16 – 31 octobre 1811
Amsterdam, 18 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Donnez ordre dans les
trois îles de Ré, d'Oléron et d'Aix, à Belle-Île, aux deux régiments de la
Méditerranée, ainsi que dans tous les autres bataillons qui se complètent avec
des conscrits réfractaires, à Toulon, en Corse, dans l'île de Walcheren, etc. , de faire l’état de tous les hommes qui ont déserté après
avoir rejoint leur corps, et comptant déjà plus de six mois de services
effectifs. Aussitôt que j'aurai cet état, mon intention est d'ordonner que ces
hommes soient réunis pour un service spécial dans ces îles; car ce serait une
duperie que de confondre ces hommes, qui connaissent déjà le service militaire
et qu'on n'a pu y accoutumer, avec des jeunes gens qu'on peut espérer fixer à
ce service lorsque la première répugnance sera vaincue.
Amsterdam, 18 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre projet
de décret sur l'admission des élèves d’artillerie. Il contient justement le
contraire de ce que j'ai prescrit; par conséquent je ne l'adopte pas et m'en
tiens au décret que j'ai pris. Faites-le exécuter. Toutes les fois que le génie
civil ou le génie militaire auront pris à l'École polytechnique les élèves qui
leur sont nécessaires, je ne m'oppose pas à ce que l'artillerie prennent
ensuite les élèves de cette école qui se présenteraient pour ce service; mais
ce qui m'importe c'est d'avoir toutes les places de l'artillerie remplies et
pour cela de faire désigner dans les soixante lycées au moins quatre jeunes
gens par lycée destinés pour l'artillerie. On les fera examiner et, lorsqu'ils
justifieront des qualités nécessaires, on pourra les envoyer à Metz, si l'école
est assez grande pour les recevoir, ou dans toute autre école.
L'école de Saint-Cyr ne
doit pas fournir plus que je n'ai fixé. La ressource de cette école est
précieuse pour l'infanterie ; il ne faut pas la fermer entièrement.
Amsterdam, 19 octobre
1811.
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte
Decrès, après avoir vu la rade du Texel, ce port me parait plus important que
je ne l'avais cru. La rade extérieure, où peuvent mouiller huit ou dix vaisseaux
et dont la sortie est facile, est tellement rapprochée de terre qu'il est à
l'abri de toutes les tentatives de l'ennemi, moyennant les ouvrages projetés;
ce qui est une grande découverte, non-seulement pour le Texel, mais encore
pour les escadres de Flessingue et du Nord. Je désirerais que la Ville d'Amsterdam reçût un équipage
français; que le Doggersbanck reçut
un équipage hollandais, le Ruyter un
équipage français, et l’Evertsen un
équipage hollandais, et qu'il fût placé deux équipages hollandais sur les deux
frégates; ce qui ferait neuf équipages hollandais au Helder et deux équipages
français. On attacherait à chacun des équipages français quatre canonnières, ce
qui ferait pour les équipages français huit canonnières, et à chacun des neuf
équipages hollandais quatre canonnières, ce qui ferait pour les équipages
hollandais trente-six canonnières. Il y aurait donc quarante-quatre canonnières
destinées à la formation des équipages et à la défense des différentes passes
du Zuiderzee. A mesure que les équipages pourraient être accrus par la
conscription et l'inscription maritime, on porterait les équipages des
canonnières à six par vaisseau; ce qui emploierait 300 hommes par vaisseau pour
les équipages des canonnières et exigerait que les équipages des vaisseaux
fussent complétés à 1,000 matelots. On aurait alors dans le Zuiderzee
soixante-six canonnières, qui seraient tenues toujours en mouvement pour
l'instruction des conscrits et la formation des équipages. Les quatre frégates
qui vont être mises à l'eau avant le mois de mars donneront lieu à la formation
de quatre nouveaux équipages, auxquels on attacherait vingt-quatre canonnières.
De sorte qu'au mois d'avril prochain on aurait au Texel, mouillés dans la rade
extérieure, neuf vaisseaux, quatre bonnes frégates et deux frégates
hollandaises, formant quinze équipages, dont dix hollandais et cinq français;
ces quinze équipages auraient cent quatorze canonnières ou goélettes. On aurait
donc l'avantage d'avoir une expédition qui menacerait l’Angleterre bien plus
que toute autre expédition, et d'avoir une grosse flotte de transport.
Il serait nécessaire
d'avoir un contre-amiral français de choix pour commander en second l'escadre;
de diriger dès ce moment les cinq équipages de haut bord (les deux qui doivent
monter les vaisseaux et les trois qu'emploieront les trois nouvelles frégates);
enfin de former sur-le-champ les dix équipages hollandais, en en nommant les
officiers et l'état-major, en y incorporant les bataillons de flottille et en appelant la conscription; et de donner
l’ordre sur-le-champ pour que les vaisseaux et frégates soient préparés à
Medemblik, de manière à rejoindre le plus tôt possible au Texel. On m'a parlé
de deux vaisseaux de la compagnie des Indes qui se trouvaient à Enkhuisen, à
Harlingen ou au Helder. Il faut me présenter un rapport pour les faire mettre
en état, parce qu'ils seront fort utiles à joindre comme écuries à cette
expédition.
Quant aux
constructions, je pense qu'il faut placer sans délai un vaisseau de 74 sur le
chantier vacant à Amsterdam , et en mettre deux autres à mesure que les plus
avancés seront mis à l’eau (ces trois vaisseaux remplaceront trois vaisseaux
hollandais) ; qu'il faut mettre sur l'autre cale qui existe un brick, de
sorte que l'année prochaine il y aurait sur le chantier d'Amsterdam trois
vaisseaux, deux frégates et un brick; qu'il faut mettre sur le chantier de
Medemblick une frégate, de sorte qu'en 1814 je pourrai rejeter sur de bons
vaisseaux français des équipages parfaitement formés sur les vaisseaux actuels
hollandais, et me servir des vaisseaux hollandais comme de grosses flûtes
armées, pour compléter l'expédition.
J'aurai donc, en 1814,
neuf vaisseaux de ligne de 74 et même de 80, du modèle français. Je dis de 80,
parce que, du moment que l'escadre doit mouiller dans la grande rade, il n'y a
aucune difficulté à en achever l’armement dans la grande rade et à la faire
sortir du mauvais passage avec vingt pieds d’eau. J'aurai de plus neuf
françaises, et de plus trois ou quatre bricks français; total, vingt et un
vaisseaux de guerre français bons marcheurs; à quoi il faut ajouter neuf
vaisseaux de guerre hollandais, trois vaisseaux de 50, deux frégates
hollandaises et cinq corvettes ou gros transports; total : dix-neuf
vaisseaux gros transports, et enfin une flottille de 100 canonnières; ce qui
présente une expédition formidable, pouvant porter 20,000 hommes et 2,000
chevaux, et comptant cependant cinquante gros bâtiments; expédition qui,
mouillée dans la grande rade, serait d'un immense résultat pour mes projets.
Je pense que cette
expédition sera beaucoup mieux placée au Texel que si elle était dans l'Escaut,
parce que, mouillée dans la grande rade du Texel, elle y est comme en pleine
mer, presque à l'abri des places, et qu'il est impossible qu'une expédition de
cinquante vaisseaux réunis au Texel n'en sorte pas quand on veut, soit avant
Noël, soit à la fin de février, et qu'on ne peut pas en dire autant de
l'Escaut.
Cela comporte la
nécessité de mettre en état le Helder. Du côté de terre, j’ai vu peu de
positions où un petit nombre d'hommes puisse défendre plus longtemps la rade,
les magasins et le port contre une grosse armée. Dès le mois de décembre
prochain mon escadre y sera à l'abri, et dans l'année prochaine le port de
Nieuwe-Diep et tout le système seront parfaitement à
l'abri.
Du coté de la mer, il
est indispensable que vous ordonniez aux sieurs Blanken et Sganzin d'organiser
sérieusement un projet qui sera discuté cet hiver et mis à exécution l'année
prochaine. J'ai fait pour cet objet un fonds spécial de 4 millions, indépendant
de votre budget, qui sera pris sur les fonds de Hollande et mis incessamment à
Votre disposition
Ces projets sur le
Helder rendent nécessaires des projets pour l'armement de la rade de Delfzyl.
Je désire que vous m'apportiez demain les cartes et plans de cette rade, afin
que je puisse établir un projet pour qu'une escadre venant du Texel, de
Flessingue ou de Cherbourg, s'y trouve en tout temps en parfaite sûreté.
Je vous prie de
m'apporter demain un rapport sur tous ces projets, avec un décret pour arrêter
définitivement tout ce qu'il y a à faire, et jusqu'alors de ne regarder ceci
que comme une indication sur le travail que je vous demande.
Présentez-moi aussi un
projet de lettre à l'amiral Dewinter, pour lui faire connaître que mon
intention est qu'il ne sorte pas cette année.
Amsterdam, 19 octobre
1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
I,a
connaissance que j'ai prise du Helder m’a fait concevoir des idées différentes
de celles que l’on m'avait données. Je pense donc que, ce point devenant
très-important, une grande quantité d'artillerie y deviendra très nécessaire.
Trente ou quarante mortiers de 11 pouces à la Gomer hollandais ne seront point
de trop pour ce point. Je m'empresse de vous le mander, afin que vous preniez
vos mesures pour vous procurer des mortiers de 11 pouces, qui sont préférables
aux mortiers ordinaires, parce qu'ils sont de calibre hollandais et que des
bombes de ce calibre se trouvent en Hollande. Donnez donc des ordres pour que
ces mortiers ne soient pas envoyés à Anvers et soient prêts à être envoyés au
Helder.
Amsterdam, 20 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La place de Delfzyl est
de la plus grande importance, puisqu'elle a une rade qui peut contenir quarante
vaisseaux de guerre. Je désire donc qu'aux conseils de décembre on me présente
une carte très bien faite, dont les distances soient très exactes, non
seulement de Delfzyl et environs, mais encore des deux bancs qui sont dans la
rade.
Amsterdam, 21 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je suppose que vous
avez pris des mesures pour qu'aux conseils de décembre il me soit présenté des
projets pour construire des tours ou forts dans les îles des Wadden, de sorte
qu'avec quelques pièces de canon 50 hommes puissent se défendre pendant un gros
siège, et qu’elles soient approvisionnées pour un mois. Si ces dispositions ne
sont pas faites, ne perdez pas un moment à les faire. Que les officiers viennent
en décembre avec les projets, sondes, profils et cartes ; car j'entends
profiter de l’hiver pour occuper toutes les îles.
Amsterdam, 20 octobre
1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris.
On se plaint à Paris de
la mauvaise qualité du pain qui est distribué à la garnison. On assure qu'on y
emploie de la farine de pois. Portez une attention sévère là-dessus.
Amsterdam, 30 octobre
1811
Au maréchal Davout, prince
d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, le 12e
bataillon des équipages militaires qui est à votre armée a six compagnies de 40
caissons chacune, indépendamment des prolonges forges; ce qui fait 240
caissons d'équipages militaires. Ces 240 caissons ne peuvent porter chacun que
1,000 rations; ils ne sont propres qu'au transport du biscuit; ils
transportent peu de farine, peu de blé, et ne sont point propres au transport
des fourrages; ils n'ont qu'un seul but d'utilité, c'est de transporter le pain
du four ou du magasin aux corps. Mais, pour ce service, chaque bataillon a un
caisson. Je juge convenable qu'il y ait dans chaque corps de votre armée
d'autres caissons servis par les équipages militaires, à raison d'un caisson
par bataillon.
Le corps de l'Elbe
étant calculé sur cent bataillons doit avoir 100 caissons. En en mettant 20 de
plus pour la cavalerie, pour les déficit, cela formera trois compagnies de 40
caissons chacune, qu'il faut que vous conserviez, lesquels seront attelés par
les transports
militaires, et qui, avec les 100 qu'ont les bataillons, feront environ 200
caissons, ou des moyens de transport pour deux jours de pain
fabriqué. Mon intention est que les trois autres compagnies aient des chariots
propres à transporter le pain et le biscuit, comme ceux que j'ai organisés pour
l'armée d'Espagne. Je donne ordre que 60 de ces chariots, qui sont d'une
construction plus forte, soient envoyés à
Wesel. On vous en enverra 60 autres en 1812. Ainsi les 4e, 5e et 6e
compagnies du 12e bataillon d'équipages militaires seront composées de 120
chariots. Ces 120 chariots porteront 480 milliers pesant de biscuit ou de
farine, au lieu de 120 milliers que porteraient 120 caissons. Le ministre
directeur de l'administration de la guerre vous écrira probablement d'envoyer
des chevaux à Wesel pour prendre
les 60 chariots qui sont dirigés sur cette place. Vous laisserez alors les 60
caissons qui sont attelés par ces chevaux à la disposition du
ministre de l'administration de la guerre, soit pour les corps, soit pour les
autres services. Il serait utile de placer les chevaux du 12e bataillon
d'équipages militaires en échelons, pour faire, à demi-fatigue, les transports
journaliers de Wesel sur les régiments. Par ce moyen, ces transports ne coûteraient
rien. En supposant 80 lieues de Wesel à Hambourg, chaque convoi ferait 12
lieues en deux ou trois étapes. On en profiterait pour rapporter ce que les
corps auraient à renvoyer à leurs dépôts. Cela doit être fait sans presse et
sans fatiguer les chevaux. Je désire que vous me fassiez connaître ce que vous
ferez là-dessus; car, s'il faut ménager les chevaux, il ne faut point les
laisser dans une inactivité totale. Cette mesure ne peut qu'être avantageuse,
en ce qu'elle sera utile au service, que les chevaux seront entretenus dans
l'habitude du travail, et qu'elle m'épargne des dépenses.
Amsterdam, 21 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, je vous renvoie votre projet pour la Bidassoa. J'approuve fort que l’on
fasse du côté de France un tambour pareil à celui du côté d'Espagne. La tour
modèle, qui coûtera, je crois, une soixantaine de mille francs, sera remise à
l’année prochaine, et vous me présenterez aux conseils de décembre un projet
pour déplacer le pont, changer la direction de la route et reporter le passage
dans l'endroit le plus favorable, de manière à avoir une bonne tête de pont qui
fasse une défense permanente. Sans doute que la Bidassoa a des gués, mais ces
gués, qui sont souvent impraticables, ne peuvent pas
servir au passage d'une armée.
Il serait convenable
d'avoir là un réduit qui nous rendit absolument maîtres de cette rivière et
protégeât le territoire de l'Empire.
Amsterdam, 21 octobre
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez
ordre au duc de Reggio, de réunir le 23e et le 24e
régiment de chasseurs et les trois régiments qui font partie du camp de
Groningen, sur la route d'Amersfoort à Utrecht, avec des troupes du camp
d’Utrecht. Dans la journée du 29, je passerai par cette route; je m'arrêterai
plusieurs heures pour voir les régiments d'infanterie et de cavalerie que je
n'ai pas vus, et faire manœuvrer tous les autres. Comme il n'y a pas de temps à
perdre, il faut que cet ordre parte de chez le duc de Reggio avant minuit.
Amsterdam, 21 octobre
1811
Au général Duroc, duc
de Frioul, grand maréchal du palais, à Amsterdam.
Monsieur le Duc de
Frioul, je vous envoie mon itinéraire. Remettez-en copie au grand écuyer et au
colonel général de ma Garde, et donnez tous les ordres qui seront convenables.
Amsterdam, 22 octobre
1811
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, les 4e
bataillons des 19e, 40e, 93e, 56e, 2e,
37e et 123e, ce qui fait sept bataillons, ont été envoyés à Wesel et
à Strasbourg pour se compléter à 900 hommes. Je garderai à Strasbourg les
bataillons du 3e et du 105e. J'enverrais volontiers ces sept bataillons à
leurs régiments pour opérer le tiercement; mais, comme ces régiments sont en
France, il y aurait trop de facilité pour la désertion. Je me suis décidé à
vous les envoyer. Formez-en une ou deux bonnes brigades sous les ordres d'un
général de brigade ferme, qui se charge de leur instruction et de leur tenue,
et qui s'applique à empêcher la désertion. Ce sera 6,000 hommes que vous aurez
sous la main ; et, selon les circonstances, je me déciderai à les faire servir
à compléter vos régiments ou à tenir garnison à Magdeburg et sur les côtes. Pendant
ce temps les régiments arriveraient sur l'Elbe, s'il y avait guerre; ils
trouveraient leurs bataillons et l'encadrement se ferait. Ces régiments, à
l'exception du 123e ont cinq bataillons, ayant eu leur 6e bataillon formé
lorsque le 4e était en Catalogne. Portez donc une attention particulière à ces
bataillons aussitôt qu'ils vous arriveront. Indépendamment de ces sept
bataillons, les dépôts de Wesel et de Strasbourg vous auront fourni, avant le
mois de février, une douzaine de mille hommes, en y comprenant ce que vous avez
reçu.
Je crois vous avoir
écrit que la 3e division de cuirassiers arrivait à Munster. Je compte y envoyer
une brigade de cavalerie légère, que je verrai à Utrecht, composée des 23e et
24e régiments de chasseurs. Le département de la Lippe peut très-bien nourrir
4,000 chevaux. Ce sera 4,000 chevaux qui seront tout prêts pour vous soutenir
et marcher avec vous en cas d'événement.
J'ai aussi fait mettre
en mouvement mes sept autres régiments de cuirassiers et de carabiniers, qui
formeront deux divisions, ayant douze pièces de canon. Je les verrai à
Düsseldorf, où je serai dans les premiers jours du mois prochain. Je compte
diriger sur Erfurt une de ces divisions et garder l'autre division à
Düsseldorf. Ainsi donc vous aurez quinze régiments de cuirassiers formant
quatre divisions, ayant quarante-huit pièces d'artillerie légère, et dix
régiments de cavalerie légère formant cinq brigades; ce qui devrait faire près
de 20,000 hommes de cavalerie. Mon intention est d’employer tout l'hiver à
compléter, organiser et arranger toute cette cavalerie.
Je vous ai demandé un
état de situation de votre armée au 15 octobre, mais surtout un grand détail de
votre artillerie. Je vous ai écrit hier sur vos transports militaires. J'ai
deux bataillons du train, de 240 caissons chacun, complétés et prêts à partir.
Il est nécessaire que l'artillerie de vos quatre divisions de cuirassiers soit
tout entière servie par vos quatre bataillons du train.
Amsterdam, 22 octobre
1811
NOTE AU SUJET DE L ÉTABLISSEMENT D’UN FORT SUR LE BANC DU ZUIDERGAZ
1° La distance de la
limite de l’estran à l'extrémité du Zuiderbank est de 1,360 toises.
M. Blanken veut
s'avancer en mer de 160 toises; il placera donc des pièces de 36 à 1,200 toises
du banc; l'ennemi ne passera guère qu'à 100 toises du banc; la batterie de 30
sera donc à 1,100 toises de l'ennemi : sous quel angle faut-il pointer une
pièce de 36 pour arriver à ces 1,100 toises ?
Le général Chasseloup
propose de s'éloigner de l'extrémité de la plage de 40 toises et de se placer à
1,400 toises du banc et à 1,300 du
vaisseau ennemi : sous quel angle faut-il pointer des pièces de 36 pour arriver
à ces 1,300 toises ?
2° Ayant considéré le
fort Blanken sous le point de vue artillerie, considérons-le sous le rapport du
génie.
M. Blanken évalue à un
million la construction de son fort et de la digue qui le joindra à la terre.
Peut-il l'élever assez
pour le défiler des petites dunes ? Le peut-il pour le défiler des grandes
dunes ? Peut-il avoir aux angles du fort des cavaliers qui se défileront de la
plage ? Si cela se peut, combien cela coûterait-il ?
3° Le fort proposé par
le général Chasseloup, combien coûterait-il ? L'artillerie de campagne suffira
pour l'enlever. Combien en coûterait-il pour le mettre à l'abri d'une attaque
des dunes ? On conçoit que le fascinage de M. Blanken coûte peu, que son talus
est indifférent, parce qu'il est dans l'eau. Il n'en est pas de même à terre.
Pour mettre son fort à l'abri d'un coup de main, le général Chasseloup
dépensera un million, parce qu'on conçoit que sur du sable, où l'on ne peut
s'environner d'eau et de terre, il faut maçonner.
Résumé. — II faut
comparer l'angle de pointage pour les distances de 1,100 et 1,300 toises;
comparer la dépense du fort proposé par M. Blanken et de celui que propose ou
proposera le général Chasseloup.
Si la dépense était la
même, on pense que le premier est préférable, parce qu'il sera plus fort si
l'on y met quelques bâtiments à l'abri de la bombe, parce que les 160 toises
d'eau qui environnent le fort Blanken sont le plus grand obstacle qu'on puisse
opposer à l'ennemi.
Avant tout il faut
avoir un profil exact du fort projeté, à 900 toises de distance dans les
terres, sur toutes les directions.
Amsterdam, 23 octobre 1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Une grande quantité
d'affûts de côte existe depuis Anvers jusqu'à Lillo, sur l’une et l'autre rive.
Il est nécessaire qu'aux conseils de décembre un état m'en soit remis par vous,
parce qu'il est important de désarmer ces batteries pour en conserver les
affûts et employer les pièces à d'autres destinations. A mesure que l'armement
de Flessingue, de Cadzand et de Borssele devient plus respectable, une portion
des batteries du haut Escaut devient d'une précaution trop scrupuleuse et fait faute pour nos besoins réels.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je viens de signer des
décrets pour l'armement des batteries et des forts Lasalle, Dugommier, du Falga
et de la place de Naarden.
Je vous prie surtout de
réitérer des ordres pour que toute l'artillerie inutile, pour que tous les
fusils et munitions soient dirigés sur Naarden. C'est une excellente place, qui
est la citadelle de tout le pays. De là on a le Zuiderzee pour se porter
partout ; c'est donc là que doit être le centre de tous nos approvisionnements.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Mes intentions ne sont
pas exécutées en Hollande. Il y a partout de l'artillerie, des armes et de la
poudre, et je veux n'y avoir que l'artillerie nécessaire pour la défense des
côtes et des places, du Helder, d'Hellevoetsluis, de Brielle, de Gorcum et de
Naarden, en plaçant à Naarden un équipage de campagne de soixante et douze
bouches à feu en réserve, pour armer la ligne d'Amsterdam ou toute autre ligne
en cas d'événement. Je désire donc qu'une salle d'armes de 20,000 fusils soit
placée à Naarden. Vous faites évacuer les fusils sur Delfzyl : je ne veux
rien à Delfzyl, tout sur Naarden, qui est une très bonne place, la clef du Rhin
et d'Amsterdam par sa situation sur la Zuiderzee. Je désire qu'un
approvisionnement de fusils et des armes y soient renfermés. Je pense qu'il
faut 20,000 fusils en Hollande pour armer au besoin la population ; mais ces
20,000 fusils doivent arriver à Naarden.
Il ne faudrait placer
sur les côtes que des canons de fer. Je crois que la marine pourra en donner
trente, dont elle ne peut pas se servir, parce qu'ils ne sont pas de notre
calibre. Tout ce qui sera inutile aux places du Helder, de Naarden, de l'Ile de
Goere et d’Hellevoetsluis, de Brielle, de Gorcum, pour la direction
d'Amsterdam, doit être évacué sans délai sur Anvers, où doivent se trouver tous
les moyens de subvenir aux besoins imprévus de la Hollande, que ne pourrait pas
fournir l’armement de Naarden.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J'ai oublié de vous
écrire qu'une tour de 1e classe à Blankenberghe serait assez inutile
et qu'une simple tour de 3e classe suffira. S'il en est encore temps, donnez
des ordres pour que le modèle de cette tour soit changé. Nous avons tant de
points importants, qu'il ne faut pas prodiguer les moyens dans les lieux qui ne
le comportent pas.
Je crois vous avoir
mandé qu'Ostende est extrêmement mal armé, et que je désirerais qu'en décembre
un état m'en fût remis, avec l'indication des batteries sur un plan, afin que
je puisse régler cet armement.
Amsterdam, 23 octobre
1811
NOTE SUR LA DÉFENSE DE LA HOLLANDE.
CHAPITRE - DU HELDER.
§ I. Le Helder est le
point le plus important de la Hollande. Du Helder dépend le Zuiderzee; tant
qu'on est maître du Helder, on l’est du Zuiderzee, parce que l'ennemi ne peut y
faire entrer aucune escadre; et tant qu'on est maître du Zuiderzee, on l’est de
toute la ligne depuis le Helder jusqu'à Naarden. Le Helder doit être fortifié
de manière que 3 à 4,000 hommes puissent s'y défendre quatre où cinq mois.
La dune ou la position
du fort Morland est la clef du Helder. Il faut construire sur cette dune un
beau fort en maçonnerie. L'importance qu'il y a à donner à cet ouvrage la plus
grande défense exige qu'un million ou deux y soient employés.
De la batterie de la
Révolution dépend la rade intérieure. Ainsi, maître du fort Morland, l'ennemi
n'aurait encore rien; il faudrait qu'il s'emparât du fort Lasalle pour être
maître de la batterie de la Révolution. Les batteries du Réparateur et du (…)
peuvent se défendre après la batterie de la Révolution, et, cette dernière
détruite, fermer encore la rade.
Enfin un fort doit être
établi à l’embouchure de Nieuwe-Diep, lequel sera le réduit de toutes les
positions du Helder et protégera une forte batterie et qui défendra également
la rade.
Avant que l'ennemi
puisse faire entrer ses vaisseaux, dans la rade et inquiéter l'escadre
française, il faudra qu'il fasse trois sièges indépendants, ce qui ne peut pas
employer moins de quatre mois, et ces trois forts n’ont pas besoin, à la
rigueur, de plus de 3,000 hommes pour leur défense.
§ 2. Mais non seulement
il faut empêcher l'escadre ennemie d'entrer dans le Zuiderzee, et protéger
l'escadre française, mais il faut encore défendre le Nieuwe-Diep, canal de
1,400 toises, où pendant l'hiver mouille l'escadre et qui peut contenir
quarante vaisseaux de guerre. C'est là où seront l'arsenal, les chantiers et
tous les magasins de la marine. Pour couvrir ce port, il faut faire un fort à
l'écluse, qui croise ses feux avec le fort Lasalle et qui soit protégé par le
fort Morland. Il faut armer le fort actuel du Nieuwe-Werk, qu'il faut
considérer comme une forte redoute dans l'eau.
Avec ces quatre forts,
l'ennemi ne pourra ni entrer dans le Zuiderzee ni inquiéter l'escadre
française. Il ne pourra détruire l’arsenal de la marine et bombarder les
vaisseaux dans le port qu'après avoir pris le fort qui sera sur l’écluse; il ne
pourra prendre ce fort qu'après avoir pris le fort Lasalle : telle est la
configuration du terrain; et il ne pourra prendre le fort Lasalle qu'après
avoir pris le fort Morland. Ce qui prouve ce qui a été dit plus haut, que le fort
Morland est la clef du Helder.
Il faut faire le projet
de ces quatre forts.
Un million sera dépensé
l’année prochaine au fort Morland, un million au fort de l'Écluse; 500,000
francs pour finir le fort Lasalle et 500,000 francs pour les autres dépenses.
Les travaux seront dirigés de manière qu'en octobre 1812 les forts Morland et
Lasalle et de l'Écluse soient mis en état de défense et puissent même soutenir
un siège en règle.
§ 3. Le premier objet
des fortifications du Helder est sans doute de défendre le Zuiderzee et
l'escadre, le second de défendre le port et les établissements de la marine;
mais il en est un troisième.
Entre les forts Morland
et Lasalle se trouve un banc qui sépare la rade extérieure de la rade
intérieure. Il n'y a là que 22 pieds d’eau et seulement sur la largeur d'une
centaine de toises, de sorte qu’il n'y a qu'un très petit nombre de vents pour
sortir. Il est donc nécessaire d'être maître de la rade extérieure.
A 10 ou 1800 toises du
fort Morland, il faut, à la laisse de basse mer, construire un fort et
l'environner de plusieurs batteries. Il faut qu'il puisse défendre autant que
possible du coté de terre les batteries construites sur les dunes. Ce fort se
trouvera éloigné de 1,600 toises du banc qui ferme la rade, et à 1,200 toises
du lieu où doivent passer les vaisseaux ennemis pour attaquer notre escadre,
qui mouillerait dans la rade extérieure. Les ingénieurs de la marine sont chargés
de construire, à 150 toises en avant dans la mer, un nouveau fort contenant une
trentaine de bouches à feu. Le fort que construira la terre à la laisse de
basse mer protégera celui-ci du côté de terre et on sera comme une suite. Il
est nécessaire que ce fort soit fini l’année prochaine; il faut en faire le
projet. Il doit pouvoir soutenir quinze ou vingt jours de tranchée ouverte. Ce
fort étant à 1,200 toises du fort Morland pourra être coupé par l'ennemi, mais
la garnison pourra toujours se retirer par mer.
Ce fort doit être armé
de huit mortiers à plaque portant à 2,000 toises, de douze mortiers à la Gomer,
à grande portée; total, vingt mortiers, et vingt pièces de 36; total, quarante
bouches à feu. Il doit avoir en outre, du côté de terre, tout ce qui sera
nécessaire pour sa défense. Ce fort s'appellera le fort du Falga.
Par ce grand et bel
établissement, la rade extérieure du Texel pourra contenir en sûreté quinze ou
vingt vaisseaux de guerre. Cette escadre sera là comme en pleine mer et pourra
appareiller par tous les vents, une escadre sortant de l'Escaut peut s'y
réfugier à chaque instant, puisqu'il n'y a aucun obstacle pour son entrée. Il
est donc urgent d'établir ces batteries.
§ 4. Dans ce moment-ci
le fort Lasalle remplit son but, et un millier d'hommes y défendraient une
escadre pendant plus de six semaines. Si ce fort avait existé il y a quinze
ans, deux escadres hollandaises n'auraient pas été perdues. Le décret que je
viens de prendre ordonne le prompt armement des forts Lasalle, Morland et du
nouveau fort (le fort du Falga), que l'on doit construire l’année prochaine.
Ces batteries ne seront pas fermées à la gorge, mais il est urgent qu'elles
existent, afin de protéger notre escadre si elle sortait ou si une autre
arrivait.
J'ordonne également
l’armement avant le 1er décembre de la batterie du Nieuwe-Werk, qu'on
appellera la redoute Dugommier.
§ 5. A 5 lieues en
arrière, du côté de Zand, il sera fait un projet pour construire un fort
pentagonal ou hexagonal, à grandes dimensions. Ce fort aura pour objet de nous
tenir maîtres des digues qui vont à Petten, à Medemblik et à Alkmaar, et de
protéger les ouvrages avancés. C'est dans ce fort qu'à la première nouvelle
d'une descente la tête des troupes de la Hollande viendrait se rallier pour
observer l'ennemi et le mettre entre deux feux, et, si l'ennemi était assez
fort pour investir aussi ce dernier point, les troupes qui arriveraient à
Alkmaar auraient du moins de grands avantages pour en faire lever le siège.
Ainsi ces cinq ou six
ouvrages, qui me coûteront 5 à 6 millions et qui peuvent être mis en état de
défense dans la première campagne, et perfectionnés dans la seconde et dans la
troisième, assurerait la rade, le port et les arsenaux, du Helder, le Zuidersee
et toute la Hollande.
CHAPITRE II.
PROLONGATION DE LA LIGNE DU RHIN
La ligne du Rhin est la
ligne de l'Empire. Les têtes de pont de Huningue, de Kehl et de Kastel. Wesel et les nombreuses places que nous avons
sur cette ligne, la rendent formidable; de Wesel par Coeverden et Groningen
notre ligne s'appuie sur Delfzyl, mais cette ligne étendue est faible. Il
faudrait considérer l'Yssel comme seconde ligne. Cette ligne est encore faible;
il en faut une troisième appuyant sa gauche sur Naarden et sa droite à Gorcum,
et qui se joint par Nimègue et Grave à Wesel. Cette ligne couvre Amsterdam, le
Texel, et dès lors toutes nos escadres, La Haye, Leyde, Rotterdam, les bouches
de la Meuse, Hellevoetsluis, c'est-à-dire toute la Hollande. Tout ce qui est à
droite de cette ligne est de peu d'importance, et quand ce pays serait deux ans
au pouvoir de l'ennemi, on le retrouverait encore comme il était avant cet
intervalle.
La ligne de Naarden à
Gorcum doit donc être considérée comme la vraie ligue de l'Empire. Il faut la
bien reconnaître, la bien tracer, faire préparer les inondations et s'occuper
des modèles de tours pouvant contenir 50 hommes et que l’on placerait le long
des digues. Une cinquantaine de ces tours et formant corps de garde et servant
de réduit aux batteries, assureront parfaitement cette ligne. Le décret que
j'ai pris aujourd'hui contient des dispositions pour l’armement de Naarden.
Un projet sur Gorcum a
été demandé; il faut considérer cette place comme tête de pont pour entrer de
France en Hollande.
Quant aux digues
d'Amsterdam, il faut en faire lever des plans exacts. Il est d'ailleurs un
point à occuper entre Amsterdam et Haarlem, afin d'obliger l’ennemi qui
viendrait du Helder à faire le tour de la mer de Haarlem. Le reste des
inondations serait utile si les habitants voulaient se défendre ; on
retarderait ainsi l’ennemi de l’ennemi de quelques jours, et cela donnerait le
temps d'accourir. Il faut avoir le plan de ces inondations sur une grande
échelle, et que les points importait y soient bien marqués et bien dessinés.
CHAPITRE III. -- LE
TEXEL.
Il faut donner ordre
que le projet soit fait pour que le port du Texel soit environné d'une enceinte
bastionnée, qu’une batterie de quatre pièces de fort calibre soit placée sur la
pointe à droite du port et que les deux petits forts à droite et à gauche soient
armés, que les deux fronts du fort qui regardent la hauteur soient relevés,
aient des parapets de 12 à 15 pieds au moins et des pièces sur affûts de place.
Il faut donner des noms
à ces quatre forts.
Moyennant ces quatre
forts, qui embrassent 2,000 toises, il devra être facile de débarquer le monde
qu'on voudra pour reprendre l'Ile si l'ennemi l’avait occupée, et avec de
telles précautions jamais le Texel ne sera attaqué.
Les îles de Wieland et
de Terschelling doivent être occupées par des tours, dépendre de la 17e
division militaire; elles seront sous le commandement du commandant du Texel,
comme le décret de ce jour le porte.
CHAPITRE IV. —
L’EMBOUCHURE DE LA MEUSE
Après le Texel,
l'embouchure de la Meuse est le point le plus important.
Hellevoetsluis et
Brielle sont de bonnes places qu'il faut tenir en état.
L'île de Goeree est
d'un grand intérêt. Il faut perfectionner les ouvrages de Ooltgensplaat.
Couverte par l’île de
Goeree et le Helder, la Hollande est inattaquable.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au général Lacuée,
comte de Cessac, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris.
Il serait convenable de
prendre des mesures pour donner du vin aux troupes en Hollande pendant les mois
de juillet, août, septembre et octobre.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vous envoie une
lettre du vice-roi. Faites solder au trésor d'Italie tout ce qui lui est dû.
Cela est d'autant plus facile que, comme je vous l’ai dit, j'ai beaucoup
d'argent en Italie. Remettez-moi sous les yeux ce qui est relatif au budget de
1812.
Faites-moi connaître
votre opinion sur la dernière question contenue dans la lettre du vice-roi.
J'ai trois vaisseaux à Venise. Ce serait une chose extrêmement avantageuse que
de les avoir à Ancône ou à Pola. Il y a plus de facilité après le mois de
décembre pour les envoyer dans un de ces deux ports. En janvier le temps est
ordinairement bon; les nuits sont longues; l'ennemi est éloigné et ne commence
à faire ses dispositions qu'après l'équinoxe de mars. S'il résulte des signaux
de la tour de Saint-Marc et des rapports des croisières qu'il n'y a pas de
vaisseaux de ligne ennemis dans le nord de l'Adriatique, il n'y a pas
d'inconvénient à avoir à Malamocco la Princesse-de-Bologne,
des bricks et des canonnières, et à faire sortir en même temps le Rivoli. Le Rivoli, ayant une fois franchi la passe, fera route immédiatement
pour Ancône ou pour Pola. Après cela, les chameaux rentreraient et prendraient
le Régénératore, lequel se
dirigeraient incontinent sur un des deux ports. On ferait ensuite la même
opération pour le Mont-Saint-Bernard.
Il me semble qu'il n'y
a rien à objecter contre cette manœuvre, puisque enfin un vaisseau, une frégate
et deux bricks ne peuvent pas craindre deux ou trois frégates. En faisant
sortir les vaisseaux de grand matin, on peut espérer qu'à midi ils seront sous
voiles et pourront partir pour un des ports. Trois vaisseaux à Ancône ou à Poli
seraient d'un tout autre effet qu'à Malamocco. Trois vaisseaux à Ancône ou à
Pola ne seront probablement pas bloqués cet hiver, ils pourront faire beaucoup
de sorties, tandis qu'il est à craindre que l'année prochaine, au mois d'avril,
ils ne soient bloqués par des vaisseaux anglais; ce qui rendrait l'opération
beaucoup plus difficile.
Je vous prie de me
faire un rapport là-dessus et de me faire un projet de lettre que j'écrirai au
capitaine Barré pour lui faire connaître ma volonté. Dans une mer où j'ai un
port fortifié, à toutes les aires de vent, cette opération, faite
convenablement, ne me parait pas avoir de danger, d'autant plus que dans une
petite mer entourée de côtes on sait tous les jours ce qui se passe.
Faites-moi connaître si
vous avez donné ordre à la frégate la Flore
d'entrer à Venise pour se réparer. Si cela est, cette frégate pourrait
accompagner les vaisseaux.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris.
Votre projet de décret sur
les équipages ne me convient pas. Je vous le renvoie et j'y joins une esquisse
du décret comme je le voudrais.
Il faut que vous y
mettiez les numéros des bataillons à créer, et que vous le fassiez précéder
d'un rapport qui me fasse connaître parfaitement où en sont toutes les
opérations. Joignez-y un état au 1er octobre de la situation des équipages.
Vous indiquerez dans cet état ce que les équipages ont du recevoir de la
conscription de 1811, ce qu'ils ont reçu et ce qui leur reste à recevoir. Vous
indiquerez aussi la distribution des 1,400 conscrits hollandais, afin de ne pas
les reporter dans l'Escaut ou dans le Zuiderzce.
Si vous avez besoin
d'être à Paris pour bien rédiger le projet de décret, je n'y vois pas de
difficulté, pourvu que vous me le présentiez avant le 15 novembre, avec la
nomination des officiers et des états-majors.
Ce qui est important
actuellement, c'est de donner l'ordre à l'équipage du capitaine Etienne, qui
est dans la Meuse, de venir dans le Zuiderzee; de donner ordre au 13e équipage,
qui est à Boulogne, de monter vingt-sept chaloupes canonnières et de venir avec
dans l'Escaut ; enfin de donner ordre au bataillon de la flottille de l'Escaut
de monter vingt-sept chaloupes canonnières et d'entrer sans délai dans le
Zuiderzee, où ce bataillon aura ordre de se mettre en croisière, mais, avant
même de donner ces ordres à ces deux bataillons, je désire connaître quels sont
les conscrits qu'ils doivent recevoir; sont-ce des Hollandais ou des Français ?
En attendant, je désire
que vous donniez des ordres pour que les deux frégates qui sont à Medemblik
soient transportées au Helder et armées, pour que les quatre vaisseaux qui sont
à Medemblik soient mis en état et pourvus de tout ce qui est nécessaire pour
être en rade au Texel à la fin de février; enfin, que vous ordonniez qu'une
partie des canonnières qui viennent dans l’Escaut se rendent dans le Zuiderzee,
afin d'y avoir cent trente goélettes, canonnières ou bricks, et de pouvoir
subvenir à tous les mouvements.
Je désire aussi que
vous me fassiez un rapport sur la flottille de Boulogne. Vingt-sept canonnières
vont se rendre dans l’Escaut ; un nombre s'est rendu à Cherbourg; un nombre
s'est rendu à Dunkerque et à Ostende; que doit-il rester à Boulogne et que
reste-t-il à Boulogne ? Quel est le parti convenable à prendre pour conserver
les avantages que m'a produits la flottille sans en avoir les inconvénients ?
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au comte Mollien,
ministre du trésor public, à Paris
Monsieur le Comte
Mollien, prêtez encore un million à la Saxe sur l'emprunt. S'il vous est
possible, faites croire que ce sont des particuliers qui en ont pris les bons.
Régularisez ensuite cela avec le domaine extraordinaire.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au général Savary, duc
de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris
Je verrais avec plaisir
que le roi Charles IV quittât Marseille avec tout son monde et se rendît à
Rome. Je vous autorise à lui envoyer de Paris les hommes qui ont sa confiance,
pour lui faire cette proposition. Je voudrais qu'il profitât du reste de la
saison pour se mettre en marche. Sur son passage on lui rendra les plus grands
honneurs, et même, s'il veut visiter l'escadre à Toulon, mon intention est
qu’il y soit reçu comme roi. Les garnisons lui fourniront des escortes et les généraux
commandant les divisions par lesquelles il passera devront l'accompagner. Il
pourrait de Nice passer par le col de Tende, de là se rendre à Plaisance et à
Rome. Vous devez lui faire donner l’assurance que je lui accorderai le même
traitement qu'il a aujourd'hui. S'il a des dettes, je ne puis pas les payer,
vu que l'Espagne me coûte trop et que 2 millions dans sa situation doivent
suffire à tout. Quant à sa résidence à Rome, on pourra le loger à la villa
Borghèse ou dans un des palais que j'ai dans cette ville.
Faites cette affaire
délicatement. Quand vous serez assuré qu’il veut partir, vous ferez expédier
les ordres convenables par le ministre de la guerre. Il est toujours bon que
les Bourbons soient à Rome ; leur séjour sera utile à cette grande ville.
Si cependant le roi préférait rester à Marseille, il faudrait l'y laisser.
La duchesse de Bourbon,
la duchesse d'Orléans et le prince de Conti sont en Catalogne fort malheureux.
Comme je continue de leur faire une pension, il serait bon de leur proposer
également de se rendre à Rome. Ils devront traverser promptement les
départements méridionaux, sans qu'on leur rende aucun honneur, et même vous
aurez soin que leur passage ne puisse faire aucune sensation. S'ils peuvent
obtenir un passeport de la croisière anglaise, ce que je crois possible, il
vaudrait mieux qu'ils s'embarquassent à Barcelone pour débarquer à
Cività-Vecchia.
Amsterdam. 23 octobre
181
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Mon Cousin, j'ai envoyé
de la Garde 200 vélites en Espagne. Mon intention est qu'un détachement de
grenadiers à cheval rentre en France. Vous donnerez donc l’ordre au général
Dorsenne de faire partir cet escadron pour Vitoria et de me faire connaître
quand il arrivera. Il est aussi dans les vieux chasseurs de ma Garde un certain
nombre d’hommes que je désire qu'on me renvoie. Ecrivez au duc d’Istrie d'en
faire la note. Je désire qu'on me renvoie jusqu'au nombre de cinquante ceux qui
sont le plus accoutumés à mon service. Réitérez l’ordre au général Lepic de
rentrer en France.
Il y a à l’armée du Nord
beaucoup d'artillerie, puisque la division Souham a vingt pièces de canon.
Donnez ordre au général Dorsenne de renvoyer en France une des trois compagnies
de canonniers à pied de ma Garde attachées aux régiments. Il peut garder le
matériel et les chevaux, s'il en a besoin. Je désire qu'il me renvoie aussi les
hommes à pied du train de la Garde qui n'ont pas de chevaux. Proposez-moi enfin
de donner à l'armée du Nord deux compagnies d'artillerie légère, afin de faire
revenir les deux compagnies d'artillerie légère qui servent les douze pièces de
la Garde à cette armée. L'armée de Portugal doit avoir trop de compagnies
d'artillerie légère.
Amsterdam, 23 octobre
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Mon Cousin, je vous
renvoie la lettre du général Dorsenne; vous pouvez l'autoriser à garder les officiers
de l’ex-garde royale hollandaise et à les placer définitivement dans ma Garde.
Amsterdam, 23 octobre 1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je reçois
votre lettre du 11 octobre. J'attache comme vous la plus grande importance à ce
que le Rivoli, le Mont-St-Bernard et le Régénératore, accompagnés de la Princesse-de-Bologne, de deux bricks et
de toutes les canonnières que vous pourrez trouver à Venise, se rendent à Malamocco.
Qu'on profite de l'été de la Saint-Martin et d'un temps convenable pour faire
passer le Rivoli, accompagné de la Princesse-de-Bologne et des deux bricks.
En commençant à huit heures du matin l'opération, à midi le vaisseau doit être
libre et voguer sur Ancône ou sur Pola. Le Mont-Saint-Bernard
et le Regeneratore sortiront
immédiatement après, et il me semble qu’ils doivent pouvoir passer le
surlendemain du passage du premier; il ne doit pas falloir plus de trente-six
heures pour appliquer les chameaux. Le désir qu'a le capitaine d'aller voir Ancône
est naturel, il n'y a que de l'utilité à ce qu'il reconnaisse ces parages. Faîtes-le
partir en poste et par terre. S'il pouvait même voir Pola, il n'y aurait pas d'inconvénient.
Avant que les vaisseaux soient à Malamocco, le commandant recevra une lettre
qui ordonnera leur sortie. Je suppose que vous présiderez vous-même à cette
importante opération; que vous préviendrez le général Bertrand pour qu'il fasse
vérifier l’état des batteries de Pola; que, si vous n'avez point de télégraphe
sur la côte, jusqu'à la pointe de Pola ou d'Ancône, vous vous ferez instruire
par des courriers extraordinaires de tout ce qui serait signalé, du moment que
vous serez assuré qu'il n'y a pas de vaisseau de 74 ennemis dans le nord de
l'Adriatique, vous n'avez aucune chance à courir. Vous avez des avisos, des
goélettes, des demi-chebecs, etc., à Venise, vous pouvez en former une chaîne
très loin en mer, qui vous fera connaître, tous les jours, par des signaux
l'état des choses. La frégate la Flore
est-elle entrée à Venise pour se réparer ? Si cela est, il faudrait la retenir
pour accompagner les vaisseaux à leur sortie de Malamocco.
Amsterdam, 23 octobre
1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, j'attache une
grande importance à ce que les quatre bataillons de mes régiments soient traités
de même, qu'ils soient tous maintenus en égalité et qu'il n'y ait aucune
différence du 4e au 1er. Si les colonels s'aperçoivent qu'on néglige les 4e
bataillons, ils croient que ces bataillons ne doivent pas les suivre; ils en
font le refuge de tous leurs vieillards et hommes impotents, et si, plus tard, je
veux faire marcher ces 4e bataillons, je ne les trouve plus. D'un autre coté,
les officiers qui attendent leur retraite passent dans ces 4e bataillons, y
restent, y continuent à occuper des emplois qu'ils ne peuvent plus remplir.
Faites venir au camp, s'il doit durer encore quelque temps, les 4e bataillons,
autant que cela vous sera possible. Je vais vous envoyer beaucoup de conscrits
réfractaires qui sont en Corse et à Toulon pour compléter vos corps.
Rotterdam, 25 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de
Feltre, j'ai vu aujourd'hui la fonderie de la Haye. J'ai ordonné qu'on y fondit
deux pièces de 48 dont les moules existent; ce qui fera dix au lieu de huit.
J'ai vu les mortiers, mais ce n’est point ce que je demande. Les mortiers que
j'ai vus ont une chambre qui ne contient que onze livres de poudre, et les
mortiers à plaque que j'ai demandés doivent en contenir vingt-cinq à trente livres.
La bombe des mortiers de la fonderie de la Haye ne peut pas porter au delà de
1,600 toises. Si par la dénomination de mortiers à plaque vous entendez ces
mortiers, vous êtes dans une grande erreur. J'ai déjà eu lieu de m'apercevoir
de l'effet de ce funeste quiproquo à Cherbourg. Il y a là des mortiers à plaque
qui n'ont qu'une portée ordinaire, hormis qu'ils n'ont point de tourillons, de
sorte que leur plus grande portée ne va pas au delà de 1,600 toises. Beaucoup
de mortiers à plaque sont dans ce cas. Les mortiers que je veux avoir doivent
contenir dans leur chambre vingt-cinq à trente livres de poudre et porter leur
bombe à 2,000 toises. Je suis étonné que e bureau de l'artillerie n'ait pas
compris mes intentions. Donnez sur-le-champ des ordres pour que le but que j'ai
indiqué soit rempli tant à la Haye qu'à Strasbourg; et sur vos états ne donnez
la dénomination de mortiers à plaque qu'à ceux qui portent leur bombe au moins
à 1,900 toises. Si les mortiers qu’on fond à Strasbourg ressemblent à ceux de
la fonderie de la Haye, je ne puis les employer aux îles d'Hyères, et ils sont
loin de remplir mon but. L’officier d’artillerie qui est à la fonderie de la Haye
est d'une parfaite ignorance et n'a aucune
connaissance de son métier.
Quand vous aurez
rectifié cette erreur importante, donnez des ordres pour que les mortiers
soient fondus et prêts à recevoir une destination au 1er janvier. On n’a le
projet de les couler qu'au mois de mars, de sorte qu'ils ne seraient en place
qu'au mois de mai ou au mois de juin.
Vous saviez que le
directeur d'Amsterdam était malade, vous deviez y envoyer un autre officier à
qui je pusse parler et qui pût répondre à mes questions. Je n'ai rencontré que
des officiers entendant médiocrement ce que je leur demandais. C’est un soin que
le chef d'une arme ne doit jamais manquer d'avoir.
Il est nécessaire de
commander à la Haye et dans les fonderies à portée de Flessingue,
de Toulon, de l’île d'Aix, des mortiers à la Villantroys, tels qu'on en a fondu
devant Cadix. L’avantage qu’ont ces mortiers de porter leurs projectiles à
2,500 toises est immense, puisque cela seul peut empêcher une escadre de
profiter d'un mouillage. C'est le cas d'en avoir aux îles d'Hyères, à l'île d’Aix
et dans l’Escaut.
J'ai fait tirer des
bombes, mais les fusées sont trop courtes : elles restent en l'air et ne
sont d'aucun effet.
Rotterdam, 26 octobre
1811
Au comte Bigot de
Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot
de Préameneu, je vous ai prescrit de faire partir pour leurs diocèses tous les
évêques indistinctement. Je vois cependant que plusieurs sont encore à Paris,
entre autres l’évêque de Saint-Flour, auquel vous avez
même dit que vous avez reçu des bulles du Pape. Je vous recommande encore de ne
rien dire et de faire partir tout le monde (j'en excepte cependant les évêques de
la commission), de ne donner aucune bulle et de garder le plus profond secret
sur toutes les affaires ecclésiastiques.
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L’enceinte de Cherbourg
sera-t-elle dans le cas d'être armée au 1er janvier ? Quelle est la situation
actuelle des travaux ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour arriver à ce résultat
? Vous sentez l'importance que j'attache à avoir une cinquantaine de pièces en
batterie sur la nouvelle enceinte de Cherbourg, à avoir les portes fermées et
les ponts-levis établis. En employant les mois de janvier et février à bien
armer la place, elle serait à l'abri d'un coup de main ; ce qui serait une
chose bien avantageuse.
Rotterdam, 26 octobre
1811
Au vice-amiral comte
Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte
Decrès, je vous envoie un projet de décret pour que vous le soumettiez à ma
signature, après avoir fait vos observations sur la grande activité que je veux
donner aux chantiers de Hollande. J'ai trois objets : frapper l'opinion de
l'Angleterre, qui a tant de communications avec ce pays-ci ; pour cela il faut
frapper l'opinion de la Hollande et lui faire concevoir l'espérance du prompt
rétablissement de la marine; compenser par l'activité des arsenaux maritimes
la suppression des ateliers militaires que j'ôte au pays, et donner du pain aux
ouvriers, enfin arriver au résultat bien essentiel d'avoir en 1814 neuf
vaisseaux dans le Texel, bons marcheurs, et qui remplacent les neuf vaisseaux
actuels, auxquels il paraît qu'on ne peut pas avoir grande confiance. Pour
atteindre ce but, les deux cales d'Amsterdam ne pourraient suffire,
puisqu'elles ne pourront donner tout au plus que cinq vaisseaux ; mais je
compte sur quatre cales, qui seront établies au Texel même à la fin de 1812, et
qui me donneront quatre vaisseaux pour 1814. J'aurai à cette époque des
équipages très bien formés pour monter ces neuf vaisseaux et des matelots en
nombre suffisant pour les neuf vaisseaux hollandais, qui, bien qu'ils ne soient
pas destinés à une expédition, seront armés en guerre; de manière qu'il faille
aux Anglais plus de quinze vaisseaux pour bloquer le Helder. Le chantier de
Rotterdam étant absolument le même que celui d'Anvers, je me servirai des cinq
vaisseaux que je veux y construire, d'ici à 181 4, pour faire une escadre
détachée à l'embouchure de la Meuse, supposé qu'on puisse y trouver protection,
ou pour les faire aller dans l'Escaut par l'intérieur. Sur les huit vaisseaux
que j’ai demandés dans l'Escaut chaque année, je déduirai les deux qu'on peut faire
à Rotterdam. Je trouve plus convenable de répartir les travaux que de les
concentrer sur un même point, où ils sont déjà trop forcés.
J'ai dû attendre
d'avoir vu moi-même les localités pour prendre un parti sur l'organisation de
la marine en Hollande. Ayant d'ailleurs conservé les impositions hollandaises
pendant 1811, j'étais presque obligé de maintenir la même organisation de la
marine, et de considérer la Hollande comme une seule administration.
Aujourd'hui je n’y vois plus aucun intérêt, aucune connexion entre l'arsenal du
Zuiderzee et celui de la Meuse, et je pense qu'il est préférable d'établir deux
préfets maritimes, qui auraient chacun un arrondissement de côtes distinct.
S'il y avait quelque objection contre la création d'une préfecture maritime à
Rotterdam, il faudrait plutôt la réunir à celle d'Anvers que la laisser dépendre
de celle d'Amsterdam. Je ne vois pas quelle objection on pourrait faire contre
l’établissement d'une préfecture maritime à Rotterdam, puisque j'y ai
aujourd'hui un vice-amiral qui coûte autant qu'un préfet, et qu'un arsenal où
l'on construit quatre ou cinq vaisseaux mérite une administration à part.
Lorient en est la preuve. Quant à l'inscription maritime, Dordrecht et toutes
les côtes de la Meuse pourraient faire partie de l’arrondissement de Rotterdam.
Je désire un projet de décret là-dessus, dans lequel la question relative aux
syndics de la marine soit résolut; il y a en Hollande les plus grandes
espérances pour la marine, mais elles ne sauraient se réaliser si l'on retirait
l'administration de la marine de leur pays. On trouvera dans les
arrondissements d'Amsterdam et de Rotterdam autant de matelots qu'il en faudra
pour armer les vaisseaux qu'on y aura construits.
Rotterdam, 26 octobre
1811
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe (Le corps
d'observation de l'Elbe était le premier des trois corps dont se composait
l'armé d’Allemagne. Néanmoins, le prince d’Eckmühl conserva le titre de
commandant de l'armée d'Allemagne jusqu’au 24 octobre 1811), à Hambourg
Mon Cousin, je vous
envoie la copie d'un décret que je viens de prendre. Il est basé sur le rapport
du ministre de l'administration de la guerre, duquel il résulte que vous avez
en Allemagne 9191 hommes présents dans vos dix régiments de cavalerie; que ces
régiments ont 986 hommes à leurs dépôts et 496 hommes à recevoir de la
conscription, et qu'il ne leur manque en conséquence que 400 hommes. Je donne
ordre que ces 400 hommes soient pris sur ceux que vous recevez des dépôts de
Strasbourg et de Wesel, en ayant soin de choisir des conscrits réfractaires, et
non des déserteurs, et des hommes des départements de l'ancienne France,
lesquels seront habillés et équipés aux régiments mêmes, en Allemagne. Je donne
en même temps l’ordre que, sans perdre de temps, les hommes disponibles aux
différents dépôts en France partent pour vous rejoindre, mon intention étant
qu'au 1er janvier chacun de vos régiments de cavalerie ait un effectif de
1,050 hommes en Allemagne et 50 hommes en France. La 3e division, qui est à
Erfurt, a 2,289 hommes présents; elle a 1,500 hommes aux dépôts; il lui manque
600 hommes pour être au complet de 1,100 hommes par régiment. J'ordonne aux
dépôts de Wesel et de Strasbourg de vous fournir ces 600 hommes. Quant aux
chevaux, il résulte que 9,160 chevaux sont en Allemagne, que 240 sont aux
dépôts, que 83 sont à recevoir sur les commandes faites et que 500 chevaux
manquent au complet de vos dix régiments de cavalerie; qu'à la 3e division de
cuirassiers, qui part de Munster, 2,200 chevaux sont présents aux escadrons de
guerre; que 480 sont aux dépôts et que 457 sont à recevoir sur les commandes
faites. Le décret que j'ai pris pourvoit à l'achat de ces chevaux. Tenez la
main à ce qu'on n'achète que de bons chevaux et qui soient en état d'entrer ou
campagne en janvier 1812. Ainsi vos seize régiments présenteront au 1er février
16,000 hommes à cheval. Je ne parle point du régiment de chevau-légers.
La division qui se rend
à Erfurt fait partie du corps d'observation de l'Elbe ; pourvoyez à tout ce qui
lui est relatif. Mon intention est que la ligne d'étapes de cette division
passe à Wesel et à Munster, et de là à Erfurt. Wesel doit être le pivot et le
point d'appui de tout.
Je pars demain pour me
rendre à Wesel et à Düsseldorf. Je passerai la revue de deux autres divisions
qui arrivent à Cologne. J'attends l'état de situation de votre armée au 15
octobre, avec le détail de l'artillerie, pour ordonner une augmentation
d'artillerie, dont il me semble que vous n'avez pas assez. Mon intention est de
tenir tous les corps de votre armée au complet, munis de tout et pouvant, vingt-
quatre heures après en avoir reçu l'ordre, entrer en campagne.
Rotterdam, 26 octobre
1811
Au général comte
Bertrand, gouverneur général des provinces illyriennes, à Spalatro (Spalato,
Split – ndlr)
Monsieur le Général
Comte Bertrand, je suis à Rotterdam. Je viens de visiter la Hollande, dont je
suis extrêmement satisfait. Je n’ai trouvé aucun peuple qui sentit mieux les
avantages d'être réuni à l'Empire et de former une grande nation dans l'Europe.
J'y trouve des ressources considérables pour ma marine. J'ai été fort content de
la position du Helder; il n'en est aucune qu'on puisse plus facilement fortifier,
et déjà le fort Lasalle est tel, qu'au mois de décembre, étant armé, il faudra
trente jours de tranchée ouverte pour le prendre. J'ai fait fortifier les
dunes, qui sont la clef de la position; j'y ai fait construire un gros fort en
maçonnerie. J'ai trouvé les rades extérieures fort belles; je fais construire
un fort à 2,000 toises dans les dunes pour les défendre.
Les régiments croates
ont eu une désertion considérable dans le Frioul ; il paraît qu'on ne porte pas
assez de censure dans le choix des officiers : on sera obligé de les remplacer
par des Français.
J’espère que vous
m'apprendrez bientôt que vous avez un vaisseau sur le chantier à Trieste.
J'attends que vous m'envoyiez un rapport sur Raguse; mon intention est qu'on
travaille sérieusement en 1812 aux fortifications de cette place, afin que mes
escadres y soient en sûreté. J'attends donc un mémoire détaillé sur les
fortifications, la manière dont il faut les conduire pour arriver à ce grand
but.
Rotterdam, 26 octobre
1811
A Eugène Napoléon,
vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je reçois
votre lettre du 17 sur Palmanova. Je déciderai aux conseils de décembre ce
qu'il faudra y faire en 1812. Mais mon but se trouve déjà rempli; les lunettes
et le corps de la place sont en état : on ne sera plus obligé d'armer et de
désarmer à la moindre alerte. Les magasins à poudre sont en nombre suffisant;
les flancs bas, les casernes défensives existantes doivent déjà mettre 2,500 hommes
à l'abri de la bombe; tout le reste peut donc se faire progressivement. Mais où
je désire porter les principales ressources du royaume, c'est à Venise. Faites
faire des projets. Il faudrait y dépenser deux millions l’année prochaine, et
surtout à Malghera. Le grand nombre de matelots, d'ouvriers, les établissements
que j'ai là, veulent qu’on porte la plus sérieuse attention sur ce point
important. Mantoue est assez fort ; d'ailleurs cette place est aujourd'hui en
seconde ligne, Palmanova parait avoir acquis le degré de force convenable.
Legnago, Peschiera, remplissent leur but. Venise, Ancône et les places maritimes,
sont les points où il faut dépenser jusqu'à trois
millions en 1812. Il faut de très-beaux projets pour Malghera ; il en faut pour
Brondolo : ce sont les deux clefs de Venise. Avec ces deux points fortement
occupés, la grande quantité de canonnières, de prames, de bateaux, que la
situation de ma marine me permet d'avoir, cette place sera suffisamment gardée.
Il faut de fortes batteries à Malamocco, tenir les magasins du fort en état,
et, s'il est nécessaire, y faire quelques ouvrages. Chargez un officier d'en
rédiger tous les projets, afin qu'on puisse faire à Venise une forte campagne
l'année prochaine.
Je suis à Rotterdam. J'irai
d'ici dans le grand-duché de Berg, et après cela à Fontainebleau. J'ai été
extrêmement content de la Hollande. Ces gens n’ont conservé de souvenir de
leur indépendance que pour sentir les avantages de la réunion et y trouver
l'uniformité des lois, un système modéré de contributions et une marche régulière
dans les affaires. Ils sont plus Français qu'aucuns habitants des pays réunis.
Quant au roi, ils n'ont conservé d'autres souvenirs de lui, si ce n'était que
c'était un bon homme, fort changeant, qui avait peu de vues d'administration,
et qu'il défaisait le soir ce qu'il avait entrepris le matin. Je n'ai vu nulle
part autant de mouvement et d'aussi bons sentiments. En cela mon attente a été,
je l'avoue, agréablement surpassée. J'ai plusieurs vaisseaux sur les
chantiers, et ils me seront extrêmement utiles pour ma marine, car ils sont
tous matelots; c'est un pays extrêmement intéressant.
Château de Loos, 28
octobre 1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez
ordre au duc de Raguse d'envoyer au général Dorsenne une de ses cinq compagnies
d'artillerie à cheval, et au duc de Dalmatie d'envoyer une des compagnies
d'artillerie à cheval de l'armée du Midi au duc de Raguse. Lorsque le duc de
Raguse aura reçu la compagnie d'artillerie légère de l'armée du Midi, il
enverra au général Dorsenne une autre compagnie d'artillerie légère; de sorte que
l’armée de Portugal aura quatre compagnies d'artillerie, l’armée du Midi quatre
compagnies d'artillerie légère, et l'armée du Nord en aura deux. Vous ferez
connaître au général Dorsenne cette disposition, et vous lui ordonnerez, quand
il aura reçu ces compagnies, de renvoyer les compagnies d'artillerie à cheval
de la Garde à Bayonne. Le général Dorsenne peut garder les chevaux, le matériel
et même les soldats du train, jusqu'à ce qu'ils soient remplacés. Vous lui
ferez comprendre que j'ai des raisons pour désirer que mon artillerie à cheval
rentre en France ; que mon intention est même de faire rentrer le train, hormis
les soldats attachés au train de la Garde, qui reste avec la jeune Garde.
Mandez à cet effet au général Dorsenne que, s'il peut faire remplacer la
compagnie du train de la Garde par des hommes à pied du train qui seraient dans
le ressort de son armée, il le fasse, sans quoi je verrai à y pourvoir.
Donnez des ordres
tellement positifs aux ducs de Raguse et de Dalmatie, qu'ils ne puissent pas en
éluder l'exécution. Écrirez en chiffre au duc de Raguse que le retour de la Garde
à cheval est attaché à ce mouvement.
Château de Loo, 29 octobre
1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Envoyez un courrier
extraordinaire à Zwolle de manière qu'il soit arrivé avant cinq heures du matin,
et donnez ordre au général Duvivier de faire partir de Zwolle pour Groningen,
demain, le 125e; mais de rester toute la journée de demain à Zwolle avec les 2e
et 37e, et de partir après-demain pour se rendre à Munster, où il passera l’hiver
avec sa brigade. Il aura soin de faire venir ses compagnies d'artillerie, les
hommes restés à Groningen et sur la côte, et de prendre des mesures pour que
les convalescents et les malades arrivent en droite ligne de Groningen sur
Munster.
Vous lui ferez
connaître que les 4e bataillons, forts de 900 hommes, vont rejoindre ses
régiments, ce qui portera sa brigade à dix bataillons, et qu'il les tienne en état
d'entrer en campagne au 1er mars; vous instruirez de cela le ministre de la
guerre.
Le 125e restera jusqu'à
nouvel ordre à Groningen. Le 23e de chasseurs ira aussi à Munster.
Nimègue, 30 octobre
1811
Au prince Cambacérès,
archichancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je reçois
votre lettre du 26 octobre. Je serai demain à Wesel ; ainsi vous voyez que je
me rapproche. Je crois vous avoir déjà mandé que je suis extrêmement satisfait
de la Hollande.
Nimègue, 30 octobre
1811
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Les pièces de 3 des
régiments sont attelées de quatre chevaux. C'est trop pour ces pièces; ce qui a le double inconvénient d'employer trop d'efforts en
raison de la charge et de rendre plus difficile le service dans les intervalles
des bataillons. Je désire donc savoir s'il y aurait de l'inconvénient à ne leur
donner que deux chevaux.
Tous les caissons
d'artillerie des corps ont quatre chevaux; cela a le même inconvénient. Ne
serait-il pas possible d'avoir, comme les Autrichiens, des caissons légers qu'on
attellerait de deux chevaux ? Ce caisson et l'avant-train donneraient
suffisamment de munitions; les pièces pourraient alors avoir deux caissons, et
les deux caissons de surplus resteraient avec le parc de la division ou avec
les gros caissons du régiment; cela aurait toute espèce d'avantages.
J'ai trouvé
l'artillerie actuelle des régiments trop embarrassante avec six gros caissons à
quatre chevaux. Je voudrais donc une pièce de trois attelée de deux chevaux et
deux caissons attelés de 4 chevaux ; ce qui ferait 6 chevaux au lieu de 12. On
pourrait mettre 2 chevaux haut le pied pour être attelés au caisson; mais pour
cela il faudrait des caissons plus légers, et que tous les régiments n'eussent
que des pièces de 3 et pas de pièces de 6.
J'attendrai le rapport
que vous ferez faire là-dessus par le comité d'artillerie. Il pourrait y avoir
de l'avantage pour les manœuvres et beaucoup d'économie; car, par exemple, les
quatre pièces des régiments du corps d'observation de l'Elbe emploient 16
chevaux, ils n'en auraient plus que 8, et avec ces 8 chevaux restants on
pourrait avoir deux pièces et deux caissons.
Nimègue, 30 octobre
1811.
Au général Clarke, duc
de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Le corps d'observation
de l'Elbe venant à être composé de neuf divisions, c'est-à-dire de plus de cent
quarante bataillons et de 120,000 hommes d'infanterie, il est nécessaire que
vous en organisiez l'artillerie en conséquence. Chaque division a une batterie
d'artillerie à pied de huit pièces, c'est-à-dire soixante et douze pièces, une
batterie d'artillerie à cheval de six pièces, c'est-à-dire cinquante-quatre;
cent huit pièces de régiment et deux batteries ou seize pièces de réserve, ce
qui ne fait que cent quarante-deux pièces d'artillerie de ligne et cent huit de
bataillon, et en tout cela ne fait que deux cent cinquante pièces. Il est vrai
que cette armée a quatre divisions de cuirassiers, et que, si l’on réunit toute
la cavalerie, on aura quarante-huit pièces d'artillerie légère; mais cela ne me
parait pas suffisant, puisque cela ne fait encore que cent quatre-vingt-dix pièces
de ligne pour 120,000 hommes d'infanterie et 25,000 hommes de cavalerie, ou
trois cents pièces de canon en tout; ce qui ne fait pièces par 1,000 hommes.
Je pense qu'il faudrait
augmenter la réserve. Proposez-moi à l’organisation du parc comme si cette
armée devait agir seule, indépendamment du corps d'observation du Rhin et du
corps d’observation d'Italie. Si vous manquiez de compagnies d'artillerie
légère, on pourrait donner à la 6e division deux batteries
d'artillerie à pied.
Nimègue, 30 octobre 1811
Au prince de Neuchâtel
et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris
Mon Cousin, donnez
ordre au 24e régiment de chasseurs de se rendre à Munster, où il fera brigade avec
le 23e, sous les ordres d’un général de brigade que le ministre de la guerre y
enverra sans délai. Donnez ordre que le camp d'Utrecht soit dissous. Le 18e
régiment de ligne se rendra à la Haye, ou il tiendra garnison ; le 93e restera
à Utrecht; le 124e se rendra à Nimègue, et le 56e sera réparti entre l'Utrecht,
Amsterdam et Arnheim. Ces régiments ne feront aucun service, se tiendront
prêts à partir à chaque moment et ne pourront être employés par les généraux
commandant les divisions qu'en cas d'événements imprévus et en en prévenant
sur-le-champ le ministre de la guerre. Le général Maison restera à Utrecht,
conservera le commandement de ces quatre régiments, en passera l'inspection fréquemment,
les tiendra toujours en état de partir, en enverra l'état tous les cinq jours
au ministre de la guerre, et obéira aux ordres des généraux de division, si des
cas imprévus rendaient nécessaire le mouvement de ces troupes. Le duc de Reggio
et les officiers de son état-major qui étaient employés à Utrecht laisseront
leurs bagages à Utrecht et pourront vaquer à leurs affaires, mais de manière à
retourner en poste s’il était nécessaire. Faites part de ces dispositions au
ministre de la guerre et au général commandant la 17e division militaire.
Donnez ordre au régiment espagnol de se diriger sur Minden, où il sera sous les
ordres du prince d'Eckmühl et fera partie du corps d'observation de l'Elbe.
Nimègue, 30 octobre
1811
ORDRE AU CAPITAINE GOURGAUD, OFFICIER D'ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A NIMEGUE.
L'officier d'ordonnance
Gourgaud se rendra à Munster. Il prendra des renseignements sur les maladies,
la récolte, le casernement de la ville et du département, sur la santé des
troupes et sur le nombre de régiments de cavalerie et d'infanterie qu'on peut
cantonner dans le département. Il viendra me faire son rapport à Wesel, et il
ne restera que vingt-quatre heures à Munster.
Nimègue, 30 octobre
1811
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg.
Mon Cousin, je vous ai fait
connaître que mon intention était de porter avant le mois de janvier votre
armée à neuf divisions, savoir: la le, la 2e, la 3e, la 4e, et la 5e division
chacune à quinze bataillons français et à deux bataillons étrangers; ce qui
fera soixante et quinze bataillons français, deux espagnols, six portugais et
deux croates; total : quatre-vingt-cinq bataillons. La 6e division sera
portée à treize bataillons, la 7e à quinze, la 8e à quinze, la 9e à seize; ce
qui fera en tout plus de cent quarante bataillons et près de 120,000 hommes d'infanterie. Plus, dix régiments de cavalerie
légère, y compris le régiment polonais qui est à Danzig, formant cinq brigades
ou 17,000 hommes de cavalerie, et indépendamment de 6,000 cuirassiers, formant
deux divisions, qui pourront joindre en cas d’évènement; ce qui ferait donc une
armée de 150,000 hommes, que je veux entretenir toujours disponible et prête à
marcher.
Faites-moi connaître
l'organisation qu'il faudrait donner à tout votre parc d'artillerie, si cette
armée devait agir seule; combien, dans ce cas, de bataillons de transports
militaires; quelle organisation du génie et des sapeurs, et enfin quelle
augmentation d’état-major général.
Si vous deviez opérer
seul, une armée de neuf divisions ne peut pas être commandée sans lieutenants
généraux ; faites-moi connaître vos idées là-dessus.
Nimègue, 30 octobre 1811
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg
Mon Cousin, il faut
faire faire l'exercice à feu aux jeunes soldats et les faire tirer à la cible;
c'est un argent bien dépensé. Vous devez avoir à Hambourg, à Stettin, à Magdeburg
et dans les batteries, des poudres de moins bonne qualité qui pourraient être
employées à cet usage. Il est très important que les soldats tirent à la cible.
Nimègue, 30 octobre
1811
Au maréchal Davout,
prince d'Eckmühl, commandant l'armée d'Allemagne, à Hambourg||
Mon Cousin, j'envoie le
2e et le 37e de ligne à Munster. Le 2e de ligne a quatre bataillons
et n'a que 2,300 hommes; le 37e a quatre bataillons et n'a que 1,000 hommes;
l'un a 600 malades et en a près de 1,000 ; ces malades rejoindront avant le
mois de janvier. Ces deux régiments ont leurs 6e bataillons, parce que leurs 4e
bataillons étaient en Catalogne. Ces 4e bataillons sont à Strasbourg, à Wesel
pour prendre des conscrits réfractaires, qui se rendront bientôt à Munster et
porteront alors ces deux régiments avec un régiment à un taux raisonnable. Mon
intention est que ces deux régiments avec un régiment de la division Compans
forment une 8e division. Faites-moi connaître le général que vous désirez pour
commander cette division. Je donne ordre que deux superbes bataillons
espagnols, forts de 1,600 hommes, partent du camp d'Utrecht pour se rendre à Minden.
Vous les placerez avec la division Friant; j'espère qu'on en sera content; il y
a un an qu'ils sont formés. Je vous enverrai trois autres régiments portugais
de même force, et chacun de deux bataillons, pour être également joints à
d'autres divisions. Je vous enverrai encore deux bataillons croates pour être
réunis à votre 5e division. De sorte que vous recevrez deux bataillons
espagnols, six bataillons portugais et deux bataillons croates; ce qui portera
chacune de vos cinq premières divisions à dix-sept bataillons au lieu de
quinze. La 6e division, qui est composée des trois régiments de
Hambourg, aura cette année trois petits régiments; mais ces trois régiments
seront complétés par la conscription que je vais lever en janvier; ainsi, en
supposant l'entrée en campagne au mois de mars, la 6e division aura treize
bataillons. Je m'oppose entièrement à ce que vous mettiez
aucun conscrit réfractaire dans ces trois régiments, 127e, 128e et 129e. J'ai
donné l'ordre au ministre de la guerre de vous envoyer l'artillerie et tout ce
qui est nécessaire pour la 8e division. Mon intention est de vous donner une 9e
division, qui sera composée de quatre bataillons illyriens, qui sont à Turin et
qu'on me dit très-beaux, et de douze bataillons suisses; ce qui mettra votre
armée tout à fait sur un pied respectable. Je suppose que les quatre bataillons
du train d'artillerie pourront suffire aussi au service des 8e et 9e divisions.