16 – 31 octobre 1810
Fontainebleau, 16 octobre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
J'approuve
que vous mettiez à la disposition du roi de Saxe cinquante pièces de canon en
fer de différents calibres, avec leurs affûts, que vous retirerez de Stettin,
pour armer les places du duché de Varsovie. Le roi de Saxe sera chargé des
transports.
Fontainebleau, 16 octobre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre,
ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le
Duc de Feltre, faites-moi connaître combien de régiments les provinces illyriennes
fournissaient à l'Autriche. Il me paraît convenable de disposer de tous les soldats qui se
trouvent dans ces pays, pour en former des régiments à mon service, et
de leur donner des
officiers et sous-officiers des provinces de Carniole, de Goritz et de
Laybach.
Il
faudrait également tirer parti de l'Istrie et de la Dalmatie. Comme le
royaume d'Italie a déjà un régiment dalmate, on pourrait le compléter aussi
haut qu'il doit l'être, et former un nouveau corps du reste. On pourrait organiser
trois régiments, dont l'un comprendrait les hommes des provinces de la Carniole et
de Villach; un autre serait formé d'hommes de l'Istrie et du comté de Goritz ; le troisième
serait fourni par la Croatie civile; on emploierait les hommes de la Croatie
à recruter le régiment italien.
L'état-major
d'un de ces régiments pourrait être placé à Gênes, un autre à Florence, et
l'autre dans le Piémont; ils seraient là assez près et assez loin, et l’on
ôterait à l'Autriche beaucoup de soldats. Faites-moi un rapport sur
cet objet.
La
population des provinces illyriennes étant de 1,500,000 âmes, elles doivent
fournir 18,000 hommes. Il faut en ôter la Dalmatie, dont le recrutement est
réservé au régiment dalmate, qui est à la solde du royaume d'Italie,
sauf à prendre par la suite ce régiment à la solde de la France. Il
faut en ôter la Croatie militaire. Il restera encore un million
d'habitants qui doivent fournir un effectif de 12,000 hommes, avec
lesquels on pourrait former trois ou quatre régiments. Il faudrait
conserver la conscription, telle qu'elle était sous la maison
d'Autriche, puisque ces peuples y sont accoutumés.
Palais de
Fontainebleau, 16 octobre 1810
DÉCRET
Article
Ier.
— Il est accordé une pension viagère de 30,000 francs à Mme Hyacinthe Dominique
de Bourbon, religieuse dans le couvent de Saint-Dominique, à Rome. Cette
pension sera inscrite au trésor public, avec jouissance à compter du 22 juin
1810.
Art.
2.
— Au moyen de la disposition ci-dessus, la Consulte cessera de faire payer à
cette princesse la pension provisoire de 600 francs par mois accordée par notre décision
du 8 avril 1810.
Art.
3.
— Nos ministres des finances et du trésor public sont chargés, chacun en ce qui
le concerne, de l'exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.
Fontainebleau,
17 octobre 1810
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre qui me tombe dans les mains.
Écrivez au sieur Otto pour le prémunir contre les faux bruits qu'elle contient.
Faites parler dans le Moniteur des présents que j'ai fait
faire à M. de Metternich à son départ de Paris, lesquels consistent, je
crois, en pièces de tapisserie des Gobelins, etc.
Remettez-moi
le plus tôt possible le premier projet de bulletins à envoyer à mes ministres
à l'étranger pour leur faire connaître la vérité sur les fausses nouvelles
qu'on répand des affaires d'Espagne et du prétendu mariage du
prince espagnol Ferdinand avec une princesse d'Autriche.
Fontainebleau,
17 octobre 1810
A M. de
Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le
Duc de Cadore, écrivez à mes ministres à Naples et en Westphalie pour leur
faire connaître que je désirerais que ces cours ne prissent pas les
mêmes titres militaires que la France. Je vois, par exemple, à
Naples un colonel-général de la garde napolitaine. En France, les
colonels-généraux de la Garde sont des maréchaux qui ont remporté
plusieurs victoires et qui se sont fait un nom. Il y a quelque chose de choquant à voir le titre de
colonel-général donné à un M. Lavauguyon,
qui était capitaine en France il y a deux ans, ou à des officiers en Westphalie qui n'ont rien fait.
C'est spécialement sur le titre de
colonel-général que porte mon observation. Les rois de Naples et de Westphalie peuvent donner à leurs
officiers les titres de généraux de la
garde, de colonels de la garde, de capitaines de la garde, et autres titres qui ont été de tout temps en usage en
Europe, mais non des titres de
distinction créés en France et particuliers à l'armée française. Faites également connaître à mes ministres à Naples
et en Westphalie qu'il ne doit pas être fait de maréchaux dans ces armées. Cette dernière observation est pour
leur instruction, puisque ces
souverains n'en ont pas nommé.
Fontainebleau,
17 octobre 1810
A M. de
Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Adressez
une circulaire à mes ministres dans les États de la Confédération du Rhin et en
Suisse, où les denrées coloniales ont été séquestrées, pour leur recommander de
faire la recherche de celles qui appartiennent à des négociants français, et
de les diriger ensuite, sous plomb et avec acquit-à-caution, sur les
entrepôts de Kehl, de Cassel et de Wesel.
Il ne faut
pas comprendre dans ces dispositions les marchandises qui sont à Francfort, à
Hambourg ou dans le Holstein, mais seulement celles qui ont été séquestrées dans les
États de la Confédération. Parmi celles-ci se trouvent les marchandises
dont l'admission a été autorisée par mon décret du 12 de ce mois. Ces
marchandises entreront dans les entrepôts de la rive gauche; mais les autres attendront dans
les entrepôts de la rive droite les ordres que je donnerai sur le rapport
qui me sera fait par mon directeur général des douanes en conseil de commerce.
Au moyen
de ces mesures, il n'y aura plus dans les États de la Confédération de marchandises coloniales
appartenant à des Français; elles seront
toutes dans les entrepôts de mes douanes jusqu'à ce que j'aie statué sur ce qui sera jugé convenable.
Comme je
veux être favorable à la Suisse, j'admettrai en principe que toutes les denrées
coloniales qui se trouvent en Suisse, séquestrées et appartenant à des
étrangers, sont susceptibles d'entrer en France ou dans mon royaume
d'Italie. Vous vous entendrez, à cet effet, avec mon directeur
général des douanes; vous me présenterez l'état des quantités et des espèces de
marchandises, des lieux où elles se trouvent, de l'endroit où il conviendra de les
réunir, et vous ferez la distinction de celles qu'il serait convenable de faire
entrer dans mon royaume d'Italie, au lieu de les admettre en France.
Vous pouvez
assurer au landamman que le transit du coton du Levant sera autorisé pour la
Suisse.
Enfin je
désire que vous écriviez à mes ministres dans les Etats de la Confédération de
vous faire connaître les quantités de denrées coloniales séquestrées, et
n'appartenant point à des Français, qui resteront dans ces États, afin qu'on puisse prendre
des mesures pour les
y mettre en circulation et qu'elles s'y consomment.
Fontainebleau, 17 octobre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le
Duc de Feltre, vous recevrez de la secrétairerie d'État un décret qui met un
million à votre disposition pour les travaux des fortifications de l'Escaut.
Mon intention est que le défaut d'argent ne retarde en rien des
ouvrages aussi importants. Il faut que le fort Montebello, la batterie de
Nolle, le fort Saint-Hilaire, les deux magasins à poudre et enfin tout
ce qu'il sera possible de faire à Flessingue, soit terminé, et que la même
activité soit donnée aux travaux de l'île de Cadzand et à ceux du
fort Lillo. Quant à Anvers, je vous ai déjà fait connaître que mon
projet est d'en faire une place de première force et un dépôt général
pour tous les moyens d'artillerie de la Hollande. Anvers devient tous
les jours plus important, et la réunion de la Hollande ajoute encore
à l'intérêt que cette place a par elle-même. Il faut que les projets
qui me seront remis pour les travaux de 1811 soient faits en conséquence. Mon
intention est d'employer au moins quatre millions, l’année prochaine, aux seules
fortifications des places de l'Escaut. Il faut qu'on continue les travaux
tout l'hiver, autant que cela sera possible. Ordonnez qu'au Fort Impérial
de l'île de Cadzand on presse, autant que possible, la construction des magasins
à poudre et tous les travaux qui doivent assurer la défense de cette place
si importante.
Fontainebleau, 17 octobre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre,
ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le
Duc de Feltre, lorsqu'il se trouve des moines parmi les prisonniers espagnols,
il faut leur faire quitter l'habit de moines, à leur passage à la
frontière, les faire habiller avec des capotes et les confondre avec les autres
prisonniers.
Fontainebleau, 17 octobre 1810
Au général
Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Il faut
ordonner qu'on donne gratis des passeports aux ouvriers de la partie montueuse de
la Dora qui ont coutume, comme les Auvergnats, d'émigrer en Italie pour travailler à
la terre.
Fontainebleau,
17 octobre 1810
Au prince
de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, le bruit d'un prétendu mariage du prince Ferdinand avec une
princesse d'Autriche s'accrédite beaucoup. Il est important que vous
écriviez à tous les commandants des corps d'armée en Espagne pour les prévenir
que ce bruit est un enfant de l'oisiveté de Paris et un bavardage qui
occupe les Parisiens; qu'ils doivent rejeter avec indignation la seule
idée d'un pas rétrograde; qu'il n'a jamais été question de rien de pareil.
Fontainebleau,
18 octobre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Il parait que toutes les opinions sont d'avoir un point intermédiaire entre Mayence
et Wesel. La population de Cologne empêche qu'on n'occupe cette place.
Alors quel est le point qu'on doit choisir ? Si l’ennemi dirige sa ligne
d'opérations sur Coblentz, il se trouve arrêté par Luxembourg et avoir
l'armée de Mayence sur son flanc gauche.
D'ailleurs
on ne suppose pas que l'ennemi puisse chercher à pénétrer dans les provinces de
l'intérieur de la France, mais seulement arriver à Bruxelles. Une ligne
d'opérations qui partirait de Coblentz serait double en étendue de
celle qui partirait de Düsseldorf. Si l'on suppose que l'ennemi prend
Cassel, sa ligne d'opérations le conduit sur Bonn ou sur Cologne. L'ennemi
partant de Bonn peut cheminer sur Liège, passer la Meuse et pénétrer dans la
Belgique. Par ce moyen, il évite Juliers et Maastricht; mais ces deux
places seront des points d'appui pour une armée qui menacera son flanc
droit. Si Bonn est occupé et qu'alors l'ennemi se dirige sur Cologne, alors il est menacé sur son
flanc droit par Juliers et Maastricht, et sur son flanc gauche par Bonn; le Rhin se trouve lui
être intercepté. Cette opération parait tellement
hasardeuse, qu'il serait difficile de concevoir qu'un homme de sens pût la tenter. Il faut nécessairement
prendre Bonn avant de marcher sur
Liège, et, pour faire une opération raisonnable, il faudrait s'emparer de Juliers et de Maëstricht.
Dans le projet du point
intermédiaire à déterminer entre Wesel et Mayence,
il ne faut pas songer à la ville de Cologne, vu son étendue et sa population. La question se réduit donc à
savoir si les fortifications doivent
être à Bonn ou à l'embouchure de la Sieg. Il faut voir ces deux positions et
les examiner avec soin sous leurs différents rapports. Que vaut
l'enceinte actuelle de Bonn ? Est-il possible d'occuper Bonn sans avoir des ouvrages sur les hauteurs de Poppelsdorf ? A quelle distance les remparts en sont-ils dominés ?
Bonn ne sert à rien sans une tête de
pont. Est-il possible d'avoir une tête de pont sans occuper le Finkenberg ? A
quelle distance serait-elle dominée par
cette hauteur ou par toute autre ? La partie de la place qui serait sur la rive gauche peut-elle être protégée par une
inondation ? Il semble que le ruisseau de Rheindorf est assez
considérable pour qu'on puisse en tirer
parti. Il est évident que, si la place est sur la rive droite, il sera
facile d'étendre une inondation autour de ses ouvrages. Quelle est l'importance
de la petite rivière de la Sieg ? Enfin la comparaison des deux projets.
Si l’on
établissait deux ouvrages sur la rive droite, quel doit être le plus
fort, celui à l'embouchure de la Sieg ou la tête de pont ? Les ouvrages
sur la rive droite ne peuvent pas être de peu de valeur, à cause des hauteurs
qu'il faut occuper, sans quoi Bonn perdrait son rôle offensif et serait à
découvert. Il faut calculer la dépense des forts, savoir si on peut profiter des eaux de la
Sieg pour obtenir une inondation, et
déterminer l'espace de terrain qu'elle peut embrasser. On présume qu'il
serait possible d'avoir un grand camp retranché sur la rive droite. Savoir s'il peut être protégé par les forts et couvert
par l'inondation.
Ne pourrait-on pas avoir un
fort à l'embouchure du ruisseau de Rheindorf, qui servirait en quelque sorte de
réduit à ce camp retranché ? Ce fort pourrait
être en terre, avec fossés pleins d'eau; et, au moyen du ruisseau, on pourrait peut-être l'entourer d'une inondation.
Il faut voir les avantages que l'on
peut retirer de cette localité et les balancer avec les inconvénients.
Ces
différentes questions ont besoin d'être étudiées. Il faudrait surtout avoir
les plans du terrain à 1,200 toises sur les deux rives, et y marquer
les cotes de nivellement.
Fontainebleau,
18 octobre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Faites
demain un article pour mettre dans le Moniteur la prise de l’île de
Bourbon et les mesures qui ont été faites à l’île de France pour
recevoir l'ennemi (Moniteur du 20 octobre).
Fontainebleau,
18 octobre 1810
Au prince
de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, je vois que le général Kellermann montre la plus grande insouciance, et
que, loin de placer ses forces de manière à appuyer l’armée de
Portugal, il tient ses troupes disséminées. Il me semble que j’ai compris la province
d'Avila dans l'arrondissement de l’armée du centre. Écrivez de nouveau au général Drouet
que j'attache
la plus grande importance à avoir des nouvelles de l'armée de Portugal ; que le principe
d'occuper tous les points est impossible à exécuter;
qu'il faut se contenter d'occuper les points où sont les dépôts et les hôpitaux, et avoir ses troupes dans
la main pour les porter où cela est
nécessaire, et surtout sur les derrières de l'armée du Portugal.
Fontainebleau,
18 octobre 1810
Au général
Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris
Je vous
renvoie le travail sur les régiments croates. Invitez à dînerles officiers de la députation
croate. Prenez des renseignements pour connaître ces régiments de manière à
pouvoir répondre à toutes mes questions.
Combien de
bataillons faudrait-il pour compléter les 3e et 4e bataillons ? Sont-ils
habillés en temps de paix ? Quand on veut les compléter, comment prend-on
l'habillement ? En temps de paix, combien coûtent-ils, indépendamment du
territoire ? Combien faut-il débourser de la caisse du pays pour les régiments ?
Seraient-ils contrariés si je voulais maintenir un bataillon de 6
compagnies, c'est-à-dire 500 ou 600 hommes pour être employés dans
l'intérieur, ou à Naples, ou même en France ? Combien cela coûterait-il ?
Comment se remplacent les soldats et les officiers ? Comment sont divisées les terres ?
Comment,
quand un officier meurt, le nouvel officier prend-il les terres de l'officier mort ?
Comment cela s'arrange-t-il avec la famille du mort ?
Fontainebleau,
19 octobre 1810
M. de
Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, il
est nécessaire que vous écriviez une note au
ministre de Prusse et que vous lui demandiez d'envoyer sur-le-champ un courrier à sa cour. Vous lui ferez
connaître que, par le traité de
Tilsit, le roi de Prusse s'est engagé à proscrire dans ses États le commerce anglais ; que je n'ai évacué les
côtes qu'à cette condition; que la
Russie doit faire la même chose; que je suis persuadé qu'elle le fera, mais que la question n'est pas celle-là; que le mal que font ces mesures à l'Angleterre est
immense, si ces mesures sont prises
sérieusement ; que la Prusse ne peut être consolidée que par la paix, et
que la paix ne peut s'obtenir que par l'exécution rigoureuse de notre système ; que je demande que le transit ne soit permis
dans les États prussiens pour aucune marchandise anglaise ou coloniale, aux trois barrières de la Vistule, de
l'Oder et de l'Elbe; que toutes
doivent être soumises aux droits; que, s'il en est autrement, j'entre en
Prusse; que je n'ai pas d'autre moyen de faire la guerre à l'Angleterre; que celui-là est efficace, et que
rien ne pourrait m'arrêter; que toute
marchandise anglaise et coloniale doit être arrêtée sur la triple ligne, et qu'aucune ne doit passer
sur les côtes.
Vous
enverrez la même déclaration, par un courrier extraordinaire, à mon chargé
d'affaires, et vous lui prescrirez que, s'il n'obtient pas ce qu'il demande,
il quitte Berlin. Vous lui ferez connaître que tous les bâtiments qui étaient
dans la Baltique et qui n'ont pu entrer dans le Mecklenburg ont débarqué plus
loin; qu'il faut que la Prusse les empêche de pénétrer dans ses États ; que, si
le chargement des six cents
bâtiments venant à entrer en Prusse n'est pas confisqué, j'enverrai les confisquer; que, s'ils sont en
Russie et entrent en Prusse, j'y
mettrai également opposition et les ferai saisir par mes troupes.
Fontainebleau,
19 octobre 1810
NOTE
DICTÉE AU DUC DE BASSANO, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT
Ce projet
ne dit rien. Les motifs d'une telle mesure, le but qu'on se propose, les besoins
auxquels on veut satisfaire, ne ressortent point de sa rédaction.
Que veut-on
? Un refuge pour les anciens moines ? Mais il n'y a plus de moines en France;
ils se sont
amalgamés avec la société; c'est une chose finie. Veut-on rétablir des
moines ? Les Musulmans, les Anglais, les États protestants n'ont pas de moines
et n'en sentent pas
le besoin.
Veut-on des
maisons comme celle de la Trappe, où l'on ne recevrait pas de moines, mais
des hommes qui, dégoûtés du monde, veulent finir leurs jours dans la vie
contemplative ? Cette idée serait simple et le but évident. Mais ne voit-on pas à
Paris un moine de la Trappe qui se mêle à toutes les coteries et qui fait de son état de moine un
objet d'intrigues et de spéculations ? Les moines de la Thébaïde sont les seuls
qui aient mené une vie véritablement contemplative. Les moines de l'Europe, au contraire,
menaient une vie tellement active, qu'ils
dominaient les nations chez lesquelles ils avaient été établis, et que, partout
où ils n'ont pas cessé d'exister, ils les dominent encore.
On
reconnaît cependant qu'il peut être de quelque utilité de rétablir le
couvent de la Trappe, mais on ne croit pas qu'il soit besoin d'en avoir
d'autres. Le couvent de Sénart, par exemple, ne doit pas être rétabli. C'est un lieu assez singulièrement
choisi pour vivre dans l'oubli du monde,
qu'une maison située à quatre ou cinq lieues de la capitale. Sa Majesté n'est point allée à Sénart,
mais elle est persuadée que, si la
chasse l'y conduisait, elle serait aussi désagréablement frappée qu'elle l'a été au Calvaire.
S'il faut
faire un essai dans cette matière, on peut le faire à la Trappe. Les bulles existent
et il n'y a point de difficultés. En formant cet établissement de
manière qu'il puisse recevoir 200 personnes, il sera au maximum de ce que
peuvent exiger les 40 millions d'hommes qui composent la population de
l'Empire. Si l'expérience trompe ce calcul, on fera une seconde maison.
En résumé,
les seuls besoins réels de la France, sous le rapport des maisons de retraite,
sont ceux-ci :
1° Donner à
des moines vieillis dans la vie commune le moyen de vivre en commun. Mais
beaucoup de moines se sont établis en commun sans que le gouvernement le sache, et pour
ceux de l'Italie française,
on leur a conservé quatre maisons, en les supprimant.
2° Avoir
des maisons de retraite de l'espèce de celle de Sainte-Périne, de Chaillot, où
puissent vivre des vieillards qui ont conservé de très faibles ressources
et qui n'ont plus de famille. Mais cela n'a rien de commun avec les couvents ;
on n'a pas encore vu un homme de cinquante ans prendre la fantaisie de se faire
moine. Si des vieillards ont de la fortune, ils se font servir chez eux et
n'ont pas besoin d'un
couvent pour vivre retirés du monde; s'ils n'en ont pas, et si on leur
offre une retraite où le peu de ressources qui leur reste suffit cependant
pour qu'ils vieillissent à l'abri du besoin, ils y chercherait une vie
douce et n'y chercheront pas la vie contemplative. L'établissement
d'une maison comme Sainte-Périne, bien établie, bien administrée, bien dotée,
serait une fort belle chose ; il en existe de semblables dans toute
l'Europe. Ce serait un hospice des vieillards.
3° Offrir
un refuge dans la vie contemplative aux hommes qui veulent fuir la société,
soit parce qu'elle leur est importune, soit parce qu'elle leur rappelle
des fautes ou des pertes dont on ne se console point. La Trappe est
l'établissement le plus favorable pour cet objet; le nom, le lieu, les souvenirs qui s'y
rattachent, disent clairement ce qu'on veut faire.
Le premier
article du projet de décret serait donc celui-ci : La maison de la Trappe est
rétablie.
Fontainebleau, 19 octobre 1810
Au prince
Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam
On
m'assure que les ouvriers de Rotterdam et d'Amsterdam n'ont point de
travail. Faites-moi connaître quelle espèce d'ouvriers c'est, et quels travaux
on pourrait leur donner.
Fontainebleau, 20 octobre 1810
A M. de Champagny,
duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur
le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur la remise du pays de Hanovre.
Présentez-moi un projet de note à remettre au ministre de Westphalie portant que,
tant par les raisons qui sont
contenues dans votre rapport que parce que la solde de mes troupes n'est pas
payée, je déclare non avenu le traité, si avantageux pour la Westphalie, par
lequel je lui donnais le Hanovre. Vous enverrez la même explication à mon
ministre à Cassel. Vous ajouterez que le roi pourra continuer d'administrer le
pays de Hanovre, mais que je ne me tiens pas pour engagé.
Fontainebleau,
20 octobre 1810
A M. de
Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le
Duc de Cadore , je réponds à votre lettre du 11 octobre, que je vous renvoie.
Vous avez vu dans ma lettre au roi de Saxe ce que j'ai répondu à ce prince.
Causez avec le ministre de Saxe. Faites-lui connaître que cette négociation avec
la Prusse est déplorable. D'abord, comment mettre en relation les sujets du
grand-duché avec
la Prusse ? C'est ouvrir une source interminable de discussions et de
chicanes qui peut avoir de fâcheux effets. 2° Comment espérer que la
Prusse, qui est si obérée, puisse payer ? 3° Qu'a-t-on besoin de la
Prusse pour se faire payer de ses sujets ? Mais, dit-on, depuis deux ans
ou n'a touché que deux millions. C'est qu'il n'y a aucune législation. Que le roi
de Saxe fasse une loi qui porte que, la Prusse ayant cédé sans réserve
le duché de Varsovie à la Saxe par le traité de Tilsit, et déclaré, par
le même traité et spécialement par celui d'Erfurt, les créances qu'elle avait sur le duché
acquises à la France, et la France les ayant cédées à la Saxe pour qu'elle en fût payée, il ordonne à
tous individus débiteurs de se faire inscrire pour payer, en fixant des modes
et des termes raisonnables de payement; qu'il leur défende de payer à
la Prusse sous peine de payer deux fois, et prenne des inscriptions
sur les biens de ceux qui doivent. Par ce moyen la Saxe sera payée
sans qu'elle ait besoin de la Prusse, et d'une manière naturelle. Si la Prusse alors
proteste par des actes, c'est une question à porter au jugement du
Protecteur. Il faut prendre la question de très-haut. Écrivez dans ce
sens au ministre de Saxe et au sieur Bourgoing ; et, après cela, vous
laisserez la Saxe maîtresse de faire ce qu'elle veut.
Fontainebleau, 20 octobre 1810
Au comte
Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur
le Comte Mollien, on se plaint à Bayonne du manque de sous, d'abord parce que le
cuivre est très-cher, et parce qu'on en envoie une grande quantité en Espagne, surtout du
côté de la Navarre. Donnez ordre que des départements de l’Adour et de la Garonne on envoie
à Bayonne deux ou trois millions de sous.
Fontainebleau, 22 octobre 1810
Au maréchal Marmont, duc de Raguse,
gouverneur général des Provinces illyriennes, à Laybach
La marine se plaint que les
batteries qui défendent la belle rade de Raguse
ne sont pas armées. On désirerait que l'île Dazza eût un bon fort qui la mît à l'abri d'un coup de main, afin
que, si des vaisseaux de guerre
arrivaient dans cette rade, l'ennemi ne pût point forcer ce point
important et brûler nos vaisseaux. Je ne puis trop vous recommander de tenir
armées les hauteurs de Raguse, et l'artillerie de cette place en bon état.
Fontainebleau, 23 octobre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Faites-moi
un rapport sur le capitaine du Janus, brick impérial qui est à
Gênes. Ce capitaine ne couche pas à bord ; ce qui a donné lieu à l'équipage de
déserter. On l'a mis aux arrêts, mais cette peine n'est pas suffisante. Les
autres officiers de ce brick couchent également en ville. En général, les officiers des
bricks en station dans mes ports couchent en
ville. Faites un ordre du jour, et renouvelez les lois contre un pareil abus.
Fontainebleau, 23 octobre 1810
NOTE DICTÉE AU COMTE
DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR, A PARIS
Le domaine privé de l'Empereur
consiste dans le trésor qui est aux Tuileries
; dans ce qui reste en caisse à la liste civile d'Italie, soit en créances,
soit en caisse; dans le portefeuille de réserve qui m'appartient entièrement, entre les mains de M. Estève;
dans 15,000 francs de rente sur le
grand-livre.
M. Daru peut ignorer encore
quelque temps ce qui est relatif au portefeuille
de réserve et au trésor, parce que, cet hiver, je lui remettrai cela moi-même. L'autre copie est entre
les mains de M. Estève. Je lui
remettrai également la clef de mon trésor; il m'en fera souvenir cet hiver.
Pour
l'Italie, c'est une autre affaire; je désire que M. Daru s'instruise de
tout cela.
Prendre
les comptes depuis la formation de la liste civile d'Italie. J'ai acheté
une maison Caprara et une autre. J'ai prêté 300,000 fr. à Aldini.
En écrivant à l'intendant de la liste civile d'Italie, M. Daru lui fera comprendre
que les économies depuis le commencement sont au domaine privé. Ainsi que le
mobilier, le budget de caisse fixé… (lacunes dans le texte)
Je suis
bien aise que, sous ce prétexte, M. Daru suive l'administration de mon domaine
d'Italie, afin que tout ce qui s'économise m'appartienne.
J'ai ordonné qu'on efface sur le budget de M. Estève deux millions que me
devait Naples. J'ai les … (lacunes dans le texte)
Ainsi,
comme intendant de mon domaine privé, passer le contrat de M. Aldini devant mon
notaire. J'ai fait payer 300,000 francs.
Comme M.
Daru va être possesseur de tout ce que j'ai au trésor d'Italie, il me proposera
de faire là-dessus le payement de 500,000 fr.
Il n'y
aura plus que les biens.
Je ne suppose pas qu'Aldini
veuille des inscriptions sur le Monte Napoleone.
Fontainebleau,
23 octobre 1810
A
Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg
Monsieur
mon Frère, Votre Majesté Impériale m'a envoyé de si beaux chevaux que je ne
veux pas tarder à lui en faire mes remerciements.
Les Anglais souffrent beaucoup de la réunion de la Hollande et de l’occupation
que j'ai fait faire des ports du Mecklenburg et de la Prusse. Il y a toutes les
semaines des banqueroutes à Londres qui portent la confusion dans la Cité. Les manufactures sont sans travail ; les magasins sont engorgés. Je viens de faire
saisir à Francfort et en Suisse
d'immenses quantités de marchandises anglaises et coloniales. Six cents bâtiments marchands anglais qui erraient
dans la Baltique ont été refusés dans
le Mecklenburg, en Prusse, et se sont dirigés vers les États de Votre Majesté. Si elle les admet, la guerre dure encore; si elle les séquestre et confisque leur
chargement, soit qu'ils soient encore
dans ses ports, soit que même les marchandises soient débarquées, le contrecoup
qui frappera l'Angleterre sera terrible; toutes ces marchandises sont pour le compte des Anglais. Il dépend de Votre Majesté d'avoir la paix ou de faire durer
la guerre. La paix est et doit être
son désir. Votre Majesté est certaine que nous y arrivons si elle confisque ces six cents bâtiments ou
leur chargement. Quelques papiers
qu'ils aient, sous quelques noms qu'ils se masquent, français,
allemands, espagnols, danois, russes, suédois, Votre Majesté peut être sûre que ce sont des Anglais.
Le comte
Czernitchef, qui retourne près de Votre Majesté, s'est fort bien conduit ici.
Il ne me
reste qu'à prier Votre Majesté de compter toujours sur mes sentiments inaltérables, qui sont à l'abri du
temps et de tout événement.
Fontainebleau,
24 octobre 1810
NOTE DICTÉE AU MINISTRE DES FINANCES.
Il y a
quelque chose à faire sur les monnaies. Il y a des alarmes en
Piémont, dans la Belgique et dans la Hollande. On prétend qu'on y
éprouvera une perte de 40 pour 100, et cela influe sur le prix des grains. Il faut proposer des
mesures pour rassurer à cet égard. Il n’y aurait peut-être pas d'inconvénient à
faire entrevoir que les mesures qu'on a
prises ont eu pour principal objet de faire disparaître des signes qui
rappelaient l'ancienne dynastie ; ce qui rassurerait sur les pièces qui ne sont pas dans ce cas..
Quant aux
écus de 6 francs, il faut les faire disparaître.
Sa Majesté
désire qu'on lui propose un projet de décret pour ordonner que la Monnaie de
Paris et plusieurs autres Monnaies changent les pièces de 6 francs contre des pièces
de 5 francs. Quelle perte cela occasionnerait-il ?
Fontainebleau,
24 octobre 1810
Au comte
Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le
Comte Mollien, je donne ordre que le million que le trésor public a avancé au
prince de Ponte-Corvo vous soit remboursé par le Domaine
extraordinaire, afin de terminer cette affaire.
Je désirerais
que dans la balance du trésor, que vous me présenterez au 1er janvier, vous
portiez comme reçus les 2 millions qui sont dus pour 1800, les 1,900,000 francs dus pour
1807, et les 1,100,000
francs de réserve sur ces deux exercices, le tout formant 5 millions, provenant de
l'extraordinaire des douanes, en affectant pour cela une des
recettes faites. Je désirerais également que, pour le 1er janvier,
l'affaire des 14 millions que doit verser le Domaine pour les 14 millions de
domaines fut terminée, afin que cela fût porté comme reçu pour 1808. Pour
1809, je désirerais que les 25 millions provenant de l'extraordinaire des douanes fussent
portés comme reçus,
en y affectant les 25 millions qui seront rentrés. Je ne comprends pas
trop comment, à l'état n° 17 de la balance du trésor au 20
octobre, après avoir porté comme reçu le produit de l'extraordinaire des
douanes, vous ôtez 16 millions comme restant à Amsterdam. Je désirerais que, au
1er janvier, les 6 millions provenant du département des Bouches-du-Rhin fussent reçus à
Paris ; je ne vois rien de reçu de ce département dans votre livret d'octobre.
Il me parait que je n'ai
affecté sur l'extraordinaire des douanes que 76
millions, savoir : 5 millions pour 1806 et 1807, 12 millions pour 1808, 25 millions pour 1809 et 34 millions
pour 1810; total, 76 millions. Or,
comme tout porte à penser que j'aurai 100 millions, je crois qu'il sera convenable d'employer cet
excédant de 24 à 30 raillions à
couvrir les non-valeurs qui existent au trésor, et qui ne seront, à ce
qu'il me parait, recouvrées que par l'Espagne. On porterait cela comme sommes à recouvrer pour avances faites à
l'Espagne ; car les avances faites à
l'Espagne ont été mises en dépense, et il n'y a eu aucune recette pour les couvrir; ces 24 ou 30
millions en serviraient.
Fontainebleau,
24 octobre 1810
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Les deux
frégates la Favorite et la Couronne, qui sont à Ancône, sont matées
avec des mâts du pays, même des mâts de hune. Écrivez aux capitaines qui les
commandent de vous envoyer leurs observations sur la bonté et la force
de ces mats. Il faudrait, après, connaître la comparaison de ces mâts
avec ceux de Corse. On croit que ceux de Corse sont aussi bons ou meilleurs que ceux de l'Istrie.
Le vice-roi
me mande que l'Uranie a perdu ses qualités. Il faut donner l’ordre
de la faire rester à Venise, et qu'on fasse connaître s'il convient de la
radouber ou de l'abandonner. Une frégate qui ne marche plus n'est plus
bonne à rien.
Fontainebleau, 24octobre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram,
major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon
Cousin, je ne puis voir qu'avec indignation, dans l'état des bataillons
du train des équipages militaires, que le sieur Miot, attaché au roi
d'Espagne, a un caisson du 1er bataillon des équipages militaires.
Donnez des ordres positifs pour qu'il remette ce caisson au bataillon, et
condamnez-le à payer une amende pour le loyer de ce caisson, pour les
réparations et pour l'entretien des chevaux. Faites également rendre celui qui
est à la suite des grenadiers de la garde royale, qui peuvent bien se procurer
des caissons. Je vois également qu'au 7e bataillon deux généraux ont
des caissons, ainsi que le sieur Percy, chirurgien en chef de l'armée. Donnez des
ordres pour que ces caissons rentrent au bataillon.
Fontainebleau, 25 octobre 1810
Au prince
de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin,
répondez à la lettre ci-jointe du duc de Dalmatie, que j'ai été surpris de
son contenu ; que je lui ai ordonné positivement de laisser subsister
l'administration espagnole et d'avoir pour le Roi les mêmes égards qu'avant que
je l'eusse chargé des opérations militaires, de la police du pays, et de veiller à
ce que les ressources du pays soient appliquées aux besoins de l'armée ; que c'est une très grande
faute de s'éloigner de ce principe et de travailler ainsi à indisposer le
pays ; que j'ai déjà vu , il y a quinze jours, une de ses lettres qui m'avait
étonné; que, en le nommant commandant en chef de mon armée, je n'ai
entendu rien changer à l'administration civile du royaume
d'Espagne; qu'il peut remettre le vif-argent et autres produits des mines aux
agents du Roi, en s’assurant qu'ils en feront un bon usage. Ecrivez dans ce
sens au Roi.
Fontainebleau,
25 octobre 1810
Au comte
de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Faites
connaître aux préfets que mon intention est que personne ne loge aux différents
hôtels de ville, ni les maires, ni les officiers municipaux, ni les préfets;
que les hôtels de ville doivent être destinés à la tenue des bureaux, de
la salle du conseil et pour tous les besoins publics, mais il ne doit
y avoir aucun logement particulier.
Fontainebleau,
25 octobre 1810
A Eugène
Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône
Mon Fils,
il parait qu'à Rieti, ville des Légations, il y a beaucoup de graines
de pastel ; on désire en avoir une grande quantité, parce qu'on a trouvé le moyen
d'extraire du pastel une fécule qui est de l'indigo. Répandez dans le pays la
brochure ci-jointe ; encouragez cette manipulation, et faites-moi connaître
combien on pourrait se procurer de ces graines.
Fontainebleau,
25 octobre 1810
A Joachim
Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples
Toutes les
troupes que les Anglais avaient destinées à la Sicile viennent d'être envoyées
en Portugal, aussitôt qu'on a connu l’ordre du jour que vous venez de faire
paraître. Si vous vouliez revenir à Naples, qui vous obligeait de déclarer que vous
mettiez fin à l'expédition ? Je vous avais fait connaître que mon intention
était que mes troupes restassent en position de menacer la Sicile jusqu'au 1er janvier; mais
vous agissez sans aucune espèce de prudence.
Fontainebleau,
26 octobre 1810
Au général
Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à
Paris
Rendez-moi compte des malades que
j'ai à Cadzand et à Flessingue et à bord de l'escadre, afin que je puisse faire une comparaison et voir si elle donnera pour résultat qu'il convient
d'arrêter que désormais, du 15 août au 15
novembre, les garnisons de Cadzand et de Flessingue seront mises à bord
des vaisseaux ou à bord de grosses flûtes ou
de tous autres bâtiments tenant la mer. Il paraît que l'escadre n'a point de malades. 2,000 hommes peuvent
suffire à Flessingue; ce serait donc
200 hommes par vaisseau. Si, au lieu de vaisseaux, on avait de grosses prames, on pourrait y loger ces hommes. Conférez avec la marine sur le nombre des
bâtiments qu'on pourrait avoir pour
cet objet.
Il y a au bataillon colonial à Flessingue 60 hommes nus.
Donnez ordre qu'on leur envoie sur-le-champ
des habits.
Fontainebleau,
27 octobre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre rapport du 21,
relatif à l'école militaire de la Flèche. Il est ridicule, et je n'entends pas que les élèves me coûtent plus de 6 à 700 francs ; c'est à vous à faite les
réformes nécessaires. Il ne doit y avoir que
le nombre de professeurs et de quartiers-maîtres nécessaire. 1,100 francs pour une école comme celle de la Flèche est une pension exorbitante ; c'est un signe que
l'école est mal administrée ou du
moins que la dépense est hors de proportion avec rétablissement. Voilà comme
on ne peut rien confier aux officiers militaires. Il n'y a pas de lycée qui me
coûte plus de 600 francs. Prenez donc des mesures pour que cela soit
réglé ainsi.
Quant aux Croates, le nombre de 200
est considérable. Demandez des renseignements afin que les 100 qui
appartiennent aux gens les moins aisés je puisse les mettre à Châlons. Ils ne coûteront que 400 francs et ils apprendront des métiers ; ce qui est
une chose fort utile en Croatie. Ainsi les fils de colonels,
lieutenants-colonels, capitaines, jusqu'à
concurrence de moins de 100, peuvent être élevés à Saint-Cyr ou à la Flèche ; les fils des lieutenants et
sous-lieutenants, en nombre nécessaire
pour compléter 100, seront mis à la Flèche; les 100
appartenant aux moins riches, on les enverra à Châlons. Si les 200
appartiennent à des gens considérables, et tels qu'ils ne puissent pas
apprendre des métiers, vous m'en rendrez compte.
Fontainebleau,
27 octobre 1810
Au général
Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Mon
Cousin, demandez aux ministres d'Espagne à Paris des notes précises sur les
abus qu'ils reprochent au général Kellermann. Mandez à ce général que je vois
avec surprise qu'il se soit attribué des sommes qui ne lui étaient pas dues ; qu'il a pris
16,000 francs par mois, traitement qu'on ne fait pas même à un maréchal commandant une
armée; et qu'il est probable que le trésor public ne regardera pas cette somme
comme légalement reçue.
Fontainebleau,
27 octobre 1810
Au comte de
Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Je vous
envoie une note sur l'arrondissement de Pont-1'Évêque, département du Calvados.
Témoignez mon mécontentement au préfet du mauvais état de cette partie de son
département. Donnez-lui l'ordre de parcourir le département et de mettre
ordre à ces abus. Faites-moi connaître quel est le sous-préfet de cet
arrondissement.
Fontainebleau,
27 octobre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône
Mon Fils,
le 2e bataillon du 2e régiment d'infanterie de ligne italien est
prisonnier de guerre. Il faut le reformer et ne porter ce qui est prisonnier
de guerre que pour mémoire, et à la suite. Il est nécessaire que vous ayez dans
le royaume deux escadrons du régiment Napoléon, et deux escadrons du régiment des
chasseurs royaux. Par ce moyen vous auriez en Italie deux escadrons des chasseurs royaux,
quatre escadrons du régiment du Prince-Royal, quatre escadrons du régiment de
la Reine, deux escadrons des dragons Napoléon; lesquels, complétés à 200
chevaux, doivent faire 2,400 chevaux. Je vois avec peine que vos régiments de cavalerie
ont fort peu de chevaux. Il est indispensable de porter les régiments à 900 hommes et à 800
chevaux, et ceux qui n'auront que deux escadrons dans le royaume à 450 hommes et
400 chevaux. Vous savez combien il est difficile de faire arriver des chevaux en Italie.
Ces régiments de cavalerie ainsi complétés, avec les deux régiments de
chasseurs dont j'ai ordonné la formation, et qu'il faudra porter à 800 chevaux chacun, feront
4,000 chevaux pour le royaume d'Italie : il ne peut pas y avoir moins.
Ainsi je compte que, moyennant les conscrits que vous allez lever, vous aurez,
au mois de mai, en état d'entrer en campagne, trente bataillons d'infanterie légère et
de ligne existant en Italie, sans y comprendre ceux qui sont en Espagne et à Corfou. Ces trente
bataillons pourraient former trois belles divisions, chacune de 8,000
hommes. Je compte que vous aurez en outre dix 5e bataillons formant 5,000 hommes,
pour la garnison de Palma, de Venise, d'Ancône, etc., et pour renforcer l'armée; 2° que vous aurez douze
escadrons de chasseurs et de dragons des anciens régiments, formant 2,400 chevaux, et un régiment des deux
nouvellement formés, fort de 800
hommes; 3° que chaque régiment de ligne italien aura sa compagnie de
canonniers et ses caissons, conformément à ce que j'ai établi en Allemagne; 4° que vous aurez le matériel nécessaire pour atteler soixante et douze pièces de canon avec le
personnel; ce qui, avec les vingt
pièces de régiment, à raison de deux par régiment, ferait quatre-vingt-douze pièces de canon, 5° que
vous aurez vos sapeurs, vos
pontonniers, votre bataillon du train des équipages militaires, de sorte qu'en deux mois de temps vous
ayez acheté les chevaux nécessaires
pour remonter l'artillerie et le train, et les mettre en état d'entrer
en campagne. Alors les troupes italiennes formeraient un très beau corps d'armée, de près de 30,000 hommes sous les armes, sans compter les bataillons de garnison. En
formant deux corps français de même
force et de même nature, l'armée d'Italie se trouverait portée à 90,000 hommes, dont 72,000 d'infanterie, 10,000 de cavalerie et 8,000 d'artillerie, sapeurs,
pontonniers, etc.
Je vous
avais écrit pour des camps, vous ne m'avez pas encore répondu; cependant voilà
la saison qui se passe.
Je trouve
que 12,000 hommes que vous levez pour la conscription sont trop peu. La
conscription doit être calculée à raison de 3,000 hommes par million
d'habitants. Je l'ai en conséquence portée à 15,000 hommes pour cette
année, afin de la porter l'année prochaine à 18,000 hommes.
Faites-moi
un rapport sur votre cavalerie et soignez-la; elle me parait bien bas.
Fontainebleau, 28 octobre 1810
Au comte Mollien, ministre du trésor
public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, j'ai
lu avec attention vos notes sur les traites
émises par le caissier général du trésor public pour le service des colonies,
et je vois qu'il y aura à économiser sur ce service environ 2,500,000 francs. Il est nécessaire de lier
cette affaire, ainsi que celle du
million d'argent resté en Amérique, avec le crédit des colonies pour les exercices 1808, 1809 et 1810.
Faites-moi connaître combien il a été
accordé de crédits aux colonies, combien il y en a de payés, en quelle monnaie ont été faits les différents payements, ce que ces payements ont fait rentrer au trésor,
et enfin ce qui reste à payer. Faites
venir, s'il est nécessaire, le chef du bureau des fonds du ministère de la marine, afin qu'il vous donne des éclaircissements sur tout le service des fonds des
colonies depuis 1808 jusques et y
compris 1809 et 1810.
Fontainebleau, 28 octobre 1810
Au général Savary, duc de Rovigo,
ministre de la police générale, à Paris
Les
administrateurs du théâtre Saint-Martin font courir le bruit faux que j'ai été
à leur théâtre, et en conséquence ils ont décoré une loge pour moi. Faites-la
ôter. Je trouve également mauvais qu'on y donne des pièces qui font allusion à
ma personne. Cela est inconvenant et indécent.
Fontainebleau, 28 octobre 1810
Au comte Lacépède, Grand Chancelier
de la Légion d’honneur, à Paris
Il m'est
revenu que l'assemblée des actionnaires du canal du Loing n'était pas contente du
directeur. Mon intention est que vous fassiez connaître, lorsque la
circonstance s'en présentera, que cette place est absolument à la
nomination de l'assemblée, et que, toutes les fois qu'elle croira ses affaires
mieux gérées ou plus économiquement par tout autre administrateur, elle est fort la
maîtresse d'en changer.
Fontainebleau, 28 octobre 1810
Au maréchal
Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau
Mon Cousin,
je désire que vous fassiez reconnaître une route de Wesel à Hambourg, qui sera
la route de votre armée pour communiquer avec la France, de sorte que le reste de
l'Allemagne ne soit plus inquiété, ne s'aperçoive d'aucun de vos
mouvements, et que tout se fasse par cette route.
Fontainebleau, 28 octobre 1810
Au prince
Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam
Mon Cousin,
je reçois votre lettre du 25 octobre, par laquelle j’apprends que le logement du
directeur des douanes coûte 6,000 francs à la ville d'Amsterdam ; vous ajoutez que je puis
juger par là ce que les logements de l’état-major doivent lui coûter. Je
ne puis que vous témoigner mon extrême mécontentement à cet égard. Je ne vous ai pas revêtu d'une autorité
extraordinaire pour tolérer, ainsi que vous l'avez
fait jusqu'à ce jour, de pareils abus. Veuillez donner des ordres précis pour que, sous quelque prétexte que ce soit,
le logement des généraux, officiers et employés français ne coûte rien à la
ville d'Amsterdam. S'il me vient des plaintes,
je ne pourrai m'en prendre qu'à vous. Il est convenable que l'agence des
douanes rembourse à la ville les frais
de son logement. En un mot, la ville d'Amsterdam ne doit pas plus payer les logements que la ville de
Paris.
Fontainebleau, 31 octobre 1810
Au général
Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Votre
travail sur les journaux français que vous m'avez mis sous les yeux n'est pas
complet et ne me permet de rien statuer. Vous ne me faites pas connaître,
1° à qui appartiennent les 12 douzièmes du Journal de l'Empire, à qui
appartiennent les différentes parts du Publiciste et de la Gazette
de France, du Journal de Paris et autres journaux; 2° le bilan de
chaque journal pour 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810, en recette et en dépense, et le partage des
profits. Ces
renseignements me sont nécessaires pour connaître la valeur de chaque
journal. Aussitôt que j'aurai ce travail et des notes qui me fassent
connaître les individus, je prendrai une mesure générale qui puisse
consolider la propriété, la mettre dans des mains sûres, et enfin
donner à l'administration politique du journal une influence qui la garantisse.
Quant au Mercure,
je ne veux pas dépenser 48,000 francs pour ce journal. Ce serait la
même chose que de prendre 1,000 abonnements. Faites-moi connaître à qui il appartient,
qui l'administre et comment il est administré, car l'administration pour
les frais d'impression, du papier et autres détails, est un objet très considérable. Alors
seulement il sera possible d'encourager ce journal, non en payant des
sommes fixes, mais en prenant des abonnements. Aussitôt que j'aurai ces renseignements,
je donnerai des ordres pour le Mercure, auquel il est facile de
donner beaucoup d'utilité et de vogue, et dont on peut tirer un grand profit, en ce que,
ne s'imprimant qu'une
fois la semaine, il peut donner un résumé des nouvelles de la semaine,
un extrait des journaux anglais qui arrivent dans la semaine, les faux
bruits de la semaine et leur réfutation; ce qui nécessairement lui donnerait
beaucoup de vogue. Mais le défaut de ce journal me paraît être de ne pas
avoir de plan. Le premier plan du Mercure doit être de tenir lieu
dans les provinces éloignées de tous les autres journaux. Il faut donc qu'il
donne un raccourci des nouvelles politiques, d'administration et de guerre. Or cela
n'existe pas, et un individu qui dans la province n'aurait que le
Mercure ne saurait rien de ce qui se passe et de ce qui est à la
connaissance de tout le monde. Deux ou trois chapitres importants, et à ajouter
au Mercure, seraient : 1° un résumé des nouvelles politiques,
militaires, administratives,
contenues dans le Moniteur de la semaine; 2° un choix des
différentes nouvelles connues par le Journal de l'Empire et la Gazette de
France. II faudrait que ces chapitres fussent rédigés de manière à faire connaître
les événements et les nouvelles de la semaine. En y joignant un détail des faux bruits
que les Anglais sèment
sur le continent, avec leur réfutation et une sorte d'esprit des journaux anglais,
on formerait un troisième chapitre très piquant. Un quatrième chapitre de
politique, tel qu'il existe. Du moment que dans les provinces on
serait assuré que le Mercure peut tenir lieu de tous les autres journaux
et qu'on peut s'instruire avec le Mercure de tout ce qui se passe, on
gagnerait un grand nombre d'abonnés.
Aujourd'hui
que les journaux font des feuilletons et remplissent la moitié de leur feuille
d'articles parlant de littérature, un journal qui ne parait qu'une fois
la semaine ne peut entrer en concurrence, à moins qu'il ne profite
de son avantage de présenter les nouvelles avec plus d'ensemble, de
maturité et de sang-froid, de manière qu'elles arrivent à la
fois, et la première chose du Mercure est un bon prospectus.
II
faudrait qu'il y eût l'analyse du Moniteur, du Journal de l'Empire et
peut-être de la Gazette de France, jour par jour, de sorte que ce fût la
même chose pour la notice et les actes importants que si l'on avait lu ces
journaux. Ainsi, par exemple, le Journal de l’Empire ne
contient qu'une seule feuille, puisque le reste est l'analyse des œuvres
de Massillon. Une partie de cette feuille est remplie par le feuilleton. En
resserrant le style et en ôtant ce qui est inutile, on peut resserrer ce journal
dans une seule feuille du Mercure. En agissant ainsi, tous ceux qui
auraient le Mercure auraient le Journal et l'Empire en
raccourci.