16 – 28 février 1811
Paris, 16 février 1811
Au général Duroc, duc de
Frioul, grand maréchal du palais, à Paris
Monsieur le Duc de Frioul, je vous
envoie un rapport de l'intendant général, contenant des propositions sur
lesquelles je désire que vous preniez l'opinion du sieur Fontaine. Je ne
voudrais pas qu'on fît des places d'architecte dans un palais des récompenses
pour des subalternes. Je veux des hommes forts en connaissances et en talents.
Venez ce soir, après mon dîner, avec l'intendant général, l'intendant des
bâtiments et le sieur Fontaine, pour arrêter ce qui est relatif an Palais-Royal
et me parler du palais d'Iéna et d'autres travaux.
Paris, 17 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
désire que vous envoyiez un courrier à Constantinople. Mandez à M.
Latour-Maubourg de se rapprocher le plus possible de la Porte, de faire en
sorte, sans se compromettre, que le nouveau sultan m'écrive et m'envoie un
ministre; de mon côté je lui répondrai, je renouerai mes relations et
j'enverrai un ministre. Ce courrier, en passant à Vienne, remettra à M. Otto
une lettre que vous lui écrirez pour le rassurer entièrement. Vous instruirez
M. Otto de la démarche que le prince de Schwarzenberg a faite auprès de vous
pour la Porte, et vous lui demanderez de sonder davantage le terrain pour
savoir ce que cela veut dire.
Paris, 17 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
désire que vous envoyiez demain un courrier à Saint-Pétersbourg. Vous enverrez
des lettres de récréance au duc de Vicence. Vous lui ferez connaître qu'après
en avoir conféré avec le gouvernement russe il peut partir, soit comme ayant
obtenu un congé de deux mois, soit comme remplacé et en remettant ses lettres
de récréance, selon que l'empereur de Russie le jugera convenable; mais, dans
l'un et l'autre cas, il fera connaître que je désire envoyer à Pétersbourg,
pour le remplacer, une des trois personnes ci-après : le comte Larochefoucauld
, qui a été ambassadeur à la Haye; le comte de Narbonne, aujourd'hui mon ambassadeur
à Munich, ou le comte Lauriston, mon aide de camp; que je désire connaître
celui des trois qui serait le plus agréable à l'empereur Alexandre; que ce
n'est qu'aussitôt que je le saurai que je me déciderai, voulant en cela, comme
en toutes choses, ne rien faire qui puisse être désagréable à l'empereur. Vous
donnerez au duc de Vicence des instructions sur l'affaire d*Oldenburg. Les termes du sénatus-consulte sont précis.
J'ai fait ce qui dépendait de moi en donnant au prince d'Oldenburg une exacte
et réelle indemnité.
Vous chargerez le duc de
Vicence d'avoir une conférence avec M. de Romanzof et avec l'empereur; de
déclarer à l'un et à l'autre que je persiste dans l'alliance; que je
n'entrevois aucune circonstance possible où je fasse la guerre avec la Russie,
le seul cas excepté où la Russie se mettrait avec l’Angleterre; que je n'ai
aucune alliance avec aucune puissance, et que ma politique est dans la même
situation.
Paris, 18 février 1811
Au comte Bigot de Préameneu,
ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot de
Préameneu, faites-moi un rapport sur la cathédrale de Rennes. Cette ville
a-t-elle suffisamment d'églises ? Est-il utile de continuer la construction de
la cathédrale ? On m'assure que cela ne coûtera pas 400,000 francs.
Paris,
18 février 1811
A M. Gaudin, duc de Gaète,
ministre des finances, à Paris
Faites-moi connaître où en est
le remboursement de la dette publique à Rome, et à quel taux se vendent
aujourd'hui les luoghi di monti.
Faites-moi un rapport sur les
relais de poste de Nocera et de Gualdo à Rome; qu'est-ce qui a porté à les
supprimer ?
Paris. 18 février 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Mon intention est que vous
preniez des mesures pour que les officiers ne soient plus logés à Rome chez les
particuliers et pour qu’aucun logement militaire ne pèse plus sur les
habitants.
Faites-moi connaître si l’on a
armé le promontoire de Circeo, près de Terracine. On se plaint que les
corsaires s'y cachent pour arrêter le cabotage de France à Naples.
Paris, 18 février 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L'armée de Catalogne excite
toute ma sollicitude. Le général Baraguey d'Hilliers ne fait rien et ne
correspond plus. Envoyez-lui un officier et dites-lui de vous adresser tous les
cinq jours l'état de situation de ses troupes et de bien spécifier tous les
cantonnements. Vous me remettrez ensuite ces états. Avec les troupes qu'il a,
ce général devrait entretenir des communications suivies avec Barcelone, et
toutes les semaines je devrais avoir des nouvelles de cette place. Je n'en
entends pas parler. Remuez-le le plus possible.
Je ne sais pas non plus ce que
fait le duc de Tarente. On n'entend parler de rien. Probablement il se sera
retiré du côté de Lerida, comme il a déjà fait, sans rien dire. Cela fait
perdre la bonne saison et le temps de l'expédition de Valence, et cela rend
nulle toute l'armée d'Aragon. Ecrivez-lui également.
Paris, 18 février 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vois que les 65,000 fusils
qui sont en France sont nécessaires aux gardes nationales et trop éloignés des
frontières de l'est. Ce serait d'un mauvais effet de les faire venir;
d'ailleurs il faudrait les remplacer par des fusils d'un autre calibre, ce qui
ne serait d'aucun avantage. Je préfère donc faire un achat de 54,000 fusils à
Vienne. Reste à savoir comment il faudrait faire pour couvrir cet achat, de
manière qu'il ait l'air d'être fait par la Saxe et que nous n'y soyons pour
rien.
En attendant, je désire que
vous fassiez réunir à Wesel les 21,000 fusils qui sont en Hollande, les 6,000
qui sont à Maëstricht, et 7,000 qui sont à Anvers, ce qui fera 34,000 fusils;
que vous les teniez à la citadelle de Wesel emballés et prêts à partir au
premier ordre ; que vous fassiez réunir à Mayence les 4,500 qui s'y trouvent,
les 4,600 qui sont à Metz, les 3,000 qui sont à Mézières, les 9,000 qui sont à
Lille, les 1,300 qui sont à Douai et les 19,000 qui sont à Strasbourg; qu'ils
soient placés dans la citadelle de Strasbourg, en bon état, emballés et prêts à
partir. Il me parait convenable que vous les fassiez arranger et emballer à
Mézières et à Lille, et qu'ils se rendent à Mayence tout emballés. Ainsi
j'aurai ces 76,000 fusils, moitié à Wesel et moitié à Mayence.
Mettez-y la moitié des
mousquetons que vous m'avez proposés dans votre dernier rapport. Ordonnez que
cette opération se fasse avec le plus de mystère possible, de sorte qu'aux
premiers jours de mai, si j'avais besoin d'avoir ces 76,000 armes, elles
pussent partir vingt-quatre heures après que je l'aurais ordonné. Je n'ai pas
besoin de dire qu'il faut qu'elles soient en bon état et prêtes à servir. Il
sera nécessaire de joindre une certaine quantité de formes de balle de 22; je
pense qu'il faudrait en envoyer pour 5,000 fusils et les faire entrer dans les
caisses.
Paris, 18 février 1811
Au général Lacuée, comte de
Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac,
je pensé qu'il est nécessaire de faire venir le major Thevenin, pour le charger
du service des équipages militaires de l'armée d'Allemagne. Réunissez un
conseil pour déterminer l'espèce de caisson à faire construire qui serait le
plus propre pour faire la guerre de Pologne. Il faut que ce soit fait avec discrétion
et le plus secrètement possible.
Paris. 18 février 1811
Au contre-amiral Ruysch,
commandant les vaisseaux le Chatham
et le Hollandais
Monsieur le contre-amiral
Ruysch, nous vous faisons savoir que notre intention est que nos vaisseaux le
Chatham et le Hollandais, réunis sous votre commandement, complètent leurs
équipages, soient munis de deux mois de vivres et appareillent, aussitôt que
vous en trouverez l'occasion, pour se joindre à nos forces navales dans
l'Escaut occidental.
Notre intention est qu'il n'y
ait point un moment de perdu pour cette opération, et nous chargeons notre
ministre de la marine de vous transmettre des instructions de détail sur la
formation de vos équipages et sur les moyens d'accélérer l'armement de nos
susdits bâtiments ; voulant et entendant que, le huitième jour après la réception
de la présente, tous vos préparatifs soient terminés et que vous n'ayez plus de
communication avec la terre.
Nous comptons que, moyennant
votre activité, la division sous vos ordres sera prête à appareiller avant que
l'ennemi ait eu le temps d'être informé du projet de vos opérations, et que,
profitant d'un vent favorable et frais, votre traversée sera assez courte pour
que vous n'ayez à y rencontrer aucun obstacle de la part de l'ennemi. Mais, si
cela avait lieu, et si vous y étiez absolument forcé, vous pourriez entrer dans
le Brouwershavens-Gat, ou, d'après les circonstances, vous vous allégeriez
pour pénétrer dans l'intérieur autant qu'il serait nécessaire.
Nous croyons superflu de vous
dire que, s'il y avait nécessité de vous éloigner de ces parages, vous êtes
autorisé à vous rendre dans tous les ports de notre Empire, et particulièrement
à Cherbourg, comme aussi dans ceux de notre allié le roi de Danemark.
Paris, 19 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, je
reçois la nouvelle que l'île de France a capitulé le 3 décembre. Je fais
traduire la capitulation, qui sera demain dans le Moniteur. Je désire que vous
ne perdiez pas un moment à transmettre cette nouvelle dans les différents
ports, surtout dans ceux où il y aurait des bâtiments en expédition pour ces
colonies.
Paris, 19 février 1811
Au comte de
Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de l’empereur, à Paris
Le service des huissiers de la
chambre est mal fait. Le conseil privé que j'ai tenu aujourd'hui a été arrangé
tout de travers : cela n'est pas étonnant, la porte des grands appartements
était tenue par un valet de pied. Jamais le service des huissiers ne s'est si
mal fait. Rayez de la liste des huissiers le nommé Henri, et prenez des mesures
pour que la porte de mon cabinet, surtout dans le grand appartement, soit
tenue par des huissiers.
Paris, 20 février 1811
A M. de Champagny, duc de Cadore,
ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
écrivez à mon consul général en Bosnie de prendre toutes les mesures et de
lever tous les obstacles pour que la route de Constantinople à la Bosnie ait
lieu. Proposez-moi de mettre des vice-consuls partout où il en demande.
Paris, 20 février 1811
Au comte Defermon, ministre
d’état, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris.
Monsieur le Comte Defermon, le
colonel Krasinski, commandant les chevau-légers polonais de ma Garde, fait
valoir des droits sur la starostie d'Opinagora, qui fait partie des dotations
de la principauté de Ponte-Corvo. Je désire que vous preniez des informations
pour connaître si les réclamations de cet officier sont fondées. Je ne verrai
point, dans ce cas, de difficulté à distraire le domaine d'Opinagora de la
principauté de Ponte-Corvo, et à en fonder un majorât de comte en faveur du
colonel Krasinski.
Paris, 21 février 1811
Au général Savary, duc de
Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Faites chercher à Londres les
ouvrages et livres faits par les officiers anglais sur les quatre dernières
campagnes des Autrichiens et des Russes.
Paris, 22 février 1811
Au général comte Bertrand,
inspecteur général du génie, à Paris
Monsieur le Général Comte
Bertrand , les Anglais sont à poste fixe dans la rade des Basques et inquiètent
le cabotage. Je désire que vous m'apportiez le plan de la côte, avec
l'indication des batteries, entre la Charente et la Loire; faites-vous remettre
les états du nombre de pièces qu'il y a à chacune de ces batteries et de leur
calibre. Il doit se trouver au ministère des détails qui fassent connaître
celles qui sont fermées à la gorge. Il est nécessaire que cette côte soit
suffisamment défendue pour que les Anglais n'y puissent descendre et que les
batteries soient à l'abri de tout événement.
Paris, 24 février 1811
Au comte de Montalivet,
ministre de l’intérieur, à Paris
Monsieur le Comte Montalivet,
un grand nombre de couvents sont à ma disposition à Rome, à Florence, à Gènes,
à Turin et autres villes d'Italie. Je désire que vous me prépariez un rapport
sur ceux de ces couvents qui pourraient être démolis, soit pour faire des
places ou des marchés, soit pour ouvrir des communications entre les différents
quartiers des villes, soit enfin pour concourir à leur embellissement. Écrivez
pour avoir des plans et des projets là-dessus.
Paris, 24 février 1811
A M. Gaudin, duc de Gaète,
ministre des finances, à Paris
J'ai signé le décret qui
ordonne le payement de l'arriéré des deux départements des Bouches-du-Rhin et
des Bouches-de-1'Escaut sur les recouvrements de 1809 et années antérieures.
L'arriéré qui est dû pour 1809
à ces deux départements doit sans doute être soldé par le syndicat de Hollande,
mais, comme ce syndicat a beaucoup plus qu'il ne faut pour faire face aux
dépenses dont il est chargé, je désire que les revenus qui resteront à recevoir
sur 1809 et années antérieures soient employés à solder tout ce qui serait du
aux communes et aux habitants de ces départements par suite de l'incursion des
Anglais; ils furent alors tenus à beaucoup de dépenses, pour nourriture et
entretien des troupes, dont ces départements n'auront pas été liquidés par le
gouvernement hollandais, et dont par conséquent ils ne seraient pas payés.
Ecrivez à votre commissaire sur cette question et présentez-moi un projet de
décret, mon intention étant de traiter ces deux départements avec plus de
faveur que le reste de la Hollande.
Paris, 24 février 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, il
faut vous entendre avec le ministre de l'administration de la guerre et me
faire un rapport sur la question de savoir comment l'armée d'Allemagne doit
vivre. D'après mes décisions, 18,500 hommes sont en Westphalie et doivent être
nourris, entretenus et soldés jusqu'à cette heure par ce royaume; une autre
partie est dans le Mecklenburg; une autre partie est à Francfort. Il me semble
que, pour cette portion qui est dans le Mecklenburg et à Francfort, elle doit
être nourrie par le pays où elle se trouve; mais je ne crois pas qu'il y ait de
dispositions faites pour la solde. Une autre partie de l'armée se trouve dans
les départements de l'Elbe, des Bouches-du-Weser et de l'Ems : pour 1811, ces
troupes doivent être nourries par le gouverneur général et par les
administrations du pays; je désirerais même qu'elles fussent soldées sur les
revenus de ces départements. Il faut me présenter un budget qui me fasse
connaître ce que la solde coûterait pour 1811, afin de voir s'il y a
possibilité de la faire payer sur les revenus de ce pays, et quel supplément il
faudrait donner.
Paris, 24 février 1811
Au général comte Bertrand,
inspecteur général du génie, à Paris
Monsieur le Général Bertrand, je
vous envoie le travail du ministre de la guerre pour le budget du génie ; il
faut que vous l'étudiiez et que vous m'apportiez tous les plans demain lundi,
afin que je puisse ordonner les dépenses de 1811 avec connaissance de cause et
remplir mon grand but, qui est de donner à toutes les places sur la mer un
degré de force considérable par les travaux de 1811. Pour atteindre ce but, je
ne regarderai pas à 3 ou 4 millions de plus. Sachez bien tout cela sur les
plans, de manière que je puisse faire le travail en une heure.
Paris, 24 février 1811
Au maréchal Davout, prince
d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, faites-moi un
rapport général sur la manière dont doit et peut vivre votre armée; envoyez-moi
cela sommairement et le plus tôt possible, afin que je prenne des mesures pour
que vous ne manquiez de rien. Votre dépense se divise en deux parties, la solde
et l'entretien. Faites-moi connaître à combien se monte la solde. Il me semble
qu'elle peut être payée par les revenus de vos trois départements, hormis
celle de 18,500 hommes, qui doivent être soldés par la Westphalie; mais, comme
il est probable que, vu la diminution actuelle du territoire de ce royaume, il
n'en pourra être soldé qu'une portion, il faudrait pourvoir au reste. Après
m’avoir fait connaître ainsi ce que coûtera la solde d'une armée, rendez-moi
compte de la situation de la solde pour 1810. Quant à l'entretien de l’année,
j'en vois une partie à Francfort, dans le Mecklenburg, en Westphalie, et
l'autre partie dans mes trois nouveaux départements. Selon le principe
constant, chaque pays doit entretenir et nourrir la troupe qu'il a.
Paris, 24 février 1811
DÉCISION
|
Le prince royal de
Suède, à la date du 10 janvier 1811, demande de conserver auprès de lui les officiers
que l'Empereur lui avait laissé, pour un an et au moins le chef d'escadron
Genty de Saint-Alphonse. |
Un prince étranger ne
peut pas avoir des officiers français sous ses ordres. Mais si quelqu’un de
ces aides de camp veut entrer au service de Suède, je l'accorde, pour faire
une chose agréable au prince royal. En faire, en conséquence, la proposition
à celui que le prince désire avoir. |
Paris, 25 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore,
j'ai lu avec attention les lettres de Stockholm. Il y a tant d'effervescence et
de décousu dans la tête du prince de Suède, que je n'attache aucune espèce
d'importance à la communication qu'il a faite au baron Alquier (le prince royal
de Suède, Bernadotte, demandait l'appui de la France pour reprendre la Norvège
au Danemark. A ce prix, il promettait, en cas de guerre entre la France et la
Russie, d'envahir la Finlande et de menacer Saint-Pétersbourg). Je désire donc
qu'il n'en soit parlé ni au ministre de Danemark ni au ministre de Suède , et
je veux l'ignorer jusqu'à nouvel ordre.
Expédiez par l'estafette à
Hambourg vos paquets pour mes ministres à Copenhague et à Stockholm, et
chargez le prince d'Eckmühl de les expédier de Hambourg par des officiers. J'y
trouverai deux avantages : mes paquets iront plus vile et il y aura économie.
Vous recommanderez au prince d'Eckmühl d'envoyer en poste des officiers
d'état-major très intelligents, lesquels, allant et venant fréquemment,
apprendront à connaître les localités et observeront ce qui se passe en
Danemark et en Suède. Mandez donc au prince d'Eckmühl que j'ai décidé que
désormais la correspondance se ferait ainsi.
Vous écrirez à mon ministre en
Danemark qu'il fasse connaître au gouvernement danois que je pense qu'il doit
tenir en bon état ses places de Norvège, y avoir des troupes suffisantes et se
tenir en tout sur un pied respectable. Ces conseils viendront naturellement
comme la suite des bruits qui se répandent que la Suède veut prendre la Norvège.
Mon ministre emploiera tout pour rassurer, encourager et soutenir le Danemark,
et lui faire entendre que, tant qu'il marchera ainsi, je le soutiendrai par
toutes les forces de mon Empire; mais qu'il est nécessaire qu'il ne se laisse
point prévenir, et qu'il profite des moments où le passage est libre pour faire
passer des forces respectables en Norvège. Mandez à ce ministre de vous faire
connaître les forces que le Danemark a dans cette province, et d'obtenir par ce
gouvernement des renseignements sur les armements des Suédois. Recommandez-lui
de faire tout cela avec prudence el dextérité.
Mandez à mon ministre à
Stockholm que je n'attache aucune importance à l'ouverture que lui a faite le
prince royal de Suède; que je suis trop puissant pour avoir besoin de personne
avec moi; que mes liaisons avec la Russie sont bonnes, et que je ne crains pas
la guerre avec cette puissance; que je suis en bonne situation avec l'Autriche;
mais que, comme mes finances sont en bon état, j'augmente mes armées de
150,000 hommes et que je compte en faire autant l’année prochaine. Il doit
cependant insinuer, sans que cela ait l'air de venir de Paris, que, tant que
l'alliance avec le Danemark subsistera, la France ne peut souffrir qu'il soit fait
aucun tort à la Norvège. Cela doit être dit très doucement et longtemps après
l'arrivée du courrier. Il ajoutera que vouloir prendre la Norvège, c'est une
folie de la part de la Suède ; que la Russie n'en serait pas plus contente que
le Danemark, puisque, maîtresse de la Norvège, la Suède aurait plus de moyens
de reprendre la Finlande, et que reprendre la Finlande, tant que la cour sera
à Stockholm, sera la première pensée et le premier besoin de la Suède; que le
Danemark ne peut intervenir dans la guerre contre la Suède que par la Norvège,
et que la Russie ne sera jamais assez insensée pour oublier que la Suède est
son ennemie inconciliable. C'est par ces considérations générales que le baron
Alquier doit répondre, et aussi par des considérations tirées de mon caractère
et de mon honneur, qui ne me feront jamais permettre qu'un de mes alliés perde
quelque chose à mon alliance. Vous donnerez pour instruction au baron Alquier
de garder de la dignité avec le prince, de ne jamais lui parler d'affaires,
mais de s'adresser toujours au roi et au cabinet, et de laisser comprendre par
sa conduite que ma politique ne se fonde en rien sur la Suède.
Je désire qu'il soit bien avec
le ministre de Russie ; qu'il continue à repousser toute idée d'hostilité
contre la Russie ; qu'il blâme tout armement que ferait la Suède; qu'il donne
toujours le conseil de s'occuper du rétablissement des finances, et voilà
tout. C'est la position qu'il doit prendre : calmer au lieu d'exciter, désarmer
au lieu d'armer. Vous recommanderez au baron Alquier d'être attentif aux
moindres mouvements de la Suède, et d'en prévenir, par lettres en chiffre, mon
ministre en Danemark. Vous lui ferez connaître que la correspondance se fera
par estafette de Paris à Hambourg et de là par des officiers de l'armée du
prince d'Eckmühl, ce qui rendra la correspondance plus rapide.
P. S. Marquez bien au baron
Alquier que tout ce que vous lui mandez dans votre lettre sont des explications
générales ; qu'il doit s'en servir pour sa gouverne, mais qu'il ne doit pas
laisser penser que le gouvernement a des idées assises; que c'est la tournure
qu'il doit donner à ses conversations ; qu'il ne doit avoir ces idées que naturellement,
quand il est sondé et obligé de s'expliquer; qu'il doit prendre ad référendum
ce qu'on lui dira, vu que réellement je n'ai aucun système sur un pays qui
parait si peu assis et sur des projets si éventuels et tellement erronés; qu'il
doit montrer confiance au ministre de Danemark, montrer confiance au ministre
de Russie, mais garder une certaine réserve avec le gouvernement suédois; avoir
des conversations générales dans le sens indiqué dans votre
dépêche. Voilà quelles doivent être ses instructions jusqu'à nouvel ordre. Vous
lui ferez connaître qu'on a vu avec peine qu'il se soit décidé à demander les
équipages de vaisseaux ; qu'il était bien évident par la marche de la Suède que
cette demande était inutile, et qu'on ne lui fournissait qu'une occasion de
croire qu'elle avait à disposer de la France. La conversation du baron Alquier
doit être la même, toutes les fois que ces questions seront mises sur le tapis
: la France n'a besoin de la Suède, ni en matelots, ni en officiers, ni en
troupes; elle ne désire rien d'elle et ne lui demande rien.
Paris, 25 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
vous ai fait connaître quelles étaient mes intentions sur les instructions à
envoyer au comte Otto. Je pense que, quatre ou cinq jours après que votre
courrier sera parti, il sera nécessaire de tenir quelques discours au prince de
Schwarzenberg, mais plus légers et plus vagues encore que celui que doit tenir
le comte Otto, assez forts cependant pour qu'ils fixent son attention et pour
qu'il en écrive. Cela doit suffire pour le moment. Vous devez prendre votre
texte de la circonstance de l’accouchement de l'Impératrice, qui va resserrer
encore les liens de parenté entre les deux États.
Paris, 25 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je
désire que vous expédiiez un courrier demain à Vienne. Vous ferez demander à
l'Impératrice ses lettres. Le principal but de l'envoi de ce courrier sera de
donner à Vienne des nouvelles de l'Impératrice ; vous en écrirez en conséquence
au comte Otto. Vous lui manderez que je ne vois pas d'inconvénients qu'il fasse
ce qu'a fait le baron de Breteuil en pareille circonstance, et même qu'il le
surpasse de beaucoup; qu'il est donc autorisé à faire toute la dépense qu'il
jugera à propos. Vous lui ferez connaître que la fête qu'il a donnée à
l'occasion du mariage était mesquine; que ce qui le prouve, c'est la demande de
10,000 francs qu'il a faite pour les frais de cette fête ; que, lorsqu'il s'agit
de fêtes, ou il ne faut pas en donner, ou il faut qu'elles réunissent tous les
suffrages ; qu'en France, une fête de cette espèce coûterait 100,000 francs;
qu'il ne faut pas pour cela sortir de l'usage ; qu'il suffit de faire plus que
n'a fait M. de Breteuil.
Vous lui ferez connaître que
je désire qu'il sonde M. de Metternich sur les circonstances possibles de la
campagne prochaine entre la Russie et la Turquie, pour savoir ce que l'Autriche
veut et peut faire. La France avait stipulé par le traité de Tilsit la
restitution de la Moldavie et de la Valachie à la Porte. Depuis, à Erfurt,
l'empereur de Russie obtint que la France se désisterait de cette clause et ne
se mêlerait point de cette question ; la France fit cela en haine de l'Autriche,
qui faisait alors des préparatifs d'armement, rien ne pouvant être plus
contraire aux intérêts de la monarchie
autrichienne que l'occupation de ces provinces par la Russie. Aujourd'hui la
France voit avec peine un si grand accroissement de territoire pour l'empire
russe, d'autant plus que les principes du dernier ukase excluront de la
Moldavie et de la Valachie les soieries et les denrées françaises. Mais est-il
à espérer que la Porte puisse défendre encore l’année prochaine ces deux
provinces contre la Russie ? N’est-il pas à craindre qu'outre ces provinces on
ne perde encore la Servie, ou que, la Russie y établissant un hospodar, ce pays
ne revienne sous l'influence russe ? La France ne peut manifester aucune
opinion contraire à la possession de la Valachie el de la Moldavie par les
Russes, sans indisposer alors même la Russie et la pousser à faire sa paix avec
l'Angleterre, paix dont le résultat serait inévitablement la guerre entre les
deux puissances. D'ailleurs la Russie parait trop avancée pour renoncer de
sang-froid aujourd'hui à ces deux provinces. Enfin, la Moldavie et la Valachie
n'étant pour la France que d'un intérêt du second ordre, tandis qu'elles sont
pour l'Autriche d'un intérêt du premier
rang, il serait important de connaître jusqu'où l'Autriche serait disposée à
aller, et ce qu'elle serait en état de faire pour empêcher leur réunion.
Tout cela doit être dit en
forme de conversation, vaguement, mais autant qu'il le faut pour reconnaître le
terrain et se former une idée. L'union des deux pays, l'heureuse circonstance
de l'accouchement de l'Impératrice, qui resserre encore leurs liens, c'est de
là qu'il faut partir pour tâcher de découvrir les intentions positives du ministère.
Le déplaisir que lui fait l'occupation de la Moldavie et de la Valachie va-t-il
jusqu'à ne pas lui faire redouter la guerre avec la Russie ? Enfin quel est son
système sur ces affaires ? Quelles espérances conçoit-il de la résistance des
Turcs ? Mandez au comte Otto de tâcher d'avoir les noms et la force des
régiments russes qui se trouvent dans ces deux provinces.
Paris, 26 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Je vous renvoie vos
instructions et le projet de ma lettre au commandant de la division qui doit
partir de Toulon, pour que vous les refassiez dans ce sens. Je désirerais qu'au
lieu d'une flûte il y en eût deux, l’une chargée d'artillerie et l'autre vide,
et que vous y joignissiez un petit brick bon marcheur. Ces cinq voiles
partiraient de Toulon et se rendraient à Porto-Ferrajo, où elles
embarqueraient le 1er bataillon du régiment de la Méditerranée, fort de 1,000 à
1,100 hommes, savoir : 300 sur les frégates et 700 sur les flûtes. Elles
partiraient de Porto-Ferrajo et iraient, selon les instructions que vous leur
avez données, reconnaître le cap de Gâta. Mais Almeria, Motril, Marbella et
Malaga m'appartiennent; j'attendrai que vous me fassiez connaître ce que c'est
que ces différents ports pour voir s'il faut s'en tenir à débarquer à Malaga,
ou si l’on peut débarquera Almeria; ce qui, je crois, produirait un grand
avantage maritime. Mais, soit que la division aille à Malaga, soit qu'elle
aille à Almeria, il est nécessaire qu'elle ne débarque pas avant de s'être
assurée que mes troupes sont maîtresses de ces points. Je n'ai point de doute
là-dessus, mais enfin elles ne doivent point marcher inconsidérément, puisqu'à
la guerre des événements non calculés peuvent arriver tous les quinze jours.
La flûte chargée entrera dans
le port; et même, quand l'expédition s'arrêterait à Almeria, si les
renseignements qu'aura pris le capitaine lui donnent sûreté que la flûte peut
côtoyer jusqu'à Malaga sans crainte, il pourra la faire entrer à Almeria et lui
faire suivre la côte jusqu'à Malaga.
Les deux frégates et la flûte,
qui ne porte que des hommes, reviendraient en toute diligence à Ajaccio, où
elles trouveraient une flûte qui aura porté des vivres pour réapprovisionner la
division pour six mois; et ces deux flûtes embarqueraient tout ce qui se
trouverait à Ajaccio du régiment du Midi. Je suppose qu'elles pourraient embarquer
1,500 hommes et les conduiraient à Almeria. Les deux frégates et les deux
flûtes, avec la troisième chargée de tout ce qu'on pourrait lui offrir dans le
pays, soit en plomb, vif-argent, etc., reviendraient à Ajaccio. Les flûtes
resteraient dans ce port, et les frégates continueraient leur croisière, pour
consommer leurs vivres, sur les côtes d'Espagne, devant Valence et sur les
côtes de Barbarie, arrêtant tous les bâtiments chargés de blé (il y en a une
quantité immense de toutes les nations qui vont à Cadix et à Lisbonne), et les
dirigeant tous sur Barcelone, et, au cas qu'ils ne puissent pas atteindre ce
port, sur Tortose ou même sur Corfou : sardes, espagnols , ottomans, américains,
tout ce qui serait chargé de blé aurait cette destination. Si, par des
événements imprévus, ces bâtiments étaient obligés de revenir, plutôt que de
ramener les troupes en Corse, elles les jetteraient dans Tortose.
Enfin je désirerais qu'une
autre expédition composée d'une frégate et d'une bonne corvette partit de
Toulon et se rendit devant Valence pour faire rafle de tous les bâtiments qui
s'y trouvent, faire des prisonniers, rapporter des nouvelles du lieu, et,
après avoir été sur cette côte sept è huit jours, se porter sur Alger, établir
une croisière car les côtes de Barbarie et arrêter tous les bâtiments de blé
dont ces parages sont pleins, et qui sont destinés à l'approvisionnement de
Cadix et de Lisbonne.
Les prisonniers que cette
division aurait faits devant Valence ou sur les côtes d'Espagne seraient menés
à Ajaccio ou à Calvi, selon les circonstances.
Je désirerais que cette
croisière allât aussi sur les côtes de Sardaigne.
C'est dans ce sens que je
désire que les instructions soient faites. Je suppose que vous préférez envoyer
deux frégates, deux flûtes et deux corvettes ou bricks ensemble, ou envoyer
séparément une frégate, une flûte et un brick. Je désire avoir sur cela votre
opinion.
Paris, 26 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, la
prise de l'île de France ne me laisse pas de doute sur la direction que
prendront les trois frégates, portant 15,000 hommes, qui sont parties de Brest.
Cette expédition ira à Batavia. D'un autre coté, les dernières nouvelles de
Londres me feraient penser que les forces qui ont servi à prendre l'île de
France pourraient se porter sur Batavia, non pour s'y établir, mais pour
prendre la ville. Je désirerais que vous vissiez le général Hogendorp et les
officiers qui viennent de Batavia pour savoir dans quel temps les Anglais
peuvent faire cette opération, ce que feront nos gens et ce qu'il y a lieu
d'espérer.
J'attendrai le rapport que
vous me ferez là-dessus pour décider s'il me convient de laisser partir
l'expédition qui est à Nantes et celle qui est à Cherbourg.
Si ces expéditions ne partent
pas, je les enverrai à Brest, où il faut absolument parvenir à réunir une
escadre.
Paris, 27 février 1811
A M. de Champagny, duc de
Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, on
m'offre à Vienne une très grande quantité de fusils à acheter à très bon
marché. Si j'achetais ces fusils et si je les dirigeais sur la Pologne, cela
paraîtrait fort extraordinaire. Cela me fait penser que vous devez demander au
ministre de la guerre l'offre qui lui a été faite de ces fusils, l'état de ces
armes et leur prix, envoyer ces pièces à mon ministre en Saxe, et le charger de
voir M. de Senft. Il dira à M. de Senft que mon opinion est qu'on ne saurait
avoir trop d'armes en réserve pour armer la Pologne; que cette occasion qui se
présente est très favorable; que le roi de Saxe doit faire demander sous main à
Vienne qu'on l'autorise à faire cet achat, vu qu'il a perdu toutes ses armes
lors de la bataille d'Iéna; qu'il doit envoyer un officier visiter ces armes et
faire le marché, en ne recevant que des armes qui soient bonnes et les
dirigeant toutes sur Dresde. Le baron Bourgoing fera connaître à M. de Senft
que, si le Roi veut prendre ces armes à son compte, il en est le maître; que,
s'il n'a pas le moyen de les acheter, je ne me refuserai pas à les payer, et
elles seront tenues à ma disposition à Dresde, dans les magasins du Roi, pour
être employées selon les circonstances.
Vous instruirez de cela le
comte Otto, et vous ferez sentira tout le inonde la nécessité de mettre de la
réserve dans cette affaire, où je ne dois être pour rien.
Le baron Bourgoing dira à M.
de Senft que je n'ai aucune raison de croire à une rupture avec la Russie, mais
que, dans la situation politique actuelle, il est nécessaire de pouvoir
disposer de deux à trois cent mille armes en Pologne.
Vous écrirez au baron
Bourgoing qu'il est à souhaiter que les armes qui sont dans le duché de
Varsovie soient réparties entre Modlin, Thorn et Zamosc, indépendamment de ce
qui peut être laissé à Varsovie, à Cracovie et à Posen.
Si l’on pensait en Saxe que le
tiers de ces armes pût être envoyé dans le duché de Varsovie, il faudrait,
avant, me communiquer l'état des armes qui existent et leur distribution, parce
qu'il peut y avoir des inconvénients à placer trop d'armes dans les points frontières
qui ne sont point fortifiés. Cela fait donc sentir l'importance de travailler
avec activité à la place de Modlin.
Paris, 28 février 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'apprends que les troupes que
j'ai envoyées à Toulon sont disséminées dans les îles d'Hyères, etc.
Faites-moi un rapport là-dessus. Je n'ai ordonné aucun mouvement. Donnez ordre
au général Plauzonne de les réunir et de les tenir dans la main, de manière
qu'elles puissent être embarquées à chaque instant. Elles ne doivent pas être
confondues avec la garnison de Toulon.
Paris, 28 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, je
désire que vous voyiez le ministre de Naples et que vous écriviez à mon
ministre de cette cour et au ministre de la marine napolitaine pour demander
qu'un vaisseau de 80 et une frégate soient mis en construction au compte de la
France, soit à Castellamare, soit dans le port de Naples.
Vous enverrez au ministre de
la marine de Naples la copie du marché que nous avons passé avec l'Italie et
des modèles de bâtiments. Vous ferez connaître que les fonds seront payés
d'avance. Le marché conclu, vous payerez 4 vingt-quatrièmes d'avance, et, tous
les mois, vous ferez successivement les fonds d'avance. Il faut que la frégate
et le vaisseau soient finis pour le mois de janvier prochain.
Paris, 28 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Je vous ai fait connaître que
je désirais que les deux frégates que j'ai à Dunkerque se rendissent sans délai
à Flessingue. On peut bien les faire partir armées en flûtes; mais on suppose
qu'il est possible d'y attacher un demi-chameau, ce qui les soulèverait assez
pour les faire sortir armées et les conduire en rade, où l'on ôterait les chameaux.
Si cela était, il faudrait achever l'autre frégate à Dunkerque. Il serait
possible de se servir également d'un chameau pour faire sortir les frégates du
Havre dans un moment où les Anglais ne s'y attendraient pas.
Paris, 28 février 1811
A Alexandre Ier, empereur de
Russie, à Saint-Petersbourg
Monsieur mon Frère, la
mauvaise santé du duc de Vicence m'oblige à lui envoyer des lettres de récréance.
J'ai cherché près de moi la personne que j'ai supposé pouvoir être la plus
agréable à Votre Majesté Impériale et la plus propre à maintenir la paix et
l'alliance entre nous. J'ai fait choix du général comte de Lauriston. Je suis
fort empressé d'apprendre si j'ai rencontré juste. Je charge le comte de Czernitchef de parler à
Votre Majesté de mes sentiments pour elle. Ces sentiments ne changeront pas,
quoique je ne puisse me dissimuler que Votre Majesté n'a plus d'amitié pour
moi. Elle me fait faire des protestations et toutes espèces de difficultés
pour l'Oldenburg, lorsque je ne me
refuse pas à donner une indemnité équivalente et que la situation de ce pays,
qui a toujours été le centre de la contrebande avec l'Angleterre, me fait un
devoir indispensable, pour l'intérêt de mon Empire et pour le succès de la
lutte où je suis engagé, de la réunion d'Oldenburg à mes Etats. Le dernier ukase de Votre Majesté, dans le fond,
mais surtout dans la forme, est spécialement dirigé contre la France. Dans d'autres temps, avant de prendre une
telle mesure contre mon commerce, Votre Majesté me l'eût fait connaître, et
j'aurais pu peut-être lui suggérer des moyens qui, en remplissant son
principal but, auraient cependant empêché que cela ne parût aux yeux de la
France un changement de système. Toute l'Europe l'a envisagé ainsi; et déjà notre alliance n'existe plus, dans
l'opinion de l'Angleterre et de l'Europe : fut-elle aussi entière dans le cœur
de Votre Majesté qu'elle l'est dans le mien, cette opinion générale n'en
serait pas moins un grand mal. Que Votre Majesté me permette de le lui dire
avec franchise : elle a oublié le bien qu'elle a retiré de l'alliance; et
cependant, qu'elle voie ce qui s'est passé depuis Tilsit. Par le traité de
Tilsit, elle devait restituer à la Turquie la Moldavie et la Valachie;
cependant, au lieu de restituer ces provinces,
Votre Majesté les a réunies à son empire. La Valachie et la Moldavie sont le tiers de
la Turquie d'Europe; c'est une acquisition immense, qui, en appuyant le vaste
empire de Votre Majesté sur le Danube, ôte toute force à la Turquie et, on peut
même le dire, anéantit cet empire, mon plus ancien allié. Cependant, au lieu de
tenir à l'exécution du traité de Tilsit, de la manière la plus désintéressée
et par pure amitié pour Votre Majesté, j'ai reconnu la réunion de ces belles et
riches contrées; mais, sans ma confiance dans la continuation de son amitié,
plusieurs campagnes très malheureuses n'eussent pu amener la France à voir
dépouiller ainsi son ancien allié. En Suède, dans le temps que je restituais
les conquêtes que j'avais faites sur cette puissance, je consentais à ce que
Votre Majesté gardât la Finlande, qui est le tiers de la Suède, et qui est une
province si importante pour Votre Majesté qu'on peut dire que depuis cette réunion
il n'y a plus de Suède, puisque Stockholm est maintenant aux avant-postes du
royaume. Cependant la Suède, malgré la fausse politique de son roi, était
aussi un des anciens amis de la France. Des hommes insinuants et suscités par
l'Angleterre fatiguent les oreilles de Votre Majesté de propos calomnieux. Je
veux, disent-ils, rétablir la Pologne. J'étais maître de le faire à Tilsit :
douze jours après la bataille de Friedland, je pouvais être à Vilna. Si j'eusse
voulu rétablir la Pologne, j'eusse désintéressé l'Autriche à Vienne : elle
demandait à conserver ses anciennes provinces et ses communications avec la
mer, eu faisant porter ses sacrifices sur ses possessions de Pologne. Je le
pouvais en 1810, au moment où toutes les
troupes russes étaient engagées contre la Porte. Je le pourrais dans ce moment
encore, sans attendre que Votre Majesté terminât avec la Porte un arrangement
qui sera conclu probablement dans le cours de cet été. Puisque je ne l'ai fait
dans aucune de ces circonstances, c'est donc que le rétablissement de la
Pologne n'était pas dans mes intentions. Mais si je ne veux rien changer à
l'état de la Pologne, j'ai le droit
aussi d'exiger que personne ne se mêle de ce que je fais eu deçà de l'Elbe.
Toutefois il est vrai que nos ennemis ont réussi. Les fortifications que Votre
Majesté fait élever sur vingt points de la Dwina, les protestations dont a
parlé le prince Kourakine pour l'Oldenburg et l'ukase le prouvent assez. Moi, je suis le même pour elle, mais je suis
frappé de l'évidence de ces faits et de la pensée que Votre Majesté est toute
disposée, aussitôt que les circonstances le voudront, à s'arranger avec
l'Angleterre; ce qui est la même chose que d'allumer la guerre entre les deux
empires. Votre Majesté abandonnant une fois l'alliance et brûlant les
conventions de Tilsit, il serait évident que la guerre s'ensuivrait quelques
mois plus tôt ou quelques mois plus tard. Cet état de méfiance et d'incertitude
a des inconvénients pour l'empire de Votre Majesté et pour le mien. Le résultat
doit être, de part et d'autre, de tendre les ressorts de nos empires pour nous
mettre en mesure. Tout cela est sans doute bien fâcheux. Si Votre Majesté n'a
pas le projet de se remettre avec l'Angleterre, elle sentira la nécessité pour
elle et pour moi de dissiper tous ces nuages. Elle n'a pas de sécurité,
puisqu'elle a dit au duc de Vicence « qu'elle ferait la guerre sur ses
frontières », et la sécurité est le premier bien des deux grands États.
Je prie Votre Majesté de lire
cette lettre dans un bon esprit, de n'y voir rien qui ne soit conciliant et
propre à faire disparaître de part et d'autre toute espèce de méfiance et à
rétablir les deux nations, sous tous les points de vue, dans l'intimité d'une
alliance qui depuis près de quatre ans est si heureuse.
Paris, 28 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, proposez-moi
sans délai un projet de décret pour la confection des routes nécessaires pour
l'extraction des mâts des forêts de la Corse.
Paris, 28 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, la
construction des vaisseaux est une chose trop importante pour qu'il ne soit pas
nécessaire d'instituer un conseil de construction. Ce conseil serait composé
d'un président, de deux ingénieurs et d'un auditeur secrétaire. Indépendamment
de tous ses membres permanents, tous les ans, pendant trois mois, quatre autres
ingénieurs, savoir un d'Anvers, un de Lorient, un de Rochefort et un de Toulon,
viendraient à ce conseil pour tenir les séances extraordinaires.
Présentez-moi un projet pour
instituer ce conseil.
Paris, 28 février 1811
Au vice-amiral comte Decrès,
ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, on
m'assure qu'il n'y a à Toulon que pour dix-huit jours de biscuit, non seulement
dans le port, mais même dans les magasins. Faites-moi un rapport là-dessus.
Cela me parait fort extraordinaire. Tous mes projets alors seraient manqués,
puisqu'il serait impossible de supposer que mon escadre est disponible.
Faites-moi connaître pour combien de temps les bâtiments de l'escadre ont de
vivres. Mon intention est que chaque bâtiment ait six mois de vivres, soit à
bord, soit dans les magasins de l'arsenal et de la marine, de manière qu'à
l'arrivée du premier courrier ils puissent partir.
P. S. Vous ne me parlez pas de
l'intention où je suis de menacer l’Irlande par l'Escaut, et du besoin que j'ai
en conséquence de flûtes et d'écuries sur ce point.