16 – 30
mai 1811
Rambouillet, 16 mai 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre rapport
du 15 mai. Vous me répondez, pour vous justifier de ce que quinze gendarmes
restent sans armes dans l’île de Walcheren, que vous avez donné l’ordre. Il
vaudrait mieux n’avoir pas donné d’ordre et que ces hommes fussent armés.
Lorsque vous donnez des ordres, prenez des mesures pour qu’ils soient exécutés
et punissez ceux qui commettent une faute aussi grave. Pourquoi renouveler un
ordre ? Un ordre doit toujours être exécuté ; quand il ne l’est pas,
il y a crime, et le coupable doit être puni. Les rênes d’un ministère de la
guerre doivent être tenues d’une main plus ferme que cela.
Le chef de bataillon
Balzon n’est pas à Sud-Beveland. Il faut faire une enquête là-dessus et le
traduire à une commission militaire si le fait est vrai, ne se fût-il absenté
que vingt-quatre heures.
J’approuve la
nomination du capitaine Guettrel pour commandant d’armes à Nord-Beveland.
Donnez-moi l’état des
services du général de brigade Charnotet, qui est à Flessingue. Il faut dans ce
poste un homme capable et sûr.
Présentez-moi un décret
pour mettre un adjudant capitaine dans la place de Tholen, un à Schouwen et un
dans l’île de Nord-Beveland.
Rambouillet, 16 mai 1811
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée
d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, je crains que
vous ne vous occupiez pas assez du 33e régiment d'infanterie légère. On m'assure
qu'il y a un grand nombre de femmes à la suite de ce régiment.
Faites-moi connaître ce qui en est. Il ne faut garder que le nombre de femmes prescrit par l'ordonnance et renvoyer les autres. Ce régiment a
besoin de toute votre attention.
Rambouillet, 17 mai 1811
Au
maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, je vois avec
plaisir que les régiments de vos trois départements vont bientôt être formés. Il faut
les compléter à cinq bataillons,
comme nos régiments français, et, s’il est possible, faire marcher à la fin de l’année les quatre bataillons
au lieu de trois. Je crois avoir nommé
les colonels, majors et chefs de bataillon. Mon intention n'est pas de mettre des conscrits français dans ces régiments,
je ne le puis pas ; mais j'ai le
projet de les compléter avec la conscription
du pays. Je compte lever au mois de juillet dans vos trois départements la conscription de 1810. Elle doit
produire 6 ou 7,000 hommes; ce qui
complétera vos régiments de 10 à 11,000 hommes, en ayant soin qu'un tiers des officiers soit des Français tirés de nos anciens régiments, qu'un tiers soit des Français
sortant du service d'Autriche et
venant du dépôt de Passau, et que le dernier tiers soit des officiers des troupes du pays. Avec cela on
doit avoir un très bon régiment. Faites-moi connaître les officiers qui sont
nommés et si mes intentions là-dessus
sont remplies.
Rambouillet, 17 mai 1811
Au maréchal Davout,
prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon Cousin, je vous envoie
la copie de ma lettre au roi de Saxe sur la formation d'une division polonaise à
Danzig, sur l'organisation de l'armée du Grand-Duché et l'addition d'une 19e
compagnie aux onze régiments d'infanterie composant cette armée.
Rambouillet, 17 mai
1811
A Frédéric-Auguste, roi
de Saxe, à Dresde
Monsieur mon Frère,
j'envoie à Votre Majesté un décret que je viens de prendre pour qu'elle
autorise son ministre de la guerre et son ministre des finances à faire les
dispositions nécessaires pour son exécution.
Le 5e régiment
restera pour le moment à Küstrin ; je prendrai des mesures pour le réunir à Danzig aux 10e et 11e; en
attendant, le 4e
bataillon de ce régiment peut être formé à Danzig. La division qui sera formée
de ces trois régiments sera la quatrième division de l'armée du Grand-Duché. Il
reste dans le Grand-Duché onze autres régiments d'infanterie; je
pense qu'il faut en former trois divisions, savoir : une division de
quatre régiments, la seconde de quatre régiments et la troisième de
trois régiments. On y joindra deux régiments de cavalerie, et l’on fera
commander chaque division par un général de division, trois généraux de brigade
et un adjudant commandant, un.
Chaque régiment aura deux
pièces de canon servies par sa compagnie d'artillerie.
Indépendamment de cette artillerie,
chaque division aura une compagnie d'artillerie à cheval servant deux obusiers, quatre
pièces de 6, et une compagnie d'artillerie à pied servant deux obusiers
et six pièces de 6 ; total, vingt à vingt-deux bouches à feu par division.
Les trois divisions auront une compagnie de sapeurs avec ses outils. Il restera neuf régiments de cavalerie, qui
formeront trois brigades de trois régiments chacune. Il y aura au parc deux divisions d'artillerie
de réserve de huit pièces de canon chacune servies par l’artillerie à pied. La
deuxième division détachera un de ses régiments pour la garnison de
Zamosc. En cas qu'on abandonne la ligne de la Vistule et qu'on garde
Modlin, la 2e division fournirait un de ses régiments
pour la garnison de Modlin. La garnison de Thorn, en cas que cette place dût être
gardée, serait fournie9 selon les circonstances, ou par la 4e division
ou par la 2e. En cas qu'on opérât en avant de la Vistule, les dépôts
de l'armée polonaise et de l'armée française suffiraient pour fournir
les garnisons de Thorn et de Modlin.
Voilà l'organisation que
je désire que Votre Majesté donne à son armée. Le prince Poniatowski pourrait avoir le
commandement des 1e,
2e et 3e divisions de la réserve de cavalerie. La 4e division, qui se réunit
à Danzig, ferait partie immédiate du corps commandé par le prince d'Eckmühl. Voilà
les dispositions provisoires; les autres seraient prises selon les circonstances. On pourrait
donc supposer que le corps du prince Poniatowski serait composé en ligne de 22,000
hommes d'infanterie et de 10,000 hommes de cavalerie, et de soixante et dix-huit
bouches à feu; ce qui avec l'artillerie ferait un corps de 30,000 hommes,
qui serait porté à 46,000 hommes par la division à ma solde. Dans ces calculs je
ne comprends point le régiment qu'on suppose détaché à Zamosc.
Peut-être Votre Majesté
pensera-t-elle qu'il conviendrait de former une 19e compagnie
aux onze régiments d'infanterie du Grand-Duché et de la compléter à 200
hommes, afin d'avoir au dépôt des moyens de recruter les régiments.
En faisant cela, on aurait onze compagnies de plus, formant plus de
2,000 hommes, qui pourraient servir aux garnisons de Modlin ou de Thorn,
lorsque ces places seraient couvertes par l'armée; et l’on aurait les moyens
d'alimenter un peu la corps,
vu que ces compagnies pourraient être portées à 3 ou 400 hommes, lorsque les circonstances l'exigeraient.
Rambouillet,
19 mai 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous envoie une note
que j'ai dictée sur la défense de Corfou en général et
particulièrement sur l'importance de la position du mont Supérieur, où l’on doit
établir le fort Desaix. C'est sur cette position que repose tout le
système de défense de l’île.
J'approuve la redoute
(modèle A) bastionnée, proposée par le comité pour la défense de l’île d'Aix.
NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.
Rambouillet, 19 mai 1811,
Le comité n'a pas bien
senti mon idée. Dans la position actuelle de Corfou, la défense est
appuyée à droite au fort Abraham, et à gauche au port de Paléopolis.
C'est un développement de plus de 1,200 toises. L'ennemi pourra établir trois
attaques; ce sont donc trois points à défendre : la presqu'île de Chrysopolis et le fort San-Salvador, qui forment la gauche, le fort Saint-Roch, qui est le
centre, et le fort Abraham, à droite. Par l'occupation du mont Troïlo (Le mont Troïlo, dit aussi le mont Supérieur), l'ennemi domine le fort
Abraham et le fort Saint-Roch à 300 toises, et du mont Sainte-Hélène il domine
le fort San-Salvador à 350 toises. Quant au camp retranché de la presqu'île de Chrysopolis, les ouvrages sont si faibles qu'on n'en parle pas. Le jour donc où
l'ennemi sera établi sur le mont
Troïlo et sur le mont Sainte-Hélène et qu'il y aura formé sa ligne de contrevallation, la garnison de Corfou,
fut-elle égale au nombre de l'armée
assiégeante, sera forcée de rentrer dans ses ouvrages et n'aura plus à opposer que la force d'inertie de ses murailles.
Elle finira donc par succomber en
très peu de temps, ou se rendra à des
forces égales ou à peu près égales aux siennes.
De là l'idée de choisir
un point qui mette la ville et les établissements militaires à l'abri
d'un bombardement. C'est sur ce seul point que doit se centraliser tout le
système de défense, et il doit être déterminé de manière qu'il
soit impossible à l'ennemi de faire aucune attaque sans auparavant
s'en être emparé. Le mont Supérieur réunit ces avantages. En portant
donc toute la défense sur le mont Supérieur, il en résultera que ni le fort Abraham, ni
le fort San-Salvador, ni la presqu'île ne peuvent être attaqués. Il faut que
l'ennemi s'empare
du fort Desaix avant de s'approcher. Le fort Desaix avec des ouvrages
en terre sera plus fort que les autres, quoique revêtus de maçonnerie; il pourra servir de
point d'appui aux lignes de contre-approches,
et enfin, ce fort pris, les ouvrages permanents de la place ont encore toute leur force. Cela étant, il ne faut
point tracer au mont Supérieur un
fort de petites dimensions, comme celui que présente le comité; il faut un tracé en grand, qui
offre une grande défense, et que l’on
puisse augmenter successivement les ouvrages pendant cinq ans et même pendant dix. La position est belle, il faut y adapter toutes les ressources de l'art : c'est
par ce secours qu'on peut obtenir de
grands résultats.
Avant d'aller plus loin,
on s'arrêtera à l'idée principale, que l'ennemi ne doit pas cheminer sur Corfou avant
d'avoir pris le fort Desaix. On ne discutera
pas la marche de l'ennemi sur le fort Abraham, car il lui est impossible de
passer sans que les tranchées ne soient plongées et enfilées du mont Supérieur. Il est plus probable qu'il se dirigera contre les ouvrages qui forment la presqu'île;
mais alors on pourra s'avancer par des lignes de contre-approches et
forcer l'ennemi à cheminer sous des feux de
flanc très meurtriers, ce qui arrêtera nécessairement
la marche de ses attaques. Ces lignes de contre-approches doivent se rattacher au fort Desaix et lui donner toute la sphère
d'activité possible. Le comité devra les tracer dans les deux hypothèses, soit que l'ennemi cherche à cheminer
sur les monts Viglia et Olivetto, soit
qu'il se dirige sur la presqu'île. Ce tracé servira d'indication au gouverneur de l'île et aux
officiers du génie pour tons les
moyens de défense.
Le fort Desaix doit être
une double couronne qui sera plongée du mont Supérieur et qui doit être tracée sur les
collines en avant, mais de manière à ne pas être dominée. Les fronts seront de la dimension ordinaire des grands tracés, et les profils les
mêmes que ceux des places fortes. Il y
aura de bons chemins couverts avec places d’armes et réduits casemates, enfin
des demi-lunes et des contre-gardes. Le plateau du mont Supérieur doit être à la fois le réduit et le cavalier de cette double couronne. Il faudra y établir deux
rangs de batteries, de sorte que
l'ennemi soit plongé à 400 toises, à 300, enfin jusqu'au pied de la couronne,
et que, s'il parvient à s'en emparer, il en soit chassé par le feu de ces batteries. Il faut aussi occuper le mont Mamalus de manière qu'il concoure à la défense
d'une partie de la double couronne.
En supposant que cette
année on établisse la couronne avec son chemin couvert et le réduit du mont Supérieur, on
pourra l’année prochaine
construire les demi-lunes et les contre-gardes; une autre année on pourra commencer
à revêtir ce qui sera jugé le plus utile.
Ainsi l'ennemi sera obligé
d'attaquer le fort Desaix, et alors on n'aura qu'une seule attaque au lieu de
trois à surveiller. On se servira des lignes de contre-approches pour défendre
les flancs, dans le cas où l'ennemi, masquant les feux du fort Desaix, voudrait cheminer sur
le mont Olivetto ou sur la presqu'île.
Le fort Desaix aura sur
les forts Abraham et San-Salvador l'avantage d'un bon tracé, qui, au lieu d'être dominé
par les hauteurs à 2 ou
300 toises, ne sera dominé par rien; qui, au contraire, dominera toute
la campagne, et enfin aura derrière lui un cavalier, à côté un fort sur la
colline Viglia, et le mont Mamalus pour défendre sa gorge. Tant d'avantages
pourront encore être augmentés et rendront la place susceptible
d'une défense proportionnée aux forces respectives des deux armées.
Les lignes de contre-approches ne seront donc plus destinées à empêcher
l'ennemi de cheminer sur la place, mais bien sur le fort Desaix. Ce dernier avantage, qui
seul, le débarquement effectué, peut sauver Corfou, est l'effet
nécessaire de la bonne position du fort Desaix. Dans les forts situés en avant
des forts Abraham
et San-Salvador on ne pourrait obtenir aucun de ces résultats. Le fort
Desaix, au lieu d'affaiblir la garnison, l'économise. Dans l'état actuel, l'occupation
des forts Abraham, Saint-Roch, San-Salvador et de la presqu'île exige beaucoup de
monde. La garnison peut être attaquée sur tous les points et le serait
indubitablement ; l’ennemi arrivera avec tous les moyens nécessaires; il faut donc que la garnison
ait aussi tous les moyens de repousser ces différentes attaques; ce sera par
l'occupation du fort Desaix. 7 à 800 hommes suffiront pour sa
garnison, et l'on pourra camper derrière le fort une grande partie des autres
troupes pour se porter où besoin sera.
Corfou a aujourd'hui cinq
bataillons français, qui, avec les sapeurs et les canonniers, font 5,000 hommes; un
bataillon italien, 1,000 hommes; le reste des troupes monte à 1,500 hommes.
Corfou a donc aujourd'hui près de 8,000 hommes de troupes françaises et italiennes.
On ne comprend pas dans ce nombre les 2,000 Albanais ou Sept insulaires. Avec
ces forces on peut occuper les monts Viglia et Olivetto, et fortifier l’île de
Vido de manière que 500 hommes y soient à l'abri de toute attaque. Corfou recevra d'ailleurs trois autres bataillons; il est abondamment pourvu en artillerie
et en munitions; il y a une grande quantité d'outils, et l'on en enverra encore
cet automne. Ainsi, à moins que
l'ennemi n'ait des forces très considérables,
on pourra ouvrir les lignes de contre-approches en avant du fort Desaix.
Le système qu'on a établi
est fautif; c'est à un seul point qu'il faut faire centraliser toute la défense; ce point
existe, c'est le mont Supérieur. Sans doute que, le fort Desaix pris, ce
serait le mont Mamalus et le mont Olivetto qui formeraient la
deuxième ressource de la garnison et qui pourraient prolonger la défense de la place; il aurait pour
troisième ligne de défense les forts Abraham, Saint-Roch et San-Salvador;
après ce serait l'enceinte de la place, et enfin la citadelle. Ce sera
donc cinq défenses successives qui toutes se resserreront en raison des pertes
de la garnison. Il importe beaucoup à l'honneur du commandant et à la gloire des
armes françaises de prolonger la défense. On doit tenir jusqu'au dernier moment, sans calculer
si l’on sera secouru ou non. Se rendre un jour plus tôt est un crime
militaire. Un commandant ne doit voir que sa place, et en prolonger la défense
sans chercher aucune raison politique. Ainsi le plus ou le moins de temps
que l'ennemi emploiera à assiéger Corfou, le plus ou le moins de
pertes qu'il y fera, le plus ou le moins d'honneur qu'acquerra la garnison, tout cela tient à
la durée de la défense; mais le succès dépend
éminemment de la position dominante du fort Desaix.
Rambouillet, 19 mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
Donnez ordre qu'il soit
placé deux pièces de campagne à la batterie d'Agay ou à la batterie de la Baumette,
département du Var. Ces deux pièces de canon seront destinées à suivre les mouvements des
chaloupes ennemies qui viennent se cacher entre les rochers pour prendre les
caboteurs.
Rambouillet, 19
mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, vous répondrez au général Gilly, commandant l'île de
Walcheren, que vous désapprouvez qu'il ait mis à la disposition de la
marine 900 hommes du régiment de Walcheren pour les travaux de
Flessingue; qu'il ait à les reprendre et à les réincorporer dans le
régiment; qu'avec ces 900 hommes il se trouve avoir 6,600 hommes, indépendamment de ce qu'il a
reçu dans le courant de mai; qu'il doit avant tout garder quatre bataillons, au
moins 3,000 hommes, sous
les armes pour la défense de l'île, les tenir campés, les visiter et soigner leur instruction, en accordant des primes et des encouragements aux officiers, en annonçant
que l'Empereur visitera dans le courant de
l’été les travaux de Flessingue, et que,
s'il trouve que le régiment de Walcheren soit en bon état, il enverra les
officiers qui auront eu le plus de part à cette amélioration à l'armée
d'Allemagne. Vous le préviendrez de l'envoi que vous faites de 150 sous-officiers. Le régiment de Walcheren doit donner 1,800 hommes aux douze cadres des compagnies
destinées aux îles de Goeree et de
Schouwen, et 1,600 aux cadres de l'armée d'Allemagne. Il ne doit plus rien donner à la marine. Si donc ces deux détachements étaient fournis, cela ferait 6,600
hommes; il manquerait au régiment 12
à 1500 hommes pour tout ce qu'il a à fournir. Comme il doit recevoir encore
6,000 hommes, rien n'empêche le général
Gilly, jusqu'à ce qu'il en ait reçu un nombre suffisant, de ne donner aux cadres des compagnies des îles de Goeree
et Schouwen que 100 hommes au lieu de
150 (aux cadres qui ne seraient pas encore partis). Comme les cadres des
compagnies de l'armée d'Allemagne ne partiront de Walcheren qu'à la fin de
juin, il peut se servir d'une partie des
officiers pour discipliner et former ces hommes, jusqu'à ce qu'il ait reçu le nombre d'hommes nécessaire pour compléter le régiment de Walcheren, fournir les 1,800
hommes aux douze cadres des îles de
Goeree et de Schouwen, les 1,600 hommes aux cadres
de l'armée d'Allemagne, 400 hommes aux cadres des bataillons de sapeurs, 280 hommes aux cadres des
deux compagnies d'artillerie; total,
8,000 hommes; ce qui, avec 1,000 malades, fera 9,000 hommes, et il doit en recevoir 12,000. Écrivez-lui de vous envoyer l'état de recrutement du régiment et sa
composition en hommes par
départements. Autorisez-le à donner des gratifications aux officiers qui s'occupent le plus de
l'instruction et à leur promettre que ceux qui se distingueront
passeront dans d'autres régiments.
Rambouillet, 19 mai 1811
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous prie de me faire connaître votre opinion sur
le projet de décret suivant :
1° Tous les ports de la Méditerranée,
depuis et compris Nice jusqu'à Terracine, sont du département de notre ministre
de la marine.
2° Tous les ports de Corse
et de Corfou font partie da département de la marine.
3° Tous les ports de la
mer du Nord, compris Anvers et Flessingue, Hambourg et Lubeck, sont dans le
département de la marine.
4° Les capitaines des
ports, les travaux relatifs aux réparations, tout ce qui est du
ressort de la police, les phares, sont du ressort du département de la marine.
Les raisons qui me
porteraient à opiner pour ce décret sont les suivantes. Les capitaines
de port sont nommés par le ministre de l'intérieur, sur la
proposition des municipalités, qui les choisissent parmi les hommes du pays.
L'inconvénient est peu grave que Péris, le capitaine du port de Marseille, soit
capitaine marchand; mais, comme il est hors de la surveillance de la
marine, il y a dans tout cela des accointances. Pour l'intérêt même des
ports de France, je désirerais que la marine eût l'ingérence des ports de commerce; cela regarde et
intéresse la marine. En effet, est-il possible d'imaginer qu'à Toulon il y ait un
capitaine du port marchand qui ne soit pas sous les ordres de la
marine, et que celui de Marseille n'ait rien à faire avec la marine ? S'il s'agit des travaux de
réparation, qui ne sent que ces travaux doivent être dirigés par le département
de la marine ? Le Havre est dirigé par
l'intérieur, ainsi que Dieppe; Anvers même l'était; d'où il s'ensuit qu'on
fonde des radiers de marine, que des vaisseaux
de guerre qui pourraient y trouver refuge n'en trouvent point.
Dans les ports de
commerce, la marine est plus que l'intérieur à même d'y soigner les
intérêts de la marine militaire. Que de vaisseaux, que de frégates,
qui, en conséquence de la bonne tenue de ces ports, seraient sauvés dans le cours de cent
ans, et que de sommes seraient économisées !
Lorsque le ministre de la
marine n'a pas dans sa main les individus, les bureaux que concerne cette partie, il ne
peut pas y pourvoir. Par
exemple, à Ostende, des bâtiments de guerre de haut bord trouveraient leur salut dans ce port, si l’on y
travaillait; et, en y dépensant deux
ou trois millions, on sauverait des vaisseaux.
Les travaux des ports de
l'Escaut ne sont point du ressort de l'intérieur. La marine en a la pensée et
peut en concevoir l’utilité; cette pensée lui viendrait si elle avait dans son
administration les réparations du port d'Ostende. Je dis la même chose des
écluses de chasse; celles d'Ostende et du Havre sont du plus
grand résultat pour la marine. Il faut donc qu'elles soient dans la main de
la marine.
Ces raisons me font penser
qu'il faudrait étendre cette mesure à tous les ports de l'intérieur.
Au moins il n'y a pas de doute pour les départements réunis. Il vaut mieux avoir à
Hambourg un capitaine français qu'un capitaine qui a servi avec les
Anglais. J'attends un mémoire
raisonné sur cette partie, sur ce qui s'est fait depuis Louis XIV sur cette matière, quel inconvénient il peut y avoir
que le ministre de la marine soit
chargé de tous les ports, même des anses, et ait la protection de ces côtes, et qu'est-ce que le
ministre de l'intérieur a à faire dans
tout cela ? Je vous envoie le projet du décret. Vous sentez que je ne connais pas assez ce mécanisme des ports
pour n'avoir pas besoin de beaucoup
de discussion là-dessus.
Rambouillet, 19 mai 1811
Au
maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris
Mon Cousin, je reçois
votre lettre du 14 mai. Je demande effectivement depuis longtemps si mon
décret est exécuté et si vous avez terminé l'organisation administrative, financière et judiciaire des trois
départements. Je viens de demander ce travail aux différents ministres. Le mieux serait d'envoyer un auditeur attaché à
l'intérieur, un de la justice, un des finances, avec le travail et tous les
détails nécessaires, et de les
adresser au ministre secrétaire d'État. Faites ces expéditions sans délai, afin que je puisse organiser
le pays pour le ler juillet, si cela est possible.
Rambouillet, 20 mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
Les colonels proposent
souvent des avancements qui ne sont pas mérités et qui tiennent à leur faveur. L'impossibilité
où je suis d’avoir pour
l’armée d'Allemagne des rapports d'inspecteurs me porte à ordonner que pendant l’année 1811 le prince d'Eckmühl fasse, pour cette armée, les fonctions d'inspecteur ;
qu'il envoie le général d’Hastrel,
son chef d'état-major, pour inspecter les régiments, vérifier leur comptabilité, arrêter leur
effectif et pourvoir aux remplacements. Il faut désormais que les états de propositions que vous m'enverrez soient appuyés de notes
du prince d'Eckmühl, faisant fonction d'inspecteur.
Rambouillet, 20 mai 1811
Au général Clarke, duc de
Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous trouverez ci-joint le budget de l'artillerie
arrêté à 22, 490,000 francs.
Il faut que vous y conformiez toutes les autres dépenses. Cette année étant extrêmement chère par
l’achat des chevaux et les dépenses des parcs, il ne faut pas faire de dépenses inutiles.
Rambouillet, 21 mai 1811
Au comte Bigot de
Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie
la dernière lettre de Savone. Je pense qu'il est convenable de montrer toutes
ces dépêches au cardinal
Fesch, qui les communiquera aux évêques, si cela lui parait convenable. Je suppose que vous
travaillez à un exposé clair et simple de
nos relations avec le Pape, qui ont amené les événements actuels; je
suppose aussi que le comité ecclésiastique travaille à toutes ces
affaires.
Rambouillet, 21 mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, mon Ministre de la
guerre, je réponds à votre
lettre du 20 mai, bureau de l'artillerie. Je ne puis point asseoir mes idées sur l'état que vous
m'avez envoyé; je ne le crois point exact. Au lieu de mettre sous mes yeux un état rédigé à Séville, je désire que vous m'en fassiez un
rédigé sur les états directs que vous avez dans vos bureaux ou dans ceux du major général, et envoyés par
les commandants d'artillerie d'Aragon, de Navarre, Saint-Sébastien, Vitoria,
Burgos, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Ségovie, Madrid.
Il doit y avoir à Burgos
des pièces de gros calibre, je crois de 24, que j'y ai fait mettre
moi-même lorsque j'ai été en Espagne. Il y a constamment aussi des
pièces de 12 ; car dans l'état que vous m'envoyez je ne vois point la
quantité des pièces de calibre qui sont entrées en Espagne avec les corps
venant d'Allemagne. Tous ces corps avaient les batteries de 12 et
presque tous les ont laissées dans le nord de l'Espagne. Je désire aussi que
les états que vous me remettrez spécifient l’artillerie
française et l'artillerie espagnole.
Je désire également que
vous me donniez un état général de toute l'artillerie française qui
est entrée en Espagne, et, en outre, de l’artillerie qui existe
maintenant à Bayonne, à Toulouse et à Blaye.
Toutefois je m'aperçois
qu'il y a une quantité de pièces et de caissons en Espagne fort au
delà des besoins que je puis avoir, puisque je vois 600 pièces de canon
et 1,100
caissons ou voitures de toute espèce. Mais ce qui doit attirer toute mon
attention, c'est le manque absolu d'approvisionnement.
Il faudrait à Burgos deux
millions de cartouches, 100,000 kilogrammes de poudre, indépendamment
de la poudre nécessaire pour la défense de la place, et 30,000 cartouches à
canon, à balles ou à boulet. Alors, du dépôt de Burgos, on pourrait
approvisionner facilement l'armée de Portugal et celle du Centre.
Il est à prévoir que
toutes les munitions qui sont en Andalousie pourraient être perdues
par un mouvement rétrograde de l'armée sur Madrid, et par suite celles de Madrid, par un
reploiement sur Somo-Sierra. L'armée venant
par là à se concentrer aurait besoin d'approvisionnements plus considérables dans le nord. Il faut donc que Burgos, Pampelune, et par suite Bayonne, soient en
état de les fournir promptement.
Aussitôt que j'aurai les
états que je demande, je ferai connaître mes intentions sur les divers placements de
l'artillerie. Il ne faudrait point de pièces à Tolède; il y en a trop en Andalousie,
beaucoup trop à Madrid.
Faites des recherches
pour me présenter un projet tendant à faire rétrograder sur Burgos toute
l'artillerie française qui serait en Andalousie, Madrid, les provinces de
Salamanque et de Valladolid, excepté l'artillerie qui est attelée et ce qui pourrait
devenir nécessaire pour servir de rechange, afin que, dans tous les
événements qu'il est de la prudence de prévoir, une grande quantité
d'artillerie française ne tombât pas au pouvoir de
l'ennemi, et qu'ensuite le dépôt de Burgos pût réparer toutes les pertes.
En Andalousie, comme dans
la Manche et la Castille, on peut employer la petite artillerie espagnole pour
la défense des postes et des places, et me ménager ainsi à Burgos de
grands moyens, en faisant rétrograder sur cette place toute l'artillerie française qui se
trouve dans l'Andalousie, la Manche et les Castilles. En donnant ainsi à
toute l'artillerie du Midi et du Centre un mouvement rétrograde sur
Burgos, il faudrait faire la même opération en Aragon et ramener toute
l'artillerie sur Pampelune. En partant de Saragosse, il ne faut point s'exposer
à perdre une seule pièce d'artillerie française, ni même
d'artillerie espagnole, et enfin le moins possible d'artillerie de siège qui
pourrait ensuite servir à l'ennemi. Toute l'artillerie de ce côté
sera donc ramenée à Pampelune, et on ne laissera que ce qui est nécessaire
pour servir à la défense du petit fort qu'on a construit près de Saragosse et
pour la défense aussi de la citadelle de Lerida.
Il faudrait établir ou du
moins augmenter et mettre dans la plus grande activité les arsenaux de
Pampelune et de Burgos; on y emploiera tout le fer et le bois qu'on pourra se
procurer dans le pays, afin de mettre en état le plus promptement possible tout
le matériel de l'artillerie.
Bayonne doit avoir pour
approvisionnement trois millions de cartouches, 30,000 coups de canon à balles et à
boulet, et 250,000 kilogrammes de poudre. L'arsenal doit être assez en
activité pour mettre en état tout le matériel qui s'y trouve.
Je suis prévenu que dans les Landes, et même à
Bordeaux, il existe des caissons qui ont été
abandonnés dans le passage de l’armée; il faut tous les réunir à Toulon et à
Bayonne.
L'armée d'Espagne étant
composée de celles du Midi, du Centre, de Portugal, du Nord et d'Aragon, ce qui forme
cinq armées, il doit y avoir cinq commandants de l'artillerie indépendants les uns des autres.
Mais il est nécessaire d'avoir un directeur général, lequel se tiendra à
Burgos; il recevra les états des commandants de l'artillerie des corps
d'armée ; il surveillera les approvisionnements et la comptabilité, aura
seul le droit d'adresser des demandes à Bayonne, correspondra directement
avec vous ; par ce moyen l'anarchie où se trouve maintenant l'artillerie de
l'armée d'Espagne cessera. Le commandant de l'artillerie de l'armée du Midi agira d'après les ordres de son général en chef, recevra tout de lui et rendra
compte au directeur général du
matériel de l'état de son artillerie et des fonds qui sont destinés. Mais, lorsqu'il aura besoin d'objets
provenant des places de Burgos,
Pampelune ou de la France, il ne pourra les obtenir que par l'intermédiaire du directeur général. Lors même qu'il aura besoin du matériel de l'armée du Centre, ce
ne pourra être que par son autorisation, surtout toutes les fois que le
commandant de l'armée du Centre
refuserait d'acquiescer aux demandes de celui du Midi.
Il devient nécessaire aussi de n'avoir à chaque
armée qu'un général d'artillerie et de ne laisser en Espagne que le nombre
nécessaire d'officiers supérieurs de cette
arme : il y en a aujourd'hui beaucoup trop.
J'attache beaucoup
d'importance à l'organisation de l'artillerie de l'armée d'Espagne et
surtout à la formation des réserves, de manière à m'ôter toute sollicitude
à ce sujet et à répondre aux vues que je pourrais avoir dans le mois d'août
prochain.
Je désire donc que, sans perdre
de temps, vous me fassiez un rapport, et que vous me proposiez tous les
mouvements convenables pour
arriver à ce résultat. Ayant ainsi à Burgos, Pampelune, Bayonne près d'un million de kilogrammes de poudre,
indépendamment de celle qui serait
nécessaire pour la défense de Pampelune et de Burgos, on sera toujours à même
d'en fournir pour la défense d'Almeida et Ciudad-Rodrigo, et peut-être même pour les besoins des armées du Centre et du Midi.
Faites un rapport
d'instruction que vous me soumettrez sur le commandant en chef d'artillerie de
l'armée d'Espagne : je ne l'appelle point général en chef de l'artillerie, parce que,
ses attributions étant dans un cas nouveau, il est convenable de prendre un
nouveau titre. Il aura le traitement, les bureaux et le nombre d'officiers qui lui seront
nécessaires pour le mettre à même de diriger cette grande machine. II
est bon même qu'il ait, pour envoyer en mission, quelques jeunes officiers, afin
d'obtenir les renseignements qui ne lui paraîtraient pas assez clairs.
Les forges d'Orbaicete
seront sous les ordres du directeur général, ainsi que toutes les
poudreries qu'on pourrait établir dans les différentes parties de
l'Espagne.
Dans votre lettre vous me
proposez d'envoyer 200,000 kilogrammes de poudre à Bayonne. J'approuve cette mesure et
vous pouvez l'exécuter de suite.
Vous me dites avoir un
grand nombre de projectiles à Burgos et à Valladolid, qui
pourraient être envoyés à Madrid et en Andalousie; mais ce ne sera que
lorsque j'aurai des états exacts de ces différents dépôts que je pourrai
prononcer sur leur destination.
Je n'approuve point le
dépôt à Valladolid ; cette place serait trop promptement au pouvoir de
l'ennemi en cas d'échec, et on serait à perdre un matériel trop
considérable. C'est de Burgos que tout doit partir pour les approvisionnements.
Je ne vois point
d'inconvénient à subvenir, par des fonds tirés du trésor public de France, aux frais des forges
d'Orbaicete, de la poudrerie de Pampelune et
de la raffinerie de Saragosse. Faites-moi connaître l'évaluation de cette dépense pour l’année 1811.
Rambouillet, 21 mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
Le major et le chef du 1er
bataillon du régiment de Walcheren, l'adjudant-major du 5e
bataillon, trois aides-majors, six capitaine, trois lieutenants et cinq
sous-lieutenants, un sergent-major, vingt-neuf sergents, vingt
fourriers et cent huit caporaux manquaient encore au 15 mai. Pressez
l'arrivée du chef de bataillon et des capitaines, faites presser également le départ de Paris des
sous-officiers que j'ai désignés. Un régiment
comme celui-là a besoin de tous ses officiers et sous-officiers, sans quoi il n'y a rien à espérer.
Le
quartier-maître nommé…. n'est
pas un homme de bonne réputation;
proposez-en sur-le-champ un autre à ma nomination.
Il y a dans le bataillon
colonial de Flessingue beaucoup d’hommes à réformer. Faites-en passer la revue et
donnez-leur la réforme; ils ne sont bons qu'à encombrer. Faites-moi connaître ce que aurez fait là-dessus.
Donnez des ordres au
général Gilly et au général Rousseau pour que les chaloupes canonnières soient toujours en
mouvement, qu'elles tiennent perpétuellement la
ligne d'embossage et ne soient jamais dans
le port, qu'elles fassent des patrouilles autour de l'île. J'apprends que les ennemis viennent sonder jusque sous les
batteries de Nolle; cela est honteux.
Rambouillet, 21 mai
1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la
guerre, à Paris
Je reçois votre rapport du 20 mai, bureau de
l'artillerie, par lequel vous me proposez
d'envoyer en Allemagne 300 conscrits pour recruter les compagnies du 7e régiment et 250 pour le 5e. Il faudra bien se résoudre à cette mesure s'il n'y a pas moyen de
faire autrement, mais elle est
contraire au bien du service. Ces conscrits, pendant l’été, se formeront en France, et en mars prochain feront
de bons canonniers. N’ayant pas
l'habitude militaire et le travail d'école, en allant en Allemagne ils perdront leur temps sur les
grandes routes, altéreront leur
santé et peupleront les hôpitaux. Dans l'artillerie il faut des hommes d'un an de service au moins. Le service de
l'artillerie est plus indépendant, et
les compagnies sont morcelées et détachées. Je préférerais donc faire revenir
une partie des compagnies des 7e et 5e en
France, s'il n'y a pas moyen de tirer des hommes des dépôts de ces régiments en France pour les recruter. J'ai
l'idée que ce moyen existe. Je préfère
toute combinaison à celle d'envoyer des conscrits de cette année en Allemagne. Par contre, ordonnez
que les conscrits aillent à leurs dépôts, qu'ils s'instruisent, et qu'en août,
au plus tard, ils aillent tous au polygone et commencent à tirer des pièces de
campagne et de siège, de manière
qu'au mois d'octobre ils aient trois mois
de polygone.
Comme j'ai réglé le
complet de l'artillerie à pied à 120 hommes, vous ordonnerez, pour les compagnies qui sont sur
l'Oder et à Danzig, que 20 hommes seront en
subsistance et n'appartiendront à aucune compagnie. Pour peu que vous envoyiez quelques canonniers de France, vous recruterez les compagnies d'Allemagne
à 100 hommes. Présentez-moi toute
combinaison, je le répète, autre que d'envoyer des conscrits en Allemagne. Je préférerais même ne laisser en Allemagne que des compagnies de 80 à 90 hommes, sauf à
les compléter après, selon les
circonstances.
Rambouillet, 21 mai 1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès,
on a été obligé de détruire dans le golfe de Sagone, en Corse, les flûtes la
Nourrice et la Girafe. Il n'est pas possible de concevoir
comment le préfet maritime de Toulon a poussé la négligence jusqu'à envoyer tant de
bâtiments à Sagone, sans demander qu'on y construisit des batteries capables de protéger ces
bâtiments ; la grande perte que je viens de faire en est le résultat. Depuis
cinq ou six ans que cette navigation a lieu, cela est impardonnable.
Donnez ordre qu'un officier de marine se rende en Corse pour désigner les points
où des batteries sont nécessaires à dresser dans le golfe de Sagone,
et tracer ces batteries, pour que la navigation qui se fait sur ce
point pour l'exploitation des forêts soit sûre.
Concertez-vous avec le
ministre de la guerre pour que le général commandant en Corse avec
l'officier commandant le génie et celui commandant l'artillerie se rendent sur ce point
et fassent élever deux ou trois batteries de cinq ou six pièces de 36 ou de 24.
Chargez également un officier
de marine de visiter, de concert avec les officiers envoyés par la guerre, le
mouillage de Saint-Floreal et d'Ajaccio, et de s'assurer qu'ils sont
protégés.
Rambouillet, 21 mai 1811
A Élisa Napoléon, grande-duchesse de Toscane, à
Florence
Ma Sœur, je désire avoir
des renseignements sur le mont Argentaro. A-t-on commencé les travaux ? Les 5e
bataillons du 29e et du 112e y sont-ils rendus ? Les conscrits y sont-ils
arrivés de l'île d'Elbe et de Corse ? Envoyez-moi une description détaillée du mont Argentaro; j'ai l'intention d'y faire un établissement
pour la protection des côtes de
Toscane et de l'État romain. On m'assure que cet endroit est très sain. Les conscrits qui arrivent au 29e
et au 112e sont-ils habillés ?
Faites-moi connaître tout cela dans le plus grand détail.
Rambouillet, 21 mai 1811.
A
Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples
La circonstance me parait extrêmement favorable
pour l'expédition de Sicile. Si vous
réunissez 15,000 hommes à Reggio, vous aurez tous les calmes de l'été pour les faire arriver. Mes forces en Italie sont considérables et ma conscription a recruté les
cadres; ainsi on sera à même de parer aux événements. Selon tous
les rapports de Londres, les Anglais n'ont pas 4,000 hommes en Sicile. Le pays
est mécontent; eux-mêmes l'avouent.
Jamais une plus belle occasion ne se
présentera. Ils seront, cet automne, repoussés d'Espagne et du Portugal ; alors ils reviendront en force
réoccuper la Sicile avec 15 ou 20,000 hommes, et l'expédition deviendra impossible.
Arrivé à Naples, je pense
que vous devez faire vos préparatifs. Envoyez prendre
à l’île d'Elbe et en Corse le 4e bataillon du 22e léger et le nécessaire pour
former le 6e bataillon.
Caen, 24 mai 1811
A M. Maret, duc de Bassano,
ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, je trouve bien extraordinaire que mon consul à
Bucharest ait été assez simple que de se servir d'un courrier autrichien pour envoyer des dépêches importantes. Faites-lui sentir dans une lettre en chiffre
l'inconséquence et la folie de cette conduite.
Caen, 24 mai 1811
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que
vous me ferez au 15 juin, pour
donner une nouvelle organisation au 1er
juillet, aux différents corps d'observation.
Corps d'observation db
l'Elbe. — Ce corps restera à
quatre divisions jusqu'au 1er
juillet. A cette époque, il sera formé à cinq divisions. Les 4e et 6e bataillons s'y réuniront dans
les lieux indiqués, de sorte
qu'au commencement d'août l'organisation soit complète, et que ce corps ait acquis toute la
consistance qu'on peut en attendre.
Corps d'observation du
Rhin. — Au 1er juillet, ce
corps prendra le titre de Corps
d'observation des cotes de l'Océan. Il sera formé, comme le porte l'état n° 2, par la réunion de tous
les conscrits et de tous les bataillons.
Corps d'observation
d'Italie. — Ce corps conservera
la même dénomination, mais il
sera organisé comme il est porté au n° 3.
Corps d'observation de
réserve. — Ce corps sera créé
conformément au n° 4.
Enfin, dans un cinquième état, vous trouverez les éléments de la situation des forces de l'Empire, en conduisant
les quatre corps que je crée hors des frontières.
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun
mouvement en conséquence de ces états, vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demandera en même temps mes ordres.
En attendant, toutes les
dispositions nécessaires pour porter au complet le corps d'observation de
l'Elbe, tel qu'il a été arrêté, doivent avoir lieu.
NOTE
CORPS D’OBSERVATION DE L'ELBE.
Le corps d’observation de
l'Elbe doit être composé de cinq divisions. Il restera à quatre divisions jusqu'au 1er
août et ne sera composé de cinq divisions qu'à cette époque, à laquelle les 6e et 4e bataillons
auront rejoint.
Je vous ai déjà fait
connaître que la composition de ces divisions doit être faite de la
manière suivante :
Division Morand. — 13e
léger, cinq bataillons; 17e de ligne, cinq; 30e, cinq;
total, 15 bataillons.
Division Friant. — 15e
léger, cinq bataillons; 33e de ligne, cinq; 48e cinq; total, 15
bataillons.
Division Gudin. — 7e
léger, cinq; 12e de ligne, cinq; 21e cinq; total, 15 bataillons.
Division Dessaix. —33e
léger, quatre; 85e de ligne, cinq; 108e cinq; total, 14 bataillons.
Division Compans. — 61e,
cinq; 111e, cinq; 25e, cinq; 57e, cinq;
total, 20 bataillons.
Les 127e, 128e
et 129e seraient, à raison de trois bataillons, répartis dans les
divisions qui par suite de circonstances quelconques se trouveraient les plus
faibles.
Chaque division aurait quatre
brigades, et chaque brigade se composerait de cinq bataillons ; quatre généraux de
brigade seraient attachés à chaque division ; les cinq divisions formeraient en tout vingt brigades et quatre-vingt-dix-huit bataillons.
Je ne parlerai pas de
l'artillerie, du génie, des transports ni de l'administration: tout cela a déjà été
ordonné. Il reste à régler le mode d'exécution.
On procédera de la manière
suivante : au 1er juillet, les 4e bataillons, complétés de tous les
conscrits destinés aux 6e bataillons, se mettront en marche pour se
diriger sur les quatre points suivants : ceux de la 1e division,
sur Wesel; ceux de la 2e sur Cologne;
ceux de la 3e, sur Düsseldorf, et ceux de la 4e sur Aix-la-chapelle. Les cadres des
6e bataillons, qui sont actuellement à Wesel et à Munster, se
rendront dans ces différentes places, et par ce moyen il y aura à Wesel les
4e et 6e bataillons du 13e léger, les 17e, 30e et 61e de ligne; total,
huit bataillons ; à Cologne, le 6e
bataillon du 15e léger, les 4e et 6e bataillons des 33e, 48e et 11e de
ligne; total, sept bataillons; à Düsseldorf, les 4e et 6e bataillons du 7e
léger, des 12e et 11e de ligne, et le 6e du 25e de ligne; total, sept
bataillons; à Aix-la-Chapelle, les 4e et 6e bataillons des 57e, 85e et
108e ; total, six bataillons.
A Wesel, huit bataillons;
à Cologne, sept; à Düsseldorf, sept; à Aix-la-Chapelle, six; total, vingt-huit
bataillons.
Un général de brigade, de
ceux qui sont destinés pour l’armée d’Allemagne, sera attaché à chacun de ces quatre
camps, et chargé de surveiller la formation et l’instruction des bataillons qui
doivent les composer. Vous nommerez ces quatre généraux. Ils devront se rendre,
aussitôt, chacun dans les dépôts qui fournissent au camp dont il est chargé.
Ils feront la revue des 4e bataillons, vérifieront l’état de
l'habillement ; ils feront la revue des officiers à réformer et dresseront
l’état des places vacantes pour les 4e et 6e bataillons.
Ces généraux correspondront
à cet effet avec le générai Compans, que vous chargerez de suivre cette organisation.
Mon intention est qu'aucun
mouvement n'ait lieu que par mes ordres. En conséquence, au 15 juin, d'après le compte
qui vous aura été rendu par le général Compans, vous me ferez un rapport sur la
situation de ces dépôts, et, selon le plus ou moins d’activité de
l'arrivée des conscrits, selon les circonstances plus ou moins pressantes, je
me déciderai ou à maintenir le mouvement de 3,000 hommes qui doivent être tirés
des dépôts de l'armée d'Espagne pour les 6e bataillons de l’armée
d'Allemagne, ou à y suppléer de toute autre manière.
Quant aux compagnies que
doit fournir le dépôt des conscrits de l’île de Walcheren, elles doivent rester tout le
mois de juin dans l’île et n'en partir ensuite qu'en passant par
Willemstad, et en traversant la Hollande pour rejoindre leurs régiments du
coté de Braunau, de manière que la direction de leur route les éloigne
toujours de la France.
Je compte d'ailleurs que ce dépôt pourra fournir plus de monde qu'il n'a
encore été déterminé; cette augmentation sera réglée ultérieurement.
Les choses étant ainsi
préparées, il reste à disposer les mouvements pour la cavalerie.
Les dépôts des quatre
régiments de cuirassiers et des six de cavalerie légère qui sont en France ont
des hommes, des chevaux et des selles à envoyer en Allemagne. Proposez-moi la
réunion de tous les détachements que ces dépôts peuvent fournir dans un point
central, sur
la route de Hambourg, et chargez un général de brigade, déjà désigné
pour servir dans la cavalerie de l'armée d'Allemagne, d'aller parcourir
ces dépôts et d'activer la formation de ces détachements.
Un régiment de marche formé au point de réunion
pourra partir ensuite sous les ordres de ce
général et se rendre en Allemagne pour compléter
la cavalerie de l'armée.
CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.
L'organisation des
régiments d'élite existera jusqu'au 1er juillet Les régiments
d'élite qui font partie des corps d'observation du Rhin et d'Italie seront alors
dissous.
Le corps d'observation du
Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière suivante :
1e Division. — 1e brigade
: quatre bataillons du 24e léger, quatre du 4e de ligne; 2e brigade :
quatre bataillons du 19e, quatre du 123e; 3e
brigade : deux bataillons de Portugais d'élite, deux du 4e régiment
suisse.
2e Division. — 1e brigade
: quatre bataillons du 20e léger, quatre du 72e de ligne ; 2e brigade : quatre
bataillons du 46e de ligne, quatre du 126e;
3e brigade : deux bataillons portugais, deux du régiment illyrien.
3e Division. — Quatre
bataillons du 18e de ligne, quatre du 93e, quatre du 56e,
quatre du 124e, deux bataillons espagnols et deux suisses.
4e Division. —
Un bataillon de tirailleurs corses, un de tirailleurs du Pô, quatre du 2e de
ligne, quatre du 37e, quatre du 125e et quatre
bataillons suisses.
Chaque division ayant trois brigades, il y aura
en tout douze brigades; chaque division
étant de vingt bataillons, le total du corps d'observation du Rhin sera de
quatre-vingts bataillons.
Chaque régiment aura ses
deux pièces d'artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis
que la 4e division n'en aura que six; au total, trente pièces
régimentaires. L'artillerie, le génie, les administrations seront organisés
comme le porte l'organisation du corps d'observation du Rhin.
Mode d'exécution. —Au 1er juillet tous les conscrits
seront arrivés aux régiments.
La 1e division sera
organisée au camp de Boulogne; les quatre bataillons du 24e léger,
des 4e, 19e et 123e de ligne s'y rendront. Les 4e
bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts partiront, du
ler au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg-op-Zoom, pour aller compléter
les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura
lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient
la même consistance.
La 2e division se réunira
au camp de Boulogne et sera organisée de la même manière.
La 3e division sera
organisée au camp d'Utrecht, et il y sera procédé de la même manière.
La 4e division sera
organisée au camp d'Emden, et l’on procédera de la même manière.
Les Espagnols, les
Portugais, les Suisses et les Illyriens se réuniront, savoir :
Les Suisses qui sont à
Avignon partiront pour Paris au 1er juillet, les Suisses qui sont à
Rennes, pour Boulogne au 1er juillet, ainsi que les Suisses qui sont à
Berg-op-Zoom.
Les Portugais partiront
au ler juillet pour leur destination.
Ainsi, à cette époque, le
corps d'observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en
Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps
d'observation des côtes de l’Océan.
Les
4e compagnies
de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d'élite passeront dans
les 4e bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux bataillons
d'où ces compagnies d'élite seront tirées, de sorte que tous les
bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et
une de voltigeurs.
Artillerie. - Au 1er
juillet tout se mettra en marche, et l'artillerie, personnel, matériel
et attelages, se formera à Metz et à Mayence.
Les dispositions seront
faites de manière qu'il n'y ait pas de mouvement rétrograde, car ma
pensée secrète est que le corps d'observation des côtes de l'Océan puisse devenir un
corps de l'armée d'Allemagne, et, en faisant volte-face sur Mayence ou Wesel,
trouver son artillerie
à Mayence, à Wesel ou à Maastricht.
Le 2e bataillon des
équipages militaires sera destiné au service de ce corps et restera à Commercy.
La 1e division sera
commandée par le général Legrand, la 2e division par le général
Vandamme, la 3e division par le général Verdières, et la 4e division
par le général Souham.
cavalerie - La cavalerie sera composée de
quatre brigades. Ces quatre brigades seront
prêtes à partir au 1er juillet. Quatre généraux de brigade de cavalerie y seront attachés et s'occuperont de les mettre
en bon état.
Les quatre brigades seront
réunies, savoir : la 2e brigade, en Hollande; la 1e, dans la 16e
division militaire; la 3e, sur la Meuse ; la 4e sur le bas Rhin,
dans les lieux où les fourrages seront à meilleur marché.
Tout ceci doit servir de
base au ministre pour le rapport qu'il me fera le 15 juin; car aucun
ordre pour des mouvements extérieurs ou préparatoires ne doit être donné par le ministre
avant qu'il ai reçu mon approbation définitive au 15 juin.
On prendra des officiers
du génie et de l'artillerie, en se conformant à ce qui est réglé pour le
corps d'observation du Rhin.
Quant aux généraux de
brigade, ceux que m’a présentés le ministre ne me sont pas connus. Il
faut des hommes de guerre et de choix: bon nombre de ceux qui sont en Hollande peuvent
être choisis.
Le ministre me proposera
les seize généraux de brigade d’infanterie et de cavalerie
nécessaires pour ce corps.
CORPS D OBSERVATION
D’ITALIE.
Le corps d'observation
d'Italie recevra au 1er juillet, conformément au rapport que vous fera
le ministre de la guette le 15 juin, l’organisation suivante :
1e Division. —Deux
bataillons du 8e léger, deux bataillons croates, quatre du 84e et quatre
du 92e; total, 13 bataillons.
2e Division. — Trois
bataillons du 9e, trois du 13e, trois du 53e et trois du 106e ;
total, 12 bataillons.
3e Division. — Trois bataillons du 35e,
deux bataillons espagnols ; deux
bataillons d'élite du 29e ; deux du 112e ; deux
bataillons illyriens; total, 11
bataillons.
Division italienne, 9,000
hommes.
Total de l'infanterie,
36,000 hommes.
L'artillerie, le génie,
la cavalerie et les équipages militaires seront organiser comme il a déjà
été arrêté.
Ce corps d'observation sera
réuni, selon les ordres soumis à mon approbation, à Trente, Bolzano, Brescia, Laybach, Bassano,
Vérone et Vicence.
NOTE.
D'ici au 1er juillet, le corps d'observation
d'Italie conservera son organisation telle qu'elle
a été établie par le denier rapport du ministre, afin que si d’ici au 1er
juillet, j’avais besoin de le mettre en mouvement, il pût marcher selon ladite
organisation.
CORPS D’OBSERVATION DE
RÉSERVE
Il sera créé un corps
d'observation de réserve. Ce corps d'observation sera composé de la
manière suivante :
1e Division, composée de
douze bataillons, formant 8,000 hommes; deux bataillons du 5e léger, qui sont à
Cherbourg ; deux bataillons d'élite du 3e de ligne, qui se rendent à
Rennes; deux bataillons du 105e, qui se rendent à Rennes (cette brigade,
qui sera la 1e, se réunira à Rennes) ; trois bataillons du 81e dont un
est dans la 7e division militaire et les deux autres à Pampelune; trois bataillons du 60e, dont
deux sont à Toulon et le troisième dans la 7e division militaire ;
lesquels se réuniront à Rennes, en route, à un point d'intersection,
et rejoindront le 81e à Pampelune, où se formera la 2e brigade.
2e Division, composée de
douze bataillons, savoir : deux bataillons du 23e léger, qui se réuniront à Lyon ; deux
bataillons d'élite du 52e, qui se réuniront à Toulon; quatre bataillons du 10e de ligne, (qui se
réuniront à Lyon; quatre bataillons du 20e de ligne, qui se réuniront à
Lyon.
3e Division, composée de
seize bataillons, savoir : quatre bataillons du 10e léger, qui sont en Bretagne; quatre
du ler de ligne, quatre
du 62e, quatre du 101e.
Le 10e léger se réunira à
Rennes, les 1er, 62e et 101e se réuniront à Lyon.
La 4e division sera
formée par une division italienne de 6,000 hommes, qui se réunira
également à Lyon.
Ces quatre divisions
porteront ce corps à 32,000 hommes d'infanterie.
Le corps d'observation de
réserve est destiné à se réunir à Bayonne et à passer en Espagne. Il se
mettra, à cet effet, en mouvement au 1er juillet. L'organisation définitive des
divisions se fera à Bayonne. Cependant rien ne devra se mettre en mouvement
que le ministre n'ait pris mes derniers ordres; il me les demandera au 1er juin.
1e Division. — Les deux bataillons du
5e léger partiront de Cherbourg pour Reims.
Le 3e bataillon du 81e partira de son dépôt pour Pau. Les deux bataillons du 60e qui sont à Toulon en
partiront pour Bayonne; le 3e bataillon partira de son dépôt pour se rencontrer
en route avec les deux premiers,
faire le tiercement, et il se rendra à Pampelune. Mais pour faire ce
mouvement, il faut que Cherbourg et Toulon
soient gardés.
2e Division. — Les deux
bataillons du 23e léger se rendront, au 1er juillet, à Lyon, où, avec les 10e et 20e de
ligne, ils formeront dix ou douze bataillons qui doivent composer la 2e division.
Les deux bataillons du 52e
resteront à Toulon jusqu'à ce que le mouvement du reste de la division ait lieu sur
Bayonne ou sur un autre point.
3e Division. — Le 1er de
ligne, qui a un bataillon à Marseille et trois bataillons qui vont à Lyon, se réunira à
Bayonne. Mais les uns et les autres ne partiront qu'à la fois et lorsque
la direction sera décidée.
Le 62e qui a
deux bataillons à Toulon et deux à Lyon, se réunira avec les quatre bataillons
du 1er de ligne.
Le 4e bataillon du 101e,
de la Spezia, se dirigera sur Lyon pour rejoindre ses deux premiers bataillons.
Pour remplir ce but, comme
on l’a dit plus haut, il faut pourvoir à la garnison de Toulon. A cet effet, le
3e bataillon du 8e léger, qui est à Genève, se dirigera sur Toulon vers le 1er
juillet, après avoir reçu tous les conscrits. Le 4e bataillon du 18e, le 4e du 5e,
le 4e du 11e, le 4e du 23e et le 3e du
75e de ligne, se dirigeront également sur Toulon au 1er juillet.
Ces six bataillons, qui
auront reçu leurs conscrits et seront ainsi complétés, formeront une
force suffisante pour la garnison de Toulon, de Marseille, de Cette et de toute la côte
de la Méditerranée. Le 3e bataillon du 79e, au lieu d'aller à Toulon, ira à
Cette; et, comme les conscrits qu'il reçoit sont du département du Var, on prendra une direction
qui l'éloigne de ce département, en lui faisant traverser le Vivarais.
Il faut également pourvoir à la garnison de la
Spezia. Les 5e bataillons des 101e et 67e
fourniront suffisamment de monde pour la garnison de la Spezia.
Le 52e fournira
suffisamment pour Gênes. Il fournira un bataillon à Savone.
Le 101e, qui aura deux
bataillons complets à Savone, offrira une force suffisante pour la surveillance
de toute la côte.
Il y aura en outre à
Toulon le 5e bataillon du 22e léger, fort de 500 hommes, le 3e
bataillon du 32e léger et le dépôt du 16e.
Quant à la garde des côtes
de la Belgique, il y aura quatre bataillons du 3e de ligne qui, recevant 1,200
conscrits, seront forts de 500 hommes chacun, ce qui est à peu près leur
complet, en remplacement des 1,600 hommes du régiment d'élite; trois
bataillons du 105e, d'égale force; le régiment de Belle-Île; les 4e et 5e bataillons des 47e 86e,
70e, et 15e forts d'à peu près 500 hommes; ce qui fera donc,
indépendamment du régiment de Belle-Île, quinze bataillons pour la
sûreté de ces côtes.
Il y aura à la suite du
corps de réserve six brigades de marche, imposées de la manière suivante :
La 1e brigade sera formée
de six bataillons, chacun de six compagnies ; chaque compagnie de 150 hommes, fournis
par les vingt-sept
régiments français et les trois régiments polonais qui font partie de l’armée
du Midi et de l'armée du Centre. Cette brigade se réunira Tours. Il y sera attaché
un colonel en second pour la commander, deux majors en second, qui commanderont chacun
trois bataillons. Cette brigade sera forte de 5,000 hommes.
La 2e brigade sera
composée de six bataillons, formés par une compagnie au moins des dépôts de
l'armée de Portugal, et par deux compagnies, s'ils peuvent les fournir. Cette
brigade se formera à Bordeaux ; un colonel en second la commandera, et deux majors en second
commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade formera 4,000
hommes.
La 3e brigade sera
composée d'un bataillon de 500 hommes, fournis par chacun des 118e, 119e,
120e et 121e régiments. Cette brigade, commandée par un major en second, se
formera à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.
La 4e brigade sera
composée de quatre bataillons, fournis par les 14e, 115e,
116e et 117e.
Cette brigade, commandée par un major en second, se formera également à Bayonne. Elle
sera forte de 2,000 hommes.
La 5e brigade sera formée
de deux bataillons tirés des 44e, 51e et 55e, à 500 hommes chacun. Elle sera
commandée par un major en second et se formera à Versailles. Elle sera forte de
3,000 hommes.
La 6e brigade sera
composée de deux compagnies des 6e et 3e légers, 42e et 7e de ligne, et
de quatre compagnies de marche italiennes, fournies par chacun des régiments italiens.
Cette brigade, formant deux bataillons ou 1,600 hommes, se réunira à
Turin et sera
commandée par un major en second.
Ces six brigades formeront
ensemble 17,600 hommes.
Au 15 juin, le ministre
me proposera d'ordonner les mouvements pour la formation de ces brigades, en me faisant
connaître ce que chaque dépôt pourra fournir en officiers,
sous-officiers et soldats.
La cavalerie du corps
d'observation de réserve sera composée des deux
régiments provisoires de dragons qui se forment, des régiments qu'on formera
avec les hommes arrivant aux dépôts de Niort et de Saintes, du
régiment de marche de chasseurs qui a été formé à Gand, enfin de
tout ce qu'on pourra former des dépôts des corps de l’armée d'Espagne,
avec les 6,000 chevaux de remonte que j'ai accordés. On en fera
l'état.
L'artillerie du corps
d'observation de réserve sera formée par le matériel qui existe à
Saint-Sébastien, Pampelune, Burgos, Valladolid et à l'armée de Portugal; et, pour le
personnel, par tout ce qui existe en Espagne et qu'on pourra se procurer
après que les trois corps d'observation de l'Elbe, des côtes de l'Océan et d'Italie seront organisés.
Les attelages seront
fournis par les détachements que j'ai destinés à former le dépôt d'Auch
par mon décret du ... et pour lesquels j’ai accordé des chevaux, et
par des détachements de chevaux qui seront pris dans le corps
d'observation des côtes de l'Océan, si les corps d'observation des côtes de
l'Océan et d'Italie ne devaient pas être mis en activité.
Même chose pour les
transports militaires. On se servira de ce que j'ai ordonné de réunir au
dépôt de Pau par mon décret du ...
ETAT DES FORCES QUI SERONT EN FRANCE ET EN ITALIE AU 1er
SEPTEMBRE 1811.
Le corps d'observation de
l'Elbe, le corps d'observation du Rhin, le corps d'observation d'Italie, le corps
d'observation de réserve, la réserve générale de cavalerie, la Garde
impériale, seront en partie sur les frontières et en partie au delà des
frontières de France et d'Italie.
ROYAUME DE NAPLES.
Il restera dans ce
royaume :
Trois bataillons du 22e
léger; les 4e et 6e bataillons qui se formaient aux îles d'Hyères
et sont composés de réfractaires (ils seront envoyés par mer à Naples)
: cinq bataillons, 4,000 hommes; quatre bataillons suisses, 2,400 hommes; quatre
bataillons du régiment la Tour-d’Auvergne, 4,000 hommes; deux bataillons
d’Issembourg, 2,000 hommes; artillerie, génie, etc., 600 hommes ; total,
13,000 hommes.
Le roi de Naples a, en y
comprenant sa garde, 30,000 de troupes napolitaines, dont 3,000 hommes de
cavalerie. Il serait donc possible de retirer une colonne de 6,000 Napolitains ou autres troupes pour
pouvoir se coordonner avec Rome et la Toscane, ou mieux encore de continuer
l'expédition de la Sicile pour contenir les Anglais.
CORFOU.
Il y aura à Corfou :
Le 3e bataillon du 14e
d'infanterie légère, deux bataillons du 6e de ligne, un bataillon italien,
deux bataillons du régiment d’Isembourg, l’artillerie,
le génie, les troupes septinsulaires et albanaises; ce qui formera en
tout 11,000 hommes.
Les ordres sont déjà
donnés et les dispositions prises pour qu'il soit envoyé à Corfou le 7e
bataillon du 14e léger formé en Corse, ainsi que les 6e et 7e bataillons du 6e
de ligne, en les tirant des deux régiments de la Méditerranée ; ce qui augmentera
les forces qui sont à Corfou de trois bataillons français ou 2,700 hommes,
et formera un
total de 13,000 hommes.
23e DIVISION MILITAIRE.
La Corse aura cinq
bataillons du 1er régiment de la Méditerranée et cinq bataillons du 2e;
ce qui fait dix bataillons. Elle en fournira trois à l'île d'Elbe, et même
un ou deux en Toscane. A cet effet, après qu'on aura pris nos ordres, il sera formé
dans ces dix bataillons seize compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu'on
pourra composer des Français et des meilleurs sujets. Ce corps formera ainsi quatre
bataillons d'élite ou 2,000 hommes, qui serviront pour toute la Toscane
et l'Italie.
30e DIVISION MILITAIRE.
Il y aura dans cette
division six bataillons du 14e léger et du 6e de ligne mis au complet par
les régiments de la Méditerranée; ce qui fera 4,800 hommes, sans compter les vétérans et
la gendarmerie. En
cas de besoin, le roi de Naples enverrait sa colonne de 5 à 600 hommes,
la Corse détacherait les bataillons d'élite des régiments de la Méditerranée, enfin
le royaume d'Italie et la Toscane feraient aussi marcher des troupes
sur Rome.
29e DIVISION MILITAIRE.
Il se trouvera dans cette
division dix bataillons des 29e et 112e régiments, auxquels il
manquera les huit compagnies d'élite; la Grande-Duchesse à un bataillon
d'élite. L’île d'Elbe sera gardée par trois bataillons de la
Méditerranée : on peut donc considérer que cette division aura plus de
10,000 hommes.
Il y aura cinq bataillons du 52e, hormis
les compagnies d'élite, trois bataillons du 102e. On formera des cinq
bataillons du 67e, du 101e et du 3e léger, une demi-brigade de 1,500
hommes.
Il y aura en outre deux
bataillons du 10e de ligne (le 6e et le 7e). Ces bataillons, complétés
au moyen de la conscription, feront un total de 8,000 hommes, sans compter les troupes
de la marine.
27e DIVISION
MILITAIRE.
II n'y aura que quatre 5e
bataillons, qui formeront une demi-brigade de 2,000 hommes avec le 6e bataillon du
20e régiment; ce qui sera suffisant, cette division n'ayant point de côtes, et le royaume d'Italie et
la 28e division pouvant lui offrir des secours considérables.
Il sera convenable de
réunir, sur les 18 ou 20,000 hommes qui se trouveront en Toscane et en Piémont, deux
divisions actives de 4 ou 5,000 hommes chacune, prêtes à se porter
partout où il serait nécessaire.
ROYAUME D'ITALIE.
Le royaume d'Italie aura
sept 4e ou 5e bataillons et sept 5e bataillons, ce qui fait environ 10,000 hommes
d'infanterie française. Il y aura en outre plus de 20,000 hommes de troupes
italiennes, avec 2,000 chevaux italiens ou français; ce qui formera, avec l'artillerie et
le génie, un effectif de près de 40,000 hommes, nombre suffisant pour les garnisons de toutes les places
et former des colonnes pour faire face soit
au débarquement, soit aux troubles de l'intérieur. Il faudra qu'il reste en Italie un millier de
chevaux d'artillerie, afin d'avoir
toujours attelées huit batteries d'artillerie.
On dressera en détail,
aux bureaux de la guerre, les états d'après les données ci-dessus,
afin de faire connaître ce qui manque au complet de ces forces, et
proposer les mesures nécessaires pour arriver au résultat indiqué.
FRANCE. - COTES DE LA
MÉDITERRANÉE.
Toulon est le point
important des côtes de la Méditerranée. Les six 4e bataillons qui ont
été désignés dans les notes sur le corps d'observation de réserve pour se rendre à Toulon
y formeront une garnison
de 4,800 hommes. Le 5e bataillon du 22e léger, le 5e du 1er de ligne,
le 5e du 10e avec les huit 5e bataillons de l'armée le Dalmatie qui sont dans la
27e division militaire, et le 3e du 32e léger (en le considérant comme
un 5e bataillon), font douze bataillons qui seront formés en trois demi-brigades, chacune
de quatre 5e bataillons ou 2,000 hommes; ce qui, joint aux six 4e bataillons
ci-dessus,
serait une force de 11 à 12,000 hommes, beaucoup plus que suffisante pour
défendre Toulon, Marseille, Nice, Cette, et contenir tout l'intérieur.
COTES DE L’OCÉAN. – 3e
DIVISION MILITAIRE.
Les seize 5e bataillons de
l'armée d'Allemagne formeront quatre demi-brigades, chacune de quatre bataillons,
chaque bataillon de quatre compagnies, commandé par un major en second. Ces quatre demi-brigades
formeront une division de 8,000 hommes qui tiendra garnison à Hambourg. Une division
de 6,000 hommes de troupes de la Confédération portera cette force, avec 1,000
hommes de cavalerie, à 15,000 hommes, prêts à marcher en cas d'événements; ce qui fera 25,000
hommes sur ce point, ce qui est suffisant pour contenir le pays, empêcher la
contrebande et s'opposer à toute expédition anglaise de 5 ou 6,000 hommes, force selon
leur coutume. Si l’on avait à repousser une plus forte expédition, cela entrerait dans le
calcul des forces actives.
HOLLANDE
Il sera complété pour la
Hollande vingt 4e bataillons dont les corps sont en Espagne et
dont les cadres en sont revenus. On formera de ces vingt bataillons
deux divisions, chacune de 8,000 hommes, l’une pour la 31e division et l'autre pour la 17e.
Ces deux divisions se coordonneront entre elles.
ANVERS.
Il sera formé des 5e
bataillons du corps d'observation du Rhin une division de quatre demi-brigades
ou 8,000 hommes, qui occupera un camp auprès d'Anvers. Il sera formé des
5e bataillons des vingt-sept régiments de l'armée du Midi en Espagne, des dix-huit de l'armée de
Portugal, de ceux qui sont en Aragon ou en Catalogne et en deçà des Alpes (ce
qui doit faire plus de quatre-vingts régiments), vingt
demi-brigades. Ces vingt demi-brigades formeront cinq divisions, chacune de
quatre demi-brigades ou 8,000 hommes. La 1e sera à Boulogne, la 2e à Cherbourg,
la 3e en Bretagne, la 4e à la Rochelle et la 5e à Paris. Il y aura en outre
en Bretagne le régiment de Belle-Île, les quatre 4e bataillons des
quatre régiments qui sont dans cette province. Ainsi, sur quelque point que l'ennemi débarque, il
y trouvera des forces considérables. Par exemple, s'il débarquait sur l'Escaut,
la division d'Anvers, celle de Boulogne, celle de Paris seraient réunies en peu de jours
et formeraient sur ce point 32,000 hommes, Walcheren étant en outre
gardée par 6,000 hommes du régiment de Walcheren.
GARDE NATIONALE.
Si les préparatifs de l'ennemi dans le courant de
l'hiver font penser nécessaires quelques
nouvelles mesures de précaution, on formerait une division de garde nationale à Saint-Omer de 12,000 hommes, et une autre de la même force entre Cherbourg et
Rouen; ce qui permettrait de diriger
au besoin 24,000 hommes de plus sur l’Escaut , ou de disposer de 30,000 hommes pour les porter, au moindre événement, en Bretagne. Indépendamment de ces deux
corps de gardes nationales locales fournis par la Belgique, la Normandie, la Flandre et les départements qui avoisinent Paris,
on pourrait facilement lever par
département une compagnie d'élite ; ce qui ferait cent belles compagnies ou un corps de 15,000 hommes.
A toutes ces forces il
faut joindre, à Anvers, à Brest et à Toulon, c’est-à-dire dans les trois
grands établissements maritimes, une grande quantité de troupes formées des marins et des ouvriers des
arsenaux.
Il convient que le
ministre me présente le moyen de compléter tous les 4e bataillons
qui rentrent en France, et le projet de leur formation en
demi-brigades, composées chacune de quatre bataillons, le bataillon de quatre compagnies,
la 5e compagnie restant pour former le dépôt.
Caen, 24 mai 1811
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la
marine, à Paris
Il est
indispensable d’avoir un préfet maritime à Toulon. Faîtes-moi une proposition là-dessus.
Caen,
24 mai 1811
Au
vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
On se plaint, à Brest,
des fournitures qu'on y envoie de Paris. On cite, entre autres, des chapeaux
que l’administration achète 4 francs 45 centimes, et qu'on a trouvés plus beaux et
mieux faits à Brest et au prix de 3 francs 25 centimes.
Caen, 25 mai
1811
Au prince Cambacérès,
archichancelier de l’Empire, à Paris
Je suis extrêmement
satisfait de la Normandie et de la ville de Caen. Demain je partirai
pour Cherbourg. Je pense que je n’irai pas à Grandville, cela
m'éloignerait trop. Je compte être toujours de retour à la fin du mois.
J'ai pris un décret pour
ajourner le Corps législatif, comme cela a été fait pour le couronnement.
Caen, 26 mai 1811
Au prince de Neuchâtel et
de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, je reçois
votre lettre. Je n’ai pas encore vu Lecoulteux; ainsi je ne puis vous
rien dire sur les opérations de l’armée de Portugal. Je ne veux pas
perdre un moment à vous recommander d’écrire tous les jours au maréchal Marmont et de
lui envoyer les Moniteur; il y en a plusieurs qui contiennent des nouvelles d'Espagne.
Faites connaître au maréchal Marmont qu'il a un entier pouvoir pour
réorganiser son armée, en former six ou sept divisions, et pour renvoyer
les généraux qui ne lui conviennent pas; qui peut prendre les colonels en second du
corps du général Drouet pour leur donner le commandement des régiments vacants, en
choisissant des officiers vigoureux; qu'il doit renvoyer les administrations
qui lui sont inutiles et concentrer son corps dans sa main ; qu'il doit lever dans la province
de Salamanque et par ses derrières tous les mulets qu'il pourra trouver, qu'il y en
a beaucoup dans ces provinces ; que le duc d’Istrie a ordre de le seconder
de tous ses moyens et de lui donner même tout ce qu'il pourra de ma Garde; que des
marchés sont passés pour l’achat de 4,000 mulets de bat et du train
d'artillerie à Bayonne, mais que nécessairement il faudra du temps.
Écrivez au duc d’Istrie
qu'il donne 500 chevaux on mules de ses attelages, chevaux et harnais, et même du
matériel, pour remonter parfaitement l'artillerie du duc de Raguse, car il faut
que cette armée ait son artillerie mobile et en bon état; qu'il peut lever des mulets, en
attendant qu'il lui arrive des chevaux pour les remplacer; que 4,000
chevaux d'artillerie et des équipages sont en mouvement sur Bayonne; qu'il ne
doit pas garder de matériel inutile à Salamanque, mais tout évacuer sur
Burgos; qu'il doit pourvoir aux besoins de l'armée de Portugal avec
la plus grande activité; que, si les Anglais se portent sur
Ciudad-Rodrigo, il réunisse ses forces pour aller au secours du duc de Raguse
et livrer enfin une belle bataille. Vous lui représenterez qu'il n'écrit
pas assez souvent, qu'au lieu d'écrire tous les jours il n'écrit
presque pas et ne fait pas connaître ce qui se passe.
Recommandez au duc de
Raguse de bien reformer son armée, de livrer bataille aux Anglais s'ils se portent sur
Ciudad-Rodrigo; que, dans ce cas, le duc d'Istrie peut le renforcer d'une
division d’artillerie de 10,000 hommes de ma Garde; qu'il doit annoncer
son arrivée
prochaine et sa marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera
faite.
Voyez le ministre de la
guerre et de l'administration de la guerre pour qu'on active les
achats que j'ai ordonnés pour la remonte des détachements des
bataillons du train et des équipages des dépôts d'Auch, de Pau et de
Toulouse.
Je pense qu'il faut
envoyer un officier au duc d'Istrie pour lui faire connaître que
j'espère qu'il prendra toutes les mesures pour être décidément utile à
l'armée de Portugal.
Caen, 27 mai 1811
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne,
à Paris
Mon Cousin, rendez-vous auprès
du roi d'Espagne, et portez-lui une lettre que vous calquerez sur celle que je
vous écris.
Le roi d'Espagne peut
partir quand il le jugera à propos; s'il ne veut pas attendre mon retour, il en
est le maître.
L'armée du Centre est
entièrement sous ses ordres. Le général Belliard ne doit pas prendre le titre de major
général, mais de chef d'état-major de l'armée du Centre. Si le Roi n'est
pas content de ce général, il peut en proposer un autre qui ait sa
confiance. Il est le maître de suspendre, de renvoyer, de traduire à des
commission militaires les
généraux et officiers de l'armée du Centre, d'administrer les provinces comprises dans l'arrondissement de
cette armée il le jugera le plus
convenable au bien de mon service.
A l’armée du Nord, j'ai
besoin d'un maréchal qui commande les troupes qui sont dans cette province. Le duc
d'Istrie ne parait pas convenir au Roi ; je ne serais pas éloigné de le
remplacer par le maréchal Jourdan, si cela est agréable au Roi et à ce
maréchal. Mais je ne puis rien changer à l'organisation de l'armée du Nord, qui
doit rester
comme elle est, hormis de la mettre sous les ordres d'un maréchal français qui ait davantage la
confiance du Roi.
Dans ce
gouvernement, la justice doit se rendre au nom du Roi. Les commandants doivent lui envoyer des rapports
journaliers. L'intendant général Dudon
doit envoyer au Roi l'état de la perception des contributions de leur emploi. Le Roi doit avoir auprès du
général en chef de l'armée du Nord un
commissaire espagnol, pour veiller à ce
que le quart du revenu des provinces
de cette armée soit versé à Madrid,
pour le service du Roi et pour secourir l'armée du Centre.
Je consens que, toutes les
fois que les provinces auraient les moyens nécessaires pour se
garder et se garantir des incursions des guérillas, elles puissent
rentrer entièrement dans l'administration espagnole, en ne fournissant que ce
qui sera convenu.
Je ne peux que dire la même
chose de l'armée du Midi. Le maréchal qui commande cette armée doit envoyer des
rapports au Roi et l’instruire de tout ce qui se passe. Les budgets en recette et en dépense
des
différentes provinces doivent être envoyés au Roi, qui y tiendra un
commissaire pour percevoir le quart des revenus,.
La même méthode sera suivie
pour l'armée d'Aragon.
Je satisfais ainsi aux
désirs que m'a exprimés le Roi, hormis sur le point qui touche au
commandement général de mes troupes. Je ne peux pas donner le
commandement général de mes armées en Espagne, parce que je ne vois pas
d'homme capable de les conduire, et que le commandement doit être simple et un.
Dans la note que le Roi m'a présentée, tout est complexe et confus. Il
est dans la nature des choses qu'un maréchal qui résiderait à Madrid et dirigerait les opérations voudrait
en avoir la gloire avec la responsabilité, et que les commandants des armées du
Midi et du Portugal se croiraient moins sous les ordres du Roi que de son chef
d'état-major, et par conséquent n'obéiraient pas.
Indépendamment du
commandement de l'armée du Centre, le Roi aurait le commandement
des troupes qui entreraient dans l'arrondissement de cette armée. Si l'armée
du Midi se repliait sur l'armée du Centre, elle serait sous les ordres du Roi;
de même pour l'armée de Portugal. Le Roi aurait le commandement de ces deux
armées si elles se groupaient dans ce territoire.
Dans celle des armées où
le Roi se rendrait, il aurait les honneurs du commandement. Mais
mon intention est de ne rien changer au commandement militaire, ni à
l'armée du Nord, ni à l'armée d'Aragon, ni à l'armée du Midi, ni à l’armée de Portugal,
hormis ce qu'il est nécessaire d'établir pour que le Roi ait des rapports de
tout ce qui se passe,
connaisse tout, et puisse se servir de ces relations, dans une position
centrale, pour instruire les autres généraux. Cette communication de
renseignements, d'observations, de conseils, peut même avoir lieu par le
canal du ministre de la guerre espagnol.
Vous devez ajouter que le
Roi doit correspondre directement avec vous; que toutes ses lettres doivent être signées
par lui ; que les vôtres lui seront adressées directement ; qu'il doit les
ouvrir et communiquer à
son chef d'état-major ce qu'il jugera convenable; que tous les comptes rendus et états de situation doivent vous
être envoyés; que tout doit être
simple et net, les rapports vrais et exacts, et que le Roi doit vous instruire de tout, comme cela est
d'usage dans une armée.
Vous ferez connaître au
Roi que 500,000 francs par mois lui seront envoyés jusqu'au 1er
juillet; mais qu'à compter du ler juillet il recevra un million par
mois pendant le reste de l'année.
Enfin vous devez vous concerter avec le Roi pour
organiser l’armée du Centre, en retirer les
généraux qui lui déplaisent, faire des exemples des généraux qu'il accuse et
leur faire rendre les sommes qu’ils ont
dilapidées. C'est au Roi que je m'en prendrai si les officiers et son armée ne sont pas contenus dans la discipline
convenable; il doit faire des exemples
et envoyer des rapports détaillés sur tout, tous les jours.
Vous m'enverrez la copie
de votre lettre au Roi et le rapport de ce qu'il vous dira dans
cette entrevue et de ce qu'il compte faire. Je désire que vous n'envoyiez
aucune lettre là-dessus, soit aux gouverneurs des provinces, soit aux
généraux commandant les armées, sans me les avoir communiquées.
Je veux faire tout ce qui peut
donner un nouvel éclat à l'entrée du Roi en Espagne, mais rien de ce qui pourrait
désorganiser l’armée d'Andalousie ou les autres armées.
Cherbourg, 28 mai 1811.
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'ai vu avec peine qu'on
ait dépensé 12 à 15,000 francs pour faire un pont-levis et réparer la
citadelle de Caen. Il y a aussi dans cette place une cinquantaine de canons qui
sont inutiles. Faites-moi un rapport là-dessus.
Il me semble qu'il
faudrait démolir cette citadelle et la vendre à la ville; ses promenades y
gagneraient; ce serait d'ailleurs une économie , puisque cela entraîne toujours la guerre
dans quelque dépense.
Cherbourg, 29 mai 1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au
général Suchet que je n'entends pas parler de lui; qu'il paralyse des
forces considérables en ne faisant rien, tandis que de grands coups se frappent partout.
Cherbourg, 29 mai 1811
Au prince de Neuchâtel et
de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, écrivez au
général Belliard qu'il y a beaucoup d'artillerie à Tolède et autres places de l'armée du Centre qu'il serait convenable de réunir sur Madrid. Écrivez la même
chose au duc d'Istrie. Toute l'artillerie et les munitions d'artillerie, hormis
ce qui est nécessaire à l’armée de
Portugal, doivent être centralisées sur Burgos.
Cherbourg, 29 mai 1811
Au prince de Neuchâtel et
de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Mon Cousin, au 15 juin il
partira un 6e convoi de fonds qui sera composé de quatre millions, savoir :
Pour l'armée du Midi, 500,000
francs en traites;
Pour l’armée du Centre,
500,000 francs en numéraire, pour le prêt de juin fait au Roi;
500,000 francs, pour le même, en traite.
Pour l'armée du Nord, 500,000
francs, dont 250,000 francs en traites et 250,000 francs en argent; sur cette
somme, 300,000 francs seront envoyés au général Bonnet;
Pour l'armée de Portugal,
deux millions, savoir : un million en traites et un million en argent.
Ce convoi partira le 15
juin, sous l'escorte des nouveaux bataillons qui seront arrivés alors à Bayonne, ces
nouveaux bataillons ayant ordre d'entrer en Biscaye sans délai, pour
être incorporés. Au 1er juillet, un septième convoi composé de quatre autres millions sera
envoyé. Vous m'en présenterez la distribution avant le 15 juin.