16 – 30 novembre 1811


Saint-Cloud, 16 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris


Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie des notes sur la flottille de Boulogne, qui vous feront parfaitement connaître dans quel esprit je la considère. La flottille de Boulogne sera toujours un des plus puissants moyens d'influer sur l'Angleterre; et toutes les fois que nos escadres commenceront à remuer et que l’on doublera ou triplera la flottille, que l’on requerra les pêcheurs et les matelots de la côte, qu'on embarquera sur la flottille de l'artillerie et du matériel, l'An­gleterre s'attendra à une combinaison qui amène des escadres devant Boulogne, et dès lors elle sera obligée de tenir en réserve une grande partie de ses vaisseaux dans la Tamise et aux Dunes, et un corps de troupes assez considérable pour couvrir Londres et ses chantiers. Je pense donc que 4 ou 500 bâtiments de la flottille seront toujours nécessaires à avoir à Boulogne, afin de pouvoir transporter une qua­rantaine de mille bommes et plusieurs mille chevaux sur l'autre rive; qu'on peut diminuer à volonté l'artillerie et le matériel, afin de sou­lager les bâtiments et de donner plus de place pour les transports; enfin que l'on peut se servir indifféremment de tous les bâtiments qu'on a; que la dépense consistera donc dans l'entretien des 500 bâ­timents. Faites-moi connaître la situation de la flottille telle que je l'ai ordonnée, ce qui depuis en a été soustrait, ce qui reste en maté­riel et en personnel, afin de régler définitivement l'organisation de tout ce qui est nécessaire à la flottille.


Saint-Cloud, 18 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez des lettres du roi de Naples; vous y répondrez. Aussitôt qu'on saura la quantité de mortiers qui lui est nécessaire, on la tiendra à sa disposition à Toulon; il sera nécessaire qu'il en­voie des bâtiments les chercher. Il faut qu'il fasse connaître la distance d'où l’on doit tirer ces mortiers, afin qu'on lui en envoie qui aient les qualités requises. Ayant ordonné l’établissement d'un camp à Scilla, mon intention était que ce camp fût permanent comme ceux de Boulogne, du Texel; c'était le moyen d'avoir des troupes bien disciplinées, et d'être constamment prêt pour l'expédition de Sicile sans que l'ennemi pût en préjuger l'époque déterminée; mais le Roi ayant jugé à propos, quoique commandant mon armée, de lever le camp et de retourner à Naples, il a par là fait manquer mes projets, et a rendu belle la position des Anglais en Sicile, de mau­vaise qu'elle allait devenir. Il est de la première importance d'avoir une place forte à l'extrémité de la botte, où une garnison de 2 ou 3,000 hommes puisse tenir six semaines de tranchée ouverte et donner le temps de venir à leur secours. Dans cette place, des appro­visionnements de campagne, de siège et de fortes batteries pour intercepter le détroit, devront exister. Cette place devait se construire depuis trois ans; mais à Naples on n'a rien fait, parce que le royaume est gouverné sans plan. En conséquence, ce qui est de première nécessité, c'est d'avoir un point fort sur le continent, vis-à-vis la Sicile, qui assure les communications de l'armée en Sicile; c'est la première chose à faire. Je désire avoir le plan du local de la place à laquelle on travaille, et connaître le temps où elle pourra être finie. Quant à une expédition en Sicile, il ne faut point la considérer comme une expédition d'un mois ou deux ; elle doit être considérée comme une guerre permanente et qu'il faut établir solidement. En attendant, il faut qu'un camp de 10 ou 12,000 hommes soit placé dans les environs de la Sicile; il servira également à accélérer les travaux de la place forte. Une flottille de guerre doit y être réunie. Lorsque ces opérations préliminaires seront faites, le mouvement des escadres de Toulon, du Texel, de l'Escaut, avec des troupes que je fais partir directement de France, fera le reste. Mais une expédition de Sicile devant une armée anglaise qui est maîtresse de la mer ne peut être combinée et suivie pour être mise à fin qu'avec secret et avec activité ; le rôle qu'a à jouer le roi de Naples est de réunir 10 ou 12,000 hommes et une flottille du côté du détroit, et d'éta­blir une place qui puisse soutenir deux mois de tranchée ouverte, avec de formidables batteries au point vis-à-vis le détroit.

Si les frégates anglaises se sont approchées des côtes, c'est que les batteries sont mal armées ou mal disposées ; il faut qu'elles soient armées avec du canon d'un calibre supérieur.

Effectivement, il paraît qu'une vive dissension a lieu en Sicile. La mesure qu'a prise le Roi, d'avoir levé le camp de Scilla sans mon ordre, ayant dérangé mes dispositions et fait manquer cette occasion d'en profiter, il faut prendre des mesures pour y remédier le plus tôt possible, en commençant un plan d'opération qui puisse avoir ces résultats.       


Saint-Cloud,18 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le brigandage s'accroît dans les environs de Rome. Formez autant de colonnes mobiles qu'il est nécessaire, composées d'Italiens et de Français, avec des détachements de cavalerie; mettez à la tête de ces colonnes des officiers actifs et intelligents, et faites-les marcher sur les États romains; elles se combineront avec celle que forme le général Miollis, pour faire cesser ce brigandage. Occupez-vous de cela avec activité. La grande-duchesse enverra également de Toscane quelques colonnes mobiles.


Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un officier au maréchal Suchet : faites-lui connaître le mouvement du général Reille, qui doit marcher en Aragon pour le soutenir. Faites-lui savoir que, le jour même où il croyait Mina réuni à l'Empecinado pour secourir Blake, ce Mina était du côté de Mondragon, vivement poursuivi par le général Bourke. Dites-lui que nous avons des nouvelles de Gibraltar du 25 octobre ; que les troupes de l'armée du Midi ont enlevé le camp de Saint-Roch et Algésiras ; que Ballesteros est cerné sous Gibraltar; que le général Decaen est parti pour secourir Barcelone et fera tout ce qu'il sera possible ; que le Roi mande que, dès le ler novembre, il a fait occuper Cuenca en grande force pour le soutenir, et que le duc de Raguse a ordre d'envoyer sur ce point une division. Annon­cez-lui que les Anglais ont 18,000 malades en Portugal et sont hors d'état de rien entreprendre ; que le duc de Dalmatie a ordre d'envoyer une colonne sur Murcie pour faire une diversion; qu'ainsi donc il faut attaquer vigoureusement Valence et s'en emparer.

Renvoyez au duc de Raguse son aide de camp; faites-lui connaître que la grande affaire du moment est la prise de Valence. Annoncez-lui les avantages que vient de remporter le maréchal Suchet. Envoyez-lui le Moniteur (depuis un mois), il y verra que les Anglais ont 18,000 ma­lades et paraissent décidés à rester sur la défensive. Il est indispen­sable, si Valence n'est pas prise, qu'il fasse un détachement de 6,000 hommes qui puisse se réunir avec ce que l'armée du Centre aura de disponible et marcher au secours du maréchal Suchet. Aussitôt Valence prise, bien des troupes seront disponibles ; il se trou­vera considérablement renforcé; alors commenceront les grandes opérations de son armée. A cette époque, c'est-à-dire vers la fin de janvier, après la saison des pluies, il devra se porter, avec l'armée de Portugal et partie de celle du Midi, sur Elvas, et inonder l’Alentejo, tandis que l'armée du Nord, renforcée d'une partie de l'armée de réserve, se portera sur la Cou et Alfayates. Mais l'important, dans ce moment, est la prise de Valence; il faut donc qu'il mette aussitôt une division en mouvement.

Écrivez au Roi dans ce sens. Je suppose qu'il aura envoyé ce qu'il a de disponible pour communiquer avec le maréchal Suchet et le soutenir; dites-lui que, si Valence n'est pas prise, je donne ordre au duc de Raguse d'envoyer une division qui se joindra à ses troupes, de manière à former un bon corps de 10 à 12,000 hommes pour marcher au secours du maréchal Suchet. Envoyez le Moniteur d'un mois au Roi, au maréchal Suchet, aux généraux Reille, Caffarelli et Dorsenne.

Écrivez au général Reille que j'espère qu'il aura reçu les nouvelles du maréchal Suchet du 6 ; qu'il est nécessaire de l'appuyer en envoyant aussitôt la division Severoli, et en marchant lui-même en Aragon avec toute sa division, pour appuyer le maréchal. Dites-lui que le général Decaen marche sur Barcelone. Donnez l'ordre au géné­ral Caffarelli de se porter avec sa division contre Mina, de le pour­suivre partout jusqu'à sa destruction, de prendre le commandement de la Navarre et d'appuyer le général Reille en Aragon. Le général Dorsenne est assez fort; écrivez-lui que la grande affaire est de prendre Valence.


Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin, les dernières lettres du général Monthion que vous m'avez remises sont du 29 octobre; voilà donc vingt jours. Il est étonnant qu'il n'envoie pas plus souvent ses rapports. Je n'ai de même rien, à la date de vingt jours, des généraux Caffarelli et Reille; cette négligence est trop forte; il faut que les généraux Monthion , Thouvenot, Reille, Caffarelli et Dorsenne vous rendent compte tous les jours et que votre correspondance soit mieux alimentée. Remettez-moi les derniers états de situation du Nord ; que je sache le nombre des malades qui sont en Biscaye. Remettez-moi aussi l’état des ordres que vous avez donnés pour les bataillons de marche et ceux que vous avez envoyés au général Monthion pour les mouvements de ces bataillons.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, communiquez au ministre de Dane­mark les nouvelles d'Angleterre; dites-lui que les marchandises an­glaises ont augmenté de 50 pour 100 à Helgoland, et qu'elles sont versées dans le Holstein. Écrivez à mon ministre à Copenhague et au prince d'Eckmühl pour que des instances soient faites et des mesures prises pour empêcher cette contrebande. Vous raisonnerez avec le ministre de Danemark; vous lui rappellerez ce que j'ai déjà fait une fois pour le Holstein, et vous lui ferez comprendre qu'il y aurait de l'ingratitude à laisser faire de nouveau la contrebande dans ce pays.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, à Paris

On demande à Lyon, 1° pourquoi on ne prend pas sur la rive droite de la Saône les matériaux pour combler Perrache; on assure qu'on épargnerait beaucoup de dépenses, et que cela servirait pour la route de l'Ardèche;

2° Quels sont les moyens de faire disparaître les ruines sur les quais de Pierre-Encise ;

3° Quand sera établi le dépôt de mendicité. On désigne un empla­cement nommé Pierre-Bénite, sur le Rhône, comme très convenable pour cet établissement.

Pourquoi les habitants de Lyon n'envoient-ils pas leurs enfants aux lycées, et pourquoi les envoient-ils à Largentière et à Tournon ? Il y a des difficultés, dans ces lycées, qu'il faut que le grand maître lève.

Le dépôt de mendicité de Florence ne sera prêt que dans un an et ne pourra recevoir que 800 mendiants. On se plaint que les bâ­tisses sont mal faites et qu'une partie s'est déjà écroulée. Deux mé­moires ont été envoyés sur cela au ministère : faites-m'en le rapport. La municipalité de Florence, étant riche, doit y pourvoir.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor publique, à Paris

Je vous prie de prendre très secrètement quelques informations, et de voir si vous ne pourriez pas me suggérer quelques idées pour donner à l'administration des jeux une règle fixe.

L'administration des jeux de Paris, à ce qu'il paraît, emploie un fonds de banquiers de 11 à 1200,000 francs. Indépendamment des 3 ou 4 millions qu'elle verse dans la caisse de la police et de dépen­ses de toute espèce, cette administration fait un profit que l'on évalue de 100 à 150 pour 100, de sorte que cette maison retire 2 à 3 mil­lions de la mise d'un capital de 1,200,000 francs. On calcule, je crois, que les jeux rendent brut aux banquiers 7 à 8 millions. Il me paraît extrêmement absurde de laisser à une maison qui a fait une immense fortune une gratification annuelle de 1,800,000 francs. Il y a eu un temps où la somme de 1,200,000 francs qu'il faut tous les jours a pu être un objet.

Il faudrait donc s'informer du mécanisme de cette machine-là, et voir si l'on ne pourrait pas faire exploiter cela par une compagnie, soit au profit des hôpitaux, soit à celui de l'approvisionnement de réserve en blé de la ville de Paris.

Un nommé Davelouis s'est beaucoup occupé de ces matières; il est bon à écouter, sans croire à toutes ses assertions. Il peut indiquer des hommes versés dans cette partie. Il faut mettre à cela du secret et une sorte d'habileté, parce que la police est fort à l'affût, consi­dérant les jeux comme une ferme que beaucoup d'agents du ministre veulent exploiter à leur profit.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Vous m'avez manqué essentiellement en faisant poursuivre un in­dividu par la seule raison qu'il m'avait adressé des réclamations contre vous ; ce qui est d'autant plus injuste qu'il m'a appris des choses que je ne savais pas et que je ne devais pas ignorer. Faites-lui connaître qu'il ait à rentrer chez lui et à n'avoir rien à craindre. Prenant, dès ce moment, cet individu sous ma protection spéciale, j'entends qu'il ne soit pris aucune mesure contre lui sans mon auto­risation spéciale. J'espère que vous ne retomberez plus dans un pareil manquement. Tous les citoyens français ont le droit de réclamer à moi contre qui que ce soit; et aucun ne doit être arrêté, lorsque c'est par l'ordre du ministère, qu'après qu'il m'en a été rendu compte et que j'ai donné mon approbation.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites voir au comité des fortifications si, en m'emparant de toutes les Iles qui bordent la rade du Morbihan, et en y plaçant des pièces de 36 sous l'angle de 40 degrés, et des mortiers à la Villantroys, je ne parviendrais pas à croiser les mobiles de manière que l'ennemi ne puisse pas y mouiller, ou y mouiller sans sécurité, et reconquérir cette rade. Le mouillage de l'ennemi dans ces parages a bien des in­convénients, puisqu'il intercepte notre cabotage de la Bretagne. Le régiment de Belle-Île me servirait merveilleusement pour cet objet.


Saint –Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J'éprouve une vive satisfaction du résultat des épreuves faites à la Fère. Je vois que les mortiers à la Villantroys de 9 pouces, avec 30 livres de poudre, ont été à 2,650 toises, et que le mortier de 11 pouces, avec 45 livres de poudre, a été à 2,980 toises, c'est-à-dire à près de 3,000 toises : c'est un prodigieux résultat. Il faut con­tinuer ces épreuves avec la plus grande activité. Je ne sais pas ce que le temps a de commun avec des épreuves d'une pareille importance. Les épreuves doivent avoir pour but, 1° de charger les bombes, 2°de déterminer la longueur de la fusée, et enfin de pousser jusqu'au bout cette découverte.

Je désire donc que vous donniez des ordres à la Fère pour continuer les expériences, et que vous nommiez une commission d'offi­ciers d'artillerie pour y présider. Je ne m'oppose pas à ce que vous fassiez faire des modèles de 10 pouces et de 12 pouces pour les com­parer avec ceux-ci; mais je ne pense pas que l'on doive, sans épreu­ves, compromettre la grande portée qu'on a obtenue.

Je pense qu'il faut faire des essais en grand, afin de trouver la possibilité d'arriver à 3,500 toises. Les Anglais avaient le projet de passer cet hiver dans la rade d'Hyères; les obus jetés sous l'angle de 40 degrés, avec des pièces de 36 et les mortiers à plaque, leur ont fait abandonner ce projet. Je désire avoir de ces mortiers à la Villantroys de 11 pouces jusqu'à dix, pour en placer aux différentes batte­ries des îles d'Hyères et sur le continent. Je pense également qu'il faut en faire couler en fer, aux fonderies de l'Isère; mais je pense qu'il faut attendre deux ou trois mois, jusqu'à ce que de nouvelles expériences aient appris le parti qu'on peut tirer de cette découverte si importante.

J'aurais besoin de placer de ces mortiers à la batterie de la Perrotine, dans la rade des Saumonards. J'en aurais besoin à la batterie de l’île Madame, afin que tous les points de la rade des Trousses, où des vaisseaux ennemis peuvent mouiller, fussent battus par ces mortiers. J'en aurais besoin dans la rade du Morbihan, que, vu cette nouvelle invention, je projette d'occuper, et dont je veux interdire le mouillage à l'ennemi. Ces trois points sont les plus importants. Il sera nécessaire que la marine en fasse faire qui seront placés sur des bombardes, pour empêcher l'ennemi de mouiller dans la rade des Basques, et même pour la rade d'Hyères. Vous témoignerez ma sa­tisfaction au colonel Villantroys, et vous me proposerez une récom­pense pour cet officier. Comme je regarde chaque centaine de toises comme un avantage très grand, ayez soin que les épreuves soient couvertes du plus grand mystère, pour que l'ennemi ne les connaisse point; que les épreuves se fassent en cachette, et que cela soit envi­ronné d'un peu de charlatanerie.

Je désire donc que les épreuves soient continuées; que l'on m'en rende compte toutes les semaines; que cela soit fait exactement, de manière que l'on connaisse quelle est la poudre dont on se sera servi et qu'on éprouvera préalablement avec l'éprouvette. Quant aux mor­tiers de 10 et de 12 pouces, sur le compte que vous me rendrez d’ici à deux mois, on pourra en faire faire à Liège, à Indret, sur l'Isère, et, en bronze, à Douai.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on vient de découvrir le moyen de tirer des bombes à 3,000 toises, découverte extrêmement précieuse sous le point de vue maritime. Je fais continuer les épreuves, et dans le courant de janvier il sera nécessaire d'avoir de ces mortiers dans tous les ports, placés sur des bombardes, puisque désormais ces bom­bardes pourront atteindre une escadre à 3,000 toises; ce qui pourra être d'un utile résultat pour la rade des Basques. Il faudra sans aucun doute en envoyer aux îles d'Hyères. Il sera nécessaire d'en avoir aussi à l’île Madame, à la batterie de la Perrotine, et dans la rade des Trousses, et aux embouchures de la Gironde. Je vous ai demandé si l’on ne pourrait pas employer utilement ces mortiers pour interdire la rade du Morbihan à l'ennemi. Il me semble qu'il y a à l'extérieur de la rade de Brest des points où l'ennemi mouille quelquefois. Enfin faites connaître les points où cette découverte pourrait être utilement appliquée.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Mon Cousin , écrivez aux généraux Dorsenne, Caffarelli et Thouvenot qu'on suit dans le pays où ils sont un détestable système; que des forces immenses sont rassemblées dans des villages contre des bandes de brigands qui sont actives, de sorte qu'on est continuellement exposé à des événements désagréables, tandis que l'inverse devrait être fait ; que des points principaux devraient être occupés, et que de là devraient partir des colonnes mobiles pour poursuivre les brigands; que, si les choses étaient conduites ainsi, on éviterait beaucoup de malheurs particuliers; qu'il faut se hâter de suivre ce plan et de faire une guerre active aux brigands; que l'expérience de la Vendée a prouvé que le meilleur était d'avoir des colonnes mobiles, disséminées et multipliées partout, et non des corps stationnaires.


Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Collin de Sussy, directeur général des douanes, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, je reçois votre lettre d'aujourd'hui. Je ne puis que vous témoigner mon étonnement de tout ce tripotage qui se commet avec les licences de la police. Je vous avais parlé moi-même, et vous avais chargé d'y veiller. Comment arrive-t-il que vous n'ayez pas des doubles de ces licences ? Comment se fait-il que le bâtiment la Vigilance ne soit porté ni sur l'état que vous m'avez remis des licences de la police, ni sur celui du ministre ? Cet état comprend des licences expirées et deux licences nouvelles pour l'Aparencia et le Bey. Celle qui était applicable à la Vigilance n'y est donc pas portée. Qu'est-ce que le permis de mer que je vois porté sur l'état pour le navire la Mary des sieurs Loriol et Dagneau, de Dunkerque ? Que veulent dire ces permis ? Vous ne devez reconnaître aucun per­mis s'il n'est revêtu de ma signature, quand il le serait de celle d'un ministre, même de celui auquel vous êtes spécialement subordonné. Enfin je vois qu'on fait par les smogleurs des exportations qui se compensent avec les importations des navires munis de licences dites de la police; s'il y a pour cela une décision de moi, je n'ai rien à dire, mais je n'en ai pas connaissance; si ma signature n'y est pas, vous êtes dans votre tort. Depuis l'institution du conseil de com­merce on doit prendre mes ordres sur tout, et ma signature est tou­jours nécessaire. J'approuve fort que vous ayez fait arrêter la Vigi­lance; faites retirer sa licence. Vous me dites que l'Aparencia est entrée le 10 octobre; sa licence a-t-elle été retirée ? Comment l'Apa­rencia est-elle arrivée ? De quoi était-elle chargée ?

Mon décret sur les licences est rapporté ; préparez-moi un compte très détaillé sur ces affaires, où je veux voir très clair. Toutes les licences de la police sont nulles désormais, et vous devez prendre mes ordres directement. Vous vous procurerez des renseignements sur la Vigilance, sur ses opérations, sur son chargement, et vous m'en ferez un rapport.

Je vois dans l'état que le navire l'Espérance, appartenant au sieur Loriol, a importé pour 273,000 francs de marchandises dont l'ex­portation doit se faire par Wimereux. Je vois avec surprise qu'on admet les exportations par les smogleurs. Vous voudrez bien faire cesser cette mesure. Il faut que les maisons qui ont fait des impor­tations soient tenues à des exportations égales; je ne veux pas que les exportations des smogleurs entrent en compensation.


Saint-Cloud, 21 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le Diadème n'a pas été lancé à Lorient, parce qu'il manque de câbles.

II y a, dans la direction du Tanaro, sur le revers du col de Tende, une forêt très considérable d'arbres verts ; l'exploitation en est très facile. Avec 60,000 francs, on ferait la route, et l'on procurerait une quantité immense de pieds cubes de bois. Il doit y avoir dans vos bureaux des renseignements là-dessus. Beaucoup de forêts dans les Alpes-Maritimes contiennent de ces bois qu'il faut exploiter.


Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, à Paris

J'apprends qu'une rétribution est imposée sur les habitants de Cologne, par le maire, pour prétendues dépenses pendant mon pas­sage. Aucune contribution ne doit être imposée ainsi sur les citoyens ; faites-moi un rapport là-dessus.


Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, faites-moi connaître quels sont les séminaires qui sont desservis par les Sulpiciens, afin de les éloigner également de ces séminaires.


Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre travail du 22 novembre sur le service de l'artillerie de la Grande Armée, composée : du corps d'observation de l'Elbe, de la réserve de cavalerie, du corps d'observation d'Italie, du corps d'observation de l'Océan et de la réserve générale de la Garde, formant 512 bouches à feu de ligne, 176 bouches à feu régimentaires, total 688 bouches à feu, et ayant un total de 3,577 voitures d'ar­tillerie et 565 voitures de régiments, total 4,142 voitures.

Je suppose que tout le matériel pour cette immense artillerie est prêt à Metz, à Mayence, à Wesel, à la Fère et à Strasbourg.

Vous demandez une remonte de 600 chevaux d'artillerie ; cela est convenable. Présentez-moi un état des compagnies à remonter et des chevaux qu'il vous faut ; comme c'est, je crois, le ministre de l'administration de la guerre qui vous fournit les chevaux, je les comprendrai dans la première commande de remonte qui va être ordonnée. Pour servir ces 3,577 voitures, y compris l'équipage de pont, 18,000 chevaux sont nécessaires; il faut qu'au 30 janvier ces 18,000 chevaux existent harnachés et prêts à partir.

Quatre bataillons du train sont en Allemagne, quatre sont en France, deux sont en Italie, total dix ; quatre compagnies du 1er ba­taillon bis existent à Metz, trois compagnies du 9e bataillon bis sont à Mayence, quatre compagnies du 13e bataillon bis sont à Metz, total onze compagnies, faisant la valeur de deux bataillons; un ba­taillon du train du royaume d'Italie; deux bataillons de la Garde; total quinze bataillons, qui, à 1,500 chevaux par bataillon, feront 22,500 chevaux ; il n'en faut que 18,000, c'est donc 4,500 chevaux de plus qu'il ne faut.

Présentez-moi l'état de situation du personnel de ces bataillons du train au 15 novembre; mettez-y ce qu'ils doivent recevoir de la con­scription et ce qui manquera au complet. Remettez-moi les mêmes renseignements, aussi détaillés, sur les chevaux, sur les harnais, et proposez-moi un projet de décret qui ordonne, pour 1812, une remonte d'artillerie suffisante pour compléter tous ces cadres, de manière qu'au 30 janvier j'aie, indépendamment du train italien, tous mes bataillons au grand complet et prêts à partir.

Les deux bataillons qui sont en Italie ne seraient pas complets, il faut donc les compléter. L'achat des chevaux en Italie présente des difficultés ; proposez-moi de compléter le bataillon qui est à l'armée d'Italie avec les chevaux du bataillon qui est en Piémont, de manière à les porter au grand complet de 1,500 chevaux, et proposez-moi de faire revenir ensuite à Besançon le bataillon qui est en Piémont. Une partie des chevaux qui resteraient à ce bataillon pourrait même être vendue au royaume d'Italie, selon que le vice-roi le jugerait à propos. Par ce moyen, tous les bataillons étant en Allemagne ou rapprochés du Rhin, la remonte serait très rapide. Dans le travail que vous me remettrez sur les remontes des attelages d'artillerie, je désire que vous me fassiez connaître les sommes qu'il y aura à porter pour cette dépense au budget de 1812, tant pour les chevaux que pour les harnais.

Je pense qu'il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artillerie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance.

Faites-moi un état général de cette artillerie ainsi organisée. Com­parez-moi ce parc avec le parc que j'avais lors de la campagne d'Austerlitz, lors de celle de Friedland et à l'époque de Wagram.

Le corps d'observation d'Italie est un corps à part qui n'a éprouvé aucun changement ; il doit donc se trouver organisé comme il était. Quelques régiments ont été en Espagne ; mais les cadres restants ont été augmentés. Je réglerai, au moment d'entrer en campagne, la composition définitive de l'infanterie; mais l'artillerie doit rester la même. Je suppose qu'un bataillon du train de 1,500 chevaux suffira; avec un bataillon italien cela fera 3,000 chevaux.

Le corps d'observation des côtes de l'Océan doit conserver les mêmes compagnies d'artillerie qui sont désignées dans le travail que j'ai arrêté ; je n'approuve donc pas qu'il y soit fait des changements ; sans quoi il faudrait toujours changer. Ce corps éprouvera dans l'or­ganisation de son infanterie des changements que je ferai connaître au dernier moment; mais cela n'influera en rien sur la composition de l'artillerie.

Je viens actuellement au corps d'observation de l'Elbe. Je désire dans ces états les changements suivants :

Le matériel d'artillerie de la 6e division sera envoyé sans délai à Minden, où je crois même qu'il est déjà ; le matériel de la 8e sera envoyé à Munster; le matériel de la 9e à Wesel ; la portion du parc appartenant aux 8e et 9e divisions à Wesel; les deux batteries de réserve du parc général à Wesel ; l'artillerie de deux divisions de cavalerie à Wesel. Le parc de réserve des quatre divisions de cava­lerie doit être à Wesel et séparé du parc appartenant aux 8e et 9e divi­sions et aux deux batteries de réserve, qui est destiné à faire partie probablement du parc de Minden. Cette observation est importante, afin que le parc des quatre divisions reste toujours séparé.

J'approuve que la compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval, qui est à la 6e division, revienne à la réserve de cavalerie et soit remplacée par une compagnie venant d'Espagne.

J'approuve le choix du général Faure de Gière pour commander l'artillerie de la réserve; qu'il se rende sans délai à Wesel, y passe la revue de son artillerie et l'organise bien.


J'approuve également le colonel Bigot de Pont-Bodin pour l'emploi de directeur du parc.

J'approuve le mouvement d'artillerie et des compagnies que vous me proposez pour servir les 6e, 7a, 8e et 9e divisions et les deux nou­velles batteries de réserve. Ces deux divisions doivent être à Wesel, faire partie du parc du corps d'observation de l'Elbe et n'avoir rien de commun avec la cavalerie de la réserve. Les quatre batteries de réserve ont huit obusiers et vingt-quatre pièces de 12. Je désire que les obusiers soient des obusiers prussiens ou licornes, qui tirent plus loin que les obusiers ordinaires.

J'approuve que les quatre bataillons du train d'artillerie qui sont en Allemagne soient entièrement destinés, 1° au service des neuf divisions, 2° au service des quatre batteries de la réserve à pied, 3° au service du parc général dû corps d'observation de l'Elbe. J'ap­prouve que le 8e bataillon soit attaché aux quatre divisions et au parc de réserve de la cavalerie.

Le chef de bataillon que vous voulez envoyer à Cadzand m'a paru plein de zèle, et, puisque les autres officiers supérieurs auront tous fait la guerre avec la cavalerie, il n'y a pas d'inconvénient à le laisser.

Vous pouvez donc, sans retard, ordonner tous les mouvements pour que l'artillerie du corps d'observation de l'Elbe soit organisée conformément aux états que vous m'avez remis, sauf les modifica­tions qui sont contenues dans la présente lettre. Tout ce qui est nécessaire au corps d'observation de l'Elbe et à la réserve de la cava­lerie doit être mis en marche dans le courant de novembre pour être rendu en décembre à sa destination.

Enfin, dans les nouveaux états que vous me ferez dresser de l'ar­tillerie de la Grande Armée, vous me ferez connaître quels sont les lieux où se trouve le matériel de la réserve de la Garde et du corps d'observation de l'Océan.

Dans votre prochain travail, le général Pernety gardera le com­mandement de l'artillerie du corps de l'Elbe. Cinq généraux de bri­gade, y compris le directeur général du parc et le commandant de l'artillerie de Danzig, seront employés à cette armée et y compteront au 1er janvier prochain.

Vous ne me dites pas de quel service sort le général Martuschewitz, que vous me proposez pour le corps d'observation de l'Elbe.

L'artillerie de la Grande Armée doit avoir un général en chef, trois généraux de division et dix généraux de brigade ; j'en mets deux ou trois de plus qu'il n'est rigoureusement nécessaire, pour pouvoir en charger de quelques sièges et remplacer les pertes.


II faut retirer d'Espagne tous ceux qui sont inutiles; retirez de Catalogne le général Taviel et un des deux généraux de brigade qui s'y trouvent.

Dans ce projet, le premier inspecteur d'artillerie resterait en France; ce qui peut être nécessaire pour qu'il puisse se porter au nord et partout où les circonstances vous feraient penser que sa pré­sence deviendrait utile.


Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le chef d'administration d'Anvers a donné sa fille unique en ma­riage au garde-magasin de la marine; de sorte que ce garde-magasin, dont la comptabilité est de plus de quatre millions, n'a pour contrôle que son beau-père. Ordonnez une enquête spéciale sur ce garde-ma­gasin et placez-le sur-le-champ ailleurs. Témoignez mon méconten­tement à celui des conseillers d'État et au chef de vos bureaux que cela regarde, de ne pas s'être aperçus d'une inconvenance de cette nature et n'avoir pas provoqué sur-le-champ des mesures pour que mon service n'en souffrit pas.

On me porte aussi des plaintes sur l'ingénieur : on attribue à son incapacité et à son extrême négligence tout ce qui arrive actuellement au bassin d'Anvers.

On croit que le commissaire chargé des approvisionnements est faible, dissipé, et laisse commettre beaucoup d'abus dans son arsenal ; il faut le déplacer et mettre dans un arsenal comme celui d'Anvers un homme plus important et plus sûr.

Le directeur des vivres de la marine a maison de ville et maison de campagne et fait grande figure; il est fort suspecté de dilapidation.

L'inspecteur ne fait pas son devoir avec assez de sévérité ; il aban­donne son travail à des jeunes gens qui sont fort dissipés.


Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, il faut préparer, pour le budget de 1812, un travail qui tende à nettoyer le trésor de tout ce qui est non-valeur, de tout ce qui a été prêté au roi d'Espagne et aux princes espagnols, qui n'est compris dans aucun budget, de ce qui est donné à la Russie, enfin de toutes les non-valeurs du trésor desquelles il n'y a rien à espérer. Je verrai à créer une ressource extraordinaire pour couvrir tout cela.


Saint-Cloud, 24 novembre 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.

Monsieur le Duc de Gaète, je vous renvoie votre travail. Il faut relater dans le projet de décret ce que j'ai accordé pour la route de Wesel ; il me semble que 2 millions ont déjà été affectés aux travaux de cette route. Il faut que le rapport embrasse toute la question.


Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 18. L'état de situation que vous m'envoyez ne peut pas encore être ce que je désire, puisque tous les conscrits des dépôts de Wesel et Strasbourg n'étaient pas encore arrivés à la date de cet état. Envoyez-m'en un partant de la situation des corps au 15 novembre.

Je pense qu'il est avantageux que vous gardiez le général Compans pour commander une bonne réserve. Je vais n'occuper des généraux à envoyer aux 6e, 8e et 9e divisions de votre armée.

Quand je vous ai parlé d'opérer seul, ce n'est pas que je n'aie l'in­tention de me rendre à l'armée, si la guerre avait lieu; mais la guerre peut avoir plusieurs actes. Il est possible que je me résolve à envoyer votre armée sur la Vistule pour nous joindre aux Polonais et aux Saxons, en mettant votre quartier général à Danzig, et cela sans commencer les hostilités, dans le temps que le corps d'observation du Rhin, le corps d'observation d'Italie et ma Garde viendraient à marches forcées se réunir sur l'Elbe. Vous sentez qu'il faut que vous soyez organisé en artillerie et génie pour pouvoir faire front. Je suis parfaitement de votre avis que, pendant le temps que je vous laisserai les neuf divisions, vous ayez deux lieutenants généraux, qui peuvent être des généraux de division. Au reste, ces hypothèses sont encore éloignées, et je me déciderai au dernier moment. Vous auriez ainsi une avant-garde de 150,000 hommes d'infanterie, de plus de 30,000 hommes de cavalerie et de quatre à cinq cents pièces de canon; ce qui vous ferait une armée de près de 200,000 hommes. Je serais à portée de vous avec 200,000 autres.

Je vous ai mandé de mettre dans les places quelques compagnies d'artillerie et des officiers d'état-major. Envoyez à Glogau un bon régiment d'infanterie française ; ce qui vous permettra de pousser sur Magdeburg les bataillons du 46e, du 19e et autres qui vous sont envoyés. Il me semble que ces bataillons seraient bien dans la cita­delle de Magdeburg. Les cadres étant bons, ces bataillons se forme­raient promptement en faisant peu de service; vous les mettriez sous les ordres d'un général qui en prendrait un soin particulier.


Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, à Paris

Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que, sous aucun prétexte, on ne laisse imprimer aucune lettre de moi, vraie ou fausse. Il faut aussi qu'on porte un soin particulier à ce que, dans les outrages qui s'impriment, on ne mette rien qui puisse faire con­naître la force de nos troupes ou quelque chose de relatif à nos moyens militaires.


Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on assure qu'il y a beaucoup de nos prisonniers sur le rocher de Cabrera, et qu'une frégate qui irait sur ce rocher sauverait un grand nombre de ces malheureux prisonniers.

Faites-moi un rapport sur les différentes expéditions qui se prépa­rent dans nos ports pour Batavia et les Indes.

Je voudrais pouvoir envoyer deux frégates croiser aux États-Unis d'Amérique, et dont le but serait de se rendre dans le continent de l'Amérique insurgée pour lier correspondance et porter des fusils. On pourrait envoyer d'autres frégates croiser sur les côtes d'Amérique, où il me semble qu'il y a beaucoup de choses à faire.


Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

J'ai une très belle carte traduite de la Russie; il sera nécessaire que vous vous en procuriez une pareille.


Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois, par l'état de situation de l'armée polonaise au 1er novembre, que les 5e, 10e et 11e régiments d'infanterie, qui devraient être à 3,500 hommes, ne sont qu'à 2,500 ou 2,600 hom­mes. Je suppose que cependant les 4e bataillons sont formés; je ne vois donc pas ce qui s'oppose à ce que ces régiments soient au com­plet. Je vois que le 9e régiment de cavalerie n'est qu'à 400 chevaux ; qu'est-ce qui empêche qu'il soit à 1,000 chevaux ? Veillez à ce que les corps soient promptement complétés. Les hommes ne doivent pas manquer, puisque le duché a quatre millions d'habitants, et que ce duché devrait pouvoir offrir 70,000 hommes. Je vois avec peine les plaintes des Polonais sur la misère de leur armée. Les Polonais ne payent pas 42,000 hommes : ce n'est pas 10,000 hommes par million d'habitants. Vous m'avouerez qu'il faut qu'il y ait bien du désordre pour qu'un pays aussi peuplé ne puisse pas payer si peu de troupes, puisque la division qui est en Espagne et celle qui est à Danzig ne comptent pas. Écrivez au prince Poniatowski pour lui faire sentir combien cela est ridicule.


Saint-Cloud, 25 novembre 1811

NOTES DICTÉES EN CONSEIL DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

Sa Majesté s'occupe de la proposition faite par les Anglais de recevoir du vin, en obtenant l'exportation du sucre dans la proportion d'un tonneau de vin pour douze quintaux de sucre.

Le ministre de l'intérieur remettra un rapport sur la proposition faite par les Anglais ; il examinera si on pourra tromper sur l'exportation du vin.

On donnerait des licences pour faire entrer à Bordeaux seulement 120,000 quintaux, poids de marc, de sucre brut, et non de sucre terré ou raffiné, contre 10,000 tonneaux de vin. Le bâtiment serait français, l'équipage aussi, le pavillon prussien ou autre.

Le bâtiment et le négociant seront nommés dans la licence. Il devra exporter telle quantité de vin (jusqu'à concurrence de 10,000 ton­neaux), et la quantité qu'il devra importer sera énoncée dans la licence. La maison de commerce sera soumise à être poursuivie devant les tribunaux des douanes si on jette le vin, si on trompe dans le chargement ou si on importe plus de sucre.

Une opération de 120,000 quintaux de sucre étant trop considé­rable, sera divisée par dixièmes; on donnera à la fois des licences pour importer 12,000 quintaux de sucre contre 1,000 tonneaux de vin ; ce sera l'objet de cinq ou six licences.

Les négociants pourront exporter tout ce qui est permis, comme des meules, graines de trèfle, etc. Alors ce serait une exportation de 1 million de francs, un mouvement de quatre ou cinq bâtiments, et une importation de sucre d'une valeur médiocre. On ferait entrer dans les chargements d'exportation un tiers de soieries.

On propose de faire entrer des laines, des cuirs, des potasses, des médicaments, du quinquina, du cuivre brut. Il faut déterminer les quantités qu'on en fera venir ; ensuite on diviserait ces quantités par licences et en dixièmes, pour pouvoir à chaque instant voir où l'on en serait.

Les objets d'exportation seraient le vin, l'eau-de-vie, tous les objets manufacturés, de manière que la moitié ou le tiers de l'expor­tation se composât d'objets que l'Angleterre ne se soucie pas de rece­voir, et le reste en objets dont elle a besoin, comme fromages, graines de trèfle, etc. Il faudrait répartir les licences entre Amsterdam, Rotterdam, Ostende et le Havre ; il faudrait donc faire cette réparti­tion, et fixer le rapport des divers objets qui devront composer les chargements.

Dans le rapport que le ministre fera sur cet objet, il indiquera les droits que ces opérations procureront aux douanes.

Le ministre présentera en même temps un projet de licence pour l'exportation des vins, et un pour l'introduction des cuirs, potasses, etc.


L'Empereur accordera l'entrée par mer des cotons-Motril venant de Malaga et de Valence, lorsqu'on sera maître de ces deux villes, avec des permissions des consuls et des commandants. Par terre ainsi que par mer, tout sera conduit à Bayonne et mis en entrepôt. Le total de l'opération sera inséré au procès-verbal du conseil de com­merce pour faire partie du budget des douanes de 1812, et des licences seront données par dixièmes. Il faudra exporter des soies manufacturées pour une égale quantité. On proposera la quotité des droits à exiger pour l'introduction de ces cotons, soit par terre, soit par mer.

Le règlement de Hollande parait contenir de fort bonnes choses ; il faudrait l'adopter pour toute la France.

Il faudrait proposer la suppression totale des surveillants ; per­mettre de pêcher deux, trois, quatre jours sans rentrer ; obliger de rentrer dans tel port, d'y mettre les bateaux à terre, et de n'arriver que là, à moins de nécessité ; organiser sur ces points une brigade de gendarmerie, un renfort des douanes et une surveillance de la police.

Ce système ne gênerait point la poche, et il est plus avantageux que le système actuel, puisqu'il ne sera pas loisible à un pécheur de Dieppe de tenir son bateau à terre à un quart de lieue du port.

On n'a rien à craindre de la part des pécheurs que la contrebande et le passage des espions et des malveillants; or, la plus grande sûreté est de veiller à leur arrivée, à leur départ, et de les tenir dans un même endroit. Les espions qui sortaient de Dieppe laissaient leur bateau dans une anse voisine, et le jetaient à la mer sans être aperçus.

Si on obtenait que tout pêcheur partit d'un point donné, on aurait éclairci la question; joignez à cela qu'il faut établir sur ces points des prud'hommes assermentés, obligés de déclarer tout ce qui vient à leur connaissance; ce seraient de véritables surveillants qui ne coû­teraient rien.

Il faut désigner, et c'est une chose importante, les points d'où partiraient les bateaux ; on les désignerait toujours loin des points où il y a des rades; jamais au Texel, à Flessingue, à Brest, etc. Et en effet, à moins que ce ne soient des pêcheurs pour la rade de Toulon, par exemple, que leur importe d'être à Saint-Nazaire ? Ils n'auront aucune connaissance de ce qui se fait dans le port. Ceux qui parti­raient de Toulon, au contraire, sauraient qu'on embarque des vivres, des hommes, etc.

Pour rendre ce système complet, il faut prévoir les cas extraor­dinaires et autoriser l'amiral, le capitaine commandant aux divisions, le général commandant un département, à empêcher le départ et à mettre l'embargo sur les pécheurs ; leur donner l’ordre d'en rendre compte sans délai, de manière que, dans huit jours, les ministres en soient instruits.

On peut limiter ce pouvoir aux officiers de tel grade dans la marine et aux commandants de terre, et alors les pécheurs se trouveraient affranchis des vexations des commandants subalternes.


Saint-Cloud, 27 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites faire un manuel d'artillerie qui contienne des tables de tir indiquant la portée des bouches à feu et celle du canon sous tous les angles. On fera des tables particulières pour le tir à ricochet; on y joindra des tables pour le tir du fusil. La seconde partie contiendra des détails sur la construction des batteries, sur l'emplacement que doit avoir chaque chose, sur les soins à prendre pour qu'on tire tout le parti possible des batteries, enfin une réunion de maximes anciennes et modernes sur le tir, qui puisse servir d'instruction aux officiers. Ce manuel ne doit pas être, comme vous voyez, le manuel du fon­deur, du forgeur, du chimiste, ni du manufacturier ; il doit contenir ce qu'il est nécessaire de savoir, non pour faire les armes, mais pour s'en servir. J'excepte cependant les cartouches à balles et à boulet, les cartouches d'infanterie, les étoupilles, les fusées pour toute espèce de bombes, sur la confection desquelles le manuel doit donner une instruction. Ce manuel ne doit pas être de plus d'un volume. Il doit être fait avec soin et avec clarté. C'est un ouvrage que chaque offi­cier et sergent d'artillerie doit pouvoir porter dans sa poche. L'exer­cice des manoeuvres des pièces, qu'on trouve partout, complétera tout ce dont la connaissance est indispensable an véritable et prin­cipal officier d'artillerie. Il est nécessaire de faire connaître, dans les tables de tir, le rapport des lignes, pouces et pieds de hausse, avec les angles sous lesquels on tire.

Je vois avec peine qu'on appelle obusier à la Villantroys ce qui doit être appelé mortier. L'idée d'obus est attachée au ricochet, mais on ne peut pas ricocher avec cette énorme machine ; on doit donc nommer cette pièce mortier à la Villantroys.


Saint-Cloud, 29 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On se plaint à Brest que la nourriture des matelots est mauvaise.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, à Paris

Quand commencera-t-on à Marseille le chantier de carénage sous le fort Saint-Nicolas ?

Le lycée de Marseille a une mauvaise organisation ; il n'inspire pas de confiance aux habitants. En général, les lycées ne marchent pas aussi bien qu'ils devraient le faire.

L'octroi de Marseille charge trop le poisson commun destiné pour le peuple ; il faudrait diminuer cela.

L'ingénieur du département des Bouches-du-Rhône est négligent ; il faudrait le changer; aussi les routes y sont fort mauvaises.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le sieur Terra-Labour, septuagénaire, ancien lieutenant-colonel d'artillerie au service de Naples, s'est distingué à Porto-Ercole dans l'affaire contre les frégates anglaises. Témoignez ma satisfaction à cet officier et faites-lui connaître que je lui donne la Légion d'honneur. Faites de tout cela un bon article dans le Moniteur. Proposez-moi des récompenses pour le commandant d'armes, les officiers et bour­geois qui se sont bien comportés.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le général de brigade Bessières, que j'ai nommé général de divi­sion, ne croit pas avoir l'expérience nécessaire pour ce grade et désire faire quelques campagnes dans le grade de général de brigade. Cela étant, je vous prie de me renvoyer mon décret et de le regarder comme non avenu. Donnez ordre à ce général, en qualité de général de brigade, de se rendre à la division Saint-Germain, à Hanovre, où il commandera une brigade de cuirassiers.

Vous pouvez mander au général Nansouty qu'il est maître de revenir, en laissant le commandement de chacune des divisions de cuirassiers au plus ancien général de brigade.

J'ai nommé le général de brigade Doumerc général de division ; donnez-lui l’ordre de se rendre à Erfurt pour prendre le commande­ment de la 3e division de cuirassiers.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Je vous ai envoyé plusieurs modèles pour les drapeaux ; vous ne m'avez pas fait de rapport là-dessus; venez m'en parler demain. Portez-moi l'état de tous les régiments de l'armée, avec le nom des batailles où chacun s'est trouvé. Le ministre de la guerre n'a pas compris mon idée, et d'ailleurs il est hors d'état de faire ce travail ; il a mis au 26e toutes les batailles, quoique ce régiment ne s'y soit pas trouvé. Chaque régiment ne doit porter sur son drapeau que les noms de batailles où il s'est trouvé; les régiments qui ne se sont trouvés à aucune bataille ne doivent porter le nom d'aucune sur leur drapeau. Vous seul pouvez faire ce travail, et le faire avec soin; présentez-le-moi sans délai.

Je vous ai chargé du détail des drapeaux. Je n'en donne qu'un par régiment d'infanterie; un par régiment de cavalerie; un par régiment d'artillerie, et un par régiment de gendarmerie; point aux compa­gnies départementales ou gardes d'honneur ou autres. Personne ne doit avoir d'aigle qu'il ne l’ait reçue des mains de l'Empereur. Tout votre corps doit porter des fanions. Tout corps d'infanterie de moins de 1,000 hommes et tout corps de cavalerie qui n'a pas 500 hommes ne pourra pas avoir d'aigle.

Tous les régiments d'infanterie ayant eu une aigle par bataillon, et les régiments de cavalerie une par escadron, ces aigles seront en­voyées, hormis une, à Paris, et déposées aux Invalides, jusqu'à ce qu'elles puissent être mises dans le Temple de la Gloire. Chaque bataillon d'infanterie aura un fanion où il n'y aura rien d'écrit. Les quatre bataillons du régiment auront le fanion de couleur différente.

L'aigle de chaque régiment aura ses deux porte-aigles armés, indépendamment d'une paire de pistolets sur la poitrine, d'un esponton, dont il faut déterminer les dimensions, afin que ce soit une bonne arme. Cet esponton aura une banderole propre à effrayer les chevaux et qui puisse se voir de loin.

L'aigle aura une espèce de fanion comme celui qu'elles ont aujour­d'hui, mais d'une double soie très solide, et où seront brodés, d'un coté, les noms des batailles où se sera trouvé le régiment, et, de l'autre, ces mots : l’Empereur Napoléon à tel régiment. Ces fanions seront faits sans délai et envoyés à tous les corps de l'armée qui doi­vent en recevoir. Cela pourra être renouvelé tous les deux ou trois ans, sans pour cela renouveler l'aigle. Un régiment sera autorisé à en demander un autre lorsque le sien sera détruit, lequel lui sera envoyé sur mon approbation.

J'avais ordonné que la ville de Paris fit des couronnes de laurier en or pour les régiments qui étaient à la bataille d'Austerlitz ; infor­mez-vous du préfet où elles sont, afin de s'en servir. Ayez soin de vous occuper de tout cela et que cela soit terminé avant jeudi pro­chain. Vous m'apporterez le décret avec l'état des régiments ? car la partie des drapeaux des régiments est aujourd'hui dans un grand chaos.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris

Comme major général de la Grande Armée, vous devez une rela­tion de tous les événements des campagnes d'Ulm, d'Austerlitz, d'Iéna, de Friedland et de celles d'Eckmühl et de Wagram; vous n'avez cependant fait aucune relation. Il est nécessaire que vous vous occu­piez sans relâche de ce devoir, et que vous y employiez quatre ou cinq heures par jour ; sans quoi, il ne restera rien de ces campagnes. Les bulletins faits à la hâte sont insignifiants, et aucune pièce ne s'y trouve. Il faudrait d'abord faire imprimer une collection de ces bul­letins, en les retouchant, en faisant disparaître les choses qui ont été reconnues fausses, en corrigeant quelques fautes de style, et en mettant à la suite les pièces d'état-major, telles qu'états des prison­niers, des drapeaux, des canons, des officiers généraux, colonels, lieutenants-colonels qui ont été pris, les journaux de siège et les capitulations en règle, les noms des régiments qui se trouvaient à chaque affaire. Cela serait promptement fait, et ce serait déjà une première chose; ce qui ne vous dispenserait pas d'un ouvrage plus sérieux, qu'il est de votre devoir de faire sans délai, et qui serait indépendant des relations particulières dont vous vous occupez à présent. Cette relation serait faite sans cartes ni plans ; ce serait un journal d'état-major où l’on pourrait puiser. Au moins, avec ces deux recueils, il restera quelque chose. On mettra, jour par jour, le lieu où se trou­vait chaque corps et ce qu'il a fait. Vous avez les rapports de chaque maréchal ; il y a beaucoup d'affaires particulières où je ne me trouvais pas. Vous mettrez en ordre ces relations, en faisant demander celles qui pourraient être restées dans mes bureaux, et l’on verra si l’on peut imprimer cela.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 novembre. Je suis entiè­rement opposé à l'idée que vous manifestez de prendre dans les états-majors cinq officiers qui auraient servi en Autriche. Je n'entends pas cela : laissez-les dans les régiments où je les ai placés. Je ne veux dans les états-majors que des hommes qui, depuis 1789, n'aient pas quitté les drapeaux français. Si vous les aviez pris, renvoyez-les sur-le-champ. Bien loin de là, je fais faire une revue pour m'assurer du nombre de ces hommes qui sont dans nos rangs, mon intention étant de les tenir dans des régiments spéciaux. Je ne veux avoir aucune inquiétude sur la fidélité de mon armée. Je n'approuve pas davantage de mettre des officiers sortant du service d'Autriche dans des régi­ments français.


Saint-Cloud, 30 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 23 novembre. Vous commandez mon armée d'Italie ; en conséquence, l'inspecteur aux revues doit obéir aux ordres que vous lui donnez, en tant qu'ils ne sont pas con­traires aux règles de la comptabilité. Il est absurde qu'on veuille ôter les épaulettes aux voltigeurs ; maintenez-les puisqu'elles sont utiles. Comme vous le dites fort bien, l'inspecteur peut faire des réclamations, lorsqu'il est question de ces épaulettes dans la compta­bilité. Je n'ai point le temps de lire toutes les circulaires, et je me garderai bien de me les faire envoyer, parce que le ministre se croi­rait alors en règle. Puisque vous les avez, faites-en faire un extrait, et envoyez-le-moi avec vos notes. Sur les observations que vous m'avez faites à l'égard des bonnets de grenadiers, je n'ai point con­servé les bonnets d'oursin, parce que ces fourrures viennent du Canada, et parce que cela gène beaucoup à la guerre ; mais j'ai or­donné qu'on confectionnât un modèle de shako plus élevé et plus orné, qui distingue les grenadiers des voltigeurs. Comme vous, j'at­tache une grande importance à maintenir cette distinction.



1 – 15 novembre 1811