1 – 15 juin 1811
Alençon, 1er juin 1811
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie les
lettres de Savone (lettres des évêques en mission auprès Pape), afin que vous
ayez la collection. J'attends que vous m'envoyiez la lettre du Pape au cardinal
Fesch. Rapprochez cela des protestations qu'a faites le Pape, et mettez-moi
cela sous les yeux. Je suppose que vous avez préparé votre exposé et réuni
toutes vos pièces.
Alençon, 1er juin 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre lettre du 29 mai. Je ne comprends pas
bien l’organisation des bataillons coloniaux, et comment on doit mettre les
armes à la main à de mauvais sujets. Les soldats mauvais sujets et
incorrigibles, qu'il est dangereux de conserver dans les corps réguliers, qui
troublent la tranquillité dans l'intérieur, doivent bien faire partie de ces
bataillons, mais au lieu d'être armés de fusils devraient être armés de pioches
et travailler. Faites-moi un rapport sur cela. Dans les bataillons, il ne sera
laissé d'armes qu'aux hommes de la 1e compagnie, qu'on composera des hommes les
plus sages et dont on sera le plus content. Les autres n'auront que des pioches
et outils de pionniers, ne jouiront d'aucune masse et seront mis pour les
travaux à la disposition du génie, qui sera chargé de les solder. On pourrait
peut-être en faire autant des bataillons étrangers.
Alençon, 1er juin 1811.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Remettez-moi un état de situation des troupes, par ordre
numérique, au 15 mai. Je vous prie de faire faire cet état avec plus de soin
que n’a été fait le dernier, qui est plein de fautes. Il ne faut pas qu'on
porte comme exécutés les ordres qui sont donnés. Il faut qu'à chaque régiment
on mette la date de l'état de situation et qu'on copie à l'encre rouge les
ordres qu'on a donnés, en mentionnant quand ils seront exécutés. Dans les
observations, en mettant le nombre d'hommes que les corps reçoivent de la
conscription, il faut désigner le département.
Alençon, 1er juin 1811.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse qu'il est nécessaire
que son artillerie soit bien remontée et bien approvisionnée avant de faire aucun
mouvement important; qu'il faut qu'il ait au moins soixante pièces de canon
attelées, avec les approvisionnements, et que son armée soit parfaitement
reposée et réorganisée; qu'il est maître de donner l’ordre au duc d'Abrantès,
et à tous les généraux qui ne lui conviendraient pas, de rentrer en France;
enfin qu'il doit arranger son armée de manière qu'elle soit parfaitement dans
sa main et qu'il n'éprouve aucun obstacle; que, indépendamment de la brigade
Wattier, le duc d'Istrie a ordre de lui remettre 500 chevaux d'artillerie et de
lever tous les mulets qu'il sera possible de trouver ; qu'il doit rappeler tous
les détachements de son armée qui se trouvent isolés dans les villes du sixième
et du septième gouvernement; et qu'incessamment des troupes devant remplacer,
dans la Biscaye et dans la Navarre, les régiments provisoires composés d'hommes
appartenant à l'armée de Portugal, il se trouvera par là obtenir une
augmentation de 9,000 hommes ; que 2,000 chevaux d'artillerie sont en mouvement
pour se rendre à Bayonne, et que 4,000 hommes de cavalerie appartenant à son
armée vont le rejoindre. Je suppose que le duc de Raguse vous a envoyé l'état
de situation de l'armée; vous ne me l'avez pas envoyé, de sorte que depuis plus
de trois mois je n’ai plus aucune idée de ce que c'est que l'armée de Portugal.
Mandez au duc d’Istrie que je donne ordre que 500 chevaux
de la Garde partent le 5 juin de Paris pour se rendre à Bayonne. Donnez-lui
l’ordre d'envoyer à Bayonne des soldats du train de la Garde pour prendre ces
chevaux, afin que les hommes qui les conduiront puissent revenir à Paris.
Comme je pense qu'il aura levé 300 mulets, il aura ainsi 800 chevaux ou mulets;
ce qui lui permettra de donner à l’armée de Portugal, indépendamment des 500
chevaux qu'il lui aura donnés, les mulets qu'il aura levés. Vous donnerez
l’ordre au duc d’Istrie de mettre la brigade du général Wattier à la
disposition du duc de Raguse. Cette brigade fera désormais partie de l’armée de
Portugal. Réitérez l’ordre au duc d’Istrie de fournir à cette armée ce dont
elle aura besoin et d'approvisionner Ciudad-Rodrigo pour six mois.
Alençon, 1er juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je suppose que vous
envoyez les Moniteur en Espagne. Instruisez le maréchal Marmont qu'une
bataille a eu lieu le 16, à 5 lieues de Badajoz, entre le maréchal Soult, qu'on
suppose fort de 25 à 30.000 hommes, et les alliés, composés des Espagnols de
Castaños et de Blake, des Portugais et Anglais de Beresford et de Hill. Les
Anglais disent dans leurs journaux qu'ils ont perdu 8,000 hommes, dont 3
généraux anglais et que lord Wellington allait se porter avec 12,000 hommes
pour renforcer Beresford.
Alençon, 3 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre la guerre, à
Paris
Le 4e bataillon du 22e, qui est aux îles d’Hyères, n’a
aucun habillement. Il n'a pas de chef de bataillon ; il est fort urgent d'en
envoyer un. Il paraît qu'il manque à ce bataillon des officiers; présentez-les
à ma nomination. En attendant, vous pouvez y diriger les officiers que j’ai
nommés à Cherbourg, parmi lesquels il y a un chef de bataillon, et que j'avais
désignés pour le régiment de Walcheren, si toutefois ce régiment de Walcheren
n'a pas besoin de ces officiers. La paille pour les camps aux îles d'Hyères est
très mauvaise. Il serait bien essentiel que le roi de Naples envoyât ses
canonnières à Port-Gros pour prendre le bataillon du 22e et le conduire, en
longeant la côte, à Naples.
Chartres, 3 juin 1811
Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police
générale, à Paris
Le général Miollis devrait vous écrire exactement pour
vous faire connaître de quelle manière les affaires marchent à Rome. Mon intention
est de finir ce qui se passe dans cette ville. Vous devez ordonner que tous
ceux qui refuseraient le serment, sous quelque prétexte que ce soit, soient
arrêtés, à commencer par les curiali, et qu'on prenne des mesures
vigoureuses pour sortir de cette ridicule situation. Il me parait nécessaire
d’avoir un rapport général sur la situation de Rome, afin qu'on puisse y
adopter des mesures proportionnées aux circonstances où ce pays se trouve.
Chartres, 3 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
L'artillerie n'a pas déterminé de quelle manière devaient
être faites les plates-formes des mortiers à plaque, et ce défaut d'instruction
rend à peu près inutiles ces mortiers. Je m'étais déjà aperçu au fort Impérial
de Cadzand que les plates-formes étaient insuffisantes. J'ai fait essayer
plusieurs bombes sur la batterie de Cherbourg, et je me suis convaincu qu'après
avoir tiré une bombe un même mortier n'en pouvait tirer une seconde qu'après
plusieurs heures et des fatigues énormes pour remettre le mortier en batterie.
Il est nécessaire que vous fassiez une instruction pour déterminer de quelle
manière doivent être faites les plates-formes des mortiers à plaque. Je ne
parle pas des moyens de solidité, qui sont connus et employés dans l'artillerie.
Les dimensions doivent être différentes ; cette plate-forme doit être le double
de la plate-forme ordinaire. La première moitié doit être horizontale, afin de
ne point influer sur le tir; la seconde moitié doit faire un angle de 10 à 15
degrés. Il sera bon de faire des expériences pour bien déterminer cet angle,
afin de réunir à la solidité de la deuxième partie de la plate-forme le
résultat tout aussi important d'offrir un obstacle au recul du mortier, tel
que cela ne le fasse point verser. Je suis fondé à penser que l'angle que je
viens de déterminer remplirait ce double but.
C'est par défaut de pareilles instructions que les
mortiers du fort Impérial n'ont été d'aucune utilité pour la défense de
Flessingue, et que les canonnière, après des fatigues énormes pour tirer un
coup, prenaient le parti de ne plus tirer : or les mortiers ne peuvent faire
d'effet qu'en multipliant les coups, vu l'incertitude du tir.
Chartres, 3 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Vous me mandez que les trois petits bataillons tirés du
régiment de Walcheren et destinés à tenir garnison dans l'Ile de Schouwen ont
été organisés, et que les cadres des 3e et 4e compagnies du 5e bataillon du 65e
ont servi à former le 1er bataillon. Je ne comprends pas trop tout cela. Ces
deux compagnies doivent continuer à former la 3e et la 4e compagnie du 5e
bataillon du 65e, correspondre avec le major, et être soldées, habillées
et entretenues par les soins du dépôt. Il ne faut donc pas appeler ces
bataillons, 1e, 2e ni 3e, mais
détachement du 19e, détachement du 65e,
détachement du 72e; et les armes qu'a fournies le général Gilly-Vieux doivent
être fournies au compte des corps.
Chartes, 3 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Est-ce que vous avez donné ordre à deux cadres de
compagnie du 37e de se rendre de la 6e division militaire en Hollande ?
Cela résulterait de ce que je lis dans les états que
présente le général Dumas. Ce serait une chose fâcheuse. Puisque les conscrits
du corps arrivent à Besançon, il n'y avait pas d'utilité à affaiblir ces
cadres. La composition de l'armée aujourd'hui est telle que vous ne devez
prescrire aucun mouvement sans mon ordre. Si vous m'aviez soumis ce mouvement,
je ne l'aurais pas approuvé.
Chartres, 3 juin 1811
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée
d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, je reçois vos lettres du 28 mai. Écrivez au
général Rapp que son observation n'a pas le sens commun ; qu'il ne faut pas
être grand grec pour savoir qu'il est utile de séparer les régiments et les
bataillons des nations différentes, et que je suis surpris qu'il n'ait pas
compris que je ne voulais pas laisser la place importante de Danzig à la
disposition des troupes d'une seule nation. Faites-lui connaître qu'il doit
composer sa division mobile de troupes de différentes nations, et la garnison
de Danzig également de troupes de différentes nations.
Palais de Saint-Cloud, 4 juin 1811.
Au comte Garnier, président du Sénat, à Paris
Monsieur le Comte Garnier, président du Sénat, entre
toutes les grâces qu'il a plu à la divine Providence de répandre sur nous et
sur notre Empire depuis notre avènement au trône, celle qu'elle vient de nous
accorder par la naissance d’un fils est une des marques les plus signalées que
nous puissions recevoir de sa protection. En conséquence, nous avons résolu
d'en rendre de solennelles actions de grâces. Nous nous transporterons à cet
effet, avec notre très chère épouse et compagne, l'Impératrice et Reine, le 9
de juin présent mois, dans l'église métropolitaine de Notre-Dame de Paris, pour
assister au Te Deum qui sera chanté dans cette circonstance solennelle, et au
baptême de notre cher fils, le Roi de Rome, qui sera célébré en même temps.
Nous vous faisons cette lettre pour que vous ayez à faire connaître au Sénat
que nous désirons qu'il se rende ledit jour, 9 juin, dans l'église
métropolitaine de Paris, pour concourir avec nous à remercier Dieu de cet
heureux événement qui assure le bonheur de nos peuples.
Saint-Cloud, 4 juin 1811
DÉCISION.
|
Le duc de Feltre, ministre de la guerre, rend compte à
l'Empereur, sur le rapport du prince d'Eckmühl, que depuis longtemps les
Prussiens rassemblent une grande quantité d'artillerie et de munitions de
guerre à Kolberg, et que les arsenaux de Berlin sont dans la plus grande
activité. |
Renvoyé au ministre des relatons extérieures, pour me
faire un rapport sur la conduite des Prussiens sur lesquels il faut
s'expliquer franchement. Tout cela est aujourd'hui une mauvaise plaisanterie. |
Saint-Cloud, 5 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre, par une
estafette extraordinaire, à 500 chevaux bien harnachés du 6e bataillon du
train d'artillerie qui est à Besançon et à 500 du 1er bataillon de partir en
deux convois et de se rendre à Auxonne. Ordonnez qu'autant que possible ce
soient les hommes des mêmes compagnies qui servent ces chevaux. A leur arrivée
à Auxonne, faites-les atteler à 250 voitures de poudre, savoir : moitié
chargées de cartouches à balles et à boulet, et moitié de cartouches
d'infanterie. Si vous jugez convenable de leur faire atteler ces munitions,
même à Besançon, je n'y vois pas d'inconvénient. Si enfin à Besançon et à
Auxonne vous n’avez pas la quantité de caissons chargés de cartouches à balles
et à boulet et d'infanterie que je demande, vous feriez charger de la poudre
sur des charrettes d'artillerie qui se trouveront dans ces deux villes. Vous
dirigerez ces transports sur Auch.
A leur arrivée à Auch, ces 1,000 chevaux seront servis
par les hommes du dépôt d'Auch. La remise des chevaux et des harnais sera faite
en règle, et les hommes du 6e et du 11e bataillon retournerait à Besançon. Il
est convenable qu'en partant de Besançon tout le monde croie n'aller qu'à
Auxonne, que le directeur d'Auxonne soit dans le secret et les fasse partir d'Auxonne
de manière que le secret soit encore gardé dans les premiers jours de la route.
Avant que ce convoi arrive à Auch, vous m'aurez remis le grand travail de
l'artillerie et j'aurai pu déterminer où ces chevaux devront se rendre en
partant d'Auch. Prenez des mesures pour que la remise des chevaux et des
harnais se fasse en règle et pour que les hommes retournent promptement à
Besançon. Vous instruirez de cette mesure le prince de Neuchâtel, qui en
donnera avis au général Marmont. Cela fera 1,500 chevaux qui auront été dirigés
sur l'Espagne. Il me semble que le directeur d'Auxonne peut seul avoir ce
secret; il faut que cela s'exécute de manière qu'on ne sache ni à Besançon ni à
Auxonne que le convoi va à Auch.
Je désire envoyer encore 1,000 chevaux en Espagne, en les
prenant tant dans le 14e que dans les deux autres bataillons qui sont encore
en France. Faites-moi connaître où sont ces bataillons, où je pourrai prendre
ces chevaux, ce qu'ils doivent atteler, et enfin s'il y aura suffisamment
d'hommes au dépôt d'Auch pour recevoir la remise de ces chevaux.
Je n'ai pas besoin de vous recommander que les voitures
autres que celles d'artillerie prennent le moins de charge possible. Je vous
laisse même le maître de les atteler de 6 chevaux au lieu de 4, afin que les
chevaux soient moins fatigués.
Je trouve qu'il y a suffisamment de pièces et de caissons
en Espagne; ce qu'il faut y envoyer, ce sont des munitions. S'il est des
points de la route où il y ait des munitions, tels que La Rochelle ou quelque
autre place, une partie de ces chevaux pourrait y être envoyée pour prendre un
chargement.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations
extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, on m'assure que le baron
Alquier a demandé à la cour de Suède une campagne qui lui a été accordée. Cela
me paraît extraordinaire; rendez-m'en compte.
Vous ferez connaître au comte Lauriston que, le prince
Kourakine ayant quitté depuis longtemps la maison de campagne que je lui avais
donnée, il n'est pas convenable qu'il accepte celle qui lui est offerte, et
que, s'il a besoin d'une maison de campagne, il faut qu'il la loue ; mais tout
cela sans affectation et sans laisser rien apercevoir.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Faites-moi connaître s'il existe sur les fonds des
départements des fonds sur lesquels on pourrait donner une gratification aux
préfets du Calvados, de la Manche, de l'Orne, d'Eure-et-Loir, afin de les
indemniser des frais qu'a pu leur occasionner mon passage dans leur
département.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Le général Suchet écrit, en date du 21 mai, qu'il a
investi Tarragone; qu'il s'est emparé de plusieurs forts autour; qu'il a ouvert
la tranchée, repoussé toutes les sorties de l'ennemi ; qu'il l'a battu toutes
les fois qu'il s'est présenté au secours de la place; que Campo Verde, avec les
débris de son armée, est entré à Tarragone par mer, et qu'il serait temps et
nécessaire que le duc de Tarente se portât sur Montserrat avec une partie de
l'armée de Catalogne. Envoyez un de vos officiers au général Baraguey
d'Hilliers pour qu'il se mette à la tête d'un camp volant et fasse diversion en
faveur du général Suchet.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, les circonstances étant moins
argentés du coté du Nord, je désire que vous ordonniez aux cadres des 6e
bataillons de l'armée d'Allemagne qui sont à Wesel et à Munstera de retourner à
leurs dépôts. Envoyez cet ordre par l'estafette de Hambourg. Ces bataillons se
formeront mieux à leurs dépôts et tout se fera plus en règle.
Vous donnerez l’ordre que les hommes disponibles dans les
4e et 5e bataillons aux dépôts soient d'abord employés à
porter au complet de 700 hommes, les cadres compris, les 4e bataillons, et que
le surplus soit donné aux 6e bataillons ; et vous me rendrez compte de la
situation des 4e et 6e bataillons au 1er juillet (tout cela pour l’armée
d'Allemagne ).
Vous devez regarder comme non avenues les dispositions
que j'avais ordonnées pour que des détachements des dépôts de l'armée d'Espagne
fussent employés à compléter les bataillons de l'armée d'Allemagne.
Vous devez également regarder comme non avenu l’ordre que
j'ai donné pour que les 150 conscrits réfractaires incorporés dans les
compagnies du 5e bataillon des différents régiments de l'armée d'Allemagne
soient versés dans les 6e bataillons. Mon intention est que pour toutes les
compagnies qui sont dans l'île de Walcheren vous me rendiez compte de leur
situation, et me fassiez connaître si elles sont habillées, armées et dans le
cas de partir. Je vous enverrai alors l'autorisation de les faire venir par eau
sur le Zuiderzee et de les diriger du Zuiderzee par terre sur Hambourg, où
elles seront incorporées dans les bataillons de guerre et serviront à les
compléter.
Mon intention est qu'un autre cadre de compagnie du 5e
bataillon de ces régiments se rende dans l'île de Walcheren, aussitôt qu'il y
aura suffisamment de conscrits, pour prendre 150 conscrits réfractaires et les
transporter dans le nord de l'Allemagne pour être incorporés dans les
bataillons de guerre; ce qui porterait ces bataillons au grand complet.
Faites-moi un rapport sur toute cette opération.
Je désirerais avoir tous les huit jours des détails sur
ce qui se passe aux dépôts des conscrits réfractaires, sur leur nombre, les
progrès de leur instruction, leur habillement, la désertion et sur tout ce qui
peut me mettre à même d'être parfaitement instruit de leur situation.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, les deux bataillons du train
d'artillerie, en Italie, ont besoin de 600 hommes, puisqu'ils reçoivent 1,280
chevaux. Vous donnerez ordre au commandant de la 29e division militaire de
choisir, parmi les 600 conscrits réfractaires qui arrivent de Corse au mont
Argentaro, les 100 hommes dont on peut être le plus sûr et qui auraient
l'habitude de manier des chevaux, et de diriger ces hommes sur Vérone, où ils
seront habillés et incorporés dans le 7e bataillon du train d'artillerie. Vous
aurez soin d'ordonner que, s'il n'y a que 300 hommes arrivés au mont Argentano,
on n'en prenne que 50, sauf à compléter le nombre prescrit à mesure qu'ils
arriveront.
Vous donnerez ordre que le 5e bataillon du 102e qui est
dans l’île Sainte-Marguerite où il reçoit des conscrits réfractaires du dépôt
de Toulon, choisisse également 50 hommes des plus sûrs et qui n'appartiennent
pas aux départements de la Provence; que ces 50 hommes soient envoyés par mer à
Gènes, et de là débarqués et dirigé par terre sur Vérone, où ils seront
incorporés dans le 7e bataillon du train.
Enfin vous ordonnerez que 50 hommes des meilleurs sujets,
et sur lesquels on peut le plus se fier, soient pris dans les compagnies du 5e
bataillon du 22e léger, qui est aux îles d'Hyères, et soient également dirigés
sur Gènes et de là sur Vérone.
Vous prescrirez les mesures convenables pour que ces
hommes soient envoyés avec des sergents et officiers, et embarqués de manière à
être surveillés.
Saint-Cloud, 6 juin 1811
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Monsieur le Comte Decrès, je viens de prendre un décret
pour organiser dans les régiments d'infanterie de ligne une compagnie qui sera
destinée à la garnison des vaisseaux. Cent régiments fourniront chacun une
compagnie. Il ne sera mis cette année à votre disposition que cinquante-cinq
compagnies à savoir : pour le Texel, cinq; pour l'embouchure de la Meuse, deux
; pour l'escadre d'Anvers, dix-huit; total, 25 compagnies pour le nord; à
Cherbourg, deux; à Brest, une; à Lorient, cinq; à Rochefort, trois; total, 11
compagnies pour le centre; à Toulon, seize; à Gènes, une; à Venise, deux;
total, 19 compagnies pour le midi; total général, 55 compagnies.
Dans le même décret vous verrez que les garnisons des
frégates, corvettes, bricks, chaloupes canonnières, etc., seront fournies par
l'artillerie de la marine.
A cette occasion, je pense qu'il est convenable
d'augmenter le nombre des canonniers de la marine. Faites-moi un rapport sur
leur organisation, régiment par régiment, bataillon par bataillon, compagnie
par compagnie. Je crois que les compagnies d'artillerie de la marine doivent
avoir un effectif de 200 canonnière et que les cadres se composent d'un petit
nombre d'officiers et de sous-officiers, parce que vous embarquez peu
d'officiers. L'arsenal d'Anvers et le voisinage de celui d'Amsterdam
sembleraient exiger l'existence d'un état-major d'artillerie de la marine à
Anvers. Cela serait utile sous un autre point de vue, en ce que cette réunion
d'officiers pourrait, dans un cas imprévu, être fort utile sur l'Escaut. Je
vois que le 1er régiment a quatre bataillons et un effectif de 3,900 hommes,
sur lesquels 800 prisonniers, qui sont à effacer et à porter seulement pour mémoire.
Ce 1er régiment est à Brest. Le 2e régiment a cinq bataillons, au lieu de
quatre, et 4,900 hommes, dont 900 prisonniers qu'il faut également effacer. Le
3e régiment, qui est à Rochefort, a sur 2,000 hommes 500 prisonniers. Ce
régiment pourrait servir à la fois Rochefort et Lorient ; et le 4e régiment,
qui est à Lorient, pourrait être envoyé à Anvers. Il résulte que les quatre
régiments ont 13,000 hommes d'effectif, sur lesquels il y a 3,000 prisonniers;
il reste donc 10,000 hommes. Je désire avoir des renseignements détaillés sur
ces régiments, que je crois très utile de compléter et de mettre en bon état.
Saint-Cloud, 6 juin 1811.
DÉCISION.
|
Le duc de Feltre, ministre de la guerre, fait connaître
à l’Empereur que des péniches
ennemies, portant 20 à 25 hommes, sans canon, viennent sonder les passes de
l'Escaut, en face de l’escadre et de la flottille, sans qu'on leur donne la
chasse. |
Je prie le ministre de la marine de me faire enfin un rapport là-dessus, car il est trop
ridicule que des péniches ennemies viennent tous les jours nous insulter à la
portée de terre. Il est inouï que
toute une escadre souffre ce déshonneur. Il n'y a donc pas de canots à cette
escadre ! Est-il donc si difficile d'attacher une bonne division de huit ou
dix péniches à cette escadre, lesquelles, soutenues par les canonnières et
bâtiments légers, mettent un terme à ces insultes ? |
Saint-Cloud, 6 juin 1811
A Élisa Napololéon, Grande Duchesse de Toscane, à
Florence
Ma Sœur, je reçois votre lettre du 28 mai. Je vois avec
plaisir que l’on envoie de Corse les 600 conscrits destinés à remplir les
cadres des compagnies du 5e bataillon placé au mont Argentaro; mais il est
nécessaire que les conscrits sortent d'Orbitello et soient placés au mont
Argentaro, où on les campera dans des baraques. Voilà la saison où Orbitello
est très malsain, au lieu que le mont Argentaro est très sain. Ces conscrits
seront habillés, équipés et entretenus par le dépôt des deux régiments qui sont
en Toscane. Tenez un officier supérieur au mont Argentaro qui discipline et
instruise ces troupes. Établissez-y une bonne police pour que ces jeunes gens
ne désertent point et se forment. Mon intention est de réunir plusieurs
milliers d'hommes au mont Argentaro, parce que c'est une position dont l’air
est sain, et qui est une réserve naturelle pour se porter partout où il serait
nécessaire.
Saint-Cloud, 7 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que le 10e de
ligne s'embarque le 10 de ce mois à Lyon sur deux bateaux, et arrive à
Pont-Saint-Esprit, d'où il continuera sa route sur Pau.
Vous donnerez ordre au 20e régiment de ligne de partir le
11.
Je suppose donc que le 12 et le 13 les troupes seront à Pont-Saint-Esprit,
et que dans les premiers jours de juillet elles seront à Pau.
Donnez ordre que, le 12, les deux bataillons du 60e qui
sont à Toulon partent pour Pau.
Faites-moi connaître si les compagnies d'artillerie des
60e, 10e et 20e sont avec ces régiments, et si
elles ont leurs pièces, leurs caissons et attelages; car il est important
qu'elles aient tout ce qui est nécessaire pour entrer en campagne. Ayez soin
qu'il y ait à Pau les cartouches nécessaires à ces régiments, pour leur entrée
en Espagne. Ils n'entreront, au reste, en Espagne que d'après les ordres que je
donnerai. Vous préviendrez le prince de Neuchâtel, qui prendra mes ordres pour
leur destination ultérieure.
Vous donnerez
l’ordre aux deux bataillons suisses qui sont à Rennes de se rendre à
Cherbourg. Donnez ordre d'y réunir tout le
113e et vous me ferez connaître quand les bataillons du 5e léger
pourront se rendre à Rennes et s'y réunir avec les bataillons d'élite du 3e
et du 105e.
Vous ferez connaître au général commandant la 8e division
militaire que les deux bataillons d'élite du 52e doivent arriver à Toulon pour
remplacer le 60e et que ces bataillons se rendent de Gênes à Toulon pour y
tenir garnison.
Faîtes-moi connaître quand les bataillons des 8e et 18e
légers, des 23e, 81e, 79e, 5e, 60e
et 11e de ligne, qui sont à Genève et à Chambéry et qui doivent être
complétés par des conscrits, pourront partir pour se rendre à Toulon, où je
voudrais réunir ces huit bataillons pour tenir garnison sur les côtes.
Je continue à laisser les bataillons suisses à Avignon,
afin qu'en cas d'événement le général commandant la 8e division puisse les
faire venir sur les côtes; mais il ne doit le faire qu'en cas de nécessité.
Donnez ordre que trois compagnies du 24e de ligne qui
sont à Lyon soient complétées à 420 hommes ; faites-en passer la revue, et
faîtes-moi connaître quand ce bataillon de trois compagnies sera en état de
partir pour Paris.
Enfin faites-moi connaître quand les 1e, 62e et 101e de ligne arriveront à Turin.
Saint-Cloud, 7 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je lis votre rapport du 5 juin, ainsi que les états qui y
sont joints, sur le travail de l'artillerie.
Personnel. — Le général Éblé aurait parfaitement convenu à
place de directeur général à Burgos. Le général Ruty est trop loin; avant qu'il
arrive il s'écoulera plusieurs mois. Le général Foucher, qui est à l'armée du
Nord, est rendu sur les lieux; il faut donc l’investir de cette fonction. Il
faut laisser le général Charbonnel avec le général Reynier à l'armée de
Portugal, et le général Ruty à l'armée du Midi ; Il faut laisser tous les
colonels qui sont à l'armée du Midi; cela est trop loin, leur retour est exposé
à trop de chances, et d'ailleurs la guerre que l'on fait de ce côté est trop
active pour qu'ils n'y soient pas nécessaires. Le colonel Douence, qui est à
Madrid, pourra venir à Burgos sous les ordres du général Foucher. Il faut
laisser le chef d'état-major Raffron à l’armée d'Aragon. J'approuve que les colonels
et chefs de bataillons que vous jugez inutiles aux armées du Centre, de
Portugal, d'Aragon et du Nord, rentrent; mais, quant à armée du Midi, il ne
faut pas y toucher.
J'ai signé le décret qui nomme le général Foucher
directeur de l'artillerie en Espagne, et j'ai approuvé les instructions que
vous lui donnez. Venons actuellement au matériel.
Matériel. — Par votre état n° 3 je vois que l'armée du
Nord a trente-six pièces. Je suppose que dans ce nombre celles de la Garde ne
sont pas comprises. Donnez-moi quelques détails là-dessus. La Garde seule a
douze pièces d'artillerie à cheval et vingt-quatre pièces de régiment; total,
trente-six. Indépendamment de cela, les divisions du général Seras, du général
Caffarelli, du général Reille et du général Bonet ont des bouches à feu.
Si l'armée d'Aragon n'a que vingt-six pièces de canon,
elle en a évidemment trop peu, et si elle devait descendre dans le Midi, il lui
faudrait beaucoup plus d'artillerie.
Je vois qu'il y a treize pièces de campagne à Saragosse
et à Pampelune. Les pièces ne peuvent pas manquer. Les affûts sont également
suffisants dans ces deux places. Il y a suffisamment de caissons à Pampelune;
il y en a quelques-uns à Saragosse. Je ne pense pas que l'armée d'Aragon, dans
sa situation actuelle, où elle est augmentée de l'armée de Catalogne, puisse
avoir moins de soixante pièces d’artillerie. Faites-moi un projet d'équipage de
cette force, en y comprenant soit ce qui est attelé, soit ce qui est prêt à
Pampelune, Saragosse, Tortose et Lerida. Je suppose que les 89 caissons que
vous portez à Pampelune et les 59 caissons espagnols sont chargés. Je fais la
même supposition pour ceux de Saragosse.
Je ne m occupe pas de l’armée du Midi, qui a les dépôts
de Séville et de Grenade et qui paraît abondamment pourvue.
L'armée de Portugal a quarante-huit pièces de canon. Il y
en a à Burgos quarante et une; il y en a à Saint-Sébastien et à Valladolid.
Enfin cette armée pourrait tirer de Madrid et de Ségovie le complément dont
elle a besoin. L'armée de Portugal ne peut pas avoir moins de
quatre-vingt-quatre pièces de canon. Elle pourra tirer ses caissons de
Pampelune, de Burgos, de Valladolid, et enfin en prendre sur les 180 qui sont à
Madrid. Je suppose tous ces caissons pleins.
J'ai besoin d'organiser pour le corps de réserve un
nouvel équipage d'artillerie qui doit avoir soixante bouches à feu, et des
caissons d'infanterie pour un corps de 40,000 hommes. Il me semble qu'il
faudrait spécialement les tirer de Pampelune, Burgos, Ségovie et Madrid. Les
canons et les affûts, à ce qu'il me semble, ne manquent pas dans ces
différentes localités.
Un approvisionnement complet attelé, tant pour l'armée
d'Aragon que pour les armées de Portugal et de réserve, suffit. Il faudrait, en
outre, un demi-approvisionnement dans des caissons non attelés, en dépôt à
Burgos, Pampelune et Madrid, et enfin il faudrait un approvisionnement complet
en caisses et emmagasiné à Burgos et à Pampelune.
Je vois qu'il y a entre Pampelune, Saint-Sébastien,
Burgos, Saragosse et Valladolid 18,000 boulets de 12 et 4,000 cartouches à
balles de 12 : ce qui fait 22,000 coups de canons de 12, ou l'approvisionnement
de quatre-vingt-huit pièces de 12 à 250 coups. Cela parait fort satisfaisant,
il ne s'agirait que d'y mettre la proportion de cartouches à balles.
Il y a 26,000 boulets de 8, 7,000 cartouches à boulet de
8 et 800 cartouches à balles de même calibre; ce qui fait 34,000 coups de 8 à
tirer, ou l'approvisionnement de cent cinquante-deux pièces de 8 à 250 coups.
Cela paraît encore très satisfaisant.
Il y a 8,000 boulets de 6. II n'y a pas de cartouches à
balles, pas de cartouches à boulet de ce calibre. Cela fait l'approvisionnement
de trente-deux pièces de canon à 250 coups.
Il y a 4,000 boulets de 4, 16,000 cartouches à boulet de 4, 3,000
cartouches à balles; ce qui fait près de 60,000 coups à tirer.
II y a 14,000 obus, dont 6,000 sont à Valladolid; ce qui
fait pour cinquante-six obusiers.
Il n'y a que deux millions de cartouches d'infanterie
dans ces différentes places. Ce n'est pas suffisant; mais il y a 163,000 kilogrammes
de plomb ; ce qui fait pour 6 millions de cartouches. Il y a près de 100,000
kilogrammes de poudre; ce qui est évidemment insuffisant.
Ainsi, dans les places de Pampelune, de Saint-Sébastien,
de Burgos, de Valladolid, de Saragosse (on pourrait même y comprendre Lerida,
qui appartient à ce même système d'une ligne de réserve), il y a suffisamment
de plomb, de cartouches d'infanterie, de cartouches à canon, mais il manque de
cartouches à balles et environ 100,000 kilogrammes de poudre.
La seconde ligne de dépôt peut comprendre Ségovie, Madrid
et Tolède. Il s'y trouve 4,000 boulets ou cartouches de 12, 12,000 cartouches
de 8, 6,000 de 6, 20,000 de 4. Il serait bien important que le dépôt de Tolède
fût évacué sur Ségovie et Madrid. Ce dépôt parait inutile. A Madrid, je crois
qu'il y a 6,000 cartouches et 50,000 kilogrammes de plomb; mais qu'il n'y a que
43,000 kilogrammes de poudre; ce qui n'est pas suffisant.
Jaen, Cordoue, Séville, Grenade, Malaga et le siège de
Cadix paraissent suffisamment approvisionnés.
Les états en détail que vous ferez dresser sur les bases
que je viens de donner mettront cela davantage au clair; mais au premier coup
d'œil il me semble qu'il ne faut en Espagne que de la poudre; qu’il est bien
important de ne plus y envoyer de nouvelles pièces et de prendre les pièces et
les caissons français et espagnols qui se trouvent dans les différentes places
pour former les nouveaux équipages. Il y a à Valladolid des boulets de 24; il
faudrait en diriger quelque-uns sur Madrid. Quant à Bayonne, il y a cent
quatorze pièces de canon, et trente-six à Toulouse; c'est beaucoup plus qu'il
n’en faut. Il y a 70 affûts; il n'y aurait pas d'inconvénient à en commander
quelques-uns à Toulouse. Il y a près de 200 caissons; il me semble donc qu'il y
en a suffisamment. Il y a, de même, suffisamment de projectiles; mais il n'y a
pas assez de cartouches d'infanterie. Il me paraît y avoir suffisamment de
plomb et même suffisamment et poudre.
Je pense donc que ce qu'il y a de plus urgent à envoyer
en Espagne, c'est 100,000 kilogrammes de poudre. Ils existent à Bayonne, mais
il faudra les y remplacer. Il y a à Bayonne 160 charrettes à boulets; il faut
les mettre en état et y diriger 200 autres voitures, soit charrettes à boulets,
soit chariots à munitions.
Ainsi je désire un nouveau travail qui organise : 1° un
approvisionnement de soixante bouches à feu pour l'armée d'Aragon, en y
destinant les caissons qui sont attelés et ceux qui se trouvent à Lerida,
Tortose, Saragosse, et en prenant le complément à Pampelune; 2° un
approvisionnement de quatre-vingt-quatre bouches à feu pour l'armée de Portugal
; qu'on prenne les affûts et les caissons parmi ceux qui sont attelés à
Ciudad-Rodrigo, à Valladolid, à Tolède, à Madrid et à Ségovie; 3° enfin que l'on
organise un équipage de soixante bouches à feu pour le corps de réserve, en
prenant tout ce qui sera nécessaire à Saint-Sébastien, Burgos, Valladolid et
Pampelune.
L'artillerie doit avoir ses affûts de rechange, ses
forges de campagne, un approvisionnement complet, et dans des caissons un petit
approvisionnement d'un huitième, également attelé, pour le parc ; un
demi-approvisionnement non attelé, mais dans des caissons, pour l'armée de
Portugal, à Ciudad-Rodrigo, Ségovie, Madrid et Valladolid, Burgos et Pampelune;
un demi-approvisionnement, également dans les mêmes lieux, pour l'armée
d'Aragon et le corps de réserve, et enfin un approvisionnement complet pour ces
trois équipages dans les dépôts de première et deuxième ligne, savoir : ceux de
première ligne, Burgos, Saint-Sébastien et Pampelune, et ceux de deuxième
ligne, Ciudad-Rodrigo, Madrid et Ségovie.
Lorsque ces états seront faits, je crois qu'il sera
reconnu qu'il ne manque que de la poudre. Avec ces mêmes états il sera facile
de prescrire les évacuations qui doivent avoir lieu de Madrid et Ciudad-Rodrigo
sur Bayonne et Pampelune, afin de ne laisser dans ces postes importants, qui
peuvent être compromis, que ce qui est nécessaire pour les armées qui les
couvrent.
Il sera aussi nécessaire que vous fassiez un projet
d'armement pour Burgos, Pampelune et Saint-Sébastien. Je ne vois pas qu'il y
ait d’obusiers, de mortiers ni assez de grosses pièces à Burgos. Après les
ouvrages que je viens de faire sur les hauteurs de Burgos, il faudrait que ce
point important fût mieux armé. Il faut aussi avoir les yeux sur Pampelune pour
en tenir l'artillerie en bon état.
Il n'y a pas suffisamment de forges ni de charrettes à
boulets et de chariots à munitions qu'on chargerait de tonneaux de poudre. Il
doit y en avoir à Besançon et à Auxonne. Je vois que, selon les états, il y a
entre Bayonne, Toulouse et Blaye 200 caissons; je suppose qu'il y en a au moins
56 à la Rochelle, où ils sont inutiles; cela fera donc environ 260 caissons qui
seront là en réserve. Je vois qu'il y a entre les armées d'Aragon, de Portugal
et du Nord plus de 350 caissons attelés; qu'entre Pampelune, Burgos,
Valladolid, Madrid, il y a environ 180 caissons et 100 caissons espagnols ; ce
qui ferait 350 caissons attelés, 280 non attelés, 260 de réserve; total, 890
caissons, sans y comprendre les caissons de l’armée du Midi ni tout ce que l’on
peut retirer de Seville, Malaga et Ciudad-Rodrigo, où je suppose qu'il y en a
une grande quantité.
Il ne faut pas perdre un instant pour ordonner de retirer
de Ciudad-Rodrigo l'artillerie de campagne, qui s'y trouve inutile à la défense
de la place.
Je viens actuellement à l'état D.
J'ai donné ordre au maréchal duc d'Istrie de fournir de
son matériel, en caissons et autres objets, tout ce qui sera nécessaire à l'armée
de Portugal. II n'y a pas d'inconvénient à ce que les 500 chevaux de la Garde,
à leur arrivée à Bayonne, prennent 100 charrettes à boulets, les chargent de
tonneaux de poudre et les conduisent à Burgos, où ils les laisseront. Au lieu
de 500 chevaux, j'en ai fait partir 1,000 de Besançon. Je ne m'oppose pas à ce
qu'ils prennent des caissons à Besançon ou à Auxonne, mais peut-être serait-il
préférable qu'ils prissent les caissons à Bordeaux, à la Rochelle. Il y en a,
je crois, sur d'autres points de leur route. Je pense aussi qu'il serait utile
de mener quelques forges et quelques chariots à munitions qu'on chargerait de
poudre, en ayant soin de les charger légèrement.
Quant aux chevaux, j'ai tout dit dans mon décret. Voilà
déjà 2,500 chevaux dirigés sur l'Espagne, et, aussitôt que je connaîtrai l’état
de situation des dépôts, on pourra en procurer davantage.
Je ne fais pas de difficulté de mettre 50,000 francs à la
disposition du commandant de l'artillerie de Portugal, de mettre pareille somme
à la disposition du directeur général à Burgos et de faire travailler les
forges d'Orbaiceta ainsi que la poudrerie de Pampelune.
En général, ces états m'ont paru bien faits, et les
nouveau que je demande pourront être promptement mis en règle.
Saint-Cloud, 8 juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au général Dorsenne qu'il fasse
travailler avec la plus grande activité aux travaux de Burgos; qu'il est
nécessaire qu’il y ait dans cette place six mortiers et six obusiers,
indépendamment d'une vingtaine de pièces de campagne de tout calibre, et qu'on
y réunisse beaucoup d'approvisionnements et de munitions; que je désire qu'il
envoie tous les quinze jours l’état de situation des travaux, et qu'il fasse
connaître particulièrement si l’ouvrage à corne que j'ai ordonné sur la hauteur
est massé, et si l’on a commencé la maçonnerie du réduit.
Saint-Cloud, 8 juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Répondez au général Belliard que vous n'avez pas mis sa
lettre sous mes yeux; qu'il avait sans doute perdu la tête quand il l’a écrite,
qu'offrir sa démission pour ne pas avoir exécuté mes ordres, c’est déclarer
qu'on ne veut pas obéir; que c'est avoir encouru la peine capitale ; que
ces 3,000 hommes et 1,200 chevaux auraient pu sauver l’armée du Midi; qu'il est
très coupable ; qu'il aurait pu évacuer Cuenca ou tout autre point, mais qu'il
devait exécuter les ordres de l’Empereur ; qu'il y a dans sa lettre deux
ou trois passages qui ne sont pas d'un soldat; que, si tous les aviez mis sous
les yeux de Sa Majesté elle l'aurait fait arrêter et aurait fait un exemple de
ce manquement à la discipline militaire; que, par égard pour ses anciens
services, et par l'amitié que vous lui portez, vous n'avez pas laisse connaître
à l'Empereur ces phrases inconvenantes, et que vous vous êtes bornés à dire que
mes ordres avaient été exécutés; que cette affectation de sentiments d'honneur
et de personnalité est le comble du ridicule
et de l’indiscipline militaire; que l'honneur d'un général consiste à
obéir, à maintenir les subalternes sous ses ordres dans le chemin de la
probité, à faire régner une bonne discipline, à se livrer si exclusivement aux
intérêts de l'État et du souverain, et à dédaigner entièrement ses intérêts
particuliers; que vous voyez, par le ton qu'il prend, qu'il a désappris la
France, et que, quand il est question d’exécuter les ordres de l'Empereur, il
croit avoir à parler au roi d’Espagne.
Saint-Cloud, 8 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Je réponds à votre rapport du 8 juin.
J’ai demandé un million de poudre pour l'Espagne, mais
par votre rapport je vois qu'il y a entre Bayonne, Burgos et Pampelune 900
kilogrammes. Il me suffira donc que vous preniez, en premier les poudres de la
marine : au Ripault, près Tours, quatre-vingt-milliers; à Saint-Jean-d'Angely,
cinquante-sept milliers; à Saint-Médard, prés Bordeaux, vingt milliers; à
Toulouse, vingt milliers, à la Rochelle, soixante milliers; à l’île de Ré,
soixante milliers; à Brouage, quinze milliers; à Nantes, quinze milliers;
total, trois cent vingt-neuf milliers. Ce qui, joint aux deux cent cinquante
milliers qui sont dans le nord de l'Espagne, fera une quantité beaucoup plus
que suffisante. Il suffira que cette distribution des convois arrive
successivement et par partie entre toute l’armée.
Les 500 chevaux de la Garde partiront haut le pied, ne
feront aucun séjour, enfin arriveront droit à Bayonne; là seulement ils
s'attelleront à des caissons de poudre et à tout ce qui sera jugé nécessaire
dans le travail général qui sera fait d'ici là.
Les 1,000 chevaux qui partent de Besançon, faites-leur
atteler, si le bureau de l'artillerie le juge nécessaire, une soixantaine de
caissons chargés de munitions confectionnées, qui doivent exister à Besançon
et à Auxonne et qu'il est bon d'employer parce qu'elles vieilliraient. Cela
n'exigera que 500 chevaux. Faites atteler les autres à toutes les charrettes
d'artillerie à vide. S'il n'y en a pas un nombre suffisant à Besançon et à
Auxonne, il doit y en avoir à La Fère et à Paris, et vous devez d'ailleurs
avoir le temps d'en faire venir de Douai et de Saint-Omer. Enfin vous pouvez
faire acheter s'il est nécessaire de bonnes voitures de commerce.
Ayant ainsi des voitures, vous dirigerez ces chevaux sur
le Ripault, Saint-Médard, la Rochelle, où ils prendront toutes les poudres et
autres munitions et les transporteront à Bayonne.
J'approuve fort que 40 caissons de munitions
confectionnées soient mis en état à la Rochelle. On les portera dans l'état et
on les enverra chercher ensuite. Provisoirement ils sont bien là.
Ce plan est de beaucoup préférable au vôtre, puisqu'il
permet que les chevaux fassent la plus grande partie de la route sans être
chargés.
Ne perdez pas de vue qu'il faut au dépôt d'Auch 1,000
hommes au lieu de 500, puisque indépendamment des 1000 chevaux qui viennent de
Besançon, vous devez en avoir acheté 1,000, en vertu de mon décret. C'est donc
2,000 chevaux qui vont se trouver à ce dépôt.
Donnez l'ordre au 14e bataillon de se rendre à Douai, où
il se complétera, se formera et sera moins cher qu'en Hollande.
C'est à tort que trois compagnies du 8e principal ont été
envoyées en Allemagne, donnez-leur ordre de revenir sans délai. Il ne doit y
avoir en Allemagne que quatre bataillons. Si j'ai ordonné que trois compagnies
du 8e principal fussent cantonnées autour de Magdebourg, c'est que j'ai pris le
8e principal pour le 8e bis et que j'ai cru que ces trois compagnies
appartenaient aux quatre bataillons qui rester en Allemagne.
Faites-moi connaître quand on pourra disposer des quinze
qui se réunissent à Mayence et à Metz. Je sais qu'ils ont 4000 hommes. Quand
les hommes et les harnais seront-ils fournis ?
Je désire que vous n'employiez pas les courriers, qui
font nouvelle dans une ville, mais les estafettes, en adressant vos ordres au
comte Lavallete, pour qu'il les transmette par cette voie. Cela arrivera plus
tôt, vous coûtera moins cher et ne fera pas de nouvelles.
Je vous ai écrit aujourd'hui sur l'état général de
l’artillerie de l'armée d'Espagne; hors les objets de détail que je puis
n'avoir pas saisi, il me semble en gros qu'il y a de tout, que rien n'est
pressé et qu'il suffit qu'à Burgos et Pampelune les affûts soient mis en état.
La poudre est certainement ce qui paraît le plus nécessaire. Je ne sais pas
s'il y a aussi suffisamment de forges.
Paris, 8 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, le corps d'observation de
réserve sera composé de la manière suivante :
1e Division. — 81e : quatre bataillons. Deux bataillons
sont à Pampelune; un bataillon est à Gènes et partira pour Pampelune lorsque
ses conscrits seront habillés et armés, sur le rapport qui en sera fait. Le 4e
bataillon, qui est en Catalogne, rejoindra à Pampelune aussitôt que faire se
pourra. La compagnie d'artillerie rejoindra à Pampelune, et ce régiment aura
ses deux pièces d'artillerie et ses caissons.
10e de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à
Pampelune.
40e de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à
Pampelune.
60e de ligne : quatre bataillons. Les deux bataillons qui
sont à Toulon se rendront à Pampelune. Le 3e bataillon, qui est dans la 7e
division militaire, en partira, lorsqu'il aura ses conscrits, avec le 3e
bataillon du 81e, sur le rapport qui en sera fait. Le 4e bataillon rejoindra
aussitôt que faire se pourra.
Le total de la 1e division sera ainsi de seize
bataillons.
Cette division se réunira à Pampelune. Le général Reille
la commandera ; les généraux de brigade Pannetier et Bourke y seront employés.
Un adjudant commandant, des adjoints, un officier du génie, un d'artillerie,
les administrations, seront pris dans la Navarre. Chaque régiment aura ses deux
pièces de canon; ce qui fera huit pièces pour la division.
2e Division. — 5e léger : quatre bataillons. Deux
bataillons se rendront de Cherbourg à Rennes. Les deux bataillons qui sont à l'armée
d'Aragon rejoindront aussitôt que faire se pourra.
3e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.
105e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à
Rennes.
10e léger : quatre bataillons. Ce régiment se réunira
Rennes; le 4e bataillon s'y rendra lorsqu'il sera formé et habillé.
52e de ligne : deux bataillons d'élite. Ces bataillons
sont à Toulon et rejoindront à Vitoria.
Les régiments auront chacun leurs deux pièces
d'artillerie. Cette division, qui se réunira à Vitoria, sera commandée par le
général Caffarelli. Deux généraux de brigade, un adjudant commandant, les
adjoints, les officiers du génie et d'artillerie, les administrations,
commissaires des guerres y seront pris en Espagne.
La 2e division sera ainsi composée de quatorze
bataillons.
3e Division. — La 3e division se réunira à
Pont-Saint-Esprit. Elle sera composée de la manière suivante :
1er de ligne : quatre bataillons. Les trois premiers
bataillons arrivent à Turin. Le 4e bataillon partira de Marseille aussitôt
qu’il aura reçu ses conscrits.
1er de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à
Turin: les autres partiront de Marseille.
23e léger : quatre bataillons. Deux bataillons sont à
Auxonne aussitôt qu'ils auront reçu leurs conscrits, ils se rendront par eau à
Pont-Saint-Esprit. Les deux autres bataillons, qui sont en Catalogne, se
réuniront aux deux premiers aussitôt que faire se pourra.
101e de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à
Turin ; un bataillon partira de la Spezia.
Cette division sera ainsi composée de seize bataillons.
Un général de division, deux généraux de brigade, un adjudant commandant,
quatre adjoints, des officiers du génie et d'artillerie, des administrations,
des commissaires des guerres, seront nommés pour se rendre à Pont-Saint-Esprit
et être employés dans cette division.
Vous ayant ainsi fait connaître mes intentions, vous
préparerez les ordres de mouvement, mais vous ne les exécuterez que sur mon
approbation.
ARTILLERIE. — L'artillerie des régiments comprendra
vingt-quatre pièces de canon; ce qui sera suffisant pour la guerre d'Espagne.
Soixante pièces de canon seront préparées pour
l'artillerie du corps d'armée; le matériel sera pris à Pampelune, à Burgos, à
Saint-Sébastien, à Madrid; les attelages seront fournis par les dix-huit cadres qui sont à Auch.
Les bataillons d’équipages militaires seront les trois
bataillons qui sont à Pau.
Les compagnies d’artillerie seront fournies par les
compagnies autres que celles destinées pour les corps d'observation de l’Elbe,
du Rhin et de l'Italie. La compagnie du 4e régiment, qui est à Toulon, celle
qui est à Bayonne, pourront être employées au parc.
Le commandant de l'artillerie se rendra à Bayonne pour
organiser cette artillerie.
De ces soixante pièces, rien n'ira avec les divisions,
tout sera tenu en réserve, selon les états qui seront dressés par le bureau de
la guerre.
GÉNIE. — Des caissons avec 6,000 outils attelés se
réuniront à Bayonne.
L'état-major de l’armée du Nord servira pour le corps de
réserve, en officiers d'état-major, administrations, chirurgiens, etc.; il est
donc inutile d’en former.
Je désire que tous les ordres pour ces corps soient
concertés avec le major général, qui a plus de temps pour cela, et qui me
remettra les états plus en règle.
Tout ce qui fait partie du corps d'observation de réserve
doit être indépendant des corps d'observation de l'Elbe, du Rhin et d'Italie,
auxquels rien ne doit être dérangé.
DIVISION ITALIENNE. — Il y aura une division de dix
bataillons italiens formant 8,000 hommes, laquelle se réunira sans délai à Grenoble;
le vice-roi sera chargé de la formation de cette division, et de donner tous
les ordres de mouvement.
Cette division formera la 4e division du corps
d'observation de réserve, qui sera ainsi porté à 40,000 hommes d'infanterie.
Paris, 8 juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au duc d’Istrie qu’avant de faire
évacuer les Asturies par le général Bonet il pense bien à ce qu’il fait; que je
regarde cette mesure en elle-même comme fort mauvaise; que le général Bonet,
occupant Oviedo avec 6,000 hommes, couvre toute la plaine de Valladolid, de
Léon, et menace de se porter en Galice; que sa position est à la fois défensive
pour Valladolid, les montagnes de Santander et de la Biscaye, et offensive
contre la Galice ; que c'est à cette position que j'attribue que les Galiciens
n'ont rien entrepris; qu'ils craignent à chaque instant d'être attaqués par
lui et qu'il n'arrive par ce chemin sur leurs derrières; que, si le général
Bonet évacuait les Asturies, le duc d'Istrie serait obligé de le placer à
Santander; qu'alors il n'aurait fait que découvrir Léon et Valladolid, donner
toute liberté aux insurgés d'inquiéter la plaine et de se porter même sur Astorga
et Benavente; que ce sera un pas rétrograde; que la junte d'Oviedo se reformera
et infestera toutes ces montagnes; que c'est une détestable opération.
Le général Bonet ne devrait évacuer Oviedo que dans le
cas où, momentanément, il serait nécessaire de le réunir pour livrer bataille
aux Anglais; ce serait une absence de quinze jours, après laquelle il devrait
retourner; mais ce cas n'arrivera probablement pas. Les corps se portent
aujourd'hui dans le Midi. Quant aux frontières du Portugal, toute l'artillerie
non attelée, la poudre, les munitions de guerre et tout ce qui est inutile à la
défense de Ciudad-Rodrigo, doivent s'évacuer sur Burgos. Il y a à Salamanque de
l'artillerie et des caissons non attelés qu'il est convenable d'envoyer sur
Burgos; et, si jamais des événements inattendus obligeaient le duc d'Istrie à
évacuer Valladolid, il ne laisserait dans cette place aucun objet d'artillerie.
On m'assure qu'il y a des caissons à Palencia et autres lieux. Ecrivez-lui de
faire évacuer tout cela sur Burgos.
Paris, 9 juin 1811
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Vous ne m'avez proposé aucune récompense pour les
officiers du brick l'Abeille (Le 26 mai 1811, l’Abeille, brick de 20 canons,
commandée par l’enseigne provisoire de Mackau, avait poursuivi dans le canal de
Corse le brick anglais Alacrity, et s'en était emparé après un brillant
combat).
Saint-Cloud, 10 juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez ordre au général Caffarelli de faire
tracer et travailler à construire à Miranda une tête de pont, pour que, dans
tout événement, le passage de l’Èbre soit assuré. Les localités exigent que
cette tête de pont ait l’étendue convenable; mais il sera construit une tour de
deuxième espèce, en maçonnerie, qui servira de garde, de magasin et de réduit
pour la tête de pont. Le ministre de la guerre vous enverra le plan de cette
tour. La tête de pont doit être telle que l’armée soit assurée de toujours
passer tranquillement. Mandez au général Caffarelli qu'il serait convenable de
bâtir quelques tours sur les hauteurs dans les défilés de Vitoria à Irun. Une
dizaine de ces tours, placées sur les sommités, qui donneraient retraite à une
trentaine d'hommes, seraient d'un grand intérêt ; ce seraient des vedettes
qui éclaireraient les hauteurs et nous en tiendraient toujours maîtres. Chacune
de ces tours ne peut pas coûter plus de 10,000 francs. Ce serait de l'argent et
des travaux bien employés.
Saint-Cloud, 10 juin 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de
l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, mandez au général Monthion qu'à la première
nouvelle du mouvement des brigades sur la frontière, il aurait dû faire marcher
sur Bayonne une partie des 31e léger, 114e 115e, 117e, 119e et 120e.
Or ces sept régiments pouvaient offrir chacun au moins trois compagnies de 300
hommes ; ce qui aurait fait une de 2,000 hommes pour la garde de Bayonne.
Donnez ordre à ce général de faire passer la revue des 4e et 5e bataillons au
15 juin, et de vous faire connaître leur situation, le nombre des conscrits
qu’ils ont reçus et de ceux qu'ils doivent recevoir, ainsi que l'état de
l’habillement et armement, afin que j'ordonne la formation d'un régiment provisoire,
qui formera une réserve de 2 ou 3,000 hommes dans ses mains.
Saint-Cloud, l0 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général
Defrance de diriger le régiment de marche de l'armée du Midi de Niort sur
Saintes ; en organiser les escadrons de ce régiment ; d'y faire dans le
personnel tous les changements qu'il croira utiles au bien du service; de faire
monter de préférence les officiers, sous-officiers et cavaliers qui seront le
plus en état de faire la guerre, sans cependant intervertir l'ordre des
régiments en faisant passer d'un cadre à un autre, il fera partir du 15 au 20
juin ce régiment de marche pour Bayonne.
Donnez également l’ordre que le régiment de Portugal soit
dirigé sur Saintes.
Tous les détachements que les corps auront encore à
fournir à ces régiments s'arrêteront aux dépôts de Niort et de Saintes, et à
mesure que les états m'en seront remis, je donnerai des ordres pour en former
des escadrons de marche. Donnez ordre au régiment provisoire et chasseurs et de
hussards de continuer sa route d'Orléans sur Niort, où le général Defranre fera
les mêmes changements en officiers et en hommes, sans cependant prendre dans un
régiment pour placer dans un autre. Ce régiment provisoire sera dissous, et il
en sera formé un régiment de marche organisé de la manière suivante : les
détachements des 5e, 10e, 21e et 27e de chasseurs, 2e et 10e de
hussards appartenant à l'armée du Midi, seront réunis en deux escadrons ;
les détachements du 22e de chasseurs,
du 1e et du 3e de hussards, appartenant à l'armée de
Portugal, formeront deux autres escadrons ; enfin le détachement du 4e de
hussards, appartenant à l'armée d’Aragon, formera un 5e escadron.
Saint-Cloud, 10 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Le 5e bataillon du 102e, qui est à l’île
Sainte-Marguerite, manque de fusils. On se plaint qu'au fort Sainte-Marguerite
les affûts sont pourris.
Saint-Cloud, 10 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre,
à Paris
Il est important, pour parer à tous les événements, de
s’assurer du pont de la Bidassoa. Mon intention, en conséquence, est qu'il soit
construit une tête de pont et, pour réduit à cette tête de pont, une tour de deuxième
espèce capable de contenir un corps de garde et un magasin. Par ce moyen, la
tête de pont sera gardée et le pont en sûreté. Faites tracer cette tête de pont
et travailler à cette tour, qui doivent être entièrement armées au ler
septembre. J'ordonne également que l’on construise une tête de pont sur l’Èbre,
à Miranda.
Vous enverrez au major général le plan de ces tours.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Donnez ordre qu'au 1er juillet les 1er et 2e bataillons
d'élite des 19e, 46e, 4e, 72e et 123e soient
annulés. Les grenadiers et voltigeurs rentreront dans leurs bataillons. Ces
compagnies seront maintenues à leur complet de 140 hommes comme les autres. Le
surplus rentrera dans les basses compagnies. Vous ordonnerez, à cet effet, que les
quatre compagnies des 6e bataillons du 19e et du 46e et que les compagnies des
4e bataillons du 72e, du 123e et du 4e qui sont à leur dépôt, en partent au 1er
juillet pour se rendre au camp de Boulogne, où elles rejoindront leur régiment.
Chaque bataillon reprendra ses grenadiers et voltigeurs; de sorte que le 19e de
ligne sera composé de 1,800 hommes, actuellement existant à Boulogne, et de
1,200 hommes, qui se réuniront avec le 6e bataillon; ce qui fera 3,000 hommes,
ou les 1er, 2e, 3e et 4e bataillons à 750 hommes chacun.
Le 46e sera composé des 1,540 hommes actuellement
existant et des 1,200 qu'amènera le 6e bataillon; ce qui fera 2,800hommes ou 700
hommes par bataillon.
Le 79e sera composé des 2,100 hommes qui existent
actuellement et des 700 qui arriveront du dépôt avec le 4e bataillon ; ce qui
fera 800 hommes.
Le 4e régiment sera composé des 2,100 hommes existant à
Boulogne et des 800 venant du dépôt; ce qui fera 3,000 hommes ou 750 hommes par
bataillon.
Enfin le 123e fera partir de son dépôt tout ce qu'il a de
disponible, de manière que les quatre bataillons aient au moins 650 hommes pour
le total du régiment.
Tous les bataillons seront tiercés (aux compagnies
d'élite près), de manière que les anciens soldats soient mêlés également dans
les bataillons.
Vous donnerez également l’ordre aux 3e et 4e bataillons
du 44e, au 4e bataillon du 51e ainsi qu'aux 4e bataillons du 55e et du 36e
complétés chacun à 800 hommes, de se rendre au camp de Boulogne. Les
bataillons des 36e, 51e et 55e seront mis sous les ordres d'un major
en second, pour en former une espèce de régiment sous les rapports des
manœuvres et de la discipline; mais ces bataillons continueront d'appartenir à
leur régiment pour la comptabilité.
Il y aura donc au camp de Boulogne vingt-cinq bataillons,
faisant 16 à 18,000 hommes, qui seront campés, exercés et mis dans le meilleur
état.
Vous donnerez ordre que tout ce qu'il y a de disponible
au 24e d’infanterie légère soit placé dans le 4e, de manière à
compléter ce bataillon à 800 hommes. Le 5e bataillon enverra également 500 hommes,
au 1er juillet, pour être distribués entre les trois premiers bataillons qui,
étant à 1,840 hommes, seront portés à 2,340, et le 4e bataillon sera porté à
750 hommes. Ce 4e bataillon, jusqu'à nouvel ordre, restera à Metz. Par ce
moyen, ce régiment aura plus de 3,000 hommes et les quatre bataillons prêts à
marcher.
Quant au 26e, le dépôt enverra 300 hommes pour renforcer
les trois premiers bataillons; ce qui portera ces trois premiers bataillons à
2,300 hommes; il restera 750 hommes pour le 4e bataillon, qui se rendra
également à Anvers. Ce régiment aura donc quatre bataillons sous les armes et
2,000 hommes. Le tiercement s'y opérera de manière à mettre égalité entre les
bataillons.
Donnez ordre que les 156 hommes des Pyrénées-Orientales
qui sont dans le 3e de ligne passent à Metz au 26e d'infanterie légère, et que,
en place, le 20e d'infanterie légère donne 156 hommes des Ardennes au 23e
léger.
Donnez ordre que les 3e et 4e bataillons du 23e léger
soient complétés au moins à 700 hommes et prêts à partir au 1er juillet. Faite
passer la revue par le commandant de la 18e division militaire au 18 juin, afin
de connaître quand ces deux bataillons pourront se mettre en marche.
Hollande. — Le bataillon d'élite du 2e régiment de ligne sera
dissous au 1er juillet. Donnez l’ordre que les quatre compagnies du 6e
bataillon partent de Besançon avec 1,000 hommes ; ce qui, avec les 2,000 hommes
qui sont en Hollande, complétera les quatre bataillons à 750 hommes, les
grenadiers et les voltigeurs rentrant dan leur bataillon.
La même opération sera faite au 37e : le 6e bataillon
partira 4e Besançon également avec 1,000 hommes et portera les quatre bataillons
de ce régiment à 3,000 hommes.
Même opération sera faite au 56e : le 6e bataillon
partira avec 1,000 hommes et portera les quatre bataillons de ce régiment qui
se rendront au camp d'Utrecht à 3,000 hommes.
Même opération au 18e de ligne, qui se rendra au camp
d'Utrecht: le 4e bataillon partira avec 1,000 hommes, se réunira à ce qui est à
La Haye et formera quatre bataillons de 3,000 hommes.
Vous ferez la même chose pour le 93e : le 6e bataillon
partira de Besançon avec 1,000 hommes.
Ici comme pour le camp de Boulogne, chacun des quatre
bataillons aura ses compagnies d'élite, qui seront toutes réduites au complet
des basses compagnies, c'est-à-dire à 140 hommes.
Les 124e, 125e et 126e éprouveront le même changement :
les bataillons d'élite seront dissous et les quatre bataillons de chaque
régiment seront au camp d'Utrecht à peu près de la force de 3,000 hommes.
Brest. — Vous donnerez ordre que le dépôt du 3e régiment
de ligne, qui est à Strasbourg, fasse partir 1,200 hommes pour le camp de
Brest, afin de compléter les 1er, 2e et 3e bataillons du 3e de ligne à 500
hommes, le bataillon d'élite n'étant plus au régiment et se trouvant parti pour
l'Espagne.
Vous donnerez le même ordre pour le 105e, qui fera partir
900 hommes pour les trois premiers bataillons.
Enfin le 4e bataillon du 10e léger, qui est à
Schelestadt, partira avec 1,000 hommes, afin d'avoir quatre bataillons du 10e à
Brest, chacun fort de 750 hommes. Le camp de Brest sera alors composé de dix
bataillons, formant 6,000 hommes.
Italie. — Les bataillons d'élite d'Italie seront tous
supprimés au 1er juillet. Les compagnies rentreront dans les bataillons et
auront le même effectif que les autres compagnies.
Les 5e bataillons fourniront tout ce qu'ils ont de
disponible aux 4e bataillons, de manière que les quatre premiers bataillons du
9e de ligne, les quatre du 13e, les quatre du 35e, les quatre du 53e, du 84e,
du 92e, du 106e, du 29e et du 112e forment trente-six bataillons, chacun
complété de 750 à 800 hommes.
P. S. J'ai ordonné que les mouvements s'opéreraient au 1er
juillet; cependant, comme il est possible qu'il manque des habits et autres effets
aux conscrits, vous donnerez en conséquence l'ordre aux dépôts de faire partir
au 1er juillet ce qui serait bien armé, équipé et arrivé au régiment depuis
vingt jours, et au 15 juillet le reste. Les généraux commandant les divisions
militaires qui passeront la revue de ces dépôts vous enverront à l'avance
l'état de ce qui doit partir au 1er et au 15 juillet, de sorte qu'au 1er août
les camps de Boulogne, d'Utrecht, tout soit conformément à ma lettre.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Donnez ordre qu'au 1er juillet les 4e bataillons des 114e,
113e, 116e, 117e, 118e, 119e, 120e, 121e,
122e de ligne et 31e léger réunissent à Bayonne; ce qui fera dix 4e bataillons;
qu'à cet effet les 5e bataillons de dépôt fournissent à ces
bataillons tout ce qu’ils ont de disponible, de manière à les porter à 800
hommes. Mandez sur-le-champ qu'une revue soit passée de ces 4e bataillons, afin
de connaître quelle sera leur force au 1er juillet et ce qui pourrait manquer.
Le nombre d'hommes nécessaire pour les compléter 1,840 hommes chacun sera pris
sur l'appel de la réserve et dirigé directement sur Bayonne. Le cadre du 4e
bataillon du 121e a eu ordre de se rendre à l'île de Ré : c'est une mauvaise
mesure. Le 5e bataillons de ce régiment est en Navarre, et il y a au dépôt 500
hommes environ; il est donc nécessaire de donner contre-ordre à ce 4e bataillon
et de le faire revenir à son dépôt pour prendre ces 500 hommes au 1e juillet;
et, lorsque tous ces hommes seront exercés ou bien équipés, il se rendra à
Rayonne.
Les cadres des 4e bataillons des 14e, 27e, 39e, 59e, 69e,
76e de ligne et 17e d'infanterie légère, 28e, 34e, 65e, 75e et 86e
de ligne ont ordre de rentrer en France. Ils arrivent à Bayonne du 15 au 20
juin. Les cadres des 4e bataillons des 19e, 25e et 46e de ligne, 15e et 32e
d'infanterie légère rentrent également. Les cadres des 19e, 25e et 16e
continueront leur route pour le dépôt. Ces régiments n'ayant rien de commun
avec l'Espagne, ces cadres ne doivent plus retourner en Espagne. Il en est de
même du cadre du 15e d’infanterie légère : il faut lui faire continuer sa route
sur Paris. Celui du 32e doit être dirigé sur Toulon, où il pourra prendre des conscrits
réfractaires au fort Lamalgue.
Restent donc douze cadres rentrant d'Espagne, qui, avec
les dix qui de l'intérieur doivent se rendre à Bayonne, font vingt-deux 4e
bataillons.
Mon intention est que ces vingt-deux bataillons soient tous
campés dans les baraques de bois que j'ai fait établir en avant de la ville ;
que l'inspection en soit passée pour compléter les cadres des officiers, sous -
officiers, caporaux et tambours, remplacer les officiers et sous-officiers hors
de service, et compléter tous ces cadres à 800 hommes: ce qui fera pour l’armée
d'Espagne une réserve de 16 à 18,000 hommes.
Je désire que vous envoyiez à Bayonne quatre colonels en
second pour se partager le détail de la surveillance et l'organisation de ces
bataillons.
L'un commandera les bataillons du 14e, du 114e, du 115e,
du 116e, du 117e et du 121e, appartenant à l'armée d'Aragon;
Le second commandera le 118e, le 119e, les 120e et 122e,
appartenant à l'armée du Nord;
Le troisième commandera le 17e et le 31e léger, le 27e,
le 29e, le 59e, le 69e, le 76e, le 65e et le 86e, appartenant à
l'armée du Portugal ;
Enfin le quatrième commandera le 34e, le 28e et le 75e,
appartenant aux armées du Centre et du Midi.
Ces quatre colonels en second réuniront successivement
sous leur commandement tous les 3e et 4e bataillons qui arriveront d'Espagne en
conséquence des ordres donnés, et qui appartiendront aux armées d'Aragon, du Nord,
de Portugal, du Centre et du Midi. Vous donnerez à chaque colonel en second un
major en second pour aide, lorsque son commandement comprendra plus de quatre
bataillons. Cela formera quatre brigades, qui s'appelleront brigades des 4e bataillons
de l'armée d'Aragon, de l'armée du Nord, de l'armée de Portugal, des armées du
Centre et du Midi.
Le général Monthion commandera cette réserve et en
passera fréquemment la revue.
Us bataillons des 114e, 115e, 116e, 117e, 118e
119e, 120e, 121e, 122e de ligne et 31e léger se mettront en marche de leurs
dépôts respectifs au 1er juillet.
Le dépôt du 122e fera partir sur-le-champ de Vendôme tout
ce qu'il a de disponible pour la Rochelle, où cela complétera le 4e bataillon.
Les 400 hommes du 2e léger seront incorporés dans le
cadre du 17e léger, qui arrive à Bayonne.
II faudrait sans délai faire partir des dépôts des 14e,
27e, 39e, 59e, 69e, 76e de ligne, 17e léger, 28e, 34e, 65e,
75e et 86e de ligne tout ce qu'il y a de disponible, pour être incorporé dans
lesdits 4e bataillons.
Les cadres du 2e d'infanterie légère sont arrivés à Paris
; il faudra les compléter, afin que ces bataillons, avec le 5e bataillon du 32e,
le 5e du 58e et le 5e du 12e léger, puissent former une brigade de 3 à 4,000
hommes à diriger sur l'Espagne. On a l'avantage d'avoir ces troupes sous les
yeux à Paris et de pouvoir facilement les armer et les équiper.
Je remarque que, dans les bataillons de marche du Midi et
Portugal, le 28e a 137 hommes, le 34e, 62, le 75e 66, le 14e 65, le
39e 76 et le 65e 150. Donnez ordre que ces deux bataillons partent le 15 juin
d'Orléans, et que, arrivés à Bayonne, tous les détachements qui appartiennent
aux 4e bataillons réunis dans cette ville y soient incorporés. On fera alors du
reste un bataillon de marche.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
J'ai fait faire une grande quantité d'outils, mon
intention étant d’en donner aux corps. II me parait convenable de commencer par
le 24e léger. Vous donnerez ordre que les caporaux de ce régiment aient des
haches ; ils remettront leurs briquets et on leur donnera des haches en
échange.
Faites également donner des haches et des pics à boyau au
bataillon de marche de la Garde qui part cette semaine pour l'Espagne ; on
leur donnera moitié haches et moitié pics à hoyau. Il serait nécessaire que
vous fissiez faire un petit règlement là-dessus. On obtiendra de la troupe
qu'elle porte des haches et des pics à boyau; il n'y a que les pelles qui
paraissent embarrassantes. On fera sentir dans l’instruction que vous ferez
faire que la hache est une arme plus défensive que le sabre, et que cet outil
peut servir en outre à faire des abatis et à aider aux fortifications, de même
que les pics à boyau. En général, mon intention serait d'en donner à tous les
caporaux de l’armée.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de
l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du
8. Je ne veux pas désorganiser le 2e bataillon d'équipages militaires. Les conscrits
de la réserve ne doivent pas tarder à être levés; il faut donc suivre
ponctuellement ce que disent les décrets. Je vois que vous n'aurez 1,000 mulets
que dans le mois d'août; il faudrait faire en sorte qu'ils soient rendus avant
le 10 août à Bayonne. Je vois par l'état que vous me remettez que les 3e,
4e et 13e bataillons des équipages militaires n'ont que 600 hommes; les
conscrits que ces bataillons ont à recevoir doivent leur être bientôt donnés;
il faut donc que les chevaux soient promptement fournis à ces bataillons. Je
vois avec peine que tout cela tardera beaucoup. On m'écrit de Pau que l'on ne
répare point les harnais ; que ce dépôt ne respire pas l'activité. Donnez une
forte impulsion à tout cela. Tâchez d'avoir les mulets avant le 1er août, afin
qu'ils puissent être à Burgos avant le 1e septembre.
Quant à l'objet de votre seconde lettre du 8, j'approuve
que le matériel destiné au 12e bataillon soit conduit par des chevaux du 2e
bataillon jusqu'à six marches de Commercy, de sorte que, partant le 13, ces
détachements seront rentrés le 25 à Commercy, et que le 2e bataillon aura, le
25, ses 150 voitures en état de marcher et prêtes à se porter sur le point où
je voudrai les diriger. Le 9e bataillon qui est à Plaisance, les trois
compagnies du 12e bataillon qui sont à Strasbourg, sont dans le même cas. Vous
en ferez passer la revue, et, sur le compte que vous me rendrez, je vous
donnerai probablement l’ordre d'envoyer les compagnies du 12e au corps d'observation
de l'Elbe.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de
l’administration de la guerre, à Paris
Je reçois votre lettre du 10 juin. J'approuve que vous
ordonniez un achat de 600 chevaux pour le 2e régiment de lanciers polonais qui
se réunit à Sedan. Il n'a que 300 hommes; il en aura 6 ou 700 bientôt. Vous
pouvez lui fournir des selles et des brides, de celles que vous faites faire à
Paris.
Je désire que vous donniez ordre au 11e chasseurs qui est
à Verdun, et ainsi voisin de Sedan, de fournir 30 chevaux au 1er régiment de
lanciers. Ces chevaux seront fournis tout équipés; il faut que ce soit de bons
chevaux, pouvant entrer sur-le-champ en campagne, et des équipements neufs.
Cette remise sera faite avant le 20 juin, afin que ces détachements puissent
partir le 20 de Niort, avec le 1er régiment de marche qui partira pour se
rendre en Andalousie. Le 5e de hussards, qui est également voisin, lui en
donnera 30 autres ; ce qui, avec ce qu'il y a au dépôt, formera un détachement
de 120 hommes montés.
Vous porterez pour la quatrième commande, lorsqu'elle
aura lieu, ces régiments (les 11e et 12e de chasseurs et le 5e de hussards),
afin de leur remplacer leurs 30 chevaux.
Cette opération faite, vous donnerez ordre au dépôt du
1er régiment de lanciers de se rendre à Niort. Vous me proposerez de le placer
dans un endroit voisin, entre Niort et Bordeaux, où le fourrage soit à bon
marché et où il soit à même de recevoir les homme à pied et de les monter.
Aussitôt que vous aurez des nouvelles de l'arrivée
d'hommes démontés, de lanciers, etc., en France, vous me demanderez un crédit
pour acheter des chevaux, afin que ces régiments soient toujours en bon état.
Saint-Cloud, 11 juin 1811
Au comte de Ségur, grand maître des cérémonies, à Paris
Monsieur le Comte de Ségur, je ne puis qu'être mécontent
de ce que vous avez laissé entrer à l'audience diplomatique un grand nombre de
Français qui se sont présentés comme Espagnols. Je ne le voie que par la liste
destinée pour le Moniteur. Faites connaître au chargé d'affaires
d'Espagne combien cela est inconvenant. J'espère que cela n'arrivera plus.
Saint-Cloud, 12 juin 1811
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures,
à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, j'ai formé un second régiment
de lanciers polonais qui se réunit à Sedan, dont les officiers, sous-officiers
et soldats sont polonais. Ce régiment n'a que 300 hommes; je désire le porter à
1,000 hommes.
Écrivez au baron Bourgoing pour qu'il demande à la cour
de Saxe que chaque régiment de cavalerie du Grand-Duché fournisse 50 hommes démontés,
pris parmi les meilleurs sujets, de belle taille et tous Polonais. Ces 800
hommes seront dirigés sur le dépôt de Sedan, où ils seront montés et armés
sur-le-champ; et l’on aura ainsi un bon régiment de cavalerie, sans affaiblir
le Grand-Duché, qui n'a pu suffisamment de chevaux.
Saint-Cloud, 12 juin 1811
Au gén´ral Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Mandez au maréchal Macdonald qu'il serait bien important
que, sans exposer le blocus de Figuières, il pût, avec un corps de 5 ou 6,000
hommes, auquel il pourrait même joindre l'escadron du 20e qui est à Mont-Juif,
se porter sur Barcelone pour battre la campagne, se porter sur Vich, détruire
les rassemblements qui se forment là, se porter sur le Montserrat pour le
prendre, ou, s'il ne juge pas prudent de l'attaquer, au moins le menacer et
faire une diversion en faveur de Tarragone; mais que le principal est de bien
garder le blocus de Figuières; que je m'en rapporte à lui pour cet objet; que
je suppose qu'il a fait rembarquer les Anglais qui avaient un moment débarqué.
Saint-Cloud, 12 juin 1811
Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de
l’administration de la guerre, à Paris
Monsieur le Comte de Cessac, j'ai accordé aux cinq
régiments de dragons qui sont en Italie, et dont les dépôts sont dans la 6e
division militaire, 900 hommes à prendre sur tous les dépôts des régiments de
dragons employés en Espagne, et je leur ai accordé 500 chevaux sur la première
commande, 400 sur la deuxième et 200 sur la troisième; total, 1,100 chevaux.
Je désirerais qu'une partie de ces 1,100 chevaux fût dirigée sur le dépôt de
Saintes, où ils seraient distribués aux dragons à pied qui arrivent de tous
côtés à Saintes. La moitié de ces chevaux pourrait être envoyée sans selles. Je
suppose que les 500 chevaux de la première commande sont déjà rendus dans la 6e
division militaire; il ne s'agit donc, sur ces 500 chevaux, que d'en faire
partir 400, qui seront conduits par 200 hommes et livrés au général Defrance, à
Saintes. Quant aux deuxième et troisième commandes, qui font un total de 600
chevaux, je ne sais pas s'il y en a déjà de fournis et s'il serait possible de
les détourner en chemin; il faudrait savoir où se font les achats. Si l’on
pouvait ainsi prendre 1,000 chevaux, on ordonnerait après cela d'autres
remontes en remplacement pour ces cinq régiments. Je suppose qu'indépendamment
de ces 1,000 chevaux déjà ordonnés, et dont vous avez passé le marché pour le
dépôt de Saintes, il en faudra d'ici à
un mois l,000 autres, vu le grand nombre de dragons à pied. Je préfèrerais donc,
comme avance, prendre les 1,000 chevaux de ces cinq régiments. Cela serait
d'autant plus avantageux que les hommes n'y sont pas encore arrivés. On pourrait
faire la même chose pour les régiments de cavalerie légère qui sont en Italie
et qui ont leur dépôt dans la 6e division militaire. Je leur ai accordé 383
conscrits sur la réserve qui n'est pas encore levée et 1,156 chevaux, savoir :
570 sur la première commande, 570 sur la deuxième et 16 sur la troisième; sur
ces 1,156 chevaux on pourrait en prendre 500 que l’on dirigerait également sur
le dépôt de Niort; ce qui, avec les 1,000 chevaux que vous devez déjà avoir
commandés pour ce dépôt, ferait 1,500 chevaux. Je suis fondé à penser qu'avant
un mois il arrivera suffisamment d'hommes à pied à ce dépôt pour monter ces
1,500 chevaux. Ce serait alors une augmentation de 500 chevaux à faire sur les
remontes suivantes pour ces cinq régiments.
Par les derniers états de situation que j'ai eus du major
général, on connaissait déjà 1,100 dragons qui étaient en marche et seront arrivés
dans le courant de juin au dépôt de Saintes ; on n'avait pas encore l'état de
ceux de l'armée de Portugal, qu'on suppose s'élever au nombre de 900. D'un
autre côté, il y avait déjà 500 hommes de cavalerie légère arrivés, et avant la
mi-juillet on pouvait s'attendre à 1,000 autres.
Je désire que vous me présentiez un état qui me fasse
bien connaître la situation des remontes de la cavalerie d'Espagne et mes
ressources. Cet état doit comprendre : 1° ce que les dépôts avaient reçu avant
octobre; 2° la distribution des 3,000 chevaux accordés par mon décret du 18
octobre; 3° la distribution des 3,000 chevaux accordés par mon décret du 3
mars; 4° la distribution des 2,000 chevaux accordés par mon décret du 7 mai
pour la remonte des dépôts de Niort et de Saintes, et enfin celle des 1,500
chevaux pris aux dépôts d'Italie, dans la 6e division; et, comme aucuns chevaux
ne sont entrés en Espagne, cela devrait donc me présenter dans le courant de l’été
près de 10,000 chevaux.
Je vois également que les 3e, 4e et 13e
bataillons d'équipages ont à Pau, avec le dépôt des hommes isolés, plus de 700 hommes;
on pourrait donc organiser sans délai les trois compagnies de voiture. Les
caissons existent à Pau. Il faudrait pour cela 750 chevaux. Je pense qu'il
serait convenable d'y envoyer 300 chevaux des 600 du 6e qui est à Metz, et 300
du 7e qui est à Nancy. Faites-moi connaître si ces chevaux sont achetés, où ils
doivent être et comment on pourrait envoyer sans délai, sur les marchés déjà
faits, 600 chevaux à Pau. Par ce moyen, ces trois bataillons auraient l,300
mulets et 600 chevaux ; ils pourraient au 15 août entrer en Espagne, faire
leur service et être d'un grand secours.
Faîtes-moi un prompt rapport sur ces différents projets.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris
Mon Fils, il est nécessaire qu'un corps de réserve de dix
bataillons avec deux compagnies d'artillerie et une compagnie de sapeurs, un général
de division et deux généraux de brigade, soit sans délai à Grenoble.
Proposez-moi la formation de cette division qui est destinée à former une réserve,
où sont déjà quarante bataillons français, pour l'armée d'Espagne.
Saint-Cloud, 13 juin 1811.
Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris
Pourquoi ne travaille-t-on pas à la machine de Marly ni
au pont de Maisons. On travaille faiblement au pont de Sèvres.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte Mollien, faites remettre au roi
d'Espagne un million sur la caisse de service. Cette somme sera régularisée
plus tard.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Monsieur le Duc de Feltre, il sera nécessaire de faire
construire des baraques ou espèces de granges en bois sur la dune qui domine le
Helder. L'eau, dit-on, y est meilleure, l'air plus vif, et l’on espère que les
soldats se maintiendront là en santé. Demandez au général de division un
rapport sur les troupes qu'il doit laisser au Helder. Je désire qu'au 15
juillet il n'y laisse que le tiers des troupes, campées comme je viens de le
dire, et que le reste soit embarqué sur les vaisseaux de guerre.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Je désire que vous fassiez une lettre au Transport-Office
pour demander le retour de tous les prisonniers, qui sont en Angleterre
provenant de la capitulation de Bailén, de l'armée de Dupont. Faîtes un
raisonnement pour prouver combien cela est juste.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à
Paris
Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous me fassiez
un rapport sur le port d'Ostende. Il me parait important, s'il est possible,
d'entreprendre quelques travaux pour qu'une frégate, ou même un vaisseau de
guerre, qui ne pourrait pas entrer dans l’Escaut, pût entrer à la haute mer
dans Ostende et y trouver refuge. S'il ne fallait que deux à trois millions pour
obtenir un tel résultat, mon intention serait de faire entreprendre ce travail
sans délai, car il n’y a pas de doute que dans l'espace de dix ans ce port nous
sauverait plusieurs vaisseaux de guerre.
Je désire aussi que vous ne perdiez pas de vue le Havre.
Il serait très possible que des vaisseaux qui seraient devant Cherbourg ne
pussent pas regagner cette rade et fussent obligés de se réfugier au Havre.
Dans ce cas, il faudrait qu'il leur fut possible d'entrer dans le bassin. Ce n'est
pas le courant d'eau qui ferait obstacle, puisque le vaisseau se déchargerait
pour entrer, c'est la largeur de l'écluse; mais je crois que pour en rendre
l'ouverture suffisante il y aurait peu de chose à faire. Faites-moi un rapport
sur ces deux projets t qui m’intéressent beaucoup.
Saint-Cloud, 13 juin 1811.
INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE ATTHALIN, OFFICIER
D'ORDONNANCE DE L'EMPEREUR , A PARIS.
Monsieur le capitaine Atthalin partira sans délai pour se
rendre à Boulogne, d'où il enverra son premier rapport.
Il verra à Boulogne la situation des troupes qui s'y
trouvent, l'état de leur habillement, de leur armement, combien il y a de
malades, comment elles sont campées.
Il visitera les fortifications et me rendra compte de
l'état où il les aura trouvées, fort par fort.
Il visitera l'arsenal de la marine, la flottille. Il me
fera connaître combien il y a de bâtiments en embossage. Il entrera dans des
détails sur la situation de la flottille, si elle pourrait tenir la mer et ce
qu'il faudrait pour la mettre en état.
De là il ira à Calais, à Dunkerque et Ostende. Il
séjournera un jour dans chacun de ces ports. Il rendra compte de l'effet des
écluses de chasse de Dunkerque, d'Ostende, si elles ont beaucoup approfondi les
passes, et n'omettra rien de ce qui pourra m'intéresser.
De là il se rendra par Blankenberghe à l'Écluse, d'où il
enverra une note sur les travaux qu'on fait à cette place.
II suivra la route nouvellement faite de l'Écluse à
Breskens, où il passera deux jours. Il verra le fort Impérial, le fort
Napoléon, le fort du Milieu. Il rédigera là un rapport, non seulement sur les
fortifications et l'artillerie, mais sur la situation des troupes, sur les
détails de toute espèce, sur les maladies, enfin sur tout ce qui peut mériter
mon attention.
Il ira à bord de l'escadre; il prendra note des sorties.
II passera ensuite à Flessingue. Il restera douze jours
dans l'Ile de Walcheren, et me fera un long rapport sur le campement du régiment
de conscrits réfractaires de Walcheren et des autres troupes qui se trouvent
dans cette île, sur l'esprit qui anime ces conscrits, sur les hôpitaux ; il
donnera ses idées sur le cas qu'on peut faire de ces jeunes gens. Il parlera en
détail dans ses rapports des travaux du génie, des travaux maritimes, du
bassin, de l'écluse, du magasin général et de tous les autres travaux
entrepris. Il instruira de tout ce qui partira de l'île et y arrivera.
Le douzième jour il partira pour l'île de Schouwen. Il
fera un rapport pareil sur les troupes qui sont dans cette île, sur l'instruction
et la tournure des conscrits réfractaires. Il se fera rendre compte des
mouvements des flottilles qui sont aux ordres des commandants des îles, et
verra si tout se fait comme je l'ai ordonné.
Il ira visiter l'île de Goerce et la place de Willemstad.
Il fera sur ces deux points les mêmes observations que dans les autres lieux
qu'il aura visités.
Il ira de là à Hellevoetsluis, à Brielle et au Helder.
Il restera quatre jours au Helder, qu'il visitera en
détail. Il verra l'escadre hollandaise. Il visitera les passes du Zuiderzee,
les travaux qu'on fait dans l'île du Texel. II restera une dizaine de jours dans
ces parages, soit à bord de l'escadre de l'amiral Dewinter, soit au Helder,
soit à Medemblik, pour visiter les chantiers et reconnaître si les vaisseaux en
construction sont poussés avec activité. Il rendra compte de ce qu'il aura
observé sur les équipages, sur les garnisons, sur les officiers, les travaux,
et, là comme partout ailleurs, sur ce qui est susceptible de m'intéresser.
Il verra les îles et les passes par où l'on peut s'introduire
dans le Zuiderzee.
Après avoir rempli sa mission de ce côté, il ira à
Harlingen, et, en longeant la côte, jusqu'à Groningen; il parlera dans son
rapport de l'état des batteries de côte.
Il visitera la baie de Delft, l'embouchure de la Jahde,
celle du Weser, à Cuxhaven.
M. Atthalin écrira tous les jours, de toutes les postes,
longuement et avec détail. Il nommera les commandants des places et îles qu’il visitera,
fera connaître leur âge, leur capacité. Il fera mention des douanes, de ce qui
concerne la contrebande, etc.
Le terme de sa mission sera Hambourg. Il prendra
connaissance du projet de fortifications qu'on propose pour cette place et soumettra
ses idées. Il passera cinq ou six jours à Hambourg, il enverra de là un rapport
sur la situation de l’armée, sur la cavalerie, l'infanterie, l'artillerie, le
train, les équipages militaires, et sur ce qu'il peut être important que je
connaisse.
Il ira visiter Lubeck et me rendra compte de tout ce
qu'il y aura vu.
Il attendra à Hambourg de nouveaux ordres.
Saint-Cloud, 13 juin 1811
Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’Empereur,
à Paris
Monsieur l'Officier d'ordonnance d'Hautpoul, vous partirez
demain pour remplir la mission qui est tracée dans l'instruction ci-jointe.
INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE D'HAUTPOUL.
Saint-Cloud, 13 juin 1811.
M. l’officier d'ordonnance d'Hautpoul se rendra à la
Rochelle et de là à l’île de Ré. Il visitera ces deux points. Ci-joint est la
note des cadres envoyés à l'île de Ré pour recevoir des conscrits réfractaires.
M. le capitaine d'Hautpoul enverra un rapport détaillé de la situation du régiment
de l'île de Ré, sur l'habillement et l'armement, sur l'espèce d'hommes, sur
l'esprit qui anime ce régiment, sur les officiers, sur le nombre d'hommes
fournis aux cadres des compagnies envoyées à l'île de Ré, et sur la situation
de ces compagnies. Il verra manœuvrer les troupes, visitera l'hôpital et
prendra note de tout ce qui peut m'intéresser.
Il rendra compte de l'état de l'armement de la place de
la Rochelle, des batteries de côtes et de l'armement de l’île de Ré.
Après avoir séjourné deux jours dans l'île de Ré, il
passera à l'île d'Aix, où il inspectera l'artillerie. Il ira voir la batterie
d'Énette et m'enverra un rapport détaillé de tout ce qu'il aura observé dans
cette inspection.
Il ira à bord de l'escadre en rade. Il verra si elle fait
les manœuvres convenables, si les conscrits s'exercent et dans quelle situation
sont les bataillons de marins qui montent les vaisseaux.
De l’île d'Aix il ira à l'île d'Oléron ; il visitera la
batterie des Saumonards et rendra compte de l'état de défense de cette île.
Il se transportera au dépôt de Niort. Ci-joint est un résumé
des ordres que j'ai donnés concernant ce dépôt et ceux de Saintes, d'Auch et de
Pau. M. le capitaine d'Hautpoul vérifiera si ces ordres sont exécutés, et fera
un rapport sur la situation du dépôt de Niort, sur l'habillement, l'armement,
l'équipement, les remontes, sur l'esprit des soldats, sur les officiers et sur
l'époque où les différents corps seront en état d'entrer en campagne.
Il fera les mêmes observations au dépôt de Saintes.
Lorsque sa mission sera terminée dans ces deux dépôts de
cavalerie, il se rendra à Auch, où il passera trois jours. Il enverra de là un
rapport détaillé sur la situation des bataillons du train d'artillerie, sur les
chevaux, harnais, et sur ce qu'on peut tirer de ce dépôt en état de faire la
guerre.
De là il ira à Pau, où il fera le même rapport sur les
équipages militaires.
Enfin il ira à Bayonne; il visitera l'artillerie en
détail, les affûts, les caissons, et verra comment on les répare. Il visitera
les manutentions, les magasins de vivres et de munitions, les baraques, où les
troupes qui y sont campées.
Il ira voir le tracé de la tête de pont de la Bidassoa et
le lieu où l’on a le projet de placer la tour.
Il aura soin de mander tout ce qu'il apprendrait sur ce
qui se passe en Espagne.
Après avoir passé à Bayonne quinze jours qu'il emploiera
a tout voir et a s’instruire de tout, M. d'Hautpoul reviendra par Pau et Auch, pour
voir les progrès qu'ont faits
ces dépôts depuis son passage.
Il ira visiter le dépôt de Toulouse.
Il repassera par les dépôts de Saintes et Niort, pour
constater les progrès de ces dépôts.
M. d'Hautpoul écrira tous les jours, longuement, et
n'omettra rien de ce qui peut mériter l'attention.
Saint-Cloud, 14 juin 1811
NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
L'Empereur remarque, dans l'exposé , fait par son
ministre de l'intérieur, de la situation de l'Empire, qu'à l'article des fonds
spéciaux il ne suffit pas de parler des 750,000 francs destinés aux travaux de
Flessingue, qu'il faut encore comprendre les deux ou trois millions de fonds
spéciaux destinés aux travaux de Cherbourg et d'Ostende.
Sa Majesté remarque encore que les divisions et l'emploi
des vingt-deux millions qui forment le budget du génie militaire demandent de
nouveaux développements. Ces vingt-deux millions n'ont pas une destination
uniforme; une partie des fonds est destinée à l'entretien des places, une autre
partie est destinée aux achats de terrains et constructions nouvelles. Il
convient que ces détails soient présentés succinctement et fidèlement.
Dans
les travaux publics qui sont sous la direction immédiate du ministère de
l'intérieur, c'est moins l'origine détaillée des fonds qu’il faut présenter que
leur emploi. Il faut énumérer les travaux faits sur l'Escaut, le Texel et sur
les côtes de l'Océan et de la Méditerranée, à Alexandrie, etc., rappeler tous
les fonds qui y sont destinés, indépendamment de quatre millions fournis par le
trésor d'Italie pour un semblable emploi.
Dans l’énumération des travaux qui intéressent la marine,
il faut parler des ouvrages faits aux ports d'Anvers, Flessingue, Terneuse,
Cherbourg, Brest, Toulon, la Spezia, Cività-Vecchia, et des fonds fournis pour ces
ouvrages par le trésor de l’Empire, indépendamment des fonds que fournit aussi
le royaume d'Italie. C'est surtout le résultat de l'emploi de ces fonds qu'il
faut indiquer, en distinguant dans tous les travaux dont le compte est présenté
ceux qui ont eu pour objet l'embellissement de Paris et tous les nouveaux
établissements d'utilité publique, soit dans la capitale, soit ailleurs.
Soixante-huit millions, de toute origine, ayant été
destinés aux travaux des ponts et chaussées, il est convenable d'en bien faire
connaître l'emploi par le résultat et la nature des travaux.
Suivre la même marche dans l'analyse des travaux de
Paris, en faisant connaître l'emploi des vingt militons qui y ont été affectés.
Idem pour les sommes assignées aux travaux de la seconde
section.
Sa Majesté ne croit pas qu'il ait été dépensé onze
millions en seuls travaux d'architecture et d'embellissement dans ses palais.
Cette somme doit aussi comprendre une partie du mobilier nouveau que Sa Majesté
a fait préparer pour ses palais.
Saint-Cloud, 14 juin 1811.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Il serait nécessaire de se servir des généraux, officiers
supérieurs et ordinaires qui sont en Espagne pour former l'état-major de
l'artillerie du corps d'observation de réserve. Il faut envoyer le moins de
monde possible en Espagne, et il ne faut rien déranger du corps d'observation
du Rhin et de l'Elbe; car, au milieu de l'hiver, il faudrait faire revenir
tout le monde en poste : cela fatigue les individus et n'est bon à rien.
Saint-Cloud, 14 juin 1811
Au général comte Suchet, commandant l’armée d’Aragon
devant Tarragone
M. Meckenem vient d'arriver, Monsieur le comte Suchet;
l'Empereur a vu avec plaisir les nouveaux succès que votre armée a obtenus en
s'emparant du fort de l'Olivo. Le ministre de la guerre vient d'écrire au duc
de Tarente de tâcher de faire une diversion en votre faveur, soit vers le
Montserrat, soit de toute autre manière. Beaucoup de troupes sont en mouvement
pour entrer en Navarre. Quand elles seront arrivées, non seulement on vous
renverra la colonne du général Klopicki, mais encore vous recevrez des renforts
par un régiment de marche composé des détachements des différents régiments de votre
armée. Je vais soumettre à l'Empereur l'avancement que vous avez demandé pour
les troupes qui se sont distinguées à la prise du fort de l’Olivo. L'Empereur
continue à être toujours satisfait de la conduite des bonnes et braves troupes
à vos ordres.
Par ordre de l'Empereur, Le prince de Neuchâtel et de Wagram,
Alexandre.
Saint-Cloud, 15 juin 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à
Paris
Je réponds à votre rapport sur le matériel de
l'artillerie. Je désire que vous me présentiez de nouveaux états avec les
changements suivants.
Je ne veux rien fournir de Bayonne que de la poudre. Je
voudrais n'en tirer aucune pièce, aucun affût et, s'il est possible, aucun caisson.
Je voudrais prendre de préférence, ou au moins sans distinction, l'artillerie,
les affûts et caissons espagnols, comme les français. Je voudrais même faire
rentrer successivement l'artillerie française en France et n'employer plus en
Espagne que de l’artillerie espagnole.
Le nombre des caissons que vous demandez me parait trop
fort d'un huitième; un approvisionnement et demi me parait suffisant; or vous
portez un approvisionnement et cinq huitièmes, c'est donc un huitième de
caissons à ôter partout. Les bases pour les caissons d'infanterie me paraissent
trop élevées. Je dis pour les caissons et non pour les cartouches; car l'armée
peut être divisée en armée active et armée stationnaire ; les postes et les
garnisons qui se servent des cartouches qui sont dans les places composent
l'armée stationnaire. Je crois que vos bases sont bonnes pour les cartouches.
Il doit y porter les modifications suivantes pour ce qui concerne les caissons :
Pour les caissons, l'armée d'Aragon ne doit être
considérée que comme ayant 25,000 baïonnettes ;
l'armée de Portugal ne doit compter
que pour 35,000 baïonnettes; l'armée de réserve que pour 10,000. L'armée du
Nord, étant de la Garde, doit faire un système à part et ne sera pas comprise
ici. Cette manière de calculer fait une grande réduction dans le nombre des
caissons et des chevaux. Mais il est nécessaire d'avoir une plus grande
quantité de caissons d'infanterie à Bayonne et dans les dépôts, pour pouvoir
approvisionner dans le cas où l'on marcherait sur Lisbonne.
Le nombre de cartouches que vous exigez peut être diminué
de trois millions lorsqu'il y a de la poudre et des boulets dans les places, et
l'on peut ne confectionner ces trois millions que selon les besoins.
Les cent mille coups de canon me paraissent suffisants,
vu qu'il y a de la poudre et des boulets, et que d'ailleurs un grand approvisionnement
doit exister à Bayonne, soit pour les cas fortuits, soit pour l'expédition de
Lisbonne, qui exigerait alors tout autre calcul.
On peut aussi économiser en organisant différemment
l'artillerie de l'armée d'Aragon. On suppose qu'elle comprend quatre divisions,
avec douze pièces par division et deux divisions de réserve; une pièce de 8, un
obusier et quatre pièces de 4 formeront une division d'artillerie. Le
commandant de l'artillerie sera le maître d'organiser les divisions paires avec
deux pièces de 8 et quatre pièces de 4, et les divisions impaires avec deux
obusiers et deux pièces de 4; ce qui ferait pour huit divisions huit pièces de
8, huit obusiers et trente-deux pièces de 4. Les deux divisions de la réserve
seraient composées chacune de trois pièces de 12, de deux obusiers et d'une
pièce de 4; ce qui ferait pour l'armée d'Aragon six pièces de 12, douze
obusiers et trente-quatre pièces de 4.
Pour l'armée de Portugal, il y a quatre ou six pièces de
régiment; elles devraient compter. Les divisions devraient être formées de
même. Cette armée ayant six divisions, cela ferait douze obusiers, douze pièces
de 8 et quarante-huit pièces de 4; deux divisions de réserve seraient composées
chacune de quatre pièces de 12, de deux obusiers; ce qui ferait huit pièces de
12, douze pièces de 8, seize obusiers et quarante-huit pièces de 4.
Le corps d'observation de réserve, formé à quatre
divisions, aurait son matériel organisé de la même manière que celui d'Aragon,
hormis que les deux divisions de réserve auraient chacune quatre pièces de 12
et deux obusiers. Je désirerais que les quatre obusiers de la réserve fussent
des obusiers prussiens ou des licornes, qui portent plus loin. Ainsi l'armée de
Portugal et celle de réserve venant à agir sur Lisbonne auraient seize pièces
de 12 et un grand nombre d'obusiers. L'armée d'Aragon agissant sur Valence
aurait aussi besoin de six pièces de 12. En général, les pièces de 12 sont très
nécessaire en Espagne, puisqu'on s'y défend dans des bicoques et, par exemple, Abrantès
aurait été pris si l'armée de Portugal avait eu des pièces de 12 et des
obusiers.
C'est sur ces données que vous devez m'organiser les
équipages. L'artillerie de l'armée de Portugal doit, ce me semble, être
organisé avec l'artillerie qu'elle a et ce qui est à Madrid.
Ainsi je suppose que j'économiserai des chevaux et des
caissons par cette nouvelle organisation, mais ces chevaux et ces caissons, je
veux les retrouver pour former un grand parc, sous le titre de parc général,
qui partira de Bayonne pour approvisionner l’armée de Portugal si elle prenait
l'offensive. Dans ce parc général il faudra faire entrer les agrès nécessaires
pour un équipage de pont sur le Tige, les outils de mineurs, etc. ; mais, comme
ces opérations ne se décideront qu'autant qu'on sera parfaitement tranquille
sur le Nord, on pourra employer un, deux ou trois des bataillons du train
destinés aujourd'hui pour le Nord, sauf à les remplacer par les quinze cadres
qui sont à Metz et à Mayence et que vous compléteriez pendant l'hiver. Ainsi
les attelages seraient trouvés pour le parc général, qui devrait contenir un
approvisionnement complet en cartouches d'infanterie el de canon pour les
équipages de l’armée de Portugal el surtout pour les obus et les pièces de 12.