1er – 15 décembre 1811

 


Paris, 2 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le corps d'observation de l'Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je réponds à l'une de vos lettres du 26 novembre. Si le grand-duché de Varsovie, qui a plus de 4 millions d'habitants, ne peut pas nourrir ses troupes, malgré tous les avantages que je lui fais en favorisant son emprunt, qui lui a déjà rendu plusieurs millions, en nourrissant, soldant et habillant la division qu'il a en Espagne, qui est le quart de son infanterie, je ne puis pas compren­dre comment ce 

Je réponds à l'une de vos dernières lettres, du 28 novembre. Les Allemands se plaignent que tous ces bruits d'insurrection de l'Alle­magne sont fomentés par les Français, qui, à force de s'en entretenir et de s'échauffer sur cet objet, finiront par y faire croire. Ils se plai­gnent que vous ayez dit à Rostock que vous sauriez bien empêcher l'Allemagne de devenir une Espagne; que, tant que vous y comman­deriez, on n'oserait rien entreprendre. Ces propos font un mal réel. 11 n'y a rien de commun entre l'Espagne et les provinces d'Allemagne. L'Espagne serait réduite depuis longtemps sans ses 60,000 Anglais, sans ses 1,000 lieues de côtes qui font que nos armées sont partout sur les frontières, et enfin sans les 100 millions que lui a fournis l’Amérique, car l'Angleterre n'est pas en état de lui fournir de l'ar­gent. Mais, comme en Allemagne il n'y a pas d'Amérique, ni la mer, ni une immense quantité de places fortes et 60,000 Anglais, il n'y a rien à craindre, l'Allemand fût-il même aussi oisif, aussi fainéant, aussi assassin, aussi superstitieux, autant livré aux moines que l’est le peuple d'Espagne, où il y avait 300,000 moines. Jugez donc de ce qu'il y a à redouter d'un peuple si sage, si raisonnable, si froid, si tolérant, tellement éloigné de tout excès qu'il n'y a pas d'exemple qu'un homme ait été assassiné en Allemagne pendant la guerre. L'Autriche était bien plus susceptible d'être mise en révolution. Les effets ont prouvé le peu de fondement des craintes qu'on voulait con­cevoir. II est donc très-fâcheux qu'on entretienne les généraux de ces chimères, et qu'on laisse circuler dans le pays des comparaisons qui ne peuvent faire que du mal, sans produire aucun bien. S'il y avait un mouvement en Allemagne, il finirait par être pour nous et contre les petits princes.

Quant à la Westphalie, le peuple de la Hesse, qui est le principal, est bien loin de regretter l'électeur; l'armée est attachée au Roi. Il sera avantageux que vous portiez de votre côté plus d'aménité envers le gouvernement westphalien et envers le Roi ; il vaut mieux concilier qu'aigrir.

Je ne sais pas pourquoi Rapp se mêle de ce qui ne le regarde pas; il n'y a que deux faits dans son rapport : 1° que Kotzebue a fait un pamphlet; 2° que les Anglais en ont fait un autre, qui a pour titre Campagne de Portugal II devait vous rendre compte de ces deux faits et ne pas parler d'autre chose. De quoi va-t-il parler de ce qui se passe en Hongrie, de l'esprit qui anime la Confédération et ces pays, lui qui en est si éloigné ! Qu'il se renferme dans son gouverne­ment, qu'il se mêle de ce qui le concerne et qu'il se borne à me rendre compte de Danzig et des pays environnants. Je vous prie de ne pas me remettre de pareilles rapsodies sous les yeux. Mon temps est trop précieux pour que je le perde à m'occuper de pareilles fa­daises. Vous ne prétendez sans doute pas que je m'instruise de ce qui se passe en Hongrie et en Autriche par des rapports de Danzig, surtout transmis par un homme aussi faible et dont je fais aussi peu de cas, hormis un jour d'affaire, que Rapp; tout cela ne sert qu'à me faire perdre mon temps et à salir mon imagination par des ta­bleaux et des suppositions absurdes. Vous deviez m'envoyer l'extrait, du rapport de Rapp et me dire en deux mots : Le général Rapp me mande qu'un pamphlet, ayant pour titre Campagne du Portugal, est répandu par les Anglais (libelle dont nous avons 1,000 exemplaires), et que Kotzebue en a fait un autre.

Ce que vous devriez recommander au général Rapp, c'est que les généraux ne s'intéressent pas dans les corsaires, et que ces corsaires n'abusent point de cela pour ravager des côtes et commettre des choses injustes qui m'engagent ensuite dans des querelles. Un officier ne doit point figurer dans de pareilles entreprises, surtout un général dont les décisions provisoires ont de l'influence sur la matière.


Paris, 3 décembre 1811.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, sur le rapport que vous nous avez fait de la satisfaction que vous avez du service de Madame Boubers, sous-gouvernante de nos enfants, et du baron de Canisy, notre écuyer, nous avons accordé à la dame Boubers une dotation de 10,000 francs de rente, et au baron de Canisy un supplément de dotation de 6,000 francs.


Paris, 4 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Si l’on organisait les canonniers de la marine de manière à n'avoir, au lieu de colonel, qu'un simple major à la tête de l'administration des régiments, et qu'on supprimât le grade de colonel, de chef de bataillon et d'adjudant major du bataillon; qu'on n'eût que 2 offi­ciers par compagnie, savoir : sur six compagnies, 3 capitaines, 3 ca­pitaines en second, 3 lieutenants et 3 lieutenants en second, ce qui produirait la suppression de 2 officiers par compagnie; si l'on opé­rait, dis-je, ces changements, quelle serait l'économie en appointe­ments, masse de logement, indemnités de fourrage, de chauffage, etc.? Puisqu'en embarquant 120 canonniers on n'embarque qu'un officier, il parait inutile d'en avoir plus de deux, et cette grande quantité d'of­ficiers supérieurs sans emploi est d'un mauvais effet.

L'instruction des canonniers de la marine est médiocre. Leur poly­gone à Brest, à Lorient, à Toulon, n'est pas organisé d'une manière satisfaisante; ils n'ont point de mortiers de différents calibres; ils ne sont pas suffisamment exercés. Je désire que vous me fassiez un rap­port là-dessus, car j'attache une grande importance à perfectionner le canonnage.

Je désire un rapport, 1° sur le canonnage de mer; nos ennemis nous reprochent de tirer pour démâter, tandis qu'ils visent constam­ment à couler ; 2° sur le tir à boulets creux ; les expériences faites dans tous les temps ont prouvé l'avantage de ces boulets et le résultat satisfaisant qu'on doit s'en promettre pour les vaisseaux ; 3° enfin, sur le mauvais usage qui s'est introduit de dégorger les cartouches au milieu du combat pour diminuer la charge, habitude désastreuse à laquelle les Anglais attribuent le grand nombre d'accidents qui arri­vent à bord de nos vaisseaux.


Paris, 4 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai lu avec intérêt votre rapport sur l'organisation de l'équipage d'artillerie de la nouvelle Grande Armée, composé de cinq cent douze pièces d'artillerie de ligne, de cent soixante et seize pièces d'artillerie de régiment, formant en tout 3,559 voitures d'artillerie et 804 voi­tures de régiment.

Donnez des ordres pour que ce qui est porté dans les états comme appartenant au corps d'observation de l'Elbe et à la réserve de cava­lerie soit dirigé sur Wesel, Monster et Mioden. Je vous autorise à faire rentrer après cela, sous les hangars, les voitures destinées au corps d'observation d'Italie et de l'Océan et à la Garde; bien entendu que vous dirigerez le personnel et les attelages sur les différents points où se trouve le matériel, afin que, dans les huit jours où j'en donnerai l'ordre, les voitures puissent être rechargées sur-le-champ et se mettre sur-le-champ en marche pour leur destination. On aurait aussi l'avantage de revoir les voitures, de sorte qu'elles seraient plus en état lorsqu'il faudrait s'en servir. Il doit y avoir à Vérone assez d'é­glises et de magasins pour remiser tout le train du corps d'observation d'Italie.

J'approuve toutes les dispositions et les mouvements que vous pro­posez pour le 7e bataillon principal et pour le 7e bataillon bis. L'ar­mée d'Italie aura ainsi ses 1,500 chevaux, et le 7e bataillon prin­cipal, complet en hommes, arrivera à Besançon assez à temps pour prendre des chevaux. Dans les évaluations, vous ne portez que pour mémoire la valeur des 600 chevaux que vous cédez au royaume d'Italie; vous portez le déficit à 7,600 chevaux; mais, dans le nom­bre de 19,600 chevaux que vous avez demandés, vous comprenez les 2,200 chevaux italiens; en les ôtant, vous n'aurez donc plus besoin que de 17,400 chevaux; au lieu de 7,600 chevaux, il n'en faudrait donc plus que 5,400. J'ai pris un décret que vous recevrez pour acheter 8,820 chevaux en trois commandes successives.

Le nombre des caissons d'infanterie me parait plus considérable qu'il ne l'a été à aucune époque des campagnes de la Grande Armée. Quelques voitures d'approvisionnement pourraient, si cela était nécessaire, être laissées derrière.

Quant au personnel, je ne pense pas qu'il faille prendre des com­pagnies à Amsterdam ni à Delfzyl : ces compagnies doivent être rui­nées; il faut prendre d'autres compagnies. Ces hommes seront malin­gres et difficilement disponibles de l’année.

Quant aux officiers généraux de l'artillerie, en ayant retiré deux de l'armée de Catalogne, je pense qu'on pourrait aussi retirer le général Bourgeat de l'armée du Midi. Il serait possible que le général Nourry fût disponible. Il faut laisser le général d'Aboville, qui parait nécessaire. La distribution que vous présentez des différents généraux d'artillerie me paraît convenable; en attendant, laissez-les à leur poste, hormis les généraux Pernety, de Gière, Baltus, Martuschewitz, un autre général au lieu du général d'Aboville, et les généraux Lepin et Jouffroy, qui sont nécessaires au corps d'observation de l'Elbe et à la réserve de cavalerie. Laissez les autres en congé, ou servez-vous-en pour le besoin général. Le général Charbonnel pourrait rem­placer le général d'Aboville aîné. Le général d'Arancey pourrait être chargé du détail de l'équipage de siège, sous les ordres du général commandant en chef l'artillerie.

Restent les pontonniers ; proposez-moi un général pour mettre à la tête des ponts, les officiers d'état-major d'artillerie, et les compa­gnies de pontonniers, d'ouvriers, qui seront attachées à l'équipage.

Faites les changements pour les généraux d'artillerie et pour le personnel du corps d'observation de l'Océan, en y mettant des com­pagnies qui n'aient pas été en Hollande cette année. Mettre au parc une ou deux compagnies du 9e car il est bon de laisser en France le plus possible d'anciens Français.


Paris, 4 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Tout ce qui est relatif à l'équipage d'artillerie de la Grande Armée est organisé, hormis le service des ponts ; il faut que ce service soit organisé très-largement. Il faut des pontons à chaque corps d'armée et des moyens pour réparer les ponts; il en faut ensuite à la direction générale des ponts. Mon intention est d'avoir, attelés et suivant l'armée, les bateaux, agrès et matériaux nécessaires pour jeter deux ponts sur la Vistule ; faites-moi connaître combien de chevaux il faut pour cela.

Il y aura au parc d'artillerie un bataillon d'ouvriers de la marine, formé de six compagnies et de 840 hommes, un équipage de marins de 1,200 hommes ; ce qui fera 2,000 marins qui se trouveront atta­chés aux équipages de pont. Il est absolument nécessaire qu'il y ait à la suite de l'équipage de pont les voitures nécessaires pour porter les outils de ces 800 ouvriers.

Le bureau de l'artillerie, avant de me présenter la formation de l'équipage de pont, doit se concerter avec le bureau du génie, afin qu'il n'y ait pas de double emploi et que cela marche d'accord.

Le génie doit pourvoir à ce qu'il y ait le plus possible d'outils à pionniers et les objets nécessaires à la réparation des ponts.

Un bataillon d'ouvriers de la marine de 800 hommes sera attaché au parc du génie; il faut qu'il ait tout ce qui est nécessaire pour jeter promptement un pont sur pilotis.

Un de ces équipages de pont doit exister à Danzig. On m'assure qu'il y en a un à Magdeburg. Si cela est nécessaire, il faut en faire construire un second à Danzig; je suppose qu'on a les ancres et tout ce qui est nécessaire.

Je désire que vous me présentiez le projet de l'équipage de pont en même temps que celui de l'équipage du génie.


Paris, 5 décembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Suchet pour vous plaindre de ce que la correspondance de sa femme avec Ai"* Saligny parle de ce qui se passe à son armée; que ces détails ne doivent point se trouver dans la lettre d'une femme, qui ne doit point connaître ni la force des troupes, ni les mouvements qui se font, mais parler de sa santé, et voilà tout.


Paris, 5 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, donnez les ordres nécessaires pour qu'au 10 décembre les frégates la Dorinde et la Pregel, et la corvette l’Aigrette, soient prêtes à partir, sous le commandement du capitaine Bouvet, pour se rendre à Java. Rédigez les instructions de cet officier conformément à ce qu'a décidé le conseil, ce dont vous me rendez compte par votre rapport du 4, et soumettez-les à ma signature.

Vous ferez embarquer sur la frégate la Clorinde : 1° cent vingt hommes du bataillon expéditionnaire de Brest; on prendra de préfé­rence les sergents-majors, sergents, caporaux et caporaux-fourriers se présentant de bonne volonté; on complétera le reste des cent vingt hommes par des soldats sachant lire et écrire et étant le plus en état d'être utiles à la colonie ; 2° un capitaine ou un lieutenant de bonne volonté, pris parmi les officiers des canonnière de la marine, ayant moins de trente-cinq ans, et ayant des services et de la capacité, et quatre sergents ou sergents-majors d'artillerie de marine, hommes de bonne volonté, ayant des services et de l'expérience; 3° un capitaine en second de l'artillerie de terre, un lieutenant et un sous-lieutenant, pris parmi ceux qui se trouvent à Rennes, de bonne volonté ; ce qui fera huit officiers et sous-officiers d'artillerie; 4° un capitaine du génie, avec un lieutenant et un sous-lieutenant; 5° deux lieutenants ou sous-lieutenants d'infanterie, de bonne volonté, pris dans le 3e de ligne ou dans le 20e léger, qui sont à Brest, parmi les officiers les plus capa­bles; 6° un général de brigade, capable de commander l'infanterie de la colonie, et plus habile que celui qui a été envoyé, avec ses deux aides de camp; ce général de brigade sera désigné par le mi­nistre de la guerre ; 7° cinq administrateurs de marine et employés de la trésorerie, jeunes gens propres à tenir les écritures; ces em­ployés seront désignés par vous ou par le préfet maritime de Brest dans l’étendue de son arrondissement.

La frégate la Pregel embarquera le même nombre d'hommes et d'officiers et d'employés ; mais, au lieu de prendre un général de bri­gade , elle prendra deux adjudants et un colonel d'artillerie ; cet officier sera destiné à commander en chef l'artillerie de la colonie. Faites choix d'un officier distingué et capable de remplir cette fonc­tion importante.

Enfin, la corvette l’Aigrette ne prendra que la moitié de ces pas­sagers, et, au lieu d'un colonel, elle prendra un chef de bataillon du génie, homme d'expérience et capable de commander en chef le génie de la colonie.

La Clorinde et la Pregel prendront chacune à bord le chargement suivant : 1,500 fusils, 1,500 pièces de rechange, 100 carabines, 100 paires de pistolets, 150 sabres de cavalerie légère, du cuivre et autres objets de détail utiles à la colonie.

La corvette l’Aigrette ne prendra que la moitié de ce chargement ; ce qui fera 750 fusils, 750 pièces de rechange, etc.

Expédition de Nantes. Une expédition pareille partira de Nantes, composée des frégates l’Ariane et l'Andromaque et du brick le Mameluk.

L'Ariane embarquera à Nantes : 1° soixante hommes pris parmi les sous-officiers et soldats du dépôt d'Angers et soixante hommes choisis, savoir : vingt parmi ce qu'il y a de mieux au dépôt du 121e de ligne, qui est à Blois, et trente dans le 5e bataillon du 122e, qui est à Ven­dôme, et, avec ces hommes, un lieutenant, un sous-lieutenant, quatre sergents et quatre caporaux ; 2e trois officiers et sous-officiers de l'artillerie de terre, et trois officiers et sous-officiers de l'artillerie de marine, pris à Lorient ou à Nantes; 3° trois artistes, de ceux dont le genre de talent peut être le plus utile à la colonie; 4° dix officiers d'administration, que vous désignerez ou qu'on choisira à Nantes.

L'Andromaque embarquera le même nombre d'officiers et d'em­ployés et soixante hommes pris au dépôt d'Angers et soixante autres choisis, savoir : trente dans le dépôt du 26e de ligne, qui est à Napoléon, et trente dans le 7e bataillon du 82e, qui est à la Rochelle.

Vous ferez mettre sur chacune de ces frégates le même chargement que sur la Clorinde et sur la Pregel; et, indépendamment du cuivre, vous ferez embarquer sur les deux expéditions 20,000 francs en piastres, qui seront remis au capitaine, de sorte que, si les frégates venaient à être prises, cette somme pût passer comme appartenant au capitaine.

Si le brick le Mameluk peut porter des hommes, on mettra à bord une trentaine d'ouvriers pris à Nantes, de ceux qui peuvent être le plus utiles à la colonie.

Les deux expéditions, arrivant, porteront à la colonie un secours de 6,400 fusils, etc.

Le capitaine hollandais Melvill Carnbee commandera l'expédition de Nantes.

Vous ferez préparer la corvette la Coquette, qui est au Passage, pour porter à Batavia quarante hommes, un millier de fusils et une quantité proportionnée de pièces de rechange, de carabines, de sa­bres et de pistolets, du cuivre et des nouvelles. Cette corvette partira après qu'une des deux expéditions sera partie.

Vous aurez soin de faire mettre sur chaque frégate une collection d'une année du Moniteur et des gazettes de Hollande ; réunissez une grande collection de ces dernières, afin que tous les détails de mon voyage soient connus dans la colonie.


Paris, 5décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est que trois frégates, sous les ordres d'un bon offi­cier et avec de bonnes instructions, partent du port de Toulon, avec douze bâtiments chargés de farine et de riz, pour Barcelone. Il faut que le convoi arrive par un temps décidé, en évitant les côtes de Rosas et en venant plutôt du côté de Tortose; que les frégates s'ap­prochent très-près de Barcelone, de manière à y faire entrer à la pointe du jour les bâtiments du convoi. Donnez sans délai des ordres pour le chargement des vivres. Il est nécessaire qu'avant le 20 dé­cembre ce convoi soit prêt à partir. Envoyez votre ordre par l'esta­fette à Lyon, d'où on le fera passer à Toulon par une estafette parti­culière. Tortose, Tarragone nous appartiennent : ces ports peuvent recevoir des frégates.

Donnez ordre à l'officier qui commande à Cette de faire faire autant d'expéditions qu'il pourra pour Barcelone par le cabotage : il y a des temps et des circonstances où des expéditions faites par des gens accoutumés à ce trajet peuvent réussir.


Paris, 5 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le corps d'observation de l'Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre sur les travaux de Modlin. Puisque la couronne A ne peut pas être achevée cette année, on doit finir la lunette n° 19 et la mettre en état de défense; elle ne se trouve qu'à 300 toises de la flèche n° 27 et à 100 toises de la rivière. L'en­nemi ne pourra donc s'en emparer qu'en y ouvrant la tranchée, et il ne pourra le faire qu'après que son équipage de siège sera arrivé et mis en mesure pour cette opération. Il est fort intéressant d'être maître de ce point n° 19 aussi longtemps qu'il sera possible, puisque par cette position on est maître aussi du pont de la Vistule. Donnez donc des ordres pour que l'ouvrage n° 19, avec un bon blockhaus à la gorge, capable de tenir 100 hommes, soit fait sans délai et armé. Ensuite, le plus tôt possible, on doit finir la couronne A, car il faut, avant tout, s'assurer le pont, puisque c'est le principal but de toute la place de Modlin. On voit par le profil général que la gorge de la place domine de plus de 60 pieds l'ouvrage de Kazun ; il n'est donc pas probable que l'ennemi se loge dans cet ouvrage, sous le feu de tonte la gorge de la place. D'ailleurs, rien n'empêchera d'établir un avant-fossé, large et plein d'eau, qui offre un obstacle à l’assaut qu'on voudrait donner à cette tête de pont.

Je vois avec plaisir que la place est approvisionnée ; elle doit l'être pour six mois. 3 à 4,000 hommes de garnison m'y paraissent suffi­sants, savoir : un régiment entier, deux compagnies de sapeurs, quatre compagnies d'artillerie, un escadron de cavalerie, et enfin une compagnie de dépôt de chaque régiment, ce qui fera 1,500 hom­mes de dépôt; en tout 4,000 hommes. Le service ne doit pas se faire par des gardes qui se relèvent, mais par des bataillons ou compa­gnies qui restent à poste fixe dans les bastions, demi-lunes et contre-gardes ; c'est la méthode turque ; elle est la meilleure pour la défense et la plus économique en hommes. Ainsi, par exemple, on charge­rait un demi-bataillon de la défense de la couronne C; il s'y établi­rait, aurait toujours là la moitié ou le tiers de son monde de service ; le jour, tous ces hommes travailleraient à fortifier le poste qu'ils au­raient à défendre et le mettraient avec empressement dans le meilleur état possible; la nuit, tout le monde serait encore là. L'infanterie fournirait d'ailleurs le nombre d'hommes nécessaire pour servir l'ar­tillerie de cette partie de la place. Vous comprenez les avantages que doit avoir ce service sur la méthode ordinaire, où les postes se re­lèvent toutes les 24 heures; ce qui fait que le soldat s'établit mal et ne porte aucun intérêt à fortifier le poste où il se trouve. Vous devez donc donner pour instruction que, si le siège venait à avoir lieu, on eût à charger de la défense de chaque front un officier et une portion de la garnison qui baraquerait là ; les soldats y resteraient toujours. Comme il y a une grande quantité de bois à Modlin, on laisserait les soldats maîtres de se faire eux-mêmes des blindages, en appuyant le bois contre le talus intérieur du rempart; ce qui fera des baraques faciles à construire, parfaitement à l'abri de la bombe, et dans lesquelles les soldats pourront coucher en cas de bombardement. Les casernes resteront disponibles pour les hôpitaux et la réserve ; par ce moyen , au lieu de 300 travailleurs par jour pour le génie, nombre que l’on voit porté dans le mémoire, il y en aurait par jour 3,000 ; car, hormis les sentinelles et quelques grand'gardes, tout le monde travaillerait; de même, au lieu de 200 servants pour l'artillerie, il y en aurait 3,000; car tout le monde s'exercerait à servir les pièces qui doivent défendre la portion de la place qui leur sera confiée. Donnez donc une instruction en conséquence et redressez toutes ces idées.

Comme le livret de l'artillerie n'était pas joint à l'état, je ne puis juger de sa situation ; mais donnez ordre que les pièces de 24 qui sont inutiles à Varsovie soient envoyées à Modlin ; qu'on ne laisse à Praga que le plus petit nombre de pièces nécessaires, et qu'on arme Modlin de pièces de 24, de 12 et d'obusiers ; qu'on y transporte les cartouches, les armes, etc.; qu'on mette un général pour y com­mander, des officiers du génie, d'artillerie, des commissaires des guerres; enfin, qu'on mette en tout point la place dans le meilleur état de défense, sans attendre au dernier instant.


Paris, 6 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire de pourvoir d'une manière constante à la défense des frontières de la 10e division militaire, c'est-à-dire des départe­ments des Pyrénées-Orientales, Ariège, Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées. Il doit y être pourvu par trois moyens :

1° La formation de la garde nationale dans ces quatre départe­ments, conformément aux lois. Remettez-moi, en conséquence, les projets de décrets nécessaires pour cet objet; présentez-moi les nominations des colonels pour les légions et des chefs de bataillon pour les corps. J'enverrai un sénateur qui sera chargé des autres nomina­tions et de l'organisation d'après les bases que j'ordonnerai.

Vous organiserez les corps par sous-préfectures. Cette garde natio­nale ainsi organisée dans ces quatre départements doit, je crois, donner près de 45,000 hommes.

On distribuera 6,000 fusils à toutes les gardes nationales qui sont dans les sous-préfectures limitrophes et à une marche de la frontière.

On les exercera les dimanches, de sorte qu'à chaque événement on puisse avoir 6,000 hommes en armes. Les municipalités des com­munes seront responsables des fusils. Il y aura des dépôts de car­touches, et, au signal d'alarme, les gardes nationales marcheront au secours sous les ordres du général commandant.

2° Chacun de ces quatre départements limitrophes fournira deux bataillons d'élite, à six compagnies de 150 hommes; au total, 900 hommes par bataillon; ce qui fera, pour les quatre départe­ments, un effectif de 7,200 hommes. Ils seront sous les ordres du sénateur, et soldés, habillés, organisés comme ils l'ont été dans le Nord.

Les départements de l'Aude, Tarn, Tarn-et-Garonne et Gers, fourniront chacun un bataillon d'élite, de sorte qu'il y aura en tout douze bataillons d'élite qui, à 900 hommes, feront une masse de 10,800 hommes qui aura toujours 9,000 hommes sous les armes, les départements devant être chargés de les tenir au complet.

Les deux bataillons d'élite des Pyrénées-Orientales seront placés à Mont-Louis et en avant de Perpignan; les deux de l'Ariège, deux de la Haute-Garonne, quatre des quatre départements de 2e ligne, total huit, seront sous les ordres directs du sénateur, à Foix, et seront chargés de la défense de l’Ariège et du val d'Aran ; les deux bataillons des Hautes-Pyrénées seront placés à Venasque, dans le val d'Aran, et sur tout autre point voisin. Il y aura donc sur cette frontière 6,000 hommes, gardes nationales, armés, 10,000 d'élite, en tout 16,000, uniquement chargés de la défense des frontières.

Le troisième moyen est de conserver les bataillons de chasseurs de montagne, composés de conscrits réfractaires, etc. Vous devez avoir l'état de formation et savoir s'ils sont recrutés par la garde nationale ou les conscrits.

Ces mesures mettront ces frontières à l'abri des dévastations ; on n'aura plus à gémir sur les suites des irruptions des bandes espa­gnoles.

Vous pouvez prévenir le sénateur Rampon que je l'ai choisi; et même, si le conseiller d'État Pelet est encore dans ces pays, il pour­rait y rester jusqu'à la fin de l'organisation définitive, dans laquelle il aiderait le sénateur Rampon.


Paris, 6 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie les pièces de la correspondance de Catalogne. Je ne puis rien statuer sur l'armée sans avoir sous les yeux des états de situation. Envoyez-moi ceux de la situation la plus rapprochée, au 1er décembre ou au moins au 15 novembre. Les pertes de l'armée de Catalogne viennent de l’entêtement que l’on a mis à rester à Figuières. Je n'ai cessé de recommander de quitter l'Ampurdan, pays réputé aussi malsain que l'Ile de Walcheren. Cette opiniâtreté fera périr toute l’armée. Quand le siège de Figuières obligeait d'employer sur ce point beaucoup de forces, la présence de l'armée pouvait y être nécessaire ; mais, aussitôt après la prise du fort, il fallait pousser en avant et quitter l'Ampurdan, qui a toujours été funeste aux Français.

Un million a été envoyé pour mettre la solde au courant. J'attends le résultat du convoi que le général Decaen mène à Barcelone.


Paris, 6 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, il résulte de mes différents renseigne­ments que j'ai en France seize millions d'arbres ayant 5 pieds de tour, ou 480 millions de pieds cubes, ou de quoi faire quatre mille huit cents vaisseaux.

Ainsi, avec un seul ordre, je puis, d'ici au mois de février, faire couper dans tout mon empire une quantité de bois suffisante pour faire quatre mille huit cents vaisseaux, et cela sans porter préjudice à mes forêts ; car on ne couperait que des arbres ayant cent cinquante à deux cents ans, et, dès lors, cette coupe ne ferait aucun tort au martelage ordinaire. Si l'on voulait prendre des arbres de 3 pieds de circonférence, comme la marine en emploie aujourd'hui, je pourrais faire deux mille quatre cents vaisseaux de plus, de sorte que j'aurais de quoi construire sept mille deux cents vaisseaux. Et enfin, si l'on voulait employer les bois dont les Hollandais se servent dans les con­structions, ayant moins de 3 pieds de circonférence, j'en aurais une quantité infinie.

Les pays situés sur la Saône, sur le Doubs, sur le Rhône, sur le canal du Languedoc, sur l'Isère, les côtes de la Méditerranée, qui peuvent alimenter le port de Toulon, sont compris, dans le calcul que je viens d'établir, pour un tiers. Je pourrais donc avoir, dans un an, à Toulon assez de bois pour faire deux mille vaisseaux.

En retranchant de ces calculs ce que l’on voudra pour les forêts trop éloignées des rivières, et où l’on pourrait cependant marteler des courbes et quelques bois précieux, si l’on n'y prenait point des bois ordinaires, il résulte toujours qu'il y a en France une immense quantité de bois, et qu'il doit en arriver à Toulon une quantité telle qu'on puisse y construire autant de vaisseaux qu'on peut le désirer.

Les forêts qui peuvent fournir aux chantiers d'Anvers sont celles du Rhin, de la Moselle, de la Meurthe, de la Meuse, de l'Escaut, etc., auxquelles on peut joindre celles de l'Aisne, partie de la conserva­tion forestière de la Seine et de l'Aube, puisque, par le canal de Saint-Quentin, tout cela peut aller à Anvers.

J'ai un travail précis sur la forêt de Compiègne ; il en résulte que, si je voulais couper tous les arbres propres aux constructions, ayant 5 pieds de circonférence, j'aurais de quoi faire vingt vaisseaux, ou plus de deux millions de pieds cubes de bois; qu'en coupant les arbres de 3 pieds de circonférence, j'aurais de quoi faire quarante vaisseaux. Cela est positif : tous les arbres sont comptés et les calculs faits. Ce travail est fait dans le plus grand détail ; il n'y a rien à en rabattre. Ces deux millions de pieds cubes de bois seraient livrés à la marine au bord de l'Aisne et de l'Oise. Or la forêt de Compiègne, qui peut fournir du bois pour la construction de quarante vaisseaux, n'est rien, puisqu'elle n'a que 30,000 arpents. J'attends le même travail sur la forêt de Fontainebleau et les autres forêts de la Couronne, où l’on me garantit un résultat aussi satisfaisant.

Ces aperçus sont les résultats d'observations faites depuis plusieurs années dans les forêts du Domaine et dans celles des communes.

Il est un autre aperçu simple et également satisfaisant. La marine martèle à peu près deux millions de pieds cubes de bois par an ; il n'y a aucune difficulté à lui accorder le martelage dans les bois ré­servés des coupes vendues dans les années 1810, 1809, 1808, 1807 et 1806, ce qui fait cinq ans. Cela lui procurerait dix millions de pieds cubes de bois qu'on peut marteler dans l'année et dans les mêmes lieux où elle fait ses martelages. Or ces dix millions de pieds cubes fourni­raient à la construction de cent vaisseaux de guerre. Avec des précau­tions, la coupe des bois de la réserve peut se faire dans tous les taillis; mais dans les taillis de quatre ans elle peut se faire sans inconvénient.

Résultat. — Il résulte de ce qui vient d'être établi qu'il faut faire une coupe extraordinaire de deux millions de pieds cubes de bois dans le bassin de Toulon et de la Méditerranée, et qu'il faut en faire une de trois millions pour les chantiers de l'Escaut et de la Hollande; que ces coupes ne coûteront autre chose à la marine que de les transporter dans ses ports ; que cette coupe extraordinaire peut être faite dans les limites le plus près des rivières et des ports, et où les exploitations soient à meilleur marché; qu'en conséquence les mar­chés faits en Hollande avec des marchands de bois peuvent être réduits, et qu'on peut avoir cette quantité de bois à 40 ou 50 sols le pied cube; que dès lors le chantier d'Anvers, celui d'Amsterdam et celui de Rotterdam peuvent être alimentés, et que celui de Toulon peut être considérablement augmenté; que l’on aura ainsi sur-le-champ un moyen extraordinaire qui donnera des bois qu'on peut couper cette année et avoir, rendus dans les ports de Toulon et d'An­vers , en assez grande quantité pour construire cinquante vaisseaux ; que l'on peut faire refluer sur Anvers une partie de ce qui était dirigé sur le Havre, moyennant le canal de Saint-Quentin; que, bien loin de demander des bois de construction à l'Allemagne, à la Prusse et aux autres pays, on en a en France plus qu'il ne faut.

Quant à Brest, je n'ai point de renseignements suffisants, vu les circonstances du transport. Je n'aurai ces renseignements que dans quelques jours. Mais, en raisonnant de la même manière, on aura de quoi construire cinq ou six vaisseaux de guerre, ce qui donnera un peu d'activité à ces chantiers.

Le bois étant à peu près inutile à Nantes, on peut diminuer les coupes et laisser reposer les forêts, qu'on retrouvera à la paix.

Il est d'autant plus nécessaire que des mesures soient prises, que les coupes de l'administration ne seront guère que les deux tiers de celles des années précédentes; par conséquent, les marchands de bois de Hollande, qui seront instruits de cela, me vendront le bois plus cher, et j'en aurai une moindre quantité.

Faites-moi un rapport sur ces questions importantes.


Paris, 6 décembre 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie la correspondance d'Espagne ; faites le relevé des distinctions et récompenses demandées, mon intention étant de les accorder.

Écrivez au duc de Raguse que, dans le cas où les mouvements de l'ennemi le forceraient à marcher vers le nord, il aurait le comman­dement sur le général Dorsenne; mais la grande affaire dans ce mo­ment, c'est la prise de Valence.

Témoignez au duc de Dalmatie mon mécontentement sur la marche de flanc que le général Girard a faite devant l'ennemi, marche de trois journées et d'autant plus mal combinée que l'ennemi avait toujours la faculté de le couper; il fallait l'appuyer par un fort détachement. Il est malheureux qu'avec une armée de 80,000 hommes on n'ait pas fait les dispositions que commandait la prudence pour éviter de rece­voir un affront par un petit corps de 6,000 Anglais. Dites-lui que je reste dans mon opinion, que toutes les fois qu'on livre une bataille, surtout aux Anglais, il ne faut pas se diviser, il faut réunir ses forces, présenter des masses imposantes : toutes les troupes qu'on laisse en arrière courent le risque d'être battues en détail ou forcées d'aban­donner les postes. Réitérez-lui l'ordre d'approvisionner Badajoz pour un an. Si la prise de l'île de Léon est considérée comme impossible, il faut agir vigoureusement sur Murcie, afin de soulager l'armée de Valence. Dites-lui que j'ai pris un décret relatif à la course. Je n'en­tends pas la faire à mes dépens; cela me jetterait dans des frais tanneuses et ridicules. Écrivez-lui qu'il peut organiser son armée comme il le jugera convenable en six ou sept divisions, en conser­vant toutefois les généraux, chacun suivant son grade et son rang.

J'accorde au duc de Bellune la permission de rentrer en France; mais, comme il pourrait arriver que le duc de Bellune soit engagé dans quelque opération où sa présence serait encore nécessaire, vous adresserez cette permission au duc de Dalmatie, qui la remettra au duc de Bellune en temps opportun.

Le duc de Dalmatie a la plus belle armée du monde, et cependant il ne tient en échec ni le général Hill, ni l'armée de Murcie, qui tout entière a marché au secours de Valence.

Vous rendrez compte au ministre du trésor des 500,000 francs qui se sont trouvés de moins dans le convoi que le général Avice a conduit à l’armée.  


Paris, le 6 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Il existe au régiment des Pupilles du drap vert pour deux batail­lons. Ce drap sera conservé et destiné à habiller deux bataillons, ou 1,600 Pupilles de plus de dix-sept ans, forts et vigoureux, que je compte former, dans le courant de janvier, de ce qu'il y a de plus grand dans les bataillons, et dont on pourra se servir à la suite de l’armée.

Ces hommes grandissant auront besoin d'être habillés; alors ils laisseront leurs habits blancs au corps ; on enverra du drap vert et on les habillera sur leur taille. Il faut se servir du drap vert, afin de laisser le blanc aux régiments de grenadiers hollandais.


Paris, 9 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, faites-moi connaître ce que coûterait un pied cube de bois pris dans une des rues de la forêt de Compiègne, comme c'est l'usage, et transporté à la rivière de l'Oise, et déjà, par l'Aisne, jusqu'aux quais d'Anvers.

Faites-moi le même calcul sur le prix d'un pied cube de bois pris à Fontainebleau et conduit, par la Seine, l'Oise et le canal de Saint-Quentin, jusqu'à Anvers.

Faites le même raisonnement en supposant le bois pris à Saint-Germain.


Paris, 9 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le corps d'observation de l'Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre sur les dispositions à faire en cas que les circonstances l'exigent. Je me réserve d'y répondre plus en détail ; mais je vois que déjà vous n'avez pas assez de cavalerie. Il est donc convenable que vous donniez ordre à la brigade composée des 23e et 24e régiments de chasseurs, que commande le général Castex, de se rendre sur l'Elbe, dans le lieu le plus abondant en fourrages. Je fais donner l'ordre par le ministre de la guerre à cette brigade d'être à votre disposition. Faites-lui faire son mouvement par la route où elle puisse donner le moins d'ombrage. Cette brigade portera le nombre de vos régiments de cavalerie légère à dix ; ce qui, avec vos huit régiments de cuirassiers, vous fera dix-huit régiments de cavalerie. Je ferai remplacer le 23e et le 24e de chasseurs à Munster, dans le courant de janvier, par une autre brigade de cava­lerie. Je suppose que vous avez réitéré à vos régiments de cavalerie l’ordre de faire venir des hommes de leurs dépôts, afin que tous les chevaux soient montés et qu'au moment de marcher il n'y ait ni si, ni mais. Rendez responsables le général Bruyère pour la cavalerie légère, les généraux Saint-Germain et Doumerc pour les cuirassiers, si, vingt-quatre heures après en avoir reçu l'ordre, ils ne sont pas en état d'entrer en campagne avec tous leurs chevaux. J'ai nommé le général Doumerc général de division, et je lui ai donné le comman­dement de la division de cuirassiers qui est à Erfurt. Je suppose que ces régiments ont leurs carabines et leurs cartouches à portée, leurs forges de campagne, et que vous leur avez prescrit d'avoir une cer­taine quantité de fers, pour être en état de faire de grandes marches sans s'arrêter. Il faut qu'en cas d'événement vous puissiez vous servir de votre 8e et de votre 9e division. La 8e est déjà réunie à Munster; la 9e le sera dans le courant de janvier.


Paris, 3 décembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

(Cette lettre, écrite à Paris le 3 décembre 1811, est suivie d'un P. S. du 9; on a cru devoir la placer à la date de l'expédition. Ce P. S. est entièrement de la main de l'Empereur.)

Mon Frère, j'ai appris avec peine l'accident qui vous est arrivé. Il est fort heureux que vous ni la reine n'ayez éprouvé aucun malheur (un violent incendie avait presque totalement détruit le château royal de Cassel.)

9 décembre 1811.

P. S. Faites-moi connaître l'état de vos troupes au 1er décembre, infanterie, cavalerie, artillerie; combien de divisions vous pouvez former et comment elles seraient commandées; tout cela fort secrète­ment. Parlez-moi de votre artillerie, caissons de transport et outils du génie. Combien vous faudrait-il d'hommes pour occuper la Silésie ? Combien en avez-vous de 1807 ? Quelles sont les places à prendre ?


Palais des Tuileries, 9 décembre 1811

DÉCRET DE L'ABOLITION DU RÉGIME FÉODAL.

Article 1er. Le régime féodal est aboli dans les départements de l'Ems-Supérieur, des Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l'Elbe.

DES EFFETS GÉNÉRAUX DE L’ABOLITION DU RÉGIME FÉODAL.

Art. 2. Toutes distinctions honorifiques, supériorité ou puissance, résultant du régime féodal, sont abolies, sans préjudice des disposi­tions du décret du 26 août 1811.

Art. 3. Sont pareillement abolies les justices seigneuriales. En conséquence, tous les signes extérieurs de justices seigneuriales seront abattus dans les deux mois de la publication du présent décret. Faute aux seigneurs de l'avoir fait dans ce délai, la destruction se fera à la diligence du procureur impérial près le tribunal de première instance et du maire, aux frais de la commune, laquelle profitera des matériaux.

Art. 4. La loi ne reconnaît que des biens allodiaux. En consé­quence, tous les fiefs situés dans l’étendue des trois départements, quelles que soient leur nature et leur dénomination, soit qu'ils rele­vassent précédemment des souverains étrangers, soit que le domaine direct (Lehenherrschaft, Lehenherrlichkeit) en appartienne à des par­ticuliers (Lehenherrn), qu'ils soient fiefs immédiats ou arrière-fiefs, sont convertis en francs-alleux et affranchis de tout devoir et de toute sujétion résultant du lien féodal, de manière que les possesseurs les puissent librement aliéner ou hypothéquer.

Art. 5. Sont pareillement abolis les droits de succession féodale, de quelque nature qu'ils soient.

Néanmoins la succession féodale aura lieu une dernière fois au profit des successibles existant au moment de la publication de la loi westphalienne du 28 mars 1809 pour les pays ci-devant westphaliens, et pour les autres pays faisant partie des trois départements lors de la publication de notre présent décret.

Art. 6. Dans le cas où, à l'ouverture de la succession, celui qui se trouvait appelé à la recueillir féodalement à l'époque de la publi­cation de la loi du 28 mars 1809, ou à celle de la publication du présent décret, suivant la distinction portée à l'article précédent, n'y aurait plus été appelé, le régime féodal subsistant, ou ne l'aurait été que pour une certaine portion, la succession sera réglée allodialement, soit pour le tout, soit pour la portion relativement à laquelle sa vocation aura cessé.

Art. 7. Les droits seigneuriaux et féodaux sont supprimés sans indemnité ou conservés jusqu'au rachat, suivant les distinctions éta­blies ci-après.

DROITS SEIGNEURIAUX ET FÉODAUX SUPPRIMÉS.

Art. 8. Tout servage est supprimé sans indemnité.

ARt. 9. Sont réputés actes de servage :

1° Le droit de contraindre le colon et ses enfants à servir le maître comme domestiques (Gesinde-Zwangrecht) ;

2° Les droits du maître sur l'éducation des enfants du colon, l'obli­gation de rester attaché à telle profession ou à tel sol ;

L'obligation de demander au seigneur son consentement pour se marier, et les droits qu'il pouvait exiger au sujet du mariage (Bedingung, Brautkauf, Klauenthaler, etc.);

4° Les droits qui se payaient au seigneur pour pouvoir construire des usines, exercer des professions ou faire des actes qui doivent être libres à tout le monde ;

5° Le serment de fidélité ou de soumission à prêter au maître;

6° L'incapacité d'acquérir en toute propriété, d'aliéner, de dispo­ser entre-vifs ou par acte de dernière volonté, d'ester et défendre en jugement ;

7° Le droit sur une portion de l'hérédité mobilière du colon ou de sa femme, appelé droit mortuaire (Sterbfall, Betthaupt) ;

8° L'usufruit des biens des vassaux, tenanciers ou censitaires pendant leur minorité.

Art. 10. Est également supprimé sans indemnité : le droit qu'avaient les seigneurs de s'approprier les successions des étrangers, des bâ­tards , des personnes décédées sans héritiers, les biens vacants, meu­bles et immeubles, les terres vaines et vagues, les landes, les effets naufragés, sans préjudice tant des droits acquis aux seigneurs qui ont déjà fait acte de propriété que des droits de propriété et d'usage que les seigneurs, les communes ou les particuliers peuvent avoir, en vertu de titres indépendants de la justice seigneuriale.

Art. 11. Le retrait féodal, et généralement tout droit en vertu duquel un seigneur se faisait subroger à l'acquéreur, est aboli sans indemnité.

Art. 12. Sont également supprimés sans indemnité :

Les droits levés sur les personnes, à raison de la résidence, du nombre des bestiaux ou à tout autre titre qui ne tiendrait qu'à la protection et non à une concession de fonds en propriété ou en usage;

Les droits sur les ventes de meubles;

Les droits de pesage, mesurage, inspection, étalage, entrepôt, transport des denrées et marchandises.

Toutefois les bâtiments et halles continueront d'appartenir aux ci-devant seigneurs qui en sont actuellement propriétaires, sauf à la commune à les acheter ou à les louer, et, si elle ne le fait pas, à exiger un tarif des droits d'entrée, d'entrepôt ou de séjour des denrées et marchandises. Les difficultés qui pourraient s'élever à ce sujet seront portées devant les conseils de préfecture, sauf le recours à notre Conseil d'État.

Art. 13. Sont supprimés sans indemnité :

Les droits de péage, passage et autres semblables, sauf la décharge pour les seigneurs des obligations auxquelles ils étaient assujettis à raison de ces droits.

Sont exceptés, quant à présent, ceux de ces droits qui ont été concédés aux seigneurs, soit pour frais de construction de ponts, canaux et autres ouvrages construits sous cette condition, soit pour indemnité de bâtiments et établissements quelconques supprimés pour cause d'utilité publique.

Les droits exceptés par le présent article continueront provisoire­ment d'être perçus, suivant les titres et le tarif de leur création pri­mitive , reconnus et vérifiés par les préfets des lieux où ils se perçoi­vent, jusqu'à ce que, d'après leur avis et sur le rapport de notre ministre de l'intérieur, il ait été par nous statué définitivement à cet égard ; à cet effet, les ci-devant seigneurs, possesseurs desdits droits, seront tenus, dans l'année à compter de la publication du présent décret, de représenter leurs titres aux préfets ; à défaut de quoi les perceptions demeureront suspendues.

Art. 14. Sont pareillement supprimés :

Les droits exclusifs de pêche dans les rivières non navigables ni flottables, et ceux de chasse, lesquels sont réservés aux propriétaires, chacun sur son terrain, sauf à se conformer aux lois et règlements de police ;

Les droits sur les chemins publics, rues et places, et sur les ar­bres y plantés, sans préjudice, tant pour les seigneurs que pour les propriétaires riverains, de la propriété des arbres actuellement exis­tants et par eux plantés ; sauf le droit, soit des propriétaires riverains, soit des communes, de racheter, suivant estimation d'experts, les arbres appartenant au seigneur, à l'effet de quoi celui-ci devra les avertir par affiche, deux mois à l'avance, de l'abatage et de la vente desdits arbres.

Art. 15. Le droit que pouvaient avoir les seigneurs de s'appro­prier tout ou partie des biens des communes et les redevances qu'ils percevaient pour la vaine pâture sont abolis sans indemnité.

Si les seigneurs prouvent avoir concédé des fonds en propriété ou des usages, le fonds concédé ou le droit d'usage continuera d'être assujetti à la redevance primitivement stipulée.

Art. 16. Sont encore supprimés sans indemnité :

Tous droits de banalité, ensemble les sujétions accessoires et les redevances payées à titre d'abonnement.

Sont exceptées les banalités établies au profit d'individus non sei­gneurs, et celles attribuées aux seigneurs en vertu d'une convention par laquelle le seigneur aura fait à la commune quelque avantage autre que celui de tenir en état les moulins, fours et autres objets banaux.

Art. 17. Sont supprimées également sans indemnité :

Les corvées personnelles imposées par la seule raison que les personnes étaient vassales ou habitaient certaines localités (Personalfrohnen) ;

Toutes autres corvées, même réelles, pour lesquelles il ne serait pas prouvé, par titres en bonne forme, qu'elles proviennent d'une concession de fonds ou de droit réel ;

Les corvées, même réelles et appuyées de titres, si elles sont indé­terminées, à défaut des conditions prescrites par l'article 20.

Art. 18. Ne sont point comprises dans la disposition de l'article précédent les corvées communales (Communfrohnen, Gemeinde-frohnen) dues pour le service des communes, et les corvées publi­ques (Burgherren, Landesfrohnen, Landfolge) dues pour le service de l'État, jusqu'à ce qu'autrement il y ait été pourvu, non plus que les battues de chasse imposées aux communes ou aux particuliers pour la destruction d'animaux malfaisants.

Art. 19. Sont réputées indéterminées (ungemessene Dienste) les corvées pour lesquelles l’une des trois choses suivantes n'est pas dé­terminée par le titre de concession ou par les reconnaissances passées aux terriers, savoir : 1° la quantité des travaux; 2° le nombre de jours; 3° l'étendue des fonds pour l'exploitation desquels la corvée est due ; ce qui s'appliquera à toute obligation de travailler et de charrier, même en fait de construction.

Si le nombre des jours est déterminé, mais que le genre de travail ne le soit pas, même par l'usage, les corvéables ne pourront refuser d'employer ces journées au travail qui leur sera demandé, pourvu qu'il soit relatif à la culture ou à l'exploitation des terres.

En cas de contestation sur le genre de travail demandé, il y sera statué par le juge de paix, sauf l'appel.

Art. 20. Le corvéable, employé pour un service public, le jour où il doit travailler pour le ci-devant maître, n'est tenu ni de se faire remplacer, ni de rendre une autre journée, à moins que le service public ne soit exigé de lui à raison d'autres biens que ceux sujets à la corvée particulière.

Art. 21. Si les corvées n'existent que pour le besoin des biens du propriétaire, elles ne peuvent être affermées ni vendues sans ces biens; mais, s'il est permis de s'en servir autrement que pour la culture et l'exploitation desdits biens, elles pourront être affermées et vendues, pourvu que la condition des corvéables n'en devienne pas plus dure.

Art. 22. Les corvées actuellement existantes ne pourront être augmentées. Il est défendu d'en établir de nouvelles, même pour concession de fonds.

Art. 23. L'abolition prononcée ci-dessus comprend également le droit de contraindre les colons par des peines corporelles ou pécu­niaires, sans recourir à la justice, à remplir les obligations non sup­primées ( Dienstzwang), et tous autres droits de ce genre.

Art. 24. Les redevables des droits supprimés ne pourront récla­mer ceux qu'ils auraient déjà acquittés.

Il en sera de même des seigneurs à l'égard des droits qui seraient encore dus.

Art. 25. Lorsque les possesseurs des droits conservés par les arti­cles 10, 12, 13, 14, 15, 16 et 17 ci-dessus ne seront pas en état de représenter le titre primitif, ils pourront y suppléer par deux reconnaissances conformes, énonciatives d'une plus ancienne non contredite par des reconnaissances antérieures, données par la com­munauté des habitants, s'il s'agit des droits généraux, ou par les individus intéressés, si elles concernent les droits particuliers ; pourvu qu'elles soient soutenues d'une possession actuelle, qui remonte sans interruption à quarante ans, à partir de la loi westphalienne du 28 mars 1809 pour les pays ci-devant westphaliens, et, dans les autres parties des trois départements, à courir de la publication du présent décret, et qu'elles rappellent soit les conventions, soit les concessions relatées dans les articles susmentionnés.

Art. 26. Lorsqu'il y aura pour raison d'un même héritage plu­sieurs titres ou reconnaissances, le moins onéreux au tenancier sera préféré, sans avoir égard au plus ou moins d'ancienneté de leurs dates; sauf l'action en blâme ou réformation, de la part du ci-devant seigneur, contre celles desdites reconnaissances qui n'en seront pas encore garanties par la prescription, lorsqu'il n'y aura été partie ni en personne, ni par un fondé de procuration.

Art. 27. Ceux qui auraient acquis de particuliers des droits abolis sans indemnité ne pourront exiger aucune restitution de prix ni dom­mages-intérêts; ceux qui auraient acquis du domaine de l'État n'auront droit qu'à la restitution soit des finances par eux avancées, soit des autres objets ou biens cédés par eux à l'État.

Art. 28. Il sera libre aux fermiers qui ont pris à bail aucuns des mêmes droits, sans mélange d'autres biens ou de droits conservés, de remettre leurs baux; et, dans ce cas, ils ne pourront prétendre d'autre indemnité que la restitution des pots-de-vin et la décharge des loyers ou fermages, au prorata de la non-jouissance causée par la suppression desdits droits. Ceux qui ont pris à bail aucuns droits abolis conjointement avec d'autres biens ou avec des droits rachetables pourront seulement demander une réduction de leurs pots-de-­vin et fermages, proportionnée à la quotité des objets supprimés.

Néanmoins, si cette quotité, fixée d'après les évaluations faites comme il sera dit titre II, chapitre II, forme au moins le dixième du fermage annuel, le fermier sera libre de résilier le bail.

Art. 29. Les preneurs à rente d'aucuns droits abolis pourront, suivant les distinctions de l'article précédent, demander la décharge ou une réduction proportionnelle, relativement aux redevances dont ils sont chargés; mais ils ne pourront rien réclamer sur les deniers d'entrée.

(Suit l’énumération des droits à supprimer moyennant rachat, et des dispositions concernant les droits seigneuriaux rachetables, le rachat des redevances et prestations, l'usufruit et la propriété des colonats.)


Paris, 10 décembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie pour vous seul une lettre du roi de Westphalie, que vous me renverrez. Tirez-en la substance, non sous la forme d'une lettre du Roi, mais comme extrait d'une communication de la cour de Cassel. Vous enverrez cet extrait à mon ministre à Cassel, et vous le chargerez d'avoir des conférences avec les ministres du Roi, pour connaître les faits, ce qui a donné lieu à cette opinion qui paraît être celle du Roi, enfin quel est le remède; si les troupes ne sont pas sûres, à qui en est la faute. Le Roi lève trop de troupes, fait trop de dépenses et change trop souvent son principe d'administration. Mon ministre fera vérifier les faits à Magdeburg, à Hanovre; la France ne tire cependant rien de ces pays. Vous lui recommanderez d'avoir des conférences sérieuses avec les ministres du Roi, de bien asseoir son opinion sur ces différentes questions et de vous la faire connaître.


Paris, 10 décembre 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, à Paris

On fait beaucoup de plaintes sur l'ingénieur des ponts et chaussées du département du Var. Les gorges d'Ollioules sont impraticables ; la route de Grasse à Draguignan est dans le plus mauvais état, ainsi que celle de Grasse à Cannes. On accuse cet ingénieur non-seule­ment de négligence, mais encore de protéger des entrepreneurs suspects.


Paris, 10 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant le corps d'observation de l'Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, comme une grande quantité de troupes va se trouver dans le royaume de Westphalie, il est nécessaire de régler avec le ministre de la guerre de Westphalie ce qui est relatif à ces troupes. Le Roi doit payer et nourrir 12,500 hommes. Il est juste que la dépense de tout ce qu'il nourrira en sus soit prise en compensation sur la solde et l'habillement de cet excédant. Il est juste aussi que les autres dépenses soient réglées sur un pied raisonnable, comme, par exemple, 20 sous par ration de fourrage, 20 sous par journée d'hô­pital pour les hommes qui seront aux hôpitaux du pays ; la ration de pain et de vin à un prix un peu moindre que le prix ordinaire, vu que le soldat est logé chez l'habitant, et que cet argent reste dans le pays. Adressez-vous pour cela à mon ministre à Cassel. Faites-lui connaître que, cette compensation étant juste, il s'occupe de la régler pour l’année 1811. Vous suivrez cette affaire par le canal de mon ministre, et il en résultera une petite convention militaire; cela sera agréable à la cour de Westphalie et aplanira toute difficulté. J'ai voulu exprès vous charger de porter cette douceur, pour que cela vous rapproche de la cour de Westphalie, parce que la désunion n'est bonne à rien.


Paris, 12 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 9, avec le rapport du directeur d'artil­lerie de la Rochelle, d'où il résulte qu'au 9 mon décret sur les bat­teries de la Gironde et de l'île d'Oléron n'était pas exécuté. Je vois bien des si, des mais, des car dans votre rapport, mais point de canons ni de batteries. Mon décret disait positivement le jour où tout cela devait être exécuté. C'était au bureau de l'artillerie à prendre des mesures pour réussir. Ce n'est pas prendre des mesures que d'écrire à un pauvre directeur de faire. Que voulez-vous qu'il fasse ? Vous manquait-il des canons ? Il fallait me le dire; j'aurais ordonné à la marine de vous en fournir. Vous manquait-il du bois pour les plates-formes ? Il fallait me le dire; j'aurais fait plutôt suspendre les constructions dans les chantiers pour vous fournir le bois qui était nécessaire. Vous manquait-il des bâtiments de transport ? Il fallait le dire ; j'aurais ordonné qu'on mit à votre disposition tous les moyens possibles de transport et jusqu'aux chaloupes des vaisseaux. Vous man­quait-il des hommes, des officiers, et étiez-vous dans l'impossibilité d'en avoir ? Il fallait le dire, et j'aurais ordonné à vingt officiers et à un bataillon de la marine de Rochefort de se rendre à Oléron pour vous aider. Mais je vois que le bureau de l'artillerie se contente de vous présenter des lettres à signer pour le général Camas et pour le direc­teur d'artillerie. Aviez-vous chargé le génie de construire ces batte­ries, et le génie n'avait-il pas les moyens de le faire ? Lui manquait-il des ouvriers ? Il fallait prendre les travailleurs de l'île d'Aix. Enfin, ou le décret était possible ou il était impossible : s'il était impossi­ble, vous deviez le dire; s'il était possible, vous deviez l'exécuter. Certainement l'exécution de ces ordres n'était pas possible sans prendre aucune mesure qui sorte des formes ordinaires. Je vous renvoie votre rapport. Faites réunir les officiers d'artillerie et du génie et prenez des mesures pour en finir. Déjà deux de mes fré­gates sont bloquées dans Maumusson. Des vaisseaux seraient depuis deux mois aux Saumonards, si les batteries étaient armées. Toutes mes opérations maritimes sont arrêtées. Si le général la Riboisière n'avait écrit que des lettres, il n'aurait pas encore armé une seule batterie aux îles d'Hyères.


Paris, 12 décembre 1811.

NOTE SUR UN RAPPORT DU MINISTRE DE LA MARINE, RELATIF A TRIESTE.

Il n'est pas question de fortifier Trieste ; Trieste est tellement loin de l'Angleterre, qu'une expédition, ayant des troupes de débarque­ment à bord, ne peut pas être faite de Londres pour incendier un vaisseau; une croisière de deux ou trois vaisseaux, portant 5 on 600 hommes, ne peut pas être aussi forte pour repousser la garnison de Trieste; ce ne serait donc qu'en cas de guerre avec l'Autriche, où l'armée d'Italie serait battue, et les Autrichiens maîtres de cette place; mais les Autrichiens n'auraient pas intérêt à brûler un vais­seau. Cette hypothèse, au reste, est très-éloignée ; mais cela est suf­fisant pour ne pas faire un grand chantier à Trieste, et ne l'est pas assez pour ne pas risquer la construction d'un vaisseau et d'une fré­gate. Pour une frégate, il n'y a pas de grandes dépenses préalables à faire; le ministre donnera donc ordre qu'on mette une frégate sur le chantier. On décidera, à la formation du budget de 1812, s'il convient de construire des vaisseaux.

J'avais le désir d'avoir des vaisseaux partout, parce que je croyais que le bois me manquait en France ; mais aujourd'hui que j'ai d'autres idées et que je suis convaincu qu'on peut construire à Toulon, à Cherbourg, à Rochefort, à Anvers, à Gênes, autant que l'on veut, il me semble qu'il devient moins urgent de profiter des bois de localités éloignées pour disséminer nos ateliers.


Paris, 13 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'ai reçu la lettre que vous m'avec écrite en date du 11 ; je n'adhère point à son contenu. Je fais trop de cas de vos services pour vous accorder la demande que vous me faites. Restez au poste où la Providence et ma volonté vous ont appelé; vous avez de la santé pour me servir encore dix ans.


Paris, 13 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie le rapport que me fait l'administration forestière. Il y a un projet de décret que je vous prie de rédiger définitivement, après l'avoir discuté au conseil de la ma­rine, où vous pouvez faire appeler le conseiller d'État Bergon et les autres forestiers, si cela est nécessaire, pour vous donner des ren­seignements. Vous me présenterez un projet pour déterminer la cir­conscription des bassins qui doivent approvisionner les différents ports. La circonstance du canal de Saint-Quentin me porte à désirer qu'une partie des bois du bassin de l'Oise, de l'Aisne et de la Seine soit dirigée sur Anvers. Les besoins de Toulon me portent à désirer que la circonscription de son bassin soit telle que le canal du Centre, la Saône et le canal de Languedoc puissent y conduire des bois. En me remettant ce travail, je désire que vous me présentiez l'état du martelage par département, tel qu'il a été fait pour ces trois der­nières années.

Je suppose que le martelage rend par an à la marine 1,500,000 pieds cubes de bois, savoir : un million provenant des forêts du Do­maine, et le reste, des particuliers. Je crois que les approvisionne­ments par des achats qui ne proviennent point du martelage se mon­tent à 5 ou 600,000 pieds cubes, ce qui dépend, au reste, des circonstances et des années. Ces achats, qui sont fort chers, peuvent désormais n'avoir plus lieu, puisque j'aurai mes propres bois. Je ne compte donc que sur le martelage de 1,500,000 pieds cubes par an. On pourra même le diminuer pour les points où de grands appro­visionnements de bois ne seraient pas nécessaires. Par exemple, pourquoi entasser tant de bois au Havre, tant surtout à Bayonne et à Nantes ? Il sera plus convenable de ne faire que des coupes propor­tionnées aux constructions qu'on veut entreprendre, et de laisser les bois sur pied pour les exploiter au moment de la paix, où leur transport à Brest sera plus facile. Ceci n'est pourtant qu'une idée à approfondir. 1,500,000 pieds cubes par an, c'est à peu près de quoi faire quinze vaisseaux; c'est à peine la moitié de ce dont nous avons besoin, puisque les réparations des escadres, la consommation en petits bâtiments, etc., doit faire monter la consommation à près de 4 millions de pieds cubes. Je suis donc décidé à faire pour 1812, 1813, 1814 et 1815, une coupe extraordinaire de 8 millions de pieds cubes de bois ; ce qui, joint aux 6 millions provenant du mar­telage ordinaire pendant ces quatre années, me fera 14 millions de pieds cubes. En en retranchant 3 millions pour la réparation des escadres et des bâtiments à la mer et pour les autres consommations de bois pendant ces quatre années, c'est-à-dire 750,000 par an, il resterait de quoi faire cent vaisseaux en quatre années, c'est-à-dire vingt-cinq par an.

Dans le bassin du Rhin, de la Meuse et de la Seine, mon intention est de couper pendant ces quatre ans 4 millions de pieds cubes extra­ordinaires, qui se rendraient à Amsterdam, Rotterdam et Anvers, indépendamment du martelage ordinaire ; cette coupe serait faite par parties égales en 1812, 1813, 1814 et 1815.

Dans le bassin de Toulon, pendant ces quatre années, mon inten­tion est de faire une coupe extraordinaire de 2 millions de pieds cubes, à raison de 500,000 pieds cubes par année; ce qui fournira de quoi construire cinq vaisseaux par an, indépendamment des coupes ordinaires. A Brest, mon intention serait de faire arriver un million de pieds cubes, indépendamment des coupes ordinaires, ou 250,000 par an. A Cherbourg, Lorient et Rochefort, je désire faire employer un million de pieds cubes dans ces quatre ans. Cette quantité sera répartie entre ces ports et exploitée dans les forêts les plus voisines, à raison de 250,000 pieds cubes par an. Ces exploitations donne­ront 2 millions de pieds cubes par an, et, dans les quatre années, 8 millions, qui, joints aux 6 millions de la coupe ordinaire, forme­ront un total de 14 millions.

Des commissions extraordinaires seront nommées pour faire ces martelages, en déterminant la nature des bois et le lieu où il faudra les prendre. On les choisira le plus près possible des rivières, afin que le transport en soit plus facile et moins cher.

D'après ces dispositions, mes constructions seront à Amsterdam, Rotterdam et Anvers, conformément à ce que j'ai déjà ordonné ; à Brest, cinq vaisseaux seront mis sur le chantier, de manière qu'on puisse en lancer à l'eau deux par an ; à Toulon, huit vaisseaux seront placés sur les chantiers pour qu'on puisse en mettre à l'eau quatre par an, et ce, indépendamment des frégates de la Méditerranée. Le même travail serait fait pour la Rivière de Gênes, la Toscane et Rome, qui forment le bassin de Gênes. Aussitôt que les cales de ce port auront été construites dans la darse, deux vaisseaux seront mis sur les chantiers, de manière à en lancer au moins un tous les ans. Il est une question que je désire que le conseil de marine retraite, c'est celle de savoir si on peut construire des vaisseaux de ligne dans la Loire. Les épreuves des chameaux qui ont été faites à Venise me confirment de nouveau dans l'opinion où j'ai toujours été que des vaisseaux de 80 pourraient être construits dans la Loire. Je désire que cette question soit examinée à fond, et que toutes les observa­tions faites par les commissaires que j'ai envoyés sur les lieux soient mises sous mes yeux. Enfin, si, comme je le pense, il peut être construit des vaisseaux dans la Loire, on y établira des chantiers pour six vaisseaux, de manière à en lancer trois tous les ans. Si les constructions sur la Loire deviennent possibles, on pourrait alors augmenter de 500,000 pieds cubes par an l'exploitation extraordi­naire pour ce bassin. Je désire que, dans le courant de la semaine prochaine, vous me fassiez un rapport sur cet objet, sur Nantes et sur Gènes.


Paris, 13 décembre 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre rapport du 27 novembre relativement à l'approvisionnement de Danzig. A dater du 1er janvier 1812, le service sera entièrement pris à mon compte, hormis le logement et casernement, les lits militaires, les bois et lumières, et tout loyer quelconque de fours et de magasins. Il faut régler cette dépense de manière qu'elle ne dépasse pas 500,000 francs par mois. Il faut aussi des règlements un peu à la prussienne, qui taxent les denrées moyennant des payements exacts. Le pain doit être à bien bon marché, puisque le blé n'a aucune valeur à Danzig. Il faut mettre le plus d'ordre possible dans ces dispositions : la jour­née d'hôpitaux ne doit pas dépasser 20 sous. Quant à l'approvision­nement de siège, j'ai pris un décret que vous recevrez et qui règle tout. Sur 2 millions de francs que vous demandez, la somme d'un million vous a déjà été accordée sur le budget du fonds spécial de Danzig pour 1811 ; l'autre million vous sera de même accordé sur le fonds spécial de Danzig pour 1812. J'ai adopté plusieurs de vos bases; mais j'y ai ajouté l'obligation d'avoir des farines. J'ai changé l'article des bois, qui me parait ridicule; j'en ai cependant laissé pour une petite quantité. J'ai supprimé les articles du biscuit et du foin, mais j'ai doublé l'avoine; avec de l'avoine et du son, les chevaux pourront vivre; d'ailleurs on aura toujours le temps de prendre tout le foin de l'Ile de Nogat; il y en a pour des approvisionnements immenses.

Vous verrez dans mon décret que j'ai porté sous le titre de ma­gasins de réserve 50,000 quintaux métriques de blé froment et 50,000 quintaux de seigle, faisant un total de 100,000 quintaux métriques, que le général Rapp devra se procurer dans les premiers moments du siège, en mettant la main sur pareille quantité, qui se trouvera facilement dans les magasins de la ville; enfin j'ai porté également pour ces magasins de réserve 2,000 quintaux métriques de légumes, que le général Rapp se procurera dans l'ile de Nogat, et 2,000 quintaux métriques de riz, pour lesquels j'ai fait un fonds de 120,000 francs.

P. S. Pour l'approvisionnement extraordinaire de 3 millions de bouteilles de vin et de 500,000 pintes d'eau-de-vie de France, vous me ferez un rapport particulier sur les moyens de se procurer à Danzig cette ressource pour l’armée, soit en faisant venir ces quan­tités de Bordeaux et de la Charente par des licences anglaises, soit en les transportant pendant l'hiver par Lubeck et la Baltique.


Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le matériel du génie de la Grande Armée se compose de la 1e com­pagnie du train qui est actuellement à Hambourg, de la 5e qui est à Metz, et de la 6e qui est à Bayonne; ce qui fera 4 à 500 hommes, 150 voitures et 7 à 800 chevaux ; il se compose également des caissons attachés aux différentes compagnies de sapeurs et de mineurs, ce qui doit être au moins l'objet d'une cinquantaine de voitures ; il y aurait donc au moins 200 voitures pour le matériel du génie. Les trois compagnies ont 3 caissons de mineurs, 3 voitures de pétards, 3 sonnettes, 3 nacelles et 21 voitures chargées de cordages, d'ancres, de clameaux et autres objets nécessaires à la réparation des ponts ; je ne parle pas des 21,000 outils attelés. Cela étant, le parc du génie me parait avoir suffisamment, et il n'y a aucun besoin de lui orga­niser un équipage particulier pour les ponts, si ce n'est pour tout ce qui est relatif au bataillon des ouvriers de la marine. Ce serait donc 6 caissons chargés d'outils d'arts nécessaires auxdits bataillons. Puisqu’on a 3 sonnettes avec les trois compagnies, quel besoin y a-t-il d'en avoir 4 nouvelles ? Puisqu'on a 21 voitures chargées de cordages, cinquenelles et agrès pour les ponts, pourquoi y ajouter 4 chariots ? Puisqu'on a 6 voitures chargées de nacelles avec les compagnies, pourquoi y ajouter 4 chariots ?

En général, l'équipage de pont proposé par le génie me parait inutile ; les équipages suffisent, mais je ne m'oppose pas à ce qu'il soit formé une demi-compagnie avec le dépôt qui est à Metz, et que cette compagnie soit chargée de servir 6 caissons avec les outils né­cessaires au bataillon de la marine et 4 voitures portant 2 grandes sonnettes qui seront affectées an service de la marine.

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître de quelle espèce de sonnette sont chargées les trois compagnies, et enfin de quelle autre espèce de sonnette on voudrait charger les 2 voitures qui suivent les ouvriers de la marine.

Un état général du matériel qui existera à l'armée d'Allemagne me fera mieux connaître la situation des choses et me mettra à même de prendre un parti définitif. Il est nécessaire d'y ajouter la portion de matériel dont j'ai ordonné le dépôt à Danzig, outils à pion­niers, etc. Il serait bon d'y avoir quelques grosses sonnettes et un approvisionnement de pilote garnis en fer dont on peut se servir pour construire un pont sur pilotis, soit sur la Vistule, soit sur le Niémen. Le transport se fait par eau et d'une manière extrêmement facile dans tons ces pays.

Il serait du moins très-important d'avoir à Danzig, soit les fers nécessaires pour mettre au bout des pilots, soit des clavettes, clous et ce qui serait nécessaire pour un grand pont sur pilotis ; de sorte qu'en les ayant en magasin à Danzig on pût les transporter où il serait utile.

Il est nécessaire qu'il y ait à Danzig un approvisionnement d'outils pour les mineurs et les ouvriers de la marine, et pour les rempla­cements, s'il venait à s'en perdre. Danzig doit être la grande place de dépôt. Tout doit être là, et il faut qu'on n'ait rien à demander en France.

Faites-moi un rapport général sur le matériel du génie de la Grande Année. Ainsi le matériel du génie consistera dans les caissons des mineurs, des sapeurs, dans les 150 caissons des trois compa­gnies, dans un approvisionnement d'outils à pionniers emmanchés, dans un approvisionnement de pilots tout façonnés, dans un appro­visionnement de madriers suffisant pour construire un pont sur pilotis sur la Vistule, dans tous les fers nécessaires pour construire un autre pont sur pilotis, dans les cordages, nacelles et rechan­ges de toute espèce, soit outils d'art et autres objets nécessaires au génie, qui existeront en dépôt dans la place de Danzig.

Il faut dresser l'état des chargements du génie. Il ne faut pas oublier des flambeaux, des lanternes pour la nuit, en bonne quan­tité, pour éclairer les travailleurs.


Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai lu avec attention votre travail sur les équipages de pont, du 12 décembre.

On propose d'augmenter de 600 chevaux la commande des batail­lons du train pour les chevaux nécessaires au 7e. Si vous vendez au royaume d'Italie les 600 chevaux du 7e principal, le royaume d'Italie vous les payera ; et alors je mettrai un approuvé à la cession de ces chevaux, et l'argent en provenant vous servira à l'achat des 600 che­vaux qui vous manquent. Je ne signerai donc pas le décret que vous m'avez présenté. Les fonds nécessaires vous seront donnés sur le service de janvier; si vous en avez un besoin pressant, le ministre du trésor vous en fera l'avance sur ce qui vous sera donné en janvier.

Vous n'avez pas compris mes intentions sur la réserve de la Garde. Je n'ai pas prétendu que la Garde avançât l'argent nécessaire pour l'achat des chevaux du 4e et du 7e principal, mais que les chevaux qu'on doit acheter pour le 7e et le 4e principal, lesquels doivent ser­vir avec la Garde, seraient achetés et reçus par le général Sorbier, qui a un intérêt à acheter de bons chevaux, puisque ces bataillons doivent servir avec la Garde. C'est d'ailleurs un effet de ma confiance en ce général. Il sera donc nécessaire que le 7e principal vienne à la Fère, où il recevra ses chevaux; le 4e principal pourra les recevoir à Metz.

La réserve de cavalerie doit être servie par le 11e bataillon. Je pense que ce bataillon doit se mettre en marche sans délai, afin de relever, à Erfurt et à Hanovre, les chevaux des quatre compagnies qui sont à l'artillerie de la réserve de cavalerie et qui appartiennent aux quatre bataillons destinés au corps d'observation de l'Elbe. Le dépôt et les hommes à pied de ce bataillon pourront se rendre à Düsseldorf, et l'on fera les achats de chevaux que doit avoir ce bataillon, dans le duché de Berg.

Par ce moyen, la remonte sera plus facile, et ces chevaux seront tous rendus où se trouvent les régiments de cuirassiers, à Cologne et à Bonn.

Il est toutefois nécessaire que les attelages actuels qui sont aux deux divisions de cuirassiers à Cologne, et à Bonn, y restent jusqu'à ce qu'ils soient remplacés par les chevaux du 11e bataillon, de sorte que, si avant que la remonte fût faite j'ordonnais le départ de ces deux divisions, on n'en éprouvât aucun embarras ni retard.

Vous portez à l'équipage de pont cent soixante et dix chariots à munitions; il me semble que cela n'est point l'usage. Formez-moi donc cet équipage selon les règles. Dans l'équipage de pont il doit y avoir deux grandes sonnettes, si nécessaires pour consolider un pont de bateaux.

Il est nécessaire que les deux équipages de pont existent entiers à Danzig. Il faut avoir de plus à Danzig les cordages, ancres, fers et tous les objets nécessaires pour un troisième équipage, de sorte que, selon les circonstances, je ferai atteler les trois équipages, ou je ferai conduire l'un par les transports de réquisition et les deux autres par ceux de l'armée. Vous observez très-bien que l'on trouve partout des bateaux et du bois; et, avec la quantité d'ouvriers que je mène, cela sera promptement établi. Ainsi l'organisation de ce troisième équipage ne nécessitera que les cordages, les ancres, les fers et trois nacelles pour ramasser les bateaux. Faites-moi connaître combien il faudra de voitures pour cet équipage.

Je viens actuellement au détail. L'équipage est de cent soixante et dix bateaux ; il en manque cinq ; que vous voulez prendre à Strasbourg. Ordonnez que ces cinq bateaux soient confectionnés à Danzig; je ne veux rien prendre à Strasbourg; et, comme cent soixante et dix sont un nombre court, faites-en construire à Danzig trente-cinq nouveaux, ce qui fera deux cents bateaux. On aura donc amplement les deux équipages.

Ordonnez qu'au lieu de six haquets qui manquent vingt soient con­fectionnés à Danzig, de sorte qu'avec les dix qui existent cela fera trente haquets de rechange.

Faites faire quinze nacelles, qui, avec les dix qui existent, feront vingt-cinq.

Vous voyez que mon intention est de ne rien tirer de Strasbourg, ni de Vérone; tout doit se trouver à Danzig.

Vous portez cent soixante et dix chariots, ce qui me paraît trop considérable; toutefois mettez en construction à Danzig le nombre qui est nécessaire, et faites-moi connaître la différence de prix d’un chariot construit à Strasbourg à celui d'un chariot construit à Danzig. Faites-moi connaître également si l'on ne pourrait pas se procurer à Danzig les quinze caissons d'outils et les douze forges qui manquent, et si l’on pourrait, d'ici au mois de mars, les faire construire à Danzig.

Je dis la même chose pour les cordages, clous, ancres, fers, etc., mais il faut que tout soit fait à Danzig au 1er mars. On a donc trois mois pleins pour se procurer ce qui manque.

Mon équipage de pont consistera : en deux grands ponts sur la Vistule avec tous les agrès et objets nécessaires, en un pont en cor­dages, ancres et fers, et, outre cela, en quatre avant-gardes de pont, dont une à chaque corps et une à la Garde.

Je suppose que les officiers d'état-major que vous placerez aux équipages de pont ont déjà servi dans les ponts.

Vous me proposez le général Camas pour commander les ponts : cet officier a-t-il de l'expérience dans cette partie ?


Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie un rapport sur le casernement de Münster. Comme les couvents vont être supprimés, il y aura de la place. Il est néces­saire qu'il y ait du logement pour 8,000 hommes d'infanterie et 6,000 hommes de cavalerie, un bel hôpital et une grande manuten­tion. Donnez les ordres les plus positifs pour qu'on prenne possession de ce casernement et qu'on le pourvoie de lits militaires.


Paris, 15 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, à Vienne j'ai fait jeter sur un bras du Danube de 100 toises de large un pont d'une seule pièce. Je désire que, dans les équipages de pont que je fais former à Danzig, les officiers d'artillerie disposent les pièces de manière qu'on puisse en une heure de temps dresser le pont et le mettre à l'eau d'une pièce. Il est convenable, pour le succès de ces dispositions, que le détail en soit arrêté ici par les officiers d'artillerie. Il a fallu plusieurs jours à Vienne pour cette opération, parce que rien n'était préparé; mais si les madriers, les poutrelles, les fers étaient disposés à l'avance, je pense qu'on pourrait le faire en moins de quelques heures. Il restera ensuite à connaître si ce pont ne pourrait pas être jeté également sur une rivière de 200 toises, sur le Rhin, par exemple; je suis porté pour l'affirmative. Je désire que cette question soit discutée par les officiers d'artillerie, et qu'ensuite l'essai de ce procédé soit fait sur le Rhin ; mais ces épreuves doivent être cachées, et il ne faut pas que les étrangers puissent s'en apercevoir. Ce serait un grand pas de fait si, en se mettant à l'abri d'une île ou d'une rivière qui débouche dans le fleuve, on pouvait préparer un pont et ensuite le lancer et, par la force du courant, l'abattre de manière à jeter en six minutes on pont sur une grande rivière. Je suis porté à penser que les épreuves que l'on ferait à Strasbourg seraient satisfaisantes.


Parsi, 15 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le colonel du 23e de chasseurs est nommé depuis plusieurs mois. Il n'avait pas encore rejoint au 29 novembre. Faites-moi un rapport. Ce corps a besoin de son colonel.


16 – 31 décembre 1811