11 – 20 mai 1811


Paris, 11 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre rapport du 10 avril, dans lequel vous me faites connaître qu'il y a 12 millions qui n'ont pas été dépensés sur les subsides d'Italie pour 1809 et 1810. Je pense que vous serez d'abord obligé de prendre sur ce fonds 4 mil­lions environ pour l'arriéré d'Illyrie, et vous pouvez déjà commencer par faire vos dispositions en conséquence. La caisse du domaine extraordinaire aura à payer tous les ans à l'administration des mines d'Idria 4 à 500,000 francs, dont elle sera remboursée en mercure et autres produits qui restent déposés à Trieste. Vous pourriez vous arranger à ce sujet avec le trésor du domaine extraordinaire et faire faire pour son compte les payements à la caisse d'Idria.

Enfin le budget de la marine pour Venise n'était que de 2 mil­lions; je viens de le porter à 3 millions, et j'écris au ministre de la marine qu'il peut ordonnancer largement pour ce service. C'est un troisième débouché offert aux fonds que vous avez en Italie; non seulement les dépenses de 1811 ne s'accroîtront pas dans les dépar­tements français au delà des Alpes, mais il est même présumable qu'elles diminueront. Il est vrai que le subside sera diminué de 2 mil­lions. La quantité nominale de 30 millions sera maintenue ; mais j'ai ordonné que sur ce fonds le trésor prendrait 2 millions en actions sur le Monte-Napoleone, qui sont disponibles.

Faites-moi connaître comment vous faites le service de la Corse et de l’île d'Elbe. Au lieu de Toulon, vous pourriez le faire par Livourne.


Paris, 11 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut mander au roi de Naples que je n'entends pas qu'il permette à mes généraux de quitter l'armée sans ma permission; que c'est contraire à toutes les règles.


Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai porté à 3 millions le budget de la marine de Venise, qui, dans le budget général de cette année, ne figurait que pour 2 millions. Vous êtes le maître d'ordonnancer tant que vous voudrez pour ce service, et même à l'avance, vu que le trésor a une douzaine de mil­lions en stagnation en Italie, et qu'on ne peut pas retirer ces fonds sans faire des pertes de change. Cette dernière considération est telle, que je voudrais dépenser 2 millions de plus à Trieste et à Venise, si je pouvais le faire utilement. Je pense que, si je ne pouvais pas avoir trois vaisseaux à Malamocco à la fin de septembre, il faudrait au moins en avoir deux. Écrivez dans ce sens à Venise.

L'équipage du Rivoli est déjà fait. Celui de l'autre vaisseau, soit qu'on le compose de Français, soit qu'on le compose d'Italiens, sera facilement fait. Mon intention est donc que ces deux bâtiments de guerre, plus l’Uranie et la Princesse-de-Bologne, puissent être  à Malamocco au mois de septembre; cette division pourrait sur-le-champ cingler pour Ancône ou pour toute autre destination. Au mois de novembre ou au mois de décembre on mettrait le troisième bâti­ment à la mer.


Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

La Pallas, l’Hortense et l'Elbe devront être probablement envoyées en novembre prochain à Batavia. Il est donc convenable de les tenir dans la situation où elles sont, de sorte qu'en peu de jours elles puis­sent reprendre le même changement et se rendre à leur destination.

Soit que la sortie de ces frégates ait lieu en novembre par un coup de vent, soit qu'elle ait lieu en conséquence des dispositions qui seront faîtes pour faire sortir mes vaisseaux de Rochefort, soit enfin qu'elle ait lieu par un débloquement, les nouvelles que nous recevrons d'ici en octobre nous apprendront le parti qu'ont pris les Anglais sur Batavia.

Je pense que la Pregel doit être armée en guerre, afin d'avoir une division mobile de deux frégates, d'une corvette et d'un vaisseau dans le port de Brest. Les équipages doivent être constamment à bord, et les bâtiments appareiller fréquemment.

A Cherbourg, la corvette la Diane, la frégate l’Iphigénie et les deux vaisseaux que j'ai dans ce port doivent former le simulacre d'une expédition sur les îles de Jersey et Guernesey. Il faut que les équi­pages n'aient point de communication avec la terre, que tout le monde reste jour et nuit à bord, et que les bâtiments fassent de fréquents appareillages.

Je suppose que vous préparez les deux frégates de Nantes pour les expédier à Batavia au mois de novembre prochain.


Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai nommé le vice-amiral Allemand commandant de mon escadre de Lorient. Cette escadre doit être de cinq vaisseaux. Il y en a deux à Brest et deux qui vont être terminés à Lorient. Lorsque les vaisseaux de Lorient seront réunis à ceux de Brest, cela pourra faire, au mois d'octobre, un commencement d'escadre à Brest.

Je tiens toujours au projet de former des équipages pour les six vaisseaux de Rochefort, afin d'obliger l'ennemi à tenir six vaisseaux dans ces parages, ou bien d'être toujours à même de faire sortir les nôtres. Vous donnerez pour instruction au vice-amiral Allemand de faire exercer ses équipages, de les empêcher de communiquer avec la terre, et enfin de faire des sorties toutes les fois que cela sera pos­sible. Fournissez-lui des péniches et autres petits bâtiments pour que ses équipages puissent s'exercer, même quand les vaisseaux ne pourraient pas appareiller.

PS. Je désire bien que vous puissiez aussi fournir à l'escadre de Lorient une ou deux frégates.


Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il est nécessaire que la navigation des bâtiments qui portent des conscrits en Corse varie. Il faudrait qu'ils se dirigeassent tantôt sur Ajaccio, tantôt sur Sagone, tantôt sur le golfe de Valinco, tantôt sur Calvi, et qu'à cet effet ils allassent reconnaître la Corse sur différents points. La navigation naturelle paraît être de reconnaître un promon­toire rouge qui est entre Calvi et Saint-Florent. C'est le point le plus rapproché de France, et c'est là que les croisières ennemies attendent nos bâtiments. S'ils faisaient route à mi-canal en remontant vers Mahon, en longeant la Corse parallèlement et venant ensuite recon­naître les Sanguinaires pour entrer à Ajaccio, ou les points entre Ajaccio ou Bonifacio, cela déjouerait les croisières ennemies. Faites faire une instruction là-dessus par les gens du métier.


Paris, 11 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je désirerais que les vaisseaux le Rivoli, le Saint-Ber­nard et le Regeneratore, et les frégates Uranie et la Princesse-de-Bologne, fussent réunis ensemble à Malamocco en juillet et août, pour sortir les uns après les autres, en mettant le moins d'intervalle possible, et ayant pour refuge les ports de Pola, de Cattaro, de Raguse, mais, sur l'observation qui m'est faite qu'il est difficile que les trois vaisseaux soient finis pour le mois d'août, et vu la nécessité de profiter de ce mois pour faire une expédition qui présente beau­coup plus de chances et d'intérêt local, si d'ailleurs il n'y a pas de vaisseaux ennemis dans l'Adriatique, je désire que tous les efforts soient portés sur le Rivoli et sur l'un des deux vaisseaux le Mont-Saint-Bernard ou le Regeneratore; que ces vaisseaux et la Princesse-de-Bologne et l’Uranie soient tous les quatre rendus le 15 août à Malamocco, avec les chameaux disposés pour franchir la passe et aller compléter leur armement soit sur Pola, soit sur Ancône, selon les événements. Celui des deux vaisseaux qui n'aura pu être prêt au 15 août le sera au 15 novembre. Je vous prie de donner des ordres dans ce sens. Vous me ferez connaître lequel des deux vaisseaux, le Mont-Saint-Bernard ou le Regeneratore, pourra être fini le premier, et sur lequel on concentrera tous les moyens. Si c'est le Mont-Saint-Bernard, qui est un vaisseau français, il est nécessaire que le ministre de la marine en soit instruit pour pourvoir à son équipage.

Faites-moi connaître si l'on a viré en quille l’Uranie et dans quelle situation se trouvent les deux frégates.


Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il est bien important d'organiser la 34e légion de gendarmerie, qui doit se réunir à Hambourg. Je crois qu'elle doit être de 468 hommes, non compris les officiers. Au 25 mars il y avait 150 hommes présents, et en route, provenant des légions de l’intérieur, 174 hommes. Il reste à fournir de vos régiments 83 hommes. Il faut les faire fournir dans les vingt-quatre heures de la réception de cette lettre. Enfin il reste à fournir par les indigènes 78 hommes; faites-les fournir sans délai. Par ce moyen votre légion de gendar­merie sera complète. C'est le colonel Saunier qui est chargé de cette organisation. Allez donc de l'avant et pressez l'opération.

Rendez-moi compte si les trois capitaines et les lieutenants qu'on a choisis parlent allemand ; il me semble que cette condition est fort importante.


Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 7 sur la marine ; il faut aller doucement avec la marine; c'est une arme très compliquée, et l’on a bientôt dépensé un million sans obtenir de résultat. Les bâti­ments que vous voulez prendre ne marcheront pas et ne seront alors d'aucune utilité. J'ai envoyé votre lettre au ministre de la marine et je lui ai prescrit de correspondre là-dessus avec le vice-amiral Ver Huell.


Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous m'avez fait des observations sur l'organisation de votre artillerie. 1 Vous m'avez dit qu'il fallait trois caissons pour l'approvisionnement simple d'un obusier; effectivement un obusier de 6 pouces avait trois caissons qui portaient 156 coups; mais j'ai réglé qu'un obusier de 5 pouces 6 lignes n'aurait que deux caissons, parce que deux caissons contiennent 144 coups et que la différence est peu de chose. 2° La seconde observation est relative à l'équipage de pont et à l'organisation des pontonniers ; il y sera pourvu par l'organisation de l'armée. 3° Vous allez recevoir des conscrits qui remédieront à l'incomplet de vos compagnies d'artillerie et les porteront à 140 hom­mes. 4° Vous vous plaignez du petit nombre d'officiers du bataillon du train et demandez trois bataillons du train; je vous ai déjà mandé que je ne pouvais vous en envoyer que deux ; mais l'état-major va être changé et considérablement augmenté.


Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 7 avril. J'ai lu la lettre re­lative au régiment du grand-duché de Berg. Les événements ne sont pas aussi pressés que vous le supposez. Vous aurez six bataillons de Berg, avec l'artillerie et tout ce qui est nécessaire, avant le mois de juillet, et cela est suffisant. Vous aurez pour le même temps vos 4e bataillons. Je viens de prendre un décret pour former un 6e ba­taillon à tous vos régiments. Le ministre de la guerre vous transmettra ces dispositions. J'ai également attaché un major en second aux bataillons de guerre de vos régiments; le colonel commandera en ligne les deux premiers bataillons, et le major en second comman­dera les 3e et 4e bataillons. Mon intention, je vous l'ai déjà mandé, est qu'après le mois de septembre votre corps soit de six divisions, chaque division de trois régiments, chaque régiment de cinq batail­lons de guerre, formant une brigade, et de trois à quatre bataillons auxiliaires; ce qui ferait de cent dix à cent quinze bataillons. Mon intention est également d'augmenter votre corps de deux brigades de cavalerie légère. Alors je vous donnerai trois bataillons du train, au lieu de deux; mais il faudra augmenter votre artillerie en conséquence. La chose principale aujourd'hui est de garnir Danzig. Le régiment bavarois y arrivera dans les premiers jours de mai. Celui de Wurtemberg sera réuni le 16 ; il recevra vos ordres et sera arrivé à Danzig à la fin de mai. J'aurai donc complet à Danzig tout ce que j'ai désiré y avoir. Je vous envoie la composition du régiment wurtembergeois.


Paris, 12 avril 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, vous avez bien fait de ne pas envoyer vos deux pièces d'artillerie avec vos régiments pour aller à Danzig, puisque vous avez peu d'artillerie; mais il est nécessaire que vous formiez deux compa­gnies d'artillerie à l'instar des régiments français; vous fournirez les chevaux. J'ordonne qu'on leur donne à Danzig deux pièces avec les caissons. En général, cette méthode serait bonne à établir dans tous vos régiments. Une compagnie d'artillerie ayant ses caissons d'in­fanterie et d'artillerie, un caisson pour porter le pain et un pour la comptabilité, offre beaucoup d'avantages, car partout où va un régi­ment on a besoin d'artillerie. Quant à l'artillerie qui vous manque pour cette organisation, vous n'avez qu'à m'en faire la demande; je vous la donnerai.


Paris, 13 avril 1811

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J'ai fixé au 2 juin prochain le baptême du roi de Rome, qui sera célébré dans l'église métropolitaine de Notre-Dame de Paris, à laquelle moi et l'impératrice nous nous rendrons solennellement pour y assister et pour rendre grâces à Dieu sur sa naissance. Après la cérémonie de Notre-Dame, j'irai dîner à l'hôtel de ville de ma bonne ville de Paris, et je verrai tirer un feu d'artifice. Le même jour il sera chanté un Te Deum dans tout l'Empire. Je désire que les fêtes et réjouissances aient lieu en même temps et suivant le mode que vous m'avez proposé, et que pour cela vous adressiez des instructions aux maires des communes en leur fixant les sommes qu'ils peuvent dépenser à ces fêtes. Vous me présenterez la note des mariages que chacune des principales villes pourrait faire en dotant des filles pauvres et orphelines et les unissant à des anciens militaires. Mon inten­tion est aussi que vous convoquiez pour le baptême du roi de Rome les maires des bonnes villes, qui seront accompagnés, chacun, par deux députés choisis parmi les principaux du conseil général. Vous allouerez à chacun les indemnités nécessaires pour les frais de leur voyage, de manière que pendant leur séjour à Paris ils puissent y paraître d'une manière convenable et faire porter à leurs gens la livrée des villes qu'ils représenteront.


Paris, 14 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Vous remettrez l'instruction ci-jointe au sieur Mortemart. Vous lui donnerez des conseils généraux sur la manière dont il doit se conduire. Il faut qu'il ne fasse aucun embarras; sa femme même doit ignorer où il va. Il doit seulement dire qu'il est absent pour un mois.

 

AU BARON DE MORTEMART, CAPITAINE,  OFFICIER D’ORDONNANCE DE L'EMPEREUR, À PARIS.

Monsieur Mortemart, le régiment de Walcheren est composé de cinq bataillons et doit avoir en ce moment 5 à 6,000 hommes de conscrits réfractaires. Vous trouverez ci-joint l'état des effets d'habil­lement partis de Paris et de Lille pour ce régiment. Vous vous rendrez en toute diligence à Flessingue pour vérifier cet état.

Avant d'arriver à Flessingue, vous visiterez le fort Impérial, le fort Napoléon et la batterie du Centre dans l'île de Cadzand; vous me ferez connaître la situation de ces forts. Vous compterez les bou­ches à feu en batterie; vous me rendrez compte du nombre de pièces de 48 et du nombre de plates-formes qu'a chaque mortier à plaque. Vous me ferez connaître la situation des troupes qui sont dans l'île de Cadzand et l'emploi qu'on fait des différentes compagnies et détache­ments des sapeurs, des pionniers français et étrangers, des déserteurs qui s'y trouvent, et s'ils sont organisés en bataillon. Vous reconnaî­trez si les chaloupes canonnières peuvent entrer dans le port de Breskens, combien de chaloupes et de bateaux canonniers ce port peut contenir, combien il y a d'eau dans les hautes mers.

Vous passerez après cela à Flessingue. Vous verrez le général Gilly, commandant l'île de Walcheren; vous verrez le colonel du régiment de Walcheren, et vous m'enverrez un rapport qui m'in­struira, 1° si la quantité de drap qui est annoncée est arrivée; 2° si les habits confectionnés sont bons; 3° si l'on annonce l'époque à laquelle le reste des effets arrivera. Vous passerez les journées, depuis la pointe du jour, à visiter les casernes. Vous verrez faire l'exercice aux conscrits réfractaires. Vous m'enverrez un rapport sur le régiment, bataillon par bataillon; vous me manderez si les chefs de bataillon sont arrivés, si tous les officiers sont arrivés, ceux qui ont donné de leurs nouvelles et ceux dont on n'a pas entendu parler; quel est le nombre des sous-officiers arrivés, de quels corps ils sor­tent, si ce sont de bons ou de mauvais sujets; quelle est la quantité de conscrits réfractaires arrivés, quelle volonté ils ont, si ce sont de beaux hommes; combien il y a de malades, comment ils sont casernés. Vous me parlerez aussi de la quantité de fusils qui sont arrivés.

Vous me rendrez compte de ce que vous auront dit le général Gilly, le colonel, et de ce que vous aurez vu par vous-même, en me faisant connaître l'opinion du général, celle du colonel et celle que vous aurez été à même de prendre sur ce que vous aurez vu.

Vous irez successivement à Middelburg, à Veere et dans les lieux où sont cantonnés les différents bataillons. Tous les jours vous m'enverrez un rapport pour me parler de l'état de la désertion et sur les précautions qu'on prend pour l'empêcher. Vous me parlerez de l'hô­pital militaire de Middelburg que vous visiterez plusieurs fois. Vous me ferez également un rapport sur la cavalerie et sur le service de la gendarmerie. Vous donnerez un coup d'oeil sur la manière dont les douanes font leur service. Quand vous m'aurez satisfait sur toutes ces questions, vous jetterez un coup d'oeil sur les travaux de la marine. A-t-on commencé le magasin général, ou qui empêche de commencer les travaux ? A-t-on travaillé à l'écluse ? Sait-on si le radier a souffert, ou quand le saura-t-on ? Travaille-t-on au quai que les Anglais ont démoli ? Quand sera-t-il rétabli ?

Vous m'enverrez tous les jours le mouvement de la rade. Vous me ferez connaître où sont mouillés les bâtiments de l'escadre, ceux de la flottille, ce qu'on signale des croisières ennemies et les bâtiments de guerre qui mettront tous les jours à la voile.

Vous m'enverrez après cela un rapport sur les travaux du génie. Travaille-t-on au fort Montebello, au fort Saint-Hilaire ? Combien y a-t-il de tombereaux employés ? Combien d'hommes du pays, de pri­sonniers, de sapeurs, de pionniers de toute espèce ?

Vous me ferez connaître la situation des différents camps que j'ai ordonnés sur les dunes, et s'ils se sont bien conservés pendant l'hiver.

Tous les soirs vous rédigerez le rapport de ce que vous aurez vu et fait dans la journée.

Vous pourrez aller à bord de mon escadre voir l'amiral Missiessy, lui demander s'il a quelque chose à me faire dire.

Vous observerez l'esprit public du pays. Vous verrez le maire de Flessingue pour savoir si les indemnités que j'ai accordées à la ville ont été payées et si l'on rétablit les maisons, si cela se fait conformé­ment à mes décrets. Vous verrez le préfet, les sous-préfets, et vous me transmettrez ce que vous en apprendrez.

Quand vous aurez passé une quinzaine de jours dans l'île de Walcheren et que vous m'aurez envoyé une quinzaine de rapports, vous passerez dans l'île de Schouwen. Vous visiterez la place de Zierikzee, vous verrez dans quelle situation est cette place, et vous vous infor­merez de ce que le commandant aura à me dire.

Vous repasserez à Veere et vous viendrez à Goes, Tholen, Berg-op-Zoom. Vous séjournerez deux jours à Goes pour visiter l’île de Sud-Beveland, prendre des renseignements sur l'administration, la police, le militaire, et sur ce qui est relatif à la contrebande. Vous verrez dans quelle situation est la place de Tholen. Vous vous arrêterez assez de temps pour vous mettre en état de me rendre compte de l'esprit et de la manière de servir des corps qui sont dans les îles de Schouwen, de Sud et Nord-Beveland et à Berg-op-Zoom. Vous irez jusqu'à Bath, et vous m'enverrez par la poste d'Anvers les mêmes renseignements sur ce point que sur les îles que je viens de nommer. Vous rentrerez après cela dans l’île de Walcheren.

Je suppose que cette mission vous conduira au 10 ou 15 mai; à cette époque vous recevrez de nouveaux ordres de moi dans l’île de Walcheren. Vos rapports me seront adressés directement; vous les enverrez sous le couvert du duc de Frioul, auquel vous pourrez écrire sur ce qui vous sera particulier dans cette tournée.

Vous m'écrirez de Flessingue pour m'informer si les cadres des 3e et 4e compagnies du 5e bataillon des 65e, 72e, 19e, 43e, 27e et 22e sont arrivés pour prendre des conscrits réfractaires du régiment de Walcheren, et de là passer dans les îles de Schouwen et de Goeree; ou, s'ils ne sont pas arrivés, quand ils arriveront; ce qui manque d'officiers ou de sous-officiers dans les cadres, et si l'on peut y avoir confiance.


Parti, 14 avril 1811

Au général comte de La Riboisière, premier inspecteur général de l’artillerie, à Paris

Monsieur le Général Comte la Riboisière, je vous envoie deux rap­ports du ministre de la guerre sur l'organisation de l'artillerie, telle que je l'ai demandée. Je suppose trois corps d'armée, chacun de seize régiments, ce qui forme quarante-huit régiments, chacun à quatre bataillons. Je suppose quatre divisions de cuirassiers, ayant chacune douze pièces d'artillerie à cheval. Faites-moi vos observations sur le plan proposé tant pour les bouches à feu que pour le personnel et les attelages d'artillerie. L'expérience des deux campagnes d'Autriche et de la campagne de Pologne doit vous avoir fait connaître ce qui est nécessaire. Je crois qu'il faut avoir à Danzig et dans les autres places, confectionné et non confectionné, de quoi faire cinq approvisionnements. Ne parlez de ce travail à personne, pas même au ministre de la guerre. Aussitôt que vous l’aurez fait, venez me l'apporter, afin que j'arrête mes idées là-dessus.


Paris, 15 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai lu votre travail sur l'organisation de l'artillerie de l'armée d'Allemagne. Il faut quarante-quatre compagnies d'artillerie à pied pour l'équipage d'artillerie des trois corps d'armée, sans y compren­dre la Garde. Ces compagnies seront formées de la manière suivante : les 1e, 3e, 17e et 2e compagnies du 1er régiment d'artillerie; les 6e, 11e et 3e du 3e d'artillerie; quatre compagnies du 4e d'artillerie; les 2e, 3e 13e, 14e et 22e du 5e d'artillerie à pied, ce qui, joint aux six compagnies qui sont en Allemagne, complétera à onze les compagnies que fournit ce régiment; les 1e, 6e, 8e et 18e du 6e régiment; les 7e et 5e du 7e régiment, ainsi que les treize compagnies déjà en Alle­magne; les 3e, 8e, 12e, 13e, 14e et 22e du 8e régiment; trois des six compagnies du 9e régiment qui sont actuellement à Hambourg; les trois autres resteront pour la défense des côtes de Hambourg.

Résumé : quatre compagnies du 1er régiment, onze du 5e, trois du 3e, quatre du 4e, quatre du 6e, quinze du 7e, six du 8e et trois du 9e: total, cinquante compagnies d'artillerie. Il n'en faut que qua­rante-quatre; c'est donc six compagnies de plus. Tous les hommes disponibles dans les autres compagnies de ces régiments seront déta­chés pour compléter ces compagnies. Les conscrits qui arrivent seront chargés de compléter les cadres des compagnies qui restent.

Le service de Walcheren sera fait par une compagnie du 9e et qua­tre du 8e qui seront envoyées. Les cadres de chaque compagnie n'auront que dix canonniers ; le reste sera complété par les conscrits réfractaires les plus beaux, les plus grands et de meilleure volonté.

Le 6e régiment enverra un cadre à l’île de Ré, à l'île d'Aix et à Belle-Île. Ces trois compagnies seront complétées par les conscrits des régiments de Belle-Île et de l’île de Ré à 150 hommes. Vous me présenterez un rapport et projet de décret pour réunir ces compa­gnies d'artillerie, en les complétant, autant que possible, au moins à 80 hommes, afin que, par le défaut du personnel, l'artillerie ne soit pas retardée.

Un cadre de compagnie d'artillerie française sera envoyé dans l'île de Goeree et au Texel et recruté de même. Cette méthode aura l'avan­tage d'avoir à l'armée des canonniers de vingt et un ans, ayant déjà aun an de service.

Il sera ensuite envoyé, pour compléter ces compagnies et réparer leurs pertes, des hommes des dépôts de manière à les porter d'abord à 120 et après à 140 hommes.

Il faut vingt-trois compagnies d'artillerie à cheval. Il y en a déjà à l'armée d'Allemagne sept; il en faut donc encore seize. Le 1er régiment en fournira six nouvelles ; le 5e en fournira une ; le 6e en four­nira quatre, et le 4e en fournira trois.


Quant aux pontonniers, il y a déjà trois compagnies à l'armée d'Allemagne et quatre en France, ce qui fera sept compagnies; trois seront fournies par le 2e bataillon, ce qui fera dix; on n'en demande que sept.

Ainsi, par ce moyen, il y aura pour l'armée d'Allemagne cinquante compagnies d'artillerie à pied, vingt-quatre compagnies à cheval et dix de pontonniers. Quant aux ouvriers, ceux qui seront dans les arsenaux pourront être employés; il n'en manquera pas.

Ce premier aperçu peut être perfectionné par le ministre dans le rapport qu'il fera. Ce qu'il y a à faire consiste à prendre le plus grand nombre d'hommes à Anvers, dans les îles et sur les côtes, sauf à remplacer par des cadres de compagnies de conscrits réfractaires pour les îles, et hors des îles par des cadres de conscrits qu'on complétera à mesure de leur arrivée.

Je désire que vous rédigiez le projet de mouvement pour qu'au 1er mai le nombre d'hommes nécessaire pour compléter à 100 hommes les compagnies d'artillerie de l'armée d'Allemagne soit envoyé.


Paris, 15 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 10. Levez toutes les diffi­cultés, mais organisez votre gendarmerie; qu'elle soit en activité partout avant le 1er juin. Je ne vois pas de difficulté que vous preniez le général d'Hastrel pour chef d'état-major. Je ne vois pas non plus de difficulté à donner une division au général Compans. Mon inten­tion étant de porter votre corps à cinq divisions, le général Morand pourra rester. Je donne, en attendant, ordre au général d'Hastrel de se rendre à Hambourg, où vous l'aurez sous la main jusqu'à ce que j'aie formé la cinquième division. II faut bien se garder de mettre le séquestre sur les propriétés du duc d'Oldenburg; il faut, au contraire, avoir toutes sortes de procédés en ce qui concerne ses intérêts particuliers. Donnez des ordres dans ce sens aux autorités du pays. Il ne faut pas faire attention à l'emprunt qu'il veut faire; cela ne doit pas paraître vous regarder. Si quelque banquier de Hambourg veut lui prêter de l'argent, il faut le laisser faire. Si l'on vous en parle, il faut dire seulement que vous ne pouvez rien faire pour cela sans mon autorisation. Soyez bien persuadé que, dans la situation des choses, le duc d'Oldenburg ne trouverait pas à emprunter, je ne dis pas 9 millions, mais 900,000 francs, surtout sans ma garantie. Il faut laisser aller les choses, sauf à observer ce qui se fait, sans avoir l'air de le savoir.


Paris, 15 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j'ai donné l’ordre qu'au 1er mai tout ce qui est néces­saire pour compléter votre infanterie, votre artillerie, votre génie, vos administrations, tant en personnel qu'en matériel, soit dirigé sur Wesel, pour de là se rendre à votre armée. Les deux bataillons des tirailleurs corses et du Pô partent de Boulogne le 20 avril et se diri­gent par Wesel. Envoyez-moi un état de situation qui me fasse connaître l'effectif, les présents sous les armes de chaque corps, de l'artillerie, enfin de toute votre armée, afin que je comprenne parfaitement sa situation. Faites-moi connaître quand les semestriers auront rejoint. Je suppose que le 33e léger à ses quatre pièces de canon: s'il ne les avait pas, faites-les-lui fournir sur-le-champ avec les caissons.


Paris, 16 avril 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois la lettre par laquelle vous me rendez compte que vous avez 1,500 voitures; ainsi il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur ce point.

J'approuve que les dépôts des 3e, 6e et 7e bataillons des équipages militaires soient à Nancy, Metz et Mézières. Il est possible que je donne l’ordre de réorganiser à la fois ces trois bataillons; les 1,800 hommes nécessaires seront produits par l'appel de la réserve, et les 3,600 chevaux seront achetés. Ces bataillons ne seront pas rendus avant la mi-avril à Bayonne, et avant la mi-mai à leurs dépôts. On ne peut donc pas compter sur eux avant la fin de juillet, époque où les conscrits arriveront. Il est nécessaire de faire fournir sur-le-champ les harnais et voitures pour que vers le 15 août ces bataillons puissent partir en tout ou en partie. L'achat des chevaux ne peut pas retarder la formation des bataillons en hommes. Je vais bientôt faire l’appel de la réserve. Je ne pense pas qu'elle soit arrivée avant le 15 juin. Il sera temps de passer des marchés pour l’achat des che­vaux, puisqu'ils s'achètent dans la Franche-Comté et dans les cantons où sont ces bataillons. Le principal est d'avoir les harnais prêts et que les cadres ne s'arrêtent pas à Bayonne. Ces six bataillons me suffisent. Je n'ai pas besoin d'en former de nouveaux. 1,500 voitures sont ce qui m'est nécessaire; d'ailleurs, s'il en fallait d'autres, je ferais venir d'autres cadres d'Espagne.

Trois compagnies du 12e bataillon doivent être parties ; j'ai besoin de trois autres au plus tard au 15 mai.

Quant au 9e bataillon, j'en ai également besoin dans le plus court délai possible ; je vois qu'il a 305 soldats et 300 chevaux ; ainsi cela fait au moins de quoi atteler deux compagnies. Il faut rappeler de chez les cultivateurs les 173 chevaux qui y sont. Il est indispensable qu'au 15 mai j'aie au moins 60 voitures de ce bataillon prêtes à partir.

Quant au 2e bataillon, que j'organise à Commercy, j'en ai besoin le plus tôt possible. Votre rapport du 10 avril ne me présente pas la situation de ce bataillon. Vous sentez bien que je n'aurais pas eu l’idée de faire venir le 9e bataillon à Lyon si le 2e pouvait me servir.

Remettez-moi la situation des trois compagnies du 12e bataillon qui sont parties, en hommes, chevaux, harnais et voitures, et la situation des trois autres compagnies, compagnie par compagnie, et faites-moi connaître quand elles pourront partir. Mon intention est qu'elles partent à mesure qu'une compagnie sera en état de partir.

Vous me ferez connaître quand le 2e bataillon sera prêt, compa­gnie par compagnie. Mon intention est qu'à mesure qu'une compagnie sera prête elle parte.

Enfin, je désire savoir quand le 9e bataillon sera prêt à partir de Plaisance, compagnie par compagnie. Je vois que les compagnies de ce bataillon feront le fond des transports pour le mois de juillet, et que les trois autres ne seront prêtes qu'après juillet, c'est-à-dire pour une campagne d'automne.

Je pense qu'il faut réunir dans le 10e bataillon, qui est à l’armée du Portugal, tout ce qu'il y a de disponible des 1e, 4e, 12e et 13e bataillons, et faire revenir les cadres de ces derniers en France. Ce sera une ressource qui pourra être utile pour la campagne d'automne. Je suppose que le 10e pourra avoir 300 chevaux et 75 à 80 voitures. J'ai souvent donné et fait donner l’ordre de rappeler de l’armée de Portugal tous les hommes à pied des bataillons des équipages. Je suppose que ces ordres s'exécuteront. Écrivez au prince de Neuchâtel, et réitérez les ordres les plus positifs pour qu'on ne garde à l'armée de Portugal que le 10e bataillon. Ce bataillon pourra être composé d'un tiers de voitures et le reste de mulets de bât.

Je vous renvoie votre projet de décret pour que vous le rédigiez en conséquence de la présente lettre.

Il suffit que le 10e bataillon d'équipages ait deux compagnies de voitures et qu'il ait quatre compagnies de mulets de bât. Les hommes disponibles des autres bataillons seront employés à compléter ce ba­taillon. Les chevaux et les mulets, l’armée se les procurera en Portugal ; les hommes à pied des autres bataillons reviendront en France. Il serait convenable d'étendre cette mesure à l’armée d'Espagne, qui pourrait n'avoir dans ses bataillons d'équipages qu'une ou deux com­pagnies avec des voitures, et le reste avec des mulets de bât. On peut se procurer des mulets de bât en Espagne.


Paris, l6 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie deux beaux bataillons espagnols, formant 2,000 hommes, avec un général. Les soldats sont bons; ils ont été engagés de bonne volonté, et voilà deux ans qu'ils sont sous les armes. Je pense qu'ils se battront comme les Portugais et qu'ils auront peu de déserteurs, en ayant soin de ne pas les mettre aux avant-postes ni dans des places fortes de premier ordre. Il est probable qu'ils seront entourés d'embaucheurs ; il sera donc bon d'établir une sur­veillance secrète sur ces bataillons. La police doit avoir les yeux sur eux; elle prendra beaucoup d'agents anglais.


Paris, 16 avril 1811

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, je suis fort dans l'obscur sur les dispositions des Russes. Leur langage est tranquillisant, mais les mouvements qu'ils font faire à leurs divisions de Moldavie portent à penser qu'ils en veulent au Grand-Duché. Dans cette circonstance, Votre Majesté peut avoir besoin de direction, et c'est l'objet de cette lettre.

PLACES FORTES.

Je ne connais pas la place de Zamosc. Si elle peut se défendre, il faut l'armer, rapprovisionner pour six mois et y mettre la garnison la plus faible possible ; mais, si elle n'est pas en état de se défendre assez longtemps pour qu'on puisse venir à son secours, il paraît convenable d'en évacuer l'artillerie sur Varsovie et de la faire sauter. Cette place est hors de la ligne d'opération. Le pays étant pour nous, une petite forteresse y est assez inutile; une grande forteresse ou place de dépôt peut seule être importante dans le Grand-Duché, et c'est Modlin. Il faut donc que Votre Majesté charge le prince Poniatowski et les généraux de voir combien de mois de siège Zamosc peut soutenir. Je suppose qu'il faudra que cette place se défende au moins trois mois à partir du premier mois de l'invasion. Il est à présumer que dans ce premier mois le siège n'aura pas commencé. C'est donc à peu près pendant deux mois de siège que la place doit résister.

Praga, Sierock et Modlin ne sont que des têtes de pont d'un camp retranché; ils ne peuvent donc servir qu'à appuyer les mouvements d'une armée; et, si Modlin est, comme je le suppose, hors d'état de se défendre, on ne doit pas exposer une garnison pour garder ce point. D'ailleurs ce sont des places de campagne. On décidera au dernier moment ce qu'on devra en faire. Les approvisionnements qu'on y réunira seront pour la garnison et, dans le cas contraire, pour l'armée.

ARTILLERIE.

Dans le cas où on garderait Zamosc, il faut n'y laisser que l'artil­lerie nécessaire. Il suffit pour la défense de cette place de pièces de 12 et de 16. On doit garder les pièces en fer pour l'armement et Praga, de Modlin et de la Vistule aux environs de Varsovie. On peut même garder huit pièces de 24 pour protéger Praga de la rive gau­che, du côté de Varsovie. Enfin il faut garder les poudres et les bou­lets nécessaires pour cette défense. On gardera à Varsovie toute l'artil­lerie de campagne et les caissons qu'on peut atteler et qui doivent servir aux mouvements de l'armée, et, à mesure qu'on croira qu'on est davantage menacé, on évacuera une partie de ces munitions par échelons entre Varsovie et l'Oder ; de manière qu'à mesure que l'armée se retirera elle puisse rencontrer des munitions suffisantes. Il sera donc nécessaire de former ainsi sur la route des magasins pour les munitions. On pourra prendre des églises, etc., et il faudra me faire connaître l'emplacement de ces magasins. On laissera une partie de l'artillerie nécessaire à Thorn, tout le reste de l'artillerie quelconque, à l'exception des fusils, sera embarqué sur la Vistule, sous prétexte d'une destination pour l'armement de Thorn. Ces bateaux partiront ensemble; ils pourront être expédiés peu de jours après l’ordre qui en sera donné, et de Thorn on pourra ensuite les diriger sur Danzig, où ils seront en dépôt dans une place forte. Cette mesure est d'autant plus importante que l'appât de prendre cette artillerie pourrait porter les Russes à tenter un coup de main sur Varsovie. Ils n'en auront plus l’idée lorsque l'artillerie n'y sera plus. Quant aux huit pièces en bronze qui seront laissées à Varsovie et à celles en fer qui seront à Modlin , on les évacuera à mesure que les choses se prononceront, ou, au dernier moment, on brûlera les affûts et on mettra les pièces hors de service, si on n'a pu les transporter.

ARMES A FEU.

Les armes que j'ai envoyées dernièrement de France doivent être retenues à Dresde, à Glogau et à Küstrin, selon l'endroit où elles se trouvent. Quant aux armes qui sont dans le Duché, on peut en gar­der 4,000 à Varsovie, soit pour les gardes nationales, soit pour l'armée, soit pour les recrues. Le reste devra être dirigé, comme les munitions, en échelons sur la route de Posen. Au moment d'une attaque sérieuse, on évacuerait ces armes sur Glogau et Küstrin. On peut même en évacuer 5 à 6,000 sur Danzig.

ARMÉE.

Les semestriers doivent être rappelés et les corps réunis sous pré­texte d'en faire la revue. Tout doit être rassemblé du côté de Pultusk et de Varsovie. La cavalerie doit rester sur les avant-postes et être placée en échelons, de manière à retarder la marche de l'ennemi et à préserver Varsovie d'une invasion. Des chevaux doivent être levés de tous côtés pour remonter la cavalerie et pour atteler les soixante et douze pièces de campagne nécessaires à l'armée polonaise. Des pièces de régiment doivent être données à chaque corps. Des magasins de biscuit et de vivres doivent être formés sur la ligne d'opéra­tion entre l'Oder et Varsovie. L'armée doit être chargée de défendre aussi longtemps qu'elle pourra la Vistule, et, lorsque cela ne sera plus possible, de manœuvrer toujours lentement sur l'Oder. Les hôpi­taux doivent, en général, être évacués du côté de Kalisz. Il est pro­bable que, si l’on en venait à cette extrémité, l'armée serait rencon­trée sur l'Oder par l'armée française. Ce n'est pas le moment où Votre Majesté doit regarder à un million. Je pense que Votre Majesté doit donner des ordres pour que tous les chevaux d'artillerie soient levés, pour que son artillerie soit attelée, les semestriers rappelés, et enfin son corps d'armée mis dans le meilleur état possible. Si la Russie n'avait affaire qu'au Grand-Duché, je suppose qu'elle pourrait se divertir d'un coup de main; mais, dans l'état actuel des choses, elle doit voir cette entreprise sous un point de vue plus sérieux, et je doute encore qu'elle en ait le projet. Cependant les faits parlent; ses divisions quittent le Danube et se portent sur les frontières du Grand-Duché. Les bruits de Varsovie à cet égard ne sont plus des bruits isolés; ils sont confirmés par tous les avis qu'on reçoit de Stockholm et de Bucharest. Il faut donc se mettre en mesure, et c'est le but de la présente instruction. Le Grand-Duché n'a sans doute pas à crain­dre une invasion; mais enfin tout doit être prévu, et dans ce cas l’art consiste à ne perdre ni canons, ni munitions, ni armes, ni maga­sins. C'est ce que la Bavière a fait constamment dans les dernières invasions qu'elle a éprouvées. Toute son artillerie, tous ses magasins avaient été évacués sur Lindau, sur Augsbourg et sur Ulm. Or la place de Danzig est ici d'un grand avantage pour le Duché, puisqu'on peut tout charger sur des bateaux qui, en huit ou dix jours, seront en sûreté dans cette place et pourront remonter ensuite, quand le danger sera passé. Ces dispositions pour le Grand-Duché font assez connaître à Votre Majesté ce qu'elle doit faire pour la Saxe, puisque, le cas arrivant, il serait assez convenable que l'armée saxonne pût aller au-devant de celle du Grand-Duché. Je pense donc qu'il faut donner dos pièces aux régiments, et, sous prétexte de revues, ras­sembler les divisions, remonter la cavalerie et mettre tout en état. On ne peut pas parler ici de ce que les Prussiens feront en cas de guerre. Comme les protestations de la Russie sont très pacifiques, quoique en contradiction avec les mouvements de troupes, qui peut-être sont le résultat de la peur, on n'a pu que pressentir que la Prusse désirait un rapprochement, sans cependant avoir encore une idée diplomatique à cet égard.


Paru, 17 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, par le courrier que vous enverrez à Dresde, écrivez à mes ministres à Dresde et à Varsovie pour qu'ils tiennent la main à ce que, vingt-quatre heures après la réception de ma lettre, des ordres soient donnés pour la réunion de l'armée varsovienne; qu'ils se pénètrent bien du principe de ma lettre, qui est que tout est bien, pourvu qu'on ne perde rien, quand même les Russes viendraient à Varsovie; que les Autrichiens ont toujours été à Munich; mais qu'il ne faut pas que l'armée soit rassemblée en détail; qu'il faut qu'elle soit toute réunie à Varsovie; qu'il faut que la Saxe rappelle ses semestriers, achète des chevaux et organise son artillerie.


Palais des Tuileries, 17 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je n'ai eu qu'à me louer des services que vous m'avez rendus dans les différents ministères que je vous ai confiés; mais les affaires extérieures sont dans une telle circonstance que j'ai cru nécessaire au bien de mon service de vous employer ailleurs. J'ai voulu cependant, en vous faisant demander votre porte­feuille, vous donner moi-même ce témoignage, afin d'empêcher qu'il reste aucun doute dans votre esprit sur l'opinion que j'ai du zèle et de rattachement que vous m'avez montrés dans le cours de votre ministère.


Paris, 17 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie deux projets de traité avec la Westphalie. Je ne puis pas mettre dans un traité avec la Westphalie que je retirerai le nombre de troupes au-dessus de 12,500 hommes, puisque cela dépend des circonstances.


Paris, 17 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, le petit traité à faire avec la Prusse pour la route militaire de Stettin à Danzig consiste à obtenir un embranchement qui irait de Konitz à Nackel. Konitz est sur le territoire prussien ; Nackel est sur le territoire polonais. De Nackel on irait à Posen, à Varsovie, à Thorn, comme on voudrait. Ainsi, de Danzig on viendrait à Konitz pour entrer dans le Grand-Duché, et de Stettin, pour entrer dans le Duché, on viendrait également à Konitz et on descendrait de là à Nackel.


Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les régiments de cuirassiers formeront quatre divisions. La 1e division sera telle qu'elle est aujourd'hui en Allemagne. La 2e sera composée des quatre régiments qui formaient la division d'Hautpoul. La 3e sera composée des quatre régiments qui formaient la division du duc de Padoue dans la dernière campagne. La division de réserve sera composée des deux régiments de carabi­niers et du 1er régiment de cuirassiers. Le 14e de cuirassiers rempla­cera le 1er régiment de cuirassiers dans la division où ce régiment servait. Ainsi la réserve ne sera que de trois régiments, mais il sera créé sans délai un 5e escadron à ces trois régiments, afin qu'ils puissent avoir un plus grand nombre d'hommes à cheval.

Proposez-moi pour ces divisions quatre généraux de division, huit généraux de brigade, quatre adjudants commandants et l'artillerie nécessaire, qui doit être de douze pièces d'artillerie à cheval par division, c'est-à-dire de quarante-huit pièces pour les cuirassiers.

Donnez à ces régiments l’ordre de se tenir prêts à entrer en cam­pagne. Présentez-m'en l'état en détail, et qu'au 1er mai ils puissent se mettre en marche pour se diriger vers la frontière.

Recommandez bien aux colonels de n'acheter que des chevaux qui puissent faire la campagne, car des chevaux qui ne pourraient être employés tout de suite ne serviraient à rien.

Le 5e régiment de hussards et le 11e formeront une brigade; le 23e et le 24e de chasseurs en formeront une seconde; le 11e et le 12e de chasseurs en formeront une troisième. Présentez-moi trois généraux de brigade pour commander ces trois brigades, et donnez des ordres aux régiments pour qu'ils se mettent en état. Faites-moi connaître ce que chacune de ces brigades pourra avoir de prêt à partir au 1er mai.


Par ce moyen j'aurai : 1° trois brigades de cavalerie légère, déjà existantes à l'armée d'Allemagne, formant six régiments; 2° six régiments que j'envoie, formant trois brigades ; total, six brigades de cavalerie légère et quinze régiments de cuirassiers, formant quatre divisions.

Faites-moi connaître combien au 1er mai ces régiments auront d'hommes à cheval, et combien ils en auront au 1er juin et au 1er juillet.


Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre à la demi-brigade portugaise qui est à Bourges de se rendre à Orléans. Envoyez-lui un ordre de route pour qu'elle marche bataillon par bataillon et à deux jours de distance. Faîtes-moi connaître ce que c'est que le 1er et le 2e régiment de chasseurs portugais et le bataillon de marche qui est à Châteauroux. Mais, en attendant, éloignez cette demi-brigade. Je trouve qu'il y a trop de Portugais dans cette division, et je pense qu'il faudrait la diriger sur l'Allemagne. Je vois que j'ai 3,500 hommes de ces Portugais que je ne veux pas laisser à Grenoble et à Lyon ; je préfère les avoir à l'armée, et il faut les organiser pour ce service. Je pense qu'en incorporant les deux bataillons provisoires qui sont à Lyon et Genève, ainsi que la demi-brigade d'élite, on pourrait avoir 1,000 hommes pour chaque bataillon; ce qui ferait une demi-brigade utile. Mais je pense qu'il est assez important de les ôter de France. Vous pouvez faire appeler le général portugais qui est à Paris, lui expliquer le parti qu'on veut en tirer et l'avantage que cela leur présente, puisqu'ils ne pourraient qu'être très malheureux en Portugal. Faites-moi connaître les géné­raux portugais auxquels on pourrait se fier pour les attacher à chacun de ces régiments. Ce serait toujours une plus grande garantie.


Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il y a à Hambourg un entrepreneur de transports pour les douanes qui va transporter par jour 250 milliers pesant à Cologne. Je crois que l'artillerie pourrait profiter du retour de ces transports pour en­voyer des munitions. Cela épargnerait vos chevaux d'artillerie.


Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai pris un décret pour former un 6e bataillon aux régiments du prince d'Eckmühl. Je désirerais que ces bataillons se formassent en Allemagne et que les cadres ne revinssent pas en France. On les for­merait avec des dépôts des régiments de l'armée d'Espagne qui sont situés entre la Loire et le Nord. Je crois qu'on pourrait toujours bien tirer près de 10,000 hommes de ces dépôts, soit de conscrits qui vont arriver, soit de vieux soldats qui y sont. Par ce moyen les 6e batail­lons se trouveraient formés eu même temps que les 4e.

Je pense aussi que les régiments de Walcheren, de Belle-Île et de l’île de Ré pourraient fournir quelques hommes; mais il faudrait que ce fût des hommes sûrs et sur lesquels on pût compter. Les régiments d'Italie ont beaucoup de places vacantes, parce qu'ils ont envoyé des officiers aux régiments hollandais. Il est nécessaire qu'il soit nommé à ces places. Toutes ces mesures sont pressantes. Présentez-moi demain un projet de décret pour que tous les régiments, en Italie et en France, qui n'ont pas leurs compagnies d'artillerie, les forment sans délai, et pour qu'il leur soit fourni des caissons, s'ils les ont mis en dépôt, et des moyens pour avoir des pièces, des chevaux et des harnais, s'ils s'en sont défaits. Vous vous concerterez à cet effet avec le ministre de l'administration de la guerre.

Les Russes menacent le grand-duché de Varsovie. Ils ont laissé peu de monde sur le Danube et ont rapproché leurs divisions des confins du Grand-Duché. Il est donc instant de presser toutes ces mesures.

Tous ces régiments devant avoir leur direction sur Wesel et Mayence, il sera nécessaire que les conseils d'administration reçoi­vent l'ordre d'acheter les caissons et harnais dans ces pays-là.


Paris, 17 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie copie d'une lettre que j'écris au roi de Saxe. Vous sentez qu'elle n'est que pour vous. Cette lettre vous fera connaître mes dispositions. En cas de violation du territoire, le prince Poniatowski doit sur-le-champ vous prévenir ainsi que le gouverneur de Danzig. Vous feriez alors toutes vos dispositions pour réunir votre armée sur l'Oder; mais avant que vos mouvements fussent faits, vous recevriez mes ordres. Les Polonais et les Saxons, qui, au nombre de 50,000 hommes, appuieront votre mouvement sur Glogau, vous feront déjà une armée de 120,000 hommes. La garnison de Danzig pourra, dans ce cas, avoir un corps d'observation de 6,000 hommes, infanterie et cavalerie, lequel se tiendrait près de Dirschau et assure­rait les communications avec Thorn ; ce qui aiderait le prince Poniatowski à garder la Vistule. Le principal est que la garnison de Danzig soit complétée et approvisionnée. Il me semble qu'il doit y avoir au 1er mai 12,000 hommes, quatre ou cinq généraux français, beau­coup d'artillerie et de génie. Il me semble également que l'artillerie se trouve approvisionnée. Il est bien urgent cependant que les pou­dres arrivent; je suppose que le convoi est déjà parti et que les 150 milliers de poudre, qui sont le plus important, y seront arrivés avant que la première quinzaine de mai soit terminée. Quant aux approvisionnements en blé et en avoine, en viande et en bois, cette ville abonde ordinairement de tout cela; d'ailleurs le général Rapp ne manquera pas de prendre dans le temps tout ce que le territoire pourra lui fournir, et surtout les bœufs.

Faites-moi connaître, je vous prie, quelle sera, au 1er mai, la force des 10e et 11e régiments polonais qui sont à Danzig et du 5e qui est à Küstrin. Donnez ordre que tous les soldats à pied du régi­ment des chevau-légers polonais qui est à Danzig soient remontés à mes frais; de sorte que, si ce régiment peut fournir 200 hommes, on achète sur-le-champ 200 chevaux. Donnez ordre également qu'aux trois régiments polonais qui sont à mon service on attache des com­pagnies d'artillerie et du train, et qu'il leur soit acheté des chevaux. En cas d'événements imprévus, vous auriez soin de prévenir le roi de Westphalie. Vous voyez que mon intention est que, dans le cas où l'ennemi attaquerait inopinément, mon armée ne passe pas l'Oder que tous les corps ne soient formés et que mes troupes qui se réunissent dans le Tyrol, la division qui se forme en Hollande et ma Garde, ne soient arrivées; ce qui n'empêchera pas que vous n'ayez une avant-garde qui se maintiendra le plus longtemps qu'elle pourra avec Danzig. Raisonnez sur vos cartes dans toutes ces suppositions et faites-moi vos objections.

Cela vous fait sentir assez combien il est important que le blé qui doit exister à Stettin et à Küstrin y existe, et qu'on fasse confectionner le biscuit qui est ordonné. On se servirait des 500,000 rations de Magdeburg, qu'on ferait venir par le canal de Küstrin; ce qui nous ferait sur-le-champ un million de rations.

Je vous ai déjà demandé quelle serait la situation de votre année avant le 1er mai.

Vous ne pouvez pas vous trouver en présence de l'ennemi avant le 1er juin; faites-moi connaître quelle sera votre armée alors, y compris les Saxons, les Polonais, la garnison de Danzig et les Westphaliens. Je suppose qu'au 1er juin une division composée de vos 4e bataillons se réunira à Wesel ; elle pourrait vous rejoindre si cela était nécessaire, mais seulement comme corps de réserve à laisser à Magdeburg ; car ces conscrits seraient encore bien jeunes, n'ayant que deux mois de service, et il me semble qu'on ne peut pas espérer s'en servir avant le mois de juillet; mêlés alors avec d'autres, ils pourraient entrer en ligne. Je pense donc qu'au 1er juillet vous pou­vez vous présenter avec 75,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, tout compris; ce qui, avec la garnison de Danzig, les 60,000 Polonais, Saxons et Hessois de Darmstadt, vous fera sur-le-champ 150,000 hommes, assis sur les places de Küstrin, Glogau et Danzig. D'ailleurs il est bien possible que dans peu de jours je prenne la résolution de vous envoyer de nouvelles divisions de cuirassiers et de cavalerie légère, de manière à porter votre cavalerie à 20,000 hommes, y compris ce que vous avez, et à 32,000 hommes, y compris 4,000 Saxons et 8,000 Polonais.

Ayez un chiffre avec le gouverneur de Danzig, et prévenez-le de toutes ces dispositions générales. Il faut qu'il soit très alerte, qu'il monte une police secrète et sache ce qui se passe du côté de Tilsit, Riga, sur les frontières, et vous tienne informé de tout. Il faut surtout qu'il fasse faire le service de sa place avec rigueur, pour éviter toute surprise. Actuellement qu'il a de la cavalerie, il peut la distri­buer dans tous les points du territoire.


Paris, 17 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, arrêtez à Küstrin et à Glogau les armes qui se ren­dent à Varsovie. Mettez beaucoup d'officiers d'état-major dans les places de Glogau et Stettin ; ce sont des officiers que vous retrouverez toujours et qui seront placés là pour surveiller. Recommandez-leur la plus grande vigilance ; ils doivent dormir le jour et rester debout toute la nuit, ils doivent avoir l'œil sur tout et vous rendre compte.


Paris, 17 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, vous donnerez des ordres pour réunir sans délai, et sans attendre les ordres de mon ministre de la guerre, un corps d'armée entre Vérone, Trente et Bolzano; ce corps sera composé de quatre divisions.

La le division sera formée de deux bataillons du 8e d'infanterie légère, de deux bataillons de Croates, de trois bataillons du 84e, de trois bataillons du 92e; total, dix bataillons, tous portés au grand complet, ce qui fera 8,400 hommes. Le 8e, le 84e et le 92e auront leur compagnie d'artillerie avec leurs caissons et leurs pièces; on donnera également aux bataillons croates deux pièces qu'on organisera en Illyrie; ce qui fera huit pièces de canon. Il y aura en outre douze pièces d'artillerie de ligne attachées à cette division ; on y attachera également une compagnie de sapeurs avec ses outils. Cette division sera partagée en deux brigades, chacune de cinq bataillons.

La 2e division sera composée de sept régiments d'élite. Chaque régi­ment d'élite sera formé de deux bataillons : le 1er bataillon sera com­posé de quatre compagnies de voltigeurs, et le 2e bataillon de quatre compagnies de grenadiers. Chaque régiment aura les caissons, la compagnie d'artillerie et les moyens de transport attachés au régi­ment, hormis qu'il n'y aura que deux caissons d'infanterie, et deux de transport au lieu de quatre. Ces régiments seront ainsi composés, savoir : 1er régiment d'élite : 1er bataillon, quatre compagnies de voltigeurs complétées à 150 hommes; 2e bataillon, quatre compa­gnies de grenadiers complétées à 150 hommes; total, 1,200 hom­mes, du 9e de ligne; 2e régiment d'élite : deux bataillons du 13e, 1,200 hommes; 3e régiment d'élite : deux bataillons du 29e, 1,200 hommes; 4e régiment d'élite : deux bataillons du 35e, 1,200 hom­mes; 5e régiment d'élite : deux bataillons du 53e, 1,200 hommes; 6e régiment d'élite : deux bataillons du 106e, 1,200 hommes; 7e ré­giment d'élite : deux bataillons du 112e, 1,200 hommes; total, 8,400 hommes et quatorze pièces de canon. Il y sera en outre atta­ché douze pièces d'artillerie de ligne.

La 3e division sera composée de quatre bataillons du 1er de ligne, de trois bataillons du 62e, de quatre bataillons du 101e et des deux bataillons espagnols qui sont à Palmanova et à Alexandrie; total, treize bataillons et près de 9,000 hommes. Le 1er, le 62e et le 101e auront chacun leurs pièces de régiment qu'ils formeront à Plaisance.

La 4e division sera composée de seize régiments d'élite italiens, formés par les soixante-quatre compagnies d'élite des différents bataillons de l'armée italienne qui sont en Italie; ce qui fera 9,600 hom­mes. Il y sera attaché huit pièces de canon de régiment et douze pièces de canon de ligne.

Total des divisions de l'infanterie : 36,000 hommes, trente-six pièces de canon de régiment, quarante-huit pièces de canon de ligne. Il y sera de plus attaché deux compagnies d'artillerie, deux compa­gnies de pontonniers et deux compagnies de sapeurs, indépendam­ment de la compagnie de sapeurs par division.

Chaque division formera trois brigades, à l'exception de la pre­mière qui n'en formera que deux.

La garde italienne se préparera à marcher avec ce corps d'armée; elle sera composée de tous les hommes à pied et à cheval disponibles et d'une réserve d'artillerie telle qu'elle pourra être formée.

Le 9e bataillon d'équipages militaires français et deux compagnies d'équipages militaires italiens seront attachés à ce corps d'armée.

Donnez sans délai des ordres pour que tous ces régiments se tien­nent prêts et que les compagnies d'élite soient complétées. Vous laisserez accroire aux colonels qu'ils doivent eux-mêmes commander ces régiments d'élite, afin que la composition en soit bien faite; mais, en réalité, vous ne ferez marcher que quatre colonels et trois majors. Chaque bataillon d'élite sera commandé par un chef de bataillon : ainsi, sur les quatre chefs de bataillon, deux marcheront; vous choi­sirez les meilleurs officiers. Présentez-moi l'organisation après que vous aurez donné les ordres préparatoires pour ce qui vous regarde, afin de ne pas perdre un moment et qu'au 1er mai tout cela se puisse mettre en marche pour Vérone; étudiez cette organisation ; présentez-moi les généraux de division, les généraux de brigade, les états-majors, les administrations, les commissaires de guerre, les officiers du génie et d'artillerie, et tout ce qui est nécessaire pour compléter cette organisation en détail et telle que je puisse ainsi l'envoyer toute faite au ministre de la guerre. Je désire l'avoir demain soir. Faites transporter 200,000 rations de biscuit à Vérone afin de pouvoir rem­plir les caissons; ces biscuits serviront à l'armée. Donnez tous les ordres pour que l'artillerie puisse également se diriger sur Vérone et être prête au 1er mai, de sorte qu'au 15 mai le corps d'armée puisse déboucher sur Trente.

Quant aux bataillons croates et aux deux bataillons du 8e d'infan­terie légère, vous écrirez d'office au général qui commande en Illyrie, pour lui signifier ces dispositions, lui mander qu'il recevra à cet égard les ordres du ministre; mais que, comme ces troupes doivent faire partie du corps d'armée que vous êtes chargé d'organiser, vous croyez devoir l'en prévenir pour qu'il fasse d'avance ses dispositions. Vous lui direz confidentiellement qu'il est possible que ces corps sor­tent d'Illyrie pour entrer en Allemagne, mais que ceci est très secret et pour lui seul. Qu'il commence donc à lever sans délai les deux bataillons croates et à préparer les deux bataillons d'infanterie légère. Ces deux bataillons seront remplacés dans le pays par deux batail­lons croates qui feront le service. Écrivez également d'office à la grande-duchesse, en lui disant qu'il est convenable qu'elle donne des ordres pour l'organisation des voltigeurs et des grenadiers de ses deux régiments; qu'elle va recevoir à cet égard les ordres du ministre de la guerre, mais que vous lui écrivez pour lui en faire parvenir l'avis deux jours d'avance, parce que je désire que ces deux régiments puissent partir le 1er mai; qu'en attendant, et sans rien dire, elle doit donner des ordres pour faire compléter les compagnies et les faire venir à Florence pour en passer la revue.

Quant aux troupes qui composent la division des trois régiments qui viennent de Naples, elles doivent être parties de Rome. Vous pouvez prendre des renseignements sur leur marche dans les bureaux de la guerre et en faire mention dans le travail que vous me présen­terez. J'ai à suivre tant de détails, que je désire que vous vous occu­piez de ce qui est relatif à ce corps d'armée.

Quant à la cavalerie, toute la cavalerie légère de l'armée italienne et française doit se tenir prête à marcher. Je composerai chaque brigade de deux régiments. Faites-moi connaître les généraux de brigade qu'on peut faire marcher, et présentez-moi la composition de ces brigades. Le 49 régiment de chasseurs qui arrive de Rome en fera partie, ainsi que le 9e. Je laisserai en Italie les dragons italiens et deux ou trois régiments de dragons français. A cet effet, le 6e et le 8e de chasseurs formeront une brigade; le 4e et le 9e de chasseurs en formeront une autre ; le 6e de hussards et le 25e de chasseurs forme­ront une 3e brigade ; deux régiments de dragons composeront une 4e brigade ; la 5e brigade sera une brigade italienne. Les régiments de dragons français et italiens et le 19e de chasseurs resteront en Italie; voyez cela en détail. Ainsi le corps d'armée sera donc com­posé de 34,000 hommes d'infanterie, de 6,000 hommes de cavalerie et de près de quatre-vingts pièces de canon, indépendamment de la garde royale; ce qui le portera de 40 à 50,000. Il faut que tout cela puisse se mettre en marche et, s'il est nécessaire, entrer en Allema­gne le 15 mai. La brigade qui partira d'Illyrie se rendra à Laibach, et de là sera dirigée par Villach sur Landshut; elle arrivera en même temps que les autres troupes à Ratisbonne.

Vous me ferez aussi un rapport sur ce qui restera en Italie, en y comprenant toute la conscription de cette année, tant française qu'italienne, qui aura le temps nécessaire pour se former. Il me semble qu'il restera suffisamment de forces pour parer à une insurrection, à un débarquement et protéger les places; en effet, en y comprenant la Toscane, il restera neuf régiments, qui présenteront à peu près la même force que l'armée présente aujourd'hui, puisqu'ils recevront de la conscription l'équivalent de ce que j'en retire, et que, dans la répartition de la réserve, je fournirai à ces régiments un plus grand nombre d'hommes pour les compléter.


Paris, 18 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Vous avez dix compagnies formant 900 infirmiers. La compagne de 120 hommes, qui est dans les provinces illyriennes, est inutile; faites-la marcher avec le corps de l'armée d'Italie qui se réunit à Lay­bach. Celle qui est en Portugal est nécessaire. La compagnie qui est à Metz et à Strasbourg, envoyez-là à l'armée d'Allemagne,

Pour celle de Catalogne et pour celles qui sont en Espagne, je n'ai rien à dire.

La 9e compagnie, qui a 69 hommes en Italie et 41 en Illyrie, peut se diriger sur Besançon. La 10e d'Italie peut se retirer à Besançon.

Vous avez ainsi quatre compagnies de 120 infirmiers disponibles.


La Hollande, l'Italie, les provinces Illyriennes, la France ne doi­vent pas avoir de ces compagnies; cela doit être pour l'armée.

Je ne puis comprendre pourquoi il y a deux compagnies d'infirmiers dans les provinces illyriennes, où je n'ai que quatre régiments. Les compagnies qui sont en Italie y sont d'une inutilité absolue, en Italie où le peuple est si charitable, où il y a de superbes établissements.

Envoyez au corps d'armée qui est en Allemagne et au corps qui va se former à Laybach les compagnies qui sont en Illyrie, en Italie, en France, en Hollande. Quatre compagnies d'infirmiers peuvent servir 10 à 15,000 malades. En Allemagne même on n'a besoin d’infirmiers que sur la première ligne.


Paris, 18 avril 1811

Au général Lacuée, duc de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J'ai lu votre rapport du 13 avril. Vous me demandez beaucoup trop de monde pour l'administration, ce serait une deuxième armée. Je vous envoie la note de ce que demande le prince d'Eckmühl ; vous verrez que c'est bien loin de votre proposition. Je vous envoie également un rapport que j'avais demandé au comte Daru ; vous verrez qu'au lieu de 4,000 employés il n'en demande que 2,000; et cepen­dant il a fait son travail sur les mêmes rapports que vous. Je ne puis lever une armée d'employés.

Présentez-moi un projet d'organisation divisé en autant de titres qu'il y aura de corps d'armée.

État-major général : cette organisation ne sera envoyée que lors­qu'il sera question de former l'armée d'Allemagne en grande armée.

Autant que je puis prévoir, l'armée d'Allemagne sera composée de trois corps ; le corps du prince d'Eckmühl aura cinq divisions au lieu de quatre; un autre corps partira de Wesel ou de Mayence; il sera composé de quatre divisions; enfin un troisième corps, qui se formera à Vérone et à Trente, et qui sera composé de trois divisions françaises et d'une italienne; total, treize divisions. Il y aura de plus quatre divisions de cuirassiers (une qui est en Allemagne et trois qui se forment sur Mayence et Wesel), une division de réserve de dragons, qui se forme à Vérone, et dix brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments. Il faut d'abord composer le corps du
prince d'Eckmühl comme il était dans la dernière campagne; ensuite, à mesure que les deux autres corps seront formés, on en formera  également l'administration. Il est donc nécessaire que vous me fassiez connaître ce qui est nécessaire au corps du prince d'Eckmühl, ce qui existe et ce qui manque; que ce qui manque parte sans délai; et, pour n'y pas revenir à deux fois, que dans votre travail, au lieu de quatre divisions, vous en compreniez cinq. Je pense qu'un corps de boulangers doit être attaché à cette armée; le maréchal en fera la divi­sion suivant les circonstances. Je pense qu'une compagnie de con­structeurs de fours doit y être attachée également.

Les six compagnies du 129ebataillon des équipages sont destinées pour ce corps. L'ordonnateur Chambon restera commissaire ordonnateur. Il est d'usage, je crois, de mettre un médecin, ou un chi­rurgien et un pharmacien en chef à la tête du service de santé. La compagnie d'infirmiers doit aussi être attachée au corps d'armée d'Allemagne.

Le corps qui se réunira à Wesel sera composé de quatre divisions; il aura pour son service le 2e bataillon des transports militaires. Le corps qui se réunit en Italie aura pour son service le 9e bataillon d'équipages et deux compagnies d'équipages italiens. Ce corps, qui sera de 40,000 hommes environ, aura une administration moins considérable que le prince d'Eckmühl. Faites-moi connaître si vous avez en Italie des employés qui puissent marcher avec cette organisation.

Les divisions de cuirassiers n'ont pas besoin de transports mili­taires; mais il leur faut des ordonnateurs, des commissaires des guerres, des chirurgiens, etc. Je désire que vous organisiez l’administration de ces divisions comme elle l’était dans la dernière campagne.

Quant au quartier général, il faut suivre l'exemple de la campagne de Pologne, et dès lors le comte Daru et Villemanzy peuvent vous faire connaître ce qui est nécessaire. On est dans l'usage d'avoir au quartier général une espèce de service léger ; je crois qu'on le compose d'une cinquantaine de caissons. Il serait bon d'avoir quelques-uns des ordonnateurs et commissaires des guerres qui ont servi le plus activement en Pologne et qui connaissent mieux le pays. Les 3e, 6e et 7e bataillons des équipages militaires seront attachés au quartier général. Je suppose que vous avez donné ordre aux cadres de ces bataillons de se rendre à Commercy. Les cadres des 6e et 7e bataillons ont dû arriver le 15 avril à Bayonne.


Paris, 18 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le rapport du ministre de l'ad­ministration de la guerre sur l'approvisionnement de siège de Danzig. Vous y verrez que cet approvisionnement est évalué à 3 millions; qu'en ôtant le bois de chauffage évalué 340,000 francs, le vin évalué 900,000 francs et qu'on ne peut pas se procurer, la paille pour le couchage, le foin, qu'on pourra prendre dans le pays à vingt lieues aux environs quand les circonstances l'exigeraient, il ne resterait plus que 1,400,000 francs; encore je crois que les prix sont portés trop haut. Le quintal métrique de blé, par exemple, ne doit pas coûter 18 francs. Je ne parle point de la viande : vous en savez la raison. Cette somme de 1,400,000 francs n'est pas une dépense énorme. Le principal est que le général Rapp aille de l'avant et que l'approvision­nement existe en magasin à Danzig, afin que je sois sans aucune espèce d'inquiétude sur cette place importante. Moyennant cet état, il doit y avoir dans la place 60,000 quintaux de blé. Je vous ai mandé qu'il fallait être assuré d'avoir 100,000 autres quintaux sur lesquels on pût mettre la main en cas d'événement, tant pour les habitants que pour l'armée. Envoyez un commissaire des guerres de confiance pour arranger cela à Danzig. Si la ville ne peut être chargée que de l’approvisionnement journalier, autorisez le général Rapp à faire l'approvisionnement de siège à mes frais jusqu'à concurrence d'un million.

Je vous envoie également un rapport do ministre de l'administra­tion de la guerre sur l'approvisionnement de siège des trois places de l'Oder. Le ministre demande 200,000 francs; il croit pouvoir faire ces approvisionnements avec 100,000 francs. Je pense que vous pourriez y pourvoir avec le produit des denrées coloniales. Je vois que la place de Stettin aura un approvisionnement pour 4,000 hommes pendant un an, Küstrin un approvisionnement pour 3,000 hom­mes pendant un an, et Glogau un approvisionnement pour 3 à 4,000 hommes pendant un an. La facilité que vous avez à Hambourg d'avoir une caisse à votre disposition simplifie et rend le service plus rapide, puisque vous pouvez ouvrir des crédits, non sur les fonds du trésor, ce qui occasionnerait des irrégularités et de la confusion, mais sur la caisse des denrées coloniales. Vous me rendrez compte des crédits que vous aurez donnés, et je donnerai des ordres pour vous couvrir; par ce moyen tout marchera rapidement. L'essentiel est que les places soient approvisionnées pendant un an, surtout Danzig, qui doit l'être pour 15,000 hommes et 1,000 chevaux. Organisez tout cela en règle. Il faut des gardes-magasins pour la approvisionnements de siège autres que les gardes-magasins ordi­naires. Il faut qu'il y ait plusieurs chefs des magasins; que le gouverneur en fasse la revue tous les mois ; qu'il ne se fasse aucun mou­vement sans qu'il en ait l'état journalier, et que l'on ne touche qu'à l’approvisionnement journalier. J'ai établi beaucoup de mesures pour les approvisionnements de siège des places, afin qu'il n'arrive plus ce qui est arrivé, qu'au moment d'un siège la moitié des approvision­nements était mangée. Faites un ordre du jour et annoncez la peine de mort contre tout garde-magasin ou commissaire des guerres qui distrairait ou délivrerait la moindre chose de l'approvisionnement de siège sans l'autorisation du gouverneur; que rien ne peut sortir des magasins, pour cause d'avaries ou toute autre cause, sans que le remplacement précède l'extraction. Organisez l'hôpital de Danzig; je suppose qu'il y a des commissaires des guerres. Il est important que l’approvisionnement de siège soit dans les mains d'agents français. Je ne m'oppose pas à ce que l'approvisionnement journalier soit dans les mains de gens du pays. Tâchez de n'employer que des hommes probes.


Paris. 18 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre du 13 avril. J'ai lu avec intérêt ce que vous écrit le colonel Charrière, et je me suis sur-le-champ fait rendre compte de la situation des régiments. Il est convenable que vous me préveniez de la correspondance des colonels avec les majors, toutes les fois qu'elle contiendra des renseignements de quelque importance.


Paris,  18  avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il ne faut pas que le 3e bataillon bis soit employé aux convois de Magdeburg à Küstrin. Faites faire ces transports par des entrepreneurs du pays, qui rapporteront du sucre à Magdeburg. Tenez vos quatre bataillons entre l'Elbe et le Rhin, afin d'en dispo­ser suivant les circonstances.

J'ai donné des ordres pour que les dépôts du 5e et du 7e régiment d'artillerie envoient, le premier 50 hommes, et le second 150, pour compléter, de 70 à 80 hommes, les compagnies qui ont envoyé des renforts à Danzig.


Paris, 19 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je lis votre rapport du 17 avril, par lequel vous me faites connaître que vous avez 10 millions d'assurés à Hambourg. A cela il faut ajouter ce que les douanes rendront dans le courant d'avril, et j'estime cette rentrée de 5 à 6 millions. Cela vous fera donc 15 millions au moins. Je crois, d'après cela, que l’envoi de Mayence est inutile. Si cela peut se faire, contremandez-le et gardez ces fonds. Je vois dans votre rapport que vous avez une réserve de 2 millions à Danzig ; mais vous y comprenez des obligations que la ville ne pourra peut-être pas payer. Je désire avoir à Danzig 3 millions en argent. Faites-les diriger de Hambourg. En résumé, il ne faut rien faire partir de Mayence, ne pas tenir à Hambourg plus de 3 millions, avoir 3 millions à Magdeburg et 3 à Danzig; total, 9 millions, en réserve et hors du service ordinaire. Il n'y aurait pas de mal d'avoir une réserve de 3 à 6 millions à Mayence. Indépendamment de ce, il faut assurer le service des 100,000 francs par mois pour Danzig et des 250,000 francs par mois pour la solde de l’armée d'Allemagne; ce qui, pour les six premiers mois, fait donc environ 2,100,000 francs qu'il faut avoir.

Tout me porte à penser que j'aurai bientôt besoin à Danzig de 2 millions pour un approvisionnement extraordinaire. Ces 2 millions, je les prendrai sur les 3 que je vous demande, et ensuite je les rempla­cerai. Je désire que vous me remettiez un bordereau en règle de tous ces fonds, afin que j'en puisse diriger moi-même tous les mouvements.


Paris, 19 ami 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, l’armée d’Allemagne sera composée des trois corps :

1° Le corps d'observation de l'Elbe; 2° Le corps d'observation du Rhin ; 3° Le corps d'observation d'Italie.

 

CORPS D’OBSERVATION DE L'ELBE

Le corps d'observation de l'Elbe sera commandé par le prince d'Eckmühl. Il sera composé de cinq divisions d'infanterie et formé de la manière suivante :

1e Division : 13° léger, cinq bataillons; 17e de ligne, cinq; 30e cinq; 127e deux; total, 17 bataillons.

Le général Morand commandera cette 1e division. Chaque régiment formera une brigade.

2e Division : 15e léger, cinq bataillons; 33e de ligne, cinq; 48e, cinq; 128e deux; total, 17 bataillons.

Le général F riant commandera cette 2e division.

3e Division :   7e  léger,  cinq bataillons;   12e de ligne,  cinq; 21e, cinq; 121e deux; total : 17 bataillons.

Le général Gudin commandera la 3e division.

4e Division : 33e de ligne, quatre bataillons; 57e cinq; 85e cinq; Portugais, trois, total, 17 bataillons.

Cette 4e division sera commandée par le général …

5e Division : 25e de ligne, cinq bataillons; 61e cinq; 108e cinq; 111e cinq; total, 20 bataillons.

Cette 5e division sera commandée par le général Compans.

Le total des cinq divisions est donc de 88 bataillons, lesquels, au complet, feront environ 70,000 hommes.

Le général Hastrel sera chef d'état-major du corps d'observation de l'Elbe. Il y aura cinq adjudants commandants pour les cinq divisions, deux adjudants commandants pour l'état-major général, trente adjoints pour l'état-major général et les divisions, et vingt généraux de brigade pour commander l'infanterie.

Ce corps sera ainsi organisé aussitôt que les 4e et 5e bataillons seront arrivés, c'est-à-dire dans le courant de juin.

La cavalerie sera commandée par le général Bruyère. Elle sera de six régiments français, qui, avec deux régiments polonais de cava­lerie légère, feront huit régiments répartis en quatre brigades.


Il n'est pas question ici de cuirassiers, qui seront portes à la ré­serve générale de l'armée.

Artillerie. — Chaque régiment aura quatre pièces de régiment, ce qui fera douze pièces par division, à l'exception de la 5e, qui en aura seize.

Chaque division aura une batterie d'artillerie à cheval, composée de deux obusiers et de quatre pièces de 6 (cette batterie sera servie par une compagnie), et une batterie d'artillerie à pied, composée de deux obusiers et de six pièces de 8; ce qui fait pour les cinq divisions cinq compagnies d'artillerie à cheval, avec trente bouches à feu, savoir : dix obusiers et vingt pièces de 6 , et cinq compagnies d'artil­lerie à pied servant quarante bouches à feu, savoir : dix obusiers et trente pièces de 8.

Il y aura, en outre, une réserve d'artillerie de deux batteries à pied, chacune de deux obusiers prussiens a longue portée et de six pièces de 12; ce qui fera seize pièces en réserve, et ce qui portera l'artillerie du corps d'armée à vingt-quatre obusiers, cinquante pièces de 6 et de 8 et douze pièces de 12; en tout quatre-vingt-six bouches à feu, qui, jointes aux soixante-quatre pièces des régiments, feront cent cinquante pièces d'artillerie, sans y comprendre les batteries attachées aux divisions de cuirassiers.

 

CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.

Ce corps se réunira de Mayence à Wesel. Il sera composé de qua­tre divisions d'infanterie.

1e Division. — 1e brigade : 5e léger, deux bataillons; 24e, qua­tre; 2e brigade : 10e régiment de ligne, quatre; Espagnols qui sont à Nimègue, deux; 3e brigade : 20e régiment de ligne, quatre; Por­tugais, deux; total, 18 bataillons.

Il y aura deux pièces d'artillerie de régiment au 24e régiment d'in­fanterie légère, aux 10e et 20e de ligne.

2e Division. — 1e brigade : 23e léger, deux bataillons; 26e, qua­tre; 2e brigade : deux bataillons d'élite du 46e de ligne; deux du 125e; régiment suisse, deux bataillons; 3e brigade : deux bataillons d'élite du 72e; deux du 126e; deux bataillons portugais; total, 18 bataillons.

3e Division. — 1e brigade : tirailleurs corses, un bataillon; tirail­leurs du Pô, un; 10e léger, quatre; 2e brigade : deux bataillons d’élite du 56e; deux du 124e; deux bataillons portugais ; 3e brigade : deux bataillons d'élite du 2e de ligne; deux régiments suisses, qua­tre; total, 18 bataillons.


4e Division. — 1e brigade : deux bataillons d'élite du 3e de ligne; deux du 4e; deux du 105e; 2e brigade : deux bataillons d'élite du 37e; deux du 93e; deux du 123e; 3e brigade : deux bataillons délite du 18e de ligne; deux du 19e; trois bataillons portugais; total, 19 bataillons.

Ce qui porte la force totale de l'infanterie de ce corps d'armée à 73 bataillons faisant environ 45,000 hommes.

La 1e division aura six pièces de régiment, la 2e en aura dix, la 3e huit et la 4e seize, ce qui fera en tout, pour les quatre divisions, quarante pièces d'artillerie de régiment.

Les régiments d'élite seront formés comme il sera dit ci-après.

Cavalerie. — La cavalerie sera composée des régiments suivants: 5e de hussards, quatre escadrons; 9e, deux; 11e, quatre; 11e de chasseurs à cheval, quatre; 12e, quatre; 23e, quatre; 24e, quatre; 7e, deux; 13e, deux; 20e, deux; total, 32 escadrons.

Ces trente-deux escadrons formeront quatre brigades.

Artillerie. — Chacune des quatre divisions d'infanterie aura une batterie d'artillerie à cheval, composée de six pièces, et une batterie d'artillerie à pied de huit pièces; ce qui fait pour les quatre divisions vingt-quatre pièces d'artillerie à cheval et trente-deux pièces d'artillerie à pied.

Il y aura, en outre, une réserve d'artillerie de deux batteries à pied, chacune de deux obusiers prussiens et de six pièces de 12; ce qui fait seize pièces en réserve.

En sorte que le total de l'artillerie du corps d'observation du Rhin sera de cent douze bouches à feu, savoir : quarante pièces de régiment , vingt-quatre pièces d'artillerie à cheval et quarante-huit pièces d'artillerie à pied; ce qui donne vingt obusiers, trente pièces de 6 et de 8, et douze pièces de 12, sans compter les pièces de régiment.


Paris, 19 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac,  ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J'ai lu avec attention votre rapport sur la remonte des corps qui sont en Allemagne, en Italie et en France.

Je comprends très bien que les dix régiments de cavalerie qui sont en Allemagne aient traité pour leur remonte en Allemagne et non à leurs dépôts, parce qu'ils ont préféré prendre leurs chevaux en Alle­magne, comme mesure plus économique et plus expéditive; les selles et les hommes disponibles des dépôts leur auront été envoyés. Mais je ne comprends pas comment le dépôt du 23e de chasseurs, qui est en Hollande, achète ses chevaux en Allemagne; c'est à son dépôt qu'il doit traiter, puisqu'il y a ses hommes, ses artistes vétérinaires, ses effets de harnachement et d'équipement : or ce dépôt est, je crois, du côté de Besançon.

Les douze régiments dont les escadrons de guerre sont en Italie et dont les dépôts sont dans la 6e division militaire doivent acheter leurs chevaux dans la 6e division militaire ; c'est là où se rendent les conscrits et l'habillement.

Je suppose que, dans les marchés faits pour les régiments qui sont en Italie, les chevaux ne doivent pas être payés si cher, puisqu'ils doivent être livrés à Besançon.

En général, je vois que les livraisons de cette première partie sont très - tardives ; cependant j'avais espéré que tout serait livré avant le 10   mai, puisque mon décret est du 8 février.

Faites-moi connaître quand la deuxième commande de chevaux pourra être faite. Je voudrais qu'elle fût faite pour tous les corps le plus tôt possible, mais surtout pour ceux de l'armée d'Allemagne, pour lesquels cette deuxième commande est de 1,600 chevaux.

Je vois par votre rapport qu'il manque 848 chevaux pour compléter l'effectif de mes régiments de cavalerie.

Je vois par les états de l'armée d'Allemagne qu'il manque 138 che­vaux; présentez-moi un projet de décret pour en autoriser l'achat.

Il est vrai qu'il manque 900 hommes; mais, outre qu'il y a des enga­gements volontaires, les régiments étant au nombre de dix et la différence étant de cent entre le complet des hommes et celui des chevaux, on peut acheter ces 138 chevaux.

Les régiments de cavalerie de l'intérieur ont besoin de 480 che­vaux. Il leur faut aussi 900 hommes; mais comme leur complet en hommes est de 100 supérieur au complet en chevaux, je crois qu'on peut ordonner cet achat.

Enfin il faut pour les régiments de l'armée d'Italie 200 chevaux.

Remettez-moi un projet de décret pour ordonner une troisième commande, qui n'aura lieu qu'en juin et sur de nouveaux ordres que vous me demanderez en juin.

Mais cela ne parait pas suffisant ; il faut préparer une quatrième commande. Elle ne peut pas regarder l'armée d'Allemagne, puisque les corps de cette armée sont au complet de 1,100 hommes et de 1,000 chevaux ; mais il faut porter à 1,100 chevaux les régiments de grosse cavalerie de l'intérieur; ce qui fera 1,100 chevaux à acheter.


Il faut porter les régiments de dragons qui sont en Italie à 900 che­vaux, ce qui fera 500 chevaux ; les régiments de cavalerie d'Italie à 900 chevaux, ce qui fera 800 chevaux; les 11e, 12e et 24e de chas­seurs et le 5e de hussards à 900 chevaux ; les 7e, 13e et 20e de chas­seurs et le 9e de hussards à 600 chevaux. Bien entendu que la qua­trième commande n'aura lieu qu'après l'appel de la réserve.

Mon intention est de faire une cinquième commande, qui aura lieu au mois de septembre, et qui aurait pour but de porter tons les régiments à 1,100 hommes et à 1,000 chevaux.

Il résulte de cela qu'en comprenant les première et deuxième com­mandes j'aurai un effectif de 10,000 chevaux à l'armée d'Allemagne; que j'aurai 16,000 chevaux dans l'intérieur, et 10,000 chevaux en Italie; total, 36,000 chevaux.

En y comprenant la quatrième commande, je ne changerais rien ou peu de chose en Allemagne; j'augmenterais de 1,100 chevaux en France, de 1,300 chevaux en Italie; ce qui me ferait près de 40,000 chevaux.


Paris, 19 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, le 123e régiment (hollandais), qui est arrivé au camp de Boulogne, était mal armé; il y avait beaucoup de galeux; il manquait beaucoup d'officiers, et les sous-officiers étaient peu intelligents.

Faites passer une revue de rigueur du 33e régiment léger, et faîtes-moi connaître ce que je puis en espérer. Faites mettre en état son armement, son habillement; faites-lui fournir des souliers. Le 123e n'avait qu'une paire de souliers aux pieds. Faites remplir les places d'officier et de sous-officier vacantes. Portez une grande attention sur ce régiment, et chargez un général de brigade de sa surveillance particulière. Veillez à ce que ce régiment ait sans délai tout ce qui pour­rait lui manquer.


Paris, 19 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je n'approuve pas l'organisation que vous m'avez présentée, je vous en envoie une nouvelle. Vous ne fournissez pas assez d’Italiens; je veux avoir 12,000 hommes, formant quatre brigades et une seule division. Pour cela faire, il est nécessaire de mettre deux régiments entiers, comme j’ai mis le 84e et le 92e.

Je pense aussi qu'il faut emmener tout ce qu'on pourra de Dalmatie; ce ne sont pas des troupes assez sûres pour les laisser sur les derrières. En envoyant les huit bataillons de deux régiments, vous devez compléter ces bataillons en prenant dans les autres, s'il est nécessaire; rien que ces huit bataillons doivent vous faire 6,000 hommes.

Par cette nouvelle organisation vous verrez que votre corps d'armée se trouvera composé de plus de 40,000 hommes d'infanterie, y compris la garde, de 8,000 hommes de cavalerie et de plus de 140 pièces de canon. Je vous ai déjà mandé de faire faire du biscuit à Mantoue, afin de remplir tous les caissons, qu'on n'ouvrira plus que devant l'ennemi. Il est important que chaque homme ait deux paires de souliers neuves dans le sac et une aux pieds, et qu'on puisse délivrer à Vérone, Trente et Bolzano, au moment du départ, trente cartouches par homme. Ces cartouches doivent être réunies dans les dépôts d'artillerie de ces places et n'être données qu'au départ.


Paris, 20 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie l'organisation de l'armée d’Allemagne; je la compose de trois corps.

 

CORPS D'OBSERVATION DE L'ELBE.

Ce corps aura cinq divisions et quatre-vingts bataillons; chaque régiment aura cinq bataillons et formera une brigade. Il y aura quatre brigades par division, vingt généraux de brigade d'infanterie et cinq de division. Les cinq généraux de division existent; classez dans votre travail les vingt généraux de brigade.

Cette organisation ne doit être que projetée, puisqu'elle ne peut exécutée qu'en juin, temps auquel je suppose que les 5e bataillons pourront rejoindre.

Dans le travail que vous me remettrez, vous mettrez l'organisation définitive de juin en rouge, en portant pour mai l'organisation à quatre bataillons, comme elle est aujourd'hui.

Vous verrez que je compte les batteries à cheval de six pièces et les batteries à pied de huit pièces. Les compagnies d'artillerie peuvent bien servir huit pièces, puisqu'il ne faut que 70 hommes pour les huit pièces et qu'il y a 90 hommes. Ensuite je trouve que deux obusiers sont trop pour six pièces d'artillerie à pied ; les obusiers coûtent trop cher ; au lieu que deux obusiers sur huit pièces sont dans une proportion plus avantageuse.

Je désire que l'artillerie soit organisée comme elle l’est dans l'état, le plus tôt possible, sauf à porter à la réserve ce qui doit servira la 5e division.

 

CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.

Le corps d’observation du Rhin, qui se réunit à Mayence, Wesel, Metz et Maastricht, est composé de quatre divisions; il faut me présenter la nomination des généraux de division et de brigade.

Vous voyez qu'en réunissant ces 45,000 hommes je suppose que les régiments ne doivent passer le Rhin que vers le 1er juin; mais vous porterez dans une colonne ce que je pourrai faire marcher de plus en ne passant le Rhin qu'en juillet. Vous me ferez connaître dans cette hypothèse ce que j'aurais.

Il me semble qu'indépendamment des bataillons d'élite je pourrais avoir en juillet les 1er et 2e bataillons; on laisserait sur les côtes les 3e bataillons, et l'on y enverrait les 4e. Il y aurait ainsi huit com­pagnies d'élite à l'armée, le 1er et le 2e bataillon de huit compagnies également à l'armée, ce qui ferait seize compagnies; deux bataillons de huit compagnies sur les côtes pour la défense de la France; le 5e bataillon au dépôt, recevant des conscrits pour réparer les pertes.

Il est possible que des régiments puissent fournir en juillet trois bataillons au lieu de deux; ce qui ferait vingt compagnies au lieu de seize.

Le tableau que vous ferez dresser me fera connaître la situation des choses, 1° pour passer le Rhin au 1er juillet, c'est-à-dire après avoir reçu et habillé la conscription ; 2° au 1er septembre, après avoir reçu la réserve. Je connaîtrai ainsi quelle est la force du corps d'observation du Rhin aujourd'hui, ce qu'elle sera au 1er juillet, ce qu'elle sera au 1er septembre.

Vous ne devez donner aucun ordre de mouvement; vous devez vous borner à donner des ordres pour préparer la formation des bataillons d'élite, des compagnies d'artillerie, des pièces, des caissons; mais je n'ai pas besoin de vous dire qu'il faut, sans perdre un moment, organiser l'artillerie et le génie. Faites organiser l'artillerie à Wesel et à Mayence, tant le matériel et les attelages que le personnel, afin que l'artillerie ne donne aucun retard.


Je mets dix régiments de cavalerie légère au corps d'observation du Rhin. Vous me ferez connaître combien ces régiments peuvent mettre d'escadrons et d'hommes sur pied pour le 1er juin, combien le 1er juillet, combien pour le 1er septembre, après l'appel de la réserve.

Ainsi, si l'armée d'Allemagne est aujourd'hui de 230,000 hommes, combien sera-t-elle en juillet ? De combien sera-t-elle au 1er septembre ?

Actuellement que l'armée d'Allemagne est organisée, vous devez partir de cette organisation pour régler celle de l'artillerie, du génie, des administrations et du service.

Vous sentez l'importance de tenir très secret l'ensemble de cette organisation.


Paris, 20 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie le plan d'organisation du corps d'observation d'Italie. Rédigez cette organisation convenablement. Mon intention est de ne rien envoyer de France. La 1e division sera fournie par l'Illyrie, la 2e et la 3° par les régiments français qui sont en Italie, et la 4e par l'armée italienne. Le 2e régiment d’artillerie à pied qui est en Italie, le régiment d'artillerie à cheval qui est en Italie, les pontonniers, les ouvriers, etc., qui sont en Italie, ceux qui sont en Illyrie, fourniront à tout ce corps. Il faut compléter le 84e et le 92e, en me proposant d'envoyer des hommes de tous les dépôts qui sont dans les 27e et 28e divisions militaires. L'artillerie fera partie de l'artillerie générale du parc de l'armée. Les pontonniers qui sont nécessaires pour le parc général de l'armée marcheront avec ce corps. Mon intention est de le diriger en cas d'événement par Innsbruck sur Dresde, pour se réunir avec le corps d'observation du Rhin, qui, par Wesel et Mayence, se dirigerait sur Magdeburg. Je suppose que je n'ai rien oublié. Vous me ferez connaître après cela ce qui restera en Italie aux régiments.

 

CORPS D'OBSERVATION DE L'ITALIE.

1e Division. — Cette division sera composée de deux bataillons du 8e d’infanterie légère, deux bataillons croates, trois bataillons du 84e, trois bataillons du 92e.


Le général Delzons commandera cette division. Il aura sous ses ordres les généraux de brigade Huard et            (à choisir parmi ceux qui sont en Illyrie), deux commissaires des guerres et adjoints, un officier supérieur d'artillerie, deux officiers du génie, un inspecteur aux revues, un adjudant commandant (le prendre en Illyrie), et plu­sieurs officiers d'état-major pris dans le grand nombre d'officiers employés à l'état-major ou comme commandants de place ou à d’autres titres, en Illyrie.

On prendra du 2e régiment d'artillerie à pied, en Illyrie, deux compagnies d'artillerie, avec deux batteries, chacune composée et deux obusiers et de six pièces de 6, ce qui fera seize pièces de canon.

Il prendra également : un détachement d'ouvriers, une compagnie de sapeurs et un détachement du train qui sont en Illyrie; enfin tout ce qui est nécessaire pour bien former sa division, il le prendra en Illyrie.

Les deux bataillons du 8e d'infanterie légère auront leur compa­gnie d'artillerie avec leurs caissons.

Les deux bataillons croates auront également leur artillerie; les attelages et le matériel du 18e d'infanterie légère leur seront cédés pour éviter tous délais ; il suffira donc de créer la compagnie de canonniers croates.

Tout ce qui est relatif à l'état-major de cette division, aux deux bataillons du 8* et aux deux bataillons croates, sera réuni à Laybach.

Ces deux bataillons croates seront levés. On leur fera connaître que c'est pour aller sur l'Elbe. On les composera de la manière qui pourra être la plus avantageuse.

Les trois bataillons du 84e et du 92e auront chacun leur compagnie d'artillerie et leurs chevaux. S'ils avaient licencié les chevaux, ils devraient en acheter sur-le-champ en Italie, et partir le ler mai pour se rendre à Trente sous les ordres du général de brigade Huard, qui enverra les états de situation au général Delzons.

Cette division aura deux compagnies d'artillerie à pied, seize bou­ches à feu de ligne, huit pièces régimentaires; total, vingt-quatre pièces de canon. Elle aura en outre, comme il a été dit plus haut, une compagnie de sapeurs avec ses outils attelés, le tout fourni par l’Illyrie.

Le 92e et le 84e n'ont pas de quoi compléter leurs trois bataillons à 2,500 hommes. Je n'ai pas l'intention d'employer les conscrits de cette année : ces jeunes gens me feraient de mauvais soldats et périraient sur les routes d'Allemagne. Mon intention est donc que ces six  bataillons  soient complétés moyennant une  incorporation de 1,200 hommes tirés de tous les dépôts qui sont dans les 27e et 28e divisions militaires. Le ministre de la guerre me présentera à ce sujet un travail et un projet de décret. Par ce moyen, ces bataillons seront portés à leur grand complet et formeront, y compris l'artillerie et les sapeurs, une division de plus de 9,000 hommes.

Il sera tiré des provinces illyriennes : 1° une compagnie d'infirmiers qui s'y trouve; 2° une brigade de maçons constructeurs de fours; 3° des brigades de quarante boulangers.

2e Division. — La 2e division se réunira à Vérone; elle sera com­mandée par le général Broussier.

Elle sera composée de quatre brigades. Les quatre généraux de brigade seront les généraux Almeiras, Roussel, Mallet et Digonnet ; l’adjudant commandant Blanquet sera chef de l'état-major; deux adjoints d'état-major, un commissaire des guerres, un chef de batail­lon d'artillerie, un officier du génie, un sous-inspecteur aux revues seront fournis par l'armée d'Italie.

La 1e brigade sera composée de deux régiments d'élite tirés du 9e régiment et du 13e de ligne; la 2e, de deux régiments d’élite tirés du 29e et du 112e régiment; la 3e, de deux régiments d'élite tirés du 52e et du 53e de ligne, et la 4e brigade, de deux régiments d'élite tirés du 35e et du 106e.

Chaque régiment d'élite sera composé de deux bataillons d'élite : le 1er bataillon sera formé de quatre compagnies de grenadiers et le second de quatre compagnies de voltigeurs.

Les compagnies seront complétées à 150 hommes; ce qui portera chaque bataillon à 600 hommes, le régiment à 1,200 hommes, la brigade à 2,400 hommes et la division à 9,600 hommes.

Le régiment d'élite du 9e sera commandé par un colonel, celui du 13e par un major, celui du 29e par un major, celui du 112e par un colonel, celui du 52e par un major, celui du 53e par un colonel, celui du 35e par un major, celui du 106e par un colonel.

Les huit compagnies de canonniers de ces régiments marcheront avec les régiments d'élite, et, comme de raison, n'emmèneront avec elles que deux caissons de cartouches et deux caissons de transport ; elles mènent deux pièces, ce qui fera seize pièces de régiment. Il y aura, en outre, une batterie de ligne tirée de l’artillerie que j'ai en Italie et composée de deux divisions d'artillerie : savoir, une d'artillerie à cheval, composée de deux obusiers et de quatre pièces de canon, et une d'artillerie à pied, composée de deux obusiers et de six pièces de canon. Total de l'artillerie de la division, trente pièces de canon.


Une compagnie de sapeurs avec son caisson d'outils attelé sert également attachée à cette division.

Les deux régiments d'élite seront fournis sans délai et complétés de vieux soldats. Pour commander les deux bataillons du régiment d'élite, le colonel désignera les deux meilleurs des quatre chefs de bataillon du régiment.

Les bataillons d'élite du 29e et du 112e se réuniront sans délai à Florence, seront prêts à partir le 1er mai et se dirigeront sur Vérone.

3e Division. — La 3e division se réunira à Mantoue : elle sera com­posée de trois bataillons du 1er de ligne, deux bataillons du 62e, trois bataillons du 101e, deux bataillons espagnols.

Cette division sera commandée par le général Partouneaux ; elle sera composée de trois brigades. Les généraux de brigade seront les généraux Pastol, Poujet, Dufour et Heyligers. L'adjudant commandant Mariotti sera chef d'état-major.

Le 4e bataillon du 1er régiment de ligne, le 3e du 62e et le 4e du 101e de ligne, qui sont en France, iront rejoindre leurs régiments par un autre chemin; de sorte que cette 3e division, qui d'abord ne sera forte que de dix bataillons, y compris les Espagnols, le sera de treize après l'arrivée de ces renforts.

Le ministre de la guerre me fera connaître où sont les trois batail­lons qui devront rejoindre, quand ils pourront marcher et par où on devra les diriger pour les réunir.

On aura soin de placer les Espagnols hors de Mantoue en les can­tonnant à Villafranca, Borghetto, Roverbella, etc. En conséquence, le ministre de la guerre détournera la marche des 1er, 62e et 101e régi­ments, qui viennent de Rome, et, au lieu de les laisser continuer leur route sur Plaisance, les dirigera de Bologne sur Mantoue.

Cette division aura une batterie à cheval de six pièces et une à pied de huit pièces; ce qui, joint aux six pièces de régiment, fera vingt pièces de canon.

Les commissaires des guerres, l'artillerie, les officiers du génie, les sapeurs, les attelages de pièces, tout sera fourni par ce qui est en Italie.

4e Division. — La 4e division sera composée de régiments italiens; le général Fontanelli la commandera. L'artillerie, le génie, le train, les transports, les attelages seront également fournis par l’armée italienne.

Cette division aura six officiers du génie italiens, une batterie d'artillerie à cheval de six pièces et une à pied de huit pièces; total, quatorze pièces de ligne. Chaque régiment d'élite aura deux pièces de canon, et, comme il y a cinq régiments d'élite, cela fera dix pièces régimentaires. Total de l'artillerie, vingt-quatre pièces.

La 4e division aura, en outre, deux compagnies de sapeurs, deux compagnies de pontonniers, deux compagnies de transports italiens.

Cette division se formera à Brescia et sera organisée en trois brigades.

Garde royale. — La garde royale formera une division comman­dée par le général de division Pino ; elle se composera de deux bataillons d'élite, de deux d'infanterie légère et de deux bataillons de conscrits de la garde.

Total, 6,000 hommes environ et 600 chevaux.

L'artillerie de cette division se composera d'une batterie d'artillerie à cheval, de douze pièces et d'une réserve de douze pièces de 12, servies par l'artillerie à pied italienne.

La garde se tiendra à Milan prête à partir. Chaque bataillon de la garde aura un caisson d'infanterie et un pour le transport des vivres, ce qui fera 12 caissons, et en outre 3 caissons pour porter les objets divers; en tout 15 caissons.

Cavalerie. — Le général Grouchy commandera la cavalerie de ce corps d'armée.

Cavalerie légère. — La cavalerie légère formera une division composée de quatre brigades.

La le brigade, commandée par le général Gauthrin, aura le 6e de hussards et le 8e de chasseurs. La 2e brigade, commandée par le général Gérard, aura le 6e et le 25e de chasseurs. La 3e brigade, commandée par le général Thiry, aura le 4e et le 9e de chasseurs. La 4e brigade, commandée par un général italien, sera composée de deux régiments de chasseurs italiens.

Réserve de dragons. — Trois régiments de dragons français et un régiment de dragons italiens formeront une réserve de cavalerie.

Deux batteries d'artillerie à cheval seront attachées à cette division.

Les dépôts de ces régiments de cavalerie, qui sont dans la 6e divi­sion militaire, aussitôt qu'ils auront reçu leurs conscrits et leurs remontes, formeront un régiment de marche qui viendra renforcer les escadrons de guerre.

Artillerie. — Le général d'Anthouard commandera l'artillerie du corps d'armée ; cette artillerie sera composée ainsi qu'il suit :

 

 

Artillerie de régiment

Artillerie de ligne

Artillerie à cheval

1e Division  

8

8

6

2e Division

16

8

6

3e Division

6

8

6

4e Division

10

8

6

Garde royale

 

12

6

Dragons

 

 

12

Réserve

 

16

 

Totaux

40

60

42

Total général

142

La réserve sera composée de deux obusiers et six pièces de 12 ita­liens et de deux obusiers et six pièces de 12 français.

Indépendamment de ce, le ministre de la guerre me fera un détail du double approvisionnement nécessaire; cela doit entrer dans la composition du parc de l’armée d'Allemagne. L'Italie fournira tout ce qu'elle pourra fournir; ce qui sera l'objet d'un travail particulier.

Équipages militaires. — Le 9e bataillon d'équipages militaires, qui est à Plaisance, doit faire partir au 1er mai pour Vérone une première compagnie; il en fera ensuite partir une seconde, et toutes les fois qu'il aura ainsi une compagnie prête il la mettra en marche pour Vérone.

État-major général et dispositions diverses. — Le vice-roi commandera.

Le général Porson sera chef d'état-major et se rendra à Vérone ; quatre adjudants commandants lui seront attachés, ainsi que les officiers d'état-major nécessaires.

Le général Franceschi sera attaché à l'état-major pour servir dans le besoin.

Un général pour commander le génie sera proposé.

On proposera également un directeur du parc pour l'artillerie.

L'ordonnateur Joubert sera l'ordonnateur en chef.

Le ministre de l'administration de la guerre présentera tout et qui est nécessaire pour l'organisation administrative de ce corps d'armée, médecins, chirurgiens, boulangers, administrateurs, etc.

Le royaume d'Italie formera une compagnie d'infirmiers italiens, une brigade de maçons constructeurs de fours et une brigade de 160 boulangers italiens, de sorte que ce corps aura 200 boulangers, y compris les 40 tirés d'Illyrie.

Le corps d'armée doit se réunir sur l'Adige, l'Oglio et le Mincio.


Paris, 20 Avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les renseignements que vous me donnez sur les Portugais; ces renseignements ne sont pas suffisants. Il faut me faire connaître leur organisation, régiment par régiment, bataillon par bataillon, compagnie par compagnie. J'ai besoin de prendre une mesure à l'égard de ces troupes. Mon inten­tion est de les employer à l'armée. Bien nourries, bien payées et mêlées à d'autres, elles seront utiles; mais il est nécessaire de les faire sortir de France, je ne puis pas laisser des troupes suspectes sur mes derrières. Je ne puis pas non plus les désarmer, puisqu'ils sont venus volontairement et que je n'ai pas à m'en plaindre. Par l'organisation que vous recevrez, vous verrez que j'en emploie plu­sieurs bataillons à l'armée. Les trois bataillons d'élite seront employés à l’armée d'Allemagne; je me servirai des autres comme ils sont, en les mêlant avec des Espagnols. Présentez-moi demain un projet pour tirer parti de ces hommes, dissoudre les dépôts, et pour faire mar­cher ces hommes d'une manière utile pour mon service.


Paris, 20 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 19 sur l'em­prunt de la Saxe. Je vous autorise à voir la maison Laffitte et à lui faire connaître que je protège cet emprunt, enfin à faire tout ce qui vous sera possible pour le faire réussir. Il me semble que, sans rien démasquer, il serait convenable de verser sans délai un million; vous en feriez l'avance, et vous vous concerteriez avec Laffitte pour faire croire que c'est lui qui a déjà rempli ce million. Ce qui est pressant, c'est que ce million soit remis sans délai à la Saxe pour l'aider dans les dépenses qu'elle fait pour les armements des Polonais. Je désire donc que le programme de cet emprunt soit sur-le-champ publié, et que Laffitte dise qu'il a assez de demandes pour pouvoir assurer un million. Il est probable que, quand Laffitte aura instruit le ministre de Saxe, celui-ci enverra un courrier. Laffitte peut de cela se faire du crédit, se donner de l'importance et en donner à la place.


 Paris, 20 avril 1811

A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples

Ma Sœur, j'aime à vous associer à tous les événements heureux pour moi, et je désire que vous soyez la marraine du fils dont la naissance m’a comblé de joie. J'espère que la santé de Votre Majesté lui permettra de se rendre bientôt a Paris pour les cérémonies du baptême, que j'ai fixé au 2 du mois de juin prochain; et, si cette espérance devait être trompée, je l’engage à transmettre sa procura­tion à la personne à qui elle voudra l’accorder. Il me sera très agréable que ces nouveaux liens qui se formeront entre mon fils et ma sœur soient pour le roi de Rome un titre de plus à votre affec­tion. Recevez les assurances de la tendre affection et de la haute estime avec lesquelles je suis,

De Votre Majesté, le bon frère.


Paris, 20 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je vous prie de me rapporter demain ce budget; relisez-le avec attention, pour voir s'il n'y a rien qui puisse indisposer le pays: ce n'est pas le moment de rien faire qui puisse donner lieu à causer.


21 – 30 avril 1811