16 – 31 juillet 1811


Trianon, 18 juillet 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, par le courrier que vous expédiez en Russie, il est nécessaire d'instruire, confidentiellement et pour sa gouverne, le comte de Lauriston que les 4e et 6e bataillons des régiments du corps d'armée que commande le prince d'Eckmühl rejoignent cette armée; que cette mesure est nécessitée par le besoin de réunir les régiments; que c'est bien une trentaine de mille hommes de plus qui vont se trouver dans la 32e division militaire, où les vivres sont à très bon marché, mais que cela ne forme pas un régiment de plus, que les 3e bataillons de la brigade de Westphalie, qui est à Danzig, étaient en marche pour rejoindre leur brigade; que j'ai jugé à propos de leur donner contre-ordre, me conformant au désir que parait avoir l'empereur de Russie que la garnison de Danzig ne soit pas augmentée.


Trianon, 18 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement au colonel du 9e de cuirassier, qui a envoyé à la Garde un mauvais sujet qui avait été trois mois en prison. Ordonnez-lui les arrêts pour vingt-quatre heures et mettez-le à l’ordre de l'armée. C'est me manquer essentiellement que d’envoyer des mauvais sujets dans ma Garde.

Donnez ordre que le choix des hommes destinés pour la Garde soit fait par les inspecteurs, et que désormais ils en désignent vingt par régiment de cavalerie et vingt par régiment d'infanterie, sauf à faire sur ces vingt l'appel de ce qui sera nécessaire.


Trianon, 18 juillet 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de L’administration de la guerre, à Paris

Les bois des 125 selles que vous avez envoyées à Niort ne sont pas ferrés aux fourches de devant et de derrière.


Trianon, 19 juillet 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un rapport qui m'est fait par le ministre du trésor. Je donne ordre que les 1,537,000 francs que doit le royaume de Naples soient convertis en lettres de change payables, savoir : 400,000 francs en août, 500,000 francs en sep­tembre, 500,000 francs en octobre et 137,000 francs en novembre Vous passerez une note au ministre de Naples pour lui notifier cette disposition, et vous lui porterez plainte de ce que le Roi ne tient aucun de ses engagements; que les traités ne sont pas exécutés, et que ceux qu'il fait avec moi doivent l'être ponctuellement. En causant avec ce ministre, faites-lui comprendre combien la conduite de sa cour est ridicule, et qu'elle se rit sans doute des qu'elle prend avec moi.


Trianon, 19 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que le camp d’Utrecht se forme dans la première quin­zaine d'août. Mais au lieu de camper les troupes je désirerais les faire cantonner. Envoyez un adjudant commandant à Utrecht, et faites-moi connaître comment étaient cantonnées les troupes du géné­ral Marmont. Il faudrait qu'avant tout la position fut très saine. Envoyez, un autre adjudant-commandant pour le camp d'Ost-Frise. La première condition est que l’emplacement soit sain : fût-il éloigné d'une journée de la mer, ce serait peu important. Il devient pressant d'avoir des rapports précis là-dessus, afin que l’ordre de mouvement soit donné et qu'on sache où placer les troupes.

Remettez-moi également des renseignements sur le nombre de baraques qui existent encore à Boulogne, pour les réparer, sur la quantité de couvertures et effets de campement des magasins de Boulogne et sur la manière dont seront placées les troupes que j'y destine.


Trianon, 19 juillet 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de L’administration de la guerre, à Paris

L'hôpital de Middelburg parait mériter toute votre attention. On le dit bien mal situé et bien mal administré.


Trianon, 19 juillet 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous ai recommandé hier de faire faire une marche rétrograde aux deux 3e bataillons de la brigade westphalienne. Faites-les diriger sur Glogau s'ils ont passé l'Oder, et sur Magdeburg s'ils sont atteints avant qu'ils aient passé l'Oder. Je vous ai fait connaître dans quel but ce mouvement était fait. Mon but est de diminuer l’effet que produira nécessairement la grande quantité de troupes qui vont arriver à Hambourg. La formation de la 5e division n'échappera pas aux Russes. Pour que cela ne soit pas un sujet d'alarmes pour eux, je désire que vous laissiez percer qu'une de ces divisions va rentrer en France. Faites répandre des bruits pacifiques, tels que celui de la rentrée prochaine de troupes en France, de la diminution de la garnison de Danzig, etc. Tout ce qui peut tendre à diminuer les alarmes des Russes est dans mon système.


Trianon, 19 juillet 1811

DÉCISION.

Le ministre de la police expose que plusieurs membres du clergé de France sont sollicités à se rendre en Amérique pour l'y établir. Le ministre demande ce qu'il faut faire de ce mouvement

L’encourager tant  que  l’on pourra;  y envoyer les prêtres les plus fanatiques.


Trianon, 20 juillet 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, faites connaître au prince Kourakine, dans une conversation, qu'un régiment de Bade, un régiment de Hesse-Darmstadt, un régiment du grand-duché de Berg et deux bataillons westphaliens ont passé ou sont en marche pour passer l'Oder et aller augmenter la garnison de Danzig ; mais qu'après les dernières lettres du comte Lauriston, annonçant qu'on montre en Russie le désir que la garnison de Danzig soit diminuée et que quelqu'un va enfin avoir des pouvoirs pour lever toutes les difficultés,  j'ai ordonné que ces corps ne passassent pas l'Oder ou que, s’ils l'avaient passé, ils rétrogradassent. Faites connaître ces détails au comte Lauriston. Instruisez-le que tous les convois en route pour Danzig et pour l’armée d'Allemagne sont en marche par suite d'ordre donnés depuis longtemps; que le mouvement même des corps dont il est question ci-dessus est la conséquence d'ordres donnés il y a quatre mois; que ces mouvements n’ont eu lieu qu'à l'aspect des préparatifs et des armements de la Russie et des dispositions peu pacifiques qu'elle a montrées dans l'affaire du duché d'Oldenburg, en remettant à ce sujet une espèce de manifeste aux différentes puissances ; que nous attendons toujours que des pouvoirs soient donnés à quelqu'un à Paris pour terminer ces affaires.


Trianon, 20 juillet 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je vois que sur 1,350 conscrits, 1,200 vous sont arrivés. Je considère cela comme un bon résultat.

Je vous envoie une lettre de l'architrésorier, qui vous fera connaître qu'une partie des déserteurs est déjà reprise. Je donne des ordres pour que l’on prenne des mesures relativement à la solde, et que désormais elle ne manque plus en route. Je suppose que vous avez sur-le-champ donné l’ordre de répartir ces hommes dans les différentes compagnies et de les soumettre à une surveillance spéciale. J'en aurai 6,000 autres à vous envoyer. On m'assure que ce sont de beaux hommes; faites-moi connaître si vous en êtes satisfait et si leur habillement et leur équipement sont en bon état.

J’attends avec intérêt ce que vous aurez à me dire sur les petits bataillons des îles de Goeree et de Schouwen. Les compagnies des 6e bataillons, qui forment, je crois, 2,500 hommes, partiront à la fin d’août. Si le mouvement de tous les conscrits sur votre armée réussit, il sera possible que je vous envoie le régiment de l'île de Walcheren, pour être incorporé dans vos bataillons et les porter par ce moyen au grand complet, c'est-à-dire à 4,000 hommes par régiment. Il est bien entendu que les officiers et sous-officiers de ce régiment seraient, après l'incorporation, renvoyés a l'île de Walcheren. On me rend compte que vos troupes sont très belles; mais il est nécessaire qu'elles le soient, et que l'instruction se pousse parmi les officiers, sous-officiers et soldats avec une grande activité, puisque votre corps est une des principales ressources de l'Empire contre des évènements du côté du Nord.

Écrivez à vos généraux de division de passer des revues et de faire manœuvrer en tâchant de réunir les cinq bataillons de leurs régiments. Vous n'aurez que trois compagnies de grenadiers et voltigeurs par régiment; mais je me réserve, quand il en sera temps, de vous autoriser à former les autres compagnies. Je pense que ces conscrits réfractaires seront meilleurs que les autres conscrits; ce sont des hommes de vingt-deux, vingt-trois et vingt-quatre ans; mêlés à vos soldats , ils prendront le goût du service.

Les trois compagnies du 12e bataillon des transports militaires sont parties de Strasbourg pour vous rejoindre. Ainsi vous aurez bientôt 250 voitures d'équipages militaires et près de 100 qui appartiennent aux corps; ce qui fera 350 voilures. C'est plus que jamais il n'y en a eu à aucune armée.

Recommandez aux généraux qui commandent les cuirassiers et la cavalerie légère de passer des revues et de faire manœuvrer. Nous voilà bientôt en septembre : c'est le temps favorable des manœuvres et des exercices. Je suppose que chacun de vos régiments a une forge de campagne; vous savez combien cela est important. Tenez la main à ce que chaque régiment ait la sienne.

Veillez bien à ce qu'on ne fasse aucun sergent ni caporal qu'il n’ait été à Wagram, c'est-à-dire qu'il n'ait fait la guerre. Donnez-en l’ordre exprès dans votre corps d'armée, et qu'on ne puisse y déroger sans un approuvé de vous: Il est ridicule de voir des colonels faire sergents des soldats de six mois.

Je vous recommande de tenir en réserve les outils du génie qui sont attelés et de vous servir des outils du pays pour les ouvrages que vous faites faire sur les côtes, afin que, si vous veniez à partir, vous soyez garni de tout ce qui vous est nécessaire.

Je suis instruit que l'artillerie n'a pas tous les effets de qu'elle devrait avoir. Recommandez que les flambeaux, les haches et les autres rechanges soient tenus en règle et avec la plus grande exactitude.

J'ai déterminé trois espèces de tours pour fermer à la gorge les batteries de côte. Faites-moi connaître les batteries que vous faîtes construire, leur situation, leur force et leur importance.

Écrivez au gouvernement de la Poméranie que j'ai demandé à être instruit de la satisfaction qui me sera faite pour le sang qu'on a répandu en Poméranie.

Envoyez-lui un officier.


Trianon, 21 juillet 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, passez une seconde note au ministre de Suède pour se plaindre de ce que les Anglais font de l’eau dans l’île de Rügen, sans que les Suédois s'y opposent. Témoignez mon mécontentement de cette conduite.


Trianon, 21 juillet 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je ne comprends rien à la lettre d'Amsterdam ni à votre lettre. Il faut parler plus clair. Il n'y a aucune mesure d'exception pour la Hollande : aucun passager ne doit pouvoir s'y embarquer pour l'An­gleterre; aucun ne peut y arriver d'Angleterre. On ne peut aller en Angleterre qu'avec un passeport signé de moi, contresigné du secré­taire d'État et signé de vous. Donnez des ordres positifs là-dessus, et que tout voyageur allant ou venant d'Angleterre sans un passe­port de moi soit arrêté. Je ne comprends pas ce qui peut avoir donné lieu à tout cet imbroglio.


Trianon, 21 juillet 1811

NOTE POUR M. BARBIER, BIBLIOTHÉCAIRE DR L’EMPEREUR, À PARIS.

L'Empereur désire que M. Barbier fasse des recherches pour réunir tout ce qui a été présenté par les évêques à l'Assemblée Constituante en 1790, et ce qu'ils ont proposé pour parer le coup de la consti­tution civile du clergé.


Trianon, 22 juillet 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, il est nécessaire que vous fassiez demander à M. l'archevêque de Tours et aux évêques de Nantes et de Trêves les originaux des pouvoirs de chancellerie et les origi­naux des instructions, lettres et pouvoirs signés de moi qu'ils avaient pour négocier avec le Pape. L'usage est de remettre ces pièces origi­nales sans en tirer copie. S'il en avait été tiré copie, il faudrait indiquer dans quel lieu elles se trouveraient.


Vous ferez connaître en confidence à ces évêques que je désire qu'ils adhèrent comme les autres, afin de ne point se séparer de la masse des évêques.

Je suppose que vous avez tous les procès-verbaux du concile et le sceau , s'il y en a eu.


Trianon, 22 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport. Je vous renvoie les pièces originales. La somme de 80,000 francs me parait trop forte pour la sacrifier au Helder. Quant à celle de 1,100,000 francs à Utrecht, je ne conçois pas comment on peut l'employer. On pourrait presque avec cette somme bâtir des casernes permanentes qui dureraient deux cents ans. Il faut donc y renoncer. Je préfère cantonner les troupes à Utrecht et aux environs, dans les endroits les plus sains; cela ne coûtera rien et j'aurai l'avantage que ces troupes pourront se réunir promptement pour les manœuvres, et qu'elles seront dans un pays très sain.

Le rapport sur Boulogne ne me parait pas clair. II y a des camps à Boulogne ; comment les troupes sont-elles campées ? J'accorde les 10,000 francs pour camper le nombre de 12,000 hommes; ce qui, avec les 8,000 déjà campés, fera 20,000 hommes. Je ne puis pas accorder des sommes aussi considérables que celles que l'on demande. Il faut me faire connaître quelle est la partie de l'ancien camp qu’on pourrait réparer avec 50,000 francs, et combien on pourrait y loger de monde.

Quant au camp du coté d’Emden, j'approuve qu'il soit placé dans les landes, qui est un endroit sain. Il n'y a pas moyen de cantonner puisqu'il y a trop peu de villages; mais on pourrait ne pas camper, car je crains que les baraques ne coûtent des sommes trop considérables.

Donnez des ordres conformes à cette décision ; il n'y a pas de temps à perdre, car j'attache une grande importance à ce que mes troupes quittent les bords de la mer pour cantonner dans des pays sains.


Trianon, 23 juillet 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de L’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois de Saintes les plaintes suivantes : les selles venues de Paris sont mal confectionnées ; au lieu d'être rembourrées avec trois parties, en paille, bourre et crin, elles ne le sont qu'avec de la paille et de la bourre; on ne met un peu de crin qu'aux coussinets pour faire croire qu'il y en a partout ; les pan­neaux sont trop courts. Les officiers se plaignent de la nouvelle sel­lerie; elle est aussi mauvaise qu'à l'époque où régnait le plus grand désordre par suite de mauvaise administration. Donnez l'ordre au général Guyot de se rendre dans les magasins, avec les deux officiers les plus expérimentés de son corps, pour vérifier ces faits. Faites faire des retenues à l'entrepreneur coupable de fraude. Je dépense beaucoup d'argent, je paye avec exactitude, je veux que les fournis­seurs livrent de bons effets; je préférerais ne rien avoir que d'avoir du mauvais.


Trianon, 23 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous prie de me présenter un projet de décret pour former trois bataillons de 800 hommes, un à Cherbourg, un à Boulogne et l’autre à Anvers. Ces bataillons seront composés de six compagnies, chaque compagnie de 140 hommes; ce sera des bataillons de conscrits ou­vriers. Le général Dumas sera chargé de les fournir sur l'appel de la réserve; 500 seront fournis à chaque bataillon sur l'appel de l'inté­rieur, qui se met en marche en septembre, et le complément sera fourni par l’Illyrie, Rome, la Toscane, la 32e division militaire, etc.


Saint-Cloud, 25 juillet 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai lu avec attention votre rapport du 21 juillet. Il en résulterait que 53,332,000 francs seraient envoyés en Espagne pour 1810 et 1811, en supposant le septième convoi parti ; que sur cette somme les corps auraient reçu vingt-neuf millions pour 1810, el seulement 22,600,000 francs pour 1811. Il resterait donc à envoyer 1,400,000 francs pour compléter les vingt-quatre millions de 1811 ; d'où il résulte qu'en supposant le septième convoi parti, et il partira en août, il ne reste plus de fonds pour l'armée d’Espagne. Il faudrait donc entamer les dix millions de réserve de 1810 et les dix millions de réserve de 1811. En supposant le septième convoi parti, il resterait à envoyer en Espagne: 1° les 1,400,000 francs restant des fonds faits, 2° les dix millions de réserve formant le supplément de crédit de 1810, et 3° les dix millions formant le sup­plément de crédit de 1811 ; total, 21,400,000 francs; ce qui pro­bablement suffira pour achever de solder toute l'armée d'Espagne. Je vois qu'en outre l’armée d'Espagne aura reçu quarante-six million en 1810 et 1811 provenant des contributions espagnoles, probablement, dans les six derniers mois de 1811, on recevra au moins vingt-quatre millions ; ce qui fera soixante et dix-sept millions qu’on aura perçus en Espagne. Faites-moi connaître quelle est la partie de cette somme qui a été allouée à la solde. Faites-moi connaître éga­lement si les 21,400,000 francs seront suffisants pour compléter le payement de la solde. Enfin, présentez-moi un projet de décret pour affecter sur les dix millions de 1810 quatre millions pour un huitième convoi, et ainsi de suite. Je suppose que dans le budget de la guerre pour 1811 on a mis dix millions pour fonds de réserve des services en Espagne.


Saint-Cloud, 25 juillet 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie des pièces que je reçois du cardinal Fesch, pour joindre à celles que vous avez. Je désire que ce soir, à quatre heures, vous vous rendiez à Saint-Cloud, avec tous les papiers relatifs au concile, toutes les lettres que les évêques ont écrites au Pape dans diverses circonstances, tous les documents relatifs à ces affaires, enfin avec tous les actes particuliers d'adhésion que vous avez reçus. Menez avec vous le ministre des cultes d'Italie, qui portera les pièces qu'il a du royaume d'Italie.


Saint-Cloud, 25 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai ordonné que les fortifications de la ville de Middelburg fussent rasées. Faîtes-moi un rapport sur la question de savoir qui, de la ville ou de la guerre, doit opérer la démolition. Il serait urgent de démolir d'abord la partie qui peut assainir la ville, surtout du côté de l'hôpital.


Saint-Cloud, 25 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, Anvers, Boulogne et Cherbourg sont trois points d'où mes armées doivent menacer l'Angleterre et l'Irlande et se coordonner entre elles. Dès le 15 septembre 1811, ces trois expéditions doivent donner de l'inquiétude aux Anglais; au 15 sep­tembre 1812 elles doivent présenter un développement encore plus considérable; enfin, au 15 septembre 1813, elles doivent être com­plètes et avoir le caractère offensif au plus haut degré.

A Anvers, au 15 septembre prochain, on aura quinze vaisseaux de guerre, deux frégates, trois bricks ou corvettes, formant vingt bâti­ments qui porteront 8,500 hommes de troupes; plus trois vaisseaux hollandais portant 3,000 hommes, quatre frégates armées en flûtes portant 2,000 hommes, et trente-six canonnières portant 3,000 hom­mes; total, une expédition de 16 à 17,000 hommes. Ces bâtiments ne pouvant porter au plus que 150 chevaux, il faudrait y joindre les bâtiments nécessaires pour porter 1,000 chevaux. Si les quatre frégates armées en flûtes et les grosses corvettes hollandaises, qui marchent mal, pouvaient être installées en écuries, ce serait une opération avantageuse.

En octobre 1812, vingt-quatre vaisseaux de guerre, quatre fré­gates, trois bricks ou corvettes; total, vingt-huit bâtiments portant 14,000 hommes ; huit bâtiments hollandais portant 8,000 hommes; six frégates hollandaises armées en flûtes ou écuries, portant 3,000 hommes; trente-six canonnières portant 3,600 hommes; ainsi, en 1812, l'expédition de l’Escaut pourrait porter 25 à 30,000 hommes et se composerait de gros transports en suffisance pour porter 2,000 chevaux.


Enfin, en 1813, l'expédition de l'Escaut se composerait de trente vaisseaux, six frégates et six bricks ou corvettes, portant 16,000 hom­mes, dix bâtiments hollandais portant 10,000 hommes, six frégates hollandaises armées en flûtes portant 3,000 hommes, trente-six canonnières portant 3,000 hommes, et des écuries pour 3,000 che­vaux; ce qui formerait alors le maximum de l'opération. Il y aurait de plus trois vaisseaux qui seraient lancés à cette époque; mais on suppose qu'ils ne seraient pas encore armés ; à la rigueur, ils pour­raient l'être au mois d'octobre ou de novembre suivant.

Ainsi donc l'expédition de l'Escaut pourrait porter, en 1811, 10,000 hommes et 1.000 chevaux ; en 1812, 25 à 30,000 hommes et 1,500 chevaux; en 1813, 36,000 hommes et 3,000 chevaux.

BOULOGNE. Au 1er septembre prochain, la flottille de Boulogne doit, conformément à mon décret du 3 juillet, avoir les trois quarts de ses bâtiments prêts à passer en Angleterre.

En 1812, toute cette flottille, composée de 10 prames, quatre-vingt-une chaloupes canonnières, cent trente-cinq bateaux canonniers, cent trente-cinq péniches et trente-trois caïques, bombardes, mouches, cutters, etc., pouvant porter 30,000 hommes, doit être en état de partir.

En 1813, cette flottille devra pouvoir porter 40,000 hommes.

CHERBOURG. En septembre 1811, l'expédition de Cherbourg se composera de deux vaisseaux , deux frégates et deux bricks pouvant porter 1,700 hommes et 14 chevaux; de deux flûtes et trois prames, portant 1,800 hommes et 100 chevaux; de dix-huit canonnières portant 1,800 hommes et 36 chevaux; enfin de dix mouches, cutters, goélettes et bâtiments légers portant 900 hommes et 18 chevaux; ce qui fait un total de quarante bâtiments portant 6,000 hommes et plus de 200 chevaux. Il y aurait de plus quarante péniches, qui n’auraient pas d'équipages, chaque péniche étant attachée à un bâtiment qu'elle suivrait à la remorque; ce qui, avec les grosses chaloupes des bâtiments, mettrait à même de débarquer 3,000 hommes à la fois sous la protection des canonnières. Chaque péniche marcheuse serait armée d'une caronade ou d'une pièce de 4. Les six bâtiments de guerre existent à Cherbourg et au Havre; les flûtes et les gabares existent également. Quant aux chaloupes canonnières, douze existent, en y comprenant les cinq qui ne sont pas armées; six autres seraient envoyées de Boulogne. Il n'est plus question que d'avoir les quarante péniches. Provisoirement on se servirait de ce qui est à Cherbourg, à Granville et au Havre. Mais vous en mettriez cinq en construction à Granville et au Havre, sur différents modèles.

II faut que ces péniches puissent débarquer 50 à 60 hommes. Cette expédition doit être prête à partir dans les premiers jours de septembre.

En 1812, on aura de plus deux vaisseaux, actuellement sur le chantier, et les quatre vaisseaux de Lorient qu'on enverrait à Cher­bourg, ce qui ferait huit vaisseaux de guerre; les frégates du Havre et de Cherbourg qu'on terminerait; une de Saint-Malo et deux de Nantes, ce qui ferait six; deux autres bricks, ce qui ferait quatre. En 1812, on aurait donc vingt-deux bâtiments de guerre portant 6,500 hommes et 44 chevaux ; deux flûtes et trois gabares existantes portant 1,800 hommes et 160 chevaux; cinq flûtes ou gabares-écuries, portant 1,500 hommes et 250 chevaux ; dix-huit canonnières et dix bâtiments légers; total, 12,000 hommes et 600 chevaux.

En 1813, on y joindrait deux vaisseaux mis à l'eau à Cherbourg et deux de Lorient ; ce qui ferait douze vaisseaux de guerre et dix fré­gates. Cette augmentation ferait, au lieu de vingt-deux bâtiments, vingt-six, qui porteraient 8,000 hommes. On porterait à vingt le nombre des flûtes et gabares, de manière à pouvoir y embarquer 6,000 hommes et 1,000 chevaux. Les canonnières resteraient au nombre de dix-huit et les bâtiments légers au nombre de dix; ce qui ferait 18,000 hommes et 1,500 chevaux. Vous remarquerez que tous les bâtiments de cette expédition sont de gros bâtiments, hormis les dix-huit canonnières, qui sont indispensables pour protéger le débar­quement. Quant aux péniches, chaque vaisseau de guerre en aurait deux et chaque autre bâtiment une.

Ainsi, d'après ce plan, en septembre 1811, j'aurai de quoi embar­quer : à Anvers, 16,000 hommes et 1,000 chevaux; à Boulogne, 30,000 hommes et 1,500 chevaux, à Cherbourg, 8,000 hommes et 200 chevaux; total, 54,000 hommes et 3,000 chevaux.

En 1812, j'aurai à Anvers de quoi transporter 26,000 hommes et 2,000 chevaux; à Boulogne, 30,000 hommes et 2,000 chevaux; à Cherbourg, 12,000 hommes et 1,000 chevaux; total, 70,000 hom­mes et 5,000 chevaux.

En 1813, l'expédition pourra être : à Anvers, de 36,000 hommes et 3,000 chevaux; à Boulogne de 40,000 hommes et 2,000 che­vaux; à Cherbourg, de 18,000 hommes et 2,000 chevaux; total, 100,000 hommes et 7,000 chevaux, maximum de ce qu'il est néces­saire d'avoir indépendamment de la Méditerranée.

J'avais d'abord projeté de réunir la troisième expédition à Brest, au lieu de Cherbourg. Mais, pour cette année, Cherbourg me paraît avoir l'avantage, l'expédition n'étant que de 6,000 hommes. De ce port elle parait menacer les îles de Jersey. Quant aux années suivantes, faites-moi un rapport sur ce qui convient mieux de Brest, ou de Cherbourg pour y réunir une expédition dont le but est de mena­cer l'Angleterre. Si Brest est préférable, les vaisseaux de Cherbourg et de Lorient s'y réuniraient pendant l'hiver; mais ne vaut-il pas mieux réunir tout à Cherbourg ?

P. S. Donnez tous les ordres, pour Cherbourg surtout.


Saint-Cloud, 25 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Annoncez à l'escadre de Boulogne, à Ostende, à Flessingue, à l'escadre de l'Escaut, à l'amiral Dewinter, au préfet maritime de Hollande, aux commandants des flottilles des villes hanséatiques, qu’il est très possible qu'au commencement de septembre je me rende en Hollande et visite les côtes jusqu'à Hambourg ; que vous n’en avez pas la certitude officielle, mais que vous avez cru devoir les prévenir Partez de là pour presser l’armement et le départ des trois vaisseaux d'Anvers et la mise en état à la française des vaisseaux hollandais de sorte que je trouve en rade dix-sept vaisseaux de guerre, deux frégates. Je désire aussi y trouver les deux frégates de Dunkerque, Partez encore de là pour presser le départ des bâtiments hollandais, afin que je les trouve en bonne situation au Texel.

Écrivez donc à Missiessy qu'il fasse passer la barre; j'attache beau­coup d’intérêt à cette prouesse. Dites-lui qu'il peut envoyer des mouches fort au large, et que, moyennant ce, cette opération ne peut avoir aucun danger.

Mettez à ma signature la lettre pour que les quatre vaisseaux du Texel viennent à Hellevoetsluis ou dans l'Escaut.


Saint-Cloud, 26 juillet 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, faites mettre dans le Moniteur la relation des Danois sur l'affaire de leur flottille. Vous ferez mettre également dans le Moniteur, comme extrait des papiers anglais, tout ce qui est rapporté dans les dépêches du consul à Gœteborg sur le dîner du comte d’Essen à bord du vaisseau anglais, etc. ! Faites aussi mettre dans le Moniteur ce qui est relatif aux hostilités des Monténé­grins contre les Albanais.

Passez une nouvelle note au ministre de Naples sur toutes les vexa­tions qu'éprouve mon pavillon à Naples.


Saint-Cloud, 26 juillet 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de L’administration de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 25 juillet. Vos services me sont néces­saires et ils me sont fort agréables. Les plaintes qui ont été portées contre les fournisseurs sont des détails d'administration, et personne ne rend plus de justice que moi à toutes vos qualités.


Saint-Cloud, 26 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, il serait possible qu'au lieu de faire partir deux expéditions de Trieste, j'en fisse partir cinq successivement dans le courant de l'hiver; car le ministre de l'administration de la guerre me représente que le blé ne vaut que 10 francs à Trieste et qu'il en vaut 25 à Toulon. Toutefois j'ai ordonné à ce ministre de mettre à votre disposition, pour être embarqués du 15 août au 1er septembre : à Trieste, 10,000 quintaux de blé, 1,000 quintaux de riz, 1,000 quintaux de légumes secs; total, 12,000 quintaux pour la première expédition ; à Gènes, même quantité pour la première expédition; à Toulon, même quantité pour la première expédition.

Mon intention est que le 15 septembre ces expéditions soient prêtes à partir. Vous présenterez à ma signature des instructions pour ces expéditions et pour le retour des bâtiments à Trieste ou à Ancône ou à Toulon, pour faire un second chargement dans les uns ou les autres de ces ports, selon que le prix des blés sera moins élevé à Trieste ou à Toulon ; car, si la différence est aussi grande que le rap­port de 12 à 27, il est d'autant plus avantageux d’aller à Trieste que les risques de mer sont moins grands.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire que vous envoyiez aux armées et dans des corps les aides de camp du prince d'Essling et du duc de Castiglione. Puis­que ces maréchaux ne peuvent servir, il est inutile de garder à Paris un tas d'aides de camp qui dépensent leur argent. Je suppose que ces maréchaux ne touchent que le traitement de leur grade.


Saint-Cloud, 21 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il y a un général de division par division militaire et un général de brigade par département. Il me semble convenable d'ôter le général de brigade du département où réside le général de division. Cela fait un double emploi et c'est inutile, surtout dans des départements où il n'y a pas beaucoup de troupes.


Saint-Cloud, 7 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire de s'occuper de l'île de Schouwen. Il y a dans cette île quatre batteries qui contiennent seize à dix-huit pièces de canon d'un calibre de 18, 24 et 36. Il est évident que cette artillerie est compromise.

Voici quelques questions dont la solution servira à régler la défense de l’île :

1° Quelle est l'action de l'île sur les rades qui l'entourent ? 2° Y a t il une rade entre l'île de Schouwen et celle de Nord-Beveland ? Une fois cela réglé, il s'agira de concentrer toutes les batteries dans le lieu où est la rade, et d'y faire le réduit de l'île. On pourra alors avoir deux obusiers et une ou deux pièces de campagne pour les promener sur la plage et favoriser le cabotage. Faites-moi un rapport là-dessus, car rien n'est réglé dans cette île; de sorte que les 1,200 hom­mes et les trente pièces de canon qui s'y trouvent seraient compromis en cas d'événement.


Pour Goeree tout a été bien établi, quoique j'attende un mémoire sur le fort à construire devant Hellevoetsluis, où mon intention est de réunir tout ce qui peut armer les batteries de l’île. Je vous ai envoyé ces données; vous ne m'avez pas encore répondu.


Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Saint-Cloud, 27 juillet 1811.

Monsieur le Duc de Feltre,  le dépôt de Saintes n'a pas touché sa solde depuis quarante-sept jours. Faites-moi connaître la cause de cela et faites passer de l'argent pour qu'on paye ce dépôt. Au 22 juillet, le colonel en second que je vous avais dit d'envoyer pour commander ce dépôt n'était pas arrivé. Ainsi les ordres ne s'exécutent pas, parce qu'on les donne indistinctement à des hommes qui sont au fond de l’Italie et à d'autres qui sont au fond de l'Allemagne. L'Empire est devenu tellement grand, qu'il faut mettre tout autre soin pour réussir.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il y a près de Santoña, à cinq lieues, quatre cents pièces de canon de la marine espagnole (II y avait à cinq lieues de Santoña une fonderie de canons). Je donne ordre qu'on les évacue sur Santoña; ordonnez que les bâtiments à rames qui vont de Bayonne à Santoña les rapportent. On dit qu'il y a aussi des ancres; donnez des ordres pour cela à Bayonne.

Je désirerais envoyer à Santona un ingénieur de marine pour dési­gner les lieux où l'on pourrait établir des cales de construction; les mâtures, les ancres, les fers, les bois se trouvent dans cet endroit. Les fortifications de ce point avancent beaucoup. Je désirerais y faire mettre d'abord en construction un brick ; on y mettra plus tard une frégate et un vaisseau de guerre. Cet établissement aurait l'avantage de servir à pacifier le pays, parce qu'il donnerait du travail à beau­coup d'individus. Il serait à désirer qu'on put commencer dans la semaine prochaine. Occupez-vous donc sans délai de cet objet important. Je suppose que le port de Santoña est meilleur que le port de Passage.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il faut faire mettre dans le Moniteur tous les petits événements de marine qui arrivent. Je vous ai déjà dit cela plusieurs fois, il l’on n'en fait jamais rien.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

La flottille de Boulogne n'appareille pas assez souvent. En général, les corvettes, frégates et bricks doivent toujours être sous voiles, les vaisseaux mêmes devraient appareiller plus fréquemment. Je suppose que vous avez expédié tous les ordres pour que les bâtiments  qui doivent composer l’armement de Cherbourg se mettent en mouvement, afin que l'expédition puisse avoir lieu avant le 15 septembre.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Laybach

Monsieur le Général Bertrand, je pense que l'expédition de Lissa peut être faite dans la dernière quinzaine d'août. La batterie que l’ennemi a construite nous servira. Il me semble que toute l'opé­ration consiste à débarquer dans l’île 1,500 hommes à la fois. Ces 1,500 hommes devront se composer de 500 Français, de 500 Italiens et de 500 Croates. Il devrait y avoir, en outre, une compagnie de sapeurs, une compagnie d'artillerie française et une d'artillerie italienne, Cette troupe devrait avoir six pièces de campagne dont trois obusiers; des vivres pour vingt jours; des cartouches embarquées en réserve, à raison de 100 cartouches par homme, indépendamment des 40 cartouches qui seront dans chaque giberne ; des outils de pionnier pour 6 à 700 hommes; une batterie d'artillerie de sept à huit pièces de 24 ou de 18 et de deux gros mor­tiers , afin de pouvoir sur-le-champ établir une batterie contre l'ennemi ; un général de brigade, un colonel, trois chefs de bataillon; trois ou quatre officiers d'état-major; un chef de bataillon d'artillerie et un capitaine du génie.

Il faudrait, en outre, qu'il y eût dans l'île de Lésina le général Dixon , qui aurait sous ses ordres un millier d'hommes et tout ce qui serait nécessaire pour envoyer dans l'ilc des renforts en artillerie et en hommes. Il me semble que de Lésina on doit arriver là en peu d'heures. Il faut calculer l'expédition pour y arriver h la rame ou à bon vent avec de gros bâtiments. Il y a dans l'île de Lissa plusieurs points où Ion peut débarquer. I#es bâtiments du pays ne seraient pas suffisants, car il faut en avoir qui puissent être à l'abri des bateaux, des chaloupes et des corsaires ennemis. Je pense qu'il vous faudrait six bonnes péniches et quelques petits bâtiments. Or je vois que vous avei en Illyrie une demi-galère» une goélette, dix canonnières, deux péniches, trois caïques et trois felouques. En écrivant au vice-roif il pourra faire partir de Venise des canonnières, des péniches et antres bâtiments pour vous soutenir. L'expédition pourra se faire pendant que les frégates ennemies seront dans le port, retenues par un calme, ou lorsqu'elles seront en croisière. Vous devez prendre toutes vos mesnres, bien comprendre l'opération et ne rien hasar­der, en retardant jusqu'en septembre, s'il est nécessaire, ou même jusqu'en octobre. Il est probable que nos frégates, lorsqu'elles se rendront de Raguse à Trieste, vont décider les frégates anglaises à sortir de Lissa* 11 serait bon de profiter du moment de leur sortie. Calculez cela vous-même. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'une fois le débarquement effectué il faudra de toutes parts faire envoyer des vivres à ces troupes, et qu'il faudra construire au milieu de l'île un fort, avec une tour de première espèce qui en défende la gorge. Il sera également nécessaire d'élever des batteries qui protègent le fort.


Saint-Cloud, 7 juillet 1811

INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE GOURGAUD, OFFICIER D'ORDONNANCE DE L'EMPEREUR, A PARIS.

Partez pour Rouen; vous y resterez deux jours. Vous y verrez les travaux du pont et les autres travaux; vous me ferez connaître la situation dans laquelle ils se trouvent. Vous irez à la halle et vous y verrez l’état des manufactures, si les travaux reprennent, etc. Vous observerez ce qui se dit et ce qui se fait. Vous aurez soin de vous promener partout en bourgeois, sans qu'on vous connaisse. Vous pouvez pourtant vous présenter en uniforme chez le préfet.

De là vous vous rendrez au Havre. En passant, vous prendrez connaissance des manufactures de Bolbec. Vous resterez trois jours au Havre; vous verrez l'état des fortifications, des magasins, etc.,  vous étudierez ce qui arriverait si d'un moment à l'autre la place était fermée; vous verrez les travaux du port, ceux de l’écluse de chasse, si l’écluse joue, ce qu'elle a produit, quel changement elle a opéré dans le port. Vous irez à l'arsenal; vous verrez qu'il y a dans le port deux grandes flûtes de 200 tonneaux; vous me ferez connaître si elles ont leur armement, leurs équipages et quand elles pourront partir. Vous y verrez également deux prames; il doit y avoir aussi des corvettes, plusieurs péniches et des caïques; vous me ferez connaître dans quelle situation sont ces bâtiments et de quelle utilité ils peuvent être. Il doit y avoir, en outre, plusieurs bâtiments de 600 tonneaux appartenant au commerce; faites-m'en connaître le nombre et ce qu'ils coûteraient à achever. Vous vous informerez si l’on trouverait à achever, par entreprise, la frégate qui se trouve sur le chantier.

De là vous vous rendrez à Boulogne, en passant par Fécamp, par Saint-Valery-en-Caux, par Dieppe et Saint-Valéry-sur-Somme, Abbeville et Montreuil. Vous verrez dans chaque ville les travaux qu'on fait au port; le nombre qu'il y a de pêcheurs, s'ils pêchent de nuit, quelle espèce d'entraves on leur oppose. Vous verrez si dans chacun de ces ports il y a des bâtiments de plus de 600 tonneaux, dans quel état ils sont, etc. Vous me rendrez compte de l'état des batteries de côte, etc., de l'instruction des canonniers, particulièrement pour ce qui regarde Abbeville et Montreuil.

Arrivé à Boulogne, vous y resterez jusqu'à nouvel ordre et vous m'écrirez tous les jours pour me faire connaître les mouvements de troupes qui arrivent, la situation des camps, dans quel étal se trouvent les anciennes baraques, la situation des effets de campement et des magasins, combien de troupes on peut loger et y établir, la situation du port, les ouvriers qui y arrivent, la situation de la ligne d’embossage, l'armement de batteries de côte, l'esprit des marins de la flottille, enfin celui du pays. Vous aurez soin de prendre, sur toute la côte que vous parcourrez, la note des corsaires qu'on y tient en armement et le nombre des matelots qu'on pourrait tirer encore de tous ces ports pour armer la flottille en cas d'événement.


Rendez-moi compte tous les jours de tous les mouvements du port, de tous ceux de l'arsenal et de tout ce qui peut m'intéresser.


Saint-Cloud, 27 juillet 1811

INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE DE MORTEMART, OFFICIER D'ORDONNANCE DE L'EMPEREUR, A PARIS.

M. de Mortemart, officier d'ordonnance, se rendra à Saint-Quentin, y prendra connaissance de la situation des manufactures et m'en rendra compte. Il ira par eau jusqu'à Cambrai, me fera connaître le nombre des bateaux qui ont passé par le canal, la quantité d'eau qui s'y trouve et les observations qu'il recueillera sur cette navigation. Il m'écrira de Saint-Quentin et de Cambrai. De Cambrai il se rendra à Maastricht; il y restera deux jours; il y verra la garnison, les tra­vaux qu'on fait à la place, et m'enverra ses observations. Il ira passer un jour à Juliers, un jour à Venlo, quatre jours à Wesel.

Dans cette dernière place, il prendra connaissance du mouvement des 6e et 4e bataillons qui se rendent à l'armée d'Allemagne; il m'en rendra compte, et particulièrement de la désertion qu'ils éprouvent, de leur formation, de la manière dont ils sont habillés et armés, de ceux qu'on attend encore, et enfin de tout ce qui peut m'intéresser. Il ira à Nimègue, où il verra le régiment espagnol; il me rendra compte de l'esprit qui anime ce corps et de ce qu'on en dit. Il verra Graves. Il restera trois jours à Bois-le-Duc, qui est chef-lieu du dépar­tement des Bouches-du-Rhin ; il en connaîtra l'esprit public, et de là se rendra à Anvers.

Partout sur sa route il prendra des informations sur les blés et sur la récolte; il en causera avec les maîtres de poste, qui sont la plupart des cultivateurs; il s'arrêtera quelquefois dans des fermes isolées, sur la route, pour prendre des informations auprès des fermiers, et dans toutes ses lettres il me fera part de ce qu'il aura appris à ce sujet.

Il séjournera dix jours à Anvers. Il m'écrira chaque jour et me fera connaître la situation des travaux des fortifications, le nombre des troupes qui y sont employées, les travaux du bassin, les constructions des vaisseaux, combien on en pourra mettre à l’eau cette année, le degré d'avancement de chacun, le nombre de cales et la situation des approvisionnements de l'arsenal.

D'Anvers il se rendra à Lille, à Liefkenshoek et au fort de Bath. Il verra ces forts en détail. Il visitera les batteries qui, le long de l'Escaut, protègent l'escadre dans les différents mouillages du fleuve depuis Anvers jusqu'à Flessingue. Il restera quinze jours dans l'île de Walcheren. Il me rendra compte de tous les mouvements de l’escadre, de tous les travaux qui se font dans l'île, tant par le génie maritime que par le génie de terre et par l'artillerie. Il me rendra également compte de tout ce qui est relatif au régiment de l'île de Walcheren, au mouvement des conscrits que ce dépôt a dirigés sur les régiments de l'armée d'Allemagne, de la désertion qui a eu lieu, dans ce mouvement des nouveaux cadres qui arrivent pour s'y recru­ter, de la situation des hôpitaux, etc. Pendant son séjour à Flessingue, il ira passer un jour à Cadzand; il y verra les travaux, recueillera tout ce qu'il entendra dire à cet égard. Cette mission terminée, il reviendra à Paris.


Saint-Cloud, 28 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai lu avec intérêt votre rapport sur la situation des travaux du génie au 1er juillet. Je désire que vers la fin d'octobre vous me remettiez un rapport qui me fasse connaître la situation des travauxau 1er.

J'accorde 500,000 francs pour le fort Lasalle au Helder ; ce qui, joint aux 500,000 francs accordés par le budget, fait un million. Il est nécessaire de donner l’ordre à l'officier du génie chargé de ce fort, de doubler les ateliers et de dépenser le plus qu'il pourra. Si la dépense excède les fonds accordés, l'excédant sera payé sur le budget de 1812. L'important est d'avoir là un bon fort. Il serait bien utile d'établir sur-le-champ la fondation d'un magasin à poudre, afin qu'on put l'achever l’année prochaine. Il serait aussi bien à désirer que ce fort put être armé au mois de janvier prochain.

Mon intention est que la tour du Kijkduin change de nom et prenne celui de Morfond. Pour enceindre cette tour, il faudrait, au lieu d'un chemin couvert, un bon ouvrage en terre susceptible de défendre quelques jours. Cela retarderait d'autant la prise du fort, et il sera impossible d'attaquer le fort Lasalle tant qu'on ne sera pas maître du Kijkduin.

J'accorde 250,000 francs de supplément pour Flessingue, ce qui, joint aux 2 millions accordés par le budget, fait un total de 2,250,000 francs. Faites connaître au directeur du génie que mon intention est qu'on dépense le plus qu'on pourra, sans être arrêté par la crainte de manquer d'argent. Il faut donc multiplier les ouvriers et les moyens. Si l’on peut dépenser plus que les 2 millions portés au budget et les 250,000 francs que j'accorde par mon décret de ce jour, il faut le faire. Cette place est d'une assez haute impor­tance, et on n'y doit rien négliger.

Il est bien essentiel que le fort Montebello soit en état d'être armé cette année, que le réduit soit achevé, et enfin que l'on termine tout ce qui peut augmenter la résistance de ce point important.

J'accorde aussi 250,000 francs pour les travaux d'Anvers ; ce qui, joint aux 2,350,000 francs portés au budget de cette année, fait un total de 2,600,000 francs. Si l’on peut dépenser davantage, j'accor­derai volontiers un fonds de supplément. Il faut employer tous les moyens possibles pour activer les travaux, car c'est de la force de cette place que dépend le salut d'une flotte qui s'augmente tous les jours.


Saint-Cloud, 28 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note sur Cherbourg. Mon intention est que l’on s'occupe particulièrement de l'enceinte; il faudrait l'entreprendre sur tous les fronts et tâcher d'obtenir qu'il fut possible de l'armer au 1er janvier.

Le système de défense des ouvrages avancés me parait susceptible d’être beaucoup amélioré. Je voudrais que ces forts formassent deux lignes bien distinctes de défense, l’une saillante et l'autre rentrante. La première ligne serait composée de trois fronts : les Couplets, la couronne du Val et le fort Quentin. La deuxième serait composée de quatre ouvrages : le réduit des Couplets, le fort du Tot, le réduit de la couronne du Val et le fort d'Octeville. Cette nouvelle disposition, que j'ai indiquée sur le plan, aurait l'avantage de forcer l'ennemi à faire le siège de deux ouvrages sur la première ligne. Ces deux ouvrages pris, il serait obligé d'attaquer et de s'emparer de deux ou de trois ouvrages de la deuxième ligne avant de pouvoir cheminer sur le corps de place.

On voit facilement que cette nouvelle disposition peut augmenter de beaucoup la durée de la défense de Cherbourg.

Il est donc important que le comité retravaille les projets de Cherbourg, en se conformant, autant que les localités le permettront, au nouveau système que j'ai développé dans ma note.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, présentez-moi l'organisation de l'artillerie du corps d'observation de réserve. Les quatre divisions de ce corps doivent avoir chacune douze pièces de canon, et la réserve douze pièces; ce qui fait soixante pièces de canon. Je désire que les douze premières pièces qui seront prêtes soient dirigées sur Pampelune et de là sur Logroño.

Proposez-moi les détails de la formation de ces quatre divisions et de la réserve. La 1e division sera commandée par le généra Reille ; la 2e, par le général Caffarelli ; la 3e par le général Souham, la 4e sera la division italienne. Proposez-moi également l’organisation du génie de ces quatre divisions, sapeurs, pionniers, etc., offi­ciers et matériel.

La division du général Souham se dirigera sur Pampelune et de là sur Logroño; la division du général Reille sur Pampelune, et la division Caffarelli sur Vitoria et Burgos.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 28. Les colonels en second et les majors en second qui n'ont pas de destination doivent rester à Paris pour être en état de partir vingt-quatre heures après en avoir reçu l’ordre, sans quoi l’on ne peut rien faire. Cela a l'avantage que vous pouvez les voir et savoir à quoi ils sont propres.

Remettez-moi la liste des colonels en second et des majors en second. Faites-moi connaître ceux déjà placés et proposez-moi l’emploi des autres dans les places vacantes, et, je vous le répète, tenez-les constamment à Paris, car le service souffre beaucoup de la manière actuelle. C'est six mois après leur nomination que ces officiers sont rendus aux postes auxquels ils sont nommés. L'objet de leur création est de pourvoir aux cas extraordinaires; ils doivent donc toujours être dans la main.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je médite une expédition de Cherbourg sur les îles de Jersey et Guernesey.Je désire que vous me fassiez rédiger un mémoire sur la situation de ces îles et sur les moyens de les attaquer. Il faudrait lier une correspondance d'espionnage de ce côté. Les gens de Granville et de Saint-Malo doivent offrir beaucoup de facilités pour savoir ce qui se passe dans ces îles. Faites choix d'un officier d'état-major que vous mettrez à la tête de cette correspondance.

Je désire réunir pour cette expédition deux bataillons du 22e d'in­fanterie légère, formant 1,600 hommes; deux du 113e 1,600; quatre du 24e 3,200; deux bataillons suisses, 1,600 hommes. Je suppose qu'ils peuvent s'embarquer, parce que, lors de leur capitula­tion, j'ai eu soin de faire stipuler qu'ils pourraient servir contre l'Angleterre. Si cependant il était contre leur capitulation qu'on les fit s'embarquer, ils seraient remplacés par deux bataillons de tirailleurs de la Garde; total, 8,000 hommes.

Il faudrait un général de division, deux généraux de brigade, trois officiers du génie, une compagnie de sapeurs, douze à dix-huit pièces de campagne et 250 chevaux d'artillerie. Mon intention est que ces troupes soient casernées, cantonnées ou campées autour de Cher­bourg. Je pense qu'il en faudra faire camper une partie. Quel est le lieu qu'on pourrait choisir ? Où sont les effets de campement, cou­vertures, etc.? Un campement de 3,000 hommes suffirait. Le camp devrait être tendu dans les quinze premiers jours de septembre, et les troupes devront s'embarquer dans le courant du mois. Comme c'est sur de gros vaisseaux de guerre que l’embarquement se fera, elles pourront y rester deux mois embarquées.

Chargez quelqu'un de passer la revue du 113e afin d'accélérer la formation des bataillons qu'il doit fournir.

Mon intention est que le camp de Cherbourg soit commandé par le général Vandamme, qui devra y être rendu pour le 1er septembre. Vous consulterez le général Vandamme pour la nomination des deux généraux de brigade et de l'adjudant commandant qu'il aura sous ses ordres.


Le camp de Boulogne sera commandé par le maréchal Ney. Il est nécessaire que ce maréchal y soit également rendu au 1er septembre.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'ai donné le commandement du camp de Boulogne au maréchal Ney. Il y sera rendu le 1er septembre. Faites-moi connaître ce qu'il y aura de prêt à celte époque. Au 1er août je dois avoir soixante bâtiments; combien en aurai-je au 1er septembre, et quelle physionomie aura la rade ? Si l’on peut éga­lement avoir dans la rade 15 à 20,000 hommes embarqués, ce sera d'un fâcheux effet pour l’Angleterre. J'ai donné le commandement du camp de Cherbourg au général Vandamme. Au 1er septembre il sera à Cherbourg; 8,000 hommes s'y trouveront à la même épo­que. Faites-moi connaître si le 15 septembre ces hommes pourront être embarqués. J'ai donné le commandement du camp d’Utrecht au duc de Reggio; faites-moi connaître ce qu'au 15 septembre je pour­rai embarquer dans les rades de l'Escaut.

J'attache toujours la plus grande importance à ce que l’amiral Dewinter vienne dans l'Escaut ou dans la Meuse. Vous ne m'avez pu encore fait signer les lettres. Il y a actuellement cinq vaisseaux au Texel. Je suppose que vous y faites aller l’Amsterdam et le Doggersbank, quoiqu'il me semble que vous ayez pris les équipages de ces deux vaisseaux pour l’Escaut; mais vous leur aurez bientôt formé de nouveaux équipages; faites-les donc aller au Texel. Dans l’ordre à l'amiral Dewinter, laissez-lui la faculté de faire partir les cinq vais­seaux à la fois ou deux à deux, parce que tout ce qui pourra arriver dans l'Escaut sera toujours autant d'arrivé.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je désire que vous réunissiez les généraux et les colonels de la Garde pour arrêter les dispositions suivantes :

1° À dater 1er juillet de cette année, il n'entrera plus de vélites dans les chasseurs, grenadiers et dragons à cheval de la Garde; ceux qui sont entrés avant le 1er juillet seront conservés. 2° Tous les vélites à cheval feront partie du 2e régiment de chevau-légers de la Garde, de sorte que ce régiment sera complété par les vélites. 3° La pension qu’ils doivent payer ne sera plus que de 200 francs. Ils auront une solde et des masses telles qu'ils ne coûtent pas plus que les régiments de la ligne, sans compter leur pension. 4° Les emplois d'officier et de sous-officier seront remplis par des officiers et sous-officiers de la Garde. Occupez-vous de rédiger un projet sur ces bases, et vous me le soumettrez.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

Au capitaine Christin, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

M. l'officier d'ordonnance Christin emploiera les journées de mer­credi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi, mardi, à visiter tous les travaux de Paris. Il me fera chaque soir un rapport sur l’état de ces travaux, sur le nombre d'ouvriers employés dans chaque ate­lier, la partie des travaux qui est faite, celle qui est à finir, ce qui restait sur le budget de l’année passée, combien il y a d'accordé par le budget de cette année, combien on a dépensé et si l’on remplira le crédit. Il fera entrer dans ses rapports tous les détails qui peuvent m'intéresser, les sujets de plainte qu'auraient les ouvriers, etc.


Saint-Cloud, 29 juillet 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24 juillet sur la marine. Le capitaine de vaisseau Barré, qui commandait à Alexandrie la marine et qui avait très-bien découvert que des vaisseaux pouvaient y pas­ser, se rend à Venise pour commander les trois vaisseaux. Vous dites qu'on pourrait dépenser à Venise un million de plus, mais qu'au delà de cette somme on manquerait d'ouvriers; cela n'est pas raisonnable. Les ouvriers sont faciles à former; il faut en faire un bataillon de 800 conscrits, comme je l'ai fait en France et comme vous l'avez vu à Wimereux. Il y a d'ailleurs des ouvriers sur les côtes de la Romagne : il n'y a qu'à faire un appel. Cette raison n'est donc pas une cause  d'empêchement; du bois, du fer, des matières premières, c'est là l'important. Faites-moi un rapport là-dessus. Je suis dans l'intention de dépenser à Venise, au lieu de 3 millions, 6 millions pour le compte de la France. Les ouvriers ne sont pas ce qui doit retarder, mais trouvent-t-on des matières premières ? C'est ce que les admi­nistrateurs peuvent faire connaître.


Saint-Cloud, 30 juillet 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Dans l'état de la flottille de Boulogne que je reçois, je vois que vous ne mettez pas de chevaux à bord des canonnières ; j'avais cependant compté sur deux chevaux pour chacune. Vous portez des garnisons et des équipages pour les péniches. Il faut faire à cela une modifica­tion. Ne point donner aux péniches des garnisons ni des équipages, mais attacher les neuf péniches, savoir, cinq aux cinq prames et les quatre autres à quatre canonnières, en choisissant de préférence celle que montent les commandants. Cela exercera les équipages et n’exposera pas les garnisons à rester à bord des péniches en rade : ce qui serait un service intolérable. Les chevaux, les pierres à feu, caisses d'outils, fusils à cartouches d'infanterie, charrettes, caissons d’artillerie, fourches en bois, pelles, cartouches et gargousses, ne seront embarqués que lorsque j'en donnerai l’ordre. Les boulets seuls doi­vent entrer dans l'armement.

En attendant, ces soixante-huit bâtiments iront en rade sans avoir ces objets à bord, et seulement avec leur garnison. C'est ainsi qu’ils resteront en rade tout le mois d'août. Vous me ferez connaître si soixante-huit autres bâtiments pourront entrer au 1er septembre. On aurait alors de quoi porter 16,000 hommes. Je donnerai dans le temps des ordres sur ce qu'il conviendra de faire. Il faut considérer les péniches comme favorisant les débarquements et non comme portant des troupes.


Saint-Cloud, 31 juillet 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous devez écrire au général Donzelot :

1° Qu'il est nécessaire de faire repasser en France les Albanais, parce qu'il est malheureux de dépenser tant d'argent pour des gens dont on n'est pas sûr; il doit profiter du retour des frégates pour se défaire de tous les hommes inutiles ;

2° Qu'il jette de l'argent inutilement en Turquie et qu'il faut éco­nomiser davantage; Corfou me coûte fort cher;

3° Qu'il ne doit pas compter qu'on lui envoie de France du bois de construction, soit pour blindage, soit pour toute autre chose; il doit en trouver à Corfou ou en Albanie; quand il aura épuisé cette ressource, il demandera des ordres; mais on ne peut lui en envoyer de France, puisqu'on a peine à lui envoyer d'autres approvisionne­ments plus nécessaires;

4° Qu'en général Corfou coûte trop cher et qu'il faut diminuer les dépenses.


Saint-Cloud, 31 juillet 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, la tour de la Bidassoa sera construite par Bayonne; les ordres à cet égard ont dû être donnés par le ministre de la guerre; cela ne regarde en rien la Biscaye. Les tours que l’on construira ne devront l'être que sur les sommets des hauteurs. Elles seront toutes de la troisième espèce; il n'y en aura aucune ni de la première ni de la deuxième espèce.

La première sera établie sur la hauteur de Salinas; elle sera placée de manière que les signaux de cette tour fassent connaître ce qui se passe dans les montagnes.

L'officier qui a fait la reconnaissance n'a pas bien compris ce qu'on se proposait. Il faudrait établir trois tours, une à Salinas et les autres sur les points de partage des versants des eaux. Il faut connaî­tre combien il y a de versants depuis la Bidassoa jusqu'à Miranda, et choisir d'abord les trois positions principales pour y construire trois tours. Aussitôt que ces tours seront achevées, on déterminera encore trois autres positions. Ces tours devront être placées de manière à bien voir la route et les défilés qui viennent y aboutir, à correspondre facilement entre elles par le moyen de signaux, à indiquer ce qui se passe dans les montagnes, et enfin à servir de refuge aux troupes. Ces tours de troisième espèce coûteront 15,000 francs chacune; ce sera donc pour les trois une dépense de 45,000 francs.

On ne saurait trop se presser d'établir une de ces tours sur les hauteurs de Salinas. Le travail qui a été envoyé par le général Thouvenon ne remplit pas mes intentions; ce travail est tout à fait à recommencer.


Saint-Cloud, 31 juillet 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j'ordonne que l'escadre de Toulon fournisse 200 matelots de 1e et 2e classe pour servir à former les équipages du Rivoli et du Mont-Saint-Bernard. La même escadre fournira en outre 200 conscrits ayant plus de six mois de service. J'ordonne que 200 conscrits de la levée de 1812 pour la marine soient également dirigés sur Venise ; ce qui fera un fonds de 600 Français. Deux détachements de canonniers de la marine, composés également d'anciens Français, s'y rendent. Le ministre de la guerre vous aura désigné les deux régiments qui doivent fournir la 2e compagnie de leur 5e bataillon pour former la garnison de ces vaisseaux : ne laissez mettre dans ces compagnies que d'anciens Français. Enfin j'ordonne que les ports des départements romains vous fournissent 100 marins; que ceux de la Toscane en fournissent 200; l’Illyrie en fournira 600; ce qui, avec l'équipage de l’Uranie, fera 1,800 hommes, indépendamment des garnisons et canonniers.

Mon intention est qu'on arme pour le compte de la France deux ou trois bricks et trois bâtiments plus légers. Ces six bâtiments serviront dans toutes les hypothèses. Si les deux vaisseaux restent à Malamocco sans pouvoir sortir, la moitié des équipages restera à bord et l'autre moitié, embarquée sur ces bâtiments légers, battra l'Adria­tique, poursuivra les corsaires, protégera les côtes et s'exercera. Faîtes-moi connaître les bâtiments que vous pouvez mettre, à cet effet, à la disposition de la division. Cette mesure sera tout à l’avantage du royaume. Je suppose que vous avez déjà pris des mesures pour l’équipage du Regeneratore.

Il devient urgent de faire sortir cette division, car l’année pro­chaine les Anglais, qui en auraient l’éveil, tiendraient des vaisseaux de guerre dans l'Adriatique.


1 – 15 juillet 1811