16 – 30 juin 1811


DISCOURS DE LEMPEREUR, A L'OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF LE 16 JUIN 1811.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, la paix conclue avec l'empire d'Autriche a été depuis cimentée par l'heureuse alliance que j'ai contractée. La naissance du roi de Rome a rempli mes vœux et satisfait à l'avenir de mes peuples.

Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et sacrifiées aux intérêts d'un État du troisième ordre. Si la moitié de l’Europe s'est séparée de l'Église de Rome, on peut l'attribuer spécialement à la contradiction qui n'a cessé d'exister entre les vérités et les principes de la religion qui sont pour tout l'univers, et des prétentions et des intérêts qui ne regardaient qu'un très petit coin de l'Italie. J'ai mis fin à ce scandale pour toujours. J'ai réuni Rome à l'Empire. J'ai accordé des palais aux papes à Rome et à Paris. S'ils ont à cœur les intérêts  de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre des affaires de la chrétienté; c'est ainsi que saint Pierre préféra Rome au séjour même de la Terre-Sainte.

La Hollande a été réunie à l'Empire : elle n'en est qu'une émanation; sans elle l'Empire ne serait pas complet.

Les principes adoptés par le gouvernement anglais, de ne con­naître la neutralité d'aucun pavillon, m'ont obligé de m'assurer des débouchés de l'Ems, du Weser et de l'Elbe, et m'ont rendu indis­pensable une communication intérieure avec la Baltique. Ce n'est pas mon territoire que j'ai voulu accroître, mais bien mes moyens maritimes.

L'Amérique fait des efforts pour faire reconnaître la liberté de son pavillon. Je la seconderai.

Je n'ai qu'à me louer des souverains de la Confédération du Rhin.

La réunion du Valais avait été prévue dès l'acte de Médiation, et considérée comme nécessaire pour concilier les intérêts de la Suisse avec les intérêts de la France et de l'Italie.

Les Anglais mettent en jeu toutes les passions. Tantôt ils suppo­sent à la France tous les projets qui peuvent alarmer les autres puis­sances, projets qu'elle aurait pu mettre à exécution s'ils étaient entrés dans sa politique; tantôt ils font un appel à l'amour-propre des nations pour exciter leur jalousie; ils saisissent toutes les circon­stances que font naître les événements inattendus des temps où nous nous trouvons : c'est la guerre sur toutes les parties du continent qui peut seule assurer leur prospérité. Je ne veux rien qui ne soit dans les traités que j'ai conclus. Je ne sacrifierai jamais le sang de mes peuples pour des intérêts qui ne sont pas immédiatement ceux de mon Empire. Je me flatte que la paix du continent ne sera pas troublée.

Le roi d'Espagne est venu assister à cette dernière solennité. Je lui ai accordé tout ce qui était nécessaire et propre à réunir les intérêts et l'esprit des différents peuples de ses provinces. Depuis 1809, la plupart des places fortes d'Espagne ont été prises après des sièges mémorables; les insurgés ont été battus dans un grand nombre de batailles rangées. L'Angleterre a compris que cette guerre tournait à sa fin, et que les intrigues et l'or n'étaient plus suffisants désormais pour la nourrir: elle s'est trouvée contrainte à en changer la nature, et d'auxiliaire elle est devenue partie principale. Tout ce qu'elle a de troupes de ligne a été envoyé dans la péninsule; l'Angleterre, l'Ecosse, l’Irlande sont dégarnies. Le sang anglais a enfin coulé à grands flots dans plusieurs actions glorieuses pour les armes françaises. Cette lutte contre Carthage, qui paraissait devoir se décider sur les champs de bataille de l'Océan ou au delà des mers, le sera donc désormais dans les plaines des Espagnes ! Lorsque l'Angleterre sera épuisée, qu'elle aura enfin ressenti les maux qu'avec tant de cruauté elle verse depuis vingt ans sur le continent, que la moitié de ses familles seront couvertes du voile funèbre, un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la péninsule, aux destins de ses armées, et vengera l'Eu­rope et l'Asie en terminant cette seconde guerre punique.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, j'or­donne à mon ministre de mettre sous vos yeux les comptes de 1809 et de 1810 : c'est l'objet pour lequel je vous ai réunis. Vous y verrez la situation prospère de mes finances. Quoique j'aie mis, il y a trois mois, cent millions d'extraordinaire à la disposition de mes ministre de la guerre pour subvenir aux dépenses des nouveaux armements qui alors paraissaient nécessaires, je me trouve dans l'heureuse situa­tion de n'avoir à imposer aucune nouvelle surcharge à mes peuples. Je ne hausserai aucun tarif; je n’ai besoin d'aucun accroissement dans les impositions.


Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au général Lacée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 16. Le 2e bataillon d'équipages militaires ne doit entrer dans aucun de vos calculs. J'ai besoin de 1,300 mulets pour Pau, que vous four­nissez très tard. Je désire que vous fassiez la répartition de ces mu­lets entre les départements voisins des Basses-Pyrénées, et que vous chargiez les préfets de les requérir et de les diriger sur Pau, en leur faisant connaître le prix que vous voulez en donner. Vous aura ainsi, non pas 1,300 mulets, mais 3 à 4,000.

Quant aux 600 chevaux, vous n'avez pas l'autorisation de les acheter, puisque vous n'avez pas de fonds. Ils sont compris dans la troisième commande, pour laquelle je n'ai pas encore fait de fonds. Vous pouvez prendre ces 600 chevaux à Metz. Cela peut être fait de deux manières : 1° en recevant à Pau , en juillet et août, au lieu de les recevoir à Metz et à Nancy, les 600 chevaux pour lesquels vous avez passé les marchés, si les fournisseurs voulaient les livrer à Pau, 2° si cela n'est pas possible, vous devez passer des marchés pour les 600 autres pour Metz. Vous en avez les fonds; vous les appliquez à Pau. Répartissez-les entre les départements des 10e, 11e et 20e divisions militaires. Les préfets les requerront et les dirigeront sur Pau, où ils seront rendus avant le mois d'août. Par ce moyen, j'aurai les 600 chevaux et les 1,300 mulets pour le 1er août.

Quant aux caissons, je préfère avoir des charrettes de routiers, portant dix milliers, à larges jantes et attelées par 8 chevaux. Chaque 1e compagnie des 3e, 4e et 13e bataillons des équipages militaires servirait 20 de ces voitures; ce qui ferait 60 charrettes de rouliers, portant 600 milliers, ou de quoi nourrir 60,000 hommes pendant dix jours.

Le 10e bataillon vient d'arriver à Pau de l'armée de Portugal, fort de trois compagnies. Vous les ferez servir toutes trois à atteler 60 charrettes. Par ce moyen, j'aurai à l'armée 120 charrettes por­tant 1,200 milliers.

La 2e compagnie du 1er bataillon des équipages vient d'arriver à Pau. Cette compagnie servira 40 caissons de transports militaires.

J'aurai donc quatre bataillons des équipages militaires, formant seize compagnies, savoir : quatre compagnies du 3e bataillon, qua­tre compagnies du 4e, quatre compagnies du 13e, trois compagnies du 10e, une compagnie du 1er bataillon; total, seize compagnies qui serviraient 120 charrettes portant 1,200 milliers, 40 caissons por­tant 60 milliers, 1,200 mulets portant 140 milliers; total, 1,400 milliers, ou pour une armée de 70,000 hommes pendant vingt jours. Les charrettes sont faciles à se procurer à Paris, à Bayonne, à Bordeaux. Les hommes existent. Pour les chevaux, il en faut 1,200, dont 1,000 pour atteler 120 charrettes, et 200 pour atteler 40 cais­sons; de même des mulets, 1,200.

Vous avez des fonds pour l'achat des mulets; vous en avez pour 600 chevaux, à prendre sur les fonds faits pour les achats de Metz; il vous restera à en obtenir pour 600 autres. Les 60 caissons que vous avez sont plus que suffisants : 40 pour l'armée d'Allemagne et 20 pour le corps de réserve.


Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, les quatre bataillons du 10e de ligne se réuniront à Pau ; ils seront munis de 50 cartouches par homme; ils se repose­ront deux jours, trois jours s'il est nécessaire, pour réunir leurs bagages et leur train; après quoi ils partiront, réunis, pour Pampelune. Le même ordre sera donné au 20e de ligne et au 60e. Voyez le ministre de la guerre pour que les compagnies de voltigeurs de ces régiments les rejoignent sans délai.

La 1e division du corps d'observation de réserve sera commandée par le général Reille. Elle sera composée de deux brigades, qui seront commandées par le général de brigade Pannetier, et par le général de brigade Bourke.

La 1e brigade, commandée par le général Pannetier, est de quatre bataillons du 10e régiment de ligne et de quatre bataillons du 81e de ligne. La 2e brigade, commandée par le général Bourke, est de quatre bataillons du 60e de ligne et quatre bataillons du 20e.

Le général Reille prendra un adjudant commandant, un officier du génie, un officier d'artillerie, un commissaire des guerres et deux ou trois adjoints dans la Navarre.

Chacun de ces régiments aura sa compagnie d'artillerie régimentaire composée de deux pièces de canon, 3 caissons à canon, 4 cais­sons d'infanterie, 4 caissons de transports militaires, 1 caisson d'am­bulance et 1 caisson à papiers. La division aura donc huit pièces de régiment, 10 caissons d'infanterie et 10 de transports militaires. Il y sera joint, selon les circonstances, une ou deux batteries et réserve.

Le 9e régiment de hussards fera partie de cette division. Vous fera connaître au général Reille qu'il est important qu'il emploie cet troupes avec la plus grande activité pour détruire la bande de Mina, et en même temps qu'il prenne des mesures pour organiser sa divi­sion, et qu'il ait 200,000 cartouches en réserve avec des pierres à feu. Mandez-lui de vous faire connaître ce qu'il restera d'officiers dans la Navarre auxquels on puisse confier le commandement du pays. Son mouvement ne devant avoir lieu qu'au mois de septembre, il a les mois de juillet et d'août pour détruire entièrement Mina.

Écrivez au général Caffarelli pour lui faire connaître la composition de la 2e division du corps de réserve dont il aura le commandement pour la grande guerre. Cette division sera de deux brigades, savoir: 1e brigade : quatre bataillons du 5e léger, quatre bataillons d'élite des 3e et 195e de ligne; 2e brigade : quatre bataillons du 10e léger, deux bataillons d'élite du 52e de ligne.

En attendant, il se servira des troupes qui lui arrivent pour seconder le général Reille et contribuer à la destruction de Mina et à pacifier le pays.

Il est nécessaire qu'il y ait à Vitoria 300,000 rations de biscuit.

Cette division doit avoir huit pièces d'artillerie, autant de caissons d'infanterie et de transports militaires qu'il y a de bataillons. Il y sera joint, selon les circonstances, une ou deux batteries de position. Deux généraux de brigade, de ceux qui sont dans le gouvernement du général Caffarelli, commanderont les deux brigades. Le général Caffarelli les désignera. Un adjudant commandant, quatre adjoints à l'état-major, un commissaire des guerres, un officier du génie et un d’artillerie seront attachés à cette division.

Donnez ordre que les 3e, 105e et 52e de ligne se rendent à Bayonne, y séjournent, réparent leurs armes, prennent des car­touches et partent pour Tolosa, où ils recevront des ordres du géné­ral Caffarelli.


Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au comte de Lavallette, directeur général des postes, à Paris

La malle de Gœteborg porte une très grande quantité de lettres venant d'Angleterre, adressées à Paris. Donnez ordre que cette malle de Gœteborg soit retardée de cinq jours, que toutes les lettres soient saisies et remises aux agents de la police qu'en chargera le prince d'Eckmühl.

P. S. Faites cela pour l'aller et le retour. Il ne faut point y mettre de mystère. Cela doit se faire publiquement, motivé sur ce que c'est le canal de la correspondance avec l'Angleterre.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre rapport du 15 sur les différents corps d'observation. Je réponds d'abord à ce qui concerne le corps d'observation de la réserve.

 

CORPS D OBSERVATION DE LA RÉSERVE.

1e Division. — Donnez ordre qu'au 1er juillet le 4e bataillon du 81e complété à 700 hommes bien armés et bien équipés, soit dirigé sur Lyon, où il s'embarquera sur le Rhône, débarquera à Pont-Saint-Esprit et de là se rendra à Pau.


Le bataillon du 60e qui est à Genève partira également pour Lyon et suivra la même route.

Si le général qui commande la division ne trouvait pas que ces bataillons fussent encore en état de partir, il pourra suspendre leur départ jusqu'au 10 juillet.

Moyennant ces dispositions, la première division de réserve sera complétée.

2e Division. — Donnez ordre aux deux bataillons du 5e léger de se rendre à Bayonne et aux trois bataillons du 10e léger de se réunir à Rennes.

Il est bien nécessaire alors de pourvoir à la garnison de Brest. Les quatre compagnies des 4e bataillons, tant du 3e de ligne que du 105e qui restent au dépôt, se compléteront chacune à 200 hommes et partiront pour Brest, où les hommes seront incorporés dans les trois premiers bataillons; dans le cours de juillet, deux autres compagnies du 4e bataillon conduiront 500 autres soldats; de sorte que les trois premiers bataillons recevront 1,300 hommes, ce qui les mettra à leur complet.

S'il n'y avait pas 800 hommes prêts à partir au 1e juillet, on ne ferait partir que trois compagnies ou 600 hommes.

Au 1er juillet, faites passer la revue du 4e bataillon du 10e léger, afin de connaître quand il pourra partir pour rejoindre les trois pre­miers bataillons.

 

3e Division. — Donnez ordre au 1er de ligne de partir de Grenoble le 25, au 62e de partir le 26 et au 101e de partir le 27.

Ces régiments se rendront à Valence, où ils s'embarqueront pour Pont-Saint-Esprit, et de là se rendront à Nîmes.

Donnez ordre au 23e léger de partir d'Auxonne; il s'embarquera sur la Saône, changera de bateau à Lyon et se rendra ainsi par eau d'Auxonne à Pont-Saint-Esprit ; de là il se rendra à Nîmes.

Donnez ordre au 4e bataillon du 1er de ligne, qui est à Marseille, et aux 3e et 4e bataillons du 62e, qui sont à Toulon, d'en partir pour se rendre à Nîmes. Ainsi les quatre bataillons des régiments de cette division seront réunis. Mais Toulon ne sera pas suffisamment gardé. Vous donnerez ordre que le bataillon du 8e léger, celui du 18e léger et celui du 23e de ligne, qui sont dans la 7e division militaire, soient complétés avec tout ce que le 5e bataillon a de disponible et se mettent en marche au 1e juillet pour Toulon. Donnez le même ordre pour les 5e, 11e, 79e. Nommez deux majors en second, l’un pour commander les trois premiers bataillons, l'autre pour commander ces trois derniers.


Par ce moyen, Toulon aura six bataillons, indépendamment des deux bataillons suisses; ce qui sera suffisant.

 

CAMP DE BAYONNE.

Je vous ai donné ordre qu'au 1er juillet les 4e bataillons des 14e, 114e, 115e, 116e, 117e et 121e complétés avec tout ce que les 5e bataillons ont de disponible, se rendissent à Bayonne; vous nom­merez un colonel en second pour surveiller l'instruction et avoir le détail de ces six bataillons, qui seront connus sous le nom de bri­gade de l'armée d'Aragon. Au 10 juillet, le général Monthion en pas­sera la revue et vous enverra l'état de situation, avec des notes sur les officiers et sous-officiers, sur l'habillement et l'armement. Tous les officiers qui seraient hors d'état de servir seront proposés pour la retraite.

J'ai donné le même ordre pour les 4e bataillons des 118e, 119e, 120e et 122e. Ces quatre bataillons seront sous les ordres d'un colonel en second et composeront la 2e brigade, qui sera connue sous le nom de brigade de l'armée du Nord.

Les 4e bataillons des 17e, 31e, 27e, 39e, 59e, 69e, 65e, 76e et 86e légers formeront la brigade de Portugal. Vous donnerez deux majors en second au colonel en second qui doit la commander.

La 4e brigade sera celle de l'armée du Midi; elle sera composée des 4e bataillons des 34e, 28e et 75e.

Donnez ordre au bataillon du 6e d'infanterie légère, qui est à Phalsbourg, d'en partir au 1er juillet, s'il est au complet de plus de 600 hommes ; autorisez le général qui commande la division à en retarder le départ, si ce bataillon n'est pas encore en état. A son arrivée à Bayonne, le bataillon du 6e se joindra à la brigade du Portugal.

Ce qui fera vingt-quatre bataillons sous l'inspection du général Monthion.

Donnez ordre que tout ce qu'il y a de disponible aux dépôts des 14e, 17e, 27e, 39e, 59e, 69e, 76e, 65e, 86e, 34e, 28e et 75e se dirige sur Bayonne pour y compléter les 4e bataillons de leurs régiments. Il sera appelé 8,000 conscrits sur la réserve pour com­pléter ces 4e bataillons et les porter à 20,000 hommes. Recom­mandez que tout ce qui passera désormais à Bayonne, soit hommes isolés, soit hommes sortant des hôpitaux, qui appartiendraient à ces régiments, soit retenu et placé dans les 4e bataillons de leurs régiments.


 

RÉGIMENTS DE MARCHE D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL.

Enfin deux régiments de marche seront formés : le premier, qui sera le régiment de marche des armées d'Espagne, sera composé de la manière suivante, savoir :

1er bataillon : une compagnie da 9e léger, deux du 27e, deux du 21e, une du 28e. Ce bataillon se formera à Compiègne.

2e bataillon : deux compagnies du 12e léger, deux du 2e, deux du 4e. Ce bataillon se formera à Saint-Denis.

3e bataillon : trois compagnies du 32e de ligne, deux du 58e, un du 43e. Ce bataillon se formera à Vincennes.

4e bataillon : deux compagnies du 8e de ligne, deux du 45e, deux du 5 4e. Ce bataillon se formera à Metz.

5e bataillon : deux compagnies du 63e de ligne, deux du 94e, deux du 95e, deux du 96e. Ce bataillon se formera à Metz.

6e bataillon : deux compagnies du 40e de ligne, deux du 88e, un du 100e, deux du 103e. Ce bataillon se formera à Metz.

7e bataillon : deux compagnies du 16e de ligne, deux du 64e, deux du 26e, une compagnie de chacun des trois régiments polonais. Ce bataillon se formera à Bordeaux.

Un colonel en second sera chargé de la formation de ce régiment; il aura sous ses ordres deux majors en second : le premier sera à Compiègne et commandera les 1e, 2e et 3e bataillons; l'autre sera à Metz et commandera les 4e, 5e et 6e bataillons. Le 7e bataillon se joindra au régiment à son passage pour Bordeaux.

Chaque compagnie sera fournie par le 5e bataillon, qui la com­plétera à 150 hommes. Elle sera habillée et mise en bon état. Il y aura trois officiers par compagnie et le nombre des sergents et capo­raux sera complet.

Au 10 juillet, ces compagnies se mettront en marche. A la même époque, les majors en second seront rendus l'un à Compiègne et l'autre à Metz. Le colonel en second restera à Paris et recevra la correspondance des majors en second, un chef de bataillon sera chargé de passer la revue du 7e bataillon à Bordeaux et correspondra avec le colonel en second.

Ainsi ce premier régiment de marche aura sept bataillons et sera fort d'environ 7,000 hommes.

Au 15 juillet, vous me rendrez compte de sa situation pour que je puisse donner l'ordre définitif du mouvement. Vous remarquerez que je n'y comprends pas les 34e, 28e, 75e, 51e et 55e, parce que  ces régiments ont leurs 4e bataillons à compléter.  Il est bien entendu que tout ce que les 34e, 28e et 75e peuvent avoir de disponible à leurs 5e bataillons doit se mettre en marche le 15 juillet pour se rendre à Bayonne et y être incorporé dans les 4e bataillons qui sont au camp sous cette ville.

Le 2e régiment, qui sera le régiment de marche de Portugal, sera composé de la manière suivante, savoir :

1er bataillon : une compagnie du 25e léger, une du 22e de ligne, deux du 50e. Ce bataillon se réunira à Orléans.

2e bataillon : deux compagnies du 26e de ligne, deux du 66e, deux du 82e. Ce bataillon se réunira à Bordeaux.

3e bataillon : deux compagnies du 47e de ligne, deux du 70e, deux du 15e. Ce bataillon se réunira à Rennes.

Ces bataillons se trouveront formés au 25 juillet, de manière à pouvoir être rendus au 1er septembre à Bayonne.

Moyennant ces dispositions, je me trouve avoir pourvu à tout ce qui est relatif au corps d'observation de réserve, à ce qui était néces­saire pour les garnisons de Brest et de Toulon et à l'organisation préparatoire convenable pour tout ce que les dépôts d'Espagne et de Portugal pourraient fournir.

Il ne reste plus qu'à faire l'appel des 8,000 conscrits qui doivent être dirigés sur Bayonne pour porter au grand complet les vingt-quatre bataillons qui s'y réunissent.

Si les dépôts d'Espagne peuvent fournir plus que je ne leur demande, vous me le ferez connaître.

Le génie et l'artillerie sont l'objet d'un travail à part. Les disposi­tions sont faites pour les équipages militaires.

Pour la cavalerie les dispositions sont également faites. Il me parait que les dépôts de Saintes et de Niort, les régiments de marche du Midi et de Portugal et tout ce que les dépôts ont ordre d'envoyer compléteront, d'ici au 1er janvier, un corps de 10,000 chevaux.

Je suppose que vous ne tarderez pas à me faire connaître tout ce que les dépôts auront fait partir au 15 juin, et que vous leur avez renouvelé l’ordre de faire partir tout ce qu'ils auront encore de dis­ponible du 15 au 1er juillet, et ainsi de suite tous les quinze jours.

Je suppose également que vous avez envoyé au ministre de l'admi­nistration de la guerre l'organisation des trois divisions du corps de réserve.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je viens de prendre un décret par lequel j'ordonne la formation de neuf régiments de chevau-légers. Trois existent; les six autres sont des régiments de dragons convertis en régiments de chevau-légers. Ainsi le nombre des régiments de dragons, au lieu de trente, ne serra plus que de vingt-quatre.

Mon intention est que tous ces régiments de chevau-légers soient armés de lances.

Les six régiments de chevau-légers qui étaient dragons porteront l'uniforme vert, afin que le fonds de l'approvisionnement de drap du dépôt puisse servir. Ils pourraient porter les couleurs qu’ils ont aujourd'hui ; on pourrait même leur laisser le casque, et par ce moyen il n'y aurait que la selle, l'armement et la coupe de l'habit à changer.

J'ai prescrit fort au long dans le décret ce qui devrait être fait en Espagne pour l'incorporation. Cependant vous laisserez dans les instructions à chaque maréchal la latitude d'y faire les changements qu'il jugerait indispensables. Vous leur ferez connaître que, s'ils ont plus d'hommes que de chevaux, et que par conséquent ils ont à renvoyer des hommes en France, ce sont les hommes des régiments supprimés qu'ils doivent renvoyer de préférence.

Il est nécessaire de donner des ordres pour que les régiments qui cessent d'être dragons n'achètent plus pour leur remonte des chevaux de dragon, et fassent désormais des achats propres à l’arme des chevau-légers. Les chevaux et les selles de dragon qui existent aujour­d'hui doivent être dirigés sur Saintes.

Quant au 30e de dragons, il faudrait le faire rentrer en France, en le faisant passer par le mont Cenis jusqu'à Lyon. Arrivés à Lyon, tous les hommes seront embarqués sur la Saône et remonteront jusqu'à Auxonne, hormis la moitié qui, sous les ordres des officiers et sous-officiers nécessaires, conduira au dépôt de Saintes tous les chevaux harnachés et équipés. Immédiatement après la remise de ces chevaux, les hommes reviendront à leur dépôt, où se formera le régiment de chevau-légers.

Les trois autres régiments étant déjà chevau-légers, je n'ai rien y changer.

Il est nécessaire que vous expédiiez sur-le-champ des ordres au général Defrance afin qu'il ne fasse entrer aucun officier, sous-officier et soldat des cinq régiments qui changent dans la compositions des régiments de marche de Portugal et du Midi. Vous lui expédierez le décret et vos instructions par une estafette extraordinaire. S'il en était entré dans la composition de ces régiments et qu'ils fussent déjà partis, il les ferait arrêter à Bordeaux pour subir les changements nécessaires.

Vous lui ferez connaître que, dans les cas imprévus où il serait embarrassé, le principal est que la plus grande quantité possible d’hommes et de chevaux parte pour l'Espagne, et qu'il est maître d'y pourvoir, en rendant sur-le-champ compte.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi connaître si, au 1er juillet, je puis disposer des 5e et 6e compagnies du train du génie, ayant chacune leurs 50 voilures atte­lées, et portant par compagnie 9,000 outils. Si je ne peux les avoir pour le 1er juillet, faites en sorte qu'elles soient organisées le plus tôt possible. Je suppose que les chevaux ont été achetés et les outils con­fectionnés. Il faut renoncer à donner des outils à l'infanterie; ils sont trop lourds et gêneraient le soldat dans sa marche; il finirait par les jeter : ce serait une très grande perte; faites-en faire la remise au génie. Vous recevrez un décret par lequel j'ordonne que l’on com­plète les compagnies du train de l'armée de Portugal et les compagnies des sapeurs de l'armée de réserve. Vous prendrez les fonds sur le budget du génie; ce sera un objet de 250,000 francs. Faites en sorte qu'au 15 août cela existe à Bayonne.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j'ai lu avec attention le projet d'orga­nisation du corps d'observation de l'Elbe à mettre en exécution au mois d'août.

La 1e division sera commandée par le général Morand, et aura le général Dalton pour la 1e brigade, le général Lhuillier pour la 2e et le général Bonnamy pour la 3e.

Je vois que cette division manquera de 1,400 hommes pour être à un effectif de 13,000 hommes.

La 2e division sera commandée par le général Friant, et aura le général Dufour pour la 1e brigade, le général Grandeau pour la 2e brigade, le général Duppelin pour la 3e.

La manquera 800 hommes à celte division pour être au grand complet.

La 3e division sera commandée par le général Gudin, et aura pour généraux de brigade les généraux Leclerc, Boyer et Desailly.

La 4e division sera commandée par le général Dessaix, et aura pour généraux de brigade les généraux Barbanègre, Friederichs et Leguay.

La 5e division sera commandée par le général Compans. Cette division aura besoin de quatre généraux de brigade.

Le 15e léger n'est porté dans vos états que pour quatre bataillons, le 4e bataillon n'y étant pas porté. Même observation pour le 25e de ligne. Or, comme ces deux 4e bataillons sont arrivés d'Espagne, il faut aviser à les compléter, et alors les seize régiments formeront soixante et dix-neuf bataillons, qui, à 840 hommes chacun, feront 66,000 hommes. Il manquera pour les compléter : à la le division, 1,400 hommes; à la 2e, 800; à la 3e, 500; à la 4e, 800; à la 5e, 1,400; et enfin les deux bataillons des 15e et 25e, 1400 ; total 6,300 hommes. Il faudrait que dans le courant de l’été le régiment de Walcheren fournit ces 6,300 hommes. Le bataillon de Goeret a déjà 900 hommes, celui de Schouwen 900 hommes. Mon intention est de ne rien négliger pour avoir 840 hommes présents sous la armes dans les soixante et dix-neuf bataillons du corps d’observation de l'Elbe, dans le courant de septembre prochain.

Aussitôt qu'on aura pu juger du succès de l'envoi des conscrits réfractaires dans des régiments du Nord, on continuera ces envois jusqu'à parfait complément.

Il faut que les 127e, 128e et 129e puissent fournir neuf bataillons au 1er septembre et douze au 1er janvier. Il faudra pourvoir au com­plètement de ces régiments par l'appel de la conscription de 1810 et par celle de 1811, l'année prochaine. Faites-moi connaître un projet pour la levée de cette conscription, de sorte que le corps d'observation de l'Elbe présente, au mois de septembre prochain, 72,000 hommes d'infanterie présents sous les armes.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les caissons des équipages militaires ne portent que 1,000 rations. Je les trouve parfaitement approvi­sionnés pour le service de la distribution de la troupe et pour porter du pain du magasin au camp. Ils ne sont bons qu'à cela. Veut-on les employer à transporter du biscuit, on est obligé de le mettre en barils, sans quoi tout se brise; on ne porte pas plus de 1,000 ra­tions, et les barils ne tardent pas à mettre les caissons hors de service. Veut-on les employer pour transporter du blé, de la farine, des sacs de riz, des sacs d'avoine, des bottes de foin, des tonneaux de vin ou d'eau-de-vie, ils n'y sont pas propres. Cela me porte donc à changer l'organisation des transports militaires, à donner à tous les bataillons de l'armée un caisson conforme à votre modèle, à avoir un caisson par bataillon, servi par les équipages militaires, et à tout le reste substituer de bonnes charrettes de roulier à larges jantes, attelées de 8 chevaux et conduites par 4 hommes, pouvant l'être au besoin par 3, et portant 10 milliers.

Le corps d'observation de l'Elbe est de quatre-vingts bataillons, formant 60,000 hommes. Chaque bataillon aura son caisson qui lui portera pour un jour de pain. Je désire avoir 80 caissons de trans­ports militaires servis par deux compagnies; mais, comme je destine ces compagnies à ce corps d'armée, je désire que les quatre autres, au lieu de servir 160 caissons du modèle actuel, servent 80 char­rettes de roulier à larges jantes et portant chacune 10 milliers.

Quatre compagnies servant 160 caissons portent 160 milliers, et quatre compagnies du même nombre d'hommes et de chevaux, avec 80 charrettes, porteront 800 milliers. Dans le premier cas on ne porte du pain que pour deux jours, dans le dernier on en porte pour dix jours.

Je désire organiser le service de 120 charrettes de roulier, portant 1,200 milliers de biscuit en barils; ce serait pour 60,000 hommes pendant vingt jours. Cette méthode sera très bonne à employer dans la Pologne, en Portugal et dans tous les pays où les vivres sont chers. Ces charrettes formeront des magasins ambulants qui vien­dront aussi vite que les autres caissons ou à peu près; et iraient-elles plus doucement, elles arriveront toujours assez à temps, puisqu'elles ne doivent que remplacer les vivres que porte le soldat. Présentez-moi un rapport sur cet objet, qui me paraît fort important.


On aura besoin, par exemple, de porter des vivres en Portugal, il faut y renoncer avec les caissons, il faut y renoncer avec les mu­lets. Deux bataillons serviront 240 voitures, lesquelles porteront 2,400,000 rations de biscuit : ce sera donc des vivres pour 60,000 hommes pendant quarante jours, ce qui est réellement un magasin ambulant. Les mulets de bat, les caissons d'équipages seraient destinés à venir puiser à ces magasins. Cela servirait beaucoup mieux que 480 voitures d'équipages militaires, qui emploient le même nombre d'hommes et de chevaux et ne portent des vivres que pour six à sept jours. En admettant ce nouveau moyen de transport, on aurait assez des voitures actuelles; il faudrait adopter un modèle et employer les matériaux à construire de grosses voitures.


Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, remettez au ministre Marescalchi le discours que vous devez prononcer demain à l'ouverture du concile. Vous le lirez en français, et, immédiatement après, le comte Marescalchi le lira en italien. Je vous renvoie ce discours avec les changements que je consens à y faire.

 

Sa Majesté Impériale et Royale nous a chargé de vous faire con­naître l'objet pour lequel il a convoqué le concile.

Dans le royaume d'Italie, neuf sièges devinrent vacants en 1805  et 1806, savoir : les archevêchés de Ferrare et d’Udine, les évêchés de Brescia, Pavie, Crema, Vigevano, Forli, Rimini et Vérone.

Sa Majesté nomma les plus dignes. Le Pape n'eut rien à objecter ni contre la pureté de leurs mœurs et leur piété, ni contre leur doc­trine. Toutes les formalités réglées par le Concordat pour le royaume d'Italie avaient été remplies. Le Pape, mal conseillé, voulait tenir le pays en fermentation en agitant les consciences; il voulait que la Romagne fut le prix de son consentement à donner les bulles. Les événements ultérieurs le firent renoncer à cette tentative. La victoire de Friedland fut remportée le 14 juin 1807, et dans les mois sui­vants l'institution canonique fut enfin donnée.


Dans l’Empire, le siège de Malines étant devenu vacant en avril 1808, l’évêque de Poitiers fut nommé à cet archevêché. Le Pape donna la bulle, mais elle était contraire au Concordat. Il était déclaré dans cette bulle qu'elle émanait du propre mouvement du Saint-Père. Elle contenait même des expressions injurieuses, et depuis ce temps l’archevêché de Malines n'a point été définitivement pourvu.

Des archevêchés et évêchés sont ensuite devenus vacants au nombre de dix, savoir : les archevêchés de Paris, d'Aix, de Florence ; les évêchés d'Orléans, d'Aix-la-Chapelle, de Liège, de Metz, de Nancy, de Saint-Flour et d'Asti. L'Empereur a également fait ses nominations aux termes du Concordat pour l'Empire. Les demandes d'institution adressées suivant l'usage et des démarches réitérées au nom de l'Empereur pour l'expédition des bulles avaient été sans succès. Sa Majesté, ne désirant que la paix de l'Eglise, engagea plusieurs cardinaux, archevêques et évêques à écrire au Pape. Ils le conjure­nt de donner les bulles nécessaires et de ne pas rompre un concordat qui lui était aussi avantageux. Il a persisté dans son refus.

Des discussions temporelles étant survenues entre l'Empereur et le pape, celui-ci a voulu chercher un moyen de triompher dans ces discussions par un refus absolu de bulles d'institution.

Ainsi, dans l'état des choses actuel, il y a, outre les dix sièges des évêques nommés sans être institués, quinze autres sièges vacants ; savoir : dans le royaume d'Italie, deux archevêchés : Milan, Bologne; cinq évêchés : Caorle, Torcello, Cesena, Mantoue, Bellune; et, dans l'Empire, l'archevêché de Bourges et les évêchés d'Acqui, Brugnato, Colle, Massa, Montalcino, Veroli, Città di Castello. Ce sont vingt-cinq diocèses en souffrance, et de ces diocèses la plupart sont des plus considérables de la chrétienté.

Sa Majesté avait encore, dans le même désir de la paix, consenti que provisoirement les évêques par elle nommés administrassent, suivant l'usage, en vertu des pouvoirs conférés par les chapitres des siéges vacants. Des brefs émanés du Saint-Père et par lui adressés aux chapitres de Paris, de Florence et d'Asti, leur ont défendu de donner des pouvoirs aux évêques que l'Empereur et Roi avait nommés, et par ce moyen le Pape a essayé de susciter des troubles dans l'Église et dans l'État. Les chapitres de l'Empire et ceux du royaume d'Italie ont unanimement et de la manière la plus solennelle professé une doctrine contraire à celle de ces bulles, qui, rédigées comme aux temps désastreux de Grégoire VII, ont excité l'indignation générale.

Les projets sinistres du Pape ont été rendus nuls par la fermeté des chapitres à maintenir leurs droits et par le bon esprit des peuples habitués à ne respecter que les autorités légitimes.

Cependant Sa Majesté, considérant les manquements réitérés pendant dix années de suite à la foi des concordats, et que le Pape était décidé à tout mettre en usage pour s’arroger dans la personne de ses vicaires les droits de tous les évêques, a décidé et nous a chargé de déclarer que, ces concordats, qui sont des actes synallagmatiques, ayant été violés par le Pape, elle n'entend plus, de sa part, les tenir, parce qu'elle ne veut plus que les vues temporelles de la cour de Rome puissent jamais servir de prétexte aux refus de bulles d'institution canonique des évêques.

Sa Majesté déclare qu'elle ne souffrira jamais qu'en France, comme en Allemagne, la cour de Rome exerce, à la vacance des évêques, aucune influence par des vicaires apostoliques, parce que, la reli­gion chrétienne étant nécessaire aux fidèles et à l'État, son existence serait compromise dans les pays où des vicaires que le gouvernement ne reconnaîtrait pas seraient chargés de la direction des fidèles.

Sa Majesté déclare en même temps qu'elle est prête à pourvoir de la manière qui sera indiquée par le concile, à la transmission de l’épiscopat, tel qu'il existe sans interruption depuis les apôtres.

C'est aussi par les vues temporelles de la cour de Rome qu'en Allemagne la religion s'y trouve comme anéantie : presque toutes les églises y sont dépourvues d'évêques.

La religion catholique ne serait plus uniforme, ni dès lors universelle, s'il dépendait des papes d'en interrompre ou d'en intervertir le régime essentiel. Tout ce que les Anglais et d'autres peuples ont dit de l'incompatibilité de la religion catholique avec l'indépendance des gouvernements lui serait alors justement appliqué.

Sa Majesté veut protéger la religion de ses pères. Elle veut la conserver, et cependant ce ne serait plus la même religion si elle n’avait plus d'évêques, et si un seul prétendait se substituer au pouvoir de tous. Sa Majesté entend, comme empereur et roi, comme protecteur de l'Église, comme père de ses peuples, que les évêques soient institués suivant les formes antérieures au Concordat, et sans que jamais un siège puisse vaquer au delà de trois mois, temps plus que suffisant pour un remplacement.

Sa Majesté nous a aussi spécialement chargé de vous déclarer qu'elle continuera de protéger la religion ; qu'elle n'a jamais, à cet égard, rétrogradé ; qu'elle ajoutera encore aux bienfaits dont elle a voulu la combler; mais Sa Majesté n'entend pas que les ennemis de son gouvernement veuillent se servir de la religion pour troubler l’État, ni qu'ils prêchent une fausse doctrine, ni qu'ils alarment les consciences de ses sujets, ni qu'ils cherchent à détruire l'épiscopat, et que par des intérêts temporels ils causent ainsi des ébranlements à la religion. Sa Majesté ne trouve de garantie contre les abus que l’expérience a constatés et qu'elle a elle-même éprouvés que dans la continuité de l'existence des évêques, qui, attachés au sol par tous les liens de l'honneur, de la patrie et du sang, ont intérêt à repousser ce qui serait tenté dans le système de Grégoire VII et des autres papes qui ont imaginé ou qui ont cherché à maintenir les prétentions subversives consignées dans la bulle In cœna Domini. Que le siége de Rome soit le premier, qu'il soit le centre d'unité, mais que tous les sièges se transmettent, quand même celui de Rome aurait la volonté et l'intérêt d'anéantir l'épiscopat. La religion est le bien de tous les peuples, de toutes les nations ; aucune localité, aucun homme, aucune dignité, aucun corps ne peut avoir le droit de l'obscurcir, de le faire tourner à son profit, en confondant les idées les plus simples du temporel et du spirituel, et en mettant de l'incertitude dans les consciences qui ne seraient plus dirigées par les évêques.


Saint-Cloud, 19 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre en Saxe, et parlez au ministre de Saxe à Paris, pour qu'on fournisse les fonds nécessaires pour travailler à la place de Modlin avec la plus grande activité, et pour faire non seulement les ouvrages en terre, mais commencer aussi les travaux de maçonnerie. Cette place fait la sûreté du Grand-Duché.


Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous ai entretenu depuis longtemps du plan de guerre que j'avais arrêté contre les Anglais. Les circon­stances de la guerre d’Espagne rendent la réalisation de ces projets encore plus nécessaire.


 

Boulogne. — Il y aura au 1e août à Boulogne une armée de 40,000 hommes sous les ordres d'un maréchal. Il faut donc qu'il y ait un contre-amiral, et qu'on arme tous les bâtiments nécessaire pour porter ces 40,000 hommes, savoir : 10 prames portant des chevaux; 108 chaloupes canonnières en quatre divisions; 108 ba­teaux canonniers en quatre divisions; 162 péniches en six divisions; 56 bâtiments de la flotte pour le transport de l’armée; total, 450 bâtiments, pour 44,000 hommes et 2,000 chevaux.

Mon intention est de me rendre à Boulogne au mois d'août, de faire appareiller cette flottille et de la tenir ainsi en mouvement, il faudrait, ce me semble, pour cet objet 3 ou 4.000 matelots.

Faites-moi connaître : 1° la situation du matériel et de tout ce qui est nécessaire pour atteindre le but proposé; que j'aurai votre rapport, je donnerai des ordres pour l'armement;  il faut qu'on commence à y travailler avec une grande activité au 1er juil­let; 2° ce qu'il en coûtera d'extraordinaire pour les réparations; 3° le moyen d'avoir les 4,000 matelots nécessaires. Je suppose qu'il faudra à Boulogne quatre bataillons de flottille. Dans cette nouvelle situation de choses, vous pouvez diriger les matelots qui arrivent du Nord en grande partie sur Boulogne.

Vous me ferez connaître ce que chaque bâtiment peut porter. Vous me remettrez sous les yeux les règlements qui avaient été faits pour la flottille. Vous me ferez connaître si elle peut sortir dans une marée, quelle est la distribution à faire des bâtiments entre les ports de Boulogne, d'Ambleteuse et de Wimereux.

Donnez ordre qu'on mette à la mer toutes armées les deux balancelles qui sont à Boulogne, et qu'on essaye leur marche. Si l’on en est content, on ordonnera la construction de huit autres de ces balancelles.

Anvers. — Il faut presser l'armement de l'Auguste, du Pacificateur et de l'Illustre, afin que ces vaisseaux soient en rade de Flessingue au 15 août.

Les quinze vaisseaux de cette escadre pourront porter 8,000 hommes.

Pressez l'arrivée des deux frégates de Dunkerque, qui pourront porter 500 hommes.

Les six frégates hollandaises, en comptant celles de Rotterdam armées en flûte, peuvent porter 3,000 hommes.

Les six corvettes ou bricks peuvent porter 500 hommes, et les deux vaisseaux hollandais 2,000 hommes; ce qui ferait des moyens d'embarquement pour 11,000 hommes et 200 chevaux. Cela ne serait pas suffisant pour faire croire à une expédition. Il faudrait y ajouter une dizaine de grosses flûtes, les plus grosses qu'on pourrait trouver en Hollande, ou à Anvers ou à Flessingue, capables de porter 1,000 hommes et 1,000 chevaux de plus ; ce qui ferait 15,000 hom­mes et 1,200 chevaux.

Il faudrait avoir dans le Zuiderzee six ou sept vaisseaux, deux fré­gates et huit ou dix gros transports pouvant porter 6,000 hommes et 1,000 chevaux; ce qui ferait pour ces deux expéditions plus de 20.000 hommes et de 2,000 chevaux.

Pendant tous les mois de septembre, d'octobre et de novembre, la flottille de Boulogne serait en appareillage et en ligne d'embossage.

Les troupes seraient, pendant le même temps, embarquées à Flessingue et sur le Zuiderzee. On tiendrait ainsi les Anglais en haleine pendant octobre et novembre.

CHERBOURG. — II y aura à Cherbourg deux vaisseaux, une frégate, une corvette, les deux flûtes du Havre qu'il faut faire partir, deux prames et dix des plus gros bâtiments qui soient à Cherbourg et au Havre, qu'il faut mettre en état. Il faut envoyer du Havre à Cherbourg les flûtes l'Escaut et le Rhône, la Corvette le Vésuve et les gabares la Ville-d’Orléans et la Ville-de-Liège.

L'expédition de Cherbourg pourrait porter ainsi 6,000 hommes, qui resteraient embarqués depuis le 1e septembre jusqu'au 15 novembre.

Cette côte sera donc menacée par 80,000 hommes embarqués; ce qui, joint aux mesures politiques que je prends pour nourrir un parti en Irlande, aura des résultats satisfaisants.

Présentez-moi un rapport détaillé sur ces différentes expéditions, et faites-moi connaître ce qu'il en coûtera d'extraordinaire. Je n'ai besoin de rien acheter à Boulogne. Je crois qu'indépendamment des deux flûtes j'ai au Havre de grosses corvettes ou gabares. Il doit y avoir, dans la marine hollandaise, des bâtiments qui ont appartenu à l'ancienne compagnie, qu'on pourrait mettre en état. Il faut, au reste, me faire un rapport sur les dépenses extraordinaires qu'occasionne­ront ces expéditions, sans y comprendre celles de l'armement de la flottille et de l'armement des quinze vaisseaux, qui sont des dépenses ordinaires. Quant à ce qui regarde les hommes et les chevaux, c'est une chose à part. Il faut calculer ce que coûtent vos vivres et cal­culer ce que coûtent ceux de terre. Je pense que la différence n'est pas grande.

Quant à l'escadre de Toulon, elle restera en appareillage comme elle l’est, en veillant à ce qu'elle ait les vivres nécessaires pour une longue course et qu'elle paraisse combinée pour de grandes opérations. Il faudrait faire en sorte d'avoir le plus tôt possible le seizième vaisseau en rade; d'avoir, de plus, trois ou quatre frégates et tout ce qui peut faire supposer à cette escadre un grand but; enfin aviser à tous les moyens pour accréditer l'idée qu'elle est destinée à au grande expédition.

Réitérez l’ordre que l'escadre de Lorient se rende à Brest; il serait avantageux qu'elle pût y arriver dans le courant de septembre.

Il serait convenable de finir le Tromp à Rotterdam, afin de le faire passer à Anvers.

Remettez-moi avant le 23 un rapport sur tout cela.


Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez des ordres et prenez des mesures pour que six vaisseaux de ligne, dont un de 80 et un de trois ponts, soient armés à Rochefort, et envoyés en rade, de manière à y être au mois de septembre

Vous prescrirez les dispositions suivantes pour appuyer la gauche de la rade :

1° Une bombarde portant quatre mortiers à la Gomer de 12 pouces, lesquels, tirés à petite charge, de manière à porter à 1,300 toises, ne fatigueraient pas les bombardes et leur permettraient de résister longtemps, et portant de plus deux mortiers de 12 pouces à plaque, portant à 2,000 toises;

2° Deux prames dans le genre de celle qui est à Cherbourg et portant quatorze canons, quatorze pièces de 36.

Une batterie flottante ou vaisseau à trois ponts, portant trois batteries de 30 et pouvant porter de quatre-vingt-dix à cent pièces de canon. On construira cette batterie flottante à neuf; ou l’on prendra le Tourville on le démâtera, on fera les réparations nécessaires pour qu'il puisse contenir les trois batteries, et l’on doublera l'épaisseur du bois de la batterie, partie en liége, bois et cordages, de manière que le vaisseau soit à l'abri du boulet. Ce vaisseau sera placé sur des corps morts, entouré de ses prames et de ses bombardes, de manière à appuyer la gauche.

On ajouterait à chaque vaisseau deux canonnières portant du 24, et trois excellentes péniches, indépendamment des canots.

Je donne ordre qu'il soit placé à l'île d'Aix huit pièces de 48.


Je pense même qu'il serait utile que la première batterie de la batterie flottante fût composée de pièces de 48.


Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Ordonnez qu'il soit désigné un vaisseau de l'escadre de Toulon, commandé par un capitaine distingué, et prescrivez qu'à dater de juillet les manœuvres de ce vaisseau soient faites à l'anglaise.

Même ordre pour un vaisseau de l'escadre de l'Escaut.

Les amiraux vous rendront compte tous les mois des observations qu'ils auront faites.


Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, j'ai toujours sur le cœur ce serment prêté au Pape, qui me parait fort intempestif. Faites des recherches pour connaître ce que veut dire ce serment, s'il était d'usage et comment les parlements voyaient cela. Ayez soin de ne rien laisser imprimer que je ne l’aie vu. Le mandement même ne doit pas être imprimé avant que vous ne me l'ayez soumis. Veillez à ce qu'il n'y ait dans l'assemblée aucun folliculaire ni étranger; il faut qu'il n'y ait que les évêques; quant aux prêtres qu'on propose d'y admettre, j'autoriserai, si cela est absolument nécessaire, l'entrée d'une douzaine de prêtres dont vous me remettrez avant la liste, avec des renseignements sur chacun d'eux; il faut que ce soit de bons prêtres, et non des réacteurs. Le rapport que vous faites au concile ne doit pas être imprimé. Vous devez simplement le remettre, après l’avoir lu, au comité du concile. Ce comité ne pourra faire imprimer son rapport que quand je l'aurai approuvé, en n'y joignant que les pièces qui seront convenues. Il est nécessaire que vous veniez souvent à mon lever me rendre compte de ce qui se sera passé.


Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi faire un état à colonnes de tous les convois d'artillerie partis de Wesel et de Mayence pour Danzig, avec l'endroit où ils se trouvent chaque jour. Dans la colonne qui désignera les convois, on in­diquera de quelle espèce de chevaux ils sont attelés, sous quelle escorte ils marchent, et par quelles voitures et de quelles sortes de voitures ils sont composés. Cet état m'est nécessaire pour bien connaître ces grands mouvements et juger de l'importance de ces convois.

Un autre état de cette espèce m'est également nécessaire pour l'artillerie de l’armée d'Espagne.

Il est d'usage de me changer ces états tous les quinze jours, en y mentionnant les augmentations survenues dans l'intervalle.


Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi de Naples que mon intention est que mes troupes ne soient pas disséminées; qu'il réunisse les trois bataillons suisses, les trois bataillons de la Tour-d'Auvergne, les trois bataillons d'Issembourg et les trois du 22e léger dans un camp ou au plus deux, sous les ordres d'un général français ; que je n'entends pas qu'aucun géné­ral napolitain ni au service de Naples commande mes troupes.


Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je trouve votre lettre au général Reille entortillée et mal rédigée. Mandez à ce général qu'au 20 juillet les trois compagnies du 5e bataillon du 25e de ligne et les trois compagnies du 5e bataillon du 46e seront incorporées, les unes dans le 81e et les autres dans le 60e, et que les cadres, officiers et sous-officiers, rentreront à leurs dépôts en France; qu'au 20 juillet les 1er et 2e régiments provi­soires d'infanterie seront dissous, et qu'il en sera formé les corps suivants, savoir : 1° un bataillon de marche, sous le nom de bataillon de marche de l'armée d'Aragon, qui sera composé des com­pagnies des 14e, 44e et 12e; ce bataillon sera réuni à Tudela, où il restera jusqu'au 1er août, terme auquel vous lui ferez passer des ordres ; 2° un second bataillon de marche sous le nom de bataillon de marche de l’armée de Portugal, qui sera composé des compagnies des 4e, 2e et 3e; lequel bataillon se rendra à Burgos, où il restera jusqu'au 1er août, terme auquel vous lui ferez parvenir des ordres; que les quatre compagnies du 122e et les trois compagnies du 12e lé­ger se rendront à Burgos où elles resteront jusqu'à nouvel ordre; et que les deux compagnies du 15e léger seront incorporées dans le 5e léger à son arrivée à Vitoria.

Vous manderez au général Caffarelli que les quatre bataillons d'élite des 3e et 105e arriveront du 10 au 20 juillet en Biscaye; qu’il doit placer ces bataillons à Irun et à Tolosa, et réunir à Vitoria tout ce qui appartient à l'armée de Portugal ; que le 20 juillet il dirige les quatre bataillons de l'armée de Portugal sur Burgos, en conser­vant à Vitoria le 3e bataillon du 50e et celui du 25e léger; mais qu'aussitôt que le 52e et le 5e léger seront arrivés il fasse partir aussi­tôt ces deux 3ee bataillons pour Burgos.

Vous aurez soin d'être ponctuellement instruit de l'époque de l'arrivée de ces bataillons à Burgos. Vous prendrez mes ordres au 10 juillet sur la formation d'une brigade de marche qui sera dirigée sur l'armée de Portugal selon les circonstances d'alors, et en force ; car cette armée peut se trouver engagée dans des opérations où il serait utile que 6 ou 7,000 hommes marchassent à la fois.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous fassiez toucher légèrement au ministre de Suède que je vois avec peine que la prin­cesse royale vienne en France sans en avoir obtenu la permission ; que c'est hors d'usage, et que je regrette qu'elle quitte son mari dans une circonstance aussi importante. Il est convenable de parler égale­ment au ministre de Suède des entrevues de Gœteborg et des relations de la Suède avec les Anglais.


Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il est nécessaire que vous envoyiez sans délai un courrier à Saint-Pétersbourg. Je vous ai envoyé votre projet de lettre à Lauriston; il faut lui en écrire une autre sur les insinuations que M. de Romanzof a faites relativement à la Saxe. Il est embarrassé à cet égard. Dites-lui qu'il s'embarrasse de bien peu de chose; que le roi de Saxe lève 1,500 chevaux par le même principe que j'en ai levé 30,000, qu'il lève 1,500 chevaux par le même prin­cipe que j'ai porté mes régiments de cavalerie et de cuirassiers à 1,200 chevaux , par le même principe que j'ai formé mes 6e batail­lons, que je forme neuf nouveaux régiments de chevau-légers; que le roi de Saxe a fait quelques dépenses parce que je lui ai facilité un emprunt; que, si je lui ai facilité cet emprunt, c'était pour qu'il se mit en état; qu'enfin la Saxe arme par le même principe que la Westphalie lève ses 4e bataillons, par le même principe que 20,000 hom­mes sont à Danzig, qu'on dépense trois millions dans cette place, et que 400 bateaux et 500 voiles y sont arrivés ou doivent y arriver chargés d'artillerie et de munitions.

Dites à Lauriston qu'il comprend mal ma position ; que la Russie sait tout cela; que je l'ai dit à tous les Russes, parce qu'il faudrait être bien aveugle pour ne pas voir toutes mes routes chargées de con­vois, de détachements en marche, de convois militaires, et qu'on ne peut pas dépenser vingt-cinq millions par mois pour un objet sans que tout soit en mouvement dans un pays; mais que ces mouvements, je ne les ai ordonnés qu'après que la Russie m'eut fait connaître qu'elle pouvait changer et saisir le premier moment favorable pour commencer des hostilités.

La création de vingt places fortes sur les frontières, le mouvement des divisions de Finlande et de Moldavie, la déclaration de l'empe­reur Alexandre qu'il est prêt, ne sont-ce pas des renseignements bien suffisants pour s'apprêter aussi ? Croirait-on en Russie que nous voulons recevoir la loi ? Dans toute cette discussion, le comte Lauriston doit parler franchement: nous voulons la paix, mais nous sommes prêts à la guerre. Nous n'étions pas prêts parce que depuis la paix de Vienne nous n'avons fait que désarmer et que je ne pouvais pu croire possible une rupture avec la Russie. Déjà la création des places fortes depuis dix-huit mois m'avait surpris; mais, depuis, les mouve­ments des divisions de Finlande et de Moldavie, la formation des 5e bataillons en régiments de ligne, le manifeste remis à toutes les cours de l'Europe sur l'Oldenburg, et le grand rassemblement sur les frontières du Duché, rassemblement que depuis on a porté en arrière, tout enfin m'a fait comprendre qu'il fallait se mettre en mesure. J'ai dépensé cent millions, et je suis en mesure. Si je n'ai pas fait armer la Bavière, Wurtemberg et Bade, c'est que je n'ai pas pensé avoir besoin de ces troupes au premier moment, et que j'ai cru qu'on serait toujours à temps de les faire armer après les hostilités.

Dans votre lettre à Lauriston, ajoutez :

« L'Empereur trouve fort extraordinaire que vous vous soyez trouvé si court de discussion dans cette circonstance. Sa Majesté a fait publiquement toutes ces dispositions; elle a tout déclaré au prince Kourakine. L'empereur Alexandre ayant dit qu'il était prêt depuis deux mois, il était tout simple de répondre : Si vous êtes prêt depuis deux mois, ce qui dans un si vaste empire suppose que ces mouve­ments sont ordonnés depuis quatre mois, ne trouvez donc pas mau­vais que, actuellement que vous êtes prêt, on s'apprête.

Vous avez dû voir, Monsieur le Comte, dans le discours de Sa Majesté au Corps législatif, et vous verrez par les comptes de finances qui vont s'imprimer, que Sa Majesté ne dissimule pas que les incartades de la Russie lui coûtent cent millions; et cependant vous avez dû remarquer combien ce discours était pacifique. La Russie a espéré qu'on n'était pas en mesure et qu'on serait effrayé par ses armements. Toutefois, si elle veut la paix, qu'elle dise ce qu'elle veut, et fasse finir, par un arrangement quelconque, cette que­relle qu'elle a ouverte par un manifeste. Le prétexte qu'on veut réta­blir la Pologne est un prétexte banal. Si l'on avait voulu rétablir la Pologne, on l'aurait rétablie; d'ailleurs, le projet de convention offrait toute sûreté, et la France n'en est pas venue au point de faiblesse et de mépris que cette assurance ne doive pas suffire. Si l’on a des inquiétudes, qu'on dise ce qu'on veut. Quant à la cession d'un district de Pologne, partez bien de ce principe qu'il faudrait que les armées russes nous eussent ramenés sur le Rhin pour nous faire consentir à un démembrement si déshonorant. L'Empereur veut la paix ; elle lui est avantageuse; mais la paix doit être aussi désirée par la Russie, si elle sait calculer.

L'Empereur n'a pas armé lorsque la Russie armait en secret ; il a armé publiquement et lorsque la Russie était prête, d'après ce que dit l'empereur Alexandre lui-même. L'Empereur n'a pas fait de mani­feste ni de querelle aux yeux des cours de l'Europe; il n'a pas même fait de réponse; enfin l'Empereur ne demande pas mieux que de remettre les choses dans l'état où elles étaient. Il l’a proposé; au lieu d'envoyer quelqu'un pour négocier, on dit des choses peu solides. L'intention de l'Empereur n'est donc pas que vous niiez les armements et que vous mettiez la Saxe dans une position embarrassante; mais que vous demandiez avec instance qu'on fasse cesser cet état violent, non pas par des récriminations, mais par des explici­tions sincères et en cherchant des moyens d'arrangement si l’on peut en trouver. La Russie est en guerre contre l'Angleterre et la Turquie, et elle fait pourtant, par sa conduite extraordinaire, tout ce qu'elle peut faire de plus avantageux à l'Angleterre et à la Turquie.

Vous ne devez pas dissimuler que, si Ton ne s'arrange pas, ooo-seulement j'ai armé, mais j'armerai encore; j'ai appelé la conscrip­tion de cette année et j'y ajouterai celle de 1812. J'ai dépensé ceal millions d'extraordinaire, je peux en dépenser cent autres sans tou­cher à ma réserve, comme on s'en convaincra en lisant les comptee de finances.

Vous devez donc conjurer l'empereur de mettre un terme à tout cela, en ne laissant cependant aucun espoir de toucher à la Pologne; cela serait déshonorant, et pour l'Empereur l'honneur est plus cher que la vie. »

Dans une lettre confidentielle, je désire que vous témoigniez à Lauriston que je ne trouve pas qu'il ait étudié et qu'il connaisse la question. Que m'importe à moi si les Anglais en sont venus à avoir accès auprès de l'empereur et à lui faire voir des choses qui n'existent pas? ce qui m'importe à moi, c'est si l'on fait quelque chose pour perdre la Pologne. Faites comprendre à Lauriston que je désire la paix et qu'il est bien temps que tout cela finisse promptement. Mandez lui que, l'arrivée de Caulaincourt et ses dernières lettres fai­sant espérer que l'empereur revient à des dispositions différentes, que tout ceci n'est que le résultat d'un malentendu, si la Russie ne fait plus de mouvements, je n'en ferai plus; que j'avais demandé à la Bavière et à Bade de nouveaux régiments, et que je viens de contremander cette demande; que j'ai arrêté le départ de convois qui étaient destinés pour les places de l'Oder; que, quant aux convois en ce moment en chemin et dont on pourrait apprendre l'arrivée  à Danzig, il faut qu'on remarque la distance, qui explique que ce sont des mouvements effectués d'après des ordres donnés il y a deux mois.

Écrivez aussi au baron Bourgoing; dites-lui que la position de la Saxe n'est pas du tout embarrassante, puisque l'Empereur met dans un rapport dix fois plus fort que ce que fait la Saxe, et que d'ailleurs l'empereur de Russie a déclaré lui-même qu'il était prêt.


Écrivez à Lauriston, relativement aux bâtiments américains dont il annonce l'arrivée, que pas un n'est américain, que tous sont des bâtiments masqués, pour le compte des Anglais.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

On m'assure que le sieur … , conservateur des forêts, a des affaires très dérangées, qu'il y a même prise de corps contre lui. Faites-moi un rapport là-dessus. C'est un homme à remplacer.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note sur le 30e de dragons. Il faut me faire connaître quel est ce colonel et envoyer un général sévère ou un bon inspecteur aux revues, à l'improviste, pour faire l'inspection de ce régiment.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les projets sur l’île d'Yeu ; on les discutera en décembre. Je trouve les ouvrages trop considé­rables; ils exigent trop d'hommes, trop de dépenses, trop d'artillerie, et ne pourront pas être faits en trois mois.

L'île d'Yeu n'est pas, comme l’île d'Aix, assez près du continent pour que l'ennemi, venant à s'en emparer, s'y maintienne difficile­ment et ne soit exposé à en être chassé par les renforts que l'on pourrait envoyer; elle est trop éloignée, se trouvera abandonnée à ses propres forces, et l'ennemi, par la supériorité de sa marine, empêchera qu'on n'y porte des secours. Il est donc évident que, si nous faisons des forts considérables à l'île d'Yeu et que l’ennemi s'en em­pare, nous ne la reprendrons plus. Il est également vrai que, si l'ennemi veut bien décidément s'en emparer, on ne pourra pas s'y opposer. La garnison se défendra, mais les 500 hommes qui la com­poseront seront pris au bout d'un mois : ce serait donc des forts pour l'ennemi; ils lui assureraient la possession de l'île; il vaut mieux ne pas en faire.

Cependant les 300 hommes que nous avons ordinairement à l’île d'Yeu peuvent se trouver attaqués et pris par une descente de 5 à 600 hommes; ils n'ont pas de quoi capituler; ils n'auront pas même le temps de s'embarquer dans le port et de gagner le large ; il faudra donc faire assez pour que 300 hommes défendant l'île aient un réduit pour se replier, et que l'ennemi sache que, pour s'en emparer, il faudra débarquer du canon et tous les moyens nécessaires pour faire un siège. Or un siège ne peut s'entreprendre que par une expédition venant de Londres ; mais un commandant d'escadre devant Rochefort peut débarquer 6 ou 700 hommes et en prendre 300 que nous aurions à l'île d'Yeu. Une batterie d'un seul côté, avec une caserne et un magasin, défendrait le port. Un ouvrage en terre sur la hauteur avec un réduit mettrait les 300 hommes à l'abri d'insulte. Il faudra débarquer du canon pour pouvoir prendre ces ouvrages; alors c'est une opération qui doit être ordonnée et concertée en Angleterre, quand l'ennemi voudra la tenter.

Il importe beaucoup qu'il y ait peu de matériel d'artillerie à l’île d’Yeu, et de ne pas attirer l'attention de l'ennemi sur ce point, vu la facilité qu'il aurait de l'attaquer, étant si efficacement protégé par ses forces maritimes.

Il ne faut pas dépenser à l'île d'Yeu plus de 150,000 francs, et l’on ne doit y construire que les ouvrages nécessaires pour qu'un com­mandant d'escadre ne soit pas tenté de l'attaquer, et qu'il lui soit impossible de s'en emparer en débarquant 5 ou 600 hommes.

Mon intention est d'ajourner au mois de décembre les projets sur l’île d'Yeu, et d'employer 150,000 francs à l'île d'Aix, afin de pousser avec activité les travaux sur ce point, qui est d'une si grande importance.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'avais ordonné que l'amiral Dewinter fit une revue des régiments hollandais pour en retirer tous les marins. Je ne sais pas s'il a passé cette revue ni ce qu'elle a produit.


Envoyez-moi la situation des équipages de haut bord au 15 juillet (le dernier état que j'ai est du 15 mai), et poussez enfin l'organisa­tion de ces équipages.

Je dois avoir cette année vingt et un vaisseaux en rade de Flessingues, savoir : douze qui existaient au 1er janvier dernier, six qui seront mis à l'eau cette année et trois provenant de Rotterdam. Je dis trois de Rotterdam, parce que je désire que vous fassiez terminer sans délai ces vaisseaux, qui sont à leurs 23 vingt-quatrièmes. Ces vingt et un vaisseaux exigent vingt et un équipages. Les trois vaisseaux hollandais auront trois équipages hollandais avec canonniers français, garnison française, la moitié des officiers et le tiers de la maîstrance français. Il faut les accoutumer à se nourrir absolument comme les nôtres. Sur les six vaisseaux français qu'on doit lancer cette année, trois peuvent avoir des équipages hollandais et trois des équipages français. Nous aurions donc alors dans l'escadre quatre équipages danois, six équipages hollandais et onze équipages français.

Au Texel, je dois avoir cette année sept vaisseaux hollandais. Je désire également que la garnison de ces vaisseaux soit française, et qu'à fur et mesure que le ministre de la guerre aura organisé les compagnies de garnison on les mette à bord. Je désire que dès cette année les canonniers soient français, et qu'il y ait quelques officiers français mêlés avec les hollandais.

Les conscrits de la Hollande devront donc fournir les équipages de treize vaisseaux.

Il y avait 4,000 matelots hollandais avant la conscription. La conscription et l'inscription maritime en ont, je crois, donné 4,000. On a dû trouver où l’on doit trouver dans les régiments hollandais 2,000 matelots; cela fait donc 10,000 matelots. Or treize équipages n’en exigent que 6,000. Je désire que dans l'état de situation que vous me remettrez de chaque port vous me fassiez connaître l'équi­page qui monte chaque vaisseau.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vois par le dernier état de situation que je n'ai que quarante équipages de vaisseaux organisés, formant 16,000 hommes à l'effectif, et qu'il manque 4,600 hommes au com­plet. Ainsi voilà donc l'emploi de 4,600 conscrits. Mais ces quarante équipages ne suffisent point pour deux vaisseaux de guerre et trois frégates que j'ai à Venise, pour quatre frégates que j'ai à Corfou, seize vaisseaux de guerre et six frégates que j'ai à Toulon, un vais­seau qui va être mis à l'eau à Gènes, six vaisseaux de guerre et trois frégates à Rochefort, quatre vaisseaux de guerre à Lorient, deux fré­gates à Nantes, deux vaisseaux de guerre et deux frégates à Brest, trois vaisseaux de guerre et une frégate à Cherbourg, quinze vaisseaux de guerre à Anvers; total, quarante-neuf vaisseaux de guerre. Sur ces quarante-neuf vaisseaux, les équipages de quatre sont danois : restent donc quarante-cinq équipages français. On ne peut pas mettre moins de cinq équipages pour les frégates ; ce qui fera donc cinquante équipages ou 25,000 matelots; il y en a 16,000; déficit 9,000.

Il n'y a qu'un équipage dans le Texel; il en faut deux autres. Il y en a deux dans l'Elbe et dans l'Ems. Il en faut un à Danzig. Il y en a un dans l'Escaut, il en faudrait un nouveau. Il y en a un à Boulogne; il en faudrait quatre. Il y en a cinq jusqu'à Bayonne, cela ne parait pas suffisant; il en faudrait encore au moins un. Il y a quatre équipages dans la Méditerranée. Il y a donc quatorze équipages ou 6,600 matelots, et dès lors il en manque au complet 8,000. Il faut huit autres équipages, ce qui exige encore 9 à 10,000 hommes. Il manque donc pour les équipages des flottilles environ 18,000 hom­mes; on peut ôter les deux bataillons du Texel qui sont au compte de la Hollande; ce qui réduit le nombre nécessaire à 16,000.

Ainsi il manque sur les vaisseaux de guerre 9,000 hommes, et sur la flottille 16,000. Il manque donc 25,000 hommes, c'est-à-dire qu'il faudrait le double de ce que nous avons. Je ne comprends donc pas pourquoi vous trouvez tant de difficultés à faire des levées, et vous dites qu'il n'y a pas assez de bâtiments.

Je me résume : je voudrais, cette année, soixante-trois équipages de haut bord , dont cinquante équipages français de haut bord, dont dix-huit dans la Méditerranée, dont trois à Venise, sept à Rochefort, quatre à Lorient, deux à Brest, trois à Cherbourg, seize à Anvers, et treize hollandais , dont six à Anvers, sept au Texel ; total, soixante-trois équipages de haut bord, plus vingt-deux de flottille, dont deux hollandais; ce qui fait quatre-vingt-cinq équipages, faisant 32,000 hommes pour les équipages de haut bord et 27,000 pour la flottille.

Cet effort me parait nécessaire pour atteindre le but que je me propose.


Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, faites connaître au ministre de Naples que je suis obsédé tous les jours par des gens auxquels le roi accorde un Ordre ; qu'il doit écrire à sa cour que désormais je n'accorderai à aucun Français la permission de porter cet Ordre ; et que, pour ne pas s'attirer un affront, le roi ne doit plus donner son Ordre à personne; qu'il a été déjà donné à beaucoup trop de monde en France, et que cela devient ridicule.


Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre en Saxe, et parlez au ministre de Saxe ici, pour leur faire connaître que les paroles de la Russie sont bonnes; qu'elle paraît effrayée depuis que j’ai relevé le gant, mais que rien n'est décidé; que le but de la Russie parait être d'obtenir, en indemnité du duché d'Oldenburg, la cession de deux districts de la Pologne, ce que je ne veux pas faire, par honneur et parce que cela anéantirait tout à fait le Grand-Duché ; qu'il est donc possible que cela traîne en longueur, mais que je suis
constant dans mes dispositions ; que le prince d'Eckmühl a 130,000 hommes dans la main; que je désire que le corps saxon soit tenu prêt à partir et que les états de situation de ce corps soient envoyés tous les mois au prince d'Eckmühl, ainsi que l'indication des lieux où il se trouve. Demandez la même chose pour les trois divisions polonaises du Grand-Duché. Vous ajouterez que je suppose que les deux divisions saxonnes, les trois divisions polonaises et une division westphalienne pourraient former, en cas d'événement, une force de 60,000 hommes, qui, joints aux 130,000 du corps du prince d'Eckmühl et à 12,000 hommes que pourraient fournir les princes de la Confédération au premier moment, feraient 200,000 hommes; qu'une deuxième ligne de même force est répartie entre les camps de Boulogne et d'Utrecht, sur le Rhin, sur l'Adige, dans la Bavière et de Wurtemberg, ce qui réunirait en quelques jours 400,000 hommes sur la Vistule; qu'il est extrêmement important que l’on travaille aux places de Modlin et de Thorn avec la plus grande activité; qu'il faut non seulement commencer les ouvrages avancés que j'ai ordonné, mais aussi les travaux en maçonnerie, afin qu'aux mois de septembre et d'octobre on puisse armer Thorn et Modlin et compter sur ces places; qu'il faut que l'argent ne manque pas; que l'emprunt a déjà fourni deux millions et fournit encore; qu'on ne saurait trop appuyer sur la nécessité de travailler avec la plus grande activité à ces deux places, surtout à Modlin; que c'est cette place qui couvre réellement Varsovie, et qu'elle est de la plus haute importance; que je vois avec peine que les ouvrages en maçonnerie ne soient pas commencer qu'il faut y employer un millier de maçons et pousser le plus vivement possible ces travaux.

Écrivez dans le même sens au baron Bignon. L'emprunt a déjà produit des fonds ; on pourrait d'ailleurs avancer encore sur cet emprunt.


Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 17 juin il y avait à Niort 380 hom­mes au dépôt de cavalerie légère, sur lesquels 124 hommes sont désignés pour la réforme, pour les eaux ou pour la retraite. Autori­sez le général Defrance à faire les fonctions d'inspecteur pour débarrasser ce dépôt de tous les hommes inutiles. Les 256 restants sont en état de partir. La caserne de Niort manque de fournitures. Les hommes du dépôt de cavalerie légère de Niort sont très mal habillés: ils ont tous besoin de sabres et de carabines; il n'y a pas à ce dépôt 50 sabres. Y avez-vous dirigé un millier de sabres, un millier de carabines et un millier de paires de pistolets ? Cela est urgent. Ce dépôt réclame huit mois de solde; avez-vous pris des mesures pour les faire payer ? car il ne serait pas juste que ces hommes entrassent en Espagne avec un arriéré. Le major que vous avez chargé du commandement de ce dépôt n'était pas encore arrivé au 17 juin.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie des lettres relatives à une affaire fort désagréable qui vient d'arriver au 60e. Le payeur Jehannot, et je suis surpris qu'un payeur ne sache pas que la solde est due au soldat, ne devait pas défendre de payer le soldat; il devait le faire solder ou du moins prendre mes ordres. Je savais que ce régiment devait partir, et je l'aurais fait solder. Tout cela est d'autant plus extraordinaire qu'on savait bien que l’Illyrie n'était pas un pays indépendant et qu'il n'y avait pas de fonds. Témoignez mon mécon­tentement à ce payeur. Dans tous les cas imprévus, il doit prendre mes ordres, et d'ailleurs toujours partir du principe que le soldat ne doit pas souffrir de ces difficultés : la solde lui est due.

Le payeur de Toulon est un malavisé ; il aurait bien pu avancer le payement d'une somme de 100,000 francs.

Je remarque dans la lettre du payeur général qu'il dit au payeur de solder « s'il a des fonds ». Cette manière de donner un ordre est ridicule. Le payeur d'une ville comme Toulon doit avoir des fonds, et d'ailleurs son métier était d'en trouver. Cette lettre ne fait pas hon­neur au payeur général. Donnez ordre que ce régiment soit entièrement soldé de tout ce qui lui est dû avant son arrivée à Pau, où il se rend. Il passe par Toulouse; il y sera le 4 juillet; vous pouvez le faire solder à Toulouse.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je suis instruit que des généraux, des états-majors, des commissaires des guerres attachent à leur service des hommes pris dans les corps, ce qui affaiblit les régiments; cet abus a lieu surtout en Espagne. Donnez ordre qu'on arrête ces sol­dats et qu'ils soient renvoyés à leurs corps.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 22, sur le casernement de la Garde à Ram­bouillet. Faites établir la caserne que vous proposez pour 100 hommes et 70 chevaux; à la rigueur, cela peut suffire pour les voyages.

Il n'y a pas assez de casernes aux environs de Paris. Je voudrais en avoir à Rambouillet, à Fontainebleau et entre Saint-Cloud, Compiègne et Courbevoie. A Rambouillet, je voudrais une caserne qui pût contenir un bataillon d'infanterie de 840 hommes et deux esca­drons de cavalerie de 250 hommes et 250 chevaux. Faîtes-moi connaître dans quel endroit on pourrait la placer et ce qu'elle coûterait. La Garde tiendrait toujours là un bataillon et deux escadrons. Je voudrais avoir à égale distance d'une lieue de Courbevoie, de Rueil et de Saint-Cloud, une caserne capable de contenir 4,000 hommes, dans le genre de celle de Courbevoie; de sorte que, si l’on voulut manœuvrer, on réunirait la caserne de Rueil, celle de Courbevoie et la nouvelle caserne, et l’on aurait une division.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le corps d'observation de l'Elbe a quatre divisions d'infanterie. Au 15 août il sera porté à cinq divisions moyennant le départ des 4e et 6e bataillons.

Si ce corps devait marcher entre le 15 août et le 1er septembre, on répartirait les deux premiers bataillons des 127e, 128e et 129e entre les divisions. Ainsi donc, au 1er septembre, ce corps serait composé de cinq divisions françaises et d'une 7e division, qui est la division de Danzig, que doit commander le général Grandjean.

La 1e division doit avoir trois régiments ou quinze bataillons fran­çais, et deux bataillons des trois régiments qui se forment à Ham­bourg; ce qui ferait dix-sept bataillons, composant trois brigades. Les 2e et 3e divisions seraient de même force; la 4e division aurait seize bataillons et trois brigades : le 33e léger ne doit avoir que qua­tre bataillons; la 5e division aurait vingt bataillons et quatre brigades. La 7e division serait composée des trois premiers bataillons des trois régiments qui sont à Danzig, savoir, le 5e, le 10e et le 11e, soit neuf bataillons; de quatre bataillons westphaliens, de deux batail­lons saxons, de deux bataillons bavarois et d'un bataillon wurtembergeois; total, 18 bataillons et 4 brigades. Ces dix-huit formeraient quatre brigades de la manière suivante : 1e brigade, cinq bataillons polonais; 2e brigade, quatre autres bataillons polo­nais; 3e brigade, quatre bataillons westphaliens ; 4e brigade, deux bataillons saxons, le bataillon wurtembergeois et les deux ba­taillons bavarois.


Ces sept divisions se composeraient donc de cent cinq bataillons et vingt brigades; ce qui ferait 88,000 hommes d'infanterie.

Il resterait en outre 7 à 8,000 hommes pour le fond de la garnison de Danzig.

Les garnisons de Küstrin, Stettin et Glogau seraient formées par les troupes du prince primat de Darmstadt et du grand-duché de Berg.

La 7e division sera toute réunie à Danzig. Le général Grandjean sera sous les ordres du général Rapp, gouverneur général, et en même temps correspondra directement avec le prince d'Eckmühl pour tout ce qui concerne la formation et la situation de sa division. Qua­tre généraux de brigade seront attachés à cette division, savoir : trois généraux de brigade français et un général polonais.

Ce qui restera pour la garnison de Danzig se composera de trois bataillons polonais, de deux bataillons westphaliens, de deux saxons et d'un wurtembergeois; total, 8 bataillons, indépendamment de l'artillerie et des sapeurs. Ces huit bataillons seront plus que suffi­sants du moment que le corps d'observation de l'Elbe sera sur la Vistule; mais il est bien entendu que la 7e division doit rester con­stamment dans le territoire de Danzig et sous les ordres du général Rapp, pendant tout le temps que le corps d'observation de l'Elbe restera sur les derrières. J'ai donc, dès ce moment, près de 25,000 hommes à Danzig.

Cavalerie. — Le prince d'Eckmühl a sept régiments de cavalerie légère, y compris le 9e de chevau-légers ou 30e de chasseurs; il a, en outre, un régiment de chevau-légers polonais à Danzig : c'est donc huit régiments, qui doivent présenter 7,200 hommes à cheval au 1er septembre. Je porte 100 chevaux par régiment, pour la diffé­rence de l'effectif au présent. Le prince d'Eckmühl a, en outre, une division de cuirassiers, qui, en septembre, doit avoir 4,000 hommes à cheval. Cela fait donc 11,000 chevaux.

Les trois divisions de cuirassiers qui sont restées en France, ne pouvant être employées à d'autre service qu'à la guerre d'Allemagne, sont prêtes à se porter au corps d'observation de l'Elbe. En septem­bre, chaque régiment serait de 800 chevaux, hormis les carabiniers et le 1er de cuirassiers, qui seront à 900 chevaux; cela ferait donc 9,000 chevaux, qui, joints aux 11,000 existant en Allemagne, por­teraient la cavalerie à plus de 20,000 chevaux.

Artillerie. — Chacun des seize régiments du corps d'observation de l'Elbe ayant quatre pièces de canon, cela ferait soixante-quatre pièces ; la 7e division en aurait dix-huit, ce qui ferait quatre-vingt-deux pièces de régiment. Chacune des six divisions doit avoir quatorze pièces, ce qui ferait quatre-vingt-quatre, et, en outre, une réserve de seize pièces; total, 100. Les quatre divisions de cuirassiers doivent en avoir quarante-huit. Total général, 230 bouches à feu.

Les quatre bataillons du train qui sont au delà du Rhin doivent être complétés en matériel, personnel et attelages, et enfin doivent être tenus dans le meilleur état. Toutes les compagnies d'artillerie à pied et à cheval doivent être portées au grand complet par des conscrits qui, si aucune nouvelle circonstance ne presse, partiront à la fin de septembre de leur dépôt, où on leur aura fait faire le polygone pen­dant les mois d'août et de septembre.

Les compagnies de sapeurs seront portées également au grand complet par des conscrits.

Dans le courant de juillet, d'août et de septembre, toutes les com­pagnies d'infanterie seront mises au grand complet de 140 hommes, indépendamment des malades, par des envois de conscrits réfractaires, qui seront tirés de Walcheren et autres dépôts.

Le seul corps d'observation de l’Elbe formera donc une armée de six divisions d'infanterie, de quatre brigades de cavalerie légère et de quatre divisions de grosse cavalerie, formant un total, l'artillerie comprise, de 120,000 hommes, indépendamment de ce qui est employé pour les garnisons de Danzig, Stettin , Küstrin et Glogau.

L'armée du roi de Saxe est prête à partir, forte de 20,000 hommes d'infanterie et de 4,000 chevaux.

L'armée du grand-duché de Varsovie a 24,000 hommes d'infan­terie et 10,000 de cavalerie.

L'armée de Westphalie a 12,000 hommes d'infanterie et 3,000 de cavalerie.

En cas d'événement, toutes les troupes seraient sous les ordres du prince d'Eckmühl. Ainsi il y a dans ce moment réunis sons la main du prince d'Eckmühl 145,000 hommes d'infanterie, 40,000 de cavalerie et 15,000 d'artillerie; total, 200,000 hommes.

Mon intention est que vous continuiez à faire tous les mouvements nécessaires pour compléter le corps d'observation de l'Elbe. Sans doute il n'y a pas de presse; mais mon intention est que, en cas de circonstances extraordinaires, ce corps puisse en vingt-quatre heures se mettre en mouvement et se porter sur la Vistule. Les sapeurs, l'artillerie (matériel et personnel), l'administration el les transports militaires doivent être complétés.

Quant aux équipages, chaque bataillon doit avoir son caisson; il y a cent neuf bataillons, c'est 109 caissons. Le 12e bataillon ayant 236 voitures doit être tout entier dans l'arrondissement du corps d’observation de l'Elbe, et rester à la disposition du maréchal prince d’Eckmühl.

Il ne doit jamais rien manquer à ce corps d'armée. Au mois de février, le corps d'observation de l'Elbe sera augmenté d’une division, qui sera la 6e ; elle sera composée d'un régiment infanterie légère que je désignerai et des 127e, 128e et 129e régiments complétés à quatre bataillons, chacun ayant ses quatre pièces de régiment et sa compagnie d'artillerie.

Ainsi le corps d'observation de l'Elbe se trouvera augmenté de seize bataillons, de plusieurs divisions d'artillerie et de seize pièces de régiment; ce qui portera ce corps de 120 à 130,000 hommes.

À la même époque et avec la conscription de 1812, tous les 5e bataillons de ces vingt régiments formeront six brigades, en réunissant à la même brigade les 5e bataillons des régiments qui sont dans la même division. Ces 5e bataillons seront tous complétés à 560 hommes ce qui fera deux petites divisions ou 12,200 hommes; on y attachera deux batteries d'artillerie. Ces troupes seront chargées de prendre position sur les derrières et d'occuper Hambourg, Magdebourg et la côte.

C'est dans ce sens que tout doit être organisé et dirigé. Ainsi, pour le corps d'observation de l'Elbe, tout doit être mis en mouvement.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le corps d'observation d'Italie doit rester organisé comme il est jusqu'au 1er janvier, mais seulement sur le papier.

Passé le 1er janvier, tous les 4e bataillons doivent marcher. Le 29e se rendra à Toulon, ce qui pourtant ne change rien au corps d’observation d'Italie, dont ce régiment fera toujours partie.

Au lieu du 30e de dragons, devenu régiment de chevau-légers, il faut mettre le 28e. Le 19e de chasseurs doit être porté comme faisant partie du corps d'observation d'Italie.

Vous ordonnerez qu'au 1er juillet les bataillons d'élite soient dissous ; que les 4e compagnies de grenadiers et de voltigeurs soient affectées aux 4e bataillons. Ainsi tous ces 4e bataillons auront leur compagnie d'élite; du reste, ils seront remis à l'effectif des autres. Les compagnies d'artillerie garderont leurs caissons et leurs pièces; mais vous ordonnerez d'utiliser tous ces chevaux, sans cependant les fatiguer.

Vous ordonnerez que les compagnies d'artillerie se réunissent à Vérone au 1er juillet. Un officier d'artillerie leur fera faire le polygone et les exercices nécessaires pour compléter leur instruction. Vous ferez connaître ces dispositions au général qui commande mes troupes en Illyrie. Il pourra employer les deux bataillons croates pour le service d'Illyrie, ainsi que le 8e d'infanterie légère. Mon intention est que le 8e, au lieu de deux bataillons, en ait trois au corps d'observation d'Italie. A cet effet, le 3e bataillon, qui se réunit à Toulon, ira le joindre avant le mois de janvier prochain.

Les compagnies d'artillerie des régiments qui sont en Illyrie, hormis celles de Zura et de Raguse, feront également polygone.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que les bataillons d'élite du corps d'observation de l'Océan soient dissous de la même manière  que les bataillons d'élite d'Italie.

Vous porterez dans la 1e division du corps d'observation de l'Océan le 4e bataillon du 19e. Ainsi, au lieu de 10 hommes qui manquent, ce sera 850.

Vous comprenez comme existants 300 hommes du dépôt de Walcheren; or mon intention est d'employer ces bataillons de Schouwen et de Goeree à recruter les corps de l'Elbe. Vous ne devez donc plus compter sur ces 300 hommes pour le 19e du corps de l'Océan.

Vous donnerez ordre que dans le courant de juillet les 4e babil­lons des 26e léger, 4e, 19e, 123e, 26e, 72e, 46e, 126e, 18e, 93e, 56e, 124e, 2e, 37e et 125e de ligne rejoignent leurs régiments. Vous laisserez le colonel et le général commandant la division choisir le jour de départ qui sera le plus commode pour le soldat, mais de manière que tous ces bataillons aient rejoint au 10 août. Vous donnerez ordre que tout ce qui est disponible dans les 5e bataillons soit employé à compléter ces 4e bataillons.

Ainsi ces corps m'offriront en infanterie 66,000 hommes; ce qui, avec les dix régiments de cavalerie, les six de chevau-légers et l'artillerie, fera une armée de plus de 80,000 hommes.


Le corps d'observation de l'Océan doit avoir au camp de Boulogne deux divisions, formant quarante bataillons, et un régiment de cavalerie.

Le camp d'Utrecht doit former une division composée de vingt bataillons.

Enfin un camp près d'Emden doit recevoir une division de dix-huit bataillons.

Ces camps doivent être formés du 15 août au 1er septembre. Un maréchal commandera les camps d'Utrecht et d'Emden; un autre maréchal commandera le camp de Boulogne.

Faîtes-moi connaître ce que me coûteront ces camps, comme sup­plément de solde, s'il y en a à donner, comme vivres de campagne, comme réparation de baraques, etc. Écrivez à cet effet au ministre de l'administration de la guerre. Envoyez-lui les états pour que je puisse calculer quelle augmentation de dépense cela me fera par mois.

Pour pouvoir faire ce mouvement, j'aurai besoin de pourvoir à la garnison de Paris et aussi à celle du Havre; il faut également pour­voir à la garnison de toutes les côtes de la Hollande. Je pense que moins on y emploiera de monde, mieux cela vaudra. Les bataillons des conscrits de Walcheren sont suffisants à Schouwen et à Goeree. La réunion de tous les voltigeurs et quelques détachements de cava­lerie des 23e et 24e de chasseurs seront suffisants pour la garde des côtes.

Les Anglais ne peuvent embarquer aucune troupe d'expédition, pas même 1,500 hommes; il est donc inutile de perdre la moitié de mes troupes sans raison sur la côte. Il suffit d'y avoir des canonniers et des détachements de voltigeurs et de cavalerie pour surveiller la con­trebande et prêter main-forte aux douanes. Une colonne mobile pla­cée au Helder, une autre à mi-chemin entre le Helder et l'embou­chure de la Meuse, une troisième à l'embouchure de la Meuse, me paraissent suffisantes. De même, dans la 31e division militaire, une colonne mobile sera placée à Harlingen, une autre entre Harlingen et Emden et une troisième à Emden. Vous avez dû recevoir des ren­seignements là-dessus; remettez-moi un projet.

Mon intention est qu'en juillet le 124e quitte la Zeeland, et qu'il ne reste à Flessingue que les cinq bataillons de Walcheren. Ce régi­ment doit prendre tous les jours de la consistance.

Je termine ici tout ce qui est relatif au système d'organisation du corps d'observation de l'Océan.

Mon projet est de menacer les Anglais et, du 1e septembre au 1er octobre, d'embarquer des troupes sur mes vaisseaux de l'Escaut, ainsi que sur mes flottilles de Boulogne et du Zuiderzee, et enfin d'avoir cette expédition prête à se porter en Irlande.

Un corps de 6,000 hommes à Cherbourg est nécessaire; ils seront pris sur le camp de Boulogne.

Je désire revoir tous les projets relatifs à cette expédition d'Irlande, puisque enfin les Anglais continuent à se dégarnir pour l'Espagne. Rien ne doit être plus facile, vers la fin d'octobre, que de jeter 25,000 hommes en Irlande.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, on a acheté une si grande quantité de chevaux en France, tant pour l'Espagne que pour remonter les corps de l’intérieur, que la France est épuisée de chevaux. Il faudrait vous occuper sérieusement à faire des achats dans le Hanovre, le Mecklenburg et le Holstein. Je vois que vos quatre régiments de cuirassiers ont reçu ordre d'acheter, en Allemagne, sur la première commande 625 che­vaux et sur la deuxième 329. Ils doivent acheter 296 chevaux dans l’intérieur ; mais les marchés ne sont pas passés ; je pense que vous devez les faire acheter en Allemagne. Vu les réformes que vous aurez faites dans ces régiments, lors même que ces achats seraient complé­tés , ces régiments seront à moins de 900 chevaux, l'un portant l'autre. Or mon intention est qu'ils soient tous à 1,000 chevaux.

Quant aux six régiments de chasseurs et hussards, on a traité pour acheter 1,678 chevaux; on doit en fournir en France 350; les mar­chés sont faits; mais après qu'ils auront reçu ces l,678 chevaux, ces régiments n'auront, l'un portant l'autre, que 7 à 800 chevaux: il leur manquera encore 15 à 1000 chevaux pour être au complet de 1,000. Je tiens pourtant à ce que tous mes régiments de cavalerie en Allemagne aient 1,000 chevaux. Ils sont à l’avant-garde et doivent marcher les premiers; il faut donc que ce soit une cavalerie belle et nombreuse. Vous avez des généraux de cavalerie; faites passer la revue de tous vos régiments. Ne permettez pas qu'on reforme des chevaux, puisque après peu de temps ils se remettent, et qu'en temps de guerre on les change. Occupez-vous des moyens de pouvoir entrer au mois de septembre en campagne avec 1,000 chevaux, c'est-à-dire chaque escadron étant à 250 hommes. Ne comptez pas sur la France pour des chevaux, surtout pour ceux de cuirassiers. On a la plus grande peine à en procurer aux autres régiments.


Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 18 juin. Vous avez eu tort d'écrire la lettre, dont il est question dans votre rapport du 28 avril, aux gouvernements de la Confédération pour leur proposer de donner un supplément de solde à leurs officiers pour frais de table. L'officier ne doit avoir que sa ration ; il est suffisamment payé. Je ne veux accorder aucun supplément ; je dis je ne veux, parce qu'il n'y a pas de possibilité. En Espagne on n'a rien; en Italie on n'a rien ; en Illyrie on n'a rien : on ne doit rien avoir à Danzig. Cela n'a été qu'une espèce de contribution de guerre que cette autorisation à l'officier à vivre chez les habitants ; mais elle n'a jamais été donnée en temps de paix et dans un pays ami. Il est également nécessaire qu'il ne soit rien payé d'extraordinaire dans la 32e division militaire. Il faut payer la solde et rien autre chose, parce que ces frais extraordinaires ne pourraient pas être alloués par le trésor. Ce serait détruire notre puissance dans sa source que de pousser les choses à l'excès. Faites donc connaître au général Rapp que je n'alloue rien et ne puis rien allouer.


Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez un décret qui dissout l'armée de Naples et forme un corps d'observation de l'Italie méri­dionale. Ce corps sera commandé par le général Grenier et sera com­posé d'une division de trois brigades.

La 1e brigade sera composée des cinq bataillons du 22e régiment d'infanterie légère, et commandée par le général Sénécal; la 2e bri­gade, des six bataillons du régiment de la Tour-d'Auvergne, et com­mandée par le général Lanchantin ; et la 3e brigade, de quatre batail­lons du régiment d'Isembourg, et commandée par le général Decous.


Les deux généraux de brigade restants, savoir : le général Moitié sera détaché à Otrante pour suivre la correspondance et l'approvisionnement de Corfou, il correspondra avec le général Grenier; le général Fressinel sera à la disposition du général Grenier, pour être employé selon les circonstances.

L'adjudant-commandant Thomas sera le chef d'état-major de cette division.

Deux compagnies d'artillerie à pied et deux batteries de six pièces de canon seront attachées à cette division. Tous les employés, com­missaires des guerres, ordonnateurs, officiers du génie et d'artillerie autres que ceux nécessaires pour le service de la division, resteront en France. Un commissaire des guerres restera à Otrante pour être chargé des détails relatifs à l'approvisionnement de Corfou.

Vous avez du donner l'ordre au 1er régiment suisse de se rendre à Rome. Vous donnerez le même ordre à deux compagnies d'artillerie des quatre qui sont dans le royaume de Naples, et à tout le matériel d'artillerie, au train et à tout ce qui se trouverait à Naples apparte­nant à la France, non employé dans le corps de l'Italie méridionale

Ce corps se réunira dans les lieux les plus sains, entre Naples, Capoue et Gaète. Il sera exclusivement sous les ordres du général Grenier, qui correspondra directement avec vous et recevra vos ordres. Il ne sera point employé à la police du pays, et ne sera commandé par aucun officier au service du roi de Naples. Le général Grenier veillera à ce qu'aucun homme ne soit débauché. Il emploiera tout son temps à l'organisation de son corps, à mettre sa comptabi­lité en état, à former de bonnes troupes et à se mettre en état de se porter avec 8 ou 9,000 hommes sur quelque point de l'Italie que ce soit. Il pourvoira à ce qu'il ait ses ambulances et hôpitaux. Ce corps sera soldé, nourri et habillé par le roi de Naples et aura les vivres de campagne. Il y sera attaché un payeur divisionnaire qui rendra ses comptes au trésor. Comme c'est moi qui ai habillé les régiments à Naples, le général Grenier réclamera tous les habille­ments fournis à mes troupes en 1810 et 1811.

Vous notifierez mon décret au roi de Naples. Vous lui ferez con­naître qu'ayant besoin de réunir toutes mes troupes j'ai dissous l’armée de Naples et formé un corps d'observation sous les ordres du général Grenier; que je laisserai ce corps suffisamment de temps dans le royaume de Naples pour être assuré qu'il peut s'en passer; que, tout le temps qu'il restera dans ses États, il sera nourri, payé, entretenu et habillé par le trésor napolitain ; que, par le traité que j'ai fait avec lui, il doit me fournir un contingent; que je désire savoir la partie de ce contingent qui est prête à partir; que j'y comprends les troupes napolitaines qui sont en Espagne.

Vous ordonnerez au général Grenier d'adresser des ordres aux dif­férents régiments pour la prompte réunion de son corps, et de porter tous ses soins à la discipline, l'instruction et la bonne tenue des régiments. Vous lui écrirez que je compte que du 1er au 15 août ce corps sera disponible entre Naples et Gaète, prêt à se porter où il sera nécessaire.


Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi connaître : 1° ce qu'est l'arsenal qu'on construit à côté du bassin à Boulogne; 2° si vous avez besoin des huit cents pièces de fonte de 18 et de 24 qui sont à l'arsenal de la marine. Il me semble que ces pièces n'ont été cédées par la guerre qu'à défaut de pièces de fer. Aujourd'hui qu'il ne manque point de pièces de fer, il faudrait ordonner qu'elles rentrassent dans les places de Flandre, d'où elles ont été tirées et où elles font faute.

Je vois qu’on a fait déjà 400 fusées à la Congrève. Afin d'avoir des épreuves et de savoir à quelle distance elles vont, ordonnez qu'on en tire.


Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Trieste

Monsieur le Comte Bertrand, indépendamment de votre correspon­dance avec le ministre, je désire que vous m'écriviez directement. Faites-moi connaître la situation de la solde. Il est urgent de met­tre l'administration eu bon état. Il y avait quelque désordre précé­demment.

On m'a remis un projet sur Zara et sur Raguse ; puisque vous pouvez voir par vous-même sur les lieux, j'ai ordonné qu'on vous envoyât ces projets; vous m'en rendrez compte.

Faîtes-moi connaître quelle est la situation des régiments illyriens et ce qu'a produit la conscription.


Les mines d'Idria doivent bien aller, puisque le domaine extraor­dinaire leur fait les avances nécessaires. Je ne verrais pas d'inconvénient à faire donner par le domaine extraordinaire de semblable secours aux autres mines qui en auraient besoin, mais en échange de produits fabriqués et à un prix raisonnable.


Saint-Cloud, 25 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon chargé d'affaires à Constantinople de porter plainte contre la conduite d'Ali-Pacha et de l'acte d'hostilité qu'il vient de commettre envers des individus qui se sont sauvés de Sainte-Maure. Faites demander satisfaction de cet acte, que je regarde comme un acte d'hostilité.


Saint-Cloud, 25 juin 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, faites passer un million à l'armée de Catalogne, en attendant que vous m'ayez remis votre rapport » sur la solde de cette armée, et que vous m'ayez fait connaître ce qui lui est dû.


Saint-Cloud, 25 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les bataillons du train d'artillerie, étant à 1,000 hommes et 1,500 chevaux, ne sont pas suffisamment commandés. Vous étiez chargé de me présenter un décret pour en confier la direction un officier supérieur et en augmenter les cadres. Cela me parait très important.


Saint-Cloud, 25 juin 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je vous ai déjà mandé que les 260 chevaux de la 2e et de la 3e commande, destinés aux régiments du corps d'observation de l'Elbe et dont on n'a pas passé les marchés en France, ne devaient pas être achetés en France, et que vous deviez mander aux colonels de faire passer eux-mêmes ces marchés dans les pays où se trouvent leurs corps : ceux qui sont à Danzig, à Danzig ; ceux qui sont à Stettin, à Stettin; en Hanovre dans le Hanovre, etc. Vous me remettrez un projet de décret pour ordonner une sixième commande, qui aura lieu également dans les pays où se trouvent les régiments, et qui servira à remplacer ce que les corps ont perdu et les chevaux qui ont été réformés; de sorte que les quatre régiments de cuirassiers aient leurs 4,000 chevaux, les quatre régiments de chasseurs pareil nombre, et les deux de hussards leurs 2,000, et qu'au total la cavalerie du corps de l'Elbe ait 10,000 hommes mon­tés. Ce sera un millier de chevaux à acheter. Cette sixième commande, qui serait faite dans le courant d'août,  devrait être dirigée de manière qu'au 15 septembre les 10,000 chevaux fussent présents, équipés et montés. J'ai grandement à cœur que le corps d'observation de l'Elbe soit au grand complet pour tout.


Saint-Cloud, 25 juin 1811.

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, voici les renseignements que l’on me donne sur Boulogne : 1° avec 100,000 francs on peut mettre en état d'aller en Angleterre les dix meilleures prames ; 2° avec 300,000 francs on peut mettre en état d'aller en Angleterre les cinquante-quatre meilleures chaloupes canonnières; 3° avec 600,000 francs on peut mettre en état d'aller en Angleterre deux cent seize bateaux canonniers, savoir : cinquante-quatre armés de pièces de 24 ou de 18 ou de caronades équivalentes et le reste portant du 6 ou du 8 seu­lement; 4° avec 25,000 francs on peut mettre en état d'aller en Angleterre les cinquante-quatre meilleures péniches; ce qui fait trois cent trente bateaux, exigeant une dépense d'environ un million et 3,000 matelots, et portant 31,000 hommes et 1,000 chevaux. On n'évalue pas ce que coûteraient les six autres prames et les autres canonnières et péniches, mais on estime que ces bâtiments ont besoin d'une refonte entière.

Il y a aujourd'hui à Boulogne un équipage de 1,200 matelots pleins de zèle et de bonne volonté. Étant dans l'intention de dépenser un million à Boulogne pour les réparations, il restera encore un million pour les dépenses de réparations ordinaires et autres, qui auront lieu pendant les cinq mois de l’année qui restent à courir.

Cette flottille de guerre serait divisée en trois parties. La première partie serait composée de cinq prames, de vingt-sept chaloupes canonnières, de vingt-sept bateaux canonniers armés de pièces de 24 et de neuf péniches; ce qui ferait soixante à soixante et dix bâtiments et formerait une première ligne d'embossage. Cette ligne d'embout exigerait moins de 900 matelots pour la servir; il en existe 1,200 ainsi cette première partie pourrait sortir et se mettre en mouvement dès le mois prochain. La deuxième partie de la flottille serait com­posée à peu près de même, et serait destinée à remplacer la première et à sortir alternativement. Les cent soixante-deux bateaux canonniers restants et les trente-six péniches formeraient la troisième partie. Ces bâtiments n'entreraient pas dans la ligne d'embossage, mais sorti­raient plusieurs fois pendant l'arrière-saison pour se placer derrière la ligne d'embossage, et leur présence donnerait quelque inquiétude en Angleterre.

On emploie dans ce moment 500 ouvriers de tous métiers à Bou­logne; ce qui emploie 25,000 francs par mois pour la main d’oeuvre. On pense qu'en triplant le nombre de ces ouvriers on pourrait, dans les mois de juillet, d'août et de septembre, réparer et mettre en état les trois cents bâtiments. Dans le mois de juillet on pourrait faire sortir la première ligne d'embossage et commencer à faire sensation en Angleterre dans les premiers jours d'août.

Je vous prie d'écrire par estafette à Boulogne pour avoir tous ces renseignements, afin de me présenter sans délai un rapport avec un projet de décret sur ces bases.

On suppose qu'entre Ambleteuse, Wimereux et Boulogne, ces trois cents bâtiments sortiraient dans une marée, surtout si l’on sup­posait déjà dehors une ligne d'embossage. On regarde les péniches comme tout à fait hors d'état de servir, ainsi que la flottille de trans­port. Il me semble qu'il serait convenable de s'en défaire entièrement en les démolissant pour en employer les matériaux à construire d'au­tres bâtiments. On ne fait à Boulogne aucun cas des balancelles.

Résumé : II n'est plus question de donner à la flottille l'extension qu'elle avait, mais d'organiser des moyens pour que 40,000 hommes, avec un millier de chevaux et l'artillerie nécessaire, puissent en un jour passer en Angleterre. Il est indispensable pour mes projets ulté­rieurs que ces moyens consistent en trois cent vingt bâtiments et soient prêts au 15 septembre. Je ne prends point de décret, parce que j'attends votre rapport; mais il est indispensable que les travaux commencent au 1er juillet.


Saint-Cloud, 26 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, par le traité que j'ai fait avec le roi de Naples, le roi s'est engagé à construire un certain nombre de vaisseaux et de frégates. Je désire que vous me présentiez un projet de note ayant pour objet de faire connaître à cette cour que, si elle ne prend pas des mesures pour construire deux vaisseaux et tant de vaisseaux par an, ce qui doit faire tant en telle année, je déclarerai le traité non avenu. Vous enverrez cette note à mon ministre à Naples, afin qu'il presse les travaux des constructions avec la plus grande activité.


Saint-Cloud, 26 juin 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un canevas pour la note à présenter au ministre de Naples ici. Vous enverrez la même note à mon ministre à Naples pour qu'il la remette au ministre Gallo. Vous ferez connaître de vive voix, dans la conversation, au ministre de Naples qu'il n'est pas juste que le roi de Naples ne fasse rien pour la cause commune; que j'ai réduit les troupes françaises qui étaient dans le royaume, rappelé les généraux, et n'ai laissé qu'une seule division ; qu'il n'y a pas aujourd'hui 8,000 Français dans le royaume de Naples ; vous mettrez sous ses yeux, et vous donnerez le même argument au baron Durand, la différence qu'il y a entre le royaume de Naples et le royaume d'Italie, qui est cependant aussi une de mes conquêtes; que le royaume d'Italie me rend trente millions par an, met 60,000 hommes à ma disposition, dépense trois millions par an pour les places fortes de Palmanova, Mantoue, Legnago, Peschiera, qui couvrent mes frontières, m'a déjà offert plusieurs frégates, a en mer trois vaisseaux de ligne et en aura bientôt neuf ou dix, et m’a fourni plus de 1,500 matelots. Je ne demande rien de nouveau au roi de Naples, mais j'insiste sur l'exécution des traités. Il y a tout ce qu'il faut dans le royaume; il ne s'agit que de dépenser de l'argent, et il le faut, puisque c'est l'exécution des traités.

Vous recommanderez au baron Durand de faire de cela l’objet constant de ses soins et de presser sans cesse le ministère.

Vous écrirez au ministre de la marine pour le prévenir de la pro­position que vous faites d'envoyer en France cinq équipages, formant 3,000 matelots, et de mettre à sa disposition un vaisseau et une frégate cette année. Il sera nécessaire qu'il envoie des officiers de marine pour recevoir ces matelots et ces vaisseaux.

Vous ne manquerez pas d'ajouter, dans votre conversation, et votre correspondance, que sous le gouvernement du roi la Hollande ne m'était d'aucun secours ; qu'elle me fournit aujourd'hui 10,000 matelots et a douze vaisseaux en rade. Enfin vous devez faire de cette matière importante l'objet spécial de votre correspondance avec mon ministre, et de vos conversations avec le ministre de Naples ici et avec le ministre de la marine. Je suppose que le ministre de Naples et le baron Durand ont le traité; s'ils ne l'avaient pas, il faut le leur faire connaître.


Saint-Cloud, 26 juin 1811

Au baron de La Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris

J'ai lu avec attention le compte que vous m'avez remis. Je désire­rais une manière plus claire pour les 1,172,000 francs de virement de la caisse du domaine à la caisse centrale.

Il résulte de votre compte que le domaine extraordinaire avait au 1er juin 353,666, 000 francs, mais sur cette somme 135,159,000 francs appartiennent aux revenus de 1810 et 1811 et, par conséquent sont compris dans ces budgets puisque j'ai fait des disposition de dépenses. Le trésor du domaine extraordinaire n'est donc que de  346,507,000 francs, qui sont dans votre portefeuille, dans les valeurs suivantes, savoir : 85 millions argent comptant; 84 millions placés au trésor; 38,200,000 francs de valeurs, telles qu'effets de la Banque, de la caisse d'amortissement, effets sur particuliers, valant de l'argent comptant; 61,480,000 francs de bons de Westphalie, de Bavière, de Saxe et de Danzig; 71,154,000 francs de bons de Vienne et de Prusse; 18,160,000 francs d'effets qui ne sont d'aucune valeur, comme déjà donnés ou allant être donnés : ce sont des rentes sur le Monte-Napoleone, sur l'État, etc. En ôtant ces 18,160,000 francs des 346,507,000 francs, l'avoir du domaine extraordinaire se trouve être de 328,347,000 francs, valant de l'argent comptant. Voyez le comte Defermon pour savoir si ce fonds est susceptible d'être aug­menté dans l’année, soit par résultat de traités faits avec les diffé­rents débiteurs de Hesse-Cassel, soit par la vente de domaines de la rive gauche du Rhin, qui se montent à des sommes plus considérables que vous ne les portez, soit par quelque autre objet que ce soit.

Mais il faut encore de ces 328,347,000 francs déduire les sommes que je me suis engagé à payer par un décret, telles que les huit mil­lions pour l'achèvement du Louvre que vous devez encore sur les trente-six millions. Je ne sais pas si votre compte est entièrement soldé avec le trésor.

Je vous prie de m'apporter des explications là-dessus vendredi, afin que j'aie des idées bien nettes sur mon avoir.


Saint-Cloud, 26 juin 1811

A M. de Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer, à Paris

Monsieur le Duc de Vicence, mes officiers d'ordonnance sont sous vos ordres ; je désire que vous preniez les mesures nécessaires pour leur instruction et tout ce qui les regarde. Faites-moi un rapport sur les traitements dont ils jouissent et sur ce que je leur accorde pour leur premier équipement. L'expérience des dernières campagnes a démontré la quantité de chevaux nécessaire pour leur service. Ils doivent avoir des chevaux partout où j'en envoie. Ils doivent suivre les exercices d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie de la Garde, afin de prendre les connaissances de ces trois armes nécessaires pour leur service. Faites-moi également un règlement pour leurs voyages, afin de savoir comment ils doivent être payés quand ils vont en mission, et par qui, et pour savoir également comment doivent leur parvenir les instructions à leur faire passer.


Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au général Bertrand qu'il doit aviser aux moyens d'occuper Lussin-Piccolo; qu'on peut s'y porter du continent de Dalmatie avec des chaloupes canonnières; qu'il doit y envoyer 400 hommes et y faire établir un fort; que cela contiendra les Anglais et sera une chose utile à toute l'Adriatique.


Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez ordre que la flottille de l'Ems soit complétée sur-le-champ, et que les six bateaux canonniers qui manquent lui soient remis. Ordonnez également que le nombre de ces bâtiments canonniers  soit augmenté, de sorte qu'immédiatement après avoir reçu vos ordres la flottille de l’Ems ait vingt bateaux canonniers. On peut tirer ces bâtiments soit du Texel, soit de tout autre endroit. Donnez ordre au commandant de cette flottille d'en tenir constamment douze à quinze sur les Wadden. Ces quinze bateaux canonniers seront divisés en cinq sections, composées chacune de trois bateaux canonniers. Le commandant les placera entre les neuf îles depuis celle de Rottum jusqu'à celle de Langeroog, de sorte que les commandants de ces bateaux canonniers, ayant des troupes à bord, soient chargés de la surveillance d'une ou deux îles, sachent ce qui se passe et puissent répondre de la correspondance qu'on voudrait faire passer par ces îles. Le commandant de la flottille, avec ses canonnières et le reste de ses bateaux canonniers, se porterait alors sur l’une ou l'autre de ces îles, selon les circonstances.

Donnez ordre au commandant de la flottille du Texel d'avoir une division de canonnières à l'embouchure de l'Ems, ayant une section entre Rottum et Schiermonnikoog, et de surveiller les correspon­dances et les passes d'Ameland et de Schiermonnikoog.

La flottille des villes hanséatiques aura spécialement six bateaux canonniers chargés de surveiller les îles et passages de Wangeroog et Spiekeroog.

Par ce moyen, les trois flottilles concourront également à la défense des Wadden, qu'il faut surveiller, parce que les Anglais communiquent par là et font filer par là leurs marchandises sur le continent.


Il serait convenable de joindre à ces bateaux canonniers quelques bonnes péniches, afin de descendre plus facilement dans ces îles et d'être toujours à portée de les bien visiter.


Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Je vous ai mandé que vous étiez maître de diriger sur Danzig les bataillons westphaliens. Je désire toutefois que vous ayez de bons renseignements sur l'esprit des officiers et des soldats. Si vous n'en êtes pas sûr, gardez-les à Magdeburg. Je vois qu'il en déserte beau­coup de Danzig.


Saint-Cloud, 27 juin 1811.

NOTES POUR LE COLONEL DU GÉNIE DEPONTHON, SECRÉTAIRE DU CABINET DE L’EMPEREUR.

Écrire à M. Atthalin (officier d’ordonnance de l’Empereur) que les renseignements qu'il donne sur les places fortes et fortifications sont suffisants, mais que ses rapports sur le personnel des troupes sont incomplets. Par exemple, il ne donne pas assez de détails sur les dépôts des 96e et 55e à Boulogne; il ne dit pas combien l’on attend de conscrits, de quels départements, s'il y a de la désertion, ce qu'il y a d'arrivé, de quelle qualité est l’habillement, s'il y a des plaintes, si des officiers manquent aux cadres.

Il faut que de l'île de Walcheren il envoie des rapports très détaillés sur ces différents objets : l'Empereur attend ses rapports pour ordon­ner le départ de nouveaux conscrits réfractaires pour les régiments qui sont en Allemagne. Les compagnies dont les cadres ont été rem­plis par des conscrits réfractaires de ce régiment, et qui sont destinées pour l'armée d'Allemagne, sont-elles parties ? Ont-elles eu des déser­teurs ? Cette mesure réussit-elle ? M. Atthalin doit entrer dans des détails sur les dispositions ordonnées par Sa Majesté et sur ce qui a été exécuté.

Écrire dans le même sens à M. d'Hautpoul (officier d’ordonnance de l’Empereur). Lui dire de voir en détail les quatre bataillons, de prendre note des places vacantes, etc., de visiter avec attention l’artillerie et les équipages de campagne qui sont dans les dépôts qu'il parcourt, et de faire en sorte que ce qui concerne le personnel dans ses rapports ne laisse rien à désirer.


Saint-Cloud, 29 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Au 20 juin, il n'y avait dans le magasin du régiment de l’île de Ré que 320 habits, 28 vestes et 98 culottes. Le 1er bataillon, qui est à l’île d'Aix, était seul habillé; les autres bataillons avaient reçu des draps , mais n'étaient pas encore parfaitement habillés ; de sorte qu'il parait que, quoiqu'on ait beaucoup fourni à ce régiment, on n'a pas fourni suffisamment. Il y a suffisamment de gibernes, mais il manque la moitié des autres objets d'équipement.

Les hôpitaux sont insuffisants dans l’île de Ré.


Saint-Cloud, 29 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Donnez ordre qu'aucun traitement extraordinaire, même celui du duc d’Istrie, ne soit payé que lorsque la solde sera payée. Témoignez mon mécontentement au duc d'Istrie de ce qu'il a contrarié à cet égard les dispositions du général Caffarelli à Vitoria, lorsque cette armée a tant de besoins.


Saint-Cloud, 29 juin 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, vous aurez vu dans le Moniteur une relation du siège de Tarragone, où les Italiens sont cités honorablement. Il faut me proposer des récompenses pour ceux qui se sont distingués.


Saint-Cloud, 30 juin 1811

RÉPONSE DE L'EMPEREUR A L'ADRESSE DU CORPS LÉGISLATIF.

Monsieur le Président et Messieurs les Députés du Corps législatif, j'ai été bien aise de vous voir près de moi dans cette circonstance si chère à mon cœur.

Tous les vœux que vous formez pour l'avenir me sont très agréables. Mon fils répondra à l'attente de la France; il aura pour vos enfants les sentiments que je vous porte. Les Français n'oublieront jamais que leur bonheur et leur gloire sont attachés à la prospérité de ce trône que j'ai élevé, consolidé et agrandi avec eux et pour eux. Je désire que ceci soit entendu de tous les Français. Dans quelque position que la Providence et ma volonté les aient placés, le bien, l'amour de la France est leur premier devoir. J'agrée vos sentiments.

AUX DÈPUTATIONS DES DÉPARTEMENTS DE L'ELBE, DU WESER ET DE L’EMS.

Messieurs les Députés des départements de l'Elbe, du Weser et de l'Ems, vous êtes réunis pour toujours à l'Empire. Aucune transaction politique ne peut vous en détacher. Vous remplirez toutes vos obli­gations de Français; vous jouirez de tous les privilèges attachés à cette qualité. J'agrée vos sentiments.


1 – 15 juin 1811