante-neuf à soixante et dix bataillons.

Cinquante équipages de haut bord à 800 hommes emploieront 40.000 hommes ; les vingt autres emploieront 20.000 hommes ; total, 60.000 matelots.

Nous avons sur les états 40.000 hommes. On peut y incorporer des régiments de la marine 5.000 hommes ; un recrutement extraor­dinaire, qui depuis longtemps n’a pas été pressé, pourrait fournir 5.000 hommes; ce serait donc 10 à 12.000 hommes de la conscrip­tion de terre et des rivières qu'on aurait à donner à la marine.

Je comprends bien que tout ceci ne forme pas de bons équipages ; mais ce sont au moins des hommes qui s'exerceront à la mer.


Rambouillet. 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai lu avec attention l'état des constructions en entreprise pour 1810. Voici les changements que je fais aux constructions à l’entreprise. Je désire, pour Gènes, que l'Agamemnon de 4 vingt-quatrièmes soit porté à 18 vingt-quatrièmes pour être mis à l'eau en mars ; c'est donc 14 vingt-quatrièmes d'augmentation. Je vous prie de presser l’Agamemnon afin qu'on puisse le lancer en mars.

Quant à Toulon, j'ai jugé à propos d'augmenter de 96.000 francs la gabare la Ciotat; de 28.000 francs la gabare la Prudente; de 23.000 francs la flûte le Mérinos; de 80.000 la flûte l’Éléphant; ce qui serait donc une augmentation de 237.000 francs, qui porterait le chapitre des constructions à Toulon à 910.000 francs. J'aurai donc alors dix flûtes portant 7.700 tonneaux, cinq gabares de 460 tonneaux chacune et deux plus petites de 250 tonneaux ; ce qui formera 10.500 tonneaux. J'aurai de plus quatre écuries pouvant porter, je crois, chacune 50 chevaux.

Indépendamment de ce, j'aurai une flûte, l'Éléphant, qui sera aux 6 vingt-quatrièmes faite. Je désirerais mettre en construction dix autres flûtes de 800 tonneaux chacune; qu'on en fit 2 douzièmes à chacune ; ce qui ferait encore près de 200.000 francs, et porterait à 1.100.000 francs la dépense de construction des bâtiments de trans­port dans la Méditerranée.

J'aurais alors vingt flûtes portant 16,000 tonneaux, et sept gabares de 2.700, ce qui ferait 18.500 tonneaux, capables de porter une forte expédition sur un point quelconque de la Méditerranée. Les vingt flûtes seraient achevées en 1811 ; et, supposé qu'à la fin de 1811 j'eusse besoin de cette expédition, j'aurais 18.500 tonneaux à joindre à mon escadre de Toulon.

Dans l'année prochaine, trois ou quatre mois avant, je serai pré­venu par les circonstances, si j'ai besoin de cette expédition ; alors je presserai les armements pour l'avoir en septembre. Je voudrais également avoir 30 écuries, de sorte qu'avec 60 bâtiments de trans­port et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates, 13 cor­vettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j'aurais en tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pour­rais jeter sur un point quelconque de la Méditerranée, soit à Salonique, soit en Egypte, soit à Tunis et Alger, 40.000 hommes et 1.500 chevaux.

Je désire donc mettre en construction, sans délai, dix autres flûtes, mettre à la mer les écuries qui sont finies, nommer une commission pour les essayer, pour voir comment elles marchent, combien elles portent de chevaux, de vivres et d'eau, afin que, lorsqu'on aura les observations pour les corriger, on puisse mettre en construction, en septembre, les 30 écuries que je demande.

Ainsi donc j'attache une importance majeure à avoir, indépendam­ment de 16 à 17 vaisseaux de guerre et de 8 ou 10 frégates, des bâtiments de transport portant de 20 à 25.000 tonneaux et 30 écuries capables de porter 1.500 chevaux, avec le nombre de chevaux que portent ordinairement les vaisseaux et transports. Mais, avant de mettre de nouvelles écuries en construction, il faut essayer les deux qui ont été construites.

Je désire que deux flûtes de 800 tonneaux soient mises en con­struction à Livourne pour donner de l'occupation à ce port. Vous pouvez trouver des entreprises pour en mettre deux à Gènes; cela emploiera les bras et les matériaux du pays. Vous pouvez y faire con­struire les six autres, si toutefois vous ne trouvez pas de bons marchés en Provence.

J'ai fait un décret pour cet objet. J'ai, en conséquence, pensé que je devais porter, pour les 24 vingt-quatrièmes de construction des dix flûtes, à dépenser cette année, 245.000 francs. J'ai pensé que, pour l'Éléphant porté à 8 vingt-quatrièmes, que, pour finir les 23 vingt-quatrièmes du Mérinos et le mettre à l'eau, finir les 11 vingt-qua­trièmes de la Ciotat et le mettre à l'eau, finir les 4 vingt-quatrièmes de la Prudente et la mettre à l'eau, ce qui fait pour Toulon une augmentation de 51 vingt-quatrièmes, il fallait porter le budget des con­structions à 3.459.000 francs.


Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai lu avec intérêt les bases du budget de 1810 pour les grands ports.

Il me semble que le Pacificateur, l'Auguste, l'Illustre, le Conquérant, pourraient être lancés en mars et avril de 1811 ; que le Trajan, le Gaulois et le Superbe pourraient l'être aux mois de juin et juillet, de manière à avoir, en septembre et octobre de l'an 1811, dix-neuf vaisseaux à Anvers.

Ce que je désire surtout, c'est que les deux frégates soient faites cette année. Je vois qu'elles ne sont pas encore en construction. Il est important cependant d'avoir deux de nos bonnes frégates à Anvers. Faites-les mettre sans délai en construction et pousser rapidement, afin qu'elles puissent être mises à l'eau après la fonte des glaces, que leur gréement soit prêt et qu'elles puissent éclairer l'escadre au mois d'avril.

Faites donc commencer à Lorient le bâtiment de 80 qui doit être mis en construction.

Je pense qu'à Lorient il faudrait porter le Magnifique aux 12 vingt-quatrièmes, afin qu'il puisse facilement être achevé en 1811.

Il résulte des états que vous m'avez remis que j'aurai 24 vaisseaux avant la fin de l'année et 66 au 1er janvier 1812, savoir : 9 de plus à Anvers, 2 à Cherbourg, 1 à Brest, 4 à Lorient, 2 à Rochefort, 1 à Gènes, 3 à Toulon et 2 à Venise ; ce qui ferait 66 vaisseaux. Je sup­pose que j'en aurai 20 en Hollande ; ce qui me fera 86. Je vous écris cela pour que cela vous serve à votre budget de l’an 1811. Je vou­drais qu'il fût fait pour que j'eusse ce nombre de vaisseaux en 1811, ce qui, avec les 2 du royaume d'Italie et celui de Naples, me ferait 89 vaisseaux de ligne. Il faudrait que le budget de 1811 fût fait de manière à en avoir, en 1812, vingt de plus en France, de manière que j'aurais 106 vaisseaux français et 4 ou 5 napolitains ou italiens ; ce qui me ferait de 110 à 115 vaisseaux à la fin de 1812.

P. S. Faites-moi on rapport qui me fasse connaître le nombre de vaisseaux qu'il faut construire chaque année pour qu'en octobre 1812 j'aie 115 vaisseaux de ligne, dont 2 napolitains et 3 italiens, qui ne vous regardent pas ; ce qui ferait 110 bâtiments français, y compris 20 hollandais que je cite dans mon aperçu, mais dont vous ne pourrez pas vous occuper ; ce qui ferait 90 bâtiments français dans les ports français, depuis Anvers jusqu'à Toulon.


Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai lu avec attention l'état de la solde de la marine pour les petits ports en 1811 ; j'y ai trouvé matière aux observations suivantes.

Dunkerque. — Je vois que vous avez deux officiers de vaisseau em­ployés à terre pour inspecter les signaux, et qui coûtent 2.400 francs. Cette dépense me parait inutile, et je ne vois pas pourquoi les employés chargés de l'inscription militaire ne surveilleraient pas les signaux.

Pour l'état-major des ports et mouvements, je vois un capitaine de frégate porté pour un supplément de traitement de 1.400 francs, je ne vois pas l'utilité de cet officier. Pourquoi le commissaire de la marine ne ferait-il pas la police des petits caboteurs, en rade la plu­part, pour son service ? D'ailleurs, le capitaine du port étant un officier de marine, on pourrait le mettre sous ses ordres. Je ne vois aucune utilité de tenir ce capitaine de frégate.

L'ingénieur des travaux maritimes est utile cette année; mais en 1811 il doit être supprimé, puisqu'on ne construira plus à Dunkerque.

A l'article de l'administration locale il y a 24 employés. Pour la fin de l'année deux sont en trop. Je ne vois pas pourquoi un seul ne suffirait pas. Le sous-commissaire me parait fort inutile.

Je ne vois pas pourquoi, en 1811, vous laissez des maîtres dans le port; de quelle utilité y peuvent-ils être, puisqu'on n'y doit plus construire ? Je vois 15 gardiens et portiers : 4 devraient suffire. Deux « divers agents », non désignés : je ne saurais approuver cette dépense.

Ainsi je serais d'avis de supprimer au chef-lieu, pour 1811, 1.400 francs pour le capitaine de frégate, les 2.400 francs de l'ingé­nieur des travaux maritimes ; réduire à 6.000 francs l'administration locale, et supprimer les 2.400 francs des maîtres entretenus ; réduire à 2.000 francs les gardiens et portiers, et supprimer les « divers agents » non désignés. Par là, au lieu de 55.000 francs, cette dépense ne serait donc portée qu'à 8.400 francs, comme solde à terre de chef-lieu. Hors du chef-lieu, je supprimerais les 2.400 francs pour le capitaine de vaisseau, et ce chapitre des dépenses ne serait plus porté qu'à 31.200 francs; ce qui ferait, avec les 8.400 men­tionnés ci-dessus, 39.600, au lieu de 55.000 francs; plus, pour la solde à la mer, 38.500, et 39.600, cela ne ferait plus que 78.100 francs.

Boulogne. — Quant à Boulogne, je ne comprends pas la compli­cation de service qu'il y a. Le préfet maritime est inutile. Il est porté pour 26.000 francs. Avec ses frais de bureau, ses canotiers, ses commis, c'est une dépense de 60.000 francs absolument inutile, surtout lorsque vous en ôtez le contre-amiral. Le chef d'administra­tion ou des mouvements doit être le commandant de tout, sauf à envoyer, quand les circonstances l'exigeraient, un contre-amiral pour commander le tout pendant une saison.

Officiers employés à terre. — Vous en portez 8 pour 16.000 francs ; c'est inutile. Le plus ancien capitaine des bataillons de la flottille à Boulogne peut commander la flottille. 12 enseignes auxiliaires sont trop à l’état-major du port ; 4 suffiraient. Les ingénieurs des travaux maritimes sont inutiles; un suffit; nous ne travaillons plus au port. 11 maîtres entretenus sont inutiles; 4 suffisent.

Gardiens et portiers — 6 suffisent. On prendra des équipages de quoi former des canotiers, puisque tout est canotier dans la flottille, ou l’on commandera un certain nombre de canots de service. Quant à la solde à la mer, ce chapitre-là doit être considérablement aug­menté, puisque je veux y avoir cinq équipages composés de 1.000 matelots et montant une centaine de bâtiments rodant toujours sur nos côtes. Ainsi, sur 198.000 francs que vous portiez pour le budget de 1811, je le réduis de 60 à 80.000 francs.

Je crois ces réformes nécessaires, non-seulement pour l'amélio­ration des finances de la marine, mais aussi pour le bien du service. Le service de la flottille est simple ; ce sont tous des canotiers. L'ad­ministration doit être simple, et le chef d'administration, homme de mérite qui fasse tout aller ; un ingénieur pour veiller au raccommo­dage des bâtiments ; un chef de port pour la police du port pourrait être pratique de la rade; un commandant militaire, soit un contre-amiral que vous enverrez, qui, étant payé partout, ne sera pas plus cher là qu'ailleurs; soit, pour le service ordinaire, un des capitaines de vaisseau que vous avez là.

Le Havre. — A quoi bon 6 officiers de vaisseau employés à terre ? C'est une économie de 7.800 francs toute simple. A quoi bon l'état-major des ports et mouvements ? C’est une économie de 2.400 francs.

A quoi bon, en 1811, 4.400 francs pour le génie maritime, puis­qu'on ne construira rien au Havre ? A quoi bon un ingénieur des tra­vaux maritimes, quand ce n'est pas la marine qui fait faire les bassins du Havre ? A quoi bon 5.000 francs pour l'inspection pour un si petit port ? A quoi bon un commissaire ? Ce serait une économie de 2.400 francs. A quoi bon entretenir 8 maîtres ? Ils sont inutiles. A quoi bon 20 gardiens ou portiers ? S’il en faut 4, c'est beaucoup. A quoi bon 8.000 francs pour agents non désignés ?

Au lieu de 115.000 francs, on peut donc réduire la solde du Havre, pour 1811, à l'état suivant : Administration locale, ou com­missaire, 6.000 francs; un sous-garde-magasin, 2.000; frais de bureau, 4.000; total, 12.000 francs. Inscription maritime, 24.000 francs ; officier de santé, 1.600 ; professeurs de l'école de navigation, 8.000; maîtres entretenus, 1.800; guetteurs des signaux, 20.000; gardiens et portiers, 2.000; total, 69.000, au lieu de 115.000 francs

II restera à voir si les 8.000 francs pour les professeurs ne pour­raient pas être supportés par les communes ; savoir si les 24.000 francs pour l'inscription maritime et les 20.000 francs pour les guet­teurs ne sont pas susceptibles de réduction. Mais, enfin, de 69.000 francs, vous en proposez 115.000; c'est économie de moitié.

Indépendamment de cette économie, il y aurait celle plus forte de frais de logement et autres de cette espèce.

Pour Saint- Servan, c'est la même chose. Au lieu de 81.000 francs, on pourrait ne mettre que 74.000 francs.

En suivant le même principe, vous connaîtrez facilement mes intentions pour les autres ports ; je ne continuerai point cet examen.

Comme donc je trouve que cette réforme n'est point suffisante, proposez-moi toujours celle pour les cinq derniers mois de l'année. Il faut calculer les dépenses de 1811 sur une base plus stricte. Il y a sur votre projet 50 pour 100 à économiser; or 50 pour 100 d'économie pour l'administration doit en amener une immense pour le matériel.

Quant à la solde à la mer des bâtiments, il faut enrégimenter tous les matelots des côtes dans les vingt bataillons de flottille. Il leur faut une autre administration et paye qu'à ceux des grands bâtiments, et que l'on n'y connaisse qu'une paye.

Vous me ferez un rapport qui me fasse connaître quelle est la solde à la mer, et s'il n'y aurait pas moyen de simplifier cette comptabilité en ne donnant qu'une seule imposition.

Je désirerais, d'ailleurs, comme les états-majors sont aux grands chefs-lieux, qu'on fit là leur décompte ; ainsi le décompte se ferait à Anvers, à Boulogne par extraordinaire, à Rochefort, à Brest et à Toulon, Cherbourg, Lorient.


Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j'ai entendu hier les divers rap­ports que vous m'avez faits et l'opinion des ingénieurs sur la rade de Cherbourg. Mon intention est que les 1.500.000 francs que j'ai donnés pour la digue de Cherbourg soient employés à rehausser la digue jusqu'au niveau des basses mers et que les travaux soient commencés par le musoir du côté du fort de Querqueville. Les 900 toises de cette partie de la digue doivent coûter 3 ou 4 millions; mon intention est que cette dépense soit faite sur les fonds des Invalides de la marine. Il faudra 3 millions en trente mois, à compter de juillet 1810; cela ira jusqu'au 1er janvier 1813. Ce travail fait, mon intention est qu'on continue la même chose pour l'autre partie de la digue, de manière à l'élever partout au niveau des basses mers, et, lorsque toute la digue sera élevée à la hauteur des basses mers, on se procurera deux plates-formes ou musoirs.

Fort Napoléon. — Le décret que je viens de prendre vous fera connaître mes intentions sur ce fort; vous y verrez que la marine doit être chargée exclusivement de ce fort ; que je vous charge de l'armer sur-le-champ de douze pièces de 30, de quatre mortiers de 12 pouces de campagne; d'y placer une prame de quatorze pièces de canon de 36, qui sera annexée à la gorge de la batterie, qui servira de refuge à la garnison de la batterie et la protégera avec ses quatorze pièces de 36.

Les seize bouches à feu de la batterie exigeront une compagnie d'une centaine d'hommes, sauf à envoyer des renforts de la place, du moment que cela serait nécessaire. Vous prendrez la prame la Villc-dAmiens, qui est au Havre.

Vous ordonnerez à l'ingénieur Cachin de faire sur-le-champ les travaux nécessaires pour la défense de cette batterie. Le heurtoir des pièces de canon doit se trouver à 4 toises de l'arête intérieure de la digue v c'est-à-dire qu'il faudra reculer la batterie de 6 toises ; ce qui l'éloignera davantage de la mer et la rendra plus solide. Il est certain que, si on avait eu la précaution de placer la batterie sur le point le plus sûr, c'est-à-dire le plus intérieur, les pièces n'auraient point eu d'accident. Moyennant la mesure que je prescris et qui doit être exé­cutée avant le 1er août, il n'y aura rien à craindre pour les pièces. Il n'y aura rien à craindre pour les hommes, parce qu'il y aura un gros stationnaire, à bord duquel ils pourront se retirer. Ainsi, avec dix-huit bouches à feu sur la batterie et quatorze sur la prame, on aura trente-deux bouches à feu pour défendre ce point important.

Travaux du port. — Quant aux travaux du port et de l'arsenal, vous me présenterez au prochain conseil un projet définitif fait sur les bases posées dans la note ci-jointe. Ces notes ne sont point des ordres, mais des bases propres à concilier les intérêts de la défense et des établissements de la marine ; elles laissent aux ingénieurs la faculté de proposer tous les projets qui paraîtraient mieux remplir le but.


Rambouillet, 16 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'estime que les actions de la Banque ont la valeur ci-après : fonds primitif 1.000 francs, réserve 220 francs, ce qui fait 1.220 francs; droits sur les établissements appartenant à la Banque, que j'estime 3.000.033 francs; la valeur intrinsèque est donc de 1.253 francs au 1er juillet. Cela étant, au 15 juillet, il faut ajouter 3 francs pour la partie active du dividende, ce qui fait 1.256 francs; il faut ajouter de plus 3 francs, au 30 juillet; cela porte l'action à 1.259 francs. Dans cet état de choses, mon intention est que vous achetiez, en opérant de la manière la plus habile, 4.000 actions, mais sans que cela passe cette valeur réelle, c'est-à-dire 1.252 francs pour valeur intrinsèque, et 6 francs par mois, à dater au 1er juillet, pour l'intérêt. Toutes les fois que le prix sera inférieur à 1.252 francs plus l'intérêt, vous pourrez faire faire votre opération par la caisse de service. Je vois qu'au 14 juillet elles sont à 1.252 francs; leur valeur intrinsèque peut être jugée de 1.255 francs.


Rambouillet. 16 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, vous trouverez ci-joint un rapport du major général. Je désire compléter mes domaines de la Couronne et les rendre aussi agréables que possible. Je dépenserai donc volontiers pour cet objet une douzaine de millions, mais je voudrais que ces douze millions rendissent 3 à 4 pour 100 d'intérêt, qu'on a droit d'attendre d'un placement en fermes, sans habitations. Il me semble même que le revenu devrait être plus considérable, puisque ces acquisitions, réunies au domaine de la Couronne, ne payeraient plus d'impositions. Les revenus doivent donc être de 5 pour 100; ce serait, par conséquent, une augmentation de 5 à 600.000 francs de revenu pour les domaines de la Couronne, et en même temps cela compléterait, à Compiègne, à Fontainebleau et à Rambouillet, mes établissements de chasse dans ces trois domaines, où je n'en ai presque pas. Ces acquisitions ajoutées au domaine, cela vaudrait la peine de nommer un administrateur des domaines qui se chargerait de les faire valoir et d'en pousser les revenus à un million. Le revenu des forêts est, je crois, de 4 millions nets. Le revenu des domaines, porté à un million, compléterait les revenus de la Couronne à 30 mil­lions, ce qui n'est pas une somme trop considérable, comparée avec les nombreuses charges du trône : présents, étrangers, voyages, etc.

Je désire que vous me fassiez connaître : 1° la valeur des domaines que j*ai, sans les forêts ; 2° ce qu'ils ont rendu et peuvent rendre ; 3° ce qu'ils rendront en complétant les 6 millions d'achats que j'ai déjà décrétés ; 4° les terres qu'il est nécessaire d'acheter pour com­pléter les chasses de mes trois domaines de Rambouillet, Compiègne et Fontainebleau ; 5° un compte général des revenus des domaines de la Couronne depuis 1806, année par année, en distinguant le revenu brut et le revenu net.

Je désire aussi que vous me fassiez connaître pourquoi cette année, à Rambouillet, on n'a pas semé la ferme; pourquoi, A Saint-Cloud, on néglige quantité de terres, en les livrant à la stérilité, au lieu d'y recueillir des moissons, ce qui est à la fois un embellisse­ment et un profit, car quel plus bel ornement de la campagne que les moissons et les détails de l'agriculture ? Depuis six ans, je demande qu'on sème les carrés de Saint-Cloud; aujourd'hui, on va plus loin, on ne sème pas même la ferme de Rambouillet. Cela est d'autant plus important que ce n'est qu'en réunissant tous les moyens de mes domaines que je puis avoir la faculté de les entretenir et d'en tirer le revenu convenable.


Rambouillet, 17 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est convenable de faire une circu­laire ministérielle, dont vous me soumettrez le projet, sur les affaires de Hollande. La partie politique est suffisamment traitée dans la note que vous vouliez remettre au ministre de Hollande avant ces affaires. Vous pouvez puiser le reste de votre lettre dans votre rapport qui a été mis dans le Moniteur (10 juillet). Vous direz que ce qui s'est fait ne pouvait se faire sans mon aveu, et vous rejetterez la résolution qu'a prise le Roi sur sa mauvaise santé.

Je vous renvoie les lettres du sieur Serurier numérotées 29 et 30. Engagez-le de nouveau à continuer de nous envoyer les bulletins, nouvelles et renseignements qui viennent à sa connaissance. Deman­dez-lui un rapport sur ces questions : Quelle est la quantité des marchandises coloniales en Hollande ? A combien se monte l'évaluation présumée ? A combien se montent les droits sur les rentrées, pour la marine, la guerre, le trésor public, sur les diverses espèces de dettes et sur les différentes branches d'administration du pays ?

Demandez-lui également qu'il vous fasse connaître s'il y a beaucoup de blés à Emden, en distinguant la partie qui vient de France de celle qui vient d'Allemagne.


Rambouillet, 17 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous prie de m'apporter, de mercredi en huit, les états des dif­férents travaux entrepris par les ponts et chaussées, qui me fassent connaître où en sont ces travaux, si dans la campagne on dépensera les fonds que j'ai accordés, ce qu'on pourrait faire de plus si j'accor­dais de nouveaux fonds, si ces travaux se font économiquement, dans le cas contraire qui est-ce qui s'y oppose, enfin les obstacles qui auraient besoin de mon autorité pour être levés.


Rambouillet, 17 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine,à Paris

Je vous renvoie vos pièces. Je désire que vous fassiez d'abord les réformes pour 1810. Quant à 1811, les dépenses sont trop compli­quées; plus une machine est simple et mieux elle va, et, quant à la marine, elle est d'une extrême complication. J'attendrai, pour prendre an décret sur 1811 le nouveau rapport que vous me ferez.


Rambouillet, 17 juillet 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je vois, dans le bulletin du 15 au 16 juillet, que le caissier de la recette de Blois a quitté son emploi pour se mettre aux gages des princes espagnols. Pour peu que vous ayez du doute sur cet individu, faites-le arrêter.

Je vois qu'un officier autrichien est venu à Mons (il s’agit d’un émigré français ayant pris du service en Autriche). Donnez ordre qu'il soit poursuivi comme ayant porté les armes contre la France. Cela est d'autant plus important que c'est un jeune homme, et qu'il ne me convient pas qu'il reste au service de l'Autriche; ou, y restant, il doit perdre tous ses droits.


Rambouillet, 17 juillet 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, je vous renvoie le projet de décret et les pièces relatives aux dotations du comte de Lobau et du prince de Wagram. Ma première observation est que je n'ai pas donné 54.000 francs de rente au comte de Lobau, mais 50.000 francs; ni 325.000 francs au prince de Wagram, mais 300.000 francs. Otez l'excédant de ces sommes et n'écoutez aucune réclamation. Cela rendra ce que cela pourra. J'ai entendu donner au prince de Wagram trois cinquièmes des 500.000 francs de rente des biens du Rhin, et un dixième au comte de Lobau. Par le calcul que vous établissez je ne retrouverais plus ces 500.000 francs. Une autre observation que j'ai à faire, c'est que ce décret n'est pas dans la forme usitée : 1° il est inutile de dire que ces bons proviennent de Vanlerberghe; 2° l'ar­ticle 2 est inutile, il suffît de dire : en conséquence des lettres pa­tentes ; l'article 3 est nécessaire ; l'article 4 est inutile par la même raison que l'article 2. J'ajouterai que vous dites que les biens sont réversibles à la Couronne, tandis qu'ils sont réversibles au domaine extraordinaire. Faites ces changements et renvoyez-moi ce décret demain à signer.

Quant aux camps de vétérans, je ne veux faire aucun échange. J'avais, en instituant ces camps, un but qui n'existe plus. D'ailleurs ils ont assez mal tourné.

Prenez pour principe qu'en fait de dotations, quand j'ai signé une chose, je ne puis plus revenir. C'est à tort que, pour la Westphalie, le Hanovre, on est revenu sur mes décrets pour demander des in­demnités ; cela n'est pas le remboursement d'une dette. Si j'avais dit que je donnais au comte de Lobau, par exemple, 50.000 francs comme indemnité due, et qu'il ne les eût pas tout entiers, il aurait des réclamations à faire. Le ministre des finances ayant pris la bonne précaution de faire signer par moi-même l'exécution de mon décret, cette seconde signature ratifie tout, et il n'y a plus à y revenir. Ainsi, s'il résultait qu'au lieu de 300.000 francs de rente le prince de Wagram n'en eût que 40.000, tant pis pour lui; mais si, au lieu de 300.000, il se trouvait en avoir 400.000, tant mieux. Je n'entends plus rien une fois que j'ai signé. Suivez cette marche, et vous vous éviterez beaucoup de réclamations et d'embarras. Mettez la plus grande diligence dans l'expédition de toutes ces affaires; les événe­ments changent, les chefs de famille meurent, les familles des dona­taires ne se trouvent point nanties des pièces nécessaires et ne s'éta­blissent pas; enfin il y a toutes sortes d'inconvénients au retard. Il faut que vous m'ayez fait signer avant le mois de juillet la dotation de chacun.

Faites imprimer dans le Moniteur, à la fin de juillet, la note de ce que j'ai donné pour les blessés ; quoique ces notes puissent n'être pas exactes, elles serviront toujours à beaucoup d'individus ; on les rectifiera après. Il faut aussi vous occuper de faire le départ de ce qui appartient au domaine et de ce qui revient aux individus, et le leur faire payer.


Saint-Cloud, 18 juillet 1810

A Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, à Berlin

Monsieur mon Frère, j'ai reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait connaître qu'elle a appelé M. le baron de Hardenberg à la tête de son ministère, et me fait part de l'espérance qu'elle a que les lumières et le zèle de ce ministre donneront à son administration une nouvelle vigueur. La longue paix dont tout présage que le continent va jouir permettra aux peuples de la monarchie de Votre Majesté de se remettre de tout ce qu'ils ont souffert, et, dans des circonstances difficiles, Votre Majesté trouvera la garantie de son bien-être, sa satisfaction et son bonheur dans un système ferme et constant.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire mettre dans les journaux des articles sur les succès des Russes en Turquie et sur la paix qu'ils sont sur le point de conclure, à la condition de la cession de la Moldavie et de la Valachie, et sur la confiscation des bâtiments venant soi-disant de Ténériffe, mais en réalité venant d'Angleterre.

Faites connaître au duc de Vicence mes intentions sur la Tur­quie. Écrivez-lui que je verrai avec plaisir que la Turquie fasse sa paix en cédant la rive gauche du Danube; que cela me convient; mais que la Russie violerait ses engagements avec moi si elle gardait quelque chose sur la rive droite, et si elle se mêlait en quelque chose des Serviens. Vous écrirez cela en chiffre, en lui faisant connaître que c'est là ma pensée; qu'autant je vois avec plaisir la Russie finir avec la Turquie, autant je me montrerais peu satisfait si elle gardait la rive droite ; qu'une seule place forte retenue par la Russie sur la droite du Danube annulerait l'indépendance de la Porte, et change­rait entièrement l'état des choses.

Envoyez au duc de Vicence copie de la lettre que m'a écrite le roi de Suède et de ma réponse.

Chargez le duc de Vicence de dire à M. Adams que nous avons ici un ministre d'Amérique qui ne dit rien ; qu'il nous faudrait un homme actif qu'on pût comprendre et par le moyen duquel on pût s'entendre avec les Américains.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un tableau de la dette publique de Hollande; faites-moi un rapport qui me fasse comprendre facilement ce que je dois.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je viens d'ordonner l'envoi en Espagne d'un convoi de 3 millions , qui sera escorté par de fortes colonnes et ira droit à Séville, pour servir à payer la solde de l'armée du Midi, sans qu'il soit permis d'en rien distraire, sous quelque prétexte el par quelque ordre que ce soit.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au duc de Tarente qu'il est nécessaire qu'il porte son quartier général à la hauteur de Barcelone et qu'il empêche que l'ennemi ne retire la récolte dans les montagnes; que le général Suchet n'attend pour marcher sur Tortose que d'être instruit qu'il menace Tarragone; que lorsque Tortose sera prise, l'artillerie qui aura servi à ce siège pourra aider à la prise de Tarragone; qu'il a donc deux buts : 1° celui d'empêcher l'ennemi de s'emparer de la récolte, et, au contraire, d'approvisionner Barcelone pour longtemps; 2° de favoriser le siège de Tortose; que le général Suchet, qui a l'Èbre pour communiquer avec Tortose, ne pourra rien faire s’il est inquiété à la fois du côté de Valence et de Tarragone. Envoyéz un officier au duc de Tarente porter cet ordre.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est que vous ouvriez une correspondance avec le ministre de la marine hollandaise pour l'exécution de mes ordres et de mon décret, pour ce qui concerne l'armement des escadres et la reprise des travaux de construction.

Une estafette part tous les jours à minuit pour Amsterdam; ainsi la correspondance deviendra très-facile et très-prompte.

Il est nécessaire que vous cherchiez un officier pour commander l'escadre du Texel (il me semble que l'amiral Ver Huell est très-con­venable) , et un officier pour commander celle de la Meuse.

Il faut appeler à Toulon les officiers de marine les moins affec­tionnés, mais habiles, et mettre sur l'escadre de l'Escaut ceux dont l'opinion est bonne, et qui sont aussi de bons officiers. Choisissez un bon capitaine hollandais pour le Tilsit et un pour le Friedland, et formez là deux équipages flamands.

Il est instant que vous soumettiez à ma signature les brevets des officiers de marine de tous grades que je veux conserver; que vous fassiez venir au Texel les deux vaisseaux qui sont à Amsterdam, ce qui fera au Texel sept vaisseaux, et que vous pourvoyiez au complé­ment des équipages; que vous me fassiez connaître quelle est l'organisation des chaloupes canonnières, afin que je forme une division de douze ou quinze chaloupes canonnières de la Meuse et de douze des miennes, qui sera commandée par un capitaine français, lequel sera sous les ordres supérieurs de l’amiral de l'escadre de la Meuse, et une seconde division composée des vingt-quatre schooners et autres petits bâtiments qui sont au Texel et de douze de mes chaloupes canonnières, en mettant cette division sous les ordres d'un capitaine français, qui reconnaîtra pour commandant supérieur l'amiral de l'escadre du Texel.

Faites-vous remettre les états de situation et pressez la mise à l’eau du Ruyter et de l’Everlsen, que je voudrais lancer au Texel avant octobre prochain, pour avoir au Texel neuf vaisseaux. Pressez la mise à l'eau du Tromp à Rotterdam pour avoir là trois vaisseaux, les frégates le Vander-Werjf et la Reine dans l'Escaut, et de l'Alcide au Texel.

Il faut que vos lettres d'ordre au ministre de la marine, vous les adressiez à M. l'architrésorier avec une lettre d'envoi.

Il paraîtrait par les états que je vous envoie que je pourrais avoir douze ou treize vaisseaux en rade avant la fin de l’année, ce qui, avec les douze d'Anvers, me ferait vingt-quatre vaisseaux de ligne.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous envoyiez à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe des agents qui vous rendront compte de ce qui se passe dans ces colonies, de l'esprit qui y domine, et particulièrement des fortifications que l'ennemi y aurait démolies ou fait construire. Je vous parle de cela une fois pour toutes. Prenez vos mesures et sui­vez-les sans interruption. Enfin faites tout ce qui est convenable pour que j'aie des renseignements nets et positifs sur toutes ces questions.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre rapport du 18 juillet. Témoignez ma satisfaction à l'amiral Allemand pour les soins qu'il donne aux évolutions des vais­seaux. Réitérez les ordres pour que, sous aucun prétexte, les offi­ciers ne descendent à terre; ils doivent rester jour et nuit à leur bord et ne manger qu'à leur bord. Recommandez qu'on évite les dilapida­tions, qu'on prenne des mesures sévères à cet égard ; je n'ignore rien; que s'il y a des officiers qui se permettent de détourner les ouvriers de leurs vaisseaux et les matériaux qui leur sont confiés, on doit en faire des exemples.

J'ai écrit à l'amiral que j'approuve qu'il fasse sortir pour écarter les croisières ennemies, pour ne pas se laisser bloquer par des forces inférieures et tenir tout son monde en haleine, mais en même temps que je désire que mon escadre ne soit pas compromise dans une bataille navale, qui n'entre pas dans mes projets; que je n'approu­verais un engagement avec l'escadre anglaise qu'autant que mon escadre aurait la supériorité d'un cinquième au moins sur les Anglais.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, en mission en Hollande

Monsieur le Comte Daru, votre mission à Amsterdam a plusieurs buts:

1° De reconnaître la situation de la maison du Roi, les recettes exercice par exercice, et les dépenses et dettes exercice par exercice, ma volonté étant de tout solder, dettes et appointements;

2* De reconnaître si le Roi a fait des acquisitions de biens, de quelles sources proviendraient ces biens, afin que, si après le paye­ment des dettes il reste des biens disponibles, je décide s'ils appar­tiennent au domaine de la Couronne ou au domaine privé, selon les sénatus-consultes qui règlent la législation de la Famille. Prenez des mesures pour qu'aucun meuble et immeuble, pour qu'aucune créance ni dettes ne puissent être ni dénaturés ni aliénés, soit en mettant votre signature sur les pièces, soit en prenant des états doubles de tout. Vous me ferez connaître de quelle nature sont les dettes du Roi, afin que je voie le parti que je dois prendre.

Voilà la première partie de votre mission. La seconde consiste à étudier ce qu'il faut conserver pour réunir à la liste civile de France, comme un palais meublé, une campagne ou deux, s'il est nécessaire et si l'entretien n'en est pas trop coûteux, en y joignant une dotation pour couvrir les dépenses d'entretien, selon notre usage. La seconde partie de votre mission est donc de déterminer ce qui doit entrer, pour la liste civile, dans le sénatus-consulte de réunion. Vous pourrez conserver le conseil établi par le Roi, si vous le jugez néces­saire ; mais il devra s'adresser à vous, ne reconnaître que vous, et n'avoir plus aucune correspondance avec le Roi.

Le troisième objet de votre mission est de reconnaître la situation du personnel et du matériel de la maison du Roi, des hommes et des chevaux, et de m'en envoyer un état raisonné, avec votre opinion. Une partie des officiers et des domestiques peut être réservée pour le service du grand-duc de Berg, une partie des voitures et harnais peut être envoyée à Paris ; mais, avant de rien faire partir, vous attendrez ma réponse aux renseignements que vous m'aurez envoyés.

L'estafette arrive promptement, et dans l'espace de dix jours votre mission doit être terminée.

Le quatrième objet de votre mission est de passer la revue de la garde royale, comme inspecteur aux revues, d'examiner sa compta­bilité, l'état de la solde, son matériel, la composition des régiments, sa situation en officiers de tous grades, afin que je voie ce qu'il con­vient de faire, et d'ajouter au budget la dépense qui en résultera. Vous me ferez connaître combien il y a dans cette garde de soldats de différentes nations, Hollandais, Français, Allemands, Russes, Danois, Italiens, etc., et si le duc de Reggio désire qu'elle quitte la Hollande ou qu'elle y reste.

Enfin le cinquième but de votre mission est de faire prendre con­naissance du budget de la guerre, en le divisant, comme nous le faisons en France, en guerre et administration de la guerre; de ce qui est dû pour l'arriéré par exercice, et de ce qu'il en coûtera à la fin de l'année. Vous ferez des recherches sur la composition des dif­férents régiments, sur ce qu'il y a de Hollandais, d'Allemands, de Français, etc., soit parmi les officiers, soit parmi les soldats.

Quand votre mission sera terminée, revenez de manière à pouvoir répondre sur toutes les questions relatives à la liste civile, à la garde et à la guerre et administration de la guerre, à l'artillerie, au génie, à la solde et à toute espèce de matériel de la guerre.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J'ai reçu vos lettres en date du 15, jusqu'au n° 37.

Je vois dans le n° 27 que vous me parlez d'un fonds que le Roi a fait pour des prêtres catholiques; mais vous ne me faites pas connaî­tre la quotité de ce fonds, ni l'affectation qu'en aurait faite le Roi, de sorte que je ne puis rien statuer.

Il faut laisser dans le palais le portrait de Madame, celui du petit prince, les bustes des enfants, le portrait du Roi, y joindre celui de la Reine, ceux du roi et de la reine de Westphalie, celui de l'Im­pératrice et le mien, pour faire une suite de portraits de famille. II serait inconvenable de déranger en rien remplacement des tableaux.

Je ne saurais penser que beaucoup de Hollandais veuillent émigrer à Batavia et en Angleterre. Ce sont des craintes que les Hollan­dais d'une opinion opposée cherchent à inspirer, et que je ne partage pas. La réunion à la France ne peut que leur faire des avantages. Ils ne pouvaient conserver leur liberté, puisqu'ils l'ont perdue. Leur commerce gagnera, puisqu'il ne dépendra plus du caprice du moment et qu'il sera dans une règle constante.

Vous avez bien fait de suspendre la vente des animaux.


Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu vos lettres du 16, avec le tableau de la dette publique. Faites-moi connaître la situation de la caisse d'amortissement : il doit y avoir un fonds de caisse d'amortissement qui doit réduire d'autant la dette; il doit y avoir une partie des dettes appartenant à Hesse-Cassel ou à des princes étrangers, soit ecclésiastiques, soit autres ; il doit y avoir aussi des dettes ecclésiastiques de la Belgique; tout cela pourrait être un objet de réduction ; enfin il y a la partie de la dette appartenant aux villes, hôpitaux, mainmortes, de la Hollande. Ordonnez que ce dépouillement soit fait, afin de savoir quelle est la partie de la dette qui appartient aux particuliers et qui est réellement due. Il faut aussi savoir si une partie de cette dette n'appartient pas aux princes d'Orange.


Saint-Cloud,  19 juillet 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, Je viens de prendre un décret pour que le curement du port d'Ancône soit continué avec la même activité qui y a été mise jusqu'à présent. Moyennant une modique dépense de 240.000 francs, vous avez déjà obtenu pour résultat que quatre vaisseaux et six fré­gates puissent y mouiller. Je désire que le creusement soit continué jusqu'à ce que le port puisse contenir neuf vaisseaux et six frégates. Je suppose que cette dépense pour les derniers mois de 1810 et pour l'année de 1811 n'ira pas à 200.000 francs. Ce ne sera donc guère plus de 10 à 12.000 francs par mois; c'est une véritable bagatelle. Faites-moi connaître si on ne peut pas pousser cet ouvrage plus loin. Dans mon décret, considérant que l'ouverture du port est de 400 toi­ses et que le mouillage se trouve par là exposé aux vents de l'ouest, j'ordonne que la digue recevra un prolongement de 150 toises. On m'avait supposé que cette dépense coûterait 1.800.000 francs, ce qui m'avait effrayé; mais cette dépense n'était si considérable que parce qu'on voulait conserver une risberme intérieure dans tout le prolongement de la digue. J'ai renoncé à cette risberme, et par là j'obtiens une économie de plus d'un million. On me fait espérer qu'avec 600.000 francs je ferai cette jetée et qu'alors le port sera calme à tout vent, ce qui sera un extrême avantage. 600.000 francs, à 50.000 francs par mois, c'est la dépense d'une année, et, comme il suffit que l'ouvrage soit fini au 1er janvier 1812, cela fait dix-huit mois, ou 100.000 francs pour trois mois. Je désire donc qu'il soit fait sur le budget un fonds de 100.000 francs par trois mois; ce qui augmentera le budget de 1810 de 200.000 francs, et celui de 1811 de 400.000 francs. Ordonnez que les fonds soient faits exactement, afin qu'on puisse pousser avec activité les travaux de cette digue. Il est d'un avantage si immense pour mon royaume d'Italie d'être maître de l'Adriatique, qu'il n'y a rien à épargner pour cela. Or, avec qua­tre à cinq vaisseaux, on y parviendra. Jamais les Anglais ne pourront tenir des forces égales dans cette mer, pour le seul objet de bloquer le commerce, quand d'ailleurs la réunion de la Hollande et les arme­ments considérables que je fais dans tous mes ports les mettent dans la nécessité de bloquer tant de peints.

Vous avez dû recevoir le décret par lequel je vous charge de mettre sur le chantier trois autres vaisseaux au compte de la France; ce qui, avec les deux du royaume d'Italie et les deux que je désire qu'on mette en construction pour le compte de l'Italie, formera dix vais­seaux à Venise. Je pense que le budget de la marine italienne pour 1811 sera fait de manière à avoir, à la fin de l'an 1812, cinq vais­seaux de guerre italiens. Quant au Rivoli, j'attache une certaine im­portance à avoir ce vaisseau à Ancône, et il me parait difficile qu'on ne puisse pas le mettre à l'eau à l'été de la Saint-Martin ou après les tempêtes de Noël. Mais il faudrait que cette opération pût se faire avec une telle rapidité, que ce vaisseau ne fût pas obligé de rester plus de quarante-huit heures en rade. Alors, quelque vent qu’il fît, il irait soit à Ancône, soit à Trieste, soit à Pola, et partout il achè­verait son armement.

Je suppose que vous prenez des mesures pour que le duc de Raguse arme les batteries de Pola.


Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A l’impératrice Joséphine, aux eaux d’Aix, en Savoie.

J'ai reçu, mon amie, ta lettre du 14 juillet. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien et que tu aimes Genève. Je pense que tu fais bien d'y aller quelques semaines.

Ma santé est assez bonne. La conduite du roi de Hollande m'a affligé. Hortense va bientôt venir à Paris. Le grand-duc de Berg est en route; je l'attends demain. Adieu, mon amie.


Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A Madame Mère, à Paris

Madame, je m'empresse de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous avez dû éprouver beaucoup d'inquiétude sur sa disparition, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Sa conduite est telle qu'elle ne peut être expliquée que par son état de maladie.

Votre bien affectionné fils,

Napoléon.


Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je m'empresse de vous apprendre que le roi de Hol­lande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous m'en paraissiez fort inquiet dans votre dernière lettre, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu'à son état de maladie.

Napoléon.


Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois votre lettre du 19 juillet sur la convention à conclure avec l'Autriche relativement aux sujets mixtes. Il me semble que la question est mal saisie et que, tant qu'on ne l'aura pas approfondie, il sera difficile d'arriver à un résultat.

Il y a des Autrichiens qui ont des biens en France, et il y a des Français qui ont des biens en Autriche. Quelquefois, lorsque les guerres ont éclaté, on a mis, de part et d'autre, le séquestre sur les biens des sujets de la puissance ennemie; mais le premier acte de la paix rétablie a toujours été la levée de ce séquestre. C’est ainsi que dernièrement j'ai fait lever le séquestre qui se trouvait sur les biens de l’archiduchesse Béatrix en Italie. Cette question est une question claire et commune à tous tes États de l'Europe-, mais la question relative à la noblesse immédiate n'est pas la même.

Les membres du Collège des princes et de la noblesse immédiate avaient des privilèges; ils les ont perdus. Ils s'étaient la plupart éta­blis à Vienne, et par conséquent Vienne était devenu le chef-lieu de leurs possessions et de l’empire. L'empire germanique ayant cessé, les rois de la confédération, de grands vassaux qu’ils étaient, étant devenus des princes indépendants, la noblesse immédiate ayant été déclarée abolie, la loi nouvelle a du s’établir par l’acte de la Confédération. Or que dit cet acte ? Qu'aucun membre des familles média­tisées et comprises dans le territoire de la Confédération ne pourra prendre de service étranger. Que dit-il encore ? Que la noblesse immé­diate sera obligée de demeurer dans le lieu où elle avait sa souve­raineté; d'être sujette de l’État où sont situées ses possessions, et de ne pas porter les armes contre le prince qui doit désormais être leur souverain. Venons au fait. Sans doute le prince de Schwarzenberg était Bohémien; mais son domicile politique, sa souveraineté, ses troupes, son drapeau, étaient dans sa principauté ; cette principauté ayant été détruite et faisant aujourd'hui partie de la Bavière, il est clair que le prince de Schwarzenberg est devenu Bavarois, parce qu'en effet le domicile doit s'établir où était la principale considéra­tion, où était l'existence politique. Or l'existence politique du prince de Schwarzenberg était en Bavière; c'est là qu'il exerçait ses droits de justice et de souveraineté; c'est de ce territoire qu'il tirait son titre de prince et son rang de séance à la diète ; il est donc réellement Bavarois, comme le prince de Metternich est réellement Wurtembergeois.

Dans cette situation de chose, il est vrai qu'an lieu de séquestrer j'ai confisqué, et en cela les termes de la convention, rédigée par M. de Metternich, sont exacts. J'ai confisqué dans la dernière guerre tous les biens de la noblesse immédiate située dans le territoire de la Confédération, dont les propriétaires portaient les armes contre la Confédération; mais il est essentiel de remarquer que je n'ai pas confisqué les biens d'un habitant de Linz, d'un habitant de Vienne, d'un habitant d'Egra, qui aurait eu des propriétés en Bavière ou en Saxe; que je n'ai pas confisqué les biens qui n'étaient que patrimo­niaux ; que je n'ai pas confisqué les biens qui ne donnaient pas de droits politiques : ceux-là ont été mis seulement sous le séquestre et doivent être rendus ; il n'y a aucune difficulté à cela. Le roi de Wurtemberg lèvera le séquestre qu'il aurait mis sur tous les biens que tout habitant de Vienne posséderait dans ses États, et l'empe­reur François lèvera le séquestre qu'il aurait fait mettre sur les biens que tout habitant wurtembergeois posséderait en Autriche. Cela est de droit commun, et c'est ainsi qu'en ont toujours agi la France et l'Autriche.

De plus, l'Autriche a obtenu au traité de Campoformio que tous les Belges qui voudraient rester à son service pourraient vendre leurs biens en trois ans. Mais pourquoi a-t-elle stipulé cette condition ? Pour deux raisons : la première, parce que ces individus, étant très-nombreux, pouvaient fixer davantage l’attention du gouvernement et le mettre dans le cas de s'opposer à ce que l'on vendit tous ces biens; la seconde, parce que la plupart de ces individus, appartenant aux principales maisons du pays et exerçant une influence sur la soumis­sion de la province, pouvaient donner au souverain des motifs pour exiger qu'ils restassent dans leurs propriétés et les punir de la confis­cation s'ils les quittaient. Mais il faut bien tenir note que ce traité et les subséquents n'ont rien changé au droit commun des propriétaires ; qu'ils n'ont pas dit que le sujet d'une des deux puissances aurait toujours le droit de vendre ce qu'il posséderait chez l'autre, parce que cela est tacite, parce qu'on n'a pas pu supposer que l'empereur d'Au­triche ait jamais des motifs pour s'opposer à ce que M. d'Argentan, par exemple, ou M. de Graves, vendent les biens qu'ils peuvent avoir, à Klagenfurt ou ailleurs, du droit de leurs femmes ou autrement. Je pense donc que, dans la convention, il faut dire simple­ment que le séquestre sera levé de part et d'autre sur les biens des particuliers. Deux ou trois articles suffiront pour régler cela, et cela pourra fermer le premier titre à la convention.

Mais viennent les anciens princes et comtes de l'empire dont la souveraineté a été détruite : c'est une question politique et neuve, et il me semble qu'il faut dire que tous les princes qui ont cessé de l'être par la formation de la Confédération, ainsi que tous les membres de la noblesse immédiate, sont censés être sujets du pays où était située leur souveraineté; que cependant ceux qui croiront devoir établir leur séjour en Autriche seront maîtres de le faire; que le séquestre sera levé sur leurs biens; que ces biens seront rendus tels qu'ils sont; mais que les possesseurs feront connaître avant le 1er janvier 1811 si, ne voulant pas devenir sujets de la Confédération, ils veulent céder leurs biens à un membre de leur famille, lequel sera tenu de demeurer sur les biens et d'être sujet, ou s'ils préfèrent vendre; et, dans ce dernier cas, on leur donnerait six ans, dans le délai desquels ils devraient avoir vendu.

Il me semble que voilà toute la question. Il serait tout à fait dérai­sonnable de demander que l’on revint sur le passé. Le séquestre et la confiscation étaient de droit public et ont dû avoir lieu. En effet, il est facile de démontrer que l'existence de personnes telles que le prince de Schwarzenberg et le prince de Metternich dans une armée autrichienne avait un caractère particulier; que, s'ils venaient avec leurs troupes en Bavière ou à Stuttgart, tous leurs moyens devaient tendre évidemment au rétablissement de leur principauté et à procu­rer à l'Autriche toutes les ressources, tous les partisans que leur ancienne influence dans le pays pouvait mettre à leur disposition : dès lors, exiger qu'ils deviennent sujets ou qu'ils vendent est raisonnable.

Ainsi il n'y aura pas de sujets mixtes. Les biens possédés dans les États de la Confédération par des sujets étrangers qui ne seraient pas de la noblesse immédiate seront tirés de dessous le séquestre; les Autrichiens pourront posséder en Bavière et les Bavarois pourront posséder en Autriche; toute autre manière de voir sur ces questions serait barbare. Mais quant à ceux qui avaient droit de séance au cercle ou à la diète, ceux-là sont sujets du pays, l'acte de la Confé­dération l'a ordonné. On a dû confisquer leurs biens; ils demandent aujourd'hui qu'on les leur rende; j'y consens; j'y consens par égard pour l'alliance que je viens de contracter avec l'Autriche et parce que ces questions sont encore neuves ; mais il faut qu'ils se prononcent avant le 1er janvier 1811, qu'ils fassent leur déclaration, et que, passé ce terme, il soit bien convenu qu'ils doivent vendre, que désormais ils ne peuvent plus posséder (non pas des biens ordinai­res, car jamais il ne sera question d'empêcher M. de Schwarzenberg de posséder des terres en Bavière à titre particulier), mais qu'ils ne peuvent plus posséder ces mêmes propriétés qui composaient leur principauté, qui depuis cinq cents ans peut-être étaient dans leur famille et leur donnaient dans le pays une influence et une existence que le nouvel ordre de choses n'accorde pas à un étranger : ces biens-là doivent être vendus. En général, partez du principe que, dans un État bien réglé, on doit décider par le droit politique ce qui est politique, comme par le droit civil ce qui est civil. Or le prince de Liechtenstein, ou tout autre, posséderait en France ou en Bavière des biens qui n'auraient jamais joui d'aucun droit politique : il doit pouvoir les posséder en se soumettant aux lois du pays. Au contraire, il posséderait en Bavière des terres auxquelles étaient attachés des droits politiques : ces biens-là, il doit les vendre. Voilà ce qu'ordonne le droit politique.

Préparez dans ce sens une note à M. de Metternich. Vous la rédi­gerez à mi-marge, en faisant copier en regard les articles des traités qui viennent à l'appui. Vous me la remettrez ensuite sous les yeux et ne l'adresserez à M. de Metternich qu'après que je l'aurai définiti­vement approuvée.

Vous rédigerez en conséquence le projet de convention en deux titres; dans le premier vous traiterez des séquestres : il faut les lever; dans le second, il sera question des confiscations : vous devez dire les choses en toutes lettres.


Saint-Cloud, 20 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam

M. l'architrésorier m'envoie des états de situation des troupes hol­landaises au 1er juillet. Ces états comprennent la désignation des corps et l'emplacement où ils se trouvent. Faites-moi connaître leur organisation et leur situation en détail, corps par corps.

Qu'est-ce que c'est, par exemple, que les gardes du corps ? Sont-ils à cheval ou à pied ? Comment sont-ils composés ? Que peut-on en faire ? Combien y a-t-il d'officiers par compagnie ? Quelle taille ont-ils ? Quelle est leur paye ? Donnez-moi les mêmes renseignements sur les gardes à cheval. Qu'est-ce que c'est que la légion des vélites ? Combien y a-t-il de bataillons, de compagnies ? Quel âge ont les hommes, quelle taille, quelle paye, de quelles nations sont-ils ? Qu'est-ce que c'est que les pupilles royaux ? Quel est leur âge, leur paye, leur pays ? Combien y a-t-il de régiments de ligne ? Combien de bataillons, com­bien de compagnies par régiment, combien d'officiers par compagnie ? Quelle est la paye ? De quelles nations ? Enfin des détails sur l'orga­nisation et l'administration.

Je vous envoie différentes lettres de M. l'architrésorier qui ont trait à la liste civile. Quand vous aurez terminé votre travail, vous déclarerez le palais d'Amsterdam palais impérial. Mettre opposition à toute vente de domaines ou de mobilier des domaines ; le Roi n'en est que l'administrateur ; les domaines de la Couronne sont inalié­nables, et il faut une loi de l'État pour en disposer. Arrêtez les ventes qui se feraient, et rendez-moi compte de celles qui auraient déjà eu lieu.


Paris, 21 juillet 1810

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, cette circulaire n'est pas bonne. Elle est dirigée contre le Roi, au lieu qu'elle doit tendre tout entière à l'excuser. Elle doit rouler sur trois points : 1° difficulté de la circon­stance provenant de ce que la Hollande ne pouvait avoir d'indépen­dance après la réunion de la Belgique; dans cet état de choses, beaucoup de circonspection, de sagesse et de modération étaient né­cessaires dans le gouvernant, qualités dont l'application demande une longue habitude de gouverner; 2° difficulté provenant d'une dette double du revenu du pays, et de charges triples de ce que le pays pouvait payer, crise dont on ne pouvait sortir que par la vigueur, en sachant prendre un parti décisif, ce qui suppose une connaissance de l'administration qui ne s'acquiert que par une longue expérience ; 3° difficulté où le système du blocus et les arrêts du conseil britannique avaient placé la Hollande : le Roi, aigri par une maladie chronique qui depuis quatre ans ne lui laissait pas de repos, l'impatientait et l'irritait, n'était pas l'homme qui convenait. Il fallait, pour réussir dans des circonstances si épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En résumé, la situation de la Hol­lande, était difficile : le Roi l'a aggravée ; elle avait besoin d'un chef de beaucoup d'expérience, de prudence et d'énergie : la maladie du Roi l'a privée de tous ces avantages ; 4° là les événements qui ont amené ce dénouement.


Paris, 21 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je vous envoie un projet d'organi­sation pour huit armées de gardes nationales, qui pourraient être requises en temps de guerre dans le cas où l'armée de ligne s'avan­cerait en pays ennemi. Vous appellerez à Paris les préfets Pommereul, Chauvetin et Quinette ; vous les réunirez en commission et les chargerez de faire un travail là-dessus.

En 1805, quand je marchais sur Vienne, lors de la quatrième coalition, pressé par les circonstances, j'ordonnai la réunion de plu­sieurs corps de gardes nationales, sans en prescrire de mode et sans s'occuper du choix des officiers. Les autorités locales ont pourvu a cette formation. Depuis, j'ai ordonné que des grenadiers et chasseurs tirés des gardes nationales formassent un corps de 6.000 hommes réuni à Saint-Omer sous la garde du général Rampon ; un autre corps semblable a été formé à Bordeaux, un autre à Marseille. Faites d'abord faire des recherches sur ces premières mesures, pour avoir l'historique de tout ce qui s'est fait. Ces mesures ont beaucoup coûté sans doute ; il en est résulté peu de services réels, et ce n'a été pour les riches qu'une contribution de plus. Il faut donc s'occuper des moyens à prendre pour que cette mesure produise désormais un ser­vice plus utile. Par exemple, si le soldat, au lieu de changer tous les deux mois, restait sous les drapeaux pendant toute la durée du temps nécessaire, les frais d'habillement seraient moins considérables et l'instruction des troupes plus solide. Voici quelques idées qui pourront servir d'instruction à la commission.

Il faut d’abord prévoir le cas où l'armée de ligne entre en pays ennemi : dès ce moment, il faut garder les frontières et les côtes. Les Anglais pourront faire une tentative sur Anvers : il faut que les gardes nationales du nord de la France puissent courir aussitôt à la défense de ce point. Ils pourront vouloir prendre Boulogne, Cher­bourg, Brest, Lorient, Rochefort; voilà à peu près tout ce qu'ils pour­ront tenter sur les côtes de l'Océan : il faut que sur tous ces points il y ait moyen de réunir des pays voisins, sans mettre en mouvement toute la France, 60.000 hommes qui soient déjà organisés. Aussitôt que la guerre viendrait à se déclarer, les gardes nationales devraient avoir ordre de se tenir prêtes ; les officiers prendraient l'uniforme; les soldats se réuniraient tous les dimanches, sous les ordres de leurs officiers, pour faire l'exercice; enfin les précautions seraient prises pour que les armes se trouvassent au chef-lieu du bataillon, afin qu'au premier ordre on pût s'armer. Ainsi les citoyens ne seraient pas trop fatigués, et, au moindre événement, on marcherait de tous côtés sur le point menacé.

Indépendamment de ce, une tête de gardes nationales serait levée pour être en observation sur les points les plus importants, c'est-à-dire qu'on continuerait à peu près de faire ce qu'on a fait. On lèverait donc un corps de 6.000 hommes qui s'exercerait à Saint-Omer, un autre à Cherbourg, un autre en Bretagne, etc. Raisonner pour un de ces corps, c'est raisonner pour tous.

Voici les questions à résoudre.

Combien, en cas d'événement, peut-on faire marcher d'hommes sur les points menacés ? Nous avons vu, l'année dernière, qu'on a fait mar­cher 16.000 hommes environ sur une population de 800.000 âmes. C'est 1 homme armé pour une population de 50 personnes ; ce serait 20.000 hommes armés sur 1 million de population. Ainsi, pour avoir une armée de 60.000 hommes, il ne faudrait que 3 millions de popu­lation, et à ce compte la France, qui a 40 millions de population, aurait une armée nationale de 800.000 hommes. Mais on comprend dans ce calcul les nouveaux départements d'Italie, qui exigeraient  une modification. Parlons maintenant des points importants et sur lesquels l'ennemi pourrait nous faire le plus de mal, c'est Anvers, Boulogne, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon; c'est-à-dire qu'il s'agit principalement de la garde de nos établissements ma­ritimes. Il faut donc pouvoir réunir en peu de jours 60.000 hommes autour de chacun de ces établissements. Si chaque million de popu­lation peut fournir 20.000 hommes armés, il faudrait donner à l'ar­mée auxiliaire destinée pour chacun de ces points un arrondissement de 3 millions d'habitants. Par exemple, pour l'arrondissement de l'armée d'Anvers, il faudrait le composer de la manière suivante :

 

 

DÉPARTEMENTS

POPULATION

SOLDATS A FOURNIR (1/50)

DISTANCE
du chef-lieu du département au point de rassemblement en journées de marche.

Deux-Nèthes

Escaut

Dyle

Lys

Sambre et Meuse

Ourthe

Meuse inférieure

Roehr

284.000

636.000

131.000

491.000

180.000

352.000

261.000

611.000

5.000
12.000
8.000
10,000
4.000
7.000
5000
12.000

-
2
2
4
4
4
4
5

Totaux

3.258.000

63.000

 


Ce calcul est suivi dans l'état ci-joint pour les autres arrondisse­ments. On a tracé d'abord l'arrondissement de six armées des côtes de 60.000 hommes chacune ; et, dans les départements de l'intérieur que cette première circonscription n'emploie pas, on a trouvé ensuite de quoi composer quatre autres armées de 60.000 hommes pour faire le service des frontières de terre et servir au besoin de seconde ligne aux années des côtes.

Ainsi donc, au moment d'une déclaration de guerre, on donnerait ordre aux gardes nationales de se préparer. Alors le ministre de la guerre ferait réunir les armes et les munitions ; les officiers porteraient leur uniforme ; les soldats seraient réunis tous les dimanches pour tirer à la cible et faire l'exercice ; et les généraux ou sénateurs désignés par le ministre iraient passer des revues.

Si la guerre était sérieuse, on demanderait la réunion du corps d'élite. Ce corps pourrait être du dixième de l'armée; ce serait 1 homme sur 10 soldats. Ainsi, l'armée d'Anvers étant de 60.000 hommes, en réunissant seulement le corps d'élite, on aurait 6.000 hommes à An­vers, autant à Brest, autant à Cherbourg, autant à Rochefort, etc., ce qui ferait sur-le-champ une armée de gardes nationales d'élite, soldés et équipés, qui, ayant seulement six mois devant eux, forme­raient une réserve de bonnes troupes, bonne à tout événement.

On comprend bien que, si les Anglais venaient à débarquer à Anvers, il faudrait qu'il y eût là une autorité locale qui fit sur-le-champ l'appel de toutes les gardes nationales de l'arrondissement; qu'en douze heures les hommes devraient avoir rejoint le chef-lieu de leur bataillon, et qu'en trois ou quatre jours le bataillon devrait avoir rejoint le point de rassemblement. Mais en même temps il faudrait que les armées voisines, que je suppose être celles de Lorraine, de Paris et de Boulogne, levassent leurs 6.000 hommes d'élite; ce qui ferait qu'en peu de temps les trois armées voisines d'Anvers pourraient envoyer, en seconde ligne, une réserve de 18.000 hommes d'élite. Cela étant ainsi disposé, il reste à connaître, 1° quelle organisation militaire ces troupes doivent avoir; 2° comment le choix entre les citoyens doit être fait. Car, en supposant qu'on lève 1 homme sur une population de 50 habitants, comme sur 50 il n'y en a que 10 jeunes ou vieux en état de faire la guerre, ce serait donc 1 homme sur 10 mâles. En suivant cette proportion pour le corps d'élite, il y aurait 1 homme de levé sur 10 hommes armés ; c'est-à-dire qu'il y aurait 1 homme d'élite sur 100 mâles et sur une population totale de 500 individus. Mais comment procédera-t-on aux choix des gardes nationales et à celui des hommes d'élite? 3° Comment seront habillées et payées les gardes nationales ? 4° Comment seront habillés et payés les hommes d'élite ? 5° Ne doit-on pas exiger qu'il n'y ait que des hommes dans le cas d'avoir leur uniforme, et, dans ce cas, ne doit-on pas exiger qu'ils l'aient ? Ils pourraient ne pas l'avoir en temps de paix ; mais en temps de guerre, lorsque le Gouvernement ordonne­rait aux gardes nationales de se préparer, ces hommes devraient se procurer leur uniforme dans le délai d'un mois.

Il n'y a pas de doute que ceci ne revienne à un impôt, mais c'est un impôt indispensable, car c'est en vain qu’en augmentant toutes les contributions on voudrait avoir un plus grand nombre de troupes; la population ne pourrait pas y suffire, et d'ailleurs on ne pourrait pas atteindre le même but. Le développement de nos frontières et de nos côtes est si étendu, que 200.000 hommes y seraient paralysés sans raison. La formation de la garde nationale peut seule mettre l'Empire à l'abri sur tous les points. Si l'ennemi pouvait débarquer, il ravagerait le pays ; et l'habitant, pillé et rançonné, ne gagnerait rien à s'être épargné la dépense qui aurait fait sa sûreté. Il est pour­tant vrai de dire qu'il y a beaucoup à méditer sur cette matière, et c'est pour cela que je désire consulter l'expérience qu'ont acquise les préfets par la dernière descente des Anglais.


Paris, 21 juillet 1810

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, je prie Votre Majesté Impériale de trouver bon que je lui envoie une tasse de porcelaine de ma ma­nufacture de Sèvres, sur laquelle on a mis le portrait de Louise. J’espère que ce cadeau sera agréable à Votre Majesté, et je désire qu'elle le trouve bien. Je la prie de me croire, avec les sentiments d'attachement et de haute considération que je lui ai voués, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.


Paris, 21 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie des porcelaines que l’impératrice désire envoyer à Vienne. Faites-les partir avec les lettres ci-jointes par un courrier, en lui recommandant de ne pas les casser en route. Vous vous servirez de ce courrier pour écrire à Otto.

P. S, La caisse en contient quatre petites, dont deux rondes en maroquin noir, une longue carrée plate en maroquin vert, et une petite boite de sapin carrée.


Paris, 22 juillet 1810

 

A M. De Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître ce qui s'oppose à ce que l'Innviertel, le Salzburg, Bayreuth, et les autres pays cédés à la Bavière, soient remis à ses agents, et comment il arrive que cela n'était pas fait au 12 juillet.


Paris, 22 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est que vous correspon­diez avec le directeur général du trésor public à Amsterdam, afin de vous procurer tous les états et renseignements nécessaires, voulant prendre le service à dater du ler août prochain, et de mettre sous les yeux un budget. Je vous envoie les renseignements que j'ai. Vous verrez qu'en ne payant que le tiers de la dette on pourra faire face aux dépenses. La dépense la plus importante et la plus pressée, c est celle de la marine. Mon intention est qu'elle soit payée régulièrement, afin de n'apporter aucun retard dans ce service essentiel. Faites en sorte de vous mettre en règle pour que, dans cinq ou six jours, vous puissiez me remettre un état, et me proposer une distribution de fonds pour les crédits à ouvrir au trésor et aux différents ministères pour le mois d'août.

Il y a une estafette par laquelle vous pouvez écrire tous les jours. Indépendamment de cela, des députés arrivent de Hollande, parmi lesquels beaucoup connaissent les affaires de finances de ce pays-, voyez-les beaucoup. Je vous envoie le budget des relations exté­rieures, qui peut être ôté des dépenses des cinq derniers mois; envoyez-en une copie au duc de C adore.


Paris, 22 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je tous envoie des observations du ministre de la marine de Hol­lande sur mon décret du 15 juillet. Vous devez correspondre là-dessus avec ce ministre de la marine pour vous informer comment se font les constructions. Mon décret se divise en deux : 1° en ce qui est relatif aux treize vaisseaux actuels ; 2° en ce qui est relatif au rétablissement des constructions. Le budget actuel des six derniers mois étant de 6 millions de florins, il faut connaître ce qu'on peut faire avec ces 6 millions, et ce qu'il faudrait pour exécuter mon décret. Dans mon décret j'ai dit que cinq vaisseaux seraient mis en construc­tion, mais non qu'ils seraient finis dans l'année. Il me suffit que les cinq vaisseaux que je fais mettre sur le chantier soient avancés aux 6 vingt-quatrièmes, ce qui ne ferait que la valeur d'un vaisseau et demi ; or, un vaisseau ne coûtant que 800.000 francs, la dépense ne serait pas de plus de 1.200.000 francs. Je vous prie d'observer ceci au ministre de la marine, et de lui faire connaître qu'il suffît de mettre sur le chantier, cette année, les cinq vaisseaux et de les avancer un peu.

On me présente cinq vaisseaux comme existants; j'aurais donc dix-huit vaisseaux au mois d'août 1811, et au mois d'août 1812 vingt-trois; et, en supposant que j'en perde un ou deux par vétusté ou accident de mer, j'en aurais vingt et un ou vingt-deux ; c'est là mon but. C'est sur ces principes que vous devez diriger tout le budget de la marine pour la Hollande pour 1810 et 1811.

Je pense convenable d'envoyer le général Ganteaume à Flessingue. Il montera sur l'escadre et assistera à son appareillage ; il montera sur les bricks, ira visiter l'embouchure de l'Escaut et reconnaître les passes. De là il se rendra à Terveere, où il s'embarquera sur les chaloupes canonnières et parcourra la rade de Terveere depuis Walcheren jusqu'à Hellevoetsluis. Là, il aura un décret de moi qui lui ordonnera de passer la revue des vaisseaux hollandais, des arsenaux, du matériel et du personnel de là marine. Il visitera la côte et prendra une idée de cette mer. Il montera sur une goélette pour voir ce que c'est que ces passes.

Il vous écrira de Flessingue et de Hellevoetsluis. Il verra à Helle­voetsluis quelle est la situation des magasins ; il prendra des notes sur la manière dont la marine est organisée, militairement et civile­ment. De là il ira au Texel ; il étudiera tout ce qui est du ressort de la marine dans ce port. Il ira à Amsterdam ; il visitera les chantiers, les rades; se mettra au fait des opérations des chameaux. Il enverra un mémoire du Texel et un mémoire d'Amsterdam, et il reviendra par Anvers, où il recevra l’ordre de visiter en détail l'arsenal d'An­vers. Peut-être sera-t-il plus convenable qu'il le fasse comme conseiller d'État plutôt que comme amiral.

Vous me ferez signer les ordres dont il aura besoin pour la partie de sa mission qu'il remplit en Hollande, et vous lui donnerez des instructions. Vous lui recommanderez de n'apporter de sa course que des connaissances positives, afin que, s'il se trouvait dans la mer un jour avec une escadre, il eût des connaissances préalables sur ses opérations.


Paris, 22 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie des états de l'armée hollandaise ; faites-les mettre par vos bureaux dans la forme de nos états de l'armée française. Chargez le meilleur inspecteur aux revues que vous ayez en Hollande de passer une revue de l'armée hollan­daise et de vous en envoyer le résultat rédigé selon notre manière. Vous verrez dans ces états l'immense quantité de canons qui se trouvent en Hollande. Je vous écris pour que vous preniez des me­sures pour l'armement des côtes; cela est très-important. Faites demander des états détaillés du matériel de l'artillerie et du génie ; envoyez pour cela des commissaires ; vous pouvez choisir le général Dulauloy pour l'artillerie, et pour le génie le général Kirgener, si vous n'avez pas de général du génie au corps du duc de Reggio. Vous donnerez pour instruction à ces officiers d'arrêter les inventaires du matériel, en ayant soin de n'en rien laisser soustraire, de dresser l'état des magasins, des arsenaux et de l'armement des places fortes restées à la Hollande par le dernier traité. Chargez-les de faire une descrip­tion des côtes, et de vous faire connaître les points qui ne sont pas fortifiés et qu'il faudrait fortifier. Vous pouvez même les charger d'examiner au Texel l'emplacement où il faudrait construire une place, pour mettre le port et la rade en sûreté et empêcher l'ennemi de pénétrer dans le Zuiderzee.


Paris. 22 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio d'en­voyer à Bruges le 1er régiment de chasseurs. Ce régiment fournira des piquets de 30 hommes à Ostende, à Blankenberghe et à Nieuport, lesquels feront des patrouilles sur la côte. Un chef d'escadron par­courra la côte et fera établir des batteries et se portera sur les points où l'ennemi tenterait des débarquements.

Réunissez le 24e de chasseurs à Saint-Omer ; il fournira des piquets de 30 hommes à Calais, à Boulogne et à Saint-Valéry-sur-Somme.

Faites-moi connaître où est le dépôt du 13e.

Si le duc de Reggio ne voit aucun inconvénient à ce que l'on tire des troupes françaises de Hollande, je désirerais en faire rentrer une partie, d'abord à cause de la saison malsaine qui arrive, et parce qu'il m'est avantageux d'avoir mes troupes en France. Recommandez-lui de placer les Hollandais sur les côtes et dans les endroits malsains, comme plus accoutumés au mauvais air.

Je croîs vous avoir écrit d'envoyer le général Kirgener au Texel pour reconnaître les fortifications à faire, soit à gauche, soit à l’entrée de la rade, ou dans l’île. Je veux une place qui mette les batteries à l'abri d'un coup de main et qui exige un siège en règle.


Paris, 22 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois vos lettres du 19 ; je vais y repondre en détail.

Commerce. — D'abord pour les licences, j'en donnerai aux villes d'Amsterdam et Rotterdam, etc., comme aux autres villes de l'Em­pire. Adressez le nom des négociants qui en demandent, et la liste des bâtiments, au ministre de l'intérieur.

Trésor public. — J'ai reçu vos états de situation du trésor public; je les ai envoyés au comte Mollien pour me rendre coopte de ces affaires. Mon intention est de faire ici la distribution des fonds entre les différents départements comme je le fais pour les différents ministères, et d'ordonner des crédits pour le mois d'août. Faites-moi con­naître l'état des recettes et les besoins du trésor et de chaque dépar­tement. Le directeur général du trésor public doit correspondre avec M. Mollien pour lui faire connaître les besoins du trésor et des diffé­rents ministères, et j'accorderai des fonds. Partez du principe, 1° que je ne veux envoyer aucuns fonds en Hollande, et qu'en 1810 elle doit faire son service avec ses propres ressources; 2° qu'il faut que, pour juillet comme pour août, la marine touche son million de florins, afin que les armements et les constructions marchent avec la rapidité convenable.

Marine — Mon décret sur la marine se divise en deux : armement des deux escadres et reprise des travaux de construction. J'ai ordonné la mise sur le chantier de cinq vaisseaux, mais je n'ai pas prescrit de les terminer dans l'année ; il suffit qu’ils soient avancés à 6 on 7 vingt-quatrièmes, ce qui ne portera l'augmentation des dépenses qu'à 1.200.000 francs. Si ces constructions se font par marchés, que le ministre les passe sans délai ; les payements auront lieu régulière­ment tous les mois. Les fonds faits pour les derniers six mois doivent suffire pour les armements. Faites-moi connaître ce que la marine compte faire, cette année, avec l’argent qui lui sera exactement payé, en constructions et armements.

Relations extérieures. — J'ai reçu votre arrêté pour la suppression du ministère des relations extérieures. Faites notifier aux agents de ce ministère qu'ils cesseront d'être payés à compter au 1er août.

Emprunt de la Prusse. — Si vous pouvez encourager indirectement l'emprunt de la Prusse, je n'y vois pas d'inconvénient; mais il ne faut faire aucune démarche que vous ne m'en ayez prévenu auparavant.

Députation. — Si vous manquez de conseillers d'État, envoyez-moi d'autres fonctionnaires. Le principal est que vous m'envoyiez des hommes de mérite et qui connaissent bien le pays.

Fleury. — Un nommé Fleury, qui a été employé dans mon bureau topographique, avait été pris en affection par le Roi, qui l'a emmené en Hollande. Qu'est-il devenu ? S'il n'a point suivi le Roi, il n'y aurait pas de difficulté à l'envoyer à Paris.

Liste civile. — Je vois dans une de vos lettres que vous renvoyez la chapelle du Roi. Il ne faut point marcher si vite. J'ai chargé le comte Daru de ces affaires ; j'attendrai son rapport pour donner. Un délai de quinze ou vingt jours n'est rien.

Pages. — Votre lettre sur les pages ne m’apprend rien; j’ai besoin de connaître leur nom, leur âge, leurs familles, pour savoir ce que j'en puis faire.

Je vous ai mandé avant-hier que le grand duc de Berg était arrivé ici bien portant.


Paris, 22 juillet 1810

Au général comte Suchet, gouverneur de l’Aragon, à Mora de Ebro

L'Empereur est instruit, Monsieur le Général Suchet, qu'il existe des abus dans la manière dont les contributions sont perçues et dont les fonds qui en proviennent sont administrés dans quelques parties de l'Espagne. Sa Majesté est informée que des officiers, commandants de détachements, se sont permis de frapper, dans des communes où ils étaient envoyés momentanément, des contributions dont ils ne fournissent pas de quittance, et y ont fait des réquisitions souvent beaucoup plus fortes que n'exigeaient les besoins de leurs troupes.

L'Empereur ordonne, Monsieur le Gouverneur, que vous mettiez la plus grande surveillance à prévenir ces abus, et que ceux qui s'en rendraient coupables soient poursuivis et jugés conformément aux lois.

L'intention de Sa Majesté est qu'il règne le plus grand ordre dans la répartition des contributions et qu'elles rentrent intactes dans les caisses des préposés du trésor public. Tout individu qui lèverait des contributions particulières en est responsable; il doit être puni sévè­rement s'il ne peut justifier d'un ordre légal, et si le versement qu'il aura dû faire de ces contributions dans les caisses des préposés du trésor n'est constaté par procès-verbal en bonne forme.

Faites-moi connaître, Monsieur le Comte, les abus de ce genre qui auraient pu avoir eu lieu jusqu'à présent dans votre gouverne­ment, et les moyens que vous avez employés pour les faire cesser.


Paris, 22 juillet 1810

 

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.

Le ministre des finances présentera, au conseil qui aura lieu jeudi prochain, le budget de 1811 en recette et en dépense, en y compre­nant les départements de Rome et du Trasimène, des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-1'Escaut. Jusqu'à ce que le conseil créé par décret de ce jour l'ait mis dans le cas de connaître les recettes et les dépenses de la Hollande, on portera la Hollande, pour mémoire, dans une des colonnes horizontales du budget.

L'article des recettes et des dépenses des départements de Rome et du Trasimène sera appuyé par des mémoires et des états. On exa­minera,  1° s’il convient de conserver le droit de mouture, qui rend 2 millions ; on ne conçoit pas comment il peut exister après la sup­pression des douanes entre la Toscane et les États romains ; 2° si l’on établira les droits réunis, et ce qu'ils rendraient ; 3° si les recettes portées dans le budget pour droits d'entrée de Rome sont des recettes impériales ou municipales; si c'est une recette impériale, on fera connaître sur quels fonds la ville de Rome fait ses dépenses ; 4° qu'est-ce que les droits pour la neige et la glace, la pouzzolane, le marc d'or, les vignes de l’agro romano et la taxe sur les chevaux ; 5° quel est le produit de l'enregistrement et du timbre comparé avec le pro­duit de ces droits pour le reste de la France; 6° s'il convient de maintenir les diverses sortes de contributions ci-dessus et d'en établir en même temps de nouvelles, telles que l'enregistrement. Si l'on veut conserver le droit de mouture, il faut prouver qu'il remplace les droits réunis. En général, lorsqu'on met une contribution nouvelle, il faut en ôter une ancienne équivalente.

L'intention de l'Empereur est que les États romains payent moins que le reste de la France. En tout état de cause, il faut que les dé­penses départementales, les centimes fixes et variables et le régime d'octroi, surtout pour Rome, soient établis sur le même système qu'en France ; il faut enfin que ce qui doit revenir au trésor y rentre effectivement, et qu'on puisse faire cesser la Consulte. Il n'y a point de temps à perdre pour que, sous tous les rapports, la réunion soit vraiment effectuée.

Le budget des dépenses doit être établi sur le même principe. Les dépenses doivent être, comme en France, impériales, départemen­tales et communales. On voit dans l'état des dépenses 3 millions pour la ville de Rome ; cela ne regarde pas les fonds généraux. Les ponts et chaussées, les marais pontins, les canaux, doivent entrer dans le budget du ministère de l'intérieur. Les dépenses pour la justice, la guerre, la marine, doivent entrer également dans les budgets de ces ministères.

Ce n'est qu'après tout ce travail qu'où parviendra à connaître ce que les États romains doivent réellement produire au trésor. Si l'on dit qu'ils produiront 15.900.000 francs, on dit une chose inexacte, puisqu'il faut ôter sur cette somme les 3 millions de dépense de la ville de Rome, etc. Il est indispensable de bien s'entendre sur tous les points ; quoiqu'on ait encore cinq mois, on n'a pas trop de temps. Après avoir établi un premier travail, beaucoup d'éclaircissements seront nécessaires ; il faudra écrire à Rome et attendre les réponses. Il est nécessaire de prévenir d’avance tous les ministres qu’ils auront à faire en 1811 le service des États romains, chacun pour leur dé­partement, qu'ainsi, lorsqu'ils présenteront leurs projets de budget an mois de septembre ou d'octobre, il est nécessaire qu'ils sachent bien ce qu'ils auront à demander d'augmentation pour ce service.


Paris, 22 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

A partir de jeudi prochain en huit, Sa Majesté entendra, tous les jeudis, les comptes d'une des grandes régies, en suivant l'ordre ci-après : les douanes, les droits réunis, l'enregistrement, la caisse d'amortissement, les forêts, les postes, la loterie. Ces administrations doivent être prévenues pour qu'elles aient le temps de préparer leurs comptes. L'enregistrement joindra aux siens un rapport et un état qui fasse connaître quels sont les biens qui sont encore sous le séquestre, et quels sont ceux qui peuvent être vendus, afin qu'on puisse prendre à leur égard un parti définitif.


Paris, 2e juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je lis la note du ministre d'Autriche sur les prisonniers de guerre autrichiens qu'il réclame. Répondez par une note dans laquelle vous lui ferez connaître que je suis sur­pris et ne puis comprendre que cinq officiers autrichiens aient été forcés à servir dans mes troupes comme simples soldats. Vous lui ferez comprendre combien cela est contraire à nos usages et à notre législation militaire ; qu'au reste je viens de prendre un moyen très simple de tirer cela au clair, qui est de faire venir ces cinq officiers à Paris, où le ministre de la guerre les verra, les interrogera et m'en rendra compte. Vous lui citerez le fait que, 1.400 hommes étant arrivés dernièrement de Laybach, le duc de Raguse, ayant trouvé que 700 de ces hommes appartenaient à la partie autrichienne, les a renvoyés à Agrar, où ils ont été reçus ; que, quant aux 50 indi­vidus qui sont retenus à Mantoue, j’ai ordonné au vice-roi de les faire revenir à Milan et de les interroger pour savoir d'eux-mêmes s'ils sont à Mantoue de gré ou de force ; et, s'ils avaient été enrôlés dans des régiments et qu'ils s'en repentissent, de leur faire donner des passeports pour s'en retourner chez eux. Vous direz que je vois à la tête de cette liste un comte de Faugliau, officier du régiment de Reisky, qui, dans aucun cas, n'a pu être retenu à Mantoue.

Quant aux 24 hommes qu'il prétend avoir été enrôlés dans des régiments suisses, dites au prince de Schwarzenberg qu'il est trop bon officier pour me pas savoir qu'en ne peut enrôler de force des étrangers dans les régiments suisses, où nous ne recevons  pas d'Alle­mands; que, s'il pouvait s'y en trouver, il suffirait qu'ils vinssent à réclamer pour être sur-le-champ renvoyés chez eux. Quant aux 400 hommes du régiment de Peterwardeiner, ils doivent faire partie de ceux renvoyés par le duc le Raguse à Agram; que, d'ailleurs, je m’en fais rendre compte, et que j'ordonne qu'on remette les extraits mortuaires de ceux qui seraient morts, ou qu'on renvoie ceux qui se seraient engagés. Vous ajouterez qu'à toute réclamation qui serait ainsi faite nominativement il sera fait droit sur-le-champ. Vous me remettrez cette note avant de la présenter.


Paris, 23 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement au duc de Vicence de ce qu'il se laisse dire par M. de Romanzof des choses aussi absurdes et aussi contraires à mon caractère que l'imputation que j'ai sollicité les Turcs à leur faire la guerre, et qu'ainsi ils obtiennent la Moldavie et la Valachie malgré moi. Il aurait du répondre que, s'il n'était pas entré dans ma politique et dans ma volonté que la Valachie et la Moldavie fissent partie de l'empire russe, ce n'est pas par de misérables intrigues que je me serais opposé, mais par une armée de 400.000 hommes, qui auraient fait, j'es­père, une passable diversion. M. de Romanzof a tout à fait désappris ce pays-ci. Il se plaît depuis quelque temps à nous insulter de toutes les manières. La faute en est au duc de Vicence, qui ne lui répond pas ad hoc.


Paris, 23 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre du 20 juillet. Je lis avec grande attention les renseignements, aussi prompts qu'étendus, que vous donne le mi­nistre des finances sur le budget de 1810. Il faudra que, pour com­pléter ce travail, vous fassiez faire par chaque ministère le relevé de l'économie qui résultera de la réunion. Les relations extérieures, par exemple, seront un objet d'économie; le Corps législatif sera un objet d'économie ; le Conseil d'État, la liste civile, etc., seront éga­lement des objets d'économie.

Je vous ai mandé que les relations extérieures ne devaient être payées que jusqu'au 1er août. Ce sera donc du ler août que datera l'économie. Je pense également que le Corps législatif et le Conseil d'État doivent être déclarés licenciés, et n'être soldés que jusqu'au 1er août.

Quant à la liste civile, aussitôt que le comte Daru m'en aura rendu compte, je prendrai un décret à cet égard ; mais il est évident qu'on peut considérer la dépense des six derniers mois comme économisée au moins de moitié.

J'espère donc que ces divers objets feront une économie de près d'un million de florins, ce qui rétablira tout à fait l'équilibre ; mais je vois qu'indépendamment de ce il sera dû, au ler janvier 1811, dix-huit mois, savoir : une année terminée en juin 1810, et six mois terminés au 1er janvier 1811. De ces dix-huit mois il est indispen­sable d'en payer six, estimés environ 11 millions de francs ; ce qui fait un déficit réel, auquel il faudra pourvoir au 1er janvier. Faites-moi connaître s'il n'y a pas quelques rentrées arriérées sur les exer­cices antérieurs, qui puissent couvrir ce déficit.

Je vous recommande de mettre en distribution pour le mois de juillet la moitié de ce qui est demandé pour les dettes du Roi, et surtout ce qui est nécessaire à la marine pour pousser avec toute l'activité possible les travaux que j'ai ordonnés. Pour la marine, j'ai besoin d'un budget plus détaillé et d'états à l'appui sur le personnel et le matériel, afin que je comprenne bien le supplément de budget qui est nécessaire pour réaliser mon décret.


Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J'ai reçu vos lettres du 21. Vous avez mal fait d'écrire au Roi, avec lequel vous n'avez rien de commun; vous ne devez pas entre­tenir de correspondance; je trouve que vous avez en cela manqué de tact. Je puis traiter le Roi comme il me convient, mais cela n'a aucun rapport avec vous.


Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de me faire connaître l'organisation militaire de la Hollande sous le rapport du territoire, et de m'envoyer une carte d'étapes, ainsi que son organisation sous le rapport du génie et de l'artillerie.


Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un mémoire sur l'em­prunt fait par le roi de Hollande. Je vous prie de m'en faire une ana­lyse claire, que vous me remettrez avec les pièces.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les circonstances où se trouve le Valais m'imposent l'obligation de prendre un parti sur ce petit pays, et j'ai résolu de le réunir à la France. Écrivez pour faire venir à Paris l’évêque de Sion et six des principaux du pays, dont quatre des plus défavorables à la France et deux des moins opposés.

Préparez un rapport dans lequel vous retracerez la mauvaise organisation du Valais, qui a donné lieu à sa conduite équivoque pen­dant la guerre, les ridicules prétentions du haut Valais, qui veut subjuguer le bas et se rendre souverain du pays, parce que le bas Valais est plus riche et plus éclairé. Faites connaître que la partie de la route que devait faire le Valais n'a pas été faite, que nous y avons dépensé douze millions, et que cette communication, qui devait produire de si grands avantages pour le pays, produit l'inverse par l'ignorance et les préjugés de quelques fanatiques. Faites connaî­tre que les dispositions que j'ai faites dans le Valais, l'année der­nière, étaient surtout pour que la Suisse restât indépendante, et afin de m'assurer le passage du Simplon. Appuyez surtout sur la con­duite qu'a tenue le Valais dans la dernière guerre et sur le mauvais esprit qui y règne, sur la nécessité de réunir ces 60.000 âmes à l'Empire pour le bien être du pays, et en particulier du bas Valais, qui craint de devenir esclave du haut Valais, enfin pour l'avantage du grand système et le plus grand avantage du royaume d'Italie et de l'Empire. Vous me ferez connaître à quel département il faudrait réunir le Valais et quelle espèce de communication je devrais faire.

II est nécessaire que mon chargé d'affaires parte sur-le-champ en poste, après vous avoir remis tous les renseignements et pièces qu'il a sur le Valais. Il fera partir, à son arrivée, l'évêque et les six per­sonnes que j'ai demandées, et vous désignera vingt des principaux opposants à la France, que je ferai arrêter au moment de la réunion. Il faut préparer une note pour le Landamman de la Suisse.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis vous exprimer à quel point je suis indigné de la lettre du sieur Désaugiers (Secrétaire de légation, chargé d'affaires à Stockholm). Je ne sais par quelles instructions cet envoyé a pu se croire autorisé à tenir des propos si extravagants. Mon intention est que vous le rappeliez sur-le-champ, et que vous donniez l'ordre au sieur Alquier de partir sans tarder plus longtemps. Il est indispensable, quand je ne vous réponds pas, que vous ne laissiez pas mes agents sans direction, afin qu'ils ne soient jamais dans le cas de prendre sur eux. Vous ferez venir le ministre de Suède; vous lui ferez connaître que je rappelle mon chargé d'affaires pour avoir eu des opinions à lui; vous n'entrerez pas dans le détail des opinions qu'il a émises, mais vous lui direz qu'il n'appartenait pas à ce chargé d'affaires d'en avoir sans ma participation ; que je ne pouvais en avoir moi-même, ne connaissant pas les dispositions de la Diète.

Quant au sieur Alquier, vous lui donnerez pour instruction verbale de se maintenir en harmonie avec la Russie et le Danemark, et d'aider le Roi autant qu'il pourra; que mon intention n'était pas de me mêler directement des affaires de Suède; que le successeur que je préférais à tous était le prince Christian, frère du feu prince royal, que le Roi lui-même avait proposé, et que je désire bien connaître la posi­tion et l'esprit du pays.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous donne pour instruction géné­rale d'écrire à mes ministres et consuls et de prendre toutes les mesures pour qu'aucun bâtiment américain ou neutre, chargé de marchan­dises coloniales, ne soit reçu dans les ports de la Prusse, du Mecklenburg, de la Suède et du Danemark. On assure que la Prusse favorise beaucoup ce commerce. Il faut que le comte de Saint-Marsan s'explique là-dessus. Écrivez la même chose à mes ministres en Da­nemark et dans les villes hanséatiques. Vous devez écrire et récrire, et suivre ces affaires, afin d'arriver à ce résultat.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DE L'EXTÉRIEUR, DE LA GUERRE ET DE LA MARINE.

Les ministres de l'intérieur, de la guerre et de la marine se réuni­ront pour présenter un projet sur les galériens. On établira d'abord le nombre de galériens nécessaire pour les travaux de la marine, et le ministre de la marine les conservera. Du surplus on fera des chaînes comme dans tous les pays où il n'y a pas de marine, et on les placera dans les forteresses et dans les lieux où il y a de grands travaux. Il faut régler la force de chaque chaîne ; les diviser en compagnies, en se servant d'une autre expression ; leur donner des offi­ciers, qui porteront un autre nom que celui d'officier; déterminer la force de la gendarmerie qui fera le service pour chaque chaîne.

Lorsque les chaînes auront eu une destination, on les changera le plus rarement possible. Ainsi on peut en mettre une à Flessingue pour les travaux. Il y en aurait de même à Anvers une permanente pour le compte de la guerre. Il en serait de même à Cherbourg.

Les chaînes qui seraient données aux forteresses, pour curer les fossés et pour les travaux du génie, y seraient également permanentes.

On a remarqué qu'il y avait des forçats qui, à cause de leur scé­lératesse, ne peuvent être employés à aucuns travaux : en ce cas, pourquoi les met-on dans les ports de la marine, dont les arsenaux doivent craindre davantage le danger que les travaux de la terre? Cette objection implique contradiction.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de presser, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, le départ de toutes les marchandises coloniales qui étaient venues sur les bâtiments américains, qui étaient séquestrés, et que, par un article du dernier traité, le Roi devait envoyer en France. Mon intention est que ces marchandises soient envoyées à Anvers pour y être vendues. Sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas en permettre la vente à Amsterdam. Prenez donc des mesures pour en opérer le départ sans le moindre délai. Il est une partie de ces marchandises qui avaient été remises à des négociants hollandais sous caution ; envoyez-m'en l'état, afin que je les fasse venir égale­ment à Anvers.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Ayant supprimé la plus grande partie des couvents à Rome, et voulant, autant que possible, maintenir le rang et l'importance de la population de cette grande ville, je désire y établir des manufactures et encourager la culture des cotons. On m'assure que les terres de Rome sont propres à cette culture, et qu'il y a une grande quan­tité de courants d'eau, dans les emplacements où étaient situés les couvents, qui peuvent servir comme moteurs des machines. Prenez des mesures pour arriver à ce résultat. Mon intention est de mettre à votre disposition une somme de 500.000 francs pour cet objet; vous en recevrez le décret.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le pays de Rome excite ma sollicitude. Je désire qu'une commis­sion , composée du sénateur Fossombroni, du sieur Prony, d'un autre ingénieur et de deux agronomes, se rende à Rome, visite avec soin les environs de cette capitale, les marais pontins, et me fasse an mémoire sur ces questions :

1* Pourquoi les environs de Rome ont-ils été laissés incultes ?

2* Pourquoi sont-ils malsains ?

3* Quel remède y a-t-il pour faire cesser dette inculture et la malsaineté (sic) ?

4* Quel est l'état de dessèchement des marais pontins ? Quels sont les travaux qu'on y a faits, le système qu'on a suivi et celui qu'il convient de suivre ?


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je suis instruit que les denrées coloniales entrent en foule en France. Il faut renforcer la ligne et ordonner que, si les déclarations ne sont pas faites à une époque fixée, les marchandises seront confisquées.

N'y a-t-il pas des individus attachés au directeur général pour l’état-major des douanes ? Si cela est, il faut en envoyer un certain nombre en Hollande, et également fixer le temps nécessaire pour payer les droits ; faites-moi connaître ce que le comte Collin aura fait sur tout cela. Si les douanes ont besoin de renforts, ils doivent en prendre dans les troupes qui sont à Anvers ; le ministre de la guerre a des ordres là-dessus.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, vous avez le budget de la Hollande et vous connaissez bien la situation des dettes. Je désirerais que vous me répondissiez à la question suivante : Quel doit être le montant des impositions que doit payer la Hollande pour payer le tiers de sa dette, les pensions civiles et militaires, ce que coûteront le ministère de l'intérieur, celui des finances, les canaux, la justice, puisque tout cela ne me rend rien, et enfin me couvrir les dépenses que néces­sitent la défense du pays et les chantiers de la marine; savoir: 10 millions de florins pour la guerre et 6 millions de florins pour la marine, ce qui fait 16 millions de florins, ou à peu près 32 millions de francs ? Combien, dis-je, la Hollande doit-elle me rendre pour arriver à ce résultat ? Il faudrait donc qu'indépendamment de ce qui est relatif à tous les ministères, que j'évalue à 32 millions de francs, la Hollande me rendit, pour payer la dette, 28 millions, ce qui ferait une soixantaine de millions. J'y comprendrais les deux dépar­tements qui ont été réunis avant.

P. S. L'ancien ministre des finances de Hollande, Gogel, est arrivé; voyez-le et amenez-le-moi ce soir à Saint-Cloud, à huit heures.

Je vous envoie une lettre de M. l'architrésorier sur la caisse d'amortissement.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de réunir le Valais à la France. J'ai besoin, pour cela, de réunir à Genève une compagnie de gendarmerie à pied et à cheval, qui sera tirée des 6e, 7e et 18e divisions militaires. Faites-moi connaître comment cette compa­gnie doit être composée, afin que j'autorise sa formation. Vous me ferez connaître quand elle sera réunie à Genève. Elle sera constituée en compagnie, fera partie d'une légion et sera placée dans un poste fixe. Elle pourra servir d'escorte à l'officier général que je chargerai de faire la réunion. Je pense qu'il est convenable, pour être à l'abri de tout événement, de réunir à Genève 1.200 Portugais. On pourrait faire marcher vingt-quatre compagnies, en complétant chaque com­pagnie à 50 hommes. Faites-moi connaître la composition de tous les Portugais qui sont à mon service, par régiment, par bataillon et par compagnie. Vous m'informerez de l'époque où ces 1.200 hommes seront réunis à Genève.

Mon intention serait de faire passer le Saint-Bernard à deux batail­lons du 23e d'infanterie légère, formant 1.500 hommes, auxquels on joindrait une compagnie de chasseurs tirée des dépôts du Piémont. Cette colonne resterait à Aoste et se joindrait à celle qui viendrait de Genève, si cela était nécessaire. Une autre colonne de 1.200 hommes d'infanterie italienne et de 50 chevaux se réunirait à Domo d'Ossola et serait prête à passer le Simplon. Faites-moi un rapport là-dessus.


Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte Molé, directeur général des Ponts et Chaussées, à Paris

J'ai nommé directeur des ponts et chaussées au delà des Alpes le sieur Fabbroni, homme d'un mérite distingué. Mettez-le au fait de la situation des travaux, faites-le assister au conseil et donnez-lui toutes les lumières dont il a besoin, tant pour le matériel des travaux que pour la comptabilité. Il faut qu'il organise ses bureaux et qu'il prenne la correspondance au 1er août. Il sera chargé de la partie de la route de Chambéry au mont Cenis, et le mont Cenis fera partie de son arrondissement. Vous le chargerez d'aller visiter les travaux qui se font en Piémont, à Gènes, à Parme, en Toscane et à Rome. Ce voyage l'occupera pendant les mois d'août, septembre, octobre, novembre el une partie de décembre. Il sera de retour à Paris le 20 décembre, avec tous les renseignements qu'il aura recueillis. Il dirigera sa route de manière qu'en revenant il revoie les mêmes tra­vaux. Il vous écrira de chaque lieu pour vous faire connaître la situation des travaux. Je serai bien aise d'avoir l'extrait de sa corres­pondance. Il verra, en passant au mont Cenis, ce qui a été fait pour l'exécution de mes ordres et ce qu'on pourrait faire encore pour améliorer le passage.


Saint-Cloud, 26 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, tenez un courrier prêt à partir pour porter ma lettre à l'Empereur. Écrivez au comte Otto de requérir l'arrestation de Pozzo di Borgo comme condamné à mort par contu­mace, ayant trahi la France en faveur des Anglais. Au fond, je me contenterai de demander son expulsion de la monarchie autrichienne. Mandez à Otto d'avoir l'œil sur M. de Razumowski, et d'insinuer, comme chose qui serait agréable ou comme conseil, qu'on lui fasse quitter Vienne.

Faites-moi un rapport sur les affaires de M. de Sikingen. Je désire savoir ce qu'il a perdu et ce qu'on pourrait faire pour cet individu, auquel il paraît que l'empereur d'Autriche prend un grand intérêt.


Saint-Cloud, 26 juillet 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie des notes qu'on me présente sur une députation des provinces illyriennes (Par décret du Î5 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gaète, avait dans ses attributions ministérielles toute l'administration publique des provinces illyriennes). Ce pays étant dans votre département, c’est à vous à me faire un rapport qui me fasse connaître les pouvoirs de ces députés, ce qu'ils viennent faire, qui les a nommés, ce qu'ils désirent, enfin ce que c'est que chacun de ces individus. Vous ne m'avez point encore fait ce rapport.


Saint-Cloud,  26 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION SUR LES FINANCES DES DÉPARTEMENTS DE ROME ET DU TRASIMÈNB.

D'après le compte du ministre, il paraîtrait que les États romains rendront très-peu de chose à l'État; mais il y a 200 millions de domaines dont on ne saura que faire. On a déjà décidé de les em­ployer à payer la dette perpétuelle. On pourrait de même donner des terres à 10 pour 100 pour le payement des pensions ecclésiastiques et civiles. Cette opération emploierait le capital, en terres, ci-après :

1° Remboursement de la dette perpétuelle.  .  .    50.000.000 fr.

2° Remboursement des pensions des moines. .    50.000.000 fr.

3° Remboursement des pensions civiles…            10.000.000 fr.

Total : 110.000.000

Les individus propriétaires de la dette ou ayant droit à des pensions achèteraient des biens en remboursement de ce qui leur serait dû. En général, les moines et les prêtres appartiennent aux classes infé­rieures de la société. Ils achèteraient aussi de petites propriétés à côté de celles de leurs parents, et cette mesure aura l'avantage particulier de créer un grand nombre de propriétaires. Si elle ne réussissait pas complètement à l'égard des pensionnaires, les biens ayant été remis à une société, cette société percevrait les revenus et payerait les pen­sions. Peut-être faudrait-il faire quelques avances de fonds pour qu'il n'y eût pas de retard, et ce ne serait pas une difficulté. Les parents des pensionnaires auront un intérêt à ce que les pensionnaires se fassent rembourser en biens, puisqu'ils en hériteraient. Cela for­merait ainsi des familles de propriétaires qui craindraient que le Pape ne vînt les déposséder, et ce serait encore un résultat important de l'opération. Ces diverses observations doivent être communiquées à la Consulte.

Peut-être, avant de hasarder une chose semblable, conviendrait-il de savoir comment ira la liquidation des 50 millions pour la dette perpétuelle. On pourrait former un conseil, comme en Toscane, auquel on donnerait 50 millions de domaines pour le remboursement de la dette, et ensuite un capital en domaines d'un revenu suffisant pour payer les pensions. Les réponses de la Consulte feront connaître s'il y a assez de biens nationaux pour faire face à ces dépenses. Toutefois Sa Majesté est décidée à ne porter sur le livre de France ni les pensions des moines ni les pensions civiles des États romains. Elles ne paraîtront pas en dépense sur le budget, et le revenu des domaines n'y paraîtra pas en recette.

Il est indispensable, pour ces opérations, d'avoir à Rome un cor­respondant qui entende bien l'enregistrement et les domaines. On peut y envoyer M. Bochet, qui est à Turin, et qu'on ferait remplacer, si cela est encore nécessaire, par M. Deschamps. Il serait aussi membre d'un conseil de liquidation qui serait composé, comme il va être dit, dans les bases suivantes données par Sa Majesté pour la rédaction d'un projet de règlement.

 

TITRE Ier.

Article…. A dater du ler janvier prochain, la Consulte de Rome sera dissoute.

Art…  Il sera nommé un gouverneur générai. (Déterminer ses fonctions.)

Art…  Il y aura à Rome un intendant du trésor public. (Déterminer ses fonctions, comme en Toscane.)

(Déterminer dans ce titre tontes les autorités qui tiennent au gou­vernement général et toutes leurs attributions, comme en Toscane. Régler enfin une organisation complète.)

TITRE II.

Art…  Il y aura à Rome, pendant les années 1810 et 1811, un administrateur de l'enregistrement chargé d'inspecter l’établissement du service de l'enregistrement et de donner les décisions aux directeurs, d'être leur intermédiaire avec la Consulte et de correspondre avec le directeur général à Paris.

Art…  Il remplira aussi les fonctions de notre commissaire de l’administration de la dette, et il sera membre du conseil de liquidation qui sera établi ci-après.

TITRE III.

Art…  Il y aura à Rome un conseil de liquidation composé de la manière suivante :

Le sieur Janet, maître des requêtes, Président;

Le sieur Bochet, administratenr de l’enregistrement ;

Le sieur Occelti, ci-devant directeur de la dette du Piémont, et le directeur actuel de la dette de Rome.

Un auditeur choisi parmi les auditeurs italiens tiendra la plume.

Art…  Ce conseil sera chargé,

1° De liquider les pensions ecclésiastiques sur des bases réglées par nous.

2° De liquider les pensions civiles;

3° De désigner les 1.500.000 francs de rente de la dette publique, en se restreignant aux principes établis.

(Mettre ici les principes de la liquidation de la dette ecclésiastique pour les évêques et les membres des chapitres supprimés; faire un titre particulier en projet de décret pour le remboursement de la dette publique au moyen de 50 millions de domaines.)

 

TITRE IV. — DE L'HYPOTHÈQUE SPÉCIALE POUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES.

Art…  La commission établie par l'article ci-dessus aura la direction de tous les biens nationaux.

Elle sera, en conséquence, chargée du payement des pensions ecclésiastiques et civiles.

Tous les six mois, elle rendra son compte en recette et en dépense. L'excédant des recettes sera versé au trésor public au compte des douanes.

Il faut que cette commission soit fortement constituée, qu'elle puisse prendre des arrêtés pour l'administration et la conservation des biens, pour faire rentrer les revenus, etc. Elle aura d’autant plus de force que, si les revenus ne rentrent pas, elle ne pourra pas payer les arrérages des pensions. Ainsi, si elle a contre elle un esprit de localité, elle aura pour elle un intérêt local.

Les choses étant ainsi réglées, le budget général, comme on l'a dit ci-dessus, ne comprendra point en recette les domaines nationaux et ne comprendra en dépense ni la dette publique ni les pensions ecclésiastiques et civiles.

On s'occupera sur-le-champ d'établir le budget de la ville de Rome. Le décret à présenter doit contenir un titre à cet égard et renfermer, entre autres dispositions, celles qui suivent :

Art…  Le budget de la ville de Rome sera réglé incessamment en recette et en dépense dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles que les budgets des villes de notre Empire.

Art…  Les recettes de la ville de Rome se composeront,

1° De l'octroi, 2.500.000 francs (il sera fait déduction du dixième pour le pain de soupe, comme en France) ; 2° du droit sur la neige et la glace, 20.000 francs; 3° du droit sur les chevaux de luxe, 68.000 francs ; 4° des revenus propres à une grande ville, tels que droits de halles, places, marchés, pesage et mesurage, centimes communaux, etc., par estimation, 412.000 francs, total, 3 millions de francs.

Art…  Les dépenses sont arrêtées comme il suit         

Art…  Les budgets des communes dont la population est de 10.000 âmes et au-dessus seront dressés et arrêtés dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles qu'en France. Il sera établi, s'il y a lieu, des octrois dans lesdites villes pour subvenir à leurs dépenses. (Le ministre de l’intérieur enverra des instructions à la Consulte pour la formation des budgets de la ville de Rome et des antres villes).

Art…  Le principal de la contribution foncière est réglé, savoir :

Pour le département de Rome     pour le département du Trasimène       

La contribution personnelle : pour le département de Rome           pour le département du Trasimène           

Centimes fixes pour le trésor : Rome      ; Trasimène  

Centimes variables : Rome           Trasimène    

 

CHAPITRE II. — CONTRIBUTIONS INDIRECTES.

Enregistrement (compris dans le budget général de France)

Vente du sel et tabac (compris dans la régie au delà des Alpes)     

Loterie.*.... droits de marc d'or     droits de mouture   , etc.

 

CHAPITRE III. — DÉPENSES.

Liste civile, 1.500.000 francs.

Dépense du Pape (réduire à) 1.200.000 francs.

Justice (le grand juge a fait son organisation ; il connaît ses dépenses; il fera lui-même son budget) 

Intérieur (le ministre fera son budget ; il y comprendra les centi­mes applicables aux dépenses départementales)   

Guerre et administration de la guerre (on comprendra ce qui est dépense fixe, comme la gendarmerie, les états-majors, etc.)         

Marine (on y comprendra le service fixe à Cività-Vecchia, etc.)       

Fonds entrant au trésor pour les dépenses générales de la guerre et de la marine, 6 millions de francs.

(On dira qu'en 1811 toutes les dépenses pour Rome entreront dans les dépenses générales, mais que ce compte n'est établi qu'afin d'éclairer les ministres sur cet objet.)

Le ministre des finances fera ensuite le raisonnement pour arriver à un résultat.

Les dépenses de la justice, de l'intérieur, de la police, des cultes, ne regardent pas les dépenses générales. Il en est de même de 17 ou 18 millions de dépenses des finances. Il n'y a réellement que les rela­tions extérieures, une portion des finances pour le Sénat et le Corps législatif, la guerre, la marine et la liste civile, qui soient des dépenses de l'État et tenant à l'exercice de la souveraineté. Ces dépenses sont:

Liste civile                30.000.000

Relations extérieures                     8.500.000

Finances                    8.000.000

Guerre et administration de la guerre.  .  .  .      350.000.000

Marine                       100.000.000

Total   : 496.500.000

Ce total divisé par 37 millions, formant la population de la France, donnerait, pour chaque million d'habitants, un contingent de 14 millions pour les dépenses qui tiennent à l'exercice de la souveraineté. La population des États romains doit payer comme les autres; mais elle n'est que de 800.000 habitants ; son contingent pour 800.000 habi­tants doit donc être moindre de deux dixièmes, ou de 2.800.000 francs : son contingent ne serait donc plus que d'environ 11 millions; mais elle paye 1.500.000 francs de liste civile et 1.200.000 francs pour le Pape; il y a donc encore à déduire 2.700.000 francs, ce qui réduit son contingent à 8 millions environ. Il faudrait donc que, les dépenses des petits ministères soldées, elle donnât encore 8 millions pour faire face à tout ce qui tient à l'exercice de la souveraineté, c'est-à-dire à la guerre, à la marine, etc.

Sa Majesté désire que le ministre des finances établisse le même raisonnement pour la Toscane et pour le Piémont. On comprend dans le Piémont Gènes et Parme.

Jeudi prochain, le ministre des finances remettra un compte qui fasse connaître si les impositions françaises s'établissent à Rome et les résultats en recette et en dépense pour 1811. Il faut donc faire le budget de chaque commune, département, ministère, etc.

Dans le mémoire à l'appui de ce compte, le ministre fera connaî­tre à combien monte la dîme dans les départements romains et de quel secours elle est pour le culte; quels étaient les droits féodaux, à combien ils s'élevaient, et quel est le résultat de leur suppression; à combien montait la contribution foncière; si elle se trouvera la même que du temps du Pape; si on peut l'augmenter à raison de la suppression des dîmes et des droits féodaux; enfin comment était établi le droit d'enregistrement et s'il ne conviendrait pas qu'il fût le même qu'en France.


Saint-C1oud, 26 juillet 1810

A François II (sic), empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je reçois la lettre de Voire Majesté Impériale du 15 juillet. Je la prie de recevoir mes remerciements des choses aimables qu'elle contient, je suis fort sen­sible à l'attention qu'elle a eue et aux sentiments qu'elle me témoigne. Le comte de Metternich et le prince de Schwarzenberg et les sujets de Votre Majesté qui se trouvaient à Paris dans cette douloureuse circonstances, ont mérité tous les éloges, et leur conduite m'a fait un sensible plaisir ; ce qui me porte à désirer de donner l'aigle de la Légion d'honneur à plusieurs d'entre eux. J'ai chargé le comte de Metternich d'en demander la permission à Votre Majesté.

Je ne sais si l'Impératrice vous a fait connaître que l'espérance que nous avions de sa grossesse acquiert tous les jours de nouvelles probabilités, et que nous avons toutes les sûretés que l’on peut avoir à deux mois et demi. Votre Majesté comprend facilement tout ce que cela ajoute aux sentiments que m'inspire sa fille, et combien ces nouveaux liens rendent plus vif le désir que j'ai de lui être agréable.

Que Votre Majesté veuille ne jamais douter des sentiments d'amitié, d'estime et de haute considération, avec lesquels je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.


Saint-Cloud, 27 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie une lettre de M. l'architrésorier sur l'amortissement de la dette hollandaise; c’est encore un million à ôter de la dette. Il faut en déduire aussi ce qu'on payait à Hesse-Cassel et à la maison d'Orange; on m'assure que c'est un objet considérable. Tout cela doit faire une diminution sensible. Compre­nez tout cela dans le tableau que vous devez me remettre. Vous trouvera une autre lettre de M. l'architrésorier sur les emprunts de Portugal et d'Espagne; faites-moi connaître ce qu'on peut espérer de cela.

Je vous envoie de nouveaux tableaux de la dette. Il me parait qu'elle se monte à 38 millions de florins en tout ; mais il faut en ôter ce qu'on donnait à Hesse-Cassel et à la maison d'Orange; il faut en ôter aussi ce qu'on donne à ceux qui ont trahi la Hollande pour l'Angleterre.


Saint-Cloud, 27 juillet 1810

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DE LA MARINE

En temps de grande guerre la France ne peut rien sur mer ; elle doit se borner alors à avoir des escadres légères pour protéger son cabotage et pour le service de ses colonies. Mais c'est en temps de paix, ou de petite guerre combinée, que la marine peut développer ses moyens. Lorsque cette époque est arrivée, on ne peut pas désarmer entièrement et détruire les cadres des troupes de terre ; il faut les employer à fournir des garnisons aux vaisseaux et à garder les côtes. Les garnisons peuvent même être composées d'hommes d'élite qui seront beaucoup plus utiles à bord que les troupes de la marine; celles-ci doivent donc compter à bord parmi les hommes de la marine nécessaires à chaque vaisseau. Ainsi, sur un bâtiment qui exige 700 hommes, il doit y avoir d'abord 600 hommes appartenant à la marine et parmi lesquels comptera un nombre suffisant de canonniers de la marine; il doit y avoir ensuite 100 hommes de trou­pes de ligne formant la garnison. Cette manière d'employer les troupes de la marine an service des vaisseaux et les troupes de terre à la garnison des vaisseaux a l'avantage, 1° d'éviter que les troupes de la marine forment un double emploi, ce qui arriverait si elles fai­saient un service de terre et ce qui mettrait, en temps de paix, dans la nécessité de les dissoudre; 2° d'employer, en temps de paix, une partie des troupes de terre qu'on ne peut pas désarmer ; 3° de placer dans les vaisseaux, au moyen des garnisons appartenant à l'armée de terre et d’un bon choix de canonniers de la marine, un nombre suffisant d'hommes, anciens Français, avec les matelots qui seront, pour le plus grand nombre, des hommes des pays réunis à la France, ou même de pays étrangers.


Saint-Cloud, 27 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DE LA MARINE

La question des fortifications de Cherbourg est tout aussi importante

Le tracé de l’an III est inadmissible : ce sont des lignes sans résul­tat. Le commandant qui serait derrière ces lignes capitulerait dans vingt-quatre heures. Ces lignes embrassent la ville, arrivent au pied des hauteurs et en sont tellement dominées qu'elles n'ont aucune défense. L'ennemi venant à les percer serait maître du bassin. Si l'on propose de fermer par une ligne l'emplacement actuel, on prend l'emplacement des cales. Si on établit cette ligne entre les cales et le bassin, les cales, les établissements nécessaires aux chantiers, les bois de construction se trouvent hors de l'enceinte. Si on place l'en­ceinte entre les cales et la ville, on n’a plus d'espace suffisant pour que la défense soit raisonnable.

Il y a ici deux questions distinctes : la première est relative au bombardement. On a le projet de faire beaucoup de forts pour tenir l'ennemi à 1.500 toises du bassin. Mais ces forts seront toujours d'une faible défense, puisqu'ils seront petits et nombreux. Si l'ennemi débarque avec une artillerie suffisante, il s'emparera en dix jours des forts, et il sera alors à même de bombarder le port. Un bombardement sera un grand mal. Mais, si l'ennemi est obligé de s'en tenir là, il aura manqué son opération : dix jours auront suffi pour mettre les poudres en sûreté dans le magasin, pour blinder les établissements qui pourront l'être, pour mettre les chanvres dans un lieu plus ou moins sûr, et le mal que fera l'ennemi sera au-dessous de sa dé­pense. Ce n'est pas pour brûler des magasins et faire un dommage de 4 ou 5 millions que l'ennemi aura conçu une opération hasar­deuse. S'il n'obtient que ce résultat, son opération sera manquée: la France aura réparé ses pertes en six mois, et le déficit pour les finan­ces de l'un et de l'autre État sera égal. Si l'ennemi est obligé de s'embarquer, sans avoir atteint le second but de son expédition, cela peut l'exposer à des pertes d'hôpitaux et d'arrière-garde, d'où résulterait pour lui un dommage hors de toute proportion avec celui qu'il nous aurait fait éprouver. Il faut donc faire les forts pour empêcher le bombardement, ou du moins pour le retarder de manière que, quand il aurait lieu, son résultat serait peu de chose.

Ce bombardement ne sera pas, comme nous l'avons dit, le prin­cipal objet de l'ennemi. Son but principal sera d'enlever ou de brûler avec la torche dix-huit vaisseaux de ligne, de brûler les magasins, de détruire le port en faisant sauter les voussoirs, les écluses, les formes, les murs des quais, d'emporter le matériel, y compris les bois. On conçoit que le matériel d'un arsenal en activité peut valoir 20 millions ; que la destruction des bassins, etc., exigerait, pour les rétablir, une dépense plus considérable que celle de leur création.


Ce serait donc une perte pour la France de 40 à 50 millions, et pro­bablement un découragement tel qu'on renoncerait à jamais au port de Cherbourg.

C'est contre ce second but de l'ennemi qu'il faut employer tous les moyens de l'art. On convient qu'on ne peut empêcher le bombarde­ment si l'ennemi se trouve supérieur pendant quinze jours. II faut faire une enceinte avec des contre-gardes et tous les moyens de l'art nécessaires pour qu'elle se défende au moins pendant quinze autres jours. Cela est très-important, car autant il est probable que l'ennemi sera maître d'agir pendant quinze jours, autant il est probable qu'il ne le sera pas pendant un mois. Quinze jours ajoutés à quinze jours font un temps immense; ainsi aucun projet n'est admissible s'il ne donne le moyen de défendre les bassins pendant un mois.

Ces principes posés et non perdus de vue, il faut examiner les résultats :

1° Une enceinte bastionnée de 2.500 toises est une dépense de 12 millions ;

2° En traçant cette enceinte, on est obligé de lui donner 3 ou 4.000 toises de développement, car aucun ingénieur sensé ne consentira à faire une enceinte au pied des hauteurs ; il voudra les enve­lopper, cela exigera une nouvelle dépense de 4 ou 5 millions et un emploi de moyens de défense immenses.

Le petit projet proposé trace une enceinte de 800 toises, qui peut être défendue avec des dépenses et des moyens raisonnables. Elle se trouve à 600 toises des Couplets; elle a dès lors 400 toises sans être dominée, et elle offre, pour la défense, toutes les ressources de l'art, puisqu'on ne chemine qu'à 300 toises. De l'autre côté, elle est aussi à 600 toises du point des Fourches; ce qui suppose qu'elle aurait aussi 400 toises sans être dominée. Le côté parallèle à la ville est aussi à 400 toises de toute domination et des maisons; ainsi tous les fronts peuvent avoir le jeu et la défense de l'art. En occupant les deux points des Couplets et des Fourches, on oblige l'ennemi à com­mencer l'attaque par l'un des deux, à moins qu'il n'attaque par le côté de la ville; mais, si l'on pouvait couvrir ce côté par une inon­dation, la place acquerrait un nouveau degré de force.

Au lieu de deux ou trois points qui dominent, et qu'il faut soigner pour empêcher les cheminements et donner de grands moyens de défense, on en a, dans le projet de l'an III, huit ou dix, indépen­damment d'une enceinte de 4.000 toises; ce qui entraînera dans une dépense incommensurable. Il est encore à observer que ces points à occuper sont indépendants des forts à faire contre le bombardement.

 

La première défense devant être à 1.500 toises du bassin pour empêcher le bombardement, 1,500 toises de rayon donnant 9.000 de circonférence dont la moitié est couverte par la mer, il reste 4 à 5,000 toises, et l'on conçoit dès lors le grand nombre des forts et leur faiblesse pour la défense de la place.

Sa véritable défense, dans le petit système, ne se peut que sur les Couplets et les Fourches, une inondation et un ouvrage sur le fort du Gallet, et enfin on arrive à une bonne enceinte de 400 toises de domination.

Telles qu'on se figure les choses, on peut donner trois à quatre mois de défense à la place, tandis, que, selon le projet proposé, on fait une dépense immense en ne se procurant qu'une défense à peu près nulle.

Voilà les bases sur lesquelles, le comité doit discuter les projets contradictoirement avec l'ingénieur Cachin.

En supposant le petit projet exécuté, rien n'empêchera de protéger aussi la ville, non contre un bombardement, elle n'en vaut pas la peine, mais pour empêcher l'ennemi d'y entrer. Il est possible qu'une enceinte telle qu'elle est supposée, une inondation à l'est et les forts à occuper pour le bombardement, permettent aussi de donner à la ville la même défense contre le bombardement. Ainsi, jusqu'à ce que la ligne de bombardement soit forcée, la ville sera occupée par des troupes; ensuite elle se présentera avec ses défenses propres, qu'on peut augmenter successivement pendant trente ou quarante ans, et que l'ennemi ne tentera jamais d'attaquer.

Le projet de l'an III a 2.700 toises; il semble qu'avec 3.000 et quelques cents toises on pourrait fortifier les points culminants par des ouvrages séparés et liés entre eux, et faire passer l'enceinte, des Couplets à la redoute Saint-Sauveur, sur les hauteurs. L'enceinte n'en serait pas plus grande, puisque 400 toises ne sont rien. On épargne les fortifications sur les points culminants et on pourra rendre l'enceinte aussi forte qu'on le voudra, et l'augmenter tous les jours pendant vingt ou trente ans, d'autant plus que toute la distance entre les points culminants pourrait être couverte par des inondations ou autres moyens.

Sa Majesté ordonne que les observations ci-dessus soient commu­niquées au comité des fortifications.


Paris, 27 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La commission des généraux Dulauloy et Kirgener est indépen­dante des six commissions que j'ai ordonnées pour l'inspection des côtes. Pressez le départ de ces officiers, parce que je suis fort dési­reux d'avoir un mémoire raisonné sur le Texel. Ecrivez au ministre de la marine hollandaise de leur adjoindre un contre-amiral hollan­dais qui connaisse bien ce port, afin que le rapport de cette commis­sion me fasse embrasser tout l'ensemble de cette importante position. Mettez des officiers subalternes du génie sous les ordres du général Kirgener pour faire les devis des fortifications et autres détails. II me faut au Texel une place forte de grande consistance.


Saint-Cloud, 28 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Les ministres étrangers qui n'auront pas eu l'avis de leur rappel au 1er août continueront d'avoir leur traitement jusqu'au 1er septembre.

Je crois qu'il faut laisser aux militaires la surveillance de la pêche, cela les mécontenterait trop; mais il faut me dénoncer le premier abus qui se commettrait, et je le réprimerai si sévèrement que l'envie de recommencer ne reprendra à personne. Continuez à faire payer jusqu'au 1er septembre les orphelins de Leyde; avant peu, j'aurai pris un parti définitif.

J'ai fait partir un assez grand nombre d'avisos pour porter des nouvelles à Batavia. Faites choix d'un Hollandais propre à cette mission , et si vous pouvez le faire partir du Texel sur un brick, je vous y autorise. Voyez même s'il ne serait pas possible de faire partir des États-Unis quelques agents hollandais. On ne saurait aller par trop de directions à cette colonie.

Remettez cette lettre à l'amiral de Winter.


Saint-Cloud,  29 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie par un courrier extraordinaire de nouvelles lettres et de nouveaux états que m'envoie M. l'architrésorier. Vous verrez dans le n° 152 une caisse de 4 mil­lions de florins, ce qui ferait 9 millions de francs, qui se trouve au ministère de la marine : faites-moi connaître ce que c'est et le parti que je peux en tirer. Vous trouverez une lettre n° 157. Qu'est-ce que c'est que ces clous de girofle dont on ne peut vendre que 200.000 flo­rins par an ? Il parait qu'il y a des remboursements à faire; faites-moi connaître ce que c'est.

Vous trouverez trois lettres sur les emprunts de 20 et de 40 millions.

Vous trouverez l'état des effets qui se négocient à la Bourse et deux états de maisons appartenant à l'État; faites-moi connaître celles qu'on pourrait vendre et dont on pourrait tirer parti.


Paris, 29 juillet 1810

(La minute de celte lettre du major général porté la trace de nombreuses corrections de la main de l'Empereur.)

Au maréchal Masséna, prince d’Essling, commandant l’armée du Portugal, à Ciudad-Rodrigo

L'Empereur, Monsieur le Prince d'Essling, m'ordonne de vous témoigner sa satisfaction sur la prise de la place importante de Ciudad-Rodrigo. Sa Majesté voit avec plaisir que, d'après vos dispo­sitions, la place d'Almeida est investie dans ce moment. La prise de cette dernière place et la prise du fort de la Conception sont néces­saires; alors on se trouvera fortement appuyé pour marcher sur Lisbonne.

Ciudad-Rodrigo doit être mis en bon état et être la place de dépôt général pour l'armée de Portugal, soit pour ses vivres, soit pour ses munitions. Vous aurez sûrement donné des ordres pour faire rentrer les récoltes et réunir dans Ciudad-Rodrigo tous les moyens de sub­sistance qu'où pourra se procurer.

L'Empereur pense, Prince, que la place d'Almeida pourra être prise vers la fin d'août, et qu'au commencement de septembre vous serez en mesure de marcher sur Lisbonne. Sa Majesté vous laisse le maître de livrer bataille aux Anglais si vous le jugez convenable.

L'Empereur ne pense pas qu'on doive prendre Badajoz, ce qui nous entraînerait à un grand siège, et ensuite il faudrait faire le siège d'Elvas, place encore plus forte; mais les Anglais, une fois bien battus et rembarqués, Badajoz et Elvas tombent d'eux-mêmes.

Le général Drouet sera à Valladolid le 1er septembre avec un corps d'infanterie et de cavalerie de 12.000 hommes; ce qui, joint à la division Seras et aux troupes de la division Bonet, formera un corps capable de contenir la Galice et de s'en emparer aussitôt que vous aurez marché sur Lisbonne, ou de maintenir vos communications.


Saint-Cloud, 30 juillet 1810

AUX DÉPUTÉS DES ARMATEURS HOLLANDAIS POUR LA PÊCHE DU HARENG.

Messieurs les Députés des armateurs pour la pèche du hareng, j'ai lu avec plaisir votre lettre du 20 juillet, et je me suis fait mettre sous les yeux les prémices de votre pêche de cette saison. J'agrée les sentiments que vous m'exprimez. Je connais toute l'importance de vos travaux, soit pour pourvoir à l'approvisionnement de mon Em­pire, soit pour former des matelots nombreux et intrépides, qui puissent un jour se montrer les dignes descendants de ces Hollandais qui, sous Tromp et sous Ruyter, dominaient les mers d'Angleterre, couvrir, comme vos ancêtres, les mers des Indes et de la Chine, enrichir l'Empire et être les libérateurs des mers. Vous pouvez compter sur toute ma protection.


Saint-Cloud, 30 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DU COMMERCE.

Le ministre des relations extérieures rend compte de l'envoi qui lui a été fait par le baron Reinhard, ministre de l'Empereur à Cassel, d'un mémoire auquel est joint un échantillon de lin filé et préparé de manière à fournir une matière intermédiaire par son utilité et sa beauté entre la soie et le lin ordinaire.

Sa Majesté ordonne la remise de cet échantillon au ministre de l'intérieur pour en faire l'objet d'un rapport, en même temps qu'il rendra compte des autres objets analogues qui lui ont été précédem­ment renvoyés, et du programme à publier sur le prix d’un million à accorder à la meilleure machine propre à filer le lin.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez eu chiffre au sieur Serra (résident de France à Varsovie), et avec les précautions convenables, que je désire avoir, 1° un état de situation exact de l’armée du grand-duché, qui me fasse connaître le présent et l'effectif de chaque corps, les hommes absents, aux hôpitaux, ce qui manque au complet et le lieu où se trouve chaque corps; 2° l'état des fusils et armes qui ont été envoyés, où ils sont passés, et l'emploi qu'on en a fait;  3° une note sur l'armement et la situation des trois places de Praga, de Sierock et de Modlin. Vous aurez soin de recommander au sieur Serra de prendre ces renseigne­ments sans éclat et de manière à ne pas faire de cela une nouvelle dans un pays où tout est nouvelle.

Vous écrirez en même temps au sieur Bourgoing (ministre plénipotentiaire à Dresde), en chiffre, de demander a M. de Senft (ministre des affaires étrangères à Vienne), de faire donner tons ces renseignements par le ministre de la guerre au sieur Serra: cela se fera par l’intermédiaire de M. de Senft avec toute la discrétion et la circonspection convenables.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, après avoir beaucoup réfléchi sur les affaires d'Amérique, j'ai pensé que rapporter mes décrets de Berlin et de Milan n'aurait aucun effet; qu'il valait mieux que vous fassiez une note à M. Armstrong, par laquelle vous lui feriez connaître que vous m'avez mis sous les yeux les détails contenus dans la gazette américaine; que j'aurais désiré avoir une communication plus offi­cielle, mais que le temps se passe, et que, puisqu'il assure qu'on peut regarder cela comme officiel, il peut compter que mes décrets de Berlin et de Milan n'auront aucun effet à dater du 1er novembre, et qu'il doit les considérer comme rapportés en conséquence de tel acte du congrès américain, à condition que, si le conseil britannique ne rapporte pas ses arrêts de 1807, le congrès des États-Unis remplira l’engagement qu'il a pris de rétablir ses prohibitions sur le commerce de l'Angleterre. Cela me parait plus convenable qu’un décret qui ferait secousse et ne remplirait pas son but. Cette méthode me parait plus conforme à ma dignité et au sérieux de l'affaire.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre au ministre de Prusse, où vous verrez que la Prusse voudrait recevoir les bâtiments américains. Écoutez tout ce que ce ministre aura à vous dire là-dessus, et après faites-lui une lettre où vous lui expliquerez ce que c'est que les bâtiments américains. Vous écrirez là-dessus à mes consuls à Memel et dans les ports de Prusse.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les députés des provinces illyriens ont perdu un mois à Paris par votre faute. Si vous m'aviez envoyé, au moment de leur arrivée, les notes que je reçois aujourd'hui, j'au­rais su leur existence à Paris, et j'aurais donné des ordres.

Voici quelles sont mes intentions. Ces députés se réuniront sous la présidence du général Andréossy, en forme de petit conseil; ce conseil sera divisé en trois sections : l'une, de guerre et marine; l'autre, de législation, d'intérieur et justice; et la troisième, des finances et du trésor. Le général Andréossy nommera les présidents des trois sections. Ainsi organisés, vous ferez à ces députés les ques­tions qui concernent la guerre, et ils vous adresseront leurs obser­vations sur les divisions militaires, sur l'artillerie, le génie, sur l'ar­mement des côtes, sur tout ce qui est relatif à l'organisation des régiments croates, sur la gendarmerie, enfin sur le grand objet du recrutement, comment il se faisait et comment il doit se faire.

Le ministre des finances désignera quelqu'un de son département pour assister à ce conseil et prendre connaissance de la situation actuelle de l'imposition et des changements à y faire pour la rendre plus simple et plus productive.

Le grand juge désignera un commissaire de justice pour leur de­mander des renseignements sur l'organisation de la justice et dresser un projet d'organisation.

Vous enverrez la liste de ces députés à tous les ministres, aux grands dignitaires, aux grands officiers de la Couronne; j'autorise ces députés à leur faire visite avant qu'ils m'aient été présentés.

Quand leur travail sera fini, qu'on connaîtra bien les individus, qu'ils auront remis leurs cahiers de doléances et de demandes, que vous et le général Andréossy aurez entendu les plaintes particulières qu'ils auraient à porter contre tels ou tels, ils me seront présentés. Je pense que je dois les recevoir sur le trône; et, comme je dois bientôt recevoir les députés hollandais, on pourra faire de cela une cérémonie du trône le même jour.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que les gardes du corps, l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie de la garde hollandaise se ren­dent à Paris. Le duc d'Istrie sera chargé de pourvoir à ses besoins pendant la route et à son placement à Paris dans les casernes de la Garde.

Donnez également l'ordre au duc de Reggio de diriger sur Anvers le 1er régiment de hussards et le 1er régiment de cuirassiers hollan­dais. Ces deux régiments prendront les numéros suivants : le régi­ment de cuirassiers, celui de 14e de cuirassiers, et le régiment de hussards, celui de 11e de hussards. La garde et ces deux régiments seront payés par le trésor de Hollande de tout ce qui leur serait dû, pour le présent et l'arriéré, jusqu'au 1er septembre 1810. A dater du 1er septembre, ils seront payés par le trésor de France. Faites-moi connaître les cantonnements qu'on pourrait assigner dans le nord à ces deux régiments, où les fourrages seraient abondants.

Donnez l'ordre au duc de Reggio de tenir cet ordre secret et de ne les faire partir qu'après la garde.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam

Monsieur le Comte Daru, j'ai reçu les différentes pièces que vous m'avez envoyées sur les biens de la Couronne. J'y vois que les dettes se composent, 1° de 1.400.000 florins qui restent dus pour l'emprunt de 5 millions (faites-moi connaître combien ces 1.400.000 florins sont cotés sur la place et à quel prix on pourrait les acheter) ; 2° de 500.000 florins, somme à laquelle vous évaluez l'arriéré. Faites-moi connaître à combien vous évaluez les immeubles, meubles, etc., appartenant à la Couronne. Je suppose qu'à l'heure qu'il est vous avez fait dresser et parafer tous les inventaires. Mon intention est de conserver, des domaines de la Couronne, le palais d'Amsterdam, comme palais impérial, le palais de Loo et le palais du Bois, avec les dépendances nécessaires à ces habitations.

Je vois que le Roi a acheté des maisons à Utrecht pour une somme de 165.000 florins; à Haarlem, pour 350.000 florins (indépendam­ment de ce qui a été dépensé pour la construction d'un pied-à-terre, et de la galerie, qui auraient déjà coûté 300.000 florins; ainsi cela doit avoir une valeur quelconque); à Zorstdick, pour 160.000 flo­rins; à Amsterdam, pour 250.000 florins, et à Loo, pour 18.000 flo­rins, etc., total, pour 900.000 florins. Faites-moi connaître, 1° ce qu'il convient de vendre de ces acquisitions, et ce qu'il est nécessaire de garder; 2° quelles sont celles de ces maisons dont on pourrait appliquer le produit de la vente au payement des dettes du Roi. Faites-moi connaître également ce qu'il est convenable de faire, selon l'opinion du pays, de la dette de 1.400.000 florins. Peut-on l'assi­miler aux autres dettes ? Peut-on la rembourser ? A quel taux peut-on l’acheter sur la place ?

Faites-moi un projet de décret d'après les bases suivantes :

Le premier titre comprendrait les dettes du Roi. Vous stipulerez en quoi consistent ces dettes, département par département, au ler juil­let. Vous n'oublierez pas le million que le Roi doit au trésor public, dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre. Le même titre com­prendra les maisons à vendre pour payer les dettes. Vous conserverez les maisons nécessaires aux palais d'Amsterdam, de Loo et du Bois.

Le second titre traitera de la Maison du Roi en 1811.

Pour le service du grand maréchal : les officiers attachés à ce ser­vice, conformément à l'état que vous joindrez au projet de décret, conserveront le tiers de leurs appointements pour les six derniers mois de 1810, pendant lequel temps ils viendront à être placés. Les maîtres d'hôtel, cuisiniers, domestiques entreront à mon service, ou au service de la Reine, ou à celui de M. l’architrésorier. Vous en enverrez au grand maréchal l'état nominatif, afin qu'on voie ce qu'on pourra en faire, je ne les crois pas assez nombreux pour qu’ils ne puissent pas être tous pris pour le service de la Renie ou pour le mien.

Pour le service du grand chambellan : les officiers dénommés dans l'état qui sera joint au décret seront payés au tiers de leurs appointements pendant les six derniers mois de 1810; ils seront placés dans cet intervalle. Tous les domestiques faisant partie de ce service seront également envoyés à Paris ; vous en enverrez l'état au grand chambellan, qui verra ceux qu'il peut prendre.

Pour le service du grand écuyer : les palefreniers, les chevaux, les voitures partiront pour Paris, hormis les voitures qui n'en vaudraient pas la peine, celles de voyage ou celles qu'il serait utile de conserver à Amsterdam. Les officiers, selon l'état annexé au décret, jouiront du tiers de leur traitement pendant les six derniers mois de l'année, et on pourvoira, d'ici au mois de janvier, à leur placement.

Pour le service de la chapelle : les chapelains qui ne seraient pas placés recevront le tiers de leur traitement jusqu'à la fin de 1810.

Même chose pour le grand veneur et pour le service de l'intendant.

Ce décret pourvoira à tout, et, au moment de sa publication, toute la Maison hollandaise sera licenciée, et il n'y aura plus de service à faire.

Un autre titre pourvoira à la dotation du palais impérial d'Amsterdam et des palais de Loo et du Bois.

Vous dénommerez dans ce titre les bâtiments, le mobilier et l'éva­luation des objets. Vous ferez transporter dans les palais conservés les meubles des maisons que je ne veux point garder. Vous y mettrez un gouverneur, un intendant, un architecte, un payeur; enfin vous y établirez une organisation semblable à celle de mes palais au delà des Alpes. Vous me proposerez les personnes à nommer à ces places. Vous ferez un fonds pour subvenir aux réparations, à l’entretien du mobilier, aux gages des frotteurs, etc., en suivant notre méthode, mais selon la manière économique du pays. Turin me coûte 800.000 francs de faux frais; arrangez-vous pour que le palais d'Amsterdam me coûte beaucoup moins.

Un autre titre constituera la dotation de la Couronne en Hollande. Je suppose que 500.000 florins seront suffisants. Il faudrait la for­mer soit des biens existant dans l’Ost-Frise, soit de biens de la Couronne.


Au moyen de ces dispositions, la liste civile de Hollande sera dissoute, les dettes seront payées, et la partie de ma Maison à Amsterdam sera organisée. Vous ne manquerez pas de ma faire connaître la quantité de meubles que j'acquiers.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

NOTE SUR BOULOGNE.

Les lignes qui joignent les ouvrages en terre doivent être rattachées aux réduits, de sorte que, les ouvrages en terre étant pris, il faille encore percer ces lignes. Cela fera naturellement que les lignes seront dans des rentrants flanqués par les ouvrages en terre, de sorte qu'on ne pourra les attaquer tant que les ouvrages entiers ne seront pas pris. Quant au fort Lambert, s'il fallait le revêtir, ce ne serait pas le fort actuel, mais un fort plus considérable et d'un meilleur tracé qu'il faudrait revêtir. Le grand défaut de ce fort est de n'avoir aucun abri à l'épreuve; il faudrait donc démolir les casernes et construire un corps de garde voûté contenant 80 hommes à l'abri et servant de réduit.


Saint-Cloud, 31 juillet 1810

NOTE SUR CHERBOURG.

Le projet tracé sur le plan ne me parait point le plus convenable. Il vaudrait peut-être mieux prendre le système de Boulogne. Ce projet coûterait 40 millions sans les bâtiments et les forts nécessaires pour mettre à l'abri des bombes, ce qui ne pourrait être fait d'ici à qua­rante ans, et alors il est probable qu'on n'en aurait plus besoin.

Or il faut un système qui nous donne de la sécurité d'ici à quatre on cinq ans, et qui, dès lors, n'exige l'emploi que de 5 à 6 millions. Les hommes ne manqueront jamais pour défendre un établissement comme celui-là.

Si on suppose dix-huit vaisseaux en rade, ils fourniront plus de 15.000 hommes. La ville, le département fourniront 8 ou 10.000 hommes. On peut donc concevoir qu'un établissement de cette nature contiendrait une vingtaine de mille hommes, mauvaises troupes inca­pables de se défendre en plaine. Supposer 10 ou 12.000 hommes, c'est supposer qu'il n'y aura pas un homme étranger à la marine et que la terre ne fournira rien.

Il n'en est pas ici comme de fortifications lointaines où les hommes sont rares. Il y en aura toujours ici autant qu'on voudra ; ces hommes auront bonne volonté, meilleure même que les troupes de ligne ; mais ils n'auront ni l'habileté ni l'exercice nécessaire pour se présenter à une bataille.

S'il était possible de concevoir un système de couronne en terre sur les points culminants, de les rattacher ensuite à des réduits en maçonnerie, et de lier tous ces réduits entre eux par une ligne bastionnée ou de campagne, mais telle qu'elle fût infranchissable, on pourrait peut-être arriver à un résultat avec 5 à 6 millions.

Alors on occuperait les hauteurs par des réduits qui seraient le centre de deux ou trois ouvrages avancés qui seraient poussés vers la campagne et qui rempliraient le double but de tenir l'ennemi suffi­samment éloigné pour qu'on n'eût pas besoin de recourir à d'autres ouvrages et pour qu'on n'eût rien à craindre du bombardement.

On pourra tracer la ligne qui va à la mer si rentrante qu'il n'y aura point de possibilité de l'attaquer.


1er – 15 juillet