1 – 15 juin 1810
Saint-Cloud, 2 juin 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le duc de Cadore, je vous envoie plusieurs
pièces relatives aux dernières ouvertures indirectes faites à l'Angleterre. La
première a eu lieu par l'intermédiaire des ministres hollandais. Les dernières
ont été faites par l'insinuation du sieur Julien Ouvrard. Je désire que vous
envoyiez le conseiller d'État d'Hauterive auprès du sieur Ouvrard, pour
l'interroger sur ces dernières pièces, sans lui laisser soupçonner qu'on a ces
pièces, lui demander des copies de tout ce qu'il a envoyé, savoir par qui il a
été autorisé et ce qui s'est passé. Vous tiendrez toutes ces pièces secrètes.
Pièces jointes à la lettre:
1° Rapport du sieur Labouchère, daté de Londres le 12
février, sur la mission qu’il a reçue des ministres hollandais, accompagné
d'une note du marquis de Wellesley, au sieur Labouchère;
2° Deux lettres, non signées, du 24 avril et du 24 avril
1810 à neuf heures du matin;
3° Une lettre du sieur Labouchère, d'Amsterdam, le 8 mai,
accompagnée d'une copie de lettre du même au marquis de Wellesley;
4° Une lettre, non signée, du 8 mai 1810 à neuf heures du
matin, accompagnée de deux notes.
Saint-Cloud, 3 juin 1810
A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris
Monsieur le Duc d'Otrante, j'ai reçu votre lettre du 2
juin. Je connais tous les services que vous m'avez rendus, et je crois à votre
attachement à ma personne et à votre zèle pour mon service; cependant il m'est
impossible, sans me manquer à moi-même, de vous laisser le portefeuille. La
place de ministre de la police exige une entière et absolue confiance, et cette
confiance ne peut plus exister, puisque déjà, dans des circonstances
importantes, vous avez compromis ma tranquillité et celle de l’état; ce que
n'excuse pas à mes yeux même la légitimité des motifs.
Une négociation a été ouverte avec l'Angleterre; des
conférences ont eu lieu avec lord Wellesley. Ce ministre a su que c'était de
votre part qu'on parlait; il a dû croire que c'était de la mienne: de là un
bouleversement total dans toutes mes relations politiques, et, si je le
souffrais, une tache pour mon caractère, que je ne puis ni ne veux souffrir.
La singulière manière que vous avez de considérer les devoirs
du ministre de la police ne cadre pas avec le bien de l'État. Quoique je ne me
défie pas de votre attachement et de votre fidélité, je suis cependant obligé à
une surveillance perpétuelle qui me fatigue et à laquelle je ne puis pas être
tenu. Cette surveillance est nécessitée par nombre de choses que vous faites de
votre chef, sans savoir si elles cadrent avec ma volonté et avec mes projets et
si elles ne contrarient pas ma politique générale.
J'ai voulu vous faire connaître moi-même ce qui me portait
à vous ôter le portefeuille de la police. Je ne puis pas espérer que vous
changiez de manière de faire, puisque, depuis plusieurs années, des exemples
éclatants et des témoignages réitérés de mon mécontentement ne vous ont pas
changé, et que, satisfait de la pureté de vos intentions, vous n'avez pas voulu
comprendre qu'on pouvait faire beaucoup de mal en ayant l'intention de faire
beaucoup de bien, Du reste, ma confiance dans vos talents et votre fidélité est
entière, et je désire trouver des occasions de vous le prouver et de les
utiliser pour mon service.
Saint-Cloud. 3 juin 1810
A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris
Les services que vous nous avez rendus dans les
différentes circonstances nous portent à vous confier le gouvernement de Rome,
jusqu'à ce que nous ayons pourvu à l'exécution de l'article 8 de l'acte des
constitutions du 17 février dernier. Nous avons déterminé par un décret spécial
les pouvoirs extraordinaires dont les circonstances particulières où se
trouvent ces départements exigent que vous soyez investi. Nous attendons que
vous continuerez, dans ce nouveau poste, à nous donner des preuves de votre
zèle pour notre service et de votre attachement à notre personne.
Saint·Cloud, 4 juin 1810
A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris
Le Conseil d'État me charge d'une dépense annuelle de
plus de 300,000 francs pour des pensions aux employés de la liquidation
générale, supprimée au 1err juillet prochain. Je n'ai pas signé ce projet de
décret, auquel j'en ai substitué un autre que vous allez recevoir. Vous vous
occuperez sans relâche de son exécution. Quoique j'espère que tous ou presque
tous ces employés seront placés au 1er juillet, j'ai accordé le tiers de leur
traitement à ceux qui ne le seront pas. Je désire que vous fassiez en sorte que
ce ne soit qu'un très-petit nombre.
Saint-Cloud, 5 juin 1810
A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à
Paris
Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous voyiez
dans la journée le duc d'Otrante et que vous lui demandiez toutes les pièces
relatives à la négociation avec l'Angleterre, soit écrites en encre
sympathique, soit écrites en clair. Vous lui parlerez après cela de la
nécessité d'évacuer l'hôtel de la police, ce qui n'est d'aucun embarras pour
lui, puisqu'il a sa maison. Il faut qu'il l'évacue dans la semaine, de sorte
que le nouveau ministre puisse y être installé dimanche et s'occuper des
affaires de mon ministère. Vous aurez soin de couler à fond la première affaire
avant de passer à la seconde. Vous insinuerez dans la conversation que les
affaires marchent vivement à Rome, que tout y est en activité, que je crains
que le zèle du général Miollis et de la Consulte ne se ralentisse en apprenant
le décret (décret nommant Fouché gouverneur de Rome),
et que je désire qu'il puisse partir avant le 15 du mois pour Rome, pour
diriger lui-même ces affaires importantes dans ce moment.
Saint-Cloud, 6 juin 1810
A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris
Sa Majesté désire que le ministre des finances lui fasse
connaître si les dispositions de finances, arrêtées au commencement de cette
année, sont exécutées en Piémont; si on a mis à la disposition de la liste
civile ce qui lui revient; si les biens nationaux ont été vendus, combien il en
reste; si l'on a fait des rescriptions, combien il en faudra, combien il en
restera. Sa Majesté désire avoir le même travail pour la Toscane et savoir ce
qui reste disponible, 1° des domaines, 2° des trente millions de rescriptions
sur lesquelles il doit y avoir un excédent, puisque la somme entière n'a pas
été nécessaire. Sa Majesté invite le ministre à lui faire connaître, mercredi
prochain, quelle serait l'étendue de ces ressources, qu'elle se propose
d'appliquer à l'exercice que le ministre, d'accord avec le ministre du trésor,
indiquerait comme ayant le plus de besoin. On pourrait réaliser ces ressources
en les cédant à la caisse du domaine de l'extraordinaire.
Sa Majesté juge en même temps convenable que le ministre
des finances lui fasse connaître la quantité de biens qui restent à des
corporations de mainmorte dans la Toscane et peut-être dans le Piémont. On
pourra comprendre dans ces renseignements, mais dans un état à part, les biens
que possèdent les évêchés et les chapitres.
Si on réduisait les évêchés à quatre ou cinq au plus en
Toscane, à trois dans l'ancienne Ligurie et à six dans le Piémont, la
suppression des évêchés inutiles offrirait encore une masse de moyens
disponibles.
Saint-Cloud, 6 juin 1810
Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police
générale, à Paris
Je vous envoie la note des fonds qui doivent se trouver
dans la caisse de la police. Cela doit se monter à deux millions. J'aurais
besoin des fonds de 1808 et 1809 pour une dépense importante.
J'en disposerai aussitôt que j'aurai le compte de Fouché
de 1809.
Envoyez-moi l'état par aperçu de ce qui reste en caisse.
Saint-Cloud, 6 juin 1810
NOTE
POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DU TRÉSOR.
Les ministres des finances et du trésor s'entendront pour
remettre, avant le 1er juillet, les comptes de 1809, arrêtés au 1er janvier
1810, et comprenant toutes les régies et tous les exercices, ce qui remettra
sous les yeux de Sa Majesté la situation générale des affaires.
Ces comptes seront lus au Conseil d'État et imprimés,
comme si le Corps législatif était assemblé. L'année prochaine, si le Corps
législatif se réunit au mois de novembre, on lui présentera le compte de 1809
avec celui de 1810.
Saint-Cloud, 6 juin 1810
NOTES DICTÉES EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.
1° Il convient de faire exécuter sans délai le dernier
article de la disposition du 27 janvier dernier sur les finances, en
comprenant, dans les recettes du trésor public sur l'exercice 1810, les
ressources que lui attribue ce dernier article et qui doivent prévenir
d'excédants disponibles de la caisse d'amortissement, d'intérêts sur la caisse
d'amortissement d’Italie, etc.
Le trésor doit, sans délai, solder cette partie de son
compte avec la caisse d'amortissement, avec le trésor d'Italie.
2° Il doit aussi recouvrer tout ce que le trésor
extraordinaire doit lui verser, finir ses comptes avec le domaine
extraordinaire, de manière que, dans la balance du trésor, par comparaison
d'exercice qui sera établie au 1er juillet, tous ces objets soient
définitivement réglés.
3° Il faut enfin régler aussi ce qui reste à inscrire sur
le grand-livre pour toute la partie de la dette qui en est susceptible.
L'article 41 de la disposition de finances crée 4 millions de nouvelles
inscriptions. Ce crédit sera-t-il suffisant pour solder tout ce qui doit l'être
de cette manière ?
4° Il faut revoir s'il n'y a pas quelque réduction à
faire sur la portion de la dette du Piémont qui doit être inscrite au
grand-livre;
5° S'il n'y a pas de réduction à espérer sur celle de la
Toscane, laquelle a été payée en 32 millions de rescriptions sur domaines
nationaux; s'entendre sur cet objet avec le ministre des finances ;
6° Demander à ce ministre l'évaluation approximative
qu'il a faite des recettes du budget de 1810, pour que cette évaluation puisse
entrer dans les écritures du trésor public.
Au nombre des recettes appliquées à cet exercice doivent
se trouver toutes les valeurs affectées par l'article 42 de la disposition de
finances; de plus, les restants à recouvrer sur les exercices expirés, et dont
les budgets de recettes sont complets, enfin les contributions ordinaires selon
la proportion dans laquelle chacune d'elles doit être comprise.
7° Les produits de la Toscane sont confondus maintenant
avec les contributions ordinaires, mais il faut présenter un état particulier
des produits des États romains et d'Illyrie.
Si les seules contributions ordinaires doivent porter le
budget de 1810 à 710 millions, le budget trouve un supplément naturel dans les
8,400,000 francs que fournit l'article 42 de la disposition de finances.
Il faut y ajouter ce qui restera disponible sur les 15
millions de rescriptions du Piémont, sur les 32 millions de la Toscane. Ce
disponible peut encore être évalué à 12 millions au moins. Il ne resterait donc
plus que 10 millions de ressources extraordinaires à trouver, pour porter le
budget des recettes à 740 millions. A l'égard des recettes extraordinaires, on
en trouvera la matière, et en proportion bien supérieure, dans l’excédant libre
des domaines d'Italie. Sa Majesté répète que le ministre des finances, en
arrêtant le compte des administrations et des produits qu'on doit en attendre,
arrêtera en même temps celui de la caisse d'amortissement, celui des sommes
restant à payer définitivement pour solder les dettes réglées par la
liquidation, la dette de la Toscane et la dette du Piémont.
Ces objets étant éclaircis dans le courant de juin, il
sera facile d'arrêter le budget de 1810, d'arrêter tous les comptes du trésor,
de faire imprimer le compte des finances de 1809, et d'établir, dans le
commencement de juillet, la balance de tous les exercices, pour que Sa Majesté
puisse pourvoir à toutes les dispositions qu'exigeront ses finances.
8° Il existe dans le passif du trésor des traites sur les
colonies pour 5 millions. Parmi ces traites, il en est qui ne seront
certainement jamais réclamées. Il convient d'en connaître approximativement la
somme.
9° Sa Majesté remarque également qu'il existe, sur
l'exercice an XIII et exercices antérieurs, 4,900,000 francs de bons de la
caisse d'amortissement. Elle demande si la totalité de ces bons sera nécessaire
au service, et si une partie au moins ne pourra pas être employée à d'autres
exercices.
10° Elle fait observer que, d'après l'état 14 de la
balance du trésor au ler avril 1808, il y a dans les recouvrements un excédant
de 10 millions. Si le restant à recouvrer de 41 millions se réalise en entier,
cet excédant de 10 millions doit alors se trouver libre pour un autre exercice,
ou porter à 750 millions la totalité des ressources de 1808.
11° La même observation s'applique aux 732,000 francs qui
se trouvent aussi en excédant sur l'exercice 1809.
Si 740 millions suffisent pour solder 1808 et 1809, les
10 millions de 1808 et les 730,000 francs de 1809 pourront fournir une nouvelle
ressource pour 1810.
A l'égard de 1810, les suppléments résultant de l'article
42 des dispositions sur les finances, ainsi que les reprises à faire sur les
valeurs destinées à solder la dette publique de la Toscane et du Piémont,
devant produire plus de 20 millions, les améliorations dans les produits des
contributions ordinaires, qui , dans les exercices précédents, ont donné 710
millions, doivent porter ce revenu ordinaire à 720 millions; ce qui
compléterait 740 millions pour le budget de 1810. C'est là ce que le ministre
des finances doit examiner et établir avec grand soin, en formant le budget
définitif des recettes de 1810.
L'opinion de l'Empereur est qu'il reste encore à la
caisse d'amortissement 9 millions de domaines sur le Piémont, dont le ministre
des finances doit reprendre la disponibilité, cette caisse étant couverte de
leur valeur. Ces 9 millions de domaines formeront encore un supplément de
ressources extraordinaires.
A l'égard des rescriptions libres sur le Piémont et sur
la Toscane, Sa Majesté se proposerait de les faire reprendre par son domaine
extraordinaire, qui en donnerait la valeur au trésor public, et Sa Majesté en
disposerait ensuite en donnant, à titre de récompense, l'investiture des
domaines représentés par ces rescriptions. Les premiers aperçus de Sa Majesté
la ramènent toujours à trouver ainsi 20 millions de ressources extraordinaires,
indépendamment de 9 millions de domaines qui peuvent être repris à la caisse
d'amortissement.
Sa Majesté pense encore que, toute disposition équitablement
faite sur les domaines des États romains, qui doivent s'élever à près de 250
millions, tant pour le payement de la dette publique de ces États que pour les
autres emplois nécessaires, il restera une ressource nouvelle d'une
cinquantaine de millions en domaines romains qu'on pourrait céder à la caisse
d'amortissement en échange de ses bons. L'intention de Sa Majesté serait que
tous les domaines romains qui resteront disponibles puissent être aliénés de la
manière qui sera la plus profitable au trésor; et un autre intérêt que celui du
trésor doit encore porter à cette mesure.
12° Indépendamment des mesures déjà prises par le
ministre des finances pour connaître les recettes et les dépenses des États romains,
ainsi que les domaines disponibles, il est nécessaire que le trésor envoie à
Rome un de ses préposés supérieurs, pour que toutes les parties de la
comptabilité puissent d'avance s'y coordonner avec le système général.
13° Le ministre du trésor fera mention, dans le prochain
livret, des produits des deux nouveaux départements des Bouches-de-l'Escaut et
du Rhin; il demandera des renseignements à cet égard au ministre de
l'intérieur. Il consultera les décrets que Sa Majesté a rendus pour l'organisation
de ces deux départements. Il doit y avoir dans ces départements 8 à 9 millions
de recettes disponibles dans le courant de cette année; une partie est destinée
à des travaux dans le pays, mais il devra rester une somme de 4 ou 5 millions
disponible pour les autres dépenses générales de l'Empire. L'année prochaine,
ces départements feront partie de l'intérieur de l'Empire et y porteront un
accroissement de revenu d'une dizaine de millions, sur lesquels le prélèvement
des dépenses locales laissera encore un excédant de secours pour les autres
dépenses du budget.
L'année prochaine, les États romains feront aussi partie
de la France et y apporteront leur contingent. Le budget de l'année prochaine
pourra vraisemblablement produire dans la nouvelle consistance de l'Empire 760
millions. Faire le projet de ce budget.
Charger un agent du trésor de concourir sur les lieux,
avec les agents actuels du ministre des finances, à éclaircir toutes les
questions relatives aux recettes, aux dépenses et à la comptabilité dans les
États romains, afin que tout soit connu et préparé lorsqu'il sera question
d'exécution et d'appliquer à ce pays notre système général.
Définitivement, il faut que, le 15 de ce mois, le budget
de 1810, en recette et en dépense, soit présenté; que les questions que
présente cette note soient successivement discutées, et que les résultats qui y
sont relatifs soient présentés dans quatre conseils qui auront lieu depuis le
15 juin jusqu'au 15 juillet, de manière qu'à cette époque Sa Majesté ait pu
régler tout ce qui est relatif à 1810 et préparer tout ce qui est relatif à
1811.
Son intention est que la balance du trésor, arrêtée au 1er
juillet 1810, présente l'exécution complète de toutes les mesures prescrites
par les dernières dispositions de finances, tant avec le domaine extraordinaire
qu'avec la caisse d'amortissement, le trésor d'Italie, etc.
Saint-Cloud, 8 juin 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 7
juin, par laquelle je vois que la division Friant a ordre de se rendre à Ulm et
de se cantonner dans cette place et sur la rive gauche du Danube, dans le pays
que cède la Bavière au Wurtemberg, sans occuper aucun point de la Bavière; que
la brigade Pajol se rend à Strasbourg, les Portugais, les tirailleurs corses et
les tirailleurs du Pô, à Mayence, ainsi que les caissons et approvisionnements
d'artillerie qui ne sont pas attelés.
Je vous écris aujourd'hui pour que vous donniez ordre à
la division Morand de se rendre dans les villes hanséatiques, et à la division
qui est dans les villes hanséatiques de se rendre à Emden, où elle sera à la
disposition du duc de Reggio. Par ce moyen, il ne restera plus en Allemagne que
trois divisions ou quinze régiments d'infanterie, savoir: une division en
Westphalie, une dans les villes hanséatiques, celle qui est dans le Wurtemberg,
et les six régiments de cavalerie de la division Bruyères qui sont dans la
Westphalie.
Vous donnerez ordre au prince d'Eckmühl de faire partir
de suite pour Emden le 23e régiment de chasseurs et deux des régiments
d'infanterie de la division des villes hanséatiques; un régiment suffit pour
réprimer la contrebande dans ces provinces; il le fera appuyer par un régiment
de cuirassiers le plus près de Hambourg.
Dès que la division Morand sera arrivée, le général
Molitor se rendra à Emden avec le reste de sa division.
Vous ferez connaître ce mouvement au maréchal Oudinot,
qui annoncera la marche de ces régiments comme ayant pour but de rentrer en
France, et, s'il le juge convenable, il pourra les réunir à Utrecht.
Le quartier général de toute l'armée d'Allemagne se
rendra à Francfort. Le parc général se rendra à Mannheim. On fera rentrer sur
Strasbourg et Mayence tout ce qui sera inutile.
Je projette un nouveau mouvement sur lequel je désire que
vous me remettiez un rapport; c'est de faire rentrer la division Friant en
France et de ne laisser en Allemagne que la division Gudin et les six régiments
de cavalerie de la division Bruyères, qui resteront en Westphalie et aux dépens
de la Westphalie, et la division Morand qui sera dans les villes hanséatiques;
de laisser à la division Gudin 15 pièces de canon, à la division Morand 15
pièces de canon, et à la division Bruyères 12 pièces: total, 42. Faites-moi
connaître en détail le personnel de l'artillerie, du génie, du train, que vous
laisserez avec ces corps.
Il y a actuellement en Hollande trois régiments
d'infanterie et trois régiments de cavalerie. Il y entre par le nord trois
régiments d'infanterie et un de cavalerie. Le duc de Reggio aura à sa
disposition le 93e et le 56e d'infanterie et le 1er régiment de chasseurs,
qu'il pourra appeler à Utrecht. C'est donc huit régiments d'infanterie et
quatre de cavalerie dont il peut disposer dès à présent.
Saint-Cloud, 8 juin 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, vous me rendez compte que le
8e régiment de hussards a l,165 hommes, et vous me demandez des fonds pour
monter 193 hommes qui sont à pied; le 8e de hussards n'est déjà que trop fort.
Présentez-moi un travail pour retirer des régiments de
cavalerie tous les hommes non montés et les envoyer dans des régiments
d'infanterie ; je crois qu'on peut en tirer 4 à 5,000 hommes en prenant
les recrues qui ne sont pas encore exercées à monter à cheval; ils serviraient
à recruter les différents corps d'infanterie qui sont en Espagne. J'ai trop de
cavalerie, je ne veux pas l'augmenter; et, dans un régiment de cavalerie, un
homme à pied ne sert de rien.
Remettez-moi l'état de situation des régiments de
cavalerie, en hommes et en chevaux. Il est urgent d'en tirer des hommes pour
recruter l'infanterie. Mon intention est que tous les régiments de cavalerie
qui sont en France et en Italie, sans comprendre ceux qui sont en Hollande, en
Allemagne, en Illyrie, à Naples, en Espagne, ne soient entretenus qu'à 500
chevaux et à 600 hommes; et, comme tous les régiments ont 7 ou 800 chevaux, de
prendre le surplus des hommes et des chevaux des régiments qui sont en France,
pour recruter l'armée d'Espagne. Par ce moyen, je retirerai des dépôts de
cavalerie les hommes à pied, pour recruter l'infanterie de l'armée d'Espagne,
et les hommes à cheval excédant le nombre de 500 chevaux et de 600 hommes, pour
recruter la cavalerie de la même armée.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore , faites connaître à mon chargé
d'affaires en Hollande qu'il ne doit rendre compte à personne de ce qui se
passe en Hollande, et que ce serait un faute capitale s'il se permettait la
moindre correspondance. Faites-lui connaître en même temps qu'il peut se rendre
chez le Roi ou chez le ministre toutes les fois qu'il y est demandé pour
affaires, mais qu'il doit s'absenter de toute audience diplomatique, prétextant
une indisposition et s'abstenant effectivement de sortir de toute la journée.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, vous écrirez par la poste à
mon commissaire à Morlaix, en réponse à sa lettre du 1er juin, qu'il doit faire
connaître, vaguement, à M. Mackenzie : 1° qu'on désire la paix; 2° que,
l'échange des prisonniers une fois réglé, si le gouvernement anglais adopte
l'envoi d'un commissaire français à Londres et d'un commissaire anglais à Paris
pour surveiller les conditions de l'échange et qu'il se montre disposé à
traiter, ces commissaires pourraient être chargés des premiers pourparlers pour
voir s'il est possible de s'entendre.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Faites appeler le maire de Strasbourg, dites-lui que je
veux savoir la vérité tout entière. Il se fait à Strasbourg des recettes et des
dépenses qui ne sont pas dans le budget et qui n'entrent pas dans la caisse de
la mairie. Faites-lui comprendre qu'il faut qu'il parle sérieusement, qu'on
sait plus de choses qu'il ne croit, et que ma patience est à bout de tous les
abus qu'on me prouve exister à Strasbourg.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
L'écluse du Pont-de-l'Arche me paraît fort importante. Il
est fâcheux qu'elle n'ait pas pu être finie plus promptement. Il paraît que
plusieurs écluses pareilles à celle de Pont-de-l'Arche sont nécessaires à la
navigation. Il faut que les ponts et chaussées proposent d'affecter, sur
l'emploi des trente millions, les sommes nécessaires pour cet objet.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
NOTE
POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.
Je ne veux plus avoir de colonels en second ni majors à
la suite.
Il faut détruire ces emplois créés dans le moment de la
grande guerre, et qui augmentent beaucoup nos dépenses.
Saint-Cloud, 9
juin 1810
Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
J’ai lu avec intérêt les nouvelles de l'Ile de France.
Mon intention est que vous expédiiez quatre mouches de Bayonne avec des
journaux, des paquets et des nouvelles, et les munitions de guerre et autres
secours que peuvent porter ces petits bâtiments. Une de ces mouches partira en
juin, une en juillet, une en août, une en septembre. Ces expéditions sont très
importantes.
Je vois que la garnison de l'île de France n'est que de
1,500 hommes ; il est important de préparer une expédition qui yen
porterait 1,500 autres; ce qui, avec les habitants et les équipages des
frégates, ferait 5 à 6,000 hommes et nécessiterait une immense expédition de la
part des Anglais. L'envoi de ces 1,500 hommes me parait très-important sur des
flûtes et des frégates, d'autant plus que frégates seront fort utiles, arrivées
là. On proposerait, à l'arrivée de ces expéditions, de faire prendre la colonie
anglaise de Jackson, qui est au sud de l'île de France, et où l'on trouverait
des ressources considérables.
Saint·Cloud, 9 juin 1810
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot Préameneu, j'ai reçu le compte
que vous m’avez rendu sur les cardinaux. Vous ne devez point les presser
davantage. Vous les ferez venir chez vous et vous leur ferez connaître que, sur
le refus qu'ils ont fait de prêter serment et de donner leur démission, j'ai
pris le parti de supprimer leurs évêchés; que je ne leur saurai aucun mauvais
gré de leur conduite, mais qu'ils sont cause que leurs évêchés seront supprimés
et réunis à d'autres. Je suppose que vous me porterez, au conseil de mercredi,
le projet de décret qui réunit les diocèses de ceux qui n'ont pas prêté serment
et laisse subsister les autres.
Quant au cardinal Maury, si son évêché se trouvait
supprimé pour ne point faire de différence, je lui donnerai l'archevêché de
Florence, qui est, je crois, d'un revenu supérieur à celui de Montefiascone.
Saint-Cloud, 9 juin 1810
Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion
d’honneur, à Paris
Faites-moi connaître le nom et la qualité des pères des
deux ou trois cents demoiselles qui sont élevées à Écouen aux frais de la
Légion . Vous mettrez des notes sur la fortune de chacun. Ceux qui, soit par
les traitements de leurs places, soit par des pensions ou dotations, soit par
leurs biens propres, jouissent de 12,000 francs de rente, payeront pension
entière pour leurs filles; ceux qui n'auront pas plus de 6,000 francs de rente
payeront demi-pension. Proposez-moi un projet de décret dans ce sens.
Saint-Cloud, 10 juin 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le duc de Cadore, faites une nouvelle note au
ministre de Suède pour lui communiquer les détails contenus dans la lettre du
sieur Désaugiers, du 21 mai, sur ce qui se passe en Suède; et faites-lui
connaître que vous envoyez l'ordre au sieur Désaugiers de quitter sur-le-champ
Stockholm, si l'on n'exécute pas à la rigueur le traité contre l’Angleterre.
Vous ferez connaître cette résolution à mon ministre à Copenhague, pour sa
gouverne. Vous parlerez également au ministre de Suède de la démarche
singulière qu'a faite le ministre de Suède à Copenhague, et vous lui ferez
comprendre que la Suède ne cherche qu'à me tromper.
Vous témoignerez mon mécontentement à mon ministre en
Danemark de ce qu'il a répondu au baron d'Oxenstiern que je n'exigeais pas
qu'ils déclarassent la guerre à l'Angleterre: au contraire, c'est ce qu'ils
doivent faire. Parlez à M. de Dreyer de toutes ces affaires, et dites-lui que
j'approuve la conduite du Danemark d'arrêter les bâtiments de la Suède.
Saint-Cloud, 10 juin 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
II n'a été fait aucune revue pour l'armement des côtes de
Toscane, et aucune mesure, aucune, pour protéger ces cotes. Au port d'Ercole il
y a une dizaine de pièces en fonte par terre et sans affûts. Il serait
convenable de relever ces pièces de fonte, et d'y suppléer par des pièces de
fer qu’on prendrait à Livourne et Ferrare, sur affûts, propres à protéger le
cabotage.
Faites-moi faire un rapport sur le port d'Ercole, le fort
Sainte-Catherine, l’étoile Saint-Philippe et la Rocca.
On me rend compte qu'à Porto-Ferrajo un affût est vermoulu,
et que la place serait assurément obligée de se rendre après quelques jours de
feu.
Ordre que le bataillon étranger qui est à Porto-Ferrajo
aille en Corse et soit remplacé par un bataillon de conscrits réfractaires de
la Méditerranée, vu que ce bataillon étranger inspire moins de confiance qu'un
régiment de la Méditerranée.
Faites-moi un rapport sur la situation des ouvrages
ordonnés dans l'île d'Elbe, sur ce qui est fait et sur ce qui reste à faire.
Saint-Cloud, 10 juin 1810
NOTE
POUR LA PLACE DE PALMANOVA.
Sa Majesté désire qu'on lui fasse connaître la position
de Palmanova au 1er janvier 1811.
Il faut d'abord des magasins pour 600 milliers de poudre.
Il y aura dans la caserne défensive du bastion n° 9 deux fours capables de
faire 6,000 rations par jour. On fera connaître la quantité de magasins qu'elle
peut contenir. Il faut avoir, cette année, sans quoi on n'a point de place, de
quoi contenir, à l'abri de la bombe, les magasins de vivres, farines, biscuit,
légumes, riz, les magasins de liquides et un hôpital de 400 lits. On dit qu'il
y a un blindage qui peut contenir cet hôpital et qui peut durer encore dix ans.
Il faut écrire sur la porte Hôpital
et sur la caserne défensive Manutention
de siége de manière qu'il n'y ait
aucun doute sur la destination de ces établissements et qu'au moment du besoin
personne ne soit embarrassé. Il faut un établissement d'artillerie à l'épreuve
de la bombe, pouvant contenir deux forges et une grande salle pour réparer les
affûts, où les ouvriers puissent travailler en sûreté. Le général Chasseloup
propose pour cela un vieux magasin à poudre; il faut le mettre à l'abri de la
bombe. Il faut, à l'abri de la bombe, une salle d'artifice; elle doit contenir
deux ou trois milliers de poudre; et une salle pour qu'une trentaine d'hommes
puissent travailler pour faire des cartouches et les artifices, et où l'on
puisse avoir tout autour de quoi remplir les bombes et les obus.
Il y a dans les neuf bastions dix-huit souterrains
pouvant contenir chacun 30 hommes; en tout, 540 hommes. Mais, comme
l'artillerie prendrait probablement un de ces souterrains dans chaque bastion,
il n'y aurait effectivement que 270 hommes de logés à l'abri de la bombe. On ne
peut considérer ces souterrains que comme de petits corps de garde. Il paraît
que les casernes défensives ont 40 toises de long sur 24 pieds de large
intérieurement; ce qui serait suffisant à la rigueur pour loger 800 hommes dans
les deux étages. En supposant que la caserne de la manutention soit donnée en
entier pour la manutention, les magasins, et pour loger les boulangers, les
divers employés des administrations, les dépôts des corps; en supposant que
l'artillerie s'empare d’un souterrain par bastion, que le blindage serve
d'hôpital, qu'on rétablisse le vieux magasin à poudre pour arsenal de guerre,
il restera toujours à loger la garnison, l'état-major, le commandant,
l'officier du génie, d'artillerie, et la salle du conseil général. On pense
qu'il faudrait faire le projet d'un bâtiment voûté, au milieu de la place, avec
un seul rez-de-chaussée, et propre à loger le commandant, l'officier du génie,
d'artillerie, et leurs trois bureaux. Il faudrait ensuite se procurer des
logements pour la garnison, dont on ne peut loger que 300 hommes dans les
bâtiments existants. Il faudrait compléter la caserne défensive qui doit servir
de manutention, en lui adossant un bâtiment qui serait nécessairement à
meilleur marché, de manière que tous les magasins puissent tenir là. On
pourrait alors faire quatre casernes défensives à trois étages, qui contiendraient
chacune 800 hommes; ce qui ferait en tout 3 à 4,000 hommes. Avec des logements
à l'abri de la bombe pour 2,400 hommes, l'état-major, les officiers
d'artillerie et du génie, les boulangers, les employés d'administration, on
aurait plus qu'il ne faudrait, parce que les 2,400 hommes logés, joints aux 800
hommes de service, feraient une garnison de 3,200 hommes. Avec trois casernes
défensives on remplirait ce but. Il faudrait donc les fonder cette année pour
pouvoir les finir l'année prochaine. Les casemates sont l'objet le plus
important, parce que la place est déjà suffisamment forte, avec les travaux
arrêtés cette année, et auxquels on ne change rien.
Sa Majesté désire dépenser pour cette année un million.
Ainsi, outre les travaux précédents ordonnés, il faudrait, avec le surplus des
fonds, fonder trois casernes défensives et employer 200,000 francs aux
fortifications. On demande ce qu'on doit faire de ces 200,000 francs.
Le budget de l'année prochaine sera de 1,500,000 francs;
on achèvera alors les fortification et les casernes, de manière qu'à la fin de
1811 la place soit en état, et qu'avec ces 2,500,000 francs tout soit fini, en
distinguant bien les fortifications et les abris voûtés à l'épreuve.
Saint·Cloud, 11 juin 1810
Au comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion
d’honneur, à Paris
Je vous renvoie le modèle de la décoration des Trois
Toisons d'or.
Faites faire un nouveau modèle où l'aigle et la couronne
n'aient ensemble que la moitié de la hauteur des toisons, de sorte que les trois
toisons dominent.
Saint-Cloud, 12 juin 1810
Au roi Charles-Emmanuel de Savoie, à Rome
Monsieur mon Frère et Cousin, j'ai reçu la lettre de
Votre Majesté du 23 mai. Je la vois avec plaisir établie à Rome. Là et dans
tout autre pays soumis à ma domination, elle trouvera toujours tout ce qui lui
sera agréable. Je donne des ordres pour qu'il soit remédié aux inconvénients
qui peuvent résulter, soit d'une interruption de communication avec sa famille,
soit de circonstances particulières où elle pourrait se trouver. Je suis fort
aise de pouvoir lui donner des preuves de l'estime et de la considération que
je lui porte.
Saint-Cloud, 13 juin 1810
NOTE
POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.
Monsieur le Duc Cadore écrira à tous les ministres de Sa
Majesté en pays étranger pour leur faire connaître les principes relatifs aux
Français qui ont servi contre la France depuis 1804. Il leur rappellera, 1° la
loi fondamentale, qui est l'article du Code; 2° le décret de l'année dernière;
3° l'amnistie. Il fera bien connaître que tous officiers, dans le cas dont il
s'agit, qui viendraient en France avec des passeports des ambassadeurs ou
ministres, pourraient être poursuivis par les procureurs généraux, arrêtés et
condamnés, à moins qu'ils ne se trouvassent dans le cas de l'amnistie et qu'ils
ne se fussent conformés aux règles qu'elle prescrit.
Saint-Cloud, 13 juin 1810
NOTE
POUR LE MINISTRE DES CULTES.
Sa Majesté approuve que la Consulte, avant de faire
prêter serment aux curés, attende l'arrivée des troupes, la suppression des
couvents et celle des évêchés dont les évêques n'auront pas prêté le serment,
et qu'elle fasse préalablement l'opération à l'égard des chapitres des villes
et des campagnes. Il est fort probable que, lorsque les curés verront que la
rébellion des ecclésiastiques d'un ordre supérieur a obligé de les éloigner de
leur pays et a entraîné la confiscation et la vente des biens, ils ne voudront
pas exposer eux et leurs communes à de semblables événements. Si l'on
commençait, comme on le propose, par une nouvelle circonscription des cures
dans tous les diocèses et par la suppression des paroisses, cette manière
d'arriver au but ne produirait pas les mêmes effets. Il faut donc adopter
l'inverse de la proposition, commencer, non par organiser et par réduire, mais
par demander le serment aux curés de Rome et montrer, à l'égard de ceux qui ne
le prêteraient pas, que la suppression est une conséquence de la rébellion. Il
y a quatre-vingts paroisses à Rome, vingt paroisses doivent suffire. Ou l'on
connaît mal les prêtres d'Italie et de Rome, ou l'on ne doit pas douter qu'on
ne trouve au moins vingt prêtres, soit curés, soit simples ecclésiastiques, qui
prêtent le serment.
Il convient de bien établir par les conversations, par
les explications de toute nature, et même par des articles dans les journaux de
Rome, que les mesures que l'on prendra seront uniquement le résultat de la
rébellion, et que son effet certain sera l'envoi des prêtres en France, la
suppression des bénéfices, et la vente des biens au moyen des rescriptions qui
seront employées au payement de la dette publique.
Un mois est de peu d'importance pour de si graves
opérations, mais il faut s'arranger de manière qu'au mois de septembre tout ce
qui concerne le clergé soit terminé dans les États romains, que les mauvais
prêtres soient envoyés en France et le sort des autres amélioré. On n'aurait
pas tenté ces changements il y a neuf mois; il faut profiter du moment où l'on
a la paix partout et où rien ne peut embarrasser pour finir toutes ces
affaires.
Saint-Cloud, 13 juin 1810
NOTE
POUR LE MINISTRE DES CULTES.
On pourrait conserver les évêchés de Pérouse, de Spolète,
de Tivoli, d’Anagni, dont les évêques ont prêté le serment, et celui de Rome,
dont le Pape sera l'évêque.
On réunirait tous les autres évêchés à ceux-ci.
On déclarerait que tous les évêques qui ont prêté le
serment conserveront leurs évêchés jusqu'à leur décès.
Ces dispositions seraient dans le sens du projet de
décret présenté par le ministre. Mais il paraîtrait préférable de suivre, quant
à présent, une autre marche, de partir du principe qui sert de règle dans toute
cette affaire, pour faire voir au Pape qu'on a tort de vouloir s'opposer au
souverain temporel lorsqu'il sait ce qu'il doit faire.
On dirait qu'on ne peut conserver trente-deux évêchés
pour une population de 800,000 âmes, tandis qu'en France il n'y a souvent qu'un
évêque pour un million d'âmes ; que, les évêques de. . . . . . ayant refusé de prêter serment, leurs évêchés
sont supprimés et réunis aux diocèses des treize évêques qui ont prêté serment.
On aurait soin, en faisant les réunions, de se rapprocher
le plus possible de la circonscription qui ne suppose, pour l'avenir, que les
cinq évêchés indiqués ci-dessus.
Ainsi on passerait de trente-deux évêchés à treize, pour
arriver, avec le temps, aux cinq évêchés qu'on se propose de constituer
définitivement. Cette mesure aurait l'avantage de laisser l'espérance aux
villes dont les évêques ont prêté serment et de donner raison à ceux qui se
sont portés à cet acte d'obéissance. On sentirait ce que leur conduite a
d'avantageux pour le Pape, parce qu'on verrait vendre les biens des autres
évêchés pour payer la dette publique.
Quant aux chapitres, les membres qui auraient prêté le
serment seraient réunis aux chapitres conservés, et les chapitres dont tous les
membres auraient refusé le serment seraient supprimés.
On n'aurait pas l'air de se déterminer, soit par caprice,
soit même par un système d'organisation, mais de prendre un parti nécessité par
la rébellion de quelques évêques: les prêtres savent fort bien que, dans tous
les pays qui passent sous une nouvelle domination, on ne résiste jamais à
prêter serment à l'autorité. La rébellion des dix-neuf évêques serait un
nouveau grief de l'église contre le Pape.
Ce système conduirait, par l'application des mêmes
principes, à confisquer, non-seulement en Toscane et en Piémont, mais encore en
Italie, les biens des évêchés pour lesquels le Pape ne voudrait pas donner
d'institution; ce qui montrerait encore, dans l'obstination du Pape, la cause
d'un mal qui serait irréparable pour l'Église. Les dispositions à adopter pour
Rome, si elles sont immédiatement suivies du séquestre des biens et des palais
des évêques qui auront refusé le serment, et si toute cette affaire est traitée
d'une manière sérieuse, ne peuvent manquer d'avoir une influence très-sensible.
Sa Majesté désire que le ministre lui présente demain le
projet de décret.
Saint-Cloud, 14 juin 1810.
NOTE
POUR L’ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE
Il convient, par des mesures sages et indirectes, de
faire participer toute la France aux avantages de l'institution des titres
héréditaires.
S'il n'en est pas ainsi, cette institution ne sera jamais
nationale; elle ne fera point oublier ceux qui, autrefois, jouissaient des
prérogatives de la noblesse. Un des moyens les plus propres à raffermir cette
institution serait d'y associer les anciens nobles, avec des réserves et des
modifications que la prudence commande.
Je ne veux d'autres ducs que ceux que j'ai créés ou que
je pourrai créer encore, et dont la dotation aura été accordée par moi. Si je
fais quelques exceptions à l'égard de l'ancienne noblesse, ces exceptions
seront très-restreintes et ne s'appliqueront qu'à des noms historiques qu'il
est utile de ·conserver.
Je ne vois point d'inconvénient d'accorder des titres de
comte et de baron.
Quant à ceux des anciens nobles que j'entends associer à
la nouvelle institution, il faut, avant tout, qu'ils aient conservé de la
fortune.
Pour éviter toute méprise, et afin de bien connaître ce
qui reste de l'ancienne caste nobiliaire, on pourrait les diviser en trois
classes. La première comprendrait ceux qui sont employés. La seconde, ceux qui,
n'ayant point de fortune et portant des noms distingués, mériteraient d'être
retirés de l'oubli et de la misère. La troisième classe comprendrait ceux qu'il
faut écarter définitivement, tels que les émigrés auxquels on n'a point voulu
accorder l'amnistie, et ceux qui sont restés attachés aux princes de l'ancienne
dynastie.
La première classe donnerait lieu à une subdivision.
On prendrait ceux des anciens nobles qui sont attachés à
la cour ou aux maisons des princes et princesses, tels que les chambellans et
écuyers, qui pour la plupart ont de la fortune ou un nom. On conférerait à
ceux-là un titre qui deviendrait héréditaire, en instituant un majorat.
Dans la seconde classe on placerait ceux qui sont dans
les autorités, soit administratives, soit judiciaires. Sous cette dénomination d'autorités, on ne pourrait aller que
depuis les sénateurs jusqu'aux maires, et, dans ce grand nombre de
fonctionnaires ayant pour la plupart de la fortune et de l'influence, il
deviendrait facile de choisir quatre ou cinq cents individus, qui, se trouvant
admis dans la nouvelle situation, contribueraient à l'affermir et à la
propager.
On pourrait aussi faire un choix, soit dans les collèges
électoraux, soit dans les conseils généraux de départements. Les membres des
collèges électoraux ont une sorte d'expectative qui leur est accordée par
l'article 10 du premier statut; mais on pourrait les faire jouir de suite de la
distinction dont ils n'ont que l'espérance. Cette faveur appliquée encore à
quatre ou cinq cents personnes, il résulterait de l'ensemble environ mille
familles qui prendraient de nouveaux engagements envers l'État.
Pour bien faire le double choix dont on vient de parler,
il faudrait se procurer, de la part des préfets, des listes raisonnées non
seulement de ceux qui composent les collèges électoraux et les conseils
généraux, mais encore des états contenant l'indication des anciennes familles
nobles, en distinguant ceux de leurs membres qui seraient susceptibles de
recevoir la distinction dont il s'agit, et en évitant d'y comprendre ceux qui
ont émigré et ceux qui jouissent d'une mauvaise réputation.
Quant à la collation du titre, il serait convenable de ne
pas donner à un individu le même titre qu'il avait dans l'ancien régime; on
aurait la même attention pour les armoiries et les livrées.
Le plan dont on vient d'indiquer les éléments
s'appliquerait, mais avec plus d'étendue, au Piémont, à la Toscane et à Rome.
Dans ces pays, il y a peu de personnes qui aient rendu des services; mais il y
existe des gens qui portent des noms distingués, qu'il faut associer à la
nouvelle institution, afin de détruire des souvenirs.
Le rapport doit énoncer l'objet, celui de perfectionner
l'institution.
Le rapporteur doit dire que, les vues qu'il contient lui
ayant été suggérées par Sa Majesté, ce sont les propres idées de Sa Majesté
qu'il reproduit devant elle. Il faut, en second lieu, analyser le système
général du rétablissement des titres; on le trouve développé dans les
préambules des statuts, sénatus-consulte et règlements, ainsi que dans les
rapports qui ont préparé ces actes. Donner des appuis à la dynastie présente, faire
oublier l'ancienne noblesse : voilà le but que l'on a voulu atteindre.
Les vues indiquées dans la note doivent être reproduites
avec plus d'ordre et plus d'étendue.
Quand on arrivera aux moyens d'exécution, il faut
proposer de faire écrire confidentiellement par le procureur général aux
préfets, et, à l'égard des pays nouvellement réunis, il faut se procurer des
renseignements par la voie des gouverneurs généraux; à ceux-là,
l'archichancelier peut écrire.
La rédaction doit être faite de manière que l'Empereur
puisse mettre sa décision à la marge, soit qu'elle soit approbative, négative
ou modifiante.
Saint·Cloud, 14 juin 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, donnez communication au ministre
d'État Defermon de l'article du traité avec la Bavière relatif aux 400,000
francs de rente réservés sur Ratisbonne, et faites-lui connaître les époques
auxquelles il doit toucher. Écrivez à mon ministre de presser la nomination de
l'agent chargé des payements, et adressez-le au comte Defermon.
Je vous laisse le maître de résoudre comme vous
l'entendrez la difficulté relative aux meubles du pays de Bayreuth.
J'approuve que vous négociiez avec la Suisse pour la
cession du terrain nécessaire à la construction de la tête de pont de Huningue.
Saint-Cloud, 14 juin] 810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, j'ai lu avec attention votre
rapport sur le démêlé de mon consul avec le dey d'Alger. Mon agent me paraît
bien coupable; il ne devait point compromettre mes intérêts pour de pareilles
bagatelles. Témoignez-lui-en mon mécontentement. Voyez le sieur Thainville pour
arranger cette affaire. Je ne veux point me brouiller avec le dey pour de pareilles
bêtises.
J'approuve fort ce que vous proposez dans votre rapport
sur la manière d'établir des communications, par terre, d'Illyrie à
Constantinople. Suivez cette affaire avec activité, et proposez-moi toutes les
mesures nécessaires pour arriver à ce but.
Saint-Cloud, 14 juin 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
J'attache beaucoup d'importance à avoir un pont sur
pilotis à Huningue. Je crois avoir fait les fonds pour cela. Faites-moi
connaître où en sont les travaux et quand ce pont sera terminé.
Saint-Cloud, 14 juin 1810
A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris
Monsieur le Duc de Gaète, vous ferez passer la lettre
ci-jointe (lettre au roi Charles-Emmanuel, plus haut)
au roi Charles-Emmanuel, à Rome. Vous écrirez à son chargé d'affaires pour lui
faire connaître que j'ai ordonné qu'une somme de 100,000 francs par an, à
partir du 1er janvier 1810, serait à la disposition du Roi, pour
subvenir à ses besoins; qu'en conséquence vous envoyez 50,000 francs pour les
six premiers mois de cette année, échéant au 30 juin, et que vous le priez de
vous en envoyer le reçu. Vous lui prescrirez la manière dont les payements
devront se faire tous les six mois. Vous donnerez ordre que les 50,000 francs
pour le premier semestre de l'année partent avec ma lettre.
Saint-Cloud, 15 juin 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Faites-moi un rapport sur l'Arc de triomphe, sur les
fonds qui y sont destinés cette année. Faites-en pousser vivement les travaux;
je veux le terminer. Si cela est nécessaire, je vous donnerai un supplément de
crédit de 5 à 600,000 francs.
Saint-Cloud, 15 juin
1810
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Je vous envoie une note
de M. le conseiller d'État Maret. Venez au conseil de lundi armé de tous les
renseignements que vous avez sur cette question. J'ai fait prescrire à ce
conseiller d'État de s'y trouver avec toutes les pièces qu'il a dans les mains.
Ce conseiller d'État
croit qu'à la fin de l'année il n'y aura plus de blé de 1808, ni de 1809. D'après
ce qu'il dit de la cherté du seigle, j'en ai défendu l'exportation; j'ai doublé
le droit d'exportation du blé.
Ces deux décrets seront
exécutés cette nuit. Apportez au conseil de lundi tout ce que le bien du
service vous suggérera pour modifier cet état de choses et y remédier. Apportez
également le tableau des exportations qui ont eu lieu depuis août.
Cette question est la
plus importante de toutes, et il est impossible que je remette plus tard que
lundi à asseoir définitivement mes idées là-dessus.
Vérifiez bien et tenez
la main à ce que ma réserve de Paris soit entière. Vous avez des inspecteurs,
qu'ils vérifient. L'existence de cet approvisionnement est confiée à votre zèle
pour mon service.
Voilà huit ans que je
sacrifie près d'un million par an pour former cet approvisionnement. Il serait
malheureux que cet argent et ces soins fussent perdus au moment où l'on doit en
recueillir les fruits. Je ne dormirai tranquille sur cette importante question,
que bien assuré que vous faites votre affaire particulière de vérifier que
l'approvisionnement de Paris existe. Il n'est aucune mesure de gouvernement
plus susceptible d'influer sur le bonheur du peuple et sur la tranquillité de
l'administration que la certitude de l'existence de cet approvisionnement.
Il n'est pas hors de vos
attributions de vous faire remettre un état des approvisionnements de guerre.
Veillez à ce que les
Invalides et les hôpitaux aient leur approvisionnement, et qu'on ne soit pas
pris à l'improviste.
S'il était vrai qu'on eût
exporté en Angleterre, comme on veut me le persuader, 40 millions depuis août,
cette exportation serait de nature à effrayer.
J'ai mis un double
droit sur l'exportation des blés. Vous me rendrez compte lundi s'il est
possible de l'augmenter davantage, et je désirerais aussi pouvoir, sur les deux
millions et demi que je retirerai des droits de douane, augmenter encore mon
approvisionnement.