16 – 28 février 1811


Paris, 16 février 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je vous envoie un rapport de l'inten­dant général, contenant des propositions sur lesquelles je désire que vous preniez l'opinion du sieur Fontaine. Je ne voudrais pas qu'on fît des places d'architecte dans un palais des récompenses pour des subalternes. Je veux des hommes forts en connaissances et en talents. Venez ce soir, après mon dîner, avec l'intendant général, l'intendant des bâtiments et le sieur Fontaine, pour arrêter ce qui est relatif an Palais-Royal et me parler du palais d'Iéna et d'autres travaux.


Paris, 17 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez un cour­rier à Constantinople. Mandez à M. Latour-Maubourg de se rappro­cher le plus possible de la Porte, de faire en sorte, sans se compro­mettre, que le nouveau sultan m'écrive et m'envoie un ministre; de mon côté je lui répondrai, je renouerai mes relations et j'enverrai un ministre. Ce courrier, en passant à Vienne, remettra à M. Otto une lettre que vous lui écrirez pour le rassurer entièrement. Vous instrui­rez M. Otto de la démarche que le prince de Schwarzenberg a faite auprès de vous pour la Porte, et vous lui demanderez de sonder davantage le terrain pour savoir ce que cela veut dire.


Paris, 17 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez demain un courrier à Saint-Pétersbourg. Vous enverrez des lettres de récréance au duc de Vicence. Vous lui ferez connaître qu'après en avoir conféré avec le gouvernement russe il peut partir, soit comme ayant obtenu un congé de deux mois, soit comme remplacé et en remettant ses lettres de récréance, selon que l'empereur de Russie le jugera convenable; mais, dans l'un et l'autre cas, il fera connaître que je désire envoyer à Pétersbourg, pour le remplacer, une des trois personnes ci-après : le comte Larochefoucauld , qui a été am­bassadeur à la Haye; le comte de Narbonne, aujourd'hui mon ambas­sadeur à Munich, ou le comte Lauriston, mon aide de camp; que je désire connaître celui des trois qui serait le plus agréable à l'empe­reur Alexandre; que ce n'est qu'aussitôt que je le saurai que je me déciderai, voulant en cela, comme en toutes choses, ne rien faire qui puisse être désagréable à l'empereur. Vous donnerez au duc de Vicence des instructions sur l'affaire d*Oldenburg.  Les termes du sénatus-consulte sont précis. J'ai fait ce qui dépendait de moi en donnant au prince d'Oldenburg une exacte et réelle indemnité.

Vous chargerez le duc de Vicence d'avoir une conférence avec M. de Romanzof et avec l'empereur; de déclarer à l'un et à l'autre que je persiste dans l'alliance; que je n'entrevois aucune circonstance possible où je fasse la guerre avec la Russie, le seul cas excepté où la Russie se mettrait avec l’Angleterre; que je n'ai aucune alliance avec aucune puissance, et que ma politique est dans la même situation.


Paris, 18 février 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, faites-moi un rapport sur la cathédrale de Rennes. Cette ville a-t-elle suffisamment d'égli­ses ? Est-il utile de continuer la construction de la cathédrale ? On m'assure que cela ne coûtera pas 400,000 francs.


Paris, 18 février 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Faites-moi connaître où en est le remboursement de la dette pu­blique à Rome, et à quel taux se vendent aujourd'hui les luoghi di monti.

Faites-moi un rapport sur les relais de poste de Nocera et de Gualdo à Rome; qu'est-ce qui a porté à les supprimer ?


Paris. 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est que vous preniez des mesures pour que les offi­ciers ne soient plus logés à Rome chez les particuliers et pour qu’aucun logement militaire ne pèse plus sur les habitants.

Faites-moi connaître si l’on a armé le promontoire de Circeo, près de Terracine. On se plaint que les corsaires s'y cachent pour arrêter le cabotage de France à Naples.


Paris, 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L'armée de Catalogne excite toute ma sollicitude. Le général Baraguey d'Hilliers ne fait rien et ne correspond plus. Envoyez-lui un officier et dites-lui de vous adresser tous les cinq jours l'état de situation de ses troupes et de bien spécifier tous les cantonnements. Vous me remettrez ensuite ces états. Avec les troupes qu'il a, ce général devrait entretenir des communications suivies avec Barcelone, et toutes les semaines je devrais avoir des nouvelles de cette place. Je n'en entends pas parler. Remuez-le le plus possible.

Je ne sais pas non plus ce que fait le duc de Tarente. On n'entend parler de rien. Probablement il se sera retiré du côté de Lerida, comme il a déjà fait, sans rien dire. Cela fait perdre la bonne saison et le temps de l'expédition de Valence, et cela rend nulle toute l'ar­mée d'Aragon. Ecrivez-lui également.


Paris, 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois que les 65,000 fusils qui sont en France sont nécessaires aux gardes nationales et trop éloignés des frontières de l'est. Ce serait d'un mauvais effet de les faire venir; d'ailleurs il faudrait les rem­placer par des fusils d'un autre calibre, ce qui ne serait d'aucun avan­tage. Je préfère donc faire un achat de 54,000 fusils à Vienne. Reste à savoir comment il faudrait faire pour couvrir cet achat, de manière qu'il ait l'air d'être fait par la Saxe et que nous n'y soyons pour rien.

En attendant, je désire que vous fassiez réunir à Wesel les 21,000 fusils qui sont en Hollande, les 6,000 qui sont à Maëstricht, et 7,000 qui sont à Anvers, ce qui fera 34,000 fusils; que vous les teniez à la citadelle de Wesel emballés et prêts à partir au premier ordre ; que vous fassiez réunir à Mayence les 4,500 qui s'y trouvent, les 4,600 qui sont à Metz, les 3,000 qui sont à Mézières, les 9,000 qui sont à Lille, les 1,300 qui sont à Douai et les 19,000 qui sont à Strasbourg; qu'ils soient placés dans la citadelle de Strasbourg, en bon état, emballés et prêts à partir. Il me parait convenable que vous les fassiez arranger et emballer à Mézières et à Lille, et qu'ils se ren­dent à Mayence tout emballés. Ainsi j'aurai ces 76,000 fusils, moitié à Wesel et moitié à Mayence.

Mettez-y la moitié des mousquetons que vous m'avez proposés dans votre dernier rapport. Ordonnez que cette opération se fasse avec le plus de mystère possible, de sorte qu'aux premiers jours de mai, si j'avais besoin d'avoir ces 76,000 armes, elles pussent partir vingt-quatre heures après que je l'aurais ordonné. Je n'ai pas besoin de dire qu'il faut qu'elles soient en bon état et prêtes à servir. Il sera nécessaire de joindre une certaine quantité de formes de balle de 22; je pense qu'il faudrait en envoyer pour 5,000 fusils et les faire entrer dans les caisses.


Paris, 18 février 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je pensé qu'il est nécessaire de faire venir le major Thevenin, pour le charger du service des équi­pages militaires de l'armée d'Allemagne. Réunissez un conseil pour déterminer l'espèce de caisson à faire construire qui serait le plus propre pour faire la guerre de Pologne. Il faut que ce soit fait avec discrétion et le plus secrètement possible.


Paris. 18 février 1811

Au contre-amiral Ruysch, commandant les vaisseaux le Chatham et le Hollandais

Monsieur le contre-amiral Ruysch, nous vous faisons savoir que notre intention est que nos vaisseaux le Chatham et le Hollandais, réunis sous votre commandement, complètent leurs équipages, soient munis de deux mois de vivres et appareillent, aussitôt que vous en trouverez l'occasion, pour se joindre à nos forces navales dans l'Escaut occidental.

Notre intention est qu'il n'y ait point un moment de perdu pour cette opération, et nous chargeons notre ministre de la marine de vous transmettre des instructions de détail sur la formation de vos équipages et sur les moyens d'accélérer l'armement de nos susdits bâtiments ; voulant et entendant que, le huitième jour après la récep­tion de la présente, tous vos préparatifs soient terminés et que vous n'ayez plus de communication avec la terre.

Nous comptons que, moyennant votre activité, la division sous vos ordres sera prête à appareiller avant que l'ennemi ait eu le temps d'être informé du projet de vos opérations, et que, profitant d'un vent favorable et frais, votre traversée sera assez courte pour que vous n'ayez à y rencontrer aucun obstacle de la part de l'ennemi. Mais, si cela avait lieu, et si vous y étiez absolument forcé, vous pourriez entrer dans le Brouwershavens-Gat, ou, d'après les circon­stances, vous vous allégeriez pour pénétrer dans l'intérieur autant qu'il serait nécessaire.

Nous croyons superflu de vous dire que, s'il y avait nécessité de vous éloigner de ces parages, vous êtes autorisé à vous rendre dans tous les ports de notre Empire, et particulièrement à Cherbourg, comme aussi dans ceux de notre allié le roi de Danemark.


Paris, 19 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je reçois la nouvelle que l'île de France a capitulé le 3 décembre. Je fais traduire la capitulation, qui sera demain dans le Moniteur. Je désire que vous ne perdiez pas un mo­ment à transmettre cette nouvelle dans les différents ports, surtout dans ceux où il y aurait des bâtiments en expédition pour ces colonies.


Paris, 19 février 1811

Au comte de Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de l’empereur, à Paris

Le service des huissiers de la chambre est mal fait. Le conseil privé que j'ai tenu aujourd'hui a été arrangé tout de travers : cela n'est pas étonnant, la porte des grands appartements était tenue par un valet de pied. Jamais le service des huissiers ne s'est si mal fait. Rayez de la liste des huissiers le nommé Henri, et prenez des mesu­res pour que la porte de mon cabinet, surtout dans le grand appar­tement, soit tenue par des huissiers.


Paris, 20 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul général en Bosnie de prendre toutes les mesures et de lever tous les obstacles pour que la route de Constantinople à la Bosnie ait lieu. Proposez-moi de mettre des vice-consuls partout où il en demande.


Paris, 20 février 1811

Au comte Defermon, ministre d’état, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris.

Monsieur le Comte Defermon, le colonel Krasinski, commandant les chevau-légers polonais de ma Garde, fait valoir des droits sur la starostie d'Opinagora, qui fait partie des dotations de la principauté de Ponte-Corvo. Je désire que vous preniez des informations pour connaître si les réclamations de cet officier sont fondées. Je ne verrai point, dans ce cas, de difficulté à distraire le domaine d'Opinagora de la principauté de Ponte-Corvo, et à en fonder un majorât de comte en faveur du colonel Krasinski.


Paris, 21 février 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Faites chercher à Londres les ouvrages et livres faits par les offi­ciers anglais sur les quatre dernières campagnes des Autrichiens et des Russes.


Paris, 22 février 1811

Au général comte Bertrand, inspecteur général du génie, à Paris

Monsieur le Général Comte Bertrand , les Anglais sont à poste fixe dans la rade des Basques et inquiètent le cabotage. Je désire que vous m'apportiez le plan de la côte, avec l'indication des batteries, entre la Charente et la Loire; faites-vous remettre les états du nombre de pièces qu'il y a à chacune de ces batteries et de leur calibre. Il doit se trouver au ministère des détails qui fassent connaître celles qui sont fermées à la gorge. Il est nécessaire que cette côte soit suffisam­ment défendue pour que les Anglais n'y puissent descendre et que les batteries soient à l'abri de tout événement.


Paris, 24 février 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, un grand nombre de couvents sont à ma disposition à Rome, à Florence, à Gènes, à Turin et autres villes d'Italie. Je désire que vous me prépariez un rapport sur ceux de ces couvents qui pourraient être démolis, soit pour faire des places ou des marchés, soit pour ouvrir des communications entre les diffé­rents quartiers des villes, soit enfin pour concourir à leur embellis­sement. Écrivez pour avoir des plans et des projets là-dessus.


Paris, 24 février 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

J'ai signé le décret qui ordonne le payement de l'arriéré des deux départements des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-1'Escaut sur les recouvrements de 1809 et années antérieures.

L'arriéré qui est dû pour 1809 à ces deux départements doit sans doute être soldé par le syndicat de Hollande, mais, comme ce syn­dicat a beaucoup plus qu'il ne faut pour faire face aux dépenses dont il est chargé, je désire que les revenus qui resteront à recevoir sur 1809 et années antérieures soient employés à solder tout ce qui serait du aux communes et aux habitants de ces départements par suite de l'incursion des Anglais; ils furent alors tenus à beaucoup de dépen­ses, pour nourriture et entretien des troupes, dont ces départements n'auront pas été liquidés par le gouvernement hollandais, et dont par conséquent ils ne seraient pas payés. Ecrivez à votre commissaire sur cette question et présentez-moi un projet de décret, mon intention étant de traiter ces deux départements avec plus de faveur que le reste de la Hollande.


Paris, 24 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il faut vous entendre avec le ministre de l'administration de la guerre et me faire un rapport sur la question de savoir comment l'armée d'Allemagne doit vivre. D'après mes déci­sions, 18,500 hommes sont en Westphalie et doivent être nourris, entretenus et soldés jusqu'à cette heure par ce royaume; une autre partie est dans le Mecklenburg; une autre partie est à Francfort. Il me semble que, pour cette portion qui est dans le Mecklenburg et à Francfort, elle doit être nourrie par le pays où elle se trouve; mais je ne crois pas qu'il y ait de dispositions faites pour la solde. Une autre partie de l'armée se trouve dans les départements de l'Elbe, des Bouches-du-Weser et de l'Ems : pour 1811, ces troupes doivent être nourries par le gouverneur général et par les administrations du pays; je désirerais même qu'elles fussent soldées sur les revenus de ces départements. Il faut me présenter un budget qui me fasse connaître ce que la solde coûterait pour 1811, afin de voir s'il y a possibilité de la faire payer sur les revenus de ce pays, et quel supplément il faudrait donner.


Paris, 24 février 1811

Au général comte Bertrand, inspecteur général du génie, à Paris

Monsieur le Général Bertrand, je vous envoie le travail du ministre de la guerre pour le budget du génie ; il faut que vous l'étudiiez et que vous m'apportiez tous les plans demain lundi, afin que je puisse ordonner les dépenses de 1811 avec connaissance de cause et rem­plir mon grand but, qui est de donner à toutes les places sur la mer un degré de force considérable par les travaux de 1811. Pour attein­dre ce but, je ne regarderai pas à 3 ou 4 millions de plus. Sachez bien tout cela sur les plans, de manière que je puisse faire le travail en une heure.


Paris, 24 février 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, faites-moi un rapport général sur la manière dont doit et peut vivre votre armée; envoyez-moi cela sommairement et le plus tôt possible, afin que je prenne des mesures pour que vous ne manquiez de rien. Votre dépense se divise en deux parties, la solde et l'entretien. Faites-moi connaître à combien se monte la solde. Il me semble qu'elle peut être payée par les revenus de vos trois dépar­tements, hormis celle de 18,500 hommes, qui doivent être soldés par la Westphalie; mais, comme il est probable que, vu la diminu­tion actuelle du territoire de ce royaume, il n'en pourra être soldé qu'une portion, il faudrait pourvoir au reste. Après m’avoir fait con­naître ainsi ce que coûtera la solde d'une armée, rendez-moi compte de la situation de la solde pour 1810. Quant à l'entretien de l’année, j'en vois une partie à Francfort, dans le Mecklenburg, en Westphalie, et l'autre partie dans mes trois nouveaux départements. Selon le principe constant, chaque pays doit entretenir et nourrir la troupe qu'il a.


Paris, 24 février 1811

DÉCISION

Le prince royal de Suède, à la date du 10 janvier 1811, demande de conserver auprès de lui les officiers que l'Empereur lui avait laissé, pour un an et au moins le chef d'escadron Genty de Saint-Alphonse.

Un prince étranger ne peut pas avoir des officiers français sous ses ordres. Mais si quelqu’un de ces aides de camp veut entrer au service de Suède, je l'accorde, pour faire une chose agréable au prince royal. En faire, en conséquence, la proposition à celui que le prince désire avoir.


Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j'ai lu avec attention les lettres de Stockholm. Il y a tant d'effervescence et de décousu dans la tête du prince de Suède, que je n'attache aucune espèce d'importance à la communication qu'il a faite au baron Alquier (le prince royal de Suède, Bernadotte, demandait l'appui de la France pour reprendre la Norvège au Danemark. A ce prix, il promettait, en cas de guerre entre la France et la Russie, d'envahir la Finlande et de menacer Saint-Pétersbourg). Je désire donc qu'il n'en soit parlé ni au ministre de Danemark ni au ministre de Suède , et je veux l'ignorer jusqu'à nouvel ordre.


Expédiez par l'estafette à Hambourg vos paquets pour mes minis­tres à Copenhague et à Stockholm, et chargez le prince d'Eckmühl de les expédier de Hambourg par des officiers. J'y trouverai deux avantages : mes paquets iront plus vile et il y aura économie. Vous recommanderez au prince d'Eckmühl d'envoyer en poste des officiers d'état-major très intelligents, lesquels, allant et venant fréquemment, apprendront à connaître les localités et observeront ce qui se passe en Danemark et en Suède. Mandez donc au prince d'Eckmühl que j'ai décidé que désormais la correspondance se ferait ainsi.

Vous écrirez à mon ministre en Danemark qu'il fasse connaître au gouvernement danois que je pense qu'il doit tenir en bon état ses places de Norvège, y avoir des troupes suffisantes et se tenir en tout sur un pied respectable. Ces conseils viendront naturellement comme la suite des bruits qui se répandent que la Suède veut prendre la Norvège. Mon ministre emploiera tout pour rassurer, encourager et soutenir le Danemark, et lui faire entendre que, tant qu'il marchera ainsi, je le soutiendrai par toutes les forces de mon Empire; mais qu'il est nécessaire qu'il ne se laisse point prévenir, et qu'il profite des moments où le passage est libre pour faire passer des forces res­pectables en Norvège. Mandez à ce ministre de vous faire connaître les forces que le Danemark a dans cette province, et d'obtenir par ce gouvernement des renseignements sur les armements des Suédois. Recommandez-lui de faire tout cela avec prudence el dextérité.

Mandez à mon ministre à Stockholm que je n'attache aucune im­portance à l'ouverture que lui a faite le prince royal de Suède; que je suis trop puissant pour avoir besoin de personne avec moi; que mes liaisons avec la Russie sont bonnes, et que je ne crains pas la guerre avec cette puissance; que je suis en bonne situation avec l'Autriche; mais que, comme mes finances sont en bon état, j'aug­mente mes armées de 150,000 hommes et que je compte en faire autant l’année prochaine. Il doit cependant insinuer, sans que cela ait l'air de venir de Paris, que, tant que l'alliance avec le Danemark subsistera, la France ne peut souffrir qu'il soit fait aucun tort à la Norvège. Cela doit être dit très doucement et longtemps après l'arri­vée du courrier. Il ajoutera que vouloir prendre la Norvège, c'est une folie de la part de la Suède ; que la Russie n'en serait pas plus contente que le Danemark, puisque, maîtresse de la Norvège, la Suède aurait plus de moyens de reprendre la Finlande, et que repren­dre la Finlande, tant que la cour sera à Stockholm, sera la première pensée et le premier besoin de la Suède; que le Danemark ne peut intervenir dans la guerre contre la Suède que par la Norvège, et que la Russie ne sera jamais assez insensée pour oublier que la Suède est son ennemie inconciliable. C'est par ces considérations générales que le baron Alquier doit répondre, et aussi par des considérations tirées de mon caractère et de mon honneur, qui ne me feront jamais permettre qu'un de mes alliés perde quelque chose à mon alliance. Vous donnerez pour instruction au baron Alquier de garder de la dignité avec le prince, de ne jamais lui parler d'affaires, mais de s'adresser toujours au roi et au cabinet, et de laisser comprendre par sa conduite que ma politique ne se fonde en rien sur la Suède.

Je désire qu'il soit bien avec le ministre de Russie ; qu'il continue à repousser toute idée d'hostilité contre la Russie ; qu'il blâme tout armement que ferait la Suède; qu'il donne toujours le conseil de s'oc­cuper du rétablissement des finances, et voilà tout. C'est la position qu'il doit prendre : calmer au lieu d'exciter, désarmer au lieu d'armer. Vous recommanderez au baron Alquier d'être attentif aux moindres mouvements de la Suède, et d'en prévenir, par lettres en chiffre, mon ministre en Danemark. Vous lui ferez connaître que la corres­pondance se fera par estafette de Paris à Hambourg et de là par des officiers de l'armée du prince d'Eckmühl, ce qui rendra la cor­respondance plus rapide.


P. S. Marquez bien au baron Alquier que tout ce que vous lui mandez dans votre lettre sont des explications générales ; qu'il doit s'en servir pour sa gouverne, mais qu'il ne doit pas laisser penser que le gouvernement a des idées assises; que c'est la tournure qu'il doit donner à ses conversations ; qu'il ne doit avoir ces idées que naturellement, quand il est sondé et obligé de s'expliquer; qu'il doit prendre ad référendum ce qu'on lui dira, vu que réellement je n'ai aucun système sur un pays qui parait si peu assis et sur des projets si éventuels et tellement erronés; qu'il doit montrer confiance au ministre de Danemark, montrer confiance au ministre de Russie, mais garder une certaine réserve avec le gouvernement suédois; avoir des conversations générales dans le sens indiqué dans votre
dépêche. Voilà quelles doivent être ses instructions jusqu'à nouvel ordre. Vous lui ferez connaître qu'on a vu avec peine qu'il se soit décidé à demander les équipages de vaisseaux ; qu'il était bien évident par la marche de la Suède que cette demande était inutile, et qu'on ne lui fournissait qu'une occasion de croire qu'elle avait à disposer de la France. La conversation du baron Alquier doit être la même, toutes les fois que ces questions seront mises sur le tapis : la France n'a besoin de la Suède, ni en matelots, ni en officiers, ni en troupes; elle ne désire rien d'elle et ne lui demande rien.


Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai fait connaître quelles étaient mes intentions sur les instructions à envoyer au comte Otto. Je pense que, quatre ou cinq jours après que votre courrier sera parti, il sera nécessaire de tenir quelques discours au prince de Schwarzenberg, mais plus légers et plus vagues encore que celui que doit tenir le comte Otto, assez forts cependant pour qu'ils fixent son attention et pour qu'il en écrive. Cela doit suffire pour le moment. Vous devez prendre votre texte de la circonstance de l’accouchement de l'Impératrice, qui va resserrer encore les liens de parenté entre les deux États.


Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous expédiiez un cour­rier demain à Vienne. Vous ferez demander à l'Impératrice ses lettres. Le principal but de l'envoi de ce courrier sera de donner à Vienne des nouvelles de l'Impératrice ; vous en écrirez en conséquence au comte Otto. Vous lui manderez que je ne vois pas d'inconvénients qu'il fasse ce qu'a fait le baron de Breteuil en pareille circonstance, et même qu'il le surpasse de beaucoup; qu'il est donc autorisé à faire toute la dépense qu'il jugera à propos. Vous lui ferez connaître que la fête qu'il a donnée à l'occasion du mariage était mesquine; que ce qui le prouve, c'est la demande de 10,000 francs qu'il a faite pour les frais de cette fête ; que, lorsqu'il s'agit de fêtes, ou il ne faut pas en donner, ou il faut qu'elles réunissent tous les suffrages ; qu'en France, une fête de cette espèce coûterait 100,000 francs; qu'il ne faut pas pour cela sortir de l'usage ; qu'il suffit de faire plus que n'a fait M. de Breteuil.

Vous lui ferez connaître que je désire qu'il sonde M. de Metternich sur les circonstances possibles de la campagne prochaine entre la Russie et la Turquie, pour savoir ce que l'Autriche veut et peut faire. La France avait stipulé par le traité de Tilsit la restitution de la Mol­davie et de la Valachie à la Porte. Depuis, à Erfurt, l'empereur de Russie obtint que la France se désisterait de cette clause et ne se mêlerait point de cette question ; la France fit cela en haine de l'Au­triche, qui faisait alors des préparatifs d'armement, rien ne pouvant être plus contraire aux intérêts de  la monarchie autrichienne que l'occupation de ces provinces par la Russie. Aujourd'hui la France voit avec peine un si grand accroissement de territoire pour l'empire russe, d'autant plus que les principes du dernier ukase excluront de la Moldavie et de la Valachie les soieries et les denrées françaises. Mais est-il à espérer que la Porte puisse défendre encore l’année prochaine ces deux provinces contre la Russie ? N’est-il pas à craindre qu'outre ces provinces on ne perde encore la Servie, ou  que,  la Russie y établissant un hospodar, ce pays ne revienne sous l'influence russe ? La France ne peut manifester aucune opinion contraire à la possession de la Valachie el de la Moldavie par les Russes, sans indisposer alors même la Russie et la pousser à faire sa paix avec l'Angleterre, paix dont le résultat serait inévitablement la guerre entre les deux puissances. D'ailleurs la Russie parait trop avancée pour renoncer de sang-froid aujourd'hui à ces deux provinces. Enfin, la Moldavie et la Valachie n'étant pour la France que d'un intérêt du second ordre, tandis qu'elles sont pour l'Autriche d'un  intérêt du premier rang, il serait important de connaître jusqu'où l'Autriche serait disposée à aller, et ce qu'elle serait en état de faire pour empêcher leur réunion.

Tout cela doit être dit en forme de conversation, vaguement, mais autant qu'il le faut pour reconnaître le terrain et se former une idée. L'union des deux pays, l'heureuse circonstance de l'accouchement de l'Impératrice, qui resserre encore leurs liens, c'est de là qu'il faut partir pour tâcher de découvrir les intentions positives du mi­nistère. Le déplaisir que lui fait l'occupation de la Moldavie et de la Valachie va-t-il jusqu'à ne pas lui faire redouter la guerre avec la Russie ? Enfin quel est son système sur ces affaires ? Quelles espé­rances conçoit-il de la résistance des Turcs ? Mandez au comte Otto de tâcher d'avoir les noms et la force des régiments russes qui se trouvent dans ces deux provinces.


Paris, 26 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie vos instructions et le projet de ma lettre au com­mandant de la division qui doit partir de Toulon, pour que vous les refassiez dans ce sens. Je désirerais qu'au lieu d'une flûte il y en eût deux, l’une chargée d'artillerie et l'autre vide, et que vous y joignis­siez un petit brick bon marcheur. Ces cinq voiles partiraient de Tou­lon et se rendraient à Porto-Ferrajo, où elles embarqueraient le 1er bataillon du régiment de la Méditerranée, fort de 1,000 à 1,100 hommes, savoir : 300 sur les frégates et 700 sur les flûtes. Elles partiraient de Porto-Ferrajo et iraient, selon les instructions que vous leur avez données, reconnaître le cap de Gâta. Mais Almeria, Motril, Marbella et Malaga m'appartiennent; j'attendrai que vous me fassiez connaître ce que c'est que ces différents ports pour voir s'il faut s'en tenir à débarquer à Malaga, ou si l’on peut débarquera Almeria; ce qui, je crois, produirait un grand avantage maritime. Mais, soit que la division aille à Malaga, soit qu'elle aille à Almeria, il est nécessaire qu'elle ne débarque pas avant de s'être assurée que mes troupes sont maîtresses de ces points. Je n'ai point de doute là-dessus, mais enfin elles ne doivent point marcher inconsidérément, puisqu'à la guerre des événements non calculés peuvent arriver tous les quinze jours.

La flûte chargée entrera dans le port; et même, quand l'expédi­tion s'arrêterait à Almeria, si les renseignements qu'aura pris le capi­taine lui donnent sûreté que la flûte peut côtoyer jusqu'à Malaga sans crainte, il pourra la faire entrer à Almeria et lui faire suivre la côte jusqu'à Malaga.

Les deux frégates et la flûte, qui ne porte que des hommes, revien­draient en toute diligence à Ajaccio, où elles trouveraient une flûte qui aura porté des vivres pour réapprovisionner la division pour six mois; et ces deux flûtes embarqueraient tout ce qui se trouverait à Ajaccio du régiment du Midi. Je suppose qu'elles pourraient embar­quer 1,500 hommes et les conduiraient à Almeria. Les deux frégates et les deux flûtes, avec la troisième chargée de tout ce qu'on pour­rait lui offrir dans le pays, soit en plomb, vif-argent, etc., revien­draient à Ajaccio. Les flûtes resteraient dans ce port, et les fré­gates continueraient leur croisière, pour consommer leurs vivres, sur les côtes d'Espagne, devant Valence et sur les côtes de Barbarie, arrêtant tous les bâtiments chargés de blé (il y en a une quantité immense de toutes les nations qui vont à Cadix et à Lisbonne), et les dirigeant tous sur Barcelone, et, au cas qu'ils ne puissent pas atteindre ce port, sur Tortose ou même sur Corfou : sardes, espa­gnols , ottomans, américains, tout ce qui serait chargé de blé aurait cette destination. Si, par des événements imprévus, ces bâtiments étaient obligés de revenir, plutôt que de ramener les troupes en Corse, elles les jetteraient dans Tortose.

Enfin je désirerais qu'une autre expédition composée d'une frégate et d'une bonne corvette partit de Toulon et se rendit devant Valence pour faire rafle de tous les bâtiments qui s'y trouvent, faire des pri­sonniers, rapporter des nouvelles du lieu, et, après avoir été sur cette côte sept è huit jours, se porter sur Alger, établir une croisière car les côtes de Barbarie et arrêter tous les bâtiments de blé dont ces parages sont pleins, et qui sont destinés à l'approvisionnement de Cadix et de Lisbonne.

Les prisonniers que cette division aurait faits devant Valence ou sur les côtes d'Espagne seraient menés à Ajaccio ou à Calvi, selon les circonstances.

Je désirerais que cette croisière allât aussi sur les côtes de Sardaigne.

C'est dans ce sens que je désire que les instructions soient faites. Je suppose que vous préférez envoyer deux frégates, deux flûtes et deux corvettes ou bricks ensemble, ou envoyer séparément une fré­gate, une flûte et un brick. Je désire avoir sur cela votre opinion.


Paris, 26 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la prise de l'île de France ne me laisse pas de doute sur la direction que prendront les trois frégates, por­tant 15,000 hommes, qui sont parties de Brest. Cette expédition ira à Batavia. D'un autre coté, les dernières nouvelles de Londres me feraient penser que les forces qui ont servi à prendre l'île de France pourraient se porter sur Batavia, non pour s'y établir, mais pour prendre la ville. Je désirerais que vous vissiez le général Hogendorp et les officiers qui viennent de Batavia pour savoir dans quel temps les Anglais peuvent faire cette opération, ce que feront nos gens et ce qu'il y a lieu d'espérer.

J'attendrai le rapport que vous me ferez là-dessus pour décider s'il me convient de laisser partir l'expédition qui est à Nantes et celle qui est à Cherbourg.

Si ces expéditions ne partent pas, je les enverrai à Brest, où il faut absolument parvenir à réunir une escadre.


Paris, 27 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, on m'offre à Vienne une très grande quantité de fusils à acheter à très bon marché. Si j'achetais ces fusils et si je les dirigeais sur la Pologne, cela paraîtrait fort extraordinaire. Cela me fait penser que vous devez demander au ministre de la guerre l'offre qui lui a été faite de ces fusils, l'état de ces armes et leur prix, envoyer ces pièces à mon ministre en Saxe, et le charger de voir M. de Senft. Il dira à M. de Senft que mon opinion est qu'on ne saurait avoir trop d'armes en réserve pour armer la Pologne; que cette occasion qui se présente est très favorable; que le roi de Saxe doit faire demander sous main à Vienne qu'on l'autorise à faire cet achat, vu qu'il a perdu toutes ses armes lors de la bataille d'Iéna; qu'il doit envoyer un officier visiter ces armes et faire le marché, en ne recevant que des armes qui soient bonnes et les dirigeant toutes sur Dresde. Le baron Bourgoing fera connaître à M. de Senft que, si le Roi veut prendre ces armes à son compte, il en est le maître; que, s'il n'a pas le moyen de les acheter, je ne me refuserai pas à les payer, et elles seront tenues à ma disposition à Dresde, dans les magasins du Roi, pour être employées selon les circonstances.

Vous instruirez de cela le comte Otto, et vous ferez sentira tout le inonde la nécessité de mettre de la réserve dans cette affaire, où je ne dois être pour rien.

Le baron Bourgoing dira à M. de Senft que je n'ai aucune raison de croire à une rupture avec la Russie, mais que, dans la situation politique actuelle, il est nécessaire de pouvoir disposer de deux à trois cent mille armes en Pologne.

Vous écrirez au baron Bourgoing qu'il est à souhaiter que les armes qui sont dans le duché de Varsovie soient réparties entre Modlin, Thorn et Zamosc, indépendamment de ce qui peut être laissé à Var­sovie, à Cracovie et à Posen.

Si l’on pensait en Saxe que le tiers de ces armes pût être envoyé dans le duché de Varsovie, il faudrait, avant, me communiquer l'état des armes qui existent et leur distribution, parce qu'il peut y avoir des inconvénients à placer trop d'armes dans les points fron­tières qui ne sont point fortifiés. Cela fait donc sentir l'importance de travailler avec activité à la place de Modlin.


Paris, 28 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'apprends que les troupes que j'ai envoyées à Toulon sont dissé­minées dans les îles d'Hyères, etc. Faites-moi un rapport là-dessus. Je n'ai ordonné aucun mouvement. Donnez ordre au général Plauzonne de les réunir et de les tenir dans la main, de manière qu'elles puissent être embarquées à chaque instant. Elles ne doivent pas être confondues avec la garnison de Toulon.


Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous voyiez le ministre de Naples et que vous écriviez à mon ministre de cette cour et au ministre de la marine napolitaine pour demander qu'un vaisseau de 80 et une frégate soient mis en construction au compte de la France, soit à Castellamare, soit dans le port de Naples.

Vous enverrez au ministre de la marine de Naples la copie du mar­ché que nous avons passé avec l'Italie et des modèles de bâtiments. Vous ferez connaître que les fonds seront payés d'avance. Le marché conclu, vous payerez 4 vingt-quatrièmes d'avance, et, tous les mois, vous ferez successivement les fonds d'avance. Il faut que la frégate et le vaisseau soient finis pour le mois de janvier prochain.


Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai fait connaître que je désirais que les deux frégates que j'ai à Dunkerque se rendissent sans délai à Flessingue. On peut bien les faire partir armées en flûtes; mais on suppose qu'il est possible d'y attacher un demi-chameau, ce qui les soulèverait assez pour les faire sortir armées et les conduire en rade, où l'on ôterait les cha­meaux. Si cela était, il faudrait achever l'autre frégate à Dunkerque. Il serait possible de se servir également d'un chameau pour faire sortir les frégates du Havre dans un moment où les Anglais ne s'y atten­draient pas.


Paris, 28 février 1811

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, la mauvaise santé du duc de Vicence m'oblige à lui envoyer des lettres de récréance. J'ai cherché près de moi la personne que j'ai supposé pouvoir être la plus agréable à Votre Ma­jesté Impériale et la plus propre à maintenir la paix et l'alliance entre nous. J'ai fait choix du général comte de Lauriston. Je suis fort em­pressé d'apprendre si j'ai rencontré juste.  Je charge le comte de Czernitchef de parler à Votre Majesté de mes sentiments pour elle. Ces sentiments ne changeront pas, quoique je ne puisse me dissimu­ler que Votre Majesté n'a plus d'amitié pour moi. Elle me fait faire des protestations et toutes espèces de difficultés pour  l'Oldenburg, lorsque je ne me refuse pas à donner une indemnité équivalente et que la situation de ce pays, qui a toujours été le centre de la contre­bande avec l'Angleterre, me fait un devoir indispensable, pour l'intérêt de mon Empire et pour le succès de la lutte où je suis engagé, de la réunion d'Oldenburg à mes Etats.  Le dernier ukase de Votre Majesté, dans le fond, mais surtout dans la forme, est spécialement dirigé contre la France.  Dans d'autres temps, avant de prendre une telle mesure contre mon commerce, Votre Majesté me l'eût fait con­naître, et j'aurais pu peut-être lui suggérer des moyens qui, en rem­plissant son principal but, auraient cependant empêché que cela ne parût aux yeux de la France un changement de système. Toute l'Eu­rope l'a envisagé ainsi;   et déjà notre alliance n'existe plus, dans l'opinion de l'Angleterre et de l'Europe : fut-elle aussi entière dans le cœur de Votre Majesté qu'elle l'est dans le mien, cette opinion géné­rale n'en serait pas moins un grand mal. Que Votre Majesté me per­mette de le lui dire avec franchise : elle a oublié le bien qu'elle a retiré de l'alliance; et cependant, qu'elle voie ce qui s'est passé depuis Tilsit. Par le traité de Tilsit, elle devait restituer à la Turquie la Moldavie et la Valachie; cependant, au lieu de restituer ces provin­ces,  Votre Majesté les a réunies à son empire.  La Valachie et la Moldavie sont le tiers de la Turquie d'Europe; c'est une acquisition immense, qui, en appuyant le vaste empire de Votre Majesté sur le Danube, ôte toute force à la Turquie et, on peut même le dire, anéantit cet empire, mon plus ancien allié. Cependant, au lieu de tenir à l'exécution du traité de Tilsit, de la manière la plus désinté­ressée et par pure amitié pour Votre Majesté, j'ai reconnu la réunion de ces belles et riches contrées; mais, sans ma confiance dans la continuation de son amitié, plusieurs campagnes très malheureuses n'eussent pu amener la France à voir dépouiller ainsi son ancien allié. En Suède, dans le temps que je restituais les conquêtes que j'avais faites sur cette puissance, je consentais à ce que Votre Majesté gardât la Finlande, qui est le tiers de la Suède, et qui est une province si importante pour Votre Majesté qu'on peut dire que depuis cette réu­nion il n'y a plus de Suède, puisque Stockholm est maintenant aux avant-postes du royaume. Cependant la Suède, malgré la fausse poli­tique de son roi, était aussi un des anciens amis de la France. Des hommes insinuants et suscités par l'Angleterre fatiguent les oreilles de Votre Majesté de propos calomnieux. Je veux, disent-ils, rétablir la Pologne. J'étais maître de le faire à Tilsit : douze jours après la bataille de Friedland, je pouvais être à Vilna. Si j'eusse voulu rétablir la Pologne, j'eusse désintéressé l'Autriche à Vienne : elle demandait à conserver ses anciennes provinces et ses communications avec la mer, eu faisant porter ses sacrifices sur ses possessions de Pologne. Je le pouvais en  1810, au moment où toutes les troupes russes étaient engagées contre la Porte. Je le pourrais dans ce moment en­core, sans attendre que Votre Majesté terminât avec la Porte un arrangement qui sera conclu probablement dans le cours de cet été. Puisque je ne l'ai fait dans aucune de ces circonstances, c'est donc que le rétablissement de la Pologne n'était pas dans mes intentions. Mais si je ne veux rien changer à l'état de la Pologne,  j'ai le droit aussi d'exiger que personne ne se mêle de ce que je fais eu deçà de l'Elbe. Toutefois il est vrai que nos ennemis ont réussi. Les fortifica­tions que Votre Majesté fait élever sur vingt points de la Dwina, les protestations dont a parlé le prince Kourakine pour l'Oldenburg et l'ukase le prouvent assez.   Moi, je suis le même pour elle, mais je suis frappé de l'évidence de ces faits et de la pensée que Votre Ma­jesté est toute disposée, aussitôt que les circonstances le voudront, à s'arranger avec l'Angleterre; ce qui est la même chose que d'allumer la guerre entre les deux empires. Votre Majesté abandonnant une fois l'alliance et brûlant les conventions de Tilsit, il serait évident que la guerre s'ensuivrait quelques mois plus tôt ou quelques mois plus tard. Cet état de méfiance et d'incertitude a des inconvénients pour l'empire de Votre Majesté et pour le mien. Le résultat doit être, de part et d'autre, de tendre les ressorts de nos empires pour nous mettre en mesure. Tout cela est sans doute bien fâcheux. Si Votre Majesté n'a pas le projet de se remettre avec l'Angleterre, elle sentira la nécessité pour elle et pour moi de dissiper tous ces nuages. Elle n'a pas de sécurité, puisqu'elle a dit au duc de Vicence « qu'elle ferait la guerre sur ses frontières », et la sécurité est le premier bien des deux grands États.

Je prie Votre Majesté de lire cette lettre dans un bon esprit, de n'y voir rien qui ne soit conciliant et propre à faire disparaître de part et d'autre toute espèce de méfiance et à rétablir les deux nations, sous tous les points de vue, dans l'intimité d'une alliance qui depuis près de quatre ans est si heureuse.


Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, proposez-moi sans délai un projet de décret pour la confection des routes nécessaires pour l'extraction des mâts des forêts de la Corse.


Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la construction des vaisseaux est une chose trop importante pour qu'il ne soit pas nécessaire d'instituer un conseil de construction. Ce conseil serait composé d'un président, de deux ingénieurs et d'un auditeur secrétaire. Indépendamment de tous ses membres permanents, tous les ans, pendant trois mois, quatre autres ingénieurs, savoir un d'Anvers, un de Lorient, un de Rochefort et un de Toulon, viendraient à ce conseil pour tenir les séances extraordinaires.

Présentez-moi un projet pour instituer ce conseil.


Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on m'assure qu'il n'y a à Toulon que pour dix-huit jours de biscuit, non seulement dans le port, mais même dans les magasins. Faites-moi un rapport là-dessus. Cela me parait fort extraordinaire. Tous mes projets alors seraient manqués, puisqu'il serait impossible de supposer que mon escadre est disponible. Faites-moi connaître pour combien de temps les bâtiments de l'escadre ont de vivres. Mon intention est que chaque bâtiment ait six mois de vivres, soit à bord, soit dans les magasins de l'arsenal et de la ma­rine, de manière qu'à l'arrivée du premier courrier ils puissent partir.


P. S. Vous ne me parlez pas de l'intention où je suis de menacer l’Irlande par l'Escaut, et du besoin que j'ai en conséquence de flûtes et d'écuries sur ce point.


1er – 15 février 1811