1 – 15 septembre 1810.


Saint-Cloud, 1er septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître au ministre de Dane­mark tout ce qui est relatif aux licences que j'ai accordées pour l'ex­portation des denrées d'Allemagne et des villes hanséatiques, licences que je n'ai accordées qu'avec la condition que les bâtiments qui en seraient porteurs n'importeraient rien d'Angleterre, mais serviraient seulement à exporter des blés et des produits du sol de l'Allemagne, et reviendraient sur leur lest en France pour y prendre des marchan­dises françaises et les exporter dans le Nord. Dites bien que mes décrets de Berlin et de Milan ne sont pas rapportés; que tous les rai­sonnements des journaux anglais et toute assurance qu'on donnerait là-dessus sont faux; que j'ai dit que je rapporterais au mois de novembre mes décrets si l'Angleterre renonçait à ses arrêts du conseil et à son système de blocus, mais qu'il ne paraît pas que l'Angleterre soit disposée à devenir juste.


Saint-Cloud, 2 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au duc de Raguse que tous les bâtiments chargés de marchandises coloniales sont de bonne prise, soit qu'elles vien­nent sur bâtiments ottomans, soit américains ou autres; que j'ap­prends qu'on en souffre à Trieste; que les certificats d'origine ne servent de rien, qu'ils sont tous faux.

Écrivez la même chose au maréchal Pérignon et au chef d'état-major à Naples. Faites-leur bien comprendre que nous faisons par là une guerre ruineuse au commerce anglais; que nous y réussissons partout; ce qui produit déjà beaucoup de tort en Angleterre.

Je désire que vous demandiez aux ministres de l'intérieur et des finances des connaissances sur cette matière, et que vous en fassiez l'objet d’une circulaire à mes généraux en pays étrangers. Je désire même que les commandants d'armes vous envoient un bulletin des bâtiments et marchandises qui entrent et qui sortent de leurs places. Cela me servira ici à contrôler les douanes. J'ai besoin surtout de savoir ce qui se passe à Venise, Ancône, Trieste, Naples. Après avoir recueilli toutes les lumières sur cette matière, formez votre corres­pondance pour pouvoir m'instruire sûrement et promptement.


Saint-Cloud, 3 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 29. J'entends beaucoup de personnes se récrier sur la destination de l'Ulysse pour les Indes. On me présente la construction de ce vaisseau comme ancienne et tellement vicieuse que son armement n'offrirait aucune chance de succès. Je désire avoir un rapport là-dessus. Dans tous les cas, je désire qu'il aille armé en guerre, c'est-à-dire avec tous ses canons.

Si l'Ulysse doit partir, je désire qu'une expédition composée de l'Ulysse et d'une frégate parte, et, quelque temps après, une autre expédition composée de deux frégates. Si l'Ulysse ne doit pas partir, je désire que les trois frégates partent à la fois. En substituant du charbon au bois, du riz à la farine, en remplaçant une partie du vin par de l'eau-de-vie, l'Ulysse doit porter 1,000 hommes, dont 350 ma­telots et 650 hommes de troupes. Les frégates doivent porter 500 hommes, dont 200 matelots et 300 hommes de troupes. Si l'Ulysse part, les deux expéditions porteront 950 hommes de troupes et 550 matelots, ce qui fera 1,500 hommes. Si l'Ulysse ne peut pas partir, les frégates porteront 800 hommes, dont 500 hommes de troupes et 300 matelots; elles compléteront leurs équipages aux colonies, où elles prendront l'équipage de l'Ulysse s'il part pour aller en croisière.

Je tiens à l'expédition de Rochefort, et je désire que le Tourville soit armé en guerre. Je pense qu'il doit pouvoir porter 1,000 hommes dont 350 matelots et 650 hommes de troupes, et qu'il doit partir avec deux frégates, ce qui ferait pour les trois bâtiments 1,500 hom­mes. Comme le Tourville est destiné à rester à l'Ile de France, son équipage servira à compléter ceux des deux frégates. Par ce moyen il y aura 5 bonnes frégates en croisière aux Indes.

Mon intention est que la flûte la Revanche soit armée de caronades de 36 et de quelques pièces de 12, de manière à être plus forte qu'un brick ou une corvette. Elle pourra porter 400 hommes de troupes; elle partira avec la frégate la Pregel; ce qui fera une troisième expédition, qui portera de 4 à 600 hommes.

Vous ferez partir de Nantes une quatrième expédition (la Nymphe et la Méduse), qui serait destinée en droite ligne pour Batavia.

Une des frégates de Rochefort ferait une cinquième expédition, qui serait destinée également en droite ligne pour Batavia.

La Sapho, de Bordeaux, formerait une sixième expédition, des­tinée en droite ligne pour l'île de France.

La Coquille, corvette de Bayonne, formerait une septième expédi­tion ; elle partirait en compagnie de la Panthère ou d'une grosse gabare chargée de ce qui pourrait être nécessaire pour Batavia.

Résumé. — Je vais raisonner dans l'hypothèse que l’Ulysse ne puisse pas partir.

Une expédition partant de Brest et portant 900 hommes pour l'Ile de France avec de la poudre, du plomb et des fusils; une deuxième expédition pour l'Île de France, composée d'un vaisseau et de deux frégates de Rochefort, portant 1,100 hommes avec des fusils et des munitions; une troisième expédition, de Saint-Malo pour Batavia, composée d'une flûte et d'une frégate, portant de 4 à 600 hommes; une quatrième, de deux frégates partant de Nantes, portant de 4 à 600 hommes pour Batavia; une cinquième expédition, de Rochefort, portant 200 hommes pour Batavia, ce qui ferait 1,000 hommes de renfort à la colonie de Batavia ; une corvette, de Bordeaux, pour l'Île de France; une corvette et flûte, de Bayonne pour Batavia, portant des hommes et des fusils; ce qui ferait un total, pour les Indes, de 3 à 4,000 hommes de renfort avec des fusils et des munitions.

Je désire connaître le lieu où doit se rendre chaque expédition des­tinée pour Batavia et l’Île de France, selon les circonstances qui peuvent survenir; j'y désire employer des officiers hollandais qui connaissent Batavia et les Indes, et surtout qu'il y ait des lettres pour Batavia; que tout soit organisé de manière qu'elles puissent détruire les établissements de l'île de Rodriguez, et mouiller aux Iles de France et de la Réunion et dans les petites îles, ou à Madagascar, pour y rafraîchir leur eau. Si l'Île de France était prise, toutes les expéditions se rendraient à Batavia; de sorte que, si elles réussissent et que l'Île de France soit prise, ce sera 3,000 hommes à Batavia; si l’Île de France n'est pas prise, ce sera 2,000 à l'Île de France et  1,000 pour Batavia. Il faut faire un projet d'aménagement pour les vaisseaux qui iront aux Indes, pour en ôter tout encombrement.

Faites de manière que ces expéditions ne s'engagent ni à l'Île de France ni à Batavia sans être bien sûres de la situation des choses. Il parait qu'à Batavia on a besoin d'officiers pour mettre à la tête des troupes du pays. Il me semble qu'il faut avoir soin de pourvoir à cela.


Saint-Cloud, 2 septembre 1810

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, prince d’Eckmühl

 Commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, j'ai vu avec plaisir, dans la correspondance du ministre de la guerre, qu'on a saisi dans le Mecklenburg douze bâtiments chargés de marchandises coloniales. Donnez ordre qu'elles soient toutes confisquées et envoyées à Cologne, où elles seront vendues.

Je vous prie de prendre des informations sûres pour m'éclairer sur ce qui se passe à Hambourg, entre autres choses sur ce que fait le sieur Bourrienne, qu'on soupçonne de faire une immense fortune en contrevenant à mes ordres. Y a-t-il des magasins de marchandises coloniales à Hambourg, et en quelle quantité ? Y en a-t-il dans le Mecklenburg ? La contrebande continue-t-elle aux embouchures de l'Elbe et du Weser ? N'y a-t-il pas une ligne de douanes qui empêche de venir du Holstein ? Y a-t-il des troupes aux portes de Lubeck, et des mesures ont-elles été prises pour confisquer les marchandises colo­niales ? Même chose pour la Poméranie suédoise. Partez du principe que toute marchandise coloniale, soit qu'elle vienne sur bâtiments américains, danois, suédois, russes, soit qu'elle soit accompagnée de certificats d'origine, est de bonne prise. Les certificats d'origine ne signifient rien, même ceux de mes consuls, parce que mes consuls ont défense d'en donner et n'en donnent pas, et que tous les certifi­cats sont faux et de fabrique.

Donnez des ordres en conséquence au général Compans et aux généraux qui sont dans le Nord. Faites envoyer, s'il est nécessaire, des détachements de cavalerie, des officiers d'état-major. Prescrivez qu'à Stettin, à Kûstrin, à Glogau, on ne souffre le passage d'aucune marchandise coloniale; que toutes celles qui tenteraient de passer soient confisquées, et qu'il vous en soit sur-le-champ rendu compte. Occupez-vous spécialement de cela. Envoyez des agents dans le pays d'Oldenburg, dans le Mecklenburg, aux embouchures de l'Elbe et du Weser, et dans les places de l'Oder, aux frontières du Holstein.

Comme Danzig est dans votre commandement, envoyez-y un offi­cier avec une lettre pour le général Rapp. Vous lui  la plus grande vigilance, de ne pas souffrir la corruption, car tout le monde reçoit de l'argent, qu'il ait une surveillance sévère là-dessus; que de recevoir de l'argent là, c'est comme si l’on en recevait devant l'ennemi ; que c'est donc me trahir, puisque la guerre qu'on fait au commerce anglais, c'est la plus funeste qu'on puisse faire à l'Angle­terre, et qu'il en résulte déjà un tort immense pour elle.

L'officier que vous enverrez ira voir ce qui se passe à Kœnigsberg et à Elbing et vous remettra un mémoire détaillé.


Saint-Cloud, 2 septembre 1810

DÉCISION.

Sire, Votre Majesté sait qu'il existe      à Saardam une cabane qui fut habitée pendant deux ans par Pierre le Grand. Le roi Louis avait annoncé  l'intention de l’acquérir pour en assurer la conservatîon, mais cette idée n'a eu ancune suite.

La cabane du czar Pierre est construite en planches ; elle se compose de deux chambres; elle n'est isolée que de trois côtés; par le quatrième elle touche à une autre maison; un très-petit ter­rain en dépend.

S'il entrait dans les intentions de Votre Majesté d'acquérir cette cabane, il parait qu'on pourrait l’acheter pour deux on trois mille florins.

Je suis, etc.

Daru

Renvoyé à M. le comte Daru. Je n'attache aucune importance  à cela.

NAPOLEON


Amsterdam, le 28 août 1810

DECRET.

Palais de Saint-Cloud, 2 septembre 1810.

Article premier. — II est accordé à la dame veuve Mallard, nour­rice de Louis XVI, une pension annuelle et viagère de douze cents francs.

Art. 2. — Cette pension sera payée par semestre, à dater du 1er juillet dernier.

Art. 3. — Nos ministres des finances et dutrésor public sont chargés de l'exécution du présent décret.

Napoléon.


Palais de Saint-Cloud.

2 septembre 1810

DÉCRET.

Article premier. — Il est accordé à la dame veuve Laurent, nour­rice de la fille de Louis XVI, une pension de douze cents francs, pour en jouir sa vie durant.

Art. 2. — Ladite pension sera payée à domicile, par semestre, à dater du 1er juillet dernier.

Art. 3. — Nos ministres des finances et du trésor public sont cbargésde l'exécution do présent décret.

Napoléon.


Sant-Cloud, 3 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 9e corps de l’armée d'Espagne sera composé de deux divisions : la le commandée par le général de division Claparède; la 2e par le général Conroux, qui est inutile en Catalogne. Le général Couin commandera l'artillerie, le colonel de Breuille le génie ; le général de brigade Fournier commandera toute la cavalerie; le général de brigade Gérard sera employé dans une de ces divisions; le général Duppelin, ancien colonel du 85e, recevra ordre de se rendre à la division Friant. Proposez-moi un autre général de brigade à sa place.

Je n'approuve point que les pièces de 12 soient remplacées par des pièces de 8; ce sont des pièces de 12 que je veux; elles sont plus utiles en Espagne qu'ailleurs, parce qu'elles peuvent servir contre un couvent, on pour ouvrir l'enceinte d'une petite ville. Il y a beaucoup de pièces de 12 à Burgos; en donnant au général Drouet des canonniers, des chevaux, des munitions, il pourra prendre là des pièces de 12.

Tirer les compagnies d'artillerie de Boulogne, c'est trop loin ; n'en avez-vous pas à Toulouse, aux îles de Ré et d*Oléron ?

J'approuve que vous envoyiez quelques officiers du génie hol­landais.

Je ne veux point du train de l'armée du Nord pour Bayonne, c'est le tirer de trop loin.

Retenez 300 chevaux sur le train qui devait aller à Seville.

Je trouve que la 5e compagnie du 2e bataillon de mineurs et la 5e compagnie du 1er bataillon de sapeurs, que vous tirez d'Alexandrie, viennent de trop loin ; prenez-les plus près que cela.

Il est nécessaire d'avoir à la suite du corps d'armée quelques cais­sons d'outils du génie; tout cela doit se trouver à Metz.


Saint-Cloud, 3 septembre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je suis fàcbé que vous donniez à la terre les vélites que j'ai desti­nés à la marine. Je n'ai pas besoin de recruter la terre, mais j'ai besoin d'hommes pour la marine. Je désire donc que les 250 vélites que vous avez donnés à la terre soient mis à la disposition de la ma­rine. En Hollande tout le monde est marin, et des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans y sont aussi propres que d'autres à servir sur les vaisseaux.


Saint-Cloud, 5 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-joint un autre projet de circulaire (les projets de circulaire dont il est question dans cette lettre n'ont pas été retrouvés) pour l'envoi du nouveau tarif. La lettre est adressée au duc de Vicence; vous y ferez les modifications néces­saires pour les autres puissances. Pour la Prusse vous demanderez que le tarif soit adopté, du moins pour les sucres, cafés et cotons d'Amérique, et pour les bois de teinture. Par ce moyen la Prusse se fera des ressources considérables ; ces denrées seront maintenues à un prix élevé, et cela établira une égalité de système sur le continent. Demandez la même cbose en Saxe, en Westphalie, dans le Mecklenburg, en Danemark, en Suisse, à Naples, en Bavière, dans le Wur­temberg et à tous les autres princes d'Allemagne. Recommandez à tous mes agents de bien faire connaître ces principes et d'en deman­der l'application avec plus ou moins de modifications selon les pays.

Je vous renvoie sous le n° 2 la circulaire relative aux Français employés au service étranger; je n'y ai fait aucun changement.

J'ai fait faire à la circulaire n° 3 des corrections qui sont copiées en marge. J'en ai fait faire également au projet de note pour la Porte.


Saiat-Cloud, 5 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

L'Empereur désire que le ministre lui présente un décret général sur l'établissement des consuls. Il n'a besoin en Amérique que d'un consul général et de deux ou trois consuls pour les permis. 1l n'en a besoin pour le Levant que dans les ports où il veut autoriser le com­merce. Il veut en avoir dans le Mecklenburg, les États prussiens, le Holstein, le Danemark, la Suède, la Russie, et en général dans toute la Baltique. Ils doivent être placés de manière à former une chaîne de sentinelles qui instruisent de tout ce qu'il peut être impor­tant de savoir. Il faut coordonner les consuls généraux, consuls et vice-consuls, de manière que ce service soit complet sans coûter plus d'argent. On placera tous les consuls qui peuvent servir, et l'on donnera des retraites aux autres.


Sainl-Cloud, 5 septembre 1810

NOTES POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DE L'INTÉRIEUR.

Le ministre des finances enverra au ministre de l'intérieur des exemplaires du projet de règlement sur les douanes des provinces illyriennes. On rapportera à ce projet les observations des chambres de commerce.

Les douanes des provinces illyriennes doivent être considérées sous trois points de vue : 1° comme produit de ces provinces, 2° comme moyen de communication entre la France et la Turquie et entre la Turquie et la France, 3° comme moyen de communication entre la mer et l'Autriche.

Les a-t-on considérées dans le projet de règlement sous ces trois rapports ?

Sous le premier, ce serait une erreur de croire qu'un tarif élevé donne un grand revenu, puisque plus le tarif sera haut et moins il y aura de commerce. On doit donc concevoir un tarif modéré qui, en multipliant les affaires, multiplie le produit.

Il faut régler le transit de Gènes, Turin et Livourne par le royaume d'Italie. Il faut qu'il ne coûte presque rien.

On doit établir le transit par l’lllyrie jusqu'à Laybach ou à la Save. On aura alors la communication avec la Turquie et la mer Noire, où l’on pourra envoyer des marchandises, et d'où l’on pourra en rece­voir. Aujourd'hui ce commerce se fait par Vienne. Gènes doit être considérée comme le vrai point de départ de ce transit. On commu­nique de la France à Gènes par le cabotage; de Gênes à Alexandrie ou à Casatisma, il n'y a que trois journées de transport par terre; de Casatisma les marchandises vont par le Pô à Ponte di Lagoscuro; de là à Trieste par un cabotage facile. De Trieste les marchandises vont à Laybach, où elles s'embarquent sur la Save et vont dans la Servie, la Dalmatie, la Bosnie, l'Albanie, la Turquie, etc. Le retour se fait de même par le Danube, la Save, Trieste, etc. Ce commerce est plus direct et doit être plus court, plus sûr et moins cher que celui qui se fait par Vienne, en donnant à nos négociants l'habitude d'aller à Triesle, ils finiront par approvisionner nou-seulement la Turquie, mais aussi la Styrie, l'Autriche, la Hongrie.

Il faut donc examiner si un bâtiment français qui s'embarquerait sur le Pô et qui irait rompre charge à Ponte di Lagoscuro pourrait entrer et sortir sans payer les douanes. Il faut aussi que les douanes d'Illyrie ne fassent rien payer aux marchandises qui iraient s'embar­quer sur la Save pour la Turquie, la Bosnie, etc.

Une fois la route tracée pour parvenir en Illyrie, il faut connaître quelles sont les marchandises qui peuvent être en concurrence avec les nôtres, afin de les gêner. Nos draps, nos soieries, nos étoffes de toute espèce vont à Milan, à Florence, à Naples par terre. Toutes ces marchandises auront très-peu de frais à faire pour aller à Trieste, et de Trieste approvisionner l'Illyrie, l'Allemagne, la Turquie. Cette route facile présente tous les avantages imaginables, mais le commerce ne la prendra pas si on ne l'aide et l’éclaire.

Quant au troisième point de vue relatif à l'approvisionnement de l'Autriche par mer, cette question est réglée par le dernier traité, dont le ministre des relations extérieures donnera communication au ministre de l'intérieur. En général, nous avons un grand intérêt à tenir le plus haut possible le transit jusqu'à la ligne de concurrence par les autres frontières.

Après avoir traité la question sous ces trois points de vue, il faut indiquer les objets que le commerce français doit envoyer à Trieste pour approvisionner les provinces d'Illyrie et, par suite, l'Autriche et la Hongrie, la Bosnie, l'Albanie, la Servie, et s'introduire jusque dans l'intérieur de la Turquie. Il est donc convenable que le transit pour l'aller et le retour soit permis par le royaume d'Italie en plusieurs sens.

La question du transit d'Italie conduit à examiner celle du transit de Cività-Vecchia et de Livourne sur Ancône. D'Ancône à Raguse le passage offre des chances raisonnables, puisqu'on peut le faire en deux nuits et que tous les ports sont à nous. La Méditerranée peut donc communiquer facilement avec Raguse, Cattaro et les autres ports d'Illyrie, soit par Gènes et le Pô, soit par Cività-Vecchia et Livourne par terre sur Ancône.


Sainl-Cloud, 5 septembre 1810

NOTE POUR LE MIMSTRE DE l’INTÉRIEUR

L'Empereur désire que le ministre de l'intérieur s'occupe avec toute l'activité possible du travail relatif aux prisons. La question a été si longtemps débattue, que les personnes qui s'en occupent doivent avoir, sur cette matière, des idées claires et toutes formées.

L'Assemblée constituante avait établi une base, qui fut générale­ment approuvée. Qu'a-t-elle proposé ? Que convient-il d'adopter dans son système ? Que convient-il de rejeter ou de modifier ? C'est ce qu'il faut examiner.

Au reste, le but qu'on se propose, c'est que les prisonniers soient bien, que les prisons soient salubres, que les prévenus ne soient pas confondus avec les condamnés, etc. Quant à l'exécution, il parait convenable d'adopter la même marche que pour les dépôts de men­dicité. L'Empereur affectera à la dépense une forte portion des fonds des communes qui sont à la caisse  d’amortissement ; les départements fourniront le reste.

L'Empereur désire que le ministre de l'intérieur lui présente le travail général mercredi prochain, et y joigne le travail particulier pour la constitution des prisons d’un ou de plusieurs départements.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est de porter les fron­tières de Hollande sur l'Ems, de venir ensuite sur la Lippe et de descendre cette rivière jusqu'à Wesel. Cette nouvelle limite va com­prendre des pays qui appartiennent au grand-duché de Berg et aux princes d'Arenberg, de Bentheim et de Salm. Concertez avec les agents que ces princes ont à Paris les mesures à prendre pour les indemniser, et faites-moi un rapport.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relatins extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le rapport de la commission du Valais. Je désire qu'elle s'engage dans toutes les dis­cussions sur la situation du pays et sur toutes les questions relatives à ce qu'il y a à faire pour concilier les intérêts de la France et de l’Italie avec son indépendance, surtout pour former la fusion des deux parties du Valais, pour donner le plus d'influence qu'il sera possible au bas Valais sur le haut, et pour détruire entièrement l'in­fluence du clergé; et pour tout ce qui est relatif à l'organisation de la justice, aux impositions et à l'administration publique. Selon les résultats que vous me présenterez, je verrai ce qu'il me sera possible de faire.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous prie de vous faire rendre compte de la quantité de mar­chandises coloniales qui ont été séquestrées à Emden. Il me semble que l’Ost-Frise fait exception, et que le tarif de 50 pour 100 ne doit pas être applicable à cette province, car l'Ost-Frise n'est pas la Hol­lande, et j'ai des renseignements certains qui me font savoir que la plus grande partie des marchandises d'Emden y sont en dépôt pour le compte de négociants anglais. Ces gens-là feraient un gain considérable si l’on admettait leurs marchandises au même taux que les marchandises de Hollande. Faites-moi un rapport là-dessus.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je pense à envoyer force secours à Batavia de mes ports de Bre­tagne et de Poitou. Je désire envoyer à Batavia des troupes hollan­daises, à cause de la langue et parce qu'elles sont plus accoutumées au pays. Je désirerais donc former un petit bataillon qui serait des­tiné pour s'embarquer à Saint-Malo, composé de quatre compagnies de 120 hommes chacune. Vous ferez prendre des officiers de bonne volonté. On nommera pour commandants des hommes sûrs et qui, s'il est possible, aient des relations dans le pays.

On ferait un second bataillon pour Nantes. Le lieu d'embarquement n'est que pour vous; il ne faut pas que cela se sache. J'ai pris un décret qui vous parviendra par le ministre de la guerre. Ce sera autant de temps de gagné. Vous ferez réunir sans délai ces bataillons à Bois-le-Duc. Vous n'avez pas un moment à perdre.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous envoie une note du ministre de la marine et des pièces relatives à l'île de Java. Envoyez-moi les chartes de Schimmelpenninck, la correspondance du général Daëndels, l'état de ce qu'il demande et tous les renseignements sur les besoins de la colonie qu'on aura à Amsterdam ; la note des jurisconsultes et officiers que l'on pourrait y envoyer. J'ai l'intention de faire partir un grand nombre de frégates pour cette colonie.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A la princesse de Ponte-Corvo, à Paris

Ma Cousine, je reçois votre lettre du 4 septembre. Vous devez être persuadée depuis longtemps de l'intérêt que je porte à votre famille. Je ne doute pas que les bons sentiments que vous inspirés à votre fils ne le rendent digne des hautes destinées auiquelles il est appelé.


Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A Charles XIII, roi de Suède, à Stockholm

Monsieur mon Frère, le comte de Rosen m'a remis votre lettre datée du 21 août. Votre Majesté me fait connaître que la diète a nommé le prince de Ponte-Corvo prince royal de Suède, et elle me demande que je lui permette d'accepter. J'étais peu préparé à cette nouvelle, puisque Votre Majesté m'avait fait connaître qu'elle voulait proposer et faire élire un frère du dernier prince royal. J'ai cepen­dant apprécié les sentiments qui ont porté la nation suédoise à donner cette preuve d'estime à mon peuple et à mon armée. J'autorise le prince de Ponte-Corvo à accepter le trône où l'appelle le vœu réuni de Votre Majesté et des Suédois. Les sentiments que je porte à Votre Majesté et à la Suède me font renouveler mes vœux pour son bonheur et pour sa tranquillité.

Napoléon.


Saint-Cloud, 1 septembre 1810, une heure du matin

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie l'original de la lettre du roi de Suède et une copie de ma réponse, que je signerai demain à mon lever. Vous devez envoyer cette lettre en original et ma réponse au duc de Vicence. Quand le duc de Vicence les aura bien montrées à Romanzof et à d'autres, qu'il en aura même laissé prendre des copies, il vous les renverra. Vous écrirez au duc de Vicence que je ne suis pour rien dans tout cela, que je n'ai pu résister à un vœu unanime ; que j'avais désiré voir nommer le prince d'Augustembourg ou le roi de Danemark. Vous appuierez sur ce que cela est l'exacte vérité ; qu'il doit donc le déclarer d'un ton noble et sincère sans y revenir; que si l’on élevait quelque doute, il doit continuer à tenir le même langage, car cela est vrai, et qu'on doit toujours soutenir la vérité. Vous ajouterez que, loin de vouloir prendre la moindre part à tout cela, ayant appris que le sieur Désaugiers se mêlait trop ouvertement de l'élection et donnait des conseils à droite et à gauche, je l'ai rappelé. Le duc de Vicence assurera du reste que le prince de Ponte-Corvo est déjà âgé et ne désire que vivre tranquille ; qu'il ne s'occupera que de comprimer l'anarchie qui désole ce pays, et que je ne pense pas que ce doive être un sujet d'inquiétude pour la Russie. Expédiez sans délai votre courrier au duc de Vicence; vous n'avez plus besoin de moi pour cela.

« Sa Majesté, étant couchée, a ordonné que cette lettre partit sans signature. » Méneval.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces espagnoles avec six observations pour vous servir de base. Je vous expliquerai de vive voix plus en détail mes intentions. Mais ce qui me parait impor­tant, c'est que vous meniez la négociation doucement. Vous devez déclarer net d'abord mon sentiment sur la convention de Bayonne, ensuite sur le Portugal, enfin sur ce que me coûte ce pays ; les laisser réfléchir sur cela ; et ce n'est qu'au bout de quelques jours que vous leur ferez connaître que je veux la rive gauche de l'Èbre pour indem­nité de l'argent et de tout ce que me coûte l'Espagne jusqu'à cette heure. Je crois que, comme dans toutes les négociations, il ne faut pas se montrer pressé.

Il est convenable que vous fassiez bien comprendre à ces ministres qu'ils nous font beaucoup de tort et se rendent ridicules aux yeux de TEurope par leurs dépêches qui sont toutes dans les journaux anglais ; qu'ils peuvent écrire tout ce qu'ils veulent, mais qu'ils doivent écrire en chiffre.

Napoléon.

P. S. Je ne réponds pas à votre projet de traité avec l'Espagne. Il faut voir avant ce que diront les ministres espagnols et ce qui résultera de leur conversation.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les avances faites à la Russie. L'état me paraît incomplet ; faites-le re­faire article par article. On n'a pas seulement fourni la solde aux Russes, mais aussi le pain et tout ce qui rentre dans l'administration de la guerre. Je ne vois pas dans cet état les avances faites aux troupes revenues de Corfou; cet état ne comprend donc pas tout ce qui a été fourni. Il faut le faire plus détaillé.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire une circu­laire à mes ministres et agents à l'étranger sur l'élection du prince de Ponte-Corvo, pour qu'ils fassent sentir que je n'y suis pour rien, que c'est la volonté de la nation qui a tout fait, et pour qu'ils démentent tous ces bruits d'argent que j'aurais donné, etc.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Chamapgny, duc de Dadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut me faire connaître où nous en sommes pour les affaires du Hanovre avec la Westphalie. La cession est-elle consommée ? N'ai-je pas encore quelque acte à ratifier; pour­quoi ne l'est-il pas ? Quelles sont les prétentions du Roi, soit sur la solde, soit sur les domaines impériaux ? Proposez-moi les moyens de lever tous les obstacles.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites faire des démarches en Prusse pour que cette puissance mette un droit sur le transit des marchandises coloniales entre elle et la Russie.

Envoyez la lettre du consul de Memel au duc de Vicence, pour qu'il fasse voir de quelle manière on suit en Russie le système de confiscation des marchandises anglaises.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les discussions entre Bade et Wurtemberg. Je ne puis prendre une décision, parce que les prétentions des deux parties n'y sont pas expri­mées. Lorsque je connaîtrai la nature des prétentions de part et d’autre, que je saurai ce que voudrait donner le roi de Wurtemberg, ce que voudrait avoir le grand-duc de Bade, alors je pourrai décider entre les deux.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement au général Marmont de ce qu'il a laissé partir les bâtiments ottomans qui étaient entrés dans les provinces illyriennes. J'avais ordonné qu'ils fussent séquestrés et qu'il m’en fût référé, me réservant seul de statuer sur ceux qui devaient être libérés et ceux qui devaient être confisqués.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie une note sur la contrebande dans le voisinage du Rhin. Il parait que la contrebande trouve à Mayence un débouché facile, tandis que le service se fait rigoureusement à Trêves. Il fau­drait envoyer des agents secrets des douanes à Düsseldorf, à Franc­fort et sur la frontière, pour avoir une connaissance parfaite de ces dépots de marchandises anglaises, parce que je pourrai bien les faire enlever un jour à la fois dans toutes ces villes.


Saint-Clond, 9 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances à Paris

Je vous envoie l'état des certificats d'origine délivrés par mon consul à Milan depuis le 1er janvier. Je vois qu'il arrive des cotons venant soi-disant du Levant par l'Italie. Présentez-moi demain au conseil du commerce un décret pour confisquer, séquestrer ces mar­chandises, à moins qu'elles ne viennent par l'Illyrie, la Save et la Bosnie; mais celles prétendues débarquées à Ancône et Venise, je ne les admettrai point. Je désire appliquer la même mesure aux cotons du Levant venant par le royaume de Naples. Je ne veux rece­voir aucunes denrées coloniales ni de Naples ni d'Italie; elles doivent venir dans mes ports directement. Je ne recevrai de Naples, par le cabotage ou autrement, que des cotons de Naples ou marchandises napolitaines.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésore public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous prie de me faire un rapport sur ce qui a été envoyé pour le payement de la solde en Espagne, depuis le commencement de l'année. Il serait nécessaire de faire passer deux ou trois millions pour payer la solde de l'armée de Portugal.


Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois vos différentes lettres. Ma prétendue lettre à la reine de Naples, dont vous m'envoyez la copie, est bien ridicule. Si vous aviez lu les journaux anglais, vous en verriez bien d'autres; ils ne sont pleins que de mensonges et d'absurdités.


Saint-Cloud, 10 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez des ordres au commandant du génie et au commandant de la place à Anvers pour que 600 ouvriers et terrassiers soient remis, dans les douze heures de la réception de votre lettre, aux génieurs des ponts et chaussées pour les travaux du bassin. Tous les inconvénients qui pourraient arriver à mon escadre leur seront aputés, et ils en seront responsables s'ils ne se conforment pas exactement à votre ordre. Les travaux du bassin doivent passer avant les travaux de terre et tous autres. Faites partir ce soir votre ordre par estafette.


Saint-Cloud, 10 septembre 1810

DÉCISION.

Sire, j'ose m'adresser à Votre Majesté pour la prier de me faire la grâce d’augmenter la pension qu’elle me fait de 600 francs le mois. A présent que le couvent n’a plus ses revenus, cela n'est pas suffisant pour mon entretien , ayant bien des besoins à cause de la santé, qui n'est pas trop bonne, et ayant perdu tous les subsides de mes parents.

Je sais combien Votre Majesté Impériale a de bonté à écouter ceux qui s'adressent à elle, et j'en ai des preuves par ce que vous avez fait à ma sœur qui est restée à Parme.

J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite soumission, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale, la très-humble, très-obéissante servante et consine, Giacinte-Dominique Barbon.

Saints Dominique et Sixte, Rome, ce 10 septembre 1810.

Renvoyé au ministre des finances pour me proposer de la traiter comme une autre sœur.                 


Saint-Cloud, 10 septembre 1810.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, à Paris

Mon Cousin, j'ai donné l’ordre au grand juge de rédiger les lettres patentes qui vous autorisent à accepter la nouvelle dignité à laquelle vous êtes appelé par le roi et par la diète de Suède. Je vous souhaite succès et bonheur pour vous et les Suédois.

Napoléon.


Saint-Cloud, 11 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Bourrienne que je suis étonné de l'explication qu'il donne sur le visa qu'il a mis au bas des ridicules certificats du sénat de Hambourg; qu'il ne devait pas se permettre cette démarche sans instruction; qu'il ne doit mettre sa signature nulle part ; que depuis longtemps on me porte plainte des opérations peu régulières qui auraient lieu à Hambourg ; qu'il doit éviter de s'attirer mon mécontentement. Vous lui réitérerez que la signature de mes ministres est trop importante pour l'exposer à être compromise ; que ce n'était pas à lui à légaliser la signature du sénat, et que, au lieu de favoriser les moyens de tromper mes agents, il aurait dû protester contre ces ridicules certificats, qui ne disent rien et n'ont aucun but utile.


Saint-Cloud, 11 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mandez au général Donzelot que, comme il a une escouade de mineurs et qu'on ne peut lui en envoyer davantage, il est nécessaire qu'il la complète à 40 hommes, soit en prenant dans l'artillerie, soit en prenant les sapeurs les plus habiles, et les fasse exercer à faire des globes de compression et autres détails de cette arme, afin que, le cas arrivant, la mine puisse jouer un rôle et que ces hommes soient tous stylés.

Je suppose que le général Donzelot a fait exercer ses 80 sapeurs aux manœuvres du canon ainsi que les ouvriers de la marine, de sorte que les 600 canonniers qu'il a, joints aux 200 hommes de troupes du génie, lui font 800 hommes exercés à la manœuvre du canon. Je ne comprends pas dans ce nombre les deux compagnies septinsulaires.


Saint-Cloud, 11 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous renvoie le rapport du pilote de Bayonne sur le port du Passage. Faites-moi un projet d'amélioration de ce port, afin que je donne des ordres pour le fortifier. Il paraît qu'il peut donner refuge à quatre frégates. Je désire avoir des réponses sur les questions suivantes.

1° Si un vaisseau de 74 se présentait devant Bayonne poursuivi par des forces supérieures, il n'aurait d'autre moyen de leur échapper que de s'écbouer ; et dès lors il serait perdu.

S'il se présentait devant Saint-Jean-de-Luz, il y trouverait refuge et serait protégé par les batteries ; il n'aurait rien à craindre : il n'y aurait que l'inconvénient qu'il se trouverait dans un très-mauvais mouillage, où la mauvaise saison lui serait funeste.

Qu'arriverait-il s'il cherchait le port du Passage ? Pourrait-il s'y placer de manière à ne pas être endommagé et à pouvoir sortir dans une autre occasion ?

2° Étant obligé de transporter les bois de Bayonne par Rochefort, et ne sachant que faire des bois des Pyrénées, je désirerais transpor­ter au Passage tous les bois de Bayonne. Pourrait-on construire au Passage un vaisseau de 74, l'armer et l'en faire partir dans des cir­constances favorables, même pour un grand voyage ? Pourrait-on y construire un vaisseau à trois ponts ?

Parlez-moi dans votre rapport de la situation actuelle du port, et ensuite des travaux qu'on pourrait y faire et que comportent les localités.


Saint-Cloud, 11 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois vos lettres des 26 et 27 août et du 1er sep­tembre. Vous devez partir du principe que rien ne peut me porter à réduire les 18,500 hommes que j'ai en Westphalie, pendant tout le temps que les circonstances de l'Europe voudront que j'aie des gar­nisons dans les places de l'Oder et des postes sur les côtes. Les finances de la Westphalie doivent vous suffire, si vous les gouvernez bien, si vous ne faites pas de rassemblements inutiles de vos soldats. Je vous ai recommandé de former votre contingent doucement et à mesure que votre monarchie s'organise. De toutes les troupes alliées, les vôtres sont celles dont je dois me méfier le plus. Présentement elles ont déserté par bandes en Espagne, mais encore se sont battues contre moi. Je doute que vous en tiriez grand parti contre la Prusse, d'ici à quelques années. Si je devais compter les 30,000 hommes que vous pouvez avoir pour 30,000, je serais fort trompé. On ne réussit dans le monde que par des choses positives et bien calculées. Mon système serait en grand péril si je regardais les Westphaliens comme soldats sûrs. Ce n'est donc pas un grand nombre de troupes que vous devez vous appliquer à avoir, mais un petit nombre de bonnes troupes que vous devez former progressivement.

Quant au Hanovre, je n'ai pas ratifié l'acte de cession. Mes dona­taires sont ruinés par les mesures que vous prenez, quoique mon in­tention ait été de leur donner un revenu franc. Un grand nombre de familles fondent leur existence là-dessus. Elles sont à la veille de tout perdre. Ces récompenses, mes soldats les ont gagnées dans des ba­tailles qui ont fondé votre royaume. C'est une dette sacrée et que je dois protéger. Je sais qu'il y a des donataires, qu'on veut rendre res­ponsables pour les dettes de leurs prédécesseurs, lorsque je leur ai donné des biens libres de toute charge. Ces vexations sont pénibles pour moi, c'est à vous à les faire cesser et à ne pas écouter l'esprit de localité. Vos ministres ne voient pas en grand. Les États ne se fondent que par la politique. Je vais ajouter une chose : je suis prêt à reprendre le Hanovre et à regarder le traité comme nul, puisqu'il vous paraît onéreux. Je ne suis pas éloigné de ne pas ratifier l’acte de mise en possession. Toutefois partez du principe qu'il faut que mes donataires ne perdent rien, soit en Westphalie, soit en Hanovre. Arrangez-vous comme vous voudrez; cela ne peut pas être autrement.

La solde de mes troupes est arriérée de trois mois ; cela ne doit pas être, surtout ces troupes étant casernées. Il n'y a aucune présomp­tion de guerre. Qui est-ce qui empêche que vous envoyiez les trois quarts de vos troupes en semestre ? Par là vous feriez une grande économie !


Saint-Cloud, 12 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES.

Le ministre des relations extérieures écrira à M. Otto pour que son langage soit clair sur ce qui concerne les Français auxquels s'ap­plique le décret du 6 avril 1809. Indépendamment de la circulaire qu'il a reçue sur ce sujet et des principes qui y sont établis, il doit se pénétrer des conditions suivantes : les Belges qui ont été autorisés à quitter la France par suite du traité de Campo-Fonnio n'ont pas reçu de cette autorisation le droit de porter les armes contre leur patrie; on a seulement voulu les soustraire aux lois révolutionnaires, et il n'en résulte pas une exception à la règle générale. Il eut été insensé, lors du traité de Campo-Formio, de les obliger à rentrer en France, où les lois les condamnaient à mort. Aujourd'hui ils doivent renoncer à l'amnistie pour conserver leurs droits et être habiles à succéder en France. Quoi qu'en puisse dire l'Autriche, nous ne les regardons pas comme Autrichiens, et ils ne cessent pas d'être exposés à l’application du décret.

Quant aux officiers retirés, s'ils se font amnistier, ils seront autorisés à jouir en France de leurs pensions de retraite qu'ils ont obte­nues en Autriche, ainsi que cela a été accordé dans le temps.


Saint-Cloud, 12 septembre 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DE L'INTÉRIEUR ET DES CULTES.

Puisque les ministres de l'intérieur et des cultes se sont concertés pour ce qui regarde les bâtiments nécessaires au service et aux mi­nistres des cultes, Sa Majesté attend ce travail pour fixer son opinion.

Il convient de diviser ce travail de la manière suivante : logements des évêques, logements des séminaires, églises à acheter, églises à bâtir, églises auxquelles il faut faire de fortes réparations équivalentes à reconstruction, enfin logements des curés et desservants.

Ce dernier article, qui parait être la principale dépense, doit être donné avec l'évaluation de la dépense et des projets où l'on mettra l'économie convenable.

Ce ne sera pas le gouvernement qui bâtira, pour éviter la néces­sité de proportionner la dépense à la dignité impériale; mais ce seront les communes, auxquelles on donnera les secours nécessaires.

Il faudrait prendre pour règle d'adosser les maisons des desser­vants aux églises, et de ne pas dépasser pour chaque presbytère la somme de 2,000 francs. Les presbytères qu'on a fait reconstruire dans la Vendée n'ont pas coûté la moitié de cette somme.

La moitié de la dépense des presbytères serait payée par les com­munes, l'autre moitié sur le fonds du dixième.

Les maisons des évêques et celles des séminaires et les églises seraient payées moitié sur les départements, moitié sur le fonds du dixième. On adopterait des modifications pour les départements qui sont très-riches, comme ceux de la Belgique.

Les fonds seraient mis à la disposition des préfets avec affectation spéciale, et de manière à savoir dans combien de temps le travail serait terminé.

Le fonds du dixième s'augmentera tous les ans de l'intérêt à 3 pour 100 que paye la caisse d'amortissement.

Aussitôt que le travail pour les divers genres de dépenses indiqués au commencement de cette note sera dressé pour chaque église, évêché, séminaire, presbytère, on fera le projet de distribution des 4 millions qui sont en caisse et des 1,400,000 francs de produit annuel.

Ce travail présentera dans diverses colonnes l'objet de la dépense, l'estimation de la dépense, ce que doit payer la commune ou le département, enfin le secours à accorder sur le fonds du dixième. Pour les villages pauvres, toute la dépense sera supportée parce der­nier fonds.

On pourrait faire, dès cette année, le travail pour les presby­tères et les églises du département de la Seine.


Saint-Clond, 12 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il paraît qu'il est nécessaire de réunir de nouvelles forces en Catalogne.

Vous donnerez ordre que les trois bataillons qui sont à Toulouse et les quatre bataillons qui sont à Avignon soient complétés à 840 hom­mes chacun, ce qui fera 5,800. Les trois bataillons de marche de l'armée de Catalogne qui seront réunis le l2 septembre à Turin for­meront 3,400 hommes. Les deux escadrons de marche qui se réu­nissent à Perpignan, et le régiment de dragons qui se forme à Turin formeront 1,300 chevaux. Cela seul fera 9,200 hommes d'infanterie et 1,300 chevaux, que vous pouvez diriger sur la Catalogne. Je pense qu'il faut ordonner aux 16e et 67e de ligne de continuer leur route, en les dirigeant sur Orléans; vous me ferez connaître le temps où ils arriveront : alors vous me proposerez d'en former quatre ba­taillons et de les envoyer en Catalogne. Par ce moyen, on compléterait une division de 12,000 hommes d'infanterie et 1 ,300 chevaux.

Il faut presser le vice-roi de former un bataillon de marche des hommes les plus exercés de ses dépôts, pour renforcer les régiments italiens.

Pressez le départ de Genève des hommes qui doivent recruter les sept bataillons de Foix et d'Avignon, afin de porter ces bataillons au complet.

Il parait que cette nouvelle division, ayant de l'infanterie et de la cavalerie, n'aura pas besoin d'artillerie, le gros de l'armée en ayant suffisamment.


Saint-Cloud, 12 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi connaître comment est composée la légion de gendar­merie de Catalogne et quand elle sera organisée.

Je vois dans le livret de l'armée d'Espagne qu'elle est composée de vingt brigades à pied, formant 120 hommes, et de cent brigades à cheval, formant 600 hommes. Si cela était, ce serait une bien mau­vaise composition pour la Catalogne. Elle doit être composée, au contraire, de cent brigades à pied, 600 hommes, et de vingt brigades à cheval, 120 hommes.

Je suppose que l'état que j'ai sous les yeux est fautif; faites-moi un rapport là-dessus.


Saint-Cloud, 12 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre qu'à leur arrivée à Bayonne les déta­chements des régiments de la Vistule venant de Sedan soient passés en revue, afin que les hommes qui ne seraient pas Polonais en soient ôtés, et que les autres rejoignent sans délai leurs corps.


Saint-Cloud, 13 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il sera formé une division de réserve de l'armée d'Espagne, qui sera composée de trois brigades.

La 1e brigade sera composée,

1° Du 1er régiment de marche de l’armée du Midi, lequel se for­mera à Limoges et sera composé de deux bataillons de marche de l'armée du Midi. Le 1er bataillon sera composé de la manière sui­vante : 100 hommes du 21e léger, 100 du 28e, 100 du 34e de ligne, 100 du 40e, 100 du 64e, 100 du 88e; total, 600 hommes.

Le 2e bataillon sera composé de 100 hommes du 100e de ligne, 100 du 103e, 100 du 54e, 100 du 63e, 150 du 32e, 150 du 58e; total, 700 hommes.

Ce 1er régiment sera commandé par un colonel en second, deux chefs de bataillon et les officiers nécessaires.

Les officiers destinés à rejoindre l'armée du Midi auront emploi dans ces régiments. Vous me proposerez d'y envoyer douze jeunes gens de l'école militaire de Saint-Cyr, qui rejoindront à Limoges et auront des brevets de sous-lieutenants pour les douze régiments dont les détachements forment ce régiment de marche. Les détachements faisant partie de ce régiment, qui se forment à Orléans, recevront l’ordre de continuer leur route sur Limoges.

Il est nécessaire que ce régiment soit bien constitué, parce qu'il se passera beaucoup de temps avant qu'il puisse être dissous et rejoindre ses corps sous Cadix.

2° Du bataillon de marche de l'armée d'Aragon, fort de 900 hom­mes, qui est à Blois. Ce bataillon sera passé en revue le 20 septem­bre, et, lorsqu'il sera complet en officiers et sous-officiers, vous le mettrez en marche pour Limoges. Vous y enverrez trois élèves de l'école de Saint-Cyr pour remplir des emplois de sous-lieutenants. On prendra dans les chevau-légers polonais huit sous-officiers pour être employés comme sous-lieutenants dans les quatre régiments de la Vistule, à raison de deux pour chaque régiment. Ces officiers marcheront avec le bataillon de marche de l'armée d'Aragon, où il y a un détachement de 400 Polonais.

3° Du 4e bataillon du 43e qui se forme à Tours. Ce bataillon sera passé en revue à Tours le 5 octobre, et lorsqu'il sera complet en officiers et sou s-officiers, vous le dirigerez sur Limoges.

Les quatre bataillons composant cette 1e brigade de la division de réserve seront cantonnés à Limoges. Un général de brigade ira en prendre le commandement.

Il sera passé la revue de cette brigade le 10 octobre, mon inten­tion étant qu'elle soit complétée, pour cette époque, en officiers et sous-officiers, et qu'elle soit en état de faire la guerre.

La 2e brigade sera composée de quatre bataillons de marche de l'armée de Portugal, tels qu'ils ont été destinés.

Le 1er et le 2e bataillon, c'est-à-dire celui qui se réunit le 13 à Bordeaux et celui qui sera réuni le 15 à Nantes, formeront le 1er régiment. Le 3e et le 4e bataillon, celui qui se réunit à Paris et celui qui sera réuni le 29 septembre à Orléans, formeront le 2e.

Le 1er régiment se formera à Bordeaux, et le 2e à Orléans. Chacun de ces régiments sera commandé par un colonel en second.

La revue du 1e bataillon sera passée à Bordeaux le 25 septembre. Le 2e bataillon, qui doit être à Nantes le 15, se rendra immédiate­ment à Bordeaux, où il sera également passé en revue le 3 octobre. Le 3e bataillon se rendra de Paris à Orléans, où il se réunira au 4e bataillon, qui se rassemble dans cette place.

On prendra à Saint-Cyr dix-huit sous-lieutenants pour être placés dans les dix-huit régiments qui fournissent à la composition des quatre bataillons de cette 2e brigade.

Lorsqu'on m'aura rendu compte de la revue qui sera passée des deux derniers bataillons à Orléans, je les ferai partir pour Bordeaux, où ils formeront, avec les deux premiers bataillons, la 2e brigade de la division de réserve.

La 3e brigade sera composée du 3e bataillon du 50e régiment d'infanterie de ligne et du 3e bataillon du 25e léger, qui se réunissent à Tours, et de deux bataillons de gardes nationales de la Garde.

Cette 3e brigade, qui sera ainsi forte de 3,000 hommes, sera passée en revue le 8 octobre, à Tours. Il faudra m'assurer qu'à cette époque elle ne manquera ni d'officiers ni de sous-officiers. Un général de brigade sera nommé pour commander cette 3e brigade.

La brigade de cavalerie du général Fournier, composée des 1eet 2erégiments provisoires de cavalerie légère qui se réunissent à Tours, fera partie de cette division et se dirigera sur Niort, afin de désen­combrer Tours. Les deux escadrons de marche qui se forment à Tours se rendront à Niort et feront partie de la brigade du général Fournier, qui sera chargé de veiller à leur organisation.

Le général qui commandera cette division sera le général de divi­sion Caffarelli, mon aide de camp. Proposez-moi les troi généraux de brigade et un adjudant commandant à attacher à cette divi­sion. Je désire qu'elle puisse être réunie, du 15 au 20 octobre, à Bayonne.

Faites-moi connaître quand le 13e régiment de chasseurs arrive à Bayonne.


Sainl-Cloud, 13 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je lis votre rapport sur une proposition de fondre cent pièces de 12, deux cents pièces de 6 et quatre cents de 3, et, avec le bronze provenant de cette fonte, de faire couler vingt pièces de 48, quatre-vingts de 24 et trente mortiers à plaque.

Je vois que j'ai en Hollande deux cent vingt-huit pièces de 24 en bronze et cent huit de 18; je ne veux pas de nouvelles pièces de 24.

Je vois qu'il y a vingt-cinq mortiers de 15 pouces et point de bombes, cent quinze mortiers de 11 pouces et 37,000 bombes, ce qui ne fait que 300 coups par pièce, et cent trente mortiers de 7 1/2 pouces avec 35,000 bombes, ce qui ne fait que 270 coups par pièce.

Mon intention est que vous envoyiez à La Haye les vingt-cinq mor­tiers de 15 pouces, cinquante-cinq mortiers de 11 pouces et soixante et dix de 7 1/2 pouces. Par ce moyen il ne restera plus en Hollande que soixante mortiers de 11 pouces et 37,000 bombes, soixante mortiers de 7 1/2 pouces et 35,000 bombes. Vous ne conserverez également que soixante obusiers de 7 pouces, et, à cet effet, vous ferez fondre les soixante-quatre autres. Vous ne garderez que soixante obusiers de 5 pouces ; en conséquence vous en ferez fondre trente-sept.

J'approuve que vous fassiez fondre également les cent soixante et dix-huit pièces de 3, de siège, et je désire qu'avec cette fonte vous puissiez faire huit pièces de 48 et quarante mortiers à plaque à grande portée et à la Gomer.

Il ne vous échappera pas que j'ai mesuré le nombre de pièces sur le nombre des projectiles que vous avez portés à la colonne Existant.

Je ne saurais approuver qu'on fondit cent canons de 12, puisque c'est l'arme qui défend les places, ni deux cents pièces de 6.

J'approuve que la marine vous fournisse soixante-trois pièces de 36, ce qui, avec les trente-sept, fera cent, et cent pièces de 24. Ce sera donc cent trente-sept pièces de gros calibre à demander à la marine. La marine ne peut pas les vendre. Vous lui donnerez du bronze et cuivre pour même valeur, dont elle se servira pour doubler ses vaisseaux, etc.

Après vous avoir fait connaître mes intentions sur l'objet de ce rapport, je dois vous faire connaître ma pensée sur l'organisation générale de l'artillerie de la Hollande. Ma pensée est qu'après une campagne malheureuse sur le Rhin on pourrait perdre la Hollande. Il ne faut donc laisser à Amsterdam et dans les autres places de Hollande que l’indispensablement nécessaire pour leur défense; que tout le reste de l'artillerie soit renvoyé sur Maastricht, sur Anvers et sur Wesel d'abord; et après, et insensiblement, une partie sera dirigée sur Lille, Metz et la Fère.

J'aimerais à avoir toute l'immense artillerie que j'ai à Strasbourg, à Mayence, à Wesel, en Hollande, réunie dans les trois places de dépôt importantes de Lille, Metz et la Fère.

De Metz je pourrais réapprovisionner toute ma frontière de Hol­lande.

Je désire donc qu'en novembre ou décembre prochain vous me fassiez un projet pour, en plusieurs années, conduire toute l'artillerie inutile dans mes places dans les trois grands dépôts.

Les six cents mortiers à la Cochorn sont, je suppose, des mor­tiers de 6 pouces. Ces mortiers sont fort utiles, et je pense qu'il serait avantageux que vous les dirigeassiez en grande partie sur Stras­bourg et Lille.

Résumé. — 1° Diriger d'abord sur Anvers, Maastricht et Wesel toutes les pièces sans affûts ; je vois qu'il y a deux mille trois cents affûts et trois mille huit cents pièces; 2° préparer le travail pour ne laisser en Hollande que l'artillerie nécessaire à la défense, et diriger tout le reste sur Anvers, Wesel et Maastricht; 3° préparer un projet pour diriger ce qui existe^ et se trouver à Mayence, Wesel, Stras­bourg, Maêstricht et Anvers, sur les grands dépôts de Metz, Lille et la Fère, en raisonnant dans les différentes suppositions, ou que la Hollande peut être envahie par l’Angleterre, ou se révolter, ou être coupée de la France par une armée qui viendrait de la Meuse.

Le dépôt de la Fère, je le considère comme s'il était à Paris. Les communications par eau sont à l'abri de toute interruption. Un des événements supposés arrivant, on évacuerait ce qu'il y aurait à la Fère sur Paris et la Loire.

Dans ce sens il devrait y avoir une salle d'armes de cent mille fusils à la Fère, et, considérant l'arsenal de la Fère comme l'arsenal de Paris, il faudrait voir s'il y a quelques bouts de chemin à faire pour faciliter autant que possible les transports. Chargez les officiers d'artillerie de ce travail; car nous n'avons point de système, et après quelques revers nous nous trouverions compromis. Mon intention est d'arrêter ce système cet hiver, car, pour l'exécution, c'est l'ou­vrage de plusieurs années.


Saint-Cloud,  13 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur le Comte Mollien, je vois par votre rapport du 12 que vous avez envoyé en Espagne, depuis le 1er janvier, 22 millions pour la solde et 4,200,000 francs pour les ordonnances des ministres. Faites-moi connaître le détail de ces ordonnances, par ministère et par chapitre, et combien, sur les 22 millions envoyés pour la solde, il reste encore de fonds à Bayonne.


Saint-Cloud, 13 septembre 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DES FINANCES.

Sa Majesté juge convenable que tout ce qui concerne cette matière soit réuni en un seul décret divisé en plusieurs titres.

Le titre 1er, De la recette, sera subdivisé en deux parties : 1° re­cettes des exercices antérieurs jusqu'au 1er janvier 1811; 2° recettes des exercices 1811 et postérieurs.

Le titre II traitera De la dépense. La dépense se fera sur les fonds de la caisse d'amortissement et sera portée en distribution dans le décret de chaque mois.

Le ministre de l'intérieur remettra au ministre du trésor l'état des fonds disponibles et de ceux dont il a l'intention de disposer. Le ministre du trésor rédigera en conséquence la distribution, et le ministre des finances, à qui elle sera transmise, fera faire les verse­ments par la caisse d'amortissement.

Le titre III contiendra les attributions ou affectations des fonds. Il sera divisé en chapitres.

Chapitre Ier. — Le fonds provenant du prélèvement de 10 pour 100 sur le revenu des communes affecté au culte sera spécialement affecté, 1° à l'acquisition des six maisons d'orphelins; 2° à l'achèvement de l'église de Macon ; à l'exécution du décret du 8 août 1808, relatif au rétablissement des édifices du culte dans les départements de la Vendée ; en conséquence, il ne sera plus fait de fonds sur cet objet à dater de 1811 ; 4° à concourir, pour une partie de la dépense, au rétablissement des églises et presbytères; la portion qui sera acquittée sur ce fonds sera déterminée suivant les circonstances et la nature des travaux à faire, dont les projets seront soumis à Sa Majesté.

Chapitre II. — II sera fait un prélèvement de 60 pour 100, évalué à 8 millions, sur le montant du fonds provenant de l'excédant disponible du budget des communes, versé à la caisse d'amortissement, jusques et y compris l'exercice 1810.

Il sera fait un prélèvement de 80 pour 100, évalué à 8 millions, sur les produits provenant des coupes des bois des communes, versés à la caisse d'amortissement, jusques et y compris l'exercice 1810.

Total des deux prélèvements, 11 millions.

Chapitre III. — Ce fonds de 11 millions, acquis au 1er janvier 1811, sera susceptible d'augmentation au moyen des prélèvements qui pourront avoir lieu sur les produits des exercices postérieurs, et sur le compte qui en sera rendu à Sa Majesté.

Le montant des prélèvements sur 1810 et années antérieures sera employé au rétablissement ou à l'amélioration des prisons, maisons de détention, et à la mise à exécution des dispositions bienfaisantes des lois sur cette matière, tant pour Paris que pour les dépar­tements , à raison de 3 millions pour Paris et de 8 millions pour les départements.

Sa Majesté fait ensuite les observations et prescrit les dispositions «mantes, tant sur la comptabilité des ponts et chaussées que sur celle des différents travaux de la ville de Paris.

La comptabilité des ponts et chaussées est très-imparfaite.

Ce service reçoit des fonds de plusieurs manières : 1° sur les fonds généraux du trésor public ; ils entrent dans la comptabilité du payeur des dépenses diverses ; 2° sur les centimes de la contribution foncière; 3° sur les droits de bac, de navigation et autres de même nature.

Partie des fonds de ces deux dernières espèces entre au trésor comme ayant une affectation spéciale. Ils font partie de la comptabi­lité du payeur des dépenses diverses, et cet objet parait dès lors en règle; mais une autre partie de ces fonds est versée à la caisse d'amortissement. Le trésor n'en ayant pas connaissance, ils n'entrent pas dans la comptabilité du payeur des dépenses diverses. Il est vrai que la caisse d'amortissement en compte, mais les comptes de la caisse d'amortissement n'ont point de rapport avec ceux des travaux, et cela est sujet à beaucoup d'inconvénients.

Le décret du 13 août 1810, qui établit une caisse spéciale des canaux, comprend le paragraphe 7 de l'article 6, qui établit la composition de cette recette, « tous les fonds affectés aux dépenses » des canaux autres que ceux qui sont portés par le budget à la charge » des fonds généraux du trésor public ». 1° II ne s'agit là ni des routes, ni des ponts, ni de tant d'autres travaux publics. 2° Le trésor ayant aujourd'hui l'habitude de porter dans une colonne à part les fonds spéciaux, cela donnera lieu à beaucoup d'embarras. 3° L'ar­ticle 0 portant que les comptes de la caisse des canaux seront envoyés à la cour des comptes, il n'y aura aucun ensemble dans la compta­bilité. Ne serait-il pas convenable de donner à la caisse des canaux le titre de caisse des ponts et chaussées, et de lui faire faire recette de tous les fonds des travaux publics quelconques ? Le trésor se ser­virait de cette caisse pour faire payer ce qui est affecté aux ponts et chaussées. Cette méthode paraîtrait d'autant plus utile que Sa Ma­jesté n'obtient pas par les ponts et chaussées la connaissance de ce qui devrait être, mais de ce qui est. Il n'y a de centralisation que chez le directeur des ponts et chaussées, et la centralisation serait chez le trésorier, qui aurait l'état de tout ce qu'il doit recevoir et qui ferait counaître dans ses comptes ce qu'il n'aurait pas reçu. On con­tinuerait à verser à la caisse d'amortissement tout ce qui appartient aux communes et n'a pas d'affectation obligée pour les travaux pu­blics ; mais au moment où un décret spécial aurait affecté tel fonds aux travaux publics, la caisse d'amortissement en ferait le versement chez le trésorier des ponts et chaussées. Elle ne s'embarrasserait pas de l'emploi et serait déchargée par un simple reçu. Alors la compta­bilité tout entière des ponts et chaussées serait à la caisse des ponts et chaussées, et le trésor, dont elle serait une caisse spéciale et qui porterait dans ses états les fonds qu'elle pourrait avoir, y trouverait aussi, au besoin, l’argent qui pourrait lui être nécessaire pour des mouvements de fonds.

Le ministre de l'intérieur s'entendra avec le ministre du trésor pour examiner : 1° s'il est nécessaire que cette caisse compte à la cour des comptes ; alors le payeur des dépenses diverses serait libéré de 25 millions sur un simple reçu du trésorier des ponts et chaussées ; 2° s'il est préférable que le ministre du trésor, par qui passeront toutes les ordonnances, les porte en recette spéciale, quels que soient le titre et l'origine des fonds; alors le trésorier des ponts et chaussées rendrait compte au payeur des dépenses diverses.

Voilà pour l'avenir.

Il resterait à régler ce qui concerne les exercices antérieurs et l'exercice de 1810 jusqu'à 1811.

Il faudrait que le décret à rédiger déterminât que la caisse des ponts et chaussées se charge en recette : 1° de tous les fonds spé­ciaux provenant des centimes imposés par des lois pour des travaux publics, versés à la caisse d'amortissement et qui ont été employés; 2° de tous les fonds spéciaux provenant d'affectations faites par décrets, soit sur les droits à la sortie des grains, soit sur le produit des coupes des bois communaux, soit sur le produit des amendes imposées aux fraudeurs, soit sur les recettes de la police, etc. Par ce moyen, le trésorier des ponts et chaussées deviendrait comptable de ces fonds, et il recevrait, sur récépissé, toutes les pièces de la caisse d'amortissement. Il convient que le trésorier devienne comp­table de ces recettes antérieures, parce que ses opérations à venir seront une continuation des mêmes affaires et des mêmes travaux, et qu'on n'établira véritablement une bonne comptabilité que quand elle sera telle que, dans cinq ans, on pourra savoir tout ce qu'aura coûté tel canal, telles ou telles opérations, tels ou tels travaux.

Après les recettes et les dépenses propres à la caisse des ponts et ebaossées, viennent les travaux faits à Paris par le ministère de l'in­térieur, tels que la colonne et la place Vendôme, le Panthéon, l'église Saint-Denis, les greniers publics, la Bourse, les tueries, le Jardin des Plantes. Ces travaux ne regardent pas les ponts et chaussées. Il faudrait donc prévoir, dans le même décret, ce qu'il faut faire pour 1811 et pour les années antérieures.

Ce qu'on doit faire pour 1811 parait être que toutes les recettes faites en vertu des décrets entrant au trésor; que le trésor ait autant de chapitres de recette que de décrets, et autant de chapitres de dépense que de grands travaux. On ferait un budget de fonds spé­ciaux disposés de la même manière que le budget ordinaire.

A cette occasion, Sa Majesté observe que cette partie est organisée d'une manière très défectueuse à Paris, et qu'il paraîtrait convenable d'avoir un homme de goût, bon administrateur, qui se chargerait de ces détails et qui dispenserait le ministre de l'intérieur de s'en occuper. Faute de cette institution l’on a perdu beaucoup d'argent.

On a, par exemple, dépensé à Saint-Denis beaucoup plus qu'il ne fallait, et encore aurait-on dépensé bien davantage si Sa Majesté n'était pas allée visiter ces travaux. Il faudrait donc charger de tout cela un maître des requêtes sous les ordres du ministre de l'intérieur. Peut-être aussi conviendrait-il de lui donner les travaux de la capi­tale qui dépendent des ponts et chaussées, comme le pont d'Iéna, le pont de Saint-Cloud, etc. Dans les départements, la surveillance des grands travaux de cette espèce est confiée aux préfets. A Paris, le préfet, déjà ordonuateur d'une dépense de dix-huit à vingt mil­lions, a beaucoup trop d'occupations; il est d'ailleurs un personnage trop considérable pour travailler avec le directeur des ponts et chaus­sées. On pourrait même diviser ces objets entre deux maîtres des requêtes : l'un serait chargé de la direction et de la surveillance de tout ce qui est relatif aux monuments, aux constructions publiques, aux statues, et l'autre des travaux des ponts et chaussées qui se font à Paris. Cela aurait l'avantage de former un plus grand nombre de sujets, parmi lesquels on choisirait pour les premières places qui viendraient à vaquer.

Le ministre de l'intérieur fera, mercredi prochain, un rapport sur ces divers objets. Il présentera aussi l'organisation de la comptabi­lité des canaux et des travaux divers dont il est question dans cette note, en stipulant d’abord, pour l'avenir, à partir de 1811, et, pour le passé, à commencer de l'an VIII. Il aura grand soin de distinguer l'article de la recette de l'article de la dépense.

On ne voit pas figurer, dans le tableau qu'il a fourni des crédits ouverts sur différentes caisses pour les mouvemenls et pour divers travaux publics, le temple de la Victoire, dont les fonds sortent de la caisse de l'extraordinaire. Ces fonds doivent sortir de cette caisse par une ordonnance du ministre, mais ils doivent être versés dans la caisse du trésor, où devraient se trouver l'ordonnance du ministre et les pièces.

L'approvisionnement de Paris a coûté 2,500,000 francs; il n'y en a aucune trace au trésor, de sorte qu'on ne voit pas d'où vient cet argent. Cela doit être versé en recette au trésor comme fonds spécial provenant du droit à la sortie des grains, et se trouver en dépense i l'intérieur existant en grains.

Dans la nomenclature des fonds dont le trésor et la caisse des canaux ou des ponts et chaussées doivent se rendra comptables, le ministre aura grand soin de porter dans une colonne particulière les fonds dont le trésor s'est déjà rendu comptable, tels que ceux de la police, etc.

Le décret du 29 octobre 1808, sur le budget des ponts et chaussées de l'exercice 1809, porte, titre 11, chapitre vm, la distribution d'un fonds d'un million entre les travaux de la place Vendôme, de ïéglise Saint-Denis, du Panthéon, de la machine de Marly, du Jar­din des Plantes et des greoiers publics. Une note ujoutée à cet article annonce que cette somme sera prise sur le fonds de dix millions réservé, par le paragraphe 2 de l'article 5 du décret du 31 mars pré­cédent, pour des constructions utiles qui contribuent à l'amélioration et à F embellissement de la capitale.

Le décret du 21 mars porte effectivement, article 5, que les 17 millions qu'on suppose rester sur le produit de la vente des canaux seront employés, savoir: 10 millions à des constructions utiles a l'embellissement de la capitale, et 7 millions au canal de l'Ourcq et à l'amélioration des moyens de communication avec Paris par la navigation.

L'article 7 dit quev sur le fonds de 10 millions, une somme de 3 millions sera dépensée en 1808, savoir : 2 millions pour l'em­bellissement de la capitale et 1 million pour l'amélioration de la navigation.

Sa Majesté désire connaître quelle estf sur ces 17 millions» la somme qui a été employée pour les travaux de Paris et pour ceux de la navigation.

Le décret du 20 février 1810 a changé cet étal de choses, parce que la vente des canaux n'a pas produit ce qu'on en attendait. Dans ce décret, on porte la recette à 60 millions et la dépense àpareille somme, savoir: 10,300,000 francs pour les avances faites anté­rieurement; 32,098,000 francs dont l'emploi est spécifié travaux par travaux, année par année, dans l'article 17, et 17,602,000 francs formant le surplus des 60 millions pour le canal de Bourgogne. Sur quoi donc se propose-t-on de prendre trois ou quatre millions qui auront été employés, soit en vertu du décret du 29 octobre 1808, pour la place Vendôme, l'église Saint-Denis, le Panthéon, etc., soit en vertu du décret du 21 mars de la même année, à améliorer la navigation de la Marne et les autres communications de Paris ? Ils avaient été donnés dans la supposition que les canaux laisseraient 17 millions de lihres, et on ne les a pas fait entrer dans l'affectation qoe le décret du 20 février a faite des fonds provenant de la vente des canaux. Il y a donc un déficit. Il faut donc savoir sur quels fonds on a transporté les affectations qui avaient été faites sur les 17 millions supposés disponibles des canaux. Dans le décret du 20 février 1810, qui distribue les dépenses année par année, on ne voit figurer que le canal de l’Ourcq Y et assurément on n’aura pas mis sous ce titre les travaux de la place Vendôme, de l’église Saint-Denis, du Pan­théon, etc. Cet éclaircissement est indispensable pour la rédaction du décret qui doit régler toute cette comptabilité arriérée. On peut, ou ajouter par un article l’obligation de cette dépense à celles qui sont imposées au fonds des canaux par le décret de 1810, ou bien la rembourser.


Saint-Cloud, 14 septembre 1810

A l’Impératrice Joséphine, aux eaux d’Aix, en Savoie

Mon amie, je reçois ta lettre du 9 septembre. J’apprends avec plai­sir que tu te portes bien. L’impératrice est effectivement grosse de quatre mois ; elle se porte bien et m’est fort attachée. Les petits princes Napoléon se portent très-bien ; ils sont au pavillon d’Italie, dans le parc de Saint-Cloud.

Ma santé est assez bonne. Je désire te savoir heureuse et con­tente. On dit qu’une personne chez toi s’est cassé la jambe en allant à la glacière.

Adieu, mon amie, ne doute pas de l’intérêt que je prends à toi et des sentiments que je te porte.


Saint-Cloud, 14 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Si l’idée était nouvelle, Sa Majesté pourrait prendre un décret pour la constater (Projet d’ouvrir une rue allant en ligne directe du Louvre au faubourg Saint-Antoine), mais elle est aussi ancienne que la ville de Paris. Il existe plusieurs gravures de la colonnade du Louvre dans lesquelles cette rue est représentée comme si elle existait. Il ne faut donc dé­créter cette grande entreprise qu’au moment où on voudra l’exécuter. Mais, avant de l’exécuter, il faut savoir ce qu’elle coûtera. Il est pro­bable que la dépense s’élèvera au delà de vingt millions. Ainsi, pour l’exécuter au moment où elle serait ordonnée, il faudrait avoir vingt millions disponibles. Ce n’est pas lorsqu’on a déjà entrepris de donner à Paris des eaux, des égouts, des tueries, des marchés, des greniers d’abondance, etc., qu’on peut s’engager dans une si grande opération.

Elle ne pourra être faite qu’au moyen des centimes de l’octroi qui sont affectés au canal de l’Ourcq, ou bien lorsque la paix générale exis­tera et qu’on sera dans un moment de prospérité qui permette d’affecter à ce grand travail 4 à 5 millions par an, pour le terminer en cinq ans.

Les projets auxquels il pourrait paraître convenable de songer dès ce moment seraient la construction de l’Hôtel de Ville, l’arrangement d la place de la Bastille et de la gare, et la formation d’une place dvant le Louvre.

La réception du souverain à l’Hôtel de Ville est une chose trop populaire pour qu’on doive regarder à la dépense. Le souverain ne peut, dans les grandes fêtes, aller qu’à l’Hôtel de Ville, au Sénat, ou au grand établissement de la Garde, à l’École militaire. Les con­structions en bois sont ruineuses, dangereuses et ridicules. Celles qu’on a faites chaque fois à l’Hôtel de Ville ont tous ces inconvénients et sont de plus insuffisantes. Avec une dépense de 4 millions en quatre ou cinq ans, on pourrait avoir un hôtel de ville convenable pour la ville de Paris, et qui, lors des circonstances ordinaires, donnerait de vastes salles pour les assemblées du conseil général, les collèges électoraux, etc. La grande rue à ouvrir doit passer près de l’Hôtel de Ville. La manière naturelle de s’en occuper c’est de coordonner les travaux qu’on ferait à l’Hôtel de Ville avec ce projet, dont l’exécution serait considérée comme probable.

On coordonnerait également à ce projet la détermination définitive de tout ce qui concerne la place de la Bastille.

On propose, à l’entrée de la nouvelle rue devant le Louvre, une place demi-circulaire qui est mesquine. On peut dès à présent déter­miner l’exécution de cette place, lui donner une autre forme et arrêter tout ce qui y est relatif. Si Perrault est considéré comme ayant un nom assez illustre dans les arts, on pourrait donner son nom à cette place. On peut dès à présent déterminer son étendue, arrêter les impositions et désigner le jour où l’église Saint-Germain-l’Auxerrois cessera d’appartenir au service du culte.

Au moyen de ces arrangements, qui tous supposeront l’existence probable de la grande rue, on établit que ce projet est connu et ap­prouvé, et on évite le ridicule de rendre un décret qui ne serait suivi pendant longtemps d’aucune exécution.

Ainsi on peut faire un décret en trois titres : le premier, De la place du Louvre ou De la place Perrault ; le deuxième, De la construction le l’Hôtel de Ville ; le troisième, De l’établissement de la gare et de la place de la Bastille, etc. Il pourrait être dit que ces travaux se coordonneront au plan général joint au décret et qui sera exécuté lorsque les travaux déjà entrepris pour l’utilité ou l’embellissement de la capitale seront terminés.


Saint-Cloud, 15 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur le Comte Mollien,  donnez  un million au prince de Ponte-Corvo sur la caisse de service ; cela sera régularisé ensuite.


Saint-Cloud, 15 septembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, il paraît que le traitement de 600 francs fait aux chanoines et aux curés de Plaisance est trop considérable ; cela leur donne plus qu’ils n’avaient. Il est nécessaire, 1° de diminuer ce traitement ; 2° de l’ôter à ceux qui, étant âgés de plus de soixante ans, sont retournés chez eux. Il faudrait aussi qne les pensions accordées aux moines défroqués ne leur fussent payées qu’autant qu’ils prêteraient serment.


Saint-Cloud,  15 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Napoleonshoehe

Mon Frère, je reçois vos lettres du 12 septembre. Il ne se fait aucun mouvement de troupes dans le Nord, et le Danemark n’a pas 20,000 hommes sous les armes. Vous pouvez en toute sûreté faire donner vos semestres, cela soulagera vos finances. Ne faites aucun camp ; cela vous coûterait et alarmerait vos voisins. Je suis en paix avec tout le monde, et rien ne menace la tranquillité du continent.


16 – 30 septembre