16 – 30 novembre 1810


Paris, 16 novembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, mon intention est que les archevêques et évêques que j'ai nommés aux différents sièges de mon Empire et qui m'ont prêté serment prennent le titre de leur siège dans tous leurs actes, titre pour lequel ils m'ont prêté serment. Je n'en­tends point qu'ils y mettent aucune modification. Je ne m'oppose point à ce qu'ils se pourvoient auprès de qui de droit, mais j'entends qu'ils n'aient point la faiblesse d'adhérer aux prétentions des chapitres et qu'ils prennent d'autres titres, comme je l’ai dit ci-dessus.


Paris, 17 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre que je reçois du ministre de la marine. Envoyez sur-le-champ un courrier au général Grandjean. Faites-lui connaître que j'ai été surpris qu'il ne se soit pas rendu lui-même à la Hougue pour former des batteries, et qu'il n'ait pas envoyé un bataillon pour protéger ce point important; qu'il ait sur-le-champ à s'y rendre ; qu'il y fasse conduire des pièces d'artillerie et des mortiers ; qu'il y transporte son quartier général, et y reste jusqu'à ce que les frégates aient appareillé. Je présume que les officiers d'artillerie et du génie s'y seront rendus et qu'on aura envoyé un renfort pour protéger les frégates. Si on ne l'a pas fait, témoignez-en mon méconten­tement. Faites-moi connaître la force des forts, ce qu'ils ont en hommes et en munitions, et envoyez-moi les mémoires que vous avez sur ce point. Quelle protection ces forts peuvent-ils donner aux frégates ?

Autorisez l'officier d'artillerie à faire les dépenses nécessaires pour réparations et constructions de batteries. II faut s'attendre qu'aussitôt qu'on saura en Angleterre le mouillage de ces frégates on enverra de nouvelles forces pour les attaquer.

Prescrivez aux directeurs du génie et de l'artillerie de rester tout le temps nécessaire sur ce point important de la côte.


Paris, 18 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les nouvelles que je reçois du Valais étant satisfaisantes, mandez au général Berthier que je désire qu'il fasse rentrer à Genève le général Fiteau et toute la colonne qui est venue de Genève, ce qui soulagera le pays ; que, aussitôt que le serment d'obéissance aura été prêté dans le Valais, il fasse rentrer les troupes italiennes en Italie; et ne garde auprès de lui que le 23e d'infanterie légère ; que je le laisse maître d'exécuter ces ordres selon les circonstances.


Paris, 18 novembre 1810

A M. Deponthon, colonel du génie, secrétaire du cabinet de l’Empereur

Dans la visite que vous ferez de la rade de la Hougue, observez bien ce qu'il faudrait faire pour qu'une escadre fût à l'abri d'une force supérieure. Des forts à établir sur le rocher Manquet et sur le rocher Gavendal seraient-ils coûteux ? Relevez la sonde et la position de ces deux rochers.


Paris, 18 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre avec le mémoire qui y était joint, sur les chantiers de Naples. Je vois qu'on pourrait construire une sur le chantier de Naples, un vaisseau, une frégate et une corvette à Castellamare; ce qui fait un vaisseau, deux frégates et une corvette. On pourrait donc avoir ce nombre de bâtiments en 1811. Mais j'ai peine à croire qu'à Castellamare, au lieu d’une frégate, on ne puisse pas faire un vaisseau, et avoir ainsi deux vaisseaux.

Je crois difficilement qu'à l'endroit où est la caserne de Naples, où l’on peut mettre une frégate, on ne puisse pas mettre un vaisseau. Les ingénieurs français demandent trop de place pour construire un vaisseau. S'ils avaient vu les chantiers de Hollande, ils en demande­raient moitié moins. D'ailleurs on peut diriger la cale en angle, de manière que le vaisseau finisse par être lancé à peu près sur la même pièce d'eau.

En construisant pour votre compte un vaisseau, une frégate et une corvette à la fois et par an, ce sera toujours une dépense de 4 à 5 millions; ce qui, avec la dépense de la marine armée, fera 6 mil­lions. Vous n'êtes guère dans le cas de dépenser davantage. Cela étant, je vous propose de mettre pour mon compte un vaisseau de 74 ou de 80 et une frégate. L'artillerie et les mâts seraient envoyés en nature de Toulon. La coque et le reste du bâtiment seraient faits par la marine napolitaine, qui fournirait tout, et je payerais ce que je paye à la marine italienne, argent comptant et chaque fois. Cela aurait l'avantage de faire entrer dans votre royaume à peu près 3 à 4 millions d'argent ; on pourrait ainsi espérer avoir, à la fin de 1811, dans les ports de Naples, un vaisseau napolitain et un vaisseau fran­çais, lesquels, avec celui que vous avez, feraient trois vaisseaux et une frégate. Ce serait déjà un commencement de marine. Si vos finances vous permettent de construire vous-même les deux vaisseaux et la frégate, nous arrivons au même résultat, et vous n'aurez pas besoin de mon secours.


Paris, 18 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le prince de Schwarzenberg m'a remis une lettre de l'empereur d'Autriche. L'empereur me dit dans cette lettre que M. de Schwarzenberg me parlera de divers objets qui inté­ressent ses finances ; il n'entre pas dans d’autres détails. Le prince de Schwarzenberg m'a dit que ce que désirait l'empereur était : 1° obte­nir des atermoiements pour les 12 millions qu'il doit; 2° que le commerce autrichien continuât à jouir des mêmes avantages dans les provinces illyriennes. Je lui ai répondu qu'il fallait qu'il traitât avec vous et vous fit une note qui expliquât ses désirs. Ces explications sont importantes; demandez-les-lui.


Paris, 19 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je désire que vous donniez l’ordre d'évacuer sans rien dire ce que mes troupes italiennes ont occupé des cantons des Grisons.


Paris, 20 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint l'extrait des derniers journaux. Vous sentirez l'importance d'expédier un officier d'état-major au général Drouet, pour lui faire connaître qu'au 1er novembre il n'y avait pas encore eu de bataille; que la gauche de l'armée française était à Villafranca, et la droite à Torres-Vedras, et que l'armée anglaise est en position à quatre lieues de Lisbonne; que 10,000 hommes de milices occupent Coimbra et interceptent la route; que la cava­lerie n'est presque d'aucun usage; qu'il est donc important qu'il ne fasse point de petits paquets , et qu'il rouvre, avec un gros corps, les communications avec le prince d'Essling; que je compte, du reste, sur sa prudence pour ne pas se laisser couper d'Almeida.

Il paraîtrait, par les journaux anglais, que la garnison de Coimbra se serait laissé surprendre, du 10 au 15 octobre, et aurait laissé prendre 1,500 malades ou blessés qui s'y trouvaient.

Réitérez les ordres aux généraux Caffarelli, Dorsenne et Reille pour l'exécution des mouvements que j'ai ordonnés précédemment, c'est-à-dire que la Garde se réunisse à Burgos, et que tout ce qui appartient au corps du général Drouet lui soit envoyé. Recommandez au général Kellermann de ne pas retenir la division Conroux et de la laisser filer sur Salamanque.

Faites-moi connaître le jour où les fusiliers de ma Garde arrivent à Bayonne ; mon intention est qu'ils aient un jour de séjour à Bayonne.


Les détachements qui se trouvent au camp de Marrac joindront leurs compagnies.

Ecrivez au duc de Dalmatie pour lui faire connaître ce que disent les Anglais de l’armée de Portugal, et lui faire comprendre l'impor­tance de faire une diversion en faveur de cette armée.


Paris, 21 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez des officiers et prenez des mesures pour que le duc de Tarente ne fasse pas ce qu'il a déjà fait, c'est-à-dire ne dégarnisse pas toutes nos frontières et ne les livre pas sans défense au brigandage. Mettez de suite sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers les seize bataillons composés du 3e régiment d'infanterie légère, du 16e de ligne, du 67e, du 102e, etc., afin que les scènes qui ont eu lieu il y a un mois ne se renouvellent plus.


Paris, 21 novembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie le budget des provinces illyriennes. Il faut l'envoyer au général Andréossy pour voir les réductions qui pourraient être faites. Les dépenses me paraissent exorbitantes. A quoi bon payer les pensionnaires de la Maison d'Autriche, qui ne nous regardent pas ? Comment, d'ailleurs, les payer sans liquidation ? Pourquoi payer des pensions au clergé, déjà si bien doté ? Enfin quels sont les moyens de combler le déficit de 6 millions de francs qui reste ? Prévenez le duc de Raguse qu'il ne doit pas attendre un sou de France. Je l'ai prévenu de cela de bonne heure. Cependant je vois qu'il fait de grandes dépenses ; il y en a beaucoup d'inutiles dans le budget.


Paris, 21 novembre 1810

Au capitaine de vaisseau Montfort, commandant une division de frégates dans la Méditerranée

Monsieur le Capitaine de nos vaisseaux Montfort, notre intention est que nos frégates la Pauline et la Thémis, cette dernière armée en flûte, ayant chacune cinq mois de vivres et trois mois d'eau au moins, appareillent du port de Toulon sous votre commandement.

Vous ferez embarquer sur chaque bâtiment un chargement de différentes munitions, suivant l’ordre que vous envoie notre ministre de la marine. Vous êtes responsable de l’embarquement desdites munitions.

En partant de Toulon, vous vous rendrez à Porto-Ferrajo, où l'officier général commandant a ordre de mettre à votre disposition 500 hommes d'infanterie, complètement armés et habillés, que vous répartirez sur les deux bâtiments sous vos ordres.

Vous ne séjournerez pas plus de douze heures à Porto-Ferrajo pour embarquer lesdites troupes.

Les troupes embarquées, vous vous dirigerez sur l'Ile de Corfou, comme il est indiqué par les instructions nautiques que nous avons ordonné à notre ministre de la marine de vous adresser en vous auto­risant toutefois à en modifier l'exécution, comme des circonstances non prévues vous paraîtraient l'exiger, pour l'avantage de notre service.

Arrivé â Corfou, vous remettrez à la disposition de notre gouver­neur général dans cette île les troupes embarquées à Porto-Ferrajo, ainsi que toutes les bouches à feu, armes, munitions et autres objets que chacun de nos bâtiments a reçus en chargement pour cette île.

Notre intention est que vous preniez le commandement de la rade de Corfou, de tous les bâtiments de notre marine française et ita­lienne, et de la marine napolitaine, conformément à l'état que vous en remettra notre ministre de la marine.

Nous entendons que vous, et tous les bâtiments sous votre com­mandement, soyez sous les ordres de notre gouverneur, votre devoir étant de concourir de tous vos efforts, et tant au matériel qu'au personnel, à la défense et à l'approvisionnement de la place et de l’île, et devant vous considérer à cet égard comme faisant partie de la garnison.

Nous comptons que vous justifierez par votre zèle et votre activité la confiance que nous plaçons en vous.


Paris, 22 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai pris les décrets qui concernent Batavia. Je les ai envoyés à l'expédition pour mettre sur parchemin la commission du gouverneur général. Je vous ai mandé que vous n'avez qu'à le mener (le général Janssens) demain au lever pour prêter serment.

Faites faire les lettres pour les souverains dont vous m'avez envoyé la liste.

J'approuve ce que le général Janssens veut emmener, hors le sieur Briatte et le chirurgien-major hollandais. Je préfère qu'il emmène un chirurgien-major français. Je crois qu'il est plus convenable que la proclamation soit faite par le gouverneur lui-même. Il pourra y mettre la couleur de la circonstance.


Paris, 22 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Le chargement des objets d'artillerie pour les deux frégates desti­nées à Corfou sera fait par l'artillerie de manière que, si l’une d'elles venait à être perdue, la moitié de chacune des espèces d'objets par­vienne à la colonie par l'autre. Il sera bon que le directeur de l'artil­lerie se concerte avec le préfet maritime pour faire le projet d'armement, qui sera envoyé ensuite à Paris.


Paris, 23 novembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Le Journal de l'Empire dit, dans sa feuille d'aujourd'hui, que je faisais faire à Vienne la statue de l'empereur d'Autriche, sans doute pour la mettre sur quelque place de Paris. Dites bien au sieur Etienne que, la première fois qu'il laissera passer de pareilles absurdités, je lui ôterai la direction du journal; il est tout simple que, puisqu'il est censeur de ce journal, il en surveille la rédaction. Cela est d'autant plus mauvais que le contredire ferait un effet désagréable. Ce n'est pas par Vienne, ou autre correspondance étrangère, qu'on doit apprendre ce que je fais.

Les Allemands sont si connus pour leur niaiserie, que je suis étonné qu'Etienne, qui a de l'esprit, s'y laisse prendre. Que ne répète-t-il, d'après les journaux allemands, que je portais sur ma bouche la pan­toufle de la princesse Louise, que je ne connaissais même pas ? Ce sont des choses qui se recommandent par leur extrême bêtise. Il doit effacer de son journal tout ce qui viendrait sur moi des correspon­dances étrangères. Faites-lui-en une loi bien précise et absolue. Ce sont les journaux de Paris qui doivent dire à l'Europe ce que je fus, et non les gazettes de Vienne.

On m'a fait faire des présents à la reine de Prusse, à l'empereur d'Autriche, et toujours à faux. J'espère qu'après la lettre que je vous écris, je n'aurai plus occasion de témoigner mon mécontentement.


Paris, 23 novembre 1810

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, sur les fonds que vous avez dans les mains, vous remettrez, chaque mois, 250 francs à Mme Simon, femme du général Simon blessé aux dernières affaires de Portugal et prisonnier en Angleterre. Faites-lui payer ce secours mensuel depuis le 1er septembre dernier.


Paris, 24 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, l'exposé du sieur Béthisy est faux. Il est fort égal qu'il demeure où il veut. Mais il ne peut échapper à la sentence de mort qu'en profitant de l'amnistie et en rentrant en France avant l'époque de rigueur.

Mandez au comte Otto que tous les officiers nés Français, jusqu'au grade de capitaine, et les sous-officiers et soldats, pourront rentrer en France avec le grade qu'ils avaient en Autriche; qu'il est autorisé à faire contracter un engagement à ceux qui voudront et seront en état de servir, et à les diriger sur Passau, où le ministre de la guerre envoie des officiers pour en former un bataillon; que, quant aux offi­ciers au-dessus du grade de capitaine, je prendrai en considération leur âge, leurs services, leur habileté et leur moralité; qu'il y a même des généraux lorrains, encore verts, auxquels je ne ferai pas difficulté d'accorder le grade de général de brigade; qu'ayant oublié le passé, mon but est de faire rentrer en France tout ce qui est français.

La cour d'Autriche devra fournir à tous ces individus des étapes jusqu'à Passau. Arrivés à Passau, je m'en charge. Vous ferez con­naître au comte Otto qu'il peut tirer sur vous les fonds qui lui seront nécessaires pour donner aux différents individus l'argent dont ils auraient besoin.

Prévenez ma mission à Munich du retour de tous ces Français.


Paris, 24 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, la cour de Vienne licencie les officiers et soldats français qui sont à son service; dans un seul régiment il y en a plus de 400. Mon intention est que vous formiez sur-le-champ à Passau, un dépôt qui sera commandé par 1 major, 4 capitaines, 1 quartier-maître et 1 commissaire des guerres. Tous les Français licenciés du service d'Autriche se rendront à ce dépôt. Ayez soin d'envoyer pour commander ce dépôt des hommes très intelligents, et faites-les partir en poste. Ils seront chargés de recevoir à Passau, des mains des commissaires autrichiens, tous les officiers, sous-officiers et soldats français des provinces en deçà et au delà des Alpes. Ils prendront leurs noms, leurs signalements, établiront leurs services en Autriche, et de quelle manière ils sont sortis de France. Après quoi ils leur feront signer leur serment et les déclareront amnistiés.

Ils les sépareront en deux classes, composées, l’une, de ceux qui ont la volonté et les moyens de servir; l'autre, de ceux qui ne sont plus propres au service et qui ne veulent plus servir. On formera de ces derniers des convois de 100 hommes, et on les dirigera sur Stras­bourg, d'où il me sera rendu compte des hommes qui les composent, et je donnerai des ordres pour assurer leur subsistance et les classer. Ceux qui voudront servir et qui seront dans le cas de servir, sous-officiers et soldats, seront confirmés et seront formés en compagnies provisoires de 100 hommes. Les grades de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant auront provisoirement été confirmés par mon ambas­sadeur à Vienne. Ces compagnies seront ainsi organisées : 1 capi­taine, 1 lieutenant et 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux et 100 soldats; elles prendront les numéros 1e, 2e, 3e et 4e compagnie, et seront dirigées sur Strasbourg. Les états vous en seront envoyés avec les matricules. Vous
aurez le temps de prendre mes ordres avant l'arrivée de ces compagnies à Strasbourg, et je déciderai ce qui devra en être fait.

Il est nécessaire d'avoir à Strasbourg un bon officier général, avec le nombre d'employés nécessaires, pour vérifier les matricules, inspecter les officiers, donner des notes et me mettre à même de pro­noncer sur tous les officiers et même les soldats. Je compte qu'il y a au moins 10,000 soldats français au service d'Autriche. Si on les envoie tous, ce sera un recrutement considérable pour mes régiments. Mon intention, en les faisant venir à Strasbourg, est de les incor­porer dans des régiments stationnés en France, afin qu'ils y passent au moins un an avant d'être envoyés avec ces régiments à l'étranger.

Il             sera nécessaire que vous régliez les fonds que devra avoir le quartier-maître que vous enverrez à Passau pour qu'il subvienne aux dépenses nécessaires pour la marche de Passau à Strasbourg. Il sera nécessaire que vous ayez aussi à Passau quelques milliers de paires de souliers. Faites une instruction détaillée là-dessus au comte Otto, et faites-lui connaître le chef du dépôt pour qu'il corresponde avec lui.

Je pense qu'un pareil dépôt pourrait être formé à Villach pour les Vénitiens, Milanais et sujets du royaume d'Italie au service d'Autri­che; écrivez-en au vice-roi.

Quant aux Français des provinces italiennes, je désire qu'ils vien­nent à Strasbourg. Écrivez donc au comte Otto pour que tous les Français cisalpins ou transalpins viennent par Passau à Strasbourg, et pour que tous les Vénitiens et Milanais seuls aillent à Villach. Faites-lui part de ces différentes mesures.


Paris, 24 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il me semble qu'il ne serait pas rai­sonnable de faire passer aux colonies des hommes ayant plus de quarante ans. Je n'ai besoin ni de général, ni de colonel, ni de chef de bataillon, et même très peu de capitaines, puisqu'il faudrait leur donner un grade supérieur. Par conséquent, je pense qu'il n'y a pas lieu à revenir sur le décret du 14, et que la circulaire que vous devez écrire aux commandants des divisions militaires doit être fondée sur le décret. Voici ce que vous pourrez leur mander :

« Je vous envoie le décret relatif à la revue que vous devez passer des officiers réformés qui se trouvent dans votre division. Les posses­sions hollandaises exigent un grand nombre d'officiers pour comman­der les troupes du pays, qui sont considérables ; Sa Majesté désire donc y envoyer des lieutenants et sous-lieutenants réformés, âgés de moins de quarante ans, capables de servir, et qui voudraient être employés dans cette expédition. A leur arrivée à leur destination, il leur sera accordé le grade supérieur à celui qu'ils ont en ce moment. Sa Majesté destine également quelques places à des capitaines; mais, comme ils devront avoir rang de chef de bataillon, il est bien nécessaire que vous ne présentiez que des hommes capables. Je désire donc que vous passiez le plus tôt possible votre revue, et que, en me faisant connaître le nombre des officiers que je pourrais présenter à Sa Majesté pour être employés dans cette expédition, vous me don­niez des notes sur chacun d'eux. Comme les dispositions de plusieurs de ces officiers peuvent être à votre connaissance même avant la revue, vous pouvez m'envoyer d'avance les renseignements que vous auriez déjà. »

Le dépôt de ces officiers doit être à Angers.


Paris, 24 novembre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous envoie un rapport sur la situation des régiments de l'armée d'Italie, avec les états qui y sont joints. D'autre côté, on me porte des plaintes de la mauvaise administration des corps et de l'arriéré qui leur est dû. Tout cela ne laisse pas que de m'inquiéter, puisque cela me donne de l'incertitude sur la situation de mes finances et sur celles de l'armée. Je désire avoir un état de ce qui est dû à chaque corps, exercice par exercice, et par masse, et savoir pourquoi on ne leur paye pas ce qui leur est dû. Je connais peu de dépenses plus importantes que celle-là.

Je désire avoir un rapport qui me mette à même de liquider ce que je dois aux corps, et que je cesse de leur entendre dire que tout est en mauvais état parce que le ministre leur doit.


Paris, 24 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Envoyez un courrier à Toulon pour faire finir ces ridicules estacades qui sont la risée de tout le monde. Si une escadre n'est pas en sûreté dans la rade, qu'on la fasse rentrer dans le port. On me con­somme à cela beaucoup de bois et l’on fait des dépenses inutiles. Je suis surpris que cela puisse avoir lieu sans votre ordre. Il est tout à fait contraire aux premières notions de comptabilité que de pareilles dépenses se fassent sans votre ordre et sans qu'une question si impor­tante m'ait été soumise. Il n'y a aucun danger pour mon escadre dans la grande rade de Toulon ; s'il y en avait, il n'y a qu'à la mettre dans la petite rade. Tout cela est bien affligeant.

Il me paraîtrait important de remplacer à Toulon le général Allemand.


Paris, 24 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie un plan de la rade de la Hougue, avec une lettre du colonel Deponlbon. Vous me renverrez le plan après que vous aurez fait relater la position des frégates sur les cartes du Dépôt. Il paraît qu'à plus de 1,000 toises des batteries les Anglais ont craint d'aborder ces frégates avec deux vaisseaux de guerre.

Je crois que les deux frégates doivent partir ensemble si cela se peut, l’Élisa armée en flûte. On lui laissera l'armement nécessaire pour qu'elle soit plus forte qu'un brick. Qu'elles aillent à Cherbourg ou à Brest ou au Havre, elles seront également bien dans ces ports.

Faites faire des reconnaissances sur les îles Saint-Marcouf, afin de bien reconnaître s'il y aurait de l'avantage à réunir les deux îles par une jetée, comme on en avait eu le projet. Vous me direz un mot là-dessus.


Voyez aussi à faire faire par Cachin le projet d'un fort sur l'extré­mité du banc du Dec. Il faudrait d'abord y faire une île en échouant un certain nombre de bâtiments. Si cela était possible, cela serait d'un grand intérêt, puisque, entre la Hougue, Tatihou et le fort, une escadre assez considérable pourrait être absolument à l'abri des efforts de l'ennemi.


Paris, 24 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je ne puis prendre le décret qui prohibe la sortie des grains du royaume d'Italie pour France. La circulation dans les pays qui me sont soumis m'intéresse également. Il est seulement fâcheux qu'on n'ait pas empêché la sortie des subsistances à l'étranger. En attendant, voici ce que je crois qu'on pourrait ordonner : on pourrait ordonner que les magasins de blé qui sont très considérables ren­trassent dans l'intérieur pour la consommation du royaume. Laissez la circulation libre entre la France et l'Italie.


Palais des Tuileries, 25 novembre 1810

A M. Philibert, lieutenant de vaisseau, commandant la Sapho

Monsieur Philibert, lieutenant de nos vaisseaux, ayant résolu d'en­voyer dans nos établissements à l'est de l'île de France notre cor­vette la Sapho, dont le commandement vous est confié, nous vous avons fait connaître par notre ministre de la marine comment nous entendions que fut disposé l'armement de cette corvette, l'organisa­tion de son équipage, la quantité de troupes passagères qu'elle doit recevoir à bord, de manière que ces troupes et l'équipage s'élèvent au nombre de 174 hommes et que la corvette soit approvisionnée de 150 à 155 jours de vivres et d'eau pour ce nombre d'hommes.

Nous vous avons fait connaître aussi la quantité de métaux, fusils, pierres à fusil que nous avons ordonné d'être embarqués sur notre susdite corvette.

Aujourd'hui nous vous faisons savoir que notre intention est que vous vous rendiez sur notre île de Java, dans les mers orientales, où , arrivé, vous remettrez à la disposition de notre gouverneur général dans cette colonie les troupes passagères qui sont à votre bord, au nombre de 50 hommes, les fusils, métaux et autres objets que vous avez pris en chargement. Vous prendrez ses ordres pour votre réar­mement et votre destination ultérieure.

Vous prendrez ou détruirez tous les bâtiments ennemis que vous pourrez atteindre dans votre traversée, sans vous écarter de votre route, en observant que la proportion de votre eau et de vos vivres avec la longueur de cette traversée vous impose l'obligation de vous porter aussi directement que possible sur notre île de Java, comme aussi d'augmenter votre approvisionnement de campagne de celui de toutes les prises que vous pourrez faire ou de toutes autres ressources qui vous seront offertes.

Vous éviterez toute relâche qui ne sera pas indispensable.

Notre ministre de la marine est chargé de vous transmettre des instructions de détail relatives à votre mission.

Nous comptons que vous ne négligerez rien pour la bien remplir, ainsi que celles qui vous seront ultérieurement confiées par le gou­verneur général de nos établissements dans les mers d'Asie.

Nous nous reposons à cet égard sur votre courage et votre zèle pour noire service.


Paris. 26 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez de la manière la plus forte au roi de Naples pour qu'il continue d'approvisionner Corfou; faites-lui connaître que je le rends responsable si Corfou manque de la moindre chose; que Corfou im­porte à son royaume encore plus qu'à la France; que je n'entends pas que, là où j'ai 30,000 hommes de mes troupes, 10,000 soient exposés à mourir de faim, et que mes armes à Corfou soient désho­norées. Écrivez-en à mon chargé d'affaires, au ministre de la guerre et au ministre des relations extérieures. Parlez-en au ministre de Naples ici, et prenez la chose avec une telle vivacité que cela ne souffre pas d'obstacle. Persuadez-les bien que j’entends que Corfou soit approvisionné.


Paris, 26 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement par duplicata au général Donzelot de ce que les travaux de fortification n'avancent point et que le moyen que j'avais ordonné n'est pas mis à exécution. Renouvelez l’ordre que chaque corps soit chargé de construire une redoute ou fort sur les hauteurs en avant de Corfou, comme je l'avais ordonné. Il n'y a besoin pour cela que de bras et d'outils. Les bataillons fournissent les bras; les outils ne peuvent manquer. Les frégates de la marine peuvent fournir 250 ouvriers chacune pour travailler au Lido et aux batteries sur les bords de la mer. Ayant approvisionné Corfou pour un an, il faut une résistance plus forte que celle que permettent de faire les fortifications permanentes, et par là empêcher l'ennemi d'approcher plus près que la portée de la bombe, et faire véritablement une résistance très prolongée.


Paris, 26 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie les instructions pour les frégates de Nantes. Il me semble qu'elles ne sont pas complètes, puisque vous ne parlez pas de ce qu'elles doivent devenir à Batavia. Vous n'ajoutez pas qu'elles feront à la disposition du gouverneur pour faire des croisières, faire le plus de mal à l'ennemi et apporter toute espèce de secours à la colonie.


Paris, 26 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, dans l'état de situation de la marine de France, vous ne portez pas le brick le Saint-Philippe, un demi-chebec appelé le Joubert, deux felouques, trois chaloupes canon­nières, une barque armée et cinq barques courrières, en tout treize bâtiments qui sont à Corfou. Faites-moi connaître ce que c'est que ces barques courrières. Il parait qu'il en faudrait un grand nombre à Corfou.


Paris, 26 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, DICTÉE EN CONSEIL DU COMMERCE

La question serait celle-ci : acheter dans les départements du Rhin, où il parait que les blés sont abondants, 500,000 quintaux de blé, poids de marc. Les transporter partie aux affluents du Rhin, partie aux affluents du Midi, en se servant ou de la Saône ou du Doubs. Calculer à combien ces blés reviendraient à leurs différentes destina­tions. Les estimations faites supposent que le prix d'achat serait de 4 millions ou 4 millions 500,000 francs, et celui du transport de 2 millions ou 2 millions 500,000 francs; ce qui ferait 6 à 7 millions. Mais il faut savoir : 1° si ces calculs sont vrais; 2° si les départements du Rhin peuvent supporter de pareils achats ; 3° s'il Y a d'autres départements où le blé est abondant, et quels seraient les avantages qu'on trouverait à opérer dans celle supposition.

On pourrait traiter une seconde question : serait-il possible de faire de semblables achats, pour la même quantité de 500,000 quin­taux, dans les départements de l'Ouest, pour transporter ces blés partie aux affluents du Midi, partie aux affluents de Paris ? Quelles routes faudrait-il prendre et quelle serait la dépense tant des achats que des transports?

Si ces deux projets se réalisaient simultanément, on aurait à portée de Paris et du Midi un million de quintaux de grains de réserve avec une dépense de 12 millions. Cette opération serait sans inconvé­nient, puisque la direction des vivres de la guerre dépense au delà de cette somme. Elle aurait l'avantage de mettre entre les mains du gouvernement, avec la réserve de Paris, 1,500,000 quintaux, qui four­niraient le moyen de parer à l'événement d'une mauvaise récolte à venir. On pourrait lier cette opération avec le projet des magasins de réserve à former dans les différentes grandes villes.

Il faut examiner aussi un troisième projet qui consisterait à ache­ter sur l'Elbe un million de quintaux qu'on ferait venir à Amsterdam. Dans ce système, on prohiberait la sortie de l'Elbe et on ne laisserait sortir de la Vistule que pour Lubeck.


Paris, 27 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Mon intention est que les Français aient le droit de faire le com­merce à Francfort, et que des maisons de commerce françaises puis­sent s'y établir. Écrivez-en au ministre des relations extérieures, qui prendra mes ordres. Faites-moi connaître s'il y a d'autres villes de cette espèce qui aient des droits de bourgeoisie particulière, afin que les Français puissent y participer.


Paris, 27 novembre 1810

A M. Monge, comte de Peluse, membre de l’Institut, à Paris

Je vous prie de lire avec attention les pièces ci-jointes, de faire les recherches convenables et de me mettre une note qui me fasse con­naître les mesures à prendre pour continuer à employer la mine de l’île d'Elbe dans la magona de la Toscane, augmenter l'extraction de l’île d'Elbe pour en marier le surplus avec les bois de Corse, y faire du fer et même des canons.

Quelle espérance peut-on avoir que ces canons soient plus légers que les canons du Dauphiné ? Seront-ils meilleurs ? Reviendront-ils à meilleur marché ?

Quels sont les points de Corse où l’on pourrait faire ces établisse­ments ? La mine d'Elbe appartenant à la Légion d'honneur, quelles sont les concessions qu'il faudrait lui faire en bois et en terrains pro­pices à des établissements, ainsi que pour la magona de Toscane ?

Causez avec le comte Chaptal, qui vous désignera les individus qui ont donné des renseignements là-dessus. Voyez aussi les minis­tres de l'intérieur et de la marine, qui ont des documents relatifs à cela. Faîtes-moi un travail sur ces questions.


Paris, 28 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je fais porter samedi au Sénat un sénatus-consulte pour la levée de 40,000 marins. Je désire que cette même séance vous lisiez le rapport sur les négociations rela­tives à l’échange des prisonniers. Envoyez-moi donc votre travail, pour que vous puissiez après cela le faire imprimer, car il n'y aura pas d'inconvénient à ce qu'il paraisse dès le lendemain dans le Moniteur.


Paris, 28 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je pense qu'il faudrait former une division à Puycerda. La brigade du général Gareau, qui est forte de 2,000 hommes, en ferait partie. L'autre brigade pourrait être com­posée des quatre bataillons du 18' léger et des 5% 11% 23* et 81(de ligne, formant 2,400 hommes. Vous y attacheriez un escadron de 150 chevaux, qui serait fourni par le général Baraguey d'Hilliers, et une division de quatre pièces de canon prises dans l'artillerie de l'armée de Catalogne.

Cette division, forte d'environ 4,500 hommes, serait suffisait pour patrouiller aux environs de Puycerda et assurer la frontière. Elle serait sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers pour con­courir à tous les mouvements nécessaires pour soumettre le pays.


Paris, 28 novembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Le bulletin de la Gazette de France est aujourd'hui plein de détails ridicules sur l'Impératrice. Tancez vivement l’auteur de cet article. Il parle d'un serin, d'un petit chien, imaginés par la nigauderie alle­mande, mais qui sont déplacés en France. Les rédacteurs de nos journaux sont bien bêtes.


Paris, 28 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie des extraits des journaux anglais.

Envoyez-en une note au duc de Dalmatie, et témoignez-lui mon mécontentement de ce que les divisions espagnoles soient arrivées à Lisbonne et qu'il ne fasse rien.


Paris, 28 novembre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Faites brûler sur-le-champ toutes les marchandises provenant de fabrique anglaise qui sont en Hollande, dans les entrepôts, ma­gasins, etc.


Paris, 29 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces de la négo­ciation de Morlaix. J'ai retranché des passages; j'en ai marqué d'autres qui m'ont paru bien faibles. Je trouve, en général, que le principe de la conduite des Anglais n'y est pas développé, qu'il n'a pas même été bien saisi. Ce principe était d'adopter la base d'un échange général, parce que c'était le seul moyen de retirer tous leurs prisonniers de France. Ils ne voulaient pas l'exécuter, puisqu'ils ne voulaient échanger qu'un nombre de Français contre un même nom­bre d'Anglais, laissant ainsi en suspens et en prison les deux tiers des Français, ainsi que leurs alliés. Voyez à faire ces changements et à faire imprimer le rapport avec les pièces. Je pense qu'il est plus convenable d'imprimer les notes seules sans la lettre du sieur de Moustier.


Paris, 29 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé que je ne voulais point signer de décret qui eût pour but de gêner la circulation entre le royaume d'Italie et le Piémont, que je regarde comme circulation intérieure. Cependant je vois avec peine, par tous les rapports que je reçois, qu'elle éprouve des entraves. Mon intention est que, sous quelque prétexte que ce soit, vous ne dérangiez rien aux douanes sans mon ordre.


Paris, 30 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Le Valais formera un département sous le nom de département du Simplon. Ce département sera divisé en trois sous-préfectures et douze cantons.

Il y aura un seul tribunal, qui sera composé de cinq membres et qui siégera à Sion.

Le traitement des sous-préfets sera de 1,500 francs, celui des juges de paix de 400 francs.

Il y aura un colonel commandant le département, un commissaire des guerres, une compagnie de gendarmerie à pied et une compagnie de réserve de dernière classe.

Quant aux impositions, on pourrait établir l'imposition directe, l'en­registrement, le timbre, les douanes, l'imposition du sel et la poste. On pourrait ne point établir les droits réunis dans ce département.

Il faudrait arranger les finances de manière à ce qu'elles suffisent pour couvrir les dépenses de l'administration et pour donner quelque chose aux routes. Du reste, on ne tirerait point d'argent de ce pays. Le directeur des contributions pourrait être aussi directeur de l'enre­gistrement et diriger les autres impositions qui seraient établies. Ce moyen d'économie parait très praticable, et il y en a beaucoup d'au­tres à adopter dans cette organisation.

Le ministre de l'intérieur chargera une commission des députés da Valais de préparer une organisation définitive de la justice, de l’intérieur et des finances, de manière qu'on puisse organiser définitive­ment toutes les parties et les mettre en activité en 1811.


Paris, 30 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre au duc de Reggio de faire construire des batteries sur les points les plus favorables pour donner protection à la flottille qui est dans la Jahde. II est probable que, dans les mouvements qui vont avoir lieu entre la France et la Hollande, les flottilles auront besoin de se réfugier dans la Jahde et d'y être protégées par la terre.


1 – 15 novembre 18010