16 – 31 mars 1811


Paris, 1er mars 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L'importance de Raguse, à cause de son port, me décide à faire de cette ville une grande place de guerre. Je désire avoir un projet pour fortifier la ville de manière à y comprendre le port et les rades, de manière que mes escadres y soient à l'abri de tout événement. J'y dépenserai cette année 500,000 francs. Le général Poitevin et le duc de Raguse peuvent être chargés de faire le projet. Il est nécessaire que le duc de Raguse soit appelé au comité. Faites-moi sans délai un rapport. Il faudrait qu'avec les 500,000 francs, cette année, j'ob­tienne un résultat, et que 4,000 hommes sur une escadre y fussent à l'abri de tout événement contre des forces supérieures. Je vous prie de me présenter un projet pour l'armement de Raguse et de son port.


Paris, 16 mars 1811

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES.

Il ne peut plus être question d'avoir recours au Pape pour donner l'institution aux évêques. Ce droit lui était dévolu par le Concordat, qu'il a annulé par sa conduite. Il ne me reste donc plus d'autre moyen que celui d'avoir recours à la réunion des évêques, pour qu'ils pren­nent les mesures convenables pour perpétuer l'épiscopat et faire éprouver sans altération le bien de la religion à mes peuples.


Paris, 16 mars 1811

Au comité ecclésiastique, à Paris

Messieurs les Cardinaux, Archevêques et Evêques composant le comité ecclésiastique, j'ai reçu et lu avec une grande attention votre lettre du 5 mars. Vous me dites que le clergé de France, imbu de la doctrine sacrée de l'Évangile, s'indignerait de toute entreprise contre l'autorité du souverain.

Le Pape a entrepris contre mon autorité, en excommuniant mes ministres, mes armées et presque tout l'Empire, et ce pour soutenir des prétentions temporelles ; et cependant, dans l'état actuel de la religion catholique, où la doctrine de ceux qui ont subordonné les évêques aux volontés et aux intérêts de la cour de Rome a prévalu, quels moyens ai-je pour mettre mon trône à l'abri de pareilles atta­ques ? Y a-t-il un moyen canonique de punir un pape qui prêcherait la révolte et la guerre civile ?

Le Pape a entrepris non seulement contre mon autorité, il a entrepris aussi contre l'autorité et le bien des églises de l'Empire, soit en laissant perdre l'Église d'Allemagne, soit en refusant d'insti­tuer mes évêques, et, depuis, en défendant aux chapitres de remettre les pouvoirs de vicaire capitulaire aux individus que j'aurais nommés.

Précédemment il avait fait tout ce qui dépendait de lui pour affai­blir l'amour et l'obéissance de mes peuples, en instituant l'arche­vêque de Malines de son propre mouvement, et ne faisant point mention de ma demande dans l'institution qu'il donnait à l’évêque de Montauban.

Des bulles, des correspondances ont été imprimées par ordre du Pape et répandues dans toute la chrétienté. Il n'a pas dépendu de lui que les scènes des Clément, des Ravaillac, des Damien ne se renouvelassent; il n'a pas dépendu de lui que je sois abandonné de mes peuples, de mes armées, comme Philippe le Long. Je suis donc obligé de convenir que, si les foudres de Rome ont eu peu d'effet, je le dois aux lumières du siècle, et peut-être à ce que la religion a beaucoup perdu dans l'esprit des populations de toute l'Europe.

Je sais qu'il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu mais le Pape n'est pas Dieu. Lorsqu'on voit les papes constamment s'agiter et bou­leverser la chrétienté pour les intérêts temporels du petit État de Rome, c'est-à-dire d'une souveraineté qui équivaut à un duché, on déplore l'état de la société catholique, compromise pour de si chétifs intérêts.

L'époque actuelle nous reporte au temps de Charlemagne. Tous les royaumes, principautés, duchés qui s'étaient formés en républiques des débris de son empire se sont renouvelés sous nos lois. L'Église de mon Empire est l'Eglise d'Occident et de presque l'universalité de la chrétienté.

Je suis décidé à convoquer un concile d'Occident, où j'appellerai les évêques d'Italie et d'Allemagne, afin de régler, comme me l'ont témoigné un grand nombre d'évêques, une discipline générale, pour que l'Église de mon Empire soit une par la discipline comme elle l’est par la foi.

Je désire connaître :

1° De quelle manière doit être faite cette convocation; 2° quelle sont les matières à y traiter pour faire disparaître à jamais ces luttes scandaleuses du spirituel et du temporel qui ont été religion, puisque seules elles ont occasionné la séparation de l'Église grecque et de celles d'Angleterre et de toutes les puissances du Nord, et pour chercher les moyens de mettre mon Empire à l'abri de l'ini­mitié et de la haine de la cour de Rome, qui sera constante contre mes descendants comme elle l'a été contre les descendants de Charlemagne, jusqu'à ce qu'ils aient séparé l'Empire, chassé les Français de l'Italie et rétabli leur souveraineté temporelle, qui ne saurait plus désormais exister que par la destruction de l'Empire. Je ne saurais plus regarder le Concordat comme existant, et je ne puis accepter la modification que vous me présentez. Un contrat synallagmatique est nul quand une des parties l’a violé. Le Pape a violé le Concordat depuis quatre ans. Il a violé précédemment celui qu'il avait fait avec mon royaume d'Italie, ce qui a pénétré d'indignation toute mon Église italienne.

Dans cette situation des choses, la clause que l'institution serait donnée par les métropolitains, si le Pape ne la donnait pas, ne ga­rantit pas mes successeurs des querelles qu'ils pourront avoir avec les papes.


Paris, 16 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois des plaintes de tous les ports qu'on ne donne plus de lettres de marque et qu'on a mis l'embargo sur les bâtiments. Je vous prie de me faire connaître ce que cela veut dire. Les Anglais sont d'une joie extrême de cette mesure. Répondez-moi sur-le-champ. Si vous avez pris quelques mesures, révoquez-les par courrier extra­ordinaire, et ordonnez qu'on laisse sortir tous les corsaires et qu'on les protège.


Paris, 16 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les constructions ne vont pas à Toulon aussi bien qu'elles devraient aller. Ce n'est pas faute de bois; on m'assure qu'il y en a. Proposez-moi des mesures pour donner une nouvelle activité aux chantiers de Toulon. Vous sentez que dans le système que j'ai adopté chaque jour perdu est un malheur pour la France.


Paris, 16 mars 1811

 

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, mes troupes sont malades à Venise pendant l'été. L'expé­rience a prouvé que mes flottes de l'Escaut n'avaient point de malades dans la saison malsaine. Je désirerais faire la même épreuve à Venise et embosser quelques gros transports sur lesquels on placerait les troupes nécessaires pour la défense de Malamocco, de Chioggia et autres forts, pendant les mois d'août, de septembre, d'octobre et de novembre ; je crois que je perdrais beaucoup moins de monde. Faites-moi connaître si pendant les étés précédents les malades à terre étaient en proportion avec les malades à bord des bâtiments dans la rade de Venise.


Palais des Tuileries, 17 mars 1811

ALLOCUTIONS DE L'EMPEREUR.

AUX DÉPUTÉS DES VILLES HANSÉATIQUES.

Messieurs les Députés des villes hanséatiques de Hambourg, Bremen et Lubeck, vous faisiez partie de l'empire germanique; votre constitution a fini avec lui. Depuis ce temps votre situation était in­certaine. Je voulais reconstituer vos villes sous une administration indépendante, lorsque les changements qu'ont produits dans le monde les nouvelles lois du conseil britannique ont rendu ce projet imprati­cable. Il m'a été impossible de vous donner une administration indépendante, puisque vous ne pouviez plus avoir un pavillon indépendant.

Les décrets de Berlin et de Milan sont la loi fondamentale de mon Empire. Ils ne cessent d'avoir leur effet que pour les nations qui défendent leur souveraineté et maintiennent la religion de leur pa­villon. L'Angleterre est en état de blocus pour les nations qui se sou­mettent aux arrêts de 1806, parce que les pavillons qui se sont ainsi soumis aux lois anglaises sont dénationalisés : ils sont anglais. Les nations, au contraire, qui ont le sentiment de leur dignité, et qui trouvent dans leur courage et dans leurs forces assez de ressources pour méconnaître blocus sur le papier, et aborder dans les ports de mon Empire, autres que ceux réellement bloqués, en suivant l'usage reconnu et les stipulations du traité d’Utrecht, peuvent communiquer avec l'Angleterre. L'Angleterre n'est pas bloquée pour elles. Les décrets de Berlin et de Milan, dérivant de la nature des choses, formeront constamment le droit public de mon Empire pendant tout le temps que l'Angleterre maintiendra ses arrêts du conseil de 1806 et 1807, et violera les stipulations du traité d’Utrecht sur cette matière.

L'Angleterre a pour principe de saisir les marchandises apparte­nant à son ennemi sous quelque pavillon qu'elles soient. L'Empire a dû admettre le principe de saisir les marchandises anglaises, ou pro­venant du commerce de l'Angleterre, sur quelque territoire que ce soit. L'Angleterre saisit les voyageurs, les marchands, les charretiers de la nation avec laquelle elle est en guerre, sur toutes les mers. La France a dû saisir les voyageurs, les marchands, les charretiers anglais, sur quelque point du continent qu'ils se trouvent et où elle peut les atteindre; et, si dans ce système il y a quelque chose de peu conforme à l'esprit du siècle, c'est l'injustice des nouvelles lois anglaises qu'il faut accuser.

Je me suis plu à entrer dans ces développements avec vous, pour vous faire voir que votre réunion à l'Empire est une suite nécessaire des lois britanniques de 1806 et 1807, et non l'effet d'aucun calcul ambitieux. Vous trouverez dans mes lois civiles une protection que, dans votre position maritime, vous ne sauriez plus trouver dans les lois politiques. Le commerce maritime, qui a fait votre prospérité, ne peut renaître désormais qu'avec ma puissance maritime. Il faut reconquérir à la fois le droit des nations, la liberté des mers et la paix générale. Quand j'aurai plus de cent vaisseaux de haut bord, je soumettrai dans peu de campagnes l'Angleterre. Les matelots de vos côtes et les matériaux qui arrivent aux débouchés de vos rivières me sont nécessaires. La France, dans ses anciennes limites, ne pouvait construire une marine en temps de guerre ; lorsque ses côtes étaient bloquées, elle était réduite à recevoir la loi. Aujourd'hui, par l'ac­croissement qu'a reçu mon Empire depuis six ans, je puis construire, équiper et armer vingt-cinq vaisseaux de haut bord par an, sans que l'état de guerre maritime puisse l'empêcher ou me retarder en rien.

Les comptes qui m'ont été rendus du bon esprit qui anime vos concitoyens m'ont fait plaisir, et j'espère avant peu avoir à me louer du zèle et de la bravoure de vos matelots


Paris, 18 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, la route de Hambourg à Stettin est trop longue; il faut cependant la conserver, mais en établir une autre par Strelitz sur Stettin ; elle sera plus courte et plus économique pour la Prusse. Je vous ai mandé que je désirais que votre armée soit composée au 1er avril de quatre divisions, dont une placée en entier dans le Meck­lenburg, de sorte qu'en peu de jours cette division pût être à Stettin. Vous pouvez mettre dans le Mecklenburg la division Friant ou celle de Dessaix. Le ministre m'a remis les états de la formation de l'ar­mée au 1er mai. Tout ce qui manquera sera envoyé, hors les 4e ba­taillons, qui seront formés avec des conscrits de cette année : mon intention n'est point de les envoyer dans le Nord avant l'automne. Faites-vous remettre l'état des cadres de ces 4e bataillons ainsi que celui des 5e, afin que vous voyiez s'ils sont composés de bons officiers, pour que les 12 ou 15,000 conscrits que chaque dépôt va recevoir au 1er avril aient des gens capables de les bien instruire. Il faut que tous les chefs des dépôts soient à leur poste. S'il y en avait d'incapa­bles, faites-le-moi connaître.


Paris, 18 mars 1811

A maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, lorsque les six bataillons polonais seront complétés à Danzig, cela fera 5,000 hommes; le régiment saxon a plus de 1,500 hommes, ce qui, avec 1,500 Français, ne portera pas la garnison de Danzig à plus de 8,000 hommes; j'ai pensé devoir la renforcer. En conséquence, j'ai demandé au roi de Westphalie de mettre à votre disposition un régiment de 2,400 hommes. Vous leur donnerez l'ordre de partir, en supposant d'abord que c'est pour Stet­tin, mais dans le fait vous les dirigerez à grandes marches sur Danzig. Ainsi, avec les généraux Rapp, Pajol et les autres officiers du génie et de l'artillerie, cette place se trouvera dans une position convenable et formidable. Il faut mettre dans cette opération le plus de secret possible, et que le régiment soit déjà à plusieurs marches de Magdeburg avant qu'on sache qu'il est parti.


Paris, 18 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl

Commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, en y songeant mieux, j'ai pensé à réunir à Danzig une garnison de 15,000 hommes. En conséquence, indépendam­ment des deux régiments polonais formant six bataillons, du régiment saxon en formant deux, du régiment westphalien en formant trois, total onze bataillons, j'ai demandé au roi de Wurtemberg un régiment, deux bataillons; j’ai fait la même demande au roi de Ba­vière , deux bataillons; j'y joins un régiment du grand-duché de Berg, deux bataillons ; cela fera donc dix-sept bataillons ou 14,000 hommes ; ce qui, avec les troupes françaises de l'artillerie et du génie, et les 100 hommes de l'artillerie polonaise, fera environ 16,000 hommes. Les généraux Pajol et Bachelu, et le général polonais, seront plus que suffisants pour commander ces troupes. Je les diviserai en trois brigades, sous le commandement du général Rapp, aussitôt que ces troupes auront passé l'Oder. Le roi de Westphalie doit vous écrire pour mettre un régiment à votre disposition. Vous n'aurez rien à faire qu'à mettre en route ce régiment, après vous être assuré qu'il est bien armé; il sera nourri et soldé par la Westphalie. Le roi de Wur­temberg vous écrira de même pour mettre un régiment à votre dis­position. Vous n'aurez également autre chose à faire, aussitôt que ce régiment sera à votre disposition, que de le diriger sur Dresde et de là sur Danzig. Quant au régiment de Berg, il ne pourra guère être prêt que dans le courant d'avril. Le régiment du grand-duché mènera avec lui une compagnie d'artillerie et ses pièces de canon attelées. Les régiments de Wurtemberg et de Bavière de même. Ecrivez au prince Poniatowski pour que les régiments polonais aient chacun leur compagnie d'artillerie et leurs pièces attelées. Écrivez la même chose en Westphalie. Par ce moyen, cela fera une bonne division de pièces de campagne avec ses chevaux ; ce qui sera toujours utile à la place et pourra, en temps ordinaire, servir à son armement.


Palais des Tuileries, 18 mars 1811

INSTRUCTIONS POUR LE VICE-AMIRAL COMTE VER HUELL, CHARGÉ DU COMMANDEMENT DES RADES DU NORD, A LÜBECK.

Monsieur le Vice-Amiral Ver-Huell, nous vous faisons savoir que, prenant entière confiance en vos talents et votre dévouement à notre personne, nous avons jugé à propos de placer sous votre commandement les forces navales que nous avons réunies ou que nous réunirons dans nos rades du Nord, depuis et compris la Jahde jusques et compris Lübeck.

En conséquence nous vous avons nommé et nommons, par les pré­sentes, commandant général de notre service maritime dans ces rades, sous l'autorité immédiate de notre cousin le maréchal prince d'Eckmühl, gouverneur général de cette partie de notre Empire.

Nous entendons que vous vous occupiez particulièrement de la surveillance et de la défense de ces côtes et de leurs rades et ports; que vous ne les laissiez point bloquer par des forces inférieures à celles dont vous disposerez; que vous y empêchiez toute insulte, communication ou commerce de nos ennemis ; que vous teniez la main à ce que les officiers et équipages sous vos ordres restent con­stamment à leurs bords respectifs ; que vous les fassiez exercer par des manœuvres continuelles, sur les côtes et parmi les lames, tant pour leur donner l'expérience de la mer que pour courir sur les bâti­ments ennemis qu'ils pourront attaquer avec succès.

Vous rendrez compte à notre ministre de la marine de vos opé­rations, et nous le chargeons de vous faire connaître l'état des flot­tilles qui se trouvent déjà réunies dans nos rades du Nord ou qui sont destinées à s'y réunir d'après les ordres que nous lui avons donnés.

Notre intention est qu'il soit construit dans l'Elbe, dans le Weser et la Trave, des corvettes, bonnes marcheuses, d'un aussi grand tirant d'eau que le comportent ces fleuves et les ports de refuge qu'ils présentent, lesquelles seront destinées à la course et à la protection de ces côtes, et nous vous chargeons de proposer, d'après la con­naissance que vous aurez acquise des localités, l'espèce de bâtiments que vous jugerez devoir être préférée pour remplir cette destination, ainsi que les points où ils pourront être mis en construction.

Et comme l'intérêt de notre service exige que nous ayons dès ce moment à Lubeck un armement convenable, nous vous chargeons d'y pourvoir par des bâtiments que vous disposerez sans délai à cet effet.

Enfin nous vous chargeons particulièrement de tout ce qui con­cerne l’établissement et la direction de notre service maritime dans ces parages, et nous comptons que vous n'omettrez rien de ce qu'il importe et de ce qu'exige l'honneur de nos armes dans toute l'éten­due de votre commandement.


Paris, 18 mars 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je désire augmenter la garnison de Danzig d'un régi­ment westphalien de trois bataillons, ayant sous les armes 2,400 hom­mes. Il faut que le colonel et les officiers soient des gens très sûrs. J'ai dans ce moment à Danzig 2,000 Saxons, 4,000 Polonais et 2,000 Français. Je désire y envoyer 2,400 Westphaliens ; ils seront payés et entretenus par votre trésor, mais nourris par moi. Je vous prie de me faire connaître de quel régiment vous pouvez disposer. Il ne faut ni le meilleur ni le pire. Réunissez-le du côté de Magdeburg, de manière qu'on ne puisse se douter de rien. Aussitôt qu'il sera réuni, mettez-le à la disposition du prince d'Eckmühl, qui lui don­nera des ordres. Ces dispositions ne supposent pas la guerre; mais l'importance de Danzig est pour moi sans mesure. Les choses ne sont pas assez tranquilles dans ce moment. D'ailleurs les Anglais doivent envoyer une grande escadre dans la Baltique. Cette considération justifie assez ma prévoyance.


Paris, 18 mars 1811

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, dans les circonstances actuelles, j'ai cru utile de compléter la garnison de Danzig à 15,000 hommes. Elle se com­pose de six bataillons polonais et de trois bataillons saxons. J'ai de­mandé au roi de Westphalie trois bataillons, ce qui ferait douze bataillons; j'envoie deux bataillons du grand-duché de Berg; je dési­rerais en avoir deux de vos troupes, formant 15 à 1600 hommes, avec deux pièces de canon et une compagnie d'artillerie. Ces forces avec 1,500 artilleurs français composeraient une garnison de 12 à 15,000 hommes. Je n'ai aucune raison de requérir les contingents : c'est une simple mesure de précaution, soit parce que les Anglais doivent envoyer une grande escadre dans la Baltique, soit parce que cette place importante, qui seule peut écarter la guerre de la Confé­dération, doit être à l'abri de toute inquiétude. Je suis bien avec la Russie, mais cependant plus froidement. Il parait qu'on arme dans ce pays. J'aurais pu composer la garnison tout entière de Polonais et de Saxons, mais je désire qu'une place de cette importance soit occupée par différentes troupes ; elle est la sauvegarde de toute la Confédération. J'ai craint d'un autre côté de n'y mettre que des Français, afin de ne pas alarmer mal à propos la Russie en plaçant sur ce point 15,000 Français, que l'exagération aurait portés à 30,000. Ces con­sidérations me portent à prier Votre Majesté d'envoyer à Danzig un de ses régiments. Il serait nourri par moi et soldé par votre trésor. Je prie Votre Majesté de me faire connaître si elle ne voit aucun inconvénient à disposer de ces deux bataillons. Elle pourrait les réu­nir au point de ses Etats le plus voisin de Dresde, afin qu'ils puissent être à Danzig avant le 5 avril. Aussitôt que je serais prévenu, j'en­verrais des ordres pour qu'ils fussent dirigés sur Danzig.


Paris, 19 mars 1811

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu'il est nécessaire que vous passiez au prince Kourakine une note non signée, pour la lui laisser après une conférence que vous aurez avec lui. Cette note porterait en substance : Comme des malveillants se plaisent à exagérer les moin­dres circonstances, qu'à l'occasion, par exemple, d'un convoi de 20,000 fusils que la Saxe a achetés en France, on a dit que la France lui avait envoyé 60,000 fusils; qu'un convoi de quelques pièces do canon que la France a rendues à la Saxe a été également exagéré et dénaturé; que désormais le moindre mouvement ne peut se faire sans être envenimé; que le ministre pense que le meilleur moyen d'empêcher l'effet de cette malveillance, c'est de se prévenir réciproquement de tout ce qui serait susceptible de donner lieu à de mau­vaises interprétations; que c'est ce qui porte le soussigné à commu­niquer à M. le prince Kourakine que la garnison de Danzig va être augmentée; que l'approche d'un grand mouvement des Anglais dans la Baltique a décidé Sa Majesté à porter la garnison de cette place importante à 12,000hommes, ce qui est, vu son étendue, le moindre nombre d'hommes qu'on puisse mettre pour sa défense; que cette garnison se composera de deux régiments du duché de Varsovie, d'un régiment saxon, d'un régiment bavarois, d'un régiment westphalien, d'un régiment wurtembergeois et d'un millier de sapeurs, mineurs et hommes d'approvisionnement y a été envoyé, et qu'il a été ordonné au gou­verneur de compléter ses vivres pour quelques mois.

Vous me mettrez cette note sous les yeux avant de la remettre. On pourra l'envoyer au duc de Vicence.


Paris, 19 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'approuve le projet d'organisation de l'artillerie de l'armée d'Alle­magne joint à votre lettre du 18; mais il faut prendre des mesures pour que ce qui est prescrit par les règlements soit ponctuellement exécuté. Les généraux d'artillerie se sont souvent écartés des dispo­sitions de ces règlements, qui sont importants. Leur faire connaître que, quand je passerai la revue de leurs parcs, je leur témoignerai mon mécontentement si les règles ne sont pas suivies. Chaque caisson doit avoir ses outils, ses rechanges et tout ce qui est prescrit. Il ne faut pas que, sous le prétexte qu'on a souvent fait la guerre sans avoir une chose, on se dispense de l'avoir.

Je ne sais pas combien les parcs d'artillerie mettent de flambeaux à éclairer les convois. Il faut en mettre un sur chaque caisson; il faut mettre également des lanternes sourdes.

J'approuve que vous réunissiez à Wesel ou sur la rive gauche les objets d'artillerie appartenant à l'armée d'Allemagne, et que cela parte par un seul convoi.

Peut-être est-il convenable de laisser à Magdeburg ce qui existe. Cela entrera dans la formation d'un second corps.

Vous devez bien remarquer que je n'ai voulu qu'un caisson appar­tenant au bataillon, un à l'artillerie de la division et un au parc de l'armée; cela me paraît suffisant s'il y a un parc général. Je pense donc qu'il faudrait que l'armée d'Allemagne, qui a 64 bataillons, eût 64 caissons pour, du parc des divisions, passer au parc général.


Paris, 19 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai lieu de croire que les Anglais ont des intelligences dans le bataillon du régiment suisse qui est à Belle-Île. Faites-moi connaître quand ce bataillon quitte cette île. Je désire qu'au lieu de se rendre à Brest il se rende à Rennes, où il restera jusqu'à nouvel ordre.


Paris, 19 mars 1811

NOTE POUR M. BARBIER, BIBLIOTHÉCAIRE DE L'EMPEREUR, A PARIS.

L'Empereur désire avoir le volume de l'abbé Fleury, où il est ques­tion, avec quelques détails, de la Pragmatique Sanction de Bourges, sous Charles VII.


Paris, 20 mars 1811

 

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, hier 19, à sept heures après midi, l'Impératrice me fit demander de descendre chez elle. Je la trouvai sur sa chaise longue y commençant à sentir les premières douleurs. Elle se coucha à huit heures, et depuis ce moment jusque six heures du matin elle a eu des douleurs assez vives, mais qui n’avan­çaient en rien sa délivrance, parce que c'étaient des douleurs de reins. Les gens de l’art pensèrent que cette délivrance pourrait tarder vingt-quatre heures ; ce qui me fit renvoyer toute la cour et dire au Sénat, au corps municipal et au chapitre de Paris, qui étaient assemblés, qu'ils pouvaient se retirer. Ce matin, à huit heures, l’accoucheur entra chez moi, fort affairé, me fit connaître que l'enfant se présen­tait par le côté, que l'accouchement serait difficile, et qu'il y aurait le plus grand danger pour la vie de l'enfant. L'Impératrice, fort affai­blie par les douleurs qu'elle avait essuyées, montra jusqu'à la fin le courage dont elle avait donné tant de preuves, et à neuf heures, la Faculté ayant déclaré qu'il n’y avait pas un moment à perdre, l'ac­couchement eut lieu dans les plus grandes angoisses, mais avec le plus grand succès. L'enfant se porte parfaitement bien. L'Impératrice est aussi bien que le comporte son état; elle a déjà un peu dormi et pris quelque nourriture. Ce soir, à huit heures, l'enfant sera ondoyé. Ayant le projet de ne le faire baptiser que dans six semaines, je charge le comte Nicolaï, mon chambellan, qui portera cette lettre à Votre Majesté, de lui en porter une autre pour la prier d'être le parrain de son petit-fils.

Votre Majesté ne doute point que, dans la satisfaction que j'éprouve de cet événement, l'idée de voir perpétuer les liens qui nous unissent ne l'accroisse considérablement !

(La même lettre au roi d'Espagne, à l'exception de la dernière phrase - La même lettre en finissant à ces mois, l’enfant sera ondoyé, à la reine de Naples, à la grande-duchesse de Toscane, au roi de Westphalie, à la vice-reine d'Italie et à la princesse Stéphanie de Bade.

La lettre à l’empereur d'Autriche est portée par M. Nicolaï; celle au roi d'Espagne, par le général Defrance; celle à la reine de Naples et à la grande-duchesse, par M. Labriffe; celle au roi de Westphalie, par M. de Rambuteau ; celle à la vice-reine, par M. de Béarn; celle à la princesse de Bade, par M. Marinier. (Note de la minute.)


Paris, 21 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris.

On m'écrit d'Anvers qu'il y a la plus grande activité dans les tra­vaux, mais que, pour remplir le but que je me propose, d'avoir douze nouveaux vaisseaux en construction, il faudrait une augmenta­tion de 12,000 ouvriers charpentiers et charrons. Il est nécessaire que vous fassiez la répartition de ces ouvriers entre les ports où l’on ne travaille pas, et que vous ordonniez qu'ils se rendent à Anvers sur-le-champ.


Paris, 21 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mandez au commandant de mon escadre de Toulon que je suis instruit que, les 9 et 10 mars, beaucoup d'officiers de mon escadre sont descendus à terre, que même plusieurs d'entre eux ont été en cavalcade à Hyères et à Ollioules. Réitérez l’ordre au général Émeriau de faire tenir mes matelots à bord, et faites bien connaître que c'est mon ordre exprès, que je n'entends pas que cela soit autrement, et qu'aucun officier ni matelot ne descendra à terre que je ne le sache.


Paris, 23 mars 1811

A l’impératrice Joséphine, au château de Navarre

Mon amie, j'ai reçu ta lettre; je te remercie. Mon fils est gros et très bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J'espère qu'il remplira sa destinée.

Je suis toujours très content d'Eugène; il ne m'a jamais donné aucun chagrin.


Paris, 22 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Belliard pour lui témoigner mon mécontentement de la fausse direction qu'il donne aux affaires de l'armée du Centre; qu'il était inutile d'envoyer 3,000 hommes à Cuenca; qu'il fallait garder ces troupes pour porter le plus haut possible la colonne du général Lahoussaye; qu'il fallait placer cette colonne entre le Tage et Badajos, pour être à la disposition du duc de Dalmatie et prêter main-forte à ce maréchal; au lieu que, par la mauvaise direction donnée au corps du général Lahoussaye, il n'a été bon à rien, a désobéi au duc de Dalmatie et n'a fait en Espagne qu'une course inutile et sans aucun avantage pour mon service; qu’il est indispensable, 1° que l'armée du Centre fasse partir tous les déta­chements appartenant à l'armée du Midi, en les dirigeant sur Séville et en n'en formant qu'une seule colonne; 2° qu'elle envoie un corps, le plus fort possible, entre le Tage et le duc de Dalmatie, afin de l'aider dans le grand but de communiquer avec l'armée de Portugal par la rive gauche du Tage et de favoriser les opérations de cette armée.

Vous témoignerez au général Lahoussaye mon extrême méconten­tement de sa mauvaise conduite, et qu'il sera responsable des suites que pourra avoir sa désobéissance aux ordres du duc de Dalmatie.


Paris, 22 mars 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Comment arrive-t-il que les travaux du bassin d'Anvers ne soient pas encore commencés ? Ils ne le seront que le 15 mai; de sorte qu'on a perdu les trois plus beaux mois de l'année.



Paris, 22 mars 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

J'apprends que des préfets, et surtout celui de Dijon, reçoivent avec distinction les officiers espagnols dans leurs salons. Insinuez-leur que cela n'est point convenable.


Paris, 23 mars 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, donnez ordre au payeur de l'armée d'Allemagne de solder, à dater du 1er avril prochain, à mon compte le 5e régiment polonais qui est à Küstrin, le 10e et le 11e régiment polonais qui sont à Danzig, le régiment de cavalerie polonais et la compagnie d'artillerie polonaise qui sont à Danzig. Faites bien con­naître à votre payeur, 1° que mon intention est de ne solder que les hommes de ces corps présents sous les armes dans les places de Küstrin et de Danzig, et non les hommes qui seraient à leurs dépôts, ou en Pologne, ou aux hôpitaux, ou en pays étranger; 2° qu'en payant la solde je n'entends point payer tout ce qui ne serait pas solde. Vous m'instruirez de ce que viendra à coûter un mois de solde de la gar­nison de Danzig; je ne dois pas payer les Saxons. Je pense que vous devez avoir à Danzig un préposé du payeur de l'armée d'Allemagne. Ce payeur fera recette de toutes les impositions françaises et autres droits à percevoir à Danzig; il fera recette, comme fonds spécial, des droits dont le produit est appliqué aux fortifications; il fera re­cette également des fonds que vous enverrez pour la solde. Vous pouvez mettre à la disposition de ce payeur un premier fonds de deux millions. Le domaine extraordinaire a, je crois, des échéances sur Danzig qu'il peut vous remettre; mais, comme elles peuvent n'être pas payées régulièrement, il ne faut pas vous fier à cette seule mesure, et avoir toujours deux millions dans la caisse du payeur de Danzig.


Paris, 23 mars 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je réponds à votre rapport du 21 sur le service de l'armée d'Espagne. Envoyez-moi l'état de la distribution des 17,019,000 francs entre les différents corps de l'armée d'Espagne, qui a été faite par le payeur général. Faites-moi connaître entre quels corps d'armée il faut classer les 591,000 francs qui ont été payés à Bayonne pour 1811. Je ne sais point ce que veut dire l'arti­cle des payements faits aux dépôts des corps. Sont-ce les dépôts de la 11e division militaire dont il est question, ou les dépôts qui sont dans l'intérieur de la France ? Je désirerais que la comptabilité avec l'Espagne en 1810 et en 1811 fût bien arrêtée. Il faut également distinguer la comptabilité de 1810 de celle de 1811 et la rattacher au budget tel que je l'ai arrêté par mon dernier travail. Je vous ren­voie votre rapport; ces écritures ne me paraissent pas assez claires.


Paris, 23 mars 1811

Au général  Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Toutes les troupes alliées qui se trouvent à Danzig doivent être nourries par la ville. Quant aux réclamations sur le duché de Var­sovie, il est si pauvre qu'on ne pourrait en tirer rien. Il faut porter ce qu'on aura à réclamer, pour valoir ce que de droit à la liquidation.


Paris, 23 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J'approuve le projet pour l'armement des deux vaisseaux de Rotter­dam et des sept vaisseaux du Texel que vous me proposez ; mais je ne vois pas à quoi bon armer deux frégates. Elles sont toutes les trois à Rotterdam; faites-les passer par les canaux de l’intérieur dans l'Es­caut, où elles me seront utiles.

Je désirerais que ces vaisseaux eussent des noms que je pusse comprendre. Par exemple, le Doggerbaug, le Zoutman et la frégate le Kenauhanslaer sont des noms trop barbares pour moi. Il faut leur donner des noms hollandais, mais qu'un Français puisse prononcer facilement. Je ne vois là que trois frégates; il me semble qu'il y en a plusieurs autres qu'on peut faire venir à Anvers.


Paris, 23 mars 1811


Au vice-amiral comte Decrès, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, les Anglais paraissent avoir une grande opinion de la marche et de la construction des corsaires de la Manche ; ils disent que ces bâtiments tiennent mieux le vent que leurs fré­gates, et qu'elles ne peuvent pas les saisir. Il paraît qu'ils sont armés en lougre. Il serait nécessaire d'avoir les plans des meilleurs de ces corsaires.


Paris, 23 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, sur les trente-quatre péniches qui exis­tent à Lorient, quatre sont hors de service et proposées pour la démolition; dix-neuf sont en bon état, il faut les faire servir. Les onze autres sont proposées pour la refonte. Mon intention n'est pas que les onze péniches à refondre soient démolies ni abandonnées, mais qu'on les laisse périr dans l'état où elles sont. L'expérience a prouvé que, dans des circonstances particulières, des bâtiments portés pour la refonte devenaient utiles cinq ou six ans après, pour un coup de main, par exemple, pour aller à Belle-Île ou à l’île de Groix.

Donnez donc l’ordre qu'on place ces onze péniches dans l'endroit le plus convenable du port, et qu'on ne fasse d'entretien annuel qu'à dix-neuf.


Paris, 23 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois sur les états de la marine 66 aspirants de 1e classe qui sont antérieurs à 1807, c'est-à-dire qui ont cinq ans de service. Ces jeunes gens sont depuis bien longtemps dans ce grade; faites-moi connaître si on ne pourrait pas les avancer. Il y en a 105 qui sont de 1808, c'est-à-dire qui ont quatre ans de service. Cela fait 171 an­ciens, qu'il faudrait faire enseignes ou placer en chef sur la flottille afin d'avoir occasion de les avancer promptement. Enfin il y en a 218 de 1810, c'est-à-dire qui n'ont qu'une année de service. Les 171 qui ont plus de quatre ans de service seraient préférables, comme ensei­gnes, aux enseignes non entretenus, desquels il n'y a rien à espérer. En général, l'avancement des aspirants de la marine est trop lent. II faut, après deux ou trois ans de service, s'ils ont navigué, les faire avancer. On ne peut pas alléguer qu'il n'y a pas de places, puisqu'il y a un si grand nombre d'officiers non entretenus qui sont employés.


Paris, 24 mars 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous ai écrit hier d'envoyer un payeur à Danzig. Je viens d'arrêter le budget de cette place ; je veux y dépenser deux millions cette année. Tout le produit des douanes doit y être employé; mais il est bien difficile d'espérer que ce pro­duit puisse couvrir une dépense aussi considérable. Je vous ai mandé que je dois prendre à ma solde deux régiments polonais de la garni­son de cette place; je pense donc qu'il est convenable que je n'y manque pas d'argent. Vous devez connaître ce que j'ai dans la caisse des douanes et dans les autres caisses. Il faut se procurer là une réserve de trois millions, afin que l'argent ne puisse pas manquer dans ce point important.


Paris, 24 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi un rapport sur la flottille.

La flottille de Boulogne existe. Elle a été faite sur le principe que le port de Boulogne assèche et contient peu d'eau, qu'on peut y embarquer une grosse armée et la transporter sur les côtes d'Angle­terre : cet avantage, nous l'avons. Les péniches pourraient débar­quer seules 20,000 hommes; les chaloupes canonnières, bateaux canonniers , transports, tout cela marche plus ou moins bien ; mais, sous la protection d'une escadre qui paraîtrait devant Boulogne, tout cela est organisé de manière à débarquer une forte armée. D'ailleurs cette flottille existe; il ne s'agit plus que de la conserver et de l'uti­liser pour les projets généraux.

Mais la flottille de l'Escaut se trouve dans une circonstance différente. Là il y a de l'eau ; on pourrait avoir des bâtiments bons mar­cheurs. Il se présente la question de savoir quel est le meilleur bâtiment pour la flottille de l'Escaut. Ces bâtiments doivent porter surtout du gros canon pour pouvoir canonner les frégates et même les vaisseaux; mais ils doivent tirer le degré d'eau nécessaire pour avoir une excellente marche. Cette flottille doit pouvoir éclairer toute l'ouverture de l'Escaut, être toujours sur l'ennemi et tenir ainsi l'es­cadre parfaitement éclairée. On doit même, si l’on veut en hasarder quelques-uns, pouvoir en faire des corsaires. Il me semble que le bâtiment de la flottille bon pour Boulogne, par cela même n'est plus bon pour l'Escaut.

Pour le Zuiderzee, Cuxhaven, l'Elbe et la Jahde, j'ai un grand nombre de bâtiments de flottille qui ne peuvent pas sortir, se hasarder à la mer, parce qu'ils n'ont pas de marche. Cette partie demande à être remaniée et à être l'objet d'une délibération des officiers de marine.

Je vous prie de vous faire remettre sous les yeux les plans des balancelles, lougres, goélettes américaines et des meilleurs corsaires de la Manche, qui paraissent cette année si redoutables aux Anglais, et de me faire un rapport. Le but de ma flottille de Boulogne est de porter des hommes et des chevaux et d'entrer dans un port qui assèche.

Le but de mes flottilles du Zuiderzee, du Weser, de l'Elbe, de la Baltique, est différent; ce n'est pas de porter, mais de faire la course, d'être toujours â la découverte, de me former des matelots et de défendre toutes mes cotes. C'est évidemment un but différent.


Paris, 24 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est que le 2e et le 4e ba­taillon du 2e régiment suisse, qui sont à Toulon, Marseille et Cette, soient complétés par tout ce qu'il y a de disponible aux 1er et 3e ba­taillons, et que ces deux bataillons, forts d'au moins 800 hommes chacun, se dirigent sur Wesel, mon intention étant de les réunir à l’armée d'Allemagne, où ils feront partie de la division Morand. Vous les ferez passer par Paris, où l'on en passera la revue; je crois que cela ne les détournera pas beaucoup.

Le 2e et le 4e bataillon du 3e régiment suisse se dirigeront, de l’île de Walcheren, d'abord sur Utrecht, où l’on en passera la revue, et de là sur l’armée d'Allemagne, où ils feront partie de la division Friant. Le dépôt de Lille leur enverra à Utrecht tout ce qu'il y a de disponible pour les porter au complet.

Le 2e et le 4e bataillon du 4e régiment suisse seront complétés, autant que possible, par ce qu'il y a de disponible de ce régiment à Belle-Île et à Brest, et, quand ils seront formés et en état d'être pré­sentés, vous les ferez venir à Paris, d'où on les dirigera sur l’armée d'Allemagne, où ils feront partie de la division Gudin.

Enfin les bataillons de tirailleurs corses et du Pô feront partie de la division Dessaix. Vous ferez passer une revue particulière de ces deux bataillons, et vous me ferez connaître quand ils seront en état d'être dirigés d'abord sur Wesel et de là sur l'armée d'Allemagne.

Chacune des quatre divisions de cette armée sera composée de quatre régiments d'infanterie ou douze bataillons, pendant avril et mai, et de deux bataillons détachés; ce qui fera quatorze bataillons par division.

Ce même corps d'armée recevra dans le courant de juin et juillet les 4e bataillons; ce qui portera chaque division à dix-huit ba­taillons, au lieu de seize, et le corps entier à soixante et douze bataillons.

Vous aurez soin que les colonels suisses commandent en personne les deux bataillons de guerre de leurs régiments et que tous les offi­ciers suisses soient présents.

L'augmentation des divisions de l'armée d'Allemagne nécessitera la nomination d'un nouveau général de brigade pour chaque division; proposez-moi ces officiers.

 

P. S. Mon intention est également que les deux premiers batail­lons de chacun des trois régiments qui s'organisent à Hambourg soient joints au corps du prince d'Eckmühl. On y joindra également deux bataillons du régiment d'Illyrie; ce qui fera que chaque division de l’armée d'Allemagne sera composée de vingt bataillons, savoir: seize bataillons français, deux bataillons suisses et deux bataillons allemands. Le total du corps d'armée sera de quatre-vingts batail­lons, formant quatre divisions et douze brigades; ce qui portera l'infanterie à plus de 60,000 hommes.

La cavalerie pourra être augmentée du régiment de lanciers qui se forme à Hambourg, ce qui la portera à 10,000 hommes ; ce qui, avec l'artillerie et les sapeurs, formera une armée de 80,000 hommes; et, comme j'ai porté la garnison de Danzig à 15,000 hommes, ce seul corps d'armée formera donc une armée de 95,000 hommes.

Mon intention est également de compléter les trois régiments de la Confédération qui viennent de Catalogne; faites-moi connaître quelle est leur organisation actuelle. Je les emploierai, en cas d'événement, pour la garnison de Danzig; ce qui permettra au prince d'Eckmühl de former une 5e division active des troupes qui sont en ce moment à Danzig.

M'avez-vous soumis la nomination des colonels et majors des corps qui s'organisent à Hambourg, du régiment de cavalerie et du régiment illyrien ?

Je désire organiser promptement le 2e régiment de lanciers à Sedan, parce que je l'enverrai également à l'armée d'Allemagne; comme il est composé de Polonais, il se recrutera promptement.


Paris, 21 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me renvoyiez un état de la formation de l'armée d'Allemagne, avec les changements que je vous ai indiqués dans mes différentes lettres de ce jour : 1° pour le génie; 2° en ajoutant les bataillons suisses, les bataillons des trois régiments qui se forment et les deux bataillons d'Illyrie, ainsi que le général de brigade qui devra être porté de plus dans chaque division. Cet état devra présenter deux colonnes : l'une con­tiendra la situation telle qu'elle sera en avril; l'autre la situation telle qu'elle sera en juin. Dans cette dernière on portera les 4e bataillons, les deux bataillons illyriens, les bataillons des trois régiments qui se forment et les lanciers.


Paris, 24 mars 1811

Au maréchal Davout ; prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je viens d'ordonner que les six bataillons suisses fussent dirigés sur votre armée, savoir : deux bataillons du 2e régi­ment, deux bataillons du 3e et deux bataillons du 4e. Les deux batail­lons du 2e feront partie de la division Morand, les deux du 3e feront partie de la division Friant, les deux du 4e feront partie de la divi­sion Gudin. J'ai également ordonné que les deux bataillons de tirail­leurs corses et du Pô qui sont à Boulogne se rendissent à la division Dessaix. Ainsi chaque division sera composée de quatre régiments français à quatre bataillons et de deux bataillons suisses dans le cou­rant de juillet; et, jusqu'à cette heure, chacune sera de trois batail­lons et d'un régiment suisse de deux bataillons; ce qui fera soixante et douze bataillons ou près de 60,000 hommes, qui, joints aux 10,000 hommes de cavalerie et aux 6,000 d'artillerie, formeront un corps de 76,000 hommes.

J'ai réuni, comme je vous l'ai mandé, une garnison de 15,000 hom­mes à Danzig. Dans le courant de l'été je ferai remplacer le régiment qui est à Stettin par des troupes de la Confédération; et, si les événements me le faisaient juger nécessaire, vous pourriez arriver à tire-d'aile à Danzig, vous trouver là avec 90,000 hommes, et vous seriez promptement joint par 50,000 Polonais et Saxons; ce qui ferait sur-le-champ une armée de 140,000 hommes. Votre place serait prise à Hambourg, dans le Mecklenburg et à Stettin, par une armée de quatre-vingts bataillons français, égale à la vôtre, pour assurer vos derrières et être prête à vous joindre, en cas qu'il fallut en venir décidément à des hostilités. Si les trois régiments que vous organisez pouvaient vous offrir chacun deux bataillons sur lesquels on pût compter, on pourrait, dans le courant d'août, joindre deux bataillons à vos divisions. Je suppose que, s'il était question d'agir contre les Russes, ces bataillons seraient sûrs et alors pourraient être utiles. Vous remarquerez que les bataillons suisses et les batail­lons des tirailleurs corses et du Pô doivent être comptés comme fran­çais. Ce ne serait que six bataillons allemands que vous auriez dans votre corps. La garde de votre parc, les petites garnisons qu'il faut toujours avoir, rendraient ce secours précieux, si d'ailleurs on pou­vait compter sur eux. Cela ferait vingt-six bataillons par division ou quatre-vingts bataillons pour votre corps d'armée.


Paris, 24 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 18. L'amiral Ver Huell part pour commander sous vos ordres les côtes de la Baltique et des trois départements.   Il commandera la flottille et prendra les mesures nécessaires pour établir le service.

Je vous ai déjà mandé que le 2e bataillon d'équipages militaires se mettrait en route pour vous joindre. Vous ne recevrez que trois compagnies de six; les trois autres ne partiront qu'en juin, parce qu'elles attendent les conscrits qui dans ce moment se lèvent dans toute la France. Le trésor a donné des ordres pour qu'on payât à Danzig et Küstrin les Polonais. Les Saxons doivent être payés par leur souverain; c'est à vous à donner des ordres pour la nourriture de ces troupes; elles doivent être nourries par la ville. Après tout, cette ville ne paye pas d'impositions : elle peut nourrir 12,000 hom­mes. Quant à la solde, si votre payeur n'a pas encore reçu d'ordres, prévenez-le de faire ses dispositions. Vous pouvez autoriser le général Rapp, comme il a des fonds en caisse pour les fortifications, à avancer au payeur les fonds nécessaires pour payer la solde du mois d'avril. Je vous ai mandé par ma lettre d'hier de faire commencer les travaux des fortifications à Danzig.

Si les circonstances étaient urgentes, j'aurais pourvu à tout d'une manière extraordinaire; mais les circonstances ne sont pas urgentes. Je ne prévois point que votre corps soit obligé à aucun mouvement. Si un mouvement avait lieu, ce ne serait pas avant juillet. Ce qu'écrivent les Polonais sont des bêtises. L'armée russe est trop occupée contre la Turquie; mais j'ai dû prendre des précautions pour mes places.

Ecrivez aux ministres du roi de Westphalie pour faire approvi­sionner Magdeburg. Il faut également insister en Prusse pour que les approvisionnements soient complétés dans les trois places de Küstrin, Stettin et Glogau. Est-ce qu'au lieu de vendre les grains à Glogau on n'aurait pas pu les moudre ? J'ai mis le produit du droit sur les mar­chandises coloniales de Stettin à la disposition du ministre de l'admi­nistration de la guerre, c'est-à-dire de votre ordonnateur, pour l'ap­provisionnement des trois places, surtout de Küstrin, pour avoir une grande quantité de grains aux dépôts. Faites réaliser ces achats de grains, qui seront conservés par les agents français. Je vois que Glogau et Küstrin sont tant bien que mal approvisionnés, mais que Stettin ne l'est pas, puisqu'il n'y a que 5,000 quintaux; ce qui n'est pas le quart de ce qu'il devrait y avoir. Il est bien urgent de presser la Prusse de compléter cet approvisionnement, et que, par le million provenant des marchandises de Stettin, vous portiez la quantité de blé qui doit exister dans cette place à 20,000 quintaux. Je vois qu'il y a à Danzig 128,000 rations de biscuit dans l'approvisionnement courant ; je crois qu'il est plus convenable de les porter à l'approvi­sionnement de siège, ce qui porterait l'approvisionnement de siége à 800,000 rations.


Paris, 24 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, le 33e régiment d'infanterie légère doit être arrivé à votre corps d'armée. Les bataillons suisses et les deux bataillons des tirailleurs corses et du Pô, qui sont en marche, arriveront dans le courant de mai. Le 108e étant à Stettin, envoyez aussi le 85e avec le général Friederichs. Le 33e régiment d'infanterie légère et le 57e resteront à Magdeburg sous les ordres du général de brigade Barbanègre. Le général Dessaix et son état-major se porteront à Stettin. Le 85e et le 108e auront avec eux leurs pièces de canon. Le général Dessaix aura en outre auprès de lui sa batterie d'artillerie légère et sa compagnie de sapeurs. Les deux batteries d'artillerie à pied resteront à Magdeburg. Toute la division Friant sera placée dans le Mecklenburg. Le général Friant aura son quartier général à Rostock, et des lignes de correspondance seront établies de manière à correspondre tous les jours avec Stettin. L'artillerie et les sapeurs de cette division seront également placés dans le Mecklenburg. Le 2e régiment de chasseurs sera poussé jusqu'à Danzig. Le 7e de hussards sera envoyé à Stettin et s'y trouvera sous les ordres du général Des­saix. Le 2e régiment de chasseurs passera ainsi sous les ordres du général Pajol, qui aura sous ses ordres, à Danzig, le 2e régiment de chasseurs et le régiment de chevau-légers polonais; ce qui fera une brigade de 2,000 chevaux. La brigade Jacquinot sera composée du 7e de hussards et du régiment de lanciers que vous formez dans la division. Vous êtes le maître de faire laisser au 2e de chasseurs un dépôt dans le Hanovre pour recevoir les chevaux qui lui sont des­tinés et les hommes à pied qui doivent le porter au complet. Les deux autres divisions d'infanterie resteront dans les trois départe­ments. Vous ferez exécuter toutes ces mesures spontanément, secrè­tement et le plus rapidement possible. Je vous envoie l’état de la formation de votre armée; vous y remarquerez que les 4e bataillons n'y sont pas portés, parce qu'ils ne pourront vous joindre qu'à la fin de mai, les conscrits ne devant arriver que dans le courant d'avril.


J'ai mis de ma main les deux bataillons suisses que j'envoie à chaque division. Vous remarquerez aussi qu'on n'a pas mis dans cet état les trois régiments que vous formez. Mon intention est d'attacher deux bataillons de ces régiments à chacune des trois premières divisions de votre corps d'armée. Deux bataillons du régiment qu'on forme en Illyrie seront attachés à la division Dessaix; ce qui complétera votre corps à quatre-vingts bataillons.

Vous remarquerez aussi qu'on a porté le génie trop haut. Mon inten­tion est que vous n'ayez que huit compagnies de sapeurs, y compris celle de Danzig. Chaque compagnie devra avoir un caisson pour ses outils. Vous aurez en outre 6,000 outils attelés; mais vous en tien­drez 20,000 en réserve et non attelés à Danzig. L'organisation du génie est donc trop forte dans cet état; je l'ai diminué; ce change­ment à faire dans l'état m'aurait décidé à en retarder l'envoi, si cependant il n'était pas préférable de ne pas perdre de temps, afin que nous nous entendions.

Ne tenez en Westphalie que 12,500 hommes. Lorsque les deux bataillons de tirailleurs corses et du Pô seront arrivés, vous les pla­cerez également à Magdeburg et aux environs. Dans le courant de mai, trois nouveaux généraux de brigade vous arriveront, mon in­tention étant que chacune de vos divisions soit partagée en trois brigades.

Vous mettrez une brigade de cavalerie légère dans le Mecklenburg sous les ordres du général Friant. Il faut qu'aucun bâtiment ne puisse sortir des ports du Mecklenburg; qu'à cet effet le général Friant orga­nise des bataillons de voltigeurs, mêlés avec de la cavalerie et com­mandés par des officiers intelligents, qui occupent toutes les côtes et ne laissent rien sortir.

Il faudra faire dire avec attention au duc de Mecklenburg mon dis­cours aux villes hanséatiques. Vous lui ferez comprendre qu'il ne peut conserver son indépendance qu'autant qu'il marchera franchement dans le système de la France; que la moindre indiscrétion le compromettrait. Vous écrirez aussi à mon consul à Stralsund pour qu'il fasse comprendre la même chose à la régence, et qu'à la moin­dre contravention la Poméranie suédoise serait sur-le-champ envahie.

Parlez-moi de l'avancement des trois régiments que vous formez. Je préfère que six bataillons de ces régiments vous suivent, parce que des régiments aussi nombreux ne seraient pas sûrs, et que je me contenterai des derniers bataillons pour garder les trois départements sous l’influence des autres troupes françaises qui s'y trouveront. Je crois qu'après la récolte il sera convenable que toutes vos troupes campent par division; mais il y a encore du temps d'ici à cette époque.

Pour que vous puissiez mettre une mesure convenable dans vos dispositions, il est nécessaire de vous faire connaître ma situation. Rien ne me porte à penser que les Russes veuillent se mettre avec les Anglais et me faire la guerre; ils sont trop occupés du côté des Turcs; mais j'ai lieu de croire que, lorsqu'ils auront fini avec les Turcs et que leur armée sera de retour et en force sur les frontières de la Pologne, ils pourront devenir plus exigeants; et il ne sera plus temps alors de faire des mouvements qui les décideraient à brusquer une invasion sur Varsovie. Il faut donc que tous les mouvements que j'ai à faire soient faits dans le courant d'avril ; cela fait, il est proba­ble que nous nous expliquerons et que nous gagnerons du temps de part et d'autre. Mais alors je me trouverai dans une position offensive; Danzig bien approvisionné, bien armé, ayant une garnison suffisante ; vous, ayant presque deux divisions sur Stettin, de manière qu'au moindre mouvement qu'ils feraient je serais aussitôt qu'eux sur la Vistule.

Dans votre correspondance avec le prince Poniatowski, correspon­dance que vous ferez passer comme je vous l'ai dit, vous devez l'en­gager à former des gardes nationales dans toutes les villes. Les fusils ne leur manquent pas; d'ailleurs j'en ai 100,000 qui sont emballés et qui partiront en avril.

Du reste vous devez tenir un langage pacifique. Les mouvements que vous faites ont un motif simple : la prochaine arrivée de l'esca­dre anglaise dans la Baltique et la nécessité de se mettre en mesure partout.

A moins que les Russes ne m'attaquent, je ne compte pas faire d'autres mouvements cette année; mais je veux me mettre en état. A la conscription de cette année succédera celle de l'année prochaine, aussitôt que janvier sera arrivé. Cela me coûtera de l'argent et beau­coup d'argent, et c'est ce qui doit vous faire sentir l'importance de m'en procurer le plus que vous pourrez et de m'en demander le moins possible.

Tous mes régiments de cuirassiers seront complétés à 1,100 che­vaux; tous ceux qui étaient dans l'intérieur, du côté des côtes, se rapprochent de la Belgique, de Wesel et de Mayence; des camps vont être formés à Boulogne, à Utrecht, à Wesel et du côté d'Emden; ces troupes pourront se porter en avant comme l'éclair et former votre seconde ligne. Mes régiments de Naples, qui n'ont pas fait la guerre depuis longtemps, s'approchent du Pô. Mon intention est même de faire remplacer promptement à Küstrin le régiment polonais qui s'y trouve par d'autres régiments de la Confédération, comme je vous l’écrirai un autre jour, afin de pousser le 5e qui est à ma solde, sur Thorn.

J'ai formé un second régiment de lanciers polonais; j'en ai tiré les officiers du régiment polonais de ma Garde et j'en ai donné le com­mandement au colonel Krasinski. Il se réunit en ce moment à Sedan. Je l'enverrai sur Magdeburg pour achever de se former; peut-être même le pousserai-je jusqu'à Danzig.

Veillez à ce que Danzig s'arme et s'approvisionne sous tous les points de vue. Recommandez à Rapp de couper sa langue et de faire entendre que ces préparatifs sont dirigés contre les Anglais.

Vous voilà bien instruit de ma position. Je ne veux pas la guerre avec la Russie, mais je veux prendre une position offensive et faire pour cela des mouvements qui, s'ils avaient lieu plus tard, pourraient faire éclater la guerre; car il est évident que, si ces mouve­ments se faisaient quand les Russes auront toutes leurs forces disponi­bles, ils ne voudraient plus croire à mes explications et marcheraient sur-le-champ pour s'emparer de Varsovie.

Dans vos lettres au prince Poniatowski, faites-lui sentir : 1° la nécessité de former de belles gardes nationales à Varsovie, à Cracovie et dans les autres principales villes; 2° celle de réunir toutes les munitions et toute l'artillerie sur Modlin, afin que rien ne pousse les Russes à se porter sur Varsovie, où ils n'auraient rien à prendre. Sierock n'est pas le point le plus important ; c'est Modlin, et il y faut porter tous ses efforts.

Dites au prince que déjà vous avez 80,000 hommes sous votre commandement; qu'en outre vous allez en avoir 15,000 à Danzig, et qu'enfin trois fois autant de troupes sont sur vos derrières, prêtes à se mettre en marche si on attaquait le grand-duché ; que je ne veux pas attaquer, mais qu'il faut se mettre en mesure; que l'espérance de prendre 80,000 fusils, de la poudre et des munitions pourrait pous­ser les Russes à tenter un coup de main sur Varsovie, mais que cet espoir sera frustré si tout est renfermé dans Modlin. Vous devez aussi faire comprendre au prince que le 5e, le 10e et le 19e régiment ne resteront pas à Danzig; qu'aussitôt que d'autres troupes les auront relevés dans cette garnison ces régiments lui seront envoyés.



Paris, 25 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il serait nécessaire d'avoir un chargé d'affaires près du duc de Mecklenburg-Schwerin. Il a ici un homme d'affaires; je désire que vous ayez une conférence avec cet agent. Vous lui ferez connaître : 1° que je veux franchement laisser au duc son indépendance; que la seule communication par le canal de Lübeck avec la Baltique me suffit ; mais que mes principes sont claire­ment exprimés dans ma réponse aux députés des villes hanséatiques; que vous invitez les ministres du duc à méditer cette réponse; que c'est là ma profession de foi ; que, si le duc prend toutes les mesures nécessaires pour me seconder contre l'Angleterre, pour empêcher toute correspondance et toute communication de commerce et de contrebande, il conservera son indépendance ; que, s'il en agit autrement, il ne la conservera pas; que si les communications ont lieu par ses États avec l'Angleterre, que si la contrebande peut s'y faire, alors je serai obligé de mettre mes douanes à la place des siennes; mais qu'il est impossible d'établir ce régime de douanes sans réunir le territoire, et qu'ainsi l'indépendance du Mecklenburg est entre les mains du duc; que les mezzo termine et les protestations ne peuvent pas me tromper; qu'il faut que le duc agisse et fasse agir comme j'agirais moi-même; c'est donc au duc à organiser ses douanes et à prendre des mesures pour réussir; s'il réussit, il restera indépendant; s'il ne réussit pas, je me chargerai du soin de garder son pays et je le réunirai; que la seconde chose indispensable est de me fournir des matelots, comme ce pays m'en fournirait s'il était réuni; je ne puis pas lui demander moins de 600 matelots, mais de bons matelots; c'est à lui à les lever; je les solderai, je les habillerai et je les nour­rirai; ce ne sont pas des hommes que je lui demande, j'en ai plus qu'il ne m'en faut; mais ce sont des matelots exercés; c'est à lui à prendre des mesures pour réussir et me les fournir; que le troisième point est de prendre des mesures pour armer Rostock, Wismar et les autres points de la côte, de manière que les Anglais ne puissent pas stationner dans les parages du duché; que ma profession de foi est publique : je n'ai pas besoin du Mecklenburg, mais je le réunirai si son gouvernement actuel ne peut me seconder dans ces trois princi­paux moyens de guerre contre l'Angleterre; que je ne suis obligé aucun ménagement envers personne, puisque les Anglais n'en ont sur mer avec qui que ce soit ; que c'est par un ordre exprès de ma part que vous l'avez envoyé chercher et que vous lui faites cette déclaration; qu'il est nécessaire qu'il la transmette par un courrier à sa cour; que le duc doit avoir sécurité entière sur son indépendance, si de mon côté j'ai sécurité sur ces trois objets ; que sur le nombre de matelots que je lui demande je voudrais en avoir 200 d'ici au 30 avril, 200 d'ici à la fin de mai et 200 d'ici à la fin de juin, et même plus tôt s'il est possible; que, quant aux douanes, je le laisse maître de prendre les mesures qu'il croira nécessaires pour garder ses ports et ses côtes conjointement avec mes troupes; mais qu'on élude facilement les troupes, et que, si les marchandises anglaises s'introduisaient par ses États, il perdrait alors ce que je désire lui conserver.

Le résumé de cette conversation, vous l'enverrez au prince d'Eckmühl pour sa gouverne, ainsi qu'au chargé d'affaires que vous allez envoyer à Schwerin.  Proposez-moi la nomination de ce chargé d'affaires.

Envoyez également le résumé de cette conversation au comte de Saint Marsan, afin qu'il soit instruit de ma politique avec le Mecklenburg et que son langage y soit conforme. Il en doit être à peu près de même avec la Prusse. Il doit demander qu'on empêche la contre­bande, qu'on intercepte toute communication avec le commerce an­glais, et même tâter la Prusse pour qu'elle nous envoie un millier de matelots, mais cette dernière partie des demandes doit être traitée plus délicatement. M. de Saint Marsan doit dire que je suis instruit qu'une escadre anglaise entre dans la Baltique; que cela me force d'envoyer des renforts à la garnison de Danzig et de me mettre en mesure de me porter au secours de cette place s'il était nécessaire; que les stipulations du traité de Tilsit avec la Prusse sont positives; que le décret de Berlin doit être exécuté. M. de Saint Marsan doit parler clair : la paix est à cette condition. Il faut que Memel, Königsberg, Swienemünde, etc., soient étroitement fermés, et que les douanes prussiennes empêchent toute communication, soit par lettres, soit autrement, avec les bâtiments anglais dans la Baltique.

Enfin, vous ferez les mêmes communications au ministre de Dane­mark qui est ici; qu'il faut que cette puissance fasse quelque chose ; qu'il faut que le Holstein soit immédiatement fermé; que j'ai toléré l'année dernière ce que je ne peux plus souffrir cette année; qu'a dater de la fin de mai il ne doit plus y avoir de denrées coloniales ; que j'aime le roi de Danemark, et qu'au lieu de penser à diminuer ses États je désire plutôt les augmenter; que je suis sensible à toutes les amitiés qu’il m'a témoignées; mais qu'enfin il est indispensable qu'aucune lettre ne puisse passer en Angleterre, qu'aucune communication ne puisse avoir lieu avec le commerce anglais.

Envoyez aussi chercher le ministre de Suède pour lui déclarer la même chose. Dites-lui que, si un bâtiment chargé de denrées colo­niales, soit américain, soit danois, soit suédois, soit espagnol, soit russe, est admis dans les ports de la Poméranie suédoise, mes trou­pes entreront aussitôt dans la province, ainsi que mes douanes. En­voyez de même à M. Alquier et au prince d'Eckmühl le précis de votre conversation. Répétez à mon consul à Stralsund qu'il doit parler clair et ferme à la régence; qu'ils doivent armer et mettre en état de défense l’île de Rügen et leurs côtes; car, si les Anglais y mettaient le pied, je serais obligé d'accourir et de prendre moi-même soin de garder ces côtes.

Le secrétaire d'État vous enverra un décret que j'ai pris pour les marchandises du Holstein. Vous ferez communiquer ce décret en Danemark, afin que cette faveur, que j'ai accordée, finisse et ne devienne pas une source d'abus.


Paris. 25 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre que vous pou­vez écrire à M. le comte Otto. Je l'ai abrégée et adoucie.

 

LETTRE DU DUC DE CADORE AU COMTE OTTO.

Paris, 26 mars 1811.

Monsieur l'Ambassadeur, j'attends à chaque instant la réponse que vous aurez à faire à la lettre par laquelle je vous engageais à sonder les dispositions de l'Autriche relativement à la possession par les Russes de la Valachie et de la Moldavie.

La réunion de ces provinces à l'empire russe est sans doute un malheur pour l'Autriche; elle a aussi beaucoup d'inconvénients pour la France. Le traité de Tilsit avait stipulé l'évacuation de ces provin­ces. L'animosité qui séparait alors la France et l'Autriche a obligé de renoncer à l'exécution de cette clause. Le dernier ukase de la Russie sur le commerce, si défavorable à la France, et le refroidissement que nous ne pouvons dissimuler exister entre les deux puissances, nous ramènent à sentir davantage les maux résultant de l'incorporation à la Russie de ces deux provinces turques.

Mais mon intention n'est point de traiter maintenant cette ques­tion ; j'y reviendrai lorsque j'aurai reçu votre réponse. Je vous écris aujourd'hui pour une autre question indépendante de la première, quoique ayant un objet semblable. Je ne me permets pas de préjuger ce qu'on a pu répondre à l'ouverture que vous étiez chargé de faire, relative à la Valachie et à la Moldavie, ni par conséquent quelle suite il convient de donner à cette première démarche. L'Empereur veut que vous en fassiez une seconde, relative à l'occupation de Belgrade par les troupes russes. Si Sa Majesté voit avec déplaisir les Russes dans la Valachie et dans la Moldavie, elle serait bien plus alarmée de les voir occuper Belgrade et tout disposer pour établir un hospodar ou prince grec en Servie. Sa Majesté envisage toutes les conséquences fâcheuses d'un tel établissement. La tranquillité de la Dalmatie et des provinces illyriennes en serait moins assurée; l'influence du nouveau gouvernement servien s'étendrait sur tout le littoral de l'Adriatique et sur la Méditerranée; une souveraineté grecque établie en Servie exal­terait les prétentions et les espérances de vingt millions de Grecs, de­puis l'Albanie jusqu'à Constantinople, qui à cause de leur religion ne peuvent se rallier qu'à la Russie : l'empire turc serait blessé au cœur.

L'Empereur veut donc, Monsieur, que vous déclariez à la cour de Vienne son intention de ne point souffrir que les Russes conservent, à la paix, de l'influence en Servie, ni qu'ils y établissent un gouver­nement de leur choix. Vous pourrez même, si vous trouvez le minis­tère autrichien dans des dispositions favorables, concerter avec lui les mesures propres à procurer à la Porte, lors de la paix, la resti­tution de la Servie, ou du moins à empêcher qu'il ne s'y établisse un ordre de choses favorable à l'influence russe, ou qui laisse exister dans cette province un gouvernement grec.

L'empereur Alexandre a pris avec l'empereur Napoléon l'engage­ment de ne rien garder en Servie. L'occupation de Belgrade peut être envisagée comme une violation de cette promesse; la France pourrait donc s'en plaindre, et la cour d'Autriche, quelque démarche qu'elle veuille faire à l'occasion de la Servie, peut être assurée qu'elle sera franchement, loyalement et entièrement appuyée par la France. Ainsi la France sera disposée à prendre tel engagement que la cour de Vienne voudra lui faire contracter, soit pour opérer la restitution de la Servie à la Porte, soit pour empêcher l'établissement d'un gou­vernement grec dans cette province; mais c'est à l'Autriche à agir à Constantinople.


Je vous rappelle, Monsieur, que cette démarche est entièrement distincte de celle que vous avez été chargé de faire relativement à la Valachie et à la Moldavie; qu'elle ne doit point empêcher le résultat de vos premières ouvertures, comme aussi elle est indépendante de la réponse qui vous aurait été faite.

Si vous étiez assuré que la cour de Vienne fit faire quelques démar­ches à Constantinople, vous pourriez en prévenir M. de Latour-Maubourg; lui dire que l'Empereur a vu avec peine cette occupation de Belgrade, et qu'il est disposé à s'opposer à l'établissement d'un gouvernement grec dans cette province. Mais vous ne devez faire cette communication qu'autant que vous auriez une occasion parfai­tement sûre, puisque vous n'avez pas de chiffre pour correspondre avec Constantinople et qu'un courrier dépêché par vous donnerait lieu à des soupçons et à des conjectures qu'il ne faut pas faire naître.

Champagny, duc de Cadore.


Paris, 25 mars 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un travail du prince d'Eckmühl sur le service des finances des trois départements. Vous y verrez que les douanes envoient leur argent à Paris, ce qui estime grande sottise, puisque ensuite il faut que vous renvoyiez de l'argent dans ces départements. Faites-moi un rapport particulier là-dessus. Vous remarquerez qu'on ne doit pas solder le régiment saxon ni la compagnie d'artillerie saxonne qui sont à Danzig; et, comme dans les corps il y a beaucoup d'incomplet, 100,000 francs par mois suffiront. Mon intention est que cet article soit payé sur mon budget sous le titre de solde de Danzig. Vous y enverrez 111,111 francs par mois à compter d'avril, ce qui fera un million pour l’année.

Vous écrirez à Danzig que la nourriture de la garnison doit être tout entière au compte de la ville; que les travaux du génie et de l'artillerie doivent être au compte de la caisse des douanes de cette ville. En cas d'insuffisance il y serait pourvu par un article additionnel au budget de la guerre ; mais, comme il y a peu de mois 500,000 francs étaient déjà dans cette caisse, je suppose que les produits seront suffi­sants. Vous écrirez à Danzig que cet argent restera dans votre caisse, et vous en ferez recette au trésor comme fonds spécial des fortifications de Danzig. Le reste de l'armée d'Allemagne ne doit me rien coûter, hormis 250,000 francs que je veux bien accorder pour subvenir à la solde; ce qui fera trois millions pour l’année, et quatre millions y compris Danzig.

12,500 hommes doivent être nourris et soldés par la Westphalie; une autre partie doit être soldée par moi, mais nourrie par la Prusse ; enfin le Mecklenburg doit nourrir une division.

Le 5e régiment polonais est à ma solde à compter du 1er avril; mais mon intention est qu'il soit payé par la caisse des trois départe­ments et en conséquence des 250,000 francs que je lui accorde.

Les quatre millions que me coûtera l'armée d'Allemagne, vous les porterez dans le budget de la solde de 1811.

De plus, vous aurez besoin d'argent dans le Nord pour solder des chevaux de cavalerie, d'artillerie et les équipages régimentaires. Vous pourrez demander aux ministres de la guerre et de l'administration de la guerre l'état de ces dépenses; je ne pense pas que cela passe deux millions.

La caisse des ponts et chaussées aura de plus à faire des fonds pour les travaux de la route et du canal. Il est nécessaire que vous fassiez ces fonds pour que la caisse des canaux ne fasse pas de frais inutiles.

Présentez-moi un projet sur la manière de faire le service dans tout le Nord.

 

P. S. Vous verrez dans le mémoire de l'ordonnateur Chambon un passage qui dit que le trésor a fait les fonds jusqu'au 31 mars ; je croyais que vous n'aviez fait aucuns fonds pour l'armée d'Allemagne.

Quand vous aurez pris connaissance de ces mémoires et de ces états, renvoyez-les-moi.


Paris, 25 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai approuvé le projet qui m'a été présenté pour les fortifications de Danzig; j'ai ordonné que deux millions soient mis à votre dispo­sition pour leur exécution. Tous ces travaux seront commencés à la fois, sans avoir égard à la dépense, mais dirigés de manière qu'ils offrent la perspective d'être terminés dans le courant de l'année et qu'ils puissent avant la fin d'octobre être armés, s'il est nécessaire. Il faut faire en sorte qu'à quelque époque que ce soit les travaux qui auraient été commencés puissent en peu de jours être mis en état de défense et ajouter à la force de la place. Mon intention est que le général Chambarlhiac, le général Haxo et le colonel Richemont par­tent dans la semaine pour Danzig, et dans une même voiture pour faire moins d'embarras; ils diront que c'est un général voyageant avec ses deux aides de camp.

A Hambourg, ils visiteront la place et enverront leur rapport; ils prescriront aux officiers du génie les travaux qui sont d'urgence, Arrivés à Danzig, ils arrêteront le tracé définitif des ouvrages, pla­ceront eux-mêmes les piquets sur le terrain et rédigeront un procès-verbal signé d'eux trois. Le général Chambarlhiac et le colonel Richemont resteront à Danzig pour défendre la place, en diriger les travaux, et y seront définitivement attachés. Le général Chambarlhiac rendra compte au ministre de la guerre et au maréchal prince d'Eckmühl.

Recommandez aux officiers de ne parler dans leurs mémoires que des Anglais, et jamais des Russes. Le langage des officiers doit être que les Anglais veulent s'établir dans cette place pour dominer la Baltique.

Le général Haxo visitera les places de Thorn et Modlin, pour les­quelles il recevra une instruction particulière. Il visitera également Glogau, Küstrin et Stettin, places qui sont sous son commandement, et reviendra à Magdeburg. On ne croit pas que le général Haxo reste plus de trois semaines à Danzig. Il sera nécessaire que vous écriviez à mon ministre en Saxe sur la visite que le général Haxo doit faire à Thorn et à Modlin; mais on a tout le temps, puisque ce ne peut être avant un mois.

Il faut diriger sur-le-champ sur Danzig le nombre d'officiers du génie nécessaire; la plus grande partie de ceux destinés à l'armée d'Allemagne, hormis ceux qui sont nécessaires aux travaux de la côte de Hambourg, peuvent y être envoyés. Il faut demander six ingé­nieurs italiens au vice-roi et les diriger en poste sur Dresde, où vous leur enverrez l’ordre de partir pour Danzig.

Faites-moi connaître s'il y a suffisamment de malles entre Danzig et Paris et s'il faut les multiplier, afin d'être assuré que la correspon­dance ne soit pas interceptée.


Paris, 25 mars 1811


Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 mars. Le partage que vous faites de vos seize régiments en quatre divisions ne me parait pas convenable. Le 33e léger et le 111e ne peuvent pas être ensem­ble; ce serait deux régiments étrangers dans la même division. Je vous ai envoyé hier l'organisation de l'armée, telle que je l'ai arrêtée. Dans votre lettre du 20 mars vous me dites que les 5e, 10e et 11e régiments d'infanterie polonaise ainsi que le régiment des chevau-légers polonais doivent être nourris et soldés par moi, tandis que les régi­ments saxons doivent seulement être nourris; cela est juste et je l'entends ainsi; mais je n'entends payer des régiments polonais que ce qui sera dans la place et présent à mon service.

Vous êtes parfaitement le maître d'arranger dans l'Oldenburg les choses comme vous le jugerez convenable. Faîtes en sorte de m'en­voyer 3,000 marins. Vous avez dû recevoir du ministre de la marine avis des avantages à faire aux femmes des marins.


Paris, 25 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, demandez au duc de Raguse une carte avec un projet d'expédition en détail sur Monténégro.


Paris, 27 mars 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie un canevas pour ser­vir à votre lettre au prince Kourakine. Apportez-moi cela demain matin. J'en ai effacé les cinq sixièmes comme inutiles; donnez à votre lettre la forme d'un billet.


A cette occasion faites bien comprendre au prince Kourakine com­bien toutes les mesures qu'on prend en Russie me mettent dans la nécessité d'en prendre; que, cette année, cela me coûte cent millions d'extraordinaire; mais que c'est l'empereur Alexandre qui a com­mencé; qu'on n'avait pas remué une pelle ni une pioche à Danzig; qu'on n'y avait pas fait entrer un convoi; qu'il n'y avait pas même de garnison. Rappelez le désir que j'ai, comme je l'ai témoigné par la lettre que j'ai remise au comte Czernitchef, qu'on en vienne à une explication et que de part et d'autre tout cela cesse.

BILLET ÉCRIT AU PRINCE KOURAKINE, le 29 mars 1811.

Prince, vous avez désiré que je vous rappelasse dans ce billet ce que j'ai eu l'honneur de vous dire dans notre dernier entretien. Les lettres du duc de Vicence de la fin de février et du commencement de mars m'apprennent que de faux bruits circulent à Saint-Pétersbourg et qu'ils y sont accueillis. L'empereur Alexandre a paru persuadé, et lui-même l'a dit au duc de Vicence, qu'un train considérable d'artillerie était entré à Danzig, que les princes de la Confé­dération avaient été requis de réunir leurs chevaux d'artillerie, et que, sur leur réponse énonçant que, sans les obliger à faire la dépense que cette réunion exigerait, leurs chevaux seraient toujours prêts quand on en aurait besoin, on avait insisté sur l'exécution de cette disposition. Ces assertions sont fausses. Aucun train d'artillerie n'est arrivé à Danzig; on n'a pas même songé aux troupes de la Confédération. On a fait grand bruit de quelques fusils achetés en France par la Saxe; mais le nombre n'en est que de 20,000, au lieu de 60,000 qu'on a supposés. On a fait également grand bruit de quelques canons de petit calibre demandés par la Saxe pour ses régiments, et que l'Empereur lui a donnés, parce que toute l'artillerie saxonne avait été prise à Iéna. On n'accusera pas la Saxe d'avoir voulu mettre du mystère dans cette acquisition de fusils et de canons, puisque le transport des caisses de fusils et des canons montés sur leurs affûts s'est fait à travers l'Allemagne sans aucune espèce de déguisement. Voilà quels faits très-simples ont été dénaturés et présentés sous un faux jour. Il est également faux qu'on ait fait à Danzig des fortifications, ainsi qu'on a voulu le persuader à l'empereur Alexandre. Lorsqu'on a vu des préparatifs sur la Dvina, la création de nouveaux régiments et de nouvelles places de guerre, le mouvement des troupes de Finlande et de Sibérie s'avançant vers les frontières occi­dentales de l'empire, le retour de deux divisions qui étaient en Moldavie, cir­constance si propre à retarder votre paix avec la Porte, tous ces faits n'ont-ils pu faire penser et ne tendent-ils pas à prouver que l'empereur Alexandre lui-même n'est plus dans les sentiments de Tilsit ? La facilité avec laquelle on a accueilli à Pétersbourg des bruits sans fondement fait assez prévoir l'exagération avec laquelle quelques mouvements que l'Empereur a jugés nécessaires seront rapportés. C'est pour prévenir ces inconvénients que je me suis empressé de vous les faire connaître. L'annonce d'une escadre anglaise entrant dans la Bal­tique a fait penser à l'Empereur qu'il devait mettre Danzig en état de sûreté. En conséquence, Sa Majesté a fait demander deux régiments au duché de Var­sovie, un à la Saxe, un à la Bavière, un à la Westphalie et un au Wurtemberg. Il y a envoyé un millier de canonniers et un régiment de cavalerie française. La garnison de Danzig pourra être de cette manière portée à 15,000 hommes. L'Empereur a ordonné la réparation des fortifications de cette place et son approvisionnement pour deux ans. Ces mesures sont de précaution et purement défensives. Par ce mouvement la place de Stettin se trouvant sans garnison, Sa Majesté a ordonné au prince d'Eckmühl de la faire occuper par deux régi­ments français. Il manquait quelques approvisionnements à ce que les gens du métier avaient déterminé pour Danzig : Sa Majesté en a ordonné l'envoi. D'ailleurs aucun contingent n'a été demandé à la Confédération, aucun mouvement extraor­dinaire n'a eu lieu dans l'intérieur de l'Empire. Les camps de Boulogne, d’Utrecht et de l'Escaut qui se forment, les grandes levées de marins dont on s'occupe, toutes les dépenses que l'Empereur fait faire dans ses chantiers et qui porteront à vingt-cinq le nombre des vaisseaux lancés cette année, prouvent assez que les idées de Sa Majesté, toujours fidèle au traité de Tilsit, n'ont pour but que l'accroissement de sa marine et la poursuite de la guerre maritime. La réunion des villes hanséatiques et du pays qui les embrasse n'a pas eu d'autre objet. Les circonstances lui sont favorables : les débats de la chambre des communes en Angleterre et la triste situation du commerce de Londres annoncent assez le besoin de la paix et la lassitude de la guerre continentale qu'éprouve l'Angleterre.

Tel est le but auquel on pourra se flatter d'arriver, si l'union entre la France et la Russie est constamment maintenue, et si toutes les deux, animées des mêmes vues et du même esprit, dirigent contre l'Angleterre leurs efforts et leur puissance.


Paris, 28 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, en confirmant la disposition qui accorde dans la ligne aux officiers de ma vieille Garde le grade immé­diatement supérieur à celui qu'ils occupent dans la Garde, je vous fais connaître que mon intention n'est pas que cette prérogative s'applique aux deux régiments de lanciers, au 2e régiment de grenadiers à pied, ni à ceux des officiers des corps de la Garde, comme fusiliers, tirail­leurs, voltigeurs, etc., qui ne sont considérés et traités que sur le pied d'officiers de la ligne. Gardez seulement cette décision pour votre gouverne.


Paris, 28 mars 1811

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vois dans le compte que vous me rendez que les travaux de Paris sont retardés par la préfecture et qu'ils ne sont pas même commencés. Je ne vois rien de disposé pour paver le quai des Invalides. Faites- moi connaître ce qu'il faudrait pour cette dépense et sur quels fonds on peut la prendre.


Paris, 28 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie l'état que le ministre de l'administra­tion de la guerre me remet pour l'approvisionnement de Danzig. Je trouve que 1,100,000 francs de vins sont inutiles, à moins qu'on ne parvienne à envoyer des vins par la Baltique. Je trouve que 400,000 francs pour le foin , 300,000 francs pour le bois sont également inu­tiles. En général, je désire que vous vous fassiez rendre compte secrè­tement de la quantité de ces denrées qu'on trouverait à Danzig en cas de siège, et dont on pourrait aussitôt approvisionner la garnison. Le bois, le foin, le blé, les eaux-de-vie se trouvent ordinairement en grande quantité dans cette ville.


Paris, 29 mars 1811

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois avec surprise que le baron Durand n'était pas encore arrivé à Naples. Je ne sais ce que cela signifie.

Je vois aussi que je n'ai pas encore de réponse aux courriers qui ont porté la demande de troupes que j'ai faite à la Bavière et au Wurtemberg.


Paris, 29 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'ai pris un décret relatif aux Vélites hollandais. Ils feront partie de la Garde et seront désignés sous le nom de régiment de Pupilles de la Garde. Vous vous entendrez avec le ministre de la marine, tant pour la formation que pour le recrutement de ce régiment, qui devra être organisé le plus tôt possible.

Je porte les compagnies à 221 hommes, parce que, dans le cas où on voudrait faire marcher ce régiment, les jeunes gens au-dessous de dix-huit ans pourraient difficilement suivre; on en laisserait beau­coup en arrière; alors ce régiment se trouverait réduit à 1,500 hommes. Le conseil d'administration des grenadiers hollandais sera chargé de l'administration de ce petit régiment. Les officiers ne doivent pas faire partie de la Garde. Mon intention est de les prendre dans le cadre de ce régiment; cependant, s'il y en a de mauvais, on les ren­verra dans les régiments de la ligne, et, pour remplir les places vacantes, on prendra des jeunes gens de Fontainebleau. Les capo­raux m'ont paru bien jeunes.


Paris, 29 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez les ordres suivants pour diriger des renforts sur l'armée du Midi.

RENFORTS A TIRER DE L’ARMÉE DU CENTRE.

Donnez ordre que tout ce qu'il y a à l'armée du Centre du 51e et du 55e soit envoyé à Cordoue. Faites diriger également sur l'armée du Midi le bataillon du 9e qui est à Ségovie, ceux du 10e et du 27e léger qui sont à Madrid; enfin les 4,200 hommes et les 200 che­vaux qui appartiennent à l'armée du Midi. Cela fera donc 5,000 hom­mes de renfort que l'armée du Centre enverra à l'armée du Midi. Toutes ces troupes partiront en deux colonnes et sans délai.

RENFORTS A TIRER DE L'ARMÉE DU NORD.

Navarre. — Donnez ordre de faire partir sans délai les trois com­pagnies du 51e qui se trouvent dans le 3e régiment provisoire, les 300 hommes du 55e et les 400 du 75e qui se trouvent dans le même régiment, où ils forment le 3e bataillon; les 600 hommes du 32e et les 700 hommes du 58e qui forment les deux premiers bataillons du 1er régiment provisoire; enfin les détachements du 54e du 88e et du 34e qui se trouvent dans le 4e régiment provisoire, au 2e batail­lon, et le détachement du 28e qui fait partie du 1er bataillon du même régiment. Ces différents détachements se réuniront à Logroño.


Il en sera fait un 1er régiment de marche de l'armée du Midi, fort de 2,800 hommes. De Logroño, ce régiment de marche se dirigera sur l'Andalousie par Burgos, Valladolid et Madrid.

En conséquence, les régiments provisoires restant en Navarre seront réorganisés de la manière suivante.

Le 4e régiment provisoire sera dissous ; son 1er bataillon deviendra le 2e du 1er régiment provisoire. Le détachement de 300 hommes du 36e sera joint à ce bataillon, en remplacement du 28e, qui en est retiré.

Le 3e régiment provisoire sera également dissous; son 1er batail­lon deviendra le 1er du 1er régiment provisoire.

Le 2e régiment provisoire n'éprouvera pas de changement.

Le 1er régiment sera composé ainsi qu'il suit, savoir : 1er bataillon (1er actuel du 3e) ; détachement du 44e de ligne, 300 hommes; déta­chement du 46e de ligne, 470 hommes; total, 770 hommes ; 2e ba­taillon (le 1er actuel du 4e); détachement du 14e, 200 hommes; détachement du 25e, 480 hommes; détachement du 36e, 340 hom­mes; total, 1,029 hommes; 3e et 4e bataillons, comme ils sont.

Le colonel du 3e régiment commandera le régiment de marche de l'armée du Midi que doivent composer les différents détachements ci-dessus. Le colonel du 4e régiment marchera également avec ce régiment de marche. A leur arrivée en Andalousie, lorsque les diffé­rents détachements auront rejoint leurs régiments, ils seront à la disposition du duc de Dalmatie, qui leur donnera les premiers régiments vacants. Le corps de Navarre se trouvera donc affaibli d'envi­ron 2,800 hommes.

Biscaye. — Dans la Biscaye, donnez ordre que le bataillon de marche du Midi, fort de 600 hommes, et le bataillon du 13e, fort de 800 hommes, forment le 2e régiment de marche de l'armée du Midi. Ce régiment sera fort d'environ 1,400 hommes; il sera sous les ordres du colonel Mejean et se mettra également en marche pour Madrid. Cela fera un affaiblissement de 1,400 hommes pour le gouvernement de la Biscaye.

Province de Valladolid. — Le bataillon du 12e d'infanterie légère, fort de 800 hommes, celui du 32e, fort de 600 hommes, et celui du 58e fort de 500 hommes, formeront le 3e régiment de l'armée d'Andalousie et se mettront également en marche pour Madrid. Le 9e régiment provisoire de dragons se réunira h ces trois bataillons, et le colonel Leclerc commandera la colonne. Les hommes montés seuls suivront ce mouvement. Les dragons à pied rentreront en France. Le 6e et le 7e régiment provisoire se rendront également en Andalousie. La compagnie d'artillerie du grand-duché de Berg rentrera à Bayonne.

Ainsi donc les renforts que l'armée du Nord dirigera sur l'armée du Midi se composeront : du 1er régiment de marche du Midi, fort de 2,800 hommes; du 2e 1,400 hommes; du 3e 2,000 hommes, et des trois régiments provisoires de dragons, 1,800 hommes; total, 8,000 hommes. Ce qui, joint aux 5,000 de l'armée du Centre, for­mera un secours d'environ 13,200 hommes pour l'armée du Midi.

Donnez vos ordres de manière à ne pas être désobéi. Vous les adresserez au général Caffarelli, ou, en son absence, à celui qui commande la Biscaye, pour ce qui regarde le 2e régiment de marche. Le duc d'Istrie composera chaque colonne d'infanterie et de cavalerie, en portant chaque colonne à 2,000 hommes au moins, sans que cela soit cependant un motif de retard ; et même, si la réunion du batail­lon du 12e d'infanterie légère qui est dans les Asturies devait entraî­ner des délais, il ne faudrait pas attendre ce bataillon ; il partirait après. Il faut bien expliquer dans vos ordres qu'ils ne sont suscepti­bles ni de mais, ni de si, ni de car; que, vingt-quatre heures après leur réception, ces régiments doivent se mettre en marche; que les généraux Caffarelli et Reille doivent vous envoyer l'itinéraire de ce mouvement et le jour où ce régiment de marche doit arriver à Madrid ; qu'ils doivent également adresser cet itinéraire au duc de Dalmatie ; que les généraux auxquels vos ordres sont adressés sont responsables du moindre retard.

Quant à l'armée du Centre, vous ordonnerez également que les 5,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, de l'armée du Midi, se mettent en marche vingt-quatre heures après la réception de votre ordre. Vous ne permettrez pas de réflexions. Vous annoncerez à Madrid le passage des renforts venant de l'armée du Nord, et vous donnerez des ordres pour qu'il ne soit pas retenu un homme, ces 2,000 chevaux et ces 10,000 hommes d'infanterie devant être de la plus grande utilité à l'armée du Midi. Vous rendrez le général Belliard personnellement responsable de l'exécution de mes ordres. Je désire qu'on fasse marcher ces troupes en masse le plus possible, et qu'on leur donne une bonne direction. Vous ferez comprendre au maréchal duc d'Istrie que le parti qu'a pris le prince d'Essling de venir dans le nord rend les troupes du nord de l'Espagne beaucoup trop nombreuses; que cet affaiblissement qu'il va éprouver est sans inconvénient, puisque le prince d'Essling le couvre et qu'il n'a plus à craindre qu'une division anglaise se présente par Ciudad-Rodrigo; mais que, par suite de ce mouvement du prince d'Essling, c'est le midi qui est exposé, et que je me fie en lui pour faire marcher le plus possible d'artillerie et de cavalerie, pour donner le commande­ment de ces renforts à l'officier le plus capable, enfin pour veiller à l’ordre de leur marche, en recommandant que la cavalerie fasse avant-garde et arrière-garde pour qu'ils ne puissent pas être entamés; que ces troupes ne devront séjourner qu'un jour à Madrid. Tout ceci est si important, que je désire que vous expédiiez un de vos officiers pour porter vos ordres. Cet officier arrivera à tire-d'aile à Vitoria; là il remettra vos ordres a Caffarelli ou à celui qui le remplace, et les fera exécuter sous ses yeux; de Tolosa il expédiera un officier en ordonnance au général Reille pour lui porter les ordres qui le con­cernent, et de Vitoria il enverra par un deuxième officier un dupli­cata de ces mêmes ordres au général Reille. Votre officier continuera ensuite sa route pour le duc d'Istrie.

Vos ordres seront composés, 1° d'un ordre positif et sec, à peu près en ces termes : L'Empereur ordonne, etc. ; 2e d'une lettre contenant vos instructions. Mettez dans l'ordre : « sous peine de désobéissance.»

De Valladolid votre officier se rendra à Madrid. Il y remettra égale­ment votre ordre sec, accompagné de vos instructions. Il verra les troupes commencer leur mouvement et continuera pour se rendre à Séville, auprès du duc de Dalmatie ou de celui qui commande en son absence. Il sera nécessaire que cet officier laisse un double de tous ses ordres à Bayonne, et vingt-quatre heures après son passage le général qui commande à Bayonne expédiera par un de ses officiers les duplicata adressés au général Caffarelli, au duc d'Istrie, au géné­ral Belliard et au duc de Dalmatie, et, par un autre officier, qui se dirigera directement sur Pampelune, les ordres adressés au général Reille, afin que, si votre officier était intercepté, les ordres n'en par­viennent pas moins par duplicata à leur destination.

RENFORTS A TIRER DE L'ARMÉE D'ARAGON.

Donnez des ordres positifs au général Suchet pour qu'il renvoie le régiment des lanciers polonais, ce qu'il a du 64e régiment, et enfin tout ce qu'il a des autres régiments du 5e corps. Il formera de ces troupes une colonne qu'il dirigera sur l'Andalousie par le chemin le plus sûr.


Paris, 29 mars 1811


A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j'ai reçu votre lettre du 23 mars. J'accepte la brigade que vous m'offrez. Je préfère quatre bataillons de ceux déjà levés, à donner des inquiétudes en levant de nouveaux bataillons.


Paris, nuit du 29 au 30 mars 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Le major général fera prendre demain 200 exemplaires du Moniteur et les expédiera avant dix heures du soir par une estafette extraordinaire, en donnant ordre que de Bayonne ils soient transmis en Espagne, également par une estafette extraordinaire. Le prince de Neuchâtel adressera 50 exemplaires du Moniteur au commandant de Bayonne, qui en remettra 25 à Casablanca à son passage et en en­verra au général Reille en Navarre. Le prince de Neuchâtel adressera les 150 exemplaires restants au duc d'Istrie, qui les fera passer à Madrid, à l'armée de Portugal, et les répandra dans toute l'Espagne.

Le prince de Neuchâtel écrira par cette estafette, et en duplicata par l'officier qu'il doit faire partir demain, au duc de Dalmatie, pour lui faire connaître ma satisfaction de la prise de Badajoz ; mais il lui écrira aussi que j'ai vu avec peine les événements arrivés au 1er corps devant Cadix; que je ne puis approuver les dispositions qu'il avait faites de ce côté; que cet événement n'aurait pas eu lieu et que le siège de Cadix n'aurait pas couru les chances qu'il vient de courir, si, en partant pour l'Estrémadure, le duc de Dalmatie avait mis la division Godinot et le corps du général Sébastiani sous les ordres du maréchal duc de Bellune; que par ce moyen six régiments français et trois polonais, c'est-à-dire près de 20,000 hommes, se seraient trou­vés de plus sous ses ordres, et, lorsqu'il s'est vu menacer par le débarquement d'Algerisas, en rappelant à lui 8,000 hommes du corps Sébastiani et une brigade du général Godinot, il aurait eu trois fois plus de forces qu'il n'en aurait fallu ; que les deux seuls points vraiment à garder pendant l'expédition d'Estrémadure étaient Séville et Cadix; qu'il fallait centraliser tous les hôpitaux dans Séville; que, d'ailleurs, le tiers du 4e corps était plus que suffisant pour tenir en respect les mauvaises troupes de Murcie et contenir en gros tout ce pays.

Le duc de Dalmatie a 60,000 hommes sous ses ordres; il pouvait en laisser 30,000 sous les ordres du duc de Bellune et avoir plus de forces qu'il n'en a eu devant Badajoz. Cette manière de vouloir garder tous les points dans un moment difficile expose à de grands malheurs.

L'Empereur est mécontent de ce que, tandis que le siège de Cadix courait le risque d'être levé, le 12e, le 32e, le 58e et le 43e, formant une division de plus de 8,000 hommes, se trouvaient disséminés dans des points alors insignifiants. Les six bataillons polonais et la cava­lerie légère de Perreymond étaient plus que suffisants pour rester en observation de ce coté, et par conséquent les quatre régiments français et la division de cavalerie du comte Milhaud pouvaient être disponibles pour soutenir le siège de Cadix. D'un autre côté, les deux régiments du général Godinot, formant six bataillons, ne faisaient rien et étaient inutiles dans leurs cantonnements.

La disposition des troupes est le premier mérite d'un général, et Sa Majesté voit avec peine qu'ici les dispositions convenables n'aient pas été faites.

Sa Majesté entend que tous les hôpitaux soient réunis à Saille, de manière que, en occupant le pays pour en recueillir les subsistances et les ressources, on puisse cependant, en cas d'événement, centraliser les forces et n'avoir à garder que quelques citadelles.

Sa Majesté n'approuve pas davantage le parti qui a été pris de garder Olivenza. Il faut faire sauter cette place et en détruire les fortifications.

Quant à Badajoz, tout dépend de la possibilité de l'approvisionner. Si on peut l'approvisionner promptement pour six mois, il faut garder cette place; sinon, il ne faut garder que la citadelle et faire sauter les fortifications de la ville.

L'Empereur a ordonné que tout ce qui appartient aux 51e et 55e régiments, et qui se trouve en ce moment à l'armée du Centre, se mette en marche sur-le-champ pour l'Andalousie. L'Empereur a ordonné la même chose pour les 5,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, appartenant à l'armée du Midi et qui se trouvent à l'armée du Centre. Il faut transmettre ces ordres de Sa Majesté d'une manière si positive, que cela soit sur-le-champ exécuté; en même temps donner ordre au duc d'Istrie d'envoyer au duc de Dalmatie 8,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie, qui appartiennent également à l'armée du Midi et qui se trouvent en ce moment sous son commandement.


Ces renforts répareront toutes les pertes et remettront l'armée du Midi dans une situation convenable.

Indépendamment de ce, d'ici à quinze jours un autre corps de 6,000 hommes appartenant à l'armée du Midi s'y rendra également.

Ces dispositions faites, il faut que le duc de Dalmatie se mette en état de se défendre contre une attaque de l’armée de Portugal, et, lorsqu'il en sera temps, de marcher sur Lisbonne avec 30,000 hommes pendant que le prince d'Essling marchera de son côté sur Lisbonne avec 60,000 hommes. Mais cette opération offensive est ajournée jusqu'à ce que le nord du Portugal soit organisé.

Le quartier général de l'armée de Portugal reste à Coimbra. Porto est occupé par un détachement. Cette armée est forte de 70,000 hom­mes sous les armes. Elle a ordre de donner bataille à lord Welling­ton s'il veut s'avancer sur Coimbra, de le harceler et de le menacer sans cesse sur Lisbonne, pour l'empêcher de faire de gros détache­ments contre l'Andalousie. Lord Wellington n'a que 32,000 Anglais sous ses ordres; il ne peut donc en envoyer en détachements que 8 à 9,000, avec 5 à 6,000 Portugais.

Il faudrait toujours tenir à Badajoz la valeur de 15,000 hommes, cavalerie, infanterie, artillerie, en bon état et des meilleurs régi­ments; de sorte qu'au moindre mouvement des Anglais de ce côté le duc de Dalmatie, s'y portant avec 8 à 10,000 hommes, put réunir en Estrémadure 25 à 30,000 hommes. Dans ce cas extraordinaire, un corps d'observation seul resterait du côté de Grenade, et il serait sous les ordres du duc de Bellune.

Le duc de Dalmatie doit correspondre par Madrid avec le prince d'Essling et avec l'armée du Centre.

Le Roi doit toujours tenir un corps de 6,000 hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, entre le Tage et Badajoz, prêt à se réunir au corps du duc de Dalmatie, s'il fallait s'opposer à une opération anglaise sur l'Andalousie.

Mais, pour arriver à ce résultat, il faut que le pays soit entièrement débarrassé, que les hôpitaux soient réunis dans Séville, et que Cadix, Séville et Badajoz soient les seuls points à garder, en tenant un corps d'observation à Grenade; dans ce cas, le maréchal duc de Bellune aurait le commandement des troupes qui resteraient à Séville, de celles qui continueraient le siège de Cadix et du corps d'observa­tion du côté de Grenade, tandis que le duc de Dalmatie commande­rait le corps opposé aux Anglais. Le duc de Dalmatie aurait en outre sous ses ordres la division de l'armée du Centre, et pourrait ainsi réunir facilement 30 à 35,000 hommes.


Le siège de Cadix peut se pousser avec la plus grande activité; on peut y mettre le nombre d'hommes nécessaire en les distribuant mieux. Il faut remplacer le 51e et le 55e par les régiments qui ont le plus souffert à Cadix. Il faut même changer quelques régiments fran­çais du corps de Sébastiani.

Enfin le duc de Dalmatie est en situation de résister à 30,000 An­glais, dans l'hypothèse que lord Wellington marcherait sur lui avec toute son armée; le duc de Dalmatie aurait avec lui la division de l'armée du Centre et pourrait opposer plus de 35,000 hommes. Mais cette supposition ne peut pas se réaliser, puisque alors le prince d'Essling marcherait sur Lisbonne et que les Anglais se trouveraient placés entre deux feux et coupés.

Le prince d'Essling tiendra à Coimbra, menaçant Lisbonne, qui sera attaquée après la récolte par 70,000 hommes de l'armée de Portugal et par les troupes qu'il sera possible de tirer de l'Andalousie, suivant les circonstances, pour opérer sur Badajoz et sur le Tage. Ces 100,000 hommes, appuyés sur Coimbra et sur Badajoz, vien­draient à bout de faire la conquête du Portugal, et dans cette con­quête entraîneraient les Anglais dans des événements qui seraient du plus grand intérêt.

A cette dépêche le prince de Neuchâtel joindra l'état des détache­ments qui reçoivent l'ordre de rejoindre l'armée du Midi.

Dans deux jours, le triplicata de cet ordre sera porté par un offi­cier du prince de Neuchâtel.

Le prince de Neuchâtel enverra le général Monthion s'établir, comme bureau d'état-major, à Bayonne. Le général Monthion com­mandera le département et les différents dépôts. Le général Boivin retournera à Bordeaux.

Le général Monthion montera une police pour avoir connaissance des officiers qui passeront, et, lorsqu'ils apporteront des nouvelles intéressantes, il fera parvenir ces nouvelles par une estafette extraor­dinaire, de manière qu'elles devancent de vingt-quatre heures, s'il est possible, l'officier qui les apporte.

Le général Monthion aura le détail de tout ce qui est relatif an départ des trésors et des convois. Il fera partir toutes les estafettes extraordinaires qu'il voudra; le prince de Neuchâtel en préviendra le comte de Lavallette. Je n'ai voulu diminuer que les estafettes qui voyageaient en Espagne, parce que leur fréquence fatiguait trop les escortes; mais de Bayonne à Paris il n'y a pas les mêmes raisons.

Le général Monthion se mettra en correspondance réglée avec les généraux Caffarelli, Thouvenot, Reille et avec le maréchal duc d'Istrie.


Le major général fera une dépêche au roi d'Espagne pour lui faire connaître la situation des armées du Midi et du Portugal et celle que je leur ordonne de prendre. Il le préviendra que l'armée du Centre doit, si les Anglais se portent sur Badajoz, porter une division sur Badajoz et même sur Cordoue pour soutenir l'armée du Midi, si celle-ci était attaquée par l'armée de Wellington.

Le prince de Neuchâtel fera connaître au Roi ce qu'on a envoyé de fonds pour l'armée du Centre et ce qu'on lui envoie encore.

Le prince de Neuchâtel écrira au général Sébastiani que je suis mécontent de ce qu'il garde 16,000 hommes de mes meilleures troupes à ne rien faire; que l'événement de Cadix est de sa faute, qu'il était armée d'observation et que c'était à lui à garantir l'armée assiégeante.

Le prince de Neuchâtel me remettra le plus tôt possible la note de toutes les récompenses que demande le duc de Dalmatie, qui sont justes, afin qu'on puisse les expédier d'ici à peu de jours ; en atten­dant, lui écrire qu'il va les recevoir.

Le prince de Neuchâtel annoncera au duc de Dalmatie que plu­sieurs colonels en second vont lui arriver avec les régiments de mar­che, qu'il pourra leur donner les régiments vacants.

Le prince de Neuchâtel fera comprendre au duc de Dalmatie que le 1er régiment d'artillerie à pied a une compagnie de 80 hommes à Cordoue, et que beaucoup d'autres troupes d'artillerie sont ainsi éparpillées; qu'il peut les réunir pour les envoyer à Cadix.

Le prince de Neuchâtel donnera ordre au 26e de chasseurs de se rendre tout entier à l'armée du Midi. Cet ordre sera en termes précis, et il sera recommandé au duc de Dalmatie d'envoyer ce régiment du côté de Badajoz pour augmenter la cavalerie contre les Anglais.

Le prince de Neuchâtel donnera ordre à la 8e compagnie, qui est à Guadalajara, à la 7e compagnie du 3e régiment d'artillerie, qui est à Ségovie, à la compagnie du 69 régiment, qui est à Madrid, à la 2e compagnie du 2e bataillon de mineurs, qui est à Madrid, à la 3e compagnie du train du génie, qui a 70 soldats et 63 chevaux à Madrid, de se rendre en Andalousie pour renforcer l'armée du Midi.

Le prince de Neuchâtel me fera connaître s'il y a quelques com­pagnies d'artillerie à Rayonne que Ton puisse encore envoyer en Andalousie.


Paris, 30 mars 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire, dans le courant de mai, faire camper les trois batail­lons du 2e, du 37e et du 124e de ligne entre Groningen et Emden. Il faut choisir à cet effet un emplacement sain et qui ne soit pas à plus d'une journée de la côte. Les neuf compagnies de voltigeurs avec les escadrons du 23e de chasseurs formeront trois colonnes mobiles. Chaque colonne sera composée de 300 hommes d'infanterie et d'une compagnie de cavalerie; elle sera commandée par un chef de bataillon. Ces colonnes seront placées sur la côte de la Hollande ou dans la 31e division militaire. Elles devront communiquer entre elles et surveiller la côte de concert avec les brigades de douaniers, de manière à empêcher toute communication de la part de l'ennemi, il y aura à chacune de ces colonnes deux pièces de campagne servies par l’artillerie des régiments. Le camp sera commandé par un général de brigade; ce sera neuf bataillons qui pourront se livrer aux grandes manœuvres et faire des progrès.

Pour la même époque je désire établir un autre camp près d'Utrecht. Il serait composé des trois bataillons du 18e, trois bataillons du 93e, trois bataillons du 56e, trois bataillons du 125e, trois du 126e; total, quinze bataillons. Ce camp serait commandé par un général de division et trois généraux de brigade. On aura soin de choisir un em­placement sain et convenable. Les compagnies de voltigeurs seront détachées; ce qui fera 15 compagnies dont on formera aussi des colonnes mobiles; on les fera camper en les plaçant le long de la côte de la 17e division militaire. Chaque colonne aura deux pièces de campagne servies par l'artillerie des régiments. Vous prendrez des renseignements sur les localités et vous me présenterez un plan indi­quant remplacement des camps et les différentes directions que pourront suivre les colonnes mobiles.

Je veux en Hollande vingt-quatre bataillons campés au bon air, qui se maintiendront dans un bon esprit militaire et s'exerceront aux grandes manœuvres. J'aurai autant de compagnies de voltigeurs, commandées par des officiers de choix, qui seront chargées de la défense de la côte, qui feront mieux le service que les régiments et dont je serai plus sûr. Le duc de Reggio sera chargé du commande­ment de ces doux camps; il ira y passer un mois et s'assurera de l'instruction dos troupes.

Les îles de Walcheren, Schouwen et Goeree seront gardées parle les régiments de Walcheren. Les 4e bataillons des 124e, 125e, 126e de ligne et du 33e léger seront placés dans les points les plus importants. Pour faire le service dans les villes, il suffira de la gendar­merie et de la garde nationale.

Le camp de Boulogne sera formé des 19e, 72e, 46e, 4e et 123e, de deux bataillons du 44e, un bataillon du 51e, un bataillon du 55e et un bataillon du 36e, en tout vingt et un bataillons, qui seront réunis à la fin de mai. A mesure que les hommes seront habillés aux dépôts, ils se rendront à leur corps. Ces troupes seront exercées aux grandes manœuvres. Pour surveiller la côte depuis Blankenberghe jusqu'au Havre, il sera formé des colonnes mobiles composées des compagnies de voltigeurs de différents régiments et d'une compagnie du 11e de hussards.

Vous me ferez connaître remplacement de ces colonnes, qui devront être réparties pour la défense de la côte ainsi que je l'ai fait entre la Loire et la Charente. Les deux compagnies du 5e et du 13e formeront une colonne qui couvrira depuis Honfleur jusqu'à Cherbourg.

Les trois compagnies du 10e, du 3e et du 105e de ligne, et une compagnie des 47e, 86e, 13e et 70e, formeront quatre colonnes mo­biles pour les côtes de Bretagne, avec des détachements de cavalerie. Dans la Méditerranée, les compagnies de voltigeurs qui sont à Toulon formeront des colonnes mobiles depuis la frontière de l'Espagne jus­qu'à Gènes, celles de Gènes jusqu'à la Toscane, et celles de la Tos­cane jusqu'à Rome.

Vous me ferez un plan détaillé de tout ce système de défense, de manière que les côtes soient bien gardées ; vous renforcerez l'artillerie partout où il sera nécessaire; en un mot, vous pren­drez pour modèle ce que j'ai fait entre la Loire et la Charente. Faites faire des croquis de toutes les côtes et disposez l'organisa­tion des colonnes mobiles; vous m'en présenterez les projets, que je rectifierai.

Il faut que sur mes côtes les ordonnances de cavalerie se croisent, et que dans les points les plus importants on puisse faire mar­cher des renforts, si les circonstances l'exigeaient. Le commande­ment des colonnes sera donné à des colonels, des adjudants com­mandants ou à des chefs d'escadron. Ils auront sous leurs ordres les garde-côtes et les douaniers qui se trouveront dans leur arrondissement. Il faut aussi qu'il y ait pour chaque colonne mobile un officier d'artillerie chargé d'exercer les canonniers au tir des boulets rouges et aux différentes manœuvres du canon.


Les trois compagnies de voltigeurs du 24e léger pourront être dis­ponibles pour les côtes de la Normandie.


Paris, 30 mars 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 mars. L'équipage de pont se fait à Danzig ; tous les matériaux en sont réunis, et on pourrait en six semaines avoir deux cents bateaux. D'ailleurs, comme mon intention est d'attacher un bataillon de mille ouvriers de marine à l'armée d'Allemagne, et que ce bataillon aura des calfats et tout ce qui lui sera nécessaire, ces bateaux pourront être disposés partout.

Je ne peux pas vous accorder plus de deux bataillons du train, ni avoir égard à vos observations sur ce point. Je n'ai que huit batail­lons en France, y compris les quatre qui sont en Allemagne; je ne compte pas ceux qui sont en Italie : or, à deux bataillons du train par armée, ce sera six pour trois corps d'armée ; il restera donc deux bataillons pour le parc général. Ainsi il faut suivre l'organisation que j'ai ordonnée et compléter deux bataillons du train à 3,000 chevaux.

Les approvisionnements d'artillerie doivent toujours se diviser en deux parties, approvisionnements attelés et approvisionnements non attelés. Si vous opérez, par exemple, sur la frontière de Pologne, vous aurez à Danzig une quantité immense de munitions, et, à mesure que vous avancerez, vous en ferez des dépôts intermédiaires. D'ailleurs, le parc général aurait aussi quelques approvisionnements attelés à vous donner.

Ne réformez pas légèrement les chevaux. Quant à l'observation que vous faites sur les compagnies d'artillerie, on prendra des mesures pour compléter ces compagnies.


Paris, 31 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je réponds à votre rapport du 13 mars. L'expédition de Barcelone, escortée par des frégates, ne me parait plus faisable avant octobre, puisque évidemment je compromettrais frégates et blés.  Je désire donc que vous envoyiez 6,000 quintaux de blé, poids de marc; ce qui, avec les 4,000 déjà envoyés, fera 10,000 quintaux. Vous les ferez verser dans les magasins du conseiller d'État Maret, lequel fera sur-le-champ vendre ces blés au peuple. L'argent provenant de la vente sera au compte de l'administration des vivres, qui, sur ce pro­duit, vous remboursera du prix que ces blés vous ont coûté rendus à Toulon, et des frais de transport, comme c'est l'usage dans le com­merce; à moins que le conseiller d'État Maret ne préfère compter avec vous de clerc à maître et vous rendre tout ce qu'il aura retiré de ce blé.

Je désire approvisionner mon escadre de Toulon, mais je voudrais avoir un rapport là-dessus. Je ne puis avoir besoin de l'escadre avant octobre, et, puisqu'on a commis la faute énorme de la laisser sans biscuit et sans vivres, je voudrais connaître ce qu'il m'en coûterait de rapprovisionner en vivres de campagne pour six mois, s'il ne serait pas préférable d'attendre la récolte, et, en supposant qu'elle fût bonne et fit baisser le prix au taux de l'an passé, ce que j'économise­rais. Mais il faudrait que toutes les mesures fussent prises pour qu'au mois d'octobre l'expédition, escortée par des frégates, pût partir pour Barcelone.


1 – 15 mars 1811