16 – 31 août 1811

Saint-Cloud, 16 août 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous renvoie votre rapport du 14 août et l'état qui y était joint. Je désire d'abord que vous mettiez à cet état le véritable titre : État général des fonds (y compris le hui­tième convoi considéré comme parti) qui ont été fournis par le trésor à l’armée d'Espagne pour les payements des dépenses de cette année, depuis le 1er janvier 1810 jusqu'au 1er septembre 1811, jour du départ du huitième convoi. Il me semble que ce titre est plus exact que celui que vous avez mis. Je ne vois pas pourquoi vous compre­nez dans votre état les 1,783,000 francs de septembre, les 2 mil­lions d'octobre, les 2 millions de novembre et les 4 millions de décembre : ces mois sont encore à arriver. Je vois que vous n'avez à Perpignan que 600,000 francs; mais depuis j'ai ordonné deux envois en Catalogne, qui doivent porter à 2 millions ce que vous avez à Perpignan. Enfin je ne vois pas comment vous pensez avoir dépensé tant d'argent, lorsqu'une partie des huit premiers convois se trouve avoir été employée en avances pour solder les alliés. Ces états ne me paraissent donc pas encore assez nets. Il me semble que la véritable marche serait de faire connaître tous les envois, date par date, depuis le 1er janvier 1810. Alors les huit convois s'y trouveront dans leur ordre, et les envois en Catalogne s'y trouveront également. Faites-moi donc un état en forme de journal. Le vrai seul est bon et porte avec soi conviction. Je vous prie de me renvoyer cet état le plus tôt possible, car cela m'intéresse beaucoup pour mettre de l'ordre dans toutes mes affaires. Vous aurez reçu par le major général le détail du huitième convoi.


Je viens d'ordonner la formation d'un neuvième, qui partira dans les premiers jours d'octobre. Il se composera de 4 millions, dont moitié en argent et moitié en bons; mais j'attendrai pour en faire l’attribution que vous m’ayez rendu rectifie l'état que je vous renvoie. Le maréchal duc d'Istrie avait ordonné une violation de caisse de 100,000 francs; faites-moi connaître comment cet argent vous appartenait. Il faudrait le faire entrer dans la composition d'un convoi sans faire double emploi.


Saint-Cloud, 16 août 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, des vicaires apostoliques exercent dans différentes parties de l'Empire, notamment à Bois-le-Duc. Présentez-moi un projet de décret à rendre au Conseil d’État pour que ces vicaires aient à cesser sur-le-champ toutes fonctions et même à s'éloigner. Ils seront remplacés dans le gouvernement des catholiques de ces pays par des vicaires nommés par moi. Là-dessus les évêques du concile; voyez quelle est la manière légale d'arranger cette affaire, et posez bien la question. Je ferais plutôt fermer les églises d'Amsterdam et du Brabant hollandais que de souffrir des vicaires apostoliques. Il me paraîtrait, en effet, préférable de n’avoir pas de culte en ces pays à en avoir un dirigé par des agents du Pape, sans l'intermédiaire de l'évêché. Faites comprendre en même temps aux évêques de quel scandale serait cette affaire dans des départements protestants, où tout récemment encore le culte n'avait qu'un exercice toléré.


Saint-Cloud, 16 août 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, la députation qui se rendra à Savone sera composée de l’archevêque de Tours, du patriarche de Venise, de l’évêque de Nantes, de l'archevêque de Malines, et l’évêque de Feltre et de l’évêque de Plaisance. Réunissez ces six évêques pour les prévenir de se tenir prêts à partir.


Discutez avec eux ces questions : 1° comment le Pape doit-il donner son approbation au décret du concile ? 2° le décret du concile com­prendra tous les évêchés de l'Empire, même l'évêché de Rome.

Toute réserve que le Pape ferait pour l'évêché de Rome, je ne l'accepterai ni n'y mettrai d'opposition; mais pour tout évêché autre que celui de Rome je ne pourrais en admettre : cela romprait l'unité de mon Empire. Bois-le-Duc, Munster, la Toscane, l'Illyrie, tous les évêchés environnant Rome, doivent être compris dans le décret, hors l’évêché de Rome. Mon intention n'est pas d'avoir à Rome un beaucoup plus grand nombre d'évêchés que dans les autres pays de mon empire. Ainsi, non seulement je ne reviendrai pas sur ceux qui sont supprimés, mais je suis dans l'intention de m'entendre avec le Pape pour en supprimer d'autres. En France il y a un évêque par 500,000 âmes; à Rome j'aurai un évêque pour 100,000 âmes; ce qui fera pour les deux départements 6 ou 7 évêques. Le Pape n'a rien à voir aux limites temporelles de mes États. Tout pays qui se trouverait réuni à la France sera soumis au décret. L'IIlyrie et Corfou sont compris dans ces principes. Si mes États acquéraient un accrois­sement du côté de l'Espagne ou d'un autre côté, ces pays s'y trou­veraient compris de fait.

Ayez une conférence là-dessus aujourd'hui, et présentez-moi demain un projet d'instruction d'après ces bases, afin que la députation puisse partir au plus tard dans la journée du 18. Il parait que l'on désire que les évêques partent avant les cardinaux ou en même temps.

Je vous renvoie votre rapport pour que vous le lisiez aux évêques députés et que vous preniez leur opinion.

Envoyez au Conseil d’État le projet de décret que vous m’avez soumis.


Saint-Cloud, 16 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, la marine s'occupe dans ce moment d'une opération dont le résultat serait de faire passer les frégates et peut-être les vaisseaux, depuis l'embouchure de la Charente jusque dans la Gironde, par le pertuis de Maumusson. L'ennemi peut vou­loir s'y opposer; il est donc nécessaire de prendre aussitôt des mesu­res pour armer d'une manière convenable toutes les batteries de côte depuis les abords du port de Rochefort jusque dans la Gironde. Vous recevrez un décret relatif à cet armement. Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que toutes les batteries soient armées au 10 septembre.

J'ai demandé un projet de défense pour l'île Madame ; faites-le-faire de manière que cette île puisse se défendre seule, dans la supposition que l’île d'Aix et même tout le littoral de Rochefort seraient prit.


Saint-Cloud, 16 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, quel est le port qu'il faut préférer pour réunir mon escadre de l'Océan ? Je ne vois à choisir qu’entre deux : Cherbourg ou Brest. Quel est celui de ces deux ports qui m'offre le plus de facilités pour faire une descente en Angleterre ou en Irlande ? Quel est celui qui m'offre le plus de facilités pour appareiller pour l’Amérique et les Indes ?  Dix vaisseaux de guerre réunis à Cherbourg pourraient-ils appareiller tous les jours et jouer aux barres avec une escadre supérieure, comme le fait celle de Toulon ? L’escadre que je réunirais se composerait des cinq vaisseaux de Lorient (à cet effet, je désirerais qu'un des vaisseaux qui sont en construction fût mis à l’eau et prêt à partir avant janvier), des deux vaisseaux de Brest (et, de même, je voudrais que l’ordre fut donné dans ce port pour que l'Orion fût mis à l'eau le plus tôt possible), enfin des quatre vaisseaux de Cherbourg, en y comprenant ceux qui sont sur le chantier; cela ferait donc une escadre de onze vaisseaux de guerre, qu'il serait facile de réunir à Brest ou à Cherbourg. Comme l’équinoxe arrive, il serait nécessaire de donner les instructions. Je désire donc que vous me rédigiez un mémoire sur cette question importante.

Il faudrait voir aussi toutes les frégates qu'il serait possible de tirer de Nantes, de Brest, de Saint-Malo, Cherbourg, le Havre, etc., pour les réunir à cette escadre.


Saint-Cloud, 16 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, le colonel Deponthon me rend compte que les marins et gens du pays sont dans l'opinion que les frégates peuvent passer par le pertuis de Maumusson et aller ensuite mouiller dans la rade du Verdon. Je désire qu'on y fasse passer aussitôt les trois frégates qui sont en rade, et que vous ordonniez sur-le-champ l’armement de la frégate la Saale; par ce moyen j'aurai quatre frégates dans la Gironde. Je désire également qu'on travaille avec la plus grande activité à la Circé, afin qu'elle puisse être mise à l'eau avant le 1er octobre. J'aurais donc alors cinq frégates dans la rade du Verdon. Cela étant ainsi, il devient nécessaire de mettre deux nouvelles frégates sur le chantier de Rochefort. Vous ne devez cependant garder ceci que comme indication de ce qu'il y aurait à faire. J'attends, en définitive, le rapport que vous devez me faire à ce sujet, car si les vaisseaux peuvent mouiller aux Saumonards, nous pourrions y avoir trois vaisseaux, et trois autres à l’île d'Aix; ce qui obligerait l'ennemi à avoir aussi six vaisseaux sur la rade des Basques. Mais probablement il ne voudra pas tenir un pareil nombre de vaisseaux mouillés; il préférera bloquer la rade extérieurement, avec la même croisière qu'il a devant Lorient, et tenir seulement des vaisseaux d’observation. Je pense que, s'il est possible de mouiller aux Saumonards, il est nécessaire de s'occuper de l'armement de l'Océan, du Foudroyant, du Triomphant, du Cassard et du Jemmapes, qui, avec le Régulus, feront six vaisseaux. Il ne resterait dans le port que le Patriote.


Saint-Cloud, 17 août 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie une lettre d'un soldat de la garnison de Stettin. Il dit qu'il y a beaucoup de malades : j'ai cru que Stettin était en bon air. Damm, au contraire, est malsain. Faîtes vérifier cela. Ayez bien soin que mes troupes soient placées dans des lieux où elles n'aient point à craindre de maladies. Il vaut mieux donner la bataille la plus sanglante que de mettre ses troupes dans un lieu malsain. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à la division Morand après la bataille de Wagram.


Saint-Cloud, 17 août 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, je réponds à votre lettre du 11 août dernier. 5 millions sont affectés, sur les domaines qui se trouvent en Hollande, à la route d'Amsterdam à Anvers. Vous observez qu’il sera difficile de faire face à toutes les dotations; celle-là doit passer avant tout. Vous devez désigner sur-le-champ pour une valeur de 5 millions de biens que vous remettrez à la caisse d'amortissement qui a l’habitude de ce genre d'affaires ; elle les mettra aussitôt en vente et elle en versera le produit dans la caisse des canaux. Vous aurez soin d'instruire de ces dispositions le ministre de l'intérieur, le directeur général des ponts et chaussées et le trésorier de la caisse des canaux. II faut remarquer que ces 5 millions sont une somme fixe; en sorte que, si la somme provenant du résultat des enchères surpassait celle de 5 millions, il ne devrait cependant être versé que 5 millions à la caisse des canaux, et l'excédant appartiendrait au Domaine. Je crois qu'il suffira que vous fassiez mettre en vente des biens pour 200,000 francs de rente, sauf à y ajouter, si leur vente ne produisait pas les 5 millions.

Vous devez aussi fournir à la caisse des canaux 4 millions pour la route de Hambourg à Wesel et 8 millions pour le canal de la Seine à la Baltique. Mais, comme on n'a pas encore commencé les travaux du canal, il n'y a d'urgent que la réalisation des 4 millions pour la route. Faites faire sans retard la remise de biens de cette valeur à la caisse d'amortissement, qui les vendra et en versera également le produit dans la caisse des canaux. Il sera statué ultérieurement sur les 8 millions pour le canal. Ordonnez que ces opérations soient exécutées sans délai, afin que la caisse d'amortissement soit saisie de ces biens avant le 1er octobre, et qu'elle procède aussitôt à leur vente. Il est probable que, lorsqu'on liquidera définitivement l'arriéré de la dette de Hollande, on trouvera que toute la somme calculée à présent ne sera pas nécessaire.

Quant à la dotation du Sénat de 600,000 francs, il sera ultérieurement à cet égard.

Je vous renvoie votre rapport, parce qu'il s'y trouve des états. Ce qui importe dans ce moment, je le répète, ce sont les travaux des routes. La chaussée d'Amsterdam à Anvers rapprochera cette première ville de Paris de vingt-quatre heures, et celle de Hambourg à Wese, rapprochera Hambourg de Paris de quatre jours ; cela assure et consolide la réunion de ces pays à l'Empire, et c'est donc un objet de premier intérêt.


Saint-Cloud, 17 août 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, vous trouverez ci-jointe l’instruction signée de moi pour les évêques qui vont à Savone. Vous la leur remettrez en original, contresignée par vous, et vous en garderez une copie.

Vous réunirez les cardinaux qui ont demandé à se rendre à Savone, et vous leur communiquerez les instructions que je donne aux évêques. Vous leur ferez connaître que, s'ils sont de l'opinion que le Pape doive arranger toutes les affaires, j'autorise leur voyage à Savone, et qu'ils peuvent partir incontinent; que je désire qu'arrivés à Savone ils n'écrivent à qui que ce soit et ne soient les intermé­diaires d'aucune affaire auprès du Pape; que, si le Pape adhère au décret du concile, ils peuvent rester à Savone pour lui servir de con­seil dans les affaires ultérieures et les arrangements qui suivront; que, si le Pape refuse son approbation, ils doivent retourner à Paris. Mettez cela par écrit et remettez-le-leur, signé de vous.


Saint-Cloud, 17 août 1811

A MM. LES ÉVÊQUES DÉPUTÉS PRÈS DU PAPE, A SAVONE.

Messieurs les Archevêques et Évêques de Tours, de Malines, de Venise, de Nantes, de Plaisance et de Feltre, nous vous avons nom­més pour porter au Pape le décret du concile et lui en demander l’approbation. Cette approbation doit être pure et simple. Le décret s'étend sur tous les évêchés de l'Empire, dont Rome fait partie, et sur tous les évêchés de notre royaume d'Italie, dont Ancône, Urbino et Fermo font partie. Il comprend également la Hollande, Hambourg, Munster, le grand-duché de Berg, l’Illyrie et tous les pays réunis à la France ou qui y seraient réunis. Vous refuserez de recevoir l'ap­probation du Pape, si le Pape veut la donner avec des réserves, hormis celles qui regarderaient l'évêché de Rome, qui n'est point compris dans le décret. Nous n'admettrons non plus aucune constitu­tion ni bulle desquelles il résulterait que le Pape referait en son nom ce qu’a fait le concile. Nous avons déclaré que le Concordat a cessé d'être loi de l'Empire et du royaume; nous y avons été amené par la violation que le Pape en a faite pendant plusieurs années. Nous sommes rentré dans le droit commun des canons, qui confèrent au métropolitain le droit d'instituer les évêques. Nous rentrons donc dans le Concordat. Nous approuverons le décret du concile, à condition qu'il n'aura éprouvé ni modification, ni restriction, ni réserve quelconque, et qu'il sera purement et simplement accepté par Sa Sainteté; à défaut de quoi, vous déclarerez que nous sommes rentrez dans l'ordre commun de l'Église; que l'institution canonique est dévolue au métropolitain sans l'intervention du Pape, comme il était d'usage avant le concordat de François Ier et de Léon X.

Aussitôt que Sa Sainteté aura approuvé le décret sans réserve les modifications, nous nous entendrons pour la circonscription  des diocèses de Rome et du Trasimène, de la Toscane, de Hambourg, de la Hollande, du duché de Berg et de l’lllyrie. Nous n'entendons pas conserver dans les départements de Rome et du Trasimène plus d’un évêché par 100,000 âmes de population. Dans le reste de la France il y a un évêque par 500,000 âmes. Vous pouvez d'ailleurs, si le Pape est disposé à faire cesser les querelles qui existent, lui faire connaître que nous sommes animé des mêmes principes qui nous ont dicté les instructions données aux évêques lors de leur dernière mission. Aussitôt que le Pape aura donné son approbation au décret, vous l’enverrez par estafette à notre ministre des cultes, et vous res­terez à Savone jusqu'à nouvel ordre, pour servir de conseil au Pape dans les affaires ultérieures que nous aurions à traiter.

Si le Pape refuse l'approbation pure et simple du décret, vous lui déclarerez que les concordats ne sont plus lois de l’Empire et du royaume, lesquels rentrent dans le droit commun pour l'institution canonique des évêques, c'est-à-dire qu'il y sera pourvu par les synodes et par les métropolitains.

Nous comptons sur votre zèle pour la religion, pour notre service et le bien de votre pays. Ne montrez aucune faiblesse; n'acceptez rien que nous n'accepterions pas et qui serait contraire à la teneur des présentes, ce qui embarrasserait les affaires au lieu de les arranger et de les simplifier.


Saint-Cloud, 17 août 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, pour rendre la députation qui se rend auprès du Pape plus solennelle, mon intention est d'envoyer neuf évêques au lieu de six ; à cet effet, les évêques de Paris, de Trêves et d'Evreux seront joints aux six autres.


Saint-Cloud, 17 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le corps d'observation de réserve de l'armée d'Espagne sera composé de quatre divisions. La première, qui se réunit à Pampelune, sera commandée par le général Reille; la seconde, qui se réunit à Burgos, par le général Caffarelli ; la troisième, qui se réunit à Logroño, par le général Souham; la quatrième est la division italienne, qui se réunit à Pampelune. Je suppose que la division italienne a ses administrations et ses commissaires des guerres. Il faudra prendre à Madrid et à l'armée du Nord les commissaires des guerres et chefs de service nécessaires pour les trois divisions françaises. Il y a tant d'employés d’administration en Espagne, qu'il ne doit pas être difficile de faire ce travail.


Saint-Cloud, 17 août 1811

Au lieutenant-colonel Deponthon, secrétaire du cabinet de l’Empereur, en mission à Rochefort

Je reçois votre lettre en date du 14, avec les plans qui y sont joints. J'attache une grande importance à ce que mes frégates puissent se rendre dans la Gironde. J'ai ordonné la construction d'un fort au Verdon. Je désire que vous apportiez les plus grands renseignements sur le cours de la Gironde et sur les positions que pourraient y prendre mes escadres. Vous trouverez ci-jointe une note du décret que j'ai pris pour l'armement des batteries de côte.

Mon intention est de placer trois vaisseaux aux Saumonards; il faut pour cela en renforcer les batteries. J'attends le rapport sur l’île d'Oléron, où vous me ferez connaître ce qu'il y reste à faire pour que les bâtiments soient à l'abri. Avec les trois vaisseaux qui sont à l'île d'Aix, cela me fera deux divisions, chacune de six vaisseaux en rade, et obligera l'ennemi à tenir dans la rade des Basques un nombre au moins pareil de vaisseaux. On a objecté à ce projet que le cou­rant des Saumonards est trop fort pour qu'on y puisse mouiller ; j’ai ordonné en conséquence qu'une gabare y mouillât. Allez à bord de cette gabare et faites en sorte qu'on ne me fasse promptement un rapport là-dessus. Rien n'empêche que dans le gros temps ­les trois vaisseaux qui seront aux Saumonards ne filent leurs câbles et n'aillent mouiller dans la rade des Trousses, puisque, même éloignés des batteries, ils n'auront rien à craindre de l'ennemi, qui ne peut les attaquer par un gros temps.

Vous verrez, à l'île d'Oléron et à l'île d'Aix, les dépôts de con­scrits. Entrez dans les plus grands détails sur leur habillement, leur armement et leur composition. J'ai ordonné que toutes les compa­gnies fussent portées à 200 hommes pour désencombrer le dépôt de l’île de Ré. Vous verrez à Rochefort la situation des huit que j'y ai. Je suppose que les réparations pour leur armement seront pas trop considérables.


Saint-Cloud, 18 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez ma satisfaction au général Jarry pour le zèle, l’activité et la bonté qu'il a témoignés aux conscrits de l'île de Ré. Encouragez-le à continuer. Il serait nécessaire d'avoir à l'île d'Oléron un général de brigade qui fit la même chose et eut soin de ces jeunes gens.


Palais des Tuileries, 18 août 1811

ALLOCUTION DE L'EMPEREUR A UNE DÉPUTATION DU DÉPARTEMENT DE LA LIPPE.

Messieurs les Députés du département de la Lippe, la ville de Munster appartenait à un souverain ecclésiastique : déplorable effet de l’ignorance et de la superstition ! Vous étiez sans patrie. La Pro­vidence, qui a voulu que je rétablisse le trône de Charlemagne, vous a fait naturellement rentrer, avec la Hollande et les villes hanséatiques, dans le sein de l'Empire. Du moment où vous êtes devenus Français, mon cœur ne fait pas de différence entre vous et les autres parties de mes États. Aussitôt que les circonstances me le permet­tront, j'éprouverai une vive satisfaction à me trouver au milieu de vous.

A UNE DÉPUTATION DES ILES IONIENNES.

Messieurs les Députés des îles Ioniennes, j'ai fait faire dans votre pays de grands travaux. J'y ai réuni un grand nombre de troupes et des munitions de toute espèce. Je ne regrette pas les dépenses que Corfou coûte à mon trésor; elle est la clef de l'Adriatique.

Je n'abandonnerai jamais les îles que la supériorité de l'ennemi sur mer a fait tomber en son pouvoir. Dans l'Inde, comme dans l'Amé­rique, comme dans la Méditerranée, tout ce qui est et a été Français le sera constamment. Conquis par l'ennemi, par les vicissitudes de la guerre, ils rentreront dans l'Empire par d'autres événements de la guerre ou par les stipulations de la paix. Je regarderais comme une tache ineffaçable à la gloire de mon règne de sanctionner jamais l'abandon d'un seul Français.

J'agrée les sentiments que vous m'exprimez.


Saint-Cloud, 19 août 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, on se trouve tous les jours embarrassé pour les titres des Romains et des habitants des départements de la Lippe, du Ha­novre et de Hambourg. Je désire que vous me présentiez sans délai un projet sur cet objet. Je pense qu'il n'y a aucune utilité à mécon­tenter toute la noblesse des pays nouvellement réunis; il parait plus simple de la reconstituer et d'obliger ceux qui ont des titres à en solliciter la confirmation. On déterminerait leurs armoiries, leurs livrées, leurs titres, et, parla, ceux de prince et de duc ne seraient plus si communs. Cette disposition pourrait être appliquée aux nobles toscans. Gênes, le Piémont et la Hollande ont été révolutionnés; ils continueront de suivre nos principes.


Saint-Cloud, 19 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi connaître quel jour mes troupes pourront s'embarquer à Cherbourg. Quand tous les bâtiments y seront-ils rendus ? Aucun système n'est encore arrêté pour les écuries d'Anvers ; ce qui retarde tous mes projets. Je suppose que vous me porterez cela mercredi.

J'ai beaucoup de relations en Irlande. Je tiens déjà le fil qui fera remuer beaucoup de choses. Des agents commencent à aller et venir. Il sera fâcheux qu'ils s'aperçoivent qu'il n'y a rien du côté de l'Escaut.


Saint-Cloud, 19 août 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, vous ferez connaître au comte Rémusat qu'il n'a plus rien à voir à ma garde-robe, et que je lui ai retiré le titre de maître de ma garde-robe. Jusqu'à ce que j'aie pourvu à son remplacement, vous remplirez ses fonctions. Je vous envoie le budget de ma garde-robe que j'ai arrêté, et un ordre au comte Estève de payer les 16,000 francs de dettes que j'ai, Je ne veux pas charger le budget de cette somme; il n'y a rien à y changer, étant le même que celui que j'avais arrêté au commencement de l’année. Le tréso­rier payera donc les 16,000 francs sur la cassette, comme dette.

Faites-vous présenter les registres de mes effets; vérifiez-le et parafez-les. Je crois qu'on peut encore économiser sur le budget. Veillez à ce que le tailleur s'arrange pour ne pas faire de la mauvaise besogne, et que le budget ne soit pas dépassé. Le jour où l’on doit me présenter les objets neufs, vous me les présenterez, afin de voir s'ils me vont bien, et dès lors ils seront reçus. Mettez de l'ordre dans tout cela, afin qu'il y ait une règle bien établie pour le maître de la garde-robe quand j'en nommerai un. Il me semble que le comte Rémusat n'a pas été nommé par décret. S'il y avait un décret qui le nommât, vous me présenteriez un décret pour le révoquer.



Saint-Cloud, 20 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai mandé que mon intention était que le général Donnadieu eut le commandement des îles d'Hyères; mais, comme ces îles sont séparées, vous lui donnerez ordre de partir dans les vingt-quatre heures pour se rendre à Port-Cros, qui est l'île la plus exposée, afin de pourvoir à sa défense et à celle de l'Île du Levant.

Écrivez au général Dumuy d'augmenter la garnison de Port-Cros de manière qu'elle soit portée à 3,000 hommes ; d'y envoyer deux compagnies de marine et de se concerter avec le préfet maritime pour maintenir toujours cette île approvisionnée pour trois mois.

Faites connaître au général Donnadieu que je compte sur lui pour la défense de cette île importante, en surveiller les batteries et être toujours sur pied. Le général La Riboisière doit donner des ordres pour que les approvisionnements de guerre n'y manquent pas.


Saint-Cloud, 20 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, présentez-moi mercredi un projet de décret, avec la nomination de l'état-major, pour former à Rochefort quatre équipages pour les vaisseaux qui sont dans le meilleur état, le Triomphant, le Jemmapes, le Foudroyant et l’Océan; ce qui, avec le Regulus, fera cinq équipages. Il est nécessaire que les officiers et les maistrances soient promptement rendus à Rochefort, dès le commencement de septembre, ainsi que le personnel d'artillerie. Il faut faire un appel sur la côte et une levée dans le port de Lorient, parmi les marins des flottilles et les garde-côtes, pour armer ces vaisseaux. Mon intention est d'avoir cinq vaisseaux en rade de l'île d'Aix tout l'hiver. Je désirerais qu'ils fussent en rade, un en octobre et les autres en novembre. Le dépôt de l’île de Ré peut fournir un certain nombre de conscrits réfractaires. Les frégates, le Régulus, les vaisseaux de Lorient, de Brest même, peuvent concourir à former le fond des équipages. On en mettra deux aux Saumonards et deux à l’île d'Aix, ou tous les cinq à l’île d'Aix. Je veux que les Anglais soient obligés de tenir quatre vaisseaux devant Rochefort. Présentez-moi un contre-amiral pour commander cette division. Si le contre-amiral Violette, de Toulon, est capable de commander en chef, il faut le faire venir.

Il y a des officiers des marins de la Garde à Paris qui sont sans emploi; il faut leur donner du service, de préférence à Anvers ou sur la flottille de Boulogne, car il est probable que je me trouverai de préférence avec cette escadre et cette flottille.

Présentez-moi un projet de décret mercredi pour nommer et avoir en activité de service 16 contre-amiraux, savoir : 4 à Toulon, 1 à Rochefort, 1 à Brest, 1 à Cherbourg, 1 à la flottille de Boulogne, 5 à la flottille de l'Escaut, 2 hollandais pour les 9 vaisseaux et 1 à Venise.

En faisant de nouveaux contre-amiraux, il ne faut pas considérer l'ancienneté des services, mais véritablement l'étoffe et les espérances que les officiers peuvent donner.


Saint-Cloud, 20 août 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Laybach

Monsieur le Général Bertrand, le temps se passe et rien ne se fait. Vous avez des commissaires de marine à Trieste; autorisez-les à passer un marché pour la construction d'un vaisseau de guerre et de deux frégates. On se conformera à ce qui est d'usage pour ces mar­chés, et vous pouvez demander des renseignements à ce sujet au préfet maritime qui est à Venise. Donnez des ordres pour qu'on ramasse des ouvriers et faites travailler; ce sera une chose utile pour les provinces illyriennes. Vous êtes loin; levez les obstacles, et que ces trois bâtiments s'élèvent rapidement.


Saint-Cloud, 21 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j'ai ordonné le désarmement de toutes les batteries de Walcheren. D’après la connaissance plus approfondie que je viens de prendre des passes de l'Escaut, je suis dans l’intention d'excepter de cette mesure la batterie de West-Kappelle. Loin de la désarmer, je veux l'augmenter, en la faisant défendre par une tour de première espèce, qui contiendra ses munitions et la mettra à l'abri d'un coup de main, de telle sorte que 60 puissent se défendre là une trentaine de jours et obliger l’ennemi à ouvrir la tranchée.


Saint-Cloud, 21 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je réponds à votre rapport du 20 août sur les pièces de 48. L'important est de savoir quand ces pièces seront en batterie. Je vois qu'il n'y a pas un seul mortier aux îles d'Hyères pour empêcher l'ennemi de mouiller dans cette rade, et ce malgré les ordres que j'ai donnés il y a six mois. J'étais bien loin de m'attendre à l'inexécution de mes ordres; il en sera de même ici. Il ne s'agit pas de spéculation, il s'agit d'exécuter.  Les huit pièces de bronze provenant de Danzig et destinées pour Anvers sont  dans l’île de Cadzand, et ne doivent en sortir qu'après qu'elles auront été remplacées par celles en fer qui viennent d'être ordonnées. Je devais donc être fondé à penser que ces huit pièces y étaient en batterie et prêtes à tirer au besoin ; cependant on me dit qu'il en est autrement. Sue les vingt nouvelles pièces en bronze, douze sont coulées à Douve, huit à la Haye. Pour ne pas faire de transport inutile,  les huit de la fonderie de la Haye devront être envoyées à Flessingue, les douze de Douai devront être dirigées sur l'île de Cadzand, où l’on en retiendra huit, qu'on mettra en place de celles de Danzig, et les quatre autres passeront de là à Flessingue.  Ainsi Flessingue aura douze pièces de 18, Cadzand en aura huit, et les huit pièces de Danzig seront transportées à Anvers. Quand ces vingt-huit pièces seront-elles en batterie ? Leur transport ne doit pas être difficile,  puisque entre Douai, Anvers et Flessingue, tout peut se transporter par eau. Quand les dix en fer qui doivent être coulées à Liège seront-elles en état de partir avec leurs affûts et tout ce qui est nécessaire ? Sur ces dix, il en sera envoyé huit à Ostende. Les quarante-deux pièces en fer com­mandées à Liège seront employées pour l'Escaut et la Meuse. Ainsi le transport en sera facile. Les vingt-huit d'Indret seront envoyées, dix à la batterie des Saumonards, et dix-huit à celle de l'Île d’Aix. Mais quand tout cela sera-t-il fini ? voilà ce qu'il faudrait connaître bien positivement.

Je désire que vous me fassiez couler comme essai, à la fonderie de Douai, un canon qui puisse tirer des obus de 8 pouces, dont nous avons une grande quantité. Faites faire également quelques boulets du calibre 78 pour tirer avec ces nouvelles pièces, et voir l'effet que cela produirait. Obligé de défendre des rades éloignées et contre des vaisseaux, quelques pièces monstrueuses peuvent être d'un bon effet. Je sais tous les inconvénients attachés à ces pièces; il n'est donc question que de deux ou trois à mettre dans des points importants, en continuant d'assurer le fond de la défense sur des batteries de calibres moyens. J'approuve que vous fassiez couler 16,000 boulets pleins, de 48, et 4,000 boulets creux. Mais ne me demandez pas d'argent pour les boulets ni pour les fonderies : c'est un virement que doit faire le bureau d'artillerie, en diminuant les dépenses sur des objets moins pressants. Vous me dites que vous avez cinq pièces de 48 dans la direction de la Rochelle. Où sont ces pièces ? Si elles sont bonnes à quelque chose, il faudrait les placer à l'île d'Aix; mais, avant, il serait bon de les faire éprouver avec précaution.


Saint-Cloud, 22 août 1881

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai l'habitude de tenir un gouverneur à Venise. On pourrait donner cette place à l'amiral Villaret-Joyeuse; envoyez-le chercher, parlez-lui-en, parce que c'est une grâce que je veux lui faire et non une obligation que je veux lui imposer.

Il sera sous les ordres du vice-roi et correspondra aussi avec vous. Cette place rend, je crois, plus de 100,000 francs. Comme Venise est un grand arsenal de marine et que tout y est maritime, ses con­naissances comme amiral n'y seront pas inutiles. C'est la plus belle retraite qu'on puisse offrir. Il est convenable que vous lui fassiez la proposition comme venant de vous.  Dans une autre place, il ne pourrait être admis à jouir d'un traitement aussi considérable


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 20 août relativement aux îles d'Hyères. Par mon décret du 14 août 1810, j'avais ordonné qu'il serait construit au cap des Mèdes une batterie de dix pièces de 36, de deux de 18 et de six mortiers, dont deux à grande portée, et quatre de 12 pouces à la Gomer; au lieu de cela, il n’y a aujourd'hui que cinq pièces de 36, deux pièces de 18 et deux mortiers à la Gomer. Le même décret dit qu'il sera fait une batterie à remplacement de la batterie de l'Alicastre; au lieu de cela, il n'y a que deux pièces de 12. Le même décret porte qu'il sera fait une batterie à la pointe de Bon-Renaud; au lieu de cela, il n'y a rien. Le fort du petit Langoustier devait être augmenté de trois pièces de 36 et de trois mortiers à la Gomer; il parait que cela a été fait.

Comme vous ne m'avez pas envoyé les rapports des îles d’Aix, etc., je n'ai pas pu voir si mes intentions ont été remplies pour la presqu’île de Giens et pour la batterie de l'Esterel, ainsi que pour le mouillage de Bregançon.

Il paraît que l’article 5, qui est relatif à l'île de Bagaud, a été exécuté, hormis pour les mortiers à grande portée; il n'y en a poinrt.

L'article 6 dit qu'il sera disposé d'une douzaine de pièces de 4 ou de 6, de quatre obusiers et de six petits mortiers de 6 pouces pour les employer dans les îles. Il n'y en a point, si ce n'est une pièce de 4. Rendez-moi compte de tout l'armement.

Par le décret du 18 octobre 1810, j'ai ajouté à l'île de Porquerolles une nouvelle batterie de six pièces de 30 et de deux pièces de 18. Je ne vois pas que cela ait été fait.

Envoyez ces deux décrets au général La Riboisière, pour qu'il fasse compléter cet armement.

Quant aux mortiers à plaque et à la Gomer, indiquez-moi les lieux ils sont placés, pour que je désigne les points d'où l’on peut en tirer. Donnez ordre qu'on approvisionne les pièces de 36 d’un certain nombre d'obus et qu'on tire à toute portée.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Puisque vous n'avez pas encore envoyé d'ordre au général Vandamme, je pense que vous pouvez lui donner le commandement de la 14e division militaire, en lui faisant connaître qu'il est spéciale­ment chargé de commander une expédition (Cette expédition était dirigée contre les îles anglaises de la Manche) qui doit partir de Cher­bourg. Il réunira ces deux commandements.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître ce qu'il faut faire pour mettre en état l'enceinte de Middelburg. Il faudrait y établir un chemin couvert et des glacis, des ouvrages en maçonnerie sur les digues et une inondation qui couvrirait la place à 600 toises. Faites faire un projet afin que je puisse me décider aux conseils de novem­bre. Si j'adopte le canal qui m'est proposé par la marine, lequel aurait pour but de traverser l'île de Walcheren par Flessingue, Mid­delburg et Terveere, et d'aller avec une flotte de l'Escaut oriental dans l'Escaut occidental, il devient alors nécessaire de couvrir Mid­delburg, Terveere et ce canal par une flaque d'eau qui s'étende à 600 toises et fasse que je puisse toujours rester maître de cette île; si, au contraire, ce canal est jugé inutile, je préfère démolir Middelburg.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire faire sauter les fortifications de Genève. Je crois que cette mesure a été décrétée. Peut-être, sous le point de vue militaire, serait-il intéressant de garder cette place; mais, les habitants ayant toujours gardé un esprit séparé, je suis décidé à faire sauter les for­tifications sans délai. Faites-moi un rapport.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La batterie de l'île d'Hyères a mal fait son devoir, elle a fort mal tiré; les canonniers qui s'y trouvaient n'avaient jamais encore tiré. Le plus grand désordre régnait dans la batterie. Le vaisseau anglais a tiré 3 à 400 boulets et n'a blessé que deux hommes légèrement. Pour qu'un pareil événement n'ait plus lieu, il faut que les batteries de cette île s'exercent à tirer à boulets sur un bâtiment placé en mer, ainsi qu'au tir des bombes et des boulets rouges. Ordonnez les mêmes exercices à toutes les batteries de la rade d'Hyères, de la rade de Toulon et de la rade de l'île d'Aix, et spécialement de celle des Saumonards. Il faut mettre de l'intelligence en plaçant le but : par exemple, aux Saumonards, il faut placer une chaloupe à 100 toises du fort Boyard, et de manière qu'on puisse tirer dessus de l’île d’Aix et de l'île d'Oléron. On tirera aussi avec les mortiers à semelle, ainsi qu'avec des obus dans les pièces de 36.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 22 (sur les batteries des côtes de Rochefort et de l’embouchure de la Gironde). Les douze mortiers de 12 à la Gomer tirés de Metz seront bien longtemps avant d'arriver à Rochefort. Vous portez cinq mortiers à plaque, douze mortiers à la Gomer et trois mortiers ordinaires; il ne faut point de mortiers ordinaires sur la côte; ils doivent tous être à la Gomer. Je donne ordre au ministre de la marine de vous fournir les vingt-deux pièces de 36 et les onze pièces de 24 dont vous avez besoin. Envoyez-moi l’état des mortiers qui sont sur cette côte, et je vous ferai connaître ce que l’on peut en tirer pour en avoir plus promptement. Si ces batteries ne sont pas promptement armées, j'aurai des frégates prises. Il faut que vous me fassiez connaître à quel jour précis les batteries de Maumusson, du fort Chapus, dArvert, de la Coubre, de Terre-Nègre, de Royan et de Susac, et surtout la pointe de Grave seront armées. Le temps est ici d'une grande importance. Cette partie de la côte est, je crois, comprise dans l'arrondissement d'une colonne mobile commandée par un chef d’escadron. Faites mettre sous ses ordres tout le régiment de Berg, afin qu'il aide à la construction des batteries, et qu'aussitôt que mes frégates seront en mouvement et passeront dans la Gironde il ait un bataillon entier à la pointe de Grave, et que les batteries de Royan, d'Arvert et de la Coubre, soient suffisam­ment gardées. Quant à la batterie de Maumusson, le commandant d'Oléron aura soin d'y tenir un bataillon, afin qu'on soit à l'abri de toute surprise.

Je vois qu'à la batterie des Saumonards il y a cinq pièces de 36. Mon intention est qu'il y en ait dix de plus, et que les pièces de 24 soient portées à dix ; ce qui fera vingt-cinq pièces de 36 et de 24. Elles doivent être montées sur de bons affûts de côte, et elles seront approvisionnées, indépendamment des boulets, de 30 coups à obus. Les quatre mortiers à semelle ne servent à rien, puisque les plates-formes ne sont pas faites et qu'ils ne pourraient tirer qu'un seul coup. Faites construire des plates-formes comme je l'ai ordonné, et faites-les faire doubles. Il faut aux Saumonards huit nouveaux mortiers à semelle, de manière à y en avoir douze. Il faut dix nouveaux mor­tiers à la Gomer, ce qui fait quinze, et avec les quatre mortiers en fer, en tout, trente et un mortiers à cette batterie. Outre les vingt-cinq pièces de 36 et de 24, il faudra deux pièces de 18 en bronze pour tirer à boulets rouges. Il est nécessaire que cet armement soit promptement achevé. Je vais avoir une escadre mouillée aux Saumo­nards , et son sort dépendra beaucoup de la force de cette batterie. II faudra avoir à l’île d'Oléron quatre obusiers sur essieux et quatre pièces de 12 de campagne pour pouvoir se porter sur tous les points, suivre les mouvements de l'ennemi et s'avancer à mer basse sur l'estran, afin de protéger les vaisseaux qui seraient dans la rade des Trousses. Je vois qu'au château d'Oléron il n'y a que des mortiers ordinaires; je crois qu'il faudrait quatre mortiers de 8 pouces pour la défense de ce fort. A l'île de Ré je ne vois point de mortiers pour la défense de la place ; il faudrait y envoyer huit mortiers de 8 pouces. Il y a à la citadelle de Saint-Martin trois mortiers à semelle; je ne les y crois pas utiles. Envoyez-les à l'embouchure de la Gironde.

Il y a trente-huit mortiers à l'île d'Aix, cela me parait suffisant. Les huit mortiers à semelle n'ont pas de plates-formes; faites-en construire sur-le-champ, et faites-les construire doubles; sans cela ils ne peuvent être d'aucune utilité. Je pense qu'il faut avoir à l'île d'Aix les obusiers prussiens en réserve. Il se trouve deux pièces de 48 à l’île de Ré et trois à la Rochelle. Si ces cinq pièces sont en bon état de service, elles seraient mieux placées à l'île d'Aix.

Il y a à Brouage trois pièces de 36, deux pièces de 24 et trois pièces de 18, que vous indiquez comme en réserve; elles peuvent être employées dans l'armement des nouvelles batteries. Ainsi le prin­cipal objet de cette lettre est que vous me fassiez connaître quand les nouvelles batteries seront armées et quand tous mes ordres pour les Saumonards seront exécutés. Je désire le savoir jour par jour, afin de remettre ma flotte en rade dans la rade de l’île d'Aix ; des évènements auront lieu; il faut donc que tout soit bien préparé. Je vais faire passer des frégates entre l’île d'Oléron et le continent pour se rendre dans la Gironde; il faut donc que la Gironde et les batteries qui cou­vrent le passage soient promptement armées.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous chargerez le prince d'Eckmühl de donner l’ordre à l’amiral Ver Huell de prendre le commandement de la flottille de l'Ems, qui sera sous ses ordres, ainsi que toute la cote et les îles jusqu'aux limites du département de la Frise, y compris le Lauwer-Zee. Vous lui donnerez l’ordre de prendre les mesures nécessaires pour s’assurer des Wadden et pour qu'elles soient balisées. Il s'adressera au prince d'Eckmühl pour faire dresser des batteries où il sera nécessaire; il fera armer, au compte du commerce, tous les bâtiments qui font la navigation des Wadden. Ces bâtiments seront constamment escortés par des bateaux canonniers.

En conséquence, vous donnerez ordre qu'il y ait sous l'amiral Ver Huell vingt-quatre chaloupes canonnières, formant trois divisions pour garder les embouchures du Weser, de la Jahde, de l'Elbe, et trente-six bateaux canonniers du modèle hollandais, for­mant quatre sections, pour escorter les convois et battre les Wadden dans l’Ems, la Jahde, le Weser et la Baltique.

Donnez ordre par estafette au préfet maritime d'Amsterdam de fournir des bateaux canonniers hollandais pour compléter le nombre à trente-six. Il prendra à cet effet sur la flottille du Zuiderzee, de sorte que cela parte trente-six heures après votre ordre reçu.

Indépendamment de ce, il sera attaché aux canonnières de la flottille vingt-quatre péniches ou gros canots, pouvant porter 30 à 40 hommes et ayant une pièce de canon. Ces péniches seront attachées aux flottilles, et il y en aura à toutes les divisions de la Jahde, du Weser, de l'Elbe et de l'Ems. Vous donnerez l’ordre à l’amiral Ver Huell d'en acheter ou faire construire six à Hambourg et d'en faire venir d'Amsterdam au moins six.

J'ai à Hambourg 150,000 pieds cubes de bois qui m'appartien­nent; donnez ordre qu'ils soient envoyés à Delfzyl, d'où ils arriveront par les canaux jusqu'à Amsterdam.

Donnez ordre que les bois qui sont à Hambourg soient achetés et transportés par les Wadden à Delfzyl, et de là à Amsterdam, avant la mauvaise saison. Il en existe jusqu'à 500,000 pieds cubes propres à la marine.

Des convois de blé devaient partir de Hambourg par ce canal. Donnez ordre au vice-amiral Ver Huell de se concerter avec le prince d'Eckmühl pour faire occuper toutes les îles à occuper, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger cette navigation.

Si l'ennemi s'obstinait dans une île des Wadden, mon intention est qu'on fasse une expédition pour l'en chasser.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites connaître au capitaine de vaisseau Kersaint que, dans le courant de septembre, j'irai à Anvers et à Rotterdam; que je désire alors être instruit sur le grand projet du canal de Flessingue à Terveere, opération qui dépend de la grande question de l'Escaut orien­tal. Engagez-le à faire tous ses efforts pour être en état de me mettre au fait là-dessus, et que je puisse connaître de quelle manière se dirige cette passe.


Saint-Cloud, 22 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Suchet en lui envoyant les diffé­rents rapports sur l'armée de Catalogne. Faites-lui connaître les inquiétudes que l’on a que nos frontières soient attaquées; qu'il doit tenir garnison à Vicq pour empêcher l'ennemi de rien entreprendre contre le blocus de Figuières; qu'après le parti qu'il a pris d'évacuer toute la haute Catalogne, si l'ennemi venait à débarquer sur quelque point, le blocus de Figuières serait exposé; que des partis d'insurgés de la Catalogne inquiètent nos frontières. Que fait-il donc de mon armée ? Réitérez-lui l’ordre de tenir une de ses meilleures divisions entre Barcelone et Vicq, non pas des Italiens ou des Napolitains, mais une division française et des plus fortes, et de la mettre en communication avec le duc de Tarente, pour marcher au secours de la Catalogne. Faites-lui connaître que j'ai vu avec peine son retour à Saragosse; qu'il aurait mieux fait de rester aux environs de Montserrat, à portée de Barcelone et de la Catalogne, et de profiter de ce moment de terreur pour prendre Cardona et Urgel, et terminer la guerre dans cette province, au lieu que sa marche rétrograde a ranimé l'ennemi de tous côtés.

Réitérez-lui l’ordre de marcher au secours de la Catalogne et de prendre Cardona et Urgel. Ce qu'il dit de la force de l'ennemi du côté de Valence est ridicule; il s'endort trop vite sur ses lauriers.

Faites-lui connaître également que je suis surpris que le trésor ne reçoive aucun compte sur les finances du pays ; qu'il ait à lui faire passer un état détaillé de la situation des contributions ordinaires et extraordinaires ; que je vois avec peine qu'étant maître d'une partie de la Catalogne, de l'Aragon, ayant levé des contributions à Tortose, à Lerida, à Tarragone, la solde de l'armée ne soit pas à jour; qu’il prenne sur-le-champ des mesures pour la mettre au courant, et qu'il envoie des états très détaillés de tout ce qu'il a fait percevoir et de l'emploi qu'il en a fait; que c'est la seule armée dont on n'ait point de comptes détaillés.

Écrivez au duc de Raguse que je n'ai pas d'état de situation de son armée; qu'il ne correspond pas assez; qu'actuellement qu'il est sur le Tage il doit envoyer des renseignements sur tout ce qui le concerne, des états exacts de la situation et des emplacements de ses troupes; qu'il serait nécessaire qu'il s'assurât du passage du Tietar, en y fai­sant construire un pont au moins pour les hommes à pied, afin que la division qu'il a à Palencia puisse se porter à lui rapidement: que c'est sur le Midi qu'il doit porter ses regards ; que toute entreprise de l'ennemi sur le Nord est insensée, et que l'ennemi trouverait partout des renforts considérables qui compromettraient son existence.

Écrivez au duc de Dalmatie que le 1er corps qui bloque Cadix ne fait rien que rester sur la défensive.

Pourquoi n'ouvre-t-il pas la tranchée devant San-Pedro et ne met-il pas en mesure de passer le canal et de s'emparer de l’île de Léon, surtout lorsque l'ennemi s'est affaibli en évacuant la plus grande partie de ses forces ?

Écrivez au général Caffarelli qu'il est convenable qu'il fasse un mouvement combiné pour se porter sur Potes, tâcher d'y surprendre l'ennemi et le chasser de là.


Saint-Cloud, 22 août 1811

NOTE DICTÉE AU GRAND MARÉCHAL.

Faire un projet très économique assorti à l'École militaire et au palais de Rome pour entourer le Champ de Mars de casernes et relever d'un étage les portions de l'École militaire qui sont susceptibles de l'être, de manière à pouvoir caserner là une bonne division sans artillerie : on la suppose composée de dix bataillons d'infanterie faisant 8,000 hommes, de deux régiments de cavalerie faisant 2,000 hom­mes et 2,000 chevaux; total, 10,000 hommes et 2,000 chevaux. Ces troupes, ayant une place comme le Champ de Mars pour s'exercer, et pouvant être, pour ainsi dire, fermées sous la clef, forme­raient un camp permanent. Le nombre en serait dans la proportion voulue pour les hommes et pour la manœuvre.

Cette caserne servirait à loger les troupes de la Garde, et, dans des temps d'exercice, quand on voudrait l'éloigner de Paris pour la dépayser, on la ferait remplacer par une division d'infanterie pour exercer.

Pour les constructions, on ne doit point s'écarter des règles ordi­naires que suivent les officiers du génie. Un homme doit coûter 200 francs à loger et un homme et un cheval 300 francs. Au reste, on peut avoir des renseignements plus précis à la direction des fortifications.

Si cette idée ne pouvait pas se réaliser pour l'École militaire, on pourrait la réaliser ou sur les hauteurs de Meudon, ou à Fontaine­bleau, ou à Compiègne, c'est-à-dire que l'on voudrait avoir un projet de casernes, avec une grande place au milieu pour l'exercice, qui serviraient de camp d'instruction pour une division composée de 8,000 hommes d'infanterie et de 2,000 hommes de cavalerie.

Il y a deux manières d'exécuter cette idée : l’une de tracer un camp en carré et de l'entourer de baraques en briques en forme de tentes, et l'autre d'avoir des bâtiments de plusieurs étages.

Comparer la dépense des deux manières, et faire connaître com­bien coûterait un camp construit en baraques de pierres et de briques et pouvant durer vingt ans, ou bien combien cela coûterait en faisant des bâtiments à plusieurs étages.


Le premier projet a l'avantage de se rapprocher plus de la guerre, et l’autre est plus sain : le prix en décidera.

La cour habitant ordinairement Fontainebleau ou Compiègne per­dant les mois de septembre et d'octobre, pendant lesquels on peut faire les manœuvres, ces deux endroits paraissent les plus propres pour y établir la grande caserne. Meudon, étant à proximité de Versailles, Sèvres, Saint-Germain, etc., offre l'avantage de pouvoir réunir pour les manœuvres les troupes de ces garnisons, à peu près 20,000 hommes.


Saint-Cloud, 23 août 1811

A M. Maret, duc de Basssano, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie une lettre sur les États-Unis. Il me parait nécessaire que vous envoyiez des instructions sur toutes ces questions au sieur Serurier. Il faudrait profiter du départ des bâtiments américains et envoyer ces instructions en chiffre par triplicata. Vous lui ferez connaître que mon intention est d'en­courager l’indépendance de toutes les Amériques ; qu'il doit impli­quer dans ce sens, non seulement avec le président, mais encore avec les députés ou agents que ces différentes colonies peuvent avoir auprès des États-Unis; qu'il doit chercher à se lier avec eux; qu'il est même autorisé à envoyer des agents dans ces colonies; qu’on y enverra volontiers des armes et tous les secours qui dépendront de nous, pourvu que l'indépendance de ces colonies soit pure et simple, et qu'elles ne contractent aucun lien particulier avec les Anglais. Il doit se servir du canal du gouvernement américain pour leur faire parvenir ces sentiments de la France, de toutes les manière; enfin se mettre en mesure de nous instruire fréquemment de ce qui se passe dans les colonies espagnoles. Comme le gouvernement américain doit voir avec plaisir l'indépendance de ces colonies, le sieur Serurier se servira des agents américains pour faire connaître nos dispositions aux colonies espagnoles. Il n'y a pas même d’inconvénient à ce que vous fassiez connaître ces dispositions au ministre d'Amérique à Paris, et à l'engager à expédier un bâtiment en Amé­rique pour parler de cette affaire. Il faudrait engager également les États-Unis à établir un paquebot régulier entre l'Amérique et la France. Il faudrait que ce paquebot partit tous les huit jours ou tous les quinze jours. Cette correspondance pourrait se faire sous le pavil­lon américain et aux frais communs des deux États.


Saint-Cloud, 23 août 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Bassano, j'ai demandé au roi de Naples six équipages, puisque je ne puis pas avoir six vaisseaux. Faites une note officielle à ce sujet et chargez mon ministre de demander avec instance une prompte réponse. Les villes hanséatiques, le Mecklenburg, le Danemark, me fournissent des équipages. Il faut qu'il m'en fournisse également, puisqu'il ne peut pas me donner de vaisseaux. Suivez cette affaire et chargez mon ministre de présenter note sur note. Faites demander quand le vaisseau qui est à Naples pourra se rendre à Toulon avec son équipage.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le lycée de Lyon n'avait pas 80 pensionnaires l’année dernière; il en a cette année 283. Cela est dû à un proviseur, le chanoine Bonnevie ; mais les sieurs Poupart et Berenger, inspecteurs de l'Académie, sont en querelle avec ce proviseur et l'ont dégoûté; ce qui a décidé celui-ci à donner sa démission. Faites-moi connaître quel est le secret de cette affaire. Qu'est-ce que ces deux inspecteurs ?


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie mes observations sur votre travail des finances d'Espagne. Vous verrez qu'il y a encore bien des renseignements à réunir. Je ne puis cependant que vous témoigner la satisfaction que j'éprouve à voir que, grâce à votre acti­vité, il est encore possible de saisir le fil de ce dédale. Je ne vous renvoie pas votre travail, parce que je suppose que vous en avez gardé copie. Je vous en demande un autre plus volumineux, détaillé par armée, et qui se trouve augmenté et rectifié par les nouveaux ren­seignements que vous acquerrez en creusant la matière.


Saint-Cloud, 23 août 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, les États romains devaient rendre 16,257,000 francs pour 1810. II y avait 707,000 francs d’augmentation de recettes; c'est donc 16,964,000 francs qu'ils devaient rendre. Ils n'avaient rendu au 20 juillet que 14,292,000 francs; il restait donc à recouvrer 2,672,000 francs, dont 300,000 francs sur les douanes, 500,000 francs sur les droits d'enregistrement, l,200,000 francs sur les sels et tabacs, 625,000 francs sur les droits d'entrée. Faites-moi connaître si l’on peut compter sur la rentrée d ces 2 millions.

Les provinces illyriennes devaient rendre 20,530,000 francs : elles n'ont rendu que 13 millions. Sur ces 20 millions, il y avait un crédit en domaines de 6 millions ; ce qui ne ferait que 14,536,000 francs de produits présumés. Indépendamment des 13 millions qu'on avait recouvrés, on avait reçu 4 millions d'excédant de recettes; ce qui faisait 17 millions. Il restait encore un million à recevoir. Faites-moi un rapport détaillé là-dessus.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

La flottille de Boulogne est rentrée. Elle a eu des avaries; je crois même qu'un bateau canonnier a sombré. Écrivez que cela ne doit pas décourager. Ce sont justement ces coups de vent qui exercent ces équipages.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, vous me dites beaucoup de bien du capitaine de vaisseau Jacob : s'il le mérite, je ne m'oppose pas à ce qu'il soit chargé de réaliser mon projet sur l'île d'Aix, qui consiste à avoir trois ou quatre vaisseaux, trois ou quatre bombardes et quel­ques canonnières mouillés sous l'île d'Aix, et à avoir cinq vaisseaux, y compris l'Iéna, mouillés dans les Saumonards et dans la rade des Trousses. Qu'il étudie cette question; qu'il me mette un vaisseau à l'eau , et, quand j'aurai là huit vaisseaux mouillés, il sera fait contre-amiral , il eu aura le commandement et sortira avec pour les con­duire dans un grand port.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, donnez ordre que le commandant de la gabare la Nourrice et celui de la gabare la Girafe, qui se sont fait sauter dans la baie de Sagone, soient arrêtés et mis en jugement. Cette affaire est scandaleuse. La tour est en bon état et n'a pas souf­fert. La Nourrice s'est fait sauter à une portée de fusil de la tour et de la batterie : il était impossible à l'ennemi de l'amariner si près de la plage. Donnez ordre que l’on envoie de Toulon à Sagone un bâti­ment léger pour y mouiller, avec des plongeurs et quelques individus pour diriger le sauvetage. Il y avait, au 1er août, soixante pièces de mature sur le rivage. On peut sauver tous les bois qui sont dans les cales. On voit tous les canons; on peut les sauver ainsi que les effets. Quelques hommes intelligents qui séjourneraient dans la rade, sur l'aviso que vous enverrez, seraient fort utiles. A dater du 15 sep­tembre, les batteries seront parfaitement armées. Profitez du départ de cet aviso pour envoyer quelques pièces de 36 et quelques affûts de côte. Cet aviso instruira le préfet maritime du moment où les batte­ries seront en état de protéger les gabares. Ordonnez au commandant d'écrire souvent par la voie d'Ajaccio et de Bastia. On ne travaille pas à la route de la forêt d'Aitone. Au 1er août, il n'y avait que 800 toises de faites. Témoignez mon mécontentement à votre ingénieur des ponts et chaussées de ce qu'il ne reste pas sur les lieux. La forêt d'Aitone sera une véritable ressource pour la marine de Toulon. Les fonds manquent, pourvoyez à cela. Donnez les ordres les plus posi­tifs pour que la forêt de Vizzavona, dite la Foce, située sur la route de Bastia à Ajaccio, d'où elle n’est distante que de 8 lieues, soit exploitée sans délai. Ce sera une grande ressource pour la marine. La route vient d'être achevée. Les embarquements se feront dans le golfe d'Ajaccio, c'est-à-dire dans le port, et sous la protection de toutes les batteries. Donnez des ordres pour tout ce qui est relatif aux eaux d'Ajaccio et à la route de Bastia à Ajaccio. C'est vous qui êtes chargé des travaux de cette île. Faites-moi un rapport sur le personnel et sur les fonds.

J'estime que vous devez conserver dans le golfe de Sagone une tartane armée ou un demi-chébec, comme aviso, qui n'ait rien à craindre des péniches ennemies. C'est une garde qui est importante sur ce point où il y a beaucoup de bois.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous témoignerez mon mécontentement au duc de Dalmatie de ce qu'il m'a envoyé les drapeaux d'Albuera par un étranger.  Mon intention n'est pas de le lui accorder pour aide de camp; il parait que ce…sort du service d'Autriche; il a donc fait la guerre contre nous ; il est ridicule que le duc de Dalmatie m'envoie un pareil homme. Faites connaître à ce capitaine qu'il ne retournera plus en Espagne, et que je donne ordre qu’on le place dans son grade dans le 9e régiment de chevau-légers.


Saint-Cloud, 23 août 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur des Provinces illyriennes, à Laybach

Monsieur le Général Bertrand, je reçois votre lettre du 13 avril. Je vois que vous n'avez rien décidé à Trieste ; j'aurais bien voulu, cependant, qu'on mît des frégates et des vaisseaux en construction

J'ai nommé sous-lieutenant au 106e régiment le sieur Vincenzio Candussio, lieutenant de la garde nationale de Parenzo.

Je vois avec peine ce que vous me dites, que l'air est mauvais à Pola et que les trois compagnies du 18e qui s'y trouvent ont beaucoup de malades. Je ne sais comment vous me dites cela de sang-froid. On croirait que vous n'êtes en Illyrie que pour observer. N'y êtes-vous pas pour ordonner ? Il fallait, aussitôt que vous avez appris que ces côtes étaient malsaines, en retirer mes troupes. Les gardes natio­nales ne suffisaient-elles pas et n'aviez-vous pas les Croates ? Donnez ordre que dans la mauvaise saison les troupes françaises soient pla­cées dans les pays de montagnes, où l'air est sain. Donnez de l'acti­vité à la marine et mettez promptement des bâtiments en construction. Parlez-moi un peu de la situation du transit du coton.


Saint-Cloud, 24 août 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il est nécessaire que vous redres­siez mon ministre à Carlsruhe. La princesse (Stéphanie) a tort de montrer du goût pour Manheim : son devoir est d'être où est son mari. La prin­cesse a tort de vouloir dîner à cinq heures : son devoir est de dîner à l’heure où dîne son mari ; son devoir est de faire ce qu'il veut, d'être où il est et de ne point s'éloigner de lui. Au lieu d'encourager la princesse dans ces petites résistances, le baron de Moustier doit lui donner ces conseils par sa dame d'honneur. La princesse doit mettre autant d'empressement et de coquetterie aujourd'hui à plaire au prince que jusqu'à présent elle en a mis peu : c'est son devoir et aussi son intérêt.

P. S. Dirigez aussi mon ministre pour qu'il ne montre pas envers cette cour une exigence déplacée : il est là pour faire sa cour et observer, et non pour humilier et imposer.


Saint-Cloud, 24 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, répondez au duc de Raguse que je vois avec plaisir les ouvrages faits à Almaraz et sur le Tietar; qu'il serait convenable de faire des ouvrages de campagne en avant de Kio-del-Monte ; que j'espère qu'avant le 15 septembre tous ses dépôts, les 387 chevaux qui doivent compléter les 500 chevaux de la Garde, sur lesquels il en a déjà reçu  113, et les 1,400 chevaux que conduit le général Van der Maesen, lui seront arrivés ; que tous ses dépôts quelconques, soit de cavalerie, soit d'infanterie, soit d'artillerie, l'auront rejoint et que son armée se trouvera ainsi portée à plus de 50,000 hommes, que la réparation de son armée est la grande affaire ; mais qu'il ne voie aucun état détaillé qui puisse mettre à même de subvenir à tous ses besoins; que vous envoyez un aide de camp, colonel, dans les provinces du nord, avec des ordres pour que tous les dépôts de cavalerie et d'artillerie et tous les détachements qui appartiennent à l'armée de Portugal la rejoignent sans délai ; que cet officier a ordre de voir tout partir et de rester jusqu'à ce que tout soit parti; qu'il doit même se mettre en correspondance avec lui pour l’exécution de ses ordres; que l’armée de Portugal doit prendre sa ligne de commu­nication sur Madrid; que c'est là que doit être son centre de dépôt, que toute opération que l'ennemi ferait sur la Coa ne peut déranger cette ligne; que si l'ennemi veut prendre l'offensive, il ne peut la prendre que dans l'Andalousie, parce que de ce côté il y a un objet à remplir, qui est de faire lever le siège de Cadix ; que dans le nord, s'avancerait-il même jusqu'à Valladolid, ses efforts n'aboutiraient à rien; que les troupes que nous avons dans ces provinces, en se repliant, lui opposeraient une armée considérable;  qu'alors, sans doute, l'armée de Portugal devrait faire pour l'armée du Nord ce qu’elle ferait pour l'armée du Midi; que l'impossible c'est  que sa ligne d'opération soit sur Talavera et Madrid, parce que cette armée est spécialement destinée à protéger celle du Midi ; qu'enfin, l’armée de Portugal étant attaquée de front, son mouvement de retraite est encore sur Madrid, parce que dans tous les cas possibles ce doit être sa ligne d'opération; qu'il faut donc que tous les dépôts quelconques appartenant à cette armée soient dirigés sur Talavera et Madrid; que j'ai même ordonné que la garnison de Ciudad-Rodrigo fût relevée par l’armée du Nord , mais que ce dernier ordre ne pourra s'exécuter qu’un peu plus tard; que le 26e de chasseurs, qui est un régiment entier, doit l'avoir rejoint; qu'il est fort important qu'il ait au moins 6,000 hommes de cavalerie; qu'il faut qu'il corresponde fréquemment et sur tous les détails de l'administration.

Envoyez un de vos aides de camp, colonel, à Valladolid, il portera l'ordre impératif et sous peine de désobéissance au général Dorsenne de faire partir vingt-quatre heures après la réception dudit ordre tous les dépôts d'artillerie, de cavalerie et les détachements appartenant à l’armée de Portugal, lesquels se dirigeront en gros détachements sur Avila et Plasencia. Les hommes malingres seront envoyés sur Madrid, la ligne d'opération de l'armée de Portugal étant désormais sur Madrid. Cet aide de camp rendra compte au duc de Raguse et à vous de l'exécution de vos ordres. Il ira visiter Toro, Zamora et Salamanque, et, lorsque le général Van der Maesen aura passé, il suivra son mouvement par Avila, Plasencia et Almaraz. Il reviendra par Truxillo et Madrid, rapportant les états les plus exacts de l'armée. Vous aurez soin d'envoyer au général Dorsenne un état détaillé de tous les détachements de l'armée de Portugal qui, d'après les derniers états, sont dans son armée, et que vos ordres concer­nent. Votre aide de camp aura cet état dans ses instructions. Il ne faut pas qu'un seul homme reste. Vous ferez connaître au général Dorsenne que mon intention est même que la garnison de Ciudad-Rodrigo soit fournie par l'armée du Nord, et que tout soit renvoyé à l'armée de Portugal; mais cette dernière opération (pour Ciudad-Rodrigo) peut être retardée jusqu'à l'arrivée des renforts qui vont se rendre à l'armée du Nord. Il vous sera facile de faire comprendre au général Dorsenne combien il lui est avantageux que la ligne d'opé­ration de l'armée de Portugal se dirige sur Madrid ; ce qui sera un grand soulagement pour toutes les provinces de l'arrondissement de l'armée du Nord.

Faites-moi connaître le jour où tous les chevaux d'artillerie qui vont rejoindre les armées de Portugal et du Midi seront arrivés à Burgos, ce qu'ils doivent prendre à Bayonne pour le porter à Burgos, et à Burgos pour le porter à l'armée de Portugal. Je ne sais pas si le bureau de l'artillerie du ministère de la guerre a déterminé le lieu où les chevaux destinés à se rendre à l'armée de Portugal prendront l'artillerie et les voitures. Il serait assez important qu'on pût faire conduire ce qui est à Salamanque et à Ciudad-Rodrigo.

Comme le général Van der Maesen n'a d'ordre que pour se rendre à Valladolid, on pourrait de là le diriger sur les lieux où ces char­gements doivent être pris. Je compte le diriger de Valladolid sur Sala­manque et Plasencia. Remettez-moi des renseignements sur la nature de cette route, et instruisez en même temps le duc de Raguse que, probablement, je dirigerai de Salamanque sur Palencia tous les ren­forts que conduit le général Van der Maesen. Remettez-moi un état où je puisse voir quel jour ce général arrivera à Valladolid, ce qu'il conduit, infanterie, cavalerie, artillerie, train et équipages militaires, et quel est le convoi de fonds qu'il escorte. Faîtes-moi connaître également la route qu'a prise le général Avy, et quand il sera arrivé. Je désire également que tout ce qui est destiné pour l'armée du Midi se réunisse à la colonne du général Van der Maesen et en suive le mouvement.

D'Almaraz cette troupe se rendra à l'armée du Midi par Truxillo. Vous devez écrire au général Van der Maesen que le 26e de chasseurs n'est pas de l'armée du Midi, mais de l'armée de Portugal.


Saint-Cloud, 24 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie tous vos états de mouvement. Faîtes-m'en faire un qui commence le mouvement au 20 août et le conduit au 1er octobre. Je préfère un seul état, si long qu'il soit, parce qu’il y a plus d'ensemble; la meilleure rédaction sera par armée. Il faut mettre en un même article tous les détachements qui appartiennent à une même armée, même ceux qui sont en marche; alors, sous le titre de l’armée, on verra tout ce qui en dépend , et quant à l'endroit où chaque détachement se trouve, les colonnes du jour le diront; de sorte que je pourrai voir d'un coup d'œil si j'ai des ordres à donner. Je vous recommande aussi de faire dater vos états. Une des principales causes de la confusion qui règne dans ceux que je vous renvoie, c'est qu'on ne peut voir du premier coup d'œil ceux qui sont les pre­miers remis et ceux qui font suite. Remettez-moi le nouvel état dans deux jours.


Saint-Cloud, 24 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, il vous sera facile de faire comprendre au roi d'Es­pagne que, assuré comme il l’est dans ce moment sur toute sa gauche par la présence de l'armée de Portugal à Almaraz, le nombre de troupes qu'il a lui est suffisant, et qu'il doit envoyer à l'armée du Midi tout ce qui appartient à cette armée; que le 26e de chasseurs est de la plus grande utilité à l'armée de Portugal, dont la cavalerie a été ruinée; que vous réitérez l’ordre au général Dorsenne de réunir tout ce qui appartient au 75e et au 28e ainsi qu'aux dragons de l'armée du Centre; que vous réitérez le même ordre au duc de Dalmatie, en y comprenant les Allemands, qui ne doivent pas faire partie de son corps d'armée. Donnez ordre au roi d'Espagne de renvoyer tous les hommes démontés appartenant à l'armée du Nord et qui se trouvent aux différents dépôts situés dans l'arrondissement de son armée.


Trianon, 25 août 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie des extraits de jour­naux anglais. Vous les montrerez au prince Kourakine en causant avec lui. Après cela vous les enverrez au comte Lauriston pour qu'il les montre en Russie. Vous l'informerez de votre conversation et des nouvelles que nous avons que cent cinquante bâtiments sous faux pavillon américain sont arrivés en Russie. Vous lui manderez que j'ai jugé inutile de remettre aucune pièce à l'ambassadeur; qu'elles seraient inutiles ; que les projets de la Russie sont démasqués ; qu'elle voulait renouer son commerce avec l'Angleterre; que c'est pour cela qu'elle a réuni ses troupes et qu'elle ne veut pas finir les affaires d’Oldenburg. Il faut insister sur le grand tort qu'elle fait à l'alliance et sur l'obstacle qu'elle apporte à la paix, et appuyer là-dessus avec force. Vous direz au prince Kourakine que vous vouliez lui faire une grande note, mais que vous l'avez jugée inutile; qu'aujourd'hui que le système de la Russie se déroule cette note paraîtrait ridicule et bien petite à Pétersbourg; que la Russie ne garde plus de ménagements, et qu'elle favorise de tous ses moyens le commerce anglais.


Trianon, 25 août 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous prie de me faire un rapport sur l'esprit qui a animé l'Uni­versité à la distribution des prix de cette année et sur l'esprit qui anime les principales institutions et maisons d'éducation de Paris.


Trianon, 25 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, répondez au général Dorsenne que le baron Dudou, intendant des provinces du ressort de l'armée du Nord, ne doit pas suivre le mouvement de l’armée, mais rester à Valladolid; qu'il est chargé du gouvernement du pays sous les ordres immédiats du général en chef; que le général en chef ne doit prendre aucune mesure administrative que par le canal de l'intendant; qu'il ne doit faire ver­ser aucune contribution ailleurs que dans les mains des agents de la trésorerie; que l'ordonnateur en chef doit suivre toujours l'armée et pourvoir à ses besoins ; que l'intendant Dudon représente l’administration du pays et doit être considéré comme le serait le préfet en France; que l'ordonnateur ne doit s’occuper que de l’administration de l'armée; qu'on ne peut employer des Espagnols dans les inten­dances , d'abord parce qu'ils n'offrent aucune garantie de fidélité ni d'attachement, ensuite parce qu'ils n'auraient aucun moyen d'agir sur les gouverneurs et sur les autorités militaires françaises, et ne pour­raient empêcher les désordres si multipliés en Espagne et qui ont tant contribué aux crimes qui s'y sont commis; au lieu que des audi­teurs français, ayant des correspondances en France, connaissant les bornes de l'autorité de chacun et ne s'en laissant pas imposer, sont des témoins qu'on pourra toujours consulter dans tous les événements contentieux; qu'il faut donc partout des auditeurs; qu'il faut que le général en chef ne donne les ordres d'administration que par l'intermédiaire de l'intendant Dudon, et que, sous quelque prétexte que ce soit, les recettes ne se versent que dans les caisses des receveurs français, et que les dépenses ne se fassent que par les payeurs du trésor; que dans ce cas toute intervention d'autorité espagnole serait suspecte; que je désire que le général Dorsenne utilise les talents du baron Dudon et le zèle des auditeurs; que c'est le seul moyen de mettre partout de la surveillance et de faire cesser bien des désordres, que je ne trouve pas d'inconvénient à instituer des intendants supérieurs qui seraient chargés chacun de toute une province; que dernièrement j'en ai établi un en Navarre; qu'on peut en mettre de sem­blables dans d'autres provinces ; que, quant à Sa Majesté Catholique, les instructions générales ont assez fait connaître qu'elle ne doit faire aucune nomination dans l'arrondissement de l'armée du Nord, si ce n'est pour les fonctions ecclésiastiques et de justice; mais qu'aucun agent militaire ou d'administration ne doit être nommé par le Roi ; qu'enfin mon intention est que le général Dorsenne marche d'accord avec l'administration , et, au lieu de donner des dégoûts à l'intendant et aux auditeurs, les encourage et les soutienne.


Trianon, 25 août 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il parait qu'il n'y a que le petit port de Neu-Harrlinger-Syhl qui puisse donner refuge à une vingtaine de petits bâtiments de la navigation des Wadden. Ne conviendrait-il pas d'y construire une petite tour avec une batterie pour la défense de ce mouillage ?


Trianon, 26 août 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il faut faire une note à Constantinople sur le recrutement fait au compte de l'Angleterre à Janina; dire que c'est une hostilité, et faire des instances pour que ces corps soient rappelés.

Je ne demande pas mieux que de faire ce qui sera nécessaire pour favoriser le ministre russe à Cagliari ; faites demander en Russie l'auto­risation pour lui d'accepter l'aigle d'or de la Légion d'honneur.

Je suis fâché que vous n'ayez pas donné de direction à mon ambas­sadeur à Vienne. Vous deviez lui faire connaître que je voyais avec peine les relations de Vienne avec Naples, et que, au lieu de presser le départ du comte de Mier, j'aurais voulu qu'il y mit indirectement des entraves. Donnez-lui la même instruction pour Cassel. Moins la cour de Vienne aura de relations avec celle de Naples, mieux cela vaudra. Le comte Otto ne doit soutenir la cour de Naples en rien; il doit se contenter de tout rapporter. Pour peu que vous ayez parcouru une lettre à votre prédécesseur, vous y aurez vu partout cette inten­tion de ma part. Mais la direction du département n'est pas encore efficace pour la suite de tous mes projets.

Je vous ai fait connaître que je voulais donner des présents à l'occasion du baptême de la fille du prince de Bade; vous n'avez pas donné de suite à cela.


Présentez-moi un projet de réponse à Lauriston pour lui faire connaître combien il continue à être trompé.


Trianon, 26 août 1811

NOTE SUR LES GARDE-COTES.

Sa Majesté a examiné le travail relatif aux garde-côtes. L'objet de ce travail était de faire connaître s'il y aurait plus d'avantages a supprimer les canonniers garde-côtes et à les remplacer par une troupe d'infanterie qu'à les conserver dans leur état actuel.

Il y a dans ce moment cent quarante compagnies de garde-côtes, formant 10,940 hommes et coûtant 3,750,096 francs. Cette troupe ne sert que par moitié, de manière que les 16,940 hommes  n’en représentent que 8,40, et que chaque homme servant revient à 442 francs 75 centimes. Avec la même somme on entretiendrait deux régiments d'infanterie à cinq bataillons, de 3,970 hommes, et une fraction de 1,323 hommes.

Mais la question n'a pas paru suffisamment éclaircie.

1° Le nombre de cent quarante compagnies comprend-il tout ce qui compose le corps des garde-côtes dans tous les départements actuels de l'Empire ? En réponse à cette question, il est nécessaire de former un état des garde-côtes par division militaire, en commen­çant par la division de Hambourg, la Hollande, les anciennes côtes de France, les côtes de Gênes, de Toscane et les États romains. Il est vraisemblable qu'on n'a pas pu encore établir une parfaite uniformité dans l'organisation de ces compagnies, et il est nécessaire d'indiquer, à l'article de chaque nouvelle division, les différences qui existent entre la constitution de ces compagnies, leur solde, les fournitures qu'elles reçoivent et leur ordre de service.

Cela ne suffira pas encore pour bien connaître la dépense qu'occa­sionne la garde des côtes dans le système actuel, parce que, outre les compagnies de garde-côtes, il y a un état-major par arrondissement. On désire qu'il en soit formé un état avec le calcul de la dépense qu'elles occasionnent.

D'après les premiers résultats que donnent les renseignements déjà recueillis, on voit que, pour la somme que coûtent 10,940 garde-côtes composant les cent quarante compagnies actuelles, on peut entretenir deux régiments de cinq bataillons et à peu près une frac­tion de deux bataillons. On aurait donc deux colonels, deux majors, douze bataillons et soixante compagnies, qui feraient probablement ce service d'une manière plus satisfaisante.

Au lieu de former cette troupe en régiments de cinq bataillons, on pourrait diviser ces neuf mille et quelques cents hommes en cinq régiments de trois bataillons, chaque bataillon d'à peu près 600 hom­mes. Par ce moyen, chaque régiment étant chargé de la garde d'un arrondissement, les officiers supérieurs remplaceraient avec avantage les inspecteurs actuels des côtes, les quartiers-maîtres de ces régi­ments remplaceraient les quartiers-maîtres des compagnies. Chaque bataillon garderait une étendue de côtes, et l’on aurait droit d'attendre de cette troupe un service plus régulier. Elle serait susceptible de plus d'instruction, et elle se trouverait organisée pour agir en masse si les circonstances exigeaient qu'on la rassemblât.

Le recrutement de cette troupe devrait toujours être fait par le moyen de la conscription. Il ne faudrait pas laisser les conscrits tout à fait chez eux, mais on pourrait les placer dans les compagnies stationnées à quelque distance; par exemple à cinquante lieues de leur domicile, cela suffirait pour que ce genre de service parût moins pénible que celui des autres troupes, et ce serait un moyen pour employer une partie des conscrits qui ne peuvent pas aller à l'armée active.

Jusqu'ici on n'a raisonné que sur le projet de remplacer les garde-côtes par une troupe d'infanterie; il faut voir maintenant s'il y aurait de l'avantage à les remplacer par une troupe d'artillerie, ce qui serait plus analogue à leur destination.

Chaque régiment d'artillerie à pied a un état-major de 34 hommes et vingt compagnies, qui, sur le pied de paix, sont de 68 hommes chacune; ce qui fait 1,360 hommes.

Pour économiser sur la dépense des officiers et sous-officiers, il serait préférable de calculer la force du régiment sur le pied de guerre.

On pourrait examiner s'il serait convenable d'augmenter l'artillerie à pied de trois régiments, c'est-à-dire de soixante compagnies, qui, à 140 hommes chacune, devraient suffire au service des côtes. Les trois nouveaux régiments ne seraient pas destinés exclusivement à ce service, mais chacun des douze régiments d'artillerie à pied fourni­rait cinq compagnies. La côte serait divisée en douze arrondissements, et chaque régiment en garderait un.

Il faut, pour apprécier ce projet, établir le calcul de ce que coûte un régiment d'artillerie à pied sur le pied de guerre, pour la solde et ses masses ; mais le calcul des vivres de campagne doit être fait séparément, afin qu'on puisse ajouter ou retrancher cette dépense suivant que les circonstances l'exigeront.

Il y a une autre manière d'arriver au même but sans multiplier les états-majors des régiments; ce serait d'augmenter chaque régiment d'artillerie à pied d'un bataillon. Ce système donnerait moins d'hom­mes pour la défense des côtes, mais il coûterait moins cher.

Il faut calculer : 1° combien d'hommes donnerait l’augmentation d'un bataillon par chacun des régiments d'artillerie actuelle; 2° si ce nombre suffirait pour la garde des côtes ; 3° ce que cette troupe coûterait pour la solde, les masses et les vivres de campagne.

Enfin un troisième parti serait de créer des compagnies isolées de bombardiers garde-côtes; ces compagnies devraient être des troupes régulières et non des milices; car il n'est pas raisonnable de charger les garde-côtes du service des mortiers, surtout dans les postes importants comme les rades et les passes, où il y a des mortiers de gros calibre sur des plates-formes.

Tout ce qu'on vient de dire tend à prouver, tend à établir qu’on emploie actuellement pour la garde des côtes à peu près 17,000 hommes qui ne remplissent pas bien leur destination, qu'ils ne servent que par moitié et qu'ils coûtent 3,750,000 francs. Le problème à résoudre est celui de leur remplacement :

1° Par de l'infanterie;

2° Par trois régiments d'artillerie de nouvelle création;

3° Par un bataillon d'artillerie ajouté à chacun des régiments actuellement existants;

4° Ou par des compagnies de bombardiers isolées.

Pour arriver à la solution de ce problème, il faut commencer par déterminer : 1° quel est le nombre d'hommes qu'occupe actuellement la défense des côtes depuis Lubeck jusqu'à Rome, division par division, en y comprenant les états-majors des garde-côtes actuels. 2° quel est le nombre d'hommes raisonnablement nécessaire pour ce service.

Les garde-côtes servent par moitié et sont remplacés tous les quatre jours. On serait peut-être trompé dans son calcul si l’on se flattait de faire faire le même service par un nombre d’hommes moindre de moitié; car il y aura des malades, et les soldats par lesquels on remplacerait les garde-côtes actuels pourraient difficilement être continuellement présents à la batterie; il est donc nécessaire de déterminer quel serait le nombre de troupes de ligne indispensable pour ce service.

Cela posé, il s'agit de savoir comment on y pourvoira.


La première chose à établir pour servir de terme de comparaison, c'est le calcul de la dépense des garde-côtes actuels, en y compre­nant les états-majors et les troupes qui font ce service dans les pays nouvellement réunis.

S'il résulte des calculs des forces nécessaires qu'il faille 9,000 hom­mes, par exemple, pour remplacer les garde-côtes actuels, la seconde question qu'il faudrait examiner, c'est de savoir quelle est l'organisation qu'il faut donner à ces 9,000 hommes.

Si on les organise en infanterie, ils coûteront moins cher et seront plus aisés à recruter. Il faut établir le calcul de ce que coûterait cette nouvelle troupe d'infanterie, en la divisant en cinq régiments de trois bataillons. Ce calcul devra être établi en trois colonnes : solde, masses et vivres de campagne.

Si les 9,000 hommes doivent être organisés en troupes d'artillerie, la question se subdivise.

Faut-il former de nouveaux régiments, et combien faudrait-il en former ? Dans ce cas, serait-il préférable de confier spécialement à ces régiments la défense des côtes, ou d'y faire concourir les neuf régiments actuels ? Serait-il préférable d'augmenter les régiments d'artillerie actuels, et de combien faudrait-il les augmenter ?

Enfin vaudrait-il mieux former des compagnies isolées de bombar­diers ? Quelle organisation faudrait-il leur donner et quel devrait en être le nombre ?

A coté de chacune de ces propositions il faut établir le calcul de ce que coûterait l'augmentation de troupes proposée, pour la solde, les masses et les vivres de campagne.


Trianon, 27 août 1811

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie trois chemises que me remet le ministre de l'administration de la guerre. Vous verrez quelles ne coûtent que 4 Francs 7 sous ; elles me paraissent beaucoup plus belles que celles des Hollandais, qui coûtent 6 francs 10 sous. Faites dresser un procès-verbal de la comparaison de ces chemises, tant avec celles des grenadiers hollandais qu'avec celles des pupilles; faites-moi un rapport là-dessus, et prenez des mesures pour empêcher toute espèce de dilapidation de la part des quartiers-maîtres.


Trianon, 27 août 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois l'état de vos malades au 15 août. Le 7e de hussards en a 200; cela est énorme : il est donc cantonné, à Stettin, dans des pays bien malsains ? Mettez ordre à cela. Ce serait bien dommage de perdre ce beau régiment. Tous vos ordres du jour sont bons ; mais, ce qui est plus efficace, c'est de veiller à ce que pendant l'automne les troupes ne restent pas dans les pays malsains. Si n’aviez déplacé le 7e de hussards, il n'aurait pas tant de malades. Faites-le ôter d'où il est pour le mettre dans un pays sain.


Trianon, 28 août 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, vous m'avez parlé ce matin d’instructions reçues par le chargé d’affaires d'Amérique sur l'affaire des Florides. Vous pourriez insinuer l’idée suivante, que moyennant quelques millions de piastres l'Espagne, dans la situation de pénurie où elle est, céderait les Florides. Insinuez cela en ajoutant que, tout en ne trouvant pas mauvais que l'Amérique prenne les Florides, je ne puis intervenir en rien, puisque ces pays ne m'appartiennent pas.


Trianon, 28 août 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

La route de Bruges à Breskens doit passer par l’Écluse. L’Écluse devenant une place forte de premier ordre, il devient important que les communications entre Bruges et Flessingue soient assurées en tout temps. Cela ne doit en rien empêcher la route d'Oostburg à Maldegem. En conséquence, j'accorde les 400,000 francs nécessaires pour terminer la route d'Oostburg à l’Écluse, afin d'avoir promptement la route de Bruges à l'Écluse. La route de Bruges est en bon état, du moins comparée au reste. Il ne faut rien défaire d’Oostburg à Maldegem, mon intention étant de la terminer après celle de Bruges à Breskens par l'Écluse.


Trianon, 28 août 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je crois qu'il y a beaucoup de blé le long du Weser et le long de l’Ems. Si l’on achète les blés dans la direction de ces rivières, on aura la plus grande facilité de les faire parvenir en Hollande par l’Ems, et l’on n'aura aucun portage. Ceux qu'on achètera dans le Mecklenburg, si l’on ne suit pas les Wadden (ce qui parait encore difficile), auront deux portages, un de cinq lieues et l'autre de sept et demie; ce portage peut se faire par les chevaux d'artillerie et les transports militaires. Il y a en Allemagne 5,000 chevaux d'artillerie, 1,200 chevaux de transports militaires et 2,000 chevaux de régi­ment : ce serait 8,000 chevaux qu'on pourrait destiner à ce portage. Je pourrai aussi donner des facilités pour le portage en France. J'ai à Commercy 1,200 chevaux du train militaire, 5,000 chevaux d'ar­tillerie; je pense donc donner facilité avec 6,000 chevaux. Je puis de même donner facilité en Italie, où j'ai 1,200 chevaux des trans­ports militaires et 3,000 chevaux d'artillerie. Cette quantité énorme de moyens de transport que je suis obligé d'entretenir à ne rien faire, il n'y aurait donc aucune difficulté, à moins de circonstances extra­ordinaires, de les employer aux transports des grains d'Allemagne aux bassins de la Somme et de la Seine, tout comme ceux d'Italie, du bassin du Pô à la Méditerranée. Quant au Nord, le maréchal Davout y pourvoira. Quant aux transports du bassin du Rhin dans la Somme ou dans la Seine, il faut faire connaître les lieux de transport et de portage; il y serait aussitôt établi les relais nécessaires.

Vous me ferez connaître quelle économie l'emploi de ces chevaux produirait, et en conséquence ce que vous ferez verser dans la caisse de la guerre. Mon intention est que l'on fasse ces expéditions par des marchés, et, au lieu de payer aux paysans, vous payeriez aux trans­ports militaires ou aux équipages d'artillerie ; ce qui sera toujours un grand avantage.


Trianon, 28 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La Prusse demande un cartel pour rendre les déserteurs. Ceci ne peut pas avoir lieu pour la France, c'est contre mes principes ; mais cela peut se faire avec la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg et la Westphalie. Ce serait suffisant, car les troupes alliées désertent plus que les autres. Écrivez au duc de Bassano pour que cette conduite soit dans cette direction.


Trianon, 28 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous pouvez faire répondre à la lettre du Transport-Office que, voulant en tout agir comme agit l'Angleterre, l'intention du gouvernement français est de mettre la moitié des prisonniers anglais sur des pontons et la moitié dans des casernes, en suivant en tout point ce que fait l'Angleterre; qu'on n'a point voulu prendre cette mesure, cependant, sans en prévenir le Transport-Office ; qu'on a vu avec peine qu'on se livrait à des sarcasmes et à des injures dans une correspondance qui est de sa nature toute pacifique; qu'on n'imitera pas en cela le Transport-Office; qu'on regarderait comme un crime d’employer l'ironie et le sarcasme dans une correspondance toute de charité et d'humanité ; que les Français sont juges s'ils sont aussi bien au milieu de la mer que sur terre; que 100,000 lettres remplies de plaintes obligent le gouvernement français à prendre une mesure et à agir de représailles; que quant à ceux qui étant sur parole se sont sauvés, les Anglais en ont donné l'exemple; qu'un grand nombre de prisonniers anglais qui se sont échappés ont été accueillis chez eux ; que le gouvernement français est prêt à s'entendre là-dessus, si l’on veut reconnaître que tout prisonnier anglais sur parole qui s'échappera sera rendu ou sévèrement puni chez lui ; mais que le gouvernement français ne peut considérer comme prisonniers sur parole les prisonniers de l'affaire de Bailen, pas plus que ceux de la garnison de Saint-Domingue, qu'après six ans le gouvernement anglais a reconnu devoir rendre, et que le gouvernement français ne doit pas non plus considérer comme prisonniers des Anglais les prisonniers faits par les bandes ou par les guérillas, lorsque celles-ci les ont remis aux Anglais et que les Anglais refusent de les échanger contre des prisonniers espagnols ; que ceux-là sont prisonniers des Espa­gnols. Or les prisonniers sur parole ne se font pas faute de fausser leur parole. En comptant les Anglais, Hanovriens, Portugais, Espa­gnols qui ont faussé leur parole, le nombre se trouve être de 779.

Quant au projet de cartel, c'est une dérision que de proposer un projet sur une base que nous avons rejetée, en ce qu'elle supposait de la mauvaise foi dans l'exécution, et que le nombre des prisonniers anglais, portugais, espagnols que nous avons se monte à 87,600. Que nous ne faisons point de difficulté d'admettre la base de libéra­tion générale, homme par homme et grade par grade, en l'effectuant sans délai et en faisant intervenir dans l’échange les Portugais et Espagnols contre les Anglais, et les Anglais sur le même pied contre les Français ; mais vouloir libérer les Anglais qui sont en France pour ne pas continuer l'exécution du principe, pour laisser les deux tiers des prisonniers français sans garantie à Londres, c'est ce qui ne sera jamais. C'est donc à vous à faire connaître vos intentions là-dessus. Un traité qui tendrait à rendre 100,000 familles au bonheur est con­forme aux principes de Sa Majesté et aussi à l'intérêt des deux nations ; car les Portugais et Espagnols que l'Angleterre recevra, elle pourra les armer, équiper, les former en légion pour alimenter la guerre, car nous ne faisons pas de difficulté de rendre les prisonniers espagnols et portugais en Angleterre ou sur tel point de l'Espagne que voudront les Anglais. Si donc on arrivait à une libération générale, nous ne ferions pas de difficulté d'envoyer un agent à Douvres ou sur tout autre point que déterminerait le gouvernement anglais, pour s'ar­ranger sur cette question.


Trianon, 29 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La rivière de la Gironde fixe toute mon attention. Les rades du Verdun et de Talmon sont excellentes pour des vaisseaux de guerre. Je vais bientôt avoir des frégates dans la rade du Verdon, et je compte réunir une escadre dans la Gironde. Il devient donc nécessaire d'asseoir ses idées et de faire faire des projets pour la défense de l'embouchure de cette rivière. Je vous ai mandé de faire faire un plan d'une cita­delle au Verdon. Je désire également avoir le plan d'une citadelle au point opposé, pour enfermer les batteries de la rive droite, afin que l’ennemi ne puisse, en débarquant quelques milliers d'hommes, s'emparer de ces batteries et attaquer les vaisseaux qui se trouveraient au Verdon. Par l’établissement de ces citadelles, 3 ou 400 hommes suffiront sur chaque rive pour mettre ces points à l'abri d'un coup de main. La rade de Talmon est aussi d'un grand intérêt. Quelle est la situation du terrain environnant, à une lieue autour de ce point ? Que faut-il faire du côté de la mer pour empêcher l'ennemi de re­monter, et du côté de la terre pour l'empêcher de s'emparer des batteries ? Faites étudier cette rivière, et faites des projets qui me seront soumis aux conseils de novembre.


Trianon, 29 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai fait connaître mes intentions pour l'armement du pertuis de Maumusson et de l'embouchure de la Gironde ; le besoin est urgent: on doit profiter des marées d'équinoxe pour faire passer les frégates de la rade de l'île d'Aix dans la Gironde. Il est donc indispensable que, pour cette époque, les batteries soient armées.

Le fort Chapus a deux pièces de 24 et une de 8 non montées; il est nécessaire de tout disposer aussitôt, pour qu'au 10 ou 12 septembre elles soient montées. Il faut s'occuper également de celles qui doivent être placées au château d'Oléron, du côté de la mer. Sans ces précautions importantes mes frégates seraient prises. Maumusson n'a qu'un corps de garde; j'ai prescrit le nombre de pièces qu'il faut y placer. Faites également faire les changements à la batterie d'Arvert.

Il est important que la batterie de la pointe de Grave soit armée et approvisionnée et dans le cas de tirer, ainsi que celles de Royan et de Susac. Faites-moi connaître quelle sera l'exécution de mes ordres au 15 septembre. Le moindre retard peut nous mettre dans l’alternative de perdre la saison de l'équinoxe ou d'exposer mes frégates à des dangers pressants. Donnez aussi ordre au chef de bataillon qui commande la colonne mobile de l'embouchure de la Gironde de réunir son monde avec le détachement de Berg et de se porter pour renforcer les batteries, surtout celles de l'entrée de de la Gironde et d'Arvert, et de ne se porter cependant en avant que lorsqu'il saura que les frégates ont commencé leur mouvement. Quant à Maumusson, il y a beaucoup de troupes dans Oléron; on pourrait, s'il était ndispensable pour l'armer plus tôt, prendre des pièces dans les batteries de l'île autre que les Saumonards.

Le général se tiendra à Maumusson avec 5 ou 600 hommes, pour pouvoir porter aussitôt les secours nécessaires. Recommandez au colonel de la colonne mobile et au général commandant l'île d'Oléron de donner, s'il était nécessaire, toute espèce de secours en hommes aux frégates, au moment de leur passage. Vous préviendrez le mi­nistre de la marine du résultat de ces ordres.


Compiègne, 30 août 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Traitez avec le Sénat pour l’achat du château d'Eu et du château de Poppelsdorf, près Bonn. Le chef-lieu de la sénatorerie d'Eu ira à Rouen, celui de la sénatorerie de Poppelsdorf ira à Mayence. J'ac­corderai les fonds nécessaires pour cette transaction. Traitez avec les titulaires de ces deux sénatoreries. Le domaine extraordinaire fera les fonds pour ces acquisitions.

Quant aux chefs-lieux des autres sénatoreries, il faut savoir à quoi ces maisons sont bonnes, afin de voir quels ministres doivent les payer. Mais cela n'est pas pressé; ce sont des choses qui se font avec les siècles. Traitez toujours pour les deux premières sénatoreries que cet arrangement (… mots manquants) puisqu'il les placera l'une à Rouen et l'autre à Mayence, qui sont deux lieux fort importants.


Compiègne, 30 août 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie une lettre d'un de mes officiers d'ordonnance. Je ne puis croire qu'il n'y ait que 400 hommes à l’île de Port-Cros; si cela était, cette île serait exposée. Donnez l’ordre suivant.

Le bataillon du 23e léger et trois bataillons du régiment de la Médi­terranée, formant quatre bataillons, tiendront garnison dans les trois îles, de manière qu'il y ait un bataillon de 1,000 à 800 hommes dans l'île du Levant, deux bataillons de 2,000 à 1,600hommes dans l’île de Port-Cros, enfin un bataillon dans l'île de Porquerolles.

Un colonel commandera dans l’île du Levant, le général Donnadieu dans l'île de Port-Cros, et un général de brigade dans l'île de Porquerolles.

Le bataillon destiné à l'île du Levant y descendra avec les pièces de campagne et de siège nécessaires pour faire une batterie qui défende la rade et croise son feu avec celui du cap des Mèdes, avec une escouade de sapeurs, un officier d'artillerie, un officier du génie, un détachement d'une trentaine de canonniers, soit de la marine, soit de la terre, des outils à pionniers et des vivres; tout cela sous les ordres d'un officier capable.

Le général La Riboisière et les directeurs de d’artillerie et du génie s'y rendront pour tracer les ouvrages ordonnés pour lier l’île du Levant à l'île de Port-Cros et pour que les 800 à 1,000 hommes de la garnison, après avoir défendu l'île, aient là un refuge et puissent recevoir des renforts.

Plusieurs péniches, bateaux de pêche et bâtiments légers doivent se tenir dans le port de Man, afin d'assurer les communications de l’île de Port-Cros avec l'île du Levant.

On augmentera le nombre des pièces de la batterie de Man, soit par des pièces de petit calibre, soit par des pièces qui défendent le coté de terre.


Compiègne, 30 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je suis instruit qu'il n'y a point de canonnières dans la rade de l’île d'Aix. Donnez ordre que deux ca­nonnières soient attachées à chaque vaisseau ou frégate, pour être montées par les équipages des bâtiments. Indépendamment de ces canonnières et des chaloupes et canots des vaisseaux, il faut qu’il y ait deux bonnes péniches. Enfin organisez une flottille sous les ordres du commandant de la rade.


Compiègne, 30 août 1811.

DÉCISION.

Le comte Decrès, ministre de la marine, sollicite la décoration de la Légion d’honneur pour le capitaine d’artillerie de marine le Traon-Kerguidan, griève­ment blessé à l'affaire de Lissa.

Il faut saisir une meilleure et moins malheureuse occasion.


Compiègne, 30 août 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, le grand état de situation que vous m'avez remis contient des inexactitudes. Vous portez la garnison de Badajoz telle qu'elle doit être fournie en conséquence de mes derniers ordres, c'est-à-dire composée, savoir : de deux bataillons du premier corps, de deux bataillons du quatrième corps, de deux bataillons du cinquième corps, d'un bataillon de Hesse-Darmstadt et d'un bataillon de la divi­sion de Cordoue. Mais cet ordre peut n'avoir pas été exécuté, et cette manière de faire des états de situation n'est propre qu'à m'induire en erreur. Vous deviez faire mention de mon ordre en observation, mais porter l'état de la garnison de Badajoz tel que vous le trouvez dans vos derniers états de situation. Corrigez cela; il ne faut rien mettre d'hypothétique, si ce n'est en note. Les états que vous me remettez ne doivent être que les copies des états qui vous sont envoyés, sans quoi vos états ne sont bons qu'à m'induire en erreur. Demandez également l'état de situation de la garde royale et de toutes les troupes qui sont à la solde de l'Espagne : c'est le seul moyen de connaître les forces qui sont disponibles.


Compiègne, 31 août 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, le pain qu'on distribue aux troupes à Boulogne est très mauvais. Prenez des mesures pour remédier à cet abus.


Compiègne, 31 août 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On emploie beaucoup de marins comme domestiques dans les équipages de flottille. Ainsi, dans le 13e bataillon à Boulogne, 30 hommes sont employés comme domestiques; 41 sont en permis­sion et 15 absents; cela est irrégulier. Cependant la solde et les vivres des hommes manquants sont faits comme s'ils étaient présents. On assure que les chefs prétendent les distribuer aux pauvres pères de famille. Faites faire une enquête là-dessus et un exemple qui puisse épouvanter sur de pareils abus. Il parait qu'il y a de grandes plaintes contre le préfet maritime.


1er – 15 août