1er – 10 avril 1811
Paris, 1er
avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je pense qu'il faut donner ordre au général Lauriston de partir. Il
faut qu'il soit parti avant dimanche. Il passera par Dresde, où il pourra
s'arrêter deux ou trois jours. Il se mettra au fait de toutes les nouvelles et
des intérêts de ce pays. De là il ira à Berlin, où il restera deux ou trois
jours et se fera présenter à la cour. Je pense que de Berlin il devra passer
par Stettin et par Danzig. Il pourra également rester deux jours à Danzig pour
s'y reposer ; de là il se rendra, par Kœnigsberg, Tilsit et Riga, à
Saint-Pétersbourg. Il doit s'arrêter deux jours à Kœnigsberg; il peut aussi
s'arrêter deux jours à Riga; de sorte que, sans le voyage, il aura douze jours
de séjour; ce qui, avec à peu près seize jours de route, fera un mois. En
partant le 3 ou 4 avril, il sera le 3 ou le 4 mai à Saint-Pétersbourg. Je pense
qu'il est important qu'il parte, et nécessaire qu'il n'arrive pas trop vite,
afin que toutes les nouvelles des mouvements sur Danzig aient le temps de
s'éclaircir à Saint-Pétersbourg. Tout ce qu'il aura vu à Dresde et à Berlin,
il vous le mandera par un courrier de M. de Saint-Marsan, qu'il expédiera de
Berlin. Tout ce qu'il aura vu à Stettin, à Danzig et Kœnigsberg, il vous
l'écrira par un courrier qu'il fera partir de cette dernière ville; de sorte
que nous recevrons de lui deux courriers.
Remettez-moi sous les
yeux les instructions à lui donner. Donnez-lui copie des articles secrets et de
toutes les pièces qu'il doit connaître. Dans les instructions, expliquez-lui
bien notre situation actuelle et ce qui s'est passé depuis Tilsit et Erfurt et
la convention polonaise. Faites-lui bien comprendre toutes les questions sur
les affaires maritimes et de commerce, qu'il doit très peu connaître, et les
réponses à faire sur les prétendus neutres et les bâtiments américains, etc.
Paris, 1er
avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je pense que vous devez écrire à M. de Saint-Marsan de passer une
convention avec la Prusse, pour que, indépendamment de la communication directe
avec Stettin, je puisse aussi communiquer du Mecklenburg, où j'ai des troupes,
avec Stettin. Il ne vous échappera pas que cela serait très économique pour la
Prusse, puisque, ce dernier trajet étant plus court, elle aura à nourrir mes
troupes pendant moins de jours.
Paris, 1er avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je lis votre rapport du 14 mars. Je vois avec peine son contenu. Vous
ne deviez pas écrire à mes ministres relativement aux girofles sans avoir pris
mes ordres. Mon intention n'a jamais été que ces marchandises ne payassent pas
les droits. Je ne suis donc plus étonné de ce qui a été dit, que nous avions
l'intention d'obliger nos alliés à recevoir nos denrées franches de droits.
Ainsi, par la tournure que vous lui avez donnée, une affaire assez simple a été
dans le cas de me faire un tort grave en Europe. J'ai voulu que les girofles
arrivassent dans les principales places de consommation, et, quant aux droits
d'entrée, j'ai désiré seulement obtenir qu'ils fussent acquittés sur le
produit des ventes. C'était une demande assez simple, et vous en avez fait une
affaire de tribut et de vexation. Je désire que vous me proposiez des mesures
pour redresser cette fausse direction donnée à l'opération.
Les affaires des
relations extérieures sont des affaires qui doivent se traiter longuement; vous
devez toujours garder mes lettres trois ou quatre jours sous votre chevet avant
de les faire partir.
Il est nécessaire que
vous donniez des explications là-dessus au duc de Vicence; car je me souviens
qu'on lui en a parlé, et je n'avais pas compris ce qu'on avait voulu lui dire.
Profitez du courrier que vous expédiez aujourd'hui pour lui expliquer
l'historique de cette affaire.
Paris, 1er avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieurs, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, il est nécessaire que vous fassiez partir un courrier pour Pétersbourg
: 1° pour envoyer au duc de Vicence copie de la note que vous avez remise
hier; 2° pour lui faire part des nouvelles que nous avons reçues de la marche
de quatre divisions de Moldavie et de celle des divisions de Finlande et de Sibérie.
Vous manderez au duc de Vicence que j'attends, pour connaître les dispositions
de l'empereur Alexandre, sa réponse à ma lettre; que je désire savoir si, de
part et d'autre, ces préparatifs doivent finir; que, dans l'incertitude, je
suis obligé de me mettre en garde et d'envoyer des troupes à Danzig pour tenir
cette place à l'abri de toute tentative. Vous lui ferez connaître ma dernière
conversation avec les députés du conseil du commerce, ce que je leur ai dit
pour les détourner de se lier désormais d'intérêt avec le commerce anglais :
que l'Angleterre perdrait tous ceux qui s'attacheraient à elle; qu'elle ne
pouvait espérer de soutenir ses excessives dépenses qu'en usurpant la
souveraineté de tout l'univers, mais que je lui avais ôté cette souveraineté en
parvenant à l'exclure de la partie de l'univers qui consomme davantage; que je
savais le grand convoi qu'ils expédiaient en ce moment pour la Baltique; qu'à
ce sujet des lettres arrivaient de tous côtés; que dans ces lettres on faisait
des propositions de commerce, on demandait des crédits; que je les prévenais
bien de ne pas s'y fier ; que ces marchandises seraient arrêtées partout, en
Prusse, même en Russie, quelque chose qu'on leur dit, parce que l'empereur
Alexandre avait déclaré vouloir rester en guerre contre l'Angleterre, comme
seul moyen de maintenir la paix du continent ; que sans doute les
contrebandiers, qui sont actifs, trouveraient moyen de passer, soit d'un côté,
soit de l'autre, mais que cela ne pourrait pas être secret plus de quinze jours
; qu'on le saurait, et qu'alors je ferais arrêter la contrebande partout où je
pourrais la trouver ; que sans doute les contrebandiers chercheraient de toute
manière à nouer une trame avec le continent , mais que cette trame je la
couperais avec mon épée si cela devenait nécessaire; que jusqu'à présent
j'avais été indulgent, mais que cette année j'étais décidé à user de rigueur
envers ceux qui feraient des affaires de contrebande. Vous rappellerez ce que
j'ai dit à ce banquier genevois dont le fils a fait banqueroute : que son fils
avait failli pour avoir escompté sur une partie du dernier convoi anglais de
la Baltique.
Dans cette dépêche,
vous ne parlerez pas du comte Lauriston.
Vous ferez bien
remarquer au duc de Vicence que tous ces mouvements de troupes, c'est la
Russie qui les a commencés; que nous n'en avons même fait aucun qui puisse
justifier la marche de quatre divisions qui se portent de la Moldavie sur la
frontière du Grand-Duché.
Paris, 1er avril 1811
Au comte Mollien.
Ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, je vous envoie une lettre de M. l'architrésorier. Je ne puis croire
que l’année 1810 ait un si grand déficit. D'ailleurs, mandez-lui donc que je ne
puis arriver à rien tant qu'il ne me présentera pas un budget de recettes et de
dépenses. Je ne sais ce qu'il veut me dire avec les 4 millions qu'on pourrait
trouver avec des canons. Est-ce que je peux faire de l'argent avec des canons ?
Que ne me mande-t-il aussi que j'ai la valeur des digues ! Peut-on avancer de
telles pauvretés ! Faites-lui comprendre que je n'ai pas d'argent à lui envoyer
et qu'il faut qu'on trouve des ressources dans le pays.
Paris, 1er avril 1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous envoie une
lettre de trente chasseurs de la Garde pris, il y a deux ans, avec le général
Desnouettes. Je vous prie d'en faire passer l'extrait au Transport-Office, de
témoigner toute l'indignation qu'inspire une pareille conduite, et de demander
catégoriquement que ces hommes soient traités plus humainement, en déclarant
que, s'ils n'admettent pas cette demande, un pareil nombre d'Anglais sera
plongé dans les cachots; qu'il y a bien de la lâcheté dans cette conduite
envers de braves gens, et que sans doute cette manière d’agir n'est pas connue
du prince de Galles, car on ne saurait penser qu'il puisse tolérer une pareille
bassesse, inconnue parmi les nations civilisées.
Je vous avais demandé
une lettre sur le même traitement qu'on fait subir aux prisonniers sur les
pontons. Vous ne me l’avez pas remise. II est temps cependant de mettre un
terme aux malheurs des prisonniers français.
Expédiez toujours ce
soir la lettre relative aux trente marins de la Garde, et apportez-moi demain
la note à envoyer au Transport-Office.
Vous me rendrez la
lettre de ces malheureux.
Paris, 1er avril 1811
Au général Savary, duc
de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Monsieur le Duc de
Rovigo, qui est-ce qui a autorisé la Gazette de France à mettre l'article fort
bête qu'elle contient aujourd'hui sur mon compte ? Est-ce le sieur…. ? Vraiment ce jeune homme fait trop de
niaiseries; retirez-lui la direction du journal. Ne vous souvenez-vous pas que
dernièrement il m'a fait figurer dans un bal masqué : comme si j'allais dans un
bal masqué ! Voilà la dixième maladresse de ce genre. Il faut la faire tourner
en ridicule et la mettre à côté des bruits que les gazettes allemandes avaient
fait courir, que j'étais amoureux de la pantoufle de l'Impératrice.
Paris, 1er
avril 1811
Au baron de la
Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris
J'ai lu avec attention
vos rapports des 14 et 26 mars. . Mon intention est de ne faire aucune perte de
négociations. J'aime tout autant avoir mes fonds à Magdeburg, à Mayence, à
Strasbourg et à Munich qu'à Paris. Ainsi je désire que vous cassiez le traité
que vous avez voulu faire avec la Prusse. Il serait désagréable de payer 8 pour
100 des fonds que dans trois mois je serai obligé de renvoyer à Magdeburg ou
dans toute autre direction de l'Allemagne,
Vous pouvez céder au
trésor les 762,000 francs que vous avez à recevoir de Danzig, également les
1,132,000 que vous avez à recevoir par Dresde, le ministre du trésor ayant
besoin d'argent à Dresde et à Danzig.
Faites encaisser à
Magdeburg et à Mayence tout ce que vous y avez. Comme je n'ai plus de troupes à
Munich, je désire que vous me fassiez connaître ce qu'il m'en coûterait pour
renvoyer cet argent sur des points d'Allemagne où j'ai des troupes. Mais je
désire que vous preniez des précautions pour que mes fonds à Mayence et à Magdeburg
ne soient pas exposés. Je ne connais pour cela qu'un moyen : c'est que les
fonds soient mis en dépôt sous inventaire, et qu'ils soient renfermés dans une
caisse à deux clefs, dont une sera laissée au caissier et l'autre sera confiée
à une personne que je désignerai à Hambourg. Alors on sera sûr d'empêcher le
caissier de négocier les fonds et de courir lui-même à sa ruine, et l'on pourra
compter sur cet argent quand on aura besoin de le retrouver. Faites faire de
même pour la caisse de Mayence. Cependant je vous prie, dans tous les comptes
que vous me rendrez, d'appeler mon attention sur les pays étrangers où j'aurai
des caissiers.
Vous devez comprendre
que l'argent que j'ai en réserve n'est que pour ma politique extérieure. Ainsi
donc j'aime tout autant avoir cet argent à Mayence, à Magdeburg , à Strasbourg,
et l'avoir en monnaie d'Allemagne, dont je pourrai me servir en Pologne et en
Prusse mieux que de l'argent de France, qui y est moins connu.
Paris, 1er avril 1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, j'ai reçu
votre lettre du 27 mars. J'ai donné des ordres pour qu'on négociât en Prusse
tout ce qui est relatif à la nouvelle route entre le Mecklenburg et Stettin.
Vous pouvez en écrire à Saint-Marsan, mais en écrire sans que cela fasse
nouvelle et même par la poste.
Je vois que la ville de
Hambourg avait 57 compagnies de gardes bourgeoises qui étaient, l’une portant
l'autre, d'environ 300 hommes par compagnie; ce qui fait donc 14,000 à peu
près. Je vois que vous avez fait rentrer les fusils. Je vous prie de me faire
un rapport sur la question de savoir s'il est convenable de désorganiser ces
compagnies, qui faisaient la police de la ville. N'est-il pas préférable que la
ville fasse elle-même sa police ? Je suppose que la garde dont il s'agit
ressemble beaucoup à celle de Vienne, et vous savez que cette dernière nous a
servi sans donner lieu à aucun inconvénient. Je pense qu'il est important que
les bourgeois, propriétaires et autres gens domiciliés se chargent de la
police de leur ville. Sans doute que 14,000 fusils sont trop, mais on pourrait
leur en laisser 6,000. Avant d'envoyer ces fusils à Stettin, faites-les ranger
par calibre et faites-en faire l'inventaire aussi par calibre; vous m'enverrez
cet inventaire et je vous ferai connaître mes intentions. Je vous fais la même
question relativement aux gardes nationales de Bremen et de Lubeck. Qui vous
répondra de la police de ces deux villes ? Je pense qu'il est également
important de maintenir ce qui existe, puisque, sans donner lieu à de nouvelles
organisations de gardes nationales, qu'on ne connaît pas dans le pays, et sans frais,
on atteint le même but, qui est la bonne police de ces villes. Ainsi je vois
qu'il faudra donc laisser 6,000 fusils à Hambourg, 3,000 à Lubeck et 3,000 à
Bremen. Sur les 30,000, il ne restera plus que 15 à 18,000 fusils à transporter
à Danzig.
Je vous dirai la même
chose des caisses de tambour. 300 caisses peuvent être trop, mais une
cinquantaine est nécessaire. J'attends donc, avant tout, votre rapport
là-dessus. Rien ne presse; je ne manque pas d'armes, et, au moindre événement
de guerre, j'en enverrais 300,000 pour armer toute la Pologne.
Paris, 2 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, écrivez à M. de Saint-Marsan pour savoir s'il est vrai qu'un grand
nombre de chariots russes chargés de marchandises traversent la Prusse et se
rendent en Saxe. Prenez le même renseignement auprès de mon ministre à Dresde.
Paris, 2 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
je vous envoie un mémoire du duc de Raguse sur la demande du prince de
Schwarzenberg relative aux affaires d’Illyrie. Il est convenable que vous
voyiez aussi le duc, afin de rédiger la réponse et de voir s'il ne serait pas
convenable de liquider toutes ces affaires de main morte. L'Autriche alors
ferait ce qu'elle voudrait des biens du clergé qui sont de son côté, et je
m'emparerais de tous ceux qui sont de ce côté-ci. Les choses seraient égales
de part et d'autre, et on leur prouverait par une note que c'est eux qui ont
commencé.
Le bruit a couru que
l'empereur d'Autriche avait pris le titre de roi de Dalmatie. M. Otto n'a
jamais rendu compte de ce fait.
Paris, 2 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je reçois l'ordonnance du roi de Naples, du 29 février, par laquelle il
prohibe la sortie des graines de coton. Envoyez chercher son ambassadeur, et
dites-lui qu'il faut que le Roi rapporte sur-le-champ son ordre, ainsi que ses
dispositions précédentes sur les draps de France; que le Roi se trompe s'il
croit régner à Naples autrement que par ma volonté et pour le bien général de
l'Empire. Dites-lui positivement que, s'il ne change pas de système, je
m'emparerai du royaume et le ferai gouverner par un vice-roi comme l'Italie. Il
faut réclamer aussi sur la vente des nankins.
Dites au ministre de
Naples que le Roi marche mal; que, lorsqu'on s'est éloigné du système
continental, je n'ai pas même épargné mes propres frères et que je l'épargnerai
encore moins. Ajoutez que le royaume est mal administré; qu'il ne s'y fait rien
pour la marine dans un pays où il y a tant de milliers de matelots. Il est bien
urgent que M. Durand arrive pour redresser la mauvaise direction qu'ont prise les
affaires à Naples.
Faites informer par le
préfet de Florence contre le consul de Naples à Livourne, lequel vexe mon
commerce.
Paris, 2 avril 1811
A M. Régnier, duc de
Massa, grand-duc, ministre de la justice, à Paris
Les tribunaux de
justice ne sont pas organisés dans l’île de Walcheren.
Paris, 2 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous prie de donner
ordre de me faire un état général de l'artillerie de campagne de l’armée d'Allemagne.
Je voudrais la composer de trois corps comme celui du prince d'Eckmühl, avec
une réserve de cent vingt pièces de canon pour ma Garde.
Le prince d'Eckmühl a
quatre-vingts pièces d'artillerie de ligne, qui, multipliées par trois, égalent
deux cent quarante, et de la Garde cent vingt; total, trois cent soixante
pièces de ligne. Il y a soixante-quatre pièces de régiment; je n'en mets que
soixante-quatre pour les autres régiments, qui n'en auront que deux au lieu de
quatre : soixante-quatre multipliés par trois égalent cent quatre-vingt-douze.
Il faudra compter ensuite soixante et douze pièces bavaroises, vingt-quatre
wurtembergeoises, vingt-quatre de Bade, douze suisses et vingt-quatre de
Westphalie, quarante-huit de Saxe, soixante et douze de Varsovie, soit deux
cent soixante et seize; total général, huit cent vingt-huit pièces de ligne. Si
je me trompe dans les nombres, vous pouvez les rectifier, parce que j'agis de
mémoire.
Cela fait donc, pour
toute l'armée d'Allemagne, environ huit cent vingt-huit bouches à feu.
1° Or il faut un
approvisionnement à Danzig en poudre et en boulets et de tous objets pour
pouvoir rapidement, et après une grande bataille, reconfectionner les
munitions. Cet approvisionnement serait pris aux dépens de celui de siège. Il
suffit seulement qu'il y ait tout le nécessaire.
Ainsi cela fait cent
mille coups de canon. Il faudrait qu'il y eût à Danzig les poudres, boulets,
matériaux pour faire des sabots, les boites, les serges nécessaires, etc. Cela
ne prendrait guère qu'un quart de l'approvisionnement de Danzig ; mais pendant
qu'on confectionnerait ces munitions on aurait le temps de faire venir les
poudres.
2° Il faut un autre
approvisionnement de cent autres mille coups, un tiers à Danzig et les deux
autres tiers à Stettin, Küstrin et Magdeburg. Cela devra être tout
confectionné. Il devra donc y avoir trente à quarante mille coups de campagne
confectionnés à Danzig, et soixante à quatre-vingt mille également
confectionnés à Küstrin, Stettin et Magdeburg.
3° Il faut un troisième
approvisionnement de cent mille cartouches à balles et à boulet pour l'équipage
ci-dessus à Danzig, Stettin, Küstrin et Magdeburg; bien entendu qu'on prendra
les approvisionnements de siège 9 puisqu'on aurait le temps de faire venir le
remplacement.
4° Enfin deux
approvisionnements attelés.
On aurait donc cinq
approvisionnements pour l'équipage de campagne, dont deux confectionnés,
attelés et non attelés Y et trois tout confectionnés. Formez-moi cet équipage
sur les bases que je viens de déterminer et affectez-y les affûts, le
personnel, le matériel et les attelages.
J9ai aujourd'hui neuf
bataillons du train en France et deux en Italie, ce qui fait onze; en les
portant à 1,400 chevaux, cela ferait 15,000 chevaux. Six bataillons sont
nécessaires pour les trois armées; un est nécessaire pour le corps
d'observation d'Italie; resteraient donc quatre pour l'équipage de pont, le
parc général et le service de la Garde, comme auxiliaires.
La Garde, je crois, n'a
de personnel que pour 2,000 chevaux; il faut voir s'il sera possible de
l'augmenter. Les cent vingt pièces de la Garde et leurs caissons d'infanterie
doivent avoir un bon approvisionnement, parce que dans les batailles la Garde
fournit partout; c'est ce qui fait supposer que la Garde ne peut pas avoir
moins de 650 voitures ou 3,600 chevaux.
Quant aux pontonniers,
il faut aussi me présenter un projet pour organiser cette partie. Un directeur
général des ponts sera nommé. H aura ses outils, ses pontons, ses bateaux,
comme il a son personnel. Chaque compagnie de pontonniers aura une voiture
d'outils, comme les sapeurs, et dans cet assortiment d'outils se trouvera
compris tout ce qui est nécessaire pour réparer un pont et même pour faire des
radeaux, des bateaux et un pont monté, cordages, etc.
Il faut ensuite que le
parc général, indépendamment des pontons sur baquets pour jeter un pont, ait en
outre trois équipages organisés qu'on puisse détacher avec différents corps
d'armée selon les circonstances et particulièrement à l'avant-garde.
Tout cela dépendra de
l'équipage général, parce que les équipages seront détachés selon les
circonstances. Comme mon intention est de mener à la guerre deux bataillons de
800 ouvriers de marine, j'en attacherai un bataillon aux pontonniers et l'autre
au parc du génie; mais il faut qu'ils trouvent aux parcs des pontonniers et du
génie tous les outils nécessaires. Par ce moyen on sera organisé de manière à
dévorer tous les obstacles.
Paris,
2 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous renvoie l'état
de situation de l'armée d'Allemagne. Il ne faut pas mettre les deux bataillons
du 127e à la 1e brigade; ce serait une chose funeste pour l'armée. I1 faut la
composer du 13e d'infanterie légère et du 17e de ligne.
La 2e doit l'être du
30e et du 61e ; la 3e des deux bataillons suisses et des deux bataillons du
127e. Au lieu du général Ledru, il faut mettre le général Teste.
Même observation pour
la division Friant. Le 128e et les Suisses doivent faire la 3e
brigade. Au lieu du général Caudras, il faut mettre le général Dufour.
Même chose pour la
division du général Gudin. Le 129e et les Suisses doivent faire une brigade à
part.
La division Dessaix est
bien. J'approuve que vous y envoyiez le général Lacroix; vous pouvez le faire
partir tout de suite.
Quant à la cavalerie
légère, il faut l'organiser de la manière suivante :
1e brigade, général
Pajol : le 2e de chasseurs et un régiment de lanciers du duché de Varsovie. 2e
brigade, général Jacquinot; le 1er de hussards et le 30e de lanciers.
Brigade Piré : le 8e de
hussards et le 16e de chasseurs.
Brigade Bordesoulle :
le l9e et le 3e de chasseurs.
Toutes ces brigades
seront par la suite augmentées avec d'autres régiments alliés.
Quant à la garnison des
places, il faut porter, pour le mois d'avril, pour Stettin, cinq bataillons du
grand-duché de Berg, formant 4,000 hommes, lesquels seront armés de deux
batteries d'artillerie.
Je ne demande pas les
quatre régiments de la Confédération, des petits princes de la Confédération,
parce que je ne pense pas qu'ils puissent être formés en 1811 ; mais un
régiment du prince Primat et un du duché de Wurzburg pourraient être assignés
pour les garnisons de Küstrin et de Glogau.
Le 5e régiment
polonais, qui est à Küstrin, sera renvoyé à Thorn. Au mois d'août il doit y
avoir à Danzig : 1° le 2e régiment de chasseurs que j'y ai envoyé; il y aura
de plus la légion polonaise, qu'on peut porter à 1,000 hommes; ces deux
régiments formeront une brigade de 1,600 hommes; 2° la brigade westphalienne,
3,200 hommes; 3° la brigade bavaroise, 1,600 hommes; 4° la brigade
wurtembergeoise, 1,000 hommes : ce qui fait 7,400 hommes d'augmentation. Cela
portera la garnison de Danzig à 15,000 hommes.
A Stettin, au lieu du
général Pajol, il faut mettre le général Jacquinot; au lieu du 2e mettre le
108e; mais mettre cela en encre rouge, pour faire comprendre que les troupes
sont dans la place, mais n'en forment pas la garnison. J'ai ordonné aussi qu'il
y eût à Stettin un autre régiment de la division Dessaix avec le général de
brigade; ce qui doit être le 85e et le général Friederichs; mais la vraie
garnison au mois d'août sera de cinq bataillons du grand-duché de Berg, avec
six pièces d'artillerie. Quatre bataillons resteront à Stettin et un à Küstrin
avec un bataillon du prince Primat.
Quant au 5e polonais,
il faut le mettre, en encre rouge, à Küstrin, et tenir note qu'il doit se
rendre à Thorn.
Quant aux 4e, 5e et 6e
régiments proposés pour les garnisons, il faut les porter comme en congé, depuis
leur arrivée jusqu'au 1er janvier, et leur réunion ne se fera que dans le
courant de l'automne prochain.
De sorte que l'armée
d'Allemagne serait au mois de juin de 86,000 hommes d'un côté, et de 15,000 à
Danzig, 5,000 à Küstrin et Stettin, 2,000 à Glogau; total, 108,000 hommes, sans
compter l'armée du grand-duché de Varsovie ni celle de Saxe.
Faites faire sur l'état
ci-joint des changements conformes à ces observations.
Paris, 2 avril 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, mon intention est qu'on n'envoie pas de prisonniers de guerre pour les
travaux des fortifications au Havre. Il y a autour de cette ville un grand
nombre d'hommes qui ont besoin de travailler et que le génie peut réunir et
employer.
Paris, 2 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, j'ai vu l'officier du génie qui vient de Corfou. Je désire qu'il se
rende au comité des fortifications pour y rédiger des observations sur les
notes que j'ai dictées et sur le projet fait cette année au comité, et qu'on me
présente ensuite le projet des instructions à donner pour le directeur des
fortifications de Corfou. Je désire surtout qu'on s'occupe de fortifier la
hauteur qui est à 600 toises de la place, de laquelle on voit les deux mers et
qui domine à 2,000 toises aux environs. C'est vraiment là qu'est la défense de
Corfou. C'est une espèce de pain de sucre qui domine de 20 toises tout autour.
Il faudra placer là cinq rangs de feu, et sous leur protection établir un camp
retranché, en forme de double ou triple couronne; mais cette dernière partie
serait un ouvrage de campagne. De ce pain de sucre on écraserait tout ce qui
voudrait cheminer dessus. Aussitôt que j'aurai approuvé ces plans, il est
nécessaire que le même officier du génie retourne à Corfou ; il y portera vos
ordres, tant pour ces travaux que pour les autres parties de l'administration.
Il y fera connaître que mon intention est de faire un point imprenable de ce
fort, auquel on donnera le nom de fort Desaix.
Quant aux
approvisionnements, vous devez vous entendre avec le ministre de
l'administration de la guerre pour en raisonner avec le général Donzelot. Vous
ferez connaître à ce général que, la récolte arrivée, il doit s'approvisionner
de maïs pour trois mois; comme au 1er mars, il était approvisionné pour dix
mois, c'est-à-dire jusqu'au 1er janvier prochain, et que les expéditions faites
par l'Italie lui auront déjà fourni à cette heure ou lui fourniront encore pour
trois mois, s'il s'approvisionne de son côté pour trois mois, je pourrai être
certain qu'il aura des vivres au moins jusqu'au mois de mai ; que mon intention
est, à l'exception des expéditions ordonnées, de n'envoyer plus rien; mais, le
mois de septembre arrivant, je lui enverrai du blé et des farines pour deux
ans, afin de n'avoir plus à penser à l'approvisionnement de ce point
important; que, quand même il ne recevrait plus rien, je compte qu'il se
procurera des blés jusqu'au mois de mai 1812.
Vous lui ferez
considérer de nouveau la grande importance que j'attache à Corfou.
Vous lui ferez
connaître que je vois avec peine qu'il ait mis dans l’île de Fano des hommes du
6e de ligne; quelques officiers français avec des Albanais de choix suffisent.
Quant aux trois bataillons du 14e, aux deux du 6e et au bataillon italien, il
doit toujours les tenir unis sans en ôter un homme. Vous me ferez un rapport
sur la compagnie de 70 chevaux qu'il a. Je désire qu'on lui envoie un bon chef
d'escadron et qu'on lui forme une compagnie de 100 chevaux. Il faudrait lui
envoyer de bons cavaliers qui pussent vraiment lui être utiles. Il est
important aussi qu'il ait au moins 60 chevaux d'artillerie de siège. Vous lui
recommanderez de se procurer en Albanie 16 paires de bœufs, de manière à former
huit attelages, qui feraient le service des charrettes à munitions, des affûts
et enfin des différents transports. Cette précaution épargnera les canonniers.
Quant à l'escadron de cavalerie, il ne pourra lui être envoyé que cet hiver. Il
pourra partir de Toulon avec les chevaux et les selles nécessaires; mais il est
indispensable de bien connaître ce qui existe à Corfou; si le général Donzelot
pouvait se procurer des chevaux en Albanie, on se dispenserait d’en envoyer.
On aura le temps d'ici à septembre de recevoir des renseignements; mais il est
indispensable que vous ne perdiez pas cela de vue.
Paris, 2 avril 1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris
Je n'approuve point le
projet de décret que je vous renvoie. Les vélites nommés officiers ne doivent
rien avoir; ils sont supposés avoir de la fortune de chez eux. Mais, comme je
désire que les 128 vélites partent pour leurs corps sans aucun délai, je désire
que, sur les deux caisses qui sont à votre disposition, 500 francs soient
comptés et payés à chacun d'eux demain, afin qu'après-demain aucun d'eux ne
soit à Paris.
Paris, 2 avril 1811
A Frédéric, roi de
Wurtemberg, à Stuttgart
Monsieur mon Frère, je
reçois la lettre de Votre Majesté du 24 mars. Votre Majesté trouvera ci-joint
copie de la note que j'ai fait remettre, il y a quelques jours, à l'ambassadeur
de Russie. J'ai donc annoncé que je faisais à Votre Majesté la demande d'un de
ses régiments. La Saxe, la Bavière, le roi de Westphalie, ont fourni les
régiments que je leur avais demandés. Je n'en ai pas demandé à Bade, ni à
Hesse-Darmstadt, ni au prince Primat, parce qu'une portion équivalente de leur
contingent se trouve déjà employée. Votre Majesté ne voudra pas être le seul
qui refuse de concourir à une mesure commune de défense. Il s'agit de mettre la
place importante de Danzig à l'abri de toute tentative ennemie; et cette
mesure, prise soit contre les Anglais, soit contre qui que ce puisse être, est
une véritable charge pour la Confédération, puisqu'elle a pour objet d'éloigner
la guerre de son sein.
J'espère et je crois,
comme Votre Majesté, que la Russie ne fera pas la guerre. Cependant, depuis la
fin de l'année dernière, elle a fait construire vingt places de campagne. En ce
moment elle crée quinze nouveaux régiments ; les divisions de Finlande et de
Sibérie sont en marche pour les frontières du Grand-Duché; enfin, quatre
divisions de son armée de Moldavie sont également en marche pour les frontières
du Grand-Duché. Ce ne sont pas les paroles, mais les faits qui révèlent les
intentions des gouvernements. Pourquoi retirer des divisions qui sont si
utiles à la Russie dans sa guerre contre les Turcs ? Pourquoi créer de nouveaux
régiments dans un moment de pénurie où l'on n'a pas d'argent, où l'on a une
grande guerre sur les bras et où l'on ne peut subvenir aux dépenses qu'avec du
papier monnaie ? Ces renseignements sont des faits. Tout ce qu'on répète à
l'empereur Alexandre depuis six mois est faux. Par exemple on lui a fait
accroire que j'avais demandé les troupes de la Confédération; il est entré à
cet égard dans des détails qui font voir qu'il commence à prêter l'oreille à
nos ennemis. L'ukase sur le commerce prouve même que ses dispositions sont
changées; non qu'il ne fût le maître de prendre cette mesure, mais on y
remarque je ne sais quoi de favorable à l'Angleterre et d'hostile contre la
France. Or l'empereur seul en Russie tenait à l'alliance contre l'Angleterre.
Dans ces circonstances,
je pense que Votre Majesté ne voudra pas me laisser de doutes sur la
Confédération doutes qui culbuteraient entièrement le système où Votre Majesté
a trouvé la tranquillité et le bonheur. Votre Majesté peut bien sentir le peu
d'importance que je mets à deux bataillons qui ne font pas 1,200 hommes; mais
c'est une mesure que j'ai crue nécessaire. J'ai réuni Hambourg et les villes
hanséatiques, parce que j'ai cru ne pouvoir pas compter sur le secours de ces
villes dans mon système contre l'Angleterre, et parce que l'Angleterre ne reconnaît
aucune neutralité sur mer. Si les princes de la Confédération me laissent le
moindre doute sur leurs dispositions pour la défense commune, je puis le dire
franchement, ils se perdront; car je préfère avoir des ennemis à avoir des amis
douteux, et cela me serait en effet plus avantageux. Dès que je croirai avoir
un ennemi de plus, je lèverai 30,000 hommes de plus; tandis que, si j'ai un ami
peu sûr, j'aurai fait un faux calcul en comptant sur ses engagements et les
faux calculs conduisent toujours à de faux résultats.
J'ai d'ailleurs le
droit de requérir les régiments que je demande, puisque je n'aurais aucune
prérogative dans la Confédération el qu'elle ne me serait d'aucune utilité si,
en échange de la garantie que je lui donne contre toute puissance, je n'avais
le droit d'appeler son contingent dans le moment opportun; car appeler les
troupes trop tard, et lorsqu'il n'est plus temps, ne serait qu'un privilège
funeste; ce serait la pire des fédérations, et je ne voudrais certainement pas
en être le chef.
Les relations de Votre
Majesté en Russie ne signifient rien; les dispositions de la cour de l'empereur
Alexandre ne signifient pas davantage : entre grandes nations, ce sont les
faits qui parlent; c'est la direction de l'esprit public qui entraîne. Le roi
de Prusse laissait aller à la guerre quand la guerre était loin ; il aurait
voulu la retarder quand il n'en était plus le maître, et il pleurait avant Iéna
avec le pressentiment de ce qui allait arriver. Il en a été de même de l'empereur
d'Autriche; il a laissé s'armer la landwehr, et la landwehr n’a pas été plutôt
armée qu'elle l'a entraîné à la guerre. Je ne suis pas loin de penser qu'il en
arrivera de même à l'empereur Alexandre. Ce prince est déjà loin de l'esprit de
Tilsit; toutes les idées de guerre viennent de la Russie. Si l'empereur veut la
guerre, la direction de l'esprit public est conforme à ses intentions; s'il ne
la veut pas et qu'il n'arrête pas promptement celte impulsion, il y sera
entraîné l'année prochaine malgré lui; et ainsi la guerre aura lieu malgré moi,
malgré lui, malgré les intérêts de la France et ceux de la Russie. J'ai déjà vu
cela si souvent que c'est mon expérience du passé qui me dévoile cet avenir.
Tout cela est une scène d'opéra, et ce sont les Anglais qui tiennent les machines.
Si quelque chose peut remédier à cette situation, c'est la franchise que j'ai
mise à m'en expliquer avec la Russie. Ainsi, quand j'ai ces inquiétudes, il
n'est pas conforme à l'amitié que Votre Majesté m'a témoignée de ne pas les
partager; et, si elle apprenait que, par une surprise possible, Danzig, Thorn,
Modlin sont enlevés, que me dirait-elle ? Que j'ai mal conduit mes affaires,
mais aussi celles de la Confédération.
Enfin, Votre Majesté ne
peut pas supposer que, moi, je veuille la guerre. Pourquoi la ferais-je ?
Serai-ce pour rétablir la Pologne ? Je le pouvais après Tilsit, après Vienne,
cette année même ! Je suis trop bon tacticien pour avoir manqué des occasions
si faciles; je n'ai donc pas voulu. Enfin j'ai la guerre d'Espagne et de Portugal
qui, s'étendant sur un pays plus grand que la France, m'occupe assez d'hommes
et de moyens; je ne puis pas vouloir d'autre guerre. Et cependant j'ai levé
cette année 120,000 hommes, j'en lèverai l'année prochaine 120,000 autres, je
forme de nouveaux régiments, je remonte ma cavalerie et mon artillerie, depuis
que les dispositions de la Russie me sont suspectes et que je crois qu'elle se
conduit de manière à faire éclater la guerre en 1812. Je dépense cent millions
d'extraordinaire cette année; Votre Majesté croira-t-elle que c'est pour
m'amuser que je fais des dépenses aussi considérables ? Mais, si je ne veux pas
la guerre et surtout si je suis très loin de vouloir être le Don Quichotte de
la Pologne, j'ai du moins le droit d'exiger que la Russie reste fidèle à
l'alliance, et je dois être en mesure de ne pas permettre que, finissant la
guerre de Turquie, ce qui probablement aura lieu cet été, elle vienne me dire :
« Je quitte le système de l'alliance, et je fais ma paix avec l'Angleterre. »
Ce serait, de la part de l'empereur, la même chose que me déclarer la guerre.
Car, si je ne déclare pas moi-même la rupture, les Anglais, qui auront trouvé
le moyen de changer l'alliance en neutralité, trouveraient bien celui de
changer la neutralité en guerre.
Conserverons-nous la
paix ? J'espère encore que oui; mais il est nécessaire de s'armer et de mettre
à l’abri de toute tentative la place de Danzig qui est la clef de tout.
Je prie donc Votre
Majesté d'envoyer son régiment et de comprendre que, comme protecteur de la
Confédération, je tiens comme chose fâcheuse qu'elle m'ait fait la difficulté
qu'elle a élevée; car notre système est fondé sur des liens réciproques, et
comment n'a-t-elle pas compris, avec son esprit, que sa lettre relâchait ces
liens ?
Paris, 3 avril 1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de
Cessac, on a vendu dans toutes mes places de l'Oder beaucoup de blé inutilement.
On vous a trompé, et ces ventes ont été l'objet de scandaleuses opérations. Je
désire que vous n'ordonniez rien relativement à l'administration de mes troupes
en Allemagne qu'en subordonnant tout au prince d'Eckmühl et en faisant, à cet
effet, passer vos ordres par son intermédiaire.
Paris, 4 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, dites au chargé d'affaires de Nassau que j'ai lu avec la plus grande
surprise la lettre du nommé Gentil au prince de Nassau. Écrivez à M. le comte
Defermon et à mes ministres et chargés d'affaires que les agents de mon domaine
extraordinaire n'ont pas le droit de correspondre avec les cours de la
Confédération ; qu'ils doivent s'adresser à mes ministres et chargés
d'affaires, qui doivent seuls suivre cette correspondance avec les princes près
lesquels ils résident et avec les petites cours voisines.
Paris, 4 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, il est urgent d'avoir quelqu'un à Stuttgart. Celui qui y est comme
chargé d'affaires est un homme bien médiocre et qui n'est fait pour être chargé
d'affaires dans aucun pays.
Paris, 4 avril 1811
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Monsieur le Comte
Montalivet, je vous renvoie votre projet sur le pont de Bordeaux. Pour cette
année les fonds sont faits. Dans les conseils qui se tiendront au mois de
décembre vous m'en parlerez, et on fera alors les fonds pour les années
suivantes. En attendant, qu'on aille de l'avant sur les fonds faits.
Paris, 4 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Mon intention est que
les neufs régiments de cuirassiers que j'ai en France se tiennent prêts à se
mettre en campagne, ainsi que les deux régiments de carabiniers, mon intention
étant de former quatre divisions de grosse cavalerie. La 1e division
sera composée des deux régiments de carabiniers et du 1er de cuirassiers; la 2e
division sera composée des quatre régiments qui sont en Allemagne; la 3e division,
des 5e 10e, 11e et 14e de cuirassiers, et la 4e division, des 4e, 6e,
7e et 8e de cuirassiers. Ces quatre divisions auront chacune douze pièces
d'artillerie à cheval, ce qui fera quarante-huit pièces de canon. La division
qui est en Allemagne est déjà organisée. Proposez-moi l'état-major,
l'artillerie et la formation des brigades de ces quatre divisions. Mon
intention est que, tant que les régiments n'auront pas plus de 600 chevaux, il
ne parte pas plus de trois escadrons, à l'exception des carabiniers et du 1er
de cuirassiers qui feront partir leurs quatre escadrons, et, à cet effet, le
cinquième escadron de ces régiments sera formé sans délai.
Faites-moi connaître si
les 5e escadrons dont j'ai ordonné la formation au 11e de chasseurs, 12e, etc.
sont formés. Les quatorze régiments de cavalerie légère pourraient être réunis
en brigades de la manière suivante : 1e brigade de cavalerie légère, le 11e et
le 12e ; 2e brigade, le 23e et le 24e de chasseurs; 3e brigade, le 5e et le11e
de hussards; 4e brigade, le 4e et le 9e de chasseurs; 5e brigade, le 19e et le
14e de chasseurs; 6e brigade, le 6e et le 8e de chasseurs; 7e brigade, le 25e
de chasseurs et le 6e de hussards. J'ai en Allemagne six régiments de
cavalerie légère : cela fera donc vingt régiments, qui, à 600 hommes, font
12,000 hommes, et, à 800 hommes, feront 16,000 hommes; ce qui, avec 10,000
cuirassiers, 4,000 dragons et 4,000 hommes de la Garde, fera 34,000 hommes de
cavalerie.
Paris, 4 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, le général Dessaix doit rester à sa division, mon intention étant qu'au
15 mai tous les généraux et colonels du corps d'armée d'Allemagne soient à leur
poste. Cependant il ne faut pas faire d'éclat de cela; il faut seulement
refuser les congés qu'on proposerait.
Paris, 4 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, écrivez au général Decous que je trouve inutile et imprudent de faire
partir en masse, comme il fait, les bâtiments destinés pour Corfou ; qu'il vaut
mieux les faire partir un à un; qu'il est plus facile à un seul bâtiment de
s'échapper qu'à trente; qu'il faut avoir soin de bien déterminer l'heure à
laquelle on doit partir ; que beaucoup de gens pensent qu'il vaut mieux partir
de jour, pour passer la nuit en mer et se trouver à mi-canal à l'autre point du
jour; qu'on dit que les patrons bocchais, qui, au dernier blocus, faisaient souvent
le voyage d'Otrante à Corfou, avaient l'habitude de sortir de jour. Écrivez au
général Decous de faire débarquer toute l'artillerie et tous les effets
d'habillement dont les bâtiments italiens sont chargés, et de faire mettre
tous ces effets en dépôt, dans un lieu sûr, à Brindisi; que ces envois ne sont
pas urgents, que cela ne doit partir de Brindisi qu'autant que des frégates
viendraient s'en charger; qu'autrement on doit attendre pour le passage les
saisons des longues nuits; que mon intention est donc qu'il ne passe plus rien,
si ce n'est du blé, du riz et des légumes secs, parce que ce sont des denrées
de première nécessité, encore doit-on attendre un temps décidé et des vents
favorables, car rien n'est pressé; qu'à cette exception près on doit retenir
tout le reste : vins, eaux-de-vie, vinaigres, viandes salées, etc. tout doit
restera Brindisi; que mon intention est aussi qu'aucun homme ne passe; qu'il
doit les retenir tous à Brindisi et en former un bataillon pour garder le port.
Vous écrirez à Naples
pour qu'il soit pourvu à la nourriture de ces hommes, et vous prendrez des
mesures pour assurer leur solde. Ils attendront là qu'une frégate vienne les
prendre ou que les nuits d'octobre puissent faciliter leur passage. Ainsi les
effets d'artillerie et d'habillement, les vins, les eaux-de-vie, les vinaigres,
les viandes salées, etc. doivent être mis en dépôt à Brindisi. Le blé, le riz
et les légumes secs doivent seuls continuer de passer. Ajoutez que tous les
bâtiments italiens qui se trouveront ainsi déchargés doivent sur-le-champ être
renvoyés; ce qui fera quelque économie pour les Gnaoces de mon royaume
d'Italie. On les renverra avec un reçu du dépôt de Brindisi. Par suite de ces
dispositions, il s'agglomérera à Brindisi et Otrante beaucoup d'hommes du 14e
régiment et du 6e, des détachements d'artillerie, des détachements italiens et
aussi des détachements napolitains. Mais, quand j'ordonne de retenir ici tous
les hommes, il est bien entendu que cela ne s'applique pas aux officiers qui
seraient expédiés par vous ou par le roi de Naples ; on doit les faire passer
sur les meilleures courrières. Il est même nécessaire que le général Decous
envoie aussi de temps en temps de ses officiers à Corfou pour avoir des
nouvelles, connaître ce qui a passé et vous rendre compte.
Vous devez lui faire
adresser tous les jours, par l'estafette, trois exemplaires du Moniteur, et en faire remonter la
collection au 1er janvier. Vous lui recommanderez de transmettre ces Moniteur par différentes voies au
gouverneur général, afin de le tenir, autant qu'il se pourra, au courant des
nouvelles. Le général Decous doit écrire par toutes les occasions, et même il
serait à souhaiter qu'il eût un chiffre avec lui pour toutes les choses
secrètes qu'on pourra lui donner l’ordre d'écrire. Enfin vous devez le prévenir
qu'il est possible que des frégates ou bâtiments de l'État viennent à Tarante
ou à Brindisi ; que dans ce cas il doit aussitôt réunir tous les hommes qu'il
pourra, pour les faire passer à bord des bâtiments. Il y fera transporter aussi
le plus d'approvisionnements qu'il sera possible.
Il doit vous écrire
tous les jours. Recommandez-lui de faire parcourir toute la côte pour
rechercher les petits bâtiments destinés pour Corfou qui se seraient réfugiés dans
les ports depuis Ancône jusqu'à Tarente. Il les réunira à Brindisi, où il fera
déposer leur chargement, et les renverra ensuite.
Paris, 4 avril 1811
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, plusieurs convois d'argent sont déjà entrés en Espagne; il est
nécessaire de numéroter ces convois pour désormais nous entendre.
Le convoi de 3
millions, parti de Bayonne le 16 août dernier, sous le commandement de
l'adjudant commandant Gressot, s'appellera le premier convoi. Celui de
2,500,000 francs, parti le 2 octobre de Bayonne, sous le commandement du chef
de bataillon Corozis, s'appellera le deuxième convoi. Celui de 3 millions,
parti le 1er février, sous le commandement de l'adjudant commandant Dentzel,
s'appellera le troisième convoi. Enfin celui de 4 millions, qui va partir en
vertu de mon ordre du 29 mars, sous le commandement de l'adjudant commandant
Simonin, sera le quatrième convoi.
Par ces convois,
l'armée de Portugal a reçu ou doit recevoir : 1° 2,500,000francs, qui faisaient
partie du deuxième convoi et dont 500,000 francs ont été donnés au 9e corps; 2°
l,500,000 francs, qui faisaient partie du troisième convoi ; 3° 2 millions, qui
font partie du quatrième convoi, dont le départ doit avoir lieu en ce moment de
Bayonne; total, 6 millions.
Ainsi l'armée de
Portugal aura reçu, après l'arrivée de ce dernier convoi, 6 millions, dont
500,000 francs pour le 9e corps. Restent 5,500,000francs pour l'armée de
Portugal; ce qui doit faire le solde de six mois au moins.
L'armée du Midi, 1° a
reçu 3 millions qui composaient le premier convoi; 2° elle recevra 500,000
francs qui, en vertu de mon ordre du 29 mars, doivent faire partie du quatrième
convoi; total, 3,500,000 francs.
L'armée du Centre, 1° a
reçu 1,500,000 francs, qui faisaient partie du troisième convoi; 2° va recevoir
1,500,000 francs, qui partent dans le quatrième convoi; elle aura reçu 3
millions.
Comme les envois
d'argent sont très difficiles à l'armée du Midi, je désire que les 500,000
francs qui devaient être envoyés à l'armée du Midi avec le quatrième convoi
soient envoyés à l'armée de Portugal, ce qui portera à 6,500,000 francs les
envois faits au Portugal, et qu'en remplacement le trésor envoie à l'armée du
Midi 500,000 francs en traites, faisant partie du cinquième convoi.
Un cinquième convoi
partira de Bayonne le 15 avril et se composera de 6 millions, dont 3 en argent
et 3 en traites. Ces 6 millions seront destinés, savoir :
|
|
En argent |
En traites |
|
Pour l'armée du Portugal |
2,000,000 |
1,000,000 |
|
Pour l'armée du Midi |
|
1,000,000 |
|
Pour l’armée du Centre |
1,000,000 |
1,000,000 |
|
|
3,000,000 |
3,000,000 |
|
|
6,000,000 |
|
Après l'arrivée du cinquième
convoi, l'armée de Portugal aura donc reçu en tout 9 millions, dont 500,000
francs pour le 9e corps; l'armée du Midi aura reçu 4,500,000 francs, et l'armée
du Centre 5 millions.
Dans ces cinq convois
se trouvera compris pour 4 millions de traites, savoir : 1 million de traites
dans le quatrième convoi et 3 millions dans le cinquième. Il est nécessaire
que ces traites soient divisées en séries, afin que, s'il en était volé en
route, on pût, d'un seul trait de plume, les annuler.
Maintenant faites-moi
un rapport qui me fasse bien connaître la portion de ces convois qui doit être
attribuée sur l'exercice 1810 et celle qui appartient à l'exercice courant;
enfin quelle doit être la situation de la solde des armées du Centre, du Midi
et du Portugal après la réception de ces cinq convois. Il faudra faire des
recherches pour savoir : 1° ce que l'armée de Portugal a reçu de contributions
des différentes provinces du nord de l'Espagne avant son entrée en Portugal ;
2° ce que l'armée du Centre a reçu de contributions des pays du centre, et 3°
ce que l'armée du Midi a reçu des provinces du midi.
Vous recevrez un décret
par lequel j'autorise le trésor à prêter 500,000 francs par mois au roi
d'Espagne, et ce à dater du 1er avril. Les 500,000 francs d'avril seront payés
sur les 1,500,000 francs que le quatrième convoi conduit à l'armée du Centre ;
les 500,000 francs de mai seront payés sur le cinquième convoi.
Écrivez cela au
ministre des finances du roi d'Espagne.
Paris, 4 avril 1811
Au prince de Neuchâtel et
de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, l'armée du
Portugal sera partagée en six divisions, savoir :
1e division : le 6e
léger, les 39e, 76e et 69e de ligne.
2e division : le 25e
léger, les 27e, 50e et 59e de ligne.
3e division : le 31e
léger, les 26e, 66e et 82e de ligne, la légion du Midi.
4e division : les 15e,
47e, 70e et 86e de ligne.
5e division : le 17e
d'infanterie légère, les 22e et 65e de ligne, les Hanovriens, Prussiens et
Irlandais.
6e division : les 15e,
32e, 2e et 4e légers, les 36e et 130e de ligne.
Par ce moyen, le 6e
corps se trouve partagé en deux divisions. Tous les régiments qui ont leur
dépôt dans la 12e division militaire forment une division; tous ceux qui ont
leur dépôt en Bretagne en forment une autre. Je pense que c'est là la meilleure
organisation qu'on puisse donner. Vous laisserez le prince d'Essling maître
d'arranger les brigades. Vous lui désignerez seulement les généraux pour les
divisions et pour les brigades. Vous le laisserez également maître de verser
tous les hommes des 15e et 32e légers dans les 2e et 4e légers, et de renvoyer
les cadres du 15e léger à Paris et du 32e à Toulon; cela aura l'avantage de
supprimer deux cadres sans diminuer de beaucoup le nombre d'hommes. Cette
opération me parait bonne. Quant au bataillon du 34e, le cadre rentrera en
France et tous les hommes disponibles seront placés dans le 36e, ce qui
augmentera le 36e de 200 hommes. Tous les hommes qui sont aux hôpitaux rejoindront
également le 36e. Le cadre du 4e bataillon du 28e rentrera en France; tous les
hommes disponibles seront placés dans le 36e, ce qui l'augmentera de 300
hommes. Le cadre du 4e bataillon du 75e rentrera en France; tous les hommes
disponibles seront placés dans le 36e. Ainsi le 36e régiment recevra de ces
trois cadres 700 hommes d'augmentation et sera porté à 2,000 hommes. Vous
recommanderez qu'on laisse les cadres entiers. Ces bataillons étant étrangers
aux régiments qui composent l'armée, il est nécessaire qu'on en laisse les
cadres revenir en entier en France. Le régiment des chasseurs à cheval
hanovriens sera dissous et incorporé dans le 1er de hussards; les officiers qui
ne seront pas employés seront envoyés en France pour entrer dans le 30e de
chasseurs, qui s'organise à Hambourg. Ce qui me porte à dissoudre ces
bataillons du 34e, du 20e et du 75e, c'est qu'ils sont tous composés de
conscrits qui n'ont jamais rejoint leurs régiments, et que d'ailleurs ils ont
beaucoup de traîneurs et d'hommes aux hôpitaux, qu'il vaut mieux laisser à
l'armée de Portugal.
Vous ferez connaître au
maréchal prince d'Essling qu'il doit faire tous ces mouvements en temps
opportun ; lui seul doit en avoir connaissance. Il peut même y faire les
changements qu'il jugera indispensables. Vous lui ferez connaître que mes principaux
motifs pour mettre tels ou tels régiments ensemble, c'est qu'ils ont leurs
dépôts dans la même division ; ce qui doit faciliter la formation des régiments
de marche à envoyer pour les recruter.
Paris, 4 avril 1811
Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du
palais, à Paris
Monsieur le Duc de
Frioul, le ler régiment de voltigeurs et le 1er de tirailleurs ont encore un
vieux cadre de la Garde. Je désire que vous m'en présentiez l'état avec un
projet d'ordre pour faire revenir ces vieux cadres et donner à ces deux
régiments des cadres pareils aux six autres. Vous enverriez l’ordre au duc
d'Istrie, qui serait chargé de l'exécuter. Ces vieux cadres reviendraient à
Paris, et je m'en servirais pour former un nouveau régiment de chasseurs de la
Garde. Par ce moyen, la vieille Garde se composerait de quatre bataillons de
grenadiers, de quatre bataillons de chasseurs, de deux bataillons de
Hollandais; total, dix bataillons de vieille Garde ou 8,000 hommes; et
j'aurais ensuite un bataillon de sergents, deux bataillons de caporaux et deux
bataillons d'un régiment de jeune Garde que je formerais avec la conscription
de cette année; en tout quinze bataillons.
Paris, 4 avril 1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, je vous ai
déjà mandé la nécessité d'établir une garde bourgeoise à Hambourg, à Lubeck, à
Bremen et à Osnabruck pour la police de ces villes. Pressez l'organisation de
la gendarmerie dans tous les pays. Faites-moi connaître ce qui retarde cette
organisation. Allez de l'avant et rendez-moi compte. L'Empire est si grand, que
les ministres sont accablés de besogne. Je désire que cette gendarmerie puisse
être organisée au 1er mai. Je désirerais aussi que les villes de Hambourg,
Bremen et Lubeck eussent pour la police du pays une garde à cheval comme
l'ancien guet de Paris. Le budget de ces villes doit donner moyen de pourvoir à
cette dépense. Mon intention est de faire camper toutes vos divisions après la
récolte. Il faudra alors que tout le service se trouve fait par le pays.
Vous me mandez que je
ne dois pas compter sur les lanciers ni sur les régiments qui s'organisent à
Hambourg; je ne comprends pas bien cela. Est-ce qu'ils ne seraient pas formés
au 1er septembre prochain ? Envoyez-moi l'état de situation et faites-moi
connaître ce qui s'oppose à la formation de ces régiments. Les colonels et
majors sont-ils arrivés ? Quels sont les officiers du pays que vous proposez ?
Enfin donnez-moi des détails là-dessus.
Paris, 4 avril 1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, j'avais
diminué la correspondance des postes de l'armée comme inutile. Les
circonstances ont changé. Je pense que le plus convenable est d'établir une
estafette de Hambourg à Danzig. Cela servira aux relations extérieures qui
n'envoient plus de courriers. Rapp enverra des officiers porter les dépêches en
Russie. Également la correspondance de Varsovie se dirigera par Danzig. On
laissera subsister les malles de l'armée pour la correspondance des soldats et
pour les affaires de comptabilité. Vous trouverez ci-joint copie du décret que
je viens de prendre. Allez de l’avant et faites-le exécuter.
Paris, 4 avril 1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon Cousin, je reçois
votre lettre du 30 mars. Je vous ai mandé que, si les circonstances
l'exigeaient, il faudrait vous porter à tire-d'aile sur Danzig; mais, dans ce cas,
je vous prescrirais les détails de la route et je vous enverrais le tracé de
cette marche. Vous marcheriez par division, comme en temps de guerre, et sur
trois colonnes, selon les circonstances; une division passerait par le
Mecklenburg, d'autres par la route de Magdeburg à Stettin. Mais nous n'en
sommes pas encore là. Je ne puis pas abandonner la route entre Magdeburg et
Stettin, et j'ai fait écrire à mon ministre à Berlin pour la communication du
Mecklenburg avec Stettin.
Vous remarquez que,
quand j'aurai 6,000 hommes à Stettin, la Prusse ne devra pas nourrir ce nombre.
Voici ma réponse : Vous ferez le calcul de ce que j'aurai de monde à Glogau et
Küstrin, et vous totaliserez cela avec les 6,000 hommes que j'aurai à Stettin.
Vous verrez si cela passe ou non ce que la Prusse doit nourrir. Si cela passe
le nombre convenu, je payerai l'excédant ; si cela ne passe pas, il n'est pas
juste que je paye : c'est dans ce sens que vous devez en écrire à mon ministre
a Berlin.
L'officier que vous
avez envoyé en Suède a été trop de temps pour aller et revenir. Puisque le
ministre des relations extérieures ne doit plus envoyer de courriers dans le
Nord, il faut que vos officiers aillent comme des courriers. Il me parait
avantageux de multiplier ainsi le nombre des officiers d'état-major, du génie
et d'artillerie qui connaîtront parfaitement les chemins.
Je pense qu'à dater du
1er mai vous devez exiger que tous les officiers généraux, colonels et
officiers d'état-major soient à leur poste.
Je désire qu'au 1er mai
vous fassiez passer à la fois une revue dans tous les régiments, afin de
reconnaître le nombre d'officiers et sous-officiers qui manquent dans tous les
corps. Vous donnerez ordre que les places de sous-officiers soient remplies, et
vous m'enverrez vos propositions pour les places d'officiers. S'il y avait des
places de chef de bataillon ou d'escadron vacantes, vous me proposeriez des
officiers de choix et sur lesquels on pût bien compter. Je suppose que, dans
tous les corps, les soldats ont une paire de souliers aux pieds et deux neuves
dans le sac, que l'armement est en bon état, que les soldats ont jusqu'au
tire-bourre et à l’épinglette. Recommandez à votre commandant d'artillerie que
tout ce qui est prescrit par l'ordonnance, que les outils, les rechanges, que
tout dans les plus menus détails existe, que je n'entends pas qu'on s'éloigne
de ce qui est dit dans l'aide-mémoire de Gassendi. J'approuve que vous fassiez
venir à Magdeburg le biscuit qui est à Dresde, d'autant plus qu'on pourra le
faire passer, s'il est nécessaire, de Magdeburg sur Stettin, qui est le pivot
et où il est toujours besoin d'avoir 500,000 rations. On pourrait, sans
ostentation, faire fabriquer 250,000 rations de biscuit à Stettin et autant à
Küstrin. Vous savez que le pays entre Stettin et Danzig est pauvre, et que pour
marcher en masse il faut avoir ses vivres. Certain de trouver 500,000 rations
sur l'Oder, vos caissons arriveraient là vides; on les chargerait de biscuit,
et vous auriez alors les moyens de traverser en masse et avec rapidité tout cet
espace.
Paris, 4 avril 1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Paris
Mon Fils, je vous
envoie copie d'une lettre que j'écris au ministre de la guerre. Vous sentez
l'importance que tous vos petits bâtiments viennent déposer leur chargement à
Brindisi et s'en retournent; cela évitera au trésor d'Italie des frais qui sont
considérables.
Paris, 4 avril 1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Paris
Mon Fils, il serait
possible que j'eusse besoin d'une division italienne de seize bataillons et de
1,500 chevaux. Cette division aura seize pièces de régiment et dix-huit pièces
de ligne. Faites-moi un projet pour bien composer cette division. Je désire de
bonnes troupes qui aient fait la guerre, non-seulement les cadres, mais la plus
grande partie. Il faudrait que cela pût remplacer seize bataillons français
que je laisserais en Italie.
Paris, 4 avril 1811
Au roi Charles
d’Espagne, à Marseille.
Monsieur mon Frère,
j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite a l'occasion de la naissance de mon
fils, et je vous remercie des sentiments que vous m'y exprimez.
Paris, 4 avril 1811
A la reine Louise
d’Espagne, à Marseille
Madame ma Sœur, j'ai
reçu la lettre que vous m'avez écrite à l'occasion de l'heureux accouchement de
l'Impératrice, et je remercie Votre Majesté de la participation qu'elle
témoigne à cette faveur nouvelle que la Providence m'a accordée.
Paris, 5 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je vous renvoie le travail que vous avez fait préparer pour le comte
Lauriston. Il ne faut pas appeler cela Instructions, mais Exposé de ce qui
s'est passé. Quant aux instructions, vous lui donnerez les suivantes.
Dans les conférences
avec M. de Romanzof et avec l'empereur, leur parler toujours clair, mais ne
parler ainsi qu'à eux et que là. Dans ces conférences, après avoir laissé
parler longtemps, demander la permission de répondre franchement, en se servant
de la formule: Voila comme on voit à Paris.
Je ne ferai pas la
guerre pour la Pologne, quoique cependant je ne veuille pas souffrir qu'il soit
fait aucun empiétement sur le Grand-Duché, ni qu'il lui soit fait aucun tort.
Je ne ferai pas la
guerre pour le tarif des douanes, quoique le dernier ukase soit contraire au
traité de Tilsit, et que l'idée de brûler des marchandises d'une puissance amie
ou alliée paraisse impliquer contradiction avec les idées d'amitié et
d'alliance.
Mais, quelque graves que
soient ces griefs, je ne ferai la guerre que dans le cas où la Russie voudrait
autre chose que la rive gauche du Danube, ou bien dans le cas où cette
puissance, déchirant le traité de Tilsit, ferait sa paix avec l'Angleterre.
Cet ultimatum ne doit
jamais être prononcé; mais, si cela était important et que cela devint
nécessaire, dans les conversations confidentielles avec M. de Romanzof et
l'empereur, le comte Lauriston pourrait être autorisé à le leur laisser
entrevoir.
Dans tous les cas, soit
avec les aides de camp de l'empereur, soit avec les militaires, soit avec le
prince Tolstoï, soit avec les ministres étrangers, quelque chose que le cabinet
russe fasse, l'ambassadeur doit toujours rester dans les termes d'une amitié
parfaite, dans les idées d'alliance, et ne pas laisser supposer qu'il existe le
moindre nuage, ni le moindre sujet de discussion.
L'Empereur fait ainsi
connaître ses intentions à son ambassadeur pour que celui-ci sache quels sont
les points auxquels on attache de l'importance et puisse diriger sa conduite en
conséquence, sans cependant se compromettre en rien; car, ferait-on la paix
avec l'Angleterre, marcherait-on sur Constantinople, l'ambassadeur doit seulement
prévenir et ne faire aucune démarche qu'il n'y soit spécialement autorisé.
La continuation de la
guerre entre la Russie et la Turquie serait sans doute une chose avantageuse à
la France, sans cependant qu'on la désire. Si la Russie parvenait à faire sa
paix avec la Turquie et à garder la Moldavie et la Valachie, elle ne devrait
rien conserver sur la rive droite, ni aucune influence sur la Servie, qui ne
doit jamais être gouvernée par un prince grec. La Russie voudrait faire pour la
Servie ce qu'elle a fait pour la Moldavie et la Valachie, la mettre d'abord
sous la protection d'un prince grec, qui serait nommé par la Porte, pour
insensiblement y étendre son influence et arriver, par les Monténégrins et par
la Morée, sur la Méditerranée.
A cela l'Empereur est
décide à s'opposer. Il sera nécessaire que le comte Lauriston prenne des
informations pour connaître indirectement quels sont les projets de la Servie ;
mais ces insinuations ne seraient nécessaires que dans le cas où il y aurait
des ouvertures de paix avec la Porte. Alors il serait bon de laisser entrevoir
l'intérêt que la France prend à empêcher que la Russie n'étende son influence
du côté de la Dalmatie, et, s'il est question d'un prince grec en Servie, de ne
pas dissimuler qu'il ne saurait convenir à la France de voir un prince grec
venir s'établir ainsi sur ses frontières.
Quant à la Moldavie et
à la Valachie, on peut dire que la Russie tiendra ces deux provinces de la
France. Actuellement la politique de l'Empereur est de ne pas s'en mêler; mais
il ne faut pas faire de déclaration, car, si les affaires continuaient à se brouiller
entre les deux puissances, il serait probable que la Russie unirait par ne pas
conserver ces deux provinces.
Quant à l'Angleterre,
il faut, par insinuation et par tous les moyens possibles, empêcher le commerce
anglais; avoir à ce sujet des correspondances suivies avec nos consuls et
instruire de tout ce qui est relatif à ce point. Il est probable que la moindre
apparence d'une paix avec l'Angleterre sera le signal de la guerre, à moins que
des circonstances imprévues ne fassent penser à l'Empereur qu'il soit
préférable de gagner du temps. Mais il est important que la Russie comprenne
les conséquences de la démarche qu'elle ferait.
Quant à la Pologne, il
faut présenter la question sous ce point de vue; que l'Empereur fait son
possible pour ôter tout soupçon de ce côté, et empêcher que les ennemis des
deux empires n'aient aucun prétexte pour troubler l'harmonie; réitérer ces
assurances et employer toutes les formes pour prouver que la politique de la
France n'est pas là, et a pour but unique l'Angleterre.
Paris, 5 avril 1811
1Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vous ai demandé depuis longtemps un projet pour former, dans chaque
régiment de ligne, une compagnie de garnison de vaisseau, qui prendrait le
numéro 2 dans le 5e bataillon. Donnez ordre que la garnison du Tilsit et du
Friedland soit, en attendant, formée par une compagnie du 18e et par une du
56e.
Paris, 5 avril 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, mon intention est de réunir à Strasbourg une division de quatre
bataillons du 10e, de quatre bataillons du 20e, de quatre bataillons du 101e et
de quatre bataillons du 1er de ligne. Je viens de vous écrire pour que les huit
premiers bataillons aient à se rendre d'Italie à Besançon. Je désire qu'à leur
arrivée dans cette ville ils trouvent ordre de se rendre à Strasbourg. Donnez
ordre aux colonels de ces quatre régiments de former leurs compagnies de
canonnière, si elles ne le sont déjà, conformément à l'organisation sur le pied
de deux pièces par régiment. Je vous ai envoyé ordre que le 101e et le 1er de
ligne, qui se sont rendus de Naples à Rome, aient à continuer leur route sur
Plaisance. Il est nécessaire que leurs quatre bataillons puissent les joindre
dans cette dernière ville. Je désire également que le 62e, le 112e,
le 29e et le 52e aient leur artillerie et leurs pièces, mon intention étant
d'en former une division. Je suppose que le 9e, le 13e, le 35e,
le 84e, le 106e et le 92e qui sont en Italie, ont également leurs
compagnies. Faites-moi un rapport là-dessus.
Paris, 5 avril 1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de
Cessac , vous recevrez le décret que je viens de prendre pour
l'approvisionnement de Corfou. Vous connaissez l'importance que j'y attache.
Mon intention est que Corfou ait son approvisionnement assuré jusqu'au 1er
janvier 1814.
Je vois qu'avec ce
qu'on envoie de Naples et d'Italie il y a dans ce moment à Corfou des vivres
pour jusqu'au ler janvier 1812 au moins; le général Donzelot doit, en outre,
après la récolte, s'approvisionner pour trois mois en maïs et légumes du pays :
ainsi donc les vivres sont assurés jusqu'au ler avril 1812. Mon intention est
que les vins, vinaigres, eaux-de-vie, huiles, viandes salées, chandelles, bois
de chauffage, sel et avoines, qui seraient achetés et pas encore partis, soient
mis en magasin jusqu'à l'hiver à Brindisi; que ce qui ne serait pas encore
acheté ne le soit pas. Je pense que le territoire de l'île produit suffisamment
de tous ces articles. Quant aux vins et aux vinaigres, vous me rendrez compte
des ressources que l’île et les côtes voisines offrent pour cet
approvisionnement. Si les produits du pays y étaient insuffisants, on y
suppléerait en septembre. Pendant l’été, j'ai ordonné de ne laisser passer que
le blé, le riz et les légumes secs. Quant à la viande, je pense que le
gouverneur doit avoir 1,200 bœufs en réserve et un nombre proportionné de
moutons et de chèvres; il doit avoir aussi moyen d'en tirer de l'Albanie. En
cas d'événements, il renfermerait de force tout le bétail de l’île dans la place
et pourrait faire son approvisionnement de viandes salées à fur et à mesure que
ces animaux manqueraient de nourriture. Le sel est très-abondant à Corfou,
l'huile y est également abondante, et je pense que des distributions d'huile,
de riz et de sel pourraient ménager la consommation de la viande.
Prescrivez au général
Donzelot de ménager la consommation du blé en mêlant du maïs dans la ration. Si
je veux approvisionner Corfou pour deux ans en riz, en blé et en légumes secs,
il me suffit de l'approvisionner pour un an en viande, à raison de dix
distributions de viande par mois : je n'ai besoin par an que de cent vingt
jours de viande. Je ne veux également l'approvisionner que pour un an en
huiles, en vins, savoir : cent vingt jours de vin par an et le reste en
eau-de-vie.
Écrivez au général
Donzelot d'essayer si la culture des pommes de terre réussirait ; ce serait
d'une grande ressource. Cette culture réussit dans les provinces méridionales
d'Espagne.
Des moyens doivent être
pris pour assurer la pêche assez abondante pour en donner dix fois par mois à
la garnison. Il faut avoir en réserve la quantité de filets et autres engins de
pêche nécessaire. Le riz, des légumes secs, avec de l’huile, seront donnés
comme viande, avec des fromages, dix jours par mois. Ainsi donc il faut avoir
cent vingt jours de viande, cent vingt jours de poisson, cent vingt jours de
riz , huile et fromage; le gouverneur s'en procurera dans le pays, fera saler
des poissons qui abondent et s'en fera une réserve pour les derniers temps du
siège.
Paris, 6 avril 1811
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Monsieur le Comte
Montalivet, pourquoi le droit sur le Simplon n'est-il pas encore établi ?
Présentez-moi un projet pour rétablir à dater du 1er mai. On perd par ces lenteurs
des sommes considérables, et d'ailleurs cette lacune fait tort aux routes du
Piémont et du mont Cenis. Il est nécessaire que la taxe soit également établie
sur toutes les hauteurs.
Paris, 6 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'ai approuvé le projet
présenté pour le Helder. Je désire qu'on trace sur les lieux les ouvrages, que
le tracé soit envoyé au comité et qu'on y travaille le plus tôt possible. Je
suppose que te glacis, la lunette la plus avancée, deux ou trois bastions, un
fossé plein d'eau et un ouvrage sur la digue seraient la manière de mettre ce
point à même de faire une défense raisonnable.
Je vous envoie une note
sur l'île du Texel. Je désire que le comité trace sur le plan les idées que
j'ai omises, et qu'on me fasse connaître l'emploi des 200,000 francs que j'ai
affectés aux travaux de cette année.
NOTE SUR L'ÎLE DU
TEXEL. (Cette note se trouve au ministère de la guerre, dans la collection du
Dépôt des fortifications, sous ce titre: Note dictée par Sa Majesté. Elle se
trouve également transcrite sur un registre du Dépôt de la guerre, intitulé :
Ordres de l Empereur relatifs à la défense des places.)
Il faut considérer
l'île du Texel sous le point de vue de la défense de 1811 et 1812 et sous celui
de la défense à venir.
La défense de l’île du
Texel pour l'avenir dépend d'abord de la pointe du Helder. Le projet pour le
Helder est adopté; on y dépensera 500,000 francs cette année et 700,000 francs
l'année prochaine, et on compte qu'à la fin de 1812 mille ou douze cents hommes
pourront s'y défendre pendant le temps nécessaire pour qu'on puisse les
secourir.
Par leur défense ils
protégeront la batterie de la Révolution, et par la batterie de la Révolution
ils resteront maîtres de la passe. Il ne paraît donc pas probable que, tant
qu'on ne sera pas maître du Helder, on fera des dépenses considérables dans
l'île du Texel, quelle que soit son importance.
Considérant
actuellement la défense pour 1811 et 1812 pour l'île du Texel, le fort actuel
est estimé 200,000 francs; on ne peut mettre cette année
que 200,000 francs pour l’île du Texel : il est donc impossible de penser à
démolir ce fort pour le porter ailleurs; on n'aurait rien du tout. Un bataillon
d'infanterie fort de 5 à 600 hommes est cependant destiné à la défense du
Texel. Le fort actuel n'a guère que 200 toises de tour; il peut donc être
considéré comme une redoute carrée de 60 toises de côté intérieur. Il a deux
magasins blindés à l'abri des obus et des bombes. Une dépense nécessaire parait
être de faire un chemin couvert tout autour, ce qui donnerait à ce chemin
couvert 3 ou 400 toises de pourtour, avec trois places d'armes, ce qui serait
suffisant pour donner refuge au bataillon.
Il faut faire connaître
ce que coûteraient ces ouvrages, les plus importants à faire. Cela établi, il
faut donner au fort une autre propriété : c'est celle que dans les fossés de
la place, en passant par l’écluse, on puisse toujours avoir dix chaloupes au
plus et cinq au moins, capables de ramener les 500 hommes en un voyage ou en
deux, lesquels se rendraient soit à bord de l'escadre, soit à bord d'une ou
deux canonnières qu'on destinerait à cet effet. Or, pour que ces cinq chaloupes
puissent rester dans les fossés du fort, il faut qu'elles puissent passer par
l'écluse. Si cela n'est pas, que faut-il faire ? Qu’est-ce que cela coûterait ?
Cet objet est le second objet de dépense.
Le troisième objet de
dépense est de maintenir la communication du fort du Texel avec l'escadre et
l'intérieur de la rade. Pour cela faire, il faut empêcher l'ennemi de s'en
approcher.
J'ai considéré le fort
comme une redoute de 60 toises de côté intérieur. J'ai dit qu'il faut tout
autour un chemin couvert, demi-hexagonal, de 100 toises de côté, ce qui fera
300 toises à peu près, en établissant à droite et à gauche, près la digue, un
point fort, de manière à dominer et à être bien maître de la digue.
Cela supposé fait et
qu'on puisse se servir de l'écluse, on se trouvera à 300 toises de l'entrée du
port. Il suffirait de faire une petite redoute de 15 toises de côté intérieur.
A 400 toises du fort,
je vois qu'il y a un canal qui est favorable à l'établissement d'une batterie
de ce côté, qui empêcherait l'ennemi de s'approcher à 400 toises du fort; on en
ferait autant du côté du village.
Il faut faire connaître
la valeur de deux forts environnés d'eau; ce qu'ils coûteraient; si on peut
couper la digue. Les deux forts de droite et de gauche resteraient en
communication avec le fort central an moyen d'une inondation, qui paraît déjà
exister au pied de la digue. Il faudrait la perfectionner; ce doit être peu de
travail.
On environnera tous les
ouvrages d'un fossé plein d'eau, et on aurait trois petites demi-lunes ou
places d'armes retranchées, l'une sur la route, les deux autres sur les deux
digues; ce qui donnera trois sorties, et alors le fort ne laissera pas d'être
d'une résistance assez considérable.
On ne peut empêcher la
communication, puisque l'ennemi serait éloigné de 400 toises ; bien entendu que
cette communication se fera de préférence pendant la nuit, que la garnison
aurait dans les fossés de quoi évacuer le fort en cas de nécessité, et des
magasins pour recevoir des renforts. Les deux redoutes, éloignées l'une de
l'autre de 8 à 900 toises, seraient couvertes par une inondation, un fossé
plein d'eau et un chemin couvert.
L'ennemi cheminera-t-il
sur les digues ? Il lui faudra d'abord quelques jours pour s'emparer des deux
sorties qu'il attaquera. S'il chemine sur la route, il y trouvera une place
d'armes retranchée. Ainsi ce fort aurait un degré de résistance tel, que,
suivant les circonstances, on pourrait y jeter 2 ou 3,000 hommes de renfort
pour chasser l'ennemi s'il n'était pas en force, ou se retirer si l'attaque
était trop forte et qu'on ne pût avoir de secours.
Peut-être vaudrait-il
mieux encore tracer le chemin couvert, indépendamment du fort établi, sur une
grande dimension, c'est-à-dire qu'au lieu de 300 toises on donnerait 500 toises
de développement, de sorte qu'on pût par la suite convertir ce chemin couvert
en ligne magistrale du fort.
Paris, 6 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous envoie une note
sur le système à adopter en occupant les hauteurs en avant de Corfou. Je désire
que le comité trace, autant qu'on peut l'imaginer ici, les ouvrages à établir
sur les monts Supérieur et Viglia en fortification demi-permanente, et les
lignes de contre-attaque qu'il conviendrait d'établir en supposant que l'ennemi
attaquât par la droite, la gauche ou le centre.
NOTE SUR CORFOU.
Le projet qu'on propose
pour Corfou consiste dans une multitude d'ouvrages détachés qui n'ont pas de
système.
La garnison est
supposée de 10,000 hommes; l'armée qui l'attaque, de 20 ou 25,000 hommes,
bonnes ou mauvaises troupes. C'est le cas de la fortification d'une belle et
grande défense : c'est une petite année contre une grande armée; ce n'est donc
pas le cas d'une défense d'inertie, c'est le cas d'une défense active.
La première
considération d'une défense active, c'est qu'il ne faut laisser l'ennemi
s'établir sur aucun point ayant domination. Il ne faut point s'inquiéter si ce
point est à 800 toises, 1,000 toises ou même 1,500 toises de la place; il faut
chercher le point qui domine : c'est là qu'il faut s'établir. En effet, du moment
que l’on dépasse 400 toises, quel que soit l’éloignement, on ne tire plus de
défense de la place; on est réduit à ses propres forces. Et lorsqu'on ne
dépasse pas 1,500 toises, il est très-facile de maintenir les communications et
d'empêcher l'ennemi de s'établir entre soi et la place; c'est l'affaire de deux
redoutes, qui, par leur position couverte, ne peuvent être attaquées.
En raisonnant d'après
ces principes, on voit que du fort d'Abraham, qui est la fortification
permanente, au fort Supérieur il y a 600 toises; que le mont Supérieur a 15
toises de commandement sur tout le terrain environnant à 2,000 toises. Il faut
donc s'établir sur le mont Supérieur, par la seule raison qu'il a 15 toises de
commandement, quand même il serait à 1,200 toises de la place au lieu d'en être
à 600 toises, qui est sa distance réelle.
Il faut donc occuper le
mont Supérieur. Il faut tracer sur le mont Supérieur une redoute de 30 toises
de côté intérieur, de 20, ou même 15 si les localités y obligent et si, pour
avoir 30 ou 40 toises de côté, ce qui serait le meilleur, il fallait trop
perdre de commandement. En supposant même qu'elle n'eût que 15 toises, ce
serait toujours six pièces de canon sur chaque côté. Mais l'officier qui a vu
Corfou pense qu'on peut tracer une redoute de 25 toises de côté sans perdre de
commandement. Les localités pourraient permettre de faire un rectangle ou
trapèze ou pentagone, de manière à avoir plus de développement et à pouvoir
diriger sur un point donné un plus grand nombre de pièces. Le minimum serait
d'avoir six ou sept pièces qui battraient sur un point déterminé avec un grand
commandement.
On profitera du
commandement de 15 toises qui existe sur tous les environs pour tracer deux
autres enceintes; de sorte qu'on aurait une grande masse de feux battant sur
toute la campagne, et, comme les enceintes s'agrandissent à mesure qu'on
s'abaisse, la deuxième aura un développement double de la première, la
troisième plus du triple, c'est-à-dire qu'on aura une immense masse de feux sur
le point que l'on voudra défendre.
II faudra mettre la
première et la deuxième enceinte à l'abri de l'escalade par quelque revêtement
en maçonnerie caché aux feux de la campagne, comme l'ingénieur Crétin l'avait
pratiqué à Alexandrie; de sorte que, la troisième enceinte prise, la deuxième
se défende par l'escarpement de ses murailles cachées au canon de la campagne.
J'appelle première
enceinte la plus élevée, la deuxième celle du milieu, la troisième celle qui
est la plus basse.
La première et la
deuxième enceinte sont de véritables cavaliers ; la troisième enceinte est la
vraie ligne magistrale; on la suppose au même niveau, ou n'ayant qu'un petit
commandement sur les mamelons à 100 toises et autres, cotés 70 pieds ou
environ.
On suppose que l'ennemi
pourra tenter de pousser ses tranchées sur les hauteurs couvertes de cette
troisième enceinte magistrale, et on sent le mal qu'il éprouvera des deux
enceintes supérieures.
Il est bon de donner
des flancs à celle enceinte magistrale, soit qu'on en fasse un pentagone, soit
qu'on en fasse un carré.
Lorsque l'ennemi aura
couronné le chemin couvert, passé le fossé, rendu la brèche praticable et forcé
la troisième enceinte, il n'aura rien; il faudra qu'il monte à l'assaut de la
deuxième enceinte, et enfin qu'il emporte le fort qui couronne le mont
Supérieur. La première enceinte du mont Supérieur ayant 40 toises à peu près
de niveau, dans la direction de la place, on doit en profiter pour établir là
un blockhaus qui servira de logement à la garnison, et aussi à repousser par la
fusillade et par quelques canons de campagne l'ennemi qui serait parvenu à la
première enceinte.
Ainsi l'ennemi, maître
de la troisième enceinte, devra s'emparer de la deuxième et arriver à la
première, où il trouvera un réduit ou fort blockhaus qui lui ferait essuyer la
fusillade de 200 hommes et la mitraille de trois ou quatre pièces dé campagne;
enfin l'artillerie du mont Mamelus le battra à 150 toises. Il faudra que la
garnison soit bien faible pour ne pas déboucher et culbuter l'ennemi, lorsqu'il
sera accablé par tant de feux et qu'il aura à surmonter tant d'obstacles.
Deuxième observation.
Jusqu'ici nous avons considéré le mont Supérieur offrant une défense d'inertie;
il est évident que par sa position il offre, avec une médiocre fortification,
plus de défense que n'en présentent sur les autres points de la place les
maçonneries et les autres avantages de la fortification permanente ; mais il
faut le considérer à présent sous son vrai point de vue.
Supposons le fort
Supérieur achevé, et aussi bien armé qu'on peut le désirer; s'il ne présente
qu'une force d'inertie, l'ennemi en viendra à bout un mois plus tôt ou un mois
plus tard ; mais il n'en est pas de même dans son rôle actif. On suppose que
les lunettes de la troisième enceinte seraient placées sur les mamelons cotés
40, 78, 76 et autres. Comment l'ennemi se présentera-t-il contre ce fort armé
de cette grande quantité d'artillerie, avec tout l’avantage de son immense
commandement, découvrant à 2,000 toises autour de lui ? Viendra-t-il placer sa
première ligne ou place d'armes a 600 toises ? Cheminera-t-il ensuite jusqu'à
300 toises, et viendra-t-il s'approcher à 150 toises ? On connaît les avantages
considérables que donnera l'artillerie, et le grand avantage qu'aura
l'assiégeant qui marchera à la rencontre de l'ennemi, qui poussera à 2 ou 300
toises des batteries de flanc protégées par le mont Supérieur, et l'avantage
qu'aura la garnison pour déboucher sur ces ouvrages, les raser et engager
l'ennemi dans une nouvelle lutte où 10,000 hommes peuvent fort bien en battre
25,000, surtout lorsqu'on pourra la renouveler une deuxième et troisième fois,
après avoir rasé les ouvrages de l'ennemi et comblé les tranchées.
Il est un point, les
monts Viglia, qui pourrait être un obstacle à ce projet. L'ennemi se
retranchera sur ces montagnes, qui, quoique dominées par le mont Oliveto à 300
toises, dérobent cependant leurs revers aux vues de cette hauteur. Alors
l'ennemi, fortement établi à 300 toises du mont Supérieur, arrêterait la
garnison et la prendrait en flanc si elle s'avança il davantage. De là la
nécessité d'occuper les monts Viglia par les principes posés ci-dessus.
L'occupation doit être
facile, parce que l'ouvrage du mont Oliveto est déjà établi. Le mont Oliveto a
50 pieds de commandement sur les monts Viglia; il en est éloigné de 200 toises.
Le mont Supérieur est également éloigné de 200 toises des monts Viglia et les
prend à revers. Par ce moyen un ouvrage si important dans le rôle actif de la
place rend constamment l'assiégé maître de toute la position.
Si l'ennemi fait ses
attaques du côté opposé, il s'établira sur un mamelon à 900 toises du mont
Supérieur; mais, aussitôt que son mouvement sera démasqué, la garnison fera des
ouvrages, sous la protection du mont Supérieur, dans la direction des ouvrages
de l'ennemi, et, en même temps qu'il établira ses batteries, lui opposera des
batteries de contre-attaque qu'il sera obligé de détruire; ce qui prolongera ce
genre de défense aussi loin qu'on voudra.
Le mont Oliveto est
déjà occupé, puisque l'ouvrage a été tracé en février; c'est d'ailleurs la
vraie position pour le rôle défensif. Il faut occuper le mont Supérieur comme
nous l'avons dit ci-dessus, occuper le mont Viglia le plus près possible du
mont Supérieur, n'occuper le mont Mamelus que pour appuyer la communication,
pouvoir reprendre le mont Supérieur et repousser l'assaut qui serait donné à
la première enceinte de cette position. On ne fera tous les autres ouvrages que
selon le parti que prendra l'ennemi. Il faut les reconnaître d'avance, et les
faire aussitôt que l'ennemi démasquera ses attaques.
Le comité fera tracer
les lignes de contre-attaque dans les diverses hypothèses où l'ennemi
attaquerait par la droite, la gauche ou le centre.
L'art consiste à tenir
l'ennemi éloigné du mont Supérieur, à l'engager dans une guerre qui lui est
désavantageuse, parce que nous sommes maîtres de la position supérieure et que
cela est sans remède pour l'ennemi ; à le harasser, à lui tuer du monde, à le
fatiguer, parce que l'avantage est pour l'assiégé, qu'il a choisi la position
et qu'elle est pour lui ; enfin parce que les lignes de contre-attaque
prendront des revers à 300, 400 ou 500 toises du mont Supérieur, sous la
protection des batteries formidables et du fort établis sur celte montagne.
S'il arrive enfin qu'il
faille céder le mont Supérieur à des forces considérables, on aura pu pendant
tout le temps de cette lutte s'établir solidement au mont Mamelus; ce qui
obligera l'ennemi à une attaque sérieuse loin de la place. Sans doute ces
attaques seront moins avantageuses pour la garnison, puisque l'ennemi aura au
moins l'égalité de la position.
En résumé, il faut
tracer les fortifications, autant qu'on peut l'imaginer ici, aux monts
Supérieur et Viglia, en fortification demi-permanente, et tracer les lignes de
contre-attaque dans toutes les hypothèses.
Paris, 6 avril 1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac,
je vous ai donné ordre de faire partir au 1er avril trois compagnies du 12e
bataillon d'équipages pour l'Allemagne, en passant par Wesel. Faites-moi
connaître si les trois autres compagnies pourront partir au ler juin et
compléter ainsi le bataillon que je destine à l'armée d'Allemagne. La compagnie
d'infirmiers qui est en Hollande y est inutile; je pense donc qu'il est
nécessaire que d'ici au mois de juin elle se rende au quartier général du
prince d'Eckmühl. Quant aux ambulances, l'armée d'Allemagne doit être composée
de cinq divisions, ou de cent bataillons, et de dix régiments de cavalerie.
Vous pouvez d'après cette base organiser les ambulances. Faites-moi un rapport
sur ce qui est nécessaire, sur ce qui existe, sur ce qui manque et d'où vous pensez
le tirer; mais rien de tout cela n'est pressant.
Faites-moi connaître,
administration par administration, ce qui est nécessaire pour ce corps d'armée.
J'ai mis cinq chirurgiens par régiment, espérant qu'avec ce nombre le service
se ferait; mais je vois qu'il n'en est rien, parce que ces chirurgiens restent
au régiment et ne sont pas convenablement employés. J'attendrai le détail de
tout cela pour vous donner des ordres.
Faites-moi connaître
quand le 2e bataillon des équipages sera prêt et également où en est
l'exécution des ordres que j'ai donnés pour le retour de plusieurs compagnies
qui sont en Espagne.
Paris, 6 avril 1811
A Alexandre, empereur
de Russie, à Saint-Pétersbourg
Monsieur mon Frère,
aussitôt que j'ai appris par le duc de Vicence que le choix du comte Lauriston
était agréable à Votre Majesté Impériale, je lui ai donné l’ordre de partir.
Je n'envoie pas à Votre Majesté un homme consommé dans les affaires, mais un
homme vrai et droit, comme les sentiments que je lui porte; et cependant je
reçois chaque jour des nouvelles de Russie qui ne sont pas pacifiques. Hier,
j'ai appris de Stockholm que les divisions russes de la Finlande étaient
parties pour s'approcher des frontières du Grand-Duché. Il y a peu de jours,
j'ai été instruit de Bucharest que cinq divisions ont quitté les provinces de
Moldavie et de Valachie pour se rendre en Pologne, et qu'il ne reste plus que
quatre divisions des troupes de Votre Majesté sur le Danube. Ce qui se passe
est une nouvelle preuve que la répétition est la plus puissante figure de
rhétorique : on a tant répété à Votre Majesté que je lui en voulais, que sa
confiance en a été ébranlée. Les Russes quittent une frontière où ils sont
nécessaires, pour se rendre sur un point où Votre Majesté n'a que des amis.
Cependant, j'ai dû penser aussi à mes affaires, et j'ai dû me mettre en mesure.
Le contre-coup de mes préparatifs portera Votre Majesté à accroître les siens;
et ce qu'elle fera, retentissant ici, me fera faire de nouvelles levées : et
tout cela pour des fantômes ! Ceci est la répétition de ce que j'ai vu en 1807
en Prusse, et en 1809 en Autriche. Pour moi, je resterai l'ami de la personne
de Votre Majesté, même quand cette fatalité qui entraîne l'Europe devrait un
jour mettre les armes à la main à nos deux nations. Je ne me réglerai pas sur
ce que fera Votre Majesté : je n'attaquerai jamais, et mes troupes ne
s'avanceront que lorsque Votre Majesté aura déchiré le traité de Tilsit. Je
serai le premier à désarmer et à tout remettre dans la situation où étaient les
choses il y a un an, si Votre Majesté veut revenir à la même confiance.
A-t-elle jamais eu à se plaindre de la confiance qu'elle m'a témoignée ?
Je charge bien
spécialement le comte Lauriston de lui dire combien je lui désire de bonheur,
combien je suis contrarié de m'imaginer qu'elle éprouve des embarras et de la
peine par les fausses notions qu'elle s'est laissé donner de ma politique et de
mes sentiments, et combien je serai heureux de la voir replacée dans la même
route qu'à Tilsit et à Erfurt. Je prie Votre Majesté d'accorder une foi entière
au comte Lauriston quand il lui dira que je veux la paix, que je n'envie rien à
la prospérité de son empire, et qu'au contraire je me complaisais à penser
qu'elle s'était agrandie et avait retiré des avantages de mon alliance.
Paris, 6 avril 1811
A Charles Jean, prince
royal de Suède, à Stockholm
Mon Cousin, j'ai reçu
la lettre que vous m'avez adressée pour m'informer que Sa Majesté le roi de
Suède, à la suite d'une indisposition grave, avait pris la résolution de vous
confier l'administration du royaume. Cette circonstance, pénible pour votre
cœur, vous offre l'occasion de montrer à la nation sur laquelle vous êtes
appelé à régner ce qu'elle doit attendre de votre dévouement à sa gloire et à
son bonheur. Je désire que vos efforts soient couronnés d'un heureux succès. Je
vous renouvelle avec plaisir les assurances de mon estime et de mon amitié.
Napoléon.
Paris, 8 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, il est nécessaire d'écrire à M. de Saint-Marsan qu'il doit entretenir
les ouvertures qui lui ont été faites pour un lien plus étroit entre la France
et la Prusse; qu'il doit commencer par faire connaître que la situation de
l'Europe n'est pas telle qu'on le croit relativement à la possibilité d'une
rupture entre la France et la Russie, sans dissimuler cependant qu'il existe
quelque froid entre les deux puissances ; que Sa Majesté n'en est pas moins
sensible aux ouvertures du Roi ; qu'il est chargé de cultiver ces bonnes
dispositions, d'en connaître l'étendue, d'en causer avec M. de Hardenberg, et
de voir jusqu'où elles peuvent se concilier avec les idées de Sa Majesté. Vous
en parlerez dans le même sens à M. de Krusemark; vous lui direz : « Le comte de
Saint-Marsan a écrit ceci. L'Empereur a été très sensible à cette ouverture;
non pas que nous devions avoir k guerre avec la Russie, ce sont des bruits qui
n'ont aucun fondement; mais enfin cette communication n'en a pas moins été très
agréable. J'en écris à M. de Saint-Marsan, et j'entre avec lui dans de plus
grands détails. » Vous devez vous expliquer dans les mêmes termes avec M.
Alquier, et ici avec le ministre de Suède : « Nous sommes sensibles à ces
ouvertures, nous désirons savoir ce que l’on veut. » Toujours en protestant et
repoussant toute idée de possibilité de guerre avec la Russie.
Paris, 8 avril 1811
A M. de Champagny, duc
de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Cadore, je ne sais pas si, dans le traité de Tilsit, je me suis réservé de
faire communiquer des troupes du grand duché de Varsovie avec Danzig; je désire
que vous fassiez des recherches à cet égard. Toutefois il faut écrire à mon
ministre à Berlin de conclure un traité pour que cette communication soit
réglée tant pour mes troupes que pour celles du Grand-Duché. Ces troupes
payeront tout comptant. Il faut tracer la route la plus directe entre Thorn et
Danzig par la rive gauche de la Vistule. Cette affaire est importante, et je
désire qu'elle soit terminée promptement pour qu'il n'y ait plus d'embarras.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, j'ai retiré de Naples tous mes régiments français. Je n'y ai laissé que
le 22e d'infanterie légère. Mon intention est de porter ce régiment à sept
bataillons et d'en laisser six dans le royaume de Naples. Ces six bataillons,
complétés à 840 hommes chacun et qui seront constamment maintenus à ce complet,
feront plus de 5,000 hommes; ce qui formera une bonne division toute française
pour le roi de Naples.
Vous voudrez donc bien
ordonner les dispositions suivantes. Le 4e bataillon du 22e léger versera tous
les hommes disponibles dans le 5e bataillon, qui, par ce moyen, se trouvera au complet
de 520 hommes. Le major, qui doit se trouver au 5e bataillon, où est le dépôt,
aura le commandement de ce bataillon, qui sera suffisant pour la défense de
Nice et forts environnants. Les 4e et 6e bataillons seront formés et complétés
par des conscrits réfractaires du 1er régiment de la Méditerranée, en prenant
des hommes de choix et capables de se faire honneur. Ces deux bataillons
seront employés à la garnison de l'île d'Ischia. Aussitôt que cette opération
sera faite et aura parfaitement réussi, vous m'en rendrez compte, et je ferai
former le 7e bataillon, de sorte qu'il y aura six bataillons complets de ce
régiment dans le royaume de Naples.
Mon intention est que
le 6e de ligne et le 14e léger soient également portés à sept bataillons. Le
décret que j'ai pris explique suffisamment mes intentions; je n'ai rien à y
ajouter. Vous verrez qu'en conséquence des dispositions de ce décret je retire
du 1er régiment de la Méditerranée, pour le 22e léger, 1,650 hommes; pour le
14e léger, 1,350; et du 2e régiment de la Méditerranée, pour le 6e de ligne,
2,150 hommes. Voilà donc l'emploi de 5,500 hommes. Le 1er et le 2e régiment de
la Méditerranée peuvent chacun avoir 4,000 hommes. Voilà donc l'emploi des
13,500 conscrits des régiments de la Méditerranée.
Il serait peut-être
convenable d'envoyer en Corse des boutons des 22e et 14e légers ainsi que du 6e
de ligne, pour les attacher aux habits de ces hommes avant leur départ; ce qui
serait une économie pour les régiments.
Vous voyez que j'aurai
ainsi à Corfou six bataillons français, à Naples six bataillons français, et
six pour garder les États Romains. Présentez-moi la nomination des majors en
second, des chefs de bataillon et des sous-lieutenants à tirer de l'école de
Saint-Cyr, et les différentes dispositions à ordonner en conséquence de mon
décret. Écrivez au ministre de la marine pour les 500 hommes qu'il doit faire
transporter de l’île d'Elbe à Cività-Vecchia.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Quatre bataillons de
800 hommes ne peuvent pas être commandés par un colonel. Je désire donc que
vous me fassiez un rapport qui me fasse connaître ce qu'il en coûterait pour
avoir un major en second à chaque régiment qui a quatre bataillons à l'armée.
Je ne parle pas des régiments de l'armée d'Espagne, je ne parle que de ceux de
l'armée d'Allemagne. Le prince d'Eckmühl a seize régiments de quatre bataillons
chacun; je voudrais que les 1er et 2e bataillons fussent commandés spécialement
par le colonel et les 3e et 4e bataillons spécialement par le major en second.
Quand le régiment formerait une brigade, le général de brigade commanderait les
quatre bataillons. Cette méthode parait être avantageuse pour le service à la
guerre. Je désire savoir ce que cela coûterait, avant de l'étendre à toute la
ligne. Cela aurait aussi l'avantage que, le colonel blessé ou tué, le régiment
serait commandé par un officier ne tenant à aucun bataillon, jusqu'à ce que le
major arrive; car il est de principe que, le colonel manquant, le major doit
commander le régiment.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous pouvez donner
ordre à Danzig qu'on commence à travailler à l'équipage de pont, mais qu'il
faut que ce soit sans affectation et de manière que cela ne fasse pas une
nouvelle. Il suffit que cet équipage soit fait avant le 1er janvier prochain.
Vous aurez soin de recommander que le langage soit que ces pontons sont censés
tenir à la défense de la ville.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Témoignez mon
mécontentement au général Miollis de ce que le mont Circeo n'a pas encore de
batteries de côte, de sorte qu'il y arrive à chaque instant des événements qui
interceptent la communication entre Naples et Cività-Vecchia. Donnez ordre
que, vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, il envoie des
officiers du génie et d'artillerie y construire deux batteries armées de trois
à quatre pièces de gros calibre et fermées à la gorge. Il fera servir et
garder ces batteries par les troupes qui existent, et s'il n'y en a pas suffisamment,
par des troupes qu'il y enverra, de manière que ce point soit bien défendu.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vous envoie une note sur Raguse. J'accorde 200,000 francs cette
année, sur les fonds de réserve, pour le fort Impérial sur le mont San-Sergio.
Il doit être terminé dans l’année. Le comité doit donner les bases pour la
construction de ce fort, afin qu'il remplisse son but et n'excède pas 200,000
francs. Il faut envoyer à Raguse un officier capable de faire les projets et de
diriger les travaux. Il faut au moins trois ou quatre officiers pour signer le
procès-verbal. Il sera joint à la commission des officiers du génie, des
officiers de marine, pour déterminer les lieux où l’on placera les cales et
les établissements maritimes.
NOTE SUR RAGUSE.
L'importance de Raguse
vient d'abord de sa bonne habitation ; ce sont des gens civilisés au milieu
d'un pays barbare. Il faut les défendre, même avant de penser à en tirer aucun
avantage. On y trouve des églises, de beaux édifices, résultat d'une grande
prospérité, une ancienne enceinte de murailles qui a une grande valeur, enfin
la rade entre l’île de Lacroma et Raguse, un petit port marchand et surtout les
beaux ports du Val d'Orabla et du Val de Gravosa.
Il paraît qu'il n'y a
rien à faire à l'enceinte de Raguse. L'île de Lacroma paraît en bon état. La
presqu'île de Lapad n'a qu'un seul point où le débarquement soit possible.
Entre le port de Gravosa et le point de débarquement il y a 400 toises. Il
faudrait occuper cette presqu’île par un fort qui eût action sur le val de
Gravosa par une batterie basse ; alors les batteries de l’anse de Lapad et
autres dépendraient de ce réduit, qui n’en serait éloigné que de 400 toises.
Ainsi, au lieu de mettre le fort de Lapad où on l’a projeté, trop près de
l’anse de débarquement, je voudrais le mettre à mi-chemin de la presqu’île,
avec deux batteries basses battant, l’une sur le Val de Gravosa, l’autre sur
l’anse de débarquement.
Il n’y a rien autre à
faire cette année que des projets en grands détails pour l’année prochaine, et
des plans à grande échelle, bien cotés.
L’anse de Malfi, l’île
de Calamota et les 1,600 toises de côté compris entre Zaton et le point de
Mokoscizza exigent une étude particulière.
Si l'ennemi peut
s'établir sur un de ces points et battre l'escadre, le port ne serait pas sûr.
Il faut donc trois ou quatre forts qui barrent entièrement le passage et
empêchent l'ennemi de venir s'établir sur la côte.
Des plans sur grande
échelle, avec des dessins bien faits et des cotes, seront soumis au comité dans
le mois de décembre. Il ne sera rien fait cette année.
Il parait que l’île de
Daxa est en bon état.
Tout cela établi, il
faut être maître du plateau de Posanka, qui s'étend le long du Val d'Ombla
jusqu'à l'aqueduc, et de là jusqu'au fort Delegorgue ; c’est une étendue de
2,400 toises.
D'abord il faut
disputer l'aqueduc le plus longtemps possible; il faut rester maître de la rade
de Raguse ; il faut que quatre ou cinq vaisseaux puissent y rester si l’on a
perdu les autres rades. D'ailleurs, une place comme Raguse doit avoir une
activité de 1,500 toises autour d’elle. La place sera étudiée dans ce sens, et
les projets présentés pour occuper le plateau depuis le fort Delegorgue,
rester maître de l’aqueduc, empêcher l'ennemi de le faire sauter et de
l'abattre à coups de canon, établir à cet effet des forts en pierre, casemates
s'il est nécessaire, qui empêchent l'ennemi de pénétrer sur la hauteur et
défendant bien la vallée. Il faut déterminer à quelle distance les hauteurs de
l'autre côté dominent le plateau de Posanka.
Tout ce qu'on vient de
dire ne doit s'exécuter que lorsque, le projet étant envoyé au mois de
décembre, il sera bien convenu qu'une garnison de 4,000 hommes et une dépense
de 4 millions peuvent donner une défense raisonnable au port et aux
établissements de Raguse.
On doit supposer que
l'ennemi débarque à Stagno ou à Raguse-Vieux; qu'il cheminera lentement pour
faire les chemins, et que ce sera une expédition anglaise composée de 7 à 8,000
hommes de cette nation, réunis à un pareil nombre de gens du pays ou
d'Autrichiens. Ce serait donc dix à douze vaisseaux de guerre mouillés à
Stagno, Raguse-Vieux, ou aux bouches de Cattaro, et 7 à 8,000 hommes de troupes
régulières et autant d'auxiliaires qui marcheraient sur Raguse.
Mais, dans toutes les
hypothèses, le fort Impérial doit être occupé, puisque c'est le point qui
domine à pic la ville.
Si donc on abandonnait
l'idée de faire des constructions considérables à Raguse, la seule
considération des habitants et de notre garnison exigerait qu'on construisît le
fort Impérial.
200,000 francs seront
accordés cette année sur les fonds de réserve. On enverra un officier du génie
capable de faire ces projets et de diriger les travaux. Il faut au moins trois
ou quatre officiers du génie pour signer le procès-verbal. Le fort Impérial
doit être terminé dans l'année.
A la commission des
officiers du génie il sera joint des officiers de marine pour déterminer les
lieux où l’on placera les cales et les établissements maritimes.
Paris, 8 avril 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vois beaucoup
d'inconvénient à former un 2e régiment de Walcheren; cela multiplie mes cadres
à l'infini, lorsque j'ai des cadres en plus grand nombre que je n'en puis
compléter. Je pense donc qu'il est préférable de choisir quatre cadres des 4e bataillons,
de ceux dont les dépôts sont dans la 16e et dans la 24e division militaire,
dont trois bataillons sont à l'armée d'Espagne, et d'envoyer ces cadres dans
l’île de Walcheren, où on les complétera avec des conscrits réfractaires. Par
ce moyen j'aurai quatre bataillons qui me défendraient ces îles; je n'aurais
pas de nouveaux cadres, et l'administration des bataillons existant dans les
16e ou 24e divisions militaires les habillerait, sans qu'ils me donnent aucun
soin.
Je vous ai mandé
également que je voulais former un bataillon de canonniers de Walcheren. Cela
peut avoir de l'inconvénient et me constituerait en dépense. Comme mes
compagnies d'artillerie ne sont pas complètes, il serait préférable de prendre
trois cadres du 8e régiment, un cadre du 9e et d'avoir ainsi quatre compagnies,
qui seraient administrées par les dépôts des 8e et 9e régiments d'artillerie.
Cela ne me ferait aucune dépense, et on saurait que ces compagnies ne doivent
pas sortir de Walcheren.
Je voudrais faire la
même chose pour Belle-Île, en prenant le cadre des compagnies qui sont à
Rennes, et pour les îles de Ré et d'Oléron, en prenant des cadres des
compagnies d'artillerie qui sont à Toulouse.
Même chose en Corse, en
prenant des cadres des compagnies du 4e régiment.
Sans aucune nouvelle
dépense, sans faire aucune nouvelle formation, j'aurai pourvu à la défense de
mes îles.
Je vous ai mandé
d'ordonner au général Donzelot de recruter ses compagnies de canonniers, de
sapeurs et mineurs avec les conscrits réfractaires qu'il a reçus.
Enfin je retirerai deux
compagnies d'artillerie des quatre que j'ai à Naples, et je les compléterai
avec des conscrits réfractaires.
Voilà le système que
j'adopte et qui me parait de beaucoup préférable.
Quelque chose qui
arrive, je n'augmenterai plus les cadres des régiments de conscrits
réfractaires. J'aurai un régiment dans l'île de Walcheren, deux en Corse, un à
Belle-Île et un dans l'île de Ré, et je pourvoirai au recrutement de ces cinq
régiments par des conscrits réfractaires de la manière que je viens de
déterminer.
Paris, 8 avril 1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je désire que vous vous
fassiez mettre sous les yeux les renseignements et les cartes des canaux qui
vont de Danzig à Elbing, et du Haff qui de Danzig va à Kœnigsberg. Vous pouvez
causer avec les marins de la Garde qui ont été à Danzig et ont navigué sur le
Haff, afin de réunir le plus de renseignements et vous mettre en état de me
faire un rapport sur la flottille qu'il devient indispensable que j'organise à
Danzig. Je désire avoir en réserve à Danzig une flottille telle, qu'elle puisse
se rendre par la Vistule à Elbing lorsqu'on serait maître de cette place; que
là on puisse l'armer et la faire naviguer dans le Haff; qu'elle puisse me
rendre maître du Haff jusqu'à Kœnigsberg et servir à bloquer la forteresse de
Pillau ; qu'elle puisse aussi sortir par l'embouchure du Haff sur Danzig et
faire des incursions par mer; enfin qu'elle puisse défendre la rade de Danzig,
se porter côte-côte vis-à-vis Kœnigsberg, jusqu'à Memel et même plus loin.
Ainsi le mémoire à
faire est compliqué. 1° II faut d'abord connaître quels sont les bâtiments les
plus propres à la navigation de la Baltique; 2° voir quel est le tirant d'eau
du Haff et l'espèce des bâtiments qui peuvent servir. Aussitôt que vous aurez
des renseignements et cartes sur les bâtiments dont se servent les Suédois et
Russes sur les Sunds, je viendrai à fixer mes idées là-dessus. Pour vous mettre
à même de me comprendre, voici quelles sont mes instructions : Si je venais à
avoir la guerre avec la Russie, une grande partie de mes moyens serait
employée, et je n'aurais plus l'espoir de faire une guerre sérieuse sur mer.
Une division de vaisseaux à Brest, une à Toulon et quelques frégates seraient
suffisantes. Je pourrais avoir disponibles 10 à 12,000 matelots que
j'utiliserais en établissant une grande guerre sur la Baltique, en ayant une
flottille qui puisse se porter jusqu'à Kœnigsberg, qui inquiète l'ennemi sur
les côtes de la Finlande, surtout si l'on considère qu'il est probable que
dans une guerre contre les Russes on aurait les Suédois pour soi, si l'on
considère aussi que la Baltique est une mer si étroite que les Anglais ne
peuvent s'y tenir partout, surtout au commencement et à la fin de la saison. De
là l'idée d'avoir une flottille qui me rende maître du Haff, qui se transporte
jusqu'au delà de Kœnigsberg et qui puisse rôder dans la Baltique.
Prenez aussi des
renseignements sur le Haff qui est à l'embouchure de l'Oder, pour savoir quelle
espèce de bâtiments il faudrait sur ce Haff pour communiquer.
Étant dans l'intention
de ne plus me dessaisir de Danzig, qui est mon boulevard du Nord, je désire
avoir, entre Lubeck, Wismar, Rostock, Stettin et Danzig f des moyens de troubler
le commerce anglais, d'être plus fort que les Prussiens, d'appuyer et de
seconder les Suédois, enfin, dans tout état de choses, d'armer une puissante
flottille avec des bâtiments qui puissent servir de corsaires.
Le principal est que
vous preniez d'abord des renseignements sur tout cela, et nous en causerons
ensuite ensemble, car je puis seul décider un parti définitif à prendre
là-dessus; mais il faut d'abord que vous ayez des éléments pour m'éclairer.
Paris, 8 avril 1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris
Tout ce qu'il y a de
chasseurs à Rueil, il faudrait le placer à l'École militaire, de sorte que ces
chasseurs occupent l'École militaire et Panthemont. Il faudrait que tous les
grenadiers fussent à Courbevoie et à la caserne Bonaparte, de manière à avoir
800 places vides à Rueil, 800 places à Courbevoie et 1,200 places vides à
Saint-Denis; ce qui ferait 2,800 places, qui seront suffisantes pour les
conscrits à recevoir.
Les vélites hollandais
qui sont à Saint-Denis iront à Versailles; ce qui réunira tous les Hollandais
dans cette ville.
Tout ce qu'il y a de
marins à l'École militaire sera envoyé à Vincennes.
Ces changements
suffiront pour les besoins du moment, et par ce moyen j'aurai entre Courbevoie,
Rueil et Saint-Denis les deux régiments provisoires de la jeune Garde que je
veux faire.
Il est nécessaire que
vous me fassiez un rapport général sur le casernement de la Garde, que je vois
très embarrassé. J'ai fait, cette année, augmenter la caserne Bonaparte : combien
cela donne-t-il d'augmentation ? 11 faudrait aussi augmenter la caserne de
l'École militaire; c'est là le véritable emplacement de la Garde. Faites-moi un
projet là-dessus.
Paris, 9 avril 1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mou Cousin, je désire
que vous fassiez partir ce soir le fils du sénateur Porcher, aide de camp du
prince d'Essling. Il sera porteur de plusieurs exemplaires du Moniteur d'aujourd'hui, que vous adresserez
au prince d'Essling, au duc d’Istrie, et au général Caffarelli.
Vous manderez au prince
d'Essling qu'une estafette ayant été prise, il est à craindre qu'elle ne portât
des dépêches de lui, parce que, entre celles qu'a apportées le colonel Pelet et
celle écrite le 27 de Guarda, on n'en a reçu aucune.
Vous enverrez par cet
aide de camp au prince d'Essling un duplicata du travail d'hier. Vous lui
ferez connaître que j'ai donné le commandement de la 1e division du 6e corps au
général Foy; qu'ainsi il n'y a pas lieu à nommer le général Maucune général de
division ; qu'il doit presser l'armement d'Almeida, puisqu'il paraît qu'il faut
beaucoup de temps pour démolir cette place et en évacuer l'artillerie.
Vous lui prescrirez de
presser le départ du général Drouet avec son corps pour l'Andalousie, par le
plus court chemin. Cela est très important, car il est à craindre que les
Anglais ne tentent tout pour faire lever le siège de Cadix. Il doit prendre des
mesures pour couvrir Almeida et Ciudad Rodrigo, et d'un autre côté se mettre en
communication avec Madrid et avec Séville, pour combiner ses opérations avec
l'armée d'Andalousie et secourir cette armée.
Vous écrirez par le
même officier au duc d'Istrie pour qu'il presse le départ de tous les régiments
provisoires qui doivent se rendre en Andalousie, car il paraît que c'est de ce
côté que l'ennemi tourne tous ses efforts.
Vous renouvellerez les
ordres que j'ai donnés pour les estafettes.
Vous enverrez des Moniteur à Madrid et au duc de Dalmatie.
Vous ferez connaître à Madrid qu'il est très nécessaire de se mettre en
communication avec le prince d'Essling; qu'il était le 27 à Guarda, prolongeant
sa gauche sur Alcantara; qu'il a besoin de poudre, de munitions et de vivres,
et qu'il faut tâcher de lui en procurer par Alcantara et Placencia.
Vous ferez connaître au
général Belliard que nous attendons avec impatience des nouvelles d'Andalousie;
que le 3e corps, sous les ordres du général Suchet, a été renforcé de 16,000
hommes, et que, dans le courant de mai, ce général compte entreprendre le siège
de Tarragone, entreprise difficile à cause du manque de vivres, mais décisive,
par la soumission de ces provinces, qui en sera la suite; que le général
Quesnel est enlré à Pnyccrda et manœuvre pour assiéger Urgel; que Campo Verde,
alliré dans un piège jusque dans les fossés de la place de Monjuich, a perdu
3,000 hommes.
Vous manderez au
général Belliard qu'il est nécessaire de pousser des patrouilles sur Cordoue,
aGn de se procurer des nouvelles de l'armée d'Andalousie.
Vous écrirez au duc de
Dalmatie, en lui envoyant des Moniteur,
pour lui faire connaître que le général Suchet, dont le corps est renforcé de
16,000 hommes, va entreprendre le siège de Tarragone, et que, cette place
prise, cette armée, qui est très belle, deviendra disponible. Vous lui ferez
connaître la position du prince d'Essling, la nécessité de se mettre en
communication avec cette armée, dont le principal but est de contenir lord
Wellington et de combiner ses opérations avec l'armée du Midi. Vous lui
écrirez par duplicata pour l'informer de la marche du général Drouet sur
l'Andalousie. Si vous avez un chiffre avec lui, vous lui écrirez en chiffre que
deux frégates françaises et une gabare de 800 tonneaux, chargées de munitions
de guerre et de 600 conscrits de débarquement, sont parties de Toulon pour
Malaga; que cette expédition contient des bombes et les munitions nécessaires
pour le siège de Cadix ; qu'elle est partie le 4 avril de Toulon et a été
prendre des troupes à Porto-Ferrajo. Si vous n'avez pas de chiffre, vous vous
contenterez de dire cela de vive voix à l'officier qui le redira au duc
d'Istrie, lequel le fera redire au duc de Dalmatie par un officier qu'il lui
enverra. Il suffira de mettre sur un calepin : « deux frégates et une flûte de
800 tonneaux, bombes et boulets, 600 conscrits, Porto-Ferrajo, Malaga, 4
avril. » Ces indications seront suffisantes.
Vous ferez connaître au
duc de Raguse que j'ai nommé le général Foy pour commander la 1e division du 6e
corps. Vous donnerez ordre à ce général de se tenir prêt à partir.
Expédiez toutes ces
dépêches. Quand tout cela sera expédié, vous viendrez aux Tuileries à six
heures ou à six heures et demie avec l'instruction générale, que vous ferez
partir demain par un autre officier que vous enverrez au prince d'Essling.
Portez-moi en même
temps les propositions d'avancement et de récompenses.
11 – 20 avril
1811 – 21 – 30 avril 1811