21 – 30 avril 1811
Paris, 21 avril 1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous envoie une
lettre de l'amiral Ver Huell qui mérite la plus sérieuse considération; car,
s'il était vrai qu'on pût construire des vaisseaux à
Cuxhaven, ce serait une vraie découverte, puisque les bois qui viendraient à
Cuxhaven ne peuvent venir à Anvers. Proies les mesures nécessaires pour faire
sonder cette rivière, et envoyés àa ingénieurs pour
reconnaître le port de Cuxhaven. Pas un seul de vos agents employés dans la
marine de Hambourg n'est arrive; faites-moi connaître quand ils arriveront.
Instruisez-moi de
l'individu que vous chargerez de sonder et de prendre en détail connaissance de
l'Elbe.
Les dessins pour les
corvettes n'ont pas encore été envoyés.
Paris, 22 avril 1811
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Il faut achever
l'organisation des deux départements de Rome et du Trasimène. Les collèges ne
sont pas formés. Faites-moi un rapport sur les sieurs Spada et Passaglia, sous-préfets de Viterbe et Perugia.
A-t-on fait la délimitation du territoire des arrondissements communaux ? Le
dépôt de mendicité de Rome n'est pas créé. Il avait été décrété une prime pour
l'augmentation des oliviers. Où cela en est-il ? Le port de Cività-Vecchia a
besoin d'urgentes réparations; faites-moi un rapport sur ce port.
Paris, 22 avril 1811
A M. Gaudin, duc de
Gaète, ministre des finances, à Paris
Je désire que vous
fassiez connaître à chaque ministre que, dans la première semaine de mai, je
tiendrai un conseil pour revoir tous les budgets des exercices arriérés, et
surtout ceux de 1810 et 1811, et arriver
aux résultats nécessaires pour bien arrêter le budget de 1811, qui ne l’a été
jusqu'à présent que provisoirement. Vous en préviendrez les ministres pour
qu'ils vous envoient avant le mois de mai leurs états, dont vous devez me
présenter le résumé. Le principal but qu'il s'agit de se proposer est de
savoir si les fonds accordés pour les exercices antérieurs sont suffisants. Je
suis porté à penser qu'ils le sont pour 1808 et 1809, moyennant les fonds de
réserve qui existent pour ces exercices; mais il est nécessaire que le trésor éclairasse ce qu'il a à payer à la guerre en sus du budget.
Quant à 1810, vous évaluez
les recettes à huit cent cinq millions, au lieu de sept cent quatre-vingt-sept.
Dans les deux cent
vingt-cinq millions de la guerre, dix millions sont portés pour
l'extraordinaire de la solde de l'armée d'Espagne. Il faut savoir si cela sera
suffisant. La solde n'est portée en totalité que pour cent trente et un
millions, sans compter la solde des retraites; cette somme sera-t-elle
suffisante ? Voilà la question.
Si trente millions
étaient inutiles au fonds de réserve, je voudrais les ôter à cet exercice, mais
après que vous vous serez bien assuré par les états des ministres qu'ils n'ont
pas besoin de ce fonds. Cette diminution, vous la feriez d'un trait de plume,
en ôtant les vingt millions des produits extraordinaires de la régie des
douanes, et des recettes diverses et accidentelles jusqu'à la concurrence de
dix millions, et en reportant ces produits sur l'exercice de 1811. Par ce
moyen, le budget des recettes de 1811, au lieu de neuf cent cinq millions,
serait de neuf cent trente-cinq millions. Mon intention est même d'y ajouter
dix millions de domaines situés en France et au Piémont; ce qui porterait les recettes
à neuf cent quarante-cinq millions.
Enfin je vous prie de
voir si l'évaluation des recettes ne pourrait pas être augmentée. Il me semble
que les sels et les tabacs au delà des Alpes peuvent rapporter plus de huit
millions depuis la réunion de Rome; que les droits réunis peuvent rapporter
plus de cent vingt millions, et que, si l'enregistrement a rendu cent
quatre-vingt-treize millions en 1810, il doit rendre davantage en 1811,
puisqu'il profite de l'augmentation de territoire provenant des départements
romains, des Bouches-de-1'Escaut et du Rhin.
Enfin il faudrait
mettre un article de recette pour le département de la Lippe, qui rendra bien
deux à trois millions; par ces moyens réunis, je voudrais faire monter le
budget des recettes à neuf cent cinquante millions. Vous verrez, par les
budgets de la guerre et de l'administration de la guerre, que je ne suis pas
loin d'avoir besoin de cette somme. Le ministre de la guerre n'a que deux cent
cinquante-deux millions; je suis porté a croire qu'il aura besoin de deux cent
quatre-vingts millions : augmentation, vingt-huit millions. Le ministre de
l'administration de la guerre n'a que cent quarante-deux millions; il aura
besoin de cent soixante et dix millions : augmentation, vingt-huit millions.
Ainsi vingt-huit millions de supplément à la guerre et vingt-huit millions à
l'administration de la guerre feraient un supplément de cinquante-six millions.
Il faut calculer sur une augmentation totale de soixante millions.
Vous porterez dans
votre compte le budget des dépenses à neuf cent un millions, mais vous y
comprendrez trente-huit millions et recette : restent huit cent soixante-trois
millions; avec l'augmentation de soixante millions, cela fera neuf cent
vingt-trois millions.
Vous voyez que neuf
cent trente millions de recette sont de rigueur; neuf cent cinquante millions
feront voir à l'Europe une immense prospérité.
Paris, 22 avril 1811
A M. Gaudin, duc de Gaète,
ministre des finances, à Paris
On m'assure que les
biens des évêques, chapitres et corporations religieuses, confisqués à Rome, ne
sont pas encore dans les mains du domaine à Rome.
Saint-Cloud, 23 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L'arrivée de la
division de la Cerdagne et de la division du général Plauzonne,
qui sont composées de troupes d'élite, donnera au général Baraguey d'Hilliers
un renfort de plus de 14,000 hommes, et le mettra à même d'assiéger
vigoureusement Figuières et de contenir toute la province. S'il n'y a qu'un millier
de miquelets dans la forteresse, il est probable que le siège peut en être
brusqué; ordonnez qu'on en fasse les préparatifs à Girone.
Je suis étonné que le
général Baraguey d'Hilliers mette dans la place de Girone
des gendarmes catalans, après ce qui lui est arrivé à Figuières par la trahison
des Catalans.
Saint-Cloud, 23 avril
1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris
Pourquoi ne laisse-t-on
pas au public la jouissance de la terrasse de l'eau ? Donnez ordre qu'on lève
les consignes et que le public puisse s'y promener comme à l'ordinaire.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Bassano, je vous envoie une lettre du ministre du trésor sur l'emprunt de la
Saxe. Faites sentir au ministre de Saxe l'importance de lever tous les
obstacles pour avoir de l'argent pour les dépenses des Polonais, acheter des
chevaux pour remonter la cavalerie et compléter l'artillerie. Mais il n'y a pas
un moment à perdre.
Écrivez dans le même
sens au baron Bourgoing, pour qu'on lève tous les obstacles.
Saint-Cloud, 24 avril
1811.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures
Monsieur le Duc de
Bassano, remettez-moi un projet de circulaire à mes ministres près les princes
de la Confédération, pour demander que des dispositions soient faites pour
tenir les contingents prêts à marcher, puisque les Russes ont abandonné la
Finlande et la Moldavie et menacent le Grand-Duché. Apportez-moi cette
circulaire pour que je la corrige avec vous.
Saint-Cloud, 24 avril 1811
Au comte Mollien, duc
de Gaète, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, j'ai lu avec attention vos états et votre rapport sur la solde de
1810. Tout cela est loin d'être clair. J'ai peine à croire que l'armée d'Allemagne ait coûté 7,550,000 francs pour 1810, quand elle était en partie payée
par la Westphalie et les villes hanséatiques. Je n'aurai des idées claires que
quand vos états seront ainsi conçus : 1° solde évaluée en 1810 ; 2° payé par la
Westphalie ; 3° par les villes hanséatiques ; 4° par le trésor de France. Total.
Alors il ne restera aucun doute.
Je désire que vous me
fassiez le même calcul pour l'armée d'Espagne : solde évaluée en 1810.. . payé par l'Espagne sur les
contributions. . . par le trésor de France. . . Reste dû. . .
Même état pour l'armée
de Portugal.
Les états que vous
m'avez remis ne me paraissent pas clairs; je crains qu'il ne se glisse des
doubles emplois qui donnent lieu à bien des abus.
Je désire que vous me
fassiez un aperçu de la solde en 1811 sur le même plan : solde évaluée en 1811.
.. payé par la Westphalie à raison de 12,500 hommes.
.. payé sur les fonds des trois nouveaux départements
qui n'entrent pas au budget. . . .
Vous ferez le même
travail pour les armées d'Espagne, en distinguant l'armée du Nord, celle du Midi,
du Centre, de l’Aragon, de la Catalogne, et notant ce qui est payé par le
trésor, ce qui est payé sur les contributions du pays. Même chose pour l'armée
de Portugal.
Je vois que j'ai envoyé
à l'armée de Portugal, en cinq envois différents, 9 millions. Faites-moi
connaître jusqu'à quel mois ces neuf millions solderont cette armée. Je vois
par l'un de vos états que 6,780,000 francs sont pour
1810 et 2,220,000 francs pour 1811.
Faites-moi un rapport
sur la disposition que vous voulez faire d'une partie du fonds de 10 millions
pour les armées d'Espagne et de Portugal. Cela doit être en sus du fonds de 2
millions que j'ai accordé.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
Au comte Bigot de
Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
Préameneu, vous trouverez ci-joint une circulaire aux évêques. Vous ne la
publierez pas; mais vous réunirez chez vous le conseil ecclésiastique, et vous
lui communiquerez cette lettre comme étant définitivement arrêtée. Vous
recueillerez les observations auxquelles elle donnera lieu, et vous me ferez
connaître, à l’insu de tous, l'effet qu'elle aura fait sur le comité et ce que
vous eu aurez conclu qu'il y aurait à y changer. Vous ferez connaître à l'archevêque
de Tours et aux évêques de Nantes et de Trêves que je les ai choisis pour être
chargés d'une mission auprès du Pape. Il est nécessaire qu'ils partent
vendredi prochain. Mon intention est que leur mission soit tenue très secrète.
Ils se rendront à Savone, en passant par Turin. Vous les munirez des
autorisations nécessaires auprès du préfet et de l'officier qui commande le
palais du Pape, pour qu'ils soient considérés pour ce qu'ils sont. Je vous
envoie leurs instructions. Vous leur ferez remettre par la chancellerie les
pleins pouvoirs nécessaires pour conclure une convention avec le Pape ou ses
ayants cause. Demain jeudi, à midi, vous m'amènerez ces trois évêques. Ils
auront connaissance de la circulaire. Il sera nécessaire, à cet effet, que le
conseil ecclésiastique soit réuni chez vous demain à neuf heures du matin, afin
que vous lui en donniez communication. Je ferai connaître aux trois députés mes
intentions, qui sont les mêmes que
celles exprimées dans l'instruction que vous rédigerez règle et que vous
m'apporterez demain à signer.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin , il est
convenable que vous envoyiez un officier au général Suchet pour lui faire
connaître que, par l'infidélité de deux gardes-magasins qui étaient Catalans,
une porte d'un des magasins de Figuières, qui donnait sur le fossé, a été
ouverte à deux heures de nuit, et que 800 miquelets se sont introduits par cette
porte dans la place et ont pris dans leurs lits 500 Napolitains et Italiens et
150 Français qui étaient dans le fort ; que cet événement désagréable a obligé
le général Baraguey d Milliers à concentrer ses forces autour de Figuières;
qu'il est donc nécessaire qu'il se porte sur Tarragone; qu'il tienne en respect
Campo Verde et l'empêche de faire aucune diversion;
que la saison est favorable, et que ce serait un grand malheur si la belle
armée qu'il a restait inactive.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris
Je vous envoie la copie
d'un décret sur le recrutement extraordinaire de la Garde. Vous verrez que
tous les bataillons d'infanterie légère et de ligne fournissent chacun deux
hommes, savoir : un homme pour les chasseurs et un pour les grenadiers. Je ne
comprends pas les 5e bataillons. Cela produira environ 500 hommes pour chaque
arme de chasseurs et grenadiers; 200 hommes leur seront fournis par les
fusiliers, ce qui fera 700 hommes, qui porteront à 2,400 hommes les deux
régiments des grenadiers et des chasseurs.
J'ai ordonné que les
quatre régiments de tirailleurs fourniraient 300 hommes pour les fusiliers, et
les quatre régiments de voltigeurs autant. Les régiments de fusiliers, au lieu
de perdre, gagneront 100 hommes.
Quant au 2e régiment de
grenadiers, il suffit de le tenir au complet; les 80 hommes qui lui manquent
lui seront fournis par les quatre régiments hollandais, à raison de 20 hommes
chacun.
Par ce moyen, la
Vieille Garde, au lieu de 4,800 hommes, aura plus de 6,000 hommes.
Je vois, par l'état de
situation de la Garde au 15 avril, que les fusiliers-chasseurs
avaient en Espagne 1,600 hommes; ce qui fait plus de 200 hommes par compagnie.
Ils doivent fournir 200 hommes ; il leur en restera 1,400; ils recevront 300
hommes; ils seront donc au delà du complet.
Les fusiliers-grenadiers
ont 1,500 hommes en Espagne. Les quatre régiments de voltigeurs ont 5,500
hommes; ils fourniront 300 hommes ; il leur restera plus de 5,000 hommes, ou
160 hommes par compagnie.
Même observation pour
les tirailleurs.
J'ai à Paris 300
fusiliers ou voltigeurs et 300 fusiliers ou tirailleurs; ce qui peut faire un bataillon
de 600 hommes. Ils reçoivent 2,000 conscrits, ce qui fera 2,600 hommes. Je
compte donner ces 2,600 hommes aux cadres des ler
régiments de voltigeurs et de tirailleurs qui viennent d'Espagne; ce qui fera
un beau régiment et permettra à la Garde de faire marcher 8,000 hommes
d'infanterie. Les trois bataillons de sergents et de caporaux sont de 2,400 hommes.
Je pourrai donc disposer de 10,000 hommes d'infanterie de la Garde pour aller à
l'ennemi. Il faudra tenir la main à ce que les trois bataillons soient
complétés par la partie de la Garde qui est en Espagne.
Voilà pour le moment
présent. Mais, si la Garde ne part qu'en juillet, je la composerai ainsi, savoir
: 1er régiment de grenadiers, 1,600 hommes; 2e régiment de grenadiers, en me
servant du cadre du 1er régiment de tirailleurs qui vient d'Espagne, 1,600
hommes; 1er régiment de chasseurs, 1,600 hommes; 2e régiment de chasseurs, en
me servant du cadre du 1er régiment de voltigeurs, l,600 hommes; 2e régiment de
grenadiers hollandais, 1,600 hommes; deux bataillons de fusiliers-sergents,
1,600 hommes; deux bataillons de tirailleurs et de voltigeurs-caporaux,
1,600 hommes; un 5e régiment de tirailleurs, 1,600 hommes; un 5e régiment de
voltigeurs, 1,600 hommes. Total, dix bataillons de la Vieille Garde et huit de
la Jeune : dix-huit bataillons ou 15,000 hommes; ce qui, avec 3,000 Italiens,
me ferait 18,000 hommes, ou trois belles divisions de la Garde à pied.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, vous
trouverez ci-joint le travail du ministre pour l'organisation et l'administration
de votre corps d'armée. J'ai décidé qu'on n'enverra que les trois quarts de ce
qui est proposé dans ces états. Ainsi, au lieu de 611 employés et de 650
sous-employés proposés, vous pouvez compter sur 450 employés et environ 500
sous-employés. Cela sera suffisant. Quelques employés sont utiles et trop
d'employés gênent.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, vous trouverez
ci-jointes les bases pour l'approvisionnement de Magdeburg. Il est nécessaire
que vous fassiez des instances auprès de la Westphalie pour que cette puissance
complète cet approvisionnement. Comme la base de 15,000 hommes pour un an est
considérable, il faudrait demander que le premier tiers existât au 1er juin, le
deuxième au 1er août et le troisième au 1er septembre; à moins que des
circonstances imprévues n'obligent d'accélérer la mesure. Cette manière de
procéder la rendrait plus supportable pour le gouvernement westphalien; mais
l'important, c'est que le premier tiers existe. Ce sera donc pour 15,000 hommes
pendant quatre mois, ou pour 10,000 hommes pendant six mois.
Saint-Cloud, 24 avril
1811
A Jérôme Napoléon, roi
de Westphalie, à Cassel
J'ai reçu votre lettre
du 17 avril. Le prince d'Eckmühl n'a jamais songé à prendre votre 1er de
cuirassiers.
Je vois avec plaisir
que vous pouvez avoir deux divisions formant 20,000 hommes, dont 2,500 de
cavalerie. Les 4,000 hommes que vous avez à Danzig y sont-ils compris ? Je vous
prie de m'envoyer l’état de situation de ces troupes et l'organisation que vous
voulez leur donner. Combien tout cela aura-t-il de pièces d'artillerie, de
caissons et de transports militaires ? Il vous faudrait l'artillerie suivante :
au moins une compagnie d'artillerie légère pour la cavalerie; il serait bon
d'en avoir une par division, mais à la rigueur une peut suffire; il vous
faudrait quatre divisions d'artillerie à pied. L'artillerie légère servirait
deux obusiers et quatre pièces de 6; l'artillerie à pied servirait par
division deux obusiers et six pièces de 6 ; ce qui ferait huit obusiers et
vingt-quatre pièces de 6 pour l'artillerie. De plus il vous faudrait en
réserve, pour la garde, deux compagnies d'artillerie à pied, chaque compagnie
servant deux obusiers et six pièces de 12 ; ce qui ferait pour la réserve
quatre obusiers et douze pièces de 12. Total de l'artillerie qui vous est
nécessaire : artillerie à cheval, deux obusiers, quatre pièces de 6; artillerie
à pied, huit obusiers, vingt-quatre pièces de 6 de réserve, quatre obusiers et
douze pièces de 12; total, quatorze obusiers et quarante pièces. Total général,
cinquante-quatre bouches à feu.
Or, pour
cinquante-quatre bouches à feu, y compris les caissons d'infanterie, il faut au
moins 300 voitures; ce qui fait 1,500 chevaux. Indépendamment de cette
artillerie de ligne, il faut former votre artillerie de régiment. Chaque
régiment peut avoir sa compagnie, qui servira deux pièces de 3 ; en supposant
que vous ayez dix régiments, cela vous fera encore vingt pièces de canon. Ce
qui portera de cinquante-deux à soixante et quatorze le nombre de pièces de
canon de votre armée.
Du moment que vous avez
les attelages, les harnais, les hommes du train, les canonniers et les
officiers nécessaires pour servir cette artillerie, je ne verrai point de
difficulté à vous fournir la plus grande partie du matériel.
Il faudrait aussi avoir
quatre compagnies de sapeurs avec dix caissons attelés chargés d'outils.
Alors vous formeriez un
petit corps d'armée, auquel on pourrait joindre les troupes du grand-duché de
Berg et peut-être quelques autres troupes de la Confédération ; vous auriez
ainsi sous vos ordres un corps d'armée qui pourrait se porter partout.
Faites-moi un projet là-dessus, en y mettant le nombre d'officiers d'artillerie
et du génie que vous avez. Si vous réunissez le personnel que je viens de vous
indiquer, je ne verrai pas de difficulté à compléter votre corps d'armée avec
les petits contingents de la Confédération à 30,000 hommes, qui vous
formeraient alors trois belles divisions.
Saint-Cloud, 25 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous ai fait
connaître mes intentions sur Flessingue. Je ne suis point d'opinion que les
200,000 francs qu'on avait destinés aux ouvrages du plateau soient employés
aux fronts de Flessingue du côté de Rammekens. Il est
possible que ce point se trouve le plus faible de la place; mais les travaux
faits au plateau ont un grand avantage, en ce qu'ils ont une action immédiate
pour prolonger la défense do fort Montebello, et qu'au fort Montebello est
attachée une des grandes propriétés de Flessingue. Ainsi je désire qu'on
travaille, comme il a été déterminé, aux ouvrages pour occuper le plateau.
Saint-Claiud, 26 avril 1811
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
Préameneu, je vous envoie la circulaire que j'ai signée. Expédiez-la sans délai
à tous les évêques. Je vous renvoie également l'instruction pour les trois
évêques qui se rendent à Savone (MM. de Barrai, Duvoisin
et Maonay). Faites-moi connaître les instructions que
vous leur donnerez. Il est nécessaire que vous leur fassiez connaître qu'ils
ne doivent avouer leurs pouvoirs qu'au moment où ils verraient le Pape disposé
à traiter; qu'ils sont autorisés à appeler le cardinal Spina
si le Pape le désirait; qu'ils peuvent s'ouvrir au préfet (M. Chabrol de Volvic,
préfet du département de Montenotte), qui est un homme sûr et intelligent;
qu'ils peuvent négocier et amener la négociation à fin; mais qu'ils doivent,
avant de rien signer, vous envoyer la minute de la convention qu'ils pourraient
faire, afin d'être bien assurés qu'elle aura mon approbation, avant de la
signer; que le jour de leur arrivée à Savone une estafette partira pour Turin,
où elle rencontrera l'estafette de Paris, et tous les jours pendant leur séjour
à Savone ; qu'ainsi on pourra avoir des nouvelles en quatre jours; qu'également
l'estafette qui part tous les jours de Paris portera des lettres pour eux;
qu'arrivées à Turin ces lettres leur seront envoyées par une estafette
particulière; que, s'ils voulaient transmettre quelque chose par le télégraphe
de Turin, ils pourraient adresser leur dépêche télégraphique au chef
d'état-major du prince Borghese, qui la fera passer
par le télégraphe et leur enverra la réponse par une estafette spéciale; que
vous donnerez ordre de préparer leur logement à Savone de manière qu'ils soient
ensemble et d'une manière convenable; qu'ils doivent tâcher d'être arrivés
avant le 6 mai.
Vous aurez soin
d'écrire par l'estafette de ce soir à l'officier de gendarmerie qui commande
le palais du Pape, pour le prévenir de l'arrivée des évêques. Vous lui
prescrirez de leur laisser la communication libre et entière avec le Pape, et
de se conformer à tout ce qu'ils feront. Vous écrirez en même temps au préfet
pour qu'il fasse préparer leur logement et pour qu'il organise l'estafette de
Savone à Turin, et au prince Borghèse pour le télégraphe.
Vous pourrez prendre
les fonds nécessaires pour les dépenses sur l'extraordinaire des cultes, qui est à votre disposition particulière; tout cela se
régularisera après.
Saint-Cloud, 25 avril
1811.
CIRCULAIRE POUR LA CONVOCATION DU CONCILE NATIONAL.
Monsieur l'évêque de….. les églises les plus
illustres et les plus populeuses de l'Empire sont vacantes; une des parties
contractantes du Concordat l'a méconnu. La conduite que l’on a tenue en Allemagne
depuis dix ans a presque détruit l'épiscopat dans cette partie de la
chrétienté. Il n'y a aujourd'hui que huit évêques ; grand nombre de diocèses
sont gouvernés par des vicaires apostoliques. On a troublé les chapitres dans
le droit qu'ils ont de pourvoir, pendant la vacance du siège, à l'administration
du diocèse, et Ton a ourdi des manœuvres ténébreuses tendant à exciter la
discorde et la sédition parmi nos sujets. Les chapitres ont rejeté des brefs
contraires à leurs droits et aux saints canons.
Cependant les années
s'écoulent; de nouveaux évêchés viennent à vaquer tous les jours; s'il n'y
était pourvu promptement, l'épiscopat s'éteindrait en France et en Italie comme
en Allemagne. Voulant prévenir un état de choses si contraire au bien de la
religion, aux principes de l'Église gallicane et aux intérêts de l'État, nous
avons résolu de réunir, au 9 juin prochain, dans l'église de Notre-Dame de
Paris, tout les évêques de France et d'Italie en concile national.
Nous désirons donc
qu'aussitôt que vous aurez reçu la présente vous ayez à vous mettre en route,
afin d'être arrivé dans notre bonne ville de Paris dans la première semaine du
mois de juin.
Saint-Cloud, 26 avril
1811
INSTRUCTIONS POUR M. L'ARCHEVÊQUE DE TOURS ET MM.
LES ÉVÈQUES DE NANTES ET DE TRÊVES.
Nous avons convoqué un
concile qui s'assemblera le 9 juin prochain pour mettre un terme aux
circonstances fâcheuses de l'Église. Nous considérons le Concordat comme
n'existant plus, puisqu'une des parties contractantes l’a violé. Et nous
entendons que nos évêques soient institués comme ils l’étaient avant le
concordat de François 1er, que nous avions renouvelé, et de la manière qui
sera établie par le concile et qui aura reçu notre approbation.
Cependant nous avons
résolu de vous envoyer près du Pape, pour lui exposer l'état affligeant de la chrétienté
et les malheurs que produisent et peuvent produire l'ignorance et
l'obstination de ses conseils. Nous avons ordonné à notre chancellerie de vous
expédier des pouvoirs en forme pour vous autoriser à négocier, conclure et
signer une convention; mais notre intention est que vous ne vous serviez de ces
pouvoirs que toutes les fois que vous trouveriez le Pape dans une disposition
d'esprit raisonnable, et qu'éclairé par vos conseils et vos avis il
abandonnerait l'esprit de vertige qui le conduit depuis plusieurs années.
Nous avons voulu vous
faire connaître nous-même les conditions des conventions que vous êtes autorisé
à conclure avec le Pape, et dont l’une aurait pour objet les affaires
particulières à la circonstance de l'institution des évêchés, et l'autre les
affaires générales en tout ce qui concerne le Pape. Chacune de ces conventions
est absolument indépendante de l'autre : elle doit être par acte séparé.
Pour ce qui regarde
l'institution des évêques, nous consentons et nous nous engagerons à revenir au
Concordat, aux deux conditions suivantes :
1° Que le Pape
instituerait tous les évêques que nous avons nommés ;
2° Qu'a l'avenir notre
nomination serait communiquée au Pape dans la forme ordinaire; qu'elle serait
en même temps notifiée au métropolitain; que, si trois mois après la cour de
Rome n'avait pas institué, l'institution devrait être donnée par le
métropolitain à l'égard de ses suffragants et par le plus ancien des
suffragants à défaut de métropolitain, ou lorsqu'il s'agirait de son siège; le
tout, sans qu'on puisse alléguer aucune raison de non communications, d'empêchement
de territoire, d'interception de courriers.
Une autre convention
peut se faire, si telle est l'intention du Pape.
Son but serait de régler
les affaires générales; elle pourrait reposer sur les bases suivantes :
Nous accorderons au
Pape le retour dans la métropole de Rome, pourvu qu'il nous prête le serment
que prescrit le Concordat et que les papes ont toujours prêté aux empereurs.
Dans le cas où il
refuserait de prêter ce serment, nous ne pourrons consentir à ce qu'il demeure
à Rome ; mais nous consentirons à ce qu'il aille résider à Avignon ; que là il
ait l'administration de tout le spirituel avec la chrétienté; que les
puissances chrétiennes qui voudront avoir auprès de lui des chargés d'affaires
ou des résidents en soient maîtresses, et que ces chargés d'affaires, résidents
ou ministres aient les immunités accordées par le droit public aux agents
diplomatiques ; qu'il ait les honneurs souverains et la liberté de communiquer
avec les églises étrangères; que, quant à son temporel, deux millions seront
affectés à son entretien ; ces deux millions, payés soit par nous, soit par
tous les princes chrétiens, seront pris sur les bénéfices de la chrétienté,
selon que cela s'accordera le mieux avec la manière de voir du Pape.
Quant à l'exercice du
pouvoir spirituel du Pape dans l'intérieur de notre Empire, si le Pape va à
Rome et prête serment, nous n'exigeons rien autre chose; s'il ne croit pas
devoir prêter ce serment et qu'il aille à Avignon, nous exigerons de lui la
promesse qu'il ne fera rien dans notre Empire de contraire aux quatre
propositions de l'Église gallicane.
Nous ne pouvons que
répéter que ces deux objets sont distincts et ne peuvent jamais être confondus
dans une même convention ; car l'institution canonique n'est pas une faveur que
nous fait le Pape, c'est, au contraire, une marque de déférence et de
considération accordée en France aux papes. Cela ne doit donc rien avoir de commun
avec la seconde convention.
Nous devons vous dire
que nous n'admettons aucun délai ni prétexte quels qu'ils soient : les
affaires de l'Église languissent depuis trois ans; elles ne peuvent traîner
plus longtemps. Il est indispensable que votre mission soit terminée et que
vous soyez de retour à Paris avant le 1er juin.
Si ces premiers
articles parviennent à être réglés, vous pourrez assurer le Pape de notre désir
de nous entendre pour arranger et aplanir toutes les questions subséquentes,
telles que les diocèses à établir à Bois-le-Duc, Amsterdam, Rotterdam,
Hambourg, Montauban, Bremen, etc., les divers objets relatifs à la gloire et à
la prospérité du christianisme, ce qui sera relatif à la protection à accorder
aux religieux de la terre sainte, à la reconstruction du Saint-Sépulcre, aux
missions, au rétablissement de la Daterie, des archives pontificales et de ce
qui est nécessaire et convenable à un pape pour le libre exercice de ses
fonctions spirituelles.
Vous correspondrez avec
notre ministre des cultes, auquel il est convenable que vous écriviez tous les
jours.
Si vous connaissiez
moins bien la situation des choses, nous vous parlerions de la bulle d'excommunication,
des pratiques mises en usage pour exciter du désordre dans l'Empire, anéantir
la juridiction épiscopale, accréditer des vicaires apostoliques sans en donner
connaissance ni à nous ni à nos évêques; mais nous désirons oublier le passé et
tout arranger.
Faites bien connaître
que, dans aucun cas, le Pape ne peut retirer dans la souveraineté de Rome,
parce que cela serait contraire aux lois de l'Empire, et parce que la France ne
reconnaîtra jamais aucune influence spirituelle de la part d'un pontife qui
serait souverain étranger.
Vous ne manquerez pas
de prévenir le Pape de la réunion du concile et de ce que fera l'Église de
France, conduite par l'exemple des temps antérieurs et par la nécessité du
salut et du bien de la religion.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Bassano, M. de Saint-Marsan n'envoie pas assez de renseignements sur ce que
fait la Prusse. Est-il vrai que les troupes qui étaient en Silésie évacuent
cette province pour se rendre sur les côtes ? Et à quoi doit aboutir le pont
qu'on veut construire entre Stettin et Küstrin ? Au lieu d'exciter, il faudrait
que M. de Saint-Marsan ralentit ces armements, fit connaître d'ailleurs que ces
mesures ne peuvent donner que de la méfiance, empêchât enfin qu'on ne rappelât
les semestriers, qu'on n'augmentât les cadres et
qu'on ne fit des mouvements qui pourraient être mal interprétés.
Je crois qu'il serait
convenable d'envoyer à Berlin et en Prusse plusieurs agents secrets, hommes
intelligents et sûrs, qui s'y rendraient sous prétexte de commerce et
verraient ce qui se fait. Ces agents devraient être envoyés : un dans la
Silésie, un à Berlin et dans les provinces entre Berlin et l'Elbe, et le
troisième du côté de Kolberg, de Kœnigsberg et dans le nord.
Je crois aussi que
l'envoi à Berlin d'un bon secrétaire de légation serait utile. M. de
Saint-Marsan ne voit pas assez. Il est bien clair qu'on arme du côté de la mer,
et que le pont qu'on va faire auprès de Schwedt a pour objet de pouvoir
promptement se porter au delà de l'Oder. On assure qu'on lève les semestriers et qu'on fait beaucoup de recrues en Prusse. Il
faudrait écrire aussi à mes ministres en Saxe et en Westphalie pour qu'ils
éveillent l'attention de ces cours et fassent bien connaître tout ce qui se
fait.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'ai lieu de croire
qu'il se commet des infidélités dans les bureaux de la conscription. Les
étrangers savent sur-le-champ tout le travail qu'on y fait. Il serait
nécessaire que le conseiller d'État Dumas prit
quelques mesures pour découvrir les coupables.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, recommandez
bien au général Thouvenot de prendre un soin particulier de Saint-Sébastien et
de surveiller le service de manière que cette place ne puisse pas être
surprise.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au
duc de Raguse, sous l'adresse du duc d’Istrie, pour lui faire connaître qu'il
est nécessaire qu'il prenne toutes les mesures convenables pour organiser son
armée; que je le laisse maître de l'organiser en six divisions, sans faire de
corps d'armée ; qu'il peut renvoyer en France les généraux et officiers qui ne
lui conviendront pas. Il aura soin de les diriger d'abord sur Valladolid, où
ils attendront des ordres.
Mandez-lui qu'aussitôt
que le général Brenier, qui commande à Almeida, sera rentré dans la ligne, il
le fasse reconnaître et remploie comme général de division, avancement qu'il
est inutile de lui donner tant qu'il restera dans la place; que c'est un très
bon officier, qu'on peut employer utilement.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris
Je vous envoie le
travail du général Sorbier sur l'artillerie. Voici les bases que j'adopte :
L'artillerie restera
comme elle est, de quatre compagnies à cheval. Chaque compagnie servira six
bouches à feu. Mais j'ai en Espagne deux compagnies qu'il n'en faut pas
retirer; il ne faut donc plus y compter; restent deux.
J'ai six compagnies
d'artillerie à pied de la Garde en France. J'approuve que vous les portiez à
120 hommes. Elles serviront chacune une batterie de huit pièces de canon,
savoir : quatre batteries de deux obusiers et six pièces de 6, et deux
batteries de deux obusiers à grande portée et six pièces de 12.
Trois compagnies de
conscrits serviront chacune huit pièces, qui restent en Espagne. Ainsi, à la
prochaine campagne en Allemagne, la Garde aura deux compagnies d'artillerie à
cheval ou douze bouches à feu et six compagnies à pied ou quarante-huit bouches
à feu; total, soixante. La ligne fournirait quatre compagnies d'artillerie à
cheval, soit vingt-quatre bouches à feu, et six compagnies d'artillerie à pied
ou quarante-huit bouches à feu. Total général, cent trente-deux.
La Garde aurait donc en
Allemagne cent trente-deux pièces de canon, formant la grande réserve de
l'armée.
Ainsi ce projet n'exige
d'autre augmentation que de porter à 120 hommes les compagnies qui sont à 100.
Il faut le faire par un appel sur tous les régiments de la ligne.
Quant aux ouvriers, il
ne faut pas les augmenter. S'il est nécessaire, on prendra une compagnie
auxiliaire dans la ligne; une pour les pontonniers, une pour les sapeurs.
Quant au train, celui
de la ligne ayant été augmenté, celui delà Garde recevra la même organisation
que la compagnie de la ligne, afin d'éviter la confusion et d'avoir une
organisation uniforme, mais il suffira de porter le train de la Garde à six
compagnies; ce qui fera l,400 chevaux ou 2,800 pour
les deux bataillons. En déduisant les compagnies qui sont en Espagne, il faudra
voir ce qui reste. Si ce n'est pas suffisant pour atteler les cent trente-deux
bouches à feu, on prendrait quelques compagnies auxiliaires dans la ligne.
Saint-Cloud, 27 avril
1811
Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur, en Hollande, à Amsterdam
Je reçois votre lettre
du 24 avril ; je ne la comprends point. Vous m'écrivez toujours comme si je
n'avais à penser qu'à la Hollande. Donnez-moi plus d'explications dans vos
lettres. Je ne connais pas ce que c'est que le sieur Lemosys,
ce que c'est que le capitaine Tavernier, et je ne sais pas ce qui s'est passé.
Saint-CloUd, 27 avril
1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d’Italie, à Paris
Mon Fils, je donne le
titre de bonne ville à Milan, Venise, Bologne, Brescia, Vérone et Mantoue.
Saint-Cloud, 28 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Pour tout ce qui est
relatif aux corps d'observation de l'Elbe, de l’Italie et du Rhin, je vous ai
ordonné de faire faire les mouvements préparatoires, c'est-à-dire les achats de
chevaux, la formation des compagnies d'élite, mais aucun mouvement. J'attends
que vous m'ayez rendu compte de la formation du corps d'observation du Rhin
pour vous donner des ordres.
Ne faites aucun
mouvement que je ne l'aie approuvé.
Saint-Cloud, 28 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Aussitôt que les
nouveaux renforts seront arrivés en Catalogne, il faudra rouvrir les
communications avec Barcelone et écrire au duc de Tarente de venir prendre le
commandement de la haute Catalogne, car il parait que Baraguey d'Hilliers ne
sait ce qu'il fait et a bien peu la confiance du soldat et de l'armée. On me
rend compte que, dans l'attaque sur Figuières, un bataillon du 3e d'infanterie
légère a été forcé et écrasé, tandis que deux bataillons et un régiment de cavalerie
qui pouvaient aller à son secours n'en ont pas reçu l’ordre, quoique les
soldats eux-mêmes le demandassent à grands cris. Demandez un rapport à ce sujet
au général Baraguey d'Hilliers. Comment ne s'y est-il pas lui-même porté au
premier bruit ?
Saint-Cloud, 28 avril
1811
Au baron de La
Bouillerie, trésorier du domaine extraordinaire, à Paris
J'ai lu avec attention
le compte du domaine extraordinaire arrêté au 31 décembre 1810, que vous m'avez
remis. Ce compte doit être la base d'où il faut partir pour tous les comptes à
régler à l'avenir pour le domaine extraordinaire : il doit donc être appuyé de
pièces justificatives.
L'état n° 1 commence
par établir la recette de la manière convenable, puisqu'elle part des recettes
des 3e, 4e et 5e coalitions. Vous devez avoir justifié des comptes
de ces trois coalitions, et avoir des décrets de moi qui apurent ces comptes,
tant en recettes qu'en dépenses. Mais je remarque qu'en 1810 vous avez reçu
sur la 3e coalitio….néant, et dès ce moment elle
parait terminée; que pour la 4e coalition vous avez reçu 1,700,000
francs ; que pour la 5e vous avez, en 1810, reçu 31 millions et 11 millions
pour l'Espagne. Je désirerais donc savoir ce que les mêmes raisons de recettes
en 1810 rendront en 1811 et 1812, c'est-à-dire ce qu'il faudrait ajouter sur
chacune de ces coalitions, indépendamment de ce que vous avez reçu, et ce que
cela devrait rendre.
Par exemple, vous
portez à l'article Provinces conquises, contributions de toute nature, 110
millions reçus en 1800 et 558,000 francs reçus en 1810. Je désire savoir ce que
cela rendra en 1811 ; et pour cela il faut que votre état contienne une colonne
indiquant ce que vous avez dû recevoir; car qu'est-ce qui me prouve que vous
avez porté tout ce que vous avez reçu, que vos receveurs ont porté tout ce
qu'ils ont reçu ? Ainsi j'ai la certitude que le trésor justifie de tout ce
qu'il a reçu, parce que le ministre des finances m'en remet le contrôle, par
l'état de ce que toutes les régies ont dû rendre. Si vos comptes peuvent
s'établir comme je le demande, j'aurai le compte non seulement de ce que vous
avez reçu, mais de ce que vous avez dû recevoir, et dès lors de ce que vous
recevrez. Faites-moi connaître s'il est possible de faire ce travail.
Vous portez en recette
28 millions de bénéfice, et vous affectez 23 millions de dépenses sur ces bénéfices;
mais qu'est-ce qui me prouve que ces bénéfices n'ont pas été plus considérables
?
Cela me conduit à l'état
n° 2. J'y vois ce que vous avez reçu en 1809 et en 1810, mais je ne vois pas ce
que vous deviez recevoir. Or il y a une portion de ce compte qu'il vous
appartient entièrement d'établir, ce sont les fonds que vous faites valoir :
ainsi sur 1810 il reste k recouvrer les intérêts de 1809; il en reste beaucoup
de 1810.
Je vous prie de me
faire un tableau qui me fasse connaître combien, indépendamment des 13
millions que vous avez reçus, vous deviez recevoir. Faites-moi connaître aussi
ce que rendra le Domaine comme intérêts en 1813.
Par ce moyen, je verrai
quels sont les chapitres qui doivent encore.
avril 1811 (Cette pièce
ne porte pas de date de jour; elle se trouve placée parmi les pièces de la
correspondance de Napoléon Ier entre deux pièces du
28 avril).
NOTE.
Cuxhaven offre
l'avantage de pouvoir contenir les chantiers de construction, car il parait
qu'on pourra construire des vaisseaux de guerre sur l'Elbe; il aurait encore
l'avantage de contenir la flottille; enfin il aurait celui d'être le point de
réunion et de rendez-vous des Français qui sont dans les trois départements et
qui s'y trouveraient à l’abri de toute incursion. Il y aura toujours à
Hambourg, Brème et Lübeck 8 à 10,000 Français, soit employés, soit gendarmerie,
douanes ou dépôts; ces hommes , au lieu d'errer dans l'Allemagne, auraient là
un point d'appui dans des circonstances où l'armée serait en avant. Cuxhaven
aurait donc tous les avantages, excepté celui de donner un point sur l'Elbe.
Hambourg aurait tous
ces avantages ; la flottille pourrait s'y retirer; les vaisseaux de ligne, il
est vrai, ne pourraient y arriver; mais il est difficile, d'ici à quelques
années, de se résoudre à faire des chantiers de construction dans une partie de
l'Empire aussi éloignée et si peu affectionnée. Les ponts et chaussées
paraissent avoir le projet d'y établir un port. Il sera facile d'être maître de
ce port et des îles qui couvrent l'Elbe vis-à-vis Hambourg. Dès lors 8 à 10,000
hommes, qu'on suppose enfermés dans Hambourg, auraient non seulement à une la
possession de la ville, mais aussi celle de tout le littoral de l'Elbe.
L'ennemi, pour attaquer cette place, sera obligé i ne circonvallation immense.
A tous ces avantages Hambourg joint celui d'être la capitale, la position
centrale, et de se garder elle-même.
Quelle garnison et
quelle dépense faudrait-il pour occuper cette place, et pour avoir deux ou
trois points bien retranchés, en forme de citadelles, pour contenir les
habitants ?
Dœmitz a l'avantage de donner un point sur l'Elbe, le plus près de l'Oder; mais
il s'éloigne beaucoup de Hambourg; il ne contribue directement ni indirectement
à la défense de cette ville ; les transports de Hambourg, Brème et Lübeck sur
ce point doivent être difficiles. Toutefois il est nécessaire que le comité
pèse les avantages et les inconvénients de ces localités, réunisse les mémoires
et les plans et me mette le tout sous les yeux.
Le seul point d'appui
de tout le Nord est Magdeburg, et Magdeburg est beaucoup trop loin; un point de
refuge devient nécessaire. Dans cette matière ce qui arrête toujours, ce sont
les garnisons; il faut calculer que dans les trois départements il y aura
toujours 1,500 douaniers, 1,000 hommes de la marine, 500 hommes de gendarmerie,
ce qui forme déjà 3,000 hommes d'élite, indépendamment des gardes forestiers,
des percepteurs des droits réunis, des divers percepteurs des impositions, des
autres Français établis à Hambourg, des habitants qui seront vraiment
affectionnés à la France, des Français même qui s'y établiront; on peut compter
tout cela pour près de 6,000 hommes.
Les dépôts de l'armée,
qu'on suppose toujours en avant, serait un objet de 4 ou 5,000 hommes; et enfin
un corps d'observation, qu'il est impossible de ne pas laisser sur les côtes,
formera toujours un corps de 5 à 6,000 hommes.
On voit donc qu'on
pourra toujours réunir un corps de 14 à 15,000 hommes pour contenir et garder
cette ville.
Si l'armée, au
contraire, n'est pas en avant, mais en Hollande, en France ou sur d'autres
frontières, occupée d'une autre guerre, les fortifications de Hambourg seraient
encore utiles ; car les Anglais débarqueraient seuls, ou de concert avec les
Danois, une armée de 25,000 hommes pour s'en emparer.
Si donc la ville de
Hambourg présentait des facilités pour son occupation, il y aurait de fortes
raisons pour en profiter.
Sa grande population
est sans doute une objection ; mais Gênes est aussi peuplée, Anvers,
Strasbourg, Lille, Mayence, Danzig, sont des villes tout aussi peuplées, et enfin,
dans la situation des armées d'aujourd'hui, il faut de grandes villes pour servir
de dépôts.
La population de
Barcelone est plus forte; et cependant qu'ont-ils pu faire ? Malgré leur rage
et leur passion, ils ont manqué de pain, et il n'y a jamais eu que 4,000
Français de garnison.
En coordonnant deux ou
trois points forts où des mortiers puissent brûler la ville, en ayant une bonne
citadelle où seraient placés tous les établissements d'artillerie, toutes les
casernes, les munitions et les vivres, les dépôts, la grande population
cesserait d'être un obstacle.
L'emplacement de cette
citadelle devrait être entre Hambourg et l'Elbe, de manière à être maître de
l'entrée du port et à s'étendre jusqu'à la rive gauche par des ouvrages
extérieurs, de manière qu'en supposant Hambourg pris cet immense camp retranché
pût faire une bonne résistance. II est urgent d'avoir
là une très bonne place.
Au premier aspect du
plan de Hambourg, on voit que l'attaque est sur un espace de 1,400 toises;
c'est donc l'objet de deux ou trois beaux forts extérieurs.
Il faudrait présenter
le projet d'une citadelle, placée immédiatement sur la rive droite de l'Elbe,
qui se liât, s'il était possible, avec le château de Harbourg,
de sorte que l'ennemi ne pût se placer entre la
citadelle et la ville, et qu'on restât maître des îles; et, comme ces îles
peuvent être inondées, on peut les occuper par des forts qui feraient un
système dont on tirerait le parti qu'on voudrait.
Le problème se
réduirait à ce que l'ennemi ayant pris Hambourg n'eût encore rien. Alors
l'ennemi serait obligé d'employer une armée de 30 ou 40,000 hommes contre 12 ou
15,000 hommes de toute espèce de troupes, qui l'arrêteraient extrêmement
longtemps.
Saint-Cloud, 29 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, les onze bataillons du train que j'ai en Allemagne, en France et en
Italie, me paraissent suffisants, puisqu'ils me fournissent plus de 16,000
chevaux, pour mettre en bon état le service de l'armée d'Allemagne.
Je désirerais donc que
les trente-sept compagnies du train dont les cadres reviennent d'Espagne restassent
en tout ou en partie à Pau, Toulouse ou Auch et fussent là complétées en
hommes, en harnais et en chevaux. On réunirait ainsi 4 à 5,000 chevaux
d'artillerie pour remonter, au mois d'août, tous les équipages de l'armée
d'Espagne.
Je désirerais également
que tous les hommes à pied de la cavalerie de l'armée d'Espagne qui reviennent
en France fussent envoyés dans un dépôt général, et que là on pût réunir 3 à 4,000chevaux, qui remonteraient la cavalerie
de cette armée.
La même mesure sera
prise pour les équipages militaires.
Je ne veux faire aucun
mouvement rétrograde : cela n'est que pour les hommes qui n'auraient pas
dépassé Bayonne et Bordeaux.
Donnez ordre qu'on
retienne à Rayonne et Bordeaux les hommes qui arriveraient, et rendez-m'en
compte.
Saint-Cloud, 29 avril 1811
NOTE DICTÉE EN CONSEIL D'ADMINISTRATION DU
COMMERCE.
Au prochain conseil,
les ministres des relations extérieures, de l'intérieur et des finances, et le
directeur général des douanes, présenteront à Sa Majesté un rapport sur notre
position actuelle à l'égard des Américains.
Ils placeront sous les
yeux de Sa Majesté les dernières circulaires sur cet objet, et proposeront ce
qu'il y a à faire pour le commerce des États-Unis, en empêchant les abus.
Par exemple, les permis
ou licences choquent les États-Unis; il leur parait, ce qui est vrai, que c'est
une restriction à la liberté du commerce, mais, en laissant subsister les
permis ou licences pour les particuliers, il n'y aurait peut-être point de
difficulté à admettre les Américains avec des marchandises de leur cru, et sous
la condition d'exporter des soies, des vins, etc.
Il faudrait aussi
s'assurer que les marchandises importées par eux proviennent réellement des
États-Unis ; pour établir cette preuve d'origine, il est indispensable
d'exiger des certificats, des papiers de bord, visés par des consuls français;
on pourrait, pour prévenir les faux , y faire ajouter quelque chose en chiffre.
Par cette méthode, la
question serait à peu près résolue pour les bâtiments qui viennent directement
d'Amérique; mais elle devient plus difficile pour ceux qui sont conduits en
Angleterre ou qui ne viennent en France qu'après y avoir relâché.
Les bâtiments qui
entrent dans les ports anglais ou qui en sortent sont dans le cas d'être
arrêtés par les corsaires français, d'après les décrets de Milan et de Berlin.
Pour juger si ce droit subsiste, il faut savoir ce qu'a fait le congrès.
La loi d'Amérique défend
aux bâtiments américains d'aller en Angleterre, et aux marchandises anglaises
d'entrer en Amérique. Tout bâtiment américain qui va en Angleterre est saisi en
Amérique.
Ce qu'on fait en
Amérique, on peut le faire en pleine mer, puisque l'État conserve la même
juridiction sur ses sujets : le gouvernement américain pourrait donc faire
saisir au milieu de l'Océan par ses frégates ou ses corsaires les bâtiments
américains en contravention à l'acte de non-intercourse,
qui auraient relâché en Angleterre ou qui s'y dirigeraient.
De là il résulte que
tout bâtiment qui a touché en Angleterre ou qui s'y dirige est désavoué par les
Etats-Unis, est en opposition aux lois de ce gouvernement et hors de sa
protection ; ce n'est plus qu'un contrebandier.
Par conséquent les
navires français peuvent exercer la répression qu'exerceraient les vaisseaux du
gouvernement américain.
Par conséquent le
gouvernement français peut faire arrêter dans ses ports tout bâtiment américain
venant d'Angleterre, parce que par ce seul fait il a cessé d'être américain, attendu
qu'il est impossible qu'un bâtiment avoué par les États-Unis arrive
d'Angleterre : ce n'est pas un bâtiment dénationalisé, c'est un bâtiment
anglais.
Cette manière de venir
au système du blocus de l'Angleterre serait fondée sur les termes de
l'intercourse.
Sa Majesté désire que
ses trois ministres pèsent tout cela pour savoir comment on doit concilier les
facilités à accorder au commerce des Etats-Unis avec les décrets de Milan et de
Berlin, qui sont des lois fondamentales dérivant de la nature des choses.
Tout souverain doit
protéger son pavillon, non seulement pour moi-même, mais en faveur des neutres.
Lors donc qu'une autre puissance viole ce pavillon, on doit lui faire la
guerre.
Les États-Unis n'ont
point déclaré la guerre à l'Angleterre, mais ils ont reconnu les décrets de
Berlin et de Milan, puisqu'ils ont autorisé leurs nationaux à commercer avec la
France et leur ont défendu toute relation avec l'Angleterre. En vrai droit
public, l'Empereur devait exiger que les États-Unis déclarassent la guerre à
l'Angleterre: mais enfin c'est faire la guerre en quelque sorte que de
consentir à l'application du décret de Berlin aux bâtiments qui auront communiqué
avec l'Angleterre.
Dans cette hypothèse,
on dirait : « Les décrets de Berlin et de Milan sont rapportés quant aux
États-Unis ; mais, comme tout bâtiment qui a relâché en Angleterre ou qui s'y
dirige est un bâtiment sans aveu, que les lois américaines punissent et
confisquent, on peut le confisquer en France. »
Si ce raisonnement
pouvait être établi, il ne resterait plus qu’à prendre des précautions pour ne
pas recevoir sur les bâtiments américains d'autres denrées que celles provenant
des Etats-Unis.
Les passeports des
consuls, les chiffres, et enfin quelques formalités qui constitueraient un
nouveau mode de certificat d’origine, pourraient donner quelques garanties.
On pourrait éviter les
visites prescrites par le décret de Berlin, qui sont trop rigoureuses, et y
substituer des visites simples, qui n'auraient pour but que de s'assurer de
l'origine des marchandises et du bâtiment.
Enfin, s'il était
impossible de tracer dans ce système une boute théorie, le mieux serait de
gagner du temps, en laissant les principes de cette matière un peu obscurs,
jusqu'à ce qu'on vit les Etats-Unis prendre un parti; car il ne parait pas que
ce gouvernement puisse rester longtemps dans sa situation actuelle relativement
à l'Angleterre, avec laquelle il a d'ailleurs des discussions politiques pour
les affaires de l'Amérique espagnole.
Saint-Cloud, 29 avril 1811
A Jérôme Napoléon, roi
de Westphalie, à Cassel
Mon Frère, je reçois
votre lettre du 14, dans laquelle vous me faites connaître le départ de votre
brigade pour Danzig, ainsi que du bon état où elle est et le bon esprit qui
l'anime. J'ai reçu cette nouvelle avec plaisir.
Le baptême du roi de
Rome a lieu le 2 juin; arrangez-vous pour être à Paris à cette époque. Je serai
bien aise de vous voir.
Puisque la reine va aux
eaux, témoignez-lui mes regrets. Je souhaite que les eaux lui soient utiles et
remplissent ce que vous désirez.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
A M. Maret, duc de
Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de
Bassano, je vous envoie un rapport que je reçois du prince d'Eckmühl sur deux
contrebandiers qu'il vient d'arrêter à Hambourg. Vous y verrez que la
contrebande est plus active que jamais en Prusse; qu'elle se fait par Kolberg,
et de là se dirige sur Leipzig et Francfort. Parlez-en ici au ministre de
Prusse. Il faut écrire en Saxe pour se plaindre de ce qu'on laisse tranquille
ce commerce de contrebande, et demander pourquoi les marchandises anglaises,
qui s'accumulent ainsi à Leipzig, ne payent pas les droits. Envoyez un agent
pour veiller sur ce qui se passe aux foires de Leipzig et de Francfort.
Écrivez également à M. de Saint-Marsan qu'il se laisse duper par la Prusse;
que, si les intentions du gouvernement prussien étaient franches, il n'aurait
pas besoin de faire un pont sur l’Oder ni de réunir des troupes à Dirschau ;
que tous ces mouvements sur les côtes sont inutiles, puisqu'on n'a rien à
craindre d'une descente des Anglais; qu'enfin si, avant de nous être entendus,
la Prusse fait des armements, ils sont contre moi, et je ferai aussitôt occuper
le pays; qu'il faut donc que la Prusse reste tranquille, qu'elle ne rappelle
aucun semestrier, qu'elle ne fasse aucun mouvement
tant que ma querelle avec la Russie ne sera pas terminée; qu'on a pu vouloir
lui faire accroire qu'on envoyait des troupes contre les Anglais, mais qu'on
sait bien que les Anglais ne feront pas de descente.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vois par une lettre
de la grande-duchesse que deux capitaines du second bataillon étranger de l'île
d'Elbe sont indiqués comme peu sûrs et mauvais sujets; que dans les officiers
du régiment italien deux sont désignés comme ivrognes et d'une conduite peu
régulière.
On m'assure que dans
les trois bataillons de la Méditerranée qui sont à l’île d'Elbe il y a deux ou
trois hommes à ôter pour mettre dans le bataillon colonial qui est en Corse; il
me semble qu'il faut les ôter sans délai et les envoyer au bataillon en Corse :
il ne faut que quelques hommes par compagnie pour corrompre tout un régiment.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre rapport
sur l'organisation du génie, et je l'approuve.
Il est nécessaire que les
dix-neuf compagnies qui appartiennent au corps d'observation de l'Elbe soient
toutes en Allemagne. Quant à celles des corps d'observation du Rhin et
d'Italie, il faut en laisser les deux tiers dans les places. Un tiers suffira
pour les premières marches de ces corps; on sera à temps de faire marcher le
reste quand ces troupes se mettront en mouvement.
Les huit compagnies de
sapeurs destinées pour le corps d'observation de l'Elbe doivent exister en Allemagne.
Quant à celles pour les corps d'observation du Rhin et d'Italie, il suffira
d'en faire rejoindre le tiers ; le reste pourra continuer les travaux jusqu'au
moment où l’on mettra les corps en marche.
La compagnie de mineurs
qui est à Cherbourg doit faire partie du corps d'observation du Rhin. Il sera
temps de la faire rejoindre quand ce corps passera le Rhin.
La 1e compagnie de
mineurs doit faire partie du corps d'observation d'Italie. Il sera temps,
quand le corps d'Italie devra entrer en Allemagne, que cette compagnie quitte Osoppo.
Les compagnies de sapeurs
qui sont à Wesel, à Ostende et Anvers seront à temps de partir quand le corps
d'observation du Rhin, auquel elles appartiennent, passera le Rhin. Cependant
il sera nécessaire qu'il y ait deux ou trois compagnies quand on formera le
corps.
Ce qui est important,
je le répète, c'est que le corps d'observation de l'Elbe, qui doit former
l'avant-garde, soit en tout et pour tout prêt à marcher.
Quant aux trois
compagnies du train qui se forment à Metz, il faut les compléter en tout,
chevaux, voilures, harnais, hommes, etc.
Je pense que, dans tous
les cas, il doit y avoir en France une compagnie de sapeurs à Ostende, une à
Anvers et une au Helder.
Quant aux 300,000
francs qui sont nécessaires, vous pouvez les prendre d'abord sur les fonds du
budget; on les régularisera après. L'important est de mettre sans délai en état
tout le matériel du génie.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je reçois votre travail du 29 avril sur la composition de l'artillerie
de l'armée d'Allemagne. Les bases n'en sont pas bonnes. Il paraît qu'il y a eu
erreur dans la copie de ma lettre. Je n'ai pas demandé de pièces de 8 ; j'ai
demandé que les batteries fassent de huit pièces de canon. Toutes les
divisions de cuirassiers et de dragons doivent avoir douze pièces d'artillerie
à cheval, et non pas six. Ainsi le corps d'observation de l'Elbe doit être composé
de deux batteries de 12, formées chacune de six pièces de 12 et de deux obusiers
à grande portée; de cinq batteries d'artillerie à cheval, formées chacune de
deux obusiers de 5 pouces 6 lignes et de quatre pièces de 6; de cinq batteries
d'artillerie à pied, composées chacune de deux obusiers de 5 pouces 6 lignes et
de six pièces de 6 ; ce qui fait cinquante pièces de 6, vingt obusiers de 5
pouces 6 lignes, douze pièces de 12 et quatre obusiers à grande portée ; total,
quatre-vingt-six bouches à feu; plus deux batteries d'artillerie à cheval, composées
de deux obusiers et de quatre pièces de 6, pour la division de cuirassiers qui
est en Allemagne. Je préfère, pour la règle, que cela soit porté sur la réserve
de cavalerie. Mais, comme cela doit exister en Allemagne, il faut le porter au
corps, en encre noire, pour totaliser, et à la réserve de cavalerie, en rouge.
C'est donc quatre-vingt-dix-huit bouches à feu qu'il faut au corps de l'Elbe.
Le corps d'observation
du Rhin sera composé de deux batteries de réserve de huit pièces chacune,
savoir : six pièces de 12 et deux obusiers à grande portée; quatre batteries à
cheval, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; et de quatre
batteries d'artillerie à pied, chacune de deux obusiers et de six pièces de 6;
ce qui fera douze pièces de 12, quarante pièces de 6, quatre obusiers à grande
portée, et seize obusiers de 5 pouces 6 lignes ; total, soixante et douze
bouches a feu.
Le corps d'observation
d'Italie sera comme vous l'avez présenté.
Les divisions de grosse
cavalerie doivent avoir deux batteries d'artillerie à cheval, chacune de deux
obusiers et de quatre pièces de 6.
Quant à l'artillerie de
la Garde, elle sera organisée de la manière suivante : deux batteries à cheval,
chacune de deux obusiers et quatre pièces de 6; deux batteries à pied, chacune
de deux obusiers à grande portée et de six pièces de 12; enfin quatre batteries
à pied, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; ce qui fera pour le
service de la Garde seize obusiers, douze pièces de 12 et trente-deux pièces de
6; total, soixante bouches à feu.
Les deux batteries
d'artillerie à cheval qui sont en Espagne, les trois compagnies de régiment qui
sont également en Espagne ne comptent point dans ce nombre de pièces.
Il sera joint à la
Garde quatre batteries d'artillerie à cheval servies par la ligne, chacune de
deux obusiers et de quatre pièces de 6; deux batteries à pied, chacune de deux
obusiers et de six pièces de là; enfin quatre batteries à pied, chacune de deux
obusiers et de six pièces de 6; ce qui fera soixante et douze pièces
d'artillerie. Ainsi la réserve de l'armée, jointe aux soixante pièces de la
Garde, sera de cent trente-deux bouches à feu. Les compagnies du train de la
Garde qui sont en Espagne y resteront. Les deux bataillons devront suffire
autant que possible à tout service. A cet effet, les compagnies du train de la
Garde seront portées au même complet que la ligne, et, si cependant cela ne
suffit pas, on y suppléera par le train de la ligne.
Ordonnez tous ces
mouvements, sans prendre mes ordres, pour compléter l’artillerie du corps d'observation
de l'Elbe comme je viens de le déterminer. Mais vous ne devez faire aucun
mouvement pour ce qui regarde le corps d'observation du Rhin que lorsque
j'aurai approuvé ce mouvement et donné un nouvel ordre.
Je vous renvoie donc votre
travail pour que vous le corrigiez.
Je ne conçois pas trop
pourquoi vous ôtez du corps d'observation de l'Elbe deux compagnies du 5e
régiment qui y sont, pour y mettre deux compagnies du 2e régiment. Il ne faut,
en général, rien ôter au corps de l'Elbe pour donner aux autres corps, puisque
ces corps ne se rencontreront peut-être jamais. Ainsi il faut employer au corps
de l'Elbe tout son matériel de l'artillerie, du génie, du train, n'avoir rien à
lui envoyer que de nouveau et n'avoir rien à lui retirer
Je voudrais placer le
1er d'artillerie à cheval à la réserve d'artillerie de l'armée, devant marcher
avec la Garde.
Il ne faudrait pas
donner deux compagnies du 2e régiment d'artillerie à cheval pour l'escorte de
l'artillerie ; il vaudrait mieux former un escadron de marche de 200 hommes de
cavalerie légère ou de dragons.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de
Cessac, il est arrivé de Mayence dans l'île de Walcheren 560 habits; le drap en
est mauvais et les habits sont trop étroits de la poitrine et trop longs; on
sera obligé de les refaire en entier. Il est arrivé des magasins de Paris 1,084
habits, qui sont gaiement trop étroits de la poitrine. 940 vestes et 400
culottes sont arrivées des magasins de Mayence : c'est un véritable rebut de
magasin. 1,600 shakos sont également arrivés; ils sont bons; 3,200 chemises
idem; 1,600 paires de bas idem; 3,300 paires de souliers idem. Ainsi, au 20
avril, il est arrivé bien peu de chose. L'hôpital de Middelburg est extrêmement
mauvais : les hommes y meurent beaucoup. Voyez à remédier à tout cela.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Mon intention est qu'en
réparant le magasin général de Flessingue on le voûte pour le mettre à l'abri
de la bombe. Dans une place comme Flessingue, tout bâtiment qui n'est pas à
l'abri de la bombe est sans résultat. Je préfère donc, si cela est nécessaire,
que ce magasin soit moins élevé, mais que les premiers étages soient à l'abri de
la bombe. Faites-moi un rapport là-dessus.
Saint-Cloud, 30 avril
1811
Au capitaine
Montmorency, officier d’ordonnance de l’empereur, à Paris
Monsieur le Comte
Montmorency, rendez-vous à la Rochelle; vous ferez le tour de la place; vous
compterez le nombre des pièces qui sont en batterie, vous noterez de quel calibre
elles sont; vous verrez les travaux qu'on y fait, la garnison qui s'y trouve.
De là, vous passerez
dans l'île de Ré, où vous séjournerez cinq ou six jours. Vous ferez le tour de
l’île; vous prendrez note des batteries et de leur armement, ainsi que des
forts qui la défendent; vous prendrez le nom des officiers qui y commandent, et
me rendrez compte de tout ce qui peut m'intéresser. Vous verrez la garnison, le
régiment de conscrits réfractaires. Vous vous informerez si les capitaines, lieutenants,
sous-lieutenants, sergents et caporaux sont arrivés; combien il en manque;
combien il y a de bataillons de formés; si l'habillement est arrivé, si les
conscrits sont habillés; si l'armement est arrivé et si les conscrits sont
armés ; quand ils seront habillés et armés; quelle volonté ils ont. Si cinq ou
six jours ne vous suffisent pas, vous resterez plus longtemps pour vous mettre
en état de me donner le plus de détails possible. Vous m'enverrez tous les
jours un rapport de ce que vous aurez vu.
Vous reviendrez de
l'île de Ré à la Rochelle, et de là vous suivra le long de la côte jusqu'à
l'embouchure de la Charente. Vous prendrez connaissance du nombre et de la
force des batteries, du nombre d'hommes employés à chacune d'elles, de la
manière dont le service se fait, des travaux qu'on y fait; vous noterez celles
qui sont fermées à la gorge.
De la batterie de
Fouras vous retournerez, par la rive droite de la Charente, jusqu'à Rochefort,
de batterie en batterie, en faisant les mêmes observations. Vous m'enverrez un
premier rapport de Rochefort. Vous visiterez les remparts de cette place; vous
prendrez note de la quantité de pièces qui sont en batterie et de leur calibre,
du nombre d'ouvriers qui travaillent à l'arsenal, de l’emplacement des cales et des lieux où
sont les bâtiments en désarmement. Vous m'enverrez l'état de situation des
troupes.
De Rochefort vous vous
rendrez à l’île d'Aix. Vous visiterez les travaux qu'on y fait, les batteries,
leur armement et leur approvisionnement, les commandants, les troupes, enfin tout
ce qui intéresse mon service. Vous y passerez une nuit entière. Vous irez voir
ensuite les vaisseaux et frégates en rade. Vous reviendrez à Rochefort, d'où
vous m'enverrez le rapport de votre visite à l'île d'Aix et sur l'escadre.
A Rochefort, vous
descendrez la rive gauche de la Charente jusqu'à l'île Madame, et de là à
l'embouchure de la Gironde. Vous remonterez de la rive droite de la Gironde
jusqu'à Blaye, et vous m'enverrez le résultat de vos observations pendant cette
tournée sur tout ce qu'il m'importe de connaître.
De Blaye vous pourrez
aller passer deux jours à Bordeaux, après quoi vous reviendrez en droite ligne
dans l’île de Ré ; vous y passera deux jours pour revoir les progrès qu'a faits
le régiment de l’île de Ré, et vous retournerez à Paris.
Saint-Cloud, 30 aprile 1811
AU PRÉSIDENT DU SÉNAT DU ROYAUME D'ITALIE, À MILAN.
Signor Présidente del
senato, desidero che facciate conoscere al senato il mio aggradimento
pei sentimenti che mi esprime all’occasione della
nascita del re di Roma. Mi fa piacere l'intendere che i popoli del mio regno
d'Italia abbian trovato in questo fausto avvenimento
nuovi motivi di speranze, e dato nuovi contrassegni d'attaccamento alla mia
persona. Niuna cosa potrà mai esser più grata al mio cuore di ciò che mi confirma l'amore de’ miei popoli.