16 – 30 septembre 1810
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au prince d'Essling que je désire
qu'en entrant en Portugal il laisse sur ses derrières tous les régiments
provisoires de dragons, qui serviront à garder les plaines de Salamanque et de
Valladolid ; qu'il ne faut pas qu'il emmène en Portugal une trop grande
quantité de cavalerie, qu'il ne pourrait pas la nourrir; tandis que ces
régiments provisoires sont importants pour garder ses derrières.
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au prince de neuchâtel et de
Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au général Suchet que, après la prise
de Tortose et de Tarragone, Valence sera sans doute le but de ses opérations,
si les circonstances ne s'y opposent pas; mais que, les affaires s'avançant du
côté du Portugal, il est probable que je me déciderai à le faire marcher contre
Valence, ces deux places étant prises. Vous lui ferez connaître que j'ai lu le
mémoire du colonel du génie Haxo ; que, dès qu'il est possible de garder avec
1,000 hommes la citadelle et les fortifications de Lerida, je consens à ne
point démolir l'enceinte de cette place; mais qu'il faut armer et
approvisionner les forts et ne mettre sur l'enceinte de la place que de la
petite artillerie, afin qu'on puisse l'évacuer sur la citadelle, si cela était
nécessaire, et que l'artillerie et la vraie défense soient dans les forts.
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au général Girard une lettre en mon
nom pour lui témoigner ma satisfaction sur sa bonne conduite dans l'affaire de Villagarcia, et faites mettre à l’ordre du jour que j'ai
reconnu dans cette circonstance la bravoure ordinaire des troupes du 5e corps.
Proposez-moi les récompenses que demande le général Girard, soit pour la Légion
d'honneur, soit pour l'avancement.
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je suis instruit qu'un grand nombre
d'Espagnols envoient leurs mérinos en France, et qu'un troupeau de 10,000 moutons
est en route pour s'y rendre. Donnez des ordres à tous mes généraux et autres
autorités pour qu'on protège le mouvement de ces animaux sur la France.
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, j'avais ordonné que tous les
receveurs des différents gouvernements d'Espagne vinssent à Paris rendre compte
de leur comptabilité. Faites-moi un rapport sur les contributions qui ont été
levées en Espagne et sur ce qu'on pourrait tirer de ces receveurs sur les
dilapidations qui auraient été commises.
Saint-Cloud, 16 septembre 1810
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Je vous prie de me faire rédiger un projet de décret par
les Hollandais pour organiser le Waterstaat, en
laissant le plus possible les choses comme elles sont aujourd'hui. Je désire
aussi y laisser les mêmes ingénieurs et y envoyer le moins de Français
possible.
Saint-Cloud, 17 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Pourquoi l'Impérial,
le Tibre et le Romulus ne sont-ils point encore commencés à Toulon ? Il faudrait
mettre sur le chantier en place du Sceptre
un autre vaisseau. Je voudrais avoir en 1812 quatre vaisseaux de plus à Toulon,
l'Impérial, celui qui sera mis sur le
chantier en place du Sceptre, le Tibre, le Trident et le Romulus. L'Agamemnon à Gênes n'avance pas. Je
voudrais pouvoir avoir, à la fin de 1812, vingt-cinq vaisseaux à Toulon.
Saint-Clond, 17 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Monsieur le Comte Decrès, je vous ai fait connaître que
je désirerais avoir à Cherbourg une réunion de forces assez considérables pour
menacer les îles de Jersey et obliger l'ennemi à y tenir des troupes. L'arrivée
d'une division à Cherbourg a déjà fait un bon effet. Mais je désire que les
deux grosses flûtes du Havre soient armées sans délai et qu'elles puissent se
rendre le plus tôt possible à Cherbourg; ces transports, avec la frégate et
les deux vaisseaux qui se trouvent dans ce port, pourraient faire craindre à
l'ennemi que 6 ou 8,000 hommes ne se portassent sur les îles. D'ailleurs, ces
bâtiments, étant à Cherbourg, se trouveront là prêts pour toute expédition. Les
Anglais seront obligés de bloquer cette division tout l'hiver, et cela leur
emploiera plusieurs vaisseaux. Comme l'écluse de chasse va jouer, je désire
connaître quand on peut espérer que ces flûtes et la frégate seront prêtes à
Cherbourg.
J'ai ordonné, par mon décret du 15 juillet dernier, la
construction d'une flottille de transport dans la Méditerranée. Je vous prie de
me faire connaître où en est cette flottille et ce qu'elle pourra porter. Quand
aurai-je les moyens de porter en Egypte, par exemple, cinq divisions de troupes
de ligne composées chacune de huit bataillons ou de 6,000 hommes, formant
30,000 hommes d'infanterie, 4,000 hommes d'artillerie et génie et 6,000 hommes
de cavalerie, total 40,000 hommes, avec cinq cents voitures d'artillerie et
2,000 chevaux d'artillerie et de cavalerie ?
Faites-moi connaître l'espèce de bâtiments qu'on peut
construire à Dordrecht; je voudrais y faire construire une flottille capable de
porter en Irlande ou en Ecosse une expédition de quatre divisions, de dix
bataillons chacune ou de 8,000 hommes, formant 32,000 hommes d'infanterie,
4,000 hommes d'artillerie et génie et 6,000 hommes de cavalerie, total 42,000
hommes, avec 3,000 chevaux d'artillerie et de cavalerie et cent vingt pièces de
campagne, faisant sept cents voitures. Je suppose qu'on ne mettrait sur les
vaisseaux que juste ce qu'il faudrait pour ne point les embarrasser.
Apportez-moi au conseil de vendredi prochain un rapport sur cette expédition,
sur l'espèce de bâtiments et sur leur tonnage (moins le nombre en sera grand et
plus cela sera avantageux), et sur la composition des écuries calculée de
manière à en avoir également le moins possible.
Je vous prie de me faire un autre rapport sur la
situation où l'on peut espérer que nous nous trouverons en 1812. Tout me porte
à croire qu'avant ce temps nos prisonniers seront échangés. Je pense qu'au mois
d'août 1812 j'aurai, en rade du Texel, neuf vaisseaux au Texel, six à
l'embouchure de la Meuse, vingt-six à l'embouchure de l'Escaut, six à
Cherbourg, quatre à Brest, y compris l'Ulysse,
total cinquante et un; huit vaisseaux à Lorienl, dix
à Rochefort (mon intention est que cet hiver et l'hiver prochain on cherche à
réunir les vaisseaux de Lorient et de Rochefort à Brest, ce qui ferait
vingt-deux vaisseaux dans ce dernier port et recréerait cette escadre),
vingt-quatre vaisseaux à Toulon ; ce qui, avec les trois qu'aura le roi de
Naples à Naples, et les huit que le royaume d'Italie et la France auront à
Ancône ou à Pola, fera cent quatre vaisseaux de
ligne.
Si ces cent quatre vaisseaux sont soutenus par une flotte
de transport dans l'Escaut portant 42,000 hommes, composée comme ci-dessus,
par une flotte de transport dans la Méditerranée portant 40,000 hommes, par la
flottille de Boulogne capable de porter 60,000 hommes, par une flottille
vis-à-vis la Sicile capable de porter 20,000 hommes, par une flotte de
transport à Cherbourg capable de porter 12,000 hommes, enfin par des bâtiments
de transport pris en Hollande, escortés par les escadres du Texel et de la
Meuse, ce qui ferait 200,000 hommes, les Anglais se trouveraient dans une position
bien différente de celle où ils sont aujourd'hui.
C'est là mon plan de campagne pour 1812. J'attendrai le
rapport que vous me remettrez au conseil prochain. Il ne faut point perdre de
vue que c'est à ce résultat qu'il faut arriver.
Ainsi donc je désire créer une flotte de transport dans
l'Escaut, une au Havre pour l'expédition de Cherbourg ; en avoir une dans la
Méditerranée, et en même temps diminuer ma flottille de Boulogne de manière
qu'elle devienne un objet de diversion et d'accessoire, ne devant plus opérer
seule et pouvant menacer de jeter 60,000 hommes sur le territoire de l'ennemi
dans le temps qu'il serait occupé ailleurs.
Saint-Cloud, 17 septembre 1810
NOTE POUR LE
MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.
L'intention de Sa Majesté est de détruire pour 1811 les
centimes variables et fixes, en laissant seulement les centimes de non-valeur
et les centimes additionnels. Un rapport sur ce sujet doit être déjà au Conseil
d'Etat. Toutes les dépenses deviendront impériales. Cela est d'autant plus
naturel qu'elles se règlent toutes à Paris. Les écritures seront simplifiées,
et on aura mis un terme aux fonds de caisse qui existent sans utilité dans les
départements.
En jetant un conp d'œil sur les
centimes fixes et variables, on voit qu'ils sont employés à acquitter beaucoup
de dépenses qui pourraient être mises à la charge des communes, comme une
partie de celles des enfants trouvés, l'entretien des bâtiments, des prisons et
maisons d'arrêt lorsqu'ils auront été mis en bon état; enfin les dépenses
d'entretien des tribunaux connues sous les noms de menus frais, réparations
locatives, etc. Cette dernière disposition à l'égard des tribunaux offre
beaucoup d'avantages. Lyon, Turin, Rome, etc., ayant des revenus considérables,
ne regarderaient pas à ces dépenses et mettraient de l'amour-propre à ce que
leurs tribunaux fussent bien tenus. Les petites villes porteraient de l'ordre
dans ces dépenses pour les mettre dans la proportion de leurs moyens. La
contribution foncière et l'État feraient ainsi une économie de 1,200,000 francs.
Sa Majesté fait connaître, pour le ministre de
l'intérieur seul, son système à l'égard des communes. Elles sont, en général,
trop riches. Elles ont organisé les lycées, concouru à la dépense des dépôts de
mendicité et déposé des sommes considérables à la caisse d'amortissement.
Elles ont, en général, trop de dépenses de luxe. Celles de premier ordre
donnent des sommes considérables à leurs maires, qui se trouvent mieux payés
que les préfets, tandis que leurs fonctions, purement municipales, doivent être
gratuites. Et comment ne seraient-elles pas riches ? On leur a abandonné les
octrois qui, dans tous les pays et dans tous les temps, formaient, du moins
pour la plus grande partie, une portion du revenu du souverain. Il y a donc à
choisir entre deux partis : ou déclarer le produit des octrois une recette
impériale et prélever 50 pour 100, ou affecter le payement des dépenses locales
sur ce produit. Il est d'autant plus naturel de faire payer les dépenses des
tribunaux sur les octrois, que les tribunaux, attirant beaucoup de monde dans
les villes, contribuent à augmenter la recette de l'octroi.
Sa Majesté désire qu'on lui présente un tableau
comparatif des dépenses dont il s'agit et des revenus des villes qui devraient
les supporter, et que le ministre joigne au rapport qu'il fera un projet de
décret qui réglera cet ordre de choses à commencer du 1er janvier 1811. Sa
Majesté verra alors si l'on ne peut pas prendre le même parti à l'égard des
menus frais des justices de paix.
Ce travail fait d'abord pour les tribunaux, Sa Majesté en
désire un complet sur les communes, afin de mettre à leur charge toutes les
dépenses locales qu'elles pourront supporter. Les communes ont déjà été
chargées du casernement, ce qui fait 800,000 francs d'économie pour le ministère
de la guerre. Les dépenses des tribunaux feraient une économie de 1,200,000 francs. On ignore quelle serait celle de
l'entretien des prisons après qu'elles auront été mises en bon état de
réparation. Ces trois objets, qui paraissent les plus importants, ne font pas
ensemble une somme très-considérable.
Cependant, si cela était nécessaire, lorsque le système
des affectations pour dépenses locales sera complet, on ne verra pas
d'inconvénient à faire contribuer les arrondissements ou les départements. On
prendrait ou le tiers ou le cinquième du revenu commun, et on ferait sur ce
fonds commun les dépenses qui se fout aujourd'hui avec les centimes fixes et
variables. Il est bien entendu qu'on ne comprend pas dans cette mesure le
traitement des abonnements de préfecture, etc., qui doivent être ordonnancés
par le ministre de l'intérieur. Tout le reste serait payé par les communes. Ces
fonds n'entreraient pas au trésor public; ils pourraient être ordonnancés
sur-le-champ par les préfets, pourvu qu'ils se conformassent au budget. Ce
serait une manière facile de pourvoir aux dépenses imprévues, et un soulagement
pour le ministre de l'intérieur, qui n'aurait à s'occuper que de ce qui est
dépense fixe.
Ce système soulagerait d'impositions directes,
procurerait une économie assez notable à l'État et déplairait moins aux
communes que si, par une seule mesure, on déclarait impériale une forte portion
de leur octroi.
On pourra même cesser de percevoir le dixième pour le
pain de soupe et les autres prélèvements de cette nature.
Il faudrait donc former un état des revenus des communes
par arrondissement et par département, et des dépenses locales à mettre à leur
charge.
Saint-Cloud, 17 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, des exactions de toute espèce se commettent
en Espagne; on y trafique de la libération des prisonniers. Envoyez par un
officier la lettre que vous devez écrire au général Kellermann. Écrivez en même
temps au prince d'Essling pour qu'il fasse arrêter les individus coupables de
ces crimes. Envoyez des officiers interroger la garnison de Ciudad-Rodrigo, et
notamment le commandant de l'artillerie, auquel on assure qu'il a été demandé
200,000 réaux pour laisser aller la garnison. Chargez le général Buquet de
faire une enquête sur cette affaire. Il est temps de mettre un terme à ce
brigandage.
Le prince d'EssIing, par une de
ses lettres du 30 août, dit qu'il vous a envoyé l'état des contributions levées
par le duc d'Elchingen et que ce maréchal n'a pas versées; vous ne m'avez point
mis cet état sous les yeux. Faites-moi un rapport là-dessus.
Fontainebleau, 17 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, le bruit d'un prétendu mariage du prince
Ferdinand avec une princesse d'Autriche s'accrédite beaucoup. Il est important
que vous écriviez à tous les commandants des corps d'armée en Espagne pour les
prévenir que ce bruit est un enfant de l'oisiveté de Paris et un bavardage qui
occupe les Parisiens ; qu'ils doivent rejeter avec indignation la seule idée
d'un pas rétrograde; qu'il n'a jamais été question de rien de pareil.
Fontainebleau, 18 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Le roi de Naples a mis à l'eau un très-bon
vaisseau. On m'assure qu'on y a employé des bois qui auraient pu servir à faire
un trois-ponts. Le roi de Naples fait construire deux autres vaisseaux, mais,
comme il est obligé à beaucoup de dépenses, il ne peut pas faire davantage.
Cependant, puisqu'il faut que j'avance de l'argent pour de nouvelles
constructions, je préfère les faire à mon compte. Faites-moi connaître si l'on
peut faire construire un vaisseau à trois ponts, un de 80 et un de 74, à Naples
ou à Castellamare. En payant bien, ce seraient trois vaisseaux que je pourrais avoir l'année
prochaine.
Je les armerais avec des matelots napolitains;
j'enverrais seulement des garnisons et des officiers. Par ce moyen le Roi aura
trois vaisseaux, moi trois; ce qui ferait six vaisseaux qui se joindraient dans
ces mers à mon escadre de Toulon.
Donnez donc des ordres positifs au prince Borghese pour que l'Agamemnon
à gêns soit lancé en avril; jusqu'à cette heure il
n'avance pas. Il y a longtemps qu’il traîne. Faire connaître les mesures pour
le faire finit.
Le Rivoli a été mis à l'eau à Gênes. On m'assure que ce vaisseau est très-beau et qu'il a très-bien
réussi.
Fontainebleau, 18
septembre 1810
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je vois que
le général Kellermann montre la plus grande insouciance, et que, loin de placer
ses forces de manière à appuyer l'armée de Portugal, il tient ses troupes disseminées.
Il me semble que j'ai compris
la province d'Avila dans l'arrondissement de l'armée du centre.
Écrivez de nouveau au
général Drouet que j'attache la plus grande importance à avoir des nouvelles de
l'armée de Portugal; que le principe d'occuper tous les points est impossible à
exécuter; qu'il faut se contenter d'occuper les points où sont les dépôts et
les hôpitaux, et avoir ses troupes dans la main pour les porter où cela est
nécessaire, et surtout sur les derrières de l'armée de Portugal.
Saint-Cloud, 18
septembre 1810
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, vous m'avez
envoyé un plan sur Ancône qui n'a pas le sens commun. L'ingénieur qui l'a fait n'est pas un homme d'assez de mérite
pour faire des plans. Faites exécuter celui que je
vous ai envoyé et tenez-vous-en là. Ce que propose l'ingénieur d'Ancône ne se
ferait pas pour 30 millions.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, vous verrez par mon décret que
je n'ai établi que deux divisions militaires en Hollande, ainsi que deux
directions du génie et deux directions d'artillerie. Plus un pays s'éloigne,
plus il est nécessaire que les choses se centralisent. Je n'admets point le
projet de détruire les fabriques de poudre ni de changer les manufactures
d'armes. Jusqu'à un rapport particulier et circonstancié, tout doit rester dans
l'état actuel. La Hollande est un pays bien administré, qu'il faut maintenir
provisoirement. Cependant je désire que Delft soit supprimé par la suite ; il
me semble que les arsenaux de Strasbourg, Metz, Mayence, Anvers, Douai sont
suffisants; ils peuvent tous communiquer avec la Hollande par eau. Ma
politique doit être d'ôter à la Hollande tous les moyens de guerre pour lui
ôter toute envie de se révolter un jour. D'ailleurs, à la moindre trouée que
l'ennemi opérerait par Bonn et Cologne sur Bruxelles, je me trouverais coupé de
tous les établissements de la Hollande, et à quoi bon ces
établissements puisque tous les bois et fers que l'on y met en œuvre
viennent de France ? Anvers est un point qu'il est dans mon intérêt d'occuper
plus fortement que jamais ; bientôt le sort de trente à quarante vaisseaux
dépendra de cet établissement. C'est là que je dois centraliser mes moyens de
défense et d'activité, de manière que, l'ennemi venant à faire cette trouée par
Cologne sur la Belgique, le point d'Anvers reste inexpugnable. Je vous ai fait
connaître que toute l'artillerie qui serait inutile à l'armement des places
conservées devait être évacuée sur la France. Je suppose que le génie et
l'artillerie auront fait reconnaître toutes les places et forteresses du pays,
et qu'au conseil de décembre on pourra me faire connaître les places utiles à
conserver et celles qu'il faudra abandonner. Je crois que vous avez donné des
ordres pour qu'à cette époque des officiers, chargés de ces reconnaissances et
porteurs des plans, puissent être prêts à répondre à tout ce qu'on leur
demandera.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j'approuve que vous fassiez
entrer dans les corps de l'artillerie et du génie de l'armée tous les individus
qui formaient l'artillerie et le génie en Hollande. J'ai dit que vous me présenteriez
l'état de tous ces officiers et leur nouvelle destination; je n'ai pas besoin
de rendre un nouveau décret à ce sujet. Quant aux officiers qui seront employés
dans les places, je ne veux point, autant que possible, de nouvelles
nominations; les Hollandais connaissent leur pays et peuvent y être utiles; on
pourra seulement mettre des Hollandais dans les places sur le Rhin, et replacer
en Hollande les Français qui occupaient des places sur le Rhin.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810.
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur de Champagny, la situation topographique des
districts de Windisch-Matrey et de Tefferecke, qui appartenaient autrefois à l’évéché de Salzburg quoique enclavés dans le Tyrol, est
telle, que je ne conçois pas qu'on ait pu un instant mettre en doute que ces
enclaves ne dussent pas suivre le sort des vallées du Tyrol dans lesquelles
elles sont placées; en cédant le pays de Salzburg, je n'ai jamais voulu céder
des portions de territoire qui en sont séparées par la nature. J'approuve le
travail de la limitation en conséquence duquel les districts de Windisch-Matrey et Tefferecke
resteront réunis à la portion du Tyrol cédée à mes provinces illyriennes. Le
petit excédant de population qui se trouve en ma faveur est trop peu de chose
pour qu'il en soit davantage question. Concertez-vous avec M. Marescalchi pour qu'il charge M. de Narbonne de dire à la
cour de Bavière que mon intention n'est point d'accorder d'indemnités pour ces
deux districts, dont je n'avais point abandonné la possession.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
NOTE POUR LE
MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.
Sa Majesté désire que le ministre de l'intérieur présente
au conseil des ponts et chaussées qui aura lieu au mois de novembre un rapport
sur les travaux à faire en 1811 au bassin d'Anvers, afin qu'il puisse contenir,
en novembre 1811, vingt-cinq vaisseaux de guerre et des frégates, ou trente
vaisseaux de guerre. Cette augmentation est aussi importante que les travaux que
l’on a faits cette année. En 1812, on continuerait les travaux pour douze ou
quinze vaisseaux de guerre de plus. L'intention de l'Empereur est qu'en temps
de grande guerre on puisse, indépendamment des autres bassins de l'Escaut,
placer au moins quarante vaisseaux dans le bassin de la place d'Anvers, qui
doit devenir le boulevard du Nord. Sa Majesté désire que le ministre de
l'intérieur lui fasse promptement connaître où en est le pont de Mayence.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
NOTE POUR LES
MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE ET DE L'ADMINISTRATION DE LA GUERRE.
Sa Majesté désire que le ministre du trésor lui fasse
connaître ce qui a été ordonné relativement aux contributions des provinces
espagnoles occupées par les troupes françaises.
Sa Majesté a nommé des receveurs. Elle a ordonné que ceux
qu'ils remplacent vinssent à Paris pour rendre compte. Les premiers sont à
leurs postes; les derniers sont-ils en France ?
Il faudrait envoyer des commissaires dans chaque
gouvernement pour prendre connaissance des recettes qui ont été opérées, ou du
moins des inspecteurs aux revues forts et bien appuyés.
Cette matière importante ayant besoin d'être bien
combinée, les ministres de la guerre, de l'administration de la guerre et du
trésor, se réuniront pour présenter un projet de décret. Ils présenteront aussi
un projet de circulaire de chaque ministre à ses agents.
Pour l'Andalousie, par exemple, le duc de Dalmatie
fait-il verser, dans la caisse du payeur français, l'argent qu'il retire du
pays, et retire-t-il ensuite de ses caisses, sur les ordonnances de l'intendant
ou de l'ordonnateur, l'argent nécessaire pour pourvoir aux besoins de l’armée ?
Si cela est ainsi, il n'y a rien à dire; si, au contraire, il fait verser
directement l'argent dans la caisse du génie pour les fortifications, ou dans
la caisse particulière de tout autre service, cette méthode ne peut être que très-suspecte. Il faut que le duc de Dalmatie soit le
maître; mais il faut en même temps que les formes de la comptabilité soient
suivies, c'est-à-dire que toutes les recettes soient versées chez le payeur et
que toutes les dépenses soient acquittées sur les états de distribution du
général en chef et sur les ordonnances de l'ordonnateur. Les instructions qui
ont été envoyées par le trésor sont intempestives. Le prince d'Essling et
l'intendant de l’armée de Portugal ont été forcés à des violations de caisse
pour avoir des fonds qui ne venaient pas du trésor. Il a dû arriver que le
général en chef a dit : « Je ne ferai pas verser dans la caisse du payeur,
puisque je ne puis rien retirer de cette caisse sans écrire à Paris, qui n'a
rien de commun avec les fonds qui y sont versés, et qu'on n'envoie pas de
crédit. »
Cela n'arriverait pas si le payeur, après avoir reçu les
fonds produits par le pays, payait sur les ordonnances délivrées d'après les
ordres du général qui commande en chef dans le pays.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, faites partir demain un officier porteur
d'une lettre pour le prince d'Essling, dans laquelle vous lui ferez connaître
que mon intention est qu'il attaque et culbute les Anglais; que lord Wellington
n'a pas plus de 18,000 hommes, dont seulement 15,000 d'infanterie, et le reste
de cavalerie et d'artillerie; que le général Hill n'a pas plus de 6,000 hommes,
infanterie et cavalerie; qu'il serait ridicule que 25,000 Anglais tinssent en
balance 60,000 Français; qu'en ne talonnant pas et les attaquant franchement
après les avoir reconnus on leur ferait éprouver de grands échecs.
Quant aux troupes qu'il doit laisser sur ses derrières,
il faut qu'il laisse les régiments provisoires de cavalerie. L'armée a 12,000
hommes de cavalerie; il n'y en a pas besoin de plus de 6,000 en Portugal;
c'est donc 6,000 à laisser entre Ciudad-Rodrigo, Alcantara et Salamanque. Le
prince d'Essling doit laisser à cette cavalerie quelques pièces d'artillerie;
l'artillerie est le complément de la cavalerie. Le prince d'Essling a quatre
fois plus d'artillerie qu'il ne lui en faut contre l'armée ennemie. Je suis
trop éloigné, et la position de l'ennemi change trop souvent, pour que je
puisse donner des conseils sur la manière de mener l'attaque; mais il est
certain que l'ennemi est hors d'état de résister.
D'après les nouvelles les plus sûres, que l'on tient de
l'espionnage à Londres, si l'on joint à
l'armée anglaise dans la péninsule 4,000 hommes qui sont à Cadix, on trouvera
qu'elle est de 28,000 hommes; ce qui est toute la force des Anglais, qui ont
renforcé leur armée de Malte et de Sicile.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
NOTE POUR LE
GÉNÉRAL BERTRAND.
De Bâle à Wesel le système des frontières est
suffisamment connu. Il ne faut s'occuper que de la portion de frontière
comprise entre Wesel et la mer, c'est-à-dire un espace d'environ 50 lieues.
On trouve d'abord Schenkenschanz
en première ligne, ensuite Grave, Gorinchem ou Gorkum, enfin Bois-le-Duc, Geertruidenberg, Breda, Willemstad.
Le petit fort de Gorinchem a pour avantage de conserver
une tête de pont sur la Merwede; il serait utile
d'avoir une place sur le second bras du Rhin, le Leck,
du côté de Vianen, pour assurer les communications avec la Hollande et
Amsterdam. On irait de Geertruidenberg à Schoonhoven (il faudrait savoir ce qu'est Schoonhoven).
Si la Hollande était prise et qu'il fallût repasser le
Rhin, le théâtre de la guerre aurait pour points d'appui à gauche Anvers et à
droite Maastricht. En supposant encore qu'on dût abandonner ces deux points et
les laisser investir par l'ennemi, les deux armées viendraient se réunir entre
Bruxelles et Liège. Ainsi, à mesure que l'armée ennemie avancerait, sa ligne
de fond serait fort augmentée.
Anvers, Flessingue, Ostende et même Dunkerque seraient le
point d'appui de toute l'armée sur la gauche, tandis que Wesel, Venloo, Grave, Maastricht et Juliers le seraient sur la
droite.
Parlons maintenant de la frontière qui couvre la Hollande
du côté de l'Allemagne.
Au premier aspect, on voit deux lignes : l'une de Wesel à
Coeverden, 30 lieues; l'autre de Coeverden
à Groningen, 14 lieues.
Ces trois places seraient le point d'appui de trois corps
d'armée. Si pendant le siège de Coeverden on était
plus faible, on se retirerait de Wesel sur le fort de Schenkenschanz
et les derrières de l'Yssel ; on aurait devant soi
Zutphen et Deventer pour secourir Coeverden.
La défense de Groningen fait un objet distinct; elle doit
s'appuyer sur l’Ems. Groningen, Coeverden et Zutphen
sont donc des postes importants, car, si l'on était sur la défensive, la
véritable ligne du Rhin pourrait s'appuyer derrière l'Yssel;
alors on couvrirait Amsterdam et le Texel.
Je demaude donc que le général
Bertrand voie avec attention ce plan : d'abord Groningen comme centre d'un État
à part et d'une petite armée; il faudrait bien reconnaître les marais qui
couvrent ce pays vers l'Ems ; ensuite Coeverden , considéré comme point de départ d'une armée qui
marcherait vers l'Ems et le Hanovre; Coeverden
serait en même temps un point de défense; enfin la véritable ligne de Wesel par
Schenkenschanz et Rijssen,
derrière l'Yssel.
Il faudrait bien reconnaître l’Yssel,
voir à remettre en état Zutphen comme tête de pont, et même Zwolle, si cela est
possible. En supposant la France fortement occupée, il est dans la nature des
choses de croire qu'une armée ennemie viendrait par le nord pour menacer
Amsterdam, dans le temps qu'une flotte anglaise attaquerait le Texel et
chercherait à faire sa jonction avec l'armée du Nord.
Résumeé. — On doit considérer
l'Yssel comme le prolongement de la véritable ligne
défensive du Rhin.
Il faut me faire un mémoire détaillé à ce sujet.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, je reçois votre lettre du 13, par laquelle vous
me demandez si l'entrée des marchandises spécifiées dans le décret du 5 août
sera permise sans certificats d'origine, sous quelques pavillons qu'elles
arrivent, à l'exception du pavillon ennemi. Voici ma réponse. Il n'y a plus de
pavillons neutres, puisque tous payent une contribution aux Anglais pour avoir
la liberté de naviguer, et, par cette soumission aux Anglais, sont
dénationalisés en vertu de mon décret de Milan. Ainsi aucune denrée coloniale
quelconque ne peut arriver dans les ports de ma domination, même avec des
certificats d'origine, qui ne servent de rien. Le sucre, le café, le coton des
colonies ne peuvent entrer par mer dans mes ports, même sous pavillon
français. Cependant, lorsque le sucre, le café, le coton, sont le produit de
prises faites par des corsaires italiens ou français, alors seulement ils
peuvent être admis. Lorsqu'ils sont le résultat des confiscations de
marchandises saisies dans les ports de Trieste ou de Venise, ils peuvent
également être admis. C'est pour ces deux cas seulement que j'ai pris le décret
qui hausse le tarif de ces marchandises. Vous demandez comment le royaume
d'Italie s'approvisionnera de coton, de café et de sucre : je vous répondrai
que, quant au sucre, il y en a pour plusieurs années en Italie, puisque c'est
l'Italie qui en fournit à la Bavière et à la Suisse, et que d'ailleurs la
consommation en diminuera tous les jours; que, quant au café, il en vient assez
du Levant; que, pour du coton, l'Italie en a peu besoin, et que d'ailleurs les
cotons de Rome, de Naples, et ceux qu'on cultivera dans la Romagne, suffiront à
la consommation. Mais, indépendamment du sucre, du café, du coton, direz-vous,
il y a d'autres marchandises nécessaires au royaume d'Italie, telles que les
bois de teinture, la cochenille, l'indigo, le cacao, la soude, la potasse; or,
pour ces objets, j'ai accordé des licences aux ports d'Ancône et de Venise,
mais pour des navires italiens, faits avec des bois du pays, montés par des
équipages composés des deux tiers d'Italiens et chargés pour le compte de
sujets italiens. Les bâtiments étant porteurs d'une licence ont le privilège
d'importer dans mes ports d'Italie des denrées coloniales et d'en exporter une
quantité équivalente de denrées du pays. Je viens d'accorder des licences en
vertu desquelles des bâtiments ottomans peuvent venir dans mes ports de
Livourne, de Marseille, de Gènes, importer des marchandises du Levant. Je vais
vous en envoyer pour Venise et Ancône; ils pourront y apporter des cotons du
Levant, du café moka et autres denrées du levant. Quant aux sucres, cafés et
cotons d'Amérique, j'ai accordé des permis à un certain nombre de bâtiments
américains, et j'ai pris des précautions spéciales pour m'assurer qu'ils
n'apportent que des produits d'Amérique, telles que des lettres en chiffre de
mes consuls, etc. Quand cette opération sera plus avancée, j'en accorderai aux
négociants de Venise et d'Ancône, au moyen desquelles ils pourront correspondre
avec les négociants américains. Il n'y a plus d'accès aujourd'hui dans mes
ports d'Italie que pour le pavillon français, napolitain et ottoman. Quand je
dis le pavillon, j'entends le bâtiment et son équipage. Aujourd'hui le pavillon
français parcourt les mers d'Angleterre; il va jusqu'à Londres, mais il se
masque. Sous ce déguisement l'Angleterre le reçoit, et je lui fais la loi par
le besoin pressant qu'elle a de communiquer. Les bâtiments français venant des
ports de l'Illyrie ne peuvent venir dans les ports de l'Italie que par le
cabotage, c'est-à-dire en évitant les croisières anglaises. Les bâtiments
napolitains n'y peuvent venir également que par le cabotage, c'est-à-dire sans
avoir communiqué avec les Anglais. Le cabotage de Naples et de l'Illyrie ne
comporte ni mouvement de coton colonial, ni mouvement de sucre, de café ou
autres denrées des colonies. Toutes les fois qu'il en apporte, on doit les
mettre en entrepôt et me consulter. Les bâtiments ne peuvent sortir pour la
grande navigation qu'avec des licences, parce qu'ils ne peuvent faire la grande
navigation sans être visités par les Anglais et sans avoir une licence anglaise
; dès ce moment ils ont besoin de la mienne. Tout bâtiment ottoman arrivant
sans licence doit être séquestré, et il doit m'en être rendu compte. Aucun
bâtiment français venant de Marseille, de Livourne, de Gênes ou autre port de
France, ne peut venir dans les ports d'Italie sans licence, puisqu'il ne peut
naviguer qu'avec la permission des Anglais et sans avoir été visité par eux.
Aucun bâtiment américain ne peut venir dans mes ports d'Italie, s'il n'a une
licence de moi. Ainsi, hormis le
cabotage d'Illyrie et de Naples, lequel ne doit jamais porter ni sucre, ni
café, ni coton des colonies, ni aucune espèce de denrées coloniales, mais
seulement des denrées du cru de ces pays, tous les bâtiments doivent être
séquestrés à leur arrivée dans mes ports, s'ils n'ont une licence de moi. Ici,
il faut vous redire ce que vous aurez déjà compris, savoir ce que c'est qu'une licence. Une
licence est une permission accordée à un bâtiment, qui remplit les conditions
exigées par ladite licence, d'importer et d'exporter telle espèce de
marchandises spécifiées dans cette licence. Pour ces bâtiments, les décrets de
Berlin et de Milan sont nuls et non avenus. Pour bien comprendre cette matière,
il faut avoir sous les yeux mes décrets de Berlin et de Milan. Vous voyez qu'au
moyen de ces deux décrets et des arrêts du conseil anglais, il ne peut plus
exister de neutres, et que l'Angleterre n'en souffre aucuns s'ils ne lui paye
un tribut, comme mes décrets les dénationalisent s'ils s'y soumettent. Mes
licences sont un privilège tacite de s'affranchir de mes décrèts,
en se conformant aux règles prescrites par lesdites licences. Le besoin de
naviguer des Anglais est tel, qu'ils sont obligés d'adhérer à tout ce que je
fais, et qu'ils donnent des licences à
ceux qui ont les miennes. L'effet en est tel que, depuis ces licences, il n'y a
point d'exemple, hormis les Ottomans, qu'ils aient
fait payer personne sur l'Océan. Je crois que ma réponse satisfera à votre
demande et vous donnera des lumières suffisantes sur ce système si compliqué,
dont je retire les plus heureux résultats par l'occupation d'une immense
étendue de côtes du Mecklenburg, des villes hanséatiques et des principaux
ports d'Allemagne. L'Angleterre est réellement aux abois, et moi je me dégorge
des marchandises dont l'exportation m'est nécessaire, et je me procure des
denrées coloniales à leurs dépens. Les Anglais laissent naviguer dans la Tamise
les bâtiments français, qui seulement se masquent sous pavillon américain, ou
prussien, ou autre; moi je ne donne des licences qu'à des bâtiments français,
construits en France, ou devenus français (provenant de prises) par un acte
appelé naturalisation, qui est une espèce de baptême que reçoivent ces
bâtiments, et dont le patron et les deux tiers de l'équipage sont français.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, je reçois vos lettres du 13. Je vois que les
quatre régiments de cavalerie italienne ont chacun à peu près 700 chevaux,
hormis le régiment du Prince Royal, qui n'en a que 400. Il faudrait renforcer
ce régiment. Je pense qu'il est inutile d'avoir des chevau-légers, mais qu'il
vaut mieux former deux régiments de chasseurs. J'ai pris un décret en
conséquence, qu'Aldini vous enverra. Je vois qu'il manque 12,000 hommes à
l'armée italienne pour être au complet. Je vois que vous n'avez que 12,000
hommes en congé; faites-moi connaître s'il y aurait de l'inconvénient à
accorder un plus grand nombre de congés cet hiver. Vous pourriez en donner au
mois de décembre à la moitié des officiers, au tiers des sous-ofiieiers
et au cinquième des soldats. Ce serait une grande économie; ils iraient chez
eux et reviendraient au mois de juin pour les manœuvres. Vous avez en Italie,
présents, trente et un bataillons; je ne compte pas les 5e bataillons. Que
coûterait-il d'établir auprès de Brescia un camp de dix bataillons, au mois
d'octobre, et un autre de dix bataillons, au mois de novembre ? Vous y
réuniriez les généraux de division et de brigade et autres officiers, et
l'armée italienne se formerait là aux manœuvres. Vous pourriez réunir
également dix escadrons de cavalerie. Vous auriez soin qu'il y ait le plus
d'officiers et de sous-officiers possible à ces manœuvres. Par ce moyen,
l'armée italienne aurait eu un bon exercice, et, à la fin de décembre, vous
feriez délivrer les congés. Il faut connaître, avant de donner aucun ordre
là-dessus, combien cela coûterait, et en quel état sont les camps d*Osoppo. Je
vois que le 6e régiment de ligne italien est un régiment bien négligé. Il
faudrait le faire rentrer, et, si l’on a besoin en Italie de se défaire de
quelques mauvais sujets, il vaudrait mieux en former à l’île d'Elbe un
bataillon colonial.
Saint-Cloud, 19 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, j'estime que l’armée italienne doit être
organisée de manière à présenter une force de 27,000 hommes d'infanterie de
ligne, présents sous les armes, et de 3,000 hommes de la garde, total 30,000
hommes d'infanterie, et de 3,000 hommes de cavalerie. Son artillerie doit être
composée, pour l'infanterie, de vingt pièces de 3 à raison de deux par
régiment, et de dix pièces de 3 pour la garde, à raison de deux par bataillon,
ce qui fait trente pièces de 3 pour l'artillerie des régiments ; de douze obusiers
de 6 pouces, de vingt-quatre pièces de 6 , de quatre obusiers et de huit pièces
de 12, pour la réserve; de quatre obusiers et de huit pièces de 6, pour les
deux divisions de cavalerie ; de quatre obusiers, de quatre pièces de 6 et de
quatre pièces de 12, pour la réserve de la garde. L'artillerie de l'armée
italienne doit donc être organisée de manière à avoir vingt pièces de 3, vingt
obusiers, trente-deux pièces de 6 et huit pièces de 12; total, quatre-vingts
pièces de canon pour l'armée de ligne; et pour la garde, dix pièces de 3,
quatre pièces de 6, quatre pièces de 12 et quatre obusiers; ce qui fait plus de
cent pièces et cinq cents caissons, compris ceux de cartouches d'infanterie, ce
qui suppose 2,500 chevaux d'artillerie.
Saint-Cloud, 20 septembre 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en Prusse et parlez
ici à M. de Krusemark pour faire connaître que je
désirerais que le gouvernement prussien mit à la sortie des grains des ports
de Memel, Kœnigsberg, Stettin et Kolberg, le même
droit qu'à Danzig. L'Angleterre ayant besoin de blé, c'est une imposition qu'il
sera utile et agréable à la Prusse de lever sur l'Angleterre. Expliquez cette
théorie à mon chargé d'affaires et à mes consuls. Faites connaître également à
Danzig que ce droit doit être perçu dans les autres ports de la Baltique.
Saint-Cloud, 20 septembre 1810
Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, vous n'auriez pas dû envoyer 2,100,000 francs à Madrid sans mon ordre : je n'ai rien à Madrid;
mes troupes sont en Portugal, en Andalousie, en Aragon. 500,000 francs à Madrid
auraient été suffisants; il eût été plus à propos d'envoyer cet argent à
l'armée de Portugal et quelque chose en Aragon. Je vous ai mandé d'envoyer un
convoi d'argent à l'armée de Portugal. Faites-moi connaître ce qui a été envoyé
jusqu'aujourd'hui à la partie de ma Garde qui est en Espagne. Si vous avez des
états de situation de la solde dans tous les corps de l'armée d'Espagne,
envoyez-les-moi. Toutes les fois qu'il vous arrivera des propositions
d'envoyer de l'argent en Espagne, soumettez-les avant à mon approbation.
Recommandez à votre payeur à Madrid de ne payer, sur les 2,100,000
francs que vous avez envoyés, que ce qui est dû à chaque corps pour la solde,
et de faire sur ce fonds un envoi de 700,000 francs au 2e corps, que commande
le général Reynier à l'armée de Portugal; ce qui, joint aux 2,300,000 francs
envoyés à cette armée, ferait 3 millions qu'elle aurait reçus.
Saint-Cloud, 20 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Je désire que vous me présentiez le projet de deux
expéditions, une pour Corfou et l'autre pour Barcelone.
L'expédition de Corfou se composerait de deux frégates ;
elle aurait pour but de transporter beaucoup d'objets d'artillerie dont cette
île a besoin. Vous vous concerterez à ce sujet avec
le ministre de la guerre. Mon intention serait que le complément de leur
chargement fût en blé. Peut-être même, si je puis disposer d'une flûte de 800
tonneaux, consentirai-je à l'envoyer chargée de blé sous l'escorte des deux
frégates.
Quant à Barcelone, je désire y faire passer 60,000
quintaux de grains ou farine. Faites-moi connaître combien de bâtiments il faudra,
en prenant les plus gros qui puissent entrer à Barcelone, et quelle direction
on devra prendre pour réussir dans cette expédition, à laquelle j'attache une
grande importance. Comme ces 60,000 quintaux forment un objet considérable, je
désire en partager les risques en trois expéditions, chacune de 20 à 25,000
quintaux. La première partirait dans le courant d'octobre, la seconde dans le
courant de novembre et la troisième dans le courant de décembre. Faites-moi un
rapport là-dessus.
Saint-Cloud, 20 septembre 1810
NOTE POUR LE
GÉNÉRAL DUROC, GRAND MARÉCHAL DU PALAIS,
A PARIS.
Un grand nombre de militaires sont dans le besoin, soit
eux, soit leurs femmes, soit leurs enfants. Les fonds que je donne au grand
aumônier sont distribués à de vieux prêtres et à de vieilles gens d'une classe
différente des militaires.
Je désire qu'à compter du 1er octobre le grand maréchal
ne remette au grand aumônier que la moitié de la somme qu'il lui remettait
précédemment, et que l'autre moitié, qu'il gardera par devers lui, soit portée
à une somme de 20,000 francs par mois, ce qui fera 240,000 francs par an. Le
grand maréchal restera dépositaire de ce fonds, et, toutes les semaines, il me
présentera un projet de distribution de 5,000 francs, soit à des militaires,
soit à des femmes veuves ou enfants de militaires, tant à ceux dont je lui
ferai renvoyer les pétitions qu'à ceux qu'il trouvera lui-même dans le besoin.
Saint-Cloud, 20 septembre 1810
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, à Paris
Mon Cousin, j'aurai dimanche parade à Paris. La légion
portugaise qui est à Meaux, le bataillon de marche de la division
d'arrière-garde de l'armée d'Espagne, la garde hollandaise et ma Garde
française, y compris le régiment qui est à Fontainebleau, se trouveront à cette
parade. Ma Garde donnera le même jour à dîner à tous les soldats portugais, et
vous, vous donnerez à diner aux officiers.
Saint-Cloud, 21 septembre 1810
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vois dans une lettre de
Stuttgart que vous avez autorisé mon ministre à se concerter avec le ministre
d'Autriche pour faire des démarches relativement à la restitution des biens du
comte de Melternich. Cela est contre ma dignité.
Lorsque j'ai affaire aux princes de la Confédération, je n'ai besoin de
l'intervention de personne. Je désapprouve tout concert direct ou indirect de
mes ministres avec les ministres d'Autriche auprès des princes de la
Confédération du Rhin.
Saint-Cloud, 21 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
L'idée d'envoyer des Espagnols à Corfou est mauvaise.
Donnez ordre que ces Espagnols, qui sont à Toulon, soient renvoyés dans
l'intérieur et attachés à un bataillon du régiment Joseph-Napoléon.
Il faut bien se garder de les envoyer à Corfou, ils ne feraient qu'y consommer
des vivres et trahiraient à la première circonstance. Le bataillon septinsulaire pourrait plutôt se recruter parmi les
Dalmates, les Italiens et les Napolitains.
Saint-Cloud, 21 septembre 1810
Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, j'ai beaucoup d'argent en
Hollande ; j'ai intérêt de le dépenser dans le pays pour éviter les pertes
résultant des retours, et de le dépenser promptement pour ramener la circulation.
Déjà 8 millions vont être remis en circulation, en conséquence des dernières
dispositions qui ont été prises pour la caisse d'amortissement. La marine doit
beaucoup en Hollande sur tous les exercices et sur l’exercice courant. Je crois
qu'elle doit à Dordrecht 4 à 500,000 francs. Faites-vous remettre par la marine
l'état de ce qu'elle doit en Hollande et de ce qu'elle doit pour l'exercice
courant à Anvers, et présentez-moi un projet de décret pour mettre ces sommes à
la disposition du ministre, en distinguant les exercices, et ce qui est crédit
de ce qui est autorisation pour porter en distribution, afin de payer et de
remettre quelques millions dans la circalation en
Hollande.
Saint-Cloud, 22 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je reçois votre lettre du 21. Je ne suis point satisfait
de son contenu. Je ne veux pas du 4e bataillon de Prusse. Il faut en diriger
les recrues sur les régiments hollandais. J'ai ordonné que les deux bataillons
qui sont en Espagne fussent réduits à un ; ainsi ce régiment n'aura plus que
deux bataillons, un en France et l'autre en Espagne.
Donnez le recrutement des villes hanséatiques aux
régiments hollandais. Je veux qu'on recrute parmi les Allemands, mais que ce
soit pour les régiments hollandais ou d'Isembourg et de la Tour-d'Auvergne.
Les régiments étrangers ne me rendent aucun service et me coûtent beaucoup ; ce
qui ne s'arrange pas avec l'économie que je veux mettre dans les dépenses de la
guerre.
Saint-Cloud, 22 septembre 1810
NOTE DICTÉE PAR
L'EMPEREUR.
Choses à faire. — 1° Les comptes des finances, savoir :
le compte de 1809, le compte de 1810 et un coup d'œil sur le service de 1811.
Le ministre des finances est chargé de ce travail. Il n'attend plus que les
détails sur les affaires de Hollande, et ils sont en délibération au Conseil
d'État.
2° Les affaires de Hollande. Il reste à régler le budget
des dépenses de la justice et de l'intérieur, et à arrêter le grand décret sur
les douanes ; ce décret est au Conseil.
La division en départements et en divisions militaires
est terminée, ainsi que l'organisation du génie et de l'artillerie.
3° Un nouvel arrangement sur les centimes fixes et
variables. Cet objet est au Conseil d'État.
4° Un grand décret pour régulariser les fonds spéciaux
pour le passé et pour l'avenir ; le ministre du trésor en est chargé.
5° Faire marcher et organiser la Société maternelle.
6° Organiser l'Ordre des Trois Toisons.
Objets à mettre en train.
1° Sénatus-consulte pour la réunion de la Hollande.
2° Sénatus-consulte pour une levée de conscrits pour la
marine.
3° Décret pour cette levée.
4° Décret pour le nombre des équipages à former avec
l'indication des vaisseaux qu'ils doivent monter.
Le sénatus-consulte sur la réunion de la Hollande sera
préparé par l'archicbancelier, qui tiendra à cet
effet un conseil où il réunira les ministres d'État.
Beaucoup de choses ont été dites qui peuvent servir à la
rédaction des motifs, mais il faut y ajouter les démarches faites auprès de
l'Angleterre, à l'occasion de la Hollande, pour la porter à la paix. Il est
bon de publier ces pièces. Écrire à ce sujet au duc de Cadore.
Paris, 23 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je lis avec surprise la lettre du major du régiment irlandais.
Je n'ai point ordonné que les Irlandais qui s'étaient battus pour moi à
Flessingue et qui ont été mutilés à mon service fussent
renvoyés parmi les prisonniers; que les déserteurs de la marine et des régiments
anglais fussent renvoyés à Givet. J'ai ordonné que les hommes recrutés parmi
les prisonniers anglais fussent renvoyés au dépôt. Je ne conçois donc rien à ce
bavardage. Il serait contraire à ma volonté que les déserteurs ou les Irlandais
qui m'ont servi fussent mis parmi les prisonniers. Je ne sais donc pas ce que
veut dire ce major.
Paris, 24 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Je vous envoie des lettres de M. l'architrésorier sur
l'arrivée du général Sandol-Roy, de Batavia. Je vous
prie, aussitôt que ces individus arriveront, de me faire un rapport sur ces
affaires.
Paris, 24 septembre 1810
Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de
l’Empereur en Hollande, à Amsterdam
Je reçois vos lettres du 20 septembre. J'attends avec
intérêt les dépêches chiffrées de Batavia pour prendre un parti sur cette
colonie. On prépare des expéditions par lesquelles j'envoie 10,000 fusils.
J'attends également vos deux bataillons pour les y faire passer, ainsi que les
deux compagnies d'artillerie. J'envoie également de fortes expéditions à l'île
de France.
Vous dites que Batavia n'aura pas besoin d'argent si l'on
ouvre le continent aux denrées de ce pays. Donnez-moi des explications
là-dessus. Quelles sont ces denrées ? Que faut-il faire ? Et comment arriveraient-elles
en France ?
Paris, 24 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, je reçois votre lettre du 20. Je vous prie de
porter la plus grande attention à l'exécution de mon décret sur l'exportation
des blés. Vous n'avez pas assez d'expérience sur cette matière. Ce n'est pas en
France qu'a été le blé qui est sorti du royaume d'Italie, mais à Malte, à Cadix
et encore en Sicile. Mais le fait est que Rome, Gènes, Florence et le Piémont
ont le plus grand besoin de blé. Vous recevrez un décret que j'ai pris pour
exempter de tout droit l'exportation des blés d'Italie en France. Les fermiers
du royaume d'Italie pourront exporter leur blé en Piémont et en France. Comme
j'ai prohibé la sortie des ports de France, il n'y a rien à craindre; mais, si
la sortie des blés sur Turin, Gènes et Kome devenait
trop considérable, vous auriez soin de m'en prévenir et je l'arrêterais.
La question des blés est la plus importante et la plus
délicate pour les souverains. Les propriétaires ne sont jamais d'accord avec le
peuple. Le premier devoir du souverain dans cette question est de pencher pour
le peuple, sans écouter les sophismes des propriétaires.
Paris, 25 septembre 1810
Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de
l’Empereur en Hollande, à Amsterdam
Mon Cousin, vous me parlez des plaintes des habitants
d'Amsterdam, de leurs inquiétudes, de leur mécontentement. Est-ce que les
Hollandais me prendraient pour le grand pensionnaire Barnevelt
? Je ferai ce qui est convenable au bien de mon empire, et les clameurs des
hommes insensés qui veulent savoir mieux que moi ce qui convient ne
m'inspirent que du mépris.
Fontainebleau, 26 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
On visite trop facilement nos arsenaux, surtout celui de
Toulon. A Toulon, on va trop facilement en pleine rade. La police du port de
Toulon, en général, est mauvaise. Donnez des ordres pour que tout prenne une
figure plus sévère. On se plaint que le port est d'une grande malpropreté.
Fontainebleau, 26 septembre 1810
A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris
Monsieur le Duc de Gaëte, je
désire que vous formiez une commission composée des présidents de section de
mon Conseil d'État et des deux conseillers d'État hollandais, pour rédiger un
projet de décret qui règle toutes les affaires de Hollande, savoir :
1° La division en départements, les divisions militaires,
les directions d'artillerie et du génie, et ce conformément à ce que j'ai
arrêté, en ayant soin de n'y pas comprendre les deux départements réunis avant
la réunion générale de la Hollande, enfin tout ce qui complète la division du
territoire en arrondissements, cantons, etc.
2° L'organisation du système d'impositions pour 1811,
ayant toujours soin de séparer les deux anciens départements des cinq nouveaux.
Les deux premiers auront la même administration que la France ; cela est
convenable pour que la ligne des douanes soit mieux placée, et beaucoup de
mesures ont déjà été prises pour donner l'administration française à ces deux
départements. Quant aux finances, tout ce qui concerne ces deux départements
sera réglé à part.
3° Ce projet de décret réglera tout ce qui est relatif
aux payements de la dette publique et aux douanes pour 1811.
4° Ce qui est relatif à la liste civile. Vous appellerez
à cet effet le comte Daru, qui connaît mes intentions là-dessus.
5* Ce qui est relatif à
l'administration de la justice.
Le même jour vous m'apporterez un projet de décret pour
les deux départements des Bouches-de-l’Escaut et du Rhin, qui complétera
rétablissement de notre législation et de notre administration dans ce pays.
Il faut que ces deux décrets complètent entièrement tout
ce qu’il y a à faire pour la Hollande, et que je n'aie plus à m'en occuper.
Fontainebleau, 27 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Présentez-moi un projet pour le Prytanée. Les 14,000
francs que vous demandez sont trop. Les élèves qui arrivent doivent avoir leur
trousseau.
Les bâtiments peuvent être réparés en plusieurs années.
30,000 francs doivent suffire. La pension à 800 francs est trop forte. Calculez
pour que la pension coûte 800 francs aux pensionnaires, mais je ne dois payer
que 600 francs pour les élèves.
Fontainebleau, 27 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de former à
Avignon une division de l'armée de Catalogne, composée de deux bataillons du
67e, de deux bataillons du 16e de ligne et de deux bataillous du 3e léger.
Donnez ordre au 102e de former son 2e et son 3e bataillon
à 840 hommes chacun, et de les mettre en marche de Savone et de Port-Maurice, commandés par le colonel, pour se rendre à
Avignon.
Ces huit bataillons, complétés à 840 hommes, feront près
de 7,000 hommes.
Je vous ai donné l’ordre de mettre en marche un bataillon
du 18e léger, un du 5e, un du 23e, un du 81e et un du 11e de ligne; ce qui forme huit bataillons avec
les trois bataillons qui sont à Foix. Donnez ordre au général commandant à Perpignan
de se servir de ces bataillons pour marcher au secours des postes qui seraient
bloqués à Figuières ou ailleurs.
Donnez ordre que le 4e bataillon du régiment suisse, qui
est à Marseille, soit dirigé sur la côte pour remplacer le 11e de ligne et occuper
les postes qu'occupait ce régiment.
Remettez-moi un état qui me fasse connaître la situation,
1° des bataillons de marche italiens, 2° des escadrons de marche, 3° des sept
bataillons qui étaient à Toulouse, 4° des huit bataillons actuellement en marche,
afin que je voie la quantité de troupes qui vont renforcer l'armée de
Catalogne. Si le régiment de marche destiné à cette armée est assez fort, il
faut en former deux régiments.
Fontainebleau., 27 septembre 1810
NOTE POUR LE
MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.
L'intention de Sa Majesté est qu'au 15 décembre le
ministre de l'intérieur et le graud maître de
l'Université puissent lui rendre les comptes de l'Université et lui présenter
les renseignements, les mémoires, les rapports nécessaires pour connaître et
déterminer ce qu'il faut faire pour compléter l'organisation.
Sa Majesté désire : 1° que le ministre fasse faire un
rapport sur les procès-verbaux du conseil de l'Université pour connaître
quelles sont les attributions que le grand maître et le conseil se sont données
et les principes d'après lesquels ils ont opéré; 2° que les comptes en recette
et en dépense soient traités de manière qu’on connaisse toutes les recettes
avec les époques où elles ont été effectuées, les dépenses faites et les
dépenses restant à faire, de sorte qu'on puisse compléter les moyens de recette
pour les mettre en équilibre avec les dépenses nécessaires; 3° que le ministre
charge le grand maître et le conseil de l'Université de préparer un travail,
divisé par département et par arrondissement, qui présentera le nombre des
lycées, des collèges, des écoles secondaires et des institutions particulières,
le nombre des élèves dans chaque lycée, dans chaque collège, celui des élèves
nommés et à nommer, etc.; 4° que le ministre demande également au grand maître
et au conseil de l'Université un travail qui fasse connaître les inconvénients
que peuvent avoir les règlements actuellement existants, les entraves qui
peuvent en résulter pour le grand maitre et le
conseil, et ce qu'il y a à faire pour rendre plus facile, plus prompte et plus
sûre la marche de l'institution ; 5° que le ministre profite du mois d'octobre
et du mois de novembre pour recueillir, par le moyen des préfets, des
renseignements complets sur tout ce qui est relatif à l'organisation, à
l'administration, à l'instruction dans les écoles et au personnel des officiers
employés dans toutes les parties de l'enseignement. Ces renseignements doivent
servir de contrôle pour ceux que remettra l'Université et donner l’éveil sur
les abus qui pourraient exister.
A dater du 15 décembre, Sa Majesté tiendra tous les huit
jours un conseil d'administration auquel le grand maître sera appelé. C’est
dans ce conseil que l'Université sera réellement et définiftivemest
organisée.
Fontainebleau, 27 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, j'ai lu
avec le plus grand intérêt votre rapport du 11 septembre sur l'introduction des
marchandises étrangères dans mon royaume d'Italie et le projet de décret qui y
était joint. Ce projet est susceptible de beaucoup de discussions; je ne
pourrai donc y statuer que dans huit à dix jours. En attendant, voici ce que
mon intention est que vous fassiez :
1° Paire venir en entrepôt réel dans les douanes, soit de
Vérone, soit de Milan, soit des autres frontières, toutes les marchandises et
coton et denrées qui viennent d'Allemagne, soit qu'on les dise marchandises
françaises, soit qu'on les dise marchandises du grand-ducher
de Berg. Vous les laisserez dans cet entrepôt réel jusqu'à ce qu'on ait pu
vérifier si elles sont véritablement marchandises françaises on marchandises du
grand-duché de Berg, et par là on portera un coup sensible aux manufactures
suisses.
2° Ne plus admettre aux droits modifiés pour les
marchandises françaises que dans un ou deux bureaux de douanes, sur la
frontière de France, tels que le bureau de Verceil et celui vis-à-vis Pavie,
sur le Pô. Quant aux marchandises de Bavière, il me semble que je n'ai pas
ratifié le traité de commerce. Ainsi vous ne laisserez entrer dans mon royaume
d'Italie aucunes denrées ni étoffes étrangères que par les deux bureaux de
Verceil et du Pô, vis-à-vis Pavie, et vous mettrez en entrepôt réel tout ce qui
arrivera par l'Allemagne ; car je crois que, dans le décret que je vous
enverrai d'ici à huit jours, je rapporterai tout ce qui est relatif à la
Bavière et au grand-duché de Berg, et que je n'accorderai l'entrée dans mon
royaume d'Italie que par les deux bureaux de douanes les plus voisins de la
France, où la surveillance sera sévèrement exercée pour qu'il n'y ait plus
d'abus. On sera certain que les marchandises sont françaises, d'abord parce
qu'elles viendront de France, ensuite parce que je n'accorderai ce privilège
qu'à un petit nombre de fabricants dont je serai sûr, et que des bordereaux bien
en règle constateront la quantité et l'origine des marchandises qu'il leur sera
permis d'exporter.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Je vous envoie ma réponse. Rédigez-la et remettez-la-moi
sous les yeux. On ne peut nier qu'il n'y ait quelque rapprochement, mais nous
sommes loin du but. Les Anglais tournent comme des enfants, et d'une manière
assez ridicule, autour de la difficulté.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Monsieur le Comte Decrès, je reçois votre lettre sur le
ravitaillement de Barcelone. D'abord je ne veux risquer aucun de mes vaisseaux
de ligne, je ne veux employer que des frégates. J'approuve le projet de deux
expéditions, en ôtant le vaisseau de guerre. Tout ce que j'ai demandé est en
quintaux ancienne mesure et non en quintaux métriques. Les circonstances du
cabotage ne sont plus les mêmes qu'il y a deux ans. Nous avons aujourd'hui le
port de Rosas, et la côte de Saint-Félix est occupée
par mes troupes. En mettant un homme intelligent à la tête de ce cabotage, et
saisissant le moment où nous aurons regarni toute la côte, il y aura moins de
chances à courir. Il resterait un autre moyen, qui consisterait à faire passer
les grains, tartane par tartane, en les expédiant de la Ciotât,
de Cassis, et même de Marseille. Si l'on en faisait partir cinq de Marseille,
cinq de la Ciotat et deux de Cassis, ou même de Bouc, ne pensez-vous pas que de
ces bâtiments sans escorte, conduits par des patrons qui connaissent Barcelone,
il pourrait en arriver dans ce port au moins trois sur douze ; ce qui ferait
9,000 quintaux ? On pourrait d'ailleurs intéresser les patrons en leur
permettant de faire leur retour pour leur compte avec un chargement de sucre,
de coton et autres denrées coloniales qui sont à Barcelone. Ainsi on pourrait
préparer à Toulon deux expéditions, escortées par des frégates, de six ou huit
tartanes portant 40,000 quintaux. Il faudrait en même temps faire partir 20,000
quintaux sur neuf tartanes armées à Marseille et à la Ciotat, lesquelles
prendraient la côte d'Espagne, au-dessus de Barcelone, et y arriveraient
ensuite comme venant d'un port d'Espagne. Cela ferait 60.000 quintaux qui
partiraient de Toulon, et, avec les 15,000 quintaux qui doivent partir du
Havre, 75,000 quintaux ancienne mesure. Il faudrait y joindre une quantité de
riz et de sel proportionnée. Je mets à votre disposition un million pour cet
objet, dont vous me rendrez un compte particulier. Avec ce million, vous
pourrez faire partir 75,000 quintaux de blé ou de farine, et y joindre encore
quelques milliers de quintaux de riz. S'il n'en arrivait que le tiers, ce
serait de l'argent parfaitement employé.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Je réponds à votre lettre du 25 septembre. La quantité de
poudre à envoyer à Corfou est peut-être trop considérable; on peut la réduire.
Deux frégates et la flûte la Thémis
me paraissent un envoi de bâtiments trop considérable pour Corfou. Ne
pourriez-vous pas armer la Thémis de
manière à être plus forte qu'un brick ? Ce qui, avec une bonne frégate, serait
suffisant pour n'avoir rien à craindre d'une frégate ennemie, et même d'une
frégate et d'un brick.
Vous donneriez l'ordre que la Thémis fût réarmée à Corfou avec les équipages du pays, et les
deux frégates qui sont à Corfou pourraient venir prendre position à Ancône.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de
l’administration de la guerre, à Paris
J'ai lu avec attention votre rapport sur Corfou du 10. Je
vois avec plaisir qu'il y a pour 320 jours de pain, 350 jours de riz et
légumes, et pour 40 jours de bœuf. Corfou acquérant tous les jours une nouvelle
importance, puisque les Anglais, en étant maîtres, le seraient de l’Adriatique,
et craignant qu'à la fin de l'hiver ils n'y tentent quelque chose, j'ai pris
un décret que vous recevrez pour fixer l'approvisionnement du siège de Corfou.
Quant aux envois à faire à Corfou, je pense qu'il faut
les faire, non par le roi de Naples, qui ne les ferait pas, mais par un de vos
agents, qui se rendra à Ancône et à Otrante et fera des marchés avec des
maisons de commerce pour l’achât et pour le
transport. Indépendamment du nolis ordinaire, vous leur passerez un droit de 40
pour cent pour les risques de la navigation. C'est le moyen de bien faire cette
opération. Pour tant de riz et de blé porté à Corfou, vous payerez tant.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au comte Daru, intendant général de la maison de
l’Empereur, à Amsterdam
J'ai lu avec attention votre lettre d'Amsterdam du 4
septembre, relative à l'exécution de mon décret sur la liste civile du Roi.
Je vois que l'actif se compose : du restant en caisse,
12,000 florins; des arrérages des domaines, 60,000 florins; de l'estimation du
mobilier, 1,300,000 florins; des versements du trésor public jusqu’au moment de
l'extinction de la liste civile, 375,000 florins; acquisitions d'immeubles,
1,300,000 florins; et cet actif, vous le réduisez à 2,922,000 florins ; que le
passif se compose : de 200,000 lorins dus pour le
personnel, de 550,000 pour le matériel, et de 42,000 florins dus pour les bons
du Roi; de 1,489,000 de l'emprunt du Roi, et de 55,000 pour avances du trésor
public; total, : 414,000 florins.
Je vois que sur le passif vous avez déjà payé 184,000
florins.
Je désire que vous ayez une explication avec M. Mollien
sur l’emprunt du Roi, pour savoir s'il n'a pas été confondu avec les autres
emprunts ou s'il en a été séparé.
Il reste un million de dû et qu'il faut payer
sur-le-champ. Sur ce million de florins, je vois que 12,000 florins étaient en
caisse; que le trésor public devait 375,000 florins, qui probablement étaient
pour les traitements de juillet et d'août; enfin qu'il reste à espérer 600,000
florins de l'arriéré des domaines. Cela étant, il y aurait donc de quoi payer
toutes les dettes.
Présentez-moi donc un projet de décret pour payer ces
dettes e( pour constituer définitivement la liste
civile, car, avant tout, je veux qu'il n'y ait que la même dette.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au comte Daru, intendant général de la maison impériale,
à Amsterdam
Monsieur le Comte Daru, les dépenses de l'écurie me
paraissent exorbitantes. Il faut qu'il y ait bien des abus et une mauvaise administration.
Il n'y a plus de bornes pour que cela s'arrête. Je vois qu'on a dépensé cette
année 268,000 francs pour les voitures; j'avais accordé 120,000 francs et un
supplément do 44,000 francs. J'ai donné je ne sais combien sur le budget du
Sacre. Ce serait 4 à 500,000 francs que j'aurais dépensés cette année en
voitures. Faites vérifier l'état des voitures, ce qu'elles ont coûté et qui a
réglé les mémoires; ils doivent être susceptibles d'une grande réduction.
Pour la nourriture de 900 chevaux, on me demande 546,000
francs: c'est plus de 600 francs par cheval par an. Combien la ration doit-elle
me coûter ? A ce taux, ce serait 34 ou 35 sous la ration.
Quant à l'équipage de transport, je vois qu'on laisse à
Bayonne des chevaux qui coûtent 3 francs la ration. Il me semble que, pour peu
que l'intendant eût eu soin, il eût envoyé ces chevaux à Auch, qui est à trois
marches de là, et ils n'auraient coûté que la moitié de ce qu'ils coûtent.
Pourquoi me demande-t-on 31,000 francs pour l'habillement des hommes de
l'équipage de transport, et 105,000 francs de gages ? Je ne sais pas ce que
c'est que cet argent que l’on me demande pour l'Impératrice Joséphine. Donnez
sur-le-champ l’ordre que les chevaux de transport de Bayonne soient envoyés à
cinq ou six marches dans l'intérieur, où les fourrages sont à meilleur marché.
Il n'y a jamais eu réellement de budget des écuries. Présentez-moi le projet de
ce budget. Il y a trop d'articles sur lesquels on est obligé d'intervenir. Il
faudrait le diviser en plusieurs chapitres, et les chapitres en articles. Le
trésorier ne connaîtrait que les chapitres. Je ne veux pas que mon écurie en
1811 me coûte plus de 2,500,000 francs; je ne
dépenserai pas davantage. Voyez le commandant de l’écurie, le comte Fouler, et
arrangez cela avec lui. Je dis 2,500,000 francs, parce
que l'extraordinaire des voyages, quelques présents que je fais aux
ambassadeurs, puisque cela est passé en usage, portent bientôt mon budget à
trois millions. Ce doit être là le maximum de ma dépense. En 1809 et 1810,
j'ai dépensé au delà de ce qui me convient. Cette continuation de dépense
mettrait du désordre dans ma maison.
Je crois que beaucoup de choses se font d'une manière
trop dispendieuse. Vous devez tout faire rentrer dans l’ordre. Le haras est
trop nombreux. Je désire garder des étalons qui m'ont servi, mais les juments,
on peut les envoyer aux haras des provinces. Cela fera déjà une économie assez
notable. Le haras avait été porté à 100 chevaux ; il peut facilement être
réduit à 60. Il faut aussi réduire le nombre des chevaux de mes écuries, et ne
garder que ce qui est nécessaire. Il y a beaucoup de chevaux qu'on ne monte
point, qu'on peut réformer.
Je vous renvoie votre rapport. Présentez-moi un travail
complet sur cette partie de mon service.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée
d’Allemagne, à Paris
Mon Cousin, il faut mettre plus d'ordre dans la
surveillance des côtes qui s'étendent de la Hollande à la Baltique. Je pense
donc que vous devez donner les ordres suivants : envoyer un général de brigade
de la division Gudin établir son quartier général à Oldenburg, et le charger de
la garde de toutes les rives de la Jahde depuis le
village d’Ellenserdam, où finit la Hollande, jusque
près de Cuxhaven. Trois bataillons et un régiment de cavalerie doivent suffire
à ce général ; mais, s'il était nécessaire, on lui donnerait deux régiments
d'infanterie et six pièces de canon ; il aurait un directeur des douanes sous
ses ordres et se concerterait avec l'officier de marine qui commande les
chaloupes canonnières chargées de garder les embouchures de l'Elbe, du Weser et
de la Jahde. Un autre général de la même division
résiderait à Cuxhaven, et sa surveillance embrasserait toutes les rives de
l'Elbe jusque vis-à-vis Hambourg ; de sorte que la Jahde,
le Weser et l'Elbe seraient bien exercés. La division Morand garderait la ligne depuis l'Elbe jusqu'à la Baltique, en
chargeant un général de brigade d'exercer tout le Mecklenburg. Le général Gudin
serait également chargé de fournir un régiment qui renforcerait la seconde
ligne depuis la rive gauche de l'Elbe jusqu'aux portes de Rees
sur le Rhin. Je désire que vous voyiez le ministre de la marine et le comte de Sussy. Le ministre de la marine vous donnera connaissance
de toutes les chaloupes canonnières que j'ai envoyées pour garder les
embouchures de la Jahde, du Weser et de l'Elbe. Vous
concerterez avec le directeur général des douanes l'organisation des
différentes brigades de douanes d'une manière correspondante avec votre
organisation militaire, pour surveiller les côtes, les embouchures des trois
fleuves, ainsi que la seconde ligne. Les deux divisions que je conserve dans le
Nord n'ont plus que ce but à atteindre, et il est très-important.
Il faut qu'aucun bâtiment anglais ne puisse venir mouiller à l'embouchure de la
Jahde, du Weser et de l'Elbe; que tous les postes
qu'ils y occupent soient repris ; que sur les côtes les batteries nécessaires
pour protéger mes chaloupes canonnières soient établies, et que Helgoland soit
aussi menacé.
Concertez-vous avec le duc de Reggio pour le placement de
vos postes ; envoyez des agents dans la Poméranie ; vous avez beaucoup
d'officiers d'état-major, faites-les courir. Enfin je vous charge absolument
d'empêcher la contrebande et la navigation anglaise depuis la Hollande jusqu'à
la Poméranie suédoise; faites-en votre affaire. Aussitôt que vous aurez
connaissance des brigades de douanes et des divisions de chaloupes canonnières
qui sont employées sur cette ligne, vous présenterez un projet d'organisation
qui mette tout cela sous vos ordres. Vous ferez des demandes de fonds pour
toutes les dépenses extraordinaires, frais de prise, de surveillance et de
mission, qui seront nécessaires, et je les ferai acquitter par la caisse des
douanes sur les fonds provenant des prises. Vous devez vous occuper de réprimer
les abus des douaniers, veiller à ce que les marchandises saisies soient
confisquées et à ce que tout se passe conformément à mes intentions. Je désire
que les soldats aient part dans les prises. Faites encore votre affaire de cet
objet.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon Cousin, donnez l’ordre au général Drouet de se porter
sans délai à Valladolid, de sa personne, pour prendre, sous le titre de
commandant du 9e corps de l'armée d'Espagne, le commandement des troupes qui
sont dans la Vieille-Castille, et protéger Almeida,
Ciudad-Rodrigo, Salamanque, Astorga. Vous donnerez ordre aux généraux
Kellermann, Seras, aux commandants de Ciudad-Rodrigo, d'Almeida et à tous les
commandants, quelque titre qu'ils aient, de mes forces sur les derrières de l’aqrmée de Portugal, d'obéir aux ordres du général Drouet.
Vous ferez connaître à ce général qu'il aura sous ses
ordres d'abord la division Seras, composée du 113e de ligne, du 4e régiment de
la 1e légion de la Vistule, du 4e bataillon du 12e léger, des 32e et 58e de
ligne, et des 2e, 4e, 5e et 7e bataillons auxiliaires, et de la 4e brigade de
dragons, composée des 9e et 10e régiments provisoires, ce qui fait 6 à 7,000
hommes d'infanterie et 1,500 chevaux et qu'il aura, de plus, un bataillon de la
garde de Paris, quatre bataillons suisses et 1,200 dragons des 6e et 7e régiments
provisoires. Il aura donc plus de 3,000 hommes de cavalerie. Indépendamment de
ces forces, il aura son corps d'armée. Avec cette cavalerie, le général Drouet
sera maître de la campagne, et pourra ramasser tous ses postes pour marcher au
secours de Ciudad-Rodrigo et d'Almeida et revenir ensuite au secours d'Astorga.
Il est convenable que les hôpitaux et établissements qui se trouveraient à
Benavente et ailleurs soient renfermés dans les places fortes ou dans
Valladolid.
Les troupes ci-dessus énumérées sont trop faibles sans
doute pour garder tous les points de la Vieille-Castille,
mais le général Drouet, avec une colonne de 8,000 hommes d'infanterie et de
2,000 chevaux, sans dégarnir les postes les plus importants, pourra empêcher
que Ciudad-Rodrigo et Almeida soient bloqués, ou du moins en faire lever le
blocus. Le prince d'Essling doit avoir laissé plusieurs milliers de chevaux sur
ses derrières, puisqu'il a eu l'ordre de laisser les brigades provisoires de
dragons. Je compte que le général Drouet sera rendu à Valladolid dans les
premiers jours d'octobre pour être à même de faire les mouvements convenables.
Vous donnerez l'instruction au général Drouet d'expédier,
en quittant Vitoria, l'ordre à la division Claparède, composée de cinq
demi-brigades provisoires, de partir pour Valladolid, ainsi qu'aux 20e et 7e de
chasseurs et au 13e de chasseurs, qui est arrivé le 25 à Bayonne. Ces trois
régiments lui donneront plus de 1,500 hommes de cavalerie d’élite.
Quant à sa seconde division, les deux demi-brigades qui
sont arrivées à Bayonne et qui ont eu ordre de se rendre à Vitoria y serviront
pour maintenir la tranquillité de la province et attendront l'arrivée des deux
autres demi-brigades.
La brigade Dumoustier et la division du général Reille
renforcée du 5e provisoire, qui doit déjà y être incorporé, formant 12,000
hommes sont plus que suffisantes pour contenir la Navarre.
Les deux autres demi-brigades qui arrivent incessamment à
Bayome se joindront aux deux autres à Vitoria, et
reformeront la 2e division; et, comme une division est en marche pour se rendre
dans la Biacaye, le général Drouet pourra retirer
cette 2e division.
Résumé. — Le général Drouet partira 24 heures après la
réception de votre ordre, que vous lui enverrez par un officier. Il mettra
sur-le-champ en marche pour Valladolid les cinq demi-brigades formant sa
première division et ses six escadrons de cavalerie.
En passant à Burgos, la 1e division se fera rejoindre par
le bataillon de Neuchâtel avec les deux canons qu'a ce
bataillon.
Donnez ces ordres sur-le-champ.
Fontainebleau, 28 septembre 1810, au soir
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je vous ai donné tout à l'heure des ordres pour
le mouvement du général Drouet. L'artillerie que j'avais ordonnée pour le 9e
corps n'est pas encore formée, mais les cinq demi-brigades doivent chacune
avoir leurs pièces de 6, le bataillon de Neuchâtel a deux pièces de 4 ; ainsi
le général Drouet aura douze pièces de canon. Le général Seras a, je crois,
aussi deux pièces de canons. Cela fera quatorze pièces de canon. Mais ce sont
des pièces de bataillon, et il n'a pas d'obusiers ; donnez ordre au général
Dorsenne de lui fournir quatre obusiers et deux pièces de 6 ou de 8 avec un
approvisionnement et demi ; donnez ordre également au général Dorsenne de
fournir au général Drouet des caissons pour compléter l'approvisionnement de
ses pièces de bataillon à 200 coups par pièce, et également de lui fournir dix
caissons d'infanterie. Le matériel, le général Dorsenne le trouvera à Burgos ;
s'il n'y est pas, il le fournira de la Garde. Les attelages seront formés par
les 600 chevaux du train qni doivent être arrivés à
Burgos, puisqu'ils sont partis le 18 septembre de Bayonne, ou qui y arrivent,
puisque 350 sont partis le 27 septembre de Bayonne, et que 100 autres en
partent le 28 ou le 29. Ces chevaux seront servis par différents détachements
du train. Ainsi le général Drouet aura les moyens d'organiser convenablement son
parc.
Quant au service des six pièces, il sera fait par la
compagnie qui est à Burgos, savoir : la 16e compagnie du 7e régiment
d'artillerie à pied, forte de 73 hommes, et dans laquelle on incorporera le
détachement du 7e régiment, fort de 35 hommes, qui fait partie d'une colonne
de canonniers dirigée sur l’armée de Portugal et partie le 28 de Bayonne. Il
pourra aussi se servir de 200 hommes d'artillerie destinés à l'armée de
Portugal et partis de Bayonne le 28. Ces hommes compléteront son artillerie, et
il les emploiera dans les places d'Almeida et de Ciudad-Rodrigo. Ainsi le
matériel est probablement dans le château de Burgos; mais, au pis aller, le
matériel de la Garde le fournira. Les attelages, je viens et vous faire
connaître comment ils existent, et, quant au personnel, je viens d'y pourvoir.
Je ne sais si le général Couin est à Borgos;
s'il n'y est pas, le général Drouet pourra prendre à Ciudad-Rodrigo ou à
Almeida l'officier supérieur d'artillerie que le prince d’Essling y a laissé.
Il pourra prendre le premier chef de bataillon d'artillerie qu’il trouvera, et
même, s'il est nécessaire, un chef de bataillon d'artillerie de la Garde.
Ainsi le général Drouet aura quatorze pièces de 6 et une
division de six pièces, dont quatre obusiers, total vingt bouches à feu, et
tout cela approvisionné à plus de 200 coups, plus dix caissons d'infanterie.
Pour vous mettre mieux à même d'expédier vos ordres, je
vous communique les deux états de mouvements ci-joints. Je n'ai donc plus d'iuquiétude sur l'artillerie du général Drouet.
Fontainebleau, 28 septembre 1810, au soir
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée
d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je vous ai fait connaître par mes deux lettres
de ce soir la nouvelle destination que je donne au général Drouet et l’intérêt
que je porte à ce qu'il soit rendu le plus tôt possible, de sa personne, à
Valladolid, afin de veiller sur les derrières de l’armée de Portugal. Je vous
ai fait connaître que le général Reille, qui est en Navarre, avait sous ses
ordres la division d’arrière-garde, composée de quatre régiments provisoires et
forte de plus de 8,000 hommes, et la division Dumoustier, de la Garde, forte de
plus de 6,000 hommes, ce qui fait 14,000 hommes; les deux escadrons du 9e de
hussards, forts de 900 hommes, et du grand-duché de Berg, forts de 800 hommes.
Le général Reille a donc 15,000 hommes. Donnez-lui ordre de s'organiser une
division de six pièces de canon ; ce qui, joint à l'artillerie du général Dumoustier,
lui composera un corps capable de traverser toute l'Espagne.
Les cinq régiments qui forment la division Claparède
recevront l’ordre de se diriger sur Valladolid. Les deux escadrons du 20e de
chasseurs, du 7e idem, du 13e idem, formant 1,500 hommes, suivront le même
mouvement. Le bataillon de Neuchâtel se joindra à cette division. Le général
Dorsenne y réunira des caissons d'infanterie, quatre obusiers et deux pièces de
canon, avec de quoi compléter toutes les pièces du général Drouet à 250 coups par
pièce.
Ce renfort de 10 à 12,000 hommes joints à la division
Seras et à 4 à 5,000 hommes de cavalerie rendra le général Drouet assez fort
pour culbuter tous les corps espagnols qui viendraient à se présenter, pour
garder fortement Ciudad-Rodrigo et Almeida, pour marcher au secours d'Astorga
et maintenir ses communications avec le général Bonet. Pendant ce temps, la
seconde division, dont deux demi-brigades sont depuis longtemps arrivées à
Bayonne, se rendra en toute diligence à Vitoria; les deux autres demi-brigades
les suivront. Assurez-vous bien que ces quatre demi-brigades ont leurs pièces
de campagne. Ainsi donc la Biscaye sera gardée, mais elle a besoin d'un
commandant supérieur. Donnez ordre à mon aide de camp le général de division
Caffarelli, que je destinais à commander la division de réserve de Catalogne,
de partir dans la journée de demain pour se rendre à Vitoria, où il prendra le
commandement des trois provinces de Biscaye et de Santandcr.
Vous lui donnerez pour instructions de se concerter avec les généraux Reille,
Dorsenne et Bonet pour maintenir la tranquillité sur les derrières et assurer
toutes les communications. Vous lui donnerez connaissance des troupes qui sont
en Biscaye et des demi-brigades qui s'y rendent, et vous donnerez ordre aux
généraux Thonvenot et Barthélémy
de reconnaître ce général.
Le ministre de la guerre donne ordre aux 1e et 2e
régiments provisoires de cavalerie légère qui arrivent aujourd'hui à Niort
d'en partir pour se rendre en droite ligne à Vitoria. Par ce moyen, le général
Caffarelli aura sous ses ordres, en Biscaye, deux régiments d'infanterie
formant six bataillons et quatre escadrons de cavalerie.
Il est nécessaire de prévenir le général Drouet que si,
avant l'arrivée de la division Claparède et de la cavalerie du général
Fournier, il était obligé de réunir du monde pour marcher contre des corps qui
inquiéteraient les places de Ciudad-Rodrigo et d'Almeida, il ait à replier tous
ses petits postes. Dans ce cas, la communication avec Madrid se ferait plus lentement
; il diminuerait le nombre des courriers et des estafettes ; afin qu'ils
arrivent plus sûrement, il les ferait partir une fois par semaine ou deux fois,
s'il était possible, avec de gros convois. Dîtes au général Drouet de prendre
le général Thiebault pour chef d'état-major. Ce général, qui connaît la Galice
et le Portugal, peut lui être très-utile. Faites
connaître au général Thiebault que j'attends qu'il secondera de tous ses moyens
le général Drouet, et que je compte n'avoir qu'à me louer des services qu'il
rendra dans cette circonstance.
Écrivez au général Drouet pour qu'en passant par Burgos
il prenne un des escadrons de gendarmerie qui s'y trouvent.
Vous feriez bien de renouveler à Bayonne l'ordre d'en
faire partir les deux demi-brigades du général Gonroux,
et les deux autres au fur et mesure qu'elles y arriveront.
Il faut renouveler également l’ordre aux 600 chevaux du
train de partir de Bayonne pour Burgos, s'ils n'étaient pas déjà partis.
Fontainebleau, 28 septembre 1810
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza
Mon Fils, je vous prie de voir auprès de quelque maison
de commerce d'Ancône ou de Venise si l’on pourrait faire le traité suivant
avec elle : vingt mille quintaux de blé seront fournis par vous à des négociants
qui les feront passer à Corfou, sur bâtiments ottomans, ou tous autres, à leurs
risques et périls, et vous leur payerez un droit de passage proportionné à ces
risques. Je suppose que le prix ordinaire du passage est d'un franc par
quintal ; vous pourrez le doubler, le tripler, même le
quadrupler. Au bout d'un temps déterminé, cette maison devrait vous présenter
le reçu du général commandant à Corfou, ou vous payer l'équivalent de votre
blé. Rendez-moi un compte là-dessus.
Fontainebleau, 30 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Monsieur le Duc de Feltre, les instructions que vous
donnez pour la marche du convoi de Barcelone sont trop précises. Il faut
laisser le général Baraguey d’Hilliers maître de la modifier selon les circonstances.
Recommandez-lui de faire arriver le convoi à Barcelone, mais de bien choisir le
moment. Cinq bataillons, qui ne font pas 2,000 hommes, peuvent n'être pas
suffisants pour aller à Barcelone. Des ordres de ce genre, quand ils viennent
du ministère, demandent à être faits d'une manière vague et circonspecte. Mes
troupes doivent être ménagées, et il faut éviter toute occasiou
de les compromettre. Ce serait une perte irrréparable
si ces cinq bataillons de bonnes troupes venaient à éprouver un échec.
Fontainebleau, 29 septembre 1810
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Rapp
de vérifier pourquoi le consul général de France a permis à un navire danzigois de sortir du port de Danzig. Mes consuls ne
peuvent point donner ces permis; ce ne peut être qu'une affaire d'argent, et il
y a évidemment corruption. Faites bien connaître au général Rapp qu'il doit
surveiller sévèrement ces désordres; que je ne veux point souffrir de corruption;
que je m'occupe beaucoup des affaires de commerce, et que je veux qu'on exécute
strictement mes ordres. Envoyez la lettre du général Rapp au ministre des
relations extérieures pour qu'il prenne des informations sur la conduite de ce
consul général. Vous donnerez ordre qu'à son arrivée à Bordeaux le capitaine de
navire soit arrêté et envoyé sous bonne escorte à Paris.
Fontainebleau, 29 septembre 1810
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée
d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, il faut donner l'ordre au duc de Dalmatie de
se porter avec le 5e corps constamment sur la Romana, de manière à le tenir en
échec s'il voulait passer par le Tage ou marcher sur les derrières de l'armée
de Portugal. Vous lui ferez connaître que les Anglais se sont affaiblis dans
Cadix pour renforcer leur armée de Portugal; qu'il a plus de monde là qu'il ne
lui en faut ; que son premier but doit être de faire diversion et de s'appuyer
à l'armée de Portugal.
Vous écrirez au Roi que je forme une armée du centre qui
sera composée de sa garde et de tous les Espagnols à pied et à cheval, du 2e
régiment de chasseurs, des chasseurs hanovriens, hollandais, westphaliens, et
de la division de dragons du général Lorge, ce qui
fait près de 4,000 hommes de cavalerie, et de deux divisions d'infanterie, la
première composée des régiments français de la division Dessolle
ou, en remplacement de cette division, des bataillons qui sont dans
l'arrondissement de l'armée du centre, formant 6,000 hommes, et la deuxième
division, des troupes de la Confédération du Rhin, formant également 6,000
hommes, ce qui fera toujours plus de 15,000 hommes; qu'il est nécessaire
d'organiser une division d'artillerie pour joindre à cette armée, afin qu'elle
soit en état de se porter où il serait nécessaire.
Vous ferez également connaître au Roi que le duc de Dalmatic a ordre d'être sur les talons de la Romana, et de
ne pas le laisser passer le Tage, et de le contenir.
Vous ferez connaître au Roi et au duc de Dalmatie que le
général Drouet se rend à Valladolid avec le 9e corps pour prendre le commandement
du pays sur les derrières de l'armée de Portugal ; que le géuéral
Caffarelli se rend à Vitoria pour prendre le commandement des provinces de la
Biscaye et de Santander; que j'attends la nouvelle de la prise de Tortose; que
la prise de Tarragone la suivra; ce qui mettra à même de faire marcher 25,000
hommes sur Valence.
Fontainebleau, 30 septembre 1810
A François II (sic), empereur d’Autriche, à Vienne
Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, j'ai vu
plusieurs fois le comte de Metternich. Je lui ai parlé des sentiments que je
porte à Votre Majesté Impériale. J'espère qu'il retourne près d'elle bien persuadé
du vif intérêt que je prends à elle et à sa monarchie. J'ai été satisfait de
son séjour ici. Nos relations actuelles me rassurent paraitement
sur les dispositions de Votre Majesté : je n'attache plus de prix à l'exécution
des articles secrets du traité de Vienne, relatifs à son armée. Je désire qu'elle
voie dans mon désistement de ces articles mon désir de lui plaire et de lui
donner de nouvelles preuves de mon estime et de ma haute considération.
Napoléon