1er – 15 mars 1811


 

Paris, 1er mars 1811

Au comte Molé, directeur général des Ponts et Chaussées, à Paris

Je suis surpris que vous n'ayez pas encore reçu le budget que j'ai signé il y a huit ou dix jours. Demandez qu'on vous l'adresse sans délai. J'accorde dans ce budget 1,500,000 francs pour la route de Wesel à Hambourg. Aussitôt que le projet de cette route sera arrêté, présentez-le-moi. Je désire que la route passe par Osnabriïck et Bremen. Si ces 1,500,000 francs ne suffisent pas, je ferai de nou­veaux fonds. Si l'on pouvait l'achever dans l'année, ce serait une chose avantageuse; l'argent ne manquera pas pour cela. Il ne faut pas parler de la route de Hambourg à la Baltique, on la fera après ; le principal est d'aller de Wesel à Hambourg.


Paris. 1er mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai le projet d'entreprendre bientôt l'expédition de Sardaigne. Pour cela il pourra me devenir utile de lever en Corse un bataillon par district, c'est-à-dire de lever cinq bataillons. On prendrait les offi­ciers qui doivent avoir leur traitement de réforme. Il faudrait consul­ter le général Morand pour savoir s'il y aurait possibilité de faire cette levée et de se procurer ainsi 2 ou 3,000 hommes du pays.


Paris, 1er mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie une lettre que je reçois du prince d'Eckmühl. Vous y verrez qu'il y a une grande quantité de marins et d'ouvriers inactifs à Hambourg. Le capitaine Moncabrié doit être depuis longtemps à Paris; il connaît ces fleuves parfaitement. Voilà la centième lettre que je vous écris pour vous demander si l’on peut construire des frégates à Hambourg ou au moins des bricks. Cela serait d'ailleurs utile pour donner du travail aux pauvres et mettre du mouvement dans ce pays. Ces matelots oisifs vont s'en aller à Londres, tandis qu'avec un peu d'activité on les enlèverait tous pour l'escadre de l'Escaut.


Paris, 1er mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Tout me porte à penser que j'aurai, cette année, des matelots en nombre suffisant pour faire les équipages des vaisseaux qui sont à Anvers. Je désirerais que le Conquérant fût mis à l'eau cette année. Ce vaisseau et les cinq qui doivent être lancés, joints aux douze qui existent, feraient dix-huit vaisseaux; ce qui, avec les neuf vaisseaux du Texel et de la Meuse, me ferait vingt-sept vaisseaux dans la mer du Nord. Il m'est d'autant plus important d'avoir le Conquérant que sa cale pourrait, cette année, être remplie par un nouveau vaisseau. Ainsi j'aurai l’année prochaine l’Hymen, le Monarque, le Superbe et les vaisseaux mis sur les cales de l'Auguste, du Pacificateur et de l'Illustre; ce qui, pour 1812, porterait à trente-quatre le nombre de mes vaisseaux réunis à ceux du Texel et de la Meuse.


Paris, 1er mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j'ai besoin de 3,000 marins, de marins et non pas de portefaix, de marins et non pas de mousses, de marins et non pas de la canaille du quai de la Ferraille. Vous recevrez le décret que j'ai pris pour cela. Prenez des mesures pour me procurer ces marins à Hambourg, à Lubeck, à Bremen, à Varel, à Papenburg, etc.

P. S. N’envoyez que de bons marins ; ce n'est pas des hommes que je veux, mais des marins ayant beaucoup navigué.


Paris, 1er mars 1811

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J'ai réuni à Toulon une expédition de 20,000 hommes, seize vais­seaux de guerre, dix frégates et vingt flûtes de 800 tonneaux avec des écuries. Cette expédition pourra se porter en Sicile ou ailleurs, selon les circonstances de cette année. En attendant, elle menace l'ennemi. Je désire que vous envoyiez à Toulon votre vaisseau de 74 et votre frégate. A Naples ces bâtiments sont inutiles, ils ne se for­ment pas; au lieu qu'à Toulon ils se formeront à la manœuvre, ils sortiront tous les jours et seront un véritable élément de force.


Paris, 1er mars 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, pourriez-vous envoyer un millier de vos bons mats par le Pô jusqu'à Alexandrie, d'où je les ferai transporter à Gènes ou à Savone, la route de Savone étant faite ? Comme vous avez les calculs de ces transports, faites-moi connaître à combien me reviendraient ces mâts avec les frais de premier achat et le transport jusqu'à Savone ou Gênes. il me faut de bons mâts qui puissent servir pour des vais­seaux de ligne.


Paris, 2 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, vous recevrez un décret qui nomme le contre-amiral Émeriau au commandement de l'escadre de Toulon. Vous témoignerez au vice-amiral Allemand que je suis satisfait de ses services, et qu'il doit se rendre à Paris, où il recevra une nouvelle destination. Vous ferez connaître au général Émeriau ma satisfaction des services du général Allemand. Vous recommanderez au général Émeriau de maintenir à bord de l'escadre une sévère discipline, d'in­terdire toute communication avec la terre, de faire appareiller fré­quemment l'escadre, et d'utiliser ses appareillages de manière à prendre des frégates aux Anglais, ou du moins à leur inspirer plus de circonspection qu'ils n'en ont montré jusqu'à présent.


Paris, 2 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les états des déserteurs. Vous voyez qu'ils sont bien nombreux. Cela vient de la facilité qu'on a mise à envoyer dans les régiments des conscrits réfractaires et des déserteurs rentrés. Donnez des ordres pour que les conscrits réfractaires soient envoyés en Corse ou à Walcheren, et rendez le direc­teur des revues et les commandants des colonnes mobiles responsables de l'exécution. J'ai fait faire un relevé des déserteurs au camp de Boulogne ; vous le trouverez ci-joint. Je désire que vous me fassiez connaître où ont passé ceux qui ont déserté à l'étranger; est-ce en Angleterre ? Et de quelle nation étaient-ils ?


Paris, 2 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître à mon ministre à Naples qu'il est indispensable qu'il m'envoie l'état de situation des troupes napolitaines, y compris la garde; que je désire avoir égale­ment la situation des chantiers, combien de vaisseaux, de frégates en construction, à l'eau, en armement; mêmes détails sur les bricks et canonnières.


Paris, 2 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

C'est par l'Angleterre que j'apprends que mon escadre de Toulon n'a que dix-huit jours de biscuit et qu'il n'y a aucune crainte qu'elle puisse sortir. Pourquoi a-t-on laissé détériorer les vivres de campa­gne ? Il y a un an l'escadre avait pour six mois de vivres. L'adminis­tration de la marine parait marcher vraiment en sens inverse de mes intentions. Autant valait-il désarmer les vaisseaux et les faire rentrer dans le port.


Paris, 2 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'ai lu avec attention le rapport de M. Sané sur l'échantillon des flûtes. Je désire, en conséquence, que vous ordonniez que mes flûtes soient armées de vingt-quatre caronades de 24 et de deux canons de 18, qui pourront être mis en chasse ou en retraite, selon les cir­constances; ce qui portera l'armement à vingt-six canons, et mettra ces flûtes en situation de se battre avec une petite frégate de 12 et d'être supérieures à toutes les corvettes et bricks.

Quant aux flûtes déjà faites, vous ferez changer leur armement à fur et mesure que cela deviendra possible, sans retarder leur mouvement.

Je désire que vous me fassiez un rapport pour déterminer l'arme­ment des gabares de 400 à 600 tonneaux, afin de les rendre le plus fortes possible.


Palais des Tuileries, 3 mars 1811

ALLOCUTION DE L'EMPEREUR A LA DÉPUTATION DU COLLÉGE ÉLECTORAL DU FINISTÈRE.

J'agrée vos sentiments. La vraie cause des malheurs qu'a éprouvés la marine vient de la perte des hommes précieux que la France a faite dans les guerres civiles qui ont déchiré surtout la Bretagne et le Poitou. Aussitôt que cela me sera possible, j'irai à Brest Mais la puissance de mes peuples est telle, que dans quatre ans j'aurai plus de cent vaisseaux de haut bord et deux cents frégates. Les matelots de l'Adriatique, comme ceux de la Baltique, viennent déjà de riva­liser de zèle et de courage avec mes Bretons et mes Provençaux pour contribuer à la libération des mers, qui est l'intérêt non seulement de mon Empire, mais aussi de toutes les autres nations du monde.


Paris, 3 mars 1811

Au comte Molé, directeur général des ponts et chaussées, à Paris

Remettez-moi une petite note sur le canal qui joindra la Loire à Brest. Les projets sont-ils faits ? Qu'est-ce qu'ils coûteront ? Où passera ce canal ? Quelle quantité d'eau ? La navigation est-elle grande ? Combien d'écluses ?


Paris, 3 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire avoir un rapport, 1° sur le nombre de conscrits réfractaires (et de quels départements) qui étaient arrivés depuis le 1er octo­bre au 1er mars à Toulon , à Gènes ou à Livourne, pour le régiment de la Méditerranée; 2° ce qu'on pouvait espérer qu'il en arriverait en Corse, provenant de ces divisions, dans le courant de mars et d'avril; 3° ce qui a été dirigé sur le régiment de l'île de Ré, et ce qu'on espérait qu'il arriverait dans le courant de mars sur Belle-Île et Walcheren.

On me rend compte qu'un grand nombre de réfractaires rejoignent de tous côtés. Où ces hommes sont-ils envoyés ? Je désirerais connaître le nombre de conscrits réfractaires et déserteurs par chaque département.


Paris, 3 mars 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Répondez à l'ordonnateur Chambon que les trois nouveaux dépar­tements sont à la disposition du prince d'Eckmühl, tant pour les revenus arriérés que pour les revenus de l’année; que c'est avec cela qu'on doit pourvoir à la nourriture, solde et dépense de l'armée; ce qui n'empêche pas que les hommes qui sont en Westphalie ne conti­nuent à être payés par le gouvernement westphalien. Il doit y avoir en Westphalie plus de 18,500 hommes, qui doivent y être nourris. La solde sera perçue et soldée. L'objet de ces réclamations sera réglé par un traité qui va avoir lieu. Les troupes qui sont dans le Mecklenburg et à Francfort sont également nourries par ces pays.


Paris, 3 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint copie de la lettre que j'écris au ministre de la guerre et de celle que j'écris au roi de Saxe. Ces lettres sont secrètes et ne sont que pour vous. Vous y verrez que je veux avoir 9,000 hommes à Danzig.

Envoyez à Stettin un très beau régiment de la division Friant et un général de brigade français qui servira à surveiller Liebert et à savoir ce qui se fait. Vous pourrez même y envoyer la compagnie d'artillerie légère de la division Friant, avec ses pièces. Je vous pré­viens que je ne veux pas que ce soit le 111e, mais un de vos beaux régiments.

Les compagnies de pontonniers, d'ouvriers, de mineurs, de sapeurs et d'artillerie destinées pour Danzig doivent être réunies à Magdeburg, et doivent passer en conséquence d'un seul et même avis que vous en donnerez à mon ministre à Berlin. Vous pouvez cependant diviser cette colonne en trois parties pour soulager le pays. Il faut qu'ils aient fait une marche avant qu'on le sache à Berlin. Cette colonne étant arrivée à Stettin, le bataillon polonais du 10e régiment, les quatre compagnies d'artillerie française, la compagnie de pontonniers, la compagnie de sapeurs français, la compagnie de mineurs et les ou­vriers, s'il y en a, les Saxons, si ceux qui sont à Stettin appartiennent au régiment qui est à Danzig, toutes ces troupes, qui feront une force de 2 à 300 hommes, marcheront ensemble, en ne faisant pas de marches ridicules, mais en faisant de bonnes marches, et arriveront à Danzig. En même temps le prince Poniatowski fera arriver à Danzig tout ce qui appartient aux 10e et 11e régiments et les deux compagnies d'artillerie. Ainsi tous mes mouvements seront faits; Danzig, Küstrin, Stettin et Glogau seront en état. Je désire que vous n'envoyiez aucun courrier extraordinaire en Pologne ni en Saxe, afin que tout cela se fasse sans le moindre mouvement. Les compagnies d'artillerie que vous avez à compléter pour Danzig, vous devez les faire aller sur Magdeburg comme pour y tenir garnison. Quand le mouvement sera démasqué et que ces troupes seront à 4 ou 5 journées de marche, il n'y aura pas de mal à faire parler la Gazette de Hambourg du mouvement qui aura eu lieu, mais seulement comme des troupes en marche pour en relever d'autres et renforcer Danzig, menacé par les Anglais.

 

P. S. Aussitôt que mes troupes seront arrivées à Stettin, vous écrirez au général Rapp pour qu'on ne tienne pas de propos contre la Russie, et pour qu'il soit au contraire amical; que vous lui envoyez des renforts pour mettre son immense place à l'abri de tout événe­ment du côté de l'Angleterre. N'envoyez aucun courrier en Pologne et écrivez-y le moins possible. Ayez le meilleur langage pour la Russie : on se plaint qu'il y a des lettres et des paroles de vous qui sont pour la guerre. Tout ce qu'on dit aux Polonais, ils le répètent et le publient de toutes les manières.


Paris, 4 mars 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j'ai lu avec attention votre rapport. Je n'ai pas jugé convenable de consulter le ministre de l'intérieur; cela tendrait à ébruiter ces mesures. Les négociants sont si indiscrets, que déjà tout ce que vous avez demandé m'est revenu. Je vous auto­rise à employer un million pour faire des avances aux manufacturiers d'Amiens à raison de 20,000 francs par jour; ce qui fera des secours pour cinquante jours ; au bout de ce temps, vous prendrez mes ordres. Prenez des mesures pour que je ne perde point cet argent. Je vous autorise à faire faire des achats à Rouen, à Saint-Quentin et Gand pour deux millions, par la Banque, comme vous le jugerez à propos, et comme vous l'avez pensé. Suivez ces opérations secrètement et avec la prudence convenable.


Paris, 4 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous envoyiez dix bâtiments légers à Otrante, afin de favoriser la communication d'Otrante à Corfou. J'ai fait dans le temps construire à Toulon des mouches qui paraissent très bonnes pour cet objet. Faites-moi connaître l'espèce de bâtiments de cette nature que j'ai et qui peuvent être utiles pour cette destination. Tous ces bâtiments seraient sous les ordres du capitaine de vaisseau qui commande mes forces à Corfou, et, en cas de siège, ou ils s'enfer­meraient dans la place, ou ils serviraient à la communication. Remettez-moi l'état des bâtiments de cette espèce que vous pouvez envoyer.

Écrivez également au commandant de ma marine que je vois avec peine qu'on laisse insulter mon pavillon par Ali Pacha et ses cor­saires; qu'Ali Pacha n'a le droit d'établir aucun blocus; et, s'il le fait, on doit répondre hostilités par hostilités. Le capitaine comman­dant ma marine doit prendre les ordres du gouverneur général pour tomber sur ses bâtiments et les lui enlever tous à la fois comme pirates.

Envoyez d'Ancône un officier de marine français à Otrante. Corres­pondez avec lui pour que les ports soient suffisamment armés pour favoriser le passage, et enfin connaître les mesures qui peuvent ren­dre le plus facile possible le passage d'Otrante à Corfou.


Paris, 4 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous écriviez au général Donzelot que je vois avec peine qu'il ne fasse pas assez d’usage des forces maritimes que j'ai mises sous ses ordres, tant pour assurer ses communications avec l'Italie que pour faire respecter mon pavillon; que, toutes les fois que les bâtiments d'Ali Pacha se permettent d'attaquer les miens, il doit poursuivre ces pirates, s'en emparer, et les détenir prisonniers à Corfou ; qu’il ne doit respecter aucun droit de blocus; qu'Ali Pacha ne peut s'arroger un pareil droit, et qu'il faut prendre toute la marine de ce forban ; que le général Donzelot a des forces bien suffisantes pour cela; qu'il ne connaît pas assez l'esprit des Turcs ; que ce n'est pas avec ménagement qu'on en vient à bout; qu'il faut leur montrer de la force; qu'il les ménage trop; que les Anglais sont occupés ailleurs et qu'il n'y a rien à craindre d'eux ; que d'ailleurs Ali Pacha ne peut pas se porter à une opération hostile un peu sérieuse sans être aussitôt déclaré rebelle par la Porte et se perdre; que ce pacha tremblera aussitôt que le général Donzelot lui montrera du caractère et le menacera d'une invasion par le Cattaro et même par des détachements qu'il peut faire sur la cèle. Ce brigand n'ose insulter mon pavillon que parce que Donzelot le laisse faire. Toutes ces balancelles, toutes ces canonnières qui mar­chent bien, devraient servir à la communication avec l'Italie.


Paris, 5 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il devient très urgent de faire dans les régiments hollandais les changements que j'ai ordonnés et d'y mettre le tiers d'officiers fran­çais. Il y a un mois que j'ai ordonné cela et vous ne m'avez pas présenté le travail.

Écrivez aux généraux Dutruy et Molitor, qui commandent les divisions, de passer en revue ces régiments, de s'assurer de l'esprit des colonels, majors et chefs de bataillon, et insensiblement de l'esprit des officiers. Envoyez au général Molitor des lettres de passe en blanc, pour des chefs de bataillon ou capitaines et lieutenants, pour le tiers des officiers hollandais, en dirigeant ces officiers, savoir : les trois sixièmes sur les régiments qui sont en Italie et à Naples, les deux sixièmes sur les quinze régiments du corps du prince d'Eckmühl, et un sixième sur les régiments français en Hollande et au camp de Boulogne. Ces généraux passant la revue des corps hollandais ver­ront les officiers et leur donneront ces lettres de passe, comme venant de vous, pour les régiments qu'ils désigneront.  Il faut avoir soin d'ôter les plus mauvais.


Paris, 5 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès. Ministre de la marine, à Paris

Les circonstances me portent à différer les expéditions de Saint-Malo et Cherbourg destinées pour Batavia. En conséquence, vous ordonnerez que les troupes débarquent et rejoignent leurs régiments. Le bataillon expéditionnaire hollandais qui est à Saint-Malo se rendra à Brest, où il tiendra garnison dans l'arsenal. Il sera nourri et soldé par la marine et servira de supplément pour le service de la marine jusqu'à ce que je juge convenable de l'envoyer à Batavia. Vous don­nerez l’ordre aux frégates que j'ai à Saint-Malo et à celles que j'ai à Cherbourg de se rendre à Brest.


Paris, 5 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'ai pris un décret pour porter à dix-huit le nombre des cales de vaisseaux de ligne qui sont à Anvers. Je vous prie de ne porter aucun retard dans l'exécution de ce décret. Ce qui me porte à établir ces dix-huit cales, c'est la considération que, si je ne veux avoir que six vaisseaux par an, je préfère qu'ils restent trois ans sur le chantier, et que, lorsque je n'aurai pas besoin de vaisseaux, je pourrai en tenir six ou huit sur le chantier tout prêts à être lancés. D'ailleurs, les vaisseaux à trois ponts donnant plus d'em­barras dans l'Escaut, je pourrai les mettre à l'eau plus tard que les autres. Enfin j'ai un autre but, c'est que cette augmentation dans les chantiers d'Anvers fasse du bruit. Mon intention est toujours que l'Illustre, le Pacificateur, l’Auguste, le Trajan, le Gaulois, le Con­quérant, soient mis à l'eau cette année. Ainsi il faudrait que les tra­vaux du port d'Anvers fussent montés de manière que j'aie six vaisseaux à l'eau cette année, ce qui ferait 64 vingt-quatrièmes faits; qu'en place de ces six vaisseaux on mit sur le chantier six autres vaisseaux, et qu'on les poussât, savoir : trois à 8 vingt-quatrièmes, deux 4 vingt-quatrièmes et un à 2 vingt-quatrièmes, ce qui ferait 34 vingt-quatrièmes ; que l’on poussât ceux qui sont actuellement sur le chan­tier, savoir : deux à 12 vingt-quatrièmes, un à 18 vingt-quatrièmes, ce qui ferait 32 vingt-quatrièmes; enfin trois à 6 vingt-quatrièmes et trois à 2 vingt-quatrièmes, ce qui ferait 24 vingt-quatrièmes, et en tout plus de 150 vingt-quatrièmes, ou la valeur de six vaisseaux, égale aux six vaisseaux qu'on lance. Je tiens beaucoup à ce que les travaux du chantier d'Anvers soient conduits ainsi. Je voudrais, lorsque j'irai à Anvers, voir lancer quatre vaisseaux à la fois. S'il n’y a point assez d'ouvriers de marine, il faut en faire venir de nouveaux. Je ne serais pas éloigné de créer deux nouveaux bataillons d'ouvriers conscrits, si cela est nécessaire.


Paris, 5 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, donnez ordre que le brick le Génie et des canonnières soient sur-le-champ envoyés devant Flessingue, et que ces bâtiments profitent du moment où les Anglais ne sont pas dans ces mers pour sonder la rade et les passes. Vous mettrez à bord quelques officiers qui apprendront à bien étudier l'Escaut.


Paris, 5 mars 1811

Au général comte Lemarois, aide de camp de l’empereur, à Paris

Monsieur le Général Comte Lemarois, vous vous rendrez à Bou­logne, où vous resterez deux jours. Vous prendrez connaissance de la situation des troupes, de remplacement des camps, de remplace­ment de la flottille et de tout ce qui peut m'intéresser. Vous m'écrirez deux heures avant de partir.

De là vous irez à Dunkerque, où vous séjournerez deux ou trois jours, pour voir quelle espèce de commerce font les smogglers, la quantité de journaux anglais qu'ils apportent et la publicité que ces journaux ont à Dunkerque, enfin observer ce qu'il peut m'importer de connaître.

Vous irez ensuite à Ostende; vous y resterez un ou deux jours. Vous prendrez connaissance de ce qui concerne les bâtiments à licence. On m'assure qu'ils commettent des fraudes et qu'ils empor­tent des dentelles qu'ils rapportent ensuite, afin de me faire penser que la balance de ce commerce est en ma faveur.

D'Ostende vous vous rendrez à Anvers, où vous n'arriverez pas avant le 12 ou le 13 mars. Vous passerez huit jours à Anvers. Vous visiterez l'arsenal; vous irez voir mon escadre au Ruppel; vous me rendrez compte de ces visites. Tous les jours vous irez passer deux heures à l'arsenal et sur le fleuve pour voir où en est l'armement des vaisseaux, et dans le bassin pour voir les travaux qu'on y fait. Vous prendrez connaissance de tout ce qui est relatif aux fortifications, et vous m'en ferez une description après que vous les aurez visitées. Vous aurez soin de m'envoyer un rapport détaillé de ce qu'il y a d'im­portant. Vous m'enverrez un état de la quantité de vingt-quatrièmes que l'on aura faits au 1er mars, et des progrès des constructions toutes les semaines. Mon intention est que dans le courant de mars on mette a l'eau l'Auguste, dans le courant d'avril le Pacificateur, dans le cou­rant de mai l'Illustre, en juin le Trajan, en juillet le Gaulois et en août ou septembre le Conquérant, de sorte que j'aie six vaisseaux cette année, ce qui, joint aux douze que j'ai, me ferait dix-huit vais­seaux de guerre. Vous laisserez entrevoir qu'immédiatement après les couches de l'Impératrice, c'est-à-dire vers la mi-avril, il est probable que je viendrai à Anvers. Indépendamment des six vaisseaux dont il est question ci-dessus, je désire avoir cette année la frégate la Terpsichore; il faudrait pouvoir l'avoir le plus tôt possible. Immédiatement après qu'un vaisseau sera à l'eau, on doit en mettre un autre sur le chantier; il faut donc qu'on ait les matériaux tout prêts. Rien ne peut manquer à Anvers. Les ouvriers doivent être assez nombreux; s'ils ne le sont pas suffisamment, on pourrait en appeler de la Hollande et de la Belgique. Quant au bassin, je suis étonné que mes vaisseaux ne puissent pas encore y entrer.

Quand vous aurez passé huit jours à Anvers, et que vous m'aurez ainsi envoyé huit rapports, vous vous rendrez à Rotterdam. Je vous confie sous le plus grand secret que j'ai donné ordre aux deux vais­seaux qui sont dans cette rade de se rendre par mer à Flessingue. Vous vous informerez si des mesures ont été prises pour que des signaux aient lieu entre l'île de Walcheren et Rotterdam, afin qu'on connaisse chaque jour la situation des ennemis devant l'Escaut. Vous resterez trois jours à Rotterdam ; vous visiterez les chantiers et l'ar­senal de Hellevoetsluis en grand détail ; vous m'informerez de l'époque où je puis espérer que les deux vaisseaux pourront partir. Ce moment est favorable, parce que les Anglais ne sont pas encore arrivés; mais, passé le mois de mars, il ne sera plus temps. Après que vous aurez vu le chantier de Hellevoetsluis, vous reviendrez à Rotterdam. Vous me ferez connaître en détail comment marchent la préfecture, les douanes, la conscription, l'inscription maritime, la police, la con­trebande, et l'esprit des troupes hollandaises qui sont dans ce dépar­tement. Vous me parlerez des officiers français qui commandent là, du génie, de F artillerie. Vous profiterez de l'occasion où le générai verrait les troupes, pour les voir manœuvrer, et vous me rendrez compte de l'esprit qui vous aura paru les animer. Il n'y aura pas d'in­convénient que vous donniez un dîner aux officiers à l'auberge où vous serez et que vous causiez avec les chefs et que vous vous assuriez de leur esprit.

On doit travailler à la route de Breda à Anvers; vous m'en parlerez.

En revenant de Rotterdam, vous passerez à Willemstad. Vous me ferez un rapport sur la situation de l'armement de cette place, sur la garnison, sur le commandant, et sur ce qu'on y fait. Vous irez visi­ter l’île de Goeree; vous me parlerez du commandant, des troupes, de l'esprit qui les anime, de la défense de l’île, et de ce qui peut m'intéresser.

De Willemstad vous irez à Berg-op-Zoom ; vous m'enverrez de pareilles notes sur l'armement de la place, sur la garnison, sur le commandant, sur le génie, l'artillerie, sur la police.

De là vous reviendrez à Anvers, où vous attendrez quelques jours; je vous enverrai dans cet intervalle des ordres sur votre destination ultérieure. Vous emploierez ce second séjour à vous occuper des prêtres, de la police, des opérations des colonnes mobiles destinées à faire rejoindre les conscrits.


Paris, 6 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je prends le parti que je crois le plus sûr. Je fais partir deux fré­gates avec le Dromadaire. Il faut qu'elles me portent 500 hommes. Je laisse le commandant de l'expédition maître de les prendre où il voudra, à Porto-Ferrajo ou Ajaccio. S'il les prend à Ajaccio, il sera nécessaire qu'un aviso parte vingt-quatre heures avant les frégates pour aborder à Saint-Florent et instruire le général Morand de l'arrivée des deux frégates et de Tordre d'embarquer 500 hommes du 1er bataillon du régiment de la Méditerranée, afin qu'il se rende de sa per­sonne au lieu de rembarquement pour s'assurer que tout est prêt à s'embarquer aux Sanguinaires. Quant à Porto-Ferrajo, comme les hommes sont à Porto-Ferrajo même, il suffira d'un ordre de vous au commandant.

Ce bataillon de 500 hommes sera formé de trois compagnies de marche, chaque compagnie de marche de 170 hommes, commandée par un officier tiré des bataillons. On pourra mettre par compagnie deux sergents, deux caporaux et un tambour. Cela affaiblira le moins possible ce bataillon. Expliquez bien à ce capitaine la formation de ces troupes. S'il ne peut assister au chargement de la gabare et qu'il soit obligé de l'abandonner au port de Malaga, ce que je verrais avec peine, il la reprendra à son second voyage. S'il ne jugeait pas à pro­pos de faire un second voyage, il ordonnera au commandant de la gabare, après qu'il aura déchargé et qu'il se sera chargé soit de plomb, soit de vif-argent, de coton ou autres objets que lui remettra le général Sébastiani, de profiter d'une circonstance favorable pour partir en aventurier. Vous lui recommanderez d'aborder en Corse, parce que probablement Toulon sera bloqué. Dans tous les cas, je préfère que ma gabare mouille à Alger plutôt que de rester à Malaga. Il est nécessaire que vous preniez les lettres du prince de Neuchâtel, tant pour la destination des 500 hommes que pour l'arrivée à Malaga et pour mander mes intentions au général Sébastiani.

Il est nécessaire que vous donniez des instructions détaillées au commandant sur les points de la côte qu'occupent mes troupes et sur les précautions qu'il doit prendre avant d'aborder.


Paris, 6 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est qu'il soit formé deux colonnes, sous le comman­dement de deux adjudants commandants ou chefs d'escadron intelli­gents, pour surveiller la côte depuis la Loire jusqu'à la Gironde; ce qui fait un espace de cinquante lieues.

Première colonne. — Le chef-lieu de la première colonne sera à Saint-Gilles, ayant sa droite appuyée à quinze lieues de là, au fort de Mindin, et sa gauche au village de Saint-Vincent, c'est-à-dire à dix lieues de là. Cette colonne exercera donc la surveillance sur vingt-cinq lieues de côtes. Elle sera composée d'un escadron du 20e de chasseurs, complété à 200 hommes, d'une compagnie du 82e, com­plétée à 120 hommes, et enfin d'un bataillon de 600 hommes d'in­fanterie; ce qui fera environ 800 hommes d'infanterie et 200 chevaux

Deuxième colonne, — La deuxième colonne aura son chef-lieu au village d'Angoulin, où se tiendra le quartier du commandant; elle aura sa droite à la batterie de l'Aiguillon, et sa gauche à Royan; elle sera composée d'une compagnie du 9e de hussards et d'une du 13e de chasseurs, l’une et l'autre complétées à 100 hommes. Il y aura, en outre, un bataillon complet du régiment de Berg, une compagnie de 140 hommes du 66e et une de même force du 26e; ce qui fera 1,000 hommes d'infanterie et 200 chevaux; total, 1,200 hommes.

Ces deux colonnes seront divisées en détachements et subdivisées en piquets.

Les deux commandants enverront, tous les jours, par ordonnance, leur rapport au général commandant la division militaire à La Ro­chelle, qui devra transmettre ce rapport au ministre. Ils devront de même, tous les jours et par ordonnance, donner avis au préfet mari­time à Rochefort de ce qui se passe dans leur arrondissement. Le commandant de chaque colonne aura avec lui un capitaine en second d'artillerie. Un obusier et deux pièces de canon seront attachés à chaque colonne. Les pièces de la colonne d'Angoulin seront attelées; celles de la colonne de Saint-Gilles ne le seront pas; en cas d'événe­ment, on les attellerait avec des chevaux du pays.

La côte sera partagée entre ces deux arrondissements de comman­dement. Les troupes qui se trouveront dans chaque arrondissement seront sous les ordres du commandant de la colonne.

A l’égard des douaniers, les commandants de colonne n'auront rien à leur prescrire en temps ordinaire; mais ils les auront sous leurs ordres en cas de descente ou d'événement extraordinaire. Chaque commandant devra connaître le nombre des troupes qui se trouvent dans son arrondissement. Les commandants des colonnes, accompa­gnés du capitaine d'artillerie, devront inspecter, dans le courant de chaque mois, toutes les batteries de leur arrondissement, et les faire tirer toutes, en leur présence, à boulet rouge. Ils feront fermer à la gorge les batteries pour lesquelles cette précaution serait jugée néces­saire. Ils établiront des signaux pour être instruits, au point central, soit de jour, soit de nuit, de ce qui surviendrait.  

Tous les jours, les patrouilles de chaque poste devront se croiser avec celles des postes voisins et se transmettre les rapports. La cava­lerie ainsi que l'infanterie seront instruites à la manœuvre du canon.


Enfin toutes les précautions seront prises pour pouvoir, en cas d'évé­nement , se porter rapidement sur le point attaqué et y réunir un bon renfort de troupes.

Je désire que trois ou quatre colonnes semblables soient organi­sées sur les côtes de Bretagne et de Normandie. Veillez à ce que tous les généraux de division vous envoient la copie exacte de ces rapports ; par ce moyen on saura parfaitement ce qui se passe sur les côtes.


Paris, 7 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les derniers états que vous m'avez remis de la situation des armées étrangères sont en général peu exacts. Il est nécessaire qu'en tête de chaque état on relate la situa­tion de l'organisation dans chaque pays.


Paris, 7 mars 1811

NOTE POUR LA RÉDACTION D'UN PROJET DE DÉCRET.

1° La conservation des forêts de Corse dépendra du ministère de la marine.

2° Les agents forestiers seront sous ses ordres.

3° Les bois qui appartiennent encore à notre domaine impérial sont mis à la disposition de notre ministre de la marine.

4° Les travaux des ponts et chaussées concernant les routes, les ponts, les quais, etc., en Corse, sont dans les attributions du mi­nistre de la marine.

5° La partie du budget des ponts et chaussées pour lesdits tra­vaux sera retirée du budget du ministère de l'intérieur et portée à celui de la marine.


Paris, 7 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suis instruit qu'au dépôt du 66e on commet des vexations et que l’on Tait des retenues illégales contre les conscrits, ce qui les fait déserter.


Paris, 7 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire de régulariser tout ce qui est relatif aux garnisons des vaisseaux. Mon intention est que vous me fassiez connaître les régiments qui fournissent ces garnisons, et que vous demandiez au ministre de la marine celles dont il aura besoin pour les armements qui auront lieu en 1811.

Quand vous aurez ce travail, vous me proposerez de prendre dans les régiments de ligne, et non légers, une compagnie, qui serait 2e compagnie du 5e bataillon de ligne, et qui s'appellera 2e compa­gnie du 5e bataillon ou compagnie de garnison des vaisseaux. Elle sera formée selon les indications du ministre de la marine, et compo­sée d'hommes ayant au moins un au de service révolu et parlant fran­çais, c'est-à-dire qu'aucun Génois, Piémontais, Belge ou natif des quatre nouveaux départements réunis ne pourra en faire partie; elle sera composée absolument d'hommes parlant la langue française. Les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants seront nommés par vous. Les hommes seront pris dans tous les régiments, de manière que ce soit véritablement de bons sujets. Cela n'augmentera point les cadres de mon armée et pourvoira d'une manière constante à ce ser­vice important, et, comme j'ai cent régiments de ligne, la marine pourra avoir aussi cent équipages.

La solde de ces compagnies continue, je crois, à être payée par la guerre. Il serait convenable de spécifier ce qui serait le plus avanta­geux pour la solde, l'habillement et nourriture de ces compagnies, et prendre des mesures pour que le recrutement puisse en être fait convenablement.


Paris, 7 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est que le vice-amiral  Ver Huell  parte avant le 1er avril de Paris. Il sera chargé du commandement de la marine de la Hollande à Hambourg, Lubeck compris. Il aura le commandement direct de la flottille et sera chargé du choix des rades et de l'organi­sation du service dans ce pays. Il est nécessaire que vous me présen­tiez un projet d'instruction pour rendre cette mission utile. Il ne prendra des ordres que du prince d'Eckmühl.


Paris, 7 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître la situation de la légion portugaise. Je vois qu'il y a trois bataillons d'élite, formant 1,000 hommes, et deux bataillons de marche, forts de 278 hommes, à Bourges; qu'il y a, en outre, deux escadrons de chasseurs, forts de 130 chevaux, et deux autres escadrons de chasseurs n'ayant point de chevaux, forts de 140 hommes; que, indépendamment de ce qu'il y a à Bourges, il y a dans la 6e division militaire un dépôt de chasseurs de 430 hommes et de 20 chevaux, et dans la 7e division militaire cinq régiments, formant le fond de dix bataillons, et deux bataillons provisoires, faisant 3,700 hommes. J'aurais donc près de 6,000 Portugais; il faut bien distinguer les Espagnols des Portugais. Il faudrait voir comment on pourrait les utiliser. J'avais destiné 400 chevaux pour la remonte de cette légion; faites-moi connaître où cela en est. Mettez-moi sous les yeux les comptes que les géné­raux commandant à Bourges, à Grenoble, à Besançon, rendent de l'esprit et de la conduite de ces régiments.

Il y a un dépôt de troupes westphaliennes à Bourges. Il faudrait faire partir pour l'Espagne ce qu'il y a de disponible et renvoyer le reste en Westphalie.

Proposez-moi de renvoyer également en Allemagne les dépôts des régiments de la Confédération employés à l'armée de Catalogne, qui sont dans les 10e et 11e divisions militaires; cela nous rend peu de services et fait beaucoup d'embarras en Allemagne.

Je pense que, sous prétexte d'aller en remonte, on pourrait en­voyer dans la 21e division militaire les hommes à pied de la cavalerie de la légion portugaise qui sont dans la 6e division militaire, et ceux qui sont montés, du côté de la Rochelle ou de Niort. Vous pourriez tirer de ces derniers une centaine de chevaux pour renforcer les co­lonnes de la Loire à la Gironde. Par ce moyen, la cavalerie et l'infan­terie seraient séparées.


Aussitôt que j'aurai un état de la situation de la légion portugaise, que je connaîtrai de quelles nations sont ces hommes, je supprimerai les deux bataillons provisoires qui sont à Bourges, et déparerai les trois bataillons d'élite, que j'enverrai loin les uns des autres.

Les chasseurs de la légion hanovrienne ont 460 hommes et 10 che­vaux à Fontenay. Faites-moi connaître de quelles nations sont ces hommes. Je n'ai pas l'intention de les monter, du moins pour les envoyer en Espagne. Je pense donc qu'il faudrait les incorporer dans les régiments français et dans les nouveaux régiments qu'on va for­mer. On pourrait en renvoyer à Naples, et on laisserait détruire cette légion hanovrienne.

Faites-moi des rapports sur tout cela.


Paris, 8 mars 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Le duc de Raguse est arrivé. Je désire que vous teniez un conseil composé des présidents des sections de législation, de l'intérieur et des finances, de Dandolo, ancien provéditeur, et que vous me pré­sentiez un projet de règlement pour l'organisation dés provinces illyriennes, fixant les pouvoirs du gouverneur général, les attributions de l'intendant général, les lois et les budgets de tous les ministères.


Paris, 8 mars 1811

DÉCISION

 

Le ministre des finances fait connaître à l'Empereur les motifs qui ont  porté la consulte de Rome à supprimer les deux relais de poste de Nocera et de Gualdo.

Cette suppression est inutile et fait beaucoup de tort aux localités.


Paris, 8 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous écris cette lettre pour vous faire connaître mes intentions sur le genre de guerre maritime que je veux faire en 1811. Je ne veux pas que mes escadres sortent, mais qu'elles soient approvisionnées comme si elles devaient sortir; que fréquemment des courriers portent aux commandants des ordres cachetés à n'ouvrir qu'en mer à une certaine distance, de sorte que l'amiral lui-même ait la croyance qu'il doit partir; que mes vaisseaux aient six mois de vivres, quatre mois à bord et deux mois à l'arsenal ; que l’embarquement des vivres complets ait même lieu deux fois au moins dans l’année, afin que mes escadres de Toulon, de Brest, du Texel, de l'Escaut se croient vraiment en appareillage. J'espère que dans le courant de juillet ou d'août j'aurai sept ou huit vaisseaux au Texel, une vingtaine de vaisseaux dans l'Escaut, sept ou huit vaisseaux à Brest, six vaisseaux à Rochefort et seize ou dix-sept à Toulon ; ce qui obligera les Anglais à me bloquer avec cinq escadres ou soixante vaisseaux.

Je désire réunir dans l'Escaut toutes les frégates hollandaises et une flotte de transport organisée comme celle de la Méditerranée, par tiers; un tiers cette année, un tiers que l'on construira pour 1812 et un tiers en 1813. Je crois avoir pris un décret là-dessus. Occupez-vous-en et apportez-moi un rapport qui m'en rende compte. J'aurais donc en 1811, en 1812 et partie de 1813, deux armées navales et deux flottes de transport, une à Toulon et l'autre dans l'Escaut. J'ai déjà réglé la flotte de transport de Toulon, que je suppose devoir porter près de 24,000 hommes et 1,500 chevaux, indépendamment de 10,000 hommes que pourrait porter l'escadre de guerre; ce qui ferait plus de 30,000 hommes. Il faudrait que la flotte de transport de l'Escaut m'offrît les moyens d'embarquer 30,000 hommes et 2,000 chevaux; ce qui, avec les troupes embarquées sur l'escadre, formerait une armée de plus de 40,000 hommes. En calculant ainsi, j'ai en vue la destination de la Sicile pour la flotte de la Méditerra­née, et l'Irlande pour celle de l'Escaut; car le nombre d'hommes diminuerait beaucoup si je les envoyais aux Indes occidentales, et encore plus s'ils allaient aux Indes orientales. Si en 1812 les circon­stances sont favorables, ayant une partie de mes troupes d'Espagne disponible, je compte faire l'expédition de Sicile ou celle d'Egypte dans la Méditerranée, et dans l'Océan l'expédition de la Martinique, de la Dominique, de la Guadeloupe, de Cayenne, de Surinam et de tout le continent hollandais. Mon escadre sortirait de l'Escaut avec 30,000 hommes; tout aurait été préparé pour menacer l'Irlande; elle se porterait sur l'Amérique, se séparerait en quatre expéditions, savoir : l'une pour la Guyane française, une pour Surinam, et les deux autres pour les Îles ci-dessus nommées. 30,000 hommes paraissent suffisants pour faire simultanément ces opérations. Je ferais partir la même année une expédition de 8,000 hommes de Brest pour m'emparer du cap de Bonne-Espérance. Ce serait donc 60 ou 80,000 hommes que je répandrais, en évitant les croisières enne­mies, sur les deux mondes. Ces résultats ne pourraient pas sans doute avoir lieu avant 1812 ou 1813, mais il est nécessaire en 1811 de fatiguer les Anglais.

Je désire faire tout ce qui est nécessaire pour donner à mes flottes de l'Escaut et de Toulon un aspect menaçant. Mon intention est même d'embarquer sur les vaisseaux, frégates et transports de ces deux escadres une vingtaine de mille hommes, et de les tenir embar­qués un mois ou six semaines, pour que la menace soit réelle. Quant à Rochefort, je désire que six de mes vaisseaux soient placés sur des chameaux, tout armés, à l'embouchure de la rivière, de sorte que l'ennemi soit forcé d'opposer à mes vaisseaux, qui resteront tranquilles dans le port, une escadre d'au moins six vaisseaux.


Paris, 8 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j'ai lu avec attention votre rapport du 6 sur la flotte de transport de la Méditerranée. Je vois qu'elle se compose de trois parties : d'une première existante et disponible au 1er juillet 1811, savoir : onze flûtes, quatre gabares et quatre écu­ries; total, dix-neuf bâtiments; d'une deuxième partie, qui pourra être disponible au 1er juillet 1812, savoir : huit flûtes, une gabarre et douze écuries; total, vingt et un bâtiments (cette partie, qui doit déjà être sur le chantier, sera poussée cette année entre 8 ou 10 vingt-quatrièmes par chaque bâtiment); et d'une troisième partie qui sera mise en construction en 1812 et disponible en juillet 1813, et qui sera composée de six flûtes et de quatorze écuries; total, vingt bâti­ments. Tout cela me paraît convenable, si ce n'est que je désire que vous fassiez mettre en construction, pour en faire cette année 4 vingt-quatrièmes, un bâtiment hôpital et un bâtiment poudrier. Il faudrait pour l'hôpital une très-grosse flûte. Il est important que tout cela soit ponctuellement exécuté, et qu'il n'en soit pas de cette année comme de 1810, où l’on n'a pas fait ce que j'avais prescrit. Je désire que vous me fassiez connaître quel sera le chargement d'une flûte et d'une gabare, d'une écurie, dans la quadruple hypothèse d'une expédition en Sicile, d'une expédition en Egypte, d'une expédition au cap de Bonne-Espérance et d'une expédition à la Martinique. Chaque flûte ayant une sainte-barbe doit porter de la poudre, 6 ou au moins 4 chevaux, et au moins huit voitures d'artillerie, savoir : deux pièces de canon, deux caissons d'infanterie et quatre caissons pour le service du canon. Les écuries doivent contenir autant d'hommes que possi­ble, indépendamment d'un certain nombre d'hommes pour les chevaux. Les flûtes, les gabares et les écuries doivent pouvoir débarquer facilement. Il faut donc qu'il entre dans leur installation un grand canot ou grosse péniche, portant une caronade de 36 ou au moins de 24, et pouvant débarquer 100 hommes à la fois, de manière que la flotte débarque 5 à 600 hommes à la fois, sous la protection de soixante caronades. Il est nécessaire que cette grosse péniche soit indépendante des autres bâtiments, afin que, l'expédition étant arri­vée à son terme, on puisse laisser ces soixante péniches pour le ser­vice des rades ou des grandes rivières, comme le Nil ou la rivière de Surinam. En général, chaque flûte doit avoir le plus de canons qu'il sera possible, indépendamment de cette péniche principale. On pour­rait la garder dans l'arsenal pour les expéditions où il s'agirait d'un débarquement de vive force. Je désire que chaque flûte puisse mettre en chasse et en retraite deux pièces de 24, et qu'elle ait en outre un armement de vingt ou vingt-quatre pièces de 24; que les gabares et écuries aient un armement proportionné, de sorte que cette flottille de soixante bâtiments n'ait besoin d'aucune escorte, puisse faire tête séparément à un corsaire ou brick anglais, et que, réunis, ils n'aient rien à craindre d'une grosse corvette, et puissent même se battre contre une frégate. Quand je désire avoir deux pièces de 24 par bâti­ment, c'est que, indépendamment de ce surcroît de force maritime que cela donne à ma flotte, je me trouverai, par ce moyen, avoir tout disposé pour débarquer à terre un équipage de siège décent vingt bouches à feu. On pourrait mettre du 18 sur les gabares et les écuries.

Or il n'est pas possible de concevoir une expédition sans qu'on ait besoin de grosse artillerie, soit pour lever les obstacles et conquérir le pays qu'on veut prendre, soit pour conserver les conquêtes qu'on a faites. Présentez-moi un projet de décret pour régler l'armement en guerre, l'approvisionnement en eau, en vivres et le chargement de chaque bâtiment, de manière que cela soit connu d'une manière défi­nitive. Vous ne devez pas mettre un homme de plus pour l'artillerie, les passagers devant être chargés seuls de ce service. Faites-moi connaître ce que c'est qu'une écurie, de combien de tonneaux est une gabare. Ne serait-il pas possible que les écuries fussent, comme les flûtes, de 800 tonneaux ? Ma flotte de transport portera donc 1,300 chevaux sur les écuries et 180 sur les flûtes, ce qui ferait à peu près 1,500 chevaux. Ce nombre de chevaux est nécessaire pour faire une grande expédition. Je désirerais beaucoup que vous fissiez exécuter des modèles en petit d'une flûte, d'une gabare, d'une écurie tout armée, avec tous les détails accessoires, tels que vous les avez adoptés, et avec leur canot et une grande péniche. Il est nécessaire qu'il y ait à Toulon tout ce qui est nécessaire pour une expédition d'Egypte. Faites-moi un rapport sur l'espèce de bâtiments la plus convenable, 1° pour remonter le Nil, 2° pour entrer dans les lacs à côté d'Aboukir.


Paris, 8 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi un rapport sur le port de Santona, situé sur la cèle d'Espagne, entre le Passage et Santander. Des renseignements me portent à croire que les Anglais veulent s'emparer de ce point pour en faire un second Gibraltar. Quel intérêt ce port peut-il avoir sons le point de vue maritime ? Je désire que, indépendamment de la corvette la Coquette, vous fassiez armer la corvette la Friponne, et les bricks le Flibustier et l'Épervier, afin de pouvoir porter des secours de vivres et munitions à Santander et Santona. Donnez ordre sur-le-champ que ces bâtiments soient armés.


Paris, 8 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

En lisant votre état de situation des bâtiments légers, qui est joint à votre lettre du 6, je trouve qu'il y en a plus qu'il n'en faut. Il y en a trois : les goélettes la Rose, l'Estafette, le demi-chebec la Sirène, les trois demi-chebecs qui sont à Bouc, la mouche n° 21 , celle n° 22, les stations de l'île d'Elbe; tout cela offre plus de moyens qu'il ne faudrait pour les bâtiments à envoyer à Otrante; mais il est incertain si ces bâtiments arriveront, et, s'ils arrivent, ils mettront à faire ce trajet un temps infini. Le plus court serait de faire construire à Trieste ou Venise, à mon compte, dix beaux bâtiments légers, plus forts que les doubles péniches et canots de vaisseaux et propres au passage d’Otrante à Corfou. Je désire que vous fassiez arrêter le modèle de ces bâtiments; lorsqu'il aura reçu mon approbation, j'ordonnerai qu'on en construise dix pour la France et dix pour l'Italie. Les dix pour le compte de la France pourraient être construits quatre à Corfou et six à Venise. Ainsi le problème se réduit à ceci : porter des paquets, des hommes, de l'argent de Corfou à Otrante.

Je pense que la station de Corse n'est pas assez forte et que le général Morand a raison. La marine sarde est plus forte que la mienne ; la marine sarde maltraite souvent les bâtiments corses; c'est une véritable honte. Il me semble qu'il est nécessaire d'avoir à Bonifacio une corvette et deux bricks qui aient le double avantage de surveiller la communication des deux Îles et de manière à être plus considéra­bles que les galères et les corsaires sardes.

Je pense qu'il faut également à Bastia et à Ajaccio deux bricks ou corvettes ; mais il faut que ces bâtiments aient ordre d'être perpétuel­lement en appareillage; qu'ils reçoivent les ordres du gouverneur et fassent la police de toutes les côtes. Cela n'empêche pas que ces bâtiments puissent faire des voyages en France et en Italie, soit pour porter des dépêches en France, soit pour amener des matelots; mais ils devront s'en retourner, soit avec des conscrits, soit avec autre chose, à Corfou. Faites-moi un rapport là-dessus. Le service de la Corse a toujours été très mal fait.


Paris, 8 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous prie de me faire remettre sous les yeux la situation des trois bataillons de marche organisés à Bayonne, afin que je décide sur leur destination ultérieure.

Vous ferez connaître au duc d'Istrie que les dernières nouvelles de Londres donnent des détails sur le Portugal jusqu'au 18 février, qu'il parait que le duc de Dalmatie s'est emparé de Badajoz et marche sur le Tage. Il est nécessaire de faire connaître au duc d'Istrie que je suis surpris qu'il demande des régiments définitifs au lieu de provisoires ; comment peut-il supposer, lui qui est resté si longtemps auprès de moi, que j'ignore que les régiments définitifs sont cent fois meilleurs ? Mais il devrait sentir que je ne puis faire autrement. Les régiments définitifs sont engagés dans l'intérieur de l'Espagne ; je ne puis les renforcer qu'en formant des régiments provisoires avec les détache­ments des dépôts. Par cette mesure, les régiments provisoires doivent rester dans l'arrondissement du nord et être ainsi sous sa surveil­lance et celle des généraux Reille et Caffarelli. Ils doivent donc et avoir un soin tout particulier pour leur fournir l'argent, l'habillement, la chaussure et mettre leur administration en règle. Il faut que vous écriviez au duc d'Istrie et aux généraux Reille et Caffarelli dans ce sens, pour savoir ce qu'ils ont fait pour la bonne organisa­tion de ces corps. Quoi que l'on en dise, le pays est capable de fournir ce qui leur est nécessaire en draps, cuirs, etc. Dans la néces­sité où je suis de former et maintenir des armées du côté du Nord, je ne puis fournir à tous.

Donnez ordre au duc d'Istrie de faire attaquer par le général Seras les corps insurgés qui sont entre Astorga et Villafranca. Ce n'est qu'en prenant avec les brigands l'initiative, qu'on peut espérer des résultats; pour en venir à bout, il faut leur faire une guerre active et vigoureuse.


Paris, 8 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, j'ai donné l’ordre aux ministres de la guerre et de la marine, et je désire que vous surveilliez l'exécution de cet ordre auprès du ministre de la guerre, d'envoyer à Santona 100,000 cartouches d'infanterie, vingt milliers de poudre, cinq affûts de 24, cinq cents outils à pionniers et 100,000 rations de biscuit, lesquels seront pris à Bayonne et transportés par mer. J'ai ordonné que le nombre des bouches à feu de Santona fut complété à trente, savoir : quinze d'un calibre supérieur à 18 pour battre la mer, et quinze d'un calibre inférieur à 10 pour être placées du côté de terre. Le général Caffarelli tirera de Saint-Sébastien, de Bilbao, de Santander les pièces nécessaires pour compléter ce nombre; Bayonne même pourra en fournir. On enverra à Santona trois mortiers du calibre des bombes qui s'y trouvent; on les prendra à Saint-Sébastien ou à Santander et, en cas que cela soit nécessaire, on les demandera à Bayonne. Vous voyez par mes dispositions que mon intention est que Santona soit occupée dune manière sérieuse. Vous donnerez ordre au duc d'Istrie d'y envoyer un officier d'état-major pour y commander comme commandant d'armes; d'y mettre une garnison d'un bataillon de 600 hommes; d'y envoyer un officier du génie avec 25,000 francs, un officier d'artillerie et tous le canonniers de marine qui se trouvent à Saint-Sébastien, à Bilbao et à Santander, de manière à former au moins 120 canonniers. Le duc d'Istrie enverra également à Santona la le compagnie de pionniers qui est à Burgos, forte de 150 hommes, avec 1,000 outils qui seront tirés de Bilbao et de Santander. Les 600 hommes du bataillon envoyé à Santona ne feront autre chose que de travailler sans relâche à se retrancher. On élèvera trois bat­teries de cinq pièces chacune du côté de la mer, et on garnira de quinze ou vingt pièces de canon les retranchements du côté de terre. Le général Caffarelli enverra de Bilbao des vivres pour approvision­ner ce poste pendant deux mois, afin que, en cas que les Anglais se présentent, les troupes puissent se défendre assez de temps pour que le général Caffarelli puisse aller les dégager. Avec deux mois de vivres, les avantages qu'offrent les localités et les moyens que je mets à votre disposition, on peut, en avril et mai, mettre ce poste en état de défense et en faire une espèce de citadelle qui serve de point d'appui sur cette côte et empêche l'ennemi de s'en emparer.

Envoyez ces ordres par un de vos officiers d'état-major, qui verra commencer les fortifications, en rapportera le dessin, et rendra compte du commencement des travaux. Je donne ordre qu'un bâti­ment armé se rende à Santona pour être toujours maître de la rade et supérieur aux petites embarcations du pays.


Paris, 9 mars 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

J'ai lu avec attention votre travail du 4 mars sur l'organisation des contributions dans les territoires de 3 ou 400,000 âmes pris sur la Confédération du Rhin et réunis à la Hollande. Vous voulez y placer les impositions hollandaises : il me semble qu'il y a là beaucoup d'in­convénients. Ces pays, qui payent moins que la France, se trouve­raient payer plus qu'elle. Mon intention est d'amener la Hollande aux impositions françaises, et le plus tôt que cela se fera mieux cela vaudra. Un grand empire n'est pas gouvernable autrement. Je vou­drais qu'en 1812 vous puissiez en approcher. Cela n'empêcherait pas de conserver le droit de mouture pour équivaloir au payement de leur dette. Je désire donc que les nouveaux pays soient organisés à la française. Cela fera un peu d'embarras; mais ce pays peut être mis dans la dépendance de l'intendant de l'intérieur.

Envoyez chercher le comte Rœderer; il connaît parfaitement le département de Munster, et il pourra vous donner des lumières là-dessus. Je désire que vous fassiez venir à Paris le magistrat de Munster qui vient d'être nommé au Corps législatif et quelques individus de Munster et des pays voisins qui connaissent le mieux ces matières, afin de les consulter. Le comte Rœderer pourra vous en indiquer.


Paris, 9 mars 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Le ministre des finances vous enverra le budget de l’année d'Alle­magne que j'ai reçu du prince d'Eckmühl. Je vous prie de me faire un rapport. Je remarque qu'on y porte deux millions pour l'habille­ment. Je désirerais que vous vous chargeassiez de la masse d'habille­ment, de manière qu'on ne donnât rien aux corps de l'armée d'Alle­magne. Cela réduirait les dépensés de cette armée. Vérifiez si les chiffres ne sont pas trop forts, et voyez ce que vous avez porté pour l'armée d'Allemagne dans votre budget.

Faites-moi connaître ce qu'a coûté en 1810 et à combien est éva­luée pour 1811 la masse d'habillement. Les rois de Naples et de Westphalie habillent une partie de mes troupes. Comment payent-ils la masse, et à qui ? Et comment vous arrangez-vous ensuite avec les dépôts ?


Paris, 9 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je réponds à votre lettre du 7 mars sur la convention avec la Westphalie. Je ne puis rien changer aux limites portées dans le sénatus-consulte ; les plans ont été envoyés au Sénat. Il faudrait un nouveau sénatus-consulte que je ne veux pas faire ; ce serait jeter une défaveur d'instabilité sur toutes ces acqui­sitions. En cédant le Hanovre à la Westphalie, je lui cède beaucoup plus que je ne lui prends, puisqu'elle me cède une population de 224,000 âmes et un territoire de 76 milles carrés, et que ce que je lui donne comprend 300 et quelques mille âmes et 200 milles carrés. C'est une différence énorme en faveur de la Westphalie, et qui compense entièrement celle qu'il peut y avoir dans les revenus. Je ne dois donc rien à la Westphalie, et c'est elle qui me devrait. Voilà 1'exacte justice.

Cependant, non a titre d'indemnité, mais pour donner une nou­velle preuve de tout le bien que je désire au royaume de Westphalie, je cède ce qui me reste de domaines en Westphalie dont je n'ai pas encore disposé. Le Roi évalue ce restant disponible à 240,000 francs de revenu ; je pense que cette évaluation est exacte; mais il est pos­sible qu'elle soit susceptible de diminution, parce qu'il y a de la part des donataires diverses réclamations à exercer contre le Roi, et qu'il est juste que le restant des domaines leur serve de gage, et enfin parce qu'il faudra déduire de cet abandon les domaines dont je n'ai pas encore disposé dans les pays qui viennent d'être détachés de la Westphalie pour être réunis à l'Empire, mon intention n'étant pas de céder au Roi les domaines qui seraient devenus français.

Il faudra consulter M. Defermon et mettre au moins deux ou trois articles pour bien expliquer cette cession, vu que je ne cède pas les dotations de 4,000 francs ni celles de 2,000 qui n'ont pas encore le nom des titulaires, mais qui sont affectées, ni tout ce qu'il y aurait de vacances par suite de la réversibilité au domaine extraordinaire.

Enfin il est nécessaire aussi que le Roi renouvelle l'engagement d'indemniser tous les donataires qu'il a dépossédés ou auxquels il doit des indemnités.

Je consens à me charger de la dette propre des provinces westphaliennes entièrement réunies à l'Empire, c'est-à-dire de la dette hypo­théquée sur le sol. Je consens que la dette des provinces, dont une partie est réunie à l'Empire et une autre partie reste à la Westphalie, soit partagée proportionnellement en raison de ce que chaque puis­sance conserve de ces provinces. Quant à la réduction du capital, ces dettes suivront le même sort que celles de Hambourg et de Bremen, etc., et je ne pourrai prendre de détermination à cet égard que lorsque je connaîtrai la quantité de la dette.

Je ne puis faire aucun changement aux bons. Ils ne sont plus ma propriété; ils sont entrés dans une organisation de service qui n'est plus susceptible de changement.

Je fais don au roi de Westphalie de toute contribution arriérée du Hanovre. Il n'y a pas de difficulté là-dessus. Par contre, le Hanovre n'aura rien à réclamer de l'administration de l’année pour dépenses dues et qui auraient pu être payées sur cet arriéré.

Quant à Magdeburg, je ne puis me dessaisir en ce moment d'une place de cette importance. Il faut attendre qu'une paix générale ait tranquillisé toutes les affaires.

Les troupes françaises seront réduites à 12,500 hommes, comme cela avait été convenu primitivement, au lieu de 18,500, nombre actuel.

Quant à la question du rachat des donations, je consens pour moi et pour les donataires que tous ceux qui ont 4,000 francs de rente soient remboursés avec un bon de 80,000 francs portant inté­rêt à 5 pour 100, payable par semestre à Paris; lequel bon, repré­sentant le capital, sera remboursé par le roi de Westphalie en 5 pour 100 qu'il achètera sur le grand-livre. Cette conversion se fera aussitôt que faire se pourra, et de manière que tout soit remboursé dans l'espace de dix ans. Par ce traité, le Roi gagnera beaucoup, puisque aujourd'hui, au lieu de payer 80,000 francs à chaque donataire, il pourra rembourser le capital de chaque rente de 4,000 francs avec 64,000 francs. Mais plus le Roi tardera à rembourser, plus il sera dans le cas de perdre.


Paris, 9 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le gouvernement d'Aragon sera augmenté des pro­vinces de Tortose, de Lerida, de Tarragone et des pays à l'ouest d'une ligne partant de la tour de Garraf sur le bord de la mer, passant au col d'Ordal, suivant le cours de la Goya jusqu'à Llorracli, celui de la rivière Llobregos jusqu'au Segre, et de là les frontières de la pro­vince de Lerida jusqu'à la Noguera, qui divisera, comme autrefois, les deux gouvernements jusqu'aux Pyrénées.

Vous ferez connaître cette disposition au général Suchet, en lui annonçant que toutes les troupes faisant partie de l'armée active de Catalogne passeront sur-le-champ sous ses ordres, savoir, quatre régiments (le 7e de ligne, le 42e de ligne, le ler léger, le 10e de ligne), la division italienne, la division napolitaine, le 24e de dra­gons, les dragons Napoléon, les chasseurs royaux.

Il laissera sous les ordres du duc de Tarente le 29e de chasseurs, le bataillon du 93e de ligne, le bataillon du grand-duché de Berg et une compagnie d'artillerie. Ce détachement se rendra à Barcelone pour en augmenter la garnison et faire partie de l'armée de Cata­logne, dont le quartier général sera à Barcelone. L'escadron du 24e dragons et les détachements italiens et napolitains des corps fai­sant partie de l'armée d'Aragon, qui sont dans la haute Catalogne ou à Barcelone, rejoindront leur corps en Aragon aussitôt que ce mou­vement pourra se faire avec sûreté. Il appartiendra à l'armée de Cata­logne d'occuper le Monserrat et d'assiéger Cardona, Berga et Urgèl; il appartiendra à l'armée d'Aragon de faire le siège de Tarragone.

Le général Suchet se concertera avec le duc de Tarente pour la marche de ce dernier sur Barcelone avec le détachement qui doit y entrer avec lui ; on verra s'il est à propos de faire faire un mouvement au corps d'armée active de Catalogne en tout ou en partie, soit pour s'emparer définitivement du Monserrat et refouler l'ennemi sur Tar­ragone, soit, si l'opération n'est pas jugée actuellement nécessaire, pour protéger la rentrée à Barcelone du détachement du duc de Tarente. Dans ce dernier cas, le duc de Tarente menacera Mon­serrat d'une attaque pour y retenir l'ennemi et empêcher qu'il ne sorte pour inquiéter le siège de Tarragone.

Vous vous concerterez avec le ministre de la guerre pour expédier chacun un officier porteur d'ordres en duplicata par deux routes dif­férentes, celle de Pampelune et celle de Jaca. L'officier qu'enverra le ministre de la guerre portera vos ordres et les siens ; il arrivera d'abord chez le général Suchet, à qui il remettra les ordres à lui des­tinés; il ne se rendra chez le duc de Tarente, pour lui remettre les siens, qu'après avoir reçu les ordres du général Suchet. L'officier que vous enverrez par l'autre route avec les duplicata de vos ordres et de ceux du ministre arrivera également d'abord chez le général Suchet, dont il prendra les ordres pour le jour et le temps qu'il arrivera à Lerida. Mon intention est que le général Suchet arrive à l'armée peu après l'officier. Il faut choisir des officiers intelligents et qui connais­sent leur mission, afin qu'en cas d'événement, soit de départ du général Suchet, soit même de mort, ils ne remettent rien au duc de Tarente qu'après avoir vu le général Suchet ; vous comprenez l'importance que l'armée de Catalogne ne reste point sans commandant, et que le général Suchet soit instruit et puisse diriger toute cette affaire.

Vous ordonnerez au général Suchet de s'occuper sur-le-champ du siège de Tarragone. Il choisira sa ligne d'opération ou par Lerida ou par Mora. Il fera fortifier des points intermédiaires; celui de Monblanch parait très important à occuper solidement par des retranche­ments. Il portera des approvisionnements considérables sur le col combinés

 

CORRESPONDANCE DE NAPOLEON I*. -.1811.        459 17446. — AU PRIXCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL  DE L'ARMÉE   d'ESPAGNE ,  A PARIS.

Paris, 10 mars 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je viens de lire la lettre du duc d'Istrie du 20 février. Il vous dit que cinquante individus ont fait bien du mal en Espa­gne et m'ont mis dans la nécessité d'envoyer dans la Péninsule 100,000 hommes de plus. Qu'il me nomme donc les coupables, afin que je puisse les faire punir.


Paris, 10 mars 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Donnez 6,000 francs de gratification à l'évêque de Savone, qui est très pauvre.


Paris, 10 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les lettres du général Baraguey d'Hilliers. Il n'est pas encore temps de lui faire connaître les changements que j'ai faits dans la Catalogne, puisqu'il ne serait pas convenable que le duc de Tarente les apprît d'une manière indi­recte. Mais il faut lui envoyer un officier et lui mander qu'aussitôt que le général Quesnel sera arrivé à Puycerda et cherchera à prendre le fort d'Urgel, cela attirera d'autant l'ennemi de ce côté; qu'il fau­drait occuper les positions d'Olot et de Vich, et reconnaître les autres positions qu'il y aurait à occuper pour se maintenir réellement en communication avec Barcelone; que l'ennemi va être serré de très près du coté de Tarragone et inquiété du côté d'Urgel; qu'il faudrait l'empêcher de s'établir entre Puycerda ou la vallée du Segre et la vallée de Girone; qu'il parait nécessaire d'occuper Olot, Ripoll et Vich, et d'avoir entre Barcelone et le château de Hostalrich un ou deux points crénelés et fortifiés, du côté de Granollers, situé au point de réunion du chemin de Vich et de celui de Hostalrich; que, si le général Baraguey d'Hilliers fait occuper Granollers et Vich, il se trouvera en communication avec Barcelone; qu'alors des mouvements combines seront concertés avec la garnison, et qu'il sera inutile d'en­voyer le 102e à Barcelone, puisque cela fera le même effet; mais que cela ne peut avoir lieu qu'autant qu'arrivé à Vich et à Granollers on remuera sur-le-champ de la terre, qu’il crénellera des maisons, qu'on placera quelques pièces de canon, et qu'en fin, par ces précau­tions, on se mettra tout à fait à l'abri des miquelets et des bandes ennemies; qu'il a de l'artillerie et des sapeurs qu'il peut employer sur-le-champ; que la mission de l'officier que vous lui envoyez est de rapporter son opinion sur ce plan, sur la manière de remplir le but, d'empêcher l'ennemi de s'établir entre la Cerdagne et Girone, sur le projet d'occuper Olot, et enfin sur celui de se placer à Vich et à Granollers de manière à communiquer avec Barcelone avec des détachements de 2 à 300 hommes; bien entendu que les colonnes placées à Vich et à Granollers feraient des sorties combinées avec celles de la garnison de Barcelone toutes les fois que l'ennemi se pré­senterait; que ces opérations deviendront faciles, la division Quesnel étant à Puycerda, Tarragone se trouvant cernée, et l'armée rentrant en Catalogne (car je ne la considère pas comme étant en Catalogne, en ce moment qu'elle est à Lerida, au delà des montagnes), et que toutes ces dispositions vont faciliter beaucoup la soumission du pays; mais que, pour arriver à ce résultat, il faut se fortifier de manière que des détachements de 50 ou 60 hommes, en ayant du canon, soient à l'abri de toute attaque, ce qui a été fait dans l'intérieur de l'Espa­gne et a partout réussi ; que ce projet est plus avantageux que celui de renforcer Barcelone, d'autant plus que la garnison de Barcelone pourra occuper des points intermédiaires en avant de cette place.


Paris, 10 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La lettre du général Molitor me parait ridicule. Témoignez-lui ma surprise de ses craintes ; écrivez-lui qu'il n'y a point de fleuves qui le séparent de la France, et qu'il n'a rien à craindre des Anglais; que les troupes hollandaises sont très bonnes; que ce n'est pas en décla­mant contre les troupes hollandaises qu'on avance la besogne, mais en faisant connaître les mauvais officiers pour les déplacer ; qu'il doit y avoir à Amsterdam un commandant d'armes; que je ne vois pas d'inconvénient qu'on augmente l'état-major de cette place de trois officiers; que, s'il a besoin de dépenses secrètes, c'est M. l'architrésorier qui doit y pourvoir, et qu'il doit s'adresser à lui; que sa com­munication avec la France est par Gorcum, qui doit toujours être occupé; que la place de Dordrecht est une place de dépôt. Faites-moi connaître qui a placé les approvisionnements d'artillerie à Delft. Le vrai endroit où il faudrait les placer, ce n'est pas à Dordrecht, mais à Gorcum. Au reste, ce point doit être traité au prochain conseil d'artillerie, ainsi que pour les autres places de Hollande.

Quant à son traitement et à celui des généraux, de combien sont-ils ? Faites-moi connaître si vous croyez convenable qu'il faille les augmenter ou donner des gratifications.

Ajoutez au général Molitor qu'il n'y a à craindre aucun débarque­ment que dans le seul cas où nous aurions la guerre continentale, et qu'on y pourvoirait; que même quand il devrait se faire, quoiqu'il n'y eût point de guerre du continent, il n'aurait lieu qu'en juin, et qu'alors il recevrait l'ordre de camper les troupes.


Paris, 10 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre travail sur la répartition de la conscription. J'ai mis sur les états quelques notes de ma main. Je joins aussi quel­ques observations sur des rectifications à faire. Après que ce travail aura subi ces changements, il sera complet. Ces changements ont trois buts : 1° de ne pas donner trop de Piémontais et de Belges à un seul corps; 2° de ne donner à aucun corps plus de 1,200 hommes, afin que les 4e bataillons dont les cadres sont en France soient tous complétés par le premier appel de la conscription; 3° de mettre sur une colonne la distribution de la réserve, de manière à arriver aux résultats suivants : compléter à 4,400 hommes les 15 régiments de l'armée d'Allemagne; compléter les régiments de l'intérieur, les cadres des 5e bataillons et ceux des 3e et 4e bataillons qui sont en France.

Quant à l'état n° 3 de la répartition de 2,300 Toscans, 1,000 Ro­mains, 2,000 Hollandais, 400 hommes des Bouches de l'Escaut, j'y ai mis à la main quelques rectifications qui indiquent de quelle manière je désire que cela se fasse.

Renvoyez-moi votre travail ainsi corrigé.


Paris, 10 mars 1811


Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la campagne va s'ouvrir dans la Balti­que. Il serait bien important d'encourager les corsaires à Lubeck et à Danzig. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

P. S. Faites-moi connaître quels sont les plus grands bâtiments qui entrent dans le port de Danzig ; je désirerais y avoir une corvette, deux petits bricks et quelques chaloupes canonnières, non seulement pour la police de la rade, mais pour avoir un prétexte de tenir là deux ou trois officiers. Les bâtiments s'achèteraient ou se construi­raient à Danzig, et seraient armés par des gens du pays. Faites-moi un rapport là-dessus. Aussitôt qu'on saura quelle espèce de bâtiments on peut avoir à Danzig et qu'on aura les plans, il ne s'agira plus que d'y envoyer un officier de marine et un ingénieur.


Paris, 10 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrés, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, vous connaissez mes projets sur la marine pour 1811, 1812, 1813 et 1814. Je désire avoir un budget qui me donne une idée des sacrifices que je dois faire pour remplir ces intentions. Vous connaissez la base de ce travail : une flotte à Toulon, une flotte à Brest et une flotte dans l'Escaut; une flottille et, de plus, une flotte de transports dans l'Escaut et une autre à Toulon. Il faut construire, mettre à l'eau et avoir prêts à prendre la mer, avec hommes et vivres, autant de vaisseaux que j'en puis construire.

Le Texel. — En 1812, j'aurai au Texel dix vaisseaux armés et équipés prêts à mettre à la voile, y compris le vaisseau de 74 que je commence cette année. J'aurai aussi les quatre frégates que je com­mence également cette année, et qui formeront l'escadre légère.

En 1813 et 1814, j'aurai le même nombre de vaisseaux; mais au lieu de quatre frégates au Texel j'en aurai six, et deux de plus dans l'embouchure de la Meuse; ce qui fera une nouvelle augmentation de huit. Il faudra y joindre les bricks et les corvettes nécessaires.

J'emploierai ces deux années à bien organiser cette escadre, mais la solde et l'entretien des équipages me coûteront des sommes considérables. Que me coûtera-t-elle en 1812, en 1813, en 1814 ?

Dans l'Escaut. — En 1811, j'aurai douze vaisseaux provenant de 1810; six vaisseaux mis à l'eau, armés et équipés pour 1811, les vivres et la solde pour les équipages pendant les trois derniers mois , deux vaisseaux hollandais; total, vingt vaisseaux.

J'aurai une frégate mise à l'eau et équipée pour 1811, avec solde pour les équipages pendant les trois derniers mois de l’année ; deux frégates de Dunkerque, armées et équipées, avec les vivres pour les huit derniers mois de 1811 ; total, trois frégates.

J'aurai quelques corvettes et bricks et six frégates hollandaises armées en flûte pour servir de transports, lesquelles seront employées comme casernes pour les garnisons de Flessingue depuis août jusqu'à novembre, et rentreront à Flessingue pendant les glaces.

En 1812, mettre six vaisseaux de guerre à l'eau et une frégate; les armer et équiper, et avoir les vivres des équipages pour les six derniers mois.

En 1813, de même, en sorte qu'à la fin de 1813 j'aurai trente-deux vaisseaux et cinq à six frégates dans l'Escaut, indépendamment d'un certain nombre de transports, tout cela équipé, avec des vivres pour 6 mois, et prêt à prendre la mer. Qu'est-ce que cela me coûtera en 1812 et 1813 ?

Escadre de Brest. Chantier de Cherbourg. — En 1811, mettre un vaisseau à l'eau ; en 1812, mettre un vaisseau à l'eau; en 1813, mettre un vaisseau à l'eau; ce qui me fera trois vaisseaux armés et équipés, avec les équipages et les vivres.

Brest. — En 1811, trois vaisseaux existants, dont deux à Cher­bourg et un à Brest. Dans les trois années on construira à Brest trois vaisseaux, savoir, un en 1811, un en 1812 et un en 1813.

Avoir soin que sur ces trois vaisseaux il y en ait deux à trois ponts.

Chantier de Lorient. — En 1811, quatre vaisseaux équipés et armés, avec les vivres et équipages pour les huit derniers mois ; en 1812, deux vaisseaux seront mis à l'eau, armés et équipés; en 1813, de même; ce qui fera dix-sept vaisseaux. II y aura, en outre, la frégate de Cherbourg; celle de Saint-Malo, en ajoutant une frégate par année; celle du Havre et deux frégates à achever; à Brest, une frégate à construire et deux autres; à Lorient, deux frégates com­mencées; à Nantes, six frégates qui sont sur le chantier et qui seront finies en 1812, quatre autres pour 1813; total, vingt-trois frégates. Me faire connaître ce que cela me coûtera en 1812 et 1813.

Escadre de Rochefort. — En 1813, les huit vaisseaux aujourd'hui existants et cinq vaisseaux à trois ponts à construire, y compris les deux actuellement sur le chantier; les six frégates existantes et  la frégate aujourd'hui sur le chantier.

Chantier de Bayonne. — Les deux frégates commencées à Bayonne.

Chantier du Passage. — Deux vaisseaux à construire en 1812 et 1813; deux frégates.

Escadre de Toulon. — En 1811, les seize vaisseaux existants; en 1812, les trois sur le chantier ; en 1813, deux autres, les frégates existantes, la frégate actuellement sur le chantier, une autre.

Chantier de Gênes. — Deux vaisseaux à Gènes en 1813; trois fré­gates actuellement en construction, trois autres.

Chantier de Livourne. — Une frégate actuellement en construction, une autre.

Dans l'Adriatique. — En 1813, les six vaisseaux actuellement en construction, les trois frégates, les deux frégates neuves.

Cela fera, au total, cent trois vaisseaux et soixante et seize fréga­tes; ce qui, joint aux quatre vaisseaux et six frégates du royaume d'Italie et aux deux vaisseaux et quatre frégates napolitaines, fait un total de cent neuf vaisseaux, quatre-vingt-six frégates.

Enfin la flottille et les deux flottes de transports que j'ai ordonnés, et les bâtiments garde-côtes comme ils existent.

Tel est l'aperçu qu'il faut compléter et d'après lequel vous devez raisonner. Or, combien l'équipement, la nourriture, la solde et l'entretien de pareilles forces navales me coûteront-ils en 1812, 1813 et 1814 ?

Faites-moi un projet de budget de 1812 et 1813 dans ce sens.


Paris, 10 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu'il est convenable que vous expédiiez un courrier extraordinaire en Russie. Ce courrier pourra être porteur d'une lettre du général Lauriston à M. de Romanzof, dans laquelle il lui fera connaître son prochain départ, son désir de lui être agréable, et son espérance que sa mission aura l'approbation de l'empereur. Vous ferez connaître au duc de Vicence que, les An­glais annonçant l'intention d'envoyer une flotte considérable dans la Baltique, j'ai cru devoir renforcer la garnison de Danzig de quelques compagnies d'infanterie et d'artillerie ; que l'infanterie est toute saxonne ou polonaise; qu'une partie de l'artillerie seule est fran­çaise; que, Stettin se trouvant, par ces combinaisons, privé d'une partie de sa garnison, qui est envoyée à Danzig, je porte à Stettin un régiment français. Vous écrirez au duc de Vicence que cela doit être pour sa gouverne, et que, quand ces nouvelles perceront, il doit dire qu'il est tout simple que je ne laisse pas Danzig sans garnison, puisque les Anglais débarquant avec 8 ou 10,000 hommes dans la Baltique prendraient ce point important.

Le duc de Vicence doit faire connaître que cette année je forme de grands camps à Toulon, à Boulogne, sur l'Escaut et au Texel.

Vous lui parlerez également de l'inquiétude de la Suède ; vous lui direz que ces gens s'agitent extrêmement; qu'il peut, si cela est néces­saire, en parler à l'empereur et à M. de Romanzof.

Vous lui parlerez également de la levée de la conscription. Vous lui direz qu'elle n'est dirigée que contre l'Angleterre; que je n'ai envie de chercher aucune espèce de querelle à la Russie, mais que je serais forcé de lui faire la guerre si elle se remettait avec l'Angleterre.

Parlez-lui de la situation commerciale de l'Angleterre, de ses vives discussions avec l'Amérique, et de l'espérance qu'il y a d'en venir à un résultat si l'on marche franchement en Russie, de la nécessité d'arranger les affaires relatives au commerce pour éviter toute acri­monie, et de finir également l'affaire du duc d'Oldenburg; je ne puis m'en rapporter là-dessus qu'à votre dernière lettre. Vous ajouterez que je viens d'arrêter le budget des fortifications de Danzig, puisque l'empereur Alexandre fait fortifier de son côté, et parce que je dois d'ailleurs mettre cette place à l'abri des attaques des Anglais.

Par ce courrier que vous enverrez à Saint-Pétersbourg, vous écri­rez au comte Saint-Marsan pour lui faire connaître le langage qu'il doit tenir sur le mouvement des troupes que j'envoie à Danzig et à Stettin; vous lui donnerez aussi des détails sur les fusils, et vous lui ferez connaître notre situation avec la Russie.


Paris, 11 mars 1811

Au général comte de Lariboisière, premier inspecteur général d’artillerie, à Paris

Monsieur le Général Comte Lariboisière, je désire que vous pre­niez des renseignements et que vous me remettiez directement, et sans confier à personne mon secret, un projet d'équipage de siège suffisant pour assiéger et prendre Spandau, tiré de la place de Magdeburg; un projet d'équipage pour prendre Kolberg, en le tirant de Stettin et de Küstrin; enfin un projet d'équipage pour faire le siège de Neisse, en le composant de l'artillerie que fournira la place de Glogau et de l'artillerie que peut avoir la Saxe. Faites-moi connaître quelle devrait être la composition de ces équipages pour mener de front ces trois sièges, ce qui existe dans les places que je viens de nommer, le personnel et les attelages d'artillerie qui seraient nécessaires.


Paris, 11 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez un décret par lequel je crée deux régiments de la Méditerranée, organisés chacun comme mes régiments d'infanterie; le 1er comme l'infanterie légère, le 2e comme l'infanterie de ligne. Il n'y aura dans ces régiments ni grenadiers, ni voltigeurs; les compagnies d'élite n'y seront formées que d'après mes ordres, lorsque ces régiments auront deux ans de service.

Le 1er régiment sera formé du régiment actuel de la Méditerranée, qui est un régiment d'infanterie légère; il y aura cinq bataillons. L'état-major et le 5e bataillon ou dépôt seront à Ajaccio, où se tiendra son conseil d'administration.

Les quatre bataillons de guerre seront : un à l'île d'Elbe, un à Ajaccio, un à Bonifacio et Sartène, et le quatrième à Ajaccio, selon les circonstances et sa force, ou à Corte et Vico. Ce régiment au complet sera de près de 4,000 hommes.

Le 2e régiment ou nouveau régiment d'infanterie de ligne aura également cinq bataillons. L'état-major et le 5e bataillon seront à Bastia. Sur les quatre bataillons de guerre, un sera à l’île d'Elbe, deux à Bastia et un à Calvi. Les deux bataillons qui seront à Bastia détacheront des compagnies à Saint-Florent et Cervione, si  cela est nécessaire, et celui de Calvi enverra un détachement à l'île Rousse. Cependant, en temps de guerre, on tiendra ces bataillons aussi réu­nis que possible, et on ne fera des détachements qu'en cas d’insuffisance des casernes.

Il est nécessaire que l'on s'occupe avec la plus grande activité à les exercer.


Il faut qu'il y ait à Bastia un bon général de brigade pour surveiller la formation du 2e régiment.

Il y aura à Ajaccio le général de division, avec un adjudant com­mandant, qui sera chargé de surveiller le 1er régiment.

Présentez-moi pour ces deux corps de bons colonels et d'excel­lents majors.

Les officiers et sous-officiers nécessaires pour le 1er régiment doi­vent être tirés de l'infanterie légère, et ceux pour le 2e régiment, de l'infanterie de ligne. Faites nommer sans retard ces officiers et sous-officiers. Il faudra aussi nommer les caporaux, sans quoi on ne pour­rait compter sur ces régiments.

Envoyez-y des tambours et tout ce qui est nécessaire. Il faudra aussi une musique pour chacun de ces régiments, lorsqu'ils seront formés.


Paris, 11 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre rapport sur le régiment irlandais. Faites-moi un rapport plus détaillé qui me fasse connaître si les officiers et sous-officiers de ce corps sont Irlandais, et s'il y aurait moyen de créer un régiment irlandais qui se recruterait prin­cipalement d'Allemands. Ce régiment pourrait être utile en cas d'une expédition en Irlande. Aussi, s'il se présente assez d'Irlandais pour remplir les places d'officiers, je ne me refuserai pas à former un régi­ment à cinq bataillons comme les régiments de ligne.


Paris, 12 mars 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Pourquoi les pensions ecclésiastiques notaient-elles pas payées à Rome au 27 février, et d'où cela vient-il ?


Paris, 12 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il serait convenable que le pays de Munster, ainsi que l'Osnabrück et les différentes parties des souve­rainetés qui viennent d'être réunies et forment les trois nouveaux départements, envoient des députés à Paris, tant pour présenter l'hommage de l'obéissance de leurs concitoyens que pour donner des renseignements sur le pays. Il est nécessaire également qu'on finisse promptement tout ce qui est relatif aux princes de Salm et d'Arenberg et que les indemnités leur soient réglées. Il faut mettre dans les journaux des extraits sur la prise de possession de tous ces pays.


Paris, 12 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les conscrits vont bientôt passer en Italie. Il est donc convenable de bien s'assurer que la navigation militaire du Pô, de Turin à Plaisance et à Mantoue, est établie, afin de soulager d'autant ces jeunes-gens, et renouveler les ordres pour qu'au couvent du mont Cenis ils aient du vin et une ration.


Paris, 12 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il résulte du travail que vous m'avez envoyé sur les conscrits réfractaires et déserteurs que les départe­ments qui doivent fournir au régiment de la Méditerranée ont encore 21,000 hommes à fournir, que ceux qui fournissent au régiment de Walcheren doivent encore 11,000 hommes, que ceux destinés à recruter le régiment de Belle-Île doivent encore 6,700 hommes, et ceux destinés au régiment de l'île de Ré 22,000 hommes.

Le régiment de Belle-Île, qui doit recevoir 6,700 hommes, ne recevra probablement que 4,000 hommes tout au plus.

Le régiment de Walcheren, qui a 11,000 hommes à recevoir, n'en recevra probablement guère que 8,000. Aussitôt que ce régiment aura plus de 4,000 hommes, vous m'en préviendrez, afin que j'or­donne la formation d'un second régiment.

Le régiment de l'île de Ré, ayant 22,000 hommes à recevoir, n'en recevra probablement que 10 à 12,000; ce serait un nombre d'hommes trop considérable pour ce régiment.

Je désire faire à cette distribution les changements suivants :

Les hommes provenant de la 21e division militaire, se montant à 2,800, au lieu d'être dirigés sur Belle-Île, le seront sur Toulon, et de là sur la Corse. Les hommes provenant de la 19e division, dont le nombre est de 8,000, seront également dirigés sur la Corse. Il ne restera donc plus pour le régiment de Belle-Île que les 5,500 hom­mes de la 11e division, les 600 hommes de la 12e, les 5,000 hommes de la 20e; total, 11,000 hommes.

Les régiments de la Méditerranée se trouveront recrutés de 10,000 hommes; ce qui, joint à ce qu'ils doivent recevoir, les portera à 31,000 hommes. J'ai déjà formé des cadres pour 8 à 9,000 hommes, puisque j'ai formé deux régiments. Je suis disposé à en former deux autres, aussitôt que les mesures que je compte prendre pour faire rejoindre les conscrits auront produit assez de monde. Je suis bien aise d'avoir 15 à 20,000 hommes en Corse et à l'île d'Elbe, parce que je pourrais en envoyer à l'armée de Naples, à Corfou et même en Andalousie, et j'ai assez de forces maritimes dans la Méditerranée pour tirer un bon parti de ces hommes.

Il me paraît convenable d'envoyer en Corse un inspecteur aux revues très ferme et très sûr. Il faut que le ministre dé l'administra­tion de la guerre prenne des mesures pour habiller cette grande quan­tité de monde, et que l'artillerie envoie des fusils pour les armer; que les services des vivres et des hôpitaux soient montés pour nour­rir et soigner tous ces hommes dans l'Ile d'Elbe et en Corse.

Présentez-moi un projet de formation de sept colonnes mobiles pour faire rejoindre les 30,000 hommes des régiments de la Médi­terranée, chacune commandée par un général de brigade ou un colonel.

La première colonne sera chargée de faire rejoindre les 8,000 hom­mes de la 19e division militaire; la deuxième colonne, les 2,800 hommes de la 21e division militaire; la troisième colonne, les 6,500 hommes de la 10e division militaire; la quatrième colonne, les 6,600 hommes de la 9e division militaire; la cinquième colonne, les 1,200 hommes de la 7e division et les 800 hommes de la 8e division ; la 6e colonne, les 1,000 hommes de la 27e division et les 2,700 hommes de la 28e division; la septième colonne, les 1,200 hommes de la 39e division militaire. Il est nécessaire que ces colonnes soient en activité au 1er avril.

Prévenez le ministre de la marine du nombre d'hommes qui doi­vent être réunis à Toulon, à Gênes et à Livourne, pour que tout soit prêt à les embarquer sans délai sur la Corse.

Il sera formé deux autres colonnes mobiles, dont l'une, comman­dée par le colonel Henry, de la gendarmerie, sera chargée de faire rejoindre les 2,400 hommes de la 16e division militaire, les 1,400 hommes de la 15e et les 4,500 hommes de la 24e destinés à recru­ter le régiment de l'île de Walcheren.

La deuxième colonne sera chargée de faire rejoindre les 1,700 hommes de la 25e division et les 1,200 de la 26e, destinés au même régiment.

Pour le régiment de Belle-Île, il sera formé cinq colonnes : la pre­mière sera chargée de faire rejoindre les 19 hommes des 1e, 2e, 3e et 4e divisions militaires; la deuxième les 900 hommes de la 5e division militaire ; la troisième, les 500 hommes de la 13e division mili­taire; la quatrième, les 1,800 hommes de la 14e division militaire; la cinquième, les 500 hommes de la 22e division militaire.

Pour le régiment de l’île de Ré, il sera formé deux colonnes mo­biles : l’une qui sera chargée de faire rejoindre les 5,500 hommes de la 11e division militaire; la deuxième, qui sera chargée de faire rejoindre les 5,000 hommes de la 20e division militaire ; après avoir fini ses opérations dans la 20e, elle se rendra dans la 12e division pour faire rejoindre les 600 hommes qui s'y trouvent.

Il sera pris des détachements dans les régiments de cuirassiers et d'infanterie pour former ces seize colonnes mobiles.

Pour que ces mesures aient un résultat, il faut que le général Gilly soit chargé de prendre les mesures convenables pour empêcher la désertion dans l'île de Walcheren, de même que les généraux com­mandant à Belle-Île et dans l'île de Ré. Il est nécessaire que vous me proposiez un projet de règlement sévère pour châtier, par de fortes peines, les déserteurs de ces dépôts.

Enfin, il faut que les cadres des officiers et sous-officiers soient promptement rendus à leur poste, afin que les conscrits, étant classés, surveillés par leurs capitaines, sergents et caporaux, armés, habillés et exercés, prennent sur-le-champ l'allure militaire.

Rendez-moi compte si les cadres des quatre bataillons du 1er régi­ment de la Méditerranée sont complets, et si j'ai nommé tous les officiers et sous-officiers.


Présentez-moi, dans la semaine, le projet de formation du cadre du 5e bataillon et du 2e régiment de la Méditerranée. Il est impor­tant d'avoir des colonels et chefs de bataillon sévères et d'un mérite distingué.

Rendez-moi compte également si les cadres des quatre bataillons des régiments de Walcheren, Belle-Île et File de lié sont nommes et s'ils sont à leur poste.

La Garde peut vous offrir 128 vélites, qui ont plus de trois ans de service, qu'on peut distribuer comme sous-lieutenants dans ces régiments; il faut les faire partir sans délai, et leur accorder même des frais de route pour prendre la diligence.

Vous pouvez tirer de la Garde les adjudants-majors et sous-officiers pour les différents bataillons; nuis c’est surtout de bons quartiers-maîtres qu'il vous faut étudier à trouver, ainsi que de très bons colonels.

Portez une grande attention à la formation de ces cinq régiments, à leur habillement, armement et parfaite organisation.

Il est nécessaire que vous écriviez aux colonels et que vous fassiez dire aux officiers de ces régiments qu'ils doivent regarder ce service comme une mission honorable, et que je leur donnerai plus d'avan­cement que dans la ligne, puisqu'ils auront plus de peine à former des soldats de moins bonne volonté; stimulez-les dans ce sens.

Faites-moi connaître ce que pourrait fournir l'école de Fontai­nebleau.

Vous aviez destiné pour aller à Batavia un certain nombre de jeunes gens des lycées. Ayant discontinué les expéditions sur Batavia, vous pouvez distribuer ces jeunes gens comme sergents-majors dans les cinq régiments.


Paris, 12 mars 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du Palais, à Paris

Je désire tirer de la Garde 128 vélites pour les faire officiers. Il faut qu'ils servent depuis deux ou trois ans, soient propres à former des recrues et parfaitement exercés. Je désire en nommer 56 pour les deux régiments de la Méditerranée en Corse. Tachez d'avoir parmi ceux-là une vingtaine qui parlent la langue italienne. Je veux en mettre 24 dans l'île de Walcheren, parlant flamand ou allemand; 24 dans le régiment de l’île de Ré et 24 dans le régiment de Belle-Île. Présentez-moi ce travail, avec un projet de décret, demain.

Je désire avoir 10 adjudants sous-officiers pris parmi les fusiliers qui sont à Fontainebleau et sont capables. Si on pouvait prendre là une trentaine de sergents-majors, ce serait une chose utile.


Paris, 12 mars 1811

Au comte de Najac, conseiller d’État, à Paris

Je reçois votre lettre du 10 mars. Je vous ai témoigné mon mécon­tentement de ce que mes ports étaient sans approvisionnements. Pourquoi, lorsque vous avez été chargé de cette partie, n'en avez-vous pas fait insérer l'observation dans les procès-verbaux du conseil de marine ? J'en aurais été instruit quatre mois plus tôt. Pourquoi ne m'en avez-vous pas prévenu ? Vous n'avez fait ni l'un ni l'autre; ce qui me fait voir que vous n'avez point porté dans cet objet important l'attention qu'il mérite et à laquelle je suis accoutumé de votre part.


Paris, 13 mars 1811

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

Tout le travail relatif à la nouvelle organisation de la Corse sera renvoyé au ministre des finances.

L'île sera organisée, sous le titre de département de la Corse, en un seul département divisé en cinq arrondissements.

La préfecture sera composée de la même manière que la préfecture actuelle du Golo, sans augmentation ni diminution de traitement.

Il y aura un sous-préfet de plus, qui sera l'auditeur sous-préfet du chef-lieu.

Les dépenses variables seront réglées comme elles le sont à présent pour le département du Golo, à l'exception seulement de l'abonne­ment du préfet, qui sera augmenté de 10,000 francs, et des faux frais du conseil de l'arrondissement de Vico, qui sera supprimé.

L'organisation de la justice est trop nombreuse et trop chère. On ne trouvera pas assez d'hommes instruits pour former à Ajaccio une cour impériale de vingt juges. Il faudrait que l'organisation fût faite de manière à ne pas coûter plus de 150,000 francs. Peut-être serait-il possible de diminuer le traitement des juges de paix. Leur nombre ne paraît pas pouvoir être réduit sans de grands inconvénients.


Quant aux contributions, elles ne peuvent pas être augmentées, mais il est possible de diminuer les frais de perception et d'augmenter d'autant le produit net. Par exemple, le directeur, l'inspecteur et les contrôleurs des contributions directes ne pourraient-ils pas être en même temps directeurs, inspecteurs et vérificateurs de l'enregis­trement ?

Les droits réunis seront supprimés et remplacés par une augmen­tation de 30,000 francs sur la contribution personnelle et mobilière.

Toutes les facilités seraient données aux habitants pour l'intro­duction des denrées de leur cru en France.

Les dépenses de l'administration des forêts pourraient éprouver une réduction encore plus forte que celle qui est proposée.

Il serait à désirer de trouver moyen de rapprocher les dépenses de l'administration des postes de ses recettes.

Les deux départements ont une dette qui paraît s'élever à 418,000 francs. Il faut faire connaître très en détail comment cette dette se compose.

Il faut expliquer aussi comment les forçats napolitains coûtent 100,000 francs aux ponts et chaussées, et proposer des mesures h prendre pour diminuer la dépense des ponts et chaussées en Corse.

Il faut expliquer également comment le ministre de la guerre paye pour les officiers généraux en Corse 121,275 francs; comment il paye pour les garde-côtes  103,840 francs.   Cela parait exorbitant.

11 convient, en général, de diminuer considérablement les dé­penses, qui sont hors de toute proportion avec les recettes, et de prendre pour règle, dans les combinaisons à faire à cet égard, que le trésor ne peut pas payer pour la Corse plus de 800,000 francs au delà des produits du pays; ce qui ferait 13 ou 1400,000 francs pour les dépenses ordinaires. On entend par dépenses ordinaires toutes les dépenses qui se font en Corse pour un service annuel et permanent, et non pas les dépenses de l'entretien des troupes qu'on pourrait y envoyer, les grands travaux des ponts et chaussées qui seraient arrêtés par le budget, etc.

Le ministre des finances réunira le travail et les renseignements qu'il recevra de tous les ministères pour le former en système com­plet, qu'il présentera an conseil d'aujourd'hui en huit. Les ministres apporteront également leurs propositions pour la partie du service qui les concerne respectivement, et Sa Majesté arrêtera les recettes et les dépenses.

Les suppressions qui pourront avoir lieu sur les employés seront compensées par l'avantage qui résultera pour la Corse de la suppression des droits réunis et des facilités qui seront données pour l'in­troduction des produits du pays en France.


Paris, 13 mars 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous envoie les pièces qui m'ont été remises par le comité ecclésiastique. Faites-moi connaître votre opinion. Mon projet serait de convoquer tous les évêques de France, d'Italie et d'Allemagne pour le lendemain de Pâques; cette réunion paraît devoir se faire naturellement à Paris. Faites-moi un rapport sur la manière dont cette convocation doit être faite, et con­certez tout ce qui y est relatif avec le comité du clergé.


Paris. 13 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j'ai besoin d'une place forte sur l'Elbe. Si mes armées étaient en Pologne, je ne pourrais pas me passer d'un point fort qui contiendrait les dépôts, où pourraient se rallier la gendarmerie, les administrations, les hôpitaux et toute la flottille que j'aurais sur la Baltique et aux embouchures de l'Elbe. Hambourg pourrait-il remplir ce but ? Sa population est, il est vrai, de 100,000 âmes, mais celle d'Anvers, de Danzig et de Gènes est à peu près aussi considérable. En jetant un coup d'œil sur la carte de Hambourg, je vois que sur une enceinte de 4,600 toises il n'y en a que 1,600 d'attaquables; le reste est couvert par l'Elbe ou par des lacs et des marais. Il parait que le côté attaquable est Altona; mais Altona est à 1,000 toises et ne peut avoir aucune influence sur le front de Hambourg. On m'as­sure que les 1,600 toises qui composent les fronts du côte d'Altona, et qui sont les seuls attaquables, sont fermés par une enceinte d'une très grande dimension et par des cavaliers, et que ce ne serait pas une chose très coûteuse que de faire quelques demi-lunes et contre-gardes bien tracées,   qui obligeraient l'ennemi à deux sièges et à essuyer trois rangs de feu; que ces ouvrages faits en terre auraient des fossés pleins d'eau en telle quantité qu'on pourrait le désirer ; qu'il y a sur l'enceinte et dans la ville un bon nombre de points où l’on pourrait se retrancher, comme des espèces de citadelles, pour contenir la population ; enfin que Hambourg n'a pas de faubourgs devant lui, et qu'il y a peu de places qui offrent l'avantage, sur 4,000 toises, de n'en avoir que 1,600 d'attaquables. Je désire que vous fassiez vous-même le tour de cette place, en dedans et en dehors, et que vous m'en envoyiez un plan avec une reconnaissance, en me faisant connaître votre opinion sur ce qu'il en coûterait d'abord pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main, sur les points par où elle peut être attaquée, sur le parti qu'on pourrait tirer des marais et des inondations, sur les magasins à poudre, les casernes qu'on pourrait y avoir, enfin votre opinion sur cette grande question. Les dépôts des régiments et de l'armée, la réunion de la gendarmerie, des compagnies départementales, formant 5 à 6,000 hommes, joints à 7 ou 8,000 hommes dont on ferait le sacrifice, composeraient toujours une garnison de 12 à 14,000 hommes à Hambourg. Aucune opération sérieuse ne pourrait avoir lieu de la part de l'ennemi dans le Nord sans qu'il ait occupé Hambourg. Cette place tiendrait eu respect les Danois. Il resterait à voir de quelle manière on assurerait le passage de l'Elbe, en occupant les îles sur lesquelles on construi­rait des ponts de bateaux. Si Hambourg n'était pas susceptible de remplir mon but, il faudrait reconnaître Lauenburg, qui est à l'in­tersection du canal qui va de la Baltique à l'Elbe. Ma flottille et des corvettes pourraient-elles remonter jusque-là ? La position de Lauenburg est-elle favorable ? Répondez-moi à ces questions, qui sont très importantes; car un point d'appui dans le Nord contre l'Angleterre, le Danemark, la Prusse, me parait nécessaire.


Paris, 13 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous ne me parlez plus de Helgoland, ni des moyens de s'emparer de cette île. Vous avez une bonne flottille; tenez-vous en situation de menacer au moins ce point important. Encouragez le plus que possible les corsaires. Ne pourrait-on pas trouver à Lubeck ou à Hambourg un ou deux bricks ou bonnes goélettes à armer pour mon compte ? Vous avez sous la main le consul Leroy, qui est très propre à vous donner des lumières là-dessus.


Paris, 14 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai pris un décret pour réunir à Fontainebleau un bataillon de fusiliers-sergents et deux bataillons de voltigeurs et tirailleurs-capo­raux. J'ai nommé un major pour commander ce dépôt. Dans le décret il est question de génie et d'artillerie. Donnez ordre que, le 16, le major et les fusiliers-tirailleurs, qui sont à Paris et qui ont été jugés capables d'entrer dans les bataillons, se rendent à Fontainebleau. Présentez-moi un projet d'instruction et des mesures à prendre pour que le génie et l'artillerie enseignent ce qu'il est nécessaire que con­naissent de leur arme des sergents et des caporaux : cela doit se réduire au moins de choses possible.

Comme les officiers et sous-officiers de ces bataillons ne sont pas nommés, chargez le commandant de la Garde de désigner quelques officiers pour faire partir ces bataillons de Paris, et présentez-moi sans tarder la nomination des cadres de ces trois bataillons.


Paris, 15 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au général Donzelot qu'il ménage trop Ali Pacha ; qu'il faut qu'il culbute et brûle sa marine à la moindre insulte qu'il fera : il faut rendre à cet homme outrage pour outrage. Aussitôt qu'il verra de la fermeté, il deviendra humble et soumis.

Vous lui ferez connaître que j'ai pris des mesures pour approvi­sionner sa place pour deux ans pour 12,000 hommes. J'ai donné ordre d'augmenter sa garnison, 1° de 800 hommes d'infanterie légère; 2° de tout ce qui sera nécessaire pour compléter le 6e de ligne.

Avec ces nouvelles forces, si le pacha se fâche, il pourra lui décla­rer la guerre et s'emparer de Butrinto. Ali sentira le danger de sa position et celui d'être attaqué en même temps par le continent; il craindra aussi l'indignation de la Porte. Les Turcs ne se mènent point par la douceur; il faut les forcer de craindre. Aujourd'hui que je ne possède plus Sainte-Maure ni Céphalonie, il est inutile de rien ménager; il ne peut rien sur Corfou.


Paris, 15 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

 En conséquence des dispositions de ma lettre du 13 février, l'armée d'Allemagne doit avoir deux compagnies de pontonniers ; une est à Danzig; donnez ordre à une nouvelle compagnie de se rendre au quartier général de cette armée au 1er avril. Les deux régiments qui sont à Francfort se rendront à Hanovre, où ils recevront ordre du prince d'Eckmühl pour leur destination. Mon intention est qu'au 1er avril mon armée d'Allemagne soit organisée en quatre divisions, comme je l'ai ordonné.


Paris, 15 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître à mon ministre à Naples que je désire qu'il se procure des renseignements sur le corps de 1’armée napolitaine et de la garde, et sur les bâtiments en arme­ment, en construction à Naples, à Castellamare, et qu'il vous transmette exactement ce rapport.


Paris, 15 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de faire un relevé des insultes que ma faites Ali Pacha de Janina, depuis un an. Envoyez un courrier qui passera par les provinces illyriennes, afin de faire connaître au sieur La Tour-Maubourg que mon intention est de déclarer la guerre à Ali Pacha, si la Porte ne peut réussir à le retenir dans le devoir. Vous écrirez la même chose à mon consul près Ali afin qu'il lui déclare que, la première fois qu'il se permettra d'em­pêcher l'approvisionnement de Corfou et refusera le passage aux bestiaux et vivres destinés pour cette place, je lui déclarerai la guerre. Vous écrirez au sieur Lesseps dans ce sens. La douceur et la politesse ne valent rien auprès d'un homme de la trempe de ce bri­gand. Vous aurez soin d'envoyer ces dépêches par duplicata.


Paris, 15 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous renvoie la dépêche télégraphi­que, que je n'approuve pas.

Les deux frégates du capitaine Péridier ont dû appareiller le 13 d'Ancône, avec 600 hommes et du canon, pour s'emparer de Lésina; ce mouillage était trop utile aux Anglais et aux corsaires de l'Adria­tique. Expédiez-lui aujourd'hui des ordres à Ancône de partir immé­diatement après l'expédition de Lésina avec les deux frégates, et de se rendre à Trieste. Au préalable, il fera débarquer les canons de bronze qu'il a apportés de Corfou; vous resterez chargé de les faire embarquer sur des barques du pays pour se rendre à Ponte di Lagoscuro, près de Ferrare, où vous les ferez débarquer et remettre à la disposition du ministre de la guerre. Le capitaine Péridier com­mandera à Trieste le port et la marine italienne; il fera armer la frégate russe, que vous ferez nommer la Corcyre, ainsi que la cor­vette le Diomède. Ces deux vaisseaux auront toute leur artillerie, mais vous ne leur donnerez que l'équipage nécessaire pour être armés en flûtes. Le brick le Simplon sera pareillement armé en guerre et se joindra à cette division. Vous ferez acheter sans délai, aux frais de la marine, sous le chapitre des approvisionnements pour l'armée de terre, vingt mille quintaux métriques de blé, que vous trouverez à Trieste à meilleur marché, parce qu'il vient de Hongrie. Vous les ferez embarquer sur la Corcyre, le Diomède et les deux frégates.

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître si ces quatre bâti­ments pourront porter cette quantité de blé. 600 hommes d'un régi­ment italien s'embarqueront sur ces frégates pour être transportés à Corfou; ils fourniront pendant la route les hommes nécessaires an service de l'artillerie. Par ce moyen, Corfou sera approvisionné par ce seul envoi pour plus de huit mois; ce qui, avec les mesures que j'ai ordonné de prendre à Tarente pour faire passer des vivres, et avec celles que le vice-roi a prises à Ancône, donnera des vivres pour près de deux ans à cette intéressante colonie.

Comme il y a à Trieste beaucoup de flûtes de commerce, si cela est bien nécessaire pour notre expédition, on pourra en acheter une. Le capitaine Péridier, aussitôt arrivé à Corfou, y laissera la frégate la Corcyre et la corvette le Diomède; le reste des équipages de ces deux vaisseaux sera formé en complément par des hommes du pays; ils seront armés et mis en station à Corfou. On m'a dit qu'ils mar­chaient médiocrement, mais, étant destinés à garder la station, il est peu important qu'ils aient plus ou moins de marche. Le Simplon restera également à Corfou. La Thimis, armée en guerre, retournera à Trieste avec la division Péridier.

Ainsi mes forces dans la mer Adriatique seront disséminées de la manière suivante :

Le capitaine Péridier, commandant ma marine en Illyrie, aura sous ses ordres à Trieste la Danaé, la Flore, la Thémis, indépen­damment de toutes les canonnières, speronares, mouches et courrières qui sont dans l'Adriatique.

Vous lui ordonnerez de sortir tous les jours, afin d'exercer ses équipages et de protéger la côte le plus possible.

Le capitaine Dubourdieu aura à Ancône les frégates la Favorite, l’Uranie, la Charlotte, la Couronne, la Bellone; en tout trois fréga­tes françaises, trois frégates italiennes et trois bricks italiens. Il aura en outre les canonnières et autres bâtiments de la marine italienne.

Il faut nommer pour Corfou un capitaine de vaisseau ad hoc et capable; il commandera la Corcyre, le Diomède, le Simplon et une vingtaine de bâtiments appartenant à la station de Corfou et au royaume d'Italie.

Enfin, à Tarente, le capitaine Maillard aura sous ses ordres la Pauline, la Pomone et la flûte la Persane,

Il est convenable de donner des ordres positifs pour que les com­mandants des stations de Tarente, Corfou, Trieste, Ancône, vous envoient régulièrement les rapports des mouvements de la mer et de la côte, afin que vous soyez bien exactement informé de tout ce qui se passe dans ces parages.

Mon intention est que la Corcyre et le Diomède soient fournis à Trieste d'officiers de marine et de garnisons d'infanterie française. La garnison sera fournie par les troupes des provinces illyriennes. Le Simplon sera organisé de même.


Paris, 15 mars 1811

Au général comte Bertrand, inspecteur général du génie, à Paris

Monsieur le Général Bertrand, je désire que vous voyiez le ministre de la marine, le duc de Raguse et le général Lauriston, et que vous traciez sur le meilleur plan de Raguse que nous ayons les fortifications actuelles de cette place, et le plan de ce qu'il faudrait y ajouter pour s'assurer ce port et cette belle rade ; en sorte qu'une escadre de quelques vaisseaux de guerre et un chantier de quelques bâtiments, avec les magasins nécessaires, se trouvassent à l'abri d'un coup de main, et pussent se défendre d'abord contre une attaque pareille à celle qui a menacé Raguse il y a quelques années, et même contre une attaque soutenue par un débarquement anglais. Comme le général Lauriston va partir, et que c'est celui qui connaît le mieux les localités, vous n'avez pas un moment à perdre pour vous occuper de cet objet et me remettre un mémoire, afin que je puisse en causer avec lui avant son départ.


Paris, 15 mars 1811

A général Souham, attaché à l’état-major du prince Eugène

Ayant été satisfait de vos services en Catalogne, et ayant égard à la réclamation que vous faites de trois années de vos appointements, pendant lesquelles vous avez cessé d'être employé, je vous ai accordé une gratification de 60,000 francs. Vous trouverez ci-joint l'ordre au trésorier général de mon domaine extraordinaire de vous remettre cette somme.


Paris, 15 mars 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, mon intention est que deux bataillons du 4e d'infanterie légère italienne soient placés à Raguse et deux autres bataillons en­voyés à Corfou. Les expéditions qui partiront de Trieste sous les ordres du capitaine Dubourdieu pourront prendre à bord ces deux bataillons pour les porter à Corfou. Ce sera une belle augmentation de force pour cette île.


16 – 31 mars 1809