1 – 15 mai
1810
Anvers,
3 mai 1810
A
Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam
J'ai
reçu votre lettre du 29 avril sur l'emprunt de la Prusse. Je vous prie de faire
des recherches et de m'envoyer tous les quinze jours, un bulletin qui me tienne
instruit de la marche de cette affaire ; car je voudrais fort être payé de
ce que me doit la Prusse, pour retirer mes troupes d'Allemagne et les faire
venir à Boulogne.
Anvers,
3 mai 1810
A
Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam
Je
vous prie de m'envoyer les sondes de l'Escaut oriental et surtout des passes à
la mer; j'en ai besoin le plus tôt possible.
J'ai
fait lancer des vaisseaux hier. Déjà mon escadre se porte à l'embouchure de l'Escaut;
ma flotte de Toulon, forte de 18 vaisseaux, dont 5 à trois ponts, est en
appareillage; un convoi considérable et 3 vaisseaux de 80 sont à Cherbourg pour
menacer les îles de Jersey; je fais armer ma flottille de Boulogne; enfin je
mets tout en mouvement pour tenir en échec les Anglais.
Il
me tarde de savoir quand vous mettrez vos 9 vaisseaux en rade.
Si
vous avez des généraux et des officiers de marine de quelque valeur, qui ne
soient pas employés à votre service, je pourrais peut-être leur donner de
l'emploi.
Je
vous envoie cette lettre par un officier d'ordonnance. Si votre escadre est en
rade, je vous prie de l'autoriser à aller la voir pour m'en rendre compte. Si
elle n'est pas en rade, faites-moi connaître quand elle y sera.
Anvers,
4 mai 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je ne vois point de difficulté à ce que le prince de
Saxe-Cobourg fasse remettre le corps du prince Louis de Prusse à ceux qui le
demandent à Berlin.
Il
est nécessaire de presser pour que le roi Gustave IV aille en Suisse. Je pense
qu'il y aurait de l'inconvénient à le laisser demeurer si près de Carlsruhe.
.Je
ne vois pas de difficulté à ce que vous signiez les trois traités avec les
grands-ducs de Bade, de Hesse-Darmstadt et de Würzburg; mais cela n'avance à
rien, puisque ce sont des traités les uns sur les autres. Il serait beaucoup
mieux de spécifier les choses. Terminez donc d’une manière ou d'autre ces
affaires d'Allemagne.
Il
devient très important d'avoir des explications sur les affaires de Suède avec
le ministre suédois qui est à Paris.
Il
faut demander que le député du canton d'Appenzel qui a été compromis ne vienne
pas à la Diète.
Entendez-vous
avec le ministre de la police pour présenter un projet de décret tel que le
désire l'Autriche. Il faudrait qu'il fut conçu de manière que ceux qui sont en
Angleterre fussent exceptés.
Répondez
au ministre de Wurtemberg que toutes les autorisations nécessaires lui seront
données, et entendez-vous également avec la police pour que les déserteurs
wurtembergeois retournent à Stuttgart.
Je
ne vois pas de difficultés que vous donniez l'autorisation au sieur La
Rochefoucauld de se rendre à Paris en congé. Il laissera son secrétaire de
légation comme chargé d'affaires. Vous écrirez au secrétaire qui restera comme
chargé d'affaires à La Haye de faire connaître que je ne désire avoir à Paris
qu'un chargé d'affaires de Hollande.
Cette
modification ne sera faite que quand le sieur la Rochefoucauld sera parti.
Vous
ferez faire la même notification à Naples. Mon intention est de n'y avoir
également qu'un chargé d'affaires et pas d'ambassadeur.
Je
vous envoie une copie de la lettre de M. du Moutier au ministre de la marine et
celle qu'il vous écrit. Cette dernière est dans un des portefeuilles.
J'ai
lu avec attention les deux lettres de mon chargé d'affaires en Suède. Causez
longuement avec le ministre suédois à Paris des affaires de ce pays, afin de
bien comprendre le système de la Suède.
Discutez
le traité, et faites-lui entendre que je n'admets jamais qu'on ne tienne pas
les traités qu'on fait avec moi.
Faites
passer cette lettre au roi de Saxe.
Anvers,
4 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Présentez-moi
un projet pour accorder des congés à la moitié des officiers et au tiers des
sous-officiers et soldats de la division de cuirassiers que commandait le
général d'Hautpoul, qui est mise sur le pied de paix, ainsi qu'à la division du
duc de Padoue et à la division des carabiniers et cuirassiers du général
Bruyère, lorsqu'elles seront arrivées dans leurs cantonnements. Cette grosse
cavalerie ne pouvant servir que dans la grande guerre, je ne puis l'employer
dans la guerre d'Espagne, ni dans d'autres guerres de cette nature. Je ferai
donc une économie notable en donnant des congés pour six mois aux soldats, et
je ne verrais pas de difficulté d'accorder des congés aux officiers pour onze
mois. Vous pouvez étendre la même mesure à chacun des régiments qui sont à
l'armée d'Italie ou en Piémont. Comme je suis porté à croire que je
n'emploierai point ces cadres en Espagne, quoi qu'il arrive, et que de
longtemps ils ne seront remis sur le pied de guerre en Italie, je pourrai leur
accorder des congés.
Anvers,
4 mai 1810
A
Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde
J'ai
reçu la lettre de Votre Majesté du 18 avril. Je ne puis qu'être satisfait de
tout ce qu'elle trouve utile pour la princesse Amélie (Il
y avait un projet de mariage entre la princesse Amélie de Bade et l’Archiduc
Charles d’Autriche).
Dans
la situation actuelle des choses, je ne pourrais en concevoir aucun ombrage
politique.
Anvers,
5 mai 1810
NOTE.
Le
ministre de l'intérieur présentera un projet de décret pour ordonner
l'ouverture du canal de Mons à Charleroi. Ce canal coûtera 6 millions de
francs: 3 millions seront fournis par l'imposition sur le département de
150,000 francs pendant vingt ans; 3 millions seront versés par la caisse des
canaux. Ce canal appartiendra en conséquence à la caisse des canaux, qui,
lorsqu'il sera terminé, le vendra pour rentrer dans ses fonds. La caisse des
canaux fera, cette année une avance de 100,000 francs. Les fonds de l'année
prochaine seront fixés au budget pour 1811. Le ministre de l'intérieur, avant
le travail du budget, fera un rapport sur l'exécution et présentera les fonds.
A
cette occasion Sa Majesté fait observer qu'il est urgent d'avoir un caissier
des canaux des fonds de différentes natures. L'objet devient compliqué et exige
une attention spéciale. Le caissier des canaux serait sous les ordres du
caissier général des ponts et chaussées.
Anvers,
5 mai 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à paris
Monsieur
le Comte Mollien, je vois dans votre rapport du 2 que vous pensez que la banque
a trop d'actions et pas assez de comptables. Je pense comme vous; mais la
raison en est que la Banque ne remplit pas son titre et reste banque de Paris
au lieu d'être banque de Franc. Je suis intimement persuadé que 200 millions de
billets qu'elle mettrait en émission ne suffiraient pas, si elle voulait
remplir le but de son institution avec plus d'étendue et d'utilité pour les
provinces de France. Pourquoi n'escompte-t-elle pas à Valenciennes, à Cambrai,
à Saint-Quentin, à Lille (Par exemple, à Saint-Quentin, elle a un correspondant
qui lui envoie le papier qu'il trouve, tous les trois mois, pour l'escompter à
4 pour 100; mais il prend 1/2 pour 100 de commission pour trois mois, ce qui
fait 6 pour 100. A Valenciennes, la Banque n'a pas de correspondant. A Anvers, elle
en a un qui, depuis six mois, ne fait rien. Il est connu que c'est un juif,
lequel faisait bien escompter à la Banque à 4 pour 100, mais qui prenait le
plus de commission qu'il pouvait. La Banque répond à cela que, lorsqu'elle
reçoit de bons papiers ayant pour troisième signature celle de son
correspondant, elle escompte. Il est facile de voir combien cette raison est
insignifiante. Ayez avec le gouverneur et le sous-gouvemeur de la Banque une
conférence pour porter à 200 millions la masse des actions et pour faire mettre
en émission les 15 millions qu'elle a en portefeuille. Mes volontés ne sont pas
exécutées quand la Banque a 15 millions d'actions en réserve, au lieu de les
mettre en circulation. Je désire établir l'escompte des billets à Rome et à Lyon,
et avoir quatre autres succursales de cette espèce. Ces six succursales, l'une
portant l'autre, peuvent soutenir 5 millions de papier; cela fait 30 millions.
Je désire que, dans les villes de France où il y a une chambre de commerce et
autres qui seraient désignées, ce qui peut aller au nombre de trente ou
quarante, la Banque ait, non un correspondant, mais un commissaire; que ce
commissaire soit autorisé à prendre du papier à 4 pour 100, n'ayant d'autre
commission qu'un dixième pour trois mois, selon l'usage adopté dans les villes
des départements, et ne pouvant augmenter l'intérêt, de plus de 1/2 pour 100
par an. On aurait alors de l'argent à volonté à 4 et 1/2 pour 100 par an. En
prenant ces mesures, la Banque aurait bientôt 200 millions d'actions, et elle
remplirait son titre et son but. En Piémont, l'intérêt est immensément cher; il
y a des manufactures, des maisons de commerce, et le Piémont seul peut soutenir
20 millions de papier.
Occupez-vous
de cela, et présentez-moi un projet de décret ou une délibération de la Banque
dans ce sens. Il faut, l° que, dans toute l'étendue de l'Empire, on trouve de
l'argent contre de bonnes valeurs à 4 pour 100 et à 1/2 pour 100 de commission
par an; 2° que toutes les actions de la Banque soient mises entre les mains des
particuliers, et que la Banque ne puisse, sous quelque prétexte que ce soit, en
retenir aucune, afin d'éviter le jeu d'agiotage auquel participent souvent les
premiers membres de la Banque, qui sont les régents. S'il y a dans toute
l'étendue de mon Empire des provinces où, avec de bon papier, on ne puisse se
procurer de l'argent à 4 pour 100 et 1/2 pour 100 de commission par an, je m'en
prendrai à la Banque, qui manquera au but de son institution, qui ne réalisera
pas mes espérances, et qui perdra ses droits à la faveur que je lui avais
accordée en la faisant jouir d'un si grand privilège.
Anvers,
5 mai 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, je vois dans la note que vous avez remise au prince de
Neuchâtel, sur la solde des 8e, 2e et 6e corps de l'armée d'Espagne, que vous
avez payé ce qui était dû au 8e corps, et que vous donnez ordre que la solde
des 2e et 6e corps soit alignée.
Je
pense que vous vous serez fait rendre compte des fonds que les 2e et 6e corps
se sont procurés dans le pays. Il faut que, dans votre correspondance avec les
payeurs de ces corps, vous leur fassiez comprendre que vous espérez qu'on fera
face à la solde jusqu'au 1er août, et qu'ils auront trouvé deux mois de
ressources dans le pays; que, donnant deux millions par mois pour la solde de
l'armée d'Espagne et étant obligé de pourvoir presque en entier à celle de
l'armée de Catalogne, ils doivent pourvoir, des revenus et des contributions du
pays, au payement de la moitié de l'entretien de leurs corps.
Faites-moi
un rapport sur la situation de la solde de l'armée d'Espagne pour 1810, en
distinguant ce qui est fourni par le trésor public de ce qui provient des
contributions du pays, et faites-moi connaître ce qu'il faudrait à chaque
corps, en partant du principe que, puisque je ne paye que deux millions, la
moitié des dépenses doit être à mes frais, et l'autre moitié aux frais du roi
d'Espagne, hormis l'armée de Catalogne, à laquelle il faut envoyer de l'argent
tenir cette armée le plus possible au courant.
Anvers,
5 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, je vous renvoie un travail sur les vétérans. Je n'y aurais
pas répondu, parce que l'avis du Conseil d'Etat ne me convient pas. Présentez-moi
un projet de décret appuyé d'un état des demi-brigades actuelles de vétérans
avec leur force et la liste des officiers de tout grade. Mon intention est de
réduire chaque demi-brigade à un bataillon, et, par là, l'état-major sera
supprimé. Ainsi, au lieu de dix demi-brigades qui existent actuellement, il n'y
aura plus que dix bataillons. Les demi-brigades sont de dix ou douze
compagnies; les bataillons seront de six compagnies; ainsi, au lieu de cent
quatre compagnies, je n'en aurai plus que soixante. Tout cela doit faire une
économie importante.
Voici
de quelle manière seront placés ces dix bataillons ; point à Versailles; deux à
Paris; un réparti entre la Toscane, la Spezia et Rome; un dans les places de
Brabant, savoir : Berg-op-Zoom, Breda, Bois-le-Duc; un dans les lieux que vous
jugerez le plus nécessaire.
Je
crois qu'il n'en faut point aux prisons d'État; la gendarmerie à pied doit
faire ce service. On peut en mettre dans les îles, comme dans celle de Ré, et
dans les villes où il n'y a pas de dépôt d'infanterie, et qu'il est cependant
important de garder. Ces cinq premiers bataillons seraient appelés Bataillons
des vétérans nationaux militaires.
Il
restera cinq bataillons qui seront appelés Bataillons des arsenaux de la
marine. On en mettra un à Anvers, un à Brest, un à Lorient, un à Rochefort, un
à Toulon. Ces cinq bataillons seront composés de six compagnies et 840 hommes.
Ils seront toujours à la disposition de la marine pour la garde de ses arsenaux
et de son immense matériel. Ces cinq bataillons ne seront plus soldés ni payés
par la guerre, et appartiendront de toutes les manières à la marine.
Je
pense qu’il est nécessaire de garder les deux bataillons de Paris.
Je
pense également qu'il peut y avoir de l'avantage à ce qu'il n'y ait qu'un même
bataillon dans les États de Rome et de Toscane, ainsi que dans le Brabant.
Si
du 5e bataillon on pouvait avoir six compagnies isolées, je n'y verrais pas
d'inconvénient.
Les
invalides romains et piémontais doivent être dirigés sur les bataillons des
arsenaux.
Voilà
la mesure qui me paraît la plus raisonnable pour les vétérans.
Former
un bataillon de vétérans et six compagnies de 120 hommes chacune, formant 840
hommes à l’effectif, et pouvant certainement fournir plus de 600 hommes
présents, c'est-à-dire 120 hommes de service par jour. Ce bataillon serait
appelé bataillon des vétérans de la marine, et employé à l'arsenal d'Anvers. Il
ne recevrait aucun ordre des généraux commandants à Anvers et serait sous les
ordres du préfet maritime. Un pareil pour Brest: s'il y avait besoin à Brest de
plus de 120 hommes de service par jour, on mettrait deux bataillons à Brest;
cependant on est fondé à penser qu'un bataillon suffit; un pareil à Lorient; un
à Rochefort; un à Toulon; ce qui ferait cinq bataillons de vétérans de la
marine, ou près de 3,000 hommes propres à ce service, qui y seraient uniquement
affectés et qui dépendraient entièrement de la marine. On pourrait former un ou
deux autres bataillons et les répartir dans les petits ports. J'attendrai un
rapport du ministre de la marine sur cet objet.
Anvers,
5 mai 1810
A M.
Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris
Vous
devez démentir le rappel du général Moreau et faire sentir que ce général, dont
les liaisons avec les Bourbons sont connues, est pour jamais exclu de la
France.
Vous
trouverez ci-jointe une lettre de Barcelone, adressée au ministre des relations
extérieures. Envoyez des hommes intelligents de ce côté et tâchez de savoir ce
que veut dire tout ce tripotage.
Bois-le-Duc,
7 mai 1810
Au
comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur
le Comte Bigot Préameneu, donnez ordre que, conformément à nos lois, il ne soit
plus consacré aucun prêtre dans les deux départements de Rome et du Trasimène
sans ma permission; prescrivez aux préfets, sous-préfets et maires, de tenir la
main à l'exécution de cet ordre.
Donnez
ordre que tous les prêtres séculiers, religieux ou religieuses étrangers à la
ville de Rome, retournent dans la commune où ils sont nés.
Donnez
ordre à la Consulte de faire prêter serment à tous les évêques, d'envoyer en
France ceux qui s’y refuseraient et de faire mettre le séquestre sur leurs
biens. Je suppose que l'ordre a déjà été donné à tous les religieux qui ne sont
pas nés dans les départements de Rome et du Trasimène de se rendre aux lieux de
leur naissance.
Il
faut que ces mesures précèdent de quinze jours le décret qui supprime toutes
les corporations religieuses, qui vous sera expédié par le Secrétaire d’État.
Mandez à la Consulte que, des siéges existants, plusieurs sont vacants par les
démissions données à Paris par les cardinaux titulaires, d'autres par mort, que
probablement un grand nombre va vaquer par le refus que feront les titulaires
de prêter serment; que je n'attache pas d'importance à·ce qu'ils prêtent tous
serment; qu'on fasse en sorte qu'il n'y en ait que trois seulement qui le
prêtent, ne voulant conserver dans les deux départements que trois évêchés, ou
au plus quatre. Prévenez la Consulte que vous me proposez le décret de
suppression; qu'ils ne tarderont pas à le recevoir; qu'ils fassent donc
promptement les dispositions nécessaires pour être en force et être maîtres
partout; que je vais frapper un coup de foudre; que je donne des ordres au
prince Felix commandant la 29e division militaire, et au vice-roi,
pour qu'ils tiennent des forces à leur disposition, prêtes à se porter partout
où la Consulte le requerra.
Vous
ajouterez à la Consulte que, après avoir fait prêter serment aux évêques et
fait enlever les récalcitrants, elle le fera prêter aux chanoines, et, en cas
de refus, usera envers eux de la même rigueur.
Bois-le-Duc,
7 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, donnez ordre à la 17e compagnie du 6e régiment d'artillerie à
pied, qui est à Brest, de se rendre à Belle-Isle. Donnez l'ordre au 4e régiment
suisse de former deux compagnies, chacune de 120 hommes présents, et de les
envoyer à Belle-Isle. Donnez ordre au 86e de former deux compagnies, complétées
à 240 hommes présents, et de les envoyer également à Belle-Isle.
Donnez
ordre au dépôt du 47e de compléter ce qu'il a à Belle-Isle à deux compagnies,
chacune de 120 hommes présents; ce qui fera 240 hommes du 47e, 240 hommes du
86e et 240 hommes du 4e régiment suisse, ou six compagnies formant un bataillon
d'environ 800 hommes, qui portera le nom de Bataillon provisoire de Belle-Isle,
avec un colonel en second pour le commander, 200 hommes d'artillerie et 800
hommes de la marine.
Donnez
ordre que le 4e bataillon colonial soit complété à 600 hommes. A cet effet,
dirigez sur Belle-Isle soit des conscrits amnistiés, soit d'autres hommes à
votre disposition pour cet objet, de sorte qu'il y ait à Belle-Isle, avec la
garde nationale sédentaire, 3,000 hommes.
Prévenez
le général Quentin de ces dispositions, et recommandez-lui de tenir sa place en
état, armée, approvisionnée, et d'être prêt à tout événement.
Envoyez
un général d'artillerie et un général du génie à Belle-Isle pour faire
l'inspection de la place, avec l'autorisation de tirer de la direction tout ce
qui est nécessaire pour son armement et approvisionnement. Entendez-vous avec
le ministre directeur de l'administration de la guerre pour qu'il y ait les
vivres nécessaires.
Il
est indispensable qu'il y ait à Belle-Isle deux officiers d'artillerie,
indépendamment de ceux des compagnies, et trois officiers du génie.
Envoyez-y
également deux ou trois mille fusils, pour pouvoir en armer les habitants en
cas d'événement. Ces ordres sont urgents à donner.
Donnez
ordre que la garnison de l'île d'Aix soit renforcée de la manière suivante. Le
dépôt du 82e, qui a un officier et 72 hommes à l'île d' Aix, enverra ce qui est
nécessaire pour former deux compagnies de 120 hommes chacune. Le 26e, qui est à
Napoléon, y enverra également deux compagnies de 120 hommes chacune. La légion
hanovrienne, qui a un officier et 71 hommes, complétera deux compagnies à 240
hommes. Le 66e, qui est à Bordeaux, enverra deux compagnies de 210 hommes. Ces
huit compagnies formeront un bataillon provisoire, sous le titre de Bataillon
de l'île d'Aix qui sera commandé par un colonel en second.
Le
dépôt du 6e régiment d'artillerie, qui est à Rennes, enverra au détachement qui
est à l'île d'Aix 40 recrues.
Faites
partir de Paris le régiment de Berg pour se rendre à la Rochelle, avec
l'instruction au général commandant la division qu'à la moindre apparence
d’hostilités il le fasse entrer à l'Île d'Aix. Ce régiment tardera aisni à
aller en Espagne jusqu'il ce qu'il ait été remplacé sur cette île par d'autres
troupes. Chargez un général du génie de se rendre à l'île d'Aix, de veiller à
ce que cette île soit promptement mise dans le meilleur état, et de pourvoir à
sa défense et à son approvisionnement. Envoyez-y également un général
d'artillerie, qui passera la revue des batteries et les fera mettre en état.
Vous
préviendrez le général qui commande la division qu'à la moindre menace des
Anglais la marine doit renforcer de 800 hommes, soit canonniers, soit
équipages, la garnison de l'île d'Aix; qu'il doit faire préparer aux dépôts du
13e cuirassiers et des chasseurs hanovriens, qui sont à Niort, ,
deux escouades, chacune de 30 à 40 chevaux, et qu’il doit placer, pour
parcourir la côte, une colonne mobile depuis La Rochelle jusqu'à Rochefort;
qu'il ne doit cependant faire cela qu'au dernier moment, parce que bientôt je
vais y envoyer de la cavalerie de ligne.
Service de la côte de la Rochelle à
Lorient. Aussitôt que la brigade Colbert sera arrivée à Nantes,
vous ordonnerez qu'un de ses régiments soit mis à la disposition du général
commandant la 12e division militaire pour faire des patrouilles sur la côte,
depuis l'embouchure de la Loire jusqu’à l’embouchure de la Charente.
L'état-major de ce régiment sera établi à La Rochelle. Un autre régiment fera
des patrouilles depuis la Loire jusqu'à Lorient; l'état-major sera à Pontivy.
Le
général Colbert, avec son 3e régiment, restera à Nantes ou dans un village où
les fourrages soient abondants. Il recevra les rapports de ses postes, se
portera où il sera nécessaire et vous rendra des comptes journaliers.
Inspection des côtes.
Chargez cinq généraux d'artillerie de faire les inspections suivantes sur les
côtes: 1° depuis l'Escaut jusqu'à Granville; 2° depuis la Seine jusqu'à Nantes;
3° depuis Nantes jusqu'à Bayonne; 4° depuis la frontière d'Espagne jusqu'à
Nice; 5° depuis Nice jusqu'à Cività-Vecchia.
Mettez
quelques fonds à leur disposition. Ils se feront accompagner par les
directeurs, passeront la revue des canonniers garde-côtes, les feront exercer,
inspecteront les batteries, vérifieront l'état des poudres, de
l’approvisionnement, vous enverront des rapports détaillés et pourvoiront à ce
que les côtes soient en état de défense sur tous les points pendant cet été.
Service de la côte de l'Escaut
à la Somme. Vous
donnerez ordre à la brigade de cavalerie légère qui est à Saint-Omer de fournir
des postes le long de la côte, savoir: un régiment qui résidera à Saint-Omer,
et fera des patrouilles sur la côte depuis l'embouchure de l'Escaut à
Blankenberghe, Ostende, etc., jusqu'à l'embouchure de la Somme; l'autre
régiment fera des patrouilles depuis l'embouchure de la Somme jusqu'à
Cherbourg. Faites redonner à ces régiments l'instruction qui avait été faite en
1805, c'est-à-dire que les colonels et chefs d'escadron inspectent les
batteries de côte, s’assurent que les garde-côtes sont à leurs postes, et les
exercent quelquefois, fassent même apprendre à leurs chasseurs et hussards un
peu de manœuvre, afin qu'en cas d'évènement ils puissent se porter aux
batteries menacées, et les fassent agir avec la plus grande activité.
Bois-le-Duc,
7 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
remarque qu'il y a peu de troupes dans la 30e division militaire.
Comme mon intention est de supprimer les couvents, d'obliger les prêtres à
prêter serment et de finir ces ridicules scènes de Rome, j'ai besoin d'y avoir
les forces convenables.
Donnez
ordre au vice-roi de compléter à 600 hommes présents, chacun, les deux premiers
bataillons du 106e qui est à Bologne, et les deux premiers
bataillons du 53e qui est à Imola (ce qui fera quatre bataillons, 2,400
hommes), de joindre à cette colonne trois escadrons du 29e de dragons,
complétés à 600 chevaux (ce qui la portera à 3,000 hommes), de mettre cette
brigade sous les ordres du général Pacthod, d'y joindre six pièces de canon, de
tenir ces troupes en forme de colonne d'observation à Perugia, pour être à la
disposition du général Miollis, qui la fera venir à Rome et partout où elle
serait nécessaire; et, dans le cas où elle serait inutile, elle resterait à
Perugia. Donnez ordre au vice-roi de réunir à Ancône 3,000 hommes d'infanterie
et 600 chevaux de troupes italiennes, pour se porter où il sera nécessaire; le
général commandant cette colonne prendra les ordres du général Miollis.
Donnez
ordre au prince Félix de mettre sous les ordres de l'adjudant commandant
Mariotti une colonne mobile composée du 1er bataillon du 112e, complété à 600
hommes présents, et du 3e bataillon du 29e complété à 600 hommes
présents, ce qui fera 1,200 hommes.
Cette
3e colonne d'observation se réunira à Arezzo, pour marcher sur Rome au premier
ordre du général Miollis.
Indépendamment
des troupes qu’il a, le général Miollis aura sous ses ordres une colonne de
3,000 hommes à Perugia, une colonne de 3.600 italiens à Ancône, et une de 1.200
hommes à Arezzo; ce qui lui fera plus de 10, 000 hommes, dont il disposera pour
faire exécuter mes décrets sur les prêtres.
Vous
ferez connaître au général Miollis qu'il faut qu'il montre de la vigueur; que
le ministre des cultes lui transmet un ordre pour ce qui regarde les prêtres et
les moines, et que je veux organiser, sous ce rapport, les deux départements de
Rome et du Trasimène à l'instar du reste de l'Empire.
Bois-le-Duc,
7 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.
Monsieur
le Duc de Feltre, envoyez un officier au maréchal Macdonald pour lui faire part
du succès que vient d'obtenir le général Suchet. Écrivez-lui que l'opération de
Barcelone a manqué parce que le duc de Castiglione est resté dans la ville, au
lieu de marcher avec les troupes pour être à même d'agir selon les
circonstances. Vous lui donnerez l'ordre de former un corps de 18,000 hommes,
et de laisser le reste de son armée pour garder Figuières, Girone et Rosas, et
de se porter, avec ces 18,000 hommes, entre Barcelone et Lerida, en se mettant
en communication avec Lerida et empêchant les insurgés de bloquer Barcelone. Il
trouvera des vivres dans ces vallées, et, en maintenant ses communications
libres, il trouvera entre Lerida, Barcelone et Tarragone, des ressources,
autant que la saison peut le permettre, et même de quoi envoyer des convois à
Barcelone. En cas d'événement, sa réunion doit être avec l'armée d'Aragon ; et
dans ce cas, comme maréchal, il aura le commandement des deux armées.
Vous
lui enverrez ces ordres comme instruction générale, et vous lui ferez connaître
que, du reste, je m’en rapporte à lui pour toutes les mesures convenables à
prendre pour empêcher Barcelone d’être bloqué. Enfin, vous recommanderez au
maréchal Macdonald que, si des évènements
sur lesquels je ne compte pas obligeaient d’évacuer Barcelone, on fit
sauter les fortifications de cette place, en se réservant de garder seulement
les deux forts de Monjuich et l'autre.
Vous
lui enjoindrez immédiatement, après avoir pris Lerida, de faire le siége de
Tarragone.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le duc de Cadore, présentez une note claire au ministre de Prusse sur l’affaire
du prince Hatzfeld, dans laquelle vous appuierez sur le scandale de cette
procédure et ferez sentir combien elle me blesse, et que j'y reconnais
l'influence de la cabale qui a causé tous les maux de ce pays. Vous parlerez du
traité de Tilsit, de la bonne conduite tenue par M. de Hatzfeld dans toutes les
affaires, et déclarerez que je le prends spécialement sous ma protection et que
je ne souffrirai pas qu'il lui soit fait aucun tort. Vous prescrirez la même
démarche à M. de Saint-Marsan, et vous lui donnerez pour instruction de dire
partout de répéter dans la conversation que les ennemis de M. de Halzfeld sont
les miens; que ceux qui l’attaquent m'attaquent; que la conduite qu'on tient
envers lui est une indignité, et qu'il faudrait y mettre au moins un peu de
politique.
Vous
parlerez dans le même sens au maréchal Kalckreuth. Faites en même temps
connaître au comte Beugnot, mon commissaire dans le grand-duché de Berg,
l'intérêt que je prends au prince de Hatzfeld.
Je
n'ai reçu que la lettre n° 1 du sieur du Moutier, que je vous ai envoyée; la
lettre n° 2 ne m'est pas parvenue.
Le prince de Hatzfeld, qui fut gracié par Napoléon en 1806, habitait Berlin
et entretenait avec les agents français chargés de la rentrée des contributions
de guerre des relations amicales, dont il se servait pour obtenir des
adoucissements en faveur de ses compatriotes. Ces relations, si profitables
qu'elles fussent à la Prusse, éveillèrent les soupçons du Roi, qui fit mettre
en jugement le prince de Hatzfeld. L'intervention de l'Empereur arrêta le
procès.
Berg-op-Zoom.
9 mai 1810
A M.
de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie votre mémoire sur le Valais; il ne me
satisfait pas. Comme j'ai autorisé mon chargé d'affaires à se rendre à Paris,
demandez-lui des renseignements sur les noms des individus influents opposés à
la France, sur la situation des esprits dans le Haut et le Bas Valais pendant
la dernière guerre, et sur le parti que le pays aurait pris si nous avions été
battus.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, faites-moi connaître la quantité de bons de la caisse
d'amortissement de nouvelle fabrique qui se trouvent aujourd'hui en
circulation. Je voudrais la porter à une vingtaine de millions. Vous aurez soin
de les laisser aller jusqu'à 7 pour 100; s'ils passent ce taux, vous
autoriserez la caisse d'amortissement et le trésorier de la caisse du domaine
extraordinaire à les retirer; mais mon intention est d'en saturer la place:
c'est un escompte de 1/2 pour 100 par mois et de 1 pour 100 de commission, ce
que je ne trouve pas trop déraisonnable. La caisse d'amortissement et la caisse
de l'extraordinaire sont dans une situation à n'avoir pas besoin de cela, mais
je veux accoutumer la place à connaître les bons et à en supporter, s'il le
fallait, une trentaine de millions.
Je
vous ai écrit sur les moyens de donner plus d'extension à la Banque de France;
cela est très sérieux. Il faut que, dans toute l'étendue de mon Empire on
trouve de l'argent sur de bon papier à un intérêt de 4 pour 100 et pour une
commission de 1/10. C'est alors seulement que nos manufactures seront portées
au degré de prospérité qu’elles doivent atteindre.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur
le Comte Bigot Préameneu, vous recevrez un décret par lequel j'ordonne qu'au 15
juin tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et
du Trasimène.
Je
suppose que vous avez déjà donné des ordres pour que 1° tous les
ecclésiastiques, soit de France, soit d'Italie, soit de Naples, soit
d'Allemagne, d'Angleterre, d'Irlande, de Danemark, de Hollande, etc., fussent
renvoyés dans leur pays; 2° tous les individus qui ne sont pas dans les ordres
sacrés cessent de porter l'habit ecclésiastique, et ceux qui sont dans les
ordres sacrés ne portent l'habit ecclésiastique que dans les séminaires.
J'ai
ordonné que trois colonnes se rendent, l'une de Bologne à Perugia, l'autre de (laissé en blanc dans l’original) . . . . . à Ancône,
et l'autre de Florence à Arezzo.
Ces
7 ou 8,000 hommes seront à la disposition du général Miollis, qui les portera
rapidement partout où la tranquillité publique serait troublée.
Je
suppose que tous les prêtres auront, à l'heure qu'il est, prêté serment ou
auront été dirigés sur la route de France, sans hésitation; que tous les
évêques, curés, vicaires, chanoines, auront prêté serment ou seront sur la
route de France; que les biens des chanoines, chapitres, évêques, qui
n'auraient pas prêté serment, ont été saisis par l'enregistrement. Quant aux
évêques, il faut qu'on saisisse non seulement leurs biens ecclésiastiques, mais
aussi leurs biens patrimoniaux.
Rédigez
un décret conçu à peu près dans les termes suivants, que je signerai aussitôt
que le nombre des évêques qui n'auront pas prêté serment sera connu: «
Considérant que dans l'Empire il y a des évêchés qui ont un million
d'habitants, tandis que dans les deux départements de Rome et du Trasimène, qui
n'ont que 700,000 habitants, il y a trente évêchés; que cette disproportion
énorme et cette multiplicité d'évêchés sont contraires aux lois de l’Empire et
incompatibles avec l'ordre et la hiérarchie ecclésiastique; que le plus grand
nombre de ces évêchés sont vacants par démission, mort ou rébellion, nous avons
décrété et décrétons les articles suivants: Titre 1er. Des évêchés. Tel et tel
évêché est supprimé et réuni, et tel et tel chapitre est supprimé. Il n'en sera
conservé qu'un seul par cathédrale, composé de tant de membres; de même pour
les séminaires, etc. - Titre 2. Des paroisses. Il ne restera que tant de
paroisses à Rome; telles et telles sont conservées. " Il me semble que
vingt paroisses sont suffisantes.
Vous
ferez également la circonscription des vingt principales villes, de manière
que, dans les villes peuplées de moins de 5,000 âmes, il n'y ait qu'un curé, et
que dans les villes de plus de 5,000 âmes il y ait un curé à raison de 4 à
5,000 âmes. Faites ce décret le plus tôt possible, afin que je le signe à mon
arrivée à Paris, et qu'il puisse être à Rome avant le 15 juin, pour que les
coups se succèdent sans interruption.
Si
d'autres dispositions sont nécessaires sur cette matière, proposez-les moi,
afin que, juin passé, les départements de Rome se trouvent organisés comme le
reste de la France pour les affaires ecclésiastiques.
PROJET
DE DÉCRET.
Considérant
qu'un des avantages de notre Empire sur tous ceux qui out existé avant lui est
l'uniformité des lois sur la législation, l'administration, les finances, et
voulant ramener à cette uniformité les parties de notre dit Empire qui n'y sont
pas encore soumises, Nous avons décrété, etc. :
ARTICLE
PREMIER. Tous les couvents de religieux et de religieuses sont supprimés dans
le département du Taro, même les mendiants.
Les
pensions seront fixées conformément à ce qui a été fait dans le reste de
l'Empire.
ART.
2 - II en sera fait de même dans les départements de Gênes, de Montenotte et
des Apennins.
ART.
3 - Il sera conservé un seul couvent à Plaisance, un à Parme, un à Gènes et un
à Savone, en ayant soin de choisir le plus convenablement situé et le plus
beau, pour servir aux besoins publics.
ART.
4. - Les religieux supprimés par le présent décret se rendront dans la paroisse
où ils sont nés, pour assister le curé dans les fonctions ecclésiastiques; de
sorte que, après l'exécution de ce décret, il n’y aura plus de religieux, de
quelque ordre que ce soit, dans les départements au delà des Alpes, excepté les
deux qui restent en Piémont, les quatre conservés par le présent décret, et les
quatre conservés dans les départements de Rome et du Trasimène; cette exception
étant un effet de l'intention où nous sommes d'instituer quelques autres
couvents dans notre Empire pour les besoins publics.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Réexpédiez
un autre officier à Corfou pour faire connaître les mesures que le vice-roi, à
Ancône, et le roi de Naples prennent pour approvisionner Corfou. Je suppose que
vous avez un chiffre avec le général Donzelot, pour communiquer. Si vous n'en
avez pas, envoyez-lui-en un. Faites-lui connaître qu'il a toute ma confiance;
que je suis certain qu'il ne rendra jamais la place qu'après avoir épuisé tous
ses moyens de défense, fait prendre les ouvrages avancés, pratiquer la brèche;
qu'il saura même alors rendre nuls les efforts de l'ennemi, en s'enfermant dans
les retranchements; mais que les Anglais sont tellement occupés en Espagne, en
Portugal, en Angleterre, en Irlande, à Jersey, qu'ils ne pourront pas, avec les
misérables troupes qu'ils ont, tenter une expédition de cette importance,
puisqu’il leur faudrait pour cela 12,000 Anglais de bonnes troupes; que les
frégates sont sous ses ordres; qu'il doit les faire agir pour la défense de la
place; que les mesures qu'il prend pour Sainte-Maure sont convenables; que le
général Camus doit se défendre longtemps, puisque ce sera retarder d'autant les
autres expéditions que pourraient tenter les Anglais; que je vois que le
général Donzelot a plus de 8,000 hommes de troupes, savoir : 7,000 hommes
d'infanterie, 50 de cavalerie, 400 d’artillerie, 150 de sapeurs, et, de plus,
1,000 marins italiens et français, total, 8,600 hommes ; que ces 8,600
hommes, présents sous les armes, à Corfou, ne peuvent être assiégés que par
12,000 Anglais et 6,000 hommes d'auxiliaires, c'est-à-dire par 18,000 hommes;
qu'ainsi je suis en sûreté pour Corfou; que j’y vois des vivres pour un an; que
ces vivres doivent s'augmenter tous les jours, et qu'enfin j'ai une escadre de
dix-huit vaisseaux à Toulon, qui tenteraient quelque chose pour le secourir, s'il
était forcé dans ses ouvrages avancés et rejeté dans l'enceinte de ses
murailles par une autre expédition, avant l'espace de quinze mois, car je pense
qu'il a des vivres pour quinze mois; que je suis même certain que, avec la
contenance qu'il fait et les forces qu'il a, l'ennemi, rebuté par les maladies,
les désertions, etc., renoncera à sa folle entreprise ; qu'ainsi je crois
qu'il est loin de porter si haut ses prétentions. Mandez au général Donzelot
qu'il utilise les équipages des chaloupes canonnières et corvettes pour la
défense de terre et des îles; enfin qu'il se serve de tous ses moyens pour la
défense du pays.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la
guerre
Je
vois avec plaisir que vous avez fait tout ce qu'il fallait pour que mon armée
de Catalogne ne manquât de rien.
Je
ne sais si les vivres ont manqué à mon armée; mais ce que je sais fort bien,
c'est que, si le maréchal eût été au milieu de ses troupes et non à vingt
lieues derrière, il eût jeté dans la mer les misérables troupes qui lui ont
enlevé des détachements et lui ont fait faire une retraite peu honorable pour
une armée.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris
Monsieur
le comte Daru, prenez des mesures pour que Trianon soit prêt à me recevoir au 1er
juin, tant pour ce qui est relatif aux murs de clôture qu'à l'achèvement de la
galerie, désirant y aller à cette époque.
Assurez-vous
si, à Fontainebleau, les dispositions nécessaires ont été faites pour que la
galerie de Diane et le palais soient entièrement prêts pour le voyage de
septembre.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
comte de La Valette, ministre général des Postes, à Paris
Je
reçois votre lettre par laquelle vous m'instruisez qu'on a ouvert à Rome mes
dépêches. Il est indispensable que vous fassiez un rapport au ministre des
finances, et que les employés des postes soupçonnés d'un pareil délit soient
sur-le-champ mandés à Paris. Cela doit vous servir de règle; et, si vous n'avez
point organisé les postes à Rome, les organiser sans délai, en envoyant des
agents sûrs et établissant auprès du directeur un petit cabinet, qui puisse
éclairer l'autorité locale sur les intrigues et trames dont cette ville
pourrait être le théâtre.
Il
faut aussi penser à organiser sans délai les postes du Brabant, des nouveaux
départements réunis à la France.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à
Berg-op-Zoom
Mon
Cousin, faites connaître au roi d'Espagne et au duc de Dalmatie que, si les
armées de la Romana et des autres généraux insurgés se recrutent, la cause en
est double : 1° la formation d'une armée espagnole qui fait craindre aux
paysans d'être incorporés dans ces nouveaux régiments, crainte qui les empêche
de retourner chez eux; 2° la mauvaise conduite qu'on a tenue relativement aux
prisonniers faits à Orcana et ailleurs.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
A
Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam
Je
compte que vous aurez neuf ou dix vaisseaux en rade dans le mois de juin;
cependant j'apprends qu'il n'y a encore aucun mouvement en Hollande. Songez à
l'importance dont il est pour la cause commune de tenir vos engagements.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
A
Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom
Mon
Fils, comme il est de notoriété publique que les Anglais font payer 25 pour 100
aux bâtiments ottomans pour leur permettre de naviguer, j'ai fait mettre le
séquestre sur tous les bâtiments de cette nation dans mes ports de France.
Ordonnez la même chose en Italie, en leur faisant connaître la raison de cette
mesure.
Berg-op-Zoom,
9 mai 1810
A
Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom
Mon
Fils, je me décide à créer une banque d'escompte à Milan, à l'instar de la
Banque de France, sous le litre de Banque italienne.
Écrivez
à Aldini qu'il se concerte avec Mollien, et qu'il me présente un projet de
décret, rédigé sur les bases de celui qui institue la Banque de France.
Middelburg,
11 mai. 1810
Au
comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur
le Comte Bigot Préameneu, mon intention est que le général Miollis n'accorde à
aucun ecclésiastique étranger la permission de rester à Rome, et que toutes les
mesures soient prises pour organiser les deux départements à l’instar du reste
de la France.
Je
suis persuadé qu'il n'y a point besoin de troupes à Rome; cependant j'y ai
envoyé l2.000 hommes en trois colonnes; j'en enverrai 100,000 si cela est
nécessaire. Il faut qu'au 1er juillet tout soit, dans les départements romains,
sur le même pied qu'à Paris.
Je
ne suis pas éloigné de m'emparer des biens ecclésiastiques séculiers pour doter
les prêtres comme ils le sont en France, et même mieux. Ecrivez à Rome pour
avoir un rapport sur la contenance de ces biens ecclésiastiques séculiers.
Comme la dîme doit être supprimée, ainsi qu'elle l'a été en France et en
Piémont, ce sera une diminution considérable dans les revenus; il faudra faire
connaître ce qui restera.
Middelburg,
9 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur
le Duc de Feltre, l'île de Schouwen est importante; je vous ai demandé un
général de brigade pour y commander sous les ordres du général Gilly. Il est
urgent de mettre la place de Zierikzee à l'abri d’un coup de main et de l'armer
de douze canons en fer, de sorte que, l’ennemi tentant une expédition de 3 à
$,000 hommes, la garnison puisse se retirer dans la place comme dans un réduit,
qui sera approvisionné pour un mois, et s'y maintenir.
Donnez
ordre que cette place soit en état de défense et approvisionnée avant le 15
juin. Mon intention n'est pas de mettre dans l’île de Schouwen plus de vingt
pièces de gros calibre en fer, indépendamment des pièces de gros et petit
calibre qu'on mettra à Zierkzee. Donnez
les ordres nécessaires au général Dulauloy. Il faut que ces pièces, grandes et
petites, soient en fer.
Middelburg,
11 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La
24° division militaire étant très considérable, et les îles de la Zélande étant
importantes, je désire que, provisoirement, les îles de Walcheren, Nord et
Sud-Beveland et Schouwen soient mises en état de siége. Le décret vous en sera
envoyé par le ministre secrétaire d'État. Le général Gilly en aura le
commandement général; il correspondra avec vous et avec le général Chambarlhac
à Bruxelles; il aura, pour garder ces îles, 1° quatre bataillons de la 18e
demi-brigade provisoire, 2° un bataillon du
régiment prussien, 3° un bataillon colonial; total, six bataillons. Un
de ces bataillons sera envoyé dans l'île de Schouwen pour renforcer les
batteries. Il y aura dans cette île un général de brigade que vous déléguerez
sans délai pour commander l'infanterie, le génie et l'artillerie, sous les
ordres du général Gilly.
Un
bataillon tiendra garnison à Flessingue; ce sera toujours le même; les quatre
autres bataillons seront campés dans quatre positions différentes, que
désignera le général Gilly, sur les dunes depuis Westkapelle jusqu'à Terveere.
Ces camps seront solidement construits, à l'instar de ceux qui existaient avant
l'expédition des Anglais. Vous mettrez 50,000 francs à la disposition de
l'officier du génie qui commande à Flessingue pour les faire établir. Par ce
moyen, les côtes de l'île seront gardées.
Le
général Gilly sera spécialement chargé d'organiser promptement les canonniers
garde-côtes. Indépendamment de ces troupes, il aura la gendarmerie, les
canonniers de ligne et les troupes du génie, qui seront sous ses ordres. Il
suffira qu'il tienne dans les îles de Sud et Nord-Beveland des patrouilles de
quelques compagnies.
Indépendamment
de ces forces, il aura sous ses ordres 48 chaloupes canonnières, commandées par
un contre-amiral, qui seront destinées à maintenir la communication de l'île de
Walcheren à l'île de Cadzand et de l'île de Walcheren à l'île de Schouwen. Les
480 hommes nécessaires pour la garnison de ces chaloupes canonnières seront
fournis par la 18e demi-brigade provisoire. En cas d'événements imprévus et
inattendus, le général Chambarlhac, qui a sous ses ordres trois régiments de
ligne et les autres troupes qui sont dans sa division, enverrait sur-le-champ à
son secours.
Vous
donnerez pour instruction au général Gilly qu'après avoir défendu les Îles il
doit se rejeter sur Flessingue, place qu'il doit défendre jusqu'à la dernière
extrémité.
Quant
aux chaloupes canonnières, vous lui ferez connaître qu'il doit les employer le
moins qu'il pourra, pour laisser à l'amiral Missiéssy la faculté d'en disposer
pour son service; mais, en cas d'événement, elles seront entièrement sous ses
ordres, et il les fera entrer dans Flessingue pour s'en servir à la défense de
la place.
Il
sera nécessaire que le général qui commande Anvers étende son commandement jusqu’au
fort de Barth. S'il arrive que l’île de Walcheren soit attaquée et que le
général soit investi dans Flessingue, il doit faire avancer ses forces sur
Bath, embrasser le Sud-Beveland, renforcer les batteries, protéger l'escadre et
se mettre en communication avec l'île de Walcheren.
Middelburg,
11 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Les
directeurs du génie de l'artillerie des places du Brabant ne sont pas encore
arrivés, et tout y est encore en confusion. Il en est de même des commandants
d'armes. Les généraux de la division Puthod sont disponibles; vous pourriez en
envoyer pour commander à Berg-op-Zoom, à l'île de Schouwen, etc. Cette
organisation est importante.
On
m'a cité des officiers qu'on a fait venir de Naples; c'est les ruiner. L'Empire
est trop vaste pour de telles mesures prises sans considération des distances.
Il faut ordonner à votre bureau de ne vous proposer que des changements
successifs : ainsi, par exemple, de faire venir des officiers de Naples pour le
Piémont; du Piémont pour le Midi; du Midi pour le Nord. Ces longs voyages faits
en plusieurs années sont insensibles, au lieu que des voyages de Naples à
l'extrémité de l’empire ruinent les officiers, rendent tout incertain.
Middelburg,
11 mai 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Un
contre-amiral et quarante-huit chaloupes canonnières formeront la division
chargée de la défense de l'Escaut oriental et occidental.
J'ai
chargé le général Gilly-jeune du commandement de toute la Zélande. Le
contre-amiral sera sous ses ordres, autant que cela sera nécessaire. Le général
Gilly fournira 480 hommes de garnison, à raison de 10 hommes par chaloupe
canonnière. Les 48 chaloupes doivent étudier les passes, maintenir la
communication entre les îles de Walcheren, Sud-Beveland et Schouwen. Une
division de 12 chaloupes doit se trouver toujours entre les îles et
Helvoet-Sluys et prendre connaissance de ce qui se passe dans le (en blanc dans la minute). En cas d'événement
extraordinaire, les 48 chaloupes doivent s'embosser, défendre la place de
Flessingue et suivre en tout son sort.
Vous
établirez à Flessingue une administration telle que les chaloupes puissent y
être réparées, faire leurs vivres et soutenir l’embossage.
Le
vice-amiral Missiéssy commandera toujours les chaloupes canonnières tant qu'il
se trouvera à la hauteur de Flessingue. Il fera les manoeuvres nécessaires et
obligera les Anglais à avoir une croisière égale à la sienne. Il fera enfin ce
qui sera nécessaire pour se tenir toujours dans une position facile.
Middelburg,
11 mai 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Middelburg
Mon
Cousin, donnez ordre, en mon nom, au général Dulauloy de détruire les batteries
qui existent de Terveere à Rammekens, et de les faire replacer entre Rammekens
et Flessingue, où elles seront plus utiles.
Vous
lui donnerez également l'ordre de ma part de faire désarmer (mais sans détruire
les plates-formes et ôtant seulement les canons) les batteries qui sont le long
de la côte de Sud-Beveland vis-à-vis le Sloe, et qui avaient été faites pour
protéger le passage et attaquer l'île de Walcheren. Les pièces de ces batteries
seront placées de manière à protéger l'escadre à l'embouchure de l'Escaut. Je
ne comprends pas dans ces batteries celles qui croisent leur feu avec celles de
Rammekens, ni celles qui croisent avec Terveere; toutes les autres, à
l'exception de celles-là, sont inutiles.
Donnez
également: l'ordre au général Dulauloy de faire armer la place de Zierikzee de
douze pièces de canon en fer; donnez ordre au commandant du génie de Flessingue
d'envoyer un officier du génie pour mettre cette place en état de défense. Il
mettra à la disposition de cet officier 10,000 francs pour faire réparer les
pont-levis, planter des palissades, curer les fossés, relever les remparts,
faire des tambours et tout ce qui est nécessaire pour que 4 à 500 hommes de
garnison et les canonniers des batteries de l'île de Schouwen, ce qui fera une
force de 800 hommes, puissent se réfugier dans la place et s'y défendre.
Middelburg,
11 mai 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à
Middelburg
Mon
Cousin, faites connaître au général Gilly que je l'ai nommé commandant des îles
de Walcheren, de Nord et Sud-Beveland et de Schouwen; que j’ai mis ces îles en
état de siège, et qu'il recevra du ministre de la guerre le décret qui ordonne
cette disposition, et des instructions.
Vous
lui ferez connaître qu’il a, pour garder ces îles, quatre bataillons de la 18e
demie brigade provisoire, un bataillon prussien et un bataillon colonial ;
qu’un général de brigade commandera sous ses ordres dans l’île de Schouwen;
qu’il aura à ses ordres 48 chaloupes canonnières commandées par un contre-amiral;
qu'il sera chargé d'organiser les canonniers garde-côtes avec le général
commandant l'artillerie; qu'il aura des compagnies de vétérans et de canonniers
vétérans, et, en outre, plusieurs compagnies d'artillerie de ligne; ce qui
formera une subdivision faisant partie de la 24e division militaire; qu'il
correspondra avec le ministre de la guerre et, en cas d'événement, avec
l'amiral Missiéssy, et même avec le commandant de l'île de Cadzand et avec le
général commandant la 24e division militaire; qu'il suffira qu'il tienne dans
l'île de Schouwen un bataillon de 4 à 500 hommes, indépendamment des compagnies
d’artillerie; que, dans les îles du Nord et Sud·Beveland, il sera suffisant de
tenir quelques compagnies; qu’au 15 juin, il ne devra tenir à Flessingue que 3
à 400 hommes ; qu'il établira ses quatre bataillons dans l'île de Walcheren
dans quatre camps placés sur différents points depuis Westkapelle jusqu'à
Terveere, soit sur les dunes, soit au bas des dunes, ayant soin d'observer les
positions les plus saines, et que l'officier du génie qui est à Flessingue
recevra des fonds pour faire ces camps; que, en cas d'événement, il doit se
retirer dans Flessingue, y renfermer avec lui les 48 chaloupes canonnières et
s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité; qu'il aura communication des plans
que j'arrêterai avant mon départ pour les fortifications des îles; que vous lui
transmettrez les dispositions relatives à l'artillerie; qu'il faut que
Zierikzee soit mis en état de défense pour résister jusqu'à ce qu'on ait ouvert
la tranchée et fait brèche, enfin soutenir un siège en règle; que son
commandement sur les chaloupes canonnières serait absolu, du moment que
l'escadre remonterait à Anvers et abandonnerait l'embouchure de l'Escaut; que,
jusque-là, il laisse à l'amiral Missiéssy la disposition de ces chaloupes; que
cependant il instruise le ministre de la guerre, lorsqu'il sera nécessaire,
qu'il dispose de ces bâtiments, pour que la communication, de l'île de
Walcheren avec l'île de Cadzand et l'île de Schouwen soit maintenue; la 18e
demi-brigade provisoire fournira les 10 hommes de garnison pour chaque chaloupe
canonnière, total, 480 hommes; que le fort de Bath sera sous le commandement du
commandant d’Anvers, qui ferait passer des troupes au premier événement, et se
mettrait en communication avec les îles de Walcheren et de Schouwen, tandis que
l’amiral commandant la division se porterait sur l'île de Cadzand. Vous
enverrez au général Gilly copie des ordres que vous donnerez au général
Dulauloy et des autres ordres relatifs à ces îles.
Middelburg,
12 mai 1810
A M.
Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Middelburg
Monsieur
le Duc de Bassano, donnez l'instruction suivante au sieur la Rochefoucauld.
Vous aurez soin d'en envoyer copie au duc de Cadore, pour qu'il en prenne note.
Le comte de la Lochefoucauld retournera en Hollande. Il remettra au ministère
hollandais une note ayant pour but de demander que les vingt et un bâtiments
américains et leur cargaison me soient remis en exécution du traité. Il portera
des plaintes sur le non-armement des vaisseaux. Il demandera que tout commerce
interlope en Hollande soit interdit; que la dette zélandaise soit payée comme
dette nationale, et que les intérêts de cette dette qui n'ont pas été payés le
soient comme ils l'ont été en Hollande. Huit jours après son retour, il fera
connaître qu'il va en congé à Paris, et présentera son secrétaire de légation
comme chargé d'affaires.
Il
fera connaître également à mes consuls que toutes les prises doivent être
jugées à Paris, même celles faites dans les rades.
Middelburg,
12 mai 1810
Au
prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à
Middelburg
Mon
Cousin, faites connaître au maréchal Oudinot, par la voie de l'officier d'ordonnance
que j'expédie au roi de Hollande, qu'il ne doit rendre aucun compte de mes
troupes au Roi ni au ministère hollandais; que les corsaires doivent lui faire
des rapports de tout ce qui vient à leur connaissance ; que les
marchandises anglaises doivent être poursuivies et saisies partout, même dans
les rades; que je ne veux souffrir aucun commerce de la Hollande avec
l'Angleterre. Le maréchal Oudinot doit, dans toutes les occasions, s'en
expliquer dans ce sens, et répéter dans la conversation que, si la Hollande
n'arme pas au plus tôt les neuf vaisseaux qu'elle doit fournir par le traité,
elle rendra le traité nul. Enfin recommandez-lui d'écrire au ministre de la
guerre tous les jours sur tout ce qui parviendra à sa connaissance. Dites-lui
que toute prise qui serait faite par mes corsaires ou mes douanes ne doit être
relâché que par mon ordre, et que la décision doit être soumise à mon
jugement ; que l'expérience a prouvé qu'on ne peut rien faire par de bons
procédés avec le gouvernement hollandais, et que ce n'est qu'avec des menaces
qu'on peut le faire marcher.
Middelburg,
12 mai 1810
A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam
Votre
courrier m'apporte les sondes de l'Escaut oriental, mais ce n'est pas ce que je
demandais. Ce que vous m'envoyez, je l'ai, puisque que mes chaloupes
canonnières l’ont sondé. Ce dont j'ai besoin, ce sont les sondes à la mer à
plusieurs lieues, pour connaître les deux passes, dont l’une suit l’île de
Walcheren et s’approche de l’Escaut occidental, et l’autre rase l'île de
Schouwen et se rapproche de la passe de la Meuse. Envoyez-moi par mon officier
d'ordonnance toutes les cartes et renseignements que vous avez là-dessus. Cela
est important pour des travaux de ports et de bassins que je veux faire. Vous
devez témoigner mon extrême mécontentement au sieur Labouchère (Banquier hollandais, intermédiaire employé par le roi Louis
pour faire au cabinet anglais des ouvertures pacifiques. Cette démarche avait
été entreprise sans caractère officiel, mais non à l'insu de L'Empereur), de
ce qu'il a pris sur lui de se conduire, dans une affaire de cette importance,
par les instigations d'un homme sans aveu et d'un intrigant tel qu'Ouvrard ;
que la première fois qu'il a été entremêlé dans ces affaires, c'est après avoir
causé avec un de vos ministres; qu'il est étonnant qu'aujourd'hui il se soit
concerté avec un intrigant.
Je
voudrais bien lever les prohibitions qui existent sur le commerce de Hollande
avec la France, mais il faut que vous exécutiez le traité que vous avez fait
avec moi; que les vingt et un bâtiments américains me soient remis avec les
marchandises qu'ils portaient, et que vous vous mettiez en mouvement pour me
fournir neuf vaisseaux en juillet. Songez que je compte sur ces neuf vaisseaux
et que cet article du traité est de rigueur.
Anvers,
13 mai 1810
NOTES
SUR LES FORTS DE LILLO ET DE LIEFKRENSHOEK
Ces notes n'ont pas été expédiées; elles ont servi pour la rédaction des
décrets que Sa Majesté a pris à Anvers relativement aux places de l'Escaut.
(Note de la minute)
Les
forts de Lillo et de Liefkenshoek m'ont paru très-beaux. Je ne les croyais que
des ouvrages de campagne, ce qui m'a empêché, cette année, d'y affecter aucun
fonds. Je désire qu'on y commence les travaux le plus tôt possible et que les
ouvrages suivants y soient mis en construction.
FORT
LILLO.
Bâtiments.
- Il faut y construire : 1° un magasin à poudre pour recevoir 100 milliers de
poudre; 2° Une manutention de deux fours, et leur cargaison à l'abri de la
bombe, avec un magasin de farine, de biscuit et de vins, capable de nourrir un
millier d'hommes pendant trois ou quatre mois; 3° un hangar pour le service de
l'artillerie, à l'abri de la bombe; on y établirait deux forges et une salle
d'artifice; 4° un hôpital pour 100 lits, également à l'abri de la bombe.
Ouvrages
de la place. - Nettoyer les fossés et achever entièrement les chemins couverts
et les glacis; relever les reliefs de manière à dominer parfaitement les
digues; établir sur les digues un ouvrage en maçonnerie à 60 toises en avant;
établir également sur les digues une galerie de mines avec dix à douze
fourneaux, afin que, dans le cas où la tranchée serait ouverte sur cet ouvrage,
on puisse faire sauter toutes les digues; s'assurer de l'écluse qui produit
l'inondation et la couvrir par un ouvrage; rétablir les demi-lunes qui s'y
trouvent, faire des poternes et ponts dormants pour qu'elles communiquent avec
le corps de la place; il y a un plateau de l'ancien Lillo, qui est hors de
l'inondation: faire connaître comment on pourrait l'occuper; enfin établir aux
places d'armes des réduits en maçonnerie qui puissent défendre. les chemins
couverts et les glacis et mettre la place à l’abri d’un coup de main, dans les
temps où les fossés seraient gelés. Ces ouvrages me paraissent nécessaires.
Armement.
L'armement de Lillo doit être fait avec soin; il paraîtrait devoir être composé
de douze pièces de 36 en fer, pour former deux batteries battant l'Escaut; de
douze pièces de 24, formant deux autres batteries battant également l'Escaut;
total, 24 pièces (ces vingt-quatre pièces sur affûts de côte, pouvant tirer
toutes à la fois sur les vaisseaux qui se présenteraient sur un point
quelconque pour remonter le fleuve) ; de quatre mortiers de 12 pouces à la
Gomer; de quatre mortiers de 8 pouces à la Gomer; de douze petits mortiers (de
ceux qui sont dans les places hollandaises) ; total, 20 mortiers.
Les
mortiers de 8 pouces, ainsi que les petits mortiers, paraissent devoir être
bons à Lillo, puisque la distance à laquelle ils doivent tirer n’est que de 500
à 600 toises. D'ailleurs, le service des petits mortiers est plus juste et plus
prompt.
Enfin,
il faudrait, pour armer le fort du côté de terre, douze pièces de 12, douze
pièces de 8, de 6 ou de 4 en bronze et sur affûts de place, et quatre obusiers;
ce qui porterait l'armement de la place à 24 grosses pièces en fer et 24 en
bronze de moindre calibre.
Les
grosses pièces de 36 et de 24 ne seraient approvisionnées qu'à 200 coups,
celles de 12 et de 6 à 800, les mortiers de 12 pouces à 250, ceux de 8 pouces à
500, et ceux de 6 pouces à 800,.
FORT
DE LIEFKENSHOEK
Les
travaux à faire au fort de Liefkenshoek paraissent devoir consister, savoir:
Bâtiments.
- En un magasin à poudre de 50 milliers, une salle d'artifice, un hangar, une
manutention de deux fours, et un magasin nécessaire pour contenir
l'approvisionnement de 500 hommes pendant quatre mois.
Ouvrages
- Quant aux ouvrages, ceux dont il faut s'occuper sont : le nettoiement
des fossés; la réparation des chemins couverts et des demi-lunes;
l'établissement de poternes et de ponts dormants pour communiquer avec la place
; la restauration des écluses et la construction des ouvrages qui y sont
nécessaires pour s'assurer des inondations; enfin deux ouvrages sur les digues,
avec des galeries de mines, pour pouvoir faire sauter les digues en cas
d'événement.
Armement.
- L'armement de Liefkenshoek me parait devoir être le même que celui de Lillo.
Quant aux mortiers et aux pièces en fer destinées à battre l'Escaut, du côté de
la campagne, au lieu de douze pièces de 12, huit de 6 seraient suffisantes.
Les
choses ainsi combinées, ces deux forts auraient 48 bouches à feu de gros
calibre et 32 mortiers de différents calibres; ce qui ferait 80 bouches à feu
battant la rade.
Il
faudrait, de plus, que les chemins couverts fussent disposés de manière qu'on
pût augmenter chacune de ces batteries de douze pièces de 36, qu'on placerait
au moment où les circonstances en feraient une obligation. Je désire avoir un
devis de ces deux forts, et que tous ces ouvrages puissent être faits en quatre
années. Pour cette année on peut accorder facilement 100,000 francs pour chaque
fort. Me proposer la distribution de ce fonds.
FORT
DE BATH.
Quant
au fort de Bath, il paraît également que douze pièces de 36 et douze pièces de
24, quatre mortiers de 12 pouces, quatre mortiers de 8 pouces et huit de 6,
seraient suffisants du coté de la mer; que douze pièces de 12, douze de 6 et
quatre obusiers, ces vingt-huit pièces en bronze, seraient suffisants du coté
de la terre; mais que cet armement doit être régularisé, et que les pièces
devraient être sur des affûts de place et de côte; que des ouvrages devraient
être construits pour être maître des digues; qu'une chaussée et des ponts
devraient être établis pour assurer la communication de Bath avec la terre
ferme et Anvers; que des ouvrages devraient couvrir cette communication; mais
ce système, étant plus vaste, demande des reconnaissances particulières.
Middelburg.
13 mai 1810
Au
général Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris
Mon ministre
de la guerre vous donnera des ordres pour que vous alliez passer la revue de la
division Dupas, qui est à Tours, et de la division Tharreau, qui est à Nantes.
Vous
verrez en passant mes fusiliers à Angers.
Indépendamment
des rapports que vous ferez au ministre de la guerre, et qu'il faut vous
accoutumer à faire avec la plus grande rigueur et dans la forme et avec les
détails d'usage, rendez-moi un compte sommaire, tel que vous l'inspirera le
premier coup d'œil, sur la tenue des hommes, leur armement, habillement, les
souliers, l'administration, l'artillerie, le personnel, le matériel, les
attelages, les caissons, sur les généraux qui commandent, et si ces divisions
sont état de faire la guerre.
Vous
ferez cela pour mes fusiliers, que vous verrez en détail. Vous réunirez au
moins une fois la division, et vous lui ferez faire les grandes manœuvres.
Laeken
15 mai 1810
A M.
Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris
Il
faut donner ordre que tout bâtiment suédois qui arrive sur un point quelconque
de nos côtes chargé de marchandises coloniales soit saisi.
Laeken,
15 mai 1810
Au
comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 8. Ce que vous devez dire au
gouverneur de la Banque de France, c'est qu'ils doivent écrire en lettres d'or,
dans le lieu de leurs assemblées, ces mots:
"
Quel est le but de la Banque de France ? D’escompter les crédits de toutes
les maisons de commerce de France à 4 pour 100 par an. »
Si
90 millions d'actions ne suffisaient pas, je les doublerais, et je ne serais
pas en peine de trouver des preneurs. Loin de cela, la Banque a 15 millions
d'actions en portefeuille; donc elle ne remplit pas son titre.
Laeken,
15 mai 1810
Au
général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je
reçois votre lettre du 12 et celle du duc de Raguse ; répondez-lui que je
vois avec peine qu'il fasse battre mes
troupes contre les Turcs; que le sang français coule pour de pareilles
babioles; que les Croates sont suffisants; qu'il laisse donc mes troupes
tranquilles; que, tant que des Croates se battent, c'est une chose à laquelle
on est accoutumé; qu'il peut mettre quelques officiers français et des
compagnies d'artillerie, mais point de mon infanterie.
Laeken,
15 mai 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'ai
besoin d'envoyer de Toulon à Corfou 60,000 livres de poudre, 34 milliers de
plomb, quatre mortiers de 12 pouces, 2,000 bombes de 12 pouces et 6,000 fusils.
Faites-moi connaître comment cette expédition pourrait avoir lieu.
Laeken,
15 mai 1810
A
Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples
Ma
Sœur, j'ai reçu votre lettre du 3. Je donnerai au Roi des officiers et
sous-officiers tant qu'il voudra; mais je ne veux pas qu'il les prenne sans ma
permission et qu'il désorganise mes corps, en disant qu'il ne le fait pas. Il
faut être de bonne foi et marcher droit. Je ne saurais souffrir que l'on fasse
rien contre mon service.
. .
.. Mai 1810
(Ce discours est donné ici d'après le texte rapporté par Thibaudeau, dans
le Consulat et l' Empire, - Empire, tome V, pages 564 et suivantes: Cette
allocution, dit Thibaudeau (page 228) , est un document que le clergé belge a
recueilli et n'a jamais oublié.)
DISCOURS
DE L'EMPEREUR AU CLERGÉ DU DÉPARTEMENT DE LA DYLE.
(L'Empereur s'est trouvé au château de Laeken à la fin d'avril et au milieu
de mai 1810; on présume que ce discours a été prononcé le 16 mai, lors du
second passage de l'Empereur à Bruxelles.)
J'aurai
tous les égards pour le Pape; je le reconnaîtrai comme chef de l'église, comme
successeur de saint Pierre, comme vicaire de Jésus-Christ, en tout ce qui
concerne la foi et la doctrine; mais il ne doit pas s'immiscer dans mon
temporel: ces deux puissances sont indépendantes.
Je
veux la religion de saint Louis, qui a eu aussi des discussions avec le Pape.
Je veux la religion de saint Bernard, de Bossuet, de l'Église gallicane; je la
protégerai de toutes mes forces; mais je ne veux pas la religion ni les
opinions des Grégoire VII, des Boniface, des Jules, qui ont voulu assujettir
les royaumes et les rois à leur domination, qui ont excommunié les empereurs
pour bouleverser la tranquillité des peuples. Quoi qu’on dise, je crois qu'ils
brûlent aux enfers, pour toutes les discordes qu’ils ont excitées par leurs
prétentions extravagantes. Les papes ont fait trop de sottises pour les croire
infaillibles. Qui est-ce qui a fait le schisme d'Angleterre ? De la moitié
de l'Allemagne ? N'est-ce pas les prétentions des papes, les opinions de Rome ?
Je ne souffrirai pas ces prétentions; le siècle où nous vivons ne les souffrira
plus. Autant nos armées ont rendu la France glorieuse, autant les peuples qui
nous suivront attacheraient d'ignominie à ma mémoire et me rendraient
responsable des conséquences.
Je
ne suis pas de cette religion de Grégoire VII, qui n'est pas celle de
Jésus-Christ; je me ferais plutôt protestant que de l'adopter; mais j'ai pris
un autre plan. Jésus-Christ, qui a reconnu le roi temporel, quoiqu'il dépendit
de lui d'ériger son trône à Jérusalem et de dominer sur toue la terre, ne l'a
pas voulu; il s'est humilié jusqu'à l'heure de la rédemption; il n'a pas voulu
que ses apôtres et ses successeurs eussent d'autres prétentions que celle de
l'humanité et de la paix; il a dit: « Rendez à César ce qui appartient à César
et à Dieu ce qui appartient à Dieu. J’ai fait
mon concordat avec le Pape, je m'y tiendrai. J’ai consulté mes évêques,
et je veux suivre leurs avis. S'il le faut, je ferai convoquer un concile de
mes évêques et même de toute la chrétienté pour décider mes droits. Le Pape est
un bonhomme, un homme doux, mais ignorant; je l'ai connu évêque d'Imola; un
homme saint, un anachorète, doux comme un agneau; ce n'est pas lui qui agit,
mais il suit de mauvais conseils.
Je
lui aurais laissé ses États, s'il avait eu assez de politique pour les
gouverner. Mais il n'a pas voulu fermer la porte aux Anglais, qui pouvaient
inquiéter mes soldats à Naples. Je lui ai ôté ses États, et voilà tout mon
différend avec lui. On m'a dit que vous ne vouliez pas prier pour moi; qu'on
m'avait excommunié: n'est-ce pas moi qui ai relevé vos autels, qui vous ai
rendus à la religion, qui vous ai fait porter les costumes que vous portez
maintenant ? Pourquoi des ingrats ? Mais c'est l'ignorance de plusieurs de
vous autres qui en est la cause, et l'ignorance des prêtres est le plus grand
fléau du monde.
Je
veux protéger les bons, mais je poursuivrai les méchants.
Monsieur
l'Archevêque, Messieurs les Vicaires Généraux, surveillez bien vos ecclésiastiques,
inculquez bien ces principes à vos élèves dans les séminaires; et vous,
Messieurs, écrivez-les profondément dans votre mémoire et faites-en part à vos
correspondants. Ils ne pourront se plaindre de la persécution s'ils
s'obstinent; ils ne seront pas des martyrs, car c'est la cause qui fait les
martyrs et non la mort. Si je suis mon bon droit, et que le Pape en suive un
mauvais, c'est lui qui en est responsable. C'est un homme, il peut manquer.
Voilà
mes principes, ils sont fixés; je n'en départirai pas. Ce ne sont pas des
mystères, mais des traits que je connais, et que chacun peut connaître en
lisant l'histoire ecclésiastique. Si je vous parlais du mystère de la Trinité
ou de l'Eucharistie, je ne serais pas recevable. Je laisse tout cela aux
évêques et au Pape, successeurs des Apôtres. Je n'ai aucune envie de m'en
mêler. J'ai été à Vienne: on y professe les mêmes principes; j'y ai parlé aux
plus grands théologiens: leurs principes sont conformes aux miens. Il en est de
même dans une partie de la Hollande, et je crois que ce système n'a été adopté
que par opposition aux sectes calvinistes qui s'y montraient prépondérantes.
Votre
archevêque, que j'ai nommé, a obtenu des bulles du Pape; mais, ces bulles
manquant quant à la forme, je ne peux pas les admettre ainsi. Il y a donc
vacance de sa place. Que le chapitre métropolitain régisse son église par les
vicaires généraux. .Je ne pas que les évêques administrent sans leur
institution du Pape; mais le chapitre peut faire usage de son ministère, et
tout est en ordre.
La
cour de Vienne est dans les mêmes principes; Joseph II voulait la même chose;
il voulait plus: il touchait en quelque sorte à la discipline de l'Église; il
s'attribuait les biens des églises supprimées.
Maintenant
on supprime des églises pour acquitter la dette de l'État.
On a
fait la même chose en France, mais c'était pendant la révolution; cela a cessé
depuis le Concordat. En Italie, j'ai laissé les biens des églises, et je veux
qu'elles en jouissent. La religion n'est pas une franc-maçonnerie. Jésus-Christ
a dit: « Prêchez sur les toits ! » Quiconque connaît l'histoire
ecclésiastique saura en quoi consistent nos différends avec le Pape. Le Pape
n'est pas le Grand Lama; le régime de l'Église n'est pas arbitraire; elle a des
règles et des canons que le Pape doit suivre. Si le Pape veut être le Grand
Lama, dans ce cas je ne suis pas de sa religion.